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Chaire Fernand-Dumont sur la culture

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Lucier, Pierre
Pour une économie de “tout le savoir”

Notes pour l'allocution prononcée par Monsieur Pierre Lucier, président de l'Université du
Québec, lors de la Collation des grades de l'Institut national de la recherche scientifique et de
la remise d'un doctorat honorifique à Monsieur André Caillé, à Laval, le 22 juin 2000.

Monsieur le Directeur général,


Monsieur le Président du conseil d'administration,
Mesdames et Messieurs de la direction, du corps professoral et du personnel de l'Institut
national de la recherche scientifique,
Docteur Caillé,
Mesdames et Messieurs, diplômés d'aujourd'hui,
Mesdames, Messieurs,

Le cadre enchanteur de notre rassemblement d'aujourd'hui est à lui seul des plus évocateurs. Il
rappellera sans doute leur champ de recherche à celles et à ceux qui ont réalisé leurs travaux
scientifiques sur des questions reliées aux éléments cosmiques de base, ou encore à
l'environnement naturel et urbain. Il soulignera pour d'autres la richesse du patrimoine foncier
et scientifique d'Armand-Frappier et la réussite de sa jonction avec l'Institut national de la
recherche scientifique. Il projettera sans doute pour tous l'atmosphère et les images de fête
attachées à une collation des grades et à une remise de doctorat d'honneur.

Car, c'est bien une fête, aujourd'hui. La fête de la réussite, de l'intelligence, du travail
accompli, de la constance. La fête de la satisfaction et de la fierté. Vous avez raison d'être
fiers, chers nouveaux diplômés, et celles et ceux qui vous entourent et vous ont accompagnés
ont aussi bien des raisons d'être fiers de vous. Mes plus cordiales félicitations !

C'est également, autour de notre nouveau docteur honoris causa, une fête de la reconnaissance
- au double sens du mot. Nous reconnaissons le travail et la contribution exceptionnels d'un
homme que l'Institut national de la recherche scientifique et l'Université du Québec
considèrent depuis longtemps comme l'un des leurs. Et nous lui disons notre reconnaissance.

Docteur Caillé, je m'associe avec plaisir à l'hommage qui sera dûment prononcé tout à l'heure.
Je me permettrai seulement de mentionner un épisode de votre carrière dont j'ai été témoin
privilégié, un fait qui traduit un trait de votre personnalité et de votre apport à notre vie
collective : il s'agit de votre participation aux travaux de la Commission des États généraux
sur l'éducation, en 1995 et 1996. Vous aviez alors accepté avec beaucoup de générosité d'être
de ce grand chantier collectif, avec simplicité, sans recherche de panache, mais efficacement,
en citoyen conscient de l'importance centrale de l'éducation pour l'avenir des individus et de la
société. Vous preniez alors ainsi le relais d'engagements antérieurs pour favoriser les
partenariats école-entreprise en formation professionnelle. En vous voyant au poste lors de la
crise du verglas, je n'ai pas été surpris de noter ce je ne sais quoi d'engagement personnel et de
"supplément d'âme" qui fait que les responsabilités administratives sont plus que des tâches
techniques.

À sa manière, votre témoignage met en lumière, sur le plan humain comme sur le plan
scientifique, le caractère global du projet que nous avons de bâtir une "société du savoir", elle-
même portée par la vitalité d'une "économie du savoir". C'est, en effet, de tout le savoir, et de
tous les savoirs, que nous avons besoin pour la réaliser : les savoirs des sciences dites "dures"
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et leur potentiel d'innovation technologique et de commercialisation ; les savoirs des sciences
humaines et sociales, et leur potentiel d'innovation sociale. J'ajouterai volontiers : ces savoirs
proprement humains, faits d'engagement, de solidarité, de droiture éthique, de citoyenneté
responsable. C'est sur tous ces savoirs que pourra s'édifier une société du savoir valable et
durable.

Les discours dominants actuels sont tentés, il faut bien le dire, par une certaine réduction des
perspectives, qui fait parfois craindre qu'on se mette à viser une société essentiellement
marchande, efficacement servie par une université que l'on voudrait tout aussi marchande. Je
ne pense tout de même pas que nous en soyons là. Et ce que j'entends un peu partout, sur nos
campus et ailleurs, me rassure sur la capacité des humains de résister aux enfermements de
toute nature. Je n'estime pas davantage que quelque complot vicieux s'emploierait à étrangler
les savoirs axés sur l'interprétation du phénomène humain, sur la recherche du sens ou sur la
création culturelle. Mais demeurons vigilants. Et veillons à ce que des gaucheries de langage
ou des insistances stratégiques circonstancielles ne dérivent pas en vision des choses articulée,
consentie et systématiquement poursuivie. C'est un devoir universitaire que de rappeler
l'intégralité de l'intelligence et du projet scientifique.

À la vérité, les défis d'équilibre sont plus exigeants et plus complexes que ne pourrait le
laisser entendre quelque opposition simpliste, voire caricaturale, entre sciences "dures" et
sciences "moins dures". Car c'est bel et bien à l'intérieur même des démarches disciplinaires
que se pose aussi ce défi d'équilibre. Rares sont devenues les questions qu'on peut vraiment
élucider sans faire appel à plus d'un monde disciplinaire. Le projet scientifique est de plus en
plus pluriel, dans sa conception comme dans son exécution. On l'observe, les épistémologies
closes doivent de plus en plus manifestement déclarer forfait. C'est que les questions
progressent à la faveur d'approches articulées qui, d'une manière ou d'une autre, intègrent des
préoccupations qui ont trait aux comportements humains et aux enjeux éthiques tout autant
qu'aux impératifs proprement scientifiques et technologiques.

L'Institut national de la recherche scientifique, cet outil original, exceptionnel, sur lequel
l'Université du Québec est fière de pouvoir compter, illustre bien cet équilibre, lui qui oeuvre
dans un ensemble de sciences "dures" et "moins dures" et qui affirme de plus en plus sa
capacité de conduire des projets scientifiques intégrés. Son évolution vers des champs
thématiques faisant appel à plusieurs dimensions du savoir et de l'innovation est extrêmement
prometteuse. Les rapprochements qui s'y opèrent pour constituer des équipes plus
considérables et regroupées autour de parentés épistémologiques plutôt qu'autour d'objets
spécifiques sont tout aussi prometteurs. L'Institut national de la recherche scientifique se
positionne ainsi avantageusement pour assumer des leaderships dans ce que le directeur
général aime appeler des "activités en réseau", au-delà des simples "réseaux d'activités".

L'Université du Québec mise sur ce dynamisme de l'Institut national de la recherche


scientifique pour rallier des forces qui n'atteindraient pas autrement la masse critique. Je redis
à la direction et aux chercheurs de l'Institut national de la recherche scientifique que je les
appuie dans ces voies et que je continuerai de m'employer, d'abord au sein de l'Université du
Québec, à faire reconnaître et utiliser davantage ce potentiel unique de rassemblement et de
maillage, sans lequel le développement de la recherche n'est guère plus possible.

L'éventail des travaux et des champs de recherche de nos diplômés d'aujourd'hui témoigne de
ces configurations scientifiques en évolution. La carrière et les engagements de notre docteur
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d'honneur l'illustrent aussi, tout comme ils illustrent l'irremplaçable valeur d'un projet humain
intégré.

Merci, Docteur Caillé. Toutes mes félicitations, chers diplômés, et bonne route.

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