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> Le monde de 1945 à nos jours Séquence 1-HG00 5

> Le monde de 1945 à nos jours

Séquence 1-HG00

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> L’affrontement planétaire américano- soviétique (1945-1991) Important : cette séquence est commune aux trois

> L’affrontement planétaire américano- soviétique (1945-1991)

planétaire américano- soviétique (1945-1991) Important : cette séquence est commune aux trois séries L,

Important : cette séquence est commune aux trois séries L, ES, et S.

Séquence 1-HG00

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I n t r o d u c t i o n > 1 9

Introduction >

1945 : année zéro ?

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A
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L’état du monde en 1945

B
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La paix des vainqueurs

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Les bases d’un nouvel ordre international

D
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L’éclatement de la Grande alliance

Chapitre 1

> Les États-Unis et l’Union Soviétique, deux modèles rivaux

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A
A

Des systèmes politiques antinomiques

B
B

Des économies et des sociétés radicalement opposées

C
C

Des modèles en compétition pour le rayonnement planétaire

D
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Blocages et contradictions internes : des modèles remis en cause

Chapitre 2

> La guerre froide ou le partage de l’Europe et du monde (1947-1962)

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Deux mondes, deux camps, deux blocs se construisent progressivement

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Les deux Grands définissent de nouveaux rapports entre eux et à l’intérieur de leur camp

Sommaire séquence 1-HG00

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Chapitre 3 > La détente entre les 2 Grands (1962-1980) e t d u m

Chapitre 3

> La détente entre les 2 Grands (1962-1980) et du monde (1947-1962)

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La détente vue de Washington : une ère vraiment nouvelle ?

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La détente vue de Moscou : une simple bonne affaire ?

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C

Les évolutions internes des blocs : cause ou conséquence de la détente entre les deux Grands ?

Chapitre 4

> La fin de l’affrontement américano-soviétique

 

(1980-1991)

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Années 1980, années incertaines

B
B

« Et le combat cessa,… »

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Sommaire séquence 1-HG00

ntroduction : 1945, année zéro ?
ntroduction : 1945, année zéro ?

L’entente entre les Alliés contre l’ennemi nazi commun n’a pas survécu longtemps aux difficultés de l’après-guerre. Les idéologies comme les intérêts divergent trop.

A
A

L’état du monde en 1945

Après six ans de guerre totale vient le temps des bilans. 1945 c’est l’année « zéro » pour l’Europe. Les bilans humain, économique et moral sont désastreux.

Ñ Ce conflit est le plus meurtrier de l’histoire : plus de 50 millions de morts (contre 13 millions pour la Première Guerre mondiale). Les deux tiers sont des civils et l’on compte 35 millions d’Européens parmi les victimes. Certains pays sont davantage touchés que d’autres par cette hécatombe humaine : l’URSS perd plus de 15 % de sa population et la Pologne plus de 18 % !

L’importance des pertes civiles est due à la Shoah (extermination des juifs) et à la généralisation des bombardements aériens sur les villes (celui de Dresde en février 1945 fait 135 000 morts). On peut ajouter la mortalité consécutive à la sous-alimentation, aux épidémies de tuberculose.

Sur le plan démographique on note deux conséquences : une lourde perte des jeunes actifs et un désé- quilibre des sexes au profit des femmes.

À la fin de la guerre 30 millions de personnes ont été déplacées, obligées ou non. Ainsi dix millions d’Allemands ont fui l’avance de l’Armée rouge. Près de sept millions de Japonais rentrent dans leur archipel quittant la Corée, l’île de Formose et la Mandchourie.

Ñ Le monde est ruiné. Les destructions matérielles sont massives

des villes entières sont rayées de la carte : Hiroshima, Tokyo, Varsovie, Coventry, Berlin, Le Havre, Caen, Saint Malo… L’Europe est un vaste champ de ruine. Les pays les plus touchés sont l’Alle- magne, l’URSS, la France et les Pays-Bas ;

les communications sont désorganisées : voies ferrées détruites, ponts anéantis, routes défoncées, ports bombardés (Anvers est l’exception) ;

les productions industrielles et agricoles s’effondrent car l’appareil de production est détruit. Par exemple en URSS 70 000 villages n’existent plus et un tiers du cheptel est décimé. La pénurie des temps de guerre continue voire même s’aggrave.

Les gouvernements européens sortent endettés du conflit. La dette triple au Royaume-Uni et en France, elle est multipliée par dix en Allemagne. D’où une inflation galopante et l’effondrement des monnaies européennes.

Ñ Le traumatisme moral vient surtout de la découverte par les Alliés de la Shoah et de ses cinq millions de victimes, de la planification systématique des tueries et des camps de concentration.

C’en est fini du mythe du progrès ; même la science moderne (expérimentations douteuses de Mengele à Auschwitz, mise au point du Zyklon B par les chimistes d’I. G. Farben) a servi à commettre des crimes.

On ne peut taire l’hypocrisie des Alliés. Les Soviétiques ont libéré Auschwitz par hasard ; les Anglo- américains connaissaient l’existence des camps d’extermination dès 1943. Ils n’ont rien fait.

C’est aussi le début de l’angoisse atomique avec Hiroshima. On craint que cette arme redoutable ne détruise l’humanité toute entière.

Sont mis en place deux tribunaux internationaux pour punir les coupables : à Nuremberg du 20 novem- bre 1945 au 30 septembre 1946 et à Tokyo entre mai 1946 et novembre 1948.

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À Nuremberg, 23 des principaux chefs nazis sont jugés avec 11 exécutions au total. Ce procès est très important car y est défini le crime contre l’humanité (pour punir la Shoah) c’est-à-dire l’élimina- tion programmée d’un peuple ou d’un groupe de population pour le seul fait qu’il existe. Ce crime contre l’humanité est déclaré imprescriptible (on peut poursuivre les auteurs tant qu’ils sont vivants) à la différence des crimes de guerre (violation des lois de la guerre…).

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La paix des vainqueurs

Deux superpuissances émergent en 1945

Ñ Les États-Unis dominent outrageusement le monde. Ils sont la première puissance économi- que et militaire du monde. Outre leur monopole atomique, ils affichent une supériorité écrasante dans la finance, l’agriculture, l’industrie et les technologies. Ils possèdent les deux tiers des stocks d’or mondiaux et n’ont subi aucune destruction sur leur territoire. Leur Produit National Brut a même augmenté de 82 % de 1939 à 1945 : à eux seuls ils disposent d’autant de richesses que l’ensemble de la planète ! Les pertes humaines sont moindre que les autres belligérants : 400 000 hommes morts au combat. Ils sont aussi les seuls à posséder des forces navales sur les deux grands océans.

Surtout et c’est l’essentiel contrairement à 1919, les États-Unis refusent l’isolationnisme et entendent assurer leur rang pour faire progresser leurs valeurs (démocratie, libre-échange, anticolonialisme…).

Ñ En face d’eux l’URSS est à l’apogée de sa puissance. Le communisme bénéficie après-guerre d’un immense prestige pour avoir été antifasciste depuis le début. Porteur d’espoir, de géné- rosité et de justice sociale il séduit de nombreux intellectuels occidentaux qui « oublient » le pacte de non agression signé entre Hitler et Staline en août 1939. Mais l’URSS présente de grandes faiblesses : une armée dispersée sur ses conquêtes, une industrie cumulant les retards (excepté dans la recherche nucléaire), un territoire et une agriculture partiellement ravagés par les combats.

En 1945 le pays semble dramatiquement épuisé. Mais l’Armée rouge a fait preuve de son efficacité.

En même temps on a l’impression que l’Europe « n’existe plus ». L’Italie et l’Allemagne sont bannis pour un certain temps, le Royaume-Uni et la France voient leur puissance coloniale de plus en plus contestée (les émeutes de Sétif en Algérie sont réprimées dans le sang par la France).

Ñ L’organisation de la paix est difficile à mettre en place.

La conférence de Yalta en Crimée (février 1945) réunit Roosevelt, Staline et Churchill. Chacun essaie d’arracher quelque chose à l’autre mais il ne s’agit pas d’un partage du monde en zone d’influence. Le président américain, bien que malade, n’a pas cédé face à Staline pour l’essentiel. Cette rencontre au « sommet » a lieu alors que la guerre n’est pas terminée. L’Armée rouge a rapidement progressé tandis que les Alliés peinent à entrer en territoire allemand. L’URSS entre dans une phase défensive contrairement à ce que l’on a souvent cru en Occident : ce qu’elle veut, c’est conserver ses acquis territoriaux et non poursuivre son expansion.

À Yalta, il est décidé que

l’Allemagne et l’Autriche seront divisées en quatre zones d’occupation (États-Unis, URSS, Royaume-Uni et France à la demande de Churchill) ;

l’Allemagne doit payer des réparations de guerre (dont la moitié devait revenir à l’URSS mais cela ne se fera pas) ;

– l’URSS s’engage à déclarer la guerre au Japon et à organiser des élections libres dans les zones occupées en Europe orientale par l’Armée rouge.

L’alliance à Yalta est encore solide. Elle craque à Postdam.

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L’organisation de la paix est difficile à mettre en place

La conférence de Potsdam (banlieue de Berlin) en juillet-août 1945 a de nouveaux acteurs : Tru- man président américain remplace Roosevelt décédé en avril 1945 et Attlee, Premier ministre britan- nique, remplace Churchill battu aux élections. Ils font face à « uncle Joe » (Staline). Le contexte est très différent puisque l’Allemagne a capitulé et que les États-Unis disposent de la bombe atomique (Truman sera plus intraitable face à Staline). Les résultats sont maigres : l’Allemagne sera démilitarisée et dénazifiée, les quatre zones d’occupation en Allemagne et à Berlin sont délimitées, le montant des réparations allemandes est fixé à 20 milliards de dollars.

Des points de frictions apparaissent dans les mois qui suivent

– la nouvelle frontière germano-polonaise sur l’Oder-Neisse est considérée comme provisoire ;

– l’URSS gagne des territoires à l’ouest (annexion des pays Baltes, de la Carélie finlandaise et de terri- toires polonais, tchèques et roumains) ;

– l’Allemagne perd toutes ses acquisitions d’après 1938 et la Prusse Orientale ;

– le Japon est occupé par les Américains et perd les îles Kouriles et la moitié sud de celle de Sakhaline au profit de l’URSS ;

– la Corée est indépendante mais elle est occupée au nord par les Soviétiques et au sud par les Américains.

Finalement Potsdam accouche d’un monde bicéphale. L’esprit de Yalta était trop lié à la personne de Roosevelt.

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Les bases d’un nouvel ordre international

C’est pendant la guerre que les Anglo-américains imaginent comment construire après la guerre un nouveau monde prospère, démocratique et en paix. Cette réflexion débouche, alors que les combats continuent, sur les accords de Bretton Woods et sur la création des Nations unies.

On veut éviter le retour aux erreurs économiques des années 1930 (dévaluations sauvages, protections douanières…). Aussi le 24 juillet 1944 lors de la conférence de Bretton Woods (New Hampshire) est signé un accord entre 45 pays pour créer un nouveau système monétaire international. Les 1 000 délégués présents, fortement influencés par les Américains, décident que chaque monnaie aura une valeur définie en or ou en dollar. C’est la mise en place du Gold Exchange Standard. Les parités seront fixes avec des variations de plus ou moins 1 %.

Cet accord, non signé par l’URSS, consacre la supériorité économique du dollar et des États-Unis.

Pour veiller au respect de ces règles est crée le FMI (Fonds Monétaire International). Chaque pays membre paye une quote-part et peut en retour lui emprunter en cas de nécessité.

Enfin la BIRD (Banque Mondiale pour la Reconstruction et le Développement) fonctionne comme une banque mondiale : elle accorde des prêts à long terme pour financer les grands pro- grammes d’investissements.

La naissance des Nations unies aurait dû comme le voulait Roosevelt devenir le « directoire des grandes puissances ».

L’Onu remplace la défunte Société des Nations. Elle est en gestation dans la Charte de l’Atlanti- que du 14 août 1941 signée entre Churchill et Roosevelt. À l’automne 1944 lors de la conférence de Dumbarton Oaks (Etats-Unis) ses structures sont définies.A Yalta on décide sa création : elle se réalise le 25 juin 1945 à San Francisco avec 51 pays signataires.

Le document essentiel reste la Charte de 111 articles qui s’affirme comme le fondement de l’Onu. Cette organisation a deux buts essentiels

maintenir la paix et la sécurité internationale. Pour cela elle dispose d’une force armée, les Casques bleus, dont les soldats sont fournis par les Etats membres,

faire respecter le droit international et les droits de l’Homme d’où la rédaction de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme votée le 10 décembre 1948.

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L’ONU comprend trois grandes institutions

l’Assemblée générale ne fait que des recommandations à la majorité des deux tiers en raison d’une voix par Etat. Elle se réunit annuellement ;

le Conseil de sécurité est composé de 11 membres (ramené plus tard à 15) dont cinq per- manents à savoir les cinq vainqueurs de la guerre (États-Unis, URSS, Royaume-Uni, France et Chine). Il concentre l’essentiel des pouvoirs mais ses décisions doivent être prises à l’unanimité des cinq permanents. C’est le directoire des grandes puissances dont rêvait Roosevelt pour assurer la police dans le monde. Or les « Cinq grands » avec leur droit de veto paralyseront vite cette institu- tion. Dans la réalité dès 1946, le Conseil de sécurité onusien est bloqué à cause de la méfiance entre Américains et Soviétiques. Ceux-ci pratiquent la politique de la chaise vide ;

le Secrétaire général élu pour cinq ans par l’Assemblée générale gère l’administration de l’Onu. Il sera choisi dans des « petites » nations. Il coordonne les organes de coopération internationale.

Ces institutions spécialisées onusiennes interviennent dans plusieurs domaines : économique surtout avec l’OIT, la FAO, le GATT, la BIRD, le FMI ; social avec l’UNICEF ; culturel avec l’UNESCO ; sanitaire avec l’OMS. Ce sont les organisations internationales de l’Onu qui fonctionnent le mieux en faveur du développement. Le siège de l’Onu s’établira définitivement à New York en 1950.

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L’éclatement de la Grande alliance

Bien vite de nombreuses rivalités apparaissent entre Américains et Soviétiques qui se disputent durement des zones d’influence. Le climat de méfiance se précise en 1946

L’Europe est le premier théâtre d’affrontement

– à l’Est, l’URSS effectue des prélèvements considérables en Allemagne orientale notamment par le transfert d’usines. Les élections libres ne viennent pas au contraire elles sont le plus souvent truquées par les communistes (voir séquence 4 chapitre 2 partie A.2).

– à l’Ouest les ÉTATS-UNIS remettent en place les gouvernements élus et refusent de reconnaître officiellement la ligne Oder-Neisse comme nouvelle frontière germano-polonaise.

Document 6

Le discours de Churchill à Fulton en 1946

« De Stettin, dans la Baltique, à Trieste, dans l’Adriatique, un rideau de fer est descendu à travers le continent. Derrière cette ligne se trouve les capitales de tous les pays de l’Europe orientales : Varsovie, Berlin, Prague,Vienne, Budapest, Belgrade, Bucarest, Sofia.Toutes ces villes célèbres, toutes ces nations, se trouvent dans la sphère soviétique, et toutes sont soumises, sous une forme ou sous une autre, non seulement à l’influence soviétique, mais encore au contrôle très étendu et constamment croissant de Moscou. Athènes seule, dans sa gloire immortelle, est libre de décider de son avenir par des élections auxquelles assisteront des observateurs britanniques, américains, français. (…) Les communistes, qui étaient faibles dans tous ces pays de l’Est européen, ont été investis de pouvoirs qui ne correspondent nullement à leur importance numérique, et cherchent partout à s’emparer d’un contrôle totalitaire. Sauf en Tchécoslovaquie, il n’existe pas, dans cette partie de l’Europe, de vraie démocratie. (…) Cependant, dans un grand nombre de pays éloignés des frontières russes, et à travers le monde entier, les cinquièmes colonnes communistes s’installent et travaillent dans une unité complète avec une obéissance absolue aux directives du centre communiste. (…) Je ne crois pas que la Russie désire la guerre. Ce qu’elle désire, ce sont les fruits de la guerre et une expansion illimitée de sa puissance et de sa doctrine. Mais ce que nous devons examiner ici aujourd’hui, alors qu’il en est encore temps, c’est le moyen d’empêcher la guerre de façon permanente, et d’établir dans tous les pays, aussi rapidement que possible, les prémices de la liberté et de la démocratie. (…) J’ai appris, pendant la guerre, à connaître nos amis et alliés russes, et je suis convaincu qu’il n’y a rien au monde qu’ils admirent autant que la force, et rien qu’ils ne respectent moins que la faiblesse militaire. »

Discours de W. Churchill prononcé à l’université de Fulton (Missouri) le 7 mars 1946.

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QuestionsQui est l’auteur de ce discours ? Quelle analyse l’auteur fait-il de la situation de

Qui est l’auteur de ce discours ?

Quelle analyse l’auteur fait-il de la situation de l’Europe en 1946 ?

Quelles solutions préconise-t-il pour y faire face ?

Quelle a été la portée de ce discours ?

Réponses Ce discours (nature) est prononcé par Winston Churchill (auteur) l’un des grands vainqueurs de la Ce discours (nature) est prononcé par Winston Churchill (auteur) l’un des grands vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale (en tant que Premier ministre britannique, il a su donner à son peuple un courage et une détermination exceptionnels). À ce moment il n’exerce plus de charge officielle et il effectue un voyage privé aux États-Unis, sur l’invitation du président Harry Truman. Il assiste à une fête organisée à Fulton dans l’université où Truman a fait ses études (contexte de l’événement).

L’orateur présente une Europe où l’influence soviétique ne cesse de s’étendre, mais ne fait aucune allusion à l’Asie, où le communisme connaît pourtant un grand succès (idée générale). Il évoque la menace soviétique que Staline fait peser sur l’Europe orientale en constituant un glacis défensif autour de l’URSS.

Face à la menace communiste, il invite l’Occident, États-Unis en tête, à réagir en défendant sans fai- blesse le système libéral et en opposant à l’Union soviétique la plus grande fermeté. Les Britanniques soupçonnent les Soviétiques d’entretenir la guerre civile qui vient d’éclater en Grèce en appuyant les partisans communistes. Or la Grèce est une zone d’influence traditionnelle de la Grande-Bretagne. Churchill fait allusion à la « civilisation chrétienne » : ne pas oublier l’importance de la religion dans la société américaine. Il se réfère aussi à la grande alliance, ainsi qu’à sa rencontre avec Staline en octobre 1944, à Moscou, au cours de laquelle URSS, Grande-Bretagne et Etats-Unis se seraient selon lui partagés, selon lui, des zones d’influence dans les Balkans (or les Balkans étaient déjà perdus pour les Anglais).

Ce discours a eu un grand retentissement, autant à l’ouest qu’à l’Est. Il préfigure le ton de la guerre froide et il a conforté Truman (encore plus anticommuniste que Churchill) dans la nécessité absolue d’endiguer le communisme. Il est également conforté dans cet état d’esprit par les rapports de l’ambassadeur américain à Moscou George Kennan. Celui-ci est persuadé que Moscou a des visées expansionnistes et que les Etats-Unis ont intérêt à endiguer dès maintenant, avant qu’il ne soit trop tard, l’impérialisme soviétique. Ce discours a surpris le monde entier par sa grande fermeté de ton et l’expression « rideau de fer » est passée à la postérité. Il amorce un tournant en permettant à Truman de faire partager à l’opinion publique américaine ses propres certitudes.

L’Asie est un autre terrain de confrontation.

L’entente entre Alliés est encore plus précaire en Extrême-Orient (l’URSS n’est en guerre contre le Japon que quelques jours). À la suite de la capitulation du Japon le 2 septembre 1945, les Etats-Unis placent autoritairement le pays sous leur tutelle. Ils y suppriment les grands groupes industriels jugés en partie responsable de la guerre ; ils font des prélèvements au titre des réparations et démantèlent l’armée. Mais la nouvelle constitution qu’ils établissent conserve l’empereur au sein d’une démocratie.

L’URSS de son côté en profite pour occuper les territoires de la Mandchourie, des îles Kouriles…

Surtout la guerre civile reprend en Chine (elle avait cessé en 1937 avec l’invasion nipponne) entre les 500 000 communistes menés par Mao Tsé-Toung (aidés par l’URSS) et les nationalistes du Kuo-min- tang de Tchang Kaï-Chek (soutenus eux par les Américains).

C’est autant la carte de la guerre en 1945 que la dégradation des rapports américano-sovié- tiques qui ont conduit à la rupture.

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Les États-Unis et l’Union Soviétique, deux modèles rivaux
Les États-Unis et l’Union
Soviétique, deux modèles rivaux
États-Unis et l’Union Soviétique, deux modèles rivaux L e concept de modèle idéologique permet de mieux

L e concept de modèle idéologique permet de mieux appréhender la complexité du monde contem- porain mais il nécessite quelques mises en garde

– il faut absolument éviter d’opposer un bon modèle à un mauvais modèle (même si le modèle soviétique fut difficilement défendable),

– il ne faut pas en faire des exemples d’organisation humaine, des sociétés idéalisées s’imposant naturellement aux autres nations.

– il implique donc l’emploi d’un esprit critique et distancié dans vos appréciations personnelles.

Comment deux modèles idéologiques si différents l’un de l’autre ont-ils pu fasciner et influen- cer le monde si durablement ?

A
A

Des systèmes politiques antinomiques

L’URSS : un modèle totalitaire

Au cours de son histoire l’URSS se présente comme une démocratie seule capable de garantir l’égalité et les libertés des citoyens soviétiques. La réalité est toute autre.

La référence idéologique est le marxisme-léninisme. Le modèle soviétique cherche à appliquer les idées de Karl Marx (1818-1883) qu’on peut résumer caricaturalement en quatre points

Ñ la lutte des classes selon laquelle l’opposition bourgeoisie-prolétariat conduit inévitablement à la révolution et à la prise du pouvoir par le prolétariat.

Ñ le matérialisme dialectique qui affirme que tous les actes humains (individuels et collectifs) sont dictés par les conditions matérielles de production (propriété du capital, conditions de travail) comme les lois, le système politique, l’éducation, la religion.

Ñ l’opposition entre « libertés formelles » et « libertés réelles ». Les « libertés formelles » sont des illusions de l’ordre bourgeois comme les libertés d’expression, d’opinion, de réunion ou de vote. Les « libertés réelles » n’existent que dans un système où le capitalisme a disparu.

Ñ la « dictature du prolétariat » que Marx n’a jamais concrètement définie.

À cet échafaudage théorique, Lénine (1870-1924) qui a dirigé la Russie communiste de 1917 à 1924 ajoute trois points

le parti unique « avant-garde du prolétariat » guide les masses,

le parti communiste établit la dictature et élimine les opposants,

la suppression des moyens de production privés.

Staline au pouvoir de 1924 à 1953 accentue l’aspect totalitaire du régime dans deux directions

une collectivisation totale et forcée de l’économie à partir de 1928,

une dictature personnelle avec un culte de la personnalité.

Dans la pratique du pouvoir soviétique le parti communiste est tout-puissant. Il est depuis la Constitution de 1977 la « force qui oriente et dirige la société soviétique ». À sa tête, le Secrétaire général est le véritable maître du pouvoir. Il définit les grandes orientations lors des réunions en congrès du Parti. Il contrôle le Bureau Politique ou Politburo (composé de douze membres) et le Comité central (constitué de 481 membres réunis deux fois par an).

Le parti est monolithique et fonctionne selon le principe du centralisme démocratique qui interdit depuis 1921 l’existence de tendances à l’intérieur du parti. Une hiérarchie précise se décompose en cinq degrés qui sont autant d’étapes de décision : cellule, section, fédération, congrès et comité central. Mais c’est le Secrétaire général définit la ligne officielle et nulle opinion différente n’est acceptable.

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Document 1

Organigramme des institutions soviétiques

Le fonctionnement des institutions soviétiques : une pyramide de Soviets

L'ÉTAT LE PARTI Pouvoir exécutif Secrétariat Politburo Soviet suprême Pouvoir législatif Institutions
L'ÉTAT
LE PARTI
Pouvoir exécutif
Secrétariat
Politburo
Soviet suprême
Pouvoir législatif
Institutions
Soviet de l'Union
Soviet des nationalités
Congrès
Comité central
fédérales
Soviet suprême
de chaque République
Secrétariat
de chaque République
Républiques
fédérées
Soviets régionaux
Comités régionaux
Soviets locaux : villes, villages
Comités locaux du Parti (villes, villages)
Membres du PCUS
PEUPLE SOVIÉTIQUE

Montrer que l’État et le Parti sont étroitement imbriqués ? Montrer que l’État et le Parti sont étroitement imbriqués ?

Questions

En quoi ce système politique est-il en apparence démocratique ?

Qui détient la réalité du pouvoir ?

Tous les échelons de l’État sont calqués sur ceux du Parti de la base (dans Tous les échelons de l’État sont calqués sur ceux du Parti de la base (dans les villes et les villages les Soviets locaux sont calqués sur les Comités locaux du Parti) au sommet (le Soviet de l’Union et le Soviet des nationalités sont les répliques du Congrès du Parti).

C’est le peuple soviétique qui élit ses représentants au Soviet suprême, composé de 1600 membres répartis en deux chambres

Ñ le Soviet de l’Union élu proportionnellement au nombre d’habitants. Il dispose en théorie du pouvoir législatif (élaboration des lois).

Ñ le Soviet des nationalités qui représente les quinze Républiques fédérées. En apparence l’État est fédéral et une large autonomie semble laissée aux républiques mais dans la réalité la russification entamée au temps des tsars s’accélère. Moscou dirige tout.

En fait le Soviet suprême est un décor sans pouvoir réel. Le suffrage universel est vidé de toute signification par le procédé de la liste ou candidature unique (un communiste reconnu par le pouvoir).

Il se réunit deux fois par an et le vote s’y fait à main levée. Il désigne un praesidium de 37 mem- bres dont le président exerce en principe les fonctions de chef de l’État (depuis Staline le Secrétaire général est souvent, mais pas systématiquement, le chef de l’Etat). Le Soviet suprême nomme aussi le Conseil des ministres aux compétences très limitées.

Ce sont les dirigeants du Parti et surtout le Secrétaire général qui cumulent les pouvoirs. Celui-ci contrôle les nominations des chefs du parti, celles des membres du Politburo et celles des membres du Comité central. Il est à la tête de la pyramide. Les cadres du parti (les « apparatchiks ») dirigent les entreprises d’État, les ministères et les forces armées.

Réponses

Séquence 1-HG00du parti (les « apparatchiks ») dirigent les entreprises d’État, les ministères et les forces armées.

On peut donc parler d’un parti-Etat car c’est le parti qui contrôle l’État. Il faut

On peut donc parler d’un parti-Etat car c’est le parti qui contrôle l’État. Il faut dans le cas présent se méfier du terme République : il n’est pas synonyme de démocratie puisque un parti unique contrôle tous les pouvoirs.

Les États-Unis : des institutions profondément démocratiques

La Constitution américaine est la plus ancienne constitution écrite du monde. Elle date de 1787. Elle est demeurée quasi inchangée depuis. Dans l’esprit des rédacteurs, il appartiendra aux géné- rations suivantes de l’adapter à leurs besoins et à leurs idéaux par la procédure des amendements. Ce sont des textes votés par au moins les deux tiers du Congrès et ratifiés par les trois quarts des États fédérés qui permettent de modifier la Constitution.

La Constitution américaine accorde une importance majeure à la liberté et aux droits individuels. Ainsi les dix premiers amendements de 1791 garantissent les libertés de parole, d’opinion, de réunion, d’as- sociation et de manifestation… et aussi le droit de porter une arme.

Autres modifications significatives : en 1865 un amendement interdit l’esclavage, en 1920 un autre accorde le droit de vote aux femmes et en 1971 le 26 e amendement abaisse le droit de vote à 18 ans.

Avant d’étudier la vie politique américaine, il est indispensable de se pencher sur les institutions.

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Document 2

Organigramme des institutions américaines

NIVEAU FÉDÉRAL

véto suspensif PRÉSIDENT élu pour 4 ans rééligible 1 fois propositions de lois Secrétaires d'État
véto suspensif
PRÉSIDENT
élu pour 4 ans
rééligible 1 fois
propositions de lois
Secrétaires
d'État
1 fois propositions de lois Secrétaires d'État COUR SUPRÊME 9 juges nommés à vie chargés du

COUR SUPRÊME

9 juges nommés à vie chargés du respect de la Constitution, arbitres pour les différents entre l'État fédéral, les États et les citoyens.

entre l'État fédéral, les États et les citoyens. CONGRÈS SÉNAT 100 sénateurs élus pour 6 ans

CONGRÈS

SÉNAT

100 sénateurs élus pour 6 ans (2 par État), renouvelables par tiers tous les deux ans.

CHAMBRE DES

REPRÉSENTANTS

435 députés élus pour 2 ans, nombre proportionnel à la population des États.

2 ans, nombre proportionnel à la population des États. Grands électeurs NIVEAU LOCAL (50 États) GOUVERNEURS
2 ans, nombre proportionnel à la population des États. Grands électeurs NIVEAU LOCAL (50 États) GOUVERNEURS
2 ans, nombre proportionnel à la population des États. Grands électeurs NIVEAU LOCAL (50 États) GOUVERNEURS

Grands

électeurs

NIVEAU LOCAL (50 États) GOUVERNEURS 1 par État élus pour 2 ou 4 ans COUR
NIVEAU LOCAL (50 États)
GOUVERNEURS
1 par État
élus pour 2 ou 4 ans
COUR SUPRÊME
D'ÉTAT
ASSEMBLÉES
2 par État,
élections tous les 2 ans.

SUFFRAGE

UNIVERSEL

suffrage universel2 par État, élections tous les 2 ans. SUFFRAGE UNIVERSEL direct suffrage universel indirect nomination pouvoir

direct

suffrage universeltous les 2 ans. SUFFRAGE UNIVERSEL suffrage universel direct indirect nomination pouvoir exécutif sont

indirect

suffrage universel direct suffrage universel indirect nomination pouvoir exécutif sont responsables

nomination

pouvoir exécutifnomination

sont responsables

pouvoir législatifsont responsables

pouvoir judiciaireuniversel indirect nomination pouvoir exécutif sont responsables pouvoir législatif 20 Séquence 1-HG00

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Montrer que les institutions américaines sont démocratiques. Montrer que les institutions américaines sont démocratiques.

Questions

Expliquer à l’aide de l’organigramme le fonctionnement du fédéralisme états-unien.

Les institutions américaines sont fondées sur la séparation et l’équilibre des pouvoirs Les institutions américaines sont fondées sur la séparation et l’équilibre des pouvoirs

Réponses

Exécutif

Législatif

Judiciaire

Les démocrates

Le président (élu au suffrage universel indirect) a des pouvoirs considérables

il est élu pour quatre ans et n’est rééligible qu’une fois (depuis 1951) ;

il représente le pays et élabore la politique étrangère ;

il nomme les Secrétaires d’État (équivalents de nos ministres ils forment le gouvernement) lesquels sont responsables devant lui mais doivent recevoir l’investiture du Congrès. Le président est donc à la fois chef de l’État et du gouvernement. Il siège à la Maison Blanche à Washington ;

– en cas de décès ou de démission, le vice-président le remplace (Johnson en 1963 après l’assassinat de Kennedy et Ford en 1974 à la suite de la démission de Nixon).

Le Congrès est bicaméral (il est constitué de deux chambres) et dispose de pouvoirs très impor- tants. Il se compose

du Sénat comprenant 100 sénateurs (deux par État). Cette chambre haute est renouvelable par tiers tous les deux ans. Seul le Sénat peut valider les traités contractés avec d’autres États.

de la Chambre des Représentants constituée de 435 membres élus pour deux ans (le nombre des députés est proportionnel au nombre d’habitants de l’État). Le Congrès a l’initiative des lois, vote les lois et le budget (d’où des conflits avec le président quand il n’est pas de la même couleur politique comme Clinton et les républicains dans les années 1990). Le président peut néanmoins bloquer l’application d’une loi qu’il refuse par un veto suspensif. Le Congrès peut également engager une procédure d’« impeachment » contre le président pour haute trahison (ce sera le cas de Nixon à la suite du scandale du Watergate).

La Cour Suprême exerce le pouvoir judiciaire fédéral. Elle se compose de neuf juges inamovibles qui jouent un rôle fondamental dans les institutions américaines. Ils arbitrent les conflits de compétence entre pouvoir fédéral et pouvoirs des États. Les juges veillent au respect de la Constitution et forment une cour de justice de dernier appel.

Les institutions américaines sont fédérales c’est-à-dire qu’une large autonomie est laissée aux 50 États fédérés. Ils ont leur propre assemblée et leur exécutif est incarné par un gouverneur. Ils conservent des pouvoirs judiciaires (la peine de mort est une affaire locale en vigueur dans les trois quarts des États) et des compétences en matière scolaire, de police…

La vie politique états-unienne est organisée autour de l’élection présidentielle. Or les Américains parti- cipent faiblement à ces élections (depuis les années 1970 entre 50 et 55 % des inscrits votent).

Comment expliquer cet absentéisme massif ? plusieurs raisons se conjuguent : des élections nombreu- ses, des mécanismes institutionnels que la plupart des Américains ne comprennent pas, un électorat qui ne croit pas en la possibilité de changements politiques et sociaux et qui se méfie du pouvoir. Et puis quand la prospérité est là, à quoi bon se rendre aux urnes ? Par contre ils votent davantage quand l’heure est grave comme l’a montré le procès en impeachment de Clinton en 1998.

Le bipartisme caractérise la vie politique aux États-Unis : les Républicains, symbolisés par un éléphant, et les démocrates représentés par un âne. Plus que de partis idéologiques, il s’agit avant tout de « machines électorales » qui se mobilisent pour élire leur candidat à la présidence. Les deux partis présentent des programmes trop proches.

Les divisions au sein des partis sont considérables mais on peut retenir quelques tendances

prônent une certaine intervention de l’État dans l’économie. Ils sont contre le libéralisme « pur et dur » mais ils ne remettent jamais en cause le capitalisme ni la loi du marché. Ils sont également favorables au poids fort de la présidence. Ils sont souvent soutenus par les minorités ethniques ou religieuses (Noirs, Hispaniques, catholiques, juifs…).

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Les républicains

(dont le parti est surnommé le « Grand Old Party ») sont les représentants du vieux socle WASP (White Anglo-saxon Protestant) favorable au libéralisme économique.

Leur électorat se recrute plutôt dans les campagnes, les petites villes et les suburbs (vastes banlieues pavillonnaires). Ils sont très liés aux milieux d’affaires. Certains membres de l’actuelle équipe Bush ont exercé de hautes responsabilités dans les grands groupes pétroliers (le vice président Dick Cheney est l’ancien patron d’Halliburton, société d’ingénierie pétrolière).

Il ne s’agit pas de partis rigides. La discipline de parti est relativement faible d’où le rôle essentiel d’intervenants extérieurs

la presse et les médias (télévision essentiellement) forment le « quatrième pouvoir » avec une influence essentielle par l’utilisation des sondages qui relaient croient-il l’opinion publique (en fait ils la fabriquent). Leur liberté d’expression et d’investigation est presque complète comme l’a illustré le Washington Post dans l’affaire du Watergate.

les lobbies (de l’anglais lobby signifiant couloir) sont des groupes de pression défendant des intérêts particuliers auprès des élus dans les couloirs du Congrès (la National Rifle Association compte trois millions de membres luttant contre toute limitation à la détention d’armes à feu). Il faut relativiser leur puissance démesurée. Les lobbies sont autorisés par la loi. Ils contribuent en toute clarté au financement des activités politiques, proposent des textes de lois, alertent l’opinion publique, participent à l’élaboration des programmes politiques. Ils illustrent le fonctionnement d’une démo- cratie de participation (tout lobby fait naître un contre-lobby). Ils interviennent dans la préservation de l’environnement, la protection des enfants, des minorités…

Toutefois sur ce bel édifice il faut émettre quelques réserves. La démocratie américaine n’est pas à l’abri de dérives

Le Maccarthysme (du nom de McCarthy sénateur qui déclencha une gigantesque campagne d’opi- nion contre les « rouges ») qui sévit de 1947 à 1954 est une virulente attaque contre les intel- lectuels, les fonctionnaires et les artistes de gauche ou supposés communistes. Cette « chasse aux sorcières » entraîna 2000 démissions et 200 révocations de fonctionnaires.

L’intégrisme d’ordre moral des « ultras républicains » comme le procureur Starr contre Clinton en 1997-1998 ou plus récemment des sectes protestantes gravitant autour de Bush.

Le développement des milices armées locales obsédées par la prétendue toute-puissance de l’État fédéral. L’exemple le plus frappant fut l’attentat d’Oklahoma City en 1995 contre un immeuble fédéral faisant 169 morts.

L’importance grandissante de l’argent dans la politique. Les campagnes électorales coûtent de plus en plus cher (sondages, publicités à la télévision…).

Le brouillage entre vie publique et vie privée des hommes politiques. Ils ont une image de marque et ils utilisent leur famille pour la valoriser. Leur vie privée devient un facteur primordial de leur carrière comme l’atteste la position d’H. Clinton dans le « Monica Gate » en 1998.

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Des économies et des sociétés radicalement opposées

Dans le système soviétique l’État prime sur les individus qui doivent sacrifier leurs égoïsmes personnels dans l’intérêt du groupe. Chez les Américains l’individu existe avant l’État et l’Etat n’existe que pour servir le bonheur de l’individu. Cette distinction fondamentale se retrouve dans la vie quotidienne des habitants de ces deux sociétés.

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Une économie et une société soviétiques sous haute surveillance

L’économie soviétique repose sur la propriété étatique des moyens de production. Jusqu’à Gorbatchev au milieu des années 1980 cela reste une règle incontestée et incontestable (la seule concession a été faite en 1935 avec l’allocation aux kolkhoziens d’un lopin individuel dont ils pouvaient commercialiser librement les produits).

Les plans quinquennaux sont impératifs (comprenez obligatoires) et rythment l’évolution de l’économie. Le Secrétaire général et le Gosplan (« Commission gouvernementale du plan ») fixent les objectifs. Jusqu’à la fin des années 1960, la priorité est accordée aux industries lourdes et militaires tandis que les industries de consommation sont négligées. Ce choix explique le contraste si frappant entre les modes de vie des Soviétiques et des Américains.

entre les modes de vie des Soviétiques et des Américains. Document 3 « Deux mondes, deux

Document 3

« Deux mondes, deux résultats »

et des Américains. Document 3 « Deux mondes, deux résultats » « Coll. A. GESGON/CIRIP »

« Coll. A. GESGON/CIRIP »

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QuestionsQuels sont les deux mondes en question ? Quels sont leurs résultats ? Quel est

Quels sont les deux mondes en question ? Quels sont leurs résultats ?

Quel est l’objectif de cette affiche de propagande ?

Réponses On voit le train des « patries socialistes » emporter à une vitesse constante la On voit le train des « patries socialistes » emporter à une vitesse constante la production indus- trielle vers des cimes. En revanche la production des pays capitalistes portée par une tortue stagne voire diminue. Bien que le point de départ soit 1937 année où, selon cette affiche, la production est équivalente dans les deux camps, ce sont les années 1950 qui sont concernées. On y reconnaît la confiance dans l’économie soviétique caractéristique de l’époque de Khrouchtchev. Il a pour objectif de rattraper l’économie américaine en 1970 !

Cette affiche de propagande présente une comparaison entre le dynamisme supposé de l’industrie soviétique et la stagnation présumée des pays capitalistes. On se souvient que la priorité en URSS fut donnée sous Staline à l’industrie lourde (représentée à l’arrière-plan par des complexes sidérurgiques et chimiques) au détriment des biens de consommation. Ces chiffres difficilement vérifiables sont à manipuler avec précaution vu que les statistiques sont élaborées par les économistes officiels.

L’URSS devient tout de même la deuxième puissance industrielle et militaire mondiale et peut rivaliser avec les Etats-Unis.

Parallèlement la société est remodelée selon une propagande intense qui promet une « société sans classes » et « des lendemains qui chantent ». On insiste sur les avancées sociales (réelles pour certaines) comme la gratuité de l’enseignement et de la médecine, l’abondance des installations sportives et culturelles ou l’absence de chômage. Les autorités soviétiques cachent l’essentiel à savoir que la vie quotidienne des Soviétiques reste médiocre (pénurie de logements, ravitaillement difficile des villes, manque cruel de biens de consommation…).

Pire le mythe de la « société sans classes » est contredit par une évolution originale : l’apparition de la nomenklatura. Cette élite du Parti, de l’armée et de la bureaucratie regroupe quelques millions de privilégiés bénéficiant d’avantages multiples tels des logements et des résidences secondaires, des magasins spéciaux, des primes et avantages fiscaux… Ainsi une « bourgeoisie » se constitue.

L’aspect totalitaire de l’URSS se perçoit nettement par l’absence de libertés dans la société soviétique

le parti unique organise le culte du chef ;

la police politique, le KGB, est omniprésente (surveillances, arrestations et interrogatoires) ;

la censure est de règle et le contrôle idéologique des esprits est sévère ;

le prolétariat a perdu ses droits de grève et le syndicat est là pour le surveiller ;

l’art « réaliste soviétique » n’existe que pour endoctriner ;

surtout sous Staline, le Goulag (sigle de la Direction d’État des camps) connaît son apogée. L’univers concentrationnaire concerne des millions de personnes essentiellement déportées en Sibérie et dans le Grand Nord. Il permet au régime de valoriser un front pionnier grâce à une main-d’œuvre servile. La mortalité dans les camps est comparable aux camps de concentration nazis. Sont déportés les minorités ethniques (Tatars,Tchétchènes,Allemands de la Volga, Baltes), les soldats de l’Armée rouge entrés en contact avec des Occidentaux, les opposants politiques et les criminels de droit commun.

Si la Terreur a été constitutive du système soviétique sous Staline, après sa mort en 1953 les choses chan- gent. Il n’existe plus de résistance de la société à cet État policier et les grands projets volontaristes de transformation de la société cessent. C’est la fin des condamnations pour crimes contre-révolutionnaires, des exécutions de masses, des déportations, des purges systématiques (il n’y a plus une seule exécution politique). Ce n’est pas la peine, il suffit de condamner tous ceux qui ont une pensée « déviante » (les dissidents) à des peines de camps de trois ou sept ans ou d’hôpital psychiatrique. Ce n’est que sous Gorbatchev à la fin des années 1980 que ce type d’emprisonnement prendra fin.

Séquence 1-HG00psychiatrique. Ce n’est que sous Gorbatchev à la fin des années 1980 que ce type d’emprisonnement

Le triomphe de l’idéologie de l’« American dream »

L’« American dream » c’est d’abord une anthropologie (une conception de l’homme) originale. La société américaine est profondément individualiste. Ce constat a plusieurs sources

Religieuse

Philosophique

Psychologique

Historique

avec le puritanisme et une référence quotidienne à la religion même dans la vie publique (on jure sur la Bible). C’est l’invocation aux fondateurs protestants : les « Pères Pèlerins » descendants du Mayflower (1620) ayant fui les persécutions religieuses en Occident. On y trouve pêle-mêle une éthique du travail, un moralisme dans la vie politique, une confusion entre le publique et le privé et un patriotisme très vif.

avec l’héritage des Lumières et du libéralisme du XVIII e siècle selon lequel le peuple choisit ses représentants.

avec un indestructible optimisme, une forte autosatisfaction (« la société américaine est la meilleure possible ») et la croyance dans le progrès (« la technique est la réponse à tout »). Le mythe fondateur est celui du « self made man » : tout homme peut réussir même s’il n’est pas un héritier à condition de faire preuve de dynamisme, de volonté et de courage. Sont citées en exemple les réussites de ceux qui sont partis de rien pour parvenir en haut du sommet (Marilyn Monroe, plus récemment Bill Gates et Mickaël Jordan).

avec la figure emblématique du pionnier (référence à la conquête de l’Ouest) et le mythe de la frontière sans cesse à repousser. Les Américains se pensent comme un peuple de conquérants capables de fixer de nouveaux objectifs à chaque génération. Cela sous-entend l’idée essentielle d’une société mobile : socialement tous peuvent s’enrichir, espérer une meilleure profession que celles de leurs parents. Pour cela il ne faut pas hésiter à déménager.

L’« American dream » c’est aussi une conception socio-économique libérale pour « classes moyennes ». La valeur sociale fondamentale est celle du melting pot. Le citoyen américain serait né de la fusion entre des populations, des coutumes, des langues différentes. L’ensemble est cimenté par une culture civique et un « amour » de la nation.

S’il réussit dans l’imaginaire des futurs Américains (les États-Unis attirent plus que jamais les immigrants du monde entier au rythme d’un million d’entrées légales par an !), dans la réalité ce mythe encore invoqué a volé en éclats : la société américaine est fragmentée.

On parle désormais de salad-bowl pour désigner une société américaine multiculturelle avec la coexis- tence de minorités aux cultures différentes mais qui ne s’assimilent pas. On cite les cultures afro-amé- ricaine, hispanique, wasp, gay…

Les valeurs économiques sont simples et n’ont guère varié. Il s’agit de la référence libérale à la libre entreprise, à la libre concurrence autrement dite à la libre initiative. L’État intervient le moins possible si ce n’est pour réguler le marché (par exemple les lois anti-trust). Toutefois, la réalité dément là encore cette construction mentale toute faite : aux États-Unis l’Etat intervient dans l’économie par ses commandes militaires ou pour la NASA, il favorise les intérêts privés du complexe militaro-industriel. Il subventionne son agriculture et laisse se construire des géants industriels (Microsoft, Boeing-Mc- Douglas).

Cette pensée a une conséquence sociale majeure : le darwinisme social c’est-à-dire la compétition entre individus. Le « Welfare State » ou État-Providence encore très présent dans les années 1950 et 1960 se réduit car on craint qu’il n’assiste ou ne déresponsabilise ses bénéficiaires. Les aides sociales (1965 Medicare pour les personnes âgées et handicapées, 1967 avec Medicaid établissant la gratuité des soins pour les nécessiteux) sont réduites. D’où le recours à des assurances privées très onéreuses. Aujourd’hui près de 40 millions d’Américains (soit un Américain sur sept !) se retrouvent sans couverture médicale. Beaucoup d’enfants n’ont accès qu’à la médecine des salles d‘urgence.

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Deux modèles en compétition pour le rayonnement planétaire

modèles en compétition pour le rayonnement planétaire Les États-Unis et l’Union soviétique ont tous les deux

Les États-Unis et l’Union soviétique ont tous les deux vocation à diriger le monde. Si l’influence soviétique passe essentiellement par une domination territoriale, celle des Américains relève plus de la théorie du soft power selon laquelle l’Amérique ne règne pas principalement par ses armes mais par le prestige de ses valeurs, de ses institutions et de sa culture. C’est leur réussite économique qui doit donner envie à de nombreux Etats de suivre leur modèle.

La spectaculaire expansion du modèle soviétique

Avant la Seconde Guerre mondiale le communisme s’étend seulement sur deux États : l’URSS et la Mongolie mais il couvre près de 24 millions de km 2 . Dans l’après-guerre le communisme se diffuse d’abord dans les régions voisines de la puissance soviétique.

D’abord en Europe de l’Est où en quelques années la Pologne, l’Allemagne orientale (RDA), la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Yougoslavie, l’Albanie, la Bulgarie et la Roumanie deviennent des Etats communistes (voir séquence 4 chapitre 2 partie A.2).

Le camp socialiste s’élargit ensuite à l’Asie avec

– la Chine en 1949 et la victoire du communiste Mao Tsé Toung ;

– la Corée du Nord confirmée dans le camp socialiste en 1953 à l’issue de la guerre de Corée ;

– le Nord Vietnam qui obtient son indépendance en 1954.

À cette date un homme sur trois « dépend » du bloc communiste dont la masse territoriale atteint 60 % des terres émergées !

Le modèle soviétique est à l’apogée de son prestige dans les années 1950-1960 : sur tous les continents naissent des guérillas marxistes qui parfois s’emparent du pouvoir comme à Cuba en 1962.

L’URSS incarne alors la « patrie du socialisme ». Son prestige est relayé en Occident par les puis- sants partis communistes de France et d’Italie qui possèdent d’efficaces organes de presse et d’édition. Beaucoup d’intellectuels, sans toujours y adhérer, sont « compagnons de route » du Parti (Jean Paul Sartre en France) et font de l’URSS l’archétype de l’anti-fascisme, de l’anti-colonialisme.

Pour la plupart des penseurs de l’époque, l’anticommunisme est une maladie honteuse.

Pour les ouvriers, la société soviétique est censée être plus juste, c’est le paradis des tra- vailleurs. Elle incarne des valeurs universelles positives : libération des opprimés, refus de l’exploitation de l’homme par l’homme, espérance d’une société sans classes… La fascination du communisme en Occident sera longue et la dénonciation par Khrouchtchev des crimes de Staline n’y changera pas grand-chose, ni la répression de la révolte de Hongrie de 1956. Les craquements sont perceptibles en 1968 lorsque les chars soviétiques matent le « Printemps de Prague » et surtout quand en Occident seront publiés les témoignages précis et accablants des dissidents (Soljenitsyne avec « Une journée d’Ivan Denissovitch » en 1962 et surtout l’« Archipel du Goulag »).

Ce n’est qu’après 1970 que le modèle soviétique deviendra réellement répulsif.

L’American Way of Life : la référence dominante

De 1945 à 1960 les États-Unis construisent une référence : l’American way of life. C’est en partie la guerre froide qui fige les idéologies et leurs représentations faisant des Américains les leaders de l’Occident et du monde libre. Le modèle américain cesse d’être isolationniste. Il se précise.

Les Américains accordent une grande importance à la diffusion de leur idéologie. Pour cela ils créent en 1948 l’Office of Educationnal Exchange et en 1953 l’US Information Agency. En

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matière de radiophonie c’est la création de Voice of America en 1942 (elle émet en 50 langues) et de Radio Free Europe en 1950. Elles livrent à Radio Moscou une guerre psychologique qui se concentre surtout sur l’Europe.

Les États-Unis n’hésitent pas à s’ingérer dans les affaires intérieures des États. Le meilleur exemple est le général MacArthur qui de 1945 à 1951 impose dans le Japon occupé son pouvoir avec une nouvelle constitution démocratique, des réformes agraire, scolaire…

Quels sont les instruments de la domination des États-Unis ?

Les Américains sont incontournables. Ils fixent les règles du jeu à leur avantage

ils sont au centre du nouveau système monétaire avec un dollar à la fois monnaie d’échange et monnaie de réserve ;

ils diffusent leur mode de production (taylorisme et fordisme) et la consommation de masse dans l’Europe en reconstruction ;

– ils jouent un rôle moteur dans les négociations du GATT en 1947. Cette organisation regroupe 23 pays et totalise 80 % du commerce mondial. L’objectif est d’interdire le dumping, les contingentements et les subventions à l’exportation. Il s’agit de faciliter l’écoulement des produits de l’industrie américaine dans le monde entier ;

– enfin ils sont la puissance politique majeure de l’Onu. Membre le plus prestigieux du Conseil de sécurité, ils ont l’auréole du pays arsenal de la Grande Alliance, celui de « champion de la liberté ».

À l’époque les États-Unis sont l’unique exemple d’une société d’abondance avec des multinationales puissantes qui diffusent les produits américains. Jusqu’au milieu des années 1960, leur économie est florissante

c’est le principal producteur mondial de matières premières et de produits énergétiques ;

c’est une productivité quatre fois plus forte que celle de l’Europe avec une supériorité technologique écrasante (des produits nouveaux comme les antibiotiques, les textiles synthétiques, les plastiques, les avions à réaction, les ordinateurs…) ;

c’est le pays des grands conglomérats naissants : avec dans le pétrole le groupe Exxon et dans l’agroalimentaire des investissements directs à l’étranger (notamment en Amérique centrale) ;

c’est une croissance phénoménale : plus 25 % de 1953 à 1963 !

c’est une attractivité renouvelée avec depuis 1965 la réouverture des frontières par le regroupement familial (donc très sélectif) et la relance du « brain drain » : 110 000 ingénieurs, médecins et chercheurs s’installent aux Etats-Unis de 1949 à 1970 !

Quels sont les aspects de la domination américaine ?

Les États-Unis ne deviennent-ils pas un idéal à imiter parce qu’ils sont alors un exemple de terre de prospérité ?

C’est d’abord un modèle de la société de consommation. Le confort américain est envié des Européens et des Japonais qui connaissent encore des pénuries jusqu’au milieu des années 1950. Ses symboles sont la maison individuelle de banlieue, la cuisine avec ses appareils électroména- gers (four, machine à laver, réfrigérateur, lave vaisselle…), la télévision, l’automobile etc.

Les modes de vie à l’étranger se transforment en fonction du modèle américain avec l’uniformisa- tion des habitudes alimentaires (fast-food) et vestimentaires (blue jean et blouson noir dans la jeunesse).

C’est surtout un modèle culturel avec New York comme capitale mondiale où se crée le nouvel art contemporain comme le pop art d’Andy Warhol ou de Roy Liechtenstein. La littérature américaine est alors la plus réputée avec des auteurs tels que Steinbeck, Hemingway, Faulkner…

Simultanément une culture de masse se définit d’une indéniable qualité dans le domaine du cinéma. Les icônes sont M. Monroe, M. Brando et J. Dean. Les séries télévisées (« la 4 e dimension »…) et la musique jazz, rock (Presley), pop (malgré la concurrence anglaise) enfin rap sont des manifestations de ce rayonnement culturel.

Se développe alors de grandes multinationales de la culture populaire : les studios Hollywood, Walt Disney et ses parcs. Cette culture n’est pas innocente car elle véhicule les stéréotypes et les normes américaines.

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Blocages et contradictions internes :

des modèles remis en cause

Les difficultés internes des deux puissances sont de nature et d’intensité différentes. Alors que pour le plus grand nombre de Soviétiques la vie quotidienne n’est que source de difficultés et d’insatisfactions, la contestation américaine vient essentiellement de certains groupes sociaux (Noirs, jeunes…).

Sclérose et décalage du modèle soviétique

Pour l’URSS les bocages internes sont de trois ordres : économiques, sociaux et politiques.

Les blocages économiques sont les plus aigus.

La collectivisation s’avère vite un naufrage et la pénurie agricole sera une constante de l’histoire soviétique. Ni la mise en valeur des terres (Kazakhstan en 1956), ni l’augmentation des crédits à l’agriculture ne change la situation. L’URSS doit importer des céréales et cela ne suffit pas à régler la question de l’approvisionnement.

À partir des années 1950, les taux de croissance soviétiques s’essoufflent et le pays commence à prendre du retard sur l’Occident notamment sur le plan technique. L’essentiel de ses ressources va aux industries de l’armement. Tout étant planifié rigidement, les gaspillages sont colossaux : la marchandise pourrit sur place faute de carburants pour les transports !

Les travailleurs sont sans motivation (aucune initiative privée ou personnelle n’étant permise par le Gosplan), la productivité est très faible, la qualité des produits est médiocre. C’est un énorme paradoxe car l’URSS est richissime en ressources énergétiques, minières et agricoles.

Les problèmes sociaux de la Russie actuelle naissent alors

un exode rural intense vide les campagnes où ne restent que les personnes âgées ;

une croissance démographique ralentie, un alcoolisme en essor (sauf dans les républiques musul- manes) réduisant l’espérance de vie et une inquiétante augmentation de la mortalité infantile,

un fort absentéisme des travailleurs davantage soucieux de se procurer le nécessaire par le marché parallèle (conséquence de l’économie planifiée et de la pénurie chronique) ou le travail au noir ;

une corruption qui connaît son « âge d’or » sous Brejnev. Le mal vient de la confusion entre le politique et l’économique. Toutes les ressources nationales (terres, usines, transports, commerces et services) étant propriété de l’État, donc sous le contrôle de ses représentants, l’absence de tout contre-pouvoir ne peut que favoriser la corruption. La technique la plus courante consiste de la part des administrateurs locaux à se faire imposer les quotas de production les plus bas possibles. Une fois ces quotas dépassés ils touchent une prime et avec les ressources excédentaires ils peuvent se procurer des équipements ou des matières premières. La corruption est un « sport national » pratiqué de la base au sommet (la famille Brejnev elle-même sera impliquée dans un trafic de diamants).

La paralysie politique empêche tout changement, toute amélioration. Le modèle soviétique s’écroule lentement de l’intérieur même si les Soviétiques ne contestent guère.

Khrouchtchev lance en février 1956 la déstalinisation lors du XX e Congrès du PCUS (Parti Communiste d’Union Soviétique). Il dénonce les crimes de Staline. Ce n’est pas une rupture dans l’histoire soviétique car il rend Staline seul responsable. Il ne remet en cause ni le système, ni la planification, ni la collectivisation, ni le parti unique. Il veut régénérer le communisme.

Toutefois il faut noter sous Khrouchtchev (1956-1964) une libéralisation partielle du régime avec la libération de nombreux détenus du Goulag et l’assouplissement de la censure. Ces réformes inquiètent d’ailleurs les communistes conservateurs qui profitent de la débâcle de Khrouchtchev face à Kennedy en 1962 (crise des fusées à Cuba) pour le débarquer deux ans plus tard.

Commence alors une longue ère brejnévienne de 1964 à 1982 (que l’on peut étendre à 1983-1985 avec Andropov et Tchernenko) marquée par l’immobilisme politique, le règne de la bureaucratie

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des apparatchiks et un vieillissement spectaculaire des cadres. En 1980 la moyenne d’âge au Bureau politique est de 71 ans !

Toute libéralisation économique ou politique est exclue, la censure est rétablie et pire, le culte de la personnalité est réactivé. La société civile est étroitement surveillée par le KGB.

La société civile est étroitement surveillée par le KGB. Document 4 La manifestation du 5 décembre

Document 4

La manifestation du 5 décembre 1965 : la naissance de la dissidence soviétique

« Je vous informe que le 5 décembre (1965) à Moscou, de cinquante à soixante jeunes, en majorité

des étudiants des divers établissements d’enseignement supérieurs et des instituts de technologie de

la ville, des jeunes chercheurs des instituts, ainsi que des individus sans profession se sont réunis à

proximité du monument dédié à Pouchkine.

A 18 h 30, certains participants, prenant comme prétexte le respect des droits civiques, ont commencé

à hurler des slogans démagogiques. Un des participants de ce mouvements, Volpine6essenine A.S.,

jeune chercheur (…), malade mental, tenta de déployer la banderole qu’il avait amenée avec lui : « Res- pectez la Constitution (la loi fondamentale) de l’URSS ». Les participants au rassemblement avaient deux autres banderoles : « Nous exigeons la transparence (glasnost) des débats lors du jugement de Siniavski-Daniel » et « Liberté pour V.K. Boukovski et ceux qui ont été mis dans les hôpitaux psychia- triques – nous demandons la transparence à la suite de cette manifestation. » (…)

La première analyse (de cet événement), ainsi que (l’étude) d’autres documents diffusés au sein de l’intelligentsia artistique et de la jeunesse, témoignent, avant tout, de la faible efficacité du travail d’éducation politique (…).

Ni les nombreuses unions artistiques, ni les associations littéraires n’ont d’influence politique suffisante sur la jeunesse. (Pire), certaines associations littéraires sont devenues des refuges pour les éléments antisociaux qui composent des œuvres politiquement nuisibles et poussent la jeunesse à prendre des positions démagogiques. Certaines de ces œuvres passent en Occident et y sont utilisées par la propagande anticommuniste. »

Gaël Moullec et NIcolas Werth Rapports secrets soviétiques,

édité et traduit du russe par Gaël Moullec et Nicolas Werth. © Éditions GALLIMARD «Tous les droits d’auteur de ce texte sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation de celui-ci autre que la consultation individuelle et privée est interdite» www.gallimard.fr

Présentez le document. Présentez le document.

Questions

Pourquoi la police estime cette manifestation dangereuse ?

Pourquoi cette dissidence reste-t-elle un phénomène limité ?

Il s’agit d’un rapport du KGB (nature et auteur) initiales russes désignant le « Comité Il s’agit d’un rapport du KGB (nature et auteur) initiales russes désignant le « Comité pour la sécurité d’État ». Cette police politique créée en 1954 est chargée des missions de protection poli- tique de l’État soviétique à l’intérieur (lutte contre les « dissidents » et les espions) et à l’extérieur (renseignements et protection des frontières). Le KGB par son énorme pouvoir de contrôle et de répression est la clé de la dictature soviétique. Ce document, remis au pouvoir politique (Comité central) le jour même, tente d’expliquer une manifestation publique qui s’est tenue à Moscou (idée générale). Les manifestants protestent contre l’arrestation de deux écrivains Andreï Siniavski et Youri Daniel et réclament la libération de l’historien Boukovski (contexte de l’événement).

Réponses

Le KGB considère cette manifestation dangereuse car les dissidents (au sens littéral ceux qui pensent

autrement) « poussent la jeunesse à prendre des positions démagogiques » et la contestation peut

s’étendre. C’est un tournant car jusqu’alors l’action des opposants au régime était clandestine et anonyme. C’est la première manifestation de ce type depuis 1927. Désormais les dissidents décident d’agir au grand jour, en s’appuyant sur les lois nationales « Respectez la constitution » et sur les grands accords internationaux garantissant les droits de l’homme.

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Elle est le fait d’une élite intellectuelle « des jeunes chercheurs des instituts », d’une partie de la

jeunesse « des étudiants des divers établissements d’enseignement supérieurs et des instituts de

technologie » et de l’intelligentsia artistique (terme désignant les cadres au sens large). Elle concerne peu de personnes « cinquante à soixante jeunes » selon les estimations de la police qui a intérêt à minimiser le nombre des contestataires.

L’audience de ces intellectuels en désaccord avec l’État soviétique est finalement assez limitée et n’incite pas la population à une résistance active. Elle prend de l’ampleur au début des années 1970 avec le physicien Andreï Sakharov et l’écrivain Aleksandr Soljenitsyne mais l’expulsion de ce dernier en 1974, la mise en résidence surveillée de Sakharov à Gorki et les arrestations opérées par le KGB affaiblissent la portée de la dissidence.

Une Amérique qui cesse de faire rêver

Aux États-Unis les vingt années qui s’écoulent de 1960 à 1980 marquent le temps des contestations. Elles s’articulent autour de trois crises majeures : la « question noire », les jeunes et la critique de la guerre du Vietnam et l’affaiblissement de la présidence.

Ñ La « question noire » est en suspens depuis presque un siècle.

Dans le Sud existe encore dans les années 1950 une véritable ségrégation (une séparation stricte entre « Noirs » et « Blancs ») dans les transports en commun, à l’école, dans l’habitat… Dès 1954, la Cour Suprême interdit la ségrégation à l’école.

La lutte pour la reconnaissance des droits des Noirs s’incarne en Martin Luther King. Ce leader noir progressiste entame à partir de 1955 une longue lutte non violente. Il organise le boycott des bus de Montgomery (en Alabama) qui pratiquent la ségrégation et multiplie les marches pour faire pression sur le gouvernement. Avec Kennedy, il obtient enfin une écoute attentive.

Son combat culmine le 28 août 1963 dans une marche des droits civils à Washington où il prononce son célèbre discours « I have a dream » (« Je fais un rêve »). Cette lutte aboutit en 1964 avec le vote du Civil Rights Act accordant l’égalité des droits aux Noirs, et en 1965 celui du Voting Rights Act garantissant le droit de vote aux populations noires.

Toutefois M. L. King n’obtient qu’en partie satisfaction car il lutte également contre la pauvreté qui touche les Noirs. Et sur ce point il est peu écouté. À partir de 1965 pour assurer l’égalité des chances (dans l’éducation, l’administration.) se généralise « l’affirmative action ». Il s’agit d’une discri- mination positive (par exemple sous la forme d’emplois réservés) en faveur des minorités sous représentées.

Se développent aussi dans la communauté noire des groupes extrémistes comme les « Black Muslims » de Malcom X (assassiné en 1965), le « Black Power » avec cette image qui a fait le tour du monde des athlètes noirs Smith et Carlos brandissant leur bras sur le podium aux jeux olympiques de Mexico en 1968. L’heure est à la revendication violente : les émeutes urbaines se multiplient (en 1965 dans le quartier de Watts à Los Angeles, en 1967 à Detroit et Newark…) accélérant le départ des Blancs vers les banlieues.

Pire en 1968, M. L. King est assassiné brisant son rêve… En 1996 par référendum en Californie, l’affirmative action a été abandonnée. Les Américains défendent le principe de l’égalité des chan- ces et non pas celui de l’égalité sociale. Aujourd’hui les Noirs sont toujours plus touchés que les autres catégories par la pauvreté, le chômage, la délinquance et la prison (sur deux millions de détenus dans les prisons américaines, la moitié est Noire, or ils ne représentent que 12 % de la population !).

Néanmoins on ne peut pas nier l’émergence d’une bourgeoisie noire avec aussi des héros améri- cains noirs comme Mickaël Jackson, Mickaël Jordan… Si les Noirs sont surreprésentés dans la pau- vreté, les deux tiers appartiennent aux classes moyennes et les deux tiers des pauvres sont Blancs.

Ñ La contestation de la guerre du Vietnam (voir 2 e partie D.2) par les jeunes est aussi une cri- tique virulente du modèle national.

Depuis 1964 les États-Unis ont massivement engagé des troupes au Vietnam et les pertes se multiplient (16 500 morts en 1968). La télévision américaine accélère le rejet de cette « sale guerre » en

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filmant les atrocités commises au Vietnam (enfants mutilés, civils tués, bonzes qui se donnent la mort par le feu, cadavres des soldats américains transportés dans les sinistres sacs de toile…). Rien n’est dissimulé. Ces images créent l’indignation et la guerre devient vite impopulaire chez les « jeunes » qui ne comprennent pas ce conflit. Des insoumis brûlent en public leurs livrets militaires ou s’enfuient au Canada. Entre 1968 et 1972 des millions d’Américains manifestent et le mouvement de paix s’enfle sur les campus. Les intellectuels, les journalistes et les chanteurs relayent cette opposition. Bob Dylan, Joan Baez, John Lennon (dont le titre « Give peace a chance » devient le refrain d’une génération en 1969) sont les chantres de la pacification. La bataille contre la guerre du Vietnam est le signe d’une profonde division culturelle du pays, un cri de ralliement pour tous ceux qui veulent changer la société américaine. Au conformisme des années 1950 succède le bouillonnement des années 1960.

En effet chez les jeunes se développe une « contre-culture », mélange de rock, de pop, de littérature contestatrice (Allen Ginsberg), de consommation de drogues douces (le « joint ») et dures (LSD, héroïne). Dans les universités américaines notamment Berkeley à San Francisco la contestation est générale.

Le mouvement hippie rêve alors d’une vie communautaire, d’un mode de vie de bohème, de libération sexuelle et de retour à la nature.

De cette contestation il ne reste aujourd’hui qu’une culture populaire brillante mais concrètement la crise

a tout emporté. Ces rêves sont morts sauf ceux d’une transformation sociale. Des bouleversements majeurs apparaissent alors

l’émancipation des femmes avec le « Women’s Liberation ». Elles gagnent l’égalité en 1972 et le droit à l’avortement en 1973.

le mouvement gay à San Francisco et à New York (révolte de Stonewall en 1969).

Ñ L’affaiblissement de la présidence marque profondément les Américains.

C’est le scandale du Watergate entre 1972 et 1974 dont Nixon est le grand responsable.

Lors de la campagne électorale aux présidentielles de 1972 la police arrête cinq hommes posant des micros dans l’immeuble du Watergate (siège du parti démocrate). Ils appartiennent au comité de réélection de Nixon et c’est la CIA qui leur a fourni la technique de cambriolage. Mis en cause par des journalistes, Nixon refuse d’admettre qu’il est au courant de l’affaire et nie avoir couvert ces agis- sements. Il ment. Ce cambriolage raté devient une affaire d’Etat. Nixon va même jusqu’à demander au directeur du FBI de mettre fin à son enquête. Cette tentative d’obstruction à la justice accélère sa perte. Le président n’est-il pas le garant des lois de ce pays ? La procédure d’impeachment est engagée contre Nixon qui préfère démissionner en 1974.

Son successeur Gerald Ford lui accordera le pardon présidentiel qui mettra fin à cette mise en accusation. Dès lors la présidence ne cesse de voir son prestige s’écrouler avec le président démocrate Carter (1976-1980). Tout pétri de moralisme, il est inefficace à enrayer cette crise. Sous son mandat l’Amérique est humiliée par la prise d’otages de l’ambassade américaine à Téhéran en 1979-1980.

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La guerre froide ou le partage de l’Europe et du monde en deux blocs (1947-1962)
La guerre froide ou le partage de l’Europe
et du monde en deux blocs (1947-1962)

La guerre froide « stricto sensu » est une période de 15 ans au cours de laquelle les deux grands vain- queurs de 1945 définissent, en provoquant ou en réagissant aux évènements, les nouvelles règles de fonctionnement du monde d’après-guerre, un monde qui a désormais la possibilité de s’auto- détruire (…et même plusieurs fois) avec l’arme nucléaire, un monde dans lequel il faut être idéologiquement, po- litiquement, militairement, économiquement, socialement, culturellement dans un camp ou dans l’autre, faisant bloc avec son leader quand on n’est plus en état de peser sur la marche de ce monde.

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Deux mondes, deux camps, deux blocs se construisent progressivement

L’initiative étatsunienne : la défense du « monde libre »

a. D’où vient la menace selon les États-Unis ?

En mars 1947, en réponse à une demande des gouvernements grec (qui doit faire face à la guérilla communiste) et turc (qui refuse d’envisager la modification du statut des détroits du Bosphore et des Dardanelles, réclamée par les Soviétiques), le président Harry Truman (démocrate) obtient du Congrès le vote d’une aide financière d’urgence (400 millions de dollars) aux deux pays :

« Je crois […] que les États-Unis doivent soutenir les peuples libres qui résistent à des tentatives d’asservissement par des minorités armées ou des pressions venues de l’extérieur [note du rédacteur : c’est l’URSS qui est visée]. »

Véritable tournant dans la politique étrangère étatsunienne, ce que l’on ne tarde pas à appeler la « doctrine Truman » est complété en juin 1947 par la proposition, formulée par le secrétaire d’État aux affaires étrangères George Marshall, d’une aide à la reconstruction de l’Europe, le « plan Marshall » : les États-Unis craignent de voir l’Europe « s’exposer à une dislocation économique, sociale et politique très grave », et Marshall déclare que « […] les gouvernements, les partis et les groupes politiques [note du rédacteur : c’est l’URSS et les partis communistes d’Europe occidentale qui sont ainsi désignés] qui cherchent à perpétuer la misère humaine pour en tirer profit sur le plan politique ou sur les autres plans se heurteront à l’opposition des États-Unis. »

b. Comment comptent-ils s’y opposer ?

– Empêcher les Soviétiques de sortir de leur zone d’influence (doctrine Truman), empêcher le communisme de progresser en Europe (plan Marshall), intervenir chaque fois que les intérêts étatsuniens seront en cause (doctrine Truman et plan Marshall) fonde la politique dite d’endiguement (« containment » en anglo-américain) du communisme menée par les Etats-Unis.

Le moyen initialement choisi (l’arme économique et financière) est-il approprié à la fin immédiatement poursuivie (l’endiguement) ?

L’European Recovery Program, dénomination officielle du Plan Marshall, est sans conteste une aide importante (12 milliards de dollars), limitée dans le temps (4 ans), originale (faite à la fois de prêts et de produits de l’industrie étatsunienne à acheter ; droit de regard du donateur sur l’utilisation des fonds), proposée non à un ou des états mais à l’Europe toute entière (sphère d’influence soviétique comprise).

Cela précisé, la réponse à la question posée ci-dessus doit être nuancée : seuls les pays d’Europe

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occidentale acquiescent aux exigences américaines et constituent à cette effet l’Organisation Européenne de Coopération Économique (OECE) en 1948 ; si le refus soviétique n’étonne pas, les pressions qu’exerce l’URSS sur les pays de sa zone d’influence ne les autorisent pas (c’est le cas notamment de la Tchécoslovaquie) à bénéficier de l’aide étatsunienne, qualifiée à Moscou de « manœuvre de l’impérialisme américain ».

Le plan Marshall partage donc l’Europe en deux : celle qui l’accepte (l’Europe occidentale, y compris les zones d’occupation occidentales en Allemagne) et celle qui le refuse (l’Europe orientale). Vu de Washington, le but est donc atteint et cette politique est ensuite étendue à l’Asie.

Ñ Une autre option était-elle possible ? On pense naturellement à l’alliance militaire, proposée au même moment par les qÉtats-Unis à leurs voisins latino-américains (traité de Bogota en 1947 suivi de la création de l’Organisation des États Américains en 1948) pourtant bien éloignés… de l’Europe qu’ils estiment menacée par le communisme. C’est la voie dans laquelle, au contraire et sous le simple aspect de la coopération, s’engagent la France, le Royaume-Uni, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg en mars 1947 (traité de Dunkerque) et en mars 1948 (traité de Bruxelles) : tournée contre l’Allemagne, cette coopération est une réponse à la menace que fait peser, selon les gouvernements signataires, l’Armée Rouge, à un moment où les États-Unis ont massivement rapatrié outre-Atlantique une grande partie de leurs forces militaires. Les crises des années suivantes (voir ci-dessous le § 3) amènent les États-Unis à intégrer l’option militaire.

La réplique soviétique : la conduite du « camp démocratique et anti-impérialiste »

Humainement dévastée (27 millions de morts), économiquement détruite mais territorialement agran- die, disposant d’une zone d’influence étendue, militairement puissante (Armée Rouge et acquisition de l’arme nucléaire à venir, voir B.1), l’URSS réplique à l’initiative étatsunienne lors de la conférence de Szklarska Pareba (septembre 1947) en Pologne qui réunit les partis communistes de l’URSS, ceux de sa zone d’influence et certains partis communistes d’Europe occidentale [français, italien, mais pas allemand puisqu’il n’y a pas ou pas encore d’état(s) allemand(s)].

a. Le partage idéologique en deux camps est étendu à l’échelle mondiale

Dans le discours qu’il prononce devant la conférence des partis communistes, le représentant de l’URSS, Andreï Jdanov jette, au nom de Staline, les bases idéologiques de la vision soviétique du monde d’après-guerre, ce qu’on appelle par la suite la « doctrine Jdanov » :

« Plus nous nous éloignons de la fin de la guerre, et plus nettement apparaissent le camp impérialiste et antidémocratique, le camp anti-impérialiste et démocratique. Les États-Unis sont la principale force dirigeante du camp impérialiste […], soutenus par les pays possesseurs de colonies […]. Les forces anti-impérialistes et antifascistes forment l’autre camp. L’URSS, les pays qui ont rompu avec l’impérialisme en font partie, ainsi que le mouvement ouvrier démocratique et les partis communistes frères. »

Là se situe, plus qu’à Yalta, le véritable « partage du monde ».

b. Simple affirmation ou bien réalité ?

Comme on l’a fait ci-dessus pour le « monde libre », il s’agit maintenant de mesurer la traduction des propos jdanoviens à une double échelle géographique : européenne puis mondiale.

Ñ À l’échelle européenne : le camp « démocratique et anti-impérialiste » selon la phraséologie soviéti- que existe bien : depuis 1945-1946, dans les pays de sa zone d’influence, les partis communistes locaux, forts de l’appui du « grand frère » et de la présence de l’Armée Rouge, manipulent les élections ou en ignorent les résultats, éliminent les partis « bourgeois » (les conservateurs deviennent des « fascistes »), infiltrent puis absorbent les partis socialistes, procèdent à la socialisation de l’économie (réforme agraire, collectivisation, coopératives pour l’agriculture ; nationalisations et planification pour l’industrie.

Au-delà de cette réalité déjà bien installée, la conférence de Szklarska Pareba met en place un « Bureau

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commun d’information » (Kominform) ayant pour but les échanges d’informations entre les « partis frères » mais surtout, depuis Moscou, la coordination de l’activités des partis communistes soviétique, est-européens et occidentaux (français et italien) : il ne s’agit plus de propager la révolution comme le Komintern en son temps mais plus prosaïquement d’asseoir la domination de l’URSS sur sa zone d’influence et du Parti communiste soviétique sur ses semblables.

Ñ À l’échelle mondiale : Vu de Moscou, les espoirs de voir le « camp démocratique et anti-impéria- liste » gagner du terrain semblent prêts de se réaliser : les Français en Indochine et les Néerlandais en Indonésie ont maille à partir avec les mouvements indépendantistes locaux (Vietminh et Parti National) ; la Corée du Nord se transforme en République Populaire démocratique au début de l’année 1948 ; c’est encore plus vrai lorsque, après des décennies de lutte, les communistes chinois, conduits par Mao Zedong, proclament en octobre 1949 la naissance de la République Populaire de Chine, repoussant les nationalistes de Jien Jishi (Tchang Kaï Chek) dans l’ile de Formose. 600 millions de Chinois rejoignent le camp socialiste.

La rupture apparait donc totale et le « partage du monde » que Roosevelt a voulu éviter à Yalta (quoi qu’en ait dit de Gaulle) est accompli, un « rideau de fer » s’abaisse entre deux mondes, deux camps, deux blocs que les crises (Berlin, Corée) achèvent de structurer politi- quement, économiquement et militairement.

La mise en oeuvre du partage du monde passe par la constitution des blocs de 1948 à 1955

a. Le moment européen : la crise de Berlin (juin 1948-mai 1949) et ses conséquences

Ñ La crise

En 1948, tout est devenu obstacle à une entente entre les vainqueurs de 1945 sur le sort futur de l’Allemagne occupée et celui de son ancienne capitale Berlin, située dans la zone soviétique et partagée en quatre secteurs (américain, soviétique, anglais et français)

– les Occidentaux unifient leurs zones d’occupation en 1947 et 1948, s’apprêtent à organiser des élections à une assemblée constituante et lancent une réforme monétaire en introduisant le Deutsche mark ;

– les Soviétiques refusent toute réunification future sur la base du suffrage universel, dénoncent la violation des accords de Potsdam, quittent le Conseil de Contrôle interallié pour finalement déclencher l’épreuve de force en décidant et maintenant le blocus terrestre, fluvial et routier des secteurs occidentaux de Berlin du 25 juin 1948 au 12 mai 1949. Ils ne peuvent (… ni ne veulent) s’opposer au pont aérien mis en place par les Américains qui ravitaille Berlin-Ouest [318 jours et 195000 rotations aériennes] et assure ainsi la pérennité de la présence occidentale et maintient la partie Ouest dans le « camp de la liberté ». L’ONU facilite l’obtention d’un accord quadripartite sur la levée du blocus, évitant ainsi une humiliation sup- plémentaire à Staline contraint de renoncer.

Ñ Les conséquences

Ce premier affrontement dans lequel chacun des deux Grands s’est abstenu de l’irréparable (forcer le blocus terrestre, empêcher le pont aérien) n’est pas sans conséquences

Ñ En Allemagne

Les zones d’occupation occidentale et soviétique deviennent, par la volonté des deux Grands, des États : la zone occidentale devient la République fédérale allemande (mai 1949) et la zone d’occupation soviétique la République démocratique allemande (octobre 1949) ; dans chacune des deux zones triomphe le modèle idéologique dominant (démocratie pluraliste et libéralisme économique en RFA- elle bénéficie des crédits du plan Marshall ; démocratie socialiste et économie planifiée en RDA).

Berlin est partagée en deux : Berlin-Ouest se transforme en « bastion » occidental durable protégé

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militairement (mais Bonn, petite ville sur les bords du Rhin devient la capitale de la RFA) et partie prenante de la RFA tandis que Berlin-Est incarne désormais le nouvel État. Le passage d’une partie à l’autre reste possible par le métro et les « points de passage » (check-points) encore nombreux.

Ñ Les deux Grands prennent réellement en mains la défense de leur camp :

Les Soviétiques poursuivent la politique entreprise depuis 1945 avec un « tour de vis » supplémen- taire : les purges organisées de 1948 à 1952 (Tchécoslovaquie, Hongrie), l’exclusion de la Yougoslavie du Kominform (1948), permettent de se débarrasser des dirigeants communistes locaux insuffisamment fidèles à Moscou ; plusieurs traités bilatéraux de défense mutuelle sont signés avec chaque État ; aux réparations prélevées et au pillage pratiqué depuis 1945 succède en 1949 une organisation économi- que : le CAEM (Conseil d’Assistance Économique Mutuelle, en anglais Comecon) qui intègre les éco- nomies des « pays frères » dans un système qui fonctionne uniquement à leur profit. La satellisation devient effective et la démocratie populaire s’installe.

Les Américains, rompant avec l’isolationnisme voulu par les « Pères fondateurs » par le vote de la résolution Vanderberg (Sénat, juin 1948), acceptent de s’engager dans une alliance politique et mili- taire en temps de paix. Le 4 avril 1949 nait l’Alliance atlantique, alliance politique signée pour 20 ans entre les 5 du traité de Bruxelles (France, Royaume-Uni, Benelux), l’Islande, la Norvège, l’Italie, le Portugal, le Danemark rejoints par la Grèce et la Turquie en 1952, les États-Unis et le Canada qui scelle une communauté de destin mais chaque État signataire juge individuellement de la réponse à apporter en cas de crise. L’année suivante, en 1950, l’alliance politique se double d’une alliance militaire (défensive) : l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), sous commandement américain (Eisenhower est le premier à exercer cette fonction) et dont l’état-major (SHAPE) s’installe en France.

Ñ Liée désormais aux États-Unis, l’Europe occidentale participe à la construction politique et économique du camp occidental

Politiquement, 10 pays d’Europe occidentale (Benelux, Royaume-Uni, Norvège, Suède, Italie, Irlande, France, Danemark) dès mai 1949 (ils sont rejoints par la Grèce, la Turquie à la fin de l’année et la RFA en 1950 se retrouvent dans le Conseil de l’Europe qui siège à Strasbourg. Les deux institutions principales (Assemblée parlementaire consultative, comité des Ministres) sont néanmoins entravées dans leur fonctionnement par la division entre « fédéralistes » et « unionistes » pour la première et la règle de l’unanimité pour le second. Cela n’empêche pas l’adoption en 1950 de la Convention européenne des droits de l’homme et la création en 1953 de la Cour européenne des droits de l’homme.

Économiquement, une volonté de coopération étroite entre la France, la RFA, l’Italie et les trois pays du Benelux dans le domaine de la production de charbon et d’acier donne naissance à la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA) en avril 1951. Outre le fait qu’elle est rapidement considérée comme un élément fondamental d’un rapprochement franco-allemand voulu par des hommes comme Robert Shuman et Konrad Adenauer, qu’elle est une réussite économique réelle, la CECA se dote, entre autres institutions, d’un pouvoir exécutif, la Haute Autorité, dont le premier responsable est le français Jean Monnet, indépendante à l’égard des gouvernements et véritable organisme supranational dont les décisions s’imposent aux pays membres.

b. Le moment asiatique : la guerre de Corée (1950-1953)

Annexée en 1910 par le Japon qui l’occupe jusqu’en 1945, la péninsule coréenne est tardivement envahie par les Soviétiques en août 1945. Après la capitulation japonaise et de part et d’autre du 38 e parallèle, Soviétiques (au Nord) et Américains (au Sud) l’occupent : la zone d’occupation soviétique se transforme en une république démocratique et populaire en février 1948 (Corée du nord), tandis que la zone d’occupation américaine devient la République de Corée (Corée du sud), reconnue par les Etats-Unis et les pays occidentaux. Les deux états installés, les États-Unis se retirent et rapatrient l’essentiel de leurs troupes au Japon. Cette partition préfigure la partition allemande de 1949.

Ñ La guerre

Plus encore que la crise de Berlin, la guerre de Corée fait craindre l’imminence d’une nouvelle défla- gration mondiale. Exploitant le départ des troupes américaines, les Nord-coréens, armés par les Soviétiques,

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envahissent la Corée du sud et occupent la capitale Séoul en juin 1950. Exploitant l’absence des Soviétiques au Conseil de sécurité (ils protestent contre la non-admis- sion de la Chine communiste), les Nations-Unies condamnent l’agression et adoptent une résolution américaine organisant la défense des Sud-coréens.

À la fin du mois d’août 1950, les troupes onusiennes (en fait essentiellement américaines et venant

du Japon voisin) stoppent l’offensive nord-coréenne et rétablissent la situation sur le 38 e parallèle.

À la fin du mois de novembre 1950, le conflit prend une autre dimension avec l’arrivée

de 700000 « volontaires » chinois. Séoul est à nouveau conquise en janvier 1951. Une nouvelle contre-offensive onusienne (en fait américaine) permet une stabilisation de la situation au printemps et l’ouverture de négociations qui durent deux ans. L’armistice est signé en juillet 1953 à Pan Mun Jom, laissant face à face et de part et d’autre d’une zone démilitarisée deux états coréens, au sortir d’un conflit meurtrier qui a fait des centaines et des centaines de milliers de victimes, y compris et surtout chez les populations civiles.

Les conséquences

Autant les conséquences de la crise de Berlin se limitent à l’Europe comme on l’a montré ci-dessus (a), autant les conséquences de la guerre de Corée résonnent à l’échelle planétaire

Du déroulement du conflit, on peut tirer quelques enseignements immédiats

Stratégiquement, le refus du président Truman d’accéder à la demande du général Mac Arthur d’utiliser l’arme nucléaire contre la Chine a défini un seuil de nucléarisation (voir B. ci-dessous).

Militairement, hormis les belligérants coréens, on remarquera les particularités suivantes : les Américains sont intervenus sous mandat onusien ; les Soviétiques ont fourni canons, chars et avions au Nord mais l’Armée Rouge n’a pas combattu ; la Chine communiste a envoyé des « volontaires » qui ne l’engagent pas officiellement.

Peu regardantes sur les pertes humaines la Corée du nord et la Chine administrent la preuve que des armées « pauvres » peuvent tenir la dragée haute à une armée « riche ».

Économiquement, on parle très rapidement à l’époque du « boom coréen » tant la production de matières premières des pays européens a été sollicitée (c’est vrai aussi pour l’économie du Japon, en plus de son rôle de « porte-avions naturel ») ; les effets du « boom coréen » se conjuguent à ceux du Plan Marshall.

La décision américaine d’intervenir militairement, même sous couvert de l’ONU, marque- t-elle une inflexion majeure ?

La réponse est double : - oui, dans la mesure où il ne s’agit plus seulement d’endiguer le commu- nisme mais aussi de le refouler ; l’autorisation donnée par Truman au général Mac Arthur de franchir le 38 e parallèle inaugure la politique dite du « roll back » dont le successeur républicain de Truman, Eisenhower, se fait le champion à partir de 1952 ;

Non, dans la mesure où la politique réellement menée dans cette région pendant les années 1950 reprend la politique inaugurée en Europe : par le biais d’un traité bilatéral (avec le Japon, traité de San Francisco, septembre 1951), d’un traité de défense mutuelle (avec les Philippines, août 1951), d’un pacte de défense régionale (avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande, septembre 1951, appelé ANZUS), les Etats-Unis finissent par regrouper en septembre 1954 l’Asie-Pacifique non communiste dans une organisation de défense parallèle à l’OTAN dénommée OTASE (Organisation du Traité de l’Asie du Sud-Est). Les États du Proche-Orient complètent le dispositif en février 1955 en intégrant le Pacte de Bagdad.

Qualifiée de « pactomanie », la politique américaine vise à empêcher toute progression du com- munisme soviétique vers le Sud.

Une question hante désormais les gouvernements américain et d’Europe occidentale : un conflit du même type peut-il être déclenché en Europe ?

Pour les gouvernements occidentaux la réponse est oui et le lieu d’affrontement entre les deux camps ne peut être que le territoire allemand. Il devient donc urgent de repenser la défense du camp en favorisant cinq ans après la fin de la guerre le réarmement de la RFA, d’une manière ou d’une autre.

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Les États-Unis mettent en avant la nécessaire intégration militaire, imposent un commandement unique (… donc américain) aux forces de l’OTAN (c’est le SHAPE évoqué plus haut) et mettent à la disposition de l’OTAN près de 70 divisions en 1953, soit près de 300000 hommes.

– C’est en France que le débat est le plus important, en particulier à cause de l’opposition des gaul- listes et des communistes ; en octobre 1950, le gouvernement Pleven propose la mise sur pied d’une Communauté Européenne de Défense qui serait constituée de contingents nationaux (y compris de contingents ouest-allemands), ce qui éviterait la reconstitution d’une véritable armée allemande. Après trois ans de débats, l’Assemblée nationale française refuse en août 1954 d’entériner ce projet d’armée européenne.

– Ce sont finalement les Anglais qui, à l’automne 1954 (accords de Londres), permettent de sortir de l’impasse : une Union de l’Europe Occidentale (UEO) est créée qui autorise le réarmement allemand sous conditions (pas d’accès à l’arme nucléaire), le traité de Bruxelles (1948) accueille la RFA qui devient, à la satisfaction du chancelier Adenauer, « l’égale des autres nations » en intégrant l’Alliance atlantique (alliance politique) et l’OTAN (alliance militaire). Affaiblie par la défaite en Indochine et politiquement divisée sur le réarmement allemand, la France se retrouve face à une réalité qu’elle avait voulu éviter.

En retour, l’URSS repense la défense du camp socialiste en Europe

En RDA (République démocratique allemande), elle autorise en 1956 la création d’une armée populaire (ANV), en réplique au réarmement ouest-allemand.

Elle complète les traités bilatéraux d’assistance mutuelle qui la lient aux démocraties populaires par la mise en place en mai 1955 d’une alliance multilatérale : le « Pacte de Varsovie »sous commandement soviétique.

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Le monde partagé : pactes et alliances au milieu des années 1950

Le monde partagé : pactes et alliances au milieu des années 1950 38 Séquence 1-HG00
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Les deux Grands définissent de nouveaux rapports entre eux et à l’intérieur de leur camp

La deux Grands fondent leur autorité sur la possession de l’arme ultime, l’arme nucléaire

a. « La bombe » n’est rien sans le vecteur (le bombardier, la fusée, le sous-marin)

Ñ Au départ, « la bombe » est seulement une arme plus puissante que toutes les autres…

Conçue aux et par les États-Unis pour être larguée sur un Japon déjà battu militairement (double bombardement d’Hiroshima et Nagasaki en 1945), la « bombe » développe un potentiel de destruction inconnu jusqu’alors.que l’on peut mesurer par l’exemple américain les bombes A (atomiques) lancées sur le Japon en 1945 ont une puissance exprimée en kilotonnes (1 kilotonne = 1000 tonnes de TNT) et libérée dans une réaction en chaine par fission de noyaux lourds d’uranium 239 radioactif ; la bombe H (à hydrogène) a une puissance mille fois supérieure, exprimée en mégatonnes (1 mégatonne = 1000000 tonnes de TNT) et libérée par fusion de noyaux d’hydrogène, de tritium et de lithium.

Ñ Qui donne lieu à une course à l’armement d’abord entre les deux Grands…

Il s’agit de garder son avance (cas des Etats-Unis), de combler son retard (cas de l’URSS) et pour les autres de l’acquérir avec le soutien (France, Royaume-Uni) ou malgré la rupture d’un accord (Chine) avec l’un des deux Grands, sur fond d’échec de négociations et d’affaires d’espionnage retentissantes (Alger Hiss, époux Rosenberg) et de campagne de déstabilisation des opinions publiques (Appel de Stockholm). C’est ce que montre le tableau ci-dessous

 

États-Unis

URSS

Royaume-Unis

France

Chine

BOMBE A

1945

1949

1952

1960

1964

BOMBE H

1952

1952

 

1968

1968

Ñ et qui n’acquiert toute sa signification qu’associée à l’existence d’un vecteur efficace

C’est le second volet de la course à l’armement. La panoplie de vecteurs s’étoffe, du bombardier (au long rayon d’action) à la fusée (pour la rapidité de la frappe) et au sous-marin (difficilement détectable). Si le bombardier et le sous-marin ne représentent que le perfectionnement de vecteurs déjà existants (rayon d’action et mode de propulsion), la fusée est directement liée à l’autre compétition qui existe entre les deux Grands : la conquête de l’espace.

Les succès soviétiques, à la charnière des années 50-60 (fusée qui parcourt 10000 km, 1 er satellite artificiel [Spoutnik, 1957], premier vol habité [Gagarine, 1961]) font naitre aux États-Unis le « missile gap », la crainte d’être dépassés par l’URSS. Des crédits considérables sont alors votés par le Congrès et mis à la disposition de la NASA, créée en 1958.

Dans la réalité, les programmes américains sont loin d’être en retard et le « missile gap » permet leur accélération, comme on peut le vérifier ci-dessous :

Programme

Date de lancement

Utilisation

ICBM (1)

1954

1960

IRBM (2)

1955

1958

SLBM (3)

1956

1959

(1) missiles balistiques intercontinentaux d’une portée supérieure à 5000 km. (2) missiles balistiques de rang intermédiaire d’une portée de 500 à 5000 km. (3) missiles balistiques embarqués à bord de sous-marin.

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En 1962, les États-Unis disposaient de 4 fois plus de missiles intercontinentaux que l’URSS (400 contre 100) mais l’essentiel est ailleurs :

les États-Unis deviennent vulnérables ;

l’URSS, déjà menacée par les bombardiers « classiques » l’est encore plus, mais dispose désormais de la capacité de riposter ;

– cet « équilibre de la terreur » pose la question de l’utilisation de l’arme nucléaire.

b. S’en servir ou pas

avant l’apparition des nouveaux vecteurs (fusées, sous-marins)

Dotés en premier des bombes A et H, ce sont les États-Unis ou tout au moins leurs dirigeants qui ont à débattre de cette question dans la conduite de leur politique étrangère et la réponse est double

– lors de la guerre de Corée, le président Truman refuse l’emploi de la nouvelle arme contre les Chinois au prétexte que les intérêts vitaux des États-Unis ne sont pas en jeu ;

– pour compenser l’infériorité numérique des forces classiques de l’OTAN en Europe face aux 5 mil- lions de soldats de l’Armée Rouge, le président Eisenhower fait sienne en 1954 la doctrine dite des « représailles massives » : à toute attaque soviétique en Europe et de quelque nature qu’elle soit, il serait opposé une forte réplique nucléaire. C’est reconnaitre que les intérêts vitaux des États-Unis sont engagés en Europe et qu’ils assurent celle-là de la protection de leur « parapluie nucléaire ».

Engagée dans la course à l’armement nucléaire, l’URSS déclenche la crise de Berlin en 1948, alors qu’elle ne dispose encore ni de l’arme, ni des vecteurs… En 1956, lors de la crise de Suez (voir ci-dessous), elle menace Paris et Londres de destruction, sans avoir encore les moyens d’une attaque-surprise (les

bombardiers à long rayon d’action peuvent être repérés, interceptés et abattus ils d’ores et déjà fait leur l’impossibilité d’une utilisation de l’arme nucléaire ?

) : les Soviétiques ont-

après l’apparition des nouveaux vecteurs (fusées, sous-marins) :

Disposant à partir de 1953 des mêmes capacités (bombes A et H) et à partir de la seconde moitié des années 1950 des nouveaux vecteurs (fusées et sous-marins), les deux Grands infléchissent leurs posi- tions, tout en poursuivant la course aux armements

– entre 1953 et 1959, l’URSS développe la doctrine dite de la « coexistence pacifique » (qui entraine la rupture avec la Chine en 1959) : chacun des deux disposant des moyens de se détruire mutuellement, la confrontation nucléaire est abandonnée au bénéfice d’une compétition « tous azimuts » (idéologi- que, économique, culturelle) qui n’exclut pas le conflit classique dénommé « conflit périphérique » (voir séquence 1 chapitre 3) ;

dans les années 1960, les États-Unis développent successivement les doctrines « MAD », destruc- tion mutuelle assurée, (fusées et sous-marins permettent un bombardement de représailles-dit de seconde frappe- en cas d’attaque nucléaire surprise soviétique-première frappe) puis de la « riposte graduée » (avec plusieurs niveaux de la guerre conventionnelle à la guerre nucléaire, entrecoupés de pauses et de négociations.

En octobre 1956, chacun des deux Grands rappelle à son propre camp que son autorité ne saurait être remise en cause

a. Dans le camp occidental, Anglais et Français l’apprennent à leurs dépens lors de « l’affaire de Suez » (1956)

« L’affaire de Suez »

La politique extérieure du nouveau maitre de l’Égypte (depuis 1954), Gamal Abdel Nasser, met à mal les intérêts franco-anglais : soutien aux nationalistes algériens en lutte pour l’indépendance ; rejet de la présence anglaise (bases militaires) et revendication de l’entière souveraineté sur le canal de Suez, le tout complété par la volonté égyptienne d’effacer l’affront qu’a représenté la victoire israélienne de 1948 sur les pays arabes.

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Mettant en œuvre un accord secret préalable, Israël entre en Égypte le 29 octobre 1956, suivi par des troupes franco-anglaises chargées de… séparer les belligérants (5 novembre 1956).

Les Anglais et les Français humiliés

La réplique américaine est immédiate : alors en pleine campagne électorale pour une éventuelle réélection, le président Eisenhower approuve le cessez-le – feu réclamé par l’ONU et les autorités américaines n’interviennent pas pour contrer la spéculation qui frappe la monnaie anglaise. Le gouver- nement anglais et le gouvernement français (menacés par ailleurs d’un bombardement nucléaire- bien hypothétique et davantage proche du chantage- par les Soviétiques) mettent fin à leur action : vain- queurs militaires, ils sont politiquement humiliés et relégués au second rang pour avoir défié l’autorité de la principale puissance du bloc occidental qui ne souhaite pas être entrainé, par le jeu des alliances, dans un conflit où ses intérêts vitaux ne sont pas en jeu.

b. Dans le camp soviétique, la « révolution hongroise » est noyée dans le sang à Budapest (1956)

« L’Octobre hongrois »

Le dirigeant hongrois Nagy incarne, à partir du 24 octobre 1956, la « révolution » : manifestations de rues, comités révolutionnaires, troupes soviétiques contraintes de quitter Budapest (…mais pas le pays). L’annonce par Nagy de la formation d’un gouvernement de coalition, de son intention de faire sortir la Hongrie du Pacte de Varsovie et de rejoindre le camp de la neutralité pousse Moscou à écraser le soulèvement en faisant revenir les chars : 25000 Hongrois le payent de leur vie, 150000 de l’exil en Autriche ; Nagy est exécuté en 1958.

Des significations multiples

La révolution hongroise procède d’une interprétation fausse de la déstalinisation entreprise par Khrouchtchev (rapport secret du XX e Congrès en février et dissolution du Kominform en juin 1956), comme une libéralisation à venir du camp socialiste, alors qu’il ne s’est agi que de condamner un homme et non le système.

La révolution hongroise ignore le compromis auquel sont parvenus Soviétiques et Polonais, au cours du même mois d’octobre : libéralisation intérieure prudente permise par Moscou contre non-remise en cause du rôle dirigeant de l’URSS.

Enfin, après avoir soutenu les insurgés et presque promis leur intervention (rôle de « Radio Free Europe »), les États-Unis se sont défilés, laissant l’Armée Rouge rétablir l’ordre.

Il est désormais entendu, et pour longtemps, que l’on n’intervient pas dans les affaires du camp adverse.

Chacun des deux Grands peut aussi retrouver un avantage au dialogue et laisser se développer des initiatives politiques

a. Le retour au dialogue après la mort de Staline

Peut-être soucieuse de s’atteler prioritairement aux problèmes intérieurs, la « troïka » (Khrouchtchev, Malenkov, Boulganine) qui gouverne l’URSS après la disparition de Staline (1953) avance en 1954-1955 des propositions de négociations (traité de paix avec l’Allemagne ; projet de sécurité collective en Europe ; démantèlement des alliances) qui n’aboutissent pas car pleines d’arrières pensées (obtenir le départ des forces américaines d’Europe) auxquelles les Etats-Unis répondent par un projet (« Cieux ouverts ») d’inspections aériennes des installations nucléaires respectives (impensable pour l’URSS).

Plus concrètement, des avancées importantes doivent être mentionnées : la réconciliation soviéto- yougoslave lors du voyage de Khrouchtchev à Belgrade ; la fin du statut d’occupation en Autriche (traité d’État en mai 1955) en échange de la neutralité ; en juillet 1955, la conférence de Genève [la seconde puisque la première, celle de 1954, a mis fin à la présence française en Indochine] permet aux deux Grands des progrès entérinés l’année suivante sur l’utilisation pacifique de l’énergie atomique et sur la création de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AEIA), installée à Vienne.

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b. Laisser se développer des initiatives qui peuvent profiter à l’un et/ou à l’autre

Dans le camp occidental : la relance de la construction européenne Forts de leurs réussites passées (Conseil de l’Europe, CECA) et instruits de leur échec récent (CED), six pays européens (France, Allemagne, Italie et le Benelux) choisissent, lors de la conférence de Messine (juin 1955), la voie de l’intégration économique, préalable à l’intégration politique. Près de deux années de négociations permettent en mars 1957 la signature du Traité de Rome qui met en place le Marché commun et l’Euratom (développement du nucléaire civil). Le Royaume-Uni s’en tient à l’écart. Quant aux États-Unis, ils y voient sur le moment une contribution au renforcement de la solidité du bloc occidental.

Hors des blocs : une initiative originale, le non-alignement « Avènement du Tiers-Monde [l’expression est due au français Alfred Sauvy] », « Internationale des pauvres [Nasser] », « coup de tonnerre dans un ciel serein [allusion à une tension moindre dans les relations internationales depuis la disparition de Staline], les expressions ne manquent pas pour qualifier la rencontre de 29 nations nouvellement indépendantes (23 asiatiques-y compris la Chine communiste- et 6 africaines) à Bandung, du 18 au 24 avril 1955), à la recherche d’une « troisième voie » fondée sur : la fin du colonialisme, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, le rejet du racisme, le refus de l’ingérence des puissances extérieures. Cette rencontre internationale est la 1 re à se dérouler sans « l’homme blanc », sans représentant améri- cain ou soviétique, mais chacun des deux Grands y place ses espoirs, celui de voir s’écrouler les « arrières de l’impérialisme » pour les Soviétiques, ou ses pions (le Japon, le Pakistan, les Philippines, la Turquie sont membres des organisations politico-militaires occidentales) pour les États-Unis. Plus importante est la réunion de Belgrade en septembre 1961 au cours de laquelle les 25 nations présentes (il n’y a plus la Chine, ni la Turquie, ni le Pakistan, ni le Japon mais il y a la Yougoslavie et Cuba), après avoir évoqué l’actualité brûlante (soutien aux peuples algérien, palestinien ; condamna- tion de l’apartheid sud-africain), jettent les bases de ce que l’on qualifie de « non-alignement » conduit par Nasser (Égypte), Nehru (Inde) et Tito (Yougoslavie) : rejet des blocs [refus de toute alliance-bilatérale ou multilatérale, refus de toute installation de base militaire étrangère] ; acceptation de systèmes sociaux différents ; refus de toute situation pouvant déboucher sur un conflit aggravé par le développement de l’armement nucléaire, d’où le ralliement à la « coexistence pacifique » prônée… par les Soviétiques !

Chacun des deux Grands découvre qu’il devient difficile de rechercher un avantage supplémentaire

a. Le seconde crise de Berlin (1958-1961) achève le partage de l’Europe

Inquiet de l’émigration vers l’Ouest des Allemands de l’est qui entrave le développement économique de la RDA et nuit à l’image du socialisme, suspectant une volonté américaine de modifier l’équilibre de la terreur en Europe même par l’installation de missiles de portée intermédiaire, en particulier en Turquie, Khrouchtchev choisit de rouvrir, dix ans après le blocus de Berlin, le dossier berlinois.

En décembre 1958, un ultimatum est adressé aux Occidentaux : Berlin doit devenir la capitale de la RDA ou bien être contrôlé par l’ONU [c’est exiger le départ des Occidentaux]. Six mois sont accordés pour trouver un accord, avec menace d’une intervention des troupes du Pacte de Varsovie.

Devant le refus occidental d’obtempérer, Khrouchtchev s’incline et se rend en voyage officiel… aux États-Unis en septembre 1959, rendant la visite faite en juillet de la même année par le vice-président américain Nixon… en URSS et en Pologne !

C’est finalement en août 1961 que la crise se résout par la construction du mur de Berlin : le « mur de la honte », comme on dit à l’Ouest, le « mur de la liberté », comme on dit à l’Est rend désormais totalement hermétique le « rideau de fer » abaissé dès 1946-1947 et achève le partage de l’Europe. Les Allemands en sont les premiers pénalisés, mais c’est le prix à payer pour qu’un conflit lié à la volonté de modifier une situation vieille de dix ans ne vienne menacer l’équilibre trouvé dans une région vitale pour les deux Grands.

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b. La crise de Cuba (1962) achève la construction du monde de la guerre froide

La crise des fusées à Cuba en octobre 1962

guerre froide La crise des fusées à Cuba en octobre 1962 Présents dans l’île depuis 1898

Présents dans l’île depuis 1898 (base de Guantanamo), les États-Unis n’ont pu éviter le renversement du dictateur Batista et la prise du pouvoir par Fidel Castro au début de l’année 1959, mais ce n’est qu’en 1961 que les relations diplomatiques sont rompues lorsque Cuba se proclame membre du camp socialiste.

Par peur de la propagation de la révolution en Amérique latine, est montée l’opération dite de « la baie des Cochons » qui vise à renverser Castro et qui se solde, en avril 1961, par un échec américain.

En 1962, l’île est prête, croit-on, de se transformer en rampe de lancement de fusées soviétiques mena- çant directement et de façon rapprochée le territoire américain, lorsque des navires soviétiques sont repérés dans l’Atlantique se dirigeant vers Cuba : faisant preuve de fermeté (blocus de l’île) tout en maintenant le dialogue (échanges de lettres, conseil de sécurité de l’ONU), fournissant des contrepar- ties en Europe (retrait des missiles de portée intermédiaire installés en Turquie), le président américain J.F.Kennedy fait oublier son « inexpérience » (rencontre de mai 1961 avec Khrouchtchev et baie des Cochons) et obtient un recul de Khrouchtchev et des Soviétiques qui acceptent « d’éliminer les installations armées de Cuba », ce qui est un aveu, et Washington renonce à renverser le régime de Cuba qui s’appelle désormais « république socialiste démocratique de Cuba.

Le risque immédiat d’un conflit, aggravé de la menace d’une généralisation, amène donc les deux camps à composer plutôt qu’à s’opposer, ce que traduisent deux décisions de l’été 1963 : établissement d’une liaison directe par télétype (c’est le « téléphone rouge ») ; signature du traité de Moscou interdisant les essais nucléaires dans l’espace et l’atmosphère, devenus de toute façon inutiles, vu les progrès réalisés dans ce domaine par les deux Grands.

Le dénouement de la crise de Cuba marque traditionnellement le passage de la guerre froide, stricto sensu, à la détente, souvent assimilée à coexistence pacifique entre les deux Grands. Il importe de préciser qu’il ne s’agit pas de la même chose : la détente est un concept américain qui veut que les relations avec l’autre camp entrent dans une ère vraiment nouvelle parce que le nucléaire rend la guerre impossible ; la coexistence pacifique est un concept soviétique qui part du même présupposé (guerre impossible) mais qui n’entend pas renoncer à tout avantage ou prise d’intérêts au détriment de l’autre camp, chaque fois que l’occasion s’en présente.

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La détente entre les deux Grands (1962-1980)
La détente entre les deux
Grands (1962-1980)
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Les détente vue de Washington : une ère vraiment nouvelle ?

Les accords de sécurité nucléaire

En dix mois, de la crise de Cuba (octobre 1962) à la signature du traité de Moscou (août 1963),Américains et Soviétiques démontrent qu’ils ont désormais un double souci commun.

a. Les accords SALT (Strategic Arms Limitation Talks) de 1972 et 1979 visent à éviter le déclenchement par surprise ou par erreur d’une guerre entre eux deux :

À Moscou, en mai 1972, Richard Nixon (président américain) et Léonid Brejnev (Secrétaire Général du Parti Communiste de l’Union Soviétique » s’accordent sur la limitation du nombre des vecteurs - c’est l’accord SALT I : comme les États-Unis peuvent embarquer plusieurs ogives sur un seul missile, ils acceptentd’avoir moins de vecteurs (1710) ; comme les Soviétiques ne peuvent embarquer qu’une seule ogive par missile, ils peuvent disposer de plus de vecteurs (2372) ; chacun des deux se voit attribuer deux systèmes anti-missiles (ABM : Anti-Balistic Missile) et interdire de poursuivre la recherche en ce domaine (en 1974, il est décidé de n’en garder qu’un). L’année suivante, à Washington, en 1973, Nixon et Brejnev paraphent un accord sur la prévention de la guerre nucléaire, qui n’est ni plus ni moins qu’une renonciation au nucléaire militaire.

À Vienne, en juin 1979, Jimmy Carter (président américain) et Léonid Brejnev jettent les premiers fondements de la réduction des arsenaux nucléaires- c’est l’accord SALT II : le nombre des vecteurs autorisés doit être ramené progressivement à 2250 après être passé à 2400 en 1974, accord qui semble pénaliser les Soviétiques… qui ont caché depuis 1972 qu’ils avaient beaucoup progressé dans la « mirvation », c’est-à-dire la capacité à doter chaque missile de plusieurs ogives.

b. Le Traité de Non-Prolifération nucléaire (TNP) signé en juillet 1968 vise à réserver aux deux Grands le contrôle de l’accès au nucléaire militaire et civil

– Pour les deux Grands, le danger vient de l’explosion de la première bombe atomique française (janvier 1960) et de la rupture du traité de coopération nucléaire entre l’URSS et la Chine en 1959 qui n’a pas empêché la Chine communiste de se doter de l’arme nucléaire en 1964. Avec le Royaume- Uni, ce sont désormais trois puissances de second rang qui détiennent également « la bombe ».

– Les deux Grands choisissent d’abord de s’interdire à eux-mêmes (qui n’en n’ont plus besoin) mais surtout aux trois autres les explosions souterraines de grande puissance, sans lesquelles la constitution d’une force nucléaire crédible est impossible (Moscou, 1963). Ensuite, ils proposent à la signature un traité de non-prolifération nucléaire qui crée deux catégories de pays : les EDAN (États détenteurs de l’arme nucléaire) qui s’engagent à ne pas transférer la technologie du nucléaire militaire ; les ENDAN (États non détenteurs de l’arme nucléaire) qui s’engagent à ne pas l’acquérir en échange d’un accès facilité au nucléaire civil. Treize ans plus tard, 130 pays l’avaient signé ; la France et Chine ne signent qu’en 1992. Prorogé en 1995 sans limitation de durée, il est précédé, dans le cas français, d’une dernière campagne de tirs dans le Pacifique…

La gestion commune des « conflits périphériques » : Vietnam, Proche-Orient

Le « conflit périphérique » est un conflit dans lequel les intérêts vitaux (territoires respec- tifs, Europe) des États-Unis et de l’Union soviétique ne sont pas en jeu mais dans lequel l’un des deux (États-Unis au Vietnam) ou les alliés des deux (Israël et pays arabes) peuvent être impliqués. Dès lors, comment les deux Grands se comportent-ils dans ce cas ?

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a. États-Unis et Union Soviétique face à la guerre du Vietnam

Les États-Unis interviennent massivement à partir de 1964 au Sud Vietnam avec un double objectif : empêcher une invasion venue du Nord communiste ; empêcher une déstabilisation du régime en place par les communistes sud vietnamiens. Malgré l’importance des effectifs (500000 hommes) et des moyens (bombardements du Nord ; violation de la neutralité cambodgienne) employés, ils n’arrivent pas à enrayer l’offensive communiste sur les deux fronts (Hué, 1968). Dès lors, ils s’engagent dans une double voie : dans le cadre d’une politique dite de « vietnamisa- tion » du conflit, inaugurée par la « doctrine de Guam » (juillet 1969), le président Nixon décide de retirer progressivement les GI’s et de fournir à l’allié sud-vietnamien tout l’argent et tout le matériel nécessaires ; la négociation officielle, ouverte dès 1968 à Paris, bascule dans le secret (Kissinger et Le Duc Tho en sont les principaux protagonistes) : elle débouche sur les accords de Paris (janvier 1973) qui instaurent un cessez-le-feu permettant aux Etats-Unis de quitter dans les deux ans qui suivent le Sud Vietnam, abandonnant leur allié. – Les Soviétiques approvisionnent le Nord Vietnam en matériel militaire mais s’abstiennent d’inter- venir directement pour deux raisons : une intervention risque de compromettre la négociation SALT I (cf. ci-dessus) qui fait d’eux un partenaire reconnu et traité comme tel par les États-Unis ; plus prosaïquement, ils ont tout à gagner dans un conflit qui dure et paralyse les États-Unis.

gagner dans un conflit qui dure et paralyse les États-Unis. b. Au Proche-Orient, les deux Grands

b. Au Proche-Orient, les deux Grands face au conflit israélo-arabe (guerre des Six Jours -juin 1967 et guerre du Kippour dite aussi d’Octobre- 1973)

À deux reprises (après les deux premières guerres de 1948 et 1956), Israël, allié des États-Unis, et les pays arabes (Egypte, Syrie et Jordanie) soutenus par l’URSS, s’affrontent militairement : en 1967, Israël (qui déclenche les opérations) l’emporte, multipliant par cinq l’étendue de son territoire ; en 1973, l’Egypte efface momentanément l’humiliation de 1967 avant d’être à nouveau défaite par Israël.

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À deux reprises, les deux Grands choisissent d’intervenir ensemble au Conseil de sécurité terme au conflit ; ces résolutions adoptées en commun disent les conditions du retour à la paix : droit pour Israël à l’existence dans des frontières sûres et reconnues ; évacuation par Israël des territoires arabes occupés. Dans les deux cas cependant, les deux Grands divergent sur la mise en application : aux Soviétiques qui donnent leur préférence à une conférence générale, les États-Unis répliquent par le soutien à la politique israé- lienne privilégiant la négociation bilatérale. Cette politique connaît un succès retentissant lorsque le président égyptien Sadate, rompant avec Moscou en 1976, signe la paix avec Israël en 1979… à Washington.

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La détente vue de Moscou : une simple bonne affaire

La conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (conférence d’Helsinki, 1975)

Réclamées par les Soviétiques depuis… 1954, ouvertes en 1969, des négociations sur la sécurité et la coopération en Europe (il s’agit pour Moscou de voir entériné le partage de l’Europe en deux camps) aboutissent en août 1975 à la signature de l’acte final d’Helsinki, signé par 33 états européens, les États-Unis et le Canada. Quatre « corbeilles » ont fait l’objet des négociations parmi lesquelles deux doivent retenir l’attention : celle sur la sécurité (la plus importante pour les Soviétiques) et celle sur les droits de l’homme (à laquelle sont très attachés les États-Unis). Vue de Moscou, la « corbeille sécurité », on l’a laissé entrevoir ci-dessus, doit rendre la situation issue de 1945 pérenne : égale souveraineté des États, intégrité territoriale, intangibilité des frontières (sauf modifications négociées), droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, non- recours à la force, manœuvres militaires communiquées aux signataires. Aux yeux de Washington (et de nombre de ses partenaires européens), la corbeille « droits de l’homme » établit la libre circulation des hommes et des idées entre les deux mondes et doit favoriser une convergence entre des systèmes sociaux différents. Deux ans plus tard, les Occidentaux constatent avec amertume que la nouvelle Constitution soviétique (1977) consacre la supériorité du droit interne sur le droit externe : les Soviétiques ne tiennent pas leurs engagements sur les droits de l’homme, c’est aussi le cas dans les démocraties populaires, et persécutent leurs « dissidents » ( Sakharov , Orlov ; V. Havel et les membres de la Charte 77 en Tchécoslovaquie). L’espoir d’un rapprochement se transforme donc en un nouvel affrontement que Washington a pourtant cherché à éviter en multipliant, les années précédentes, les concessions (tout de même intéressées) : li- vraisons de céréales, fourniture d’usines « clés en main », transferts de technologies, octroi de la clause de la « nation la plus favorisée » (cette dernière pour faciliter l’émigration juive). Enfin, pour montrer son opposition à la politique soviétique, le Sénat américain refuse de ratifier SALT II. Forte de son partenariat stratégique avec Washington (SALT I), d’une situation devenue encore plus favorable à ses yeux en Europe (Helsinki), tirant profit du traumatisme vietnamien qui hante l’opinion publique américaine (« No more Vietnam »), l’URSS prend l’offensive à l’échelle planétaire… là où les intérêts vitaux de l’un et de l’autre ne sont pas en jeu.

L’offensive « tous azimuts » des Soviétiques (1975-1979)

a. En Asie du Sud-Est, l’URSS exploite le départ des Américains

Si en avril 1975, le Cambodge tombe aux mains des Khmers Rouges, alliés de la Chine, le Nord-Vietnam absorbe le Sud-Vietnam, abandonné par les Américains (mai 1975) ; une fois l’unification réalisée, le Vietnam adhère au CAEM (juin 1976). Entretemps, le Laos est devenu en décembre 1975 une républi- que populaire. La « théorie des dominos » tellement redoutée dans les années 50 par les Occidentaux semble triompher. Mais déjà, Chinois et Vietnamiens (soutenus par Moscou) s’opposent…

b. En Afrique, l’URSS s’attaque à la « chasse gardée » des Occidentaux

Exploitant le départ des Portugais (« Révolution des œillets » en 1974), l’URSS soutient l’installation de régimes marxistes en Angola, au Mozambique, en Guinée-Bissau appuyés par des forces cubaines ; elle intervient directement en Ethiopie aux côtés du régime marxiste du colonel Mengistu qui a renversé l’empereur Hailé-Selassié (celui que… Mussolini avait renversé en 1935).

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c. En Europe, l’URSS déploie un nouvel armement nucléaire

La décision prise en 1977 par Moscou d’installer, y compris en Europe de l’Est, des nouveaux missiles (appelés SS20) de portée intermédiaire (IRBM) tournés vers l’Ouest fait plus qu’inquiéter, mais pour des raisons différentes les Occidentaux. Les États-Unis y voient une menace sur les bases militaires de l’OTAN. Les Européens s’interrogent sur la réaction des États-Unis face à cette nouvelle donne : ces derniers sont-ils prêts à risquer un conflit nucléaire pour défendre l’Europe occidentale ? Ces derniers sont-ils prêts à réinstaller des IRBM en Europe occidentale pour rétablir l’équilibre ?

Ce n’est qu’à la fin de l’année 1979 que l’OTAN esquisse sa réplique à l’initiative soviétique. Présentée sous l’appellation de « double décision », elle prévoit (a) le déploiement en Europe d’IRBM (fusées Pershing II) de 1983 à 1989 si les négociations (b) entamées aussitôt avec l’URSS échouent. Ainsi se noue ce que l’on appelle jusqu’en 1987 « la crise des euromissiles ».

C
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Retour sur l’évolution interne des blocs : cause ou conséquence de la détente entre les deux Grands ?

Dans le camp occidental

a. La politique gaullienne d’« indépendance nationale »

Revenu au pouvoir en 1958, le général de Gaulle continue de condamner le « partage du monde » en deux camps, entend doter la France d’une « force de frappe nucléaire » autonome (bombe A en 1960 ; bombe H en 1968 ; construction des vecteurs nécessaires : bombardiers, sous-marins, fusées) nécessaire à une « politique d’indépendance nationale ». Il prend la décision de quitter l’OTAN en 1966 (c’est-à-dire l’alliance militaire dont on quitte le commandement militaire intégré), tout en restant membre de l’alliance politique- l’Alliance atlantique : à ce titre il soutient les États-Unis lors de la crise de Cuba). Il critique, chaque fois que l’occasion lui en est donnée, la politique américaine : ainsi en est-il du dollar (1965), de l’intervention US au Vietnam, vivement dénoncée en 1966 (discours de Phnom- Penh, 1966) et lors des voyages effectués au Mexique (1964) ou au Québec (1967). La reconnaissance de la Chine communiste en 1964, le voyage en URSS en 1966 avivent les craintes américaines, en particulier la formule devenue célèbre « l’Europe de l’Atlantique à l’Oural ». Dans l’ordre du symbolique, on peut noter sa présence aux obsèques des présidents Kennedy et Eisenhower à Washington et son… absence aux cérémonies marquant le 20 ème anniversaire du débarquement en Normandie (1964). Reste à interpréter la politique gaullienne. Il s’agit de conjurer le « déclin » de la France, de conserver son « rang » de grande puissance, de se passer du « parapluie nucléaire » américain, de relativiser la coupure idéologique de l’Europe, de faire comme si la confrontation Est/Ouest n’était qu’un accident (c’est pourquoi il parle de la “Russie” et non de l’URSS), de défendre une « Europe européenne » contre les tenants de l’atlantisme (double refus en 1963 et 1967 de l’entrée du Royaume-Uni dans le Marché commun), mais une Europe des États au service de la France, sur le plan économique (Marché commun) ou politique (autonomie par rapport aux États-Unis). Au bout du compte, plus qu’une d’une politique délibérée d’atteinte à la solidité du camp occidental, il s’agit de faire entendre la « voix de la France » et cette « rhétorique de la grandeur » peine moins à s’exprimer dans un climat de détente que de confrontation.

b. L’« Ostpolitik » ou « politique à l’est » de la RFA (1969-1973)

Vainqueur aux élections législatives de 1969 en RFA, le chancelier Willy Brandt (socialiste) et son conseiller Egon Bahr échafaudent la « politique à l’est », l’« Ostpolitik » dont l’idée directrice est : se réconcilier avec l’URSS et la Pologne afin de se rapprocher et d’avoir des relations « norma- les » avec la RDA.

La réconciliation avec l’URSS et la Pologne est scellée par deux traités (respectivement août et décembre 1970) par lesquels la RFA s’engage à respecter les frontières issues du second conflit mondial : frontière soviéto-polonaise mais aussi frontière entre RFA et RDA. C’est reconnaitre à la fois la perte des territoires, historiquement allemands, devenus polonais depuis 1945 et la séparation entre les deux camps qui passe par l’Allemagne.

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Forts de ces premiers accords, les dirigeants ouest-allemands peuvent passer à l’étape suivante : le rapprochement (la normalisation) avec la RDA (1972-1973). Un premier accord de libre cir- culation des personnes (…d’ouest vers l’est !) est signé en mai 1972. Puis au mois de décembre de la même année est signé avec la RDA le Traité fondamental qui reconnait l’existence d’une nation allemande représentée par deux États. Ces deux États entrent à l’ONU en septembre 1973 et les alliés de la RFA peuvent reconnaitre officiellement la RDA, ce que leur interdisait depuis 1955 la doctrine Hallstein (tout état occidental qui reconnaitrait la RDA ne pourrait plus avoir de relations diplomatiques avec la RFA). Le succès de l’Ostpolitik est indiscutablement lié à la détente : on en veut pour preuve que l’ac- cord de libre circulation est signé le même jour que l’accord SALT I entre les deux Grands (26 mai 1972) ; l’année précédente (1971), les quatre puissances occupantes (États-Unis, Royaume-Uni, France, URSS) se mettent d’accord sur le rattachement de Berlin-Ouest à la RFA, sur un accès garanti et permanent des occidentaux à Berlin-Ouest : le spectre d’un éventuel nouveau blocus s’évanouit et la présence des forces militaires occidentales à Berlin n’est plus contesté (accord quadripartite de septembre 1971), si le « mur » reste bien présent.

c. La construction européenne, victime de la détente ?

C’est sans doute là que le bât blesse le plus. On se souvient que les États-Unis ont encouragé la construc- tion européenne dès le plan Marshall. La mise en place de la PAC (politique agricole commune) dès 1962, la réalisation de l’union douanière (Communauté Economique Européenne, CEE) en 1968 ont entrainé de la part des Etats-Unis une double réplique face à cette concurrente économique directe : de 1964 à 1967, ils imposent la tenue du Kennedy Round (négociations sur l’abaissement des droits de douane) et surtout déclenchent en 1971, sous la présidence Nixon, une véritable crise du système monétaire international en 1971, en dévaluant le dollar et en refusant désormais la convertibilité du dollar en or, pour casser la croissance économique de leurs alliés européens et… japonais ! Les progrès politiques (élargissement à trois nouveaux membres en 1973 – Royaume-Uni, Irlande, Danemark ; marche vers l’union économique et la monnaie unique ; élection au suffrage universel du Parlement européen) sont mis à mal par le retour à la tension internationale (chocs pétroliers, crise des euromissiles). Qualifiée de « simple puissance régionale » par son allié américain, l’Europe doit renoncer à toute émancipation politique vis-à-vis de son protecteur.

Dans le camp communiste

a. Le « printemps de Prague » (1968)

Une nouvelle équipe de dirigeants arrive, en 1968, à la tête du parti communiste tchécoslovaque, conduite par Alexandre Dubcek. Soutenu par la société civile (ouvriers, étudiants, intellectuels), le « printemps de Prague », comme on dit très vite, entreprend d’établir une démocratie « à l’occi- dentale » : multipartisme ; séparation Parti-gouvernement ; élections libres ; liberté de la presse ; dis- parition de la censure ; et cela sans renier son appartenance au camp socialiste ni renier le rôle dirigeant du Parti communiste. Vu de Moscou, mais aussi depuis les capitales des « pays frères », il s’agit pourtant d’une remise en cause intolérable du rôle exclusif du Parti communiste. Aussi, les troupes du pacte de Varsovie stationnées en Tchécoslovaquie mettent-elles un terme, en août 1968, à la politique menée par Dubcek contraint à la démission. Pour justifier la répression du « Printemps de Prague », est forgée la « doctrine de la souveraineté limitée » dite aussi « doctrine Brejnev » : c’est le devoir de la communauté socialiste de veiller « au sort de la construction socialiste dans les autres pays » et donc d’intervenir, y compris par la force, quand la communauté estime qu’elle est menacée. Autant dire que la détente n’est pas à l’ordre du jour dans le camp socialiste européen.

b. L’insertion de la Chine dans le concert des Grands : vers la constitution du « triangle Washington-Moscou-Pékin »

La déstalinisation enclenche le processus de rupture sino-soviétique : si la Chine de Mao a tou- jours reconnu la première place à Staline, elle n’entend pas jouer le second rôle derrière Khrouchtchev

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à qui elle reproche la « coexistence pacifique ». En représailles, les Soviétiques mettent fin à l’aide apportée depuis 1949. De 1960 à 1969, la rupture s’approfondit : la Chine communiste, incarnation selon ses dirigeants du marxisme-léninisme authentique, se lance pendant près de vingt années (de

1958 à 1976) dans le « Grand Bond en avant » puis dans la « Grande révolution culturelle pro-

létarienne » et s’affirme comme le leader du Tiers-Monde (elle est présente à Bandung). De mars

à septembre 1969, des incidents militaires éclatent à la frontière sino-soviétique en Sibérie,

héritée en partie des « traités inégaux » du XIX e siècle, sans conduire à un conflit généralisé, avant le rétablissement de relations diplomatiques normales en 1970.

Chacun des deux Grands, pour des raisons différentes (rupture sino-soviétique d’un côté ; « bourbier vietnamien « de l’autre), s’inquiète de la voir s’allier à l’autre. Les États-Unis sont persuadés que la Chine peut jouer un rôle dans la résolution du conflit vietnamien, d’où l’importance des concessions faites pour favoriser un rapprochement sino-américain : entrée de la Chine communiste à l’ONU et au Conseil de Sécurité, en lieu et place de Taïwan (1971) et surtout voyage du président Nixon

à Pékin en février 1972 (en échange de la « non-ingérence » chinoise dans le conflit vietnamien,

les États-Unis reconnaissent « qu’il n’y a qu’une Chine et que Taïwan fait partie de la Chine » : c’est une véritable reconnaissance de fait de la Chine communiste avant la reconnaissance en droit, avec échange d’ambassadeurs qui intervient en 1978). L’avertissement est bien compris à Moscou, où le président américain arrive quelques semaines plus tard : soucieux de ne pas remettre en cause la signature de l’accord SALT I, de ne pas faire de Pékin l’interlocuteur privilégié de Washington, Moscou trouve aussi un intérêt supplémentaire à se montrer plus accommodant au Vietnam.

Ayant normalisé ses relations avec Moscou, reconnue comme un partenaire par les États-Unis, la Chine communiste ne renonce pas pour autant à sa propre vision du monde, théorisée en 1974 dans la « Théorie des trois mondes » : les deux Grands constituent le 1 er monde, les puissances moyennes (Europe) le deuxième monde et le Tiers-monde dont elle veut être le guide, le troisième monde.

Quel avenir pour le non-alignement ?

Sur la lancée de Belgrade (1961) et de la « Déclaration sur l’octroi de l’indépendance » adoptée par l’ONU l’année précédente, le monde non-aligné entame une double mutation quantitative et qualitative.

Quantitativement, 75 pays indépendants, pesant 2 milliards d’êtres humains rejoignent le mouvement

en 1973, après leur entrée en force à l’ONU dont ils modifient la composition de l’Assemblée Générale (ils

y détiennent à eux seuls la majorité des 2 / 3) à défaut de pouvoir s’opposer au Conseil de Sécurité.

Qualitativement, les grandes options politiques définies à Belgrade sont réaffirmées lors des sommets (Le Caire, 1964 ; Lusaka, 1970 ; Alger, 1973). Le nombre permet d’imposer la convocation de plusieurs Conférences des Nations Unies pour la Coopération et le Développement (CNUCED) aux pays déve- loppés (Genève, 1964 ; New Delhi, 1968 ; Santiago du Chili, 1972). En 1967, émerge un « Groupe des 77 » qui met en avant le clivage économique « Nord-Sud », pays pauvres / pays riches (qu’ils soient de l’Ouest ou de l’Est).

La tentative de se dégager du monde bipolaire tourne court dans la seconde moitié des années

1970 pour des raisons politiques (néocolonialisme ; moins de solidarité) et économiques

(double choc pétrolier de 1973 et 1979).

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La fin de l’affrontement américano-soviétique (1980-1991)
La fin de l’affrontement
américano-soviétique (1980-1991)
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Années 1980, années incertaines

La première moitié des années 1980 est marquée par le retour à la « guerre fraîche »

L’expression « guerre fraîche » est synonyme, dans les années 1980-1985, du retour d’une tension maximale entre les deux Grands dans le domaine du nucléaire, par ailleurs mis en difficulté dans leur propre camp, incapables d’empêcher la naissance de conflits et n’hésitant pas à recourir à l’intervention armée hors de leurs frontières.

a. L’impasse nucléaire

En 1983, le président américain Reagan (républicain) tourne le dos à vingt ans de gestion com- mune du risque nucléaire en lançant lInitiative de Défense Stratégique (médiatiquement dénom- mée : « Starwars » ou « guerre des étoiles », elle est estimée à 50 milliards de dollars) qui vise à la mise en place d’un « bouclier spatial » de plus de 400 satellites protégeant le territoire étatsunien et sa population de toute attaque nucléaire soviétique mais ruinant ce qui avait fait le « succès » des négociations précédentes : la vulnérabilité mutuelle des populations, en dernier ressort.

De son côté, l’URSS ne cède pas sur la question des « euromissiles », utilisant la vague pacifiste qui déferle sur l’Europe, proposant seulement de retarder puis de réduire le nombre de SS20 (le nombre de ces missiles intermédiaires serait égal à celui des missiles intercontinentaux français et anglais, d’où une négociation impossible).

En novembre 1983, les premiers Pershing II sont déployés au Royaume-Uni, tandis que les Soviétiques installent les SS20 jusqu’en RDA créant la panique en RFA : « Plutôt rouges que morts » entend-on dans les manifestations pacifistes.

b. Les deux Grands sont mis en difficulté dans leurs camps respectifs

Dans le camp occidental, les États-Unis ne peuvent empêcher le renversement en Iran de leur allié, le Shah, par les religieux de l’ayatollah Khomeiny en 1979. Ils connaissent une double humiliation lorsque tout le personnel de l’ambassade américaine à Téhéran est pris en otage en 1980 et lorsqu’une opération héliportée de libération échoue lamentablement (elle signifie la « mort politique » du président Carter). Dans la guerre des Malouines (dite aussi des Falklands), en 1982, qui oppose leurs alliés (Royaume-Uni et Argentine), ils apportent leur soutien aux Anglais.

Dans le camp soviétique, l’URSS est contestée, à partir de 1980-1981, en Pologne où le syndicat « Solidarité » (« Solidarnosc », en polonais), dirigé par Lech Walesa réclame une démocratisation de la vie économique et sociale. Les Soviétiques trouvent face à eux un adversaire inattendu, le nouveau pape Jean-Paul II, élu en 1979 et ancien archevêque de Cracovie, mais aussi un allié, le général Jaruzelski qui, au pouvoir, instaure « l’état de guerre » destiné à briser « Solidarité ».

c. Les deux Grands sont incapables d’empêcher la naissance ou la résur- gence de conflits au Proche-Orient

À partir de 1980, l’Iran (ex-allié des États-Unis) et l’Irak (proche de l’URSS) entrent en conflit, ce qui menace l’approvisionnement pétrolier de l’Occident. Leurs votes communs de résolutions à l’ONU restent sans écho auprès des belligérants.Assez vite, les deux Grands se retrouvent « alliés » de l’Irak athée et marxiste pour l’URSS et menace pour les monarchies de la région, selon Washington.

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La même incapacité est à noter au Liban, en proie depuis 1975 à un affrontement entre chrétiens et musulmans, envenimé par l’intervention israélienne (opération « Paix en Galilée ») de 1982 à 1985 dans le but d’en chasser les Palestiniens de Yasser Arafat. Les attentats et les prises d’otages entrainent le départ des forces d’interposition (États-Unis, France).

d. Les deux Grands se lancent dans l’aventure militaire

– Craignant toujours Castro depuis 1960, n’ayant pas toléré « l’expérience Allende » au Chili du début des années 1970, les États-Unis s’engagent en 1983 en Amérique latine dans le soutien aux guérillas anti-marxistes (doctrine Reagan) en particulier au Nicaragua où Washington soutient les « Contras » contre les « Sandinistes ».

– Plus lourde de conséquences est l’intervention militaire soviétique en Afghanistan, à compter de décembre 1979, c’est-à-dire hors de leur bloc, dans le Tiers-monde dont l’URSS se veut le protecteur face à « l’impérialisme américain ». Un régime communiste s’est installé en Afghanistan après avoir renversé en 1978 la monarchie. Le nouveau pouvoir a signé un traité d’amitié, de coopération et de bon voisinage avec l’URSS. C’est en application de ce traité que les Soviétiques interviennent pour soutenir les pro- soviétiques du nouveau régime contre les nationalistes. Rétablis au pouvoir, les fidèles de Moscou autorisent le « séjour provisoire… » d’un corps expéditionnaire soviétique qui, dans les années qui suivent, n’arrive pas à défaire les nationalistes, soutenus depuis le Pakistan voisin par les Occidentaux. Le « bourbier afghan » des Soviétiques n’est pas s’en rappeler le « bourbier vietnamien » des Américains.

La seconde moitié des années 1980 est marquée par le retour au dialogue et l’apaisement des tensions

Incontestablement, l’arrivée au pouvoir en URSS de Mikhaïl Serguievitch Gorbatchev en mars 1985 facilite une reprise spectaculaire d’une conduite des affaires du monde par les deux Grands après six années d’interruption (Afghanistan, boycott respectif des JO de Moscou et Los Angeles, crise des euromissiles, entre autres).

a. Des rencontres au sommet pour dénouer l’imbroglio nucléaire

Après une première rencontre Reagan-Gorbatchev à Genève en 1985, trois sommets (Reykjavik, Reagan-Gorbatchev, 1986 ; Washington, Reagan-Gorbatchev, 1987 ; Moscou, Bush [père]-Gorbatchev, 1991) apurent le contentieux nucléaire

En 1986, il est décidé d’ouvrir une négociation, dite START, sur une réduction de 50 % des arsenaux stratégiques (ICBM) ;

En 1987, il est mis fin à la crise des euromissiles déployés en Europe (IRBM) par le démantèlement des missiles et la destruction des ogives ;

En 1991, il est tenu compte à la fois des missiles intercontinentaux et des ogives dont le nombre est limité (1600 chacun pour les premiers et 6000 chacun pour les secondes) et surtout le surplus est détruit. C’est un véritable accord de désarmement concluant la négociation ouverte en 1986 qui se concrétise dans la signature du traité START I. Un nouvel accord de désarmement (START II) est signé en 1993.

Les capacités de destruction mutuelle restent de toute façon considérables. Reste à expliquer les raisons d’une telle avancée : confiance américaine dans l’efficacité du bouclier spatial (« guerre des étoiles ») annoncé ? « Piège du bouclier spatial » tendu par les États-Unis pour amener l’URSS à négocier ? Incapacité soviétique à rattraper l’avance US dans ce domaine ? Autres priorités soviétiques (situation interne) ?

b. Avec Gorbatchev, l’URSS redécouvre l’esprit et la lettre de la Conférence d’Helsinki (1975), ce qui met fin à la guerre froide

La corbeille « droits de l’homme » est mise en application (fin des internements psychiatriques des opposants ; fin du brouillage des radios occidentales ; accroissement de la liberté de circulation, etc…)

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La corbeille « sécurité » profite de l’ouverture de négociations sur les forces militaires classiques stationnées en Europe : l’URSS publie les effectifs des troupes du Pacte de Varsovie, s’engage à retirer 500000 soldats stationnés dans les démocraties populaires.

En novembre 1991, à Paris, la guerre froide est enterrée : dans cette seconde (et dernière) réunion de ce niveau, les 34 participants d’Helsinki (car la RDA n’existe plus, voir ci-dessous) se met- tent d’accord sur la réduction des forces classiques en Europe : les Soviétiques (qui ont dissous le Pacte de Varsovie et le CAEM en juin) retirent toutes leurs forces d’Europe centrale et orientale, tandis que les États-Unis sont autorisés à laisser stationner 150000 hommes dont le rapatriement progressif est programmé.

c. 1988, année du coup d’arrêt porté à un grand nombre de conflits

Dans la foulée des accords sur le nucléaire, des accords en Europe, il est mis fin définitivement ou momen- tanément, souvent par le biais de l’ONU (les « Casques bleus » sont Prix Nobel de la Paix cette année là) où Etats-Unis et URSS votent ensemble les mêmes résolutions, à nombre de situations conflictuelles :

En Asie : c’est la fin de la guerre Iran-Irak (après huit années de guerre), c’est la fin de l’intervention vietnamienne au Cambodge (après dix années de guerre), c’est la reconnaissance par l’Organisa- tion de Libération de la Palestine (OLP) du droit d’Israël à vivre en paix avec ses voisins arabes « dans des frontières sûres et reconnues » ; c’est surtout la fin de l’intervention soviétique en Afghanistan, à la suite de l’accord signé à Genève entre l’Afghanistan, soutenu par Moscou, et le Pakistan, allié de la résistance afghane, accord cosigné par les deux Grands ;

En Afrique : le départ des soldats cubains d’Angola et la fin du conflit entre la Somalie et l’Ethiopie marquent la fin de l’offensive communiste lancée en 1975 ; après Israël (…qui n’est pas en Afrique) en 1948, l’ONU « crée » la Namibie délivrée du joug sud-africain ;

En Amérique centrale : il est mis fin aux conflits au Nicaragua (Sandinistes / Contras) et au Salvador. Au moment où les « conflits périphériques » s’estompent dans le Tiers-monde, avant que ne surgisse le 1 er conflit Nord-Sud que constitue la première Guerre du Golfe (1991), le Mouvement des Non- Alignés perd toute raison d’être lorsqu’à la réunion de Belgrade, en 1989, on affirme rechercher « sans préjugé et sans dogme » une réelle participation aux relations entre états.

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« Et le combat cessa, … »

La chute / l’ouverture du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, et la disparition de l’URSS, le 25 décembre 1991, sonnent le glas du monde issu de la Seconde Guerre mondiale.

La fin de la « question allemande » ouverte en 1945

1989, « à l’Est, du nouveau » : dès l’été 1989, amorcé par le retour à la liberté de circulation entre les « pays frères » autorisée par l’URSS et les gouvernements des démocraties populaires, a lieu un exode massif des citoyens est-allemands vers la RFA via la Hongrie qui a ouvert le « rideau de fer » à la frontière avec l’Autriche ; en octobre 1989 (40ième anniversaire de la RDA), Gorbatchev annonce que la force ne sera pas employée pour ramener l’ordre, laissant les dirigeants est-allemands (Honecker) face aux manifestations (« Nous sommes le peuple ») dans les grandes villes (Leipzig, Dresde). Le 9 novembre, la chute / l’ouverture du mur à Berlin surprend l’opinion publique mon- diale, si l’on n’y voit pas immédiatement la fin du camp et du modèle socialistes, bien que, au même moment dans les autres démocraties populaires, les gouvernements communistes s’effacent pacifiquement (Pologne, Hongrie, Bulgarie, Tchécoslovaquie) ou violemment (Roumanie).

1990 (mars-mai), le retour à l’unité : organisées en mars 1990, les premières élections libres à l’Est sont marquées par la victoire de « l’Alliance pour l’Allemagne », pendant est-allemand de la CDU ouest-allemande du chancelier Kohl. Dès lors, ce dernier impose l’union économique, monétaire et sociale (d’un montant estimé à 1000 milliards de deutschemarks) par le Traité d’État du 18 mai 1990.

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1990 (juin-novembre), le retour à la souveraineté : en échange de la reconnaissance par la nouvelle Allemagne de la frontière germano-polonaise (Kohl a espéré un temps récupérer les terri- toires perdus en 1945), d’un financement allemand du retrait soviétique, et d’une aide financière à la reconversion civile de ses troupes d’occupation, Gorbatchev accorde à Kohl : la souveraineté totale de l’Allemagne, le retrait total de l’Armée Rouge d’Allemagne, la totale appartenance du nouvel État à l’OTAN. Reste à avaliser cet accord bilatéral par les trois autres vainqueurs de 1945 (États-Unis, Royaume-Uni, France) : c’est chose faite, à Moscou en septembre lors de la réunion dite « 4+2 ». Le Traité d’Union est signé le 31 août, il entre en application le 3 octobre 1990 : 45 ans d’occupation et de séparation appartiennent désormais à l’histoire. Berlin redevient capitale, le chancelier Kohl apparaît comme un « nouveau Bismarck », et en novembre 1990, les premiè- res élections législatives dans le nouvel état consacrent la victoire du parti du chancelier.

Une issue imprévue : la disparition de l’Union soviétique en 1991

Ce qui s’ est passé en Allemagne, en Europe de l’Est et que Gorbatchev a laissé faire s’achève en URSS et achève l’URSS.

Entre le printemps 1990 et le printemps 1991, toutes les républiques de l’Union proclament leur indépendance (les 1 ères à le faire sont les trois républiques baltes-Estonie, Lettonie, Lituanie) : en juin 1991, en République Socialiste Fédérative de Russie.

(Russie), Boris Eltsine est élu président au suffrage universel direct quand Gorbatchev a été élu président de l’URSS en mars par un collège plus réduit…

Au cours de l’été 1991, s’exacerbe la rivalité entre les deux présidents : Gorbatchev tente d’obtenir d’Eltsine son accord pour un nouveau traité d’Union entre les républiques (ce qui revien- drait à faire rentrer la Russie et les autres républiques dans le rang), tandis qu’Eltsine s’oppose… avec succès aux communistes conservateurs qui tentent de renverser Gorbatchev (accusé d’avoir « bradé l’empire », dissous le Pacte de Varsovie, affaibli le pays avec la « perestroïka » et la « glasnost ») qui doit donc sa survie politique à son rival ;

En décembre 1991, l’URSS agonise : le 8, la Russie, l’Ukraine et la Biélorussie signe un accord qui supprime l’URSS ; le 21, à l’exception des trois républiques baltes et de la Géorgie, les 11 autres républiques (dont les 3 mentionnées ci-dessus, le Kazakhstan, etc…) créent la Communauté des États Indépendants (CEI) ; le 25, Gorbatchev annonce sa démission de la présidence de l’URSS, une URSS qui n’existe déjà plus, victoire pour les uns, espoir pour certains, crainte pour d’autres… Un accord se fait rapidement avec les Occidentaux pour que la Russie siège au Conseil de sécurité de l’ONU, honore les traités signés et assure le contrôle de l’arsenal nucléaire désormais en sa possession.

Vu d’Occident, tout ce qui, depuis 1947 (et pour certains depuis… 1917), constituait une menace permanente, disparaît : il n’y a plus ni démocraties populaires ni Pacte de Varsovie ni CAEM ni URSS. Il ne reste qu’un bloc communiste exsangue : Chine (plus d’un milliard d’hommes et de femmes, tout de même), Corée du Nord, Cuba.

Un nouveau monde est né…

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