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Notions du référentiel : égalité/inégalité des

Chapitre- Démocratie et égalité chances, inégalités, équité, justice sociale

Fiche 1 : Définition et mesure des inégalités

Introduction :

Comme l’écrivent JP Fitoussi et P Rosanvallon :


• « lorsqu’il n’est point précisé le concept d ‘égalité est vide de substance. Chacun aspire à l’égalité, mais chacun donne
un contenu différent à cette aspiration. »
• « L’idée d’égalité est, en effet confrontée à deux types différents de diversité :
- l’hétérogénéité des êtres humains
- et la multiplicité des variables en termes desquelles l’égalité peut être appréciée »(A.Sen).
• Le débat sur l’égalité n’oppose pas, comme on peut parfois l’interpréter superficiellement, les pour et les contre, mais
porte sur le choix de la variable de référence. La vraie question est donc quelle égalité, ou plus précisément l’égalité de
quoi ? »
• Le débat est encore compliqué par l’introduction de termes tels équité, justice sociale, qui sont souvent mal explicités ou
définis de manière imprécise ou différente.

Partie 1 – Définition

I. Définitions générales

A. Définition de l’inégalité

Une inégalité ne doit pas être confondue avec une différence :


• En effet une différence entre deux individus ou deux groupes ne devient une inégalité
qu’à partir du moment où elle est traduite en termes d’avantages ou de désavantages
par rapport à une échelle de valeurs .elle est donc toujours relative.
• Les inégalités ne peuvent donc être étudiées de manière absolue, il faut impérativement
tenir compte du cadre social, culturel qui indique ce qui est acceptable et ce qui ne l’est
pas.

B. Définition de l’égalité

• C’est un concept très délicat à définir qui varie, en particulier, en fonction du niveau
auquel on se place.
• Mais aussi selon JP Fitoussi : « Une politique de l'égalité est d'autant plus complexe que la
notion d'égalité est difficile à définir, en raison de l'hétérogénéité des êtres humains et de
la multiplicité des variables qui permettent d'apprécier cette notion. La difficulté vient du
fait que l'espace auquel peut s'appliquer le concept est multidimensionnel et que la
définition de l'égalité dans l'une de ses dimensions implique, au sens causal, l'acceptation
d'inégalités en d'autres dimensions. Par exemple, le principe " à travail égal, salaire égal "
justifie que les rémunérations soient inégales lorsque les occupations sont différentes.
L'égalité des chances peut, elle aussi, s'accommoder de très grandes inégalités de
réalisation et donc de positions. Mais ces inégalités seraient jugées inacceptables si la
société avait l'impression que le principe initial - l'égalité des chances - n'avait pas été
respecté et les sujets d'examen connus à l'avance par certains. »
II. Des définitions parfois contradictoires

C’est cette caractéristique qui entraîne plusieurs définitions de l’égalité qui peuvent être contradictoires

A. Egalité de droit-Egalité de fait

1. Le principe

Principe de l’égalité de droit : Selon l’article premier de la Déclaration des droits de l’homme et du
citoyen du 26 août 1789 : « les hommes naissent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne
peuvent être fondées que sur l’utilité commune. » Les mêmes règles s’appliquent à tous : c’est une
égalité de droit. Cette conception est à la base la démocratie libérale .

2. La critique de cette conception

Cette vision a été critiquée par Marx qui considère :


• Qu’il s’agit d’une démocratie formelle conférant au peuple des droits et des libertés précieux,
mais aps les moyens de les exercer ; Ainsi ? le maître de forges et son ouvrier sont libres et
égaux en droit , mais le second est surtout libre de mourir de faim s’il ne se vend pas.
Pour en savoir plus :
• qu’il s’agit d’une démocratie bourgeoise , assurant sous la fiction de la souveraineté
populaire, la domination des propriétaires des moyens de production que cette égalité n’est
que théorique et non réelle .
Pour en savoir plus :
• qu’ il s’agit d’une démocratie représentative organisant la passivité et la dépolitisation du
peuple, en même temps que l’autonomie des élus par rapport aux électeurs.

B. Egalité des chances-égalité des situations

Cette distinction porte sur le moment choisi pour mesurer l’égalité ou l’inégalité : au départ ou
à la fin.

1. L’égalité de départ ou égalité des chances

Consiste à traiter tous les individus de la même manière au départ et à accepter les
différences de situations .Aussi cette forme d’égalité s’en prend elle d’abord aux diverses
modalités de l’héritage, non pas seulement au patrimoine, mais aux divers avantages que les
privilégiés souvent dans leur berceau.

2. L’égalité d’arrivée ou égalité des résultats

Consiste à traiter les individus de la même manière à l’arrivée. R Boudon écrit ainsi :
« aujourd’hui , ce n’est pas seulement l’égalité de départ qui est revendiquée , c‘est aussi
l’égalité des résultats. Ce n’est plus seulement le privilège de la naissance qui est scandaleux,
c’est l’existence même d’un écart entre les performances des divers concurrents qui est tenue
pour suspecte. ».

Cela a donné naissance à deux conceptions de l’égalité : l’égalitarisme et l’égalité libérale ou méritocratique

C. Egalitarisme-méritocratie

La distinction remonte à Aristote qui l’a formulé le premier. Aristote distinguait :


• l’égal it é ari thmé ti que ou selon les beso ins qui énonce que tous les hommes
doivent être traités de la même manière,
• de l’égal it é des chances ou mé ri toc ratique qui considère que les rétributions que
l’individu retire de la participation à la société doivent être proportionnelles aux
contributions qu’il lui apporte. R Boudon écrit ainsi : « il ne serait pas juste que celui qui
n’a pas travaillé reçoive autant que celui qui s’est beaucoup efforcé ».

Toute la difficulté vient de ce que, comme Aristote l’avait noté, les deux formes sont
difficilement conciliables.

1. L’égalitarisme

a. Définition

L’égalitarisme est :
• fondée sur l’égalité de situations. Les différences doivent être rejetées quelles que
soient les origines et les institutions doivent, autant que possible, rapprocher la
situation des hommes sans se soucier de leurs actes.
• Chacun doit disposer de ce dont il a besoin et cela indépendamment de son activité
• Le principe est donc« à chacun selon ses besoins »

b. Les applications du principe

Cette conception est à rapprocher des fondements de l’Etat-Providence et de la Sécurité Sociale :


• selon Beveridge (cf. chapitre politiques économiques), fondateur de la Sécurité Sociale anglaise,
l’objectif est de « libérer l’homme du besoin » en l’assurant contre les principaux risques de
l’existence : retraite, maladie, chômage.
• En pratique, la Sécurité Sociale verse des prestations à des individus momentanément ou
durablement sans activité : la protection sociale, même si elle ne verse pas des revenus de
transfert comparables à ceux liés à l’activité , aboutit à une réduction et parfois à une
suppression de la relation existant entre activité et revenu .

c. Les difficultés engendrées par le principe

La difficulté, selon R.Boudon, sera de définir de manière précise les besoins :


• soit on peut considérer comme le fait le RMI, que les besoins concernent seulement le minimum
vital,
• soit on considère que les besoins sont relatifs, qu’ils dépendent de la richesse de la société. Il
peut , en effet , apparaître scandaleux , que dans des sociétés où une majorité de citoyens a
toute latitude de gaspiller , une minorité ne dispose pas d’un minimum d’éducation de culture et
de santé .

d. Critiques de l’égalitarisme

Selon Boudon :
• « une stricte égalité des résultats, avant ou après redistribution, ne peut être obtenue que
moyennant une organisation sociale extrêmement contraignante, que les idéologies solidaristes
cherchent à légitimer par l’invocation de l’intérêt général.
• L’égalitarisme des résultats conduit à une réduction parfois dramatique des libertés
individuelles. Il ne limite pas seulement la liberté de ceux au détriment desquels le transfert de
ressources est opéré. Il institue aussi une sorte de tutelle sur ceux pour le bénéfice desquels il a
lieu »

2. L’égalité libérale

Aristote déjà dans l’antiquité distinguait deux types de justice :


• la justice corrective qui sanctionne les infractions au droit
• la justice distributive, qui consiste à proportionner les charges et les honneurs au mérite de
chacun. Dans cette optique, on cherche à égaliser d’un individu à l’autre les rapports entre la
rémunération sociale et l’apport de chacun

a. Définition

Le principe est :
• « à chacun selon ses mérites ».
• L’égalité consiste à mettre les individus dans la même situation de départ. C’est une
égalité des chances : deux enfants disposant de talents identiques et fournissant un
même effort, obtiendront des récompenses égales.
• Il y a égalité des chances au départ, mais à l’arrivée inégalités de situations.

b. Application du principe

Cette conception, que R Boudon qualifie de mé ri toc ratique , prétend établir une
correspondance rigoureuse entre les contributions des individus et leurs statuts :
• Elle compte sur une mobilité sociale accrue pour extirper les privilèges une fois
qu’auraient été instituées dans la concurrence entre les membres de la société des
conditions égales pour tous. Une fois tout le monde mis sur le même pied, on fait
l’hypothèse que les gagnants ne peuvent être que les meilleurs .
• La méritocratie accepte des disparités éventuellement très fortes dans la hiérarchie
statutaire .La question est de savoir dans quelle mesure les disparités sont équitables
et justes

c. Les critiques de l’égalité libérale

• La notion d’égalité des chances masque les inégalités


• permet de légitimer les inégalités sociales, puisque tous les individus ont eu les mêmes
chances au départ
• Le problème n’est donc pas social, mais individuel
Pour en savoir plus :

3. L’égalité des possibles

• Maurin constate les limites de l’égalité des chances : « Par égalité des chances, on
entend généralement l'égalité de traitement des individus par les institutions
d'évaluation et de sélection sociale que sont l'école ou l'entreprise, par exemple.
• Dans un objectif de justice sociale, cette notion est insuffisante dans la mesure où elle
oublie que les individus arrivent fondamentalement inégaux devant ces institutions.
Chacun d'entre nous est le produit d'une histoire personnelle plus ou moins heureuse,
dont il n'est pas responsable, et il est profondément injuste de le nier. Pour progresser
vers davantage de justice sociale, le plus difficile est de définir les causes des
inégalités dans la constitution même de chaque personne. C'est un processus de long
terme qui commence dans la petite enfance et se poursuit au long de l'histoire familiale
notamment.
• On ne réglera pas le problème de l'injustice sociale simplement en rendant les
mécanismes de sélection moins inégalitaires. Il faut avant tout donner les moyens aux
enfants et aux individus de se construire. D'où l'égalité des possibles. »

D. Egalité et équité

• L’équité est une notion ancienne : elle est, selon Aristote, le principe qui caractérise la
justice distributive, c’est-à-dire donner à chacun son dû selon sa situation particulière,
sa valeur, son mérite.
• Le principe d’égalité ou d’équivalence (selon Aristote), en revanche, s’applique en
matière de justice commutative, c’est-à-dire dans les échanges privés fondés sur la
réciprocité, l’échange ne devant pas modifier la position relative des classes de
citoyens.
• En matière de justice sociale et de répartition, l’équité conduit donc à proportionner
des rétributions à la situation des individus en fonction des critères de justice. Cela
conduit nécessairement à considérer que des distributions inégales peuvent être plus
justes que des rétributions égales.

Cette notion est devenue ambigüe, car elle est utilisée de manière contradictoire par :
• les auteurs libéraux qui préconisent au nom de la justice sociale et de l’efficacité une distribution inégale des richesses
proportionnée aux mérites des individus
• les auteurs défendant des politiques de discrimination positive, celle-ci consiste, au contraire, au nom de l’équité à
moduler les droits afin de donner plus à ceux qui ont moins ou souffrent de handicaps (naturels et / ou socio-culturels )
ou de discriminations . Il s’agit donc d’une inégalité juridique compensatrice (exemple : la politique d’affirmative action
aux EU ou les ZEP , la parité en France )

Partie II – Comment mesurer les inégalités ?

I. La mesure des inégalités quantitatives ( p 1935-195)

On distingue trois mesures quantitatives de l’inégalité : la dispersion, la concentration et la disparité :

A. La disparité

Déf ini ti on : . On parle de disparité lorsqu’on mesure l’écart qui existe entre les valeurs
moyennes de deux groupes différents

Méthodologie :
• Il a donc fallu au préalable classer la population étudiée :
• Par exemple si l’on veut mesurer la disparité des salaires entre les ouvriers et les cadres supérieurs, il faut au sein de la
catégorie salariée opérée une distinction entre les membres des deux catégories.
• On calcule ensuite le salaire moyen de chaque catégorie.
• Enfin pour comparer les revenus moyens on calcule :

coefficient multiplicateur =on compare le salaire moyen des cadres et celui des ouvriers
salaire moyen des cadres supérieurs
----------------------------------------------------------------
salaire moyen des ouvriers

B. La dispersion

Déf ini ti on : On parle de dispersion lorsqu’on mesure l’écart qui existe entre les valeurs
extrêmes prises par une série de grandeurs.

Méthodologie :
- Dans ce cas, on peut utiliser les déciles ou les quartiles :
• les quartiles correspondent aux valeurs du caractère observé qui partagent l’effectif en quatre parties égales, les valeurs
étant classés par ordre croissant.
• Les déciles partagent l’effectif en 10 groupes égaux.

- Pour mesurer la dispersion, on utilise :


• l’intervalle inter décile : D9-D1. Cet intervalle est tel que 80 % de la population est comprise entre les deux
caractères. Cela mesure l’écart absolu
• on peut aussi mesurer : l’écart relatif ou écart interdécile : D9
D1 qui permet d’obtenir l’éventail des salaires
.
• On peut enfin calculer : le coefficient de dispersion qui est : D9-D1
Médiane

C. La concentration
Déf ini ti on :
• Pour mesurer la concentration des revenus on utilise la courbe de Lorenz qui est une
représentation graphique des inégalités.
• La cou rbe de Lor enz permet aussi de donner une mesure précise de la concentration
appelée coef fici ent de G in i (ce coefficient varie de 0 à 1) :

Surface entre la courbe et la diagonale


Surface de la moitié du rectangle

II. La limite des mesures quantitatives

Mesurer l’inégalité pose de multiples problèmes :


• quelle variable est prise en compte ? : salaire, revenu, patrimoine, diplôme.La hiérarchie des inégalités sera différente
selon la variable .

• qui prendre ? : les individus, les familles ou les unités de consommation,

• la mesure des inégalités n’est pas unique , elle dépend de l’indicateur choisi .
• comment mesurer les inégalités qualitatives qui par définition sont difficilement mesurables par une analyse
statistique,

• comment prendre en compte les nouvelles inégalités qui sont apparues depuis l’entrée en crise pour lesquelles
l’appareil statistique habituellement utilisé semble peu adapté : P Rosanvallon et JP Fitoussi : « la société française
aujourd’hui confrontée à deux types d’inégalité , qui s’expriment dans des termes différents :

- les inégalités structurelles mises en évidence par l’intermédiaire de l’immense corpus de statistiques publiques
sur la répartition du revenu , des logements, etc. . Elles correspondent de la vision que l’on avait de l’inégalité
quand ces systèmes statistiques ont été construits. C’est à dire à un moment où , le risque de chômage était
mineur, l’inégalité dans les probabilités de trouver un emploi ne venait pas perturber l’interprétation que l’on
pouvait faire des données sur la répartition des revenus ou des richesses. La statistique publique se réfère ainsi à
l’ancienne économie , c’est à dire aux anciennes catégories. (...)Ces distorsions multiples font que les catégories
socioprofessionnelles, qui donnaient hier une bonne représentation de la société, en raison de leur homogénéité
interne, perdent peu à peu de leur pertinence.

- on assiste au développement de nouvelles inégalités, mises en oeuvre par la dynamique du chômage ou celles
de l’évolution des conditions de vie: inégalité devant l’endettement, la sécurité, les incivilités, ou même
inégalités devant certaines nuisances quotidiennes, comme le bruit par exemple »

- Enfin les inégalités se cumulent, il semble donc nécessaire d’avoir une vision globale des inégalités.
Notions du référentiel :PCS, patrimoine,
Chapitre- Démocratie et égalité revenue, moyennisation/ polarisation

Fiche 2 : Analyse des inégalités

Partie 1 – Constat des inégalités dans la France des années 2000

L Maurin écrit : « Liberté, Egalité, Fraternité " : notre pays ne saurait déroger à son idéal républicain. Pourtant, sa devise est de
plus en plus souvent bafouée sans qu'on en fasse grand cas. Premier responsable, l'appareil statistique. Les données les plus
récentes concernant la distribution des revenus des ménages, revenus du patrimoine inclus, remontent à 1996. Le dernier état des
lieux des inégalités de revenus ne peut donc être dressé que pour le gouvernement d'Alain Juppé (lui-même en partie le reflet de la
politique d'Edouard Balladur)... Le coupable est pourtant moins l'institution que le politique : l'Insee dépend du ministère de
l'Economie et il ne tient qu'au ministre de faire accélérer les choses »

I. Des inégalités qui demeurent importantes

A. Les inégalités quantitatives ( 1 à 7 p 182-183)

1. Les inégalités de revenu

a. Les inégalités de salaire

Une étude de longue période montre que la hiérarchie des salaires a été affectée par une succession de mouvements contraires qui
se sont compensées pour maintenir une disparité des salaires relativement importante en France : T.Piketty constate que les
inégalités face au travail n’ont pas réellement diminué sur longue période :
• ainsi, la part des 10 % des mieux rémunérés a oscillé aux alentours de 25 – 28 % de la masse salariale tout au long du
XX° siècle
• la part des 1 % les mieux payés (le centile supérieur) a été stable aux alentours de 6 – 7 %
• la part des 10 % les moins bien rémunérés (décile inférieur) a quant à elle toujours gravité autour de 4 à 5 %
Pour développer :

b. Les inégalités de revenu d’activité.

Remarque : On introduit maintenant les professions indépendantes qui bien évidemment n’avaient pas été retenues dans l’étude
des inégalités de salaires.

Constat : le rapport entre le revenu d’activité moyen des indépendants non agricoles et celui des ouvrier s’établit à 2,47. Ces
inégalités pourtant non négligeables ne sont rien par rapport aux inégalités de revenu de la propriété.

c. Les inégalités de revenus de la propriété

Remarque : L’activité professionnelle n’est pas la seule source de revenus pour un ménage, certains éléments du patrimoine dont
le ménage dispose produisent des revenus, qui viendront s’ajouter à ceux engendrés par les activités professionnelles de ses
membres, pour constituer la totalité de son revenu primaire.

Constat : Les inégalités de revenus de la propriété sont très importantes. Elles le sont d’autant plus que si sur la période 1990-
1996 les revenus fiscaux ont en moyenne augmenté de 0,5 % (1 % pour le décile le plus riche , mais ont baisse de 2,5 % pour le
décile le plus pauvre) , la performance réelle des placements a été de 10 % , les actions françaises ayant même gagné sur la
période 25 % . La très forte valorisation du patrimoine financier résultant de la dérégulation des marchés financiers a ainsi
contribué à creuser les inégalités de revenus durant les années 90

Pour voir l’évolution récente du revenu disponible des ménages français :


2. Les inégalités de patrimoine (8 à 12 p 184-185)

- L’inégalité de patrimoine a diminué depuis un siècle


- Mais elle reste très importante : elle est plus forte que l’inégalité des revenus
Pour en savoir plus :
La politique de redistribution des revenus opérée par l’Etat a donc pour objectif de réduire ces inégalités.

3. Les inégalités face à la distribution

a. Les inégalités face aux prestations sociales

Le système de protection sociale français relève principalement d’une logique d’assurance, pour percevoir des prestations
sociales, il faut au préalable avoir acquitté des cotisations. Le montant de la prestation (retraite, chômage) sera fonction de la
contribution de l’individu. Cela va avoir deux effets :
• Tous ceux qui n’ont pu acquitter des cotisations se trouvent dépourvus de toute protection sociale. A Bihr et R
Pfefferkorn écrivent « la protection sociale risque de manquer à ses plus élémentaires devoirs et de ne plus même mériter
son nom ».
• le montant, et la durée de prestations telles que les allocations chômage peuvent varier dans des proportions importantes
, ce qui risque d’accroître les inégalités . En effet ceux qui sont les moins bien insérés ont cotisé moins longtemps
bénéficient donc de droits réduits dans le temps, ce qui risque de les faire tomber dans l’exclusion.

Conséquences : Pour pallier ces insuffisances, l’assurance maladie a été généralisée et de prestations de solidarité ont été
instituées (minimum vieillesse, RMI, etc.). Relevant explicitement d’une logique de solidarité, répondant au principe : « à chacun
selon ses besoins » A Bihr et R Pfefferkorn se posent deux questions :
• ces prestations couvrent-elles les besoins des populations concernées ?
• leur montant est-il suffisant ?

Constat : Si l’on prend en compte les prestations familiales, logement, RMI, et minimum vieillesse la redistribution n’est pas
négligeable :
• En effet les 10% des ménages déclarant les revenus fiscaux les plus faibles voient grâce aux prestations citées
, leur revenu s’améliorer de 83,6 %, le chiffre n’est que de 1,1% pour les 10% les plus riches .
• Si l’on prend en compte tous les revenus de transferts opérés par l’Etat , on constate que l’écart interdécile en 1970 après
redistribution était de 4,8 ( il était de 10 si l’on mesure les inégalités de revenus fiscaux ) , en 97 il n’est plus que de 3,4 (
6,5 si l’on mesure les revenus fiscaux ).

Relativisation : A Bihr et R Pfefferkorn considèrent que le montant des prestations sociales relevant de la solidarité (tel le RMI)
est nettement insuffisant pour assurer une couverture convenable des besoins des populations concernés. La logique de l’assurance
semble donc l’emporter sur celle de la solidarité.

b. Les inégalités face aux prélèvements obligatoires (3 p 182)

• La fin des rentiers que nous avons expliquée plus haut et la forte chute de la concentration des patrimoines constatée
depuis le début du XX° siècle s’explique essentiellement par l’introduction d’une fiscalité progressive : en 1914 , l’impôt
sur le revenu n’existe pas , le taux d’imposition sur les successions est extrèmement faible : 1 % tout au Long du XIX°
siècle .. Mais dès 1924 , le taux marginal supérieur de l’impôt sur le revenu atteint 90 % et se maintient tout au long des
30 Glorieuses aux alentours de 70 % .
Pour en savoir plus :

• Mais Piketty poursuit : « La fin des rentiers est due à des circonstances historiques particulières et à des institutions
spécifiques . Si ces circonstances changent et si on revient à fiscalité du XIX°siècle , alors il est fort probable que l’on
revienne à des inégalités du XIX° siècle .De fait , à l’aube du XXI° siècle , plusieurs facteurs contribuent à remettre en
cause le compromis fiscal du siècle précédent .La faillite du communisme a jeté le discrédit sur l’intervention de l’Etat
dans l’économie en général , y compris sur les formes d’intervention publique qui ont relativement bien fonctionné . Ce
retournement idéologique est particulièrement marqué aux EU . Après avoir fortement abaissé l’impôt sur le revenu pour
les contribuables aisés , le président Bush a décidé en 2002 de supprimer purement et simplement l’impôt sur les
successions , impôt qui avait vu le jour en 1916 outre-Atlantique et qui avait été longtemps plus progressif que son
équivalent français . La mondialisation et la concurrence fiscale croissante que se livrent les Etats pour attirer les
investissements accentuent cette évolution et contribuent à la propager en Europe , dès lors que la politique fiscale
continue d’être déterminée à l’échelon national . Si un tel mouvement devait se confirmer , il serait fort étonnant que l’on
ne voit pas réapparaître terme une classe de rentiers » .

A Bihr et R Pfefferkorn constatent quand ils dressent le bilan que « dans leur ensemble les prélèvements obligatoires sont
bel et bien dégressifs en France. Autrement dit moins on gagne, plus on paie , proportionnellement parlant . L’arbre de
l’IRPP (impôt sur le revenu) masque ici la forêt des impositions directes et surtout des cotisations sociales. »
Pour en savoir plus :
B. Les inégalités qualitatives

1. Les inégalités face au logement

Constat : Le droit au logement a mis du temps à être reconnu en France , il a fallu attendre 1990 et la loi Besson pour que « le
droit au logement constitue un devoir de solidarité pour l’ensemble de la nation . ».Mais A Bihr ET R Pfefferkorn constatent que
« sur ce point comme sur bien d’autres la solidarité nationale est bien défectueuse » :
On comptabilise ainsi en France en 2000 850 000 personnes qui vivent dans des habitations sans confort et insalubres .Plus de la
moitié des ménages à faible revenu ne dispose pas d’un logement pourvu des commodités indispensables ( toilettes et salle de
bains )
Pour développer :

2. Les inégalités face au système scolaire

On a vu dans le cours sur la mobilité sociale qu’elles restent importantes en France malgré la démocratisation qui s’est
développée depuis 40 ans , mais en plus on constate que ces dernières années les disparités semblent à nouveau augmenter .Pour
développer :

3. Les inégalités face aux usages sociaux du temps

a - l’usage social inégal du temps libre

- Les familles populaires ont un usage du temps libre qui est plus centré sur le foyer et la famille que les cadres
qui ont plus d’activités en couples, solitaires et culturelles
Pour développer :

- Le passage aux 35 heures ne paraît pas avoir permis de réduire les inégalités, il peut même les avoir accrues
car :
• avec le développement de l’annualisation du temps de travail , la réduction du temps de travail s’opère souvent en
fonction des impératifs des entreprises pour les ouvriers et employés. Ainsi les ouvriers auront du temps libre durant les
temps morts des entreprises qui ne correspondent pas forcément aux périodes qu’ils souhaiteraient (vacances des
enfants). Inversement pendant les périodes de forte production les horraires peuvent aller jusqu’à 45 heures par semaine,
des week-ends sont alors consacrés au travail.
• Pour les cadres la réduction du temps de travail se traduit par une multiplication des week-end à la montagne, en Europe,
artistiques ou gastronomiques.

b- les activités tournées vers l’extérieur;

On peut les regrouper en deux grandes catégories :


• les activités sportives : pour toutes les catégories sociales, la pratique sportive a augmenté mais les sports pratiqués sont
différents
• les spectacles et les visites et sorties : les inégalités se sont accrues
Pour développer :

4. Les inégalités face à la santé et à la mort (1 à 8 p 187-189)

• L’état moyen de santé de la population française s’est considérablement amélioré.


• Mais les inégalités sociales devant la mort n’ont pas pour autant disparu, elles semblent même s’accroître. Ainsi en 1960-
69 l’espérance de vie à 35 ans d’un manœuvre est de 34,2 ans, celle d’un cadre supérieur de 41, 7 . Entre 1969 et 1989-89
l’espérance de vie des manœuvres s’est accrue de 1,5 ans, celle d’un cadre sup de 2,3. En 80 , l’écart d’espérance de vie à
la naissance entre un ouvrier et un cadre était de 4,8 ans , il a augmenté pour atteindre 6,5 ans en 1996 et 7 ans en 1999.
Les inégalités entre les sexes ont elles aussi augmenté ( 5.8 ans en 1950 d’espérance de vie en plu pour les femmes en
1950 , 7 ans en 2004)
• Ceci peut paraître surprenant alors que la sécurité sociale a justement eu pour but de mettre toute la population à l’abri de
la maladie, donc de réduire les inégalités face à la mort.
Pour voir les explications :
5 - l’inégale participation à la vie politique.

Pour étudier l’inégale participation à la vie politique


Cette inégale participation à la vie politique n’est pas répartie de façon équitable dans les différentes catégories de la population :
ainsi la participation à la vie politique augmente si l’on passe
• des femmes aux hommes,
• des jeunes aux personnes âgées,
• des sans diplômes aux diplômés de l’enseignement supérieur,
• des ouvriers agricoles , des classes populaires aux cadres supérieurs,
• des célibataires aux mariés,
• des individus qui ne participent pas à la vie associative ou syndicale à ceux qui y participent.

Pour étudier les explications de cette participation inégale à la vie politique

Conclusion :

Contrairement à ce qu’avançait Tocqueville :


• on n’assiste donc pas à une réduction des inégalités ,
• mais au contraire on observe une stabilité , voire un accroissement des inégalités.
• L’évolution est d’autant plus contradictoire avec les prévisions de Tocqueville que les inégalités se cumulent , elles font
système .

II. Des inégalités qui font système ( 8 p 184)

A. Des inégalités qui se cumulent

A Bihr et R Pfefferkorn constatent à la fin de leur ouvrage déchiffrer les inégalités que : « les inégalités s’établissent
généralement aussi bien à l’avantage qu’au détriment des mêmes catégories. (...) :
• les catégories ouvrières apparaissent bien les plus défavorisées de toutes : sur les 40 indicateurs de l’inégalité retenus,
elles se trouvent en position défavorable à 36 reprises, soit dans la quasi-totalité des cas, et elles occupent la position la
plus défavorable 24 fois !
• Inversement elles ne sont en position favorable que 4 fois, dont 3 grâce au mécanisme de redistribution des revenus. (..)
• Avec les cadres et professions libérales on aborde les catégories situées au sommet de l’échelle sociale. Seul le
mécanisme redistributif leur est défavorable. (...)
• La situation des commerçants, artisans et chefs d’entreprise apparaît à peine moins enviable. Sans doute leur situation est
elle moins brillante dans le bas du tableau (école, santé, culture),mais elle est plutôt meilleure dans le haut du
tableau(revenus et patrimoine) ».

B. Nécessitent la création de nouveaux indicateurs : le BIP 40

La construction d’indicateurs de synthèse paraît nécessaire afin de mesurer la réalité des inégalités et de la pauvreté .Ainsi a été
établi le BIP 40 qui est une référence ironique au PIB et au CAC 40. Il vise à quantifier les différentes dimensions de l’inégalité et
de la pauvreté. 6 principales dimensions ont été retenues :
• emploi et travail qui retient 4 rubriques :chômage , précarité , conditions de travail , relations professionnelles
• revenu qui retient 4 rubriques : salaire, pauvreté , consommation , inégalités et fiscalité
• santé : 5 indicateurs retenus
• éducation : 5 indicateurs
• logement : 5 indicateurs
• justice : 4 indicateurs
Pour établir le BIP , on attribue à chaque indicateur partiel une note comprise entre 0 et 10 ( 0 pour les meilleurs résultats , 10 pour
les pires ) .L’indice progresse donc quand les inégalités et la pauvreté s’accroissent . Dans un second temps , on agrège les notes
obtenues en tenant compte du fait que certains indicateurs sont plus importants que d’autres . On va donc calculer une moyenne
pondérée ( par exemple , les coefficients de pondération de l’emploi et du revenu sont les plus élevés ) .
Les résultats obtenus sont qu’entre 82 et 2000 le PIB / habitant a augmenté de 38 % , mais que cet enrichissement moyen de la
population n’a pas permis de réduire les inégalités qui ont , au contraire , fortement augmenté , puisque le BIP se situait à 3,5 sur
10 en 82 et qu’il atteint en 2000 une note de 6 . Les inégalités de travail , d’emploi de logement et de justice sont celles qui ont le
plus fortement augmenté .

Pour voir l’évolution du BIP 40


Pour étudier les deux groupes aux extrémités de la hiérarchie sociale :

III. Des inégalités qui se reproduisent


• Comme l’écrivent A Bihr et R Pfefferkorn : « parler de système des inégalités, c’est présupposer que celles ci tendent à se
reproduire de génération en génération
• A cette idée s’oppose l’idée encore communément répandue que notre société serait une société ouverte: le destin d’un
individu n’y serait pas tracé d’avance, chacun y aurait des chances d’améliorer sa situation sociale de départ, en accédant
à une catégorie sociale supérieure celle de ses parents (..).
• Certes notre société n’est pas une société de castes : la situation sociale de chacun n’y est pas strictement déterminé par
sa naissance, puisqu’elle n’interdit en principe à personne de quitter sa catégorie sociale d’origine, ni d’en changer en
cours d’existence. Mais les développements antérieurs laissent en même temps deviner qu’elle n’est pas cette
méritocratie que certains se plaisent à dépeindre ». Pour une analyse approfondie de la reproduction sociale et de la
mobilité sociale on se reportera au chapitre sur la mobilité sociale.

Partie 2 – Les inégalités dans l’Union européenne

L Chauvel constate :
• Lorsqu'elle était comparée au reste du monde, l'Europe des Quinze apparaissait comme un club de nations riches et
relativement égalitaires.
• L'entrée de nations comme la Pologne, tout à la fois très pauvre - le revenu moyen est cinq fois plus faible qu'en France,
quand on le mesure selon le taux de change, - et de grande taille a considérablement changé l'architectonique sociale de
l'Europe.
• Avec l'élargissement à vingt-cinq pays, et peut-être bientôt plus encore, l'Europe actuellement en construction s'éloigne
durablement de la réalité initiale faite d'abondance et d'homogénéité relatives. Sans condamner pour autant d'emblée le
processus en cours, il faut bien comprendre la profondeur de ce changement et ses conséquences possibles :
l'élargissement économique sans approfondissement social pourrait en effet conduire le projet européen vers de lourdes
contradictions.
Pour un développement :

Partie 3 – Explications de l’évolution des inégalités dans les années 1950-2000

I. Explications de la baisse des inégalités lors des 30 Glorieuse

A. La théorie de Kuznets

Dans les années 50 , S.Kuznets a établi une loi selon laquelle l’évolution des inégalités aurait la forme
d’une courbe en cloche .Suivant le stade de croissance et de développement , les inégalités
passeraient par 3 phases :
• dans les sociétés sous-développées et traditionnelles, le niveau des inégalités est relativement
réduit : excepté une minorité peu représentative, la majorité de la population travaillant dans
l’agriculture est pauvre
• lors de la phase d’industrialisation, les écarts s’accroissent entre les régions et les catégories qui
restent dans le modèle traditionnel et ne bénéficient pas des retombées de la croissance et
celles qui , suite à un exode rural , migrent vers les secteurs les plus dynamiques de l’économie
. Cette augmentation des inégalités ne signifient pas une augmentation de la pauvreté, mais un
enrichissement de certains et une stagnation des autres
• les bénéfices de la croissance et le développement se généralisent à l’ensemble de l’économie :
les secteurs en retard disparaissent (destruction créatrice ) ou se modernisent et toutes les
catégories voient leur niveau de vie s’accroître . Un rattrapage des catégories les plus favorisées
s’opère aussi

Conclusion :La thèse de Kuznets a été particulièrement bien étudiée et vérifiée dans les cas anglais et
américain . Ainsi , aux EU , « la part du patrimoine total possédé par les 10 % les plus riches est passée
d’environ 50 % vers 1770 à un maximum d’environ 70-80 % vers 1870 , avant de retrouver en 1970 un
niveau de l’ordre de 50 % , typique de l’inégalité contemporaine des patrimoines » ( T.Piketty )
Ce resserrement de la hiérarchie des revenus est une tendance de long terme qui contredit la thèse
marxiste de la paupérisation de la classe ouvrière.

B. La moyennisation ou la société en toupie ou en mongolfière


La France, comme la majorité des pays occidentaux , a mis en place , à la libération , un modèle de
développement fordiste reposant sur 3 piliers :
• une organisation du travail assurant de formidables gains de productivité reposant sur les
principes tayloriens et fordiens
• ces gains de productivité vont systématiquement être redistribués à l’ensembles des catégories
sociales sous forme de hausses régulières du pouvoir d’achat qui va permettre d’accroître
continuement la demande effective qui est à l’origine du modèle de production et de
consommation de masse
• une organisation centralisée et rigide de la redistribution stabilisée par un réseau de
conventions collectives , par la législation sociale et par la part centrale de l’Etat-Providence

Conclusion : A.Lipietz en conclut : « la distribution des revenus prend ainsi la forme d’une
mongolfière ventrue (peu de riches, peu de pauvres, beaucoup de moyens) qui s’élève
régulièrement et avec ensemble. La hiérarchie des salaires est en effet rigidement corsetée par les
conventions collectives : classes aisées, classes moyennes, classes populaires, accèdent
successivement à une même structure de consommation, qui s’élève selon des trajectoires décalées
dans le temps mais semblables. Le mode de vie de l’ingénieur précède de quelques années celui du
technicien, celui-ci éclaire l’venir de l’ouvrier professionnel, qui montre le chemin à l’OS. Si l’on veut
une autre image, la société est emportée par un escalier mécanique où les distances sociales restent
stables mais où tout le mode s’élève. Les nouveaux venus de l’exode rural et de l’immigration prennent
place sur la dernière marche ».
Mendras opère le même raisonnement en parlant de toupie
II. L’explication de la hausse des inégalités depuis la fin des années 70

A. La remise en cause de la courbe de Kuznets


• T ;Piketty écrit : « Pendant longtemps , la loi de Kuznets est apparue comme la fin de l’histoire
de l’inégalité , même si le fait que de nombreux pays tardaient à rejoindre le monde enchanté ,
où croissance et réduction des inégalités iraient main dans la main , a toujours suscité des
doutes légitimes .
• Mais c’est surtout la constatation, dans les années 80 , que l’inégalité avait recommencé à
augmenter dans les pays occidentaux depuis les années 70 qui a porté le coup fatal à l’idée
d’une courbe reliant inexorablement développement et inégalité . Ce retournement de la courbe
de Kuznets marque la fin des grandes lois historiques sur l’évolution des inégalités, au moins
pour un certain temps, et incite à une analyse modeste et minutieuse des mécanismes
complexes qui peuvent faire que l’inégalité augmente ou diminue à différents points du temps ».

B. Vers la société en sablier

Depuis les années 80 , on constate :


• une flexibilisation du rapport salarial , avec en particulier la remise en cause de la rigidité du lien à l’entreprise, une
baisse progressive de la portée des garanties de l’assurance-chômage qui conduisent à un affaiblissement des couches
moyennes
• en contrepartie , on assiste à une forte hausse des profits qui sont redistribués soit sous forme de revenus financiers ou de
stock options pour les dirigeants , ce qui provoque une concentration des revenus sur les couches épargnantes
• la conséquence , selon A.Lipietz : « L’ascenseur social repart vers le bas , la montgolfière se dégonfle et elle devient un
sablier .L’image du sablier est , elle aussi , à la fois descriptive et plus « physiologique » . ( … )La distribution des
revenus passe de la montgolfière au sablier : dégonflement du vaste centre des couches moyennes , et apparition d’une
société que l’on appelle en anglais two-tiers , « en deux tiers » , ou hour glass , « en sablier »
Les raisons avancées par de nombreux auteurs tournent principalement autour de 2 axes :
• la mondialisation et la concurrence de certains PED ou NPI qui sont à la fois qualifiés et moins rémunérés que ceux des
PDEM . La mondialisation aurait ainsi détruit quelque 300 000 emplois depuis 20 ans , donc occasionné une
augmentation du chômage et de la pauvreté pour les travailleurs ainsi concurrencés
• les effets du changement technique et des structures de production ont bouleversé les besoins de main d’œuvre : le
progrès technique serait biaisé en défaveur des salariés les moins qualifiés qui subiraient des processus d’externalisation

Notions du référentiel : société démocratique, justice


Chapitre- Démocratie et égalité sociale, équité, incitations, méritocratie
Fiche 3 : Inégalités, croissance et développement

La question que l’on va tenter de résoudre dans cette partie est la relation qui existe entre développement et démocratie : le
développement est-il un préalable à la démocratie ou est-ce le contraire ?

Partie 1- Selon les libéraux, les inégalités sont nécessaires pour assurer croissance et développement

I. L’égalité, un obstacle à la liberté et à l’efficacité

Selon les libéraux, l’égalité serait synonyme :


• d’uniformité c’est-à-dire qu’elle coulerait tous les individus dans le même moule, elle les
stéréotyperait. L’inégalité est alors défendue au nom du droit à la différence.
• d’inefficacité : en garantissant à chacun une égale condition sociale, aussi bien dans l’accès aux
richesses matérielles que dans l’appropriation des biens culturels, elle démotiverait les
individus, ruinerait les bases de l’émulation et de la concurrence qui constituent le facteur
essentiel de tout progrès .L’égalité serait donc contre-productive, stérilisante, tant pour
l’individu que pour la communauté.
• de contraintes , d’aliénation de la liberté : elle porterait atteint au libre fonctionnement du
marché en bridant la capacité et l’esprit d’entreprise , en déréglant les autorégulations
spontanées du marché par la réglementation administrative en se condamnant du même coup a
étendre et à complexifier sans cesse cette dernière jusqu’à enserrer l’économie et la société
entières dans les rets d’une bureaucratie tentaculaire .F.Von Hayek est contre l’égalitarisme , car
le progrès social trouve son origine dans les innovateurs , ce qui suppose une inégalité de
conditions . L’idéologie égalitariste constitue, donc selon lui une menace pour le progrès social
en faisant disparaître toute motivation et en garantissant des droits indépendamment de toute
conduite morale

II -Les inégalités assurent efficacité et équité

A. Les inégalités sont justes

1. La conception traditionnelle de la justice sociale chez les libéraux : l’optimum de Pareto

a. Postulat de base

Cette conception insiste sur la liberté permanente dont disposent les participants à l’économie :
• Si une personne choisit de travailler et d’échanger, alors qu’elle vit dans une société basée sur
la liberté et l’égalité de droits, c’est forcément qu’elle y trouve son avantage.
• On ne peut donc intervenir dans le jeu des échanges et de la production que si l’on ne lèse
personne et que si certains s’en trouvent mieux: c’est l’idée de l’unanimité comme point de
repère fondamental.

b. Conséquences

Dans cette perspective, la vision des inégalités est beaucoup plus tolérante :
• si une personne travaille beaucoup et accumule des capitaux pour finalement retirer beaucoup
de profit de ses affaires, c’est parfaitement juste pour peu qu’elle ait conclu des accords de
plein gré avec ses partenaires.
• Si quelqu’un travaille peu ou ne travaille pas et n’obtient donc que peu ou pas d’argent, la chose
n’est pas scandaleuse. Sa situation résulte de ses choix.

c. Conclusion

Ainsi seule la liberté des échanges concurrentiels mène à un résultat souhaitable : l’équilibre général
des marchés est en même temps un optimum au sens de Pareto, c’est à dire une situation dans
laquelle il n’est pas possible d’accroître l’utilité d’un agent sans diminuer celle d’un autre. Le principe
sur lequel repose cette théorie est le suivant :
• compte tenu de ce qu’ils avaient à leur disposition avant que les échanges commencent (leurs
dotations initiales) les agents ont procédé à des échanges libres et ont fait du mieux qu’ils ont
pu, c’est à dire que les deux coéchangistes y ont trouvé leur intérêt.
• En quelque sorte la traduction concrète de l’unanimité est le marché concurrentiel, et toute
tentative pour en modifier les résultats ( produire autrement , modifier certains prix ,
redistribuer), se ferait au détriment de certains agents, ce que l’on ne veut pas envisager car
cela conduirait à une situation sous optimale et serait à l’origine de conflit : comment justifier
une redistribution des plus riches vers les plus pauvres , alors que la pauvreté relève de la
responsabilité individuelle. Cela générerait des conflits entre les divers groupes sociaux pour
accroître leur part du gâteau, et serait désincitatif au travail.
• Comme l’indique Smith , l’aiguillon de l’intérêt suffit à rendre une société performante et juste
par la main invisible , le marché attribuant à chacun ce qui lui est dû : la justice est donc incluse
dans l’échange .
• F .Von Hayek ira encore plus loin en démontrant que l’existence de gagnants et de perdants
dans l’échange , pour injustes qu’elle puisse paraître , est nécessaire au bon fonctionnement du
marché , puisqu’elle indique les impasses qu’ils doivent éviter et les avenues qu’ils ont à
emprunter .

2.La théorie de la justice de John Rawls

J Rawls a déplacé le débat en proposant une définition originale de la justice sociale. Sur quoi doit
porter l’unanimité? Non sur les résultats des interactions économiques, mais sur les règles de
fonctionnement de la société
Pour voir son analyse de la démocratie de propriétaires :

Son analyse peut se décomposer en trois temps :


• Rawls commence par définir une situation ayant des propriétés telles que tout individu
acceptant de raisonner dans son cadre serait contraint de faire un choix identique en ce qui
concerne les institutions souhaitables de la société idéale. Cette situation imaginaire,
éminemment adaptée à la double condition d’unanimité et de justice est celle de la position
originelle. La caractéristique principale de cette position est l’ignorance : aucun individu n’est
censé avoir la moindre information sur sa situation future, sa richesse. Tout ce qu’il a droit c’est
d’être rationnel et égoïste.

• L’individu étant, dans ces conditions, parfaitement conscient du fait qu’il pourra occuper, dans
la société réelle, n’importe quelle position parmi toutes celles qui correspondent à la répartition
des revenus sera naturellement incité à adopter une attitude d’impartialité. En effet, un
comportement de prudence élémentaire fait que comme personne ne sait qui sera le plus
défavorisé (voile d’ignorance), tous recherchent une société qui soit juste.

• Situés de la sorte en position de négociation collective, équitable et égale, les individus


s’accorderont selon Rawls sur 2 principes fondamentaux :
- d’abord le principe de liberté qui ouvre à tous dans des conditions d’équité suffisante
les fonctions et conditions sociales. Chacun peut ainsi entreprendre ce que bon lui
semble pour obtenir la réalisation des fins qu’il se propose. Rawls écrit ainsi : « chaque
personne doit avoir le droit à la plus grande liberté fondamentale, compatible avec une
liberté semblable pour tous »

- Mais ces avantages étant reconnus, il se trouve que des inégalités vont se manifester:
les plus forts, les plus doués, les plus favorisés par le sort vont s’imposer
progressivement, de sorte que les inégalités vont se renforcer mutuellement, puis se
perpétuer. D’où l’affirmation d’un principe de différence: « les inégalités sociales et
économiques doivent être aménagées de telle sorte qu’elles soient :
a - assurées, en dernière analyse, pour le plus grand profit des plus
défavorisés,
b - attachées à des emplois et à des postes accessibles à tous
dans des conditions d’égalité équitable des chances ».

Remarque : Toutefois, le premier principe primant le second, on ne doit pas, pour combattre les
inégalités, aller à l’encontre de libertés fondamentales.
J Rawls considère que :
• du point de vue économique et social, l’état le plus juste d’une société est celui qui, parmi tous
les états possibles, assure au membre le plus défavorisé une position maximale. Au demeurant,
il peut arriver que s’améliore la situation des plus défavorisés sans que se réduise l’écart les
séparant des plus favorisés.
• Dés lors il peut être utile d’appliquer une politique de discrimination positive qui favorise
les individus les plus défavorisés. Cette politique inégalitaire semble plus équitable que la
politique de l’égalité des chances.

B. Les inégalités sont positives

1. Elles favorisent la croissance

a. A court terme

• Pour assurer un décollage économique, il est faut accroître très fortement le taux
d’investissement (cf la thèse de Rostow) , ce qui nécessite « au départ pour que cette
accumulation fut possible, une extrême inégalité des richesses, seule à même de
dégager l’épargne nécessaire ». Or ce sont les plus riches qui ont la propension à
épargner la plus forte
• Les inégalités produisent des incitations qui poussent les individus à faire des efforts.
C’est en effet un système méritocratique où le revenu dépend du travail et des mérites.
Comme tous les individus adoptent le même comportement, la croissance apparaît.
C’est donc conforme à la main invisible d’A.Smith.

b. A moyen terme

Ainsi il semblerait que plus d’inégalités aujourd’hui assure plus de croissance économique demain,
« l’inégalité sert au mieux les intérêts, sinon des plus pauvres d’aujourd’hui, du moins des plus pauvres
de demain ».C’est en tout cas la thèse développée par Kuznets qui avait établi une courbe en cloche
reliant croissance et inégalités (fiche2 plus chapitre croissance et développement

Dés lors une réduction des inégalités, en particulier dans les PVD, entraverait le décollage économique.
Une redistribution des revenus n’handicaperai pas seulement les plus riches, elle détériorerait la
situation des plus pauvres : la taille du gâteau n’est pas indépendante de la manière de la partager (cf.
la théorie de Laffer, chapitre : les politiques économiques )

2. Et le développement

• Si l’on s’intéresse maintenant non plus seulement à la dimension économique et sociale , mais l’on intègre la
démocratisation des sociétés , on peut constater que les libéraux considèrent généralement avec B Russet qu’il existe une
corrélation entre un grand nombre d’indices d’ordre économique et un nombre plus réduit d’indice politique. Ceci
permettrait de corroborer une relation entre le développement économique et une démocratisation des sociétés

• Cela correspond à l’analyse d’Inglehart : l’enrichissement de la population se traduit par un


passage à des valeurs post-matérialistes : égalité, liberté (cf chapitre croissance et
développement).

Partie 2- Les inégalités peuvent entraver la croissance et le développement

I. Les critiques de la conception libérale

La tradition libérale est selon B Gazier : « extraordinairement restrictive et conservatrice :


• Elle se heurte à une difficulté centrale: tout dépend des dotations de départ. Il y a autant
d’équilibres concurrentiels (et d’optimum de Pareto) qu’il y a de dotations de départ.
• La priorité est donc l’efficacité économique ( l ’efficience sous la forme de l’optimisation des
échanges) et la justice sociale dépend de cela. . »
Or :
• que doivent au mérite les ressources dont on dispose à un moment donné quand on songe au
rôle du hasard dans la constitution de certaines fortunes (héritage), ou d’un capital humain
rémunérateur : est-il juste demande ainsi M Friedman (qui est pourtant libéral) que l’aveugle
gagne moins parce que sa productivité est plus faible ?
• de plus, comme le notent A.Bihr et R.Pfefferkorn : « l’égalité serait synonyme d’uniformité selon
les libéraux, mais l’argument repose sur une double confusion entre égalité et identité d’une
part , entre inégalité et différence de l’autre .Pas plus que l’égalité n’implique l’identité
( l’uniformité ) , l’inégalité ne garantit la différence . Bien au contraire : les inégalités de revenu
génèrent des strates ou couches sociales au sein desquelles les individus sont prisonniers d’un
mode et style de vie , qu’ils sont plus ou moins tenus de suivre pour être et rester à leur place
( … ) Inversement , loin d’uniformiser les individus ,l’égalité des conditions peut ouvrir à chacun
d’eux de multiples possibilités d’action et d’existence , qui seraient éminemment plus
favorables au développement de leur personnalité , et en définitive à l’affirmation des
singularités individuelles »

II. La réduction des inégalités peut être souhaitable

A. La réduction des inégalités peut assurer la croissance

1. Constat

La plupart des études semblent montrer qu’ une répartition inégalitaire des revenus ne favorise pas la croissance économique :
• JP Fitoussi écrit : « parmi les NPI, ceux dont la croissance fut la plus élevée sont aussi ceux dont le degré d’inégalité dans
la répartition des revenus a décru le plus vite. (...) Il semble ainsi exister une corrélation inverse dans les PVD entre
inégalités de revenu et croissance, c’est à dire une corrélation directe entre cohésion sociale et performance
économique »
• Si l’on construit un graphique mettant en relation la croissance de la productivité du travail entre 1979 et 1990 et le degré
d’inégalité des revenus : on constate pour les pays développés qu’il existe une relation de corrélation entre une forte
croissance de la productivité et une répartition plus égalitaire des revenus. Ainsi les pays connaissant les taux de
croissance de la productivité les plus forts sont le Japon, la Finlande, la Belgique et la France qui se caractérisent par une
répartition plus égalitaire des revenus, à l’autre extrémité on trouve les pays anglo-saxons.

2. Explications

La réduction des inégalités peut favoriser la croissance économique car :


• les coûts de l’exclusion peuvent être générateurs d’inefficacité économique. Ainsi, un fort degré
d’inégalités va dissuader les familles les plus pauvres de pousser leurs enfants à poursuivre de
longues études, à constituer un capital humain, donc va, comme l’a démontré la théorie de la
croissance endogène , limiter les capacités de croissance de l’économie .
• la réduction des inégalités favorise la consommation de masse et la dynamique fordienne. On
retrouve ici la logique que Keynes a développe des 1936 : « les 2 vices marquants du monde
économique où nous vivons sont : le premier que le plein emploi n’ y est pas assuré , le second
que la répartition de la fortune y est arbitraire et manque d’équité ( … ) . Dans les conditions
contemporaines, la croissance de la richesse , loin de dépendre de l’abstinence des milieux
aisés , comme on le croit en général , a plus de chances d’être contrarié par elle . Ainsi disparaît
l’une des principales justifications sociales des grandes inégalités de fortune ».
Pour l’analyse de Piketty :
B. Et le développement

1. Constat

Si l’on s’intéresse maintenant à la démocratisation politique et le décollage économique, on constate que :

a. La démocratisation ne nécessite pas au préalable un développement économique

Contrairement à ce qu’affirme B Russet il n’existe pas de corrélation montrant que la démocratisation nécessite au préalable un
développement économique . On constate ainsi :
- qu’avec un PNB faible les Etats-Unis sont devenus une démocratie des la fin du 18 ème ,
- alors qu’avec un PNB plus élevé le Guatemala des années 60 était une dictature.

b. La démocratie entraîne la croissance économique


• l’absence de démocratie entrave le développement économique (cf. le cas de l’URSS, ou celui du Chili de Pinochet pour
une expérience libérale),
• et au contraire la démocratie favorise le décollage (USA, GB).

2. Explications : la conception d’Amartya Sen


Sen s’interroge sur la relation démocratie et développement.

a. Constat

Cette dimension constructive de la démocratie vaut pour tous les pays, quel que soit leur niveau de développement. Sen donne
l'exemple de l'Inde, où les Etats les plus démocratiques sont aussi ceux qui réussissent à faire émerger de nouvelles valeurs plus
respectueuses des individus. Ainsi, l'Etat du Kerala est parvenu à faire baisser les taux de natalité sans recourir à la contrainte,
grâce à la discussion démocratique, qui a débouché sur la formation de nouvelles valeurs.

b. Explications

Cette corrélation s’explique par les caractéristiques de la démocratie :


• Elle a tout d'abord une importance intrinsèque en ce sens que la liberté politique ainsi
envisagée est une condition de la liberté humaine. La participation sociale et politique, qui n'est
pas réservée aux professionnels de la politique mais ouverte à tous les citoyens, apporte une
contribution essentielle au bien-être+ des personnes.
• La démocratie a également une fonction instrumentale, dans le sens où elle donne plus d'écho
aux revendications des personnes et incite donc les gouvernements à mieux les prendre en
compte.
• Enfin, la démocratie a une dimension constructive, dans la mesure où elle donne aux citoyens la
possibilité d'apprendre les uns des autres. Ce point est essentiel dans la perspective de Sen: les
préférences, désirs, besoins, etc., des individus, au même titre que les valeurs et normes
sociales, ne sont pas donnés indépendamment de la discussion publique démocratique, mais
construits au cours de cette interaction dialectique. De même, la compréhension des besoins
économiques et sociaux passe par l'exercice effectif de la démocratie, qui garantit la discussion
ouverte et le débat, avec la possibilité réelle de la critique et du désaccord. La formation des
valeurs et des croyances n'est donc pas une affaire de décision individuelle, mais de
délibération collective. Dans l'esprit de Sen, un tel processus de démocratie délibérative réelle
(par opposition à la démocratie formelle enracinée dans le droit de vote) apparaît comme la
condition même de décisions aussi informées et raisonnables que possible.

Pour plus de développement sur l’analyse de Sen :

Pour la définition traditionnelle de la démocratie :

Pour la conception de la démocratie de Tocqueville