Enquête auprès des usagers potentiels d’un espace d’accueil de jour pour personnes marginalisées à Lausanne

Rapport de recherche
Enquête effectuée dans le cadre du projet « Phase préliminaire à l’ouverture d’un espace d’accueil de jour avec tolérance de la consommation d’alcool pour personnes marginalisées à Lausanne », financée par la Commission de promotion de la santé et de lutte contre les addictions (CPSLA), Service de la Santé Publique/Etat de Vaud et conduite par la Fondation Les Oliviers, en collaboration avec la Fondation Vaudoise contre l’Alcoolisme, la Division d’Abus de Substances du CHUV et la Fondation ABS.

Sophie PAROZ, Département de médecine et santé communautaires/CHUV : responsable de recherche Marion PANCHAUD, UNISET, SSL, Ville de Lausanne : collaboratrice de recherche Groupe d’accompagnement : Thierry CHOLLET, direction Fondation Vaudoise contre l’alcoolisme ; Prof. Jean-Bernard DAEPPEN, direction Service alcoologie/DUMSC-CHUV ; Pascal DEMAUREX, direction Fondation Les Oliviers ; Dr Martine MONNAT, Unité de toxicodépendance/DP-CHUV ; Nicolas PYTHOUD, direction Fondation ABS.

Septembre 2011

Sommaire
Résumé 1 Introduction
1.1 Contexte général 1.2 Objectifs 4 4 3

2 Méthode
2.1 Approche 2.2 Guide d’entretien 2.3 Stratégie d’échantillonnage 2.4 Recrutement des participants 2.5 Déroulement des entretiens 2.6 Analyse de contenu 5 5 5 6 7 7

3 Résultats
3.1 Commentaires généraux 3.2 Profil des répondants 3.3 Habitudes de fréquentation 3.4 Lieu d’accueil de jour : attentes et vision générale 3.5 Fréquentation potentielle 8 9 9 10 16

4 Discussion
4.1 Limites 4.2 Synthèse des attentes 4.3 Nouvel espace d’accueil et fréquentation de l’espace public 4.4 Nouvel espace d’accueil et DSB 4.5 Conclusions 21 21 17 18 20

ANNEXES
ANNEXE 1 : GUIDE D’ENTRETIEN ANNEXE 2 : QUESTIONNAIRE SOCIODEMOGRAPHIQUE ET CONSOMMATIONS ANNEXE 3 : PROTOCOLE DE RECHERCHE ANNEXE 4 : GRILLE D’ANALYSE DE CONTENU ANNEXE 5 : CITATIONS 22 23 24 26 27

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Résumé
Introduction
Ce travail d’enquête s’insère dans le cadre d’un projet visant à développer un espace d’accueil de jour pour les personnes marginalisées de Lausanne sous forme d’un projet pilote sur 2 ans. Les objectifs de l’enquête étaient de : 1) préciser les besoins et attentes générales des personnes marginalisées quant à un espace d’accueil, 2) évaluer certaines options auprès des usagers potentiels, 3) identifier les habitudes du public cible en termes de fréquentation de l’espace public, 4) vérifier l’intérêt pour un nouvel espace d’accueil.

Méthode
Des entretiens semi-directifs ont été conduits avec 23 personnes recrutées en majorité sur la Place de la Riponne à Lausanne sur mai et juin 2011. Toute personne marginalisée confrontée de façon directe ou indirecte à la toxicodépendance et/ou à l’alcoolo-dépendance et/ou fréquentant l’espace public lausannois et/ou le Dispositif Seuil Bas (DSB) lausannois pouvait être inclue. Seules les personnes mineures ont été exclues de l’étude. Un guide d’entretien constitué de trois questions générales a été utilisé. Tous les entretiens ont été enregistrés, retranscrits et analysés à l’aide de deux grilles de codage.

Synthèse des résultats
La bonne réception de l’enquête ainsi que l’ensemble des résultats mettent en évidence une attente quant à la création d’un espace d’accueil de type bistrot social à Lausanne et un intérêt à le fréquenter. Les attentes quant à la forme du lieu à créer vont dans le sens d’une structure professionnalisée et encadrante permettant un accueil bas seuil à l’ensemble des populations marginalisées sans distinction liée à la consommation de substances psychotropes et/ou aux dépendances associées. Il doit répondre à une fonction première d’agrégation et de socialisation et permettre à ses usagers de s’y investir. Une localisation centrée dans la ville apparaît comme une condition. Un horaire d’ouverture permettant de compléter le DSB doit être envisagé, tout comme la possibilité de s’y restaurer et de pouvoir y fumer du tabac. La tolérance de la consommation d’alcool est une attente réelle bien que non unanime. Cette possibilité doit être envisagée parallèlement à un contrôle de la consommation et au développement de prestations en termes de réduction des risques liés à la consommation d’alcool.

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1 Introduction
1.1 Contexte général
A l’été 2010, la direction de la Sécurité sociale et de l’environnement de la Ville de Lausanne a mandaté la Fondation Les Oliviers afin de développer un espace d’accueil pour les personnes marginalisées confrontées directement ou indirectement à des problèmes de dépendance aux drogues et/ou à l’alcool et fréquentant l’espace public lausannois, sous forme d’un projet pilote sur deux ans. La Fondation Les Oliviers s’est entourée de la Fondation vaudoise contre l'alcoolisme, de la Division d'abus de substances du CHUV et de la Fondation ABS pour conduire ce projet. Un travail exploratoire (entretiens avec personnes ressources, visites de structures existantes, revue de la littérature) conduit entre octobre 2010 et mars 2011 a, entre autres constats, mis en évidence le peu d’informations sur les attentes réelles en termes d’espace d’accueil de jour des personnes marginalisées lausannoises. Les quelques enquêtes effectuées ont soit ciblé le profil des usagers1 ou leur mode de fonctionnement2, soit évalué leurs besoins dans un contexte particulier, celui de la création d’un local d’injection à Lausanne3. Le peu de place donné au discours de la population cible dans la création d’un lieu qui leur est dévolu a aussi été mis en évidence. Une enquête permettant d’affiner les besoins des personnes à qui se destine ce projet et d’inclure les personnes les mieux placées pour définir leurs attentes semblait nécessaire. Ce rapport présente les résultats d’une enquête effectuée dans le cadre d’une deuxième phase de projet4 financée par la Commission de promotion de la santé et de lutte contre les addictions (CPSLA) de l’Etat de Vaud.

1.2 Objectifs
Objectif principal 1) Préciser les besoins et attentes générales des personnes marginalisées quant à un espace d’accueil de jour de type bistrot social à Lausanne. Objectifs secondaires 2) Evaluer certaines options auprès des usagers potentiels (la tolérance de la consommation d’alcool, entre autres). 3) Identifier les habitudes du public cible en termes de fréquentation de l’espace public. 4) Vérifier l’intérêt pour un nouvel espace d’accueil du type bistrot social.

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Labhart F, Notari L, Gmel G. Consommation d'alcool dans l'espace public: Etude de terrain auprès des personnes marginalisées de Lausanne et d'Yverdon-les-Bains. Lausanne: Institut suisse de prévention de l'alcoolisme et autres toxicomanies (ISPA); Institut für Sucht- und Gesundheitsforschung Zürich; 2010. Rapport N°47. 2 Perez O. La tribu de Saint-Laurent.Etude de type ethnologique autour des habitués des escaliers de l'église Saint-Laurent à Lausanne. Travail de diplôme. Lausanne: Ecole d'études sociales et pédagogiques; 2004. 3 Opération Parasol I [film sur initiative du Dispositif Seuil Bas groupe RdR], Lausanne; 2005. Opération Parasol II [film sur initiative du Dispositif Seuil Bas groupe RdR et en collaboration avec Rel'ier], Lausanne; 2005. 4 « Phase préliminaire à l’ouverture d’un espace d’accueil de jour avec tolérance de la consommation d’alcool pour personnes marginalisées à Lausanne », projet financé par la CPSLA (Commission de promotion de la santé et de lutte contre les addictions, SSP/Etat de Vaud). Projet soumis le 31 janvier 2011.

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2 Méthode
2.1 Approche
Enquête qualitative à partir d’entretiens semi-directifs.

2.2 Guide d’entretien
Le guide d’entretien (ANNEXE 1) était constitué de trois questions générales ouvertes qui tentaient de répondre à l’ensemble des objectifs et d’appréhender : 1) Les habitudes du public cible en termes de fréquentation de l’espace public et du Dispositif Seuil Bas (DSB) lausannois ; la fréquentation potentielle de la Terrasse/Fondation ABS5, ainsi que l’avis des usagers quant à cette structure. 2) Les attentes et besoins des personnes marginalisées lausannoises quant à un espace d’accueil de type bistrot social (prestations, fonctionnement, public, lieu), ainsi que l’avis des répondants quant à certaines options (tolérance de la consommation d’alcool, offre de consommation contrôlée de l’alcool, présence d’intervenants sociaux, situation centrée dans la ville et plus spécifiquement à la Rue César-Roux 166, implication des usagers dans la gestion du lieu). 3) L’intérêt pour une structure de ce type et la fréquentation potentielle de l’espace d’accueil. Dans l’éventualité où certaines thématiques n’étaient pas évoquées spontanément à partir des questions ouvertes, le guide d’entretien spécifiaient les éléments à aborder par relance dans un deuxième temps. Un questionnaire sommaire hétéro-administré (ANNEXE 2) permettant de récolter quelques données sociodémographiques (année de naissance ; sexe ; statut de séjour ; domicile fixe ; emploi rémunéré) et d’évaluer le profil des répondants en termes de consommation (tabac ; alcool ; drogues illégales ; médicaments non prescrits ; traitement de substitution à la méthadone) complétait les entretiens. Chaque participant se voyait attribuer un numéro et seule cette information figurait sur le questionnaire. Deux entretiens-pilotes ont été conduits afin de vérifier la faisabilité des modalités de recherche et la cohérence du guide d’entretien. Aucun changement n’a été apporté au guide d’entretien suite à ces pilotes et ils ont été intégrés au corpus analysé.

2.3 Stratégie d’échantillonnage
Toute personne marginalisée confrontée de façon directe ou indirecte à la toxicodépendance et/ou à l’alcoolo-dépendance et/ou fréquentant l’espace public lausannois et/ou le DSB lausannois pouvait être inclue, quelque soit son lieu de domicile et son statut de séjour. Seules les personnes mineures devaient être exclues de l’étude. Un minimum de 20 entretiens était prévu, avec la consigne de continuer la récolte de données jusqu’à saturation des informations.
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La Terrasse (Fondation ABS) est un lieu d’accueil de jour avec tolérance de la consommation d’alcool attenant au Passage (Fondation ABS), mis en place comme mesure d’urgence sur les mois d’hiver depuis 2005. 6 Immeuble appartenant à la Ville de Lausanne dont une partie était initialement prévue pour y développer un bistrot social.

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Afin que l’échantillon soit représentatif en termes de genre, d’âge, de nationalité et de consommations, des quotas approximatifs basés sur les descriptions les plus récentes de la population cible7 ont été établis : Minimum 1/4 de femmes Minimum 1/4 de personnes non suisses Minimum 1/4 de jeunes adultes (18-25 ans) Minimum 1/3 de personnes ne consommant pas de substances illicites mais alcoolodépendantes et/ou touchées indirectement par la toxicomanie.

En termes de fréquentation, la priorité était d’intégrer des personnes se rendant de façon régulière ou ponctuelle sur la Place de la Riponne - principal lieu de réunion des populations marginalisées à Lausanne depuis plusieurs années - en étant attentif à intégrer des usagers des deux lieux de réunion que propose cette place, respectivement la « Riponne Sud » (place centrale, proximité de l’arrêt de métro) et la « Riponne Nord » (devant la pharmacie Gamma, à la hauteur de la Rue du Tunnel)8. Nous souhaitions, dans la mesure du possible, compléter notre échantillon avec des personnes habituées d’autres lieux de l’espace public ou ne fréquentant pas/plus l’espace public mais utilisant les structures du DSB lausannois, ces dernières étant aussi susceptibles de fréquenter un lieu d’accueil de type bistrot social et ayant peut-être des attentes divergentes de celles des habitués de la Riponne.

2.4 Recrutement des participants
Le recrutement s’est fait sur la Place de la Riponne entre mai et juin 2011, à raison de 2 à 3 demijournées par semaine. En fin d’enquête, dans une optique de diversification des profils, le recrutement a eu lieu au sein du Passage9, à raison de 3 visites dans cette structure. Au final, 12 répondants ont été recrutés à la Riponne Sud, 5 à la Riponne Nord, 1 à la Rue César-Roux et 5 au Passage. Le recrutement et les entretiens ont été conduits par une équipe interdisciplinaire composée d’une intervenante sociale de l’équipe UNISET10 de la Ville de Lausanne et de la responsable de recherche11 affiliée au Département de Médecine et santé Communautaires du CHUV. Cette collaboration a été mise en place afin de bénéficier des contacts privilégiés et de l’expérience professionnelle de l’intervenante sociale, de favoriser un climat de confiance lors du recrutement et des conditions d’entretiens optimales. Un protocole de recherche (ANNEXE 3) définissait le déroulement du recrutement et les informations à donner aux répondants potentiels. Les enquêteurs devaient s’assurer de la bonne compréhension
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Labhart F, Notari L, Gmel G. Consommation d'alcool dans l'espace public: Etude de terrain auprès des personnes marginalisées de Lausanne et d'Yverdon-les-Bains. Lausanne: Institut suisse de prévention de l'alcoolisme et autres toxicomanies (ISPA); Institut für Sucht- und Gesundheitsforschung Zürich; 2010. Rapport N°47. 8 Une première phase exploratoire auprès des professionnels de terrain avait mis en évidence une potentielle distinction à faire entre ces deux groupes d’usagers, la Riponne Sud étant considérée comme un lieu de contact pour s’approvisionner en drogues illégales et la Riponne Nord comme un lieu de consommation de cannabis et d’alcool. 9 Lieu d’accueil de jour à bas seuil à l’attention des personnes toxicodépendantes, Fondation ABS, Lausanne. 10 Unité d’intervention socio-éducative de terrain (SSL, Ville de Lausanne). 11 La responsable de recherche de l’enquête est la cheffe de projet du projet « Lieu d’accueil de jour des personnes marginalisées à Lausanne », dans lequel s’insère ce travail d’enquête.

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des objectifs de l’enquête, de la confidentialité des données et de l’anonymat avant d’intégrer une personne à l’enquête. Ce premier échange devait aussi permettre de vérifier si les répondants potentiels étaient en état de participer (abus de substances, troubles psychiques). Un premier consentement oral était demandé lors du recrutement. Il leur était alors proposé de faire l’entretien dans les bureaux d’UNISET12, à disposition pour l’étude. En cas de refus de se déplacer, la possibilité de s’entretenir dans l’espace public restait ouverte et était remise au jugement des enquêteurs. Aucune rémunération (autre qu’une consommation) n’était proposée.

2.5 Déroulement des entretiens
Un protocole de recherche définissait le déroulement des entretiens (ANNEXE 3). Un deuxième consentement oral quant à la participation à l’enquête était demandé en début d’entretien. Avec l’accord des répondants, les entretiens étaient enregistrés. Une des deux enquêtrices était responsable de conduire l’entretien en alternance. La deuxième enquêtrice avait la possibilité d’intervenir si elle le jugeait nécessaire. Sur demande, un document avec les coordonnées de la responsable de recherche et de l’équipe UNISET était distribué. Au final, 23 entretiens ont été conduits entre le 5 mai et le 28 juin 2011. Ils ont eu lieu à la suite directe du recrutement, aucun entretien n’a été différé et aucun rendez-vous n’a été pris à l’avance. La majorité (15) se sont déroulés dans les bureaux d’UNISET, 2 entretiens ont été conduits sur un banc en marge de la Place de la Riponne, un a été conduit dans un café à proximité de la Riponne et 5 ont été conduits à la Terrasse13. Les entretiens ont duré entre 17 et 41 minutes, avec une moyenne de 30 minutes. Ils ont tous été enregistrés puis retranscrits.

2.6 Analyse de contenu
Chaque entretien permet d’accéder à des habitudes individuelles de fréquentation de l’espace public et à une vision individuelle des attentes liées à une structure d’accueil de type bistrot social. Un travail d’analyse a permis d’accéder à une vision collective en mettant en évidence la redondance et les associations entre certains éléments évoqués. Dans un premier temps, chaque entretien a été codé à l’aide d’une grille d’analyse. Une catégorie pour chaque élément prédéfini par le guide d’entretien (par exemple : améliorations à apporter à la Terrasse ; tolérance de la consommation d’alcool ; fréquentation potentielle du bistrot social) a été créée. A ces premières catégories se sont ajouté un certain nombre de nouvelles catégories issues d’une approche inductive des données. La grille d’analyse comporte 32 catégories (ANNEXE 4). Pour l’axe 2 (attentes quant à un lieu d’accueil de type bistrot social), la grille permettait de différencier les données évoquées spontanément de celles évoquées sur relance. A cette étape du codage, une collaboratrice de recherche a vérifié l’exhaustivité et la définition de l’ensemble des catégories ainsi que le codage des données d’un échantillon du corpus (1/4 des entretiens). Au vu de la clarté du codage, il n’a pas été jugé nécessaire d’étendre les vérifications à l’ensemble du corpus.
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Ces locaux sont situés à la Rue César-Roux 16 à Lausanne, bâtiment initialement destiné à accueillir un bistrot social à Lausanne. 13 Cette structure est attenante au Passage et non utilisée en-dehors des mois d’hiver.

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Dans un deuxième temps, une analyse des éléments évoqués de façon spontanée sur l’axe 2 a été réalisée à l’aide d’une deuxième grille. Celle-ci devait résulter sur une liste des attentes jugées prioritaires. Une analyse du contenu des différentes catégories de l’axe 2 a par ailleurs été réalisée afin de créer des sous-catégories permettant de synthétiser les réponses par thématique. Ces deux analyses ont été effectuées parallèlement en aveugle par les deux chercheuses. La confrontation des données a débouché sur les résultats finaux.

3 Résultats
Les résultats aux trois questions générales du guide d’entretien sont présentés sous les points 3.3, 3.4 et 3.5. Dans les situations où des tendances générales étaient difficiles à établir, et principalement pour les thématiques sur lesquelles nous attendions un positionnement, les réponses ont été quantifiées. Un certain nombre de citations illustrant les résultats ont été regroupées en annexes (ANNEXE 5).

3.1 Commentaires généraux
De façon générale, le recrutement des participants s’est bien passé. La présentation de l’objectif de l’enquête n’a provoqué ni hostilité, ni méfiance, ni désintérêt, alors qu’il aurait été légitime d’être confronté ne serait-ce qu’à un sentiment de lassitude face à un projet qui peine à voir le jour à Lausanne depuis 2006. La seule difficulté des recrutements a résidé dans la nécessité de s’adapter au rythme des participants potentiels et à prendre le temps nécessaire avant qu’un entretien puisse avoir lieu. Au fur-et-à-mesure de l’enquête, la nécessité de varier le profil des répondants a par ailleurs accentué le temps de recrutement. Concernant le déroulement des entretiens, aucun entretien n’a été interrompu, tous les participants étaient en état de participer et chaque participant a fait preuve de sérieux et de respect face à cette enquête. Le contenu de chaque entretien -y compris celui des deux pilotes- a pu être utilisé. Les discours ont été en revanche plus retenus et moins exhaustifs que prévu. Les relances ont été par la force des choses plus nombreuses. Il semblait beaucoup plus facile pour les répondants de répondre à des questions précises que de se laisser-aller à leurs envies et opinions à partir de questions très ouvertes. Parallèlement, une tendance marquée à parler pour les autres (en fonction des besoins des autres) plutôt qu’en son propre nom (et en fonction de ses propres besoins) a été observée.

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3.2 Profil des répondants
Profil sociodémographique o o o o o Sexe : 15 hommes, 8 femmes. Âge : entre 26 ans (>1985) et 56 ans (>1955). 4 personnes entre 26 et 31 ans, 11 entre 32 et 45 ans et 7 entre 46 et 56 ans. La moyenne d’âge est de 41.3 ans. Statut de séjour : 14 personnes de nationalité suisse ; 6 détentrices d’un permis C ; 1 détentrice d’un permis B ; 2 personnes sans-papiers. Domicile : 7 personnes sans domicile fixe. Emploi : 1 personne avec un emploi rémunéré.

Consommations au cours du dernier mois o o Tabac : 20 fumeurs (min. une cigarette par jour au cours du dernier mois). Alcool : 5 personnes ont consommé quotidiennement au moins 6 boissons alcoolisées au cours du dernier mois ; 7 personnes ont consommé entre 1 et 10 fois au moins 6 boissons alcoolisées par jour au cours du dernier mois ; 11 personnes n’ont jamais consommé au moins 6 boissons alcoolisées par jour au cours du dernier mois => 5 personnes sont probablement alcoolo-dépendantes et 12 ont des épisodes plus ou moins fréquent d’alcoolisation aigue. Cannabis : 14 consommateurs au cours du dernier mois. Drogues dures (cocaïne, héroïne, crack) : 14 consommateurs au cours du dernier mois. Benzodiazépines non prescrites : 4 consommateurs au cours du dernier mois. Méthadone non prescrite : 3 consommateurs au cours du dernier mois. Traitement de substitution à la méthadone : 13 personnes actuellement sous traitement. 5 personnes n’ont consommé aucune substance à l’exception du tabac et/ou de l’alcool au cours du dernier mois. 8 personnes n’ont consommé aucune substance à l’exception du tabac et/ou de l’alcool et/ou du cannabis au cours du dernier mois.

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Fréquentation de l’espace public o 13 personnes disent fréquenter régulièrement la Place de la Riponne, 5 disent la fréquenter ponctuellement et 5 ne la fréquentent plus ou exceptionnellement.

3.3 Habitudes de fréquentation
Les habitudes et comportements en termes de fréquentations au cours de l’hiver 2010-11 sont variés. La majorité a fréquenté lors d’une même journée ou d’une même semaine différents lieux : le lieu de domicile, l’espace public et les structures du DSB (principalement le Passage (moitié des cas), mais aussi la Terrasse, la Pastorale de la Rue, la Soupe Populaire ou Macadam Services). Les autres ont soit privilégié leur domicile, soit privilégié l’espace public, soit privilégié les structures du DSB. Les comportements de « va-et-vient » quotidiens entre le DSB et l’espace public sont fréquents (moitié des cas) et expliqués principalement par l’envie de rejoindre des amis/connaissances, « voir d’autres têtes » ou le besoin de « changer d’air ». Parmi les autres raisons évoquées pour passer d’un endroit à l’autre figure la consommation de drogues (achat ou consommation en soi), l’attrait de la scène de la rue et un recours très ponctuel et utilitaire au DSB (manger, chercher des habits, par

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exemple). La météo n’est mentionnée que dans 2 cas pour expliquer les comportements de va-etvient entre le DSB et l’espace public. La majorité dit fréquenter régulièrement la Place de la Riponne. La raison la plus largement évoquée est la possibilité d’y retrouver son réseau social (« pour voir des amis », « être en contact avec des gens », « pour discuter », « pour se retrouver », « pour boire une bière avec des copains », « je connais tout le monde », etc.). L’achat et/ou la consommation de drogues est mentionné à 4 reprises. Les autres raisons évoquées, dans une moindre mesure, sont la situation centrée de la place, l’alternative qu’elle représente si les structures du DSB sont fermées et l’attrait de la place comme « scène sur la rue ». La moitié des répondants a fréquenté la Terrasse sur l’hiver 2011. Parmi eux, une moitié l’a fréquentée au moins une fois par semaine. La non-fréquentation de cette structure d’accueil est en partie liée à une non-connaissance du lieu. Les opinions quant à cette structure d’accueil sont plus généralement positives que négatives. Les éléments les plus évoqués sont la possibilité d’y boire une bière, l’ambiance (ambiance générale, possibilité de jouer, d’y discuter), le fait d’avoir un lieu chauffé à disposition et une heure de fermeture plus tardive que dans d’autres structures. La possibilité de s’y reposer, de discuter avec des intervenants sociaux et d’y fumer sont aussi évoquées à quelques reprises. Les éléments négatifs sont mentionnés de façon ponctuelle: espace trop petit, présence de deal, situation excentrée, proximité du Passage, présence d’alcool ou de tabac ou ambiance jugée inaccueillante. Les améliorations à apporter à la Terrasse vont de pair avec l’hétérogénéité et la ponctualité des jugements négatifs évoqués : un espace plus grand et plus éclairé, un lieu plus proche [du centre], un lieu différencié du Passage, un cadre plus stricte, un contrôle de la consommation d’alcool, une fermeture plus tardive, une meilleure ambiance, la vente de boissons pour éviter de se déplacer.

3.4 Lieu d’accueil de jour : attentes et vision générale
Les résultats sont présentés ci-dessous par thématique. o Tolérance de la consommation d’alcool

Nous avons classé les réponses en 4 catégories : 1) OUI absolu (4 répondants); 2) OUI avec limites (11 répondants); 3) ambivalents (3 répondants) ; 4) NON (5 répondants). Si la majorité souhaite un lieu avec tolérance de la consommation d’alcool, il ressort une demande de contrôle, notamment par l’interdiction d’alcool fort (tolérance uniquement de la bière) ou par une limitation du nombre de consommations alcoolisées par personne. Les personnes ne souhaitant pas un lieu avec alcool ou étant ambivalentes quant à cette possibilité justifient leur opinion principalement par une peur d’abus liés à l’état alcoolisé (surconsommation et tensions associées). Notons que les personnes ne souhaitant pas un lieu avec tolérance de la consommation d’alcool ou étant ambivalentes sont en majorité des personnes sans épisode d’alcoolisation aigue au cours du dernier mois ou ne buvant pas d’alcool. Quelques personnes souhaitent que l’alcool soit vendu sur place plutôt qu’il soit apporté par les usagers14.

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Notons que ce point n’a pas été exploré de façon systématique.

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Programme de consommation contrôlée d’alcool15 (CCA)

Afin d’évaluer la possibilité de mettre en place un programme de prévention de la consommation d’alcool de type CCA, il était demandé aux répondants si la possibilité de discuter et de gérer leur consommation d’alcool avec des professionnels était une offre pertinente au sein du lieu d’accueil. Si plus de deux tiers des répondants sont intéressés, il a parfois été difficile de différencier un intérêt personnel d’un intérêt plus général. Cela dit, 7 personnes mentionnent explicitement un intérêt personnel. Les personnes souhaitant une intervention de type CCA justifient majoritairement cette demande par une nécessité de contrôle afin d’éviter les abus, de prévenir les tensions et de se démarquer de la Place de la Riponne, plutôt que par une volonté de gestion de l’alcoolo-dépendance. Notons que 5 personnes expriment leur intérêt pour une intervention de type CCA à la condition qu’elle ne soit pas imposée mais que la demande vienne des usagers. Les personnes réfractaires ou ambivalentes face à la possibilité de mettre en place un programme de CCA justifient leur point de vue par la difficulté de la mise en place d’un tel programme ou par le fait qu’ils ne souhaitent pas que l’alcool soit toléré au sein de la structure d’accueil. Notons que parmi les 5 personnes ne souhaitant pas que l’alcool soit toléré, 3 restent sur leur position même dans l’éventualité où un programme de CCA est mis en place. o Tolérance de la consommation de tabac

La majorité souhaite un espace d’accueil qui tolère la consommation de tabac : plus de la moitié des personnes souhaitent pouvoir y fumer à l’intérieur, un tiers de ceux-ci précisant qu’un coin fumeur (ou une salle fumeur) suffirait. Les motifs évoqués sont divers mais le fait que la population cible fume du tabac en grande majorité est évoquée à plusieurs reprises. Près d’un quart des personnes sont ambivalentes, envisageant la possibilité d’un local fumeur tout comme celle de fumer à l’extérieur (que cela soit une terrasse liée au lieu d’accueil ou l’espace public). Les personnes restantes souhaitent en revanche que l’espace intérieur soit non-fumeur et que la consommation de tabac se fasse uniquement à l’extérieur (terrasse liée au lieu d’accueil ou espace public). Notons que ces dernières ne sont pas des personnes s’annonçant comme non-fumeurs. Les motifs évoqués pour justifier un endroit non fumeur sont variés et ponctuels (suivre la même réglementation que les autres lieux publics, respect du lieu, dégoût du tabac, emphysème pulmonaire). o Tolérance de la consommation de cannabis

La question de la consommation de cannabis n’était pas abordée directement. De façon générale, elle est très peu présente dans les discours. Une personne exprime le souhait que sa consommation soit tolérée dans l’espace d’accueil. Et parallèlement, une personne exprime le souhait que sa consommation soit interdite au sein du lieu d’accueil.

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Les programmes de consommation contrôlée d’alcool (CCA) sont des programmes de prévention qui s’adressent aux personnes préoccupées par leur consommation d’alcool et désirant modifier leurs habitudes. Différents outils existent, le plus connu étant Alcochoix (http://www.alcochoix.ch/index.php) et plusieurs modalités sont proposées (programme individuel ou en groupe).

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Localisation géographique

Si la Place de la Riponne n’est pas systématiquement mentionnée comme le lieu idéal de localisation d’un espace d’accueil, elle est en revanche dans plus de la moitié des discours le point de référence à partir duquel les répondant calculent la distance idéale pour un espace d’accueil : « assez près de la Place car les gens n’aiment pas se déplacer trop loin», « ne pas avoir à beaucoup marcher [depuis la Riponne] », « centré par rapport à la Riponne », « pas trop loin de la Riponne car les gens ne feront pas des kilomètres », « sur place [Place de la Riponne] ». Cinq personnes supplémentaires souhaitent que le lieu d’accueil se situe au centre-ville, sans faire référence à la Place de la Riponne. Les exemples de quartiers donnés en exemple se situent dans le périmètre Gare-Flon-St-FrançoisChauderon-Riponne-Vallon. Les motifs justifiant une localisation centrée dans la Ville de Lausanne sont, dans leur ordre d’importance, l’accessibilité (que ce soit par moyen de transport ou à pieds), la proximité de la Riponne, la proximité du DSB (principalement du Passage). Notons que la proximité des commerces pour l’achat d’alcool n’est mentionné qu’une fois. Le reste des répondants souhaite soit un endroit excentré (2 personnes mentionnent leur envie de calme et/ou de nature, Sauvablin et le bord du lac sont présentées comme des possibilités), soit restent ouverts aux avantages des deux possibilités (endroit centré ou excentré). Aucune tendance ne ressort quant aux localisations à éviter (la Place de la Riponne, l’Hôtel de police, la Promenade de la Solitude, Sauvablin et le quartier sous gare sont chacun mentionné à une reprise comme des lieux à éviter). La possibilité de créer un espace d’accueil à la Rue César-Roux a été abordée si les répondants ne l’évoquaient pas spontanément. La majorité manifeste un intérêt pour cette localisation ou la conçoit comme une possibilité, principalement du fait qu’elle entre dans la définition qu’ils donnent du centre-ville. Sa proximité avec le réseau DSB, notamment le Passage, est par ailleurs évoquée à plusieurs reprises. Les personnes qui pondèrent leur appréciation le font en majorité pour des raisons géographiques, le quartier étant généralement considéré comme centré mais « à la limite » du centre-ville et d’un temps de déplacement raisonnable, en plus d’une personne qui juge l’endroit dangereux du fait de la proximité d’une route et d’une personne peu enthousiaste de la proximité de l’Hôtel de police. La limite géographique est le facteur principal évoqué par les personnes ne souhaitant pas un espace d’accueil à la Rue César-Roux, en plus d’une personne qui mentionne la préexistence de problèmes sociaux dans ce quartier et plus particulièrement dans l’immeuble n°16. o Espace extérieur

Un espace extérieur ou une terrasse sont envisagés ou souhaités dans la grande majorité des cas, ceci pour différentes raisons : ne pas être enfermé, être dehors sur les mois d’été, fumer, abaisser le seuil d’accès pour les gens qui ne seraient pas en mesure d’entrer à l’intérieur d’une structure, varier le public cible. Si cet élément est encouragé, il n’est pas une condition aux yeux des répondants puisque beaucoup précisent qu’un espace d’accueil sans terrasse reste une offre intéressante. Les quelques personnes ne souhaitant pas spécifiquement d’espace extérieur soulèvent les difficultés de surveillance et de voisinage qui pourraient résulter ou estiment qu’un espace extérieur n’est pas nécessaire si le tabac est toléré à l’intérieur.

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Intervenants sociaux

A l’exception d’une personne, les répondants s’entendent sur la présence d’intervenants sociaux dans l’espace d’accueil de jour. Quelques personnes émettent toutefois des réserves : certains souhaitent que le lieu ne soit pas uniquement géré par des intervenants sociaux mais que des usagers (des anciens toxicomanes ou des usagers aptes à le faire) ou des personnes non professionnelles participent à la gestion du lieu, certains envisagent par ailleurs une présence modérée (numériquement ou qualitativement) d’intervenants sociaux. Les missions principales attendues des intervenants sociaux sont : 1) une présence pour discuter (écoute et disponibilité en cas de problèmes), 2) une aide en termes d’orientation dans le réseau social et médical (contact avec institutions, partage d’adresses, explication des lois) et 3) une aide en termes de démarches administratives (aide pour gérer un budget, trouver un appartement ou des petits jobs, accès à téléphone). Notons que 4 personnes ont des attentes en termes de surveillance (cadrer, sanctionner, éviter anarchie) et que 2 personnes souhaitent que les intervenants sociaux distribuent du matériel stérile. o Implication des usagers

A l’exception de 2 personnes, les répondants souhaitent une implication des usagers dans la gestion de l’espace d’accueil. Si 3 personnes envisagent une participation active des usagers proche de l’autogestion, la majorité imagine une implication plus passive dont les tâches se résumeraient principalement à la maintenance du lieu (nettoyage, vaisselle, cuisine, petits travaux d’aménagement) et dans une moindre mesure à la mise en place d’activités (activités créatrices, décoration, récolte de fond) et au maintien de l’ordre (médiation entre usagers, surveillance). Quelques tendances supplémentaires méritent d’être soulevées sur ce point : 7 personnes expriment leur envie personnelle d’y travailler et 7 mentionnent la possibilité de recevoir une petite rémunération pour les travaux effectués. L’implication des usagers est expliquée par le besoin de s’occuper et d’avoir un rôle à jouer (se sentir utile, avoir des responsabilités, devenir acteur). o Modèle général et prestations

La grande majorité des personnes interrogées se représente le lieu à créer comme un endroit à fonction sociale destiné à un public particulier et le différencie d’un bistrot « normal ». Notons tout de même que les représentations d’un quart des répondants correspondent à un lieu de type « bistrot» plutôt qu’à un lieu de type « espace d’accueil de jour ». La fonction générale de l’espace d’accueil correspond à une fonction que l’on pourrait qualifier « de base » : boire un verre et discuter, être au chaud, se retrouver entre amis. Le fait d’avoir « un lieu à soi » est par ailleurs mentionné de façon régulière. Les attentes en termes d’ambiance générale sont nombreuses, qu’elles fassent référence à un cadre sympathique et divertissant (musique, jeux, décors, rire) ou plutôt référence à un cadre humainement accueillant (chaleur humaine, « lieu où on se sent chez soi »). En demandant ce que les répondants souhaitaient comme type de structure, un certain nombre de prestations ont été évoquées. En termes de prestations médico-psycho-sociales, les demandes sont diverses. Un intérêt pour « quelqu’un du monde médical » (médecin, infirmier ou psychologue)

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apparaît à plusieurs reprises mais cette demande est dans la plupart des cas donnée comme optionnelle ou en lien avec une présence ponctuelle. La distribution de matériel stérile, justifiée par une insuffisance de l’offre actuelle, est évoquée à quelques reprises. L’accès à des massages ou des séances d’ostéopathie est apparue de façon plus ponctuelle. Les prestations plus spécifiquement sociales sont présentées sous le point Intervenants sociaux (p.13). Ajoutons qu’une salle fermée pour discuter en aparté et résoudre des problèmes sociaux est demandée à trois reprises. Certaines prestations plus pratiques (douche, vestiaire, accès à internet, achat de cigarette à la pièce) sont mentionnées ponctuellement. Notons cela dit que 6 personnes disent souhaiter un coin repos ou un sofa pour s’y reposer. Les prestations de type ludique et/ou occupationnel sont relativement présentes dans les discours. La présence de jeux (de société, billard, fléchettes) et d’activités créatrices sont les plus mentionnées. La possibilité de manger dans l’espace d’accueil est abordée par la majorité. Ce constat est relativisé par le fait qu’à l’exception de 4 personnes qui souhaitent des repas chauds à midi ou le soir, le reste des répondants souhaitent avoir accès à des snacks ou des collations, ou restent ouverts à différentes possibilités. Quelques personnes mentionnent que le réseau DSB actuel suffit à couvrir les repas chauds. Un quart des répondants évoque soit la nécessité de mettre en place un local de consommation de drogues à Lausanne, soit la possibilité de proposer une salle de consommation au sein de l’espace d’accueil à créer. Pour 3 personnes, cette prestation est une priorité au sein du DSB lausannois. Les discours ne mettent pas en évidence des attentes spécifiques aux femmes. Seule une femme fait allusion à l’importance de retrouver sa féminité et à la possibilité d’avoir recours à une esthéticienne. Les potentielles interactions entre les prestations d’un espace d’accueil à venir et celles du Passage sont l’objet de nombreux discours. Un tiers des usagers s’interrogent/s’inquiètent à l’idée qu’un nouvel espace d’accueil entre en concurrence avec le Passage ou justifient l’inutilité de certaines prestations (repas chaud de midi, internet ou distribution de matériel stérile) au sein de l’espace d’accueil à créer au vu de leur disponibilité au sein du Passage. Deux disent par ailleurs explicitement que la nouvelle structure doit se construire en alternative ou en complément de cette structure préexistante. o Horaire

L’horaire de l’espace d’accueil à créer est de façon générale pensé en fonction des horaires des autres structures du DSB. Cela dit, les attentes en termes d’heures d’ouverture sont diverses. Si les horaires sont le plus souvent imaginés comme des horaires « de bureau » (début de matinée-fin d’après-midi), une partie de l’échantillon envisage soit un horaire « de bistrot » (journée + soirée), soit une ouverture limitée à l’après-midi, soit une ouverture limitée à la matinée, soit un horaire continu (ouverture 24h/24h). L’heure d’ouverture se situe dans la plupart des cas entre 8h et 9h. Cet horaire est justifié par le besoin de combler l’offre actuelle du DSB en proposant un lieu où se rendre une fois les structures d’accueil de nuit fermées.

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L’heure de fermeture est plus variable puisqu’elle se situe entre 15h et minuit, avec toutefois une demande plus manifeste pout une fermeture dans la tranche horaire 18h-20h. Notons que 5 personnes ont mentionné apprécier la Terrasse en partie parce qu’elle fermait plus tard que les autres structures du DSB (19h), ceci permettant de parer au froid ou à la rue dans l’attente de l’ouverture de la Soupe Populaire (19h30) et des structures d’accueil de nuit (20h30 pour la Marmotte à Lausanne). o Public

Le public cible de l’espace d’accueil est généralement décrit comme un public particulier. En effet, si la moitié des répondants dit souhaiter un lieu « ouvert à tout le monde », il apparaît que « tout le monde » signifie, à quelques exceptions près, « tous les sous-groupes de personnes marginalisées ». L’autre moitié parle explicitement d’un lieu destiné aux « gens de la rue dans le besoin ». Une partie de ces derniers souhaite plus spécifiquement que le public se limite aux personnes toxicodépendantes. Notons que les Roms sont à plusieurs reprises exclus de la catégorie générale des gens dans le besoin à qui la structure se destinerait. La possibilité qu’une différenciation entre sous-groupes et des tensions associées aient un impact sur la fréquentation du lieu d’accueil nous a conduits à relever toute mention d’appartenance identitaire ou toute existence de sous-catégories. Trois tendances apparaissent clairement : 1) Le terme le plus fréquemment utilisé pour faire référence au public cible d’un espace d’accueil est celui de « toxicomane ». Les « toxicomanes » sont présentés comme une catégorie large comprenant les personnes suisses dépendantes aux drogues et/ou à l’alcool et/ou sans appartement et/ou dans le besoin ; 2) Les « toxicomanes » se différencie des « autres personnes » (monsieur tout le monde et/ou les personnes avec des moyens ou les opportunistes) ; 3) Les « toxicomanes » se différencient des « Roms » (généralement qualifiés de « profiteurs »). Une distinction entre les usagers de la Riponne-Sud et les usagers de la Riponne-Nord n’est en revanche que modestement évoquée. La problématique des personnes mineures n’a pas été directement abordée et ce sous-groupe n’est évoqué que 4 fois. Les discours vont dans le sens d’une protection de ce sous-groupe, que ce soit en l’acceptant dans un lieu d’accueil en alternative à la rue ou en lui refusant l’entrée d’un lieu d’accueil afin de limiter l’accès à l’alcool. o Encadrement

L’expression spontanée de craintes quant à des débordements ainsi qu’un besoin parallèle d’encadrement apparaît fortement à travers l’ensemble des discours. Les craintes exprimées sont principalement liées à l’abus d’alcool (que la consommation se fasse au sein ou à l’extérieur de l’espace d’accueil) et aux tensions et bagarres qu’une clientèle sur-alcoolisée pourrait générer. La crainte de la consommation ou du deal de drogues illégales au sein de l’espace d’accueil est par ailleurs évoquée à plusieurs reprises. D’autres types de craintes apparaissent plus ponctuellement (nuisance associées à la possibilité que les gens fument (tabac ou cannabis) à l’extérieur du lieu d’accueil, non respect de l’endroit de la part des usagers, trafic d’alcool, braquage, présence de

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profiteurs (notamment des Roms), non paiement des consommations). Parallèlement, une demande manifeste d’encadrement est souhaitée, que cela soit par le biais d’un contrôle de la consommation d’alcool (qu’il s’agisse d’une interdiction générale, d’une interdiction des alcools forts, d’une limitation du nombre de consommations ou d’une offre de CCA), d’une surveillance générale ou de la présence de professionnels de type intervenants sociaux. En plus d’une demande d’encadrement, il apparaît une demande explicite de règlement. La moitié des répondants exprime en effet la nécessité d’instaurer un règlement. Le contenu des règlements proposés se réfère principalement à l’interdiction de la consommation de drogues illégales, du deal et de l’abus d’alcool. D’autres éléments sont évoqués ponctuellement (interdiction des bagarres, obligation de tenir les chiens en laisse, restriction du tabac à l’intérieur, interdiction d’accueillir des mineurs et obligation de travailler au sein de la structure). Les quelques sanctions évoquées concernent des renvois temporaires, voir définitifs, du lieu d’accueil. o Attentes prioritaires

Nous avons catégorisé l’ensemble des discours évoqués spontanément (et non sur relance) en lien avec les attentes quant à un espace d’accueil afin de mettre en avant celles qui semblent prioritaires. Les attentes les plus fréquemment mentionnées (entre 4 à 8 personnes) sont classées ci-dessous selon leur ordre importance : 1a. Ambiance générale (lieu accueillant, chaleureux, lieu à soi, familial, humain, sans préjugé) ; 1b. Encadrement (surveillance, limitation consommations, règlement, interdiction deal) ; 1c. Fonctions de base (boire un verre (café ou bière) et/ou être au chaud et/ou discuter avec amis) ; 2. Nourriture (repas ou snacks) ; 3a. Centre ville (Place de la Riponne ou ailleurs au centre-ville) ; 3b. Jeux/animations ; 4. Fumer (tabac) ; 5. Se reposer (coin repos, sofa).

3.5 Fréquentation potentielle
En fin d’entretien, il était demandé « Si la Ville de Lausanne ouvre un espace d’accueil de type bistrot social, est-ce que vous fréquenterez ce lieu ? ». La grande majorité a répondu affirmativement. Quelques personnes envisagent de le fréquenter mais en posant des conditions (relatives aux gens qui s’y trouveront, à la possibilité d’y travailler et à sa situation géographique). Seule une personne ne souhaite à priori pas le fréquenter, pour différentes raisons (indépendance, éviter le milieu de la drogue, éviter la charité). Les motifs justifiant la fréquentation future d’un espace d’accueil de jour sont divers. Le principal est en lien avec les fonctions de base que pourrait offrir un tel lieu : un endroit pour boire un café, discuter, passer le temps, ne pas rester seul, rencontrer ses amis, partager, jouer. La possibilité d’y travailler ou d’y demander des conseils en cas de problème sont par ailleurs évoqués à plusieurs reprises. Les autres réponses sont ponctuelles (alternative à Riponne, pour ne pas consommer, bière moins chère, endroit chauffé).

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Pour ce qui est des projections en termes d’horaire de fréquentation, la seule tendance apparente est une fréquentation annuelle (en opposition à une fréquentation limitée aux mois d’hiver, par exemple). Les informations concernant les moments de fréquentation du lieu dans une même semaine ou dans une même journée sont peu nombreuses et hétérogènes, aucune tendance ne se dégage.

4 Discussion
4.1 Limites
Le profil des répondants est varié et a répondu à nos attentes en termes de représentativité de la population cible à une exception : le groupe des jeunes adultes (18-25 ans) a échappé à l’échantillon. Cette population est connue pour être moins visible sur l’espace public et/ou difficile d’accès et plus méfiante. En raison de son profil particulier, il est possible que ses attentes quant à la création d’un espace d’accueil aient différé sur certains points16. Notons aussi que les usagers interrogés dans le cadre de cette enquête ne représentent pas l’ensemble de la population susceptible de fréquenter un espace d’accueil de jour pour personnes marginalisées puisque nous avons recruté les répondants parmi les personnes « visibles » au sein de l’espace public ou du DSB et principalement des personnes fréquentant la Place de la Riponne. Développer un projet à l’attention des personnes marginalisées et définir leurs besoins et attentes présentent la difficulté d’être confronté à une population particulièrement hétéroclite. Si le fait d’être en marge de la société réunit cette population, les situations en termes de consommation (alcool, drogues illégales, médicaments, dépendance, processus d’abstinence, abstinence), de niveau d’insertion sociale (totalement en marge, en processus de réinsertion), de conditions de logement (à la rue, en logement accompagné, en appartement individuel) ou encore d’état de santé ou d’habitudes de fréquentation de l’espace public et du DSB sont particulièrement hétérogènes. La difficulté de ce travail a été de mettre en évidence des tendances et attentes communes tout en restant attentif aux tendances plus marginales mais latentes. Il est possible que la présence d’une intervenante sociale connue d’une partie des répondants ait influencé les discours. Cela dit, la probabilité d’un biais lié à un effet de désirabilité sociale se voit atténuée dans la mesure où les entretiens traitaient principalement des attentes en termes d’espace d’accueil et non des consommations et/ou des problématiques de dépendance des répondants. Par ailleurs, nous considérons que la présence d’une intervenante sociale a eu une valeur positive sur le déroulement de la recherche en instaurant un climat de confiance et en favorisant l’interactivité des entretiens. Finalement, si l’enquête s’est bien déroulée et si chaque participant a fait preuve de sérieux dans le cadre des entretiens, notons que la retenue observée dans la majorité des discours en termes d’attentes reflète peut-être les limites d’une enquête effectuée parmi une population peu militante.

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Un rapport de 2009 s’intéressant à cette catégorie particulière d’usagers met en évidence qu’il existe une demande, notamment en matière de centres d’accès à bas seuil. Voir Gervasoni J-P, Gadient N. Etude des jeunes consommateurs de drogues dures à Bienne et Berne. Lausanne: Institut universitaire de médecine sociale et préventive (IUMSP); 2009.

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4.2 Synthèse des attentes quant à un nouvel espace d’accueil
Les discours en lien avec la fonction générale d’un nouvel espace d’accueil de type bistrot social et les prestations à mettre disposition mettent en avant une structure qui doit en premier lieu répondre à une demande de base : celle d’avoir un lieu chauffé où il est possible d’y discuter et d’y boire un verre dans un cadre accueillant et tolérant. La demande pour des prestations ludiques et occupationnelles est notable et doit être prise en compte. Ce résultat va dans le sens d’une étude récente17 auprès des personnes toxicodépendantes qui met en évidence un besoin prioritaire en termes d’occupation. Une demande pour se restaurer existe, tout comme celle d’avoir accès à un espace où il est possible de se reposer. L’importante demande en termes d’encadrement et de règlement et la crainte manifeste d’abus de différentes natures vont dans le sens d’une structure de type lieu d’accueil de jour plutôt qu’espace autogéré ou café-restaurant public. L’intérêt pour la présence de professionnels de type intervenants sociaux confirme cette tendance. La possibilité que des intervenants sociaux travaillent dans l’espace d’accueil est en effet bien acceptée, voir souhaitée, même s’il existe parallèlement une demande pour que des personnes non formées au travail social puissent y travailler. La mission des professionnels, telle qu’elle apparaît, comprend principalement une écoute et une orientation dans le réseau socio-médical ainsi qu’un soutien pour la gestion administrative. Aucune attente consensuelle ne ressort quant à des prestations médico-psychosociales supplémentaires. Une volonté de s’impliquer dans l’espace d’accueil est manifeste, même si l’implication apparaît comme plus passive (exécution de tâche, éventuellement avec rémunération) qu’active (autogestion, participation au développement). La possibilité de travailler avec les compétences des usagers mérite d’être prise en compte dans le développement d’une nouvelle structure, tout comme la possibilité que des intervenants sociaux soient accompagnés par des travailleurs non professionnels (anciens usagers ou personnes en voie de réinsertion, par exemple). Les attentes liées à un local d’injection ou à une salle de consommation de drogues illégales au sein de l’espace d’accueil ont été modestes au vu de l’absence à ce jour d’une telle offre à Lausanne et de l’association de cette prestation à une structure de type bistrot social dans l’historique lausannois18, ce qui s’explique en grande partie par le fait que le but de l’enquête n’était pas de connaître les attentes et besoins en termes de local de consommations et que ce point n’était pas abordé explicitement. Cela dit, le fait que ce point n’ait pas été mentionné plus souvent spontanément évoque peut-être aussi une certaine résignation des usagers face à cette prestation spécifique et laisse envisager que le projet actuel d’espace d’accueil est bien compris par la population concernée et ne porte pas à confusion quant à ses objectifs. Contrairement à d’autres villes suisses19 et malgré un intérêt de plus en plus manifeste pour ce type de structure au sein du réseau suisse de prise en charge de l’alcoolo-dépendance, aucun espace d’accueil de jour bas-seuil ne tolère la consommation d’alcool au sein du DSB lausannois, à l’exception de la Terrasse qui est mise en place de façon ponctuelle sur les mois d’hiver. La tolérance de la consommation d’alcool a donc été l’objet d’une attention particulière, cette option déterminant en grande partie le concept de l’espace d’accueil à créer, tant dans sa philosophie (tolérance versus abstinence) que dans sa fonction au sein du DSB (diminution du seuil d’accès,
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Huissoud T, Gumy C, Dubois-Arber F. Toxicomanie dans le canton de Vaud: période 2008-2011. Les besoins des consommateurs de drogues: analyse et priorisation de ces besoins par les professionnels du réseau et besoins exprimés par les personnes concernées. IUMSP : Raisons de santé. Lausanne; 2011. 18 En 2007, un projet couplé d’espace de consommation de stupéfiants et de bistrot social a été présenté par la Ville de Lausanne et soumis au vote populaire. Ce projet a été refusé le 8 juillet 2007 à 54.63%. 19 Entre autres exemples, Berne avec La Gare, Zürich avec t-alk ou Olten avec la Stadtküche.

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complémentarité avec d’autres structures). Malgré l’existence d’habitudes de consommation d’alcool variées20, il est avéré que la consommation d’alcool au sein de la population fréquentant l’espace public lausannois est importante21 et il était envisageable de rencontrer une volonté marquée quant à un espace d’accueil tolérant la consommation d’alcool. Les résultats sont plus pondérés. En effet, si la majorité souhaite un espace d’accueil avec tolérance de la consommation d’alcool (que l’alcool y soit vendu ou qu’il soit possible d’y amener ses consommations), les craintes exprimées quant aux abus liés à sa consommation et la volonté manifeste que la quantité et le type d’alcool toléré soient réglementés nuancent les propos. Le lieu, tel que présenté, doit tolérer l’alcool à la condition de contrôler sa consommation. En plus d’un règlement et d’une limitation dans les consommations, un programme de consommation contrôlée d’alcool adapté aux structures à bas seuil par des professionnels formés apparaît comme une option pertinente à même de parer à une consommation abusive et aux difficultés associées. Une offre de ce type apparaît cela dit pertinente à la condition que la participation à un programme ou la possibilité de discuter de sa consommation se fasse à la demande de l’usager et ne soit pas un pré-requis pour fréquenter l’espace d’accueil. Le discours majoritaire va dans le sens de la tolérance de la consommation de tabac. Ce résultat est à mettre en lien avec la forte proportion de fumeurs parmi les répondants, proportion fidèle à la population cible22. La possibilité d’un lieu tolérant le tabac, du moins en partie, tel qu’il en existe d’autres au sein du DSB lausannois (pour exemple, le Passage ou la Pastorale de Rue) est à considérer. Une demande, plus marginale, d’un lieu non fumeur existe toutefois et il apparaît comme pertinent de créer une structure offrant un espace fumeur ainsi qu’un espace non fumeur. L’espace d’accueil est généralement présenté comme destiné aux populations marginalisées plutôt qu’à l’intention du tout public. Ce constat se voit soutenu par le souhait explicite d’avoir accès à « un lieu à soi dépourvu de préjugés ». L’existence de discordances entre sous-groupes selon le type de consommations, comme nous en avions fait l’hypothèse, n’est pas manifeste. Le lieu à venir est envisagé comme un lieu interdisant la consommation de substances illégales mais destiné tout autant aux personnes toxicodépendantes qu’aux personnes non directement concernées par la consommation de drogues illégales. Des tensions sont en revanche explicites à l’égard des Roms, sous-groupe particulier de personnes marginalisées susceptible de fréquenter un espace d’accueil. Bien que la problématique des mineurs marginalisés soit peu évoquée, la mention ponctuelle de ce sous-groupe souligne que sa présence au sein de l’espace d’accueil doit être envisagée et anticipée. Une tendance claire apparaît quant à la localisation idéale d’une nouvel espace d’accueil puisque la grande majorité souhaite un lieu centré dans la ville, voire proche de la Place de la Riponne ou même à la Place de la Riponne. Cette demande est d’une part liée à une volonté manifeste de proximité avec la Place de la Riponne et certaines structures du DSB (Soupe Populaire, Passage, Pastorale de la Rue, Marmotte) et d’autre part liée à une volonté explicite que la structure soit facilement accessible. Notons que si une localisation au sein même de la Place de la Riponne n’est pas présentée
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Selon le rapport de F Labhart, L Notari et G Gmel (Consommation d'alcool dans l'espace public: Etude de terrain auprès des personnes marginalisées de Lausanne et d'Yverdon-les-Bains. Lausanne: Institut suisse de prévention de l'alcoolisme et autres toxicomanies (ISPA); Institut für Sucht- und Gesundheitsforschung Zürich; 2010. Rapport N°47), la consommation d’alcool parmi la population de la Riponne se répartit en deux tendances : les personnes abstinentes ou proches de l’abstinence et les personnes avec une consommation d’alcool considérée comme nocive. 21 Selon le rapport de F Labhart et al, la médiane de consommation quotidienne équivaut à 1 litre de bière standard parmi les personnes fréquentant la Place de la Riponne, 42.4% boit quotidiennement, 57.7% consomme de l’alcool au moins une fois tous les deux jours. 22 Ce constat est relatif aux observations des professionnels travaillant avec cette population. Aucune donnée chiffrée n’est à disposition, les études se concentrant sur la consommation de psychotropes uniquement.

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comme une condition, cette option pourrait avoir un effet plus direct sur les rassemblements actuels sur cette place. La possibilité qu’un espace d’accueil se développe au n°16 de la Rue César-Roux apparaît par ailleurs comme une option envisageable. Au vu de l’histoire de cet immeuble destiné à plusieurs reprises à l’hébergement d’un bistrot social et d’un local d’injection, de sa proximité avec l’Hôtel de police et de l’absence d’animation urbaine dans ce quartier, les opinions ont été plus enthousiastes que nous ne l’avions imaginé. L’obstacle principal de cette option réside principalement dans une localisation à la limite du périmètre considéré comme le centre-ville. La complémentarité entre un espace intérieur et un espace extérieur apparaît comme une panacée sans être une condition de fréquentation. Les attentes en termes d’horaire d’ouverture sont variées et reflètent probablement la diversité des conditions de vie et de logement des répondants, les habitudes et besoins étant différents selon que l’on soit une personne sans domicile fixe, habitant en institution ou disposant de son propre appartement. Diverses tendances apparaissent toutefois : des heures d’ouverture diurnes, une ouverture matinale (8h ou 9h) pour permettre la transition avec la fermeture des centres d’accueil de nuit et une fermeture plus tardive (19h-20h) que dans les autres structures du DSB, notamment le Passage. Ces tendances sont probablement influencées par la proportion de personnes sans domicile fixe (près d’un tiers) au sein de l’échantillon. La fréquentation de la Terrasse a été abordée dans les entretiens dans la mesure où cette structure d’accueil de jour, bien qu’elle ait été mise en place comme mesure ponctuelle et provisoire, est une première expérience d’espace d’accueil de jour avec tolérance de la consommation d’alcool à Lausanne dont l’expérience depuis 2005 doit être prise en compte. Il apparaît que l’offre est en adéquation avec les attentes des personnes qui l’ont fréquentée, principalement puisqu’elle offre un abri chauffé, un lieu de socialisation, de discussion, une ambiance chaleureuse, un encadrement professionnel et la possibilité d’y boire une bière. Ces résultats vont dans le sens des attentes générales exprimées quant à un nouvel espace d’accueil de jour.

4.3 Nouvel espace d’accueil et fréquentation de l’espace public
L’analyse de la fréquentation de l’espace public et des comportements de va-et-vient met en évidence le rôle que joue l’espace public -plus particulièrement la Place de la Riponne- en termes d’espace de réunion et de socialisation et par-là même, comme le souligne Labhart et al23, « le caractère vital des places publiques pour ceux qui n’ont pas d’autres endroits où aller ». Le rôle que joue la Place de la Riponne en termes d’achat, de vente et de consommation de substances psychotropes est toutefois aussi présent. Au vu d’autres résultats récents24, ce rôle ne doit pas être sous-estimé. Ce constat permet de souligner que si un nouvel espace d’accueil peut être une alternative à l’espace public en termes de lieu de socialisation et d’agrégation, il ne peut avoir un impact direct sur le rôle que joue à ce jour la Place de la Riponne en lien avec la consommation de substances illégales ni sur les comportements de va-et-vient entre cette place et le DSB qui en résultent. Seule une offre complémentaire de local d’injection/inhalation, structure à ce jour absente du DSB lausannois, pourrait avoir un impact direct.
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F Labhart, L Notari et G Gmel, Consommation d'alcool dans l'espace public: Etude de terrain auprès des personnes marginalisées de Lausanne et d'Yverdon-les-Bains. Lausanne: Institut suisse de prévention de l'alcoolisme et autres toxicomanies (ISPA); Institut für Sucht- und Gesundheitsforschung Zürich; 2010. Rapport N°47. 24 Dans le rapport de F Labhart et al, plus de la moitié des personnes interrogées fréquentent la Place de la Riponne dans le but d’acheter ou de vendre des produits stupéfiants.

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Le fait que la Place de la Riponne soit perçue comme le point de référence à partir duquel un espace d’accueil de jour doit se positionner (généralement en s’en rapprochant mais parfois aussi en s’en éloignant) renforce l’idée que les répondants n’imaginent pas le lieu d’accueil à venir comme un substitut de la place publique mais comme un complément.

4.4 Nouvel espace d’accueil et DSB
La proximité du DSB comme deuxième critère de localisation souligne elle aussi l’importance de la configuration actuelle dans les schémas de pensée. Si un nouvel espace d’accueil est pensé comme complémentaire à l’espace public, il est aussi pensé comme complémentaire au DSB. Cette complémentarité apparaît au vu de la fréquence à laquelle l’offre actuelle - le plus souvent celle du Passage, de la Soupe Populaire et des structures d’accueil de nuit - est évoquée. La préexistence et l’utilisation, ne serait-ce que partielle, du DSB sont en effet souvent utilisées pour justifier les demandes en termes de prestations, d’horaire et de public cible et permettent d’expliquer l’attente d’un lieu 1) dont la première fonction serait d’offrir un lieu de réunion et de convivialité plutôt qu’un espace dévolu à une prise en charge sociale et/ou médicale ou à des prestations spécifiques (manger, se doucher, etc.), 2) permettant de couvrir des plages horaires actuellement non couvertes par le DSB, 3) ouvert à toute personne marginalisée (sans distinction liée aux consommations). Une reconnaissance ou même une satisfaction de l’offre actuelle du DSB, comme le suggère un rapport récent de l’IUMSP25, permet probablement d’expliquer une certaine raisonnabilité dans les besoins exprimés. Les quelques besoins d’ordre médico-pycho-social évoqués à travers les entretiens sont probablement en partie expliqués par une attente idéalisée de certains quant à une structure pouvant réunir en un seul lieu une offre exhaustive et complète, et en partie expliqués par des difficultés d’accès à certaines prestations plutôt qu’à des lacunes dans le réseau. L’existence d’attentes complémentaires à celles évoquées majoritairement suggère toutefois que des attentes variées pourraient voir le jour au moment de la mise en place d’un espace d’accueil, auquel cas elles devraient être réfléchies en complémentarité avec les différentes structures du DSB.

4.5 Conclusions
La bonne réception de l’enquête auprès du public cible ainsi que l’ensemble des résultats permettent de vérifier qu’il existe une attente quant à la création d’un espace d’accueil de type bistrot social et un intérêt à le fréquenter. Les attentes formulées vont dans le sens d’une structure professionnalisée et encadrante permettant un accueil à bas seuil à l’ensemble des populations marginalisées sans distinctions liées à la consommation de substances psychotropes et/ou aux dépendances associées. Il doit répondre à une fonction première d’agrégation et de socialisation et permettre aux usagers de s’y investir. Une localisation centrée dans la ville apparaît comme une condition. Un horaire d’ouverture complétant le DSB doit être envisagé, tout comme la possibilité de s’y restaurer et de pouvoir y fumer du tabac. La tolérance de la consommation d’alcool est une attente réelle bien que non unanime. Cette possibilité doit être envisagée parallèlement à un contrôle de la consommation et au développement de prestations en termes de réduction des risques liés à la consommation d’alcool.

25

Huissoud T, Gumy C, Dubois-Arber F. Toxicomanie dans le canton de Vaud: période 2008-2011. Les besoins des consommateurs de drogues: analyse et priorisation de ces besoins par les professionnels du réseau et besoins exprimés par les personnes concernées. IUMSP : Raisons de santé. Lausanne; 2011.

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ANNEXE 1 : GUIDE D’ENTRETIEN

AXE 1 : HABITUDES DE FREQUENTATION
Q1
RELANCE TERRASSE RELANCE RIPONNE RELANCE VA-ETVIENT

OU AVEZ-VOUS PRINCIPALEMENT PASSE VOS JOURNEES L’HIVER DERNIER ? Connaissez-vous la Terrasse ? Avez-vous fréquenté la Terrasse l’hiver dernier ? Pourquoi oui? Pourquoi non ? Que faut-il faire pour améliorer ce lieu ? Passez-vous une partie de vos journées sur la Place de la Riponne ou dans d’autres endroits de l’espace public ? Pourquoi oui? Pourquoi non ? Y allez-vous aussi l’hiver ou quand il pleut? Les jours où vous alliez sur la Place de la Riponne, y restiez- vous généralement toute la journée ? Pourquoi oui ? Pourquoi non ? A quelle heure y alliez-vous ? Les jours où vous alliez à la Terrasse, alliez-vous aussi à la Place de la Riponne ? Pourquoi oui ? Pourquoi non ?

AXE 2 : ESPACE D’ACCUEIL
Q2
SI LA VILLE DE LAUSANNE OUVRE UN ESPACE D’ACCUEIL DE TYPE BISTROT SOCIAL, QUE SOUHAITERIEZ-VOUS COMME LIEU ? (Quelle offre ? Quel fonctionnement ? Pour qui ? Où ?) Horaires d’ouverture ? Terrasse/espace extérieur ? Consommation alcool ? Tolérance tabac ? Présence intervenants sociaux ? Avis sur locaux de César-Roux 16 (distance, quartier) ? Tout le monde accepté ? Groupes spécifiques ? Consommation contrôlée d’alcool : intérêt pour discuter de la consommation d’alcool avec intervenants sociaux ou professionnels médicaux? Quelle implication des usagers (Groupe d’accompagnement, décoration, maintien du lieu, création de projets, etc.) ?

RELANCE OFFRE RELANCE LIEU RELANCE PUBLIC RELANCE CCA RELANCE : RÔLE

AXE 3 : FREQUENTATION FUTURE
Q3
RELANCE NUANCES

SI LA VILLE DE LAUSANNE OUVRE UN ESPACE D’ACCUEIL DE TYPE BISTROT SOCIAL, EST-CE QUE VOUS FREQUENTEREZ CE LIEU? Pourquoi oui ? Pourquoi non ? Seulement l’hiver ? Seulement une partie de la journée ?

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ANNEXE 2 : QUESTIONNAIRE SOCIODEMOGRAPHIQUE ET CONSOMMATIONS
A REMPLIR POUR CHAQUE PERSONNE INTERVIEWEE

N° :
ENREGISTREMENT  LIEU RECRUTEMENT :     Place Riponne Espace public, autre Passage Autre : ……………………………

DATE ENTRETIEN : ……./……./…………. ENQUETEUR(S) :  UNISET - MP  SP  Autre : ……………………………

DUREE ENTRETIEN ………min

LIEU ENTRETIEN :       Local UNISET/CR16 Place Riponne Espace public, autre Café/restaurant Passage/Terrasse Autre : ……………………………

PROFIL SOCIODEMOGRAPHIQUE
ANNEE DE NAISSANCE : 19___ SEXE :  Homme  Femme  Non

DOMICILE FIXE:  Oui

EMPLOI:  Emploi rémunéré (partiel ou non)  Sans emploi STATUT DE SEJOUR:      Nationalité suisse Autorisation d’établissement (C) Admission provisoire (F) Livret requérant d’asile (N) Autorisation de séjours (B)     Permis courte durée (L) Autorisation frontalière (G) Personnes à protéger (S) Sans-papier

CONSOMMATIONS
Est-ce que vous avez fumé au moins une cigarette par jour au cours des 30 derniers jours ?  Oui  Non

Au cours des 30 derniers jours, combien de fois avez-vous bu 6 boissons alcoolisées ou plus ? ___ fois par mois  Moins d’une fois par mois  Jamais

Quelles sont les autres substances que vous avez consommées au cours des 30 derniers jours ? Cannabis  Oui  Non Drogues dures (cocaïne, héroïne, crack)  Oui  Non Benzodiazépines non prescrites (Dormicum)  Oui  Non Méthadone achetée au marché noir  Oui  Non Etes-vous en traitement de substitution à la méthadone ?  Oui  Non

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ANNEXE 3 : PROTOCOLE DE RECHERCHE

A. Recrutement
Identifier une personne susceptible de participer à un entretien sur l’espace public (selon critères définis) puis lui demander si envie de participer à entretien concernant un « lieu d’accueil de type bistrot social » à Lausanne. Discours type : « Depuis des années, la Ville de Lausanne souhaite ouvrir un espace d’accueil de type bistrot social. Un nouveau groupe de personnes, avec qui UNISET collabore, travaille sur ce projet. Dans ce cadre, nous conduisons des entretiens pour connaitre vos attentes et vous donner la parole. Etes-vous intéressé à participer ?». Si les personnes approchées semblent inquiètes à l’idée de participer : spécifier qu’on ne leur demandera pas leur nom et que personne d’autre qu’UNISET et l’enquêtrice qui les accompagne n’aura accès à ce qu’ils nous disent. L’anonymat et la confidentialité des données seront respectés. Si les personnes approchées souhaitent savoir combien de temps l’entretien va durer : annoncer que le temps d’entretien est variable d’une personne à l’autre, dépend du nombre de choses qu’ils ont à dire. Compter une demi-heure, voir plus. Si les personnes approchées souhaitent savoir qui travaille sur le projet : mentionner qu’il s’agit de différentes institutions et les mentionner toutes: Fondation Les Oliviers, Fondation vaudoise contre l’alcoolisme, CHUV, Fondation ABS. Si les personnes approchées souhaitent savoir ce qu’on va leur demander : expliquer que l’entretien se concentrera surtout sur ce qu’ils souhaiteraient comme type d’espace d’accueil et sur comment se passent leurs journées habituellement. Si les personnes sont réticentes par rapport à un projet de bistrot social (agacement par exemple lié à un projet qui selon eux ne verra pas le jour) : leur expliquer que nous ne pouvons promettre que ce projet se mettra en place rapidement mais qu’il semble important de saisir l’occasion de donner leur avis. Ne pas donner de date mais dire qu’un projet sera proposé à la Ville après l’été. Pour pouvoir être au calme et ne pas être dérangé, proposer de faire entretien dans le local d’UNISET à la Rue César-Roux 16. Si refus de se déplacer, proposer une alternative : banc à l’écart ou café. Proposer de leur offrir un verre ou un repas dans un restaurant est une alternative si le lieu choisi peut garantir la confidentialité. Essayer de ne pas parler du sujet avant de commencer officiellement l’entretien, par exemple sur le trajet entre la Riponne et le local d’UNISET, ceci afin de ne pas perdre de l’information. Changer de sujet ou leur demander d’attendre un peu en leur expliquant pourquoi c’est important.

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B. Entretien
Une fois installés, proposer d’enregistrer l’entretien. Expliquer qu’enregistrer les discours permet d’avoir plus d’information que si nous prenions des notes et permet pendant l’entretien de mieux se concentrer sur ce qu’ils disent. Spécifier que les enregistrements et leurs retranscriptions seront sous clé, que seuls les enquêteurs y ont accès et qu’ils seront détruits une fois analysés. Si refus d’enregistrement, prendre des notes exhaustives (limitées cependant aux sujets qui nous intéresse) sur fiches ad hoc à disposition.

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Consentement oral : Une fois l’enregistreur enclenché (ou sans enregistreur le cas échéant), spécifier qu’ils ont accepté de participer à un entretien: « Vous avez accepté de participer à un entretien sur un projet de bistrot social à Lausanne, est-ce qu’il est clair pour vous que nous ne vous demanderons pas votre nom et que les données seront totalement confidentielles ? ». « Acceptez-vous de participer ? ». Annoncer que nous allons être parfois un peu directifs et leur couper la parole, qu’il ne sera pas possible de parler de tout si on veut répondre à la question centrale qui nous intéresse et si on veut ne pas leur prendre trop de temps. Spécifier qu’il sera cependant possible d’aborder d’autres sujets après l’entretien. Questions sociodémographiques et de consommation : Expliquer que nous avons besoin d’avoir quelques indications sur le profil des personnes qui nous répondent. Ces questions doivent être posées en fin d’entretien (une fois un contact et un climat de confiance établi). Eteindre l’enregistrement pour cette partie de l’entretien et signaler que nous coupons l’enregistrement. Si refus de répondre à une question : continuer l’entretien et respecter choix de ne pas répondre à certaines questions. Si interruption entretien, refus de continuer : accepter cette situation et demander si nous avons l’accord d’utiliser ce qui a déjà été dit. Fin entretien : Expliquer que l’entier des discours sera pris en compte et intégré dans un rapport qui sera soumis après l’été à la Municipalité. Fin entretien : Remercier vivement pour leur temps et leurs idées. Fin entretien : Mettre à disposition coordonnées de responsable de recherche et UNISET (fiche de contact).

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ANNEXE 4 : ANALYSE DE CONTENU, GRILLE D’ANALYSE

AXE 1 : HABITUDES DE FREQUENTATION
Cat. X
HABITUDES FREQUENTATION FREQUENTATION TERRASSE ? CONSIDERATION TERRASSE AMELIORATION TERRASSE FREQUENTATION RIPONNE/ESPACE PUBLIC ? RAISONS FREQUENTATION RIPONNE VA-ET-VIENT? RAISONS VA-ETVIENT

AXE 2 : ESPACE D’ACCUEIL
 Différencier le discours spontané (en jaune) du discours sur relance  NV = nouvelle catégorie de discours
Cat. X Cat. X
MODELE GENERAL, FONCTION PUBLIC HORAIRE TERRASSE EXTERIEURE IMPLICATION USAGERS ALCOOL TABAC INTERVENANTS SOCIAUX NV : PEUR ABUS/BESOIN ENCADREMENT REPAS LOCALISATION CESAR-ROUX 16

CONSOMMATION CONTROLEE ACOOL

NV : CANNABIS

NV : REGLEMENT

NV : AMBIANCE

NV : AUTRES PRESTATIONS

AXE 3 : FREQUENTATION FUTURE
Cat. X
FREQUENTATION ? POURQUOI ? QUAND ?

AUTRES DISCOURS  Nouvelles catégories
Cat. X
NV : SOUSGROUPES NV : LOCAL CONSOMMATION DROGUES NV : INTERACTION AVEC PASSAGE NV : MINEURS

OBSERVATIONS DE TERRAIN COMPLEMENTAIRES
RECRUTEMENT : ENTRETIEN :

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ANNEXE 5 : CITATIONS

Citations par thématique
Va-et-vient entre DSB et espace public
« Bah… j’y allais *au Passage+ surtout pour manger. (…) C’était uniquement pratique. J’y allais pas pour voir du monde et tout parce que je voyais plutôt les personnes en bas [à la Riponne] ». Répondant 6 « [Et puis quand tu venais ici [Passage] ou que tu étais à la maison, est-ce que tu allais aussi à la Riponne?] Ouai. [Tu arrives à dire pourquoi ?+ Pour voir du monde. Pour voir du monde, pour parler un petit peu et puis euh… la scène de la rue, tu vois, c’est quand même assez euh… comment est-ce qu’on pourrait dire, enfin y a du mouvement quoi. Moi qui suis toute seule et ben tu vois ça… ». Répondant 20

Fréquentation Place de la Riponne
« La Riponne ? Pour passer oui, pour passer. T’arrêter, dire bonjour à des gens que je connais, voilà. Rester là-bas tout le temps, tout le temps, non. (…) y a beaucoup de choses pour passer là bas, parce que c’est le chemin, pour passer au centre ville. C’est là-bas. Ouai ». Répondant 22 « Ouai, j’y vais, j’y vais souvent [à la Riponne]. [Pour voir tes amis justement?] Aussi pour acheter du matos ». Répondant 6 « Y a beaucoup de gens que je connais, pis voilà quoi. (…) Mais c’est très rare que je vienne à la Riponne. J’aime pas ce quartier, j’aime… déjà avant St-Laurent je détestais ça. Ça manque de décence, ça manque de la plus élémentaire pudeur. C’est un… c’est honteux, c’est scandaleux ». Répondant 9

Considérations Terrasse
« *Qu’avez-vous pensé de la Terrasse ?+ Ben que c’était bien d’avoir un lieu chauffé en hiver. Où on puisse discuter pis boire une bière. C’était pas mal ». Répondant 8 « J’pense que le local du bistrot social devrait être beaucoup plus grand que la Terrasse. Parce qu’on était vite… avec la buée l’hiver, avec l’odeur, les afflux d’alcool…. C’est quand même relativement petit. C’est une population de gens, que ce soit eux ou moi, on n’aime pas spécialement être euh… on n’a pas le contact facile pis ça monte vite quoi. Donc un endroit qui serait plus grand, je pense que ça améliorerait pas mal de choses quoi ». Répondant 16 « Et ce qui est dommage c’est que c’est *la Terrasse+ à côté du Passage. Donc les gens ils vont pas là parce que c’est au Passage, pis y a des gens qui veulent pas aller au Passage. Donc je pense qu’il faut différencier ». Répondant 16

Alcool
« L’alcool euh… dans une limite, moi je vois pas de problème, hein. C’est clair que celui qui arrive avec deux bouteilles de whisky, pas lui laisser ses deux bouteilles d’alcool fort à coté de lui et puis qu’il boive à la bouteille, voilà. Ca, je trouverais inadmissible. Par exemple, celui qui arrive avec six packs de bière, il pose son six packs par terre, il en prend une, la boit tranquillement, moi je vois pas de problème à ça tant qu’il ne crée pas de problème ». Répondant 3 « Oh moi si je peux venir prendre ma bière euh…ça m’arrangerait quoi. Mais disons, pas que les gens viennent avec quinze bières, pis qu’ils restent tout la journée là-bas à boire pis qu’ils causent des problèmes, quoi. Peut-être aussi mettre une limitation ». Répondant 8 « Ben sans alcool ça va être dur pour certaines personnes, quoi. Si c’est un bar social sans alcool… c’est sûr, faudra pas qu’il y ait de l’alcool fort parce que voilà ». Répondant 17 Mais j’pense que, ouai, faut l’interdire *l’alcool+. C’est, c’est la prévention en fait, si on l’autorise, on va… y en a qui viendrait que pour ça quoi, ça serait même plus un lieu de rencontre ou de partage ou euh… y en a qui vont se fâcher, ouai, j’sais pas». Répondant 21 « Moi je… moi je bois pas d’alcool, alors j’irai même jusqu’à dire pas d’alcool dedans, tu vois ? (…) ouai peut-être sans alcool ou alors un verre d’alcool et c’est tout ». Répondant 15 « Non faudrait l’acheter *sur place+. Sinon après il peut y avoir du business d’alcool (…) Et puis surtout après on peut trafiquer ses bières en mettant du Gin dedans et compagnie. Donc je pense qu’il faudrait l’acheter là-bas. En faisant des prix pas trop cher. Mais ça serait mieux de… d’après moi de ne pas accepter des boissons venant de l’extérieur. Ou bien de pouvoir les laisser dans une consigne. Et aussi avoir des alcotests et tout, pis de voir le degré d’alcool s’il est complètement HS pour rester ». Répondant 6

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ANNEXE 5 : CITATIONS Programme de CCA
« Bon, moi j’dirais, si y a une personne qui… j’dirais, qui reste un petit peu en retrait, pas qui s’impose vers les personnes qui boivent de l’alcool pour leur dire « C’est pas bon, patati patata »... Non, ça j’suis pas d’accord. Mais si tout d’un coup y a une personne qui a des problèmes d’alcool pis qui aimerait diminuer ou un truc comme ça, s’il y a une personne avec qui elle peut discuter de ça, c’est un atout, moi j’trouve ». Répondant 3 « Moi j’pense qu’il faut en parler *de la consommation d’alcool+, ouai. Parce qu’il y a beaucoup de gens comme tu sais qui arrêtent l’héroïne ou tous ces produits et pis qui tombent dans l’alcool, vraiment y en a, j’suis surprise de la différence d’y a dix ans en arrière et puis maintenant, quoi ». Répondant 20 « S’ils ont envie, si « eux » ils ont envie. Et pas si nous on imagine que peut-être il y aurait quelque chose à dire. C’est l’inverse en fait, c’est pas un intervenant ou une personne employée qui va aller vers la personne et lui demander « Mais pourquoi ? Et qu’est-ce qui fait que tu bois maintenant ? Pis comment ? ». C’est la personne qui après x consommations d’alcool peut se dire « Ouai, ben maintenant je parlerai avec quelqu’un, là j’ai quelque chose à dire ». Répondant 23

Tabac
« Donc ça faudrait voir, peut-être, ben suivant le voisinage, ben mieux vaudrait laisser la cigarette à l’intérieur pis au moins pas faire de bruit, quoi ». Répondant 6 « Ouai, si on peut fumer ouai, c’est bien. Parce que s’il y a l’alcool, les gens aimeraient fumer à côté, ça c’est inévitable. C’est clair si on peut fumer c’est un truc en plus. (…) Peut-être ouai un coin fumeur ou si y a un coin extérieur pourquoi pas sur la terrasse pis l’hiver qu’on puisse fermer. Je sais pas, essayer d’adapter une terrasse qui puisse se fermer l’hiver pis l’été ouverte puis fumer dehors, quoi. Ca serait bien. C’est pour pas non plus fumer un peu partout quoi. Parce que si y a de la nourriture, tout ça, pas tout enfumer non plus, c’est pas l’hôtel ». Répondant 8 « La plupart des gens qui sont toxicomanes, ils fument. Le 95% il fume, ils ont été des fumeurs et ils boivent aussi quoi. Donc si on leur interdit tout ce qui peut euh… tout ce qu’ils aiment, ils n’auront pas envie d’y aller. (…) Parce qu’après ils ont quoi comme plaisir déjà que y a tout qui est interdit. Ce qu’on a le droit c’est de consommer, de, de fermer notre gueule et pis payer… donc je sais pas, autant que ces gens, qui ont plus rien à perdre, qu’ils aient au moins un peu de… qu’ils se sentent au moins libres de fumer si ça leur fait plaisir, de fumer des cloppes ». Répondant 10 « Si il faut qu’il y ait un coin parce qu’il y a des gens qui sont anti-fumée, c’est grave pour eux, enfin qu’il y ait un coin qui les préserve, mais qu’il y ait un coin fumeur. Et un grand coin fumeur ». Répondant 23

Localisation
« [Ici [Rue César-Roux 16+, c’est loin ?+ Moi personnellement… non. Parce que moi j’ai toujours marché dans ma vie, ça me gène pas de faire 1 kilomètre ou 800 mètres, au contraire ça me fait du bien. Mais y a des gens… de monter depuis la Riponne au bus [Distribus+ chercher des seringues, c’est trop loin, alors vous voyez le problème ». Répondant 3 « C’est plus… il *immeuble César-Roux 16+ est bien situé, quoi, parce qu’il est au centre ville mais c’est question qu’il y a la route. C’est le seul reproche que j’ai, mais c’est pas un reproche. Il faut juste mettre un panneau indiquant « attention à vous » en sortant, en traversant la route ou même l’hiver mettre un autre passage piéton ». Répondant 5 « Au centre ville et tout, qu’on n’ait pas besoin de prendre trois bus pour y aller ». Répondant 6 « Ouai, assez près de la Place [de la Riponne], quoi. Les gens aiment pas se déplacer très loin quoi, on voit que ça les embête, même pour aller au Passage, y en a ils y vont pas parce que ils trouvent que c’est trop loin ». Répondant 8 « Où dans la ville ? Ouh alors là faut que j’y réfléchisse un petit moment. Le Passage est pas un mauvais endroit. Mis à part qu’il est juste en face de l’hôtel de police. *…+ Euh… parce que justement c’est plus ou moins centré, ça serait en plein milieu du bois de Sauvablin, les gens ils iraient pas ». Répondant 9 « Mais moi je dirais, euh, vu qu’il y a plein de choses qui se passent au Flon, où il y a le M2 là, là ça serait bien d’avoir un bistrot social. Parce que là y a plein de choses qui se passent et tout ». Répondant 11 « Peut-être que si c’est justement un petit peu loin du centre, y a plus de tranquillité. Pis ça fait aussi sortir les gens de justement ce centre où ils sont tout le temps. Ça ferait peut-être du bien, ça ferait un peu des… des vacances cérébrales ». Répondant 13 « Mhm je pense pas en ville, au centre ville, parce que c’est vraiment la base de tout euh, tout le trafic. Plutôt vers une zone où c’est calme, où on peut être aussi un peu apaisé, peut-être dans la forêt, pas dedans mais au bord de la forêt ou… vraiment dans les hauteurs, quoi ». Répondant 21

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ANNEXE 5 : CITATIONS Terrasse extérieure
« Sans terrasse… Du moment qu’il n’y a pas de terrasse pour moi c’est comme s’il y avait une fermeture, en fait. Faut toquer à une porte pour rentrer. Donc euh… ça met déjà un frein. C’est peut-être bête ce que je dis, mais au Passage y a la terrasse, t’as des gens ils rentrent pas dans le Passage, ils vont juste chercher un café mais ils restent dehors, ça permet d’être là mais sans que je me montre trop ». Répondant 16 « Mais comme je disais, là faudrait presque plus de personnel pour surveiller niveau terrasse, parce que c’est vrai que sur un niveau terrasse y a beaucoup plus de choses qui se passent que dans un endroit fermé. Alors si y a le personnel pour les deux, d’accord ». Répondant 3

Intervenants sociaux
« Pour gérer des budgets, pour euh… pour demander où est-ce qu’on peut demander de l’aide pour ci, pour ça, pour trouver des appartements et tout, ouai ça pourrait être pas mal ». Répondant 6 « Les intervenants sociaux c’est des pauvres diables ! Je les plaints. (…) *Mais alors t’entends quoi par surveillant ?] Il faudrait des gens qui sachent ce que c’est et qui sont sortis… et qui sont sortis de ce monde. Comme moi quand j’étais à la Pastorale ». Répondant 9 « Ce qu’il *un intervenant social+ pourrait apporter… déjà un, leur interdire de consommer à l’intérieur déjà et pis du genre donner de l’aluminium, donner des seringues, mais pas pour dedans le bistrot, pour à l’extérieur, qu’ils aillent se faire ça ailleurs, c’est tout quoi. Pis qu’on ait un bistrot super sympa, ça c’est… voilà. C’est tout quoi. Et pis euh bah discuter quoi, voilà. Si y a un truc qui va pas ben tu vas discuter quoi ». Répondant 11 « Ben des gens qui sont qualifiés, à part ça. Par exemple… un éduc, comme vous, mais de rue ». Répondant 14 « Parce que par exemple, ouai, dans toutes les institutions, que ce soit le Levant, les Oliviers ou le Passage, il y a des extoxicomanes qui travaillent. En étant plus toxicomanes. Mais, mais je pense que c’est bien d’avoir les deux. Ceux qui ont fait l’école, pis ceux qui n’ont pas fait l’école quoi. Parce que je trouve qu’avec cette population, le fait qu’il y ait des gens quand même qui ont été là-dedans, ça tempère parfois, parce que les livres c’est bien mais on n’apprend pas toujours. Je pense qu’on est bon ou on n’est pas bon ». Répondant 16 « Euh de… parce qu’ils *les intervenants de rue+ ont beaucoup de ressources dans les logements, les structures, par exemple Tamaris, tous ces choses là pour… en fait c’est comme en intermédiaire, ils ont beaucoup de… de contacts qu’ils peuvent amener à tout le monde en fait, qu’ils puissent partager toutes les adresses avec plein de monde pour euh… ». Répondant 21 « Euh… comme un help point, hein. (…) C’est euh… y a un *intervenant social+ ou une ou des qui sont dans un coin ou bien disponibles à tel moment de la journée ou à tel moment pour… en cas de… sans être mêlés à la foule locale automatiquement tout le temps. Mais s’il y a un coup dur, s’il y a un problème, là qu’on puisse se dire « Ben tiens voir, ça, il sait ou elle sait ». Comme une borne d’ordinateur où on peut aller repérer des trucs ». Répondant 23

Implication des usagers
« (…) par exemple s’il y a de la vaisselle à faire, moi j’trouve tout à fait normal que quelqu’un donne un coup de main à faire la vaisselle. Ou balayer en fin de journée, sortir les poubelles, vu que c’est déjà un café qui sera mis pour des personnes rebues de la société, j’dirais hein, vu qu’on n’est pas acceptés partout ». Répondant 3 « Même si c’est pas… même si c’est réparer un robinet, quoi. Au moins ça va plus couler mais… Tu sais les gens qui sont à la rue, chacun il a fait un métier ». Répondant 5 « Pis après tout le monde… on a tous deux mains et pis euh j’pense qu’on a tous quelque chose à faire. Donc euh de toute façon, au lieu de s’emmerder sur la Place, j’trouve qu’on aurait tous quelque chose à faire ». Répondant 7 « Créer une sorte de cercle où eux *gens qui se retrouvent dans la rue+ ils pourraient devenir acteurs un peu de… un peu acteurs du lieu de résidence, où chacun pourrait faire quelque chose. (…) Pas forcément qu’ils soient payés mais euh…. On pourrait leur donner quelque chose ou je sais pas…. Qu’ils aient quelque chose à faire ou qu’ils puissent se sentir un peu utiles à quelque chose, quoi. Ouai, je pense que ça serait bien ouai. Pas des professionnels qui fassent tout de A à Z (…)». Répondant 10. « J’pense ouai que ce serait aussi euh, peut-être que ça pourrait leur faire plaisir de participer à quelque chose, un projet ou une idée ou… qui… y en a beaucoup qui se sentent rejetés comme je disais avant, qui sont dans la rue alors si on peut leur dire « oh est-ce que tu veux participer ou donner des idées » je pense que ça leur donne une petite valeur d’eux-mêmes de dire « ah ben tiens, on m’a proposé, j’suis content ». Des choses comme ça ». Répondant 21

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ANNEXE 5 : CITATIONS Modèle général
« Où tu peux inviter tes copains boire un verre. C’est ce qu’on demande. Ça serait dans les alentours ». Répondant 14. « Un endroit… pas trop fliqué, hein. Euh… pas raciste. Ni en âge, ni en couleurs, qui entend les gens. Et puis où on peut décrocher, où il y a de la musique. Quelque chose de… de bon marché à boire et peut-être à fumer. Pas forcément de l’alcool. Mais que ce soit accessible. Oui, enfin. Euh… bon on peut acheter pas euh, pas forcément une cigarette mais euh pas un paquet de cigarettes mais peut-être les cigarettes à la pièce. Où on accepte qu’il y a des gens qui fument pis qu’il y a des gens qui fument pas. Où on accepte que les gens ont besoin de se reposer aussi, donc qu’il y ait un coin de repos. Où on peut décrocher de la vie. On peut se reposer. On peut rencontrer des gens, on peut jouer peut-être à des jeux, je sais pas (…)». Répondant 23 « Au moins qu’il y ait la possibilité quelques heures par jour d’avoir un endroit au chaud. Un peu agréable, un endroit un peu à soi, c’est déjà ça notre raison principale ». Répondant 6 « C’est pas qu’un problème d’alcool, moi j’me fous même si y a pas de l’alcool, il faut plus que les gens puissent venir et puissent poser leur problème sans… sans être intimidés et sans que… sans qu’ils aient un pistolet sur la tempe (…) ». Répondant 7

Prestations
« (…) puis y a aussi une autre chose que je trouve bien, c’est que, je sais pas ce qu’ils donnent, si c’est les premiers secours ou… mais je trouve qu’il devrait y avoir un suivi de la part de ces personnes, quitte à ce qu’il y ait un médecin ou un assistant médecin qui vienne faire un stage là, parce que y a des fois des trucs... moi j’ai vu des choses effroyables, des gens avec des plaies épouvantables ». Répondant 15 « Qu’est-ce qu’il pourrait y avoir de plus ? Un billard ! Des fléchettes aussi, mais c’est un peu dangereux ». Répondant 6 « Moi j’pense… alors c’est peut-être horrible ce que je vais dire mais des activités pour, pour donner du bien-être à ces gens quoi, pis même à moi. Je sais pas, du style un qui fait des massages ou euh, par exemple y a beaucoup de femmes… quand on est toxicomanes on perd notre féminité, une femme ou une esthéticienne… » Répondant 16 « Le problème c’est qu’il y a déjà tellement entre le Point d’eau, le Passage, y a tellement d’associations qui font des choses, qu’on sait pas tellement quoi proposer, en fait. C’est ça ». Répondant 16 « (…) juste aussi des trucs à manger comme ça voilà. Pas grand chose, bon ». Répondant 19 « Ouai, je pense une petite… des petites truc comme ça à manger ça serait bien aussi. Ben oui si c’est un bistrot ou un lieu social, tu vois il faut que les gens puissent trouver un… j’veux pas dire qu’ils puissent aussi se doucher mais pourquoi pas, tu vois. (…) Mais bon là ça resterait un bistrot, faut peut-être pas tout mélanger non plus, hein ». Répondant 20 « Ou quelqu’un qui vient présenter un projet personnel ou faire partager une idée sur la drogue ou le sujet, quelqu’un qui s’est en sorti, par exemple. Qui puisse aussi faire partager. (…) Aussi pas qu’on ait ce regard là sur cette terrasse, on dit « ah voilà, ça c’est la terrasse des toxicomanes », alors on peut aussi par exemple je sais pas, faire comme je disais, des ateliers, qui occupent à autre chose, de la peinture, par exemple, qui occupe autre chose qu’à fumer ou à… euh ouai vraiment quelque chose qui… ouai, qui soit constructif ». Répondant 21 « Ben je pense qu’il manque surtout…ben ça tout le monde le sait, c’est un local d’injection, hein. J’veux dire y a pas de… les toilettes à coté de la Riponne et tout, j’sais pas pourquoi les gens continuent à aller se shooter là-bas dedans, c’est vraiment dégueulasse. Mais c’est surtout ce qu’il manque. Il faudrait un bistrot social et à côté il faudrait un local d’injection ». Répondant 6

Horaire
« Mais euh… moi je trouverais assez cool par exemple quand c’est fermé, euh de 2h à… à je sais pas, à 20h quoi. Après voilà y a la Soupe *Populaire+ quand même. C’est ça l’histoire. Faudrait que ce soit un enchaînement, que les gens puissent être bien quoi. [Tous les jours ?] Ouai. Oui parce que malheureusement ben les marginaux, que ce soit lundi ou dimanche euh, c’est la même chose hein ». Répondant 16 « Ben j’pense euh tôt le matin dès 8h, j’pense euh 17h l’après midi. Parce que y en a qui dorment à la Marmotte alors il faut qu’ils se lèvent tôt et puis ils galèrent pendant 2h avant que le Passage il ouvre ou qu’ils trouvent quelque chose à faire. Pis ça j’pense ça éviterait de les amener à traîner à la Place en attendant ou à… je pense beaucoup aux toxicomanes ou aux alcooliques enfin tout ça quoi, exprès justement pour les gens qui fréquentent le Passage aussi quoi, que ce serait bien de les… éviter de vraiment traîner en allant… si c’est ouvert tôt c’est bien les gens ils peuvent venir ». Répondant 21 « Ben je pense que ça devrait être ouvert 24h sur 24. Toute la journée et la nuit. *…+ *Pourquoi la nuit ?] La nuit ? Ben parce que y a des gens qui ont rien à faire la nuit quoi. Euh… parce qu’il y a des jeunes qui la nuit ne savent pas où aller. Ils auraient besoin de trouver un peu de chaleur. Un endroit qui pourrait un peu unir les gens. Je pense que ça serait bien que ça soit ouvert tout le temps, quoi ». Répondant 10

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ANNEXE 5 : CITATIONS Public
« Ben… pour tout le monde. Je vois pas… tous ceux qui oseraient y entrer en tout cas ». Répondant 6 « Ben moi j’aimerais que ce soit pour les gens de la Riponne et la Gama, pour ceux qui vont pas dans des structures. Vraiment. Pour les populations qui sont tox depuis longtemps dans cette ville, quoi. Pas euh… De nouveau on dirait qu’il y a que les Rom, les sans-papiers qui ont compris qu’on pouvait demander de l’aide. Pis profiter des structures. Mais les autres ils ont… je comprends pas pourquoi ils veulent pas ». Répondant 16 « Moi je pense qu’il y a aussi le bistrot pour les gens qui ont les moyens, qui ont le travail, tout ça et puis les gens qui sont dans le besoin, par exemple justement les toxicomanes ou ceux qui ont juste une dépendance à l’alcool et tout ça. Qu’il y ait justement une terrasse pour eux pour pas qu’ils soient vus. (…) leur donner un endroit où ils sont acceptés sans, sans préjugés, sans rien du tout quoi, ça serait très très intéressant quoi ». Répondant 21 « C’est ça et pis si vous pouvez accepter les mineurs, ben faites le, parce qu’eux ont besoin d’aide et pis là vous les aurez sous la main, et vous pourrez les aider, sinon il a toujours un crétin derrière pour… » Répondant 1 « Si c’est euh pas dans le cadre justement de Gama et en bas à la Riponne, euh après tout va très bien. (…) j’pense que si on les décolle de là pis on les met dans un même lieu tous ensembles ça se passe très bien ». Répondant 13

Encadrement- Règlement
« Et si la personne se fait chopper *en cas de consommation de drogues ou de deal+, moi je dirais qu’elle mérite une sanction. Mais pas une sanction de 12h ou 24h d’exclusion, hein. Pour moi il faudrait mettre 2-3 mois pour que ça leur serve de leçon, parce que si vous mettez 24h, la personne elle en n’a rien à foutre parce qu’elle sait que le lendemain elle peut revenir. Par contre si vous mettez 2 mois ou 3 mois ça la fera réfléchir, voilà ». Répondant 3 « Alors moi je dirais le règlement déjà, pas de drogue à l’intérieur. Vous allez faire ça ailleurs. (…) Autre règlement : pas de bagarre, cool, peace and love. Et pis euh… ben une troisième règle, je dirais, je dirais pour l’âge des gens qui viennent. Voilà parce qu’il y a des jeunes quand même qui se saoulent la gueule et tout et pis qui après ils font des comas. Pis j’ai pas envie de ça, quoi. Enfin j’aurai pas envie de ça quoi ». Répondant 11 « Ben de toute façon il faut qu’il y ait quelqu’un qui surveille oui, parce que s’il n’y a pas de surveillance, ça va être une anarchie totale. Les gens ils feront n’importe quoi et ça n’ira pas. Alors c’est vrai qu’il faudra qu’il y ait quand même des gens pour encadrer. Style UNISET, comme l’année passée *en référence à la Terrasse+, des intervenants et puis celui qui fait des problèmes, ne pas hésiter à lui mettre une sanction et à le mettre dehors ». Répondant 3 « (…) qu’il y ait quand même une gestion, que ça soit pas du laisser aller complètement parce qu’après, ça sera plus le bistrot social, ça sera le squat social ». Intervenant 12

Fréquentation future
« Oui ben comme j’ai dit, moi ça… tout dépendrait des gens qui y seraient, quoi. Si…après on sait qu’on y va et puis qu’on voit quelqu’un… Moi c’est aussi pour ça que je passe à la Place *de la Riponne+, c’est que je sais que même le dimanche si j’y vais, et ben j’vois quelqu’un que je connais et tout ». Répondant 6 « Alors là je suis incapable de vous dire. Parce que moi je suis quelqu’un qui « hop » sur le moment. Vous voyez quoi ? (…) Mais en tout cas, si ça s’ouvre et pis que je vois que c’est un peu dans mon optique des choses, alors effectivement y a bien une fois par semaine où je passerai. Mais je reste un peu sur ma réserve parce que, encore une fois, il n’est pas encore fait ». Répondant 15 « Mais l’hiver plutôt, ouai. J’pense que l’été ça dérange moins qu’il n’y a pas de, de choses qu’on… à part quand il commence à roiller et que le gars avec son sac à dos et pis ses chiens, pis voilà quoi, il sait pas où aller. Mais… il trouve toujours quand même ». Répondant 16 « [Et puis si la Ville de Lausanne elle ouvre un lieu de type bistrot social, vous vous le fréquenterez ?] Oui, je pense oui. C’est… c’est sympa quoi de savoir que, y a pas toujours les mêmes restos, les mêmes têtes, les mêmes réglementations que, qu’il y a aussi des consommateurs ben qui savent vivre, qui veulent vivre malgré qu’ils sont tombés bas dans leur vie. On se soutient, on peut comme je dis partager des choses et… et ouai je serais très contente de voir… » Répondant 21

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