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D. Vermersch

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09/11/2004

ECONOMIE GENERALE, MICROECONOMIE

D. VERMERSCH

Chapitre 3 : Offre, demande, équilibre, politique corrective :

un modèle paramétrique 1

Septembre 2004

1 Ce chapitre reprend pour l’essentiel la partie I du cours d’Economie Générale de L.-P. Mahé (ENSAR) ainsi que Picard P. (1992), Eléments de microéconomie, 1. Théorie et applications, 3 ème édition, Montchrestien.

3.1.

Introduction

Au travers de l’exemple du marché immobilier, le chapitre précédent a introduit les diverses notions d’offre, de demande, d’équilibre de marché, ainsi que d’esquisser la possibilité d’une statique comparative permettant la simulation et l’analyse de politiques économiques ,tout cela dans le cadre d’une illustration graphique. Nous nous proposons ici de reprendre et d’approfondir l’analyse au moyen d’une modélisation paramétrique qui est le préalable à une analyse économétrique 2 .

3.2. Fonctions d’offre et de demande

La figure 3.1 représente les courbes d’offre et de demande dans l’espace (prix,

quantité) pour un bien marchand.

Figure 3.1 : courbes d’offre et de demande

La courbe d’offre représente la relation entre le prix et l’ensemble des quantités

offertes par les entreprises à ce prix. Ainsi, plutôt que d’offre, nous parlerons de fonction

d’offre, ce qui traduit également le fait que cette relation entre prix et quantité offerte résulte

d’un comportement d’optimisation, ce que nous verrons dans un chapitre suivant. Nous notons cette fonction : S(p) 3 qui serait donc croissante. Dans le cas précédent du marché

immobilier, nous avons supposé que l’offre était fixe à court terme du fait de la rigidité de ce

2 Econométrie : traitement mathématique de données statistiques concernant les phénomènes économiques (petit Robert) 3 S(p) provenant de Supply.

2

marché. A moyen terme cependant, on peut supposer raisonnablement qu’un prix de

location élevé contribuera à accroître l’offre ; en omettant pour l’instant la dimension

temporelle et en supposant un ajustement instantané de l’offre au prix, plus ce dernier est

élevé, plus la production est rentable, ce qui incite les entreprises à accroître leur production.

Soit donc 4 : q

s =

S(p)

=

a

+

bp

avec b > 0

La courbe de demande représente la relation entre le prix et l’ensemble des quantités demandées à ce prix, les demandeurs pouvant être des consommateurs ou des entreprises (biens intermédiaires). Ici encore, nous parlerons de fonction de demande qui serait généralement décroissante : plus le prix du bien augmente, plus la quantité demandée décroît. A l’instar de la fonction d’offre, nous parlerons plutôt de fonction de demande qui résultera, nous le verrons dans la suite, d’un comportement rationnel du consommateur. Soit

donc : q

d =

D(p)

=

c

dp

avec d > 0

Notion d’élasticité

Celle-ci caractérise la relation entre prix et quantité demandée ou offerte. Une

fonction d’offre ou de demande sera dite élastique si les quantités répondent fortement au

prix ; dans ce cas, les courbes de la figure 3.1 seront plates. A l’inverse, l’offre ou la

demande seront dites inélastiques et les courbes présenteront une pente plus forte. Afin

d’effectuer des comparaisons selon les marchés, les biens, les filières…, on exprime

l’élasticité par la dérivée logarithmique de la fonction d’offre ou de demande, soit :

e

e

s

d

= ∂

Logq

= ∂

Logq

s

d

/

Logp

/

Logp

=

bp

/

q

s

= −

dp

/

> 0

q

d

< 0

3.3. Equilibre de marché

élasticité d’offre

élasticité de demande

L’équilibre de marché est défini par l’intersection des courbes d’offre et de demande,

soit donc par les prix

p et quantité

q

= a + bp

= c dp

q

solutions de :

4 Il s’agit ici de la somme des offres individuelles :

fonction de demande.

s

q

=

n

i = 1

q

s

i

=

a

+

bp

,

a

=

i

a

i

b

=

i

b

i

idem pour la

3

soit encore :

p

=

c

a

b

+

d

et

q

=

ad

+

bc

b

+

d

dépend donc des pentes des courbes d’offre et de demande,

autrement dit des réponses des agents aux prix ; mais également des ordonnées à l’origine. Ces ordonnées « résument » d’autres variables économiques non encore représentées dans le modèle. Supposons par exemple, ceteris paribus, une récolte exceptionnelle sur le marché du blé dur, due à des conditions climatiques très favorables ; ceci peut être représenté par un choc a > 0 ce qui va entraîner :

L’équilibre (

p

,q

)

i) une baisse des prix :

p

1

=

a

b

+

d

< 0

ii) une augmentation de la quantité sur le marché :

q

d > 0

+

a

b

d

=

Ce dernier résultat peut paraître paradoxal : l’offre augmente et le prix diminue. En fait, ce mouvement ne s’inscrit pas sur la courbe elle-même mais correspond à un déplacement de la courbe suite à un choc externe. La même analyse peut s’appliquer à un choc sur la demande (figure 3.2) 5

Figure 3.2 : chocs sur l’offre et la demande

5 Sur les diverses représentations graphiques, sont figurées les courbes d’offre et de demande inverses, soit le prix en fonction de la quantité.

4

3.4.

Application du modèle 1 : qui paie la TVA ? 6

Le modèle précédent permet d’analyser l’imposition d’une taxe indirecte telle que la TVA. Si p est le prix TTC et t la taxe, les équations d’offre et de demande deviennent :

q

q

d

s

=

=

c dp

a b(p

+

t)

Autrement dit, le vendeur fait payer p pour recevoir p t . Le prix TTC qui équilibre

offre et demande est ptel que : a + bp′− bt = c dp. Soit encore :

p ′ =

c

a

b

+

d

+

b

+

b

t =

p

p

b

+ d

d

b +

p ′−

=

b

b

+

d

t

Ce qui implique :

t

<

t

L’augmentation du prix de marché est inférieure à la taxe. Le consommateur paie :

p′ > p , soit une partie de la taxe, l’autre partie étant supportée par le producteur.

Figure 3.3 : la taxe réduit les quantités échangées

6 Issu de Picard P. (1992), Eléments de microéconomie, 1. Théorie et applications, 3 ème Edition. Montchrestien

5

Nous percevons au travers de cet exemple la notion de surplus et la perte de surplus liée à l’imposition de la taxe.

3.5. Application du modèle 2 : le protectionnisme 7

C’est la politique menée par un pays qui décide de lever des barrières douanières suffisamment élevées pour empêcher toute importation d’un certain type de bien (ce peut être le cas de produits agricoles).

On suppose que la demande des consommateurs vérifie toujours :

q

s

n

et s’écrit :

q

s

n

=

a

+

bp

q

d =

c

dp

.

. En l’absence

L’offre des producteurs nationaux est notée

d’importations, le prix d’équilibre

p

0

=

c

a

b

+

d

.

et s’écrit :

= + . Lorsque les barrières douanières sont levées, l’offre totale sur le marché

1 résultant de l’égalité :

L’offre des producteurs étrangers sur le marché intérieur est notée

fp

q

s

n

s

+ q , ce qui conduit à un prix d’équilibre

e

p

s

q e

q

s

e

e

intérieur est égale à

q

d

= q

s

n

+ q

s

e

et tel que

p

1

=

c

a

e

b

+

f

+

d

Il nous faut supposer également que le prix minimal auquel les producteurs étrangers acceptent d’offrir le bien sur le marché intérieur est inférieur au prix d’équilibre de l’économie domestique (ou autarcique). Sinon, il est clair que l’abolition des barrières laisserait échangé

. D’où la

l’équilibre domestique. Ce prix minimal correspond à q

s

e

= e + fp > 0

soit

e

f

p

min

= −

condition :

e . Il est facile de vérifier alors que
f

c

a

<

b

+

d

p

1

<

p

0

L’ouverture du marché domestique à la concurrence des produits importés de l’étranger conduit donc à une baisse des prix. Comme l’indique la figure 3.4, les quantités échangées augmentent mais la quantité offerte par les entreprises nationales diminue. Il est clair également que les consommateurs bénéficient de cette libéralisation des échanges.

7 ibid.

6

Figure 3.4 : la levée du protectionnisme accroît les quantités échangées

7