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I PARTENARIAT PUBLIC-PRIVÉ (PPP)

36 Le PPP est condamné à progresser


Un concept attrayant dont les pouvoirs
publics peuvent tirer beaucoup

38 Des normes et un code s'imposent


Absence de cohérence et de vision, un
peu de ménage s'impose dans le domaine
des PPP belges

42 L'exemple britannique traverse


la Manche
Comment s'inspirer du savoir-faire du
Royaume-Uni, berceau des PPP ?

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PARTENARIAT PUBLIC-PRIVÉ (PPP) I

Partenariat public-privé

Coopérer sur
un pied d’égalité
Derrière la promesse
L
e partenariat public-privé (PPP) est encore
une notion relativement récente, souvent d'un win-win
utilisée à tort et à travers. D'où l'intérêt d'en Dans la pratique, la réalisation d'un projet PPP se
donner une définition*. On dispose de peu de heurte souvent à pas mal d'obstacles, synonymes
statistiques sur l'ampleur des projets PPP dans d'autant de lenteurs. Les spécialistes estiment
notre pays. Un seul chiffre suffit toutefois à confir- que ce sont là des maladies de jeunesse. Le PPP
mer le poids économique du phénomène : l'en- est en effet un sujet complexe, même si des
semble des projets PPP actuellement en phase modèles apparaissent progressivement et qu'une
de préparation rien qu'en Flandre représenterait certaine standardisation est en cours. Pour autant
pas moins de 4 milliards d'euros. Au niveau euro- que les objectifs d'un PPP soient clairs pour les
péen, les données de la Banque d’investissement deux parties, le partenariat public-privé est la
européenne montrent que le montant des aides promesse de flexibilité budgétaire pour les pou-
de la BEI aux projets de PPP s’élève au total à 25 voirs publics et de recettes récurrentes pour le
milliards d’euros. Ces fonds sont essentiellement partenaire privé. Le PPP constitue même une
concentrés dans les pays où les programmes de alternative d'investissement précieuse en ces
PPP sont les plus développés. Le Royaume-Uni temps de crise, pour autant que les banques
obtient environ un tiers des prêts de la BEI, tan- soient à nouveau prêtes à délier les cordons de
dis que l’Espagne, le Portugal et la Grèce en leurs bourses. Au-delà des aspects purement
recueillent 15% chacun. Les quelques fonds res- budgétaires, le PPP peut également être source
tants sont répartis sur l’ensemble des autres pays de gains d'efficacité et de rendement. Mais pour
européens. Certains pays membres de la BEI ont tout cela, les autorités publiques et le secteur
des programmes ambitieux visant à accroître la privé doivent vraiment collaborer sur un pied
proportion des investissements publics financés d’égalité. Et c’est bien là souvent que le bât bles-
au moyen de partenariats public-privé. C’est se, comme l'expliquent les différents experts ren-
notamment le cas de la France, l’Allemagne, contrés dans le cadre de ce dossier. 
l’Italie, la Pologne et la Turquie. En Belgique, la
BEI a déjà soutenu quelques projets dans les
* Le partenariat public-privé (PPP) est un mode de
domaines de la gestion des eaux et de l’environ- financement par lequel une autorité publique fait appel
nement. Environ 80% des projets de PPP financés à des prestataires privés pour financer et gérer un équi-
par la BEI relèvent du secteur des transports. Les pement assurant ou contribuant au service public. Le
partenaire privé reçoit en contrepartie un paiement du
secteurs de la santé, de l’énergie, de l’eau et de partenaire public et/ou des usagers du service qu'il
l’assainissement se partagent le solde. gère. (Wikipédia)

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I PARTENARIAT PUBLIC-PRIVÉ (PPP)

Le PPP ne peut être utilisé pour tout et n'importe quoi

Le partenariat public-privé est


condamné à progresser
Les spécialistes de l’encadrement de projets PPP constatent que les pouvoirs publics peuvent tirer beau-
coup d’avantages de ce concept. Or, il existe presque autant de formules qu’il y a de projets. Mais les
pouvoirs publics doivent toujours veiller à instaurer un bon partenariat avec les entreprises privées qu’elles
souhaitent impliquer.

L
e cabinet d’avocats CMS De Backer, qui
travaille essentiellement en Wallonie et à
Bruxelles, est connu pour être spécialisé
dans la mise en œuvre de projets de PPP. Tout
comme la Confédération Construction (lire
ci-après), il constate régulièrement un usage
impropre du terme de ‘partenariat public-pri-
vé’. “Souvent, un banal projet de promotion,
achevé en trois ans, est présenté comme un
PPP, parce qu’un partenaire privé a préfinan-
cé une chose ou l’autre”, explique Eric Gillet,
partner chez CMS De Backer. Comment défi-
nit-il un PPP ? “C’est un projet public qui doit
générer ses propres flux de revenus. Il s’agit
le plus souvent de travaux d’infrastructure ou
de construction de logements. Le finance-
ment se fait à la charge des usagers et donc
pas, ou dans une moindre mesure, par le
biais des budgets publics. Un exemple clas- Le PPP apparaît comme une formule intéressante pour des projets de gestion des eaux.
sique serait l’autoroute à péage.”
avec un plan d’affaires solide pour la durée “À partir de quand ne s’agit-il plus d’un pro-
Le cabinet d’avocats s’y connaît également d’existence de l’infrastructure ou du bâti- jet purement public et quand les règles de ce
en applications d’épuration des eaux. “Un ment.” Selon les avocats, les autorités pu- type de projet ne sont-elles plus applica-
PPP fournit un service dont le coût n’est plus bliques ont vu leurs obligations tellement aug- bles ? Quand est-ce un projet privé et quand
supporté par tous les contribuables, mais menter, ces 10 ou 15 dernières années, que les règles du marché doivent-elles être sui-
uniquement par les utilisateurs de l’installa- ce sont elles qui, de plus en plus souvent, de- vies ? Ces questions de droit doivent trouver
tion, par le biais de leur facture”, illustre l’a- mandent à partager les tâches. “Certains réponse. Il faut fortement tenir compte des
vocat Ivan-Serge Brouhns. projets n’auraient ja- affaires institutionnelles comme de la législa-
“En Wallonie, la mise en pla-
“ Un PPP fournit un ser- mais vu le jour sans le
ce de la gestion des eaux au- vice dont le coût n’est PPP. Avec un PPP, on
tion des sociétés et de la fiscalité, pour ne
citer que quelques exemples. Il convient de
rait pu sérieusement alourdir plus supporté par tous peut à la fois réduire réaliser des analyses en vue de l’optimisation
le déficit public si l’on n’avait les contribuables, mais les coûts des pouvoirs de chaque projet”, ajoute Eric Gillet. Les avo-
pas fait payer les pollueurs. uniquement par les utili- publics et stimuler l’ac- cats essaient de toute évidence d’associer le
L’utilisateur est ainsi encoura- sateurs” Ivan-Serge Brouhns tivité économique”, meilleur des deux univers, le public et le privé.
gé à faire des économies. déclare Eric Gillet. “Une région peut même mettre en place une
Mais dans la gestion des eaux, c’est devenu récupération de la TVA qui est ensuite finan-
un partenariat entre instances publiques. Survivre aux incertitudes cée par l’autorité fédérale par exemple.” Un
Dans le retraitement des déchets, on voit dé- politiques autre avantage du PPP réside dans les enga-
sormais apparaître des liens de collaboration Mais sur le plan juridique, tout est loin d’être gements à long terme qui permettent de con-
avec des acteurs privés qui sont demandeurs. encore clarifié pour les projets de PPP en Bel- tourner l’incertitude politique due aux chan-
Un PPP devient alors un projet économique, gique. Le sujet est avant tout très complexe. gements de pouvoir. “Une administration ne 

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PARTENARIAT PUBLIC-PRIVÉ (PPP) I

peut aisément annuler les engagements pouvoirs publics ne négligent l’entretien, gne, les partenaires privés ont été tenus de
d’une administration précédente”, remarque comme cela arrive encore régulièrement.” tirer un maximum de revenus des complexes
Ivan-Serge Brouhns. “De nouveaux déci- Mais pour les avocats, le PPP n’est pas la pan- scolaires qu’ils ont bâtis. L’infrastructure a été
deurs politiques peuvent certes ajouter de acée. “Un PPP est un concept qui a été intro- utilisée pour toutes sortes d’activités non
nouvelles exigences, mais le projet n’est pas duit il y a peu. Il paraissait avoir résolu beau- scolaires. Ainsi, les budgets publics ont été
réellement soumis aux caprices du pouvoir coup de problèmes à l’étranger, mais là-bas moins rudement mis à mal et l’infrastructure
politique.” non plus, les choses ne se déroulaient pas si se rembourse plus facilement.”
simplement. Aujourd’hui, tout ne se passe pas
Dans la mesure où il existe autant de types chez nous comme nous le souhaitons. Prenez Mais chez nous aussi, la notion de PPP se pré-
de PPP que de projets, il s’agit toujours d’un Infrabel. L’entreprise a en effet pu s’attaquer cise petit à petit, estiment les experts CMS
travail réalisé sur mesure. Un projet fédéral au tunnel de Liefkenshoek grâce à un PPP, De Backer. “Les autorités publiques doivent
pour la construction de prisons, comme le mais trois autres projets de PPP possibles n’ar- faire des choix clairs. Si elles veulent créer un
ministre de la Justice Stefaan Declerck en- rivent pas à démarrer”, raconte Gillet. bon partenariat avec des entreprises, elles
tend actuellement mettre sur pied, n’a bien doivent les réaliser dans les meilleures condi-
sûr rien à voir avec un projet régional de ges- Une privatisation déguisée ? tions. Si une autorité fait appel à un partenai-
tion des déchets. Toutefois, pour porter ses Le fait que le concept de PPP démarre plus re privé pour n’importe quoi, ce dernier de-
fruits, ce travail sur mesure doit toujours satis- vite en Flandre qu’en Wallonie est également vient souvent la victime, il se voit transférer
faire à certaines exigences. “Il faut une bon- lié, selon lui, à des raisons politiques. “Il exis- presque tous les risques. Ce n’est que si l’au-
ne coordination entre les aspects techni- te moins de tabous en Flandre sur la collabo- torité publique fait les bons choix que le
ques, économiques et juridiques. Le dossier ration avec le secteur privé qu’en Wallonie, secteur privé peut lui
commercial doit être impeccable”, insiste où certains socialistes rejettent cette option aussi sortir gagnant
Eric Gillet. “Un bon projet de PPP pour la parce qu’elle s’apparenterait à une forme dé- des formules de
construction de routes intègre aussi bien la guisée de privatisation. Pourtant, le PPP va PPP.” 
planification que les travaux à proprement progresser dans tout le pays. Il faut oser im-
parler et l’entretien. On évite ainsi que les poser la logique du PPP. En Grande-Breta- Willem De Bock
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I PARTENARIAT PUBLIC-PRIVÉ (PPP)

Le secteur de la construction exige un cadre

Des normes et un code s’imposent


Selon le secteur du bâtiment, il est grand temps de faire un peu le ménage dans le domaine du PPP
belge. Les premières expériences n’ont pas toutes été à la hauteur des espérances. On constate un
manque de cohérence et de vision en la matière. C’est encore l’arbitraire qui prédomine ; la
Confédération Construction propose donc de standardiser autant que possible et d’établir un code
de conduite. Ce n’est qu’en trouvant un équilibre que la confiance se développera entre les parties
et tout le monde en sortira gagnant.

“L
e PPP n’est pas une formule ma- qu’elle démarre le plus tôt possible. Dès le dans le vague. Malheureusement, la mise sur
gique”, clarifie d’emblée Robert début, de nombreuses informations sont pied d’un PPP ressemble trop souvent à une
de Mûelenaere. L’administrateur échangées entre les partenaires. Le partenai- procession d’Echternach. Dès le début, il
délégué de la Confédération Construction re public souhaite combler certains besoins convient de déterminer clairement l’évolu-
s’explique : “Actuellement, il n’existe même sociaux mais il n’a souvent plus les moyens de tion du projet PPP. Il ne faut pas laisser de
pas de cadre juridique spécifique au parte- donner corps aux projets et de les exécuter. discussions en suspens.”
nariat public-privé en Belgi- Le secteur privé, quant à lui, est
que. Et nous en avons sérieu- important pour exécuter les tra- Les autorités ne peuvent pas non plus dé-
sement besoin.” Au sein de vaux, mais aussi pour entretenir tourner la finalité du concept de PPP. “Nous
sa fédération sectorielle, un l’infrastructure par la suite. Dans constatons qu’elles demandent une étude
groupe de travail élabore leurs dépenses, les autorités pu- pour, par exemple, la construction et l’entre-
avec application une proposi- bliques optent souvent pour de tien d’un bassin de natation sous la forme
tion de cadre, mais pour ce nouveaux projets plutôt que pour d’un PPP, tout simplement parce qu’elles
faire, il faut avant tout trouver l’entretien des infrastructures exis- n’ont pas d’idée précise du budget requis”,
une réponse à la question la tantes, avec le risque que la factu- explique Didier Cartage. “Lorsqu’elles reçoi-
plus fondamentale : qu’est-ce re finisse par coûter cher plus vent ces informations des soumissionnaires,
qu’un PPP exactement ? “On tard”, continue Didier Cartage. elles les remercient en leur disant : ‘Désolé,

“La mise sur pied d’un PPP


utilise la définition du décret mais vous êtes trop chers’. Quelques années
flamand sur le PPP : il s’agit plus tard, elles utilisent ces informations 
de projets réalisés ensemble par des parte-
ressemble trop souvent à
naires publics et privés, avec un lien de col-
laboration, dans le but d’apporter une plus-
une procession d’Echter-
value à tous les partenaires. C’est la valeur nach” Robert de Mûelenaere Huit lignes directrices
ajoutée qui fait la différence entre un vérita-
ble projet de PPP et d’autres commandes”, Un apprentissage coûteux La Confédération Construction a publié
explique le responsable de la confédération. Robert de Mûelenaere attire notamment l’at- une brochure afin de clarifier ce qui
tention sur le problème des coûts d’études et était nécessaire, d’après elle, pour
“Les pouvoirs publics qui pensent unique- de préparations souvent élevés des plus gros réussir un PPP.
ment utiliser cet instrument dans le but de dé- projets de PPP. Le président de l’ADEB, 1. Le partenariat ne peut pas être qu’un
budgétiser s’apercevront que cela ne fonc- Etienne De Wulf, peut comprendre comp- mode de financement
tionne pas ainsi”, déclare Didier Cartage, rend que le concept de PPP soit encore chez 2. Le partenariat doit avoir une valeur
directeur général de l’Association des entre- nous dans une phase d’apprentissage. “Mais ajoutée réelle
preneurs belges de grands travaux (ADEB). cet un apprentissage qui coûte cher. Il est 3. La décision du recours au partenariat
“On obtient de la valeur ajoutée lorsque le temps de disposer d'une ligne de conduite doit être motivée
PPP permet de réaliser un projet plus rapi- stricte et de réaliser des études détaillées 4. La réglementation sur les marchés
publics doit s’appliquer en toutes
dement et mieux, au même prix qu’une mé- avant de se lancer.” Robert de Mûelenaere
circonstances
thode conventionnelle, ou lorsqu’un même prend l’exemple extrême du projet des liai-
5. Les parties doivent être de véritables
délai ou une même qualité sont respectés à sons Oosterweel à Anvers. “Les consortiums partenaires
moindre prix.” Le facteur prix continue donc participants ont déboursé des millions d’eu- 6. La saine gestion des coûts doit être
de jouer un rôle important. ros en études. Celui qui a décroché le projet une préoccupation constante
“Il est toutefois essentiel qu’il y ait également a empoché des dizaines de millions d’euros. 7. Le développement des partenariats
une véritable coopération. Et mieux vaut Mais les objectifs du projet restent encore doit faire l’objet d’un encadrement
institutionnel
8. Une approche spécifique de l’initiative
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I PARTENARIAT PUBLIC-PRIVÉ (PPP)

 pour lancer une adjudication traditionnelle ministratives’, même si un cadre légal cons- pas de principe. Nous comprenons très bien
avec un cahier des charges conventionnel. tituerait pour lui une base minimale. “On ne que les autorités publiques aient besoin d’ai-
C’est interdit, mais cela arrive. Le prétendu peut continuer à tout inventer au fur et à de pour financer leurs projets. De plus en
PPP n’a servi qu’à obtenir des prix et des mesure, comme c’est encore le cas”, estime plus d’exemples de projets réussis voient le
idées.” Robert de Mûelenaere. “Les parte- jour, surtout en Flandre. Mais c’est aussi sur
naires des projets de PPP servent les plus gros projets que l’on voit surgir les
Robert de Mûelenaere actuellement de cobayes l’un pour plus gros problèmes. Des projets sont régu-
constate régulièrement l’autre. Les deux partenaires don- lièrement mis en suspens, supprimés. On
des pratiques arbitraires nent l’impression d’inventer un demande actuellement à l’entrepreneur de
au sein des procédures. ensemble de règles alors que le prendre un engagement sur une trentaine
“Parfois, une entreprise a jeu est en cours.” Il souhaite ce- d’années pour l’entretien de la route qu’il a
déjà été approchée pour pendant aller plus loin qu’un cadre construite. Ce sont des risques totalement
réaliser les travaux, avant légal. “Il faut également un code différents de ceux qu’il a dû prendre jusqu’à
même que l’appel d’off- de conduite qui puisse déterminer présent, lorsqu’il devait se contenter de
res officiel pour la partici- ce que les partenaires doivent fai- construire. Les risques d’un PPP doivent être
pation à un PPP n’ait été re, notamment en ma- calculés avec soin et répartis équitablement,
lancé. Dans d’autres cas,
on exige des garanties fi- “ tière de risques, quel
Il est devenu particu- que soit le type de
lièrement difficile de
de façon à ce que tout ne retombe pas sur
les épaules d’un seul partenaire. Nous
nancières exorbitantes, commande. Les direc- devons trouver un bon équilibre.”
ce qui peut également trouver des partenaires tives établies par notre

servir, bien sûr, à exclure financiers Didier Cartage Confédération consti- “La confiance mutuelle est cruciale. Les par-
certains candidats. Il n’est tuent un premier exer- ties doivent discuter de tout le plus tôt pos-
pas rare de voir dans le projet une réparti- cice dans cette direction.” sible”, répète Didier Cartage. Avec la crise
tion déséquilibrée des tâches et des ris- financière actuelle, il constate que le manque
ques. Pour les projets belges de PPP, la pro- Premières réussites de confiance entre les banques joue aussi en
priété intellectuelle des propositions non Malgré tous ces obstacles, le secteur du la défaveur des projets. “Pour des projets
retenues n’est pas réglementée par la loi. La bâtiment est séduit par les PPP et notre pays d’une certaine envergure, on est vite amené
partie qui remporte le projet auprès des voit surgir ses premiers grands projets réus- à réunir un consortium de banques, mais la
pouvoirs publics peut reprendre les idées sis. “Le tunnel de Liefkenshoek a bien dé- méfiance mutuelle a fait augmenter les taux
des autres propositions”, explique le res- marré pour Infrabel et un autre projet ferro- de crédits interbancaires. Il est devenu parti-
ponsable de la Confédération Construction. viaire intitulé Diabolo, qui doit aménager culièrement difficile de trouver des partenai-
“Il est nécessaire d’avoir un socle de règles une nouvelle ligne reliant Zaventem à An- res financiers.” 
pour prévenir toute tendance à l’arbitraire.” vers, évolue sans encombre”, décrit de WDB
Mûelenaere. “Notre réticence n’est donc
Une certaine standardisation remédierait à
de nombreux problèmes. “Tout le monde
gagnerait à avoir une standardisation, à
l’exception peut-être des avocats qui rédi-
gent actuellement, pour les bureaux d’étu-
des, de gros contrats que les entrepreneurs La Wallonie veut s’inspirer de
font ensuite relire par leurs avocats et que
les banques elles aussi étudient. Il faudrait
la Flandre
pouvoir s'appuyer sur des modèles pour
Lorsqu’on lui demande une liste de pro- accordé une hypothèque sur un bien
chaque type de commande”, estime Didier jets de PPP réalisés en Belgique, la Con- immobilier ou une infrastructure de la pre-
Cartage. “Il y a beaucoup de choses à stan- fédération Construction nationale ne peut mière. Dans ce domaine, la Wallonie dis-
dardiser : les règles de sélection, la procé- citer qu’une série de projets en Flandre. pose actuellement d’un espace juridique
dure de passation, la réglementation en Selon une note de la Confédération bien moindre.
matière de garantie et même une carte des Construction Wallonne (CCW) datant déjà
risques. Cela n’empêche en rien chaque de 2006, la région est en retard sur la La CCW a incité les autorités wallonnes à
projet d’avoir ses caractéristiques Flandre dans le domaine des initiatives observer de plus près les initiatives fla-
visant à mettre en place une culture pro- mandes et à les transplanter, dans la me-
spécifiques.”
pice aux PPP. Ainsi, dès 2003, un décret sure du possible, dans leur région. “De-
flamand établissait non seulement une puis, beaucoup de choses ont changé. La
C’est toutefois au sec- définition du PPP mais aussi un cadre lé- Région wallonne a voté un décret pour la
teur du bâtiment de gal pour l’assouplissement de certaines rénovation d’écoles, à hauteur d’environ
faire plus que règles publiques. Le décret a mené ensui- 1 milliard d’euros, projet pour lequel des
quelques pro- te à la création du Centre flamand de PPP peuvent être mis sur pied”, annonce
cédures ‘ad- connaissances PPP. L’assouplissement or- Robert de Mûelenaere. Mais le retard
ganise notamment les relations entre une vis-à-vis du Nord du pays semble n’être
instance publique et les banques qui ont pas encore totalement comblé.
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I PARTENARIAT PUBLIC-PRIVÉ (PPP)

Le PPP peut amener des gains d'efficacité et de rentabilité

L’exemple britannique
traverse la Manche
En l’absence d’expérience suffisante, le phénomène du PPP semble encore essuyer les plâtres dans
notre pays. Sous l'impulsion des municipalités, les pouvoirs publics britanniques ont engrangé pas mal
de connaissances en matière de PPP. Ce savoir-faire traverse lentement la Manche. Le bureau d'avocats
DLA Piper constate une marge de progression énorme.

L
e savoir-faire britannique en termes de vérer important pour le niveau de dette pu- lièrement complexes. Ils sont aussi très astrei-
partenariat public-privé est particulière- blique. À court terme, on peut aussi générer gnants. Le préfinancement est mis en place
ment important. C’est pourquoi le cabi- davantage de projets.” comme une sorte de financement de projet,
net d’avocats britannique DLA Piper et sa filia- avec les banquiers et les investisseurs. Il faut
le belge sont aujourd’hui devenus des spécia- Avantages opérationnels pour cela une très bonne documentation. Ce-
listes dans ce domaine. “Le PPP est né en Gran- Toutefois, dans une deuxième phase, on a éga- la exige à nouveau d’investir dans des consul-
de-Bretagne sous le gouvernement de Mar- lement découvert des avantages opération- tants sérieux. C’est pourquoi le PPP convient
garet Thatcher. Ce sont nels au PPP. “Prenez l’ex- souvent moins aux plus petits projets. On esti-
surtout les autorités lo- emple connu me généralement qu’il n’est adapté qu’à par-
cales qui se sont impli- des auto- tir d’un projet de 50 millions d’euros. Ce seuil
quées activement”, ex- routes fran- pourra être abaissé dès lors que l’approche
plique Barteld Schu- çaises. Le par- comporte une plus grande standardisation.”
tyser, avocat chez tenaire privé a fait
DLA Piper. “Elles ne en sorte qu’elles Le PPP véhicule actuellement l’idée d’obsta-
voulaient plus con- soient continuelle- cles nombreux, de ralentissements et de ratés,
sidérer le secteur ment en très bon état, mais Barteld Schutyser s’empresse de nuancer
privé comme une de manière à devoir ce constat. “La réalisation du projet Diabolo
sorte d’adversaire, réaliser moins de tra- sur l’E19 évolue à une allure impressionnante,
mais elles souhai- vaux d’entretien lourds quiconque passe régulièrement de ce côté
taient une collabo- par la suite. Voilà l’am- peut s’en rendre compte. Infrabel a égale-
ration mutuellement bition finale du PPP. ment réussi à traduire la construction du tun-
bénéfique. En se dé- Les autoroutes françaises font Le secteur privé est nel ferroviaire du Liefkenshoek en un projet de
figure d’exemple en matière de PPP
chargeant de la cons- davantage au cou- PPP. Mais ce qui bloque encore, c’est l’obliga-
truction et de la maintenance, elles ont pu rant des évolutions techniques”, poursuit tion de neutralité du Système européen de


transférer
Dèsvoor
les risques vers le partenaire
Zelfs met beperktere middelen is het
que leeen
produit de la collaboration
privé.
est dis-
Schutyser.
dement et
Cela
de
s’avère utile
l’efficacité.
sur le plan du ren- comptes. Il s’agit d’exigences européennes
très strictes en matière


bedrijf belangrijk om zijn imago
ponible, les pouvoirs publics paient pour son
op de markt te blijven vorm geven” Le PPP n’est adapté de répartition des ris-
utilisation.” DLA Piper met cepen-
dant en garde contre un
qu’à partir d’un projet ques, qui ne sont mê-
me pas toujours con-
Avec ce mécanisme, les budgets ne sont alour- piège. “Il faut avoir une de 50 millions formes au marché. Le
dis que progressivement, ce qui constitue un vision d’ensemble de la ”
d’euros Barteld Schutyser risque coûte alors plus
avantage que les pouvoirs publics en Belgi- structure des coûts, y cher aux partenaires
que, et surtout en Flandre, sont de plus en compris des coûts d’entretien. Étant donné privés. Étant donné que les autorités aspirent
plus souvent disposés à adopter. “Le PPP a que ces derniers doivent être comptabilisés à une neutralité budgétaire, elles rejettent les
effectivement démarré ici des suites de cette dès le début, une solution PPP semble parfois risques vers le partenaire privé, mais si celui-ci
logique budgétaire”, reconnaît Barteld Schu- plus coûteuse ; mais dans le cas d’un projet n’est pas à la hauteur, cela crée des problè-
tyser. “En répartissant le coût d’investisse- conventionnel, de nombreux coûts cachés mes avec les bailleurs de fonds. C’est sur-
ment sur l’ensemble de la durée du contrat, finissent par alourdir encore davantage la fac- tout le cas en Belgique où tout cela n’est
on arrive uniquement à 1/25e ou à 1/30e du ture”, affirme Barteld Schutyser. “L’inconvé- pas encore bien réglementé.” Il faut bien
total sur chaque budget annuel. Cela peut s’a- nient est que les projets de PPP sont particu- sûr ajouter à cela le fait que, chez nous, les

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PARTENARIAT PUBLIC-PRIVÉ (PPP) I

entrepreneurs disposent encore de peu d’ex- utile en temps de crise ? “Oui, si les banques Les pouvoirs publics devraient également
périence en matière de PPP et qu’ils se cas- recouvrent leur santé et si on a affaire à des régler le problème des frais de participation.
sent la tête, par exemple, avec le calcul des contrats réalistes. Il serait également utile Les indemnisations pour les frais de consul-
coûts de maintenance sur les 30 années à ve- que la législation belge réglemente un peu, tance ou d’études lors de la soumission de la
nir. “Mais pour cela, on peut utiliser des clau- notamment en matière de procédure de proposition pour la passation sont actuelle-
ses de révision des prix”, suggère Schutyser. passation. Elle reste l’une des rares législa- ment beaucoup trop faibles. Celui qui ne rem-
tions européennes à être en retard dans ce porte pas la commande doit débourser une
L’impact de la crise financière est déjà bien domaine. Aujourd’hui, tout le monde s’en fortune. Cela pourrait expliquer pourquoi il n’y
perceptible. “Cette nouvelle donnée vient sort avec des expédients. Les pouvoirs pu- a pas ou peu de réactions à certains appels
compliquer le problème, car les banques sont blics doivent également instaurer un dialo- d’offres de PPP, alors qu’il y a beaucoup de
dans leurs petits souliers, or c’est souvent gue compétitif pour les projets de PPP, de candidats pour d’autres projets. “On devrait
elles qui avancent les gros montants pour le manière à ce que les partenaires se consul- également limiter le nombre de participants”,
préfinancement. D’ailleurs, dans les consor- tent pour créer un cadre à chaque projet. suggère encore Barteld Schutyser. Cela aug-
tiums bancaires pour les plus gros projets de Actuellement, les pouvoirs publics décident menterait les chances d’emporter le projet et
PPP réalisés dans notre pays, il n’y a pas que encore trop de choses à l’avance, ce qui lais- réduirait les coûts de préparation. 
des banques belges.” Le PPP n’offre-t-il pas se moins de place aux adaptations et entraî-
justement une alternative d’investissement ne des coûts inutiles.” Willem De Bock

Le témoignage de Vooruitzicht à Anvers


“Nous avons dépassé le stade expérimental”
nous allons bâtir et de la fourchette de prix. Ceci permet de
V ooruitzicht (perspective) est le nom prometteur de l’organi-
sation anversoise qui participe au développement urbain
par le biais de ses propres projets. La société anversoise fonc-
construire de manière très rationnelle, ce qui réduit déjà les
prix.”
tionne également comme entrepreneur à part entière. Elle
dispose déjà d’une certaine expérience en matière de PPP, Selon Geert Haentjens, l’essentiel consiste à suivre des règles et
même s’il ne s’agit parfois que d’une partie d’un plus grand des accords clairs pour chaque projet de PPP. "Pour cela, il faut
une grande franchise. Le caractère public est, de toute façon,

“ Si les pouvoirs publics veulent


réaliser quelque chose d’une
déjà imposé par les marchés publics. Ensuite, il est bon de
veiller à une certaine standardisation, par le biais du Centre de
connaissances PPP en Flandre. Nous avons dépassé la phase
certaine envergure, il n’y a pas expérimentale pour la mise en œuvre des PPP. Maintenant, la
vraiment d’autre choix” culture du PPP doit continuer à se développer.”
Geert Haentjens
Il est frappant de constater que, lors de la passation, Vooruit-
projet. À Anvers, elle réalise actuellement deux projets de gran- zicht l’emporte souvent sur de grands consortiums de construc-
de échelle, à savoir Regatta sur la rive gauche de l’Escaut, un tion. L’organisme est en effet un véritable urbaniste qui sait par-
nouveau quartier urbain composé d'habitations, d'apparte- faitement organiser la création, la construction, le financement
ments et de bureaux, ainsi qu'un projet de 500 nouveaux loge- et l’entretien de ses projets. “Mais pour chaque projet, nous
ments à Deurne. Elle a récemment achevé le réaménagement aimons nous adjoindre les services de spécialistes qui peuvent
du quartier de De Veldekens à Berchem. En ce moment, l’orga- estimer un engagement pour un entretien sur 30 ans par exem-
nisation transforme également l’ancien siège principal d’Alcatel ple ou qui s’y connaissent dans certains développements spéci-
en un nouveau centre administratif pour les services de la ville. fiques comme les logements pour étudiants.”
“Ces projets comportent tous un élément PPP”, déclare Geert
Haentjens, coordinateur chargé du développement de projets Pour Geert Haentjens, le PPP est déjà devenu incontournable.
chez Vooruitzicht. “Si les pouvoirs publics veulent réaliser quelque chose d’une
certaine envergure, mais ne veulent investir qu’un petit budget,
“Le PPP est devenu un acronyme concept regroupant toutes les il n’y a pas vraiment d’autre choix. Il est vrai que le PPP ne se
formes de synergie entre des investissements publics et privés. déroule pas toujours à la perfection, mais il vient tout juste de
Pour ce faire, les objectifs des deux parties doivent concorder sortir de sa phase de démarrage. Nous devons laisser tout cela
parfaitement. Dans notre cas, nous avons souvent affaire aux derrière nous maintenant. Des modèles commencent à apparaî-
autorités communales qui souhaitent créer une offre de loge- tre. Mais un PPP devra toujours avoir une certaine envergure.
ments à un prix aussi bas que possible, mais elles considèrent De ce fait, il restera complexe et thématique. Il doit créer une
que ce travail ne fait pas partie des missions de leurs services. situation de gagnant-gagnant pour les deux parties”
Nous convenons avec les autorités des types de logements que WDB

MARS 2009

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