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RB. 2010 - T. 117-3 (pp. 345-360). PRIÈRES DE MANASSÉ 3 4 5 PRIÈRES DE

RB. 2010 - T. 117-3 (pp. 345-360). PRIÈRES DE MANASSÉ

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PRIÈRES DE MANASSÉ (2 CH 33,13* ∞∞ ; TSK 1.144* ∞∞ ; 4 Q 381)

PAR

Étienne NODET, o. p.

École biblique, POB 19053 Jérusalem-IL nodet@ebaf.edu

RÉ S U M É

Flavius Josèphe a connu une forme de 2 Ch 33,13s qui incluait la Prière du roi Manassé . Elle s’est conservée ailleurs sous diverses formes, en grec, en syriaque et en hébreu.

sous diverses formes, en grec, en syriaque et en hébreu. S UMMARY Josephus Flavius used a

SUMMARY

Josephus Flavius used a version of 2 Ch 33 ∞∞ :13f including the Prayer of King Manasseh , which is known from other sources in Greek, Syriac and Hebrew.

I

Selon 2 Ch 33 ∞∞:11-17, le roi Manassé, fils d’Ézéchias, connut l’exil en réponse à sa perversité (rapportée parallèlement en 2 R 21,1-16 et 2 Ch 33,1-10). Dans sa détresse il pria Dieu, qui l’exauça ∞∞ ; renvoyé à Jérusalem, il ôta les idoles qu’il avait faites puis mena ensuite une vie exemplaire. Les v. 18-19 indiquent que sa prière, qui n’est pas citée fut conservée dans les archives royales et chez certains prophètes. Par ailleurs, il existe une Prière de Manassé, réputée canonique dans le monde orthodoxe, qui figure aussi dans un recueil d’hymnes annexé à la LXX. Ses plus anciens témoins connus sont des ouvrages chrétiens pos- térieurs au II e siècle. Elle passe pour une composition tardive destinée à combler la lacune de 2 Ch. L’objet de cette note est de montrer qu’il s’agit d’une œuvre

93723_03_Nodetà combler la lacune de 2 Ch. L’objet de cette note est de montrer qu’il s’agit

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06-29-2010, 10:57 à combler la lacune de 2 Ch. L’objet de cette note est de montrer qu’il s’agit

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juive, et de plus qu’elle figurait dans la forme hébraïque des Chroniques qu’a connue Flavius Josèphe.

hébraïque des Chroniques qu’a connue Flavius Josèphe. II Le plus ancien témoin de la Prière est

II

Le plus ancien témoin de la Prière est la Didascalie des Apôtres, composée en grec, mais conservée seulement dans une traduction syria- que du IV e siècle et par des fragments latins. Dans le cadre d’une exhor- tation aux évêques, l’auteur prend l’exemple du roi Manassé, le criminel repenti. Il en raconte toute l’histoire, d’après 2 R 21,1-18 et 2 Ch 33,1- 20, cités expressément, et il insère la prière après « ∞∞ et il le pria ∞∞» de 2 Ch 33,13. Toute l’exhortation est reprise dans les Constitutions Apos- toliques 2.22.3-18, ouvrage en grec daté du IV e siècle et bien conservé 1 . La Prière est un psaume de repentance prononcé par le pire des rois de Juda ∞∞ ; elle prend sens en considérant d’abord ses méfaits, puis son com- portement après sa conversion, ce qui explique la présentation de la Didascalie, qui donne le contexte narratif. Le texte grec 2 de la Prière, sans récit englobant, est donné avec de menues variantes par divers mss de la LXX, parmi d’autres hymnes 3 (cf. Rahlfs, II ∞∞:180-181 « ∞∞ Ode 12 ∞∞ », ci-après PM, avec sa division en versets). On peut la décrire en quatre parties, ou quatre moments. a) PM 1-5, une invocation au « ∞∞ Seigneur, Dieu de nos pères, d’Abra- ham, Isaac, Jacob et de leur juste postérité ∞∞», qui est aussi l’auteur d’une Création somptueuse devant qui tout tremble.

1 Les textes sont donnés par F.-Xavier F UNK, Didascalia et Constitutiones Aposto- lorum , Torino, Bodega d’Erasmo, 1979 (original 1905), I∞∞:81-89, qui signale d’autres attestations anciennes. Pour les légendes relatives à Manassé, cf. Louis G INZBERG, The Legends of the Jews , Philadelphia, 1909-1938, IV∞∞:277-281 et VI∞∞:370-376. Une discus- sion du sens des récits est donnée par Innocent HIMBAZA, Le roi Manassé. Héritage et conflit du pardon (Essais bibliques, 40), Genève, Labor et Fides, 2006.

2 Diverses versions sont signalées par Albert-M. D ENIS, Introduction aux Pseud- épigraphes grecs de l’Ancien testament, Leiden, Brill, 1970, p. 177-181.

3 Une présentation et une double traduction (littéraire et littérale) sont données par James H. CHARLESWORTH, « ∞∞ Prayer of Manasseh ∞∞ », dans ∞∞ : James H. CHARLESWORTH (Ed.), The Old Testament Pseudepigrapha, New York, Doubleday, 1985, II∞∞ :725-638. Eva OSWALD, « ∞∞ Das Gebet Manasses ∞∞ », dans ∞∞ : Werner G. KÜ MMEL, Poetische Schriften (Jüdische Schriften aus Hellenistisch-römischer Zeit, IV/1-3), Gütersloh, Gerd Mohn, 1974-1983, p. 15-28, donne aussi une présentation critique et une traduction. L’un et l’autre se fondent sur le syriaque de la Didascalie comme étant le plus ancien ∞∞ ; il con- serve des traces de sémitismes. C’est cependant une traduction du grec, ce qui atténue l’argument. Les écarts entre les différentes versions n’affectent ni le sens général ni les détails thématiques ∞∞ ; outre de menues nuances, il y a des ajouts ou omissions de stiques entiers ∞∞ : la Prière est redondante et rythmée, il s’agit de répétitions (ajoutées ou omises), probablement dues à un usage liturgique.

93723_03_Nodetil s’agit de répétitions (ajoutées ou omises), probablement dues à un usage liturgique. 346 06-29-2010, 10:57

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06-29-2010, 10:57 rythmée, il s’agit de répétitions (ajoutées ou omises), probablement dues à un usage liturgique. 93723_03_Nodet 346

PRIÈRES DE MANASSÉ 3 4 7 b) PM 6-8, une louange de l’infinie miséricorde divine

PRIÈRES DE MANASSÉ

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b) PM 6-8, une louange de l’infinie miséricorde divine envers qui-

conque se repent. Dieu met une « ∞∞ invitation à la conversion, au repen-

tir ∞∞» ( metánoia) comme salut pour les pécheurs, c’est-à-dire une épreuve salutaire. Dieu n’a pas fixé de « ∞∞ repentir ∞∞ » pour les justes ( oûk

qou metánoian dikaíoiv ), comme Abraham, Isaac et Jacob, qui n’ont

pas péché, mais il en mis un à Manassé. Le sens de metánoia ici se retrouve en Sg 12,19 ou Si 44,16 ∞∞ ; il faut soupçonner un hébraïsme (cf. §V ci-après). Dans le NT, le terme désigne le repentir proprement dit (Mt 3,6 ∞∞; Lc 5,32 ∞∞; 24,47 ∞∞ ; Rm 2,4), et non une invitation externe. CA §12 et la Didascalie ajoutent deux phrases, qui sont peut-être un

doublet ∞∞: « ∞∞Car toi, Dieu, selon la bienveillance de ta bonté, tu as promis une “ ∞∞ remise de conversion ∞∞” ( metanoíav ãfesin) aux pécheurs. Et dans l’immensité de tes compassions tu as fixé un “ ∞∞repentir ∞∞ ” (metá- noian ) aux pécheurs pour le salut. ∞∞ »

c) PM 9-13, Manassé, lié par une « ∞∞ multitude de chaînes de fer ∞∞ », et

sans force « ∞∞pour relever la tête ∞∞ », reconnaît le sens de son épreuve et

confesse longuement son péché d’idolâtrie (où il a entraîné le peuple). Il supplie Dieu de lui pardonner, avec des expressions typiques ∞∞ : « ∞∞ Ne me détruis pas avec mes péchés∞∞», « ∞∞ Ne me bannis pas aux profondeurs de

la terre∞∞ ». Les « ∞∞ chaînes de fer ∞∞ » désignent à la fois l’emprisonnement ∞∞ ». Les « ∞∞chaînes de fer ∞∞» désignent à la fois l’emprisonnement et par métaphore l’oppression morale. Dans la finale « ∞∞ car tu es, Seigneur, le Dieu des repentants (metanooúntwn) ∞∞ », la metánoia reprend le sens usuel dans le NT ∞∞ ; c’est peut-être une glose.

d) PM 11 présente une expression remarquable klínw gónu kardíav

( mou) « ∞∞j’incline le genou de mon cœur ∞∞». La métaphore est forcée,

mais en hébreu elle est naturelle avec le verbe ענכ « ∞∞ se prosterner, flé- chir le genou ∞∞» (1 R 21,29 ∞∞; 2 R 22,19 ∞∞ ; neuf fois dans les 1-2Ch ∞∞ ; 1 QS

10 ∞∞:26). En particulier, il se trouve en 2 Ch 33,12.19 pour caractériser

l’humilité de Manassé (LXX v. 11 seul êtapeinÉqj ). On aurait ici un hébreu ישפנ ענכא ou יבל ענכא traduit mécaniquement.

e) PM 14, certain d’être entendu («∞∞en moi tu manifesteras ta bonté∞∞»),

Manassé s’engage à la louange perpétuelle « ∞∞ tous les jours de sa vie∞∞ », en union avec le chœur céleste. On a relevé que la Prière a le style de la LXX et qu’elle est constellée d’allusions bibliques, non sans contacts avec l’apocalyptique tardive. Rien ne s’oppose a priori à ce qu’elle ait d’abord été composée en hé- breu, d’autant plus qu’on a relevé des traces d’hébraïsmes. La thémati- que est juive, sans allusion proprement chrétienne 4 ∞∞ : le « ∞∞ Dieu de nos

4 La revue la plus récente des opinions est donnée par Reimund L EICHT, « ∞∞ The

93723_03_Nodetnos 4 La revue la plus récente des opinions est donnée par Reimund L EICHT ,

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06-29-2010, 10:57 de nos 4 La revue la plus récente des opinions est donnée par Reimund L EICHT

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pères et de leur juste postérité∞∞ » ∞∞ ; le seul péché majeur est l’idolâtrie (les patriarches n’ont pas péché) ∞∞ ; la damnation comme disparition dans lles

« ∞∞profondeurs de la terre ∞∞ » (cf. Tb 13,2 ∞∞ ; Ps 139,5). Cependant, on ne peut entièrement exclure que ce soit une composi- tion chrétienne finement intégrée au contexte de 2 Ch, faite par un bon connaisseur de la LXX 5 . Quant aux thèmes développés, on peut obser- ver que Clément de Rome parle de « ∞∞ notre père Abraham ∞∞ » (31 ∞∞ :2) et identifie l’Église avec l’Israël biblique (29 ∞∞ :1-3). Pour avancer, il faut considérer le contexte le plus ancien dans lequel la Prière a été transmise. Elle figure isolée dans des listes d’hymnes apparentées à la LXX, comme bien d’autres pièces bibliques poétiques, mais cela ne prouve pas qu’elle ait été composée isolément.

cela ne prouve pas qu’elle ait été composée isolément. I I I Le récit encadrant la

I I I

Le récit encadrant la prière combine 2 R 21,1-18 et 2 Ch 33,1-20 lors- qu’ils sont parallèles, et juxtapose les parties propres ∞∞; certains détails ne sont pas bibliques, et quelques singularités textuelles méritent exa- men. Voici l’essentiel de ces écarts. a) CA §4-8a reprend les récits parallèles 2 R 21 ∞∞ :1-10 et 2 Ch 33,1- 10, sur la chronologie et les méfaits de Manassé∞∞ : les détails divergents des deux sources sont additionnés, ce qui donne des effets de doublets. Le texte suit la LXX, avec de menues différences ∞∞ :

– 2 R 21,1 uïòv dÉdeka êt¬n Manass±v, CA uïòv Manass±v dwdekaetßv « ∞∞le fils Manassé avait 12 ans ∞∞ » ∞∞ ; le sémitisme n’est pas perçu, mais le v. précédent a mentionné Ézéchias, père de Ma- nassé, et on peut comprendre qu’il s’agit ici de son fils. La Didas- calie ne commet pas l’erreur (filius erat duodecim annorum Manasses).

Ibid. Eciba Hephçiba, mère de Manassé, LXX Oc (e ) iba, Aciba , Ofsiba, Luc. Eciba.

– 2 R 21,4 et 2 Ch 33,4 « ∞∞ Et il construisit des autels dans la maison de Yhwh, où (lit. “ ∞∞que ∞∞ ”) Yhwh avait dit∞∞ : À Jérusalem je mettrai

Prayer of Manasseh ∞∞ », dans∞∞ : Pieter W. VAN DER HORST & Judith H. NEWMAN, Early Jewish Prayers in Greek , Berlin – New York, Walter de Gruyter, 2008, p. 145-180 ∞∞ ; les plus anciens commentateurs ont cru que la Prière avait été composée par l’auteur de la Didascalie . 5 Telle est la prudence de James R. D AVILA, « ∞∞ Is the Prayer of Manasseh a Jewish Work ∞∞ ? ∞∞ », dans∞∞ : Lynn L I DONNICI & Andrea L IBER (Ed.), Heavenly Tablets (JSJ Suppl., 119), Leiden, Brill, 2007, p. 75-85.

93723_03_Nodet& Andrea L IBER (Ed.), Heavenly Tablets (JSJ Suppl., 119), Leiden, Brill, 2007, p. 75-85. 348

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06-29-2010, 10:57 & Andrea L IBER (Ed.), Heavenly Tablets (JSJ Suppl., 119), Leiden, Brill, 2007, p. 75-85. 93723_03_Nodet

PRIÈRES DE MANASSÉ 3 4 9 (2 Ch “ ∞∞ sera ∞∞ ”) mon nom

PRIÈRES DE MANASSÉ

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(2 Ch “ ∞∞ sera∞∞”) mon nom (2 Ch + “ ∞∞pour toujours ∞∞ םלועל , LXX

eîv tòn aî¬na ) ∞∞ ». 2 R LXX rend « ∞∞ Et il construisit… comme (Üv) il dit ∞∞: À Jérusalem je mettrai mon nom ∞∞», de sens ambigu. CA comprend, en fusionnant des versets ∞∞ : « ∞∞ Manassé construisit des autels à Baal (t±Ç Baal ) et dit∞∞ : Mon nom sera pour toujours ∞∞ ; en

fait, cette phrase est un doublet, car elle est ajoutée après la traduc-

tion plus précise de 2 Ch.

2

R 21,6a et 2 Ch 33,6a « ∞∞ et il fit passer ses fils (2 R TM

∞∞ son fils∞∞”) au feu ∞∞» ∞∞; 2 Ch ajoute « ∞∞ dans la vallée de Ben-Hinnom (םנה ןב יגב , LXX ên Ge - bane- ennom, de ‘ ה ינב ב, cf. de même 23,10 TM) ∞∞». CA met Ge Benennom , dépendant d’un sing. comme le TM ici, contre la LXX.

Ibid. « ∞∞et il fit des instruments de nécromancie et de divination (םינועדיו בוא ) ∞∞ ». La LXX rend différemment ces termes en 2 R et

2

Ch. CA additionne le tout et ajoute kaì qerafein (ou -feim),

transcription de םיפרתו∞∞; le terme figure dans la liste très semblable

des activités idolâtriques que Josias abolit ensuite (2 R 23,24).

On discerne donc des traces de diverses phases de transmission, soit, en remontant dans le temps∞∞ : un état ultime, proprement grec, avec l’erreur sur « de transmission, soit, en remontant dans le temps ∞∞ ∞∞ fils ∞∞ » ainsi que de ∞∞fils∞∞» ainsi que de menues retouches stylistiques ∞∞ ; aupara- vant, il y eut une fusion des formes grecques de 2 R et 2 Ch ∞∞; enfin, ces formes paraissent avoir gardé des traces d’un hébreu distinct du TM, soit de 2 R, soit de 2 Ch. b) Oracle des prophètes. CA §8b-9 suit 2 R 21 ∞∞ :11-16, sans parallèle dans 2 Ch, avec quelques écarts par rapports à la LXX.

2

R 21 ∞∞:12 « ∞∞C’est pourquoi (ןכל, LXX oûx oÀtwv ∞∞pas ainsi∞∞ ”,

de ןכ אל, cf. Gn 48,18) ainsi parle Yhwh ∞∞». La confusion entre ןכל

et ןכאל ( ןכאל) n’est pas rare, et peut donner un sens étrange (cf. Gn

 

4,15

LXX, etc.). C’est le cas ici, et CA a simplement omis les mots

 

oûx oÀtwv, ce qui indique une dépendance de la LXX ∞∞; une déri-

vation de l’hébreu aurait donné dià toÕto, comme Aq. et Sym. (cf. aussi Jg 10,13 etc.).

2

R 21 ∞∞:13 « ∞∞je nettoierai Jérusalem comme on nettoie un plat

(תחלצה תא החמי , LXX âlábastrov âpaleifómenov ∞∞vase es- suyé, effacé ∞∞”, Orig. puzíon ∞∞tablette ∞∞ ”, cf. Is 30,8) ∞∞ ». Le mot rare תחלצ paraît désigner un ustensile (récipient), et se combine mal

avec החמ « ∞∞abolir, effacer ∞∞». CA met puzíon comme Orig., ce qui

donne un sens, mais la Didascalie met alabastrus, conforme à la

LXX ∞∞; il s’agit donc d’un aménagement du grec.

93723_03_Nodetmet alabastrus , conforme à la LXX ∞∞ ; il s’agit donc d’un aménagement du grec.

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06-29-2010, 10:57 met alabastrus , conforme à la LXX ∞∞ ; il s’agit donc d’un aménagement du grec.

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3 5 0 ÉTIENNE NODET 93723_03_Nodet – 2 R 21 ∞∞ :14 « ∞∞ Et je

93723_03_Nodet3 5 0 ÉTIENNE NODET – 2 R 21 ∞∞ :14 « ∞∞ Et je rejetterai

– 2 R 21 ∞∞:14 « ∞∞Et je rejetterai ( יתשטנו, LXX âpÉsomai) le reste de mon héritage, je les livrerai (םיתתנו , LXX paradÉsw ) ∞∞ ». Pour le premier verbe, CA met âpodÉsomai, plus usuel et de sens analo- gue ∞∞; il y a peut-être une influence du second, qui est rendu comme dans la LXX.

– 2 R 21 ∞∞:14 « ∞∞leurs pères sont sortis d’Égypte∞∞ ». La Didascalie rend de même, mais CA met « ∞∞ de terre d’Égypte∞∞ », formule usuelle.

Ces différences sont infime. Il s’agit de petites altérations de la LXX,

dues surtout à des copistes postérieurs à l’exemplaire utilisé par la Di- dascalie . Ils ne concernent que 2 R.

c) CA §10a suit 2 Ch 33,11 sans parallèle dans 2 R ∞∞: « ∞∞ Et Yhwh fit

venir contre eux les chefs de l’armée du roi d’Assur et ils capturèrent

Manassé avec des crocs ( םיחחב, LXX ên desmo⁄v ), le lièrent par des entraves de bronze ( םיתשחנב, LXX ên pédaiv ∞∞dans des entraves ∞∞”) et l’emmenèrent à Babylone ∞∞ ». À côté de menues différences purement grammaticales, on note un écart significatif ∞∞ : pour םיתשחנב, CA met ên pédaiv xalka⁄v, ce qui ne correspond ni à 2 Ch ici, ni à 2 R 25,7, mais bien à la traduction qu’on rencontre ailleurs (Jg 16,21) et même au voisinage (2 Ch 36,6). Le pas- sage correspond largement à la LXX, mais il reste une trace de traduc- tion indépendante de l’hébreu de 2 Ch.

d) CA §10b ajoute à ce point un verset ∞∞: « ∞∞ Et il était lié et bardé de

fer ( katasesidjrwménov), seul dans la maison de garde, et du pain fait de son ( êk pitúrwn ãrtov) lui était donné en petite mesure, et de l’eau avec vinaigre en petite quantité, pour qu’il vive, et il était opprimé et très affligé. ∞∞» Le verbe katasidjr¬ est rare. Son sens militaire est

« ∞∞renforcer, garnir de fer ∞∞ » (Diodore, Bibl. histor. 13.54.7 ∞∞ ; Biton, Ma- chines de siège §4). En Test. Salomon 9 ∞∞ :10 il est employé pour décrire l’arraisonnement par le démon Samaël. Il s’agit d’un développement sur les « ∞∞chaînes de fer ∞∞» de PM 9, en omettant le sens métaphorique. Il faut observer que selon le Martyre d’Isaïe §1 c’est le démon Samaël qui dès la mort d’Ézéchias s’établit sur Manassé∞∞ ; barder de fer Manassé revien- drait donc à en faire autant à Samaël. Le style et le vocabulaire de ce verset ne se rattachent ni à la Bible, ni à Josèphe ∞∞; la mention de vinaigre dans l’eau ne suggère que de loin une réminiscence de Ps 69,22, mais non de Rt 2,14 (« ∞∞ trempe ton pain dans le vinaigre ∞∞»). En outre, il y a une tension entre les « ∞∞ entraves de bronze ∞∞» et le « ∞∞bardage de fer ∞∞ ». Il faut donc considérer que la phrase est un développement annexe, en écho de PM 10 « ∞∞ enchaîné de fer ∞∞ ».

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06-29-2010, 10:57 considérer que la phrase est un développement annexe, en écho de PM 10 « ∞∞ enchaîné

PRIÈRES DE MANASSÉ 3 5 1 e) CA §11a reprend 2 Ch 33,12 avec un

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e) CA §11a reprend 2 Ch 33,12 avec un écart∞∞ : « ∞∞ Et comme il était

opprimé ( ול רצהכו, LXX kaì Üv êqlíbj, CA + biaíwv ∞∞violem- ment ∞∞”) ∞∞». L’expression biaíwv qlíbw et ses dérivés, inconnus de la Bible, se rencontrent dans des textes médicaux anciens pour désigner une forte oppression physique. Ici, il faut supposer une simple ornemen-

tation littéraire, de la même veine que l’ajout précédent (l’oppression du fer).

f) 2 Ch 33 ∞∞:13a « ∞∞Et il le pria et cela lui fut accordé ( ול רתעיו) et il

exauça sa supplication (ותנחת , LXX bo±v ) et il le ramena à Jérusalem dans son royaume ∞∞». CA présente deux modifications majeures et une

plus modeste.

présente deux modifications majeures et une plus modeste. – Après « ∞∞ et il pria ∞∞

Après « ∞∞et il pria ∞∞ » CA §12-14 ajoute « ∞∞ le Seigneur Dieu, disant∞∞ », puis vient la prière (§II ci-dessus).

Après la prière, CA §15a rend différemment 2 Ch 33 ∞∞ :13a ∞∞: « ∞∞ Et le Seigneur exauça sa voix ( fwn±v) et le prit en pitié (Öçkteí- rjsen) ∞∞ ». CA et 2 Ch LXX paraissent traduire indépendamment ותנחת, mais ont peut-être lu ולוק∞∞ ; de plus, le verbe Öçkteírjsen , en hébreu ןנח , garde peut-être un écho de ותנחת , auquel cas il s’agi- rait d’une double traduction issue d’une glose. Il y a donc ici un autre petit indice que CA reflète une traduction d’un hébreu de 2 Ch légèrement différent du TM.

Ensuite (avant « ∞∞et il le ramena∞∞ »), CA ajoute un récit de miracle ∞∞:

∞∞Et il y eut autour de lui une flamme de feu, et tous les fers autour de lui fondirent, et le Seigneur guérit Manassé de son oppres- sion. ∞∞» L’épisode est a rattacher à l’addition sur les conditions de détentions de Manassé (bardé de fer).

«

g)

CA §16 reprend 2 Ch 33,13b (« ∞∞ Et Manassé sut que Yhwh est

Dieu ∞∞ ») puis ajoute « ∞∞ et il révéra le seul Seigneur Dieu de tout son cœur et de toute son âme, tous les jours de sa vie, et il fut considéré comme juste ( êlogísqj díkaiov ) ∞∞ ». Il y a une allusion transparente au

Shema Israël (Dt 6,4) ainsi qu’à une réputation posthume. La Didasca- lie omet la suite (v. 14-19) et conclut avec 2 Ch 33,20 sur la mort de

Manassé. Ici, le détail significatif est que dans sa paraphrase biblique, Josèphe dit aussi, mais avec une réticence manifeste, que Manassé fut considéré comme juste. Ce point est examiné plus loin. (§IV).

h) Ensuite, CA §17-18 reprend 2 Ch 33,15-16.20, c’est-à-dire omet

les v. 14 (travaux publics de Manassé), 17 (sur le maintien des hauts

lieux, mais dédiés à Yhwh) et 18-19 (archives incluant les actes de

93723_03_Nodet17 (sur le maintien des hauts lieux, mais dédiés à Yhwh) et 18-19 (archives incluant les

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06-29-2010, 10:57 17 (sur le maintien des hauts lieux, mais dédiés à Yhwh) et 18-19 (archives incluant les

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Manassé et sa prière). Le texte est conforme à la LXX, sauf sur deux points ∞∞:

– 2 Ch 33,15 « ∞∞Et il ôta… tous les autels qu’il avait construits sur la montagne de la maison de Yhwh et à Jérusalem et il jeta (ךלשיו ,

LXX om., Luc. êzébalen ) hors de la ville ∞∞». La LXX dit que

Manassé avait bâti des autels hors de Jérusalem ∞∞; c’est cohérent

avec la suite, car selon le v. 17 le peuple continue à fréquenter les

hauts lieux, mais c’est Yhwh qu’il y adore. Ici, CA lit comme TM

mais c’est Yhwh qu’il y adore. Ici, CA lit comme TM (ou Luc.). – Il faut

(ou Luc.).

– Il faut noter que le récit s’achève sur la mort de Manassé et l’intro- nisation de son fils Amôn, sans mention des archives ∞∞; cela pour- rait être une omission délibérée, puisque la Prière est citée.

Le résultat d’ensemble de cet examen est que la fusion de 2 R et 2 Ch s’est faite selon un processus précis ∞∞: il y avait d’abord un ensemble formé de la prière encadrée d’un récit analogue à 2 Ch, mais dérivant d’un hébreu légèrement différent∞∞ ; ensuite furent ajoutés, certainement en grec, les éléments sur le bardage de fer et le miracle, qui sont liés à la prière et à 2 Ch ∞∞; enfin, le tout fut consolidé par l’introduction du récit parallèle de 2 R LXX. Cette dernière opération peut être attribuée à l’auteur de la Didascalie, et peut-être aussi la précédente, mais il faut considérer que l’ensemble formé du récit de 2 Ch et de la prière lui est antérieur. À ce stade, on ne peut conclure si la forme de 2 Ch utilisée incluait la Prière ou si celle-ci provenait d’un document annexe.

IV

Dans sa paraphrase biblique, Josèphe rapporte les méfaits de Manassé et l’intervention des prophètes, puis sa capture, sa supplication, son re- tour et sa vie exemplaire ensuite ( AJ 10 ∞∞ :37-46). Selon sa manière un peu approximative, il combine manifestement 2 R 21,1-18 et 2 Ch 33,1- 20, mais avec quelques additions. a) La plus caractéristique est la conclusion, après les réformes à Jéru- salem (§45) ∞∞:

Dans tous ces aspects, il fut vraiment transformé ( metabol±Ç xrjsámenov ) et passa ainsi le reste de sa vie, au point d’être considéré ( logihómenov ) comme bienheureux ( makaristóv) et envié ( hjlwtóv) à partir du moment où il commença à révérer Dieu.

Josèphe a composé un discours d’adieu de Moïse aux Israélites, où il les exhorte à la fidélité ∞∞ ; ils seront alors « ∞∞ bienheureux et enviés de

93723_03_Nodetil les exhorte à la fidélité ∞∞ ; ils seront alors « ∞∞ bienheureux et enviés

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06-29-2010, 10:57 où il les exhorte à la fidélité ∞∞ ; ils seront alors « ∞∞ bienheureux et

PRIÈRES DE MANASSÉ 3 5 3 tous ∞∞ » ( makaristoì kaì hjlwtoì p¢sin ,
PRIÈRES DE MANASSÉ 3 5 3 tous ∞∞ » ( makaristoì kaì hjlwtoì p¢sin ,

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tous∞∞» ( makaristoì kaì hjlwtoì p¢sin, AJ 4 ∞∞ :180). Dans le récit fleuri de la conversion au judaïsme du roi Izatès d’Adiabène (vers 45), Josè- phe met aussi ces adjectifs pour qualifier la conduite exemplaire du roi ( AJ 20 ∞∞:49). Ici, on voit Josèphe un peu gêné d’une telle qualification globale pour un roi qui a mal commencé. On voit ailleurs qu’il opère des censures ∞∞; par exemple, en AJ 10 ∞∞ :25, il a omis le moment d’orgueil d’Ézéchias (2 Ch 32 ∞∞:24-29), puisque c’est un bon roi. Il est donc lié ici par une source∞∞ : ce ne peut être que le complément de 2 Ch 33,13 donné en CA §16 « ∞∞et il fut considéré comme juste ∞∞ ». Josèphe a donc eu accès au contexte de la Prière tel que rapporté par CA (forme différente de 2 Ch). b) Ce contact établi, d’autres détails sur l’attitude de Manassé pren- nent sens (§42-43) ∞∞:

Revenu à Jérusalem, il s’efforça d’ôter de son esprit, si c’était possible, le souvenir de ses anciennes fautes envers Dieu ∞∞ ; il voulait s’en repentir ( metabouleúein) et lui manifester la plus grande révérence (daiside- moníaç ) . Il sanctifia le temple et purifia la ville, et ensuite il ne voulut plus que rendre grâce ( xárin ) à Dieu pour son salut (swtjríav ) et obtenir sa faveur pour toute sa vie. Il enseigna au peuple à faire de même, ayant com- pris à quel point l’attitude opposée avait failli l’entraîner à la catastrophe

On retrouve un autre écho du complément de 2 Ch 33,13 selon CA §16 « ∞∞et il révéra le seul Seigneur […] tous les jours de sa vie∞∞ ». La volonté de le faire est exprimée dans la Prière (PM 14). Le « ∞∞ souvenir des anciennes fautes ∞∞», difficile à ôter, est un écho de PM 9, où Ma- nassé, écrasé par son péché, se voit lié par des « ∞∞ chaînes de fer ∞∞ », en un sens métaphorique. Enfin, la « ∞∞ découverte ∞∞ » des conséquences de l’im- piété correspond aux « ∞∞épreuves salutaires ∞∞ » ( metánoia) de PM 8, dont Abraham, Isaac et Jacob n’ont pas eu besoin. Si l’on remarque que Josèphe ne rapporte jamais directement les priè- res bibliques (peu auparavant, en AJ 10 ∞∞ :16, il a omis la longue prière d’Ézéchias de 2 R 19 ∞∞:14-19, adressée au Dieu créateur), on peut con- clure fermement qu’il a connu non seulement le contexte de la Prière, mais aussi son contenu. Cela formait donc un ensemble analogue à ce que donnent la Didascalie et CA, mais on ne trouve aucune analogie de vocabulaire grec. Il y a quelques indices qu’il n’a pas connu l’affaire du bardage de fer. On ne peut encore savoir s’il utilisait un document séparé ou si telle était la forme de 2 Ch qu’il lisait. La question de la langue d’un tel document reste à préciser, mais on a discerné des indices d’hébraïsmes, et il faut souligner que dans sa narra- tion proprement biblique (livres 1-10) Josèphe utilise exclusivement des

93723_03_Nodetque dans sa narra- tion proprement biblique (livres 1-10) Josèphe utilise exclusivement des 353 06-29-2010, 10:57

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06-29-2010, 10:57 souligner que dans sa narra- tion proprement biblique (livres 1-10) Josèphe utilise exclusivement des 93723_03_Nodet 353

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sources hébraïques, comme il le dit lui-même ( AJ 1 ∞∞ :5, 9 ∞∞ :208, 10 ∞∞ :218, CAp 1 ∞∞:54). L’examen de son texte permet de le vérifier, en particulier pour les noms propres∞∞; l’hébreu qu’il suit, distinct du TM, a par ailleurs des contacts nets avec la source de la LXX 6 . Voici un échantillon, pris au voisinage du passage étudié (en suivant l’ordre des Antiquités).

– R 9,13 לובכ ץרא terre de Kabul, LXX-Luc. ºrion frontière (de לובג), AJ

2

8

∞∞ :142 XabalÑn g± terre des Kabulites.

– 2 Ch 11,17 וכוש, LXX-Luc. Sokxwq , Soko (en Juda, cf. Jos 15 ∞∞ :35) ∞∞ ; AJ

, Soko (en Juda, cf. Jos 15 ∞∞ :35) ∞∞ ; AJ 8 ∞∞ :241 SwxÉ

8 ∞∞ :241 SwxÉ.

– 2 R 11,1+ et 2 Ch 22,11+ והילתע , הילתע , LXX et Luc. Goqolia , Athalie (reine) ∞∞ ; AJ 9 ∞∞ :140+ ‘Oqlía.

– Na 2,9 ודמע ודמע Restez, restez ∞∞ ! LXX oûk stjsan et ils ne restèrent pas (de ודמע אל) ∞∞ ; AJ 9 ∞∞ :239 st±te kaì meínate restez et demeurez.

– 2 R 21 ∞∞ :1 (et 2 Ch 33 ∞∞ :1) הב יצפח ומא םשו םילשוריב ךלמ (Manassé) régna à Jérusalem et le nom de sa mère était Hephçiba ∞∞ ; AJ 10 ∞∞ :37 sa mère, nom- mée Hephçiba, était native de la ville (Jérusalem) ∞∞ : Josèphe, s’attendant à trouver comme ailleurs le lieu de naissance, a lu ם שוָ , d’où ∞∞ : …à Jérusa- lem, et là était sa mère.

– 2 Ch 34,6 Qer. םהיתברחב (Josias purifia le pays en tout lieu) et dans leurs ruines, Ket. םהיתב רחב il choisit leurs maisons ( ∞∞ ?), LXX kaì to⁄v tópoiv

aût¬n de םהיתבחרב ∞∞ ; AJ 10 ∞∞ :69 il perquisitionna leurs maisons∞∞ : Josèphe a lu comme Ket., peut-être avec une altération ררב pour רחב.

– Josèphe suit la forme longue de Jr (TM) ∞∞ ; AJ 10 ∞∞ :18 donne un décompte des déportés (Jr 52,28 TM).

– Jr 38[45],7 ךלמ דבע, LXX Abdemelex (le Kushite) Ebed-Melek ∞∞ ; AJ

10 ∞∞ :122 serviteur du roi (sans transcription).

– Jr 41[48],7 רוב citerne, LXX fréar puits (de ראב) ∞∞ ; AJ 10 ∞∞ :170 lákkov citerne.

La possibilité que Josèphe ait connu la Prière en hébreu renouvelle l’évaluation des fragments hébreux qui ont été recueillis au Caire et à Qumrân.

V

Parmi les trouvailles de la geniza du Caire, on a retrouvé trois frag- ments d’un recueil de prières et autres textes magiques (TSK 1.144, 1.95.T et 21.95.P, regroupés sous le sigle TSK 1.144*), parmi lesquels figure la Prière en hébreu 7 , de la page 2b ligne 18 à 3a l. 2 (ci-après

6 Cf. Étienne N ODET, « ∞∞ Josephus and the Pentateuch ∞∞ », JSJ 28 (1997), p. 154-194 ∞∞ ; I D . « ∞∞ Josephus and the Books of Samuel ∞∞ », dans ∞∞ : Shaye J. D. COHEN & Joshua S CHWARTZ (ED .), Studies in Josephus and the Varieties of Ancient Judaism. Louis H. Feldman Jubilee Volume (AGAJU, 67), Leiden, Brill, 2007, p. 141-167.

7 Peter SCH AFER & Shaul SHAKED, Magische Texte aus der Kairoer Geniza , Tübin- gen, Mohr-Siebeck, 1997, II ∞∞ :32 et 51-53.

93723_03_NodetMagische Texte aus der Kairoer Geniza , Tübin- gen, Mohr-Siebeck, 1997, II ∞∞ :32 et 51-53.

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PRIÈRES DE MANASSÉ 3 5 5 « ∞∞ TSK page ∞∞ : ligne ∞∞ »).

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« ∞∞TSK page ∞∞: ligne ∞∞»). Elle est précédée d’un titre « ∞∞ Prière de Manassé ( השנמ תלפת ) roi de Juda, au temps où il fit retour (הבושת השע) ∞∞ », avec le sens rabbinique usuel de הבושת. Le recueil est analogue aux séries d’hymnes des mss de la LXX ∞∞: ce sont des pièces détachées de leur con- texte d’origine. Sauf la seconde partie de deux lignes successives, le texte de la Prière est lisible ou aisé à rétablir. Il s’agit d’une variante de la Prière telle qu’on la lit en grec ou en syriaque ∞∞; les écarts ne sont pas plus importants que les différences entre PM et l’hymne rattaché à la LXX ∞∞: stiques redondants ajoutés ou retran- chés, variations de vocabulaire, ajustements sur le TM. Le sens général est analogue, mais quelques détails méritent d’être relevés.

– PM 6 « ∞∞infinie et immense est la miséricorde de ta promesse (êpaggeleíav) ∞∞ » TSK 2b ∞∞ :4 met ךיתוקדצ « ∞∞ de tes justices ∞∞ », puis ajoute בל ירשיל « ∞∞pour les cœurs droits ∞∞» (cf. Ps 36,11), et ensuite omet les deux lignes qui ne figurent que dans les CA et la Didas- calie.

– PM 7 metano¬n êpì kakíaiv ânqrÉpwn « ∞∞ tu te repens (= lèves une condamnation) pour les péchés des hommes ∞∞ » ∞∞ ; TSK 2b ∞∞ :5-6 met םעה תע ( רלע םחנית ) « ∞∞ le mal du peuple∞∞ », de sens plus res- treint.

– PM 8 à l’expression oûk qou metánoian dikaíoiv « ∞∞ tu n’a pas mis de “ ∞∞repentir ∞∞” aux justes (Abraham etc.) ∞∞» correspond אלו םיקידצה בוט לע םחנית « ∞∞et tu ne te repens pas (= ne reviens pas sur une condamnation) pour le bien des justes ∞∞», de sens plus naturel. Dans la suite, cependant, TSK 2b ∞∞ :7 met comme PM הבושת התמשו אטוחה יל « ∞∞tu as mis un “ ∞∞ repentir ∞∞ ” à moi le pécheur ∞∞», avec הבושת de même sens que metánoian, puis il ignore les deux phrases addi- tionnelles de CA.

– PM 10 « ∞∞(J’ai fait le mal) en dressant des idoles et des abomina- tions ∞∞»∞∞ ; TSK remplace par des généralités sur le péché, coupant ainsi tout lien avec l’histoire de Manassé, centrée sur l’idolâtrie.

– PM 13e « ∞∞Ne me bannis pas aux profondeurs (katwtátoiv , םוהת) de la terre ∞∞»∞∞ ; TSK 2b ∞∞:17 ajoute « ∞∞ n’apporte pas devant moi mes péchés pour le Monde qui vient (אבה םלועל ) ∞∞ ». C’est un dédouble- ment, avec une allusion au débat rabbinique sur le destin de Ma- nassé (cf. ci-après §VI).

– PM 13f « ∞∞(Car tu es, Seigneur, le Dieu) des repentants ∞∞ » ∞∞ ; TSK 2b ∞∞:18 met םיערה םהישעממ וטרחתיש םדא ינבל « ∞∞ des hommes qui re- grettent leurs actes mauvais ∞∞ », ce qui maintient הבושת de la l. 7 au sens « ∞∞invitation au repentir ∞∞» (différent du sens dans le titre).

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En résumé, il est certain que la Prière a connu diverses formes, sur- tout une fois détachée de tout contexte biblique. Ici, le titre est secon- daire ∞∞: il omet la captivité de Manassé et הבושת a le sens ordinaire ∞∞ ; de plus, le contenu peut s’adapter à n’importe quel pénitent. R. Leicht, dans une étude détaillée 8 , montre que cette version hébraïque peut largement s’expliquer comme rétroversion du grec ou du syriaque. C’est certaine- ment vrai, par exemple, de l’adresse initiale, où est invoqué Yhwh « ∞∞ qui règne sur son monde ∞∞» ( ומלועב טילשה, TSK 2a ∞∞ :19), expression inhabi- tuelle, face à pantokrátor (voc.) de CA et PM 1 (absent du syriaque) ∞∞ ; en effet, l’équivalent biblique normal est תואבצ, terme qu’on retrouve en TSK 3a ∞∞:2 pour désigner « ∞∞ l’armée des cieux ∞∞ », correspondant à dúnamiv t¬n oûran¬n de PM 15. On peut aussi détecter d’autres amé- nagements. Par exemple, face à PM 11 « ∞∞ j’incline le genou de mon cœur ∞∞», TSK 2b ∞∞:14 met une circonlocution double ∞∞ : ןכ לע ינבזע יבלו ךינפל יבל יתיטנ « ∞∞mon cœur m’a abandonné, c’est pourquoi je tourne mon cœur vers toi ∞∞» ∞∞; plutôt qu’une rétroversion, c’est probablement une restitution au jugé, inspirée de locutions tirées de Ps 40,13 et

au jugé, inspirée de locutions tirées de Ps 40,13 et 119,112. Cependant, il est difficile de

119,112.

Cependant, il est difficile de croire que rétroversion et évolution litté- raire soient parties de rien, s’il n’y avait pas au départ une tradition juive donnant au moins un fragment, d’autant plus qu’il s’agit d’un texte issu d’une synagogue qaraïte, c’est-à-dire d’un milieu réformateur prônant un retour à l’Écriture et qui avait pu bénéficier de documents recueillis chez les « ∞∞troglodytes ∞∞» de Qumrân avant 800 9 . Il a été montré que les fragments du Siracide issus de la même geniza en provenaient, qu’ils avaient été complétés par rétroversion du syriaque, mais aussi qu’ils of- fraient un texte très altéré 10 .

VI

Or, il se trouve que la grotte IV de Qumrân a livré les restes d’un recueil d’hymnes non canoniques qui inclut une Prière de Manassé 11

8 Reimund L EICHT, « ∞∞ A Newly Discovered Hebrew Version of the Apocryphal

∞∞ Prayer of Manasseh ∞∞ ∞∞ », JSQ 3 (1996), p. 359-373. 9 Cf. Dominique B ARTHÉLEMY, « ∞∞ Notes en marge de publications récentes sur les manuscrits de Qumrân ∞∞ », RB 59 (1952), p. 199-203.

10 Cf. Conleth K EARNS, « ∞∞ Ecclesiasticus ∞∞ », dans ∞∞ : A New Catholic Commentary on Holy Scripture , London, Nelson, 1969, p. 541-562 (§441-443). L’étude classique reste celle de Rudolf S MEND, Die Weisheit des Jesus Sirach , Berlin, Vlg G. Reimer, 1906.

11 Eileen S CHULLER, « ∞∞ 4QNon-Canonical Psalms B ∞∞ », dans ∞∞ : Qumran Cave 4 – VI (DJD XI), Oxford, Clarendon Press, 1998, p. 87-172 (fr. 33+35 p. 123-126, et fr. 45 p. 132-134).

93723_03_NodetVI (DJD XI), Oxford, Clarendon Press, 1998, p. 87-172 (fr. 33+35 p. 123-126, et fr. 45

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06-29-2010, 10:57 VI (DJD XI), Oxford, Clarendon Press, 1998, p. 87-172 (fr. 33+35 p. 123-126, et fr. 45

PRIÈRES DE MANASSÉ 3 5 7 (4 Q 381, fr. 33+35 joints). Ce fragment contient

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(4 Q 381, fr. 33+35 joints). Ce fragment contient la fin d’un psaume, puis le titre « ∞∞Prière de Manassé (השנמל הלפת ) roi de Juda lorsque le roi d’Assur le fit prisonnier 12 ∞∞» (cf. 2 Ch 33,31), qui introduit un autre psaume. Il apparaît au premier abord que la langue de ces passages est très biblique, et n’offre guère de trait commun avec TSK 1.144*. Le premier psaume, dont la partie conservée est brève (six lignes), est une prière pénitentielle dont le début manque. Il commence par une louange, suivie de l’aveu de grandes fautes, puis d’une supplication et de la promesse d’une louange dans la certitude d’être sauvé. C’est une prière individuelle, sans indication de circonstances, mais les thèmes sont ceux de la Prière, avec quelques détails intéressants ∞∞ :

– l. 3 ∞∞: « ∞∞Nous louons ta puissance, car il n’y a pas de mesure (ןיא יכ רקח) […] tu m’as mis ∞∞; que ton reproche devienne pour moi une joie éternelle ∞∞». Le contexte suppose que la lacune en milieu de li- gne mentionnait la miséricorde divine. L’expression tronquée est biblique (Ps 154,3 ∞∞; Is 40,28), mais non rabbinique ∞∞; elle rappelle TSK 2b ∞∞:4 ךידסח רקח אלבו « ∞∞ et sans mesure ta miséricorde ∞∞» et de même PM 6 âmétrjton tò leov soÕ .

» et de même PM 6 âmétrjton tò ∂ leov soÕ . – l. 4 ∞∞

– l. 4 ∞∞: « ∞∞Car mes crimes sont trop nombreux pour moi (ינממ ובר) ∞∞ » ∞∞ ; comme dans la Prière , l’orant se voit condamné.

– l. 5 ∞∞: « ∞∞Je crierai de joie, je me réjouirai en toi devant ceux qui te craignent ∞∞ »∞∞; c’est un engagement à la louange, et plus loin figure le mot « ∞∞sauver ∞∞ » (entre deux lacunes).

Ainsi ce psaume pourrait être un fragment d’une prière de Manassé, sous une forme courte et assez éloignée, mais il n’est pas question de faute proprement cultuelle (idolâtrie explicite), ce qui constitue un trait commun avec la version de la geniza. Le second psaume, séparé du premier par une ligne blanche, est pré- cédé du titre indiqué ∞∞; seules quatre lignes ont survécu. Il commence de manière abrupte (l. 8) ∞∞ : « ∞∞Mon Dieu, […] proche est mon salut devant tes yeux ∞∞». La suite peut évoquer Manassé ∞∞:

– l. 9-10 ∞∞ : « ∞∞j’espère dans le salut de ta face, et je renie devant toi mes péchés, car tu as agrand[i ta miséricorde], alors que je multi- pliais la culpabilité, et ainsi me séparais / de la joie éternelle et mon âme ne verrait plus le bien. ∞∞ »

– l. 10-11 ∞∞ : « ∞∞il m’a exalté plus haut qu’une nation [… / alors que je ne me souvenais plus de toi dans le lieu de ta sainteté, que je ne te servais [pas…]. ∞∞» Il s’agit donc bien de fautes cultuelles.

93723_03_Nodetta sainteté, que je ne te servais [pas…]. ∞∞ » Il s’agit donc bien de fautes

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3 5 8 ÉTIENNE NODET 93723_03_Nodet Le passage ne se rattache à la Prière que par

93723_03_Nodet3 5 8 ÉTIENNE NODET Le passage ne se rattache à la Prière que par le

Le passage ne se rattache à la Prière que par le contenu, mais non par le vocabulaire ∞∞: risque de perdition éternelle, fautes cultuelles. Si l’on additionne ce psaume au précédent, on a une meilleure consistance, comme si le titre « ∞∞prière de Manassé ∞∞» avait été déplacé, ou répété par erreur. Le même recueil inclut quatre lignes d’un autre psaume de lamenta- tion individuelle (4 Q 381, fr. 45). Malgré la disparition du début et de la fin, il offre des analogies avec la Prière et avec son contexte ∞∞:

– l. 1 ∞∞: « ∞∞Et je comprends, et j’instruis celui qui ne comprend pas [… ∞∞» ∞∞; l’orant se donne en exemple.

– l. 1-2 ∞∞ : « ∞∞…]et je te crains et je me purifie / je me suis séparé des abominations (יתרכה תובעתמ avec יתרכה de תרכ , ou peut-être

∞∞ des abominations que je connais ∞∞ ”, de רכנ, avec une tournure aty-

pique) ∞∞ ». En dehors de Manassé (2 Ch 33,15), l’élimination des idoles peut se rattacher aux rois Asa (1 R 15,13), Ézéchias (2 R 18,4) ou Josias (2 R 23,14).

– l. 2 ∞∞: « ∞∞et je laisse mon âme se prosterner devant toi (ישפנ ןתאו ךינפלמ ענכהל) ∞∞ ». Cette dernière expression prend ענכ « ∞∞ se proster- ner ∞∞» dans le sens métaphorique fréquent signalé à propos de PM 11 (« ∞∞fléchir le genou du cœur ∞∞»).

– l. 2-3 « ∞∞…] ont multiplié son péché (“ ∞∞à elle ∞∞ ”, העשפ ). Contre moi on a comploté (ou “ ∞∞osé ∞∞ ומזי ) / de me capturer, mais moi, je me confie à toi ∞∞». À cause de la lacune, on ignore qui est la péche- resse, et il faut peut-être lire ייעשפ , ce que la photo du fragment n’exclut pas entièrement∞∞ ; on obtiendrait « ∞∞ mes péchés se sont multipliés ∞∞». En tout cas, l’invocation convient à un prisonnier qui découvre qu’il subit une juste punition, ce que confirme la ligne suivante.

– l. 4 « ∞∞et ne me mets pas en jugement avec toi, mon Dieu ∞∞ ». La suite a disparu.

Les témoins hébraïques retrouvés à Qumrân et au Caire sont très dif- férents, sans dépendance directe. Il faut donc considérer au moins deux versions, et c’est bien ce que suggère 2 Ch 33,18-19, qui signale que la prière est conservée dans deux recueils distincts ∞∞: elle figure avec les actes de Manassé dans les archives des rois d’Israël (cf. 2 R 21,17), mais sans la réponse de Dieu, et elle est aussi dans « ∞∞ les paroles de Hozaï (יזוח , LXX “ ∞∞ des voyants ∞∞”, de םיזוח) ∞∞ » avec la réponse favorable de Dieu ainsi que le détail des fautes cultuelles. Le premier cas peut se rapprocher des fragments de Qumrân, sans contexte, et le second

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06-29-2010, 10:57 détail des fautes cultuelles. Le premier cas peut se rapprocher des fragments de Qumrân, sans contexte,

PRIÈRES DE MANASSÉ 3 5 9 convient mieux à la version du Caire, à condition

PRIÈRES DE MANASSÉ

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convient mieux à la version du Caire, à condition de la voir comme déri- vant d’un original où elle était insérée dans un récit des méfaits de Manassé et de sa transformation ultérieure. On retrouve la présentation de la Didascalie et de CA.

On retrouve la présentation de la Didascalie et de CA . VII Les conclusions précédentes ne

VII

Les conclusions précédentes ne seraient que des hypothèses invérifia- bles s’il n’y avait le témoignage de Josèphe ∞∞ : il a connu la Prière dans son contexte narratif, et très probablement en hébreu, puisqu’on y a re- levé des hébraïsmes. On peut alors se demander s’il l’a tirée d’un document annexe, ou si elle figurait tout simplement dans son exemplaire des Chroniques . La seconde hypothèse est manifestement la plus simple. La même question se pose d’ailleurs pour la Didascalie, qui affirme citer 4 Règnes et 2 Paralipomènes, mais qui en fait cite 2 Ch et l’orne avec 2 R LXX 13 . Le problème implicite est celui de la formation finale et de l’autorité du livre hébreu des Chroniques . Trois observations peuvent être avan- cées à ce propos.

a) Josèphe dispose d’une documentation plus vaste que ce qu’on

lit dans 1-2 Ch. Par exemple, la liste qu’il donne des dix-huit grands prêtres, de Sadoq à l’exil ( AJ 10 ∞∞ :152-153, cf. 20 ∞∞ :231), est bien plus longue – et moins invraisemblable – que celles de 1 Ch 5 ∞∞ :30-41 et Esd 7,1-5.

b) La Mishna déclare que trois rois d’Israël sont condamnés ∞∞ : ils

n’ont pas part au « ∞∞Monde qui vient ∞∞ » (אבה םלועה , Royaume, résurrec-

12 William M. S CHNIEDEWIN, « ∞∞ A Qumran Fragment of the Ancient “ ∞∞ Prayer of Manasseh ∞∞ ∞∞ », ZAW 108 (1996), p. 105-107, a voulu y voir le reste d’un document pré-

exilique. C’est plus qu’improbable, car la mention « ∞∞ Assur∞∞ » fait allusion au récit de

2 Ch, et celui-ci présente des signes proprement légendaires∞∞ : 1. rien n’est dit de l’expé-

dition assyrienne, ni des conditions de retour de Manassé (Josèphe recrée tout un récit militaire) ∞∞ ; 2. la captivité à Babylone est un anachronisme, puisque la capitale assyrienne était Ninive. Apparemment, le récit est né de la longévité scandaleuse d’un roi impie, qui régna 50 ans, alors que son père, le pieux Ézéchias, ne régna que 29 ans (2 R 18,2) ∞∞ ; de même, confronté à la stupidité de la mort de Josias, le grand réformateur,

2 Ch 35,20-25 explique qu’il a désobéi à Dieu. 13 À la suite de raisonnements complexes, Henry H. HOWORTH, « ∞∞ Some Uncon- ventional Views on the Text of the Bible. VIII – The Prayer of Manasseh and the Book of Esther ∞∞ », Proceedings of the Society of Biblical Archæology 31 (1909), p. 89-99, concluait qu’il s’agit de la véritable LXX, traduite de l’araméen original, le TM étant une traduction rabbinique censurée au II e s., traduite ensuite en grec. Dans les conclu- sions présentées ici, la « ∞∞ véritable LXX ∞∞ », attestée par la Didascalie , ne serait autre que la traduction de l’hébreu qu’à connu Josèphe (antérieur au TM).

93723_03_Nodet, ne serait autre que la traduction de l’hébreu qu’à connu Josèphe (antérieur au TM). 359

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06-29-2010, 10:57 , ne serait autre que la traduction de l’hébreu qu’à connu Josèphe (antérieur au TM). 93723_03_Nodet

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ÉTIENNE NODET

tion). Ce sont Jéroboam, Achab et Manassé (m.Sanh 10 ∞∞ :2). Un maître objecte que Manassé ne peut être exclu du Royaume, puisque le récit de 2 Ch 33,11-13 dit qu’il fut puni d’exil et qu’en prison il s’adressa à Dieu et fut exaucé. L’objection est donc sérieuse, mais elle est écartée som- mairement par un compromis 14 . Le cas n’est pas unique ∞∞ : selon b.Meg 3b-4a un maître réputé déclare que Josué a bâti Lod et Ono, deux villes, et rejette l’objection que selon 1 Ch 8,12 elles sont dues à un certain Shamer. Il y a donc, encore au III e siècle, un débat implicite sur l’autorité des Chroniques (avec ou sans la prière). c) Plus généralement, des considérations historiques peuvent être avancées. Les fouilles récentes au mont Garizim ont révélé un vaste sanctuaire remontant au V e siècle au moins. De plus, avant sa destruction finale par Jean Hyrcan vers 111, cet établissement israélite faisait une grave concurrence au temple de Jérusalem, spécialement au moment de la crise maccabéenne et ensuite. Pour la formation ultime des Chroni- ques, où l’accent est mis sur la centralité du culte à Jérusalem pour tout Israël, il est naturel de penser à une date postérieure 15 , lorsque la Judée asmonéenne finit par s’étendre à « ∞∞ tout Israël ∞∞ ».

par s’étendre à « ∞∞ tout Israël ∞∞ ». 93723_03_Nodet Jérusalem, juin 2009 Étienne N ODET

93723_03_Nodetpar s’étendre à « ∞∞ tout Israël ∞∞ ». Jérusalem, juin 2009 Étienne N ODET ,

Jérusalem, juin 2009

Étienne N ODET, o. p.

14 Le compromis tombe ensuite, car la discussion se conclut dans la Tosefta avec la référence aux « ∞∞ paroles de Hozeh (ou “ ∞∞ du voyant∞∞ הזוח ) ∞∞ » de 2 Ch 33,19 (t.Sanh

12 ∞∞ :11). Cf. b.Sanh 102b-103a, où le débat porte la possibilité du repentir pour l’Israélite

devenu idolâtre ∞∞ : Agadat Bershit 9 ∞∞ :23 et 2 Baruch §64 affirment que non (Manassé n’était pas sincère). Il est possible que la prière ait été retirée de 2 Ch (tout en restant signalée deux fois) pour alléger cette controverse.

15 Cf. Étienne N ODET, « ∞∞ Samaritains, Sichem, Temple ∞∞ », RB (à paraître).

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06-29-2010, 10:57 controverse. 15 Cf. Étienne N ODET , « ∞∞ Samaritains, Sichem, Temple ∞∞ », RB (à