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PHYSIOLOGIE HÉPATIQUE

Objectifs du cours
I. Connaître la structure générale du foie, l’organisation fonctionnelle des cellules
qui le composent et la circulation afférente et efférente des liquides qui perfusent
l’organe.
II. Être en mesure de décrire le rôle du foie dans le métabolisme des glucides, des
lipides et des protéines, en particulier l’unicité de certaines voies métaboliques
hépatiques.
III. Comprendre les mécanismes de régulation de la sécrétion biliaire (composition de
la bile, synthèse et réabsorption des sels biliaires, régulation du débit biliaire).
IV. Comprendre le rôle du foie en temps que site d’excrétion de certaines molécules
(cholestérol, bilirubine).
V. Comprendre l’implication du foie dans la synthèse de certaines protéines
plasmatiques, dans l’entreposage de vitamines et de minéraux, dans la synthèse et
la transformation d’hormones et dans la détoxification de l’organisme.
VI. Savoir les notions de base sur les facteurs hormonaux et neuronaux qui modulent
la fonction hépatique

STRUCTURE DU FOIE

Organisation anatomique de l’unité fonctionnelle du foie : l’acinus


L’acinus est une section de lobule perfusée par la même triade hépatique (veine porte
terminale, artériole hépatique terminale et ductule biliaire) et qui se draine dans une veinule
hépatique centrale. Le sang de la veine porte pénètre par la périphérie de l’acinus et se
déverse dans le sinusoïde (capillaire). Après avoir traversé les cellules endothéliales et
l’espace de Disse, le sérum atteint l’hépatocyte Celui-ci agit comme un filtre bidirectionnel
qui modifie la composition du sérum: l’hépatocyte capte et métabolise certaines substances
(e.g. glucose un phase postprandiale, toxines, hormones) et il en sécrète d’autres (e.g. glucose
en phase interprandiale, protéines sanguines, lipoprotéines) utiles à l’organisme dans la veine
centrale par l’intermédiaire des sinusoïdes (le sang circule donc de la périphérie vers le centre
du lobule et les sinusoïdes contiennent du sang dont la composition se modifie au fur et à
mesure de son passage dans le sinusoïde). L’hépatocyte sécrète aussi la bile qui, par un
système circulatoire qui lui est propre, suit le trajet inverse à la circulation sanguine porte, i.e.
de l’hépatocyte vers le tube digestif.
104 Système digestif

Cours 8 / Images / Flot bi-directionnel

Notes personnelles :

Schéma 1

Cellules du foie

Hépatocytes : Ces cellules sont dites polarisées, i.e. qu’une même cellule effectue des
fonctions distinctes à chacun de ses pôles. Le pôle en contact avec le sang remplit des
fonctions d’absorption et de sécrétion, tandis que le pôle en contact avec le canalicule biliaire
remplit un rôle de sécrétion.

Cellules endothéliales: Ces cellules tapissent les sinusoïdes, les vaisseaux lymphatiques et
les canaux biliaires. La couche de cellules qui bordent les sinusoïdes est fenestrée, ce qui
signifie que les protéines plasmatiques peuvent entrer en contact avec les hépatocytes via

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Physiologie hépatique 105

l’espace de Disse. Cependant, ces fenestrations ne sont pas assez grandes pour que les cellules
sanguines ou les bactéries puissent pénétrer dans l’espace de Disse.

Cours 8 / Images / Cellules endothéliales

Notes personnelles :

Cellules de Kupffer: Elles font partie du ‘système des macrophages tissulaires’ (autrefois
appelé système réticulo-endothélial), cellules dérivées de monocytes circulants ayant élu
résidence dans certains tissus et devenus macrophages spécialisés dans la phagocytose. Les
cellules de Kupffer sont fixées aux cellules endothéliales des sinusoïdes hépatiques par des
pseudopodes, et elles phagocytent les vieux globules rouges, les bactéries et les débris
cellulaires. Ces cellules sécrètent également des messagers (cytokines, prostaglandines et
leucotriènes) susceptibles de moduler l’activité métabolique des hépatocytes.

Cours 8 / Images / Cellules de Kupffer

Notes personnelles :

Cellules de Ito: Ces cellules emmagasinent et sécrètent les rétinoïdes. De plus, elles
synthétisent et sécrètent des protéines la matrice extracellulaire. Elles peuvent également, en
réponse aux prostaglandines, contribuer à la contraction ou à la dilatation des sinusoïdes.

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106 Système digestif

FONCTIONS MÉTABOLIQUES

Métabolisme des glucides

Le foie joue un rôle central dans le maintien de la glycémie, que cela soit en période post-
prandiale ou lors du jeûne.

Schéma 2

En phase postprandiale, le foie capte le glucose en circulation lorsque la glycémie est de plus
de 6,7 mmol/L afin de prévenir l’hyperglycémie. Ce glucose est rapidement converti en
glucose-6-phosphate qui peut être soit transformé en glycogène, soit en lipides.

Cours 8 / Images / Granules de glycogène

Notes personnelles :

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Physiologie hépatique 107

En période interprandiale, le rôle du foie est d’empêcher l’hypoglycémie. Pour ce faire, le foie
libère du glucose par l’intermédiaire de la glycogénolyse (site de régulation: glycogène
phosphorylase) et de la gluconéogenèse (déterminé par la disponibilité des précurseurs comme le lactate
(principalement), le pyruvate, les acides aminés, le glycérol et par modulation hormonale [rapport glucagon :
insuline]). Le foie est le seul organe (la contribution rénale est mineure) qui contient une

enzyme, la glucose-6-phosphatase, qui permet la formation de glucose à partir de G-6-P.

Il existe aussi des cycles d’échange de métabolites entre le foie et le muscle squelettique. Le
lactate et l’alanine ne sont pas des sources d’énergie utilisables par le muscle. Celui-ci les
envoie donc vers le foie qui possède les enzymes nécessaires à leur transformation en glucose.

Schéma 3

Métabolisme des lipides

Acides gras

Le foie tire son énergie de l’oxydation (β-oxydation) des lipides qui proviennent de la
circulation sanguine ou de ceux qui sont synthétisés sur place. L’absence d’insuline chez un
diabétique de type 1 influence le métabolisme des acides gras. En effet, l’acétyl-CoA formé
par la β-oxydation s’accumule dans l’hépatocyte et prend la voie de la cétogenèse (seul le foie

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108 Système digestif

possède l’enzyme nécessaire à la cétogenèse, la désacylase, qui produit des corps cétoniques
i.e acétoacétate, β-hydroxybutyrate, acétone en moindre quantité). Ces produits sont exportés
vers les tissus périphériques qui l’utilisent comme substrats énergétiques. L’acétone, quant à
elle, est éliminée par les poumons produisant ainsi une haleine fruitée pouvant être confondue
avec l’odeur de l’alcool.

En période postprandiale, le foie synthétise des lipides à partir du glucose, du fructose et des
acides aminés. Le foie emmagasine les lipides ou les exporte sous forme de triglycérides (TG)
vers le tissu adipeux.

Triglycérides (TG)

Les triglycérides sanguins proviennent de 2 sources :

• Alimentaire : Les TG alimentaires sont hydrolysés par la lipase pancréatique


dans l’intestin. Les acides gras ainsi produits sont absorbés par l’entérocyte et
réestérifiés en TG qui, avec du cholestérol, des phospholipides et des
apolipoprotéines, sont sécrétés dans la circulation lymphatique sous forme de
chylomicrons. Ceux-ci rejoignent la circulation sanguine par le canal thoracique.
La majorité des TG d’origine alimentaire sont hydrolysés dans la circulation par
la lipoprotéine lipase et les acides gras ainsi produits sont captés par les tissus
extrahépatiques (surtout le tissu adipeux et le muscle squelettique).
• Endogène : Les hépatocytes forment des TG en estérifiant 3 acides gras à une
molécule de glycérol.

Les TG des 2 sources sont sécrétés par le foie et forme le centre des VLDL.

Cholestérol

Le foie est la source principale de cholestérol d’origine endogène et la bile élaborée par les
hépatocytes constitue la voie d’élimination principale du cholestérol de l’organisme.

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Schéma 4

Métabolisme des acides aminés

La dégradation des acides aminés dans les tissus périphériques produit un métabolite toxique :
l’ammoniaque. Celui-ci se combine au glutamate pour former la glutamine qui véhicule
l’ammoniaque jusqu’au foie. Cela permet l’élimination de l’ammoniaque en le transformant
en urée, une molécule soluble et non toxique, qui sera excrétée dans l’urine.

De plus, le foie est le site majeur de l’oxydation des acides aminés essentiels. Il module la
quantité qui sera relâchée dans la circulation sanguine selon les besoins de l’organisme.

Le foie synthétise également plusieurs protéines sanguines, comme l’albumine, et certains


facteurs de coagulation.

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110 Système digestif

Schéma 5

Métabolisme de l’éthanol

La capacité d’élimination de l’éthanol par le foie est limitée à environ 0,1 g éthanol/kg/heure
(ou ~18 ml [2/3 oz] d’alcool à 40% chez un individu de 70 kg) avec des variations
individuelles de 0.06 à 0.2 g.

Le métabolisme hépatique de l’éthanol se fait en 2 étapes:

I. Éthanol→Acétaldéhyde

Pour ce faire, 3 voies sont possibles :

• Système enzymatique microsomal (SEM, impliquant les cytochromes P-450)


• Alcool déshydrogénase (voie majeure)
• Catalase

Truc : Si tu dépasses les capacités de ces voies, tu vas peut-être avoir besoin d’un S.A.C!

II. Acétaldéhyde → Acétate →Acétyl CoA →ATP, acides gras, triglycérides

Les effets toxiques de l’éthanol sur l’hépatocytes peuvent être causés par :

I. Augmentation du rapport NADH / NAD+, ce qui provoque:

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Physiologie hépatique 111

) Une diminution de la gluconéogenèse = hypoglycémie à jeun


) Une augmentation de la synthèse des triglycérides = hypertriglycéridémie à
jeun (C’est pour cette raison qu’il faut être à jeun d’alcool depuis 72 heures
pour les prises de sang d’un bilan lipidique complet, sauf chez les
alcooliques…)
) À long terme, le développement de stéatose (accumulation hépatique de
triglycérides)
II. Formation d’acétaldéhyde:
) Contribution à l’hypertriglycéridémie et au développement de stéatose
) Dommages hépatocytaires dus à la toxicité de l’acétaldéhyde
III. Activité microsomale (cytochromes P-450):
) Les enzymes du SEM sont fortement sollicitées lors de la prise ponctuelle
d’une grande quantité d’alcool. Les enzymes sont donc monopolisées et
elles ont de la difficulté à métaboliser les hormones endogènes et les
médicaments dont l’élimination dépend de ces enzymes.
) Si l’ingestion d’alcool devient chronique (alcoolique), le SEM augmente
son activité afin de pouvoir éliminer adéquatement l’alcool et les autres
substances. Ceci peut donc accélérer l’élimination de certaines hormones et
de certains médicaments lors de l’arrêt de la consommation.

N.B. La valeur calorique de l’éthanol est de 7.1 kcal/g (intermédiaire entre glucides et
lipides). La notion de ‘calories vides’ de l’éthanol ne fait donc pas référence au fait que
l’éthanol ne constitue pas un substrat énergétique, mais plutôt au fait que les produits
alcoolisés ne contiennent habituellement pas une quantité importante de minéraux et de
vitamines.

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112 Système digestif

Spécificités du foie dans le métabolisme intermédiaire

Certaines étapes du métabolisme des glucides, des lipides et des protéines sont effectuées
surtout, ou uniquement, dans le foie. En voici quelques exemples:

Synthèse et entreposage de glycogène (en phase postprandiale)


Métabolisme Conversion du galactose et du fructose en glucose
des Gluconéogenèse (à partir du pyruvate, lactate, acides aminés, glycérol)
glucides Présence de l’enzyme glucose-6-phosphatase (glucose-6-phosphate Æ
glucose Æ exportation)
Cycle glucose — lactate avec le muscle

Cétogenèse
Métabolisme Synthèse de la majorité des lipoprotéines
des Synthèse importante de cholestérol et de phospholipides et régulation de
l’homéostasie du cholestérol
lipides Conversion importante de glucides et de protéines en lipides (lipogenèse)
Site quasi-exclusif d’excrétion du cholestérol via la bile

Dégradation quasi-exclusive de plusieurs acides aminés


Exportation d’acides aminés
Métabolisme Biosynthèse de protéines hépatiques et plasmatiques
des Cycle glucose — alanine avec le muscle
protéines Élimination de l’ammoniaque via le cycle de l’urée
Synthèse de nucléotides, porphyrines, hormones et autres molécules
azotées
Transformation d’excès d’acides aminés en lipides et régulation de la
concentration de certains acides aminés relâchés dans la circulation

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Physiologie hépatique 113

FONCTIONS DIGESTIVES: LA SÉCRÉTION BILIAIRE

La bile élaborée dans l’hépatocyte consiste en une solution aqueuse (~97% d’eau) contenant
des molécules organiques (sels biliaires, pigments biliaires, anions organiques, cholestérol,
phospholipides) et inorganiques (électrolytes).

Schéma 6

Les sels biliaires sécrétés dans la bile peuvent provenir de 2 sources :

I. Synthèse de novo (Schéma 7):


) Cholestérol via 7-α-hydroxylase Æ acides biliaires primaires cholique ou
chénodésoxycholique (étape limitante).
) Acides biliaires + Glycine ou taurine Æ acides biliaires conjugués (↑
hydrosolubilté)
) Les acides biliaires sont sécrétés dans la bile sous forme de sels de sodium
ou de calcium
II. Cycle entéro-hépatique (Schéma 8) :
) Réabsorption iléale et colique de 90-95% des sels biliaires qui retournent
ainsi au foie par la circulation porte.

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114 Système digestif

Schéma 7

Schéma 8

Les sels biliaires primaires non réabsorbés dans ce cycle sont transformés en sels biliaires
secondaires par les bactéries intestinales :

• Cholate (Sel biliaire primaire) Æ Désoxycholate


• Chénodésoxycholate Æ Lithocholate ou 7-oxo-lithocholate

Par la suite, les sels secondaires peuvent être soit réabsorbés ou éliminés tels quels ou encore
transformés en sels tertiaires (au niveau du foie) et ensuite éliminés dans les selles.

• Désoxycholate : 50% est réabsorbé et sécrété dans la bile. Le reste est éliminé.

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Physiologie hépatique 115

• Lithocholate : La portion réabsorbée est sulfoconjuguée au foie en sel tertiaireÆ


le sulfolithocholate
• 7-oxo-lithocholate : Entièrement réabsorbé et transformé au foie en un sel
tertiaire Æ l’ursodésoxycholate. Celui-ci est réabsorbé en très grande partie
dans le cycle entéro-hépatique.

Les sels biliaires circulant dans le cycle entéro-hépatique sont captés par l’hépatocyte. La
captation s’effectue par transport actif secondaire, c’est-à-dire un transport dont l’énergie
provient d’un premier transport actif (ici, la Na+-K+ ATPase)

Schéma 9

Par la suite, l’entrée des sels biliaires dans l’hépatocyte exerce un feedback négatif sur la
7-α-hydroxylase, ce qui amène une diminution de la synthèse de novo de sels biliaires. Cette
diminution est proportionnelle à la quantité de sels biliaires réabsorbés dans la circulation
entéro-hépatique.

Le transport des sels biliaires dans l’hépatocyte s’effectue de deux façons:

• Par des vésicules provenant du Golgi et du réticulum endoplasmique lisse;


• Par des protéines de transport cytosoliques.

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116 Système digestif

Les sels biliaires sont sécrétés dans le canalicule via leur liaison à des transporteurs
transmembranaires. Les transporteurs de sels biliaires utilisent deux forces motrices: le
potentiel de membrane de l’hépatocyte et/ou l’ATP. On a identifié au moins 6 transporteurs
distincts de sels biliaires, dont la plupart sont ATP dépendants (transport actif). Cette
sécrétion canaliculaire des sels biliaires représente l’étape limitante de leur transport du sang
porte vers la bile.

Certains constituants de la bile ont une sécrétion dépendante des sels biliaires et d’autres ont
une sécrétion indépendante.

Sécrétion dépendante des sels biliaires

Les lipides (cholestérol libre et phospholipides) : Leur sécrétion dans la bile est stimulée par
la sécrétion des sels. (↑ [S.B.] dans la bile entraîne ↑[cholestérol et phospholipides]).
Cependant, d’autres facteurs peuvent également moduler cette sécrétion (hormones comme
les oestrogènes).

Les électrolytes : Les sels biliaires stimulent le transport actif de certains électrolytes (surtout
le Na+) dans la bile.

L’eau : Les différentes molécules sécrétées dans le canalicule créent un gradient osmotique
qui entraîne la sécrétion d’eau soit de l’hépatocyte soit de l’espace périsinusoïdal (filtration
paracellulaire)

Sécrétion indépendante des sels biliaires

La sécrétion canaliculaire d’une autre partie des électrolytes et d’eau est indépendante des
sels biliaires et peut être stimulée par certaines hormones (glucagon) ou des médicaments.

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Physiologie hépatique 117

Les électrolytes comprennent des ions Na+, le glutathion, d’autres anions organiques, des ions
bicarbonates (HCO3–) et leur sécrétion requiert un transport actif. Le glutathion et les autres
anions organiques sont sécrétés suite à leur liaison à des transporteurs, distincts des
transporteurs des sels biliaires, mais qui utilisent également comme forces motrices le
potentiel de membrane et/ou l’ATP. Le transporteur dépendant de l’ATP des anions
organiques est aussi appelé transporteur d’anion organique multispécifique (multispecific
organic anion transporter, MOAT). La sécrétion de ces électrolytes, indépendante des sels
biliaires, contribue à augmenter le gradient osmotique entre l’hépatocyte et le canalicule, et
stimule la sécrétion d’une quantité additionnelle d’eau.

Les sels biliaires, le cholestérol et les phospholipides forment, dans le canalicule biliaire, des
micelles mixtes. La proportion respective de ces différents éléments sécrétés dans la bile
détermine le degré de lithogénicité de la bile, i.e. la propension à former des calculs biliaires.

Schéma 10

L’épithélium des ductules biliaires peut réabsorber une partie de l’eau et des électrolytes
contenus dans la bile. D’autre part, cet épithélium sécrète des ions bicarbonates qui
contribueront, avec les sécrétions pancréatiques, à modifier le pH du contenu intestinal. Cette
sécrétion ductulaire, également considérée comme indépendante des sels biliaires, enrichit la
bile en ions bicarbonates et en eau.

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118 Système digestif

La sécrétion ductulaire est stimulée par la sécrétine, une hormone intestinale dont la sécrétion
est augmentée par l’acidité présente dans le duodénum au début du processus de digestion.

Au niveau du cholédoque, la bile peut aller se déverser dans le duodénum ou encore


s’emmagasiner dans la vésicule biliaire. C’est la pression dans les différents compartiments
(cholédoque et vésicule) qui déterminera la voie empruntée par la bile. Si le sphincter d’Oddi
est ouvert la bile s’écoule librement dans l’intestin. S’il est fermé, la bile reflue vers la
vésicule.

La vésicule remplit un double rôle : elle emmagasine et concentre la bile. Pour ce faire, les
ions Na+ sont réabsorbés par transport actif par l’épithélium vésiculaire, ce qui entraîne une
sortie d’eau et donc une élévation de la concentration de la bile.

Schéma 11

L’arrivée de lipides dans le duodénum stimule la sécrétion de cholécystokinine (CCK) par les
cellules duodénales. Cette hormone favorise l’écoulement de la bile en relâchant le sphincter
d’Oddi et en stimulant la contraction de la vésicule. Une fois dans l’intestin grêle, les sels
biliaires émulsifient les lipides alimentaires dans le but d’augmenter la surface de contact
entre ceux-ci et la lipase pancréatique, permettant ainsi leur digestion.

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Physiologie hépatique 119

La captation des sels biliaires par les cellules intestinales, première étape du cycle
entérohépatique, peut s’effectuer par des mécanismes de transport actif secondaire (iléon) et
passif (tout le long du tractus digestif).

La quantité totale de bile retrouvée dans l’organisme dépend de la fréquence du cycle


entérohépatique. En effet, chez un individu présentant une réabsorption importante et un cycle
entérohépatique rapide, on retrouve une forte inhibition de la synthèse de novo des sels
biliaires par l’hépatocyte. Ceci conduit à un pool de sels biliaires de petit volume (on n’a pas
besoin d’en avoir beaucoup, puisqu’ils circulent à grande vitesse…). L’effet contraire se
présente avec la prise de certains médicaments ou des fibres alimentaires qui ralentissent la
réabsorption des sels biliaires, diminuant par le fait même la fréquence du cycle
entérohépatique.

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120 Système digestif

Schéma 12

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Physiologie hépatique 121

Le tableau qui suit résume les mécanismes de modulation des différentes étapes de la
formation et de la sécrétion de la bile.

Modulation des différentes étapes de la formation et de la sécrétion de la


bile

CIBLE MODULATEUR SITE DE MODULATION


Bile canaliculaire
Sels biliaires
de novo Sels biliaires entérohépatiques Rétroinhibition 7-α-hydroxylase
totaux Sels biliaires entérohépatiques Absorption intestinale
Électrolytes
Dépendants des SB Sels biliaires Transport actif membranaire
(Na+, Ca++ sécrétés avec SB)
Indépendants des Hormones (glucagon) Transport actif membranaire
SB Médicaments (barbituriques) (Na+, HCO3-, glutathion)
Filtration osmotique
Eau Sels biliaires et électrolytes - hépatocytaire
- paracellulaire
Sécrétion ductulaire Sécrétine, (Insuline) Stimulation sécrétion d’une
solution aqueuse d’électrolytes
(HCO3-)
Remplissage de la Sphincter d’Oddi Pression dans le cholédoque
vésicule biliaire
Concentration de la Réabsorption d’eau, Na+, Cl- Transport actif des ions Na+
bile vésiculaire
Vidange de la Cholécystokinine Contraction musculaire
vésicule biliaire Cholinergiques (vague,
entériques)
Ouverture du Contraction de la vésicule biliaire Pression dans le cholédoque
sphincter d’Oddi Cholécystokinine Relaxation musculaire
Réabsorption Fibres alimentaires Trappage des sels biliaires
intestinale des sels Médicaments (résines)
biliaires
Volume total de bile Fréquence du cycle Synthèse de novo d’acides biliaires
entérohépatique

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122 Système digestif

FONCTIONS D’EXCRÉTION

Excrétion du cholestérol

La seule voie quantitativement importante d’excrétion du cholestérol de l’organisme est la


bile.

Schéma 13 : Excrétion du cholestérol parl’organisme

L’excrétion du cholestérol dans la bile canaliculaire peut se faire sous 2 formes :

• 90% après transformation en sels biliaires.


• 10% sous forme de cholestérol libre, insoluble.

Transport du cholestérol libre dans la bile :

• Dans le canalicule biliaire, le cholestérol forme, avec les sels biliaires et les
phospholipides, des micelles mixtes.
• Avec les phospholipides seuls, le cholestérol forme des vésicules.

Le cholestérol précipite, entraînant la formation de calculs biliaires, s’il y a:

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Physiologie hépatique 123

• Trop de cholestérol libre dans la bile (bile sursaturée)


• Réabsorption trop importante de certains sels biliaires ou de phospholipides
(lécithine) au niveau des ductules biliaires (circulation cholé-hépatique).
• Réabsorption trop importante d’eau dans la vésicule biliaire
• Inflammation de l’épithélium de la vésicule biliaire (favorise la nucléation des
cristaux et la stase vésiculaire).
Schéma 14

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124 Système digestif

Cette section est un bref retour sur les notions déjà vues et oubliées du cours de biochimie;
elles ne seront donc pas à l’examen.

Implication du foie dans le métabolisme du cholestérol

Absorption du cholestérol

Le cholestérol alimentaire et celui provenant de la bile n’est absorbé qu’à 20-80% au niveau de l’intestin, car il
n’est pas hydrosoluble et il précipite dès qu’il est exclu des micelles mixtes. Une foie dans l’entérocyte, il est
intégré dans les chylomicrons avec les triglycérides (TG) et il prend le chemin des vaisseaux lymphatiques. Une
fois dans le compartiment vasculaire, les TG sont hydrolysés par la lipoprotéine lipase. Les particules restantes
(résidus de chylomicrons) sont captées par le foie via des récepteurs qui reconnaissent les apolipoprotéines que
les chylomicrons présentent à leur surface.

Schéma 15

Le foie prend le cholestérol (synthétisé de novo et celui livré par les chylomicrons) et le sécrète dans la
circulation en compagnie des TG d’origine hépatique sous forme de VLDL. Une partie de leurs TG sont
hydrolysés par la lipoprotéine lipase (la même que tout à l’heure) ce qui augmente le contenu relatif des VLDL
en cholestérol. Lors du passage au foie, les TG encore présents dans ces résidus de VLDL sont hydrolysés, cette
fois-ci par la lipase hépatique. Les résidus de VLDL deviennent ainsi les LDL. Celles-ci livrent le cholestérol
aux tissus périphériques ou encore ils sont captés au foie après une balade inutile dans la circulation sanguine.

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Physiologie hépatique 125

N.B Les LDL ne contiennent qu’une apolipoprotéine B par lipoprotéine contrairement aux autres lipoprotéines.
Ceci sera important à la compréhension du syndrome métabolique décrit plus loin.

Les HDL sont synthétisés au niveau du foie et de l’intestin grêle. Ils captent le cholestérol des tissus
périphériques pour le retourner au foie soit par captation directe des HDL, soit indirectement via un échange de
cholestérol estérifié contre des triglycérides avec les lipoprotéines riches en triglycérides ( VLDL ou LDL). Le
foie excrète alors ce cholestérol dans la bile soit sous forme de sel biliaire ou encore sous forme libre.

LDL-cholestérol

Les LDL se lient à des récepteurs grâce à leur apolipoprotéine B au niveau de la majorité des
tissus, qui utilisent le cholestérol localement (production de membranes, de stéroïdes etc).
Cependant le foie demeure le principal site de captation des LDL. Une fois liés à leurs
récepteurs au niveau du foie, les LDL sont internalisées par endocytose. Les récepteurs se
séparent ensuite de la vésicule pour être recyclés vers la surface. La vésicule résiduelle se
fusionne à un lysosome qui dégrade les LDL en leurs éléments constitutifs dont le cholestérol.
Une élévation du cholestérol et des acides gras saturés dans l’hépatocyte a plusieurs
conséquences :

I. Diminution de la synthèse du cholestérol par rétroinhibition de la HMG-CoA réductase (cible des


statines).
II. Augmentation de l’activité de l’acylCoA : cholestérol acyltransférase (ACAT) qui estérifie le
cholestérol avec un acide gras pour le mettre en réserve dans des vésicules.
III. Diminution de l’expression du gène du récepteur des LDL ce qui fait augmenter le taux de LDL
plasmatique

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126 Système digestif

Schéma 16

Traitement pharmacologique de l’hypercholestérolémie

Pour traiter l’hypercholestérolémie, les premières interventions consistent à changer les


habitudes alimentaires et à augmenter la part des activités physiques dans les habitudes de vie.
Si cela n’est pas suffisant ou lorsqu’une maladie génétique est à l’origine de
l’hypercholestérolémie, il faut intervenir pharmacologiquement.

Hypercholestérolémie familiale.

Au Québec, on retrouve certaines mutations des récepteurs des LDL qui les rendent moins
efficace ce qui fait augmenter le niveau de LDL en circulation. Le but du traitement est
d’augmenter la quantité de récepteurs à la surface des hépatocytes afin d’augmenter la
captation des LDL. On donne des résines (cholestyramine) qui séquestrent le cholestérol et les
sels biliaires dans l’intestin, ou encore des médicaments qui inhibent leur
réabsorption(ezetimibe) ce qui stimule la production de sels biliaires à partir du cholestérol.
En réponse à la diminution de la concentration intracellulaire de cholestérol causée par la
synthèse de sels biliaires, l’hépatocyte synthétise des récepteurs à LDL et il augmente
l’activité de l’HMG-CoA réductase. L’administration d’un inhibiteur de cet enzyme (comme
une statine) stimule encore davantage la production de récepteurs à LDL, car ils deviennent la
seule voie possible à l’augmentation du cholestérol intracellulaire

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Dr. Yves Deshaies
Physiologie hépatique 127

La réduction du LDL-cholestérol contribue non seulement à diminuer un facteur de risque


important du développement à long terme de l’athérosclérose, mais semble également
diminuer le risque à court terme d’infarctus du myocarde, probablement en prévenant la
rupture de la plaque athéromateuse au niveau des artères coronaires, ce qui diminue le risque
de formation d’un thrombus.

Schéma 17

Triglycérides et HDL-cholestérol

Des TG élevés combinés à une faible concentration de HDL-cholestérol constitue un autre


profil lipidique à haut risque pour les maladies cardiovasculaires. Des causes génétiques, mais
aussi environnementales, peuvent conduire à ce profil. En effet, ce profil est souvent associé à
l’obésité abdominale. Le profil métabolique fréquemment associé à l’obésité viscérale est
appelé syndrome métabolique (le même syndrome que le syndrome X vu en cardiologie) et
est caractérisé par une intolérance au glucose, la présence d’hypertension, de triglycérides
élevés, de HDL-cholestérol faible, de LDL-cholestérol normal, mais transporté par des LDL
plus nombreuses (d’où l’hyperapobêtalipoprotéinémie), de petite taille et plus denses.

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128 Système digestif

Schéma 18

Cette dyslipidémie typique est provoquée par plusieurs anomalies métaboliques reliées à
l’obésité et à la résistance à l’insuline, dont certaines se situent au foie (Schéma 17):

I. ↑ des acides gras libres due à la perte de l’action inhibitrice de l’insuline sur la lipolyse à
l’intérieur des adipocytes.
II. ↑ de la production des TG par le foie due à l’↑ de la livraison d’acides gras libres au foie par la
circulation porte, qui draine le tissu adipeux viscéral.
III. ↑ du nombre de VLDL (et donc d’apolipoprotéine B) sécrétées par le foie due à l’augmentation de
la synthèse de triglycérides et de la perte de sensibilité à l’action inhibitrice de l’insuline sur la
sécrétion de VLDL.
IV. ↓ de l’enrichissement en cholestérol des HDL, dépendante des produits d’hydrolyse des
lipoprotéines riches en triglycérides (chylomicrons et VLDL) par la lipoprotéine lipase, une
enzyme dont l’activité est souvent diminuée.
V. Appauvrissement des LDL et des HDL en cholestérol, au profit des triglycérides, dû à un échange
augmenté de lipides entre les lipoprotéines riches en triglycérides (chylomicrons et VLDL) et
celles riches en cholestérol (LDL et HDL). Cet échange est favorisé par une enzyme circulante, la
protéine de transfert de lipides, et est proportionnel à la concentration et au temps de résidence
des lipoprotéines riches en triglycérides.
VI. HDL avec une composition modifiée, due à l’hydrolyse des triglycérides qu’elles contiennent par
une enzyme située dans le sinusoïde hépatique, la lipase hépatique. Ces modifications de la

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Physiologie hépatique 129

composition des HDL en augmentent la clearance plasmatique, contribuant à diminuer les


concentrations sanguines de HDL.
VII. Production de LDL petites et denses due à l’hydrolyse des triglycérides qu’elles contiennent
par la lipase hépatique.

Cette dyslipidémie est athérogène à cause de la grande concentration de résidus de VLDL,de


la présence de LDL petites et denses, plus susceptibles de se déposer dans la paroi artérielle,
et à cause de la diminution des HDL dont l’action antiathérogénique est ainsi partiellement
perdue.

Schéma 19

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Dr. Yves Deshaies
130 Système digestif

Il va sans dire que le traitement doit s’attaquer aux causes primaires de la dyslipidémie
(obésité, résistance à l’insuline). Un régime alimentaire prudent fera diminuer le degré
d’obésité et de résistance à l’insuline, ainsi que la production hépatique de VLDL et
d’apolipoprotéine B. Les niveaux de HDL s’élèveront conséquemment, surtout si le régime
s’accompagne d’un programme d’activité physique. Dans certains cas, le traitement
pharmacologique de l’hypertriglycéridémie est indiqué. On utilise alors des médicaments
comme les fibrates, qui agissent à la fois en diminuant la synthèse hépatique de VLDL et en
augmentant l’activité de la lipoprotéine lipase, l’enzyme responsable de l’hydrolyse
intravasculaire des triglycérides transportés par les chylomicrons et les VLDL.

Métabolisme et excrétion de la bilirubine

La bilirubine est le produit de dégradation de l’hémoglobine dans le système des macrophages


tissulaires (y compris les cellules de Kupffer). La bilirubine libre, aussi appelée bilirubine
indirecte (ou non conjuguée) est liée (oui oui, vous avez bien lu!) à l’albumine lors de son
transport dans la circulation sanguine. Après dissociation puis captation par l’hépatocyte, elle
est conjuguée à l’acide glucuronique par l’enzyme UDP-glucuronyl transférase et excrétée
dans la bile. Une transformation bactérienne dans l’intestin produit l’urobilinogène qui est
partiellement réabsorbé (~10%). Il y a circulation entérohépatique d’urobilinogène (95%) et
excrétion dans l’urine (5%). L’urobilinogène non réabsorbé est transformé dans l’intestin en
stercobiline, un pigment brun, excrété dans les fèces. Dans le rein, l’oxydation de
l’urobilinogène produit l’urobiline, un pigment jaune, excrété dans l’urine.

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Physiologie hépatique 131

Schéma 20

Utilité diagnostique de la bilirubine

Le dosage de la bilirubine et de ses dérivés peut permettre de distinguer certains types


d’ictères.

Ictère (=Jaunisse): excès de bilirubine dans les liquides extracellulaires.

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132 Système digestif

Schéma 21

1. Ictère de type hémolytique :

Destruction accélérée des érythrocytes entraînant une formation accélérée de bilirubine libre,
dépassant la capacité d’excrétion hépatique et une augmentation de la formation et de la
réabsorption intestinales d’urobilinogène. Cette situation peut être causée entre autres par :

• Maladie hémolytique du nouveau-né (incompatibilité materno-fœtale des


groupes sanguins ABO ou du facteur Rh)
• Anémie falciforme (hémoglobine anormale).

Cela entraîne une augmentation de bilirubine libre et d’urobilinogène dans le sang.

2. Ictère de type obstructif :

La synthèse de la bilirubine et sa conjugaison sont normales, mais son excrétion dans la bile
est diminuée. La bilirubine conjuguée passe donc dans le sang via la lymphe. Si l’obstruction
est totale il y aura absence d’urobilinogène dans l’urine et une petite quantité de bilirubine
conjuguée dans l’urine.

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Physiologie hépatique 133

Cette obstruction peut être causée entre autres par :

• Calcul ou tumeur;
• Dommage hépatocytaire (hépatites).

Cela entraîne une augmentation de bilirubine conjuguée dans le sang.

AUTRES FONCTIONS DU FOIE

Synthèse de protéines plasmatiques

Outre les protéines nécessaires à ses propres fonctions, le foie synthétise plusieurs protéines
destinées à l’exportation vers la circulation sanguine.

• Albumine (la plus importante)


• Protéines de phase aiguë (en réponse à l’infection)
• Protéines liantes d’hormones stéroïdiennes (binding proteins)
• Apolipoprotéines A, B, C, E (composantes protéiques des lipoprotéines sécrétées
par le foie)
• Protéines de la coagulation : Facteur I, II, V, VII, VIII, IX, X*
• Plasminogène (précurseur d’une substance antithrombique)
• Certaines globulines (autres que gamma-immunoréactives)

* Les sels biliaires produits par le foie sont nécessaires à l’absorption intestinale de la
vitamine K, indispensable à la synthèse hépatique des facteurs II, VII, IX et X.

On comprendra qu’une altération de la fonction hépatique (e.g. cirrhose) menant à une


diminution de la synthèse de ces protéines pourra avoir des conséquences sur de multiples
systèmes (coagulation sanguine, métabolisme lipidique, transport de stéroïdes, etc.).

Entreposage

Le foie est un véritable « Centrum » endogène!

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134 Système digestif

Vitamines
• Vitamine A (réserve de 10 mois; entreposage dans les hépatocytes, mais surtout
dans les cellules de Ito)
• Vitamine D (réserve de 3 à 4 mois)
• Vitamine B12 (réserve de 1 an ou plus)

Minéraux
• Fer: Le foie constitue la deuxième réserve de fer en importance après
l’hémoglobine. Le métal est emmagasiné dans l’organe sous forme liée à des
protéines (ferritine et hémosidérine). Lorsque les besoins de l’organisme en fer
augmentent, le foie sécrète celui-ci, qui est transporté dans la circulation sous
forme liée à une protéine (complexe transferrine). Une surabondance de fer dans
les tissus, particulièrement le foie, entraîne une maladie appelée
hémochromatose (sera vue dans un cours ultérieur)
• Cuivre: Le foie emmagasine également des réserves importantes de cuivre. Une
suraccumulation de cuivre donne lieu à la maladie de Wilson.

Fonctions endocrines

• L’hormone de croissance (GH) stimule la synthèse hépatique de l’insulin-like


growth factor 1 (IGF-1 ou somatomédine). L’IGF-1 est un facteur de croissance
responsable des effets prolongés de l’hormone de croissance. Par exemple, les
Pygmées présentent une GH normale, mais ne synthétisent pas d’IGF-1. D’autre part, l’IGF-1 a
des effets semblables à ceux de l’insuline sur la captation cellulaire de glucose.
• T3-T4 : Le foie est un site important de transformation de thyroxine (T4) en
triiodothyronine (T3). La T3 est une forme biologiquement plus active que son
précurseur.
• Vitamine D : Cette vitamine liposoluble est présente dans l’alimentation ou est
produite dans la peau, sous forme inactive, grâce aux rayons du soleil. Une
première hydroxylation de la molécule par le foie produit un dérivé qui subira
une seconde hydroxylation au niveau du rein, produisant ainsi la forme active de
la vitamine.
• Angiotensinogène : Le précurseur de l’angiotensine est synthétisé au foie. Le
foie est donc indirectement impliqué dans l’homéostasie du Na+ et la régulation
de la pression artérielle.
• Certains stéroïdes sont convertis en stéroïdes plus actifs (biotransformation) au
niveau du foie. Il est important de souligner que certains aspects du métabolisme hépatique
des stéroïdes sont spécifiques au sexe. En effet, il existe des différences liées aux stéroïdes
sexuels au niveau de la régulation hypothalamique de la sécrétion hypophysaire de l’hormone de
croissance. Les caractéristiques de la sécrétion circadienne de cette hormone affectent la synthèse
hépatique de certaines formes de cytochromes P450, enzymes impliquées entre autres dans la
biotransformation des stéroïdes. Le profil de certains cytochromes P450 hépatiques est donc
différent chez l’homme et la femme, ce qui affecte, de façon spécifique au sexe, le métabolisme
hépatique des stéroïdes.

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Physiologie hépatique 135

Schéma 22

Fonctions de dégradation

Endocytose

Les cellules de Kupffer ont pour rôle la phagocytose des bactéries intestinales ayant atteint la
circulation porte ainsi que des débris cellulaires. Leur efficacité est de 99%.

Détoxification (biotransformation)

C’est le processus d’élimination par le foie des xéno biotiques (substances pouvant être
toxiques pour l’organisme). Ces substances, souvent liposolubles et difficilement excrétables
sous leur forme primitive, sont transformées chimiquement, puis conjuguées, pour être
finalement excrétées dans la bile ou dans l’urine.

Il existe deux phases principales de réactions effectuées par le système enzymatique


microsomal (SEM) pour métaboliser les xénobiotiques.

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136 Système digestif

Phase IÆOxydation, réduction ou hydrolyse (dépend de la substance et de l’enzyme qui la


transforme).

• Rôle: formation ou exposition d’un site réactif pour la phase II.


• La transformation, dont la plus commune est la mono-oxydation, est effectuée
par des complexes enzymatiques dont la partie active est le cytochrome P-450.

Phase IIÆConjugaison avec une variété d’agents (acide glucuronique, glutathion, etc.)

• Rôle: augmentation de l’hydrosolubilité du produit.

La biotransformation aboutit habituellement à une inactivation du xénobiotique et à son


élimination. Cependant, il peut survenir les phénomènes suivants:

I. L’induction (augmentation d’activité) du cytochrome P-450 par certains


xénobiotiques peut augmenter le métabolisme des médicaments et en diminuer
ainsi l’efficacité ou augmenter le métabolisme de substances naturelles dégradées
par ce système (e.g. stéroïdes). La prise chronique d’alcool ou encore le
phénobarbital peut causer ce phénomène.
II. La formation de métabolites stables ayant une activité biologique augmentée,
réduite, nulle, ou modifiée, pouvant ainsi résulter en une modification de
l’action de la substance originale.
III. La formation de métabolites avec réactivité chimique, responsables d’une
hépatotoxicité, toxicité pulmonaire, carcinogénicité (e.g. produits de la cigarette),
mutagénicité, ou tératogénicité. Plusieurs de ces métabolites réactifs sont d’abord liés dans
l’hépatocyte par le glutathion, et sont ainsi inactivés. Cependant, la disponibilité du glutathion
peut être diminuée, par exemple lorsqu’il y a induction du SEM et surproduction de métabolites.
Le surplus de métabolites réactifs non liés par le glutathion pourra alors se fixer à des protéines
ou acides nucléiques, entraînant éventuellement une nécrose hépatocytaire (Schéma 23).
IV. La formation de produits dont la rétention est favorisée, soit par conjugaison de
ceux-ci avec des macromolécules tissulaires, soit à cause d’une augmentation de
leur liposolubilité après conjugaison.

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Physiologie hépatique 137

Schéma 23

Élimination d’hormones

Plusieurs hormones sont excrétées dans la bile ou conjuguées dans le foie, réabsorbées dans
l’intestin, puis éliminées dans l’urine.

Les principales hormones qui sont excrétées ou transformées par le foie, puis réabsorbées et
éliminées par le rein sont:

I. Hormones stéroïdiennes: excrétion surtout par le rein après transformation


hépatique.
) Surrénaliennes: cortisol, corticostérone, aldostérone.
) Gonadiques: oestrogènes, progestérone, testostérone.
II. Hormones thyroïdiennes.
III. Hormones pancréatiques (insuline, glucagon): transformation et excrétion surtout
par le foie. L’insuline est sécrétée par le pancréas dans la circulation porte, et
dans des conditions normales, environ 50% de la quantité sécrétée est extraite et
dégradée par le foie lors du premier passage dans la circulation porte.
IV. Hormone de croissance: 90% de sa dégradation s’effectue au foie.
V. Leukotriènes et prostanoïdes: le foie est le site d’excrétion principal des
leukotriènes.

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138 Système digestif

Dans certaines pathologies hépatiques, les niveaux plasmatiques de certaines hormones


augmentent à cause d’une diminution de leur catabolisme, ce qui peut entraîner des
pathologies secondaires. Étant donné l’importance du foie dans l’élimination d’un grand
nombre d’hormones, il va sans dire qu’une altération de la fonction hépatique pourra
éventuellement avoir des conséquences variées et importantes au niveau de l’efficacité
fonctionnelle de plusieurs systèmes endocriniens.

Élimination d’hormones: exemple des conséquences d’une dysfonction hépatique.


Dans la cirrhose hépatique, il se produit souvent le phénomène de féminisation. La cause
probable de ceci est la diminution de l’extraction hépatique des androgènes. Ceux-ci sont
alors soumis de façon plus importante à la biotransformation en stéroïdes oestrogéniques en
périphérie puisque chez l’humain, il y a conversion d’une partie de la testostérone en
oestrogène dans certains tissus périphériques, dont le tissu adipeux. De plus, la diminution de
l’excrétion hépatique des oestrogènes contribue elle aussi à en augmenter les niveaux
circulants. L’augmentation des oestrogènes provoque à son tour une diminution de production
de testostérone par le testicule, vraisemblablement via une réduction de l’activité de l’axe
hypothalamo-hypophyso-gonadique. Il en résulte une diminution importante du rapport
androgènes : oestrogènes dans la circulation, et l’apparition, chez l’homme, de gynécomastie,
d’atrophie testiculaire et d’impuissance sexuelle.

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Physiologie hépatique 139

Schéma 24

MODULATION DE LA FONCTION HÉPATIQUE

Modulation hormonale

La fonction hépatique est influencée par plusieurs facteurs. Le sang (porte et artériel) véhicule
des hormones pour lesquelles le foie possède des récepteurs. Ces hormones peuvent donc
moduler la fonction hépatique. En voici quelques exemples:

Insuline

• Le foie possède une sensibilité élevée à l’insuline.


• Une augmentation du double de la concentration porte d’insuline inhibe la
production hépatique de glucose et augmente la synthèse de lipides dans le foie.
• Il se produit des altérations majeures du métabolisme hépatique du glucose, des
lipides et des protéines dans le diabète de types 1 et 2.

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140 Système digestif

Glucagon

• Le rapport glucagon/insuline est le facteur hormonal le plus important dans la


régulation de la gluconéogenèse hépatique (influencée aussi par la disponibilité
des précurseurs gluconéogéniques). Ce rapport augmente lors du jeûne et
favorise la gluconéogenèse.
• Le glucagon stimule l’écoulement biliaire indépendant des sels biliaires.

Catécholamines

En général, ces hormones augmentent la synthèse hépatique de glucose via:

• Des effets directs: activation d’enzymes déjà présentes et inactivation d’autres


enzymes;
• Des effets indirects: augmentation du glucagon et diminution de l’insuline.

Stéroïdes

Corticostéroïdes
• Augmentation de la gluconéogenèse hépatique.
• Augmentation de la lipogenèse et de la sécrétion hépatique de VLDL.

Oestrogènes
• Augmentation du cholestérol dans la bile = lithogénique.
• Modulation du métabolisme des lipoprotéines
• Modulation de la cétogenèse.
• Stimulation de la synthèse hépatique de protéines de la coagulation (facteurs II et
VII) et diminution de la synthèse de protéines fibrinolytiques (plasminogène,
antithrombine III). C’est pour cette raison que les contraceptifs oraux peuvent
occasionner des problèmes thrombotiques.
• Régulation de l’activité enzymatique des cytochromes P-450. Le profil d’activité de ces enzymes
est spécifique au sexe. Les différences sexuelles sont dues, en partie, aux effets des stéroïdes sur
l’hormone de croissance. Il existe en effet des différences sexuelles dans l’inductibilité par
certains médicaments. De plus, la femme possède plus d’enzymes métabolisant les stéroïdes,
convertit plus d’androgènes en oestrogènes, et possède plus d’enzymes de détoxification des
carcinogènes (résistance accrue aux tumeurs hépatiques).
• Stimulation de la production et de la sécrétion de glycoprotéines de transport sanguin
d’hormones stéroïdiennes.

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Physiologie hépatique 141

Modulation neuronale

Le foie possède une innervation efférente extrinsèque et intrinsèque dont le degré d’activation
modifie certaines des fonctions hépatiques. De plus, la présence de divers types de récepteurs
confère au foie des fonctions sensorielles afférentes qui peuvent modifier la fonction du foie
lui-même ou celle d’autres systèmes.

Innervation
I. Innervation extrinsèque (fibres afférentes et efférentes)
) Le foie reçoit des branches des nerfs vague, splanchnique et phrénique,
associées aux vaisseaux sanguins et aux canalicules biliaires. D’autres
fibres sont associées aux hépatocytes.
) Les branches sympathiques et parasympathiques forment deux plexus
intercommuniquants: le plexus antérieur, qui encercle l’artère hépatique, et
le plexus postérieur, situé derrière la veine porte et le canal biliaire.
II. Innervation intrinsèque
) Les fibres nerveuses sont surtout associées au système vasculaire (fonction
vasomotrice), bien que certaines fibres soient associées aux hépatocytes.
) L’innervation intrinsèque est surtout adrénergique et il y a peu de fibres
cholinergiques.

L’innervation efférente joue un rôle de modulation de plusieurs fonctions hépatiques. En voici


quelques-unes, accompagnées de quelques exemples d’effets modulateurs:

• Hémodynamique (rôle du foie comme réservoir de sang): La stimulation du


plexus antérieur ou de l’innervation de l’artère coeliaque diminue le débit
sanguin hépatique, un effet α-adrénergique. D’autre part, les catécholamines
diminuent le volume sanguin hépatique, par exemple, en réponse à l’hémorragie.
À l’opposé, une stimulation vagale a un effet dilatateur sur les sinusoïdes.
• Métabolisme du glucose:
) Le système sympathiqueÆ hyperglycémie via les récepteurs α-
adrénergiques qui est indépendante des effets hémodynamiques et
hormonaux d’une telle stimulation.
) Le système parasympathiqueÆ↓ la captation hépatique de glucose,
↑ la synthèse du glycogène,
↓ la libération hépatique de glucose dans la
circulation.
• Métabolisme des lipides:
) SympathiqueÆ ↑ la synthèse hépatique de cholestérol

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142 Système digestif

) ParasympathiqueÆ ↓ la synthèse hépatique de cholestérol


• Vésicule biliaire: Le parasympathique contribue à la modulation de sa
contraction.

Récepteurs hépatiques

Le foie possède des fonctions afférentes (sensorielles) grâce à la présence de plusieurs types
de récepteurs (osmorécepteurs, récepteurs aux ions Na+, barorécepteurs, récepteurs
métaboliques sensibles au glucose, acides gras, L-arginine, etc.). La stimulation de l’un ou
l’autre de ces types de récepteurs suite à des changements dans la composition du sang de la
veine porte a pour effet de modifier, par voie réflexe, certaines fonctions d’autres systèmes
(e.g. excrétion rénale de Na+, sécrétions gastriques, etc.). Les mécanismes d’action de ces
récepteurs sont encore mal connus. Voici quelques exemples d’effets observés suite à la
sollicitation de certains de ces récepteurs:

Osmorécepteurs: Une diminution de l’osmolarité du sang de la veine porte stimule des


afférences vagales qui, par une voie réflexe non identifiée du système nerveux central, résulte
en une diminution de l’hormone antidiurétique, favorisant ainsi la diurèse.

Récepteurs aux ions Na+: L’augmentation des ions Na+ dans la circulation porte est perçue
par des récepteurs à Na+. Ces récepteurs convertissent la concentration porte d’ions Na+ en
activité du nerf afférent vagal. Le signal rejoint le noyau du faisceau solitaire dans le tronc
cérébral, dont les signaux efférents augmentent l’excrétion rénale de Na+ via le nerf
sympathique rénal (réflexe hépato-rénal). Les signaux efférents diminuent également
l’absorption intestinale de Na+ via le nerf vague (réflexe hépato-intestinal) (Schéma 25).

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Physiologie hépatique 143

Schéma 25

Barorécepteurs: Une augmentation de la pression de perfusion de la veine porte modifie la


diurèse par voie réflexe, impliquant des efférences sympathiques rénales.

Récepteurs métaboliques: Plusieurs types de récepteurs métaboliques sensibles soit au


glucose, soit aux acides gras, soit à la L-arginine, etc. ont été identifiés dans la veine porte.
Par exemple, une injection intraportale de glucose résulte en une diminution de l’activité
afférente de la branche hépatique du nerf vague qui, par altération indirecte des efférents de
plusieurs organes (pancréas, surrénales, estomac, foie lui-même), amène entre autres une
augmentation de la sécrétion d’insuline et une diminution de la sécrétion et de la vidange
gastriques. On pense que certains de ces récepteurs métaboliques pourraient influencer le
comportement alimentaire et la quantité d’énergie ingérée.

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