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DOCTEUR, J’AI DELIRE A L’ULB

par Aziz Lahlou.


PREMIERE PARTIE

CHAPITRE 1

QUE SE PASSE- T- Il ? C’est LA FIN DU MONDE? “ se demande Aziz


abasourdi par ce qu’il voit. Il n’en revient pas : Le Boulevard Stalingrad
en flammes, le feu sort du bitume gelé et brûle tout sur son passage. Ce
soir-là Aziz devient fou.
Cela se passe en 198…, au début de l’année, quelque temps après son
anniversaire. Il vient d’être majeur. Il se sent enfin libre, libre de sa
famille, de son entourage, majeur et responsable. Mais il ne sait pas ce
qui allait lui arriver.
Quelques temps auparavant, il rencontre Mohamed, un ami d’enfance et
un condisciple dans les études, son ami et compagnon de route et de ce qui
les attend. Aziz, à ce moment-là, travaille dans un restaurant comme
commis de cuisine . Il est mal payé et travaille plus de 14 heures par jour .
Il travaille pour se trouver quelque part, aussi pour se nourrir.
Cela fait quatre ans que ses parents ont divorcé. En plus de leur
séparation, ils ont abandonné leurs enfants.
Aziz demande à son ami qui est universitaire de l’aider à reprendre les
études qu’il n’a pas pu terminer. Il croit être sauvé, et pouvoir ainsi
décrocher un diplôme et trouver un emploi.
Son compagnon accepte de l’aider. Alors ils squattent le premier étage de
l’établissement de la mère d’Aziz.
Au rez-de-chaussée se trouve un débit de boisson que celle-ci exploite et
tout le reste du bâtiment est inhabité.
Le café est fréquenté par de pirates, de malfrats, de bandits, mais aussi
de dealers sans scrupule aucun . Il y eut même plusieurs overdoses,
puisque l’on vend également des drogues dures telles l’héroïne, cocaïne et
toutes sortes de médicaments et produits dangereux .
Aux deux aventuriers s’ajoute un ami intime Fekri qui dépanne et aide
Aziz depuis plus de quatre ans où il est livré à lui-même.
Tous trois prennent place dans une petite chambre et commencent à y
séjourner . Mohamed apporte deux ou trois sacs remplis de livres de toute
sorte. Avec le peu d’argent Aziz achète les provisions . L’hiver est près
de la porte et ils ne sont pas préparés à cet hiver exceptionnel
caractérisé par un froid rude ; la température chute jusque moins quinze
ou moins vingt .
Le début des études commence bien. Mohamed donne des cours
accélérés, surtout de philosophie, de religion, de français. Il donne goût
et délectation de la lecture. Le premier livre est “Candide ou l’optimisme”
de Voltaire . A la première lecture Aziz n’a rien compris du bouquin parce
qu’il ne comprend pas la majeure partie des mots de vocabulaire.
Il demande à son professeur comment il peut comprendre. Celui-ci lui dit
qu’il faut consulter le dictionnaire. Et ainsi Aziz apprend à savoir.
Il lit plusieurs livres, dont un qu’il apprécie particulièrement, jusqu’à en
faire son livre de chevet. C’est “Les nourritures terrestres” de Gide.
Ce livre lui a tellement pris les tripes qu’il s’identifie à l’auteur: Aziz dans
le froid et qui a vraiment faim et Gide qui parle de divers jardins aux
fruits les plus exquis.
Puis cet appel… “SORS…” qui le marque à vie et retentit encore dans ses
oreilles.*
D’autres livres métaphysiques les poussent à des réflexions supra
naturelles .
Des questions fusent: “Qui sommes-nous? “
“D’ou venons-nous” “La vie? La mort?” “DIEU ?”
Aziz découvre et reconnaît L’EXISTENCE DE DIEU, LE MAITRE
ABSOLU.*

.:.

Aziz refuse de quitter le squat. Sa mère le menace parce que celui-ci lui
désobéit et refuse de se soumettre à ses exigences . Elle ne voulait pas
que l’un de ses enfants se rebelle ou refuse d’exécuter un ordre. Alors
elle met ses menaces à exécution.
Un après midi en revenant de l’université - où Aziz et Mohamed
participent aux cours pour qu’ils puissent comprendre le langage
universitaire et en même temps acquérir une érudition - Aziz est comme
sonné, comme si un boxeur poids lourd lui avait envoyé un coup de poing en
plein visage. Il est abasourdi devant cette désolation.
En entrant dans la petite chambre du premier étage, il voit que le matelas
est éventré, la fenêtre et la porte défenestrées, le peu de meuble cassé,
les livres déchirés, les immondices jetées partout.
Aziz, dans le chaos, n’en revient pas; “pourquoi a-t-elle fait ça?” ,
“pourquoi a-t-elle fait ça?” répète-t-il machinalement, “mais pourquoi?”.
Il entre jusqu’au milieu de la pièce et s’effondre à moitié inconscient. Il
est devenu un mort vivant, il ne comprend plus rien, il n’entend plus rien. Il
répète sans cesse: “pourquoi, pourquoi?”.
Lorsque ses compagnons de chambre entrent, ils sont aussi secoués par
cette désolation et ce spectacle atroce. Surtout pour leur ami qui est
comme un pantin inanimé. Fekri dit à Mohamed: “Quelle salope, elle veut
absolument du mal à son fils, quelle salope!!!”.
Mohamed répond :”Oui, elle démolit son fils sans aucun scrupule, c’est un
vrai danger”.
Depuis ce jour Aziz n’est plus, il est devenu une épave et se répète dans
sa tête: ”Pourquoi? pourquoi a-t-elle fait ça?”.
Cette question l’obsède à tel point qu’il ne dort plus. Il commence à avoir
de plus en plus peur que sa mère revienne à nouveau tout casser. Cela
tourne au cauchemar et au drame.
Ses amis s’occupent de lui comme ils peuvent. Au début ils le font
descendre au café pour boire quelque chose de chaud et manger.
Sa mère devient de plus en plus réticente à leur présence dans le café.
Parfois elle les refuse et les oblige à rester en haut sans manger ni boire.
Alors ils s’adonnent à des exercices de para commando après la
fermeture de l’établissement.
Tout d’abord, ils passent par une fenêtre, ensuite escaladent un mur,
rampent à terre à plat ventre et passent par un petit espace, pour
atterrir dans une cour et ainsi par ce moyen ils ont à manger. Au début
Aziz participe mais par la suite il y renonce.
Sa mère leur coupe parfois l’électricité ou ferme la cuisine ou bien laisse
de la nourriture avariée voire empoisonnée, pour les chasser de leur squat.
Aziz et ses compagnons résistent aux menaces et font face avec le peu
qu’ils ont. Aziz se dit :”Jamais je ne retournerai chez elle, je préfère
mourir que de céder à ses menaces “.
Ils restent dans cette pièce exiguë quelque temps.
L’hiver est près de la porte et ils ne sont pas du tout préparés à sa
rudesse. Cette année, il y a eu plusieurs morts dues au froid et au gel.
Les trois malheureux sont mal lotis et font face avec beaucoup de
difficultés et de souffrances et n’en sortiront pas indemnes, au contraire
ils en garderont des stigmates à vie.
La petite chambre devient de plus en plus sale voire même totalement
insalubre: les mégots de cigarettes, des déchets de toutes sortes
jonchent un peu partout et le froid devient mordant. Les aventuriers ont
de plus en plus froid et de plus en plus faim.
Le jour de l’anniversaire d’Aziz, ses amis sont partis assister à un concert.
Ce soir là il est seul, les larmes coulent de ses yeux, il est triste et se dit
“ce soir c’est mon anniversaire et je suis seul “. “Je suis majeur
maintenant, Dieu pardonne-moi mes péchés, je suis triste…”
Il pleure beaucoup et s’endort avec le coeur rempli d’amertume et de
tristesse jusqu’à l’arrivée de ses amis.
CHAPITRE 2

La chambre devient infecte et maladive. Aziz, qui est tout le temps dans
les vapes, a une rage de dents faramineuse et n’en peut plus tellement il a
mal. Il résiste mais c’est trop, le mal est à son summum, il n’en peut plus.
Tout d’abord il va aux urgences. Là, on lui donne des calmants pour
quelques jours mais le mal est tellement fort qu’il ne supporte plus la
douleur.
Alors il veut retourner chez les “siens” pour qu’on lui donne quelque chose
pour calmer la douleur, mais son ami Mohamed lui déconseille d’y retourner
parce que cela pourrait être mauvais pour lui, voire fatal.
La rage de dents tourne au drame, alors il part. Arrivé chez “lui”, il voit
que “sa famille” est au chaud et bien portante. La chaleur le suffoque,
l’atmosphère est malsaine. Toute sa famille se moque de lui, le traite de
clochard, de va-nu-pieds, il se sent vraiment mal reçu par ses proches.
Il n’en peut plus et ne peut supporter cette humiliation, il décide de
retourner chez ceux qui l’aiment. Il se dit maintenant “ma vraie famille ce
sont mes amis”. Il souffre longtemps de maux de dents, l’abcès est
infecté à tel point qu’il se perce de l’extérieur.
Quelque temps plus tard, c’est son père qui vient le voir, il lui jette un
vieux manteau avec un sourire malicieux et perfide.
Aziz croit que son père est venu le chercher, il croit que celui-ci lui a
pardonné, que c’est fini, que maintenant il peut retourner à la maison
paternelle.
Alors Aziz y retourne mais arrivé chez son paternel, il est traumatisé par
l’accueil qu’il lui a réservé.
Quand il entre, on le reçoit comme un étranger. Aziz comprend qu’il est
mal venu dans cette maison.
Son père se met à trembler comme s’il avait très froid, il se met tout près
du chauffage pour se moquer de son fils en imitant Aziz qui tremble
réellement.
Même sa belle-mère lui dit: ”pourquoi trembles-tu de la sorte devant ton
fils? Ne vois-tu pas que c’est lui qui a vraiment froid et faim?”.
A ces mots Aziz comprend qu’il doit retourner d’où il vient et qu’il est un
orphelin de père, de mère et aussi de frères et soeurs malgré qu’ils sont
encore vivants.
Alors il s’en retourne chez ceux qui ont de l’amour et de l’affection pour
lui; ses amis à la vie, à la mort.
Un chat et son chaton s’installent en leur compagnie. Le chaton se met
souvent sur la tête d’Aziz comme s’il y avait une prémonition à cet acte.
Le froid, la saleté et le fait qu’Aziz soit mortifié par ce qui lui arrive
poussent Mohamed à explorer la maison.
Un soir il dit à son ami :”Aziz, si on montait au grenier, là il y a deux
pièces. L’une pourrait être un lieu de prière et l’autre un lieu de séjour.
Qu’en penses-tu?”
Il accepte et visite les lieux. Ils font de la petite mansarde un lieu de
prière et de la grande, un lieu de survie.
Aziz se dit que le lieu de prière serait l’endroit de dernier recours et qu’il
devrait rester propre.
La survie devient de plus en plus insupportable. Les compagnons
d’infortune ont de plus en plus froid et faim. Mohamed et Fekri apportent
de temps en temps de la nourriture à leur ami affamé qui ne sort presque
jamais du squat et qui est souvent hagard, loin dans ses pensées.
Dans la grande mansarde se trouve un chauffage à gaz; Aziz se dit: ”Si
j’allais chez le commerçant qui connaît mes parents, il pourrait me faire
un crédit en me donnant une bonbonne de gaz?”
Aziz part donc demander la bonbonne au commerçant. Celui-ci lui refuse
catégoriquement cette aide et le renvoie déçu.
En revenant sur son chemin enneigé et givré, il pleure beaucoup.
Il est déçu, très affligé et meurtri par ce refus qui pouvait être fatal
voire mortel pour ces rescapés de la dernière heure.
Et Aziz implore l’aide de Dieu.
Avec ce choc, Aziz sombre de plus en plus dans l’imaginaire. Il commence
à entendre les murs qui invoquent Dieu de protéger les infortunés de tous
ceux qui leur veulent du mal. Il entend de moins en moins les discussions et
les interprète autrement.
Des événements assez singuliers se produisent.
Il voit de drôles de personnages les fréquenter. Ceux-ci les visitent
souvent. Aziz prend l’un pour un mauvais génie et l’autre pour un bon.
Le mauvais apporte du haschisch pour qu’ils en consomment et ainsi
entrent en communication avec eux. Mais Aziz le démasque, celui-ci s’en
aperçoit et lui demande de ne pas le dévoiler à ses amis.
Il a une manière particulière de communiquer que seul Aziz comprend. Il
hurle que son temps est venu et que c’est la fin du monde.
Mohamed, un soir, se déshabille, enlace son ami qui allait mourir de froid
et partage avec lui son énergie.
Il lui dit:” Je vais te donner un peu de mon électricité somatique, mais ne
le dis à personne!”.
Aziz ne comprend plus rien, tout est autre, sa carcasse est là mais plus
lui.
Un soir sa mère monte en catimini pour vérifier s’ils sont morts ou vivants.
Aziz l’aperçoit mais il ne sait plus parler, elle lui fait un sourire plein de
malice et de haine et redescend comme elle est venue.
De chaudes larmes lui coulent sur les joues glacées à cause de cette
femme qui ne lui veut que du mal.

Un soir, en sortant du squat pour aller boire un verre de


thé et se chauffer un peu, Aziz passe près de l’avenue de Stalingrad et
voit le feu sortir du bitume gelé et tout brûler sur son passage. Il entend
scander: “C’EST LA FIN DU MONDE!,LE JOUR DU JUGEMENT EST
VENU,C’EST LA FIN DU MONDE!”
Aziz prend peur et n’ose pas en parler à ses amis . En arrivant au café, il
se rend compte que le grand écran, qui d’habitude est éteint, est en veille.
En entrant, Aziz aperçoit un ange qui joue au flipper. Celui-ci lui ordonne
de s’asseoir auprès de son ami Mohamed face à l’écran. A ce moment, il
entend une voix venant du néant scandant LE JUGEMENT DERNIER...
Aziz et son ami sont des témoins privilégiés de cette nuit
particulière où tout le monde allait mourir durant le jugement et
ressusciter par la suite. Aux yeux d’Aziz, son ami Mohamed se
métamorphose en soldat de Dieu qui a pour mission de le protéger. Son
grade est sergent de l’armée DIVINE. Aziz, lui, est le témoin de son
temps et du jugement dernier.
Après ce témoignage, Aziz court jusqu’au squat, se jette et se prosterne
longtemps tout en pleurant et en invoquant le pardon pour ses pêchés. Il a
peur que Dieu le punisse…
Ce soir-là, Aziz demande à son ami de changer de lieu et d’aller à la
petite pièce pour peut être y mourir.

CHAPITRE 3

Le lendemain, le bon génie vient offrir un voyage à la côte, plus


précisément à Blankenberg, une côte de la mer du Nord de la Belgique.
Mohamed accepte et ils partent ensemble sans oublier Aziz qui vit
maintenant dans un autre monde surnaturel où tout est mystifié.
Dans le train, Aziz entend des voix qui lui donnent des ordres auxquels il
doit obéir. Il prend place loin de ses amis et les observe comme s’il les
voyait pour la première fois.
A travers les vitres du train, Aziz revoit son ami Mohamed comme il l’a
connu la première fois; un enfant de sept ou huit ans.
Aziz l’entend parler par télépathie. Il lui dit que ce n’est pas un voyage
ordinaire, mais sacré.
Tout le long du chemin, les cloches des églises sonnent. Ces sonneries
prennent une grande importance dans l’esprit d’Aziz, comme s’il était
attendu et que les carillons des églises sonnaient pour annoncer… sa venue.
Arrivé à Blankenberg, ils sont conduits par le génie à une maison. A ce
moment-là, Mohamed s’exprime d’un langage que seul les anges et les
oiseaux comprennent, c’est ainsi qu’Aziz l’interprète ou l’entend.
Une femme sort et leur sourit comme si elle les attendait depuis
longtemps, elle est enchantée de les recevoir. Elle leur loue une chambre à
trois lits.
En entrant dans la pièce, Aziz a l’impression que ce lieu les attend et que
quelque chose d’assez particulier va se manifester.
Plusieurs images d’enfants qui décorent les murs l’interpelle. Les lits sont
drapés d’un couvre-lit à motifs de jeux de cartes. Aziz veut le lit de coeur
mais Mohamed lui dit de prendre place sur le lit de carreaux.
A un certain moment, Aziz, assoiffé, veut boire. Il ouvre le robinet et là,
stupéfait, il entend une voix venant de l’eau qui dit: “ Sur ta main droite se
trouve ALLAH et sur ta main gauche Jésus, fils de Marie”.
Il ne comprend pas ce qui lui arrive, il s’effarouche par cet étrange
message.
Il essaie d’en parler à ses amis, mais il n’y arrive pas et reste comme figé
devant le robinet.
Tout d’un coup, une force surhumaine le propulse contre le mur et le
presse, tout comme si elle voulait le pétrifier et le remodeler.
Après un petit moment de repos, ils sortent boire un café. Arrivé au
bistro, Mohamed qui est maintenant soldat de Dieu, dit par télépathie à
Aziz qu’il peut faire des expériences de sa nouvelle force mentale. Aziz
fait un essai: il voit une personne sortir d’une porte. Mohamed lui dit par
transmission mentale que s’il voulait la revoir ressortir à nouveau, il fallait
juste y penser fortement.
Aziz se concentre et surprise ! la porte s’ouvre à nouveau et la même
personne ressort également. Aziz est stupéfait par ce qu’il vient de vivre,
c’était incroyable.
Il sort et court dans la rue où tout l’interpelle; il est là où on l’attend, il
est sûr du lieu où il doit être.
Cette nuit-là ,il ne dort pas et à l’aube, les carillons se remettent à
sonner. Mais cette fois-ci les sonneries sont toute proches. Il ouvre la
fenêtre et voit que l’église d’où vient le vacarme est juste en face. A
nouveau il est interpellé, sort voir l’édifice. Il scrute la façade. Tout d’un
coup, il aperçoit un “A” majuscule entouré d’un cercle.
Devant la lettre en majuscule il sait avec certitude que c’est là qu’il doit
être.
Il fait le tour de l’église et veut y entrer mais une force invisible lui
interdit l’accès. Il fait plusieurs tours de l’église mais impossible d’y
entrer.
Les arbres qui jonchent les allées du parvis l’interpellent, il s’approche
d’eux et… Tout à coup, ILS se mettent à glorifier DIEU et disent en
psaumes et en unisson: “IL N’Y A DE DIEU QUE DIEU ET MOHAMED
EST SON PROPHETE”.
Sur son chemin, il croise deux vieilles femmes avec des chiens. Celles-ci
l’interpellent. Les deux femmes parlent français.
Les vieilles femmes, les chiens, le français, tout cela sont des signes
évidents de sa venue à la mer.
Après le petit déjeuner, les trois mystérieux personnages s’en vont sur les
dunes. Là, deux génies se présentent à eux. Aziz voit en eux des diablotins
qui veulent discuter de quelque chose d’assez particulier.
Il les laisse et observe la mer. Là se trouvent un couple avec un chien.
Aziz commence à observer le chien. A chaque fois qu’il siffle, le chien
court et lorsqu’il s’arrête de siffler, le chien s’arrête aussi.
Aziz fait plusieurs tentatives et à chaque fois, c’est la même chose, le
chien s’arrête net.
Il veut en parler au soldat de Dieu; celui-ci, préoccupé par les diablotins,
ne lui répond pas, même pas par télépathie.
Aziz observe et scrute l’horizon, quelque chose commence à apparaître au
loin, cela devient de plus en plus évident: une grande table nappée d’un
drap blanc immaculé, ensuite de la nourriture à profusion et de
nombreuses sortes de boissons.
Puis une lumière surgit du fond de la mer. Tout à coup, une personne sort.
Aziz le reconnaît et dit: “ C’est Jésus fils de Marie! C’est lui! Il m’invite à
la table servie ! C’EST JESUS FILS DE MARIE QUI M’INVITE A SA
TABLE!” crie - t - il très fort. Ensuite, il se met à courir et à faire des
bonds sur le sable.
Il se demande comment il pourrait le rejoindre, là loin dans la mer. Il se
dit que Jésus a marché sur l’eau, il le pourrait donc aussi. Il commence à
pénétrer dans l’eau…
Aziz rentre jusqu’aux genoux, ses compagnons s’en aperçoivent, le
rattrapent et le font sortir de force.
Ce jour-là, Aziz allait peut-être mourir noyé ou peut-être pas…

.: .

Ce qui se passe ensuite est assez singulier: le soldat de Dieu et le génie se


cachent d’Aziz mais celui-ci les retrouve à chaque fois. Ils sont
désappointés et effarouchés par la façon dont Aziz les retrouve.
Aziz les débusque grâce à son nouveau pouvoir qu’est la télépathie. Chaque
fois qu’ils se cachent, Aziz appelle le soldat de Dieu qui lui répond. Alors il
se dirige là d’où viennent les ondes et ainsi il les retrouve.
Le retour n’est pas facile. Les deux compères se séparent d’Aziz: à chaque
fois qu’il veut s’asseoir près d’eux, ils changent de place. Il ne sait pas
pourquoi ils réagissent de la sorte et cela restera une énigme très
longtemps.
Aziz a très froid, s’enrhume mais comme il n’a pas d’habits de rechange,
ses vêtements trempés gèlent sur lui.
Arrivé à Bruxelles, Aziz demande à son compagnon: “quand allons-nous
retourner à la mer?”
Le soldat lui répond: “Si tu ne retournes pas à la mer, la mer viendra à
toi…”
Ces quelques mots laissent Aziz fort pensif. Il repasse par images
successives tout ce qu’il s’est passé durant ce voyage
fort mystérieux, mystique et plein de points d’interrogation.
Aziz demande au soldat ce qu’il doit faire. Celui-ci lui dit d’aller à la
mosquée et de dire ce qui se passe.
Il y va et demande à voir l’imam parce qu’il a une révélation à lui faire. Il
est reçu par un groupe qui le regarde avec un air dégoûté parce qu’Aziz
est sale et puant. Il leur explique ce qui lui arrive, mais l’imam n’écoute pas
ses propos et le laisse sans réponse.
Il ne lui donne ni à manger ni à se laver et on le refoule de la mosquée
comme un vaurien.
Aziz ne cherche pas une aide mais une compréhension et l’explication de
ce qui lui arrive, il est dépassé par tous ces événements qui se succèdent
les uns après les autres. Il ne sait où donner de la tête…
Le soir, dans la petite pièce, Aziz pleure beaucoup et son ami lui dit de
lire le Coran. Il ouvre le Livre mais ne peut lire un mot voire une lettre et
pleure énormément. Son ami allume la radio, les psaumes du Coran sont
émis par les ondes, Aziz croit que c’est pour lui et que c’est un ange qui lit
pour lui et pour lui seul. Il pleure jusqu’au sommeil et dort l’esprit troublé.
CHAPITRE 4

Des coups de becs de mouettes sur la lucarne de la mansarde réveillent


Aziz. Soudain une voie venue du ciel lui dit “ REGARDE TA MAIN !”.
Aziz, surpris, regarde ses mains… et encore plus surpris, constate que sa
main droite est dans le Coran. Il la retire avec crainte.
La voix lui dit à nouveau “ REGARDE TA MAIN !”.
Il regarde sa main gauche puisqu’il est gaucher mais la voix insiste. Alors
il scrute la main droite; et là, stupéfait il voit quelque chose écrit sur la
main. Il scrute d’avantage et… là, écrit en encre Coranique: ALLAH. Il n’en
revient pas! SUR SA MAIN LE NOM DE DIEU!
Il n’en croit pas ses yeux. Il réveille son ami mystérieux
et lui dit “REGARDE LE NOM D’ALLAH SUR MA MAIN!”. Mais le soldat
lui dit qu’il ne sait pas lire l’arabe.

Aziz n’en revient pas, il scrute et frotte sa main droite croyant que c’est
une tache; mais la tache ne part pas et le nom d’Allah est bel et bien
inscrit.

Le soir, Fekri - qui entre temps était retourné chez lui mais qui revenait
tous les jours s’enquérir des nouvelles de ses amis - est assailli par Aziz
qui l’oblige à regarder sa main en lui disant:” Regarde j’ai le nom d’ALLAH
écrit ici! REGARDE!”
Mais Fekri n’aperçoit rien. Aziz insiste presque en le menaçant.

Ce soir-là, Fekri n’est pas venu seul mais avec un ami d’enfance d’Aziz et
de Mohamed, Khamkhami, qui lui a vu la main et confirme les dires d’Aziz:
LE NOM D’ALLAH EST BIEN ECRIT”.

Depuis ce soir-là, Aziz a la main de Dieu et il est investi d’une mission


Divine, celle de scander la FIN DU MONDE.
Aziz crie “C’EST LA FIN DU MONDE ET J’AI LA MAIN DE DIEU! IL N’Y
A DE DIEU QU’ ALLAH ET MOHAMED EST SON PROPHETE! IL N’Y A
DE DIEU QU’ ALLAH ET MOHAMED EST SON PROPHETE…”

Aziz est aussi soldat de Dieu. Il entend Marie qui lui dit qu’elle va
l’entourer de femmes - soldats qui vont le protéger, que pour elle c’est un
grand JOUR et qu’elle est heureuse de lui parler.

Il entend Jésus fils de Marie lui dire “JE SUIS REVENU POUR L’HEURE.
TU ES L’EPEE DE DIEU, MON SOLDAT, LE SOLDAT CACHE”.
Il lui dit aussi qu’il va prendre l’image de son ami et à partir de ce jour,
Aziz prend son ami pour JESUS LE SAUVEUR.

Ce qui est encore plus mystérieux, c’est le chat qui a un comportement


assez singulier: il suit Aziz partout où il va et ne le quitte pas.

Comme Fekri, Mohamed est parti mais vient presque tous les jours voir
son ami en plein “délire”. Les soirées, Aziz les passe avec son chat et les
voix venant de l’autre monde, de l’invisible. Il entend son chat lui parler
mais il n’y prête pas attention jusqu’au jour où, devant Mohamed, il lui dit
de quitter ce lieu sinon il mourra! Aziz, étonné d’entendre le chat lui
parler, demande à son ami si lui aussi l’a entendu. Mohamed répond qu’il
trouve étonnant de voir le chat articuler ses babines comme un humain.
Mais il dit aussi qu’il n’entend pas le chat et que cela lui fait peur. “C’est
une énigme ce chat. Un génie peut-être…”

Le temps passe.
Mohamed apporte du poisson, de l’huile d’olive et des oignons. Ils font du
poisson frit.
Mohamed dit à Aziz: “ C’est le dernier repas que nous prenons ensemble
ici”. Ils mangent sans dire un mot, ensuite Mohamed salue Aziz et part.

Quelques jours sont passés, Aziz qui depuis lors est seul dans la petite
mansarde, entend son chat lui dire: “Pars d’ici ou tu vas mourir! Pars d’ici
ou tu vas mourir!”
Le chat devient de plus en plus autoritaire. Un jour il dit à Aziz:”
Aujourd’hui ce sont aussi nos derniers moments ensemble, réchauffe ce
qui reste comme repas, nous allons aussi le partager ensemble; n’aie pas
peur…”
Ils mangent comme il est convenu. Le repas se compose du reste de
poissons frits et d’oignons. Ils partagent le mets dans une même assiette.
Le repas fini, Aziz sort de la chambre, descend les escaliers, ouvre la
porte de l’extérieur et là; stupéfait! Il n’y a plus de neige mais un beau
ciel bleu et un soleil rayonnant. C’est déjà le printemps!

Le soleil, les couleurs vives des objets et des humains éblouissent Aziz.
Soudain il entend “Ce sont tous des morts vivants que tu vois devant toi!”
“Vas donc te changer! Et annonce la fin du monde! Tu es le soldat de
DIEU”

Aziz part chez “sa mère” et lorsqu’il entre, sa famille le regarde comme
s’ils voyaient un fantôme, un revenant! Ils sont effarouchés de le voir
vivant. Il va directement à la salle de bain, se fait couler un bain, entre
dans une eau tiède et commence à se détendre. Tout à coup, il entend des
milliers et des milliers de voix et de langues différentes lui parler et en
même temps, il voit une multitude de groupes, de races et de religions
différents qui demandent d’être pardonnés pour leurs péchés et seul
Aziz peut les exaucer.

Après son bain, il change les vêtements, il garde seulement les chaussures
que Mohamed lui avait apportées quelques temps avant de se séparer.
Pour Aziz, ces chaussures viennent du ciel pour pouvoir y monter et
redescendre puisqu’elles ont des ailes invisibles.
Elles sont bénies et contiennent un grand mystère inconnu pour le commun
des mortels et mettent mal à l’aise les démons.

Sa mère n’aime pas les bottines et le fait remarquer à Aziz, mais lui, au
contraire, il sait que ses chaussures sont particulières et que les démons
ne les aiment pas. Il entend que sa mère est la fille du diable.

Il sort comme il est entré, sans mot dire. Dans la rue près de la place
Rogier, une foule de personnes l’attend, il passe et entend “Nous te
demandons de nous pardonner.”
Il commence à frapper sur ses cuisses et de cette manière, il les exauce.
Chaque fois qu’il frappe, les personnes concernées se mettent à sourire. Il
frappe tout en disant “que Dieu vous pardonne de vos péchés.”

Dans ce groupe, il y a énormément de femmes qui parlent flamand, elles


sont habillées de plastique comme si elles manifestaient et en même
temps elles sont heureuses de voir leur sauveur.
Aziz parcourt la troupe tout en criant, en pleurant, en sautant de joie. Il
arrive à la gare du midi où, là, des individus mystérieux l’attendent; ce
sont des anges de l’apocalypse qui récoltent l’aumône. Ce sont des anges
dangereux qui viennent punir les diables et les obliger à obéir à Aziz, leur
nouveau maître. Ils demandent à Aziz de ne pas leur parler directement
mais par télépathie, ainsi personne ne les reconnaît.

Ils ont une taille démesurément grande. Ils mangent du pain et à chaque
bouchée, ils avalent l’aumône pour Aziz qui la trouvera comme récompense
au Paradis.

Ils lui ordonnent d’aller à la Grand Place. Arrivé là, Aziz constate que tous
ceux qui sont là, l’attendent pour qu’ils soient pardonnés et ainsi accéder
au Paradis…
Ils ne peuvent pas lui parler directement mais communiquent par la
gestuelle.

Aziz prend place sur les escaliers de la maison du roi et fait de ce lieu son
trône… De cet endroit, il pardonne ou punit ceux qui s’adressent à lui. Il
est l’Imam caché. Celui qui annonce le RETOUR DE JESUS FILS DE
MARIE. L’INDICATEUR DE
L’HEURE.
CHAPITRE 5

Sur son trône, Aziz reçoit la visite des anges qui viennent le saluer et en
même temps récolter l’aumône pour lui.
Il reste assis là des heures et des heures parfois des jours et des nuits
sans s’alimenter du tout. Il accomplit sa tâche avec beaucoup de sérieux
et de compassion, il pardonne plus qu’il punit…
Il reçoit la visite de beaucoup de prophètes et des saints qui lui disent:
”TU ES PETIT DE TAILLE, MAIS DEVANT DIEU TU AS UNE
GRANDE VALEUR…”
Un jour, il entend qu’il doit aller voir Jésus qui l’attend . Aziz se déplace
jusque la place des martyrs qui est fortement gardée par des anges
soldats.

Là, un bel homme assis l’attend. Celui-ci lui dit “Enlève tes chaussures et
vas t ’asseoir en face!”. Aziz exécute l’ordre et s’en va de l’autre côté.
Jésus lui dit en arabe: “Aziz c’est donc toi que Dieu a choisi pour
m’annoncer, Son dernier croyant, Sa Main qui s’abattra sur les méchants
et les infidèles!”.
Tout à coup, un voile se met entre eux et Jésus disparaît. Soudain, il
réapparaît mais cette fois-ci, il a un air méchant et dit à Aziz
“PARDONNE LE PLUS POSSIBLE! CAR MOI JE VAIS PUNIR TOUS
CEUX QUI N’AURONT PAS ACCES.”
Et à nouveau un voile et Jésus disparaît.
Deux policiers viennent et lui demandent sa carte d’identité. Aziz leur
répond qu’il est le soldat martyr. Ils le regardent étonnés de cette
réponse et le laissent tranquille.
Aziz vérifie ses poches et fait sortir une carte jaune et la déchire. Il
n’est plus Aziz mais bien LE SOLDAT ABSOLU…
Aziz retourne à la Grand Place. Sur son chemin, une belle femme l’arrête.
Il reconnaît cette femme! C’EST SON CHAT!
Elle l’interpelle, Aziz la regarde dans les yeux et se voit dans un grand
jardin fleuri mais quand il se retourne, il est en ville, il ne comprend pas.
Cette femme ou ce chat lui dit qu’elle n’est pas là mais au PARADIS d’où
elle le regarde et que dans l’au-delà, elle sera sa femme.
Par la suite, il la reverra plusieurs fois et à chaque fois il la reconnaîtra
grâce à ses yeux félins qui l’envoûtent.
Il reste dans et aux allant tours de la Grand Place des semaines et des
semaines. Il pardonne beaucoup. Pour lui, le temps est arrêté, c’est lui le
conducteur du monde, c’est une de ses missions. Il conduit la terre et tout
le système solaire vers une nouvelle dimension, celle du retour vers Dieu.
Pour cela, il a le pouvoir de commander toutes les énergies des cieux et de
la terre.
Le soleil n’est plus qu’une lampe que l’on allume ou que l’on éteint ce qui fait
le jour et la nuit mais le temps en lui-même n’existe plus…
Parfois, il retourne chez sa famille, mais on ne le laisse pas entrer, alors il
reste là près du seuil jusqu’à ce qu’il s’endorme. Toute sa famille sait qu’il
reste devant la porte et personne ne l’invite à entrer. Le matin, ils passent
au-dessus de lui comme s’il était un vulgaire paillasson.
Aziz se change parfois en pierre, en terre, en fer… Il devient toutes
sortes de matières… Mais au fond de lui, il se demande quand tout cela va
s’arrêter. Il n’en peut plus. Il est fatigué, il aimerait au moins manger. Il
va près des snacks et quémande de la nourriture aux passants qui
achètent des sandwiches ou des frites. Parfois, il fait les poubelles pour
trouver de quoi s’alimenter. Il dort sur des bancs publics ou sur les
escaliers des galeries ou bien tout simplement dans les trams.
Le mois de ramadan est là. Aziz demande à Dieu qu’il puisse manger au lieu
de jeûner et que cela compterait pour un jeûne. Il serait le seul jeûneur et
les autres qui pratiquent le ramadan souffriraient simplement de la faim.
Il va près des mosquées, s’installe près des portes et maudit les
hypocrites. Il leur dit qu’ils se prosternent sur le feu de l’enfer.
Il retourne au café de sa mère, mais là , il se rend compte que ce lieu est
LA PORTE DE L’ENFER. Tous ceux qui sont dans ce lieu brûlent par le feu
interne de leur corps.
Toute boisson commandée, consommée et absorbée est le feu de l’enfer.
Chaque fois qu’un client commande un verre, le serveur crie “LE FEU EST
ALLUME…”
Aziz fréquente les jeunes de la place Anneessens qui fument du haschisch,
pour Aziz, ils fument des pierres venues de l’enfer qui les brûlent de
l’intérieur mais ils ne le savent pas.
Ces jeunes-là sont méchants avec lui sauf un qui le connaît depuis son
enfance. Aziz reconnaît en lui un garde du corps et pour cet acte Dieu lui
pardonnera. Les autres finiront au fond de l’enfer.
Aziz fréquente aussi des punks, des skinheads, des sans abris et toutes
sortes de marginaux qui font de la nuit le moment de vie.
Avec eux, il boit beaucoup d’alcool, fume des joints et fait la guerre aux
diablotins …
Il rencontre Salomon qui l’autorise à commander les djines . Aziz revoit
souvent Salomon qui lui apprend comment les commander et partage sa
nourriture qui se compose de pistaches.
Un jour, un ange vient lui apprendre toutes les langues du ciel et de la
terre. Il reste quelques heures à lui parler en des milliers et des milliers
de langues différentes qu’Aziz comprend sans effort.
Les djins le protègent contre le démon, qui veut sa perte, en lui indiquant
comment se défendre contre lui…
Il a le pouvoir de tromper satan dans ses combines et de le mener en
bateau jusqu’à le dérouter, le tromper voire même
de déjouer ses ruses…
Il y a aussi des femmes qui le protègent. Celles-ci viennent du ciel. Elle
sont envoyées par Marie pour le protéger. Elles sont ses soldates qui lui
promettent qu’elles seront ses épouses au PARADIS.
Ces femmes sont très belles, sentent un parfum fort agréable, un parfum
paradisiaque, envoûtant, qui met Aziz dans tous ses états…
De temps en temps, elles lui offrent une glace parfumée et d’un goût
céleste et inconnu sur Terre. Il aime rester auprès d’elles, mais d’autres
senteurs désagréables viennent le perturber et lui annoncer la présences
des démons qu’il doit combattre et chasser de ses femmes.
Un jour, à la Place de la Monnaie où il voyait régulièrement ses femmes,
Aziz aperçoit dans le ciel un ange qui lui parle mais il ne l’entend pas, c’est
L’ANGE DE L’APOCALYPSE qui est venu souffler dans la trompette du
désastre. Aziz est effrayé et en même temps très content puisqu’il va
bientôt rencontrer SON CREATEUR DIEU UNIQUE; ALLAH…
Il aperçoit aussi, dans tout le ciel, de grands anges en prosternation. Et il
entend également que ces anges resteront là jusqu’au JOUR DU
JUGEMENT DERNIER…QUI EST
TOUT PRES ET SEUL DIEU LE SAIT.
L’été est proche, sa famille doit s’occuper de son bistrot qui est situé en
face du boulevard du Midi où chaque année la foire s’installe.
Sa famille le recherche partout, le ramène à la maison et l’oblige à y
rester de grès ou de force. Parfois ils vont jusqu’à le battre.
Aziz ne reste pas tranquille, défie son entourage qui n’est constitué, pour
lui, que de morts vivants. Pour lui sa “mère” est la fille du diable qui les
ensorcelle.
Un jour, son “père” vient le chercher pour l’amener quelque part.
Lorsqu’Aziz le voit, il croit que c’est Satan en personne, qui est aveugle et
dont les yeux sont les rétroviseurs de la voiture, ainsi il peut conduire.
Satan le ramène à la place de De brouckere, lui donne quelque argent et
lui dit de sortir et d’aller où il veut…
Le soir même, un de ses “frères” est venu le chercher et le ramène à la
“maison”. Le lendemain, sa “mère” lui dit qu’elle va l’amener quelque part.
Sa “mère” et son amant prennent la voiture et le conduisent à un lieu bien
mystérieux…
DEUXIEME PARTIE:

CHAPITRE 6:

Arrivé là , Aziz est persuadé qu’on l’attend depuis toujours et qu’il est le
bienvenu.
Il est tout d’abord surpris de cette statue en forme de lettre grecque
“psy”.
Ils entrent, se dirigent vers l’accueil. Tout le personnel observe le
moindre geste ou la moindre parole d’Aziz . Au début, il est perplexe,
ensuite content d’être là. Il se dit “me voilà enfin chez moi”.
Une femme habillée en cuir noir l’appelle , il se dirige vers elle, la suit
jusqu’au bureau, elle s’installe et le convie à faire de même.
Un jeu de carte est éparpillé sur le bureau, quelques cartes sont
également accrochées au mur. Aziz jette un regard autour de lui; la dame
de pique l’arrête.
Tout à coup il lui dit “JE SUIS LE ROI DU COEUR ET TOI LA REINE DE
PIQUE”
Elle lui sourit. Il est content, enfin, il rentre chez lui…
Deux jeunes filles viennent le chercher et le conduisent dans ses
appartements. En entrant, il aperçoit au fond de ce lieu des gens qui
l’attendent. Il entend “viens avec nous, tu es L’ATTENDU, viens avec
nous…”
Un homme le conduit à une chambre constituée d’un lit propre, de deux
armoires, d’un fauteuil, d’une petite table carrée, d’une grande fenêtre
donnant sur le jardin et d’une porte en bois flanquée d’un hublot oblong…
L’homme lui explique les différentes particularités et les commodités de
la chambre tout en agitant un trousseau de clés, le bruit de ces clés met
Aziz mal à l’aise et il laisse tomber les cendres sur les draps d’un blanc
immaculé.
IL regarde le trousseau et cet homme d’un air assez particulier comme
s’il pensait que celui-ci voulait le provoquer et lui dit “c’est à cause de ces
clés…”.L’homme le regarde comme étonné, ne dit mot et sort perplexe.
Longtemps, le bruit de clefs qui s’entrechoquent le met mal à l’aise
chaque fois qu’il les entend.
Quelque temps plus tard, une jeune fille entre dans sa chambre et lui dit :
“Je suis infirmière stagiaire. Comment vous appelez-vous?”. Aziz lui
répond: “As-tu lu Candide ou l’optimisme de Voltaire?. Tu as un “N” écrit
sur ton cou… vas te voir dans ton miroir… tu connais Nadia H, c’est une
amie à moi… elle aussi est infirmière…”
La jeune fille ne dit mot, et sort très vite de la chambre.
Plus tard, on le convie à manger, Aziz est très content puisque cela fait
des lustres qu’il n’a su ou pu prendre un repas mais il ne comprend rien
lorsque la jeune fille lui demande “vous voulez le menu musulman? “ Aziz,
étonné, lui dit naturellement “oui” et se demande: ”Pourquoi me pose-t-elle
cette question ?”.
Il est tout aussi étonné lorsqu’on lui tend quelques pilules de plusieurs
couleurs et qu’on reste près de lui jusqu’à ce qu’il les prenne toutes.
IL dévore son repas tellement il a faim et redemande encore et on lui en
redonne jusqu’à satiété.
“Enfin, se dit-il, maintenant c’est le repos du guerrier” . Il se sent bien…
Mais les pilules le mettent mal à l’aise et se sent drogué et va se coucher…
Il s’étend sur le lit, il se sent mal, le lit est trop confortable. Or Aziz
s’est habitué à dormir à même le sol.
Il prend les draps et se couche parterre et s’endort d’un sommeil
profond…
Le lendemain matin, on le réveille pour le petit déjeuner. Le repas est à
nouveau copieux et consistant, composé de café, de pain, de beurre et de
confiture à volonté.
A nouveau, on lui donne des pilules de plusieurs couleurs et on reste près
de lui jusqu’à ce qu’il les prenne toutes. A nouveau, il est comme enivré. Il
n’aime pas cette sensation de malaise que lui procurent ces médicaments,
surtout les petites pilules bleues nommées ALDOLE.
Aziz observe toutes ces personnes et les agitations que provoquent ceux
qui sont de l’autre côté du comptoir.
Aziz comprend que ces gens ne sont pas comme les autres, ils ont un rôle
important à jouer dans sa vie future …
Une de ces personnes l’interpelle “Que veux tu monsieur Lahlou?”…
Il est fort surpris qu’elle l’appelle par son nom. Cela fait très longtemps
qu’on ne l’a plus appelé ainsi…MONSIEUR LAHLOU
Il la regarde, elle lui sourit. Elle lui paraît gentille et d’un certain âge; il
se dit “ce sera elle ma mère puisque la mienne m’a rejeté et qu’ elle est
devenue la fille de satan”
IL lui sourit et ne lui demande rien, mais l’observe quelque temps, puis il
fait le tour du lieu où il se trouve pour se familiariser avec cet endroit et
ces personnes qui y séjournent.
Il apprend qu’il se trouve à “l’unité 40 salle de crise” en PSYCHIATRIE.
Les locataires sont singuliers, ils se comportent comme s’ils étaient dans
le chaos, chacun a sa manière de se comporter…
Aziz aperçoit deux jeunes filles qui écrasent les cigarettes sur leurs
bras; il est choqué. Il se dit “Pourquoi ces filles font-elles cela?… Elles
sont encore jeunes”.
Il y a aussi des gens qui sortent de cauchemars. Ils ressemblent à des
monstres venus des enfers .
Maintenant, Aziz doit se reposer et s’alimenter pour reprendre des
forces.
IL trouve que ce lieu est construit pour lui. Les personnes derrière le
comptoir vitré sont ses soldats. Surtout le docteur M.: son bouclier
contre la fille de satan.
Chaque fois qu’Aziz est reçu dans le bureau du docteur, celui-ci l’écoute
tout en devenant triste, presque au bord des larmes…
Aziz se demande pourquoi le docteur est triste à chaque fois qu’il lui
parle de ce qu’il entend et de ce qu’il voit?
Cela le rend triste aussi. Pour cela, il pardonne à tous ceux qui sont
derrière le mur de brique. Aziz demande à Allah d’éteindre le feu de
l’enfer sur eux.
Une belle infirmière blonde plaît beaucoup à Aziz. Il la surnomme sa
chamelle, sa monture…
Un personnage assez mystérieux ordonne à ceux qui sont dans le bocal
de satisfaire Aziz et d’être à son service…
Un jour, le médecin rappelle Aziz à son bureau. Il entre, voit plusieurs
chaises disposées en arc. Le docteur lui demande de compter le nombre de
chaises. Aziz en dénombre 9. “Vous êtes le quantième de la famille?” Aziz
lui répond “le 3ème”. Ensuite, le médecin lui indique une chaise et lui dit:
“Asseyez-vous là”. Il lui demande de regarder autour de lui: “Que voyez-
vous?”.
Aziz lui répond “personne” et le médecin rétorque “voilà c’est votre
famille”. Et il lui dit encore “J’ai écrit plusieurs lettres à votre famille
pour un entretien mais personne n’est venu…
C’est votre famille que vous voyez… Personne mais personne n’est là…!”
C’est vrai, personne de sa famille ne lui rend visite, comme s’il était
orphelin, délaissé, intouchable, moins que rien… Aziz en est conscient. Ce
n’est plus sa famille. Pour lui, les membres qui la constituent sont des
diables, des monstres… des gens de l’enfer…
CHAPITRE 7:

Quelque temps plus tard, sa nouvelle mère, lui annonce qu’il peut sortir et
revenir vers la fin de l ’après-midi.
Content de cette bonne nouvelle, Aziz sort pour prendre l’air. Il se dit “je
vais affronter le diable, je vais chez ces morts vivants.” Il se rend chez sa
“famille”… Maintenant ses ennemis…
Lorsqu’il arrive, tous les sataniques présents sont stupéfaits de le revoir.
Lorsque Aziz entre, satan qui tirait les cartes pour se cacher de lui,
envoûte l’une des femmes présentes.
La fille de satan hurle en se dirigeant vers Aziz: “attrapons-le, il s’est
enfui de l’hôpital”.
Toute la bande veut l’attraper mais personne n’y parvient, puisque Aziz
repart sur le champ à sa nouvelle demeure où il se sent protégé.
Arrivé à sa demeure, il constate que la bande de sataniques discute avec
sa nouvelle mère. La bande et Aziz sont étonnés de se voir là. Mais la
nouvelle mère se précipite au devant d’Aziz et lui dit: “Ah! te voilà, tu es à
l’heure, va prendre un café.” Elle se tourne vers les diaboliques et leur dit,
“Ne vous en faites pas, nous l’avons autorisé à sortir, vous voyez il est de
retour… Vous pouvez rentrer chez vous…”
Aziz observe sa nouvelle mère qui chasse ces diables pour le protéger. Elle
est revenue vers lui et lui dit: “ Alors tu as passé une bonne après-midi?
Va t ‘installer, c’est bientôt le repas…”
Aziz est content de savoir que cette femme-là le protège contre ces
démons.
Plus le temps passe, plus Aziz se sent bien dans ce lieu, malgré son
comportement. En effet, son corps se raidit de plus en plus. On lui dit que
ce sont les effets secondaires des médicaments et que cela partira en
prenant des correcteurs c’est à dire d’autres médicaments.
Aziz se sent comme attaché, il n’est plus maître de son corps. Il est sous
la camisole de force chimique…
Un soir, une jeune fille lui donne à fumer un joint de haschisch.
Lorsqu’il fume, il se sent comme emporté dans un autre monde.
La lumière de sa chambre s’éclaircit d’avantage, il se met dans son lit, les
draps deviennent d’un blanc pur et lumineux, même la couleur de sa peau
devient pure. Il se sent comme en lévitation. Alors Aziz prie ALLAH de
faire en sorte que le haschisch devienne médicament sur terre et plaisir
au paradis…
Tout va pour le mieux, Aziz sort les après-midi pour rencontrer les anges,
les prophètes, les saints et ses femmes qu’il retrouvera au paradis… Pour
se trouver du haschisch, son médicament car ALLAH a exaucé sa prière…
Il sort aussi pour combattre satan et les morts vivants maudits de l’enfer.
A un moment, il rencontre l’Ange de la mort près de l’hôpital. Celui-ci lui
explique qu’il y a plusieurs morts tout prés.
C’est vrai, puisqu’au stade de football qui n’est pas très loin, des
supporters tuent d’autres supporters.
Aziz constate que l’hôpital est sur le pied de guerre, les ambulances
roulent à toute vitesse et toutes les sirènes sont déclenchées . Les
ambulances rentrent et sortent rapidement comme si l’on était en guerre.
Aziz veut discuter avec l’Ange de la mort, mais celui-ci ne veut plus lui
parler. Aziz comprend que ce n’est pas encore le moment, ce n’est pas son
heure.
Ce même jour, lors de sa promenade et avant de croiser l’Ange de la mort,
Aziz rencontre des monstres en ville sur son champ de bataille. Ils lui
disent qu’il sont des sataniques qui sont venus commettre des crimes. Ils
sont grands et méchants.
Satan est parmi eux. Il hurle qu’il va tuer et qu’il est content. Mais il ne
doit pas toucher Aziz ni se faire voir de lui.

Ce jour-là, dans tout l’hôpital et à l’unité 40, tout le personnel est


consterné mais personne ne le montre sauf Aziz qui est le premier à le
savoir, puisque l’Ange de la mort lui-même s’est montré à lui.
L’Ange de la mort lui apparaît souvent. Aziz sent que L’Ange est envoyé
pour le prévenir…Qu’il va croiser la mort...
Plus le temps passe, plus Aziz fait des connaissances parmi les personnes
de l’unité 40.
Une belle jeune fille blonde toujours habillée de rose l’attire. Elle accepte
que Aziz la serre. Il aime sentir son corps dans ses bras et lui donne
quelques bisous sur son cou tout en humant son parfum.
Elle ne parle pas et fume cigarette sur cigarette sans arrêt…
Tout à coup, Aziz entend parler de Jésus, comme si tous étaient devenus
croyants… Aziz ressent des choses mais ne sait pas quoi.
Un jour, Aziz veut retourner sur son champ de bataille. Il prend le tram
18. Celui-ci s’arrête sur le chemin. Aziz entend dire que le Pape est en
Belgique et qu’il va dormir chez des gens.
Le tram se trouve sur le chemin que le Pape emprunte pour se rendre chez
ces gens-là.
Aziz retourne à l’unité 40. En rentrant, il est interpellé par la télévision.
Il prête attention et écoute des gens qui parlent de Dieu. Un des
personnages dit que Dieu est la conscience suprême.
Aziz n’est pas de cet avis et sort en courant dans le jardin, et crie de
toutes ses forces “Ô Dieu, donne moi la conscience suprême puisque Tu es
plus que ça, Tu es le Créateur de toutes les consciences et de toute
chose.”
Aziz comprend que sa prière est acceptée mais qu’il va payer le prix…Que
quelque chose se produira… Mais il ne sait pas quoi.
Le temps passe et Aziz se sent de mieux en mieux, il sourit beaucoup. Il
se sent comme un guerrier au repos. Mais cela ne durera pas…quelque
chose de grave lui arrivera , puisque sa prière est acceptée et qu’elle sera
exaucée après plusieurs graves épreuves.
CHAPITRE 8

A un moment, l’infirmière vient lui parler et lui dit qu’il devra quitter
l’hôpital parce que sa mutuelle n’est pas en ordre et que cela lui coûtera
cher.…
A ce moment Aziz sent la terre se dérober sous ses pieds. Il a peur et le
sourire s’efface de son visage. Il redevient triste, il sent qu’un grand
danger le guette . Cette annonce est comme une épée au-dessus de sa
tête…
Puis, c’est le médecin qui lui dit qu’il a envoyé une lettre à “ sa famille” et
l’a obligé à venir pour sa sortie…
Aziz se sent trahi, il se dit “est-ce que je vais encore aller combattre ses
sataniques seul…?”
La fille de satan et son diable viennent pour le reprendre. La fille demande
un certificat au médecin. Celui-ci lui répond: “Madame, combien de temps
voulez-vous que j’indique? Une semaine, un mois, un an, dix ans…?”
Elle lui dit aussi que c’est à cause d’Aziz que tout va mal, que ses frères et
soeurs ont échoué aux examens et que tout va mal à la maison, c’est cause
de lui que…
A ces accusations, Aziz rétorque qu’il est son bouc émissaire mais il sait
que la fille du diable ne comprend pas ce qu’il dit.
Elle veut intervenir et le faire taire. Le médecin lui dit: “Laissez-le
parler!”. Mais Aziz n’ajoute plus rien.
La fille de satan est contente de cette bonne nouvelle et elle esquisse un
sourire malsain, se disant: “ Je suis contente de le savoir fou, ah! Je suis
contente de le voir fou…”
Aziz sort, retourne de force à la tanière satanique, là il est malmené,
frappé, souvent ligoté et surtout interdit de sortie.
A un moment, Aziz s’échappe et retourne à son royaume c’est-à-dire à la
Grand Place pour combattre les diables et pardonner le plus qu’il peut.
Surtout pour annoncer la fin du monde.
Il ne lui reste plus aucun médicament de ceux qu’il avait reçu en sortant
de l’hôpital. Aziz se sent de plus en plus mal dans sa peau à cause du
manque…
Il téléphone à son infirmière, lui dit qu’il se sent mal. Elle lui répond de
venir voir un médecin. Il n’en fait rien.
Un soir, puisque la lampe est éteinte, Aziz rencontre un ange, celui-ci
l’invite chez lui et lui donne à manger et à boire, beaucoup d’alcool. L’ange
prend une guitare et commence à jouer. Au lieu de la musique, Aziz entend
que l’ange qu’il voit n’est pas là, il est au ciel, Il se retourne , regarde les
étoiles qui brillent et effectivement il voit des mouvements lumineux qui
lui envoient des cadeaux venant d’ALLAH. Il entend qu’il est béni…
par la suite, l’ange lui dit de se rappeler de ce que son grand-père lui
disait sur la fin du monde.
Aziz se rappelle que son grand-père disait que l’Antéchrist viendrait avec
une foire et que tous les gens le suivraient, qu’il y aurait beaucoup de
musique, de danse, de boissons alcoolisées, de la nudité…
Le jour d’après Aziz revoit l’ange qui lui fait fumer du H et boire de
l’alcool . Une voiture de police s’arrête, deux agents embarquent Aziz.
Quelques mètres plus loin ils le relâchent sans savoir pourquoi.
Aziz rencontre l’ange quelques fois comme si celui-ci voulait lui dire que
quelque chose allait se passer qui changerait sa vie, puisque la prière et la
demande vont être exaucées. L’ange est là comme pour le rassurer.
Aziz ne dort plus, ne mange plus, il hurle “C’EST LA FIN DU MONDE”
partout où il passe et cela jours et nuits.
La sensation de mal être qu’Aziz ressent, devient insupportable, il crie de
plus en plus fort.
Il se demande quand tout cela va s’arrêter, il n’en peut plus, il est fatigué.
Il veut tout arrêter mais c’est impossible. Aziz crie encore et encore… Il
sombre dans la folie totale. C’en est trop.
Puis la foire du midi commence à s’installer. Aziz voit en celle-ci la
prophétie de son grand-père qui se réalise. Il se dit voici l’antéchrist qui
s’installe avec cette foire satanique. LA FOIRE DE LA FIN DU MONDE.
Aziz parcourt l’installation jour et nuit, il entend satan rire des gens. Il
dit: “C’EST MON TOUR DE DETRUIRE L’HOMME, IL VA ME SUIVRE EN
ENFER”. Satan rit fort sans que Personne, excepté Aziz, ne l’entende.

Aziz crie de plus en plus fort, il va devant la porte de l’établissement de


sa ”famille” et crie:” C’EST LA PORTE DE L’ENFER QUI EST OUVERTE”.
Il crie et pleure, il sent que quelque chose de grave va se passer.
Il parcourt le champ de foire et hurle que l’enfer est allumé. La nuit, il
entend les forains demander le pardon puisqu’ils cachent satan malgré
eux.
A un moment, sur le champ de foire, Aziz entend tout à coup une voix lui
crier: “AZIZ, ATTENTION, SATAN EST DERRIERE TOI”. C’est l’ange
qui le prévient.
Aziz se retourne, voit un membre des morts vivants de sa “famille”.
Celui-ci lui assigne un coup de poing en plein visage et l’assomme, il le
soulève ensuite sur ses épaules et le transporte jusqu’à la porte de l’enfer,
le fait monter au premier étage, et là… le drame commence.
Aziz est frappé à mort, il reçoit des coups de poing, des coups de pied de
“son frère”, de l’amant de “sa mère”, la fille du diable et du cadet de ses
“frères”, ensuite il est ligoté et frappé à mort à nouveau. Aziz est
assommé et blessé. Il saigne de partout sur son visage mais les autres ne
s’arrêtent pas de le frapper encore et encore.
Ensuite, il est tiré, comme une bête que l’on va abattre, dans une autre
pièce où il est encore frappé.
Un de ses bourreaux soulève une bonbonne de gaz et lui dit: ”JE VAIS TE
TUER”. Il la jette sur le crâne d’Aziz.
Aziz voit la bonbonne et l’entend lui dire: “J’AI PEUR DE ALLAH, JE NE
VAIS PAS TE TUER, J’AI PEUR DE ALLAH…”
La bonbonne s’écrase sur son crâne; il tombe, ouvre les yeux, les referme,
il se dit: “je suis mort”. C’est le néant.
Aziz ne sait pas combien de temps s’est écoulé lorsqu’il ouvre les yeux. Il
se relève, titube, descend les escaliers, entre dans l’établissement,
renverse les tables et chaises sur les gens, sort.
Là, une ambulance et des policiers l’attendent, ils veulent l’attraper. Ils se
jettent sur lui, le ligotent sur la civière et le transportent à l’hôpital.
Dans l’ambulance, Aziz attaché, crache sur la fille de satan en lui disant:”
TU ES MAUDITE “.
Il est vite transporté aux urgences, il voit au-dessus de lui le personnel
médical courir avec la civière et lui fixer des perfusions. Puis plus rien.
Aziz est dans un autre monde, dans un tunnel…
Puis, une petit voix l’appelle: “ Monsieur Lahlou, monsieur Lahlou…” La voix
devient de plus en plus forte. Aziz perçoit une petite lumière. Le faisceau
devient de plus en plus lumineux puis il émerge. Son infirmière l’appelle,
elle est assise à son chevet.
Lorsqu’il ouvre les yeux, elle sursaute.
Elle a peur de voir un mort revenir à la vie et elle quitte vite la chambre
comme si elle ne savait pas quoi faire. Puis à nouveau Aziz s’endort.
Aziz est à nouveau chez lui, à l’hôpital, à la chambre 7 de l’unité 40, entre
la vie et la mort.
CHAPITRE 9

Aziz est resté quelques jours, voire quelques semaines dans le coma. Il
apprend qu’il survit plus qu’il ne vit, que son cerveau
fonctionne avec très peu d’électricité et qu’il revient d’une mort clinique.
Aziz veut parler mais il ne sait plus, il est dans les vapes, il ne comprend
plus rien. Tout tourne autour de lui, il ne peut plus soulever la tête, chaque
fois qu’il essaie, il se sent comme s’il était ivre. Il est assommé et cela
dure longtemps.
Son infirmière lui apporte à manger dans sa chambre.
Au début, pour se lever et sortir du lit, Aziz se tient à tout pour faire
quelques pas, c’est un exploit à chaque pas qu’il fait.
Il se déplace, avec beaucoup de difficultés, de son lit jusqu’à la fenêtre,
où il y a une bordure. Il essaie de s’y asseoir. Les premières tentatives
sont difficiles, tout tourne autour de lui. D’effort en effort, Aziz parvient
à s’y asseoir. Il reste assis là des heures et des heures et tout tourne
autour de lui. Il doit s’agripper à la bordure pour ne pas tomber.
Ensuite, il essaie de sortir de la chambre. C’est un record, il se surpasse
et sort. Tout cela sous le regard attentif de son infirmière.
Pour sortir et faire quelques pas dans le couloir, Aziz se tient à tout, aux
murs, aux tables, aux chaises…
Il ne reste pas très longtemps et retourne à la fenêtre et reste assis là
en se tenant la tête de ses deux mains tellement
cela tourne et cela lui fait mal.
Sa tête lui fait de plus en plus mal, il ne supporte plus cette souffrance
atroce, il sert la tête avec une serviette mais le mal est trop fort. Alors
on lui donne de plus en plus de médicaments. Malgré cela Aziz souffre de
plus en plus. Ce mal est atroce et chronique. Il veut s’arracher la tête
tellement la souffrance est forte et insupportable.
On fait subir à Aziz plusieurs examens, notamment des scanners pour
vérifier l’état de son cerveau. Plusieurs fois son infirmière lui dit “nous
devons refaire un scanner parce que votre cerveau est fort agité”.
Elle lui parle d’une intervention chirurgicale mais finalement elle n’aura
pas lieu parce que trop compliquée.
Des prises de sang sont effectuées régulièrement.
A force d’ingurgiter les pilules, la langue d’Aziz enfle, devient pâteuse et
sèche.
Aziz se surpasse, il sort, va s’asseoir avec les autres patients mais il ne
reste pas trop longtemps et retourne dans sa chambre parce que les voix
des gens résonnent fort dans sa tête, cela lui est insupportable et
traumatisant.
Plus le temps passe, plus Aziz persiste et se surpasse, il sort de sa
chambre, mange au réfectoire avec les autres, reste quelque temps et
retourne dans sa chambre, tout en ayant mal, très mal.
Aziz est en souffrance permanente mais il y fait face avec beaucoup de
courage et d’endurance.
Un jour, son infirmière lui dit “ voilà, votre hypophyse est enflée et votre
cerveau est fort secoué et nous ne savons pas comment cela va se passer
plus tard…”

Aziz ne parle plus et n’a aucune émotion mais il comprend tout.


Il surprend les infirmières et le médecin se disputer pour que ce dernier
enlève un médicament fort nocif à Aziz.
De temps en temps, son infirmière lui parle pour savoir s’il comprend ce
qu’elle lui dit mais Aziz ne laisse passer aucune émotion si ce n’est qu’il
commence à afficher un sourire nerveux ou comme il dira plus tard un
sourire psychologique.
Un jour, un médecin vient chercher Aziz pour un examen et lui dit qu’il est
resté longtemps dans le coma et qu’au niveau cérébral, son cerveau
fonctionne sous la réserve électrique et que c’est un miraculé…
A un autre moment, une femme vient le chercher pour faire quelques
exercices de gymnastique. C’est un moment de souffrance intense, Aziz
marche difficilement; or, elle lui demande de courir. Cette course est une
souffrance atroce et intense. Il se dit “il y aura un moment où je courrai
très vite”.
Aziz passe de plus en plus d’examens, des EG, des examens des yeux parce
que son nerf optique est aussi endommagé. On lui fait beaucoup de prise
de sang. Son infirmière lui dit qu’il a une sécrétion anormale d’hormones
femelles et que son hypophyse est enflée. Les médecins ne savent pas ce
qui peut lui arriver…
Le temps passe, Aziz a toujours mal, se tient de biais parce qu’il croit qu’il
pourrait tomber s’il ne se tenait pas droit. Il ne parle plus, sombre dans
ses pensées. De temps en temps, il émerge et puis sombre à nouveau sans
qu’il ne sache à quoi ou à qui il pense.
A l’unité 40, Aziz est toujours là, hagard, loin dans ses pensées confuses,
mal dans sa peau.
Puis il y a la première sortie. Ce jour-là est un jour traumatisant. Il quitte
difficilement l’unité 40. Il marche à pas lent et doit souvent se tenir aux
murs, aux panneaux, aux voitures, à tout. A chaque fois, il croit qu’il va
tomber.
Arrivé au métro, Aziz a très peur, tous les gens qui sont là lui font peur
parce qu’ils se transforment devant ses yeux. Ils ondulent et se
déforment devant lui. Les couleurs aussi se transforment et deviennent
fort vives et floues.
Sur les murs de la station où il se trouve, il y a une fresque qui représente
des gens qui attendent et qui, au fur et à mesure, deviennent de plus en
plus floues.
Pour Aziz, cette fresque est une vision apocalyptique puisque c’est comme
cela qu’il voit autour de lui. Tout ondule et se transforme et devient flou.
Aziz a peur.
Longtemps, cette station restera un lieu de peur pour Aziz, un endroit où
il n’aimera pas se rendre.
La deuxième fois, il est accompagné mais c’est le même drame, tout le
monde se transforme et la peur s’installe de plus en plus. IL a peur de
tout. Il ne peut plus parler. IL ne veut plus sortir et reste à l’hôpital.
Un jour, il voit la fille du diable entrer à l’unité. Son infirmière accoure
vers lui et le ramène dans sa chambre pour qu’il ne rencontre pas fille du
diable et pour qu’il ne lui parle pas.
En voyant la satanique, Aziz est pris d’une peur bleue et tremble de tout
son corps et de toute son âme.
Son infirmière le rassure et le protège de cette méchante femme.
Un peu plus tard, son infirmière l’appelle dans son bureau et lui dit qu’il
devra à nouveau quitter l’hôpital parce qu’il n’a pas de mutuelle. Mais cette
fois-ci, il ira dans un autre hôpital de sa commune et c’est la CPAS qui
s’occupera de lui. L’infirmière lui souhaite bonne chance et un bon
rétablissement…
Puis le médecin secret le reçoit dans son bureau, lui remet une enveloppe
et lui dit de la remettre au médecin de l’hôpital où il devra se rendre.
Quelques jours plus tard, la fille de satan vient le rechercher.
Le retour à la tanière des diables est fort éprouvant, il voit des vautours
autour de lui. Tous ont une face diabolique et féroce. Ils lui veulent du
mal.
Aziz est mal dans sa peau, il ne sait plus s’asseoir ni rester debout, tout
tourne autour de lui, il reste couché le plus longtemps possible.
Il est là celui qui l’a tué. Il a peur d’Aziz. C’est comme cela qu’Aziz le
ressent.
Aziz se couche face à une télévision éteinte et se voit sur l’écran quand il
était dans le coma. Des voix viennent de l’au-delà, le rassurent et lui
disent “Sois patient, tout ira de mieux en mieux. Essaie de te reposer. TU
AS DEJA VECU CE QUE TU VAS VIVRE. Un jour proche, tu les
domineras tous. Tu deviendras fort puisque tu es déjà mort et Allah t’a
ressuscité pour combattre tes ennemis qui t’ont tué. Tu verras plus tard.”
Aziz voit, sur cet écran éteint, sa vie défiler et se voit fort courageux
dans sa survie.
IL passe une très mauvaise journée et une très mauvaise nuit dans cette
chaumière satanique.
Le lendemain matin, la fille du diable le réveille. Aziz n’a pas pu fermer
l’oeil de la nuit tellement il a peur de ces gens perfides.
Ensuite ils se rendent à l’hôpital indiqué, c’est l’hôpital de S. Ils sont reçus
par un médecin. Aziz remet la lettre à ce docteur et la fille du diable dit:
“docteur, mon fils se prend pour le soldat de Dieu, il dit que c’est la fin du
monde, il est fou et je ne sais pas le garder à la maison, il se bat avec tout
le monde…”
Le médecin lit la lettre et s’adresse à Aziz: “êtes vous soldat de Dieu?”.
Malgré tout le mal physique et mental, Aziz répond un oui avec énergie et
il se dit au fond de lui: “ Oui, plus que jamais je suis SOLDAT DE DIEU;
oui, JE SUIS LE SOLDAT DE DIEU QUE LES SATANIQUES VEULENT
TUER ET QUE DIEU N’A PAS VOULU QU’IL MEURS. Oui, je suis le
soldat blessé que DIEU va guérir. OUI, JE SUIS CE SOLDAT QUI
DETRUIRA LES SATANIQUES…”
CHAPITRE 10

Le médecin appelle par téléphone, une infirmière vient chercher Aziz et


le conduit dans une chambre, aux soins gériatriques. En entrant, il ne voit
que de vieilles personnes mourantes. Il a très peur mais il ne sait pas
pourquoi. Tout continue à onduler autour de lui et devient difforme.
Il s’installe sur son nouveau lit et fige son regard dans le vide. Tout tourne
autour de lui comme s’il était dans un bateau sur une mer fort agitée. Il
essaie de dormir mais il n’y arrive pas.
A l’hôpital, Aziz partage la chambre avec un vieux monsieur
qui souffre des voies respiratoires, il a du mal à expirer. Celui-ci a
toujours la visite de sa femme et parfois de ses enfants et petits enfants.
Ce monsieur constate qu’Aziz n’a jamais de visite et lui demande s’il est
seul, sans famille.
Aziz ne répond pas et se met à pleurer.
Le vieux monsieur essaie encore de communiquer avec lui mais Aziz ne
parle plus ou ne dit que quelques mots de temps en temps. Le reste du
temps, il est dans les vapes, la peur le domine de plus en plus et le hante.
Il passe beaucoup d’examens et d’analyses: E G, scanners, prises de sang,
analyse d’urine, examens des yeux et autres, assez éprouvants parce qu’ils
exigent de lui de rester concentré mais cela lui est impossible. Il ingurgite
beaucoup de médicaments de toutes formes et de toutes couleurs. Il est
souvent dans son monde avec ses voix qui le rassurent et lui tiennent
compagnie.
Il est souvent allongé sur son lit. Un jour, une femme de la croix rouge
passe avec des livres, il en prend un en prêt. Il veut le lire mais n’arrive
pas à déchiffrer les mots, il ne reconnaît même plus les lettres . C’est un
drame.
Après plusieurs semaines et plusieurs analyses, le médecin convoque Aziz
dans son bureau et lui dit que son cerveau est fort endommagé, que
l’hypophyse s’est enflée et que la selle turcique, une paroi qui contient
l’hypophyse, s’est élargie, que les sécrétions de certaines hormones sont
supérieures à la normale mais qu’il ne connaît pas les conséquences. Il lui
dit qu’il devrait peut-être se rendre dans un autre hôpital plus approprié
mais que ce n’est pas à l’ordre du jour…
Aziz ne comprend pas ce que le médecin lui dit, il s’en souviendra plus
tard, et retourne dans sa chambre en se tenant toujours aux parois et
aux murs pour ne pas tomber.
Les semaines et les mois passent et c’est à nouveau l’hiver. Aziz a très
peur que le médecin le fasse sortir. Il ne veut plus affronter les rudesses
des hivers. A l’hôpital, on le garde encore quelque temps.
Un jour, une femme vient le voir et lui dit qu’elle est assistante sociale. A
ces mots, Aziz a très, très, très peur et craint qu’elle soit venue pour lui
dire de quitter l’hôpital. Alors il se met à trembler et lui dit: “madame, j’ai
peur de vous.” Elle le regarde d’un air triste puis repart et lui dit: ”à
bientôt”. Aziz passe cet hiver à l’hôpital où il est surnommé Jeanne D’arc
par les infirmières. Elles disent entre elles:” Il entend des voix comme
Jeanne D’arc” en riant à petite voix.
Il y a un vieux monsieur qui appelle souvent Aziz et lui donne du chocolat,
un peu d’argent, et quelques cigarettes. Ce monsieur sait qu’Aziz n’a
jamais de visite et qu’il n’a pas les moyens de pouvoir s’acheter des
cigarettes ou toute autre chose. Alors Aziz se lie d’amitié avec ce vieux
monsieur qui le dépanne bien. Mais la communication n’est que dans un sens
puisque Aziz ne peut toujours pas parler. Mais il comprend tout ce que l’on
lui dit.
Au printemps venant, le docteur convoque la fille du diable pour qu’Aziz
puisse sortir de l’hôpital dans de bonnes conditions. Elle vient le
rechercher et le conduit à nouveau au nid des démons.
Le retour est mal vécu par Aziz. Il fréquente un centre où il passe des
journées entières avec des malades et rentre chez ”lui” l’après-midi. Les
autres patients habitent là. C’est un foyer.
Un jour, il subit encore la violence de ces sataniques, alors il décide de
quitter ces maudits. Il se rend chez la directrice du centre qu’il fréquente
et lui dit en faisant un grand effort pour parler, qu’il ne veut plus rentrer
chez “lui” car un de ces frères, celui-là même qui lui a cassé la tête, veut à
nouveau lui faire du mal.
Après l’avoir écouté, la directrice téléphone, parle avec quelqu’un, elle
demande à Aziz de se rendre à SOS jeunes. Là, il est reçu par une femme
qui, en le voyant, lui demande s’il ne veut pas être hospitalisé, il lui répond
par l’affirmative.
Ils se rendent à B. Le médecin de garde ne veut pas l’hospitaliser. La
femme se met en colère contre ce monsieur et lui dit: “ mais vous voyez
bien qu’il est malade, qu’il n’est pas bien…”

Ils retournent à SOS jeunes, elle téléphone à quelqu’un d’autre, elle le


conduit dans une famille. Elle lui dit:” cette nuit, vous allez dormir dans
une famille d’accueil et demain nous trouverons un autre lieu”.
La mère de la famille le reçoit, dépose le repas du soir, elle dépose de la
viande et des légumes et dit à Aziz:” c’est une côte de porc, je n’ai pas
autre chose à vous donner”. Aziz ne comprend pas ce que cette dame veut
lui dire. Ils mangent et ensuite, elle lui montre son lit, il s’endort vite
tellement il est fatigué.
Le lendemain matin il se rend chez SOS jeunes, c’est la même personne qui
le reçoit, elle téléphone à nouveau, plusieurs fois.
Dans l ’ après-midi, il est conduit chez les témoins de Jéova. Il est reçu
avec quelques tartines, un bol de café. Ensuite, on le conduit dans une
pièce exiguë où il passe une très mauvaise nuit. Le lendemain, il retourne à
SOS jeunes, il est à nouveau reçu par la même personne qui re-téléphone
plusieurs fois mais en vain.
Aziz n’en peut plus et propose d’aller chez son père. Elle accepte. Il s‘y
rend, son père le reçoit, Aziz est très content mais il ne sait pas que son
père, ce maudit, va lui jouer un très mauvais tour.
Il s’installe, continue à fréquenter l’association, il fréquente les mosquées
où il se sent en harmonie avec lui-même, où il se sent bien et protégé par
Dieu. Il apprend le coran et le récite à haute voix. A chaque fois qu’il
récite et fait des hésitations, son père se moque de lui et le traite de fou,
de simplet et rit de lui à haute voix.
Un jour, son père l’appelle, ils restent ensemble et mangent tête à tête.
Aziz est très content, c’est la première fois de sa vie qu’Aziz est avec
son père en tête à tête. Celui-ci le fait parler pendant quelques heures.
Aziz a des difficultés à s’exprimer mais essaie de répondre aux questions.
Souvent, il ne sait pas ce qu’il dit.
Ensuite, son père branche la radio, met une cassette dans le lecteur.
Soudain, Aziz entend la voix de quelqu’un qui agonise.
Il demande à son père quelle est cette personne qui parle. Son père lui
répond: “ mais c’est toi, tu ne te reconnais pas?” et il rit en répétant “mais
c’est toi, tu ne te reconnais même pas”.
Aziz est triste. Son père se moque de lui ouvertement et lui rit au nez,
Aziz est dans une grande détresse et se réfugie de plus en plus au centre
de jour ou à la mosquée.
De plus, son père lui impose de trouver du travail pour pouvoir rester chez
lui.
CHAPITRE 11

Au centre du jour, Aziz se confie à la directrice et lui dit que son père
l’oblige à trouver du travail. Elle est très affligée et lui promet de lui en
trouver.
Elle lui en trouve un dans un atelier protégé pour aveugles. Aziz doit
sertir des pièces de fer entre elles. Son travail est répétitif et fatigant.
Il ne va pas vite. Il est loin dans ses pensées.
Il a toujours mal à la tête mais sa vision est moins floue, les couleurs sont
toujours très vives et il entend des voix venant de l ’au-delà.
Moins d’un mois plus tard, son patron vient le trouver, lui tend un cheque
et lui dit: “voici deux mois de salaire, rentrez chez vous monsieur et
reposez vous, vous êtes souffrant, vous devez vous reposer monsieur,
rentrez chez vous ”.
Par peur des menaces, Aziz fait semblant d’aller au travail. Il sort tôt de
la maison, ensuite traîne dans les rues. Vers midi, il rentre manger comme
d’habitude et il passe l’après-midi à la mosquée…
Son père s’en rend compte. Un soir, il convoque son fils et lui dit avec
beaucoup de haine dans la voix:” Maintenant que tu ne travailles plus, il
faut que tu partes de chez moi, demain tu quittes la maison et ne reviens
plus jamais.”
Alors Aziz retourne à la tanière des satanique.
Là, il se sent menacé. Les voix sont insupportables. Elles l’obligent à
sauter par le balcon du 5éme étage et il en a peur. Pour ne pas exécuter
ces ordres, il sort de l’appartement en se tenant aux murs, aux poteaux
pour tenter de rejoindre le centre de jour.
Il trouve la directrice et lui dit ce qu’il entend. Elle lui demande s’il n’a pas
pris de drogues. Il lui répond que non. Alors, elle téléphone et lui dit:” Tu
vas aller dans un hôpital assez spécial, mais n’aie pas peur.” Ensuite, on le
conduit à ce lieu T.

TROISIEME PARTIE

CHAPITRE 12

Là, il est accueilli et conduit dans un lieu où se trouvent des gens sortis
des plus horribles cauchemars. ‘Il n’y a que des monstres ici ‘ se dit Aziz.
Il n’en revient pas.
Il a une peur bleue de ce lieu, de ces gens. Il croit que lui aussi est un
monstre qu’on veut cacher aux autres.
Il s’assit sur une chaise et se blottit contre lui-même. La peur l’envahit
complètement et il se réfugie dans le mutisme.
Quelques heures plus tard, une infirmière vient le rechercher et le dirige
vers un autre bâtiment où il n’y a que des femmes, les unes plus
monstrueuses que les autres, toutes hagardes, dans un autre monde.
Ce lieu se nomme “Pavillon dames” où Aziz vivra quelques années.
La différence entre le premier bâtiment et le second est que ce dernier
est ouvert, on peut se promener dans le jardin toute la journée et les
dames qui sont là sont moins agitées, disons dociles.
Le premier est le bâtiment B, le bâtiment fermé, la prison de l’hôpital où
l’on enferme les hommes les plus agités.
D’autres bâtiments existent tel que le pavillon bleu où sont placées les
femmes agitées, un bâtiment fermé pour femmes; ou le bâtiment hommes
où il n’y a que des hommes moins agités.
Il y a aussi une gériatrie où sont placés les vieilles personnes très agitées
et mourantes.
L’infirmière le conduit dans un dortoir, lui montre un lit et lui dit “ voici
votre lit monsieur Lahlou et ici votre armoire. Au fond, se trouve la salle
de bain et la toilette”. Elle lui dit encore: “ à cinq heures, on mange, il faut
que vous soyez à l’heure au réfectoire pour le repas et vos médicaments”.
Aziz, avec la peur au ventre, se demande où il se trouve. Il se demande s’il
est un monstre qu’on veut cacher de la société comme toutes ces
personnes qu’il voit pour la première fois et qui lui font peur.
Aziz s’assit sur le lit comme mortifié et ne bouge de là que vers cinq
heures pour le repas et la prise de médicaments.
En arrivant au réfectoire, il entend l’infirmière hurler:” MEDICAMENTS”.
Et tout à coup, toutes les personnes présentes se mettent en file indienne
pour la prise des pilules que l’infirmière distribue en citant le nom des
gens et en vérifiant qu’ils les ont bien pris. Si quelqu’un refuse, elle crie
impérativement: ”Allez, prenez vos médicaments”.
Aziz s’est aussi mis dans la file et prend son traitement comme les autres,
sans résistance.
L’infirmière lui indique une place autour d’une table et sert le repas. Ils
mangent dans un silence malsain.
Après le repas , l’infirmière vient voir Aziz et lui dit qu’il doit revenir vers
neuf heures pour les pilules du soir; des somnifères.
Aziz rejoint le dortoir. Vers sept heures, le médecin l’appelle mais Aziz a
très peur et se réfugie dans le mutisme et ne dit rien devant celui-ci.
Aziz a très peur de ce lieu, de ces gens, de ce médecin. Il a peur de tout.
Le soir venu, il prend les médicaments du soir, retourne au dortoir et se
met au lit pour dormir.
Au moment de l’extinction des lumières…un silence assourdissant… et
ensuite… des cris de femmes et d’hommes remplissent tout l’hôpital et
l’empêchent de dormir malgré les somnifères. Il a peur qu’on vienne lui
faire du mal.
Le matin, on le réveille pour le petit déjeuner et à nouveau, l’infirmière
hurle: ”MEDICAMENTS”, la file indienne se forme et puis distribution des
pilules.
Après le repas, Aziz se rend au dortoir et reste assis là, dans ses pensées
confuses et dans la peur. Mais les voix le rassurent et lui disent: ”Tu
sortiras fort d’ici”;
A midi c’est la même chose; hurlement, médicaments, repas, ensuite
dortoir. Le soir, il est appelé par le médecin mais Aziz reste muet. Et
après l’extinction; les cris des malades.
Après un mois, c’est le premier week-end où il est autorisé à prendre
congé du samedi au dimanche dix-huit heures.
Ce premier week-end est décisif pour Aziz.
Il va dans sa ‘famille’, il est reçu par la fille de satan qui affiche un
sourire sarcastique et malicieux. Elle lui dit, en poussant un cri
démoniaque: ”J’ai appris que les fous qui sont à T., sont là pour la vie. Tu
es là pour la vie et tu vas terminer ta vie là-bas”.
Ce week-end-là est très dur pour Aziz. Tous ces gens se moquent de lui en
le traitant de fou et en lui disant qu’il est dans un asile et qu’il y restera
toute sa vie.
En revenant à T. le dimanche à dix-huit heures, il est reçu par le médecin
mais c’est toujours le silence.
Aziz, sur son lit, se dit: “si j’ai gelé, que j’ai été frappé à mort et insulté
par ces sataniques, c’est parce que je voulais étudier. Maintenant je suis
ici pour le restant de mes jours. Alors je vais reprendre les études ici.” Il
se dit encore: “ Je vais devenir un autodidacte, je vais lire le plus que je
peux.” Il se dit aussi: “ Le temps et l’espace n’existent plus pour moi.
L’homme tend à l’adaptation alors je vais m’adapter, ici c’est chez moi.”
Deux semaines se sont écoulées, il a congé à nouveau. Alors il se rend dans
un magasin de livres de seconde main et prend plusieurs livres sans les
payer. La personne qui s’occupe du magasin connaît Aziz, ils ont fait leurs
études ensemble. Le voyant malade, il le laisse faire sans intervenir.
Les infirmières sont effarouchées de le voir rentrer chargé d’un grand
sac rempli de livres.
Il se dirige vers le dortoir, met les livres dans l’armoire qui est vide et
commence le premier malgré son mal de crâne, malgré ses voix et ses
visions.
Aziz constate qu’il ne sait plus lire, qu’il ne reconnaît plus les mots. Il se
dit: “Je dois tout reprendre, je dois tout réapprendre.”
Alors il se met à apprendre l’alphabet, les sons, les syllabes. Il se met à
lire les mots sans même les comprendre et cherche le sens de ceux-ci au
dictionnaire.
CHAPITRE 13

Le début est très difficile et fort contrariant. Il prend un livre,


commence à lire un thème mais il comprend autre chose qui n’a rien avoir
avec le sujet.
Aziz se dit: “je vais faire plus d’efforts et je comprendrai ce que je lis.”
Et c’est ainsi qu’Aziz commence un travail titanique. Mais la plupart du
temps, il ne parle que par peu de mots ou ne dit rien.
Les autres week-end de congés, Aziz va chez son ami Fekri qui le reçoit. Il
lui achète des livres. Ils fument ensemble des joints de haschisch.
Fekri est aussi pris par les livres, il cherche à percer le mystère de Jésus,
fils de Marie, et celui de la fin du monde.
Avec Fikri, Aziz passe de bons moments. Fikri lui parle beaucoup de ses
lectures, de ce qu’il a appris de tel ou tel écrivain et donne son opinion.
Parfois il critique amèrement tel ou tel écrivain. Comme s’il enseignait.
Aziz écoute et comprend mais ne dit mot.
Parfois ils sortent ensemble et font de longues balades. Ils achètent du
haschisch et le fument. Aziz se sent en sécurité avec Fekri. Fekri protège
son ami, lui donne du courage et la volonté de survivre.
A l’hôpital, les journées d’Aziz sont ponctuées par les prises de
médicaments, les repas et surtout par la lecture qui lui prend le plus de
temps.
Plus de quatre mois sont passés.
Il y a un changement de médecin. Maintenant c’est une femme.
Lorsqu’elle appelle Aziz pour la première fois, il a peur d’elle sans savoir
pourquoi. Elle ne lui inspire pas confiance. Alors il essaie de lui parler mais
ne sait pas ce qu’il lui dit.
Elle note tout ce que dit Aziz sans lui parler.
Chaque fois qu’elle le reçoit, elle lui augmente le traitement.
Aziz est arrivé à une prise de cinquante médicaments par jour!
Le personnel et les infirmières pensent qu’Aziz fait une fixation sur les
livres mais qu’il ne lit pas vraiment.
Mais c’est dans le livre qu’il se construit, c’est dans le livre qu’il peut se
concentrer et vivre la réalité. C’est quand il ne lit pas, qu’il se trouve dans
l’imaginaire, avec ses voix et ses visions.
Pour lui, la réalité se trouve dans le livre. Il en lit de toutes sortes:
religieux, métaphysique, psychologique, parapsychologique, philosophique,
de méditation, de soufi, des romans à portée philosophique ou
idéologique…
Il se met en quête de la sagesse, de sérénité et prie beaucoup.
Aziz se lie d’amitié avec A., une patiente qui lui donne des cigarettes
parce qu’il n’a pas d’argent et pas de visite.
Tous les jours, A. l’appelle et va à sa rencontre: “ tiens c’est pour toi.”.
Parfois elle lui donne de l’argent qu’il économise pour acheter des livres.
Aziz a de plus en plus de livres et parmi ceux-ci des livres rares. Même
qu’une infirmière lui en prend un et lui dit: “Je le recherche depuis
longtemps et je ne l’ai pas trouvé. C’est une perle rare. Où l’avez vous
trouvé?”. Elle le lui prend et ne lui rendra jamais.
La doctoresse est exaspérée, elle veut qu’Aziz parle de ses lectures mais
il n’en dit rien. Il assimile.
Une année vient de s’écouler.
Un soir, la doctoresse l’appelle et lui dit: “Monsieur Lahlou, je vais vous
envoyez au centre de nuit E. Vous verrez, vous serai bien là-bas. Mais
avant cela, je vais changer votre traitement. Je vais vous prescrire une
piqûre d’impromen retard et vous aurez une piqûre tous les 26 jours”.
A la première, Aziz vomit tout ce qu’il a dans son ventre. L’effet est trop
fort, et la façon dont elle est appliquée est douloureuse. La piqûre le
suivra jusqu’au jour où il se révoltera.
Un mois plus tard, Aziz se rend au centre de nuit E.
Pour bagages, il a plus de trois grands sacs remplis de livres et peu
d’habits.

CHAPITRE 14

E. est un lieu qu’Aziz n’aime pas trop. C’est un centre ouvert trop
anarchique. Sans discipline où les malades sont livrés à eux-mêmes.
Là encore, il se réfugie dans les bouquins et ne parle que très peu de telle
manière qu’on le laisse tranquille: les patients comme les thérapeutes.
Les patients peuvent sortir de jour comme de nuit. Il n y a pas de
répression.
Le soir, les malades s’échangent les médicaments entre eux, sortent et
reviennent le plus souvent ivres.
Parfois, ça tourne à la violence et aux disputes avec coups et blessures, à
cause de l’état d’ivresse des personnes.
Au début, Aziz ne boit pas, ne sort pas avec les patients, de nuit comme
de jour.
Il passe ses journées avec son ami Fekri. Ensemble, ils partent faire de
grandes balades ou restent à la maison à fumer des joints.
Fekri, comme toujours, instruit son ami de ses lectures et du fruit de ses
recherches sur le mystère de la fin du monde et sur celui de Jésus, fils de
Marie.
Mais c’est rare qu’ils se voient la nuit.
Les soirs, Aziz préfère les passer dans sa chambre à lire encore et
encore.
Il ne descend pas au réfectoire et reste dans son lit avec un bouquin en
main.
Tout le fatigue sauf la lecture qui lui permet d’oublier qu’il est malade et
lui permet aussi de voyager et de se relaxer.
Un soir, trois cohabitants demandent à Aziz de sortir avec eux. Il refuse.
Les autres insistent, alors Aziz accepte.
Ils lui demandent s’il connaît un endroit où l’on peut acheter du haschisch.
Il les conduit dans un café où on en vend. Ils prennent ce qu’ils veulent et
s’en retournent. Mais ce café est surveillé et le petit groupe se fait
arrêter par la police.
Ils disent à la police qu’ils sont des malades mentaux et qu’ils séjournent
au foyer E. La police mène l’enquête, vérifie qu’ils ne mentent pas et les
relâche sans aucune poursuite ni réprimande.
Ils retournent au centre, ils ont peur de ce qui peut leur arriver. Mais le
thérapeute de nuit ne leur fait aucune remarque, comme si rien ne s’était
passé.
Alors ils sortent à nouveau, vont au bistrot du quartier et commandent à
boire, de la bière, sauf Aziz qui préfère du jus d’orange.
Ils boivent, commandent une nouvelle tournée et encore une tournée. Aziz
est toujours au jus d’orange. Il se dit : “et si je buvais de la bière moi
aussi”. Il demande une bière forte, la boit, puis une seconde et encore une
troisième. Il se sent ivre, veut se lever, trébuche et dégringole sous la
table. Tout tourne autour de lui, il est sonné. Puis il a envie de vomir, il
court aux toilettes et avant même d’y arriver, tout ce qu’il a dans le
ventre sort de sa bouche en un grand jet. Il y en a partout.
Au petit matin, ils rentrent au foyer tous les quatre complètement ivres.
Au réveil, Aziz a la tête lourde avec un mal de crâne faramineux. Tout
tourne encore autour de lui. Il ne se sent pas bien dans sa peau.
Lui qui cherche la tranquillité et la sérénité…
Ce soir-là était un cauchemar éveillé.
Aziz se dit: “ je ne recommencerai plus jamais ce que j’ai fait cette nuit,
j’en suis malade.”
Aziz n’aime pas non plus la nourriture. A chaque repas, on sert du porc. Il
n’en mange pas. On sert de la bière de table qu’il ne boit pas non plus. La
bière est une contradiction pour Aziz. Il se dit: “ Avec les médicaments on
ne peut pas boire de l’alcool. Pourquoi autorisent-ils et servent-ils de la
bière ici?”. Il ne le saura jamais.
Un soir, Aziz en a marre. Au repas c’est encore de la charcuterie. Après le
dîner, il en reste encore. Aziz regarde ce qui reste, s’énerve et se jette
sur les viandes froides, les prend des deux mains et les dévorent avec
hargne.
Une des patientes veut intervenir en lui disant: “ c’est du porc”. Le
surveillant de nuit arrête la femme et laisse Aziz se goinfrer, se venger
de cette viande.
Plus tard, ce même surveillant demande à Aziz: “ combien de cafés bois-tu
par jour?”. Aziz lui rétorque: “ laisse-moi tranquille!”. Mais le surveillant
insiste.
Aziz lui répond: “quinze à vingt cafés par jour.”.
Le surveillant lui dit encore: “Et combien de sucres par café?”.
Aziz lui répond: “deux sucres par tasse.”
Le surveillant lui dit: “ça fait combien de sucres que tu prends par jour?”.
Là, Aziz reste interpellé et se dit: “il est intelligent ce garde-malade!”.
Aziz prend ce veilleur de nuit pour quelqu’un qui a besoin d’argent pour
terminer ses études. Quand il vient travailler, il vient avec son chien, un
grand chien. Aziz ne le prend pas trop au sérieux. Il s’appelle Etienne. Plus
tard, il deviendra un grand ami d’Aziz.
Aziz sort plus souvent avec son ami Fekri. Ils vont dans les parcs pour
fumer du H ou trouver la tranquillité. Mais Aziz a des bourdonnements
constants dans les oreilles et n’arrive pas à entendre le silence et cela le
gêne beaucoup.
Il interprète ce qu’il entend. Quand il ne lit pas, il est hors monde, il est
avec ses voix, dans ses visions.

L’été est là. Le foyer E. part chaque année en vacances avec les patients.
Cette année-là, les responsables offrent deux destinations: la Tunisie ou
la France.
Aziz choisit la Tunisie mais les responsables n’acceptent pas son choix et
le poussent à choisir la France.
Aziz n’accepte pas, c’est la Tunisie ou rien d’autre. Les autres qui ont
choisi la Tunisie, on ne leur a pas dit de choisir autre chose. Il est comme
les autres, un patient comme les autres.
Les thérapeutes essaient de le convaincre qu’il est préférable pour lui de
partir en France.

Aziz refuse à nouveau et leur dit: “c’est la Tunisie ou rien! Je suis un


patient comme les autres”.
Les thérapeutes refusent et lui disent que s’il ne part pas en France, il
n’ira nulle part et qu’il devra quitter le foyer pendant trois semaines
puisqu’ils seront fermés pendant ce temps-là.
Alors Aziz sort du foyer et traîne ça et là pendant les trois semaines. Il
retourne ensuite au foyer pour quelque temps encore.
Les thérapeutes ne sont plus à l’aise devant lui. Quelque temps plus tard,
son référent l’appelle dans son bureau et lui dit: ”cela fait maintenant
neuf mois que vous êtes parmi nous. En général, le séjour est de six mois.
Vous êtes restés trois mois de plus… Nous mettons fin à votre contrat et
si vous voulez le renouveler, on en discutera avec le staff.”.
Aziz est content de cette bonne nouvelle, il peut partir, il peut quitter le
foyer. Il peut enfin quitter ce lieu qu’il n’aime pas trop.
On lui laisse le temps de trouver un logement. Il en trouve un et sort de E.
avec soulagement. Il en est heureux et s’installe chez lui. C’est la
première fois qu’il a un chez lui.
CHAPITRE 15

Aziz s’installe dans son premier appartement. Son ami Fekri le rejoint,
s’installe avec lui pour ne pas le laisser seul et perdu dans la société qu’il
ne reconnaît plus. Cela fait très longtemps, trop longtemps qu’il n’en fait
plus partie.
Fekri est son aide, son confident, il le rassure, lui parle beaucoup et Aziz
écoute. Ils fument ensemble joint sur joint jusqu’à ne plus faire que ça.
Fumer, parler. Fumer, parler.
Un jour, c’est son ami Mohamed qui fait son apparition. Son sauveur vient
leur rendre visite. Il lui dit:” moi aussi je suis hospitalisé à B. à l’unité 40.
J’ai moi aussi des médicaments à prendre comme toi.”. Il dit encore: “ je
suis en congé et bientôt je serai libéré!”. Il ajoute: “ Moi aussi, j’entends
des voix et je vois aussi Jésus fils de Marie comme toi.”.
Aziz est très affligé par cette nouvelle. “ mon ami est malade comme moi.
Je suis triste d’apprendre que le plus grand des intellectuels de ce monde
est malade. Il m’a sauvé d’une mort certaine au dépend de sa santé.”.
“Allah pardonne nous” prie Aziz les larmes aux yeux.
Après sa sortie de l’hôpital, Mohamed s’installe lui aussi avec les deux
comparses. Ils sont à nouveau réunis comme la première fois. Fekri et
Mohamed discutent beaucoup de la fin du monde, du mystère du retour du
Messie et de l’heure du Jugement dernier. Aziz écoute les propos de ses
amis.

Cela ne va pas continuer ainsi. La fille de satan n’habite pas très loin de
chez lui. Elle jette son dévolu sur lui. Elle le séduit par des paroles d’une
mère qui aime son fils. Mais ce n’est que ruse malsaine. Elle l’invite à
manger à la maison, lui sourit beaucoup et lui parle avec beaucoup de
douceur. C’est pour mieux le tromper.
Pour payer le loyer et pour manger, Aziz est sous le régime du CPAS.
Chaque fois qu’il est payé, sa mère, cette satanique lui prend cinq mille
francs.
Aziz s’en plaint à son médecin mais celle-ci n’en fait rien et laisse faire
cette diablesse sans être inquiétée.
Quelques mois passent. C’est l’été. Elle le charme davantage et lui propose
de partir avec elle au Maroc. Elle lui dit: “viens avec moi au Maroc, tu
verras tu vas bien te reposer et te ressourcer. Tu verras tu seras
content”.
Ces paroles dissimulent une perfidie, une ruse dans laquelle Aziz est le
dindon de la farce.
Ils partent ensemble au Maroc. Arrivé là, ils se rendent dans la famille de
l’amant de cette satanique. Celui-ci a un oncle sorcier qui utilise la magie
noire pour faire du mal.
Devant Aziz, la satanique demande à ce sorcier d’envoûter ses enfants
pour qu’ils lui obéissent au doigt et à l’oeil.
Aziz a soif, on lui tend un verre de lait battu bien froid, il le boit d’une
traite. Quelques minutes plus tard, Aziz est assommé et s’endort.

Quelques heures plus tard, il se réveille trempé de sueur. Il a le vertige, a


envie vomir, sort de la baraque et rejette tout ce qu’il a dans l’estomac.
Il vomit trois jours d’affilé. Il se dit:” ils ont sûrement mis quelque chose
dans le lait battu.”.
Pour cette raison, Aziz les maudit en récitant des versets coraniques et
invoque la malédiction sur eux.
Aziz les scandalise sans cesse. Alors sa mère le ramène sur Tanger où elle
va lui jouer un mauvais tour.
Ils vont chez des gens qu’Aziz ne connaît pas alors qu’il aurait aimé aller
chez sa tante ou chez sa grand-mère ou chez ses cousins. Mais ils n’en
feront rien.
Arrivé chez ces gens, elle leur dit en poussant des rires stridents: “ voila
je l’ai amené avec moi. C’est aujourd’hui qu’il faut conclure.”.
Aziz ne comprend pas pourquoi elle dit ça.
Elle lui dit: “ Tu n’as qu’à dire oui à tout ce qu’on te dit et tu vas le faire.
N’est ce pas?”
Par ces paroles, Aziz sent qu’elle le menace.
Le soir venu, beaucoup d’invités arrivent comme si une grande fête se
préparait.
On installe Aziz près d’un vieux monsieur bien habillé tenant une vieille
serviette en cuir entre les mains. Il l’ouvre, fait sortir des documents et
commence par une prière. Ensuite il s’adresse à Aziz et lui dit:
“Tu te nommes Abdelaziz Lahlou, fils de Driss, fils de Taïbe Lahlou.”.
Aziz lui répond “oui”.
“Tu t’engages à épouser mademoiselle Zohra fille d’Abdelsalam…”
Aziz regarde la satanique qui lui fait signe de dire oui. Elle lui fait
comprendre qu’il est obligé de dire oui, sinon ça ira mal pour lui.
Alors Aziz dit :”oui.”.
“Vous donnez trois millions de centimes comme dote”.
“Oui”.
Ce monsieur appelle la mariée. Une femme, qu’Aziz n’a jamais vue de sa vie,
arrive.
“Tu es Zohra fille d’Abdelsalam…”.
“Oui”
“Acceptes-tu Abdelaziz fils de Driss comme mari?”.
“oui”
“Acceptes-tu la dote de trois millions de centimes?”
“Oui”
“Veillez signer les formulaires”
Ils signent tous les deux les différents formulaires.

Le vieux monsieur termine par une prière et invoque le bonheur sur le


couple.
On le paye.
Ensuite on amène le repas de noce.

Aziz est désabusé, se sent trompé et trahi mais ne dit rien.


Il est pris au piège que la fille de satan lui a tendu depuis la Belgique et
cela depuis longtemps déjà.
Deux jours plus tard, elle lui dit: “Voila tu es dans ta nouvelle famille, je
te laisse. Je pars en voyage et je viendrai te chercher pour le retour en
Belgique.”.
La vicieuse part mais ne laisse même pas un centime à Aziz. Il n’a même
pas de quoi s’acheter une cigarette.
Il ne la verra plus pendant trois semaines. Entre temps, les gens, chez qui
Aziz est resté, sont désolés pour lui et s’occupent bien de lui. Il apprend
que la femme avec qui il s’est marié se trouve en Belgique sans papiers.
Celle qui a signé l’acte de mariage est la soeur de celle-ci qui vit aussi en
Belgique mais qui est régularisée et ce depuis longtemps.
Aziz se sent doublement trompé. Il se dit: “C’est un mariage arrangé pour
une femme qui est déjà en Belgique pour la régulariser.”. Il se dit encore:
“Tu verras, je vais me venger et tu ne pourras rien me faire”.
Trois semaines plus tard, la fille de satan revient le rechercher et ils
retournent en Belgique.
Quelques jours après leur arrivée à Bruxelles, la satanique lui présente sa
“femme”.
La satanique, sa “femme” et la tante de celle-ci se mettent à obliger Aziz
à trouver un appartement pour son “couple”.
Il doit quitter l’appartement où il habite avec ses amis.
Chaque fois qu’il va visiter un appartement, sa “femme” l’accompagne.
Chaque fois, elle l’agresse et crie sur lui.
Il lui demande: “ pourquoi cries-tu comme ça?”.
Elle lui répond: “C’est ta mère qui m’a dit de faire comme ça. Elle m’a dit
qu’autrement tu ne réagis pas.”.
Aziz se dit: “ Ah bon, c’est comme ça!”.
Quelque temps plus tard, chez la satanique, tout le petit groupe est là.
Aziz se dit: ”c’est le moment.”
Puis il interroge sa “femme”. Il lui dit: “tu t’es mariée pour vivre avec moi
ou pour les papiers?”.
Elle lui répond: “ Je me suis marié avec toi pour les papiers. Tout le monde
le sait.”.
Aziz lui dit : “ D’accord”.
Il sort, prend le tram, se dirige vers T. où il restera un an pour ne pas
satisfaire cette satanique et ses acolytes.
CHAPITRE 16

A T., Aziz retrouve son dortoir, son lit qui est resté vide pour lui comme si
on attendait son retour. Comme si on savait qu’Aziz reviendrait.
Maintenant il a ses repères à l’hôpital. Et c’est à nouveau le cri des
infirmières, les files indiennes pour les prises de médicaments, les
lectures et relectures…et tout le reste du quotidien.
Cette fois-ci il se promène dans le jardin du bâtiment où se trouve un
arbre plusieurs fois centenaire.
Au début sa “femme” vient lui rendre visite et essaie de le séduire pour
qu’il termine ce qu’il a commencé. Elle lui promet plein de choses.
Aziz fait de la résistance, ne cède pas et refuse de s’engager. Il refuse
aussi de se rendre chez la satanique.
A T., il se sent chez lui et toutes les personnes qui, au début, lui
paraissaient comme des monstres, sont maintenant ses amis dans
l’infortune et dans la maladie.
Il se dit: “ ce sont tous des malades mentaux, des innocents comme moi,
ils sont mes frères dans ce monde.”.
Aziz reste souvent seul et silencieux, loin dans ses pensées et avec ses
voix qui le rassurent.
Les jours, les semaines, les mois passent dans la routine sans rien
d’extraordinaire. Médicament, médecin, lecture et la visite chez son ami
Fekri…
Après un an, l’infirmière en chef et le médecin proposent à Aziz de
quitter l’hôpital et de trouver un logement. L’infirmière propose de
s’occuper du son budget et d’ouvrir un compte sur à son nom et à celui de
T.
Aziz est d’accord et commence à chercher un logement avec l’infirmière.
Après plusieurs démarches infructueuses, l’infirmière lui déniche une
chambre garnie. Elle règle le loyer. Aziz s’installe mais il ne détient pas la
gestion de son argent. Chaque semaine il doit se rendre à T. pour avoir de
l’argent et reçoit une somme calculée selon ses besoins hebdomadaires,
sans plus. S’il dépense trop vite son argent de semaine, il doit attendre la
semaine suivante.
Dans le bâtiment où il vit il y a trop de violence. Les gens se querellent et
se battent. La police est souvent présente pour calmer les agitations.
Aziz ne se sent pas en sécurité mais il ne veut plus être hospitalisé.
Dans ce bâtiment loge un couple alcoolique qui entraîne Aziz dans la
boisson. Il s’en rend compte et ne veut plus les fréquenter.
La femme insiste et le harcèle sans cesse. Aziz, lui, ne sait pas comment
se défendre et se défaire de ce couple.
Quelques mois plus tard, son frère cadet lui rend visite et lui dit: “
pourquoi tu ne viens pas habiter avec nous? Il n’y a que Jaafar, Mohamed
et moi”. Pour quitter cette chambre où Aziz ne se sent pas en sécurité, il
accepte de cohabiter avec eux.
La vie avec ses frères est très dure, surtout avec celui qui l’a frappé et
qui cherche encore une confrontation.
Il est mal en point. Il préfère se faire hospitaliser.
Aziz est hospitalisé et reste quelques mois et ensuite sort à nouveau.
Il est encore ballotté, retourne à l’hôpital. Reste quelques mois. Sort. Il
est encore ballotté, récidive et retourne à T.
C’est comme cela pendant plusieurs années jusqu’à l’avant-dernière
hospitalisation qui est décisive.
Un jour, la satanique vient voir le médecin. Celle-ci appelle Aziz et lui dit:
“ Il faut que vous passiez ce week-end chez votre mère, cela est
important que vous alliez chez elle.”.
Aziz répond par l’affirmative et s’y rend.
Chez la satanique, le soir venu, au moment où tout le monde dort, Aziz est
saisi par un vacarme. Il entend des cris d’injures et de menaces de mort
proférés contre tout le monde et surtout contre la satanique et son
amant.
C’est la panique. La satanique crie, son amant cherche quelque chose, sort
un fusil. Aziz regarde par la fenêtre et voit ses frères déchaînés contre
tous ceux qui sont dans cette maison.
La soeur cadette qui est là aussi appelle la police. Celle-ci vient mais les
frères ont déjà disparu.
La satanique et son amant obligent Aziz à venir avec eux chez ses frères
pour les battre.
Arrivé là, la satanique reste dans la voiture, son amant sort avec une
hache et oblige Aziz à l’accompagner. Entre temps, l’amant a appelé ses
propres frères et ses amis, armés.
L’hostilité commence, des cris de mort, des injures, les coups se portent
les uns contre les autres.
Aziz ne comprend pas ce qui se passe. Il est fort agité. Il veut retourner
à l’hôpital mais c’est la nuit.
Son ennemi de frère veut encore le frapper mais cette fois-ci c’est avec
une télévision. Aziz a juste le temps d’esquiver.
Aziz se met en colère et jure de le tuer. En retournant à l’hôpital, il le dit
à son médecin.
Celle-ci trouve l’occasion et le motif d’envoyer Aziz au bâtiment B1, le
bâtiment fermé, la prison de T.
Aziz n’apprécie pas et se dit: “pourquoi elle m’enferme celle-là?”. “ C’est
mon frère qu’il faut enfermer pas moi.”. “ Elle aussi me veut du mal.”.
“Pourquoi?”.
CHAPITRE 17

A la salle fermée, Aziz fait de la résistance et refuse toute activité. Il


écrit au directeur une lettre explicative. Celui-ci vient le voir. Aziz lui
explique son désaccord: il n’accepte pas cette hospitalisation forcée.
Son médecin lui envoie un livre de biologie cellulaire.
Aziz le lit d’une traite et le lui remet. Elle l’appelle et le questionne sur sa
lecture. Aziz lui dit tout ce qu’il a appris de ce livre:
“Ce livre parle de la naissance, du développement et de la mort du tissu
cellulaire humain. Le tissu cellulaire d’un bébé n’est plus lorsque le bébé
devient plus âgé… Ce livre parle aussi de l’A.D.N. Grâce à l’A.D.N, la
science a fait un grand pas dans la recherche génétique. L’A.D.N est la
carte génétique de chaque individu…”.
Elle n’en revient pas et reste sans voix.
Un mois plus tard, le médecin le convoque, la satanique est là aussi. Le
médecin lui dit: “ votre mère aimerait que vous partiez au Maroc avec elle
en vacances. C’est une bonne nouvelle n’est ce pas!”.
La satanique se met à pleurer et lui dit: ” Viens avec moi mon fils, tu
verras, tu vas te reposer et tu te changeras les idées… Viens avec moi…”.
Et elle se remet à pleurer de toutes ses larmes.
Voyant que le médecin est d’accord, Aziz accepte de partir avec elle.
C’est le plus horrible voyage de sa vie. Il voyage dans une camionnette de
l’enfer. C’est le début de l’hiver et il n’y a pas de chauffage dans la
camionnette qui est comme un frigo.
Ce froid rappelle à Aziz les moments atroces qu’il a vécu.
Au Maroc, le tragique continue. Tout d’abord, ils se rendent chez les
sorciers. Là, Aziz fait un scandale: il veut retourner en Belgique.
Pour le faire taire, ils le ramènent à Tanger chez sa tante où la satanique
l’abandonne comme la première fois. Elle le laisse sans argent et sans
passeport.
Mais cette fois-ci, il est avec sa tante et sa cousine pour le protéger.
Trois jours après le départ de la satanique, un homme vient chez sa tante
et demande de le voir. Il dit être envoyé par sa mère. Il veut lui donner
quelque chose.
Sa tante demande à cet homme de partir. Elle lui dit qu’Aziz n’est plus là,
qu’il est retourné en Belgique et qu’il ne faut pas le chercher ici,
autrement, elle appellera la police.
Aziz ne comprend pas. Sa tante lui explique. Elle lui dit: “ Ta mère a payé
quelqu’un pour te tuer. Je l’ai entendu parler à son mari de ce projet.” Elle
lui dit encore: “ Ne sors pas d’ici, je t’apporterai tout ce que tu voudras et
ta cousine Fatima te protégera. Elle connaît beaucoup de gens qui ne
laisseront pas cet homme t’approcher.”.
Aziz reste chez sa tante plus de trois semaines. Pendant tout ce temps,
sa tante et sa cousine s’occupent de lui. Fatima lui apporte le meilleur
haschisch de Tanger, sa tante lui prépare les plats les plus délicieux.
Aziz est content d’être là bien vivant et fort gâté.
L’assassinat d’Aziz était bien prémédité par la satanique. Sa soeur qui
faisait partie du voyage le lui a confirmé. Elle a entendu la satanique et
son amant tramer l’assassinat.
Il y a aussi une histoire d’argent, qui appartenait à Aziz, que la satanique a
détourné.
Plus tard, il apprend que la satanique lui a pris tout l’argent que l’Etat lui
doit comme sécurité sociale, environ un million de francs. Et c’est à cause
de cet argent qu’il y a eu le conflit entre ses frères et leur mère. Parce
qu’elle ne leur a rien donné.
Ils ont réclamé cet argent pour eux, parce qu’ils sont ses frères et qu’ils
estiment qu’il est légitime que l’argent leur revienne.
Ils voulaient hériter de leur frère de son vivant.
C’est l’administration de T. qui a permis à la satanique de prendre ce
denier. T. a donc porté préjudice à Aziz. T. a fait du mal à Aziz.

.:.
De retour à Bruxelles, Aziz explique à son médecin que sa mère a voulu le
tuer au Maroc. Celle-ci ne prend pas ses paroles au sérieux.
Il constate qu’elle se moque de lui. Il sent la rage monté en lui, il se
révolte: “ Madame, je ne veux plus prendre votre traitement.”.
Interloquée, elle lui dit “ Comment ça vous ne voulez plus prendre de
traitement?!. Comment ça vous ne voulez plus me voir?! Allons, allons
monsieur Lahlou, calmez-vous!”
Il répète sa décision avec plus de fermeté: “ Madame, je vous dis que je
ne veux plus prendre votre traitement et que je ne veux plus vous voir.”.
Le ton monte, elle lui dit: “ Je ne vous laisse que la piqûre que vous
viendrez prendre une fois par mois.”
Aziz réitère avec encore plus de fermeté: “ Madame je vous le répète, je
ne veux plus votre traitement et je ne veux plus vous voir!”.
Elle s’énerve et lui dit sur un ton menaçant: ”Nous n’allons plus nous voir et
si vous revenez, vous allez resté ici très longtemps.”.
Aziz se sent menacé par ces paroles. La colère monte en lui. Puis c’est la
révolte qui lui prend les tripes.
Il lui dit avec rage: “ On verra ça!.”.
Aziz demande à l’infirmière de ne plus s’occuper de son argent. Il le fera
lui-même. Il dit qu’il ne reviendra plus jamais ici.
CHAPITRE 18

Sans médicament, Aziz est livré à lui-même avec la rage dans les tripes
qui l’encourage à ne pas céder.
C’est la guerre. L’Amérique déclare la guerre à l’Iraq.
Cette déclaration va chambouler Aziz. En plus elle est en directe à la
télévision.
Il entre dans une grande colère. Personne ne l’a encore vu dans cette
colère là.
Il veut être le premier mort de ce conflit injuste à ses yeux.
Et il le scande à qui veut l’entendre:“ L’Amérique va commettre le plus
grand crime depuis que la terre existe.” Il le dit et le crie dans toutes les
rues où il passe.
Il va à l’ambassade d’Iraq et leur demande de le ramener et de le mettre
le premier au premier rang. Il veut être le premier mort et le premier
témoin de ce massacre.
A l’ambassade, il est bien accueilli. On lui sert du café avec des biscuits
d’Iraq. On l’écoute.
Ensuite, une des personnes lui dit:” voyez-vous il n’est pas possible de vous
ramener en Iraq. Notre pays est en guerre et les frontières sont fermées.
Plus tard, après le conflit, nous examinerons votre demande et nous vous
accueillerons avec joie dans notre beau pays.”.
On le congédie avec politesse et diplomatie.
Il y a une personne qui rode autour de lui. Cet homme connaît Aziz depuis
qu’ils sont enfants.
Ils se rencontrent et parlent de cette guerre. Aziz lui dit que cette
guerre est un crime contre l’humanité. L’autre est d’accord et le soutient
dans sa révolte et l’encourage même.
Aziz retourne à T. et fait une grève de la faim; c’est sa dernière
hospitalisation à T.
Cette personne vient et signe une décharge en s’engageant de le prendre
chez lui.
Chez son protecteur, Aziz est interpellé par les odeurs. Il sent l’odeur de
la cigarette froide et la maison sent le musc. C’est ce contraste qui le
marque et le met mal à l’aise.
Ensuite après le repas, le protecteur demande à Aziz combien de kalif
sont reconnus par l’Islam. Il répond que l’Islam reconnaît quatre kalif et
douze imams. Comme il a appris dans les livres.
L’autre s’insurge et déclare: “c’est un mensonge. Il n’y a qu’un kalif, c’est
l’imam Ali.” Il marmonne quelques mots inaudibles.
Il déclare : “ Les trois autres sont des imposteurs qui ont trompé les
musulmans.”.
Aziz reste coi et interloqué devant ce bonhomme et se sent comme
harcelé.
Le soir même, Aziz le quitte, il sort et recommence à crier.
Un soir, Aziz demande à son ami khamkhami d’aller avec lui à l’ambassade
américaine pour leur dire ce qu’ils pensent d’eux.
Son ami accepte.
Ils commencent à crier, à scander le crime américain et à prier à haute
voix depuis la gare du Midi et ne se sont arrêtés que devant l’ambassade.
Là, Aziz se déchaîne. Il hurle que l’Antéchrist se trouve dans ces murs,
que l’Amérique est un pays criminel, que leur défaite et proche.
Une gendarme prend peur, met son fusil au point et somme Aziz:
“ N’avancez pas ou je tire.”.
Ah! Quelle belle phrase! Aziz se délecte et lui dit: “ Tirez, je veux être le
premier mort.” Il s’avance vers elle.
Elle recule et le somme à nouveau: “ N’avancez pas ou je tire!”.
Et il lui rétorque: “ Tirez, je veux être le premier mort.”.
Un autre gendarme court et baisse le fusil de sa collègue. Il lui dit
quelques mots pour la rassurer. Elle a vraiment peur.
Puis le gendarme parle à Aziz et lui dit. “ Vous avez dit ce que vous
vouliez dire, maintenant rentrez chez vous. Allez circulez.”.
Aziz et son ami, qui a eu la peur de sa vie quand il a vu la gendarme
menacer Aziz, continuent à crier et à dénoncer le crime américain.
Le manque de médicament le met de plus en plus mal à l’aise.
Il est dans la rue, n’arrête pas de crier et ne dort plus.
Il se sent pris d’une folie extrême. Et s’il ne va pas se soigner, il risque de
sombrer complètement dans la folie totale.
Alors il va aux urgences de l’hôpital B. Il est reçu par un psychiatre. Il lui
raconte ce qui lui arrive. Il dit qu’il faut qu’il se soigne.
Le médecin l’hospitalise.
C’est l’ultime hospitalisation à l’hôpital B., unité 40 chambre 7.