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MARIAGE POUR TOUS ET DEMOCRATIE

La position qui consiste à dire, quelle que soit son opinion personnelle sur le sujet, que l’on ne voit pas d’inconvénient à accroître les droits d’une catégorie de la population tant que cela ne contrevien t pas aux miens me paraît juste . A ce titre les Eglise s n’ ont pas à interférer dans ce débat où une fois de plus elle s s’occupe nt trop des affaires de César au nom de celles de Dieu qui ne sont en rien menacées par ce qu’il est désormais convenu d’appeler le « mariage p our tous ». Il ne s’ag it pas ici de mariage religieux mais de mariage civil.

Car de quoi s’agit - il ? Nous sommes en démocratie et, depuis le 17 ème siècle, les sphères religieuses et laïques sont séparées. On voit bien , avec l’Islam, ce qu’il advient quand elles ne le sont pas. Etre en démocratie signifie que ce n’est pas l’Etat qui définit le bien ou le mal, le moral ou l’immoral, le permis ou le défendu mais la majorité (la tyrannie de la majorité dit Tocqueville, mais la tyrannie des minorités est bien pi re) . La Loi formalise ce que veut et/ou pratique la majorité. On peut penser que c’est le pire des systèmes car en effet il est a - moral, mais aussi qu’il n’y en a pas de meilleur car il préserve le bien le plus p récieux : la liberté.

Ce n’est pas naturel d it on également. M a is la nature humaine, et c’est ce qui la distingue du monde animal, n’est pas normative. Elle prédispose mais ne dispose pas. Nous sommes certes prédisposés sexuellement à la naissance mais l’on sait depuis Freud que l’éducation, donc la culture, va minorer considérablement l’influence de cette « prédisposition » en faveur d’influences cultur elles familiales et collectives qui vont dominer dans le développement psychique. Il faut bien un homme et une femme pour faire un enfant (le mariage pour tous ne change pas cette nécessité !) , ce constat est « naturel », mais dire qu’ il faut un homme et une femme pour l’élever relève de la culture.

La question des effets que produiraient sur le développement de l’enfant le fait d’être éduqué par d es couples homo sexuels , sachant que l’enfant se développe par identification aux parents et non selon une poussée endogène qui serait peu s ensible aux influences externes , reste évidemment posée. Mais là encore où est la norme ? Pas dans la nature mais dans la culture, elle est donc relative. Et le relativisme culturel est à la fois le produit de la démocratie et sa condition.

Quant à l’adoption et la PMA, les refuser serait donner une importance exagérée à l’hérédité dans la no tion de paternité ou de maternité . Les psychanalystes sont bien placés (et payés) pour savoir qu’il ne suffit pas qu’un enfant soit biologiquement le nôtre pour être automatiquement aimé, accepté et correctement élevé.

E n conclusion s’il est tout à fait légitime d’ être contre le « mariage pour tous » par conviction morale ou religieuse pour soi - même , on ne peut pas être contre une liberté accordée à ceux qui ne partagent pas nos convictions. Le fondement de nos sociétés démocratiques repose sur la libert é de l’individu à condition que cette liberté ne limite pas celle d’autrui. Dès que l’on sort de ce principe on n’est pas loin d’une société totalitaire.