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Séminaire commun Strasbourg- Fribourg « Expériences » de la mort: Kierkegaard, Rosenzweig, Heidegger date : 21 février 2013 sous la direction de Pr. Dr. L.

Hühn & Pr. Dr. G. Bensussan Titre de l’intervention : « La vie, la mort et leurs figures possibles chez Kierkegaard et Heidegger » Auteur : Marko Tasic

Présentation : Les pensées de Kierkegaard et de Heidegger accordent une place décisive à la mort. La mort est comprise par nos auteurs à deux niveaux : un niveau où la mort et la vie s’excluent mutuellement et un niveau où une certaine mort est incluse dans la vie. Mourir à nos désirs, à nos espérances, à notre volonté n’est pas mourir tout court. Ces deux niveaux d’intelligibilité permettent de comprendre la vie et la mort en des sens multiples. Il s’agira d’identifier ces sens, ces figures possibles de la vie et de la mort en rendant compte des paradoxes qui y sont liés. Ces derniers concernent les rapports que l’homme ou le Dasein a avec lui-même, avec le monde et avec Dieu. Entre la vie du public et la vie de l’esprit (Kierkegaard), entre la vie inauthentique et la vie authentique (Heidegger), il s’esquisse des manières de se rapporter à soi-même qui apparaissent l’une pour l’autre comme des figures de la mort. Ces regards croisés semblent être un fondement possible pour le dialogue entre ces deux auteurs.

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économiques. comme Anticlimacus [perspective du chrétien] observe justement.Vie et mort chez Soeren Kierkegaard Soeren Kierkegaard envisage l’effort du chrétien à devenir esprit comme une progression qui se fait par sauts1. tu m’inculquas la même conviction une seconde fois en me prouvant sans cesse que tu étais amour » dit Kierkegaard. 195. l’homme perd de vue la possibilité pour lui de devenir esprit. p. La progression est celle entre le stade esthétique où domine la jouissance. éditions Gallimard. c’est-à-dire par choix. Ceux qui ne laissent pas de s’y rapporter s’y prennent sans doute ainsi : ils laissent au Christ le soin pour ainsi dire de leur salut éternel. Là où il y a Dieu. En s’abandonnant aux affaires. ou ne peut éprouver quelque sentiment spirituel. Seulement. 1 2 . et emploient alors leur temps. une certaine indifférence devant le bien et le mal . en est la figure paradigmatique. là où il y a monde.366. politiques. on devient « mari. semblent être autant de figures de la mort de l’homme. p. Il s’esquisse entre la vie du monde et la vie en Dieu un rapport de « Ou bien…Ou bien… ». 1957. sociaux. un esprit romantique. par conversion. La collectivité. 1957. 3 Soeren Kierkegaard. s’y dérobent par un virage et versent dans la pratique. tome IV. au moment où la vie devrait se révéler à eux dans sa profondeur. de la non-détermination de soi comme choix éthique. la plupart des hommes au fond. sans vie. de la non-responsabilité. la vie profonde. d’authenticité. éditions Gallimard. En disant non à Dieu. p. Puis tu me traitas paternellement comme un enfant. L’élément public est l’élément de mort. un corps inerte. une figure de la vie pure. le public. Le rapport d’exclusion qui semble s’établir entre vie en Dieu et vie au monde semble être marqué par un renoncement fondamental. Un tel effort vers l’absolu religieux conduit inévitablement à mourir au monde. Soeren Kierkegaard. comme lieu de la vie divine. Soit c’est la vie mondaine qui l’emporte. de rencontrer Dieu dans un rapport de vérité. 1955. Ainsi s’exprime notre auteur dans son Journal (1850-1853) : «La plupart des gens ne font guère que laisser dormir en eux le christianisme. il laisse sommeiller en lui cette part divine. de fuite de la vie spirituelle. l’homme dit oui au monde. c’est-à-dire esprit. 2 « Tout au fond. éditions Gallimard. du moins à la possibilité d’une expérience profonde. Il est un mort dans la vie. tu m’as mis dans l’âme ineffablement l’assurance que tu es l’amour. le stade éthique où il y a choix entre le bien et le mal. Le concept d’angoisse. Cette rencontre qualitative avec le divin apparaît comme une figure de la vie dans la vie.95. L’esprit.76. par décision. Ainsi s’exprime notre auteur dans son journal (1849-1850): « Comme Johannes Climacus [perspective du non-chrétien] a raison de le remarquer. En disant oui au monde. éditions Gallimard. vraie de Dieu. la plupart des gens ne vivent jamais l’expérience de devenir esprit : ainsi ne connaîtront-ils jamais la rencontre qualitative avec le divin »3. Kierkegaard parle volontiers de « saut qualitatif ». Journal (1849-1850). cf. il n’y a pas de place pour Dieu. de la vie qui n’est que vivante. A proprement parler. IV. la plénitude de l’amour2 en Dieu. père et roi des concours de tire » . leurs forces à jouir de cette vie »4. comme lieu de l’impersonnel. de la non-vérité. il n’est pas devenu un cadavre. 4 Soeren Kierkegaard. comme si ce n’était pas du tout leur affaire. aux rôles familiaux. et l’angoisse liée à ce choix et le stade religieux où l’homme atteint la cime de son être. dans la possibilité pour lui de devenir ce qu’il est. p. Le rapport d’exclusion entre le monde et Dieu ne signifie pas pour autant que celui qui mène une vie mondaine cesse de croire en Dieu. L’homme du public annihile toute possibilité d’éprouver le divin en lui. Entre Dieu et le monde. soit c’est la vie divine. l’homme n’est pas mort. les autres. ou plus précisément la mort de l’esprit. 1933. il y a l’alternative entre une exclusivité et une autre exclusivité. à mourir à tout ce qui relève du public. Journal (1850-1853). tome III. la légèreté. l’homme dit non à Dieu. il n’y a pas de place pour le monde. la vie divine. Journal (1850-1853).

Il faut d’abord être vivant pour vivre la mort dans la vie. Journal (1849 -1850). Loin d’être une vie statique. de vivacité. mort. Il y a donc de la mort dans la vie au point où la vie sous-jacente apparaît comme ce qui rend possible de telles morts. p. le rapport d’exclusion entre Dieu et le monde n’est pas un rapport statique. au fond ça ne l’occupe pas »6. la vie en Dieu est une vie remplie de crainte et de tremblement. sans retour. Chacun de ces rapports apparaît aux yeux de l’autre comme une figure de la mort dans la vie. une vie simplement mécanique. II. et où la mort est définitive. p. Comme ouverture du possible. 332. à un devenir. éditions Gallimard. dans le sens de naître et se conserver. Il ne peut y avoir de mort dans la vie que s’il y a une vie première qui en est le support fondamental. dans l’autre l’homme se rapporte à lui-même verticalement par la médiation de Dieu. de conquêtes et de défaites. la vie rendue possible par la vie. Chacune de ces vies se revendique comme étant la vraie vie. 1954. l’homme se regarde comme pouvant-être ceci ou cela. vie et mort se laissent comprendre à deux niveaux. de devenir. la mort au monde.Dans cette situation. 1955. Ainsi s’exprime l’auteur. 8 Kierkegaard. Si les guises dans lesquelles un homme devient esprit ne semblent pas intéresser Schleiermacher. les catégories du monde sont des « catégories de l’immédiat ». éditions Gallimard. tandis que Dieu figure la vie de la médiation. p. il représente tout en ‘être’. 331. éditions Gallimard. Kierkegaard. à un processus. Journal (1846-1849). ces catégories de l’immédiat « ne sont rien quand elles s’opposent au Christ »5. dans une critique de la religiosité telle qu’elle est comprise par Schleiermacher : «L’erreur de la dogmatique de Schleiermacher c’est qu’au fond la religiosité est toujours pour lui un état. Journal (1849 -1850). immobile. Cette éthique en tant qu’effort est l’éthique en tant qu’elle est la figure de la vie dans la vie. Les notions de lutte. c’est un rapport dynamique. « Toute catégorie chrétienne porte la marque de l’éthique en tant qu’effort »7 dit l’auteur. Aux yeux de notre auteur. En outre. plutôt qu’à un état. 15 mai 1848 à janvier 1849. c’est du spinozisme. Entre les deux niveaux se joue la possibilité de passer de la considération de la vie et de la mort comme extérieure l’une vis-à-vis de l’autre. un premier niveau où il en va du simple fait d’être vivant. il existe des figures de la mort dans la vie. la vie véritable. Soeren. la vie en Dieu regarde la vie du monde comme une figure de la mort et la vie du monde regarde à son tour la vie en Dieu comme une figure de la mort. III. Le second niveau n’est possible que si l’on est vivant au premier niveau. II. 240. de vie dans toute véritable expérience religieuse. et chacune exprime une manière pour l’homme de se rapporter à lui-même. d’effort expriment un sentiment de vitalité. Dans l’espace des possibilités ouvert par l’angoisse. Soeren. Comment elle devient. des figures de la négation de la vie dans la vie. et un second niveau où l’on peut vivre et mourir à la vie sans pour autant être mort. 1955. d’avancées décisives et de reculs momentanés. à la considération de la vie et de la mort comme intérieure l’une par rapport à l’autre. 7 Ibidem. l’angoisse est ouverture vers le « démoniaque ». comme pouvant accomplir telle action ou telle autre. du monde et des objets qui le composent . L’une d’entre elles est ce que Kierkegaard nomme l’angoisse. comme peut l’être la vie publique. III. « Toute la lutte ne commence qu’au devenir »8 remarque notre philosophe. vivant car l’expérience religieuse renvoie chez Kierkegaard à un effort. elles intéressent profondément Kierkegaard. des figures du néant dans l’être. elle est. 6 5 3 . Relativement notamment à la question de l’amour. Soeren. comme la vie. Ainsi. Et pourtant. Dans un cas l’homme se rapporte à lui-même horizontalement par l’immédiateté de son moi au contact des autres. Pour l’homme religieux. le mal et ouverture Kierkegaard. L’angoisse est ce tremblement intérieur qui ouvre l’homme à son possible. répétitive. qui ramène l’homme à la possibilité pour lui d’être.

comme possibilité de l’extrême dans la vie.vers le bien. Elle est le maître qui punit et le guide qui sauve. car elle est le poison et le remède. La vie et la mort reçoivent ici un sens éthique. éditions Robert Laffont. Elle est le feu qui consume et le feu qui guérit. 1967. fini. quand l’homme est mort à lui-même et à sa raison.1207. « A chaque terreur qui survient. comme déchéance. quand il n’y a plus aucun point d’appui. dangereuse. Dans l’angoisse. s’érige comme décision. cet avenir9 qui contient tous les possibles. Et « qu’est-ce que le moi ? » demande-t-il. vers un point mort qui semble définitif. car elle conduit l’homme vers l’impasse du vivre. et quand il n’y a plus aucune issue. quand tout est perdu. Soeren Kierkegaard. régénérée dans la nouveauté. 10 Cité dans Wahl. comme accomplissement et la mort comme mal. Soeren. « Le moi est un rapport qui se rapporte à luimême. possible de l’éternité (c’est-à-dire de la liberté) apparaît à son tour dans l’individu comme angoisse». L’angoisse est une figure de la mort dans la vie. le spirituel. cet équilibre de la vie qui porte la mort en elle et de la mort qui rend toute vie possible. sans issue. la vie renouvelée. L’angoisse est une souffrance et une détresse parce que le péché n’est jamais très loin. mais le fait que le rapport se rapporte à lui-même »12. La maladie à la mort (par Anti-Climacus. Paradoxalement. est ambivalent. l’angoisse souhaite la bienvenue . comme chute. même la possibilité de son impossibilité. Le vide de l’angoisse devient d’autant plus vertigineux que l’homme rapporte son présent à la totalité de l’avenir. le temps de l’éternité. au néant. Pour comprendre le désespoir. lieu du bien. du péché et la nécessité du bien. L’angoisse est ainsi une figure à la fois de la vie (possible) dans la vie et de la mort (possible) dans la vie. L’angoisse est la figure du possible. comme résolution vers. L’angoisse est destruction de ce qui est clos. 9 4 . la chute est menaçante. et il peut aussi être l’instant conçu comme atome d’éternité et de bien. c’est cette « maladie de l’esprit »11 qu’il nomme le désespoir. elle est la voie de la culpabilité et la voie de l’innocence. p. comme éveil. Entre le haut et le bas s’opère un équilibre. destruction qui ouvre l’être à l’infini du possible. dans l’inédit de l’instant. elle est la nécessité du mal. C’est une destruction créatrice d’être. Il peut être ce discrimen qui sépare le mal du bien. Une autre notion fait figure de mort dans la vie chez Kierkegaard. Le péché sert le bien. Il ajoute : « le moi n’est pas le rapport. éditions Gallimard. de l’atterrement du possible. 1849). Jean. il convient de partir de la vie de l’esprit qui est la vie du moi. « Qu’est-ce que l’esprit ? C’est le moi » dit Kierkegaard. 11 Kierkegaard. Ces oppositions sont autant de figures de la mort et de la vie. Elle est ambivalente. Paris. la fin et le commencement de tout avenir. la vie de la vie. p. A l’instant ultime où tout semble livré à la mort. ce néant surgit de façon inouïe comme l’être de l’être. éditions Vrin. séparation qui rend possible la chute. qui totalise la vie et semble vaincre la mort. c’est une destruction sur laquelle l’homme se construit. Tout se tient ensemble dans une réalité de l’autre en soi qu’il faut traverser pour communier avec l’Autre suprême. la possibilité de sa mort. comme la mort sert la vie. 12 Ibidem. de toute espérance. « Par l’angoisse vers la hauteur ». 1933. ce possible qui du fond de sa possibilité ouvre l’être vers ses sublimes extrémités. Le concept d’angoisse. et d’une vie qui suppose la mort. de la béatitude. Le moi est donc l’acte de « le futur. L’angoisse est la figure du sublime de la vie et du sublime de la mort. 1993. c’est pourquoi elle apparaît comme menaçante. Et pourtant. elle devient l’esprit secourable qui conduit l’homme où il veut aller »10. l’angoisse est la possibilité de la vie la plus haute. refermé. L’angoisse. Copenhague. cette vie qui unifie la vie. p. chapitre VII. d’une mort qui suppose la vie. Etudes kierkegaardiennes. quasi-imminente.94. ou plus précisément l’instant de l’angoisse. 247. comme voie d’accès à de l’éternel. ou cette propriété qu’a le rapport de se rapporter à lui-même » répond-il. la plus vivante. la vie comme bien.

c’est vivre le mourir. 1211. Cet écart est source de malheur. c’est comme si la mort. sur son lit.1211. C’est donc qu’au bout du désespoir se trouve une guérison qui arrive de surcroît. Le désespoir exprime une guise. mais comme intériorité d’une vie habitée par la mort au présent de son décours. p. une voie de sortie hors de son tourment. Et « mourir la mort. 19 Ibidem. c’est un désaccord au sein d’un rapport qui se rapporte à lui-même et qui a été posé par autre chose »14. comme l’incendie du soleil Cet écart qui s’exprime dans les paroles de saint Paul. fait réagir cette vie qui l’absorbe et la convertit en une vie nouvelle. Se rapporter à soi-même d’une manière qui laisse subsister un écart. 1993. Soeren. La mort est amour. p. p. cette mort qui nous contraint au mieux. provoque une mort dans la vie. Ce qu’il appelle la « torturante contradiction » réside en ceci que le désespéré se meurt. mais agit comme une positivité qui attire la vie vers son fond. il subsiste un écart entre moi et moi.1949. Plutôt que d’écart. Cet autre chose semble indiquer Dieu comme ce qui a rendu possible tout rapport. à mourir la mort »17. Le néant de la mort n’est pas seulement négatif. p. l’horizon de cette guérison est Dieu-amour. de l’impossibilité de toute unification et totalisation de son individualité. à survivre dans la vie. Paris. éditions du Cerf. c’est le vivre à jamais »18. En effet. « Le tourment du désespoir est justement de ne pouvoir mourir »15 affirme Kierkegaard. quelque chose d’étranger. Et pourtant. en s’approchant au plus près de la vie. ou plutôt le mouvement de cette reliaison se rapportant à ellemême.1211. 17 Ibidem. d’opaque entre moi et moi conduit à un état maladif. de non-liberté de l’homme. La maladie à la mort. Epître aux Romains (7. p. Le désespéré ressemble « à l’état du moribond qui. p. telle une asymptote. 1993. 15 Kierkegaard.15) : « Vraiment ce que je fais je ne le comprends pas : car je ne fais pas ce que je veux. p. Au bout du mourir. et plutôt que de « dysharmonie ».reliaison entre moi et moi-même. vers l’amour qui rend possible sa sublimation. de sorte que l’homme désespéré finit par envisager la mort objective comme une issue possible. il y a la possibilité d’un saut vers une vie spirituellement renouvelée. sans vie. Le désespoir est une « maladie à la mort ». conformément aux trois stades de l’existence identifiés par notre auteur.1208. 14 Kierkegaard. mais son mourir est un mourir dans la vie. comme lieu de la mort13. une mort comme élément négatif d’une vie toujours vivante.1211. en tant que telle. La mort contenue dans le désespoir n’est pas la mort comme extériorité d’un corps inerte. une maladie qui. éditions Robert Laffont. tout le problème est qu’il est dans l’incapacité de mourir. une manière négative par laquelle l’homme se rapporte à luimême. Paris. à mourir sans mourir. 16 Ibidem. dans La Bible de Jérusalem. 18 Ibidem. Kierkegaard parle de « dysharmonie ». Puisque « le mourir du désespoir se transforme constamment en un vivre »19. son noyau dur. cette mort qui paralyse toute possibilité de choisir. La maladie à la mort. 2009. un mourir qui précisément ne meurt pas. Le désespoir consume la vie du vivant. dans le désespoir. Le désespoir est « cette maladie du moi qui consiste à mourir sans cesse. de la régression du moi replié sur lui-même. de décider. éditions Robert Laffont. Soeren. mais je fais ce que je hais ».1211. c’est-à-dire un état de mort dans la vie. Kierkegaard parle de « désaccord » : « La dysharmonie dont témoigne le désespoir n’est pas une simple dysharmonie . l’homme devant Dieu est un homme atterré car « la représentation de Dieu le détruit. de l’anéantissement. et le vivre un seul instant. Mais. attend sa fin sans pouvoir mourir »16. La figure. c’est-à-dire tout moi. et cela dans un éternel présent qui recommence toujours. cet écart que la Bible envisage comme occasion du péché. 13 5 .

1993. pourquoi suis-je né non seulement dans la douleur. dans ce qu’il est en substance. on n’ose pas s’affirmer au-delà de ce qui est convenable. éditions Robert Laffont. de communier avec Dieu. il prend conscience que le monde vis-à-vis duquel il doit prendre position (d’ordre politique. 1207. sociale. toléré. de ce qui fige toute singularité. ou. Il y a une profonde insuffisance du monde dans sa capacité à refléter l’être véritable du moi.121112. mais impuissante et incapable de ce qu’elle veut.« Non coupable ? ». les sollicitations extérieures qui s’imposent à lui. culturelle) ne suffit pas pour le révéler à lui-même. de passivité. « La catégorie de ce qui est au-dessus des catégories ». Une deuxième forme du désespoir comme figure de la mort dans la vie est celle dans laquelle « l’on ne veut pas être soi ». qu’à ses propres pouvoirs de réflexion. Devant l’abîme des 20 Cité dans Wahl. L’esprit du public est l’esprit de la sécurité. de son refus à assumer la totalité de l’être. Il y a comme une faille. Il est à la fois une figure de la mort dans la vie par la distance qui sépare l’homme de Dieu et une figure de la vie dans la vie par la possibilité pour l’homme de s’ouvrir à Dieu. si cette volonté est forte. pourquoi ne m’a-t-on pas mis au maillot dans la joie . mais pour la douleur . ce qui peut créer les conditions d’un conflit fondamental entre moi et les autres. sans pouvoir m’en arracher ! ». Jean. dans notre résolution à devenir ce qu’on est toujours-déjà. appelle « le royaume des soupirs » duquel il ne peut s’arracher21. La domination du public est la domination de ce qui est affairé. économique. éditions Robert Laffont. une déficience dans la volonté. à actualiser son être-possible. de la prudence. éditions Vrin. Notre auteur distingue ainsi trois formes du désespoir qui sont autant de figures de la mort dans la vie : « le désespoir où l’on n’a pas conscience d’avoir un moi (…) . 1967. Kierkegaard. celle par laquelle la singularité.407. les hommes ne se consacrent à rien qui puisse engager l’être dans la totalité de sa résolution.« Non coupable ? » (par Frater Taciturnus). celui du désespoir. mais impuissante et incapable de ce qu’elle veut »22. le désespoir où l’on ne veut pas être soi . 6 . ou entre moi et l’autre dans les autres. dans « Coupable ? ». pourquoi mes yeux se sont-ils ouverts non pour regarder le bonheur. p. le désespoir où l’on veut être soi »23. se consumer lui-même ». chapitre XIII. Mais ce que veut le désespoir est une nouvelle forme d’autoconsomption où de nouveau le désespoir est incapable de ce qu’il veut. celle de la faiblesse de la volonté. par les autres. dans La maladie à la mort. 22 « Cependant. Etudes kierkegaardiennes. En même temps. On préfère se fier au jugement d’autrui plutôt qu’à son propre jugement. Dans cet état de non-résolution. rendant par là toute relation à Dieu impossible. le désespoir est justement une autoconsomption. dans ce qu’il est essentiellement. La maladie à la mort. Dieu afflige et Dieu guérit. Dans le public. il n’y a pas de place pour le sens de l’intériorité. p. Par conséquent. La première forme de cette autoconsomption. p. Soeren. La mort dans la vie est ce que l’auteur. 21 « Ah ! Pourquoi neuf mois dans le sein de ma mère ont-ils suffi à faire de moi un homme âgé . tout en étant désespéré. 1993. Le désespoir est une « autoconsomption. mais uniquement pour plonger dans le royaume des soupirs. Personne n’est soi-même dans cet état où chacun est tout le monde. n’a pas conscience de l’être. accepté. est une forme inconsciente. de cette mort dans la vie. p. dans « Coupable ? » .d’été détruirait tout si le soleil ne se couchait jamais »20. 23 Soeren Kierkegaard. dans ce que Heidegger appellerait sans doute le On. Paris. est un royaume où le moi se consume sans pouvoir se consumer jusqu’au bout. L’homme. éditions Robert Laffont. le moi subit les exigences mondaines.1008. c’est-à-dire se consumer elle-même. Ce dernier découvre que la vérité mondaine étouffe l’éclosion de la vérité du moi. qui inhibe toute individualité. l’individualité est entièrement recouverte par l’êtrecollectif. Ce royaume des soupirs. Cette modalité du rapport à soi introduit un élément étranger entre moi et moi-même.

Il est encore étrange. Il sait qu’il y a encore du chemin à parcourir jusqu’à Dieu. le monde devient un poids. Ibidem. éditions Robert Laffont. Puisque le désespoir. mais bien actif. Cet être est la figure de l’autre dans le même. Revenir à Dieu. sa vérité première. p. en prenant conscience qu’il est un rapport. il y a du désespoir tant que l’homme se rapporte au monde ou à ses propres forces. tout l’effort vers la guérison consiste à revenir dans la main de Dieu. qui vient sortir l’âme de la mort-désespoir. Dieu devient la figure de la Vie. L’homme livré aux mains du public. 26 Kierkegaard. cet autre qui pourra devenir-même dans le progrès spirituel. qui ne peut être surmonté que par une décision d’ordre éthique. le moi part désormais de lui-même. où il créé le sens du réel. pour une vie nouvelle. 7 . un kairos. Il s’agit donc bien d’une forme de désespoir. Il est conscient que l’actualisation du moi profond a un prix. La maladie à la mort. jusqu’à la sphère religieuse. la Vie source de la vie. celui du renoncement vis-à-vis de l’affairement quotidien. transparence à soi. d’assumer son moi et se confronter à son créateur. un moi qui semble déterminé à sortir de la mort dans la vie. non plus des sollicitations extérieures du monde. Dieu. Il est engagé dans un processus où il décide. mais qu’il faut trouver. à ce qui sécurise. un infini. 1954. choisit. le moi s’effraie. de la promesse de la Vie. d’un être-au-Dieu. Dans cette verticalité conquise. Enfin. Dieu apparaît comme une occasion propice. Il est à lui-même son propre lieu d’activité. et il y a sortie du désespoir lorsque l‘homme s’engage. s’ouvre à ce qui a posé ce rapport. Toute la promesse de la vie en Dieu réside en ce que cette extériorité. Dans l’état de faiblesse. L’Isolation est une catégorie si importante pour Kierkegaard qu’il affirme que « c’est à travers elle et par elle que subsiste le christianisme »24. d’une réappropriation de la Vie fondamentale. Soeren. pour notre philosophe. un obstacle. 1993. de hors-de. Dieu. à Dieu. l’homme est ouvert à ce qui a posé son rapport à soi. Cette condition est une figure de la mort dans la vie. Soeren. la troisième forme du désespoir peut surprendre. p. cette opacité deviendra intériorité. Dieu est la figure de la Vie-infinie dans la vie-finie. est à l’esprit ce que le vertige est à 24 25 Kierkegaard. la rupture avec ce que Heidegger nomme l’« être-au-monde » au profit d’un éveil spirituel. refuse de regarder ce qui se présente à ses yeux. régénérée. Elle est l’étape par laquelle le moi. et se rapporter à soi-même verticalement dans un rapport infini. à l’opinion des autres. même si cette forme demeure singulière et exceptionnelle. sur la voie de la puissance divine dans le miroir de laquelle il retrouve une transparence vis-à-vis de lui-même. S’isoler demande du courage. Dans cette troisième forme. éditions Gallimard. cet être qui s’épanouit dans l’isolement. étranger au moi. parce qu’elle décrit un moi qui n’est plus passif.possibilités qui s’ouvre sous ses pieds. au point où « tout le reste n’est que remèdes à faire vivre la maladie »25. L’homme est encore désespéré parce qu’il prend conscience de l’immensité de la tâche à accomplir. c’est cesser de se rapporter à soimême horizontalement dans un rapport fini. de -ek. Si la chute de l’homme dans le désespoir se produit lorsque Dieu « le laisse pour ainsi dire échapper de sa main »26. son point de départ et son point d’arrivé. qu’il faut rencontrer dans le fond de l’âme. L’Isolation est l’occasion pour le chrétien de devenir esprit. à une transcendance. d’indécision dans laquelle se trouve l’homme livré à cette forme de désespoir. comme en une possibilité devenue « nécessité intérieure ». la Vie-amour. Le moi s’attache encore à ce qui réconforte. 1209. n’ose pas assumer la responsabilité de l’être-possible qui se présente devant lui. II. Journal (1846-1849). figure d’une réappropriation du moi par lui-même. qui est toujours là quelque part. bien qu’il constitue son fond.120. se trouve vis-à-vis de lui-même dans une condition d’extériorité. Ainsi. son moi d’essence éternelle.

qualifie certes une fin.189. le Dasein peut vivre la vie de la résolution (Entschlossenheit). p. La mort. 1993. la mort permet au Dasein d’accéder à la vie originaire. Soeren. p. voire son ennemi. un vide insupportable. Alter n°2 : Temporalité et affection – Fontenayaux-Roses – octobre 1994 – pp. Il est né à telle date et il est mort à telle autre date. c’est la conscience qui la donne ». p. 29 Sous sa compréhension existentiale. une quotidienneté. de la vie. Soeren. Martin. auquel correspond un temps vulgaire (durchschnittlich). Martin. « Vie et Mort en phénoménologie ». Devant cette vision naïve. comme la destruction de l’existence. c’est-à-dire ne peut supporter son moi ou de cette jeune fille qui désespère de la perte de l’objet aimé et dont le « moi (…) est désormais pour elle un vide écœurant ». 33 Ibidem. Heidegger. chronologique. La mort serait cet évènement. Être et temps. « Le résultat de l’analyse-fondamentale préparatoire du Dasein et la tâche d’une interprétation existentiale plus originaire de cet étant ». Il y aurait entre la vie et la mort un rapport d’extériorité radicale. peut se totaliser. Kierkegaard. Kierkegaard. ou non-évènement. l’être inauthentique est tenu pour « non-total »33. 32 Heidegger. un rapport d’opposition frontale. §45.189. éditions Robert Laffont. §45. il n’y a pas de vie. tandis que l’être de l’opinion commune. de l’achèvement où le vertige devant le vide n’a plus lieu d’être. §45. devient l’horizon à partir duquel le Dasein possibilise la possibilité pour lui d’être-tout. en ce sens. la question de la mort se pose tout autrement. la fin de l’existence. Marc. Être et temps.l’âme27. [233]. « La quotidienneté est bien justement l’être ‘entre’ naissance et mort »30 affirme l’auteur. cf. 1212-13. « Dasein et temporalité ». Au niveau de l’ontologiqueexistentiale.190. à la vie préoccupée. 30 Heidegger. la mort. la mort marque simplement l’arrêt. sédimentée. Dieu est la seule issue possible. p. Vie et mort chez Heidegger Husserl considérait les élaborations de Sein und Zeit comme des « acrobaties avec la mort » . le terme. semble être son contraire. et de mourir à la vie recouverte. « La structure existentiale de cet être se révèle comme la constitution ontologique du pouvoir-être-tout du Dasein »32. et « n’étant pas devenu César. p. Être et Temps. de la plénitude. Deuxième section. il n’y a pas de mort. éditions Martineau. le plus intérieur. un monde du plein. 29 Cité dans Richir. A première vue. où plutôt la conscience31 que le Dasein en a comme être-pour-la-mort (Sein Zum Tode).336. 28 A l’inverse de ce jeune homme ambitieux qui. Selon ce premier niveau. La maladie à la mort. bien loin d’être l’ennemi de la vie. ne devient pas César. l’attestation d’un pouvoir être authentique. 1210. la pensée de Heidegger nous invite à comprendre que. Seul l’être propre. La mort est posée par Heidegger à deux niveaux. L’interprétation existentiale « conduit à l’aperçu suivant lequel un pouvoir-être authentique du Dasein réside dans le vouloiravoir-conscience ». p. un niveau ontique-existentiel et un niveau ontologique-existential. [234]. Par la conscience de la mort comme sienne. individuel. qui interrompt la vie. comme toujours-déjà engagé dans une facticité. éditions Martineau. S’il y a de la vie. La mort.190. 31 « Or. ayant pour devise « ou César ou rien ». éditions Robert Laffont. p. 27 8 . 1993. [234]. il ne peut maintenant supporter d’être lui-même ». cette vie qui est une « modalité «(…) le vertige est à l’âme ce que le désespoir est à l’esprit (…)». Le premier niveau envisage le Dasein comme être-déchu (verfallen). La maladie à la mort. [233]. Martin. abstrait. celle qui offre un monde par-delà le monde. la mort peut se révéler comme son ami le plus intime. §45. et s’il y a de la mort. et où le moi supporté par Dieu devient d’autant plus supportable pour l’homme28. mais une fin en tant qu’elle rend possible la totalisation de l’être au présent. un monde en dépit du monde.

se meuvent des Daseins Heidegger. §51. Christian. « La temporalité comme sens ontologique du souci ». Ainsi s’exprime notre auteur dans une conférence de 1925 consacrée à Dilthey : « Moi-même je suis ma mort précisément lorsque je vis. que réside le poids de l’êtrelà »41. Une telle vie conduit le Dasein à une existence qui lui serait propre. p. Toutefois. [326]. dans le monde. La mort est l’avenir du Dasein. une figure de la vie résolue. 41 Ibidem. les « ennuis ». il affirme également : « Anticiper la possibilité d’être la plus extrême. Martin. Être et Temps. Il ne s’agit pas ici de décrire les manières de mourir (Todesarten). ce n’est pas mourir. comme vivant dans le monde. Être et Temps. la possibilité pour lui de réaliser un avenir ici et maintenant. mais comprendre ses structures d’être dans la vie »40. il est toujours question de vie. une vie propre. éditions Puf. Elle est le néant qui rend possible l’être de la vie authentique. comme passage de la mort vers la vie. La mort comme possibilité n’est pas la mort effective. 2005. c’est-à-dire de la vie authentique. p. éditions Martineau. celle de son impossibilité. d’une mort. Ibidem. Martin. éditions Martineau. C’est dans le vivre. mort qui précisément anéantirait l’être-possible du possible. Le Dasein se rapporte à la mort comme à sa possibilité la plus extrême. 38 Heidegger. [58]. Comme être-au-monde (In-der-Welt-Sein). Luther. le temps mondain peut être pensé comme sa dérivation. « La temporalité comme sens ontologique du souci ». que l’auteur affirme : « le souci est être pour la mort »37. une temporalité originaire et infinie (ursprünglichere und unendliche Zeitichkeit). [251]. p. La mort exprime la possibilité pour la vie d’être ce qu’elle est en son fond. entre une modalité de vie inauthentique et une modalité de vie authentique. mais vivre. Cette conversion est un acte de passage d’une vie tenue pour morte vers une vie tenue pour vivante. [327]. les « soucis de la vie » qui se rencontrent ontiquement en tout Dasein ». comprise existentialement. Cette «temporalité se dévoile comme le sens du souci authentique »38. il y est bien vivant. « Esquisse préparatoire de l’être-au-monde à partir de l’orientation sur l’être-à…comme tel ». p. Martin. §65. 36 « Le souci n’a rien à voir avec la « peine ». La mort est ce négatif qui rend la vie d’autant plus vivante. Un tel acte. Nous ne voulons pas faire une métaphysique de la mort. sa vie mondaine. « originaire et authentique ». Le souci apparaît comme la figure de la vie résolue. « absolue et indépassable »39. Cette mort comme horizon du Dasein le conduit à convertir au présent sa guise. Être et Temps. Martin. « La temporalité comme sens ontologique du souci ». 35 Heidegger. Le souci (donc la vie) et l’être-pourla-mort (Sein zum Tode) sont à ce point liés. §12. Si.252 39 Heidegger. il est aussi une figure de la mort. Aristote. 37 Heidegger. 201. Elle est la mort comme à-venir. mais de comprendre la mort comme possibilité de la vie. inauthentique. le Dasein vit dans la vie de ce monde. 254. qui devient la temporalité à partir de laquelle l’autre temps. Cela semble vouloir dire : la vie comme souci c’est être-pour-la-mort. et non dans le mourir. Les sources aristotéliciennes et néo-testamentaires d’Être et Temps (1927). C’est précisément cet horizon d’impossibilité qui fait de la mort. Martin. et tout ce qui est accompli en dehors de cette vie-souci relève d’une non-vie. et non à ses occurrences ontiques36. Heidegger.65. 34 9 . « L’être pour la mort et la quotidienneté du Dasein ». 252. correspond une temporalité d’un autre ordre. en une guise. note 6. chapitre II. est la figure du renouvellement de la vie. comme ce qui est déterminé quant à son fait. cette vie qui appartient originairement à la structure ontologique du Dasein. [329]. Être et Temps §65. p. 40 Cité dans Sommer. §65. authentique. ou plus précisément. p. Être et Temps. Loin d’être mort. A la mort ainsi comprise. individuelle. Si le souci comme lieu de résolution semble être une figure de la vie. En 1924. mais indéterminé quant à son quand. authentique.182. Ainsi « l’être du Dasein (lui-même) doit être manifesté comme souci »35.du souci authentique »34.

ce monde. dans laquelle le Dasein se tient sous l’emprise d’autrui (« Le Dasein. qui n’ont pas le mode d’être du Dasein. elle rompt le sens en sa continuité. p. p. en tant qu’il est en son entièreté. qu’est-ce qui peut justifier le fait de considérer le monde comme une figure d’une certaine mort ? La réponse semble tenir à ceci qu’entre le Dasein et le monde. se tient sous l’emprise d’autrui ». s’oppose au monde. la vie qui tend à la nier. [54]. La vie mondaine se revendique comme véritable dans la mesure où elle est ce sans quoi le Dasein ne peut être vivant. 43 « Dasein besagt : in der Welt sein ». Et c’est toujours au nom de la vie. du moins d’une certaine vie. Martin. originaire et s’impose à ses dépens . un Dasein est en vue d’autrui. La vie mondaine. éditions Martineau. 114. éditions Martineau. à l’être du Dasein d’être pour autrui. ou être conditionnée par la mort d’une autre vie. Heidegger qualifie l’« être-avec » (Mitsein) de « constituant existential de l’être-au-monde » (Heidegger. p. (publié en 1924). c’est un existential »(…) «L’être-à…est donc l’expression existentiale formelle de l’être du Dasein en tant qu’il a la constitution essentielle de l’être-au-monde ». qui suppose l’épochè (la mise entre parenthèses Ausschaltung-). éditions Vittorio Klostermann. p. même si le Dasein est déterminé existentialement comme être-au-monde43.vivants. en tant qu’être-l’un-avec-l’autre quotidien. c’est-à-dire qu’il appartient à l’essence. puisqu’il en dépend comme de sa première condition de possibilité. mortel se rapporte à un monde infini. Le Dasein ne partage avec ce monde ni l’immortalité. la vie profonde se revendique comme véritable en ce sens qu’elle désédimente ce qui est sédimenté. c’est-à-dire un rapport. la vie originaire. condamne. éditions Martineau. puisque le monde survit au Dasein. le monde n’est pas à comprendre comme un contenant. 19. celle de l’ « être-l’un-avec-l’autre quotidien »42.63. qualifie l’autre vie de mort. comme une mort. tandis que sa fermeture à cette vie-là est tenue pour une mort. L’ouverture du Dasein (Erschlossenheit des Daseins) devient une figure de la possibilité de la vie véritable. éditions Martineau. éditions Martineau.114). Martin. Toujours une vie semble supposer. désigne une constitution d’être du Dasein. Être et Temps. C’est la concurrence des vies au cœur du Dasein. un être-au-monde (zu-der-Welt-Sein). Être et temps. §27. §12. elle ouvre ce qui est refermé. p. « nous inclinons à comprendre etre-à comme être-dans qui « nomme le mode d’être d’un étant qui est ‘dans’ un autre comme l’eau ‘dans’ le verre.114). 42 10 . c’est le signe que le monde est lui-même une figure sinon de la vie. puisque la mort à la vie mondaine rendrait possible la vie de la vie originaire. « L’être-à. 2004. il est précisément au-monde. §27. Un Dasein fini. Et pourtant. sédimentée s’oppose à la vie profonde. immortel. au nom de ce surplus. en sa significativité et l’ouvre vers le pressentiment de l’être. et qui. de ce plus présumé de vie. Même isolé. bien qu’étant « un caractère du Dasein lui- Heidegger. l’être-à comme être-dans ne peut concerner que des étants-sous-la-main. au contraire. Pour Heidegger. §12. p. Le monde accueille le Dasein et lui survit. [54]. à l’image du verre qui contient de l’eau ou de l’armoire qui contient des vêtements44. A chaque fois. Dans ces conditions. que la vie (mondaine ou originaire) se revendique comme la vie véritable. Der Begriff der Zeit. Heidegger. 44 Exemples cités par Heidegger. de sorte que. Martin. Si le Dasein se tient toujours-déjà dans l’horizon d’un monde. un se-rapporter-au-monde. §26. de sorte que nous nous trouvons devant une vision quasi spectrale des vies se revendiquant comme telles et refusant d’être qualifiées en termes de mort. et toujours une vie s’oppose à une autre vie. une vie plus vivante vient s’opposer à une autre vie. il y a une inégalité structurelle. Être et Temps. Une dialectique subtile semble s’installer entre la vie et la mort. tandis que le Dasein ne survit pas au monde. cette guise existentielle. Être et Temps. Être et temps.63. Tout en reconnaissant cette guise quotidienne. Chaque vie a des raisons pour considérer l’autre vie. cf. Band 64. la mort au monde. [125]. ni l’infinité. et relève de l’hors-monde. le vêtement ‘dans’ l’armoire ». il est plutôt le terme d’un rapport constitutif de l’être du Dasein. Gesamtausgabe.

celle de donner un monde à une conscience qui. ne peut faire autrement (en tant que Dasein commençant) que se penser à partir d’un monde qui est. le monde était la figure la vie infinie. Un seul Dasein parvient-il à survivre. il faut bien reconnaître au monde sa fonction vitale. Si le Dasein a besoin d’un monde qui l’accueille. Ce dernier ne se voit pas comme il est authentiquement. Un Dasein structurellement déterminé à avoir une fin. 46 Heidegger. Une conscience sans monde est une conscience livrée à la psychose. autrement. c’est le monde comme figure de la vie. Là où il la tient. [281]. Mais ce n’est pas un rapport de propriété qui caractérise le Dasein se rapportant au monde. Le Dasein emprunte au monde les possibilités pour lui-même de devenir mondain. Le monde ne dépend pas de ce Dasein-là pour être. Le Dasein se fuit. c’est le monde comme figure de la mort.même »45. Il est dans un rapport de dette vis-à-vis du monde. mais pas celle du Dasein. mais comme il est inauthentiquement. quant à lui. il fait devenir-même quelque chose qui est autre. Le monde à la fois tient sa promesse et ne la tient pas. le mouvement du se-rapporterau-monde que le terme du rapport. elle vient aussi de l’attitude du Dasein. « Compréhension de l’ad-vocation et dette ». pour appartenir à la communauté des Dasein. c’est plutôt l’inverse. il semble y avoir une dette réciproque. éditions Martineau. éditions Martineau. Il rend possible une certaine vie au Dasein. aliénation et libération caractérisent le monde comme ses figures ambivalentes. comme son support pour être-au-monde. En conséquence. ce que Heidegger appelle « l’être-en-dette »46. un déséquilibre qui fait pourtant l’équilibre stratifié du monde. §58. s’esquive lui-même dans le monde 45 « Le ‘monde’. là où il ne la tient pas. il devient pour le Dasein la figure d’une non-vérité. cela rend possible une illusion. [64]. le Dasein est davantage le rapport. p. Le Dasein s’approprie le monde et dans cet acte d’appropriation. Entre le monde et le Dasein. mais un caractère du Dasein lui-même ». dans la vérité du Grund. Le tragique du Dasein consiste en ceci qu’il se pense à partir d’une extériorité dont les besoins sont autres que les siens propres. d’un leurre. une mort du Dasein à lui-même dans le monde. Dans cette situation dans laquelle des Daseins mortels et finis se rapportent à un monde immortel et infini. une figure de la vie en tant qu’elle offre un quelque chose sur quoi le Dasein peut s’appuyer et une figure de la mort au sens où les catégories mondaines ne permettent pas au Dasein de se découvrir dans sa vérité fondamentale. sa condition de possibilité. à leur destin collectif. Si.221. Le monde est donc une figure ambivalente. Par conséquent. et le monde n’est pas mort. un aveuglement. d’avoir un monde. d’une mort. mort à lui-même. au sens ontologique. n’est pas une détermination de l’étant que le Dasein n’est essentiellement pas. Le monde ne peut mourir que si tous les Dasein sans exception. en serait dépourvue. le monde a besoin de Dasein pour être. le monde agit comme un miroir qui déforme les formes vraies du Dasein qui s’y reflète. catégories qui assurent la survie infinie du monde. §14. Heidegger qualifie les vécus de la vie comme des « évènements appropriants » (Ereignisse). meurent. Être et Temps. de l’ouvert de l’être. sans fin. p. Nous voilà devant un paradoxe. Il faut reconnaître que le monde sauve le Dasein du néant de monde. quoique affaibli dans ses appuis. il y a un rapport d’appropriation.71. infini. Martin. à la mauvaise folie ou à la mort. ne se réduit pas au Dasein. Et pourtant. Être et Temps. 11 . L’aliénation ne vient pas simplement du monde. dans une modalité d’être qui le rend étranger. jusque-là. comme supports qui sont autant d’appuis sur lesquels il repose. ou se rapportant à lui-même à travers le monde. Il n’y a pas de monde possible sans Dasein comme son fondement ultime. dont il hérite. Entre le Dasein et le monde. sans que le monde puisse changer structurellement la condition d’être du Dasein. Le Dasein collabore au monde. Mort et vie. une aliénation. Le Dasein est aveuglé par les catégories même du monde.

Heidegger. 12 . le Dasein n’est pas chez soi (nicht-zuhause-sein). dans l’angoisse. devient créateur de mondes nouveaux. de l’Unheimlichkeit et aussi de la négativité vis-à-vis du monde ? A la peur de rompre cette harmonie parfaite. [254]. Dans l’authenticité. §53. Cela pose la question plus générale de la possibilité pour la mort d’être connue et reconnue. L’angoisse est une figure de la mort comprise comme désormais ma propre mort et aussi comme mort au monde. Dès lors. un monde (authentique. vivant) hors du monde (inauthentique. 203. Il commence à se désendetter dans la mesure où il s’approprie le vivre comme sien. à la surface. puisqu’elle se manifeste comme nécessité d’une mort au symbolique et comme possibilité d’une vie renouvelée. donc un fond qui n’est pas le Heim. rien de solide (de solidifié) sur quoi le Dasein puisse se reposer. le sans-lieu. précisément. et la possibilité pour lui d’être à l’origine d’un monde hors de ce monde. Cette « angoisse [qui] s’angoisse pour le pouvoir-être de l’étant ainsi déterminé »48 s’identifie précisément à l’être-pour-la-mort. Dans le premier sens de la mort comprise comme mienne. [266]. Si. mort). Le Grund de l’être est le lieu de l’Unheimliche. puisque le « On interdit au courage de l’angoisse de la mort de se faire jour »47. le sans-devant-quoi déterminé de l’angoisse révèle le Dasein à son ipse. modelé par moi. à son ipséité. Dans l’Unheimliche de l’angoisse. c’est que dans la profondeur. Il fuit la possibilité pour lui d’être ce qu’il est toujours-déjà car cela suppose d’affronter une autre figure de la mort dans la vie. L’angoisse. de ses Wesen symboliques. Le sans-appuie. p. d’un monde en dépit du monde. cet équilibre des symboles logiquement enchaînés les uns aux autres. Ainsi l’authenticité dépend de l’aptitude du Dasein à connaître. Jusque-là. c’est d’être. En créant des mondes. tout est étranger (fremd). 49 Ibidem. comme une urgence. Martin. Dans ce monde hors du monde se joue la possibilité pour moi d’être. ce système d’évidences mondaines. il n’y a pas d’autre lieu sur lequel le Dasein puisse s’appuyer que lui-même comme son propre lieu. qui est son impossibilité. Être et Temps. la mort est connue et reconnue comme l’avenir à la fois le plus certain et le plus indéterminé. il y a peut-être du chez-soi. liberté qui porte le nom de résolution. « Projet existential d’un être authentique pour la mort ». Par cette certitude incertaine. « L’être pour la mort et la quotidienneté du Dasein ». L’urgence. Être et Temps. est aussi une figure ambivalente. en prenant conscience. mais la crise du Heim. cet affect (Befindlichkeit). celle d’une liberté nouvelle. de tenir-pour-moi un monde choisi. s’ajoute la peur de découvrir dans le fond rien. Il n’y a pas d’appuie autre que le soi. cette tonalité (Stimmung) fondamentale. du même. d’ « être-en-dette ». de sa possibilité la plus propre. du propre de l’être. d’assumer la vie de ce moi en la résolution de ses actes. le Dasein se trouvait en face du monde dans une situation de dette radicale. comment la profondeur peut-elle être tenue comme le lieu de la vie véritable. p. l’avenir se rapporte au présent comme une injonction. « L’être-pour-la-mort est essentiellement angoisse »49 affirme l’auteur. Comment connaître ce quelque chose qui est à la fois rien et tout ? Sous quelle modalité cette 47 48 Heidegger. 211. ici le Dasein. alors même qu’elle ne renferme que de l’étrange. commence à se désendetter. tel n’est pas le cas. L’angoisse est à la fois une figure de la mort en surface et de la vie en profondeur. le Dasein se désendette jusqu’à ce que le monde mondain ne finisse par absorber ces mondes créés et les intégrer dans la continuité morte de ses symboles. tout est autre.factice. à la possibilité de son devenir le plus propre reflété dans le miroir de la mort comprise comme désormais sienne. §51. Martin. à reconnaître la mort comme le néant destinal qu’il porte comme sa première vérité. Or. Dans l’angoisse. qu’est l’angoisse. L’authenticité est une figure de la vie au sens où le Dasein qui s’y meut. précisément la vie de la mienneté (Jemeinigkeit). l’angoisse rend possible une vie. du Heim. ce qui ouvre le possible à sa possibilité.

cet étrange qui est paradoxalement ce qui m’est le plus propre et que je ne reconnais pas encore comme mien. est-ce connaître l’état objectif. Ce n’est plus Dieu. A une différence verticale de degré des profondeurs entre vie et mort dans la vie. d’un temps définitif. de l’évènement de la vie divine dans l’ouvert du Dasein. La coappartenance fondamentale entre l’homme et l’être exprime la coappartenance entre l’homme et la vie. §43. d’un corps objet (Körper. 51 50 13 . Martin. simplifiante. tandis que la mort comme évènement authentique est la mort reconnue non plus comme une réalité familière. l’excèdence d’elle-même. de l’étranger dans l’expérience du possible de la mort. Ce possible que jusque-là je ne connaissais pas comme mien. dans tout connaître mondain. le sacré et Dieu apparaissent ici comme des figures de la vie car ils introduisent la possibilité. la vie devient résolument tournée vers l’excès. Dieu est lui-même précédé par l’auto-fondation de l’être dans lequel le Dasein se meut toujours déjà. sous le mode d’un étant intramondain. Reconnaître cette étrange possibilité comme ma possibilité la plus propre est un acte de libération d’un possible qui jusque-là était recouvert d’une impossibilité toute mondaine. voué à son arrêt comme corps abritant la vie. Brief über den Humanismus. d’un non-terme. et l’âmechair qui. GA9. Et pourtant. il est une figure par laquelle l’homme a accès à la vie de l’être. le fait observable d’un corps mort. comme animée (animus). sans que cette figure soit l’être lui-même.166. achevé et l’incertitude d’une non-fin. dont on ne peut dire s’il est voué à la mort ou à la vie éternelle ? Entre corps et chair. 1946. à son tour. de l’être senti dans la complexité de ses vécus. 52 « Ce n’est qu’à partir de la vérité de l’Etre que se laisse penser l’essence du sacré. cet être dont le Dasein est le « berger » (der Hirt des Seins)51. Später Heidegger. «Der Mensch ist der Hirt des Seins». dans Klesis. mais l’être qui constitue une figure de la vie qui ne saurait être autrement que vivante. Ce n’est qu’à partir de l’essence du sacré qu’est à penser l’essence de la déité. succède une différence horizontale entre un corps voué à la mort. vulgaire (au sens spécifique de durschnittlich). réalité ».connaissance se laisse-t-elle saisir ? Connaître la mort. [202]. ce Dieu que Heidegger a voulu dégager de la théologie chrétienne et de la tradition métaphysique. p. « Le connaître est un mode dérivé de l’accès au réel »50 dit Heidegger. qui contraste avec la richesse concrète de l’être éprouvé. GA9. viendrait prolonger. Heidegger. mondaine. à s’interrompre un jour ? Est-elle dans ce corps de chair (Leib). au présent. mais comme une possibilité étrange. Frankfurt/M: Klostermann. La découverte de l’être en sa vérité (a-létheia) rend possible la découverte du sacré. la possibilité pour le Dasein d’être unifié et totalisé (Ganzheit). pourquoi Dieu ? ». Heidegger. De cette mienneté reconnue. Un tel évènement (Ereignis) ouvre l’horizon. d’une vie promise à se survivre à elle-même.91. ce corps-psychè. 2004. horizon qui est l’expression du mouvement de la vie dans l’être et du mouvement de l’être dans la vie. jaillit la vie originaire. Le réel de la mort connu ontiquement. la question se pose de savoir: où est la vie ? Est-elle dans ce corps biologique. p.351. mondanité. Revue Philosophique. d’un corps-cadavre. Dans l’ouverture de l’être. cité dans Sylvaine Gourdain. Ce n’est que dans la lumière de l’essence de la déité que peut être pensé et dit ce que doit nommer le mot Dieu ». ce sacré qui. « Heidegger et le ‘Dieu à venir’ : s’il y a être. n’est pas le réel de la mort connu ontologiquement ou existentialement. « Dasein. survivre par-delà la fin du corps objectif. Martin. en termes husserliens)? Ou est-ce avoir conscience au présent de ma mort comme l’évènement possible le plus propre (eigentlich)? Il y a. ce corps-soma encore vivant et dont le circuit organique est voué à cesser. in Wegmarken. une dimension abstraite. rend possible la découverte de la figure infigurable de Dieu52. désormais je le reconnais comme mien. 331. entre corps et âme. 2010=15. il y a la disproportion entre la certitude d’une fin. Seule une vie en Dieu constitue la promesse d’une non-interruption de la vie. La mort comme évènement inauthentique est la mort reconnue comme une réalité familière. Il y a de l’étrange. d’un terme. p. Dieu est une figure de l’être pour l’homme. Brief über den Humanismus. Être et Temps. p. L’être.