LA REPRÉSENTATION DES PREMIÈRES NATIONS

SUR LA LISTE DES JURÉS EN ONTARIO

Rapport de l’examen indépendant mené par l’honorable Frank Iacobucci Février 2013

ŒUVRES ARTISTIQUES AVEC LA PERMISSION DE KIRK BRANT, 2012 www.kIRkbRANT.cOm

CE RAPPORT EST DéDIé AUx FEMMES,
hOMMES ET ENFANTS DES PREMIèRES NATIONS
DE L’ONTARIO DONT LE COURAgE ET LA
PERSéVéRANCE FACE à L’ADVERSITé ET AUx
DIFFICULTéS SONT UNE INTARISSABLE
SOURCE D’INSPIRATION.

RÉSuMÉ

A. PRÉFAcE ET REmERcIEmENTS
1. LE RAPPORT QUE VOICI TRAITE DE L’UNE DES PLUS VéNéRABLES INSTITUTIONS DE TOUS LES TEMPS, LE jURy. POUR êTRE PLUS PRéCIS, IL SE PENChE SUR LA QUESTION DE L’INSUFFISANTE REPRéSENTATION DES MEMBRES DES PREMIèRES NATIONS VIVANT DANS DES RéSERVES SUR LA LISTE DES jURéS EN ONTARIO. 2. Les questions qui touchent les Premières Nations se prêtent rarement à un examen séparé, faisant abstraction de la foule d’autres facteurs en jeu. Celle qui nous intéresse ici ne fait pas exception. Les attributions, à priori restreintes, qui me sont confiées par décret, en rapport avec la question de la représentation des Premières Nations au sein des jurys ontariens, suscitent des considérations et des ramifications liées à quantité d’autres facteurs se ressentant sur l’objet principal de mon mandat en ma qualité d’examinateur indépendant de ladite question. Nous reviendrons un peu plus loin sur la nécessité d’enquêter plus avant sur ces facteurs d’importance. 3. Soyons toutefois bien clairs d’emblée que même si le décret n’autorise pas un examen indépendant et détaillé du système judiciaire de la province, ni la formulation de recommandations visant sa réforme ou l’amélioration des programmes sociaux et économiques axés sur les membres des Premières Nations, ces considérations ne sont non seulement jamais très loin de la surface, mais elles sont très pertinentes. Ne pas en tenir compte risquerait tout bonnement de compromettre nos chances de faire quelques réels progrès que ce soit concernant la représentation des Premières Nations au sein des jurys. 4. Comme le montrera clairement le présent rapport, au problème d’envergure qu’est celui de la sous– représentation des Premières Nations au sein des jurys vient, hélas, s’ajouter celui de la situation franchement critique du système judiciaire en général, tel qu’appliqué aux Premières Nations, en particulier dans le Nord. Si nous en restions au statu quo, la situation, déjà grave, ne ferait qu’empirer et rendrait futile tout espoir d’arriver à une réconciliation entre les Premières Nations et la population de l’Ontario. Bref, les palabres ne sont plus de mise, l’heure est venue d’agir, et vite! 5. L’inaction serait une véritable honte, surtout sachant que partout au Canada, la tendance est aujourd’hui à admettre l’histoire tragique des Premières Nations, avec tout ce qu’elle recèle comme manque de respect, de politiques mal avisées, de mauvais traitements et, fondamentalement, de méfiance réciproque des Autochtones et des non-Autochtones. Le lancement du présent examen indépendant atteste de la reconnaissance du poids de cette histoire par le gouvernement de l’Ontario, que je félicite d’avoir pris cette initiative. 6. Si le présent rapport et la mise en œuvre de ses recommandations devaient tomber aux oubliettes, notre société tout entière en souffrirait et de futures impulsions en faveur du progrès s’en trouveraient vraisemblablement étouffées. Les conséquences d’un tel dénouement seraient désastreuses. 7. L’examen indépendant et le présent rapport qui en découle ont été en grande partie rendus possibles grâce aux efforts de quantité de membres des Premières Nations, y compris des chefs, des conseillères et conseillers de bande, des aînés, des personnes vivant dans des réserves, des dirigeantes et dirigeants et autres porte-parole d’organisations territoriales et provinciales, et même plusieurs étudiantes et étudiants autochtones. à toutes ces personnes, j’adresse mes très sincères remerciements et j’exprime ma profonde reconnaissance pour leurs contributions, leurs témoignages, leurs avis et suggestions, leur courtoisie, sans oublier leur hospitalité envers mes collègues et moi-même. Il ne m’est guère possible de vous nommer individuellement, mais sachez que je vous suis à toutes et à tous redevable de votre aide et de votre détermination à faciliter notre examen.

RÉSUmÉ

1

8. je tiens à exprimer ma gratitude à divers groupes et particuliers pour leur soutien inestimable. Ceci vaut tout d’abord pour les membres de la Nation Nishnawbe Aski (l’ancien vice-grand chef, Terry Waboose, et l’ancien grand chef, Bentley Cheechoo), ainsi que leurs juristes, julian Falconer, julian Roy et Meaghan Daniel, qui ont, ensemble, joué un rôle de premier plan en regard du lancement de l’examen indépendant et de l’organisation de nos indispensables visites aux réserves du Nord, lesquelles nous ont permis de recueillir, dans différents contextes, les points de vue de membres des Premières Nations aux vécus variés; ensuite, l’Union des Indiens de l’Ontario (officiellement la Union of Ontario Indians) et leur avocat, Austin Acton, les Chefs de l’Ontario (officiellement les Chiefs of Ontario) et l’organisme Aboriginal Legal Services of Toronto avec leurs avocats, Christa Big Canoe et jonathan Rudin; également, l’ancienne grande chef, Diane Kelly et ses homologues au sein du grand conseil du Traité no 3. Ensuite, Irwin Elman, l’intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes; et enfin, Marlene Pierre, Sharon Smoke, Chris Moonias et Bruce Moonias, qui sont apparentés à des membres des Premières Nations dont le décès a fait l’objet d’une enquête du coroner et qui ont bien voulu nous faire part de leur peine et de leurs observations concernant les enquêtes du coroner et d’autres questions connexes. 9. Nous avons bénéficié d’une assistance et d’une coopération sans pareilles de responsables du ministère du Procureur général, de la Divison des services aux tribunaux de l’Ontario et du Bureau provincial de la sélection des jurés, de même que des juges et du personnel judiciaire de la Cour supérieure de justice et de la Cour de justice de l’Ontario. Nous avons aussi eu l’avantage de pouvoir prendre connaissance d’un document décrivant la manière dont les listes des jurés sont préparées ailleurs qu’en Ontario, produit par l’ancien Procureur général, Michael j. Bryant, aujourd’hui consultant en affaires autochtones.
LA REPRéSENTATION DES PREMIèRES NATIONS SUR LA LISTE DES jURéS EN ONTARIO : Rapport de l’examen indépendant mené par l’honorable Frank Iacobucci

10. j’aimerais signaler et remercier tout spécialement l’ancien procureur général, Chris Bentley, et son successeur en poste à l’heure actuelle, john gerretsen, pour leur coopération et leur appui. je ne voudrais pas oublier de remercier également Murray Segal, l’ancien sous-procureur général de l’Ontario, qui a joué un rôle actif dans la mise sur pied de l’examen indépendant et n’a ménagé aucun effort pour faciliter son exécution. Mille mercis aussi au sous-procureur général par intérim, Mark Leach, pour toute son assistance.

2

11. Enfin, je ne saurais oublier de saluer les membres de mon équipe, à savoir john Terry, l’avocat de l’examen indépendant, et Candice Metallic, son avocate associée. Il serait impossible d’imaginer une collaboration avec des collègues plus talentueux et zélés que ce duo. Ces deux personnes ont joué un rôle de la plus haute importance à toutes les étapes de l’examen, et je les en remercie du fond du cœur. Ma reconnaissance va aussi à Nick Kennedy et Ryan Lax, qui nous ont donné un sérieux coup de pouce pour ficeler le présent rapport. 12. Toutes les personnes que je viens de mentionner se sont montrées très dévouées à notre cause et ont investi beaucoup de temps et d’énergie dans la production du rapport que voici. je pense pouvoir parler au nom de toutes ces personnes en disant que nous sommes convaincus que nos efforts communs se traduiront par une considérable avancée de l’amélioration de la représentation des Premières Nations au sein des jurys. 13. Nous partageons par ailleurs toutes et tous le rêve de voir que les modifications apportées à la représentation des membres des Premières Nations sur les listes des jurés déclencheront d’autres améliorations qui s’imposent concernant le système judiciaire et la relation entre l’Ontario et les Premières Nations.

B. INTRODUcTION ET SOmmAIRE
1.  IntroductIon
14. Ce rapport aura, je l’espère, l’effet d’une sonnette d’alarme pour toutes les personnes qui s’intéressent à l’administration de la justice en Ontario. Comme je l’écrivais plus tôt dans la préface, il ne fait plus aucun doute à mes yeux, à la suite de mon examen indépendant, que le système judiciaire, tel qu’il s’applique aux membres des Premières Nations, en particulier dans le Nord de l’Ontario, est en crise. Surreprésentés au sein de la population carcérale, les membres des Premières Nations sont très nettement sous-représentés, non seulement au sein des jurys, mais aussi parmi les responsables de l’administration de la justice dans notre province, qu’il s’agisse des fonctionnaires des tribunaux, des procureurs de la Couronne, des avocats de la défense ou encore des juges. Cette divergence est d’autant plus alarmante que les Autochtones, dont l’âge médian est nettement plus bas que celui du reste des Ontariennes et des Ontariens, constituent le segment de notre population qui croît le plus rapidement. 15. Le problème qui est l’objet du présent rapport, à savoir la sous-représentation en Ontario, sur les listes des jurés, des personnes qui vivent dans des réserves, est symptomatique de cette crise. C’est ce problème très précis, et sa remise en question de l’équité de notre système du jury, qui ont à juste titre incité le gouvernement de l’Ontario à ordonner cet examen indépendant. L’examen de ce problème soulève toutefois inévitablement une série de questions plus vastes, systémiques, qui sont au cœur même des présentes relations dysfonctionnelles entre le système judiciaire ontarien et les Autochtones de cette province. Ce sont ces questions de fond auxquelles nous devons trouver une réponse si nous voulons réellement améliorer la représentation des membres des Premières Nations au sein des jurys. Et c’est une telle approche systémique qui m’a guidé dans l’exécution de l’examen et dans la formulation de mes recommandations, comme vous allez pouvoir le lire.

RÉSUmÉ

3

2.  Mandat et actIvItés
16. L’exécution de cet examen indépendant m’a été confiée par l’entremise du décret 1388/2011 en date du 11 août 2011. Ce décret, dont copie est jointe en annexe A au présent rapport, m’enjoignait de faire des recommandations visant à : a) garantir et accroître la représentation, sur la liste des jurés, des membres des Premières Nations vivant dans des réserves; b) consolider la compréhension, la collaboration et les relations entre le ministère du Procureur général et les Premières Nations en ce qui concerne cette question. 17. je me suis attelé à la tâche à l’automne 2011, après avoir réuni une petite équipe de juristes pour me seconder. Nous avons commencé par décider de la manière dont nous procéderions pour recueillir de l’information auprès de toutes les personnes ayant été touchées, directement ou indirectement, par le système du jury ontarien et en particulier par l’incidence de la représentation des Premières Nations sur la liste des jurés. Après avoir créé un site Web consacré à l’examen indépendant, nous avons arrêté les modalités qui nous ont permis de recueillir les observations des personnes et groupes intéressés et de rencontrer ces personnes et groupes, y compris des leaders des Premières Nations et des personnes représentant les communautés et les organisations de ces dernières, des responsables du ministère du Procureur général, du ministère de la Santé et des Soins de longue durée et du Bureau de l’intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes, des porte-parole de divers organismes fournisseurs de services, de même que des juges ayant entendu des causes ou des motions liées aux questions visées par l’examen. 18. Considérer en premier les points de vue des leaders, des organisations et des membres des Premières Nations était, à mon avis, la meilleure façon de comprendre et de bien cerner les problèmes systémiques liés aux fonctions de juré qui touchent les membres des Premières Nations vivant dans des réserves. Vu la riche diversité des Premières Nations comme des organisations et groupes issus de traités que renferme l’Ontario, il nous a semblé que pour nous assurer de la participation des Premières Nations à notre examen, nous devions tout d’abord leur expliquer de quoi il en retournait, et ensuite les inviter à y contribuer de la manière qui leur semblait appropriée. Ainsi, en novembre 2011, j’ai envoyé une lettre à l’ensemble des gouvernements des Premières Nations existant en Ontario et aux organisations de ces dernières et d’autres issues de traités présentes dans la province, dans laquelle je leur proposais de les rencontrer ou de m’envoyer leurs observations par écrit, voire les deux. Une copie de cette lettre est jointe en annexe D au présent rapport. 19. Entre les mois de novembre 2011 et mai 2012, j’ai rencontré les leaders et d’autres membres de 32 Premières Nations, en général au sein de leur collectivité, ainsi que de quatre organisations des Premières Nations. Nos rencontres ont pris la forme de réunions avec des membres et représentantes ou représentants de la Nation Nishnawbe Aski, de l’Union des Indiens de l’Ontario, du grand conseil du Traité no 3 et de quatre Premières Nations sans affiliation avec un conseil tribal ou une organisation autochtone. La liste des Premières Nations que j’ai visitées durant cette étape de l’examen est jointe en annexe E au présent rapport. Nous avons aussi rencontré des responsables des services juridiques torontois Aboriginal Legal Services of Toronto, qui ont organisé un forum à l’occasion duquel mon équipe et moi-même avons pu communiquer avec des personnes apparentées à des membres des Premières Nations dont le décès a donné lieu à une enquête du coroner. Les rencontres et discussions avec chacune de nos interlocutrices et chacun de nos interlocuteurs ont contribué à m’aider à comprendre les problèmes systémiques et procéduraux liés à la représentation des Premières Nations sur la liste des jurés en Ontario.

LA REPRéSENTATION DES PREMIèRES NATIONS SUR LA LISTE DES jURéS EN ONTARIO : Rapport de l’examen indépendant mené par l’honorable Frank Iacobucci

4

20. Après la consultation des Premières Nations, j’ai produit un rapport d’étape, de même qu’un document de discussion, joint en annexe F au présent rapport, que j’ai fait parvenir à l’ensemble des Premières Nations présentes en Ontario, à leurs organisations et aux organisations issues de traités, de même qu’aux fournisseurs de services aux autochtones intéressés, les invitant à me faire part de toutes observations additionnelles. Le document de discussion reprend les points soulevés par les Premières Nations durant nos prises de contact et pose une série de questions visant à susciter des suggestions quant à la manière d’éliminer les obstacles à la représentation des Premières Nations au sein des jurys. 21. Une fois familiarisé avec les points de vue des Premières Nations sur les questions à l’étude, nous avons eu des réunions et des discussions avec des responsables du ministère du Procureur général, et notamment de sa Division des services aux tribunaux et du Centre provincial de sélection des jurés. Nous avons aussi rencontré divers juges qui ont entendu quantité d’affaires mettant en cause des contrevenants membres d’une Première Nation. Vu l’important poids démographique des jeunes des Premières Nations en Ontario, nous avons aussi jugé utile de rencontrer l’intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes. 22. La phase de consultation de notre examen nous a valu de recevoir quantité d’observations écrites et des rétroactions en réponse à notre document de discussion, entre autres de la part de la Nation Nishnawbe Aski, de l’Union des Indiens de l’Ontario, des Chefs de l’Ontario, de l’organisme Aboriginal Legal Services of Toronto, du Bureau de l’intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes, ou encore d’Aide juridique Ontario. 23. Lorsque nous avons eu terminé de recevoir des observations écrites, au début de juillet 2012, j’ai entamé la rédaction de mon rapport en me basant sur l’ensemble de l’information recueillie par l’entremise de ces observations, de nos réunions et rencontres, et d’autres recherches et analyses faites par mon équipe et moi-même. Prêt à la fin du mois d’août 2012, le rapport a été distribué début septembre 2012 à des fins de traduction vers le français, le cri, l’ojibway, l’oji-cri et le mohawk.

3.  QuestIons cernées lors des vIsItes et réunIons
24. Mes réunions avec des leaders, des aînés, des techniciennes ou techniciens et des fournisseurs de services de 32 collectivités des Premières Nations durant nos consultations ont eu une influence déterminante sur ma compréhension des problèmes systémiques et procéduraux liés à la représentation des Premières Nations sur la liste des jurés en Ontario. Lors de toutes ces rencontres, un constat s’est imposé : une condition sine qua non de la participation des membres des Premières Nations aux jurys ontariens est une modification en profondeur, systémique, du système de justice pénale. 25. à part la problématique relative à la meilleure façon d’obtenir les noms des membres des Premières Nations vivant dans des réserves aux fins de l’établissement de la liste des jurés, le fait est que bon nombre de membres des Premières Nations sont tout simplement réticents à participer au système du jury. Cette réticence a des motifs variés, dont j’ai eu de fréquents échos durant nos consultations. 26. Premièrement, les leaders et membres des Premières Nations ont évoqué l’opposition entre, d’une part, les valeurs culturelles, lois et idéologies des Premières Nations avec leurs approches traditionnelles de la résolution de conflits et, d’autre part, les valeurs et lois sur lesquelles repose le système judiciaire canadien. Traditionnellement, pour les Premières Nations, la justice vise à maintenir l’harmonie et l’équilibre entre les personnes touchées par une infraction donnée et à obtenir la guérison – autrement dit, la réparation ou la rémission – par rapport aux torts infligés, plutôt que de chercher la rétribution et la punition. Les membres des Premières Nations estiment que le système judiciaire canadien ne reflète en rien leurs principes ou valeurs de base et qu’il n’est ni plus ni moins qu’un système étranger qui leur a été imposé sans leur consentement.

RÉSUmÉ

5

27. Deuxièmement, les membres des Premières Nations ont souvent évoqué la discrimination systémique qu’eux-mêmes ou d’autres dans leur famille avaient subie au sein du système judiciaire, que ce soit en rapport avec une poursuite pénale ou une affaire de bien-être de l’enfance. Leur expérience du système de justice pénale, associée aux restrictions rattachées par le passé aux droits des membres des Premières Nations, a engendré des perceptions négatives de ce système et une méfiance transgénérationnelle à son égard. Leurs perceptions, par ricochet, teintent leur opinion de la participation au processus d’instruction devant jury. Les membres des Premières Nations ont en général le sentiment que le système de justice pénale les lèse, plutôt que de les aider. C’est pour eux subir un affront que de devoir participer à l’application de ce type de justice. 28. Troisièmement, les membres des Premières Nations ont une conscience et connaissance insuffisantes du système judiciaire en général, et du système du jury en particulier. Nous nous sommes donc tout naturellement fait dire que la plupart d’entre eux s’abstiennent de participer à un processus dont ils ne savent rien. Bien des membres des Premières Nations ignoraient que la même liste des jurés sert à sélectionner les jurés pour des procès et pour des enquêtes du coroner. Ainsi, la plupart des leaders ont signalé la nécessité d’adopter une stratégie ciblée et durable pour familiariser les communautés des Premières Nations avec le rôle que jouent les jurys dans le système judiciaire, avec le processus suivant lequel la liste des jurés et les tableaux de jurés sont constitués, de même qu’avec les droits des accusés comme des victimes d’une infraction. 29. Quatrièmement, les leaders des Premières Nations ont dit avec assurance et fermeté vouloir assumer davantage le contrôle de la justice au sein de leurs collectivités, voyant là un élément de ce qu’ils estiment être leur droit inhérent à l’autonomie gouvernementale, et à tout le moins participer à l’élaboration de solutions au problème de la représentation au sein des jurys. Les Premières Nations ont déjà, par le passé, lancé des initiatives communautaires de justice réparatrice et ainsi découvert les avantages que présente pour leurs communautés l’élaboration d’une approche de la justice appropriée sur le plan culturel. Ces initiatives ont toutefois été abandonnées à la suite de coupures budgétaires et leur reprise ne serait possible que moyennant la mise à contribution de ressources financières et autres. Les leaders des Premières Nations n’ont laissé aucun doute sur le fait que la remise en route de programmes de justice réparatrice présenterait de nombreux intérêts pour leurs communautés. Ils ont à cet égard évoqué la possibilité de rendre la justice d’une manière culturellement pertinente, la compréhension améliorée de la justice par leurs communautés, la participation accrue de la communauté dans l’application de la justice, et enfin, la possibilité de familiariser leurs membres avec le système judiciaire et avec leur devoir de siéger comme jurés s’ils sont appelés à le faire. 30. Cinquièmement, les services de police locaux ont souvent été mentionnés lors de nos discussions durant la phase de consultation. Il ne fait aucun doute que la nature inadéquate des services de police et du financement s’y rapportant renforce la mauvaise image du système de justice pénale. Nombreuses sont les Premières Nations qui déplorent amèrement les services de police limités et insuffisamment financés, de même que l’insuffisance de la formation des agentes et agents de police. Plusieurs leaders des Premières Nations n’ont guère caché leur frustration à propos de la faible mise à exécution des règlements de leurs collectivités. 31. Un point soulevé par l’ensemble des leaders des Premières Nations avait trait au droit de leurs membres de protéger leur vie privée et aux inquiétudes qui entourent la divulgation non autorisée de renseignements personnels aux fins de l’établissement de la liste des jurés. La confusion qui règne quant aux obligations connexes des gouvernements des Premières Nations semble tirer son origine dans les positions divergentes adoptées par Affaires autochtones et Développement du Nord (anciennement Affaires indiennes et du Nord Canada) depuis 2001. Il s’avère vraiment difficile d’obtenir et de tenir à jour une liste unique des habitants des réserves, incluant leur date de naissance et leur adresse, parce que les gouvernements des Premières Nations n’ont en général pas ce genre de liste. Bien des leaders des Premières Nations ont de

LA REPRéSENTATION DES PREMIèRES NATIONS SUR LA LISTE DES jURéS EN ONTARIO : Rapport de l’examen indépendant mené par l’honorable Frank Iacobucci

6

ce fait suggéré que l’exercice des fonctions de juré devrait être volontaire et se sont dits prêts à faciliter la mise en œuvre d’une telle approche. Selon nos interlocutrices et interlocuteurs représentant les Premières Nations, il faudrait aussi voir à ce que la collecte des noms pour dresser la liste des jurés se fasse suivant un processus clair, connu et uniforme dans tous les districts judiciaires dans lesquels sont situées les collectivités des Premières Nations. 32. La réticence des membres des Premières Nations à participer à la sélection des jurés s’explique aussi par le contenu du question­ naire envoyé aux personnes choisies pour déterminer si elles peuvent être considérées comme d’éventuels jurés. Ce questionnaire comporte différents éléments qui ont pour effet de décourager les membres des Premières Nations d’y répondre. Tout d’abord, l’énoncé selon lequel quiconque manque de répondre au questionnaire en l’espace de cinq jours est passible d’une amende ou d’un emprisonnement est vu comme étant coercitif et comme imposant indûment l’exercice des fonctions de juré en usant de menaces et d’une intimidation, et de plus, le délai de cinq jours pour répondre est considéré déraisonnable. Ensuite, l’exigence de se déclarer citoyenne ou citoyen canadien incite bien des gens à nier pareille citoyenneté. Il nous a toutefois été dit que si le questionnaire offrait la possibilité de se dire citoyenne ou citoyen, ou membre, d’une Première Nations, davantage de personnes résidant dans les réserves répondraient dans l’affirmative, ce qui augmenterait le nombre d’éventuels jurés au sein des Premières Nations. Par ailleurs, l’exigence en matière de langue pour l’admissibilité à la qualité de juré, à savoir celle de maîtriser l’anglais ou le français, pose un problème aux membres des Premières Nations qui ont pour langue maternelle une langue autochtone. Des voix se sont levées pour dire qu’élargir l’éventail de langues, et prévoir des services de traduction, aurait pour effet d’augmenter le taux de réponse au questionnaire concernant les qualités requises pour remplir les fonctions de juré par les membres des Premières Nations, de même que leur participation aux jurys. L’idée a aussi été avancée de prévoir une exemption pour les leaders élus des Premières Nations, similaire à celle qui existe pour les élus fédéraux, provinciaux et municipaux. Enfin, il nous a été expliqué qu’une autre raison pour laquelle les membres des Premières Nations ne remplissent souvent pas le questionnaire est qu’ils ne comprennent pas le mode de sélection des jurés ni le rôle des jurys. 33. Nos consultations nous ont aussi permis de repérer quantité d’obstacles concrets entravant la participation des membres des Premières Nations aux jurys, en particulier dans le Nord de l’Ontario. Il s’agit notamment du coût des transports, lorsque les déplacements ne sont pas organisés d’avance par la Division des services aux tribunaux; des indemnités insuffisantes pour l’hébergement et les repas; de l’exclusion des dépenses liées à la garde d’enfants et aux soins aux aînés des coûts admissibles; et enfin, de l’absence de suppléments de revenu. De plus, l’argument a été avancé que des soutiens communautaires seraient requis pour faciliter la logistique du processus. Enfin, bien des membres des Premières Nations qui pourraient par ailleurs remplir les fonctions de juré mais qui ont un casier judiciaire et ne sont pas au courant de la marche à suivre pour obtenir une réhabilitation sont de ce fait exclus d’office. 34. Bien des membres des Premières Nations, et en particulier ceux et celles qui, hélas, vivent ou ont vécu une enquête du coroner liée au décès de quelqu’un au sein de leur famille survenu alors que cette personne se trouvait sous garde dans un établissement d’état, sont intéressés à participer à pareil type d’enquête et apprécient à quel point il est important qu’un jury à une telle enquête soit, dans ces circonstances, bien représentatif des Premières Nations. Ils se montrent anxieux de savoir qu’il en est ainsi, afin qu’il soit possible de convenablement enquêter sur ces décès.
RÉSUmÉ

7

35. Les leaders des Premières Nations ont affirmé sans équivoque que la manière d’améliorer les relations des Premières Nations avec le ministère du Procureur général en ce qui a trait au système du jury, et à tout ce qui touche la justice, est d’établir à la fois des rapports de gouvernement à gouvernement et un processus reflétant de tels rapports. Les Premières Nations souhaitent décider davantage de la justice faite à leurs membres, et elles voient le rétablissement des programmes de justice réparatrice comme étant une façon d’y parvenir. Elles considèrent que l’adoption d’une approche collaborative pour décider de la meilleure manière d’inclure les membres des Premières Nations sur la liste des jurés est un premier pas indispensable en vue d’arriver à des relations fondées sur le respect. Forger des partenariats avec les Premières Nations pour la mise en œuvre d’initiatives éducatives axées sur leurs membres et sur les responsables gouvernementaux contribuerait aussi à améliorer ces relations. 36. Les responsables gouvernementaux auxquels j’ai parlé ont également souligné la nécessité d’adopter des mesures pour nettement accroître la participation aux jurys ontariens des membres des Premières Nations vivant dans des réserves, et donc de trouver moyen d’obtenir des documents fiables en vue de pouvoir dresser une liste des jurés représentative. Les fonctionnaires des tribunaux du district de Kenora, et plus récemment, de Thunder Bay, mettent déjà différents moyens en œuvre pour obtenir les noms et coordonnées des membres des Premières Nations qui résident sur le territoire sur lequel leurs tribunaux exercent leur compétence; ils ont aussi lancé des programmes au sein des collectivités des Premières Nations visant à expliquer le système du jury. Néanmoins, les responsables gouvernementaux s’accordent à dire qu’il reste encore fort à faire. Une idée a été mise de l’avant comme méritant d’être étudiée et débattue avec les leaders des Premières Nations : utiliser comme source première pour les noms, adresses et dates de naissance des personnes résidant dans des réserves les données compilées aux fins du Régime d’assurance-santé de l’Ontario – à condition d’y assortir des accords sur la communication de renseignements ou des protocoles d’entente, afin de garantir la protection du caractère confidentiel de ces données. Il a aussi été suggéré de prendre pour exemple les forums sur les jurys tenus dans 15 Premières Nations par le ministère du Procureur général, l’Union des Indiens de l’Ontario et le grand conseil du Traité no 3 pour assurer une formation continue des membres des Premières Nations sur tout ce qui touche le rôle de juré. D’autres manières originales de faciliter la participation des membres des Premières Nations aux jurys ontariens ont été proposées, telles que le recours à la technologie de vidéoconférence pour sélectionner les jurés ou encore le déroulement de certaines sessions de la Cour supérieure de justice dans des collectivités choisies des Premières Nations.

LA REPRéSENTATION DES PREMIèRES NATIONS SUR LA LISTE DES jURéS EN ONTARIO : Rapport de l’examen indépendant mené par l’honorable Frank Iacobucci

8

4.  observatIons écrItes
37. Aux observations écrites qui m’ont été remises durant nos séances de consultation s’en sont en fin de parcours ajoutées d’autres, très utiles et détaillées, formulées au nom des six organismes suivants : la Nation Nishnawbe Aski, l’Union des Indiens de l’Ontario, les Chefs de l’Ontario, l’organisme Aboriginal Legal Services of Toronto, le Bureau de l’intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes, et enfin Aide juridique Ontario. La teneur des observations de ces organismes rejoint les avis dont m’ont fait part les membres des Premières Nations tout au long de nos consultations, insistant, entre autres, sur la nécessité de réformer le processus d’établissement de la liste des jurés en partenariat avec les Premières Nations. Comme le dit la Nation Nishnawbe Aski dans ses observations concernant la sous-représentation des Premières Nations au sein des jurys ontariens, il ne s’agit là pour les membres de celles-ci « que d’un symptôme d’un plus vaste problème d’exclusion du système judiciaire, et donc de désaffection » [traduction]. 38. Les observations qui nous ont été faites incluent bon nombre de recommandations quant à la manière de remédier aux problèmes systémiques et procéduraux que soulève l’établissement de la liste des jurés. Les points abordés dans ces recommandations incluent, entre autres, l’amélioration des programmes de justice communautaire ou réparatrice et celle du fonctionnement du système judiciaire dans le Nord de l’Ontario; la mise en œuvre coordonnée et uniforme du paragraphe 6 (8) de la Loi sur les jurys; la participation des Premières Nations à la compilation de la liste des jurés; le renforcement de l’aide linguistique pour remplir le questionnaire concernant les qualités requises pour remplir les fonctions de juré, ainsi que des services d’interprétation; le relèvement de la rémunération des jurés et du remboursement de leurs dépenses; le recrutement de « liaisons » avec les Premières Nations; la révision du questionnaire envoyé aux candidats-jurés; le lancement d’initiatives constructives de faire-savoir, d’éducation et de formation, axées sur les jeunes en particulier; la prise de mesures visant à rehausser la qualité des services de police, afin d’accroître la confiance dans le système judiciaire; et enfin, la pose rapide de gestes catégoriques en vue d’améliorer les relations entre les Premières Nations et le procureur général. 39. je suis reconnaissant à ces organismes des efforts de réflexion et de rédaction qu’ils ont faits pour me fournir des observations et des recommandations aussi détaillées.

5.  recherche hIstorIQue, jurIdIQue et coMparatIve
40. En complément des consultations et de la collecte d’observations décrites ci-dessus, mon équipe et moi-même avons effectué des recherches sur divers sujets, y compris l’histoire des jurys et de la sélection des jurés en Ontario, l’exigence qu’un jury soit représentatif, ainsi que les antécédents et la pratique concernant la représentation des Premières Nations au sein des jurys ontariens. Les jurys sont non seulement, depuis des générations, la pierre angulaire de notre système judiciaire, ils représentaient déjà, dans les civilisations les plus anciennes, une composante essentielle de l’administration de la justice. Ceci étant dit, malheureusement, le système du jury tel qu’il a pris forme et tel qu’il existe en Ontario, à l’instar du système judiciaire ontarien en général, ne s’est pas souvent montré favorable aux Autochtones de la province. Le fait est qu’au Canada, les procès pénaux devant jury ont parfois servi de moyen pour punir ce que les Britanniques considéraient être des comportements déloyaux de la part des Autochtones, voire pour persécuter les pratiques ancestrales des Premières Nations sous prétexte qu’elles constituaient un comportement criminel. 41. Notre recherche a porté en particulier sur l’application de l’exigence énoncée au paragraphe 6 (8) de la Loi sur les jurys selon laquelle le shérif doit « obtenir le nom des habitants de la réserve en consultant tout registre disponible »1, de même que sur la jurisprudence s’y rapportant. Il me semble bien clair, à l’issue de cette recherche, et surtout au vu des documents déposés dans le cadre de récentes instances se rapportant à cette question, que la pratique actuelle du personnel de la Division des services aux tribunaux de s’en remettre aux noms tirés des listes de bande pour dresser la liste des jurés, aussi louables que soient les intentions qui la motivent, fournit des renseignements ad hoc qui souvent ne sont pas à jour et s’avèrent donc peu fiables.

1

Loi sur les jurys, L.R.O. 1990, chap. j. 3, par. 6 (8).

RÉSUmÉ

9

42. Conformément au 4e paragraphe du décret, j’ai également examiné les dispositions législatives en vigueur et les pratiques qui ont cours ailleurs qu’en Ontario, afin de voir quelles leçons il serait possible d’en tirer, le cas échéant. La sous-représentation des Autochtones au sein des jurys n’est pas un problème propre à l’Ontario, ni même au Canada, loin de là. Bien au contraire, ce problème se pose à diverses autres entités territoriales dont la justice repose sur des jurys et dont la population inclut une forte proportion d’Autochtones, qu’il s’agisse d’autres provinces canadiennes, de la Nouvelle-Zélande, de l’Australie ou des états-Unis. j’ai pu, dans le cadre de cet examen des lois et pratiques externes à l’Ontario, prendre appui sur un document produit par l’ancien Procureur général, Michael j. Bryant, aujourd’hui actif comme consultant en affaires autochtones, décrivant la manière dont les listes des jurés sont préparées ailleurs qu’en Ontario. 43. j’ai trouvé cet examen de ce qui se fait ailleurs qu’en Ontario de la plus grande utilité. Il m’a notamment permis de constater que bon nombre d’autres gouvernements provinciaux au Canada se servent des dossiers de leur régime d’assurance-santé pour compiler leurs listes des jurés. L’examen a également mis en lumière une série de pratiques ayant cours ailleurs dont j’ai recommandé la prise en considération ou l’étude en vue de leur éventuelle utilisation en Ontario, notamment celles de compléter la liste des jurés des noms de personnes qui se portent volontaires pour siéger à un jury (comme cela se fait présentement dans l’état de New york); de tenir les audiences judiciaires dans des collectivités éloignées ou de sélectionner les jurés parmi la population vivant à une distance raisonnablement proche de l’endroit où une audience doit avoir lieu (comme cela se fait dans les Territoires du Nord-Ouest et en Alaska); ou encore, si un questionnaire ou une assignation adressé à une personne choisie comme candidat-juré ou retenue comme juré ne peut pas être remis à son destinataire, de voir à ce que le même document soit adressé de nouveau à quelqu’un d’autre résidant dans le secteur couvert par le même code postal, de manière à garantir que d’éventuels refus de coopérer ne nuisent pas à la représentativité du jury ultimement constitué (une solution adoptée par certains états américains pour remédier à la sous-représentation des minorités au sein des jurys).

LA REPRéSENTATION DES PREMIèRES NATIONS SUR LA LISTE DES jURéS EN ONTARIO : Rapport de l’examen indépendant mené par l’honorable Frank Iacobucci

6.  recoMMandatIons
44. Par suite des consultations, de l’examen des observations recueillies, de même que des recherches et analyses décrites ci-dessus, je formule les 17 recommandations majeures ci-après : REcOMMANDATION 1 : Que le ministère du Procureur général crée un comité de mise en œuvre composé en grande partie de membres des Premières Nations, aux côtés de responsables gouvernementaux et de particuliers susceptibles, de par leurs antécédents et leur compétence, de contribuer de façon appréciable aux travaux dudit comité. Ce comité aurait pour responsabilité de surveiller la mise en œuvre des recommandations ci-après et d’autres tâches connexes. Vu l’importance et l’urgence de la question, je recommande que ce comité soit constitué aussi tôt que faire se peut. REcOMMANDATION 2 : Que le procureur général se dote d’un groupe consultatif chargé de le conseiller sur tout ce qui touche les relations entre les Premières Nations et le système judiciaire. REcOMMANDATION 3 : Que le ministère du Procureur général, après avoir consulté le comité de mise en œuvre, fournisse une formation en savoir-faire culturel à l’ensemble des personnes qui agissent, au sein du système judiciaire, pour le gouvernement ou des organismes liés au gouvernement et qui entrent en contact avec des membres des Premières Nations, que ce soit en qualité d’agent de police ou de soutien devant les tribunaux, de procureur de la Couronne, de gardien de prison ou autre.

10

REcOMMANDATION 4 : Que le ministère du Procureur général mène les études suivantes et recueille, après leur achèvement, les commentaires du comité de mise en œuvre à leur égard : a) une étude concernant la représentation par avocat ou avocate faisant appel à Aide juridique Ontario, en particulier dans le Nord, laquelle porterait sur une variété de sujets, y compris la qualité actuelle de cette représentation, le lieu et le calendrier des sessions des tribunaux, et d’autres questions connexes; b) une étude concernant le maintien de l’ordre sur les territoires des Premières Nations, y compris la reconnaissance des corps de police des Premières Nations par l’entremise d’une loi habilitante, la création d’un organe de réglementation chargé de superviser le fonctionnement des services de police des Premières Nations, la constitution d’une commission d’examen indépendante chargée d’entendre les plaintes relatives aux services de police, et enfin, l’élaboration d’une formation en savoir-faire culturel obligatoire pour les agentes et agents de la Police provinciale de l’Ontario; c) un examen du Programme des agents de soutien aux Autochtones devant les tribunaux, et notamment des ressources requises pour l’améliorer. REcOMMANDATION 5 : Que le ministère du Procureur général crée un poste de sous-procureur général adjoint (SPgA), dont le ou la titulaire sera responsable des questions touchant les Autochtones, y compris la mise en œuvre du présent rapport. REcOMMANDATION 6 : Que le ministère du Procureur général, après avoir consulté le comité de mise en œuvre, offre des programmes plus vastes et plus complets d’éducation à la justice à l’intention des membres des Premières Nations, notamment par l’entremise de ce qui suit : a) l’élaboration de dépliants dans les langues des Premières Nations, rédigés en langage clair et simple, expliquant le système judiciaire, y compris le rôle que joue le jury dans les instances pénales ou civiles et dans les enquêtes du coroner; b) la création d’agentes et d’agents de liaison avec les Premières Nations, chargés de consulter les membres de ces dernières vivant dans des réserves au sujet des questions touchant les jurys et la justice; c) la commande de vidéos ou d’autres moyens d’éducation, en particulier produits en langues des Premières Nations, pouvant servir à sensibiliser les membres de ces dernières au rôle que le jury joue au sein du système judiciaire et à l’importance de remplir les fonctions de juré; d) l’étude de la possibilité de mettre sur pied un programme qui recruterait des personnes étudiant dans les facultés de droit ontariennes pour offrir, l’été, à des représentantes et représentants des Premières Nations, en consultation avec les chefs de ces dernières et des responsables de la Division des services aux tribunaux, une assistance juridique et des cours intensifs en rapport avec le système judiciaire en général et le système du jury en particulier.

RÉSUmÉ

11

LA REPRéSENTATION DES PREMIèRES NATIONS SUR LA LISTE DES jURéS EN ONTARIO : Rapport de l’examen indépendant mené par l’honorable Frank Iacobucci

REcOMMANDATION 7 : Que, en ce qui a trait à la jeunesse des Premières Nations, le comité de mise en œuvre, en plus d’inclure une jeune personne représentant cette tranche de la population, demande à l’intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes de faciliter, à l’intention de jeunes représentatifs de la jeunesse des Premières Nations vivant dans des réserves, une conférence sur les questions abordées dans le présent rapport relatives à la relation entre les jeunes, les jurys et le système judiciaire; puis que l’intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes produise un rapport sur cette conférence, et, avant de le soumettre au comité de mise en œuvre, consulte les organisations provinciales-territoriales (OPT) des Premières Nations et d’autres associations de ces dernières. REcOMMANDATION 8 : Que le ministère du Procureur général, en consultation avec le comité de mise en œuvre, procède d’urgence à une rapide étude, d’une part, de la possibilité d’utiliser la base de données de l’Assurance-santé pour produire une base de données des membres des Premières Nations vivant dans des réserves aux fins de la compilation de la liste des jurés et, d’autre part, des mécanismes nécessaires à une telle utilisation. REcOMMANDATION 9 : Que le ministère du Procureur général et les Premières Nations, en rapport avec le présent examen et en consultation avec le comité de mise en œuvre, étudient toute autre source de renseignements possible pour constituer pareille base de données, y compris les renseignements sur le lieu de résidence des membres des bandes et ceux dont disposent le ministère des Transports ou d’autres, de même que les moyens envisageables pour obtenir les dossiers contenant ces renseignements, tels que la conclusion d’un nouveau protocole d’entente entre, soit le gouvernement de l’Ontario et le gouvernement fédéral, au sujet des données relatives au lieu de résidence des membres des bandes, soit le gouvernement de l’Ontario et les Premières Nations ou les OPT, selon le cas.

12

REcOMMANDATION 10 : Que le ministère du Procureur général, en consultation avec le comité de mise en œuvre, envisage de modifier le questionnaire envoyé aux candidats-jurés, de manière à : a) en simplifier le langage le plus possible; b) le faire traduire, et selon les besoins, le distribuer, dans les langues des Premières Nations; c) en supprimer le libellé menaçant d’une amende quiconque refuserait de renvoyer le questionnaire dûment rempli et le remplacer par une phrase disant simplement que vu le rôle essentiel des jurys au sein du système judiciaire de l’Ontario pour ce qui est d’assurer à toutes et à tous un procès impartial face à une accusation, la loi ontarienne exige que toute personne qui reçoit ce questionnaire le remplisse et le renvoie; d) en partant du principe qu’une personne membre d’une Première Nation vivant dans une réserve en Ontario satisfait à l’exigence de citoyenneté canadienne prévue à l’alinéa 2 b) de la Loi sur les jurys, ajouter au questionnaire la possibilité pour les membres d’une Première Nation de s’identifier en tant que tels, plutôt que comme citoyennes ou citoyens du Canada; e) exempter les responsables élus des Premières Nations, tels que les chefs et les membres des conseils de bande, de même que les aînés, de l’obligation de siéger comme juré; f) instaurer, moyennant une modification de la Loi sur les jurys, un délai plus réaliste que les cinq jours prévus actuellement pour le renvoi du questionnaire par les candidats-jurés. REcOMMANDATION 11 : Que le ministère du Procureur général, en consultation avec le comité de mise en œuvre, envisage d’adopter une pratique courante dans certaines parties des états-Unis, à savoir que lorsqu’un questionnaire ou une assignation est envoyé à une personne choisie comme candidat-juré ou retenue comme juré ne peut pas être remis à son destinataire, le même document est adressé de nouveau à quelqu’un d’autre résidant dans le secteur couvert par le même code postal, de manière à garantir que d’éventuels refus de coopérer ne nuisent pas à la représentativité du jury ultimement constitué. REcOMMANDATION 12 : Que le ministère du Procureur général, en consultation avec le comité de mise en œuvre, envisage, pour compléter les autres sources de noms de candidats-jurés, l’adoption d’une procédure selon laquelle les membres des Premières Nations vivant dans une réserve pourraient se porter volontaires pour siéger comme jurés. REcOMMANDATION 13 : Que le ministère du Procureur général, en consultation avec le comité de mise en œuvre, envisage, d’une part, de fournir des services d’interprétation aux membres des Premières Nations qui ne maîtrisent ni l’anglais, ni le français, pour leur permettre d’exercer les fonctions de juré et, d’autre part, de modifier le questionnaire envoyé aux candidats-jurés de manière à refléter ce changement. REcOMMANDATION 14 : Que le ministère du Procureur général, en consultation avec le comité de mise en œuvre, adopte des mesures pour remédier au fait que les membres des Premières Nations ayant un casier judiciaire par suite d’infractions mineures sont automatiquement empêchés d’exercer les fonctions de juré, et notamment : a) modifie les dispositions de la Loi sur les jurys qui excluent de la liste des jurés toute personne ayant été déclarée coupable de certaines infractions, afin de les harmoniser avec celles du Code criminel, qui excluent moins de personnes;
RÉSUmÉ

b) encourage les membres des Premières Nations qui ont un casier judiciaire à demander une réhabilitation et les conseille, voire les aide, dans leurs démarches à cet effet; c) étudie la question de savoir si, après un certain temps, une personne déclarée coupable de certaines infractions pourrait de nouveau devenir admissible à siéger comme juré.

13

REcOMMANDATION 15 : Que le ministère du Procureur général discute avec le comité de mise en œuvre du bien-fondé de recommander au procureur général du Canada d’apporter une modification au Code criminel portant qu’il soit impossible d’user de récusations péremptoires pour écarter les membres des Premières Nations d’un jury de façon discriminatoire. REcOMMANDATION 16 : Que le ministère du Procureur général, compte tenu des préoccupations exprimées par les personnes consultées dans le cadre de cet examen et du fait qu’à l’heure actuelle, l’indemnisation des jurés ne suit pas la hausse du coût de la vie, renvoie la question de cette indemnisation au comité de mise en œuvre en lui demandant de l’étudier et de lui faire des recommandations à cet égard. REcOMMANDATION 17 : Que le ministère du Procureur général, en consultation avec le comité de mise en œuvre, mette en place un processus qui permette aux membres des Premières Nations de se porter volontaires pour figurer sur la liste des jurés en vue de la constitution d’un jury aux fins d’une enquête du coroner. 45. Une explication détaillée de ces recommandations est fournie aux paragraphes 347 à 386.

7.  reconnaIssance
46. La rédaction du présent rapport aurait été impossible sans la participation et l’assistance de bon nombre de membres des Premières Nations, y compris des chefs, conseillères et conseillers, aînés, personnes résidant dans les réserves, responsables d’organisations provinciales et territoriales et même des étudiantes et étudiants autochtones. j’ai aussi été grandement aidé par les contributions des responsables gouvernementaux et des juristes représentant divers organismes intéressés, lesquelles reflétaient sans exception une appréciation candide et juste des carences de la situation actuelle. 47. j’espère très sincèrement pour les membres des Premières Nations que la foi qu’ils ont mise dans cet examen indépendant sera récompensée par une réponse et une action rapides venant du gouvernement de l’Ontario.

LA REPRéSENTATION DES PREMIèRES NATIONS SUR LA LISTE DES jURéS EN ONTARIO : Rapport de l’examen indépendant mené par l’honorable Frank Iacobucci

14

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful