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This article, written in French, was published in a

Moroccan Journal "LE SOIR ECHOS" n° 273


March 13th, 2009
Dr. Kamal El-OUALY
Economist
Kamal.eloualy@yahoo.fr

The end of the glorious thirty of market (*)


La fin des trente glorieuses du marché
Le triomphe prétendu de l’économie du marché qui date d’au moins, il ya trois
décennie, de l’ère de la « Reaganomie » et du « Thatchérisme » ne saurait définitivement être
acquis. Ce modèle d’économie libéralisée est jugé favoriser la création des richesses et le
développement des innovations. Or, ce sont ces innovations financières et les produits dérivées
sous jacents, accompagnés souvent des applications techniques majeures facilitées par l’outil
Internet, qui ont poussé trop le marché financier de son stade « organisé » vers un autre « de
gré à gré » plus risqué, débouchant sur une crise qui a sapé tout sentiment de confiance vis-à-
vis de l’économie du marché. Devant cette déroute financière, seul un Etat bienveillant pourrait
redonner du souffle à une économie en marasme qui risque de se convertir en une dépression
fatale et durable : Là où le marché est imparfait l’Etat doit intervenir.

La crise financière internationale, éclatée en 2008, et les menaces d’une récession


économique profonde qui s’annoncent au jour le jour, ont remis en cause les «grands principes»
d’un capitalisme à outrance guidé à l’aveuglette. Ceci prouve que les lois économiques ne sont
pas immuables. Ces dernières sont, par contre, régies par des comportements économiques
irrationnels et non conformes aux règles établies par l’unanimité. La main invisible d’A. Smith
n’a pas pu épargner l’économie du marché de la crise, les mécanismes autorégulateurs non
plus. De même, les adeptes du postulat de rationalité et de « l’homoéconomicus », cherchant le
maximum de profit avec un minimum de coût, se sont trouvés hors jeu, alors que l’économie
mondiale s'enfonce dans la récession, d'une virulence jamais vue depuis 1930. Il faut l’avouer,
le laisser faire laisser aller a ses limites. Il ne s’agit pas de « la fin de l’histoire » selon F.
Fukuyama mais d’une trente glorieuse du Marché qui a atteint son cycle. Cette approche
philosophique régissant l’économie capitaliste ne peut bien triompher sans être encadré, dans
un contexte ou le modèle du marché souffre néanmoins d'un certain nombre de défaillances qui
en amoindrissent la portée.
A la lumière de cette grille d'analyse, l’Etat apparait le plus puissant et le marché
impuissant voire imparfait. La multiplication des plans de relance implique que « nous sommes
tous des Keynésiens » et qu’ « à long terme nous seront tous morts » selon l’expression de
J.M.Keynes (1936). L’Etat n’est-il pas un mal absolu, expression avancée par Robert Lucas
(Nobel 1995), quand il s’agit de préconiser des plans de relance économique et venir au
secours du secteur privé ? Aussi, les aides financières directes de l’Etat octroyées aux
institutions financières et aux secteurs industriels en difficulté viennent-elles invalider les
mécanismes de fonctionnement du marché en poussant, par ricochet, vers une régulation tout en
renvoyant les acteurs de ce marché, y compris l’Etat, à leurs responsabilités. D’un autre côté,
qu’en est-il de la politique de privatisation préconisée par les institutions financières
internationales (FMI, BM) pour les pays en développement, dans un contexte ou les
nationalisations de grands établissements financiers en faillite (AIG, Fortis, Dexia,..) sont en
vogue aux Etats-Unis et en Europe comme étant le berceau de l’économie libérale.

De surcroît, l’aide au secteur automobile est-il synonyme d’une perturbation de la


concurrence et d’une violation des règles du marché ? Déjà, sur le plan des échanges
commerciaux internationaux, le multilatéralisme de l’OMC ne fonctionne pas selon les règles
ratifiées par les adhérents. Bien plus, le libre échange, dans l’optique des grandes puissances
économiques, était souvent en difficulté quand il est question, par exemple de l’agriculture
(Accord de Blair House, Politique Agricole Commune,…) qui demeure régit par une ouverture
sélective. Les vertus de la concurrence et du libre échange, sur ce dossier, sont sanctionnés par
des subventions des Etats et des pressions de lobby. En contrepartie, le négoce d’autres
produits hors agricoles bute sur un mercantilisme agressif (exemple de la chine). Toutefois, il est
inconcevable de défendre le libre échange quand on est « gagnant » et tolérer une escalade
protectionniste chaque fois qu’on est perdant, à la lumière des plans de sauvetage économique
déclenchés en 2008 et 2009 par les tenants et les défenseurs de la mondialisation.

Ceci étant, face à une crise financière qui s’étend à l'économie réelle que faut-il
suggérer comme renouveau pour sauver les pertes d’emploi, relancer l’activité économique et
encourager le crédit et le placement financier ? Fermer les yeux et laisser le déficit budgétaire
se creuser même si cela pourrait engendrer des effets de second tour en termes d’impôts avec
un coût d’opportunité élevé en matière d’investissement social. En d’autres termes, ces coupes
budgétaires destinées à relancer l'économie réelle vont elles alourdir le fardeau de la dette
public aujourd’hui et les impôts de demain avec une dose de taxe inflationniste en validant
« le théorème d’équivalence ricardienne » ? Cette intervention de l’Etat est-il à court terme ?
Ou devrait- elle s’imposer comme un modèle alternatif au marché ?
De toute façon, l’Etat ne devrait pas jouer continuellement le rôle du prêteur du dernier
ressort chaque fois que le marché est en panne. Le secteur privé et ses acteurs qui se
nourrissent de la spéculation adoptent un comportement d’aléa moral via des pratiques
égoïstes. C’est ce comportement spéculatif de certains agents, avide de gains, agissant hors loi
et morale, qui menace le bon fonctionnement des marchés financiers voire de l’économie réelle
toute entière.

Face à cette asymétrie de l'information, seule une régulation du marché financier et un


nouveau paradigme du fonctionnement de l’économie mondiale pourraient garantir une
coexistence entre l’Etat et le marché avec un minimum de transparence. Cette régulation
devrait normalement se concrétiser dans les faits et ne pas rester au stade des bonnes
intentions comme s‘était le cas lors du forum de la régulation financière conclut par le G8 en
1998, à l’issue de la crise asiatique. Il faudra donc beaucoup de volonté et d’éthique pour
inverser la tendance. Dans le même ordre d’idée, les questions relevant de la taxe de Tobin et
des paradis fiscaux devraient, de nouveau, être posées sur table de discussion pour autant
que faire se peut atténuer l’effet des fonds spéculatifs et celui de l’évasion fiscale tout en
invitant chaque pays à coopérer là-dessus.

Il est également impératif de réactiver le rôle des gendarmes du marché et de comités


de surveillance avec une séparation entre les activités de banques commerciales, de banques
d’affaires et des sociétés d’assurance. La confiance pourrait également être améliorée à la
fois par l’indépendance et la séparation des fonctions de décision, de contrôle et de rating
des institutions corollaire d’une bonne gouvernance économique et financière. Sauf que cette
indépendance est corollaire également d’une reddition des comptes.

Dans l’immédiat, des règles de conduite doivent être édictées et qu'un mix optimal
entre politique budgétaire et monétaire devrait être adopté afin d’éviter le système financier
de s’écrouler. Néanmoins, une baisse continue des taux d’intérêt a ses limites, à savoir la
trappe à liquidité, et que toute action non réfléchie d’une baisse additionnelle du taux
d’intérêt pourrait avoir en retour des retombées négatives en terme d’investissement et
d’épargne qui deviennent inélastiques.

(*) Written in March 2008, this article is one of a series works performed by the author on Financial
Macroeconomics, monetary economics and inflation targeting. For more information cf, kamal. El-Oualy “The
inflation targeting in emerging countries: Its implementation opportunities in Morocco”. Doctorate in Economics
Sciences with High Honours from the Faculty of Economics Sciences of Fez, May 2008.