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ORCHESTRE DES JEUNES DE FRIBOURG

27 JANVIER 2013 – 3 ème concert du dimanche

Patrick Genet, violon

Direction : Théophanis Kapsopoulos

Formalisme, vous avez dit formalisme ?

L’URSS de 1948 voit paraître un décret célèbre d’Andreï Jdanov, secrétaire général du parti communiste,

dénonçant l’attitude bourgeoise fautive de certains compositeurs soviétiques bien connus. Chostakovitch, Prokofiev, Khatchatourian et Myaskovski sont ainsi accusés de « formalisme », un mot qui sonne un peu comme le jugement d’un épileptique convaincu de commerce

avec le Diable au Moyen-Age

motivations de ces accusations sont forcément brumeuses ; on veut avant tout maintenir sous parfait contrôle les velléités de ces créateurs audacieux et obtenir d’eux une musique en total accord avec l’image glorieuse que le parti veut se donner alors. Pour parvenir à leurs fins, les autorités en matière culturelle sévissent et nomment des personnalités de seconde zone à la tête de l’influente Union des Compositeurs. Zakharov, Khrennikov et Choulaki, des noms bien oubliés aujourd’hui, en font partie.

Les

La réaction de Prokofiev aux critiques très violentes émises à son encontre est assez emblématique du personnage :

très opportuniste par certains côtés, mais non dénuée de sarcasme. Dans sa prise de position écrite en forme de mea culpa, Prokofiev reconnaît

Antonio Vivaldi

Ouvertures de Giustino et de L’Incoronazione di Dario

Concertos pour cordes RV 156 et RV 149

Sergeï Prokofiev

Concerto pour violon et orchestre n. 2 en sol mineur

volontiers les faiblesses de sa musique soumise aux influences insidieuses de trop nombreuses années passées au contact de la culture occidentale. Mais, tout en critiquant la tentation des compositeurs de se laisser guider par l’aspect formel de l’écriture et non par la recherche du contenu, il a ces mots teintés de malice : « (…) De nombreux pièges guettent le compositeur : il peut facilement devenir vulgaire et trivial, ou ressortir un air déjà entendu. Aussi dois- je reconnaître qu’il est plus facile d’écrire une mélodie compliquée qu’une mélodie simple. Il arrive que le compositeur travaille trop longtemps sur une mélodie si bien qu’en fin de compte, elle devient trop longue ou trop inutilement compliquée. Il m’est arrivé de faire de telles erreurs. Il faut aspirer à faire des mélodies simples, tout en se gardant d’en faire des airs faciles ou des imitations bon marché. Les camarades Khrennikov et Co. pourraient alors en bourrer leur pipe et les fumer (…) » Au-delà de la pique glissée dans ces lignes, on remarque que Prokofiev défend l’idée principale de son métier de compositeur : un travail fondamentalement repensé de l’aspect mélodique. Au final, tout le contraire des préoccupations purement formelles dont l’accusent les têtes pensantes…

ORCHESTRE DES JEUNES DE FRIBOURG

Le 2 ème concerto pour violon op. 63 en sol mineur (1935), écrit lors des années de retour définitif vers sa patrie de sang, illustre à merveille cette caractéristique du style de Prokofiev. Si l’on pense aux immenses mélodistes qui l’ont précédé, Dvorak et Tchaïkovski en tête, on mesure la véritable innovation apportée par Prokofiev au travail thématique. Chez lui, la mélodie garde lyrisme et chaleur slaves, mais elle emprunte des tracés harmoniques inédits et remarquables en cela qu’ils ne perdent pas l’auditeur malgré une complexité non négligeable. Dans chacun des trois mouvements qui composent cette œuvre, on rencontre des idées qui rappellent ce travail d’orfèvre minutieux. Pourtant, une évidence apparaît rapidement lorsqu’on entre à pas discrets sur les pizzicatos de l’Adagio :

ici, l’émotion pure et absolue pure l’emporte sur toute autre considération musicale. Hollywood n’est pas loin, mais quel compositeur ne se pâmerait pas à l’idée d’écrire une si stupéfiante merveille… Un moment rare et unique dans la musique de Prokofiev, à ne bouder sous aucun prétexte « formaliste » !

Alexandre Rion

1948 erschien in Russland ein Dekret des damaligen russischen Parteisekretärs Andreï Jdanov, in dem dieser die falschen bürgerlichen Tendenzen einiger berühmter russi- scher Komponisten, wie etwa Schosta- kowitsch, Prokofiev, Khatchatourian oder Myaskovski anprangerte. Er bezichtigte sie des „Formalismus“.

anprangerte. Er bezichtigte sie des „Formalismus“. Mit diesen Anklagen bezweckte die Parteispitze die

Mit diesen Anklagen bezweckte die Parteispitze die vollständige Kontrolle über diese Komponisten zu erlangen. Man forderte eine pompöse Musik in völliger Übereinstimmung mit dem Parteiprogramm.

Prokofievs Reaktion auf die heftige Kritik gegen seine Person war typisch für ihn. Einerseits verhielt er sich opportunistisch, gleichzeitig aber auch sarkastisch. In einer schriftlichen Stellungnahme, ganz in Form eines mea culpa abgefasst, gibt der Komponist zwar zu, dass er sich zu sehr von der westlichen Musik hat beeinflussen lassen, zugleich wendet er sich aber mit ironischen Spitzen und boshaften Bemerkungen gegen parteitreue Komponistenkollegen, die den Parteilinien „formalistisch“ folgten und deshalb von der Parteispitze gefördert wurden. Aus seinen Antworten geht auch hervor, dass Prokofiev der Meinung war, dass der Komponist eben nicht nur das „Formale“ befolgen sollte, sondern vor allem immer auf der Suche nach der Melodie sein sollte.

Das 2. Konzert für Violine op. 63 in G moll zeigt diese Suche auf wundervolle Weise. Prokofiev geht hier noch weiter als seine Vorgänger Dvorak und Tschaikowski. Seine Melodien sind immer ganz lyrisch, mit slavischer Wärme, aber auch voller harmonischer Innovationen. Obwohl sie äusserst komplex sind, folgt der Zuhörer stets gebannt diesen filigranen Melodien. Die gefühlvolle Musik lässt bereits Hollywood erahnen und ist weit davon entfernt, formalistisch zu sein.

erahnen und ist weit davon entfernt, formalistisch zu sein. Nous avons besoin de votre soutien :

Nous avons besoin de votre soutien : n’oubliez pas la collecte !

(minima souhaités : adultes Fr. 20.- / étudiants + AVS Fr. 10.-)

ORCHESTRE DES JEUNES DE FRIBOURG

27 JANVIER 2013 – 3 ème concert du dimanche

Patrick Genet, violon

Direction : Théophanis Kapsopoulos

Formalisme, vous avez dit formalisme ?

L’URSS de 1948 voit paraître un décret célèbre d’Andreï Jdanov, secrétaire général du parti communiste,

dénonçant l’attitude bourgeoise fautive de certains compositeurs soviétiques bien connus. Chostakovitch, Prokofiev, Khatchatourian et Myaskovski sont ainsi accusés de « formalisme », un mot qui sonne un peu comme le jugement d’un épileptique convaincu de commerce

avec le Diable au Moyen-Age

motivations de ces accusations sont forcément brumeuses ; on veut avant tout maintenir sous parfait contrôle les velléités de ces créateurs audacieux et obtenir d’eux une musique en total accord avec l’image glorieuse que le parti veut se donner alors. Pour parvenir à leurs fins, les autorités en matière culturelle sévissent et nomment des personnalités de seconde zone à la tête de l’influente Union des Compositeurs. Zakharov, Khrennikov et Choulaki, des noms bien oubliés aujourd’hui, en font partie.

Les

La réaction de Prokofiev aux critiques très violentes émises à son encontre est assez emblématique du personnage :

très opportuniste par certains côtés, mais non dénuée de sarcasme. Dans sa prise de position écrite en forme de mea culpa, Prokofiev reconnaît

Antonio Vivaldi

Ouvertures de Giustino et de L’Incoronazione di Dario

Concertos pour cordes RV 156 et RV 149

Sergeï Prokofiev

Concerto pour violon et orchestre n. 2 en sol mineur

volontiers les faiblesses de sa musique soumise aux influences insidieuses de trop nombreuses années passées au contact de la culture occidentale. Mais, tout en critiquant la tentation des compositeurs de se laisser guider par l’aspect formel de l’écriture et non par la recherche du contenu, il a ces mots teintés de malice : « (…) De nombreux pièges guettent le compositeur : il peut facilement devenir vulgaire et trivial, ou ressortir un air déjà entendu. Aussi dois- je reconnaître qu’il est plus facile d’écrire une mélodie compliquée qu’une mélodie simple. Il arrive que le compositeur travaille trop longtemps sur une mélodie si bien qu’en fin de compte, elle devient trop longue ou trop inutilement compliquée. Il m’est arrivé de faire de telles erreurs. Il faut aspirer à faire des mélodies simples, tout en se gardant d’en faire des airs faciles ou des imitations bon marché. Les camarades Khrennikov et Co. pourraient alors en bourrer leur pipe et les fumer (…) » Au-delà de la pique glissée dans ces lignes, on remarque que Prokofiev défend l’idée principale de son métier de compositeur : un travail fondamentalement repensé de l’aspect mélodique. Au final, tout le contraire des préoccupations purement formelles dont l’accusent les têtes pensantes…

ORCHESTRE DES JEUNES DE FRIBOURG

Le 2 ème concerto pour violon op. 63 en sol mineur (1935), écrit lors des années de retour définitif vers sa patrie de sang, illustre à merveille cette caractéristique du style de Prokofiev. Si l’on pense aux immenses mélodistes qui l’ont précédé, Dvorak et Tchaïkovski en tête, on mesure la véritable innovation apportée par Prokofiev au travail thématique. Chez lui, la mélodie garde lyrisme et chaleur slaves, mais elle emprunte des tracés harmoniques inédits et remarquables en cela qu’ils ne perdent pas l’auditeur malgré une complexité non négligeable. Dans chacun des trois mouvements qui composent cette œuvre, on rencontre des idées qui rappellent ce travail d’orfèvre minutieux. Pourtant, une évidence apparaît rapidement lorsqu’on entre à pas discrets sur les pizzicatos de l’Adagio :

ici, l’émotion pure et absolue pure l’emporte sur toute autre considération musicale. Hollywood n’est pas loin, mais quel compositeur ne se pâmerait pas à l’idée d’écrire une si stupéfiante merveille… Un moment rare et unique dans la musique de Prokofiev, à ne bouder sous aucun prétexte « formaliste » !

Alexandre Rion

1948 erschien in Russland ein Dekret des damaligen russischen Parteisekretärs Andreï Jdanov, in dem dieser die falschen bürgerlichen Tendenzen einiger berühmter russi- scher Komponisten, wie etwa Schosta- kowitsch, Prokofiev, Khatchatourian oder Myaskovski anprangerte. Er bezichtigte sie des „Formalismus“.

anprangerte. Er bezichtigte sie des „Formalismus“. Mit diesen Anklagen bezweckte die Parteispitze die

Mit diesen Anklagen bezweckte die Parteispitze die vollständige Kontrolle über diese Komponisten zu erlangen. Man forderte eine pompöse Musik in völliger Übereinstimmung mit dem Parteiprogramm.

Prokofievs Reaktion auf die heftige Kritik gegen seine Person war typisch für ihn. Einerseits verhielt er sich opportunistisch, gleichzeitig aber auch sarkastisch. In einer schriftlichen Stellungnahme, ganz in Form eines mea culpa abgefasst, gibt der Komponist zwar zu, dass er sich zu sehr von der westlichen Musik hat beeinflussen lassen, zugleich wendet er sich aber mit ironischen Spitzen und boshaften Bemerkungen gegen parteitreue Komponistenkollegen, die den Parteilinien „formalistisch“ folgten und deshalb von der Parteispitze gefördert wurden. Aus seinen Antworten geht auch hervor, dass Prokofiev der Meinung war, dass der Komponist eben nicht nur das „Formale“ befolgen sollte, sondern vor allem immer auf der Suche nach der Melodie sein sollte.

Das 2. Konzert für Violine op. 63 in G moll zeigt diese Suche auf wundervolle Weise. Prokofiev geht hier noch weiter als seine Vorgänger Dvorak und Tschaikowski. Seine Melodien sind immer ganz lyrisch, mit slavischer Wärme, aber auch voller harmonischer Innovationen. Obwohl sie äusserst komplex sind, folgt der Zuhörer stets gebannt diesen filigranen Melodien. Die gefühlvolle Musik lässt bereits Hollywood erahnen und ist weit davon entfernt, formalistisch zu sein.

erahnen und ist weit davon entfernt, formalistisch zu sein. Nous avons besoin de votre soutien :

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(minima souhaités : adultes Fr. 20.- / étudiants + AVS Fr. 10.-)