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Babillard de discussion et d’opinion selon Ronald Désormeaux

Judo-Ron 3/2009
Babillard de discussion et d’opinion
Coutume et étique

Le judo conçu par le Maître Jigoro Kano comprend deux grands principes qui se
complètent : l’emploi intelligent de l’énergie et le respect mutuel en vue de s’améliorer et
de mieux participer dans la société. Son judo traditionnel avait un élément éducatif à trois
volets : éducation physique et technique, éducation morale et une transformation sociale.
Cet ensemble est connu de tous les professeurs traditionnels sous le sigle Shin Gi Tai.

Avec l’avènement du judo sportif, nous voyons l’apparition de l’emphase vers des
compétitions trop fréquentes et la rémunération exagérée des compétiteurs. La gloire du
podium et la valorisation de l’entraîneur qui forme des champions plustot que des
personnes possédant un ensemble de valeurs humaines qui soient profitables aux autres
sont de nouveaux éléments avec quoi nous devons composer. Avec les décennies de
rivalités, certains éléments de la philosophie du Maître Kano sont disparus où ne sont
plus enseignés dans les dojos actuels.

Il faut se rappeler que le dojo traditionnel n’était pas un gymnase ou un centre athlétique
comme nous les connaissons aujourd’hui. Le dojo était une salle de formation adjointe au
temple. Les élèves devaient demander leur adhésion et le Maître pouvait les refuser et les
renvoyer pour quelques motifs non conformes à sa philosophie. Le Maître Kano comme
plusieurs de ses associés ont servi de modèles pour enseigner et propager la voie souple.
L’entraînement au Kuzushi, Tsukuri et Kake se faisait par imitation et répétition d’où
l’existence des Katas et des Uchi-Komi.

Les élèves devaient connaître les techniques à fond, leurs principes ainsi que leurs modes
d’application dans divers déplacements en pratiquant le Yakusoku Geiko et le Randori.
Périodiquement on organisait des rencontres amicales avec d’autres écoles et des
compétitions de haut niveau eurent lieu. Ces shiai ont servi à évaluer la force des écoles
voisines et les faiblesses à corriger dans les méthodes d’enseignement.

Cette pratique est encore courante de nos jours. Les excès de l’usage des compétitions se
retrouvent aujourd’hui dans l’engrenage administratif de certains sports au niveau
provincial, national et international, là où la politique et la commercialisation entrent en
jeu. Plusieurs élèves, instructeurs, moniteurs et mécènes brûlent les étapes pour obtenir la
gloire éphémère et recevoir le prix passager du moment.

C’est pour cette raison que le judo tel que pratiqué dans notre dojo doit demeurer
traditionnel aux valeurs que furent véhiculées par le Maître Kano. Nous devons participer
aux diverses compétitions, donner la chance à nos élèves de confronter des adversaires de
différents calibres mais nous devons aussi leur imprégner les véritables valeurs humaines.
Soyons aux aguets des écarts possibles et conservons notre philosophie. Devant le succès
de l’amélioration technique et physique, on a souvent tendance à oublier les éléments qui
composent le deuxième principe, celui du respect mutuel et de l’entraide sociale. À cet
égard, voici quelques commentaires ayant trait à la coutume et à l’étique.
Babillard de discussion et d’opinion selon Ronald Désormeaux

Les saluts : les saluts, signes de respect, de gratitude et de reconnaissance se font debout
(ritsu) ou agenouillé (seiza) selon le cas. Ils ne sont pas des signes de soumission ou
d’esclavage. Ils sont des expressions de politesse. On les fait en entrant dans le dojo, à
l’arrivée sur les tatamis, en présence d’un pair, d’un supérieur ou collègue. Le rei-shiki
ou pratique des salutations se veut une pratique respectueuse, où il faut prendre le temps
nécessaire et faire la pause de temps pour calmer les esprits, prendre contact avec l’autre
et le reconnaître à sa juste valeur. On exerce un salut au début et à la fin d’une pratique
ou démonstration avec un pair en signe de gratitude et de remerciement. On salut
également le professeur avant et après une demande d’explication. On salut le shomen-
kamiza ou la place d’honneur avant et après la session (shomen-ni-rei).

L’étiquette : C’est l’ambiance du dojo qui conduit à un comportement serein dans l’étude
sérieuse du judo. Ce sont un ensemble de petits gestes qui permet de trouver sa place,
d’exécuter un comportement propice à l’étude, de mettre de l’ordre dans les pensées, de
conserver sa dignité dans des moments d’entraînement, d’entrée dans l’atmosphère
positive et de supprimer des pensées négatives qui pourraient nuire à l’instruction. Au
dojo, tout doit refléter l’hygiène corporelle, la bonne nutrition et le bon comportement de
la vie. Tous les membres, quelque soit leur niveau doivent respecter les lieux, les autres,
les règles et les valeurs morales. Tous doivent essayer d’être de bon exemple pour les
autres

La discipline : Les élèves arrivent au moins dix minutes avant le cours et porte un judogi
propre et portant la ceinture et les culottes de bonne taille. Le T shirt blanc est permis
pour les élèves féminins seulement. Tant qu’au judogi de couleur bleue, il est réservé aux
jours de compétitions formelles. Si on est blessé, malade ou fiévreux, on doit s’abstenir
de la pratique et demander l’avis de l’instructeur pour se joindre au groupe. Attention aux
bijoux qui peuvent causer des blessures. La gomme, la nourriture et les breuvages n’ont
pas leur place sur les tatamis.

Les élèves se tiennent dans la zone dite Shimoza, à la gauche du senior à l’ouverture et à
la fermeture des sessions. Les ceintures noires non enseignants sont aussi sur la gauche
du professeur enseignant dans la zone Shimoseki. Il est interdit se s’asseoir du coté du
Kamiza ou place d’honneur, cet endroit est normalement réservé aux professeurs
titulaires et invités seniors. On doit s’adresser aux enseignants avec le mot Sensei seul ou
en complément du nom.

Lorsqu’au repos, les élèves doivent s’asseoir en seiza ou anza (position du tailleur ou sur
les genoux) et ce, le long de la zone de sécurité. Il n’est pas permis de quitter les tatamis
sans permission. Si l’on quitte les tatamis, on doit porter zoris ou chaussettes.

Lorsque les élèves sont debout, ils doivent éviter de tourner le dos au centre afin d’éviter
les accidents. Les discussions a voix basse sont permises mais les sujets de discussion
doivent être discrets et ne doivent pas déranger les autres. Les ceintures les plus basses
doivent demander de travailler avec les élèves plus seniors. Ces derniers doivent
s’abstenir de prouver leur supériorité et porter leurs techniques à fond.
Babillard de discussion et d’opinion selon Ronald Désormeaux

Tout en exécutant un salut, on peut demander à l’autre la permission de travailler


ensemble, (Onegai Shimasu; SVP) et le remercier par la suite (Domo Arigato; Merci).
De même qu’en travail avec des hauts gradés, par respect du grade, il faut s’abstenir de
vouloir montrer sa supériorité ou en faire un combat d’orgueil. L’élève ne doit pas porter
à fond les techniques de makikomi, les étranglements etc. Il doit pratiquer sérieusement
avec son partenaire et l’aider à s’améliorer. Lorsque les combats sont jugés, on se doit de
respecter les décisions et de ne pas argumenter en publique.

Durant les cours, les parents ou visiteurs ne doivent pas intervenir ni conseiller leurs
enfants et amis. Cette tâche revient aux instructeurs. La flânerie n’est pas acceptée. En
cas de fatigue ou d’accident l’élève doit avertir l’instructeur et prendre place en dehors de
la zone sécuritaire.

Il est important que chacun se sente valorisé durant les cours. Les exercices offerts
doivent assurer la participation maximale et elle doit être entretenue avec la plus grande
variété d’exercices possibles.

Bon retour au dojo.