AVRIL 2013 / n°184 / 1,70 €

L'ÉCOLOGIE, C'EST MAINTENANT
La Convention régionale d'EÉLV (1) a été un moment fort du débat sur la transition énergétique. Avec plus de 130 participants, ne boudons pas notre plaisir (même si la presse régionale, elle, a boudé notre manifestation...) d'avoir réussi à apporter notre pierre à l'édifice d'un grand débat national que nous voulons à la hauteur des défis qui nous attendent : limiter le changement climatique, diminuer les émissions de GES, notamment dans le logement et les transports, et ainsi répondre aux difficultés croissantes de nos concitoyens souffrant aujourd'hui de précarité énergétique. Les 20 mesures du plan d'investissement pour le logement annoncées par le Président de la République sont une première étape face à l'urgence - manque de logements sociaux et nécessaire réhabilitation thermique du parc ancien. Avec une TVA à 5 %, c'est aussi une bouffée d'oxygène pour le secteur du bâtiment. Ce plan est le résultat du volontarisme de notre ministre du Logement, Cécile Duflot, mais aussi de la ministre de l'Environnement, Delphine Batho. Mais ce n'est là qu'une première étape. La TVA à 5 % devrait pouvoir s'appliquer à l'ensemble des rénovations du parc ancien car il n'est pas nécessaire de vivre dans un logement social pour souffrir de précarité énergétique. Nous connaissons tous des propriétaires occupant de véritables passoires thermiques et n'ayant pas les moyens d'engager une rénovation. Le lancement d'un véritable service public de la rénovation énergétique, avec des financements renforcés et incitatifs pour les ménages modestes et les classes moyennes, est aussi une bonne mesure. L'accompagnement est une nécessité, avant, pendant et après la rénovation par des personnes n'ayant rien à vendre... Tout cela ne doit pas nous faire oublier que la France seule ne peut réussir la transition énergétique et écologique de son économie. Yannick Jadot, à propos de l’annonce par l’industriel Bosch de l’abandon de ses activités dans le photovoltaïque, souligne certes qu'il s'agit d'un drame social pour les employés, mais aussi que cette fermeture est le révélateur d’un profond problème de stratégie industrielle de la France et de l’Union européenne. Elle est le symbole de l’échec collectif des Européens à porter une vision du futur industriel et à engager la transformation écologique de l’économie. Nous sommes confrontés à une désindustrialisation massive, qui menace de déstructurer en profondeur nos sociétés, nos économies et nos territoires. L’économie verte, sobre, renouvelable et efficace, doit offrir des réponses rapides à la perte d’emplois dans l’automobile, la chimie, la sidérurgie ou les énergies fossiles et nucléaire. Plus que jamais, les écologistes doivent faire entendre leur voix : nous ne pouvons manquer ce tournant vital pour notre économie, pour une énergie sûre, sans nucléaire et sans gaz de schiste. Brigitte Monnet et Bernard Lachambre Cosecrétaires régionaux
(1) Voir comptes rendus dans ce numéro.

Transition énergétique

POUR PROLONGER LA RÉFLEXION
La Convention sur la transition énergétique, organisée par EÉLV
Franche-Comté à Morre le 16 mars dernier, a été un franc succès, tant par la participation -130 personnes - que par la qualité des débats. Tout au long de la journée, se sont succédés des exposés, des tables rondes et des ateliers. Les discussions ont porté à la fois sur des approches globales (l'évolution du climat, les politiques française et européenne, le scénario NégaWatt) et sur les politiques concrètes, communales ou régionales, ancrées dans le territoire franc-comtois : rénovation thermique des bâtiments, diverses initiatives de production d'énergies renouvelables, engagement citoyen vers la sobriété, etc. Pour prolonger cette réflexion, La Feuille Verte d'avril publie les trois premiers comptes rendus de cette journée mémorable, en espérant que d'autres suivront dans les prochains numéros.

La rédaction

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Transition énergétique : une table ronde

EFFICACITÉ ÉNERGÉTIQUE DES BÂTIMENTS
Samuel Courgey, référent «Bâtiment et environnement », introduit la problématique en présentant un diaporama. sortant du nucléaire. La mise en œuvre :Il s’agit d’isoler fortement les bâtiments, d’installer des ventilations efficaces et d’ajuster les équipements thermiques. Le niveau de performance à atteindre est le BBC (Bâtiment basse consommation), au rythme de 940 000 logements et 27 millions de m² de tertiaire à réhabiliter par an, à partir de 2020. Actuellement, le programme est de 500 000 logements par an. Il est intéressant de savoir que 33 millions de logements sont concernés en France. Les conditions de réussite : Un programme de cette ampleur ne peut s’improviser. Il doit être validé par un large consensus afin qu’il perdure au-delà des alternances politiques. Le niveau de prestation est élevé et nécessite de : - former les acteurs et de structurer les filières ; - poursuivre la recherche et accompagner l’innovation : des questionnements techniques subsistent, les prestations actuelles peuvent encore s’améliorer au niveau environnemental ; - mettre en place des outils financiers adaptés car cela n’existe pas encore ; adapter la réglementation, ajuster la fiscalité.

Comment aller vers l’efficacité énergétique et la sobriété ?

Le bâtiment, en France, c’est environ un tiers des émissions de gaz à effet de serre (GES). Cependant, ce secteur est aussi celui pour lequel la technologie permettant d’atteindre le facteur 4 existe déjà, contrairement aux transports. Les possibilités d’amélioration sont donc importantes. (Rappelons que le facteur 4 correspond à un objectif de division par 4 de nos émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050, afin de contenir le réchauffement climatique à un niveau de 2°C. Cet engagement avait été pris par le président Jacques Chirac à Kyoto le 11 décembre 1997 et il est entré en vigueur le 16 février 2005.)

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Quelle trajectoire pour atteindre le mix énergétique en 2025, voire 2050 ?
Une première projection n’atteint pas l’objectif. Les consommations électriques ne permettent pas d’entrevoir une sortie sereine du nucléaire et les consommations 2020 nous enlisent dans la précarité énergétique.

Priorité à la rénovation thermique du parc
Les objectifs : - social : lutter contre l’insalubrité, la précarité énergétique et l’exclusion ; - économique : baisser les charges (des particuliers, des entreprises, de l‘Etat et des collectivités), améliorer la balance commerciale extérieure, augmenter de 11 à 18 % le chiffre d’affaire du bâtiment, créer 200 000 à 350 000 emplois, augmenter la valeur patrimoniale des biens ; - environnemental : lutter contre les changements climatiques, lutter contre la pollution, préserver les ressources - énergétique : assurer la sécurité énergétique en devenant indépendant par rapport à la matière première et en

Une deuxième projection prévoit dès 2013 un programme de réduction d’électricité (« Crash programme MDE »), d’ambitieuses économies de chauffage (« Kit premières économies »), la promotion des énergies renouvelables, l’évolution des niveaux BBC en BBC+ (niveau passif pour le neuf en 2020, 65 kWh/m2/an au lieu de 80 pour la rénovation en 2035).

Bernard Maillary, de la SA doloise des HLM du
Jura, vient ensuite apporter un exemple concret de réhabilitation de bâtiments collectifs dans la ville de Dole. Les immeubles concernés dataient des années 1950. Beaucoup de logements restaient vides ; les autres étaient occupés par des personnes vivant du RSA ou qui ne pouvaient plus payer le loyer. Des moisissures apparaissaient dans les intérieurs car les gens ne chauffaient plus, des dégradations étaient constatées et le coût d’entretien montait en flèche. En 2009, la SA doloise a décidé de rompre avec le cercle infernal de la paupérisation du quartier et s’est engagée dans un ambitieux processus de rénovation, en visant le niveau BBC, dans l’objectif de vaincre la précarité énergétique. Les choix se sont portés sur l’isolation des bâtiments, le changement des menuiseries, l’installation de ventilation double flux, de chaudières à condensation et d’électricité à basse consommation. Il a également fallu lutter contre l’insalubrité des caves. Des composteurs collectifs ont fait leur apparition. Des appartements pour les personnes à mobilité réduite ont été prévus, ainsi que la sécurisation des logements du rez-de-chaussée, pour favoriser l’installation des personnes âgées. Bien évidemment, ces changements ont impliqué l’accompagnement des locataires, qui sont restés dans leur logement le temps des travaux. Les nouveaux locataires bénéficient également d’un temps d’explication du bon usage de leur appartement.

Quels bénéfices peut encore apporter la transition énergétique ?
Le bâtiment, c’est également une foule d’autres pistes à fort potentiel environnemental, sachant que le Grenelle puis le « Plan Bâtiment Durable » ont déjà commencé à aborder la plupart de ces sujets : - un urbanisme favorisant le « vivre ensemble », les transports en commun limitant les besoins de voiture individuelle - un accompagnement du monde immobilier pour limiter la spéculation - la lutte contre la précarité énergétique, l’éradication de l’habitat insalubre - le développement des matériaux, matériels et services écoperformants (notions de bilan carbone, d’énergie grise, …) - le développement de l’ESS (Economie sociale et solidaire) - l’amélioration de la qualité de l’air intérieur, l’étiquetage des matériaux - la production d’habitat collectif, d’habitat médian (petit collectif) - le soutien à l’innovation, pour les PME et les TPE - la réhabilitation des professions manuelles, de l’artisanat, mais également de la place du concepteur.

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Les locataires sont satisfaits ; il n’y a plus de logements vacants ; les nuisances ont disparu. Les charges diminuent. Par exemple, la facture de gaz pour un ménage composé de quatre personnes est passée de 1 800 € à 420 €.

Stéphane Coydon, architecte, apporte ensuite un
point de vue très critique sur les nouvelles normes, tout en étant convaincu de la nécessité d’une transformation profonde de nos habitudes de vie. Il se pose une foule de questions, que le temps imparti n’a pas permis d’approfondir.

Peut-on accepter d’être soumis aux contraintes du facteur 4 ? A-t-on les capacités d’organiser toutes ces transformations ? Quels moyens se donne-t-on pour y parvenir ? Quels artisans pour mener à bien une construction BBC ?

Enfin, Eric Girard, de la CAPEB (Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment), artisan chauffagiste, nous apporte un éclairage très nuancé sur les problématiques actuelles. En effet, il souligne qu’actuellement, les artisans ne font pas du bon travail concernant la construction en BBC car ils œuvrent chacun de leur côté. Or une maison de ce type doit être conçue comme un ensemble et implique que les artisans se regroupent, au sein de coopératives par exemple. La formation des artisans doit être un des leviers du programme de rénovation des bâtiments, ce qui est loin d’être le cas. Il est très difficile de trouver des artisans vraiment formés dans ce domaine. Les métiers se mélangent, la main-d’œuvre est souvent étrangère : comme disait Stéphane Coydon, il faut être polyglotte pour se faire comprendre ! Une maison est un cocon, une extension de soi-même, qui reflète également l’état de la planète aujourd’hui. Il faut veiller à ne pas créer un habitat qui rende malades les personnes qui y vivent. D’où la prise en compte d’autres facteurs comme la géobiologie, les champs électromagnétiques, etc., et la nécessité de ne pas s’enfermer dans la norme kWh/m2/an.

Les failles du programme sont les coûts élevés et les investissements lourds, surtout pour les particuliers. Actuellement, ceux-ci ont d’énormes difficultés à trouver les bons artisans et le maître d’œuvre qui assurera la coordination des travaux. Et un certain nombre de constructions dites BBC le sont à un instant T (au moment du test à l’étanchéité à l’air), mais ne le seront plus d’ici à cinq ans. On voit déjà apparaître des maisons qui pourrissent au bout de quelques années. Une maison doit être considérée dans sa globalité. Cette table ronde a permis quelques échanges avec le public, qu’il a fallu interrompre faute de temps. Un grand merci aux intervenants, qui nous ont apporté des éclairages différents en fonction de leur expérience.

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Suzy Antoine

Transition énergétique : un atelier

ÉOLIEN

Nicolas Ugalde-Lascorz, délégué régional de
FÉÉ (France énergie éolienne) pour la Franche-Comté, la Bourgogne, Rhône-Alpes et l’Auvergne, présente son association : 240 membres (en majorité des professionnels de la filière), dont le but est de défendre et faire prospérer la filière éolienne. 99 % des projets éoliens sont des projets collectifs. État actuel : 4 000 machines sont installées dans l’Hexagone pour une puissance de 7 400 MW. La France est le deuxième gisement éolien d’Europe après la GrandeBretagne. Six millions de personnes sont alimentées par l’éolien. Onze mille emplois ont été créés dans la filière éolienne depuis dix ans. L’énergie produite est revendue principalement à EDF. Objectifs : Produire 25 000 MW en 2020 (19 000 MW sur terre, 6 000 MW en mer), 40 000 MW en 2030, créer 60 000 emplois à la même période. En Franche-Comté, production de 30 MW depuis 2008 (parc éolien du Lomont, près de Pont -de-Roide, dans le Doubs). L’objectif est de produire 600 MW en 2020. La zone potentielle plus favorable se trouve à l’ouest de Vesoul. Répartition : 40 % de zones favorables, 40 % de zones favorables avec contraintes, 20 % exclues. Le SRÉ (Schéma régional éolien) est obligatoire pour définir les zones favorables à l’éolien; il établit notamment la liste des communes dans lesquelles sont situées ces zones. Dans la cadre de la nouvelle loi Brottes, l’Assemblée nationale a voté la suppression des ZDÉ (Zones de développement éolien), la suppression de la règle des cinq mâts minimum; pour les exploitations offshore, les canalisations seront enterrées, la loi Littoral dans les DOM est aménagée. Une discussion s’engage sur la suppression des ZDÉ.

Ugalde-Lascorz leur répond que ce sont toujours les élus qui
décident au final dans le cadre de la nouvelle loi et que cette suppression est une simplification dans le mille-feuilles des procédures déjà bien complexes qui encadrent les projets éoliens.

Frédéric Beltran communique son expérience en tant qu’acteur reconnu de la filière éolienne. Il mentionne qu’il fallait compter 30 pages pour un dossier ZDÉ en 2007, aujourd’hui, il en faut 150. Quatre ans sont nécessaires pour arriver à poser un permis de construire des mâts éoliens : – convaincre les élus, 1 an à 1an et demi de tractations. Deux ans pour fédérer les communes et les communautés de communes. - préparer le dossier ZDÉ. – compter le temps du dépôt et de la délibération (12 à 14 mois). En surface, il faut compter 20 ares par machine.

Jean-Christophe Weidmann, de la LPO (Ligue de protection
des oiseaux), précise que la démarche de l’organisme qu’il représente s’inscrit dans le scénario NégaWatt. Il reconnaît l’enjeu climatique et la nécessité des énergies renouvelables. Il faut aller vers plus de sobriété et plus d’efficacité dans ce domaine. Sur l’impact environnemental des éoliennes, ses maîtres mots sont « réduire », « éviter » et « compenser ». L’évitement, ce sont les espèces protégées. Selon lui, il y a un manque de maturité politique dans le débat sur l’éolien. Il faudrait moins de législatif. L’enjeu est le respect de la biodiversité. Les animaux menacés ou perturbés par l’éolien sont : les chauves-souris, les oiseaux migrateurs (secteur du Lomont), les oiseaux nicheurs, particulièrement le milan royal et la pie-grièche grise. Il indique que les animaux déplacent leur habitat une fois les mâts installés. Il conclut en soulignant qu’il faut travailler ensemble et qu’il ne faut pas négliger un enjeu environnemental essentiel (la biodiversité) en privilégiant un autre enjeu (l’éolien).

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Claude Mercier, ex-secrétaire régional d'EÉLV-FC, donne son
sentiment. Pour lui, les discussions « écolos contre écolos » sont contreproductives et tendent à éloigner le commun des mortels des préoccupations d’énergie renouvelable et notamment, dans ce cas, de celles concernant l’éolien. En conclusion, tout le monde s’accorde à dire qu’il existe trois logiques, parfois contradictoires, à faire cohabiter dans les projets éoliens : celle des développeurs (FÉÉ, OPALE), qui ont des visées commerciales, celle des élus, qui doivent tenir compte de leurs administrés, celle de la LPO, qui défend la biodiversité et son rythme naturel. Gilles Gardot

Jean-Louis Dufour, élu jurassien, regrette sa
disparition. Selon lui, avec cette ZDÉ, il y avait un meilleur contrôle par les élus. Frédéric Beltran, de l’association OPALE Énergies naturelles, abonde dans son sens : il craint qu’on ne retourne à la situation « d’avant 2006 », « il aurait fallu alléger le contenu des ZDÉ, pas les supprimer ». Il souligne que FÉÉ a été moteur dans la suppression des ZDE.

Transition énergétique : une plénière

QUELS OBJECTIFS POUR L’EUROPE ET LA FRANCE ?
Sandrine Bélier, Éric Alauzet, député du
Doubs, souligne en préambule l’intérêt de la diversité du public, où se côtoient, auprès des militants EÉLV, des représentants du PS et de grands acteurs énergétiques comme EDF. Il souligne également l’intérêt de la déclinaison régionale d’un grand débat national, rappelant le caractère novateur de la Franche-Comté sur ce sujet (Cit’ergie, label attribué en 2007 à la ville de Besançon pour son engagement dans les démarches énergétiques et climatiques ; Effinergie, label national d’efficacité énergétique des bâtiments, qui prit naissance en particulier grâce à la Région de Franche-Comté et à l’AJENA). députée européenne, insiste sur la pertinence du niveau régional pour aborder la problématique de l’énergie. La transition énergétique est un objectif européen qui repose sur trois enjeux : - L’impact environnemental de la situation présente. La Banque mondiale annonce un cataclysme en 2050 s’il n’y a pas de changement de cap. Néanmoins, l’Europe laisse à chaque pays la gestion de ses choix en matière de gaz et pétrole de schiste, et il n’y a pas de majorité au Parlement européen sur la sortie du nucléaire, bien que, par exemple, la centrale de Fessenheim repose sur une nappe phréatique qui alimente quatre pays européens. - L’impact économique de l’efficacité énergétique. Réduire de 20 % la consommation d’énergie représente une économie de 50 milliards d'euros par an et permet le relance de l’économie, la création d’emplois, la relance du pouvoir d’achat et la réduction de la pauvreté. - L’impact sécuritaire (production d’une énergie sûre).

Il reprend ensuite des points d’actualité en phase avec la convention.

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Le nucléaire
Il présente la proposition de résolution sur la prévention des catastrophes nucléaires que le viceprésident de l'Assemblée nationale Denis Baupin va présenter au vote des députés. Proposition confortée par la déclaration du président de l'Agence de Sûreté nucléaire, qui a indiqué que « personne ne peut garantir qu'il n'y aura jamais en France un accident nucléaire ». Pour EELV, « allonger la durée de vie des centrales à 60 ou 70 ans, comme la direction d'EDF le revendique, est irresponsable ». D’où la nécessité d’une plus grande transparence, et d’une évaluation totale et objective des coûts, dont celui du démantèlement. Et surtout celui d'une assurance qui soit à la hauteur de ce qui pourrait se passer ; la probabilité d'un accident nucléaire est de 0,002 % par an, donc pas inexistante. Selon Éric Alauzet, les estimations du prix de l'assurance vont de 500 à 1 000 milliards d'euros, soit au minimum cinq fois plus que le coût de l'installation de l'industrie nucléaire en France. « Si cela devait être répercuté sur le prix du kilowattheure, cela le ferait doubler : ce n'est évidemment pas ce que l'on demande, ce n'est pas tenable. » Il préconise donc un fonds de garantie.

L’outil de l’Europe, c’est le Paquet ClimatÉnergie = 3x20, adopté en 2008 :
- faire passer la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique européen à 20 % (l’Europe en est aujourd’hui à 12,4 %) ; - réduire les émissions de CO² des pays de l'Union de 20 % ; - accroître l'efficacité énergétique de 20 % d'ici à 2020. Est acté le programme européen de rénovation des bâtiments, auquel sont dédiés 20 % du FEDER (Fond Européen de Développement Régional). En discussion, l’analyse des flux de marchandises et l’évolution vers des circuits courts, un soutien au ferroviaire et son financement, la valorisation du méthane.

Le logement
500 000 rénovations par an : belle ambition du Président de la République et de sa ministre du Logement ; malheureusement, l’ampleur de la crise rend difficile de tenir le programme. Et la menace de faire passer la TVA sur la rénovation de 7 % à 10, voire 20 % serait gravement contreproductive alors que ce programme est un enjeu majeur de la lutte contre le réchauffement climatique et contre la précarité énergétique. L’augmentation de la TVA - sous couvert de contribuer au financement de la politique Compétitivité-Emploi – provoquerait un nouvel effondrement de l’emploi dans le bâtiment. On peut encore espérer que la TVA descende à 5 % pour le bâtiment public et la rénovation thermique.

permet de réintroduire cette question : le besoin d’argent va conduire à la suppression des niches fiscales, à une taxe carbone (ou GES) lisible, progressive, durable. Mais les lobbys sont à l’œuvre : Peugeot assure que son nouveau pot catalytique ne produit plus aucune pollution de particules fines et de CO²… Le débat va s’appuyer sur un projet de résolution de grande qualité du député socialiste Jean-Paul Chanteguet, un très bon texte de départ, auquel il n'y pas grand chose à ajouter. Il faut faire preuve d'opportunisme pour réussir la transition énergétique, « véritable refonte de notre modèle économique ».

Le diesel et la fiscalité écologique
Après qu’ont été repoussées toutes les propositions d’une fiscalité écologique, l'instauration du Crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE) Antoinette Gillet

Pour une réduction de la consommation d’électricité

LE CHAUFFE-EAU INSTANTANÉ
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J’ai donné un bref témoignage à ce sujet, samedi 16 mai, lors de la journée organisée par EÉLV-FC sur la transition énergétique, et je vous invite à réfléchir à l’usage de cet appareil électroménager. Quand je suis devenu sociétaire Énercoop, il y a 4 ans, j’ai abandonné la tarification EJP (Effacement des jours de pointe), le kWh « le moins cher », et ma consommation annuelle d'électricité était de l’ordre de 4 200 kWh, sachant que je me chauffe intégralement au bois. Depuis, nous avons fait des travaux de rénovation (programme Effilogis), qui nous ont permis de gagner en confort ; mais je n’étais pas satisfait de mon classement en « C », limite « B » (94,6 kWhEP par m² et par an), pour partie du fait de la prise en compte d’une consommation théorique de notre chauffe-eau à hauteur de 3 732 kWh, représentant 88 % de nos consommations théoriques d’électricité, alors même qu’Énercoop nous a facturé 3 711 kWh pour l’année 2011. Après recherches, vu la consommation de 12 kWh pour chauffer en 5 heures les 200 litres du chauffe-eau et les pertes liées au maintien à 60° de l’eau fournie (1,8 kWh/jour) et aux bras morts (30 kWh/mètre/an), nous avons opté pour l’installation de trois chauffe-eau instantanés, posés en juin 2012 au plus près des points de puisage (évier, lavabo, douche), de 4,5 et 7,3 kW. Couplée à l’installation de limiteurs de débit réglés sur 3 litres/minute, l’eau distribuée est tiède, mais suffisamment chaude (40 à 45°) pour nos divers besoins. Les chauffe-eau étant posés sur le circuit « eau chaude », nous avons simplement débranché le ballon de 200 litres (fusible au tableau déconnecté), ce qui n’empêche pas de prendre un bain, au besoin, en l’anticipant de 3 heures. Résultat : nos consommations ont chuté, en moyenne annuelle, à 2 073 kWh d’électricité et 31 m³ d’eau, soit respectivement – 46 % et – 49 % ! Une économie appréciée... Coût de l’installation : 3 chauffe-eau Dafi : 210 € + pose par un plombier, 300 €. Énercoop vient déjà de me rembourser 138 € de trop prélevé sur 2012, basé sur mes consommations de 2011. Un frein à l’installation est lié à la puissance des chauffe eau (ce sont de petits boîtiers contenant une résistance) ; pour la douche, il eût été un peu plus confortable pour l’hiver que je dépasse les 7,3 kW, mais au -delà on passe sur du triphasé et une tranche d’abonnement supérieure, donc très nettement plus chère. Les coûts d’abonnement en Allemagne étant sensiblement plus faibles et non exponentiels, ces chauffe-eau y sont, semble-t-il, plus répandus. Didier Palita

Jeunes Écologistes

FORUM GRAND EST : QUELLES ALTERNATIVES AUX IDÉES D'EXTRÊME DROITE ?
Alors que l'actualité bisontine est marquée par une résurgence des agressions à caractère raciste, xénophobe et antisémite, les Jeunes Écologistes de Franche-comté ont accueilli dans la capitale comtoise un forum de formation destiné à construire les réponses écologistes pour faire face à la montée de l’extrême droite en France. Rassemblant des Jeunes Écologistes d'Alsace, de Lorraine, de Champagne-Ardennes, de Lyon et de Paris, ce forum a été l'occasion de dessiner les contours de la pensée extrémiste, de construire la riposte et de constater que, derrière le vernis républicain, se cachent toujours des idées qui doivent être combattues au quotidien. Vous trouverez ci-après les comptes rendus de deux ateliers. Depuis quelque temps, le FN tend à se considérer comme « écologiste », mais nos visions de l'écologie sont opposées, car pour le FN, l'écologie passe avant tout par la préservation de paysages traditionnels, fantasmés et figés, contribuant à une « identité nationale » (2). C'est Laurent Ozon (idéologue localiste et identitaire) qui a en grande partie amené l'écologie au FN. En 2009, il participe à quelques réunions publiques lors de la fondation d'Europe Écologie avant de se tourner vers l'extrême droite. Le 16 Janvier 2011, il est nommé membre du bureau politique du Front national par Marine Le Pen. Il a permis un certain verdissement du programme du FN, en reprenant certains constats des écologistes, mais en y appliquant évidemment une analyse bien différente. Le FN dénonce notamment l'utilisation des OGM et des pesticides, et Marine Le Pen s'est prononcée pour une sortie du nucléaire (à long terme). Laurent Ozon a quitté le FN il y a six mois, à la suite de contradictions idéologiques avec le FN et d'un tweet islamophobe après l'attentat d'Anders Breivick en Norvège. Cet épisode de l'histoire du FN peut être résumé par cette citation d'Erwan Lecoeur : « Marine Le Pen, avec Laurent Ozon, met du vert sur du marron, et cela donne un motif militaire. » Par ailleurs, le programme « écolo » du FN révèle de nombreuses contradictions, dont voici quelques exemples : - Énergie : le FN se prononce pour la sortie du nucléaire sans aucune précision ni sur l'échéance, ni sur les moyens de la transition. De plus, il fixe comme objectif une part des énergies renouvelables couvrant à terme 10 à 15 % de nos besoins énergétiques. - Artificialisation des sols : le FN est à la fois pour les circuits courts, le bio et la préservation des paysages, et pour la recherche de la croissance, la destruction des immeubles de plus de 2 étages pour les remplacer par des quartiers pavillonnaires, la création de 10 nouvelles villes autour de Paris pour désengorger la capitale, la baisse de la TIPP, la relance démographique, la construction de nombreuses nouvelles routes, etc. C'est totalement incohérent ! - Animaux : Brigitte Bardot, véritable lobby pour la défense de la dignité animale, soutient ce parti qui, certes, dénonce l'abattage rituel, mais défend la corrida et la chasse populaire au nom des « traditions ».

Front National : du Nord-Pas-de-Calais à l'Assemblée nationale, quel vote, pour quelles réalités ?

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Ce premier atelier était animé par Marine Tondelier, membre des Jeunes Écolos et candidate EÉLV aux législatives de 2012 dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais, et par Enzo Poultreniez, assistant des élus écologistes au Conseil régional du Nord-Pas-de-Calais. Ils ont commencé par évoquer les liens entre l'extrême droite et l'écologie, puis Marine (1) a présenté sa campagne, témoignant ainsi de la forme que peut prendre l'opposition des écologistes au Front national. Enfin, la question du FN dans les institutions, abordée à travers l'exemple du conseil régional du NPDC, est venue conclure cette intervention.

Quand l'extrême droite devient écologiste
Enzo décrit d'abord le programme du FN comme reposant avant tout sur « le bon sens ».

Cela montre que le programme écolo du FN n'a aucun sens, à l'image du reste de son programme (3). C'est avant tout un programme d'opposition constante, sans positions claires et cohérentes. Il est en effet difficile de plaire à la fois à la ligne « dure » du parti et aux nouveaux adhérents et sympathisants, attirés par la « dédiabolisation ». Depuis longtemps, le FN regroupe de nombreux courants, souvent aux intérêts contradictoires (païens/catholiques intégristes, libéraux/anticapitalistes, populistes, etc.). La mouvance identitaire, elle, semble se rapprocher des écologistes sur certains sujets. Ses membres sont ainsi régionalistes, pour le développement du bio et des circuits courts. Mais malgré certaines idées communes, les manières d'envisager ces sujets sont vraiment différentes de celles des écologistes. Pour eux, régionalisme signifie « régions hermétiques ». En outre, leur conception de l'« identité » est vraiment opposée de la nôtre. L'identité est pour eux un refuge et elle est, elle aussi, hermétique et immuable. Ces groupuscules fonctionnent en groupes fermés et s'appuient généralement sur la « stratégie de la peur » (descentes en ville en groupe uniforme, tractage armé, etc.). Il apparaît très difficile de s'opposer à cette façon d'agir, car elle rend impossible tout débat ou discussion.

-dé d'apporter une « bouffée d'oxygène » à la ville en optant pour une campagne plus « légère ». Ainsi, en plus des tractages sur les marchés et des meetings, les écologistes ont notamment mis en place une action « Nestor le mort » pour parler emploi et organisé un karaoké contre Marine Le Pen. Malgré un résultat plutôt faible, dû principalement au « vote utile » face au FN, cette campagne a permis de lancer une dynamique écolo sur la circonscription, visible notamment à travers le projet collaboratif « Vivre mieux dans le Bassin Minier » lancé par EÉLV et les Jeunes Écologistes (4). Ce guide participatif permet de « mettre en commun les astuces qui permettront de vivre mieux dans le bassin minier », et montre ainsi que « l’avenir du bassin minier n’est pas noir (ni bleu marine) : il est Vert ! ».

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Une campagne face au FN
D’après Marine Tondelier, le bassin minier du Nord étant depuis longtemps une terre d'accueil et de métissage, le vote FN n'y traduirait pas un racisme ou une xénophobie populaires. Il serait donc essentiellement dû à un dégoût face à un système « UMPS » pourri et à une « mafia socialiste » marquée par des affaires de corruption et de conflits d’intérêts. Dans le bassin minier, les scores du FN sont importants depuis plusieurs années. Marine Le Pen est donc arrivée à Hénin-Beaumont dans un terrain favorable et préparé. Elle a su utiliser sa médiatisation pour s'installer dans la région. Il n'est d'ailleurs pas rare de la voir prendre des photos avec des enfants ou discuter avec les passants sur les marchés (surtout pendant les campagnes électorales !). Plus récemment, certains élus communistes et syndicalistes ont rejoint les rangs du FN. Ce basculement des corps intermédiaires vers un parti d’extrême droite peut être historiquement perçu comme un mauvais signe. Face au phénomène FN, certaines villes apparaissent plus épargnées, comme Loos-en-Gohelle, dirigée par l'écologiste JeanFrançois Caron. La campagne des législatives, avec l'affrontement des deux « fronts » et une grosse médiatisation, a été

Le Front national dans les institutions : spectacle et obstruction permanente
Enfin, Enzo s'est appuyé sur l'exemple du Conseil régional du Nord-Pas-de-Calais pour illustrer l'attitude du FN dans les institutions. Il y a, depuis 2010, dix-huit élus Front national dans ce Conseil régional, mais deux d'entre eux ont quitté le groupe en cours de mandat, l'un à la suite d'une condamnation pour abus de bien sociaux et l'autre… parce qu'il était le plus gros fournisseur de viande halal de la région ! Sur ces seize conseillers, dix sont des « cadres » très politiquement formés, mais les autres s'illustrent avant tout par leur amateurisme. Le FN utilise l'obstruction permanente et il est plus dans une optique de spectacle que de travail. Ainsi, les élus FN brillent par leur absentéisme, et Marine Le Pen n'est inscrite à aucune commission thématique. À l'inverse, les élus FN sont irréprochables avec les services du CR, peut-être encore une fois dans un objectif de marketing. Face à cela, la majorité et les écologistes ont décidé d'éviter au maximum la surenchère dans les débats avec le FN, car ceux-ci s'appuient avant tout sur « le bon sens », et ils ne votent aucun texte proposé par le FN. Enfin, aucun élu d'extrême droite n'est présent dans les conseils d'administration des lycées.

L'atelier s'est terminé sur la présentation de textes proposés par le FN au CR, comme un amendement proposant d'appliquer la préférence nationale aux emplois d'avenir, ou une motion proposant de réduire le budget de la région en supprimant tout crédit relatif au développement durable ou à la démocratie participative. Pour conclure sur une note positive, on observe depuis quelques années une régression du vote FN dans des villes comme Roubaix ou Mulhouse, notamment grâce à la démocratie participative et au lien social.

(1) Non, pas Le Pen, l'autre Marine ! D'ailleurs, elle possède un blog alimenté régulièrement : marinetondelier.wordpress.com (2) Cf. la vision portée par l'affiche du FNJ : « Choisis ta France ». (3) Cf. document « Les réponses des écologistes », visible sur le site www.antifn.eelv.fr Visible sur : www.bassin-minier.fr

Lucas Wicky Coordinateur des Jeunes Écologistes de Franche-Comté

Jeunes Écologistes

FRONT NATIONAL : QUELS ÉLECTEURS, QUEL VOTE ?
Erwan Lecœur est un sociologue qui a écrit des
ouvrages et des articles sur le FN et la nébuleuse des droites extrêmes, dont Un néo-populisme à la française. Trente ans de Front national (La Découverte, coll. « Cahiers Libres », Paris, 2003). Il a participé, avec Nonna Mayer, Jean-Yves Camus, Sylvain Crépon et d'autres, au Dictionnaire de l’extrême droite (Larousse, coll. « À présent », Paris, 2007). Il a également coécrit le Petit Bréviaire écolo avec Wilfrid Séjeau (paru en 2011 aux éditions Les Petits Matins). Il a été membre des Verts mais n’est pas adhérent d’EÉLV. Erwan s’est fait connaître en tant que spécialiste de l’extrême droite le jour de la présentation de sa thèse de sociologie, entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2002. Thèse dans laquelle il développait une théorie selon laquelle le FN pouvait parfaitement arriver au deuxième tour d’une élection présidentielle. Son intervention devant les Jeunes Écolos, faite sur un ton vif, a été particulièrement riche et fournie. Erwan nous a d’abord rappelé qui étaient sociologiquement les électeurs du FN, et surtout, quelles sont les évolutions observées. Pour introduire ses propos, il a souligné la première règle qui distingue notre électorat de celui du FN : tandis que les écologistes ont l'électorat le plus diplômé, le FN a l'électorat ayant le moins de formation, le peu ou pas diplômé.

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Un vote des espaces intermédiaires : ni la ville, ni la campagne
L’électeur moyen du FN est un homme d’une cinquantaine d’années, habitant d’une zone périurbaine et, donc, peu voire pas du tout diplômé. Il n’habite pas dans un quartier difficile, une « cité » peuplée d’immigrés, contrairement à l’idée reçue. Il n’habite pas non plus le rural profond, isolé, même si cette situation semble évoluer avec les dernières statistiques sur la répartition géographique du vote pour Marine Le Pen. Ces espaces se situent loin du cœur des villes, dans la France des petits pavillons. Ils souffrent d’une crise d’identité, coincés entre la vraie campagne et le milieu urbain. Ils ont les désagréments de la ville (pollutions…) sans en avoir les avantages (commerces et services, transports en commun...). L’élément caractéristique de l’électeur FN, c’est que son vote traduit sa crainte de perdre des acquis (sociaux, son logement…) desquels il dépend. Ses revenus sont suffisamment modestes pour qu'il redoute en permanence de voir sa situation se dégrader. Ces électeurs ne sont donc pas les plus pauvres, mais ceux qui sont à la limite du seuil (c’est-à-dire à peine moins que le SMIC). C’est par exemple

le cas des petits commerçants qui craignent la faillite de leurs activités avec la pression sur les prix des super et des hypermarchés. C’est une compétition qu’ils ne peuvent gagner.

le monstre, mais gentil !

Moi, pas monstre! Moi, blonde!

Un vote de rejet au cœur du « conflit sociétal »
Le score du FN est représentatif de la « théorie des minorités actives » développée par Serge Moscovici, le père de notre ministre régional : celles qu’on voit beaucoup alors qu’elles représentent peu. Les électeurs FN sont également caractérisés par le syndrome du « petit blanc » (terme emprunté à Max Weber), menacé dans son statut social par une immigration qui viendrait lui prendre non seulement son emploi, mais aussi ses « relations sociales » : la peur que l’immigré, plus séduisant, ne lui laisse aucune chance pour conquérir les cœurs des filles (puisque c’est un électorat majoritairement masculin). Ce « petit blanc » se sent directement menacé par ces jeunes immigrés du genre « baba cool », ce qui constitue bien évidemment un cliché très faussé. Le FN se met en avant comme le gardien de « l’ordre d’avant » contre une mondialisation qui le dépasserait.

Moi, … Marine …!

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Tous trouvent ainsi un secours dans un discours identitaire marqué. On observe un phénomène unique : le vote FN des euro-immigrés, qui estiment ainsi se donner un brevet de « francitude ». Mais le succès du FN, c’est aussi l’émergence d’un discours anti-patrons entamé par Marine Le Pen.

Elle a choisi de se tourner vers le monde ouvrier, ou en tout cas anciennement ouvrier, dans ce « terreau fertile » du bassin minier. Mais globalement, tout l’espace nord et nord-est de la France est concerné. Elle a réussi cette opération en reprenant le discours antipatrons du PCF des années 1960. Marine s’inspire de la stratégie reprise par Bruno Mégret et en partie par Patrick Buisson pour la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 - cette stratégie, qui consiste à monter les Français contre une certaine élite favorisée de la capitale, la fameuse « gauche caviar » - Nicolas Sarkozy allant même plus loin puisqu’il prône un renversement des valeurs promues en mai 1968, ce que Marine Le Pen ne fait pas forcément. D’ailleurs, Erwan Lecœur juge Nicolas Sarkozy aussi dangereux que ne l’a été Jean-Marie Le Pen, surtout avec l’émergence du courant de « La Droite Forte » au sein de l’UMP. Marine Le Pen a réussi à rassembler sur son nom plus que ne l’a réussi son père : celui-ci parvient au deuxième tour d'une élection où la participation s’est effondrée, alors que sa fille, malgré sa position de troisième, réalise un score notable en augmentant le résultat de son père d’un million de voix. Sa stratégie réussit car elle repose sur des coups d’éclat très médiatisés. Les médias sont donc clairement pour elle un allié en entrant directement dans sa stratégie. C’est le très classique adage « La France a peur tous les soirs à 20 heures ».

Un discours pour séduire un monde ouvrier en manque de repères
Erwan Lecœur fait part de son inquiétude quant à la stratégie de Marine Le Pen, qu’il juge tout à fait capable d’arriver au pouvoir contrairement à son père qui, malgré tout, restait un trublion, « un clown » qui vend son spectacle. Il précise même qu’à son avis, Le Pen ne croit pas toujours ce qu’il dit. La preuve : afin de justifier le maintien sous le giron français du département d'Algérie, Le Pen père, député en 1956, n’avait aucun mal à clamer à l’Assemblée que l’islam n’était pas un problème en France. En revanche, si Marine a adopté une stratégie de « dédiabolisation », ce n’est qu’un changement de stratégie pour cacher le discours extrême. Déjà, elle est avocate de profession ce qui modifie nécessairement son approche du débat politique. Tout comme Patrick Buisson, l’ancien conseiller en stratégie pour la campagne de Nicolas Sarkozy de 2012, elle est une idéologue. C’est « l’effet Casimir » :

Des solutions contre la résignation : un imaginaire positif, le désir d’une autre société
Faut-il alors se résigner ou existe-t-il des moyens de s’opposer à ce qui paraît inéluctable ? Erwan Lecœur nous donne un conseil pour préparer toute stratégie visant à décrédibiliser le FN : l’attaquer sur sa diversité, c’est-à-dire son manque de cohérence interne. Le parti

est un « patchwork » de militants plus opposés entre eux qu’on ne le pense. On l’a vu avec l’exemple des syndicalistes, candidats du FN, alors que le parti est héritier d’une tradition ultralibérale, voire antisyndicale. De même, le FN présente un fort complexe devant l’écologie : Marine Le Pen serait tentée de se laisser aller à des considérations très environnementalistes, mais ce serait se mettre à dos les chasseurs, donc c'est impossible… À l’inverse, les écologistes doivent savoir défendre les « traditions », le patrimoine qui représente un héritage « écolo ». Par exemple, pour expliquer le bio a une personne âgée, il faut lui dire : « C’est la même chose que quand tu étais gamin(e) ! » Ensuite, Erwan ajoute que nous devons protéger notre vocabulaire de son détournement par les autres politiques : il faut un « Fort Alamo » autour de la « transition énergétique ». Nous nous sommes trop souvent laissé piquer nos termes, si bien qu’ils sont finalement détournés de leur sens premier !

Enfin, comme dernier conseil avant de nous quitter, Erwan nous suggère un imaginaire positif qui proposerait une contre-société : dire « non » au monde qui va mal. Il explique qu’à ses yeux, les Verts sont sans doute trop attachés aux détails, comme « l’adhérence au trottoir qui ralentit le piéton ». L’écologie a besoin d‘une force sociale : une structure qui ne saurait être celle d’un parti politique. Attentifs à cet appel, les Jeunes Écologistes ont poursuivi leur débat en s’engageant justement à prendre le FN et l’extrême droite en général avec dérision, meilleure voie pour la combattre sans violence. D’autant que, comme nous le rappelle Erwan, le FN n’a pratiquement pas d’humour, ce qui joue clairement à notre avantage !

Nicolas Gonthier Porte-parole des Jeunes Écologistes de Franche-Comté

Des fascistes à Besançon

CONTRE LES « BONS ARYENS »
Samedi 23 mars, à partir de 15 heures, une manifestation antiraciste et antifasciste a protesté contre les agissements de certains groupes bisontins plutôt violents et adeptes d'expéditions punitives à caractère raciste contre des personnes ou contre des bars comme « Ze music all ». Aux cris de « Besançon n'est pas fasciste », 150 à 200 personnes avançaient dans la Grand Rue, escortées par la police devant et derrière, quand un groupe d'une quinzaine de contre-manifestants est arrivé de la rue de la Bibliothèque avec la ferme intention d'en découdre. Les policiers sont intervenus devant l'église SaintMaurice avant l'arrivée des manifestants et une rixe brève mais musclée a eu lieu entre ce groupe et les forces de l'ordre, qui ont essayé de retenir un des participants mais se sont heurtés aux autres, lesquels sont venus le récupérer et se sont enfuis. Ensuite, la manifestation a pu se poursuivre, bien encadrée. Le choc avec eux a été évité, mais il n'y a pas de doute : ces groupes existent bien et nous avons à prendre position, car les fausses réponses aux problèmes réels existent bien aussi nous faut il combattre partout « les mauvais atouts de ces bons aryens » dont les arguments pénètrent, mine de rien, notre corps social de manière insidieuse. Le « fascisme ordinaire » se nourrit des petits abandons quotidiens.

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Thierry Lebeaupin

Mariage pour tous

RECONNAISSANCE DE SITUATIONS DE FAIT ET RÉVÉLATION D'UNE HOMOPHOBIE DE FOND
C'est comme si c'était fait. Le mariage pour tous est en cours d'adoption par nos élus. Tous les médias ont traité le sujet sous tous les angles et on pourrait se dire qu'il est temps de passer à autre chose. Après tout, l'adoption de la loi est légitime puisqu'elle faisait partie des programmes électoraux du président Hollande et de la majorité parlementaire. De plus, au moins 60 % des Français seraient en faveur du mariage de personnes du même sexe (sondages IFOP des derniers mois). Et puis le sujet ne concerne qu'une minorité de Français et nos représentants auraient d'autres sujets urgents à débattre en cette période de crise généralisée. Pourtant, les raisons invoquées en opposition au projet de loi laissent penser qu'il y a encore beaucoup à dire pour combattre l'intolérance, défendre l'égalité des droits inhérents à nos principes démocratiques et remettre en cause des conceptions passéistes.

Dessin publié avec l’aimable autorisation de Charlie Hebdo -te de ressasser des conceptions moralistes et passéistes, qui considèrent l'homosexualité comme une inacceptable perversion de l'ordre naturel, une union stérile par nature et donc ne méritant pas d'être reconnue, ou même une ignominie à refouler en se mariant hypocritement avec une personne du sexe opposé. Ces arguments sont d'autant moins convaincants qu'ils intercèdent en faveur d'une institution délaissée, notamment au profit du concubinage (45 % des adultes français se déclarent concubins ou célibataires - veufs exclus) et du PACS (moins contraignant, ne serait-ce que psychologiquement, son nombre annuel approche progressivement celui des mariages et concerne à 95 % des couples hétérosexuels). Seuls 48 % des Français en âge de l'être sont actuellement mariés, avec ou sans enfants, et le taux de nuptialité continue de fondre. Voilà qui relativise grandement le rôle du mariage comme fondement de notre société, quoi qu'en disent les opposants (chiffres INSEE, recensement 2009).

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L'Église et sa morale
Commençons par préciser ce qu'implique le mariage pour tous dans un pays où environ 1 % des couples cohabitants sont homosexuels (selon l'INED). On l'a trop souvent oublié pendant ce débat où la contestation a été quasi monopolisée par l'Église catholique (qui s’est bien gardée de clarifier les choses) : il faut distinguer le mariage religieux (béni par le prêtre et sans aucune valeur pour l'État) du mariage civil (à la mairie), qui est un acte juridique, un contrat dans le cadre de la loi qui soumet le couple, et la famille qu'il fonde, à des droits et des devoirs. Qui a participé à des débats sur le sujet a pu se rendre compte que la distinction ne va pas de soi pour tous les Français. Le mariage pour tous a donc bien pour but de légaliser une situation de fait et de l'encadrer juridiquement, pas de s'attaquer à une moralité religieuse, ni de faire l'apologie de l'homosexualité ou d'imposer des changements liturgiques et dogmatiques à une Église. L'adoption du mariage pour tous ne changera donc rien à la cérémonie religieuse qui, chez les catholiques, restera certainement interdite aux homosexuel(le)s (certaines églises protestantes, bouddhistes, hindouistes et même juives présentes en France bénissent déjà les unions entre personnes de même sexe). Pourtant la contestation ne s'appuie pas sur des arguments juridiques, mais se conten

Êtes-vous mariageophiles ?
La manifestation du 13 janvier contre l'ouverture du mariage civil aux couples homosexuels a réuni entre 350 000 et 800 000 participants. Il y avait longtemps qu'un projet de loi ne concernant ni le travail, ni l'éducation nationale n'avait soulevé une telle contestation. Surtout un projet de loi qui étend des droits et devoirs à une

partie de la population sans en enlever aucun au reste de ladite population. On se croirait presque aux États-Unis dans les années 1960, quand les Blancs manifestaient contre la fin de la ségrégation raciale et s'accrochaient désespérément à leurs privilèges. Comme alors, on assiste à une opposition qui défend un statu quo par peur et par mépris de certains concitoyens. Selon ce principe, une partie de la population - les hétérosexuels qui s'opposent au mariage des homos - se considère « meilleure » qu'une autre partie - les homosexuel(le)s - qui se voit refuser les mêmes droits. Parce qu'après tout, ce sont ces inégalités de droit qui permettent de marquer la différence sociale et de se considérer comme « normal ». Pour ces opposants, la banalisation du mariage homosexuel signifierait d'associer les brebis galeuses homosexuelles aux pures valeurs de la famille et à la vertu de l'engagement amoureux, tout en faisant reculer les stéréotypes liés au « vice » des backrooms et de l'amour libre et frivole, qui permettent une stigmatisation facile. Même les quelques homosexuel(le)s qui se sont joints à cette opposition le font par peur d'être intégrés de force à la société et par mépris du schéma familial classique. Difficile, face à cet amalgame et à cette volonté discriminatoire, de ne pas parler d'homophobie (ou de son pendant communautariste), même si de nombreux opposants, et l'Église catholique en particulier, répètent à la ronde qu'ils n'agissent pas par homophobie, mais par amour du mariage. Le néologisme « mariageophile » a même été créé. Mais le vocabulaire et les comparaisons employés, en particulier par le clergé, sont clairement homophobes : ils réduisent l'ouverture du mariage aux gays et lesbiennes à un privilège acheté par un lobby, lui prédisent comme conséquence la légalisation future des unions incestueuses ou zoophiles, et omettent de parler d'amour homosexuel, l'amour étant pourtant reconnu comme le fondement du mariage moderne, même par l'Église catholique.

« Aberration », qu'ils disent
En effet, le concile Vatican II de 1965 a adjoint à la procréation un second but du mariage : l'amour et le bonheur des époux, réhabilitant en conséquence la sexualité entre époux. Curieusement, l'amour comme principe fondateur du mariage n'est actuellement pas évoqué par les autorités catholiques car il s'applique également aux couples homosexuels et parle en faveur du mariage pour tous. On passe également sous silence la reconnaissance du mariage civil et plus généralement le retour au respect du mariage selon d'autres rites, prônés par la Commission théologique internationale réunie par le Vatican en 1977 (Doctrine catholique sur le sacrement du mariage, texte disponible en français sur le site web du Vatican). Face à l'ambiguïté des arguments religieux, l'Église utilise donc une rhétorique soidisant sociologique, s'opposant à l'« aberration anthropologique » du mariage homosexuel et exposant sa préoccupation pour le bon développement des enfants éduqués par des couples homosexuels. Cependant les études anthropologiques rapportent l'existence de nombreux modèles de famille de par le monde et démontrent que le point de vue du clergé est réducteur. Le grand anthropologue français Maurice Godelier confirme d'ailleurs qu'en anthropologie, il n'y a pas d'aberration, mais seulement des évolutions (cf. « L'humanité n'a cessé d'inventer de nouvelles formes de mariage et de descendance », sur LeMonde.fr le 17.11.2012).

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Des pro même à droite...
An niveau politique, le projet de loi a provoqué des hésitations à droite et au centre avant de se retrouver victime de la logique bipartisane (à gauche, seuls quelques députés de l'outre-mer se sont dissociés de leur camp sur le sujet). Même au FN, l'opposition n'a pas fait l'unanimité, Marine Le Pen ne trouvant pas utile d'aller manifester contre le mariage pour tous. À l'UMP, plus que le concept, c'est l'utilisation du mot « mariage » qui a d'abord dérangé et une autre terminologie (« alliance civile », par exemple) a été proposée. Puis, poussée par sa base, par l'Église catholique et par son aile la plus conservatrice, l'UMP a peu à peu basculé dans l'opposition systématique au projet de loi, reproduisant le schéma de 1999 à propos du PACS, Christine Boutin se voulant à nouveau la plus véhémente. Seuls quelques chefs de file ont résisté, par une abstention opportuniste pour NKM ou une approbation discrète pour Borloo. L'ancienne ministre UMP Roselyne Bachelot (seule députée de droite qui avait défendu le PACS et depuis peu retraitée politique) a pourtant invité l'UMP à se montrer plus progressiste et à suivre l'exemple de la droite anglaise de David Cameron, qui vient de légaliser le mariage homo. Dans sa lignée, le député UMP Franck Riester rappelle que « ce projet est doublement important : en matière de

Dessin publié avec l’aimable autorisation du Monde et Xavier Gorce

liberté individuelle, qui est en principe une des valeurs cardinales de la droite, mais aussi en matière d'égalité, puisqu'il apporte un droit nouveau pour les uns, les homosexuels, sans en retirer aucun aux autres » (cf. le mariage gay « ne détruira ni la famille ni la société », sur LeMonde.fr le 09.01.2013). Dernier converti, Benoist Apparu, ancien ministre UMP, a voté le texte en expliquant que l'amour gay comme l'homoparentalité sont des réalités qui ont besoin d’un cadre juridique. Ces quelques exceptions montrent que malgré les consignes de parti, l'opposition au mariage pour tous n'était pas une évidence et que la droite a flanché par opportunisme sous le poids d'une homophobie de fond et d'un lobby catholique, allant même jusqu'à renier ses projets du précédent quinquennat en matière d'union civile et d'aide à la parentalité. Sur ce dernier point, les débats vont continuer,

tandis que sur le mariage pour tous, les opposants de la rue ne désarment pas, saisissant le Conseil économique, social et environnemental (qui ne peut rendre qu'un avis consultatif) et entretenant une homophobie latente contraire aux principes républicains et dangereuse pour la paix sociale. (1)

Nicolas Romain-Cognard

(1) Articles à venir dans les prochains numéros : Les formes de mariages : différences culturelles et chronologiques - La filiation, débat collatéral du mariage pour tous.

Fin de vie : quelle nouvelle loi ?

DÉBAT PUBLIC – TABLE RONDE, lundi 29 avril, à 20h, au petit Kursaal (Besançon)
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La question de la fin de la vie touche chacun d’entre nous au plus profond de lui-même, qu’il s’agisse de nos proches, amis, parents, et un jour de nous-mêmes. Avec l’allongement de la durée de la vie, le perfectionnement des traitements, l’évolution de la société, nous sommes toujours plus confrontés à cette problématique de société. La fin de la vie constitue un sujet de société parmi les plus graves, puisqu’il s’agit de décider, soi -même et pour soi, de sa façon de mourir, avec ou sans assistance médicale, avec toute la difficulté que représente l’anticipation, mais aussi parfois la limite de nos connaissances sur les conséquences de la maladie. Décider pour soi-même de son droit à mourir : c’est là que se situe l’enjeu d’une nouvelle loi, afin d’être sûr de pouvoir être soulagé de sa souffrance et de faire reconnaître sa volonté, et ce, même si son état de santé ne permet plus de l’exprimer, afin que la dignité de chacun soit respectée. destin s’est progressivement renforcé et devrait l’être encore prochainement. Lors de la campagne électorale de 2012, François Hollande a fait la promesse d’engager une réflexion devant mener à une nouvelle loi sur la fin de vie. Une mission de réflexion a donc été lancée dès juillet 2012, présidée par le Professeur Sicard, qui s’est traduite par un rapport rendu public en décembre 2012. Celui-ci soulève le constat que malgré les apports indéniables de la loi Léonetti, la législation actuelle ne permet pas de répondre à l’ensemble des préoccupations exprimées par des personnes atteintes de maladies graves et incurables, qui peuvent causer une souffrance insoutenable et irréductible. La France accuse encore un certain retard quant à l’organisation de la prise en charge de la fin de vie. En particulier, l’absence de formation spécifique des médecins à ce sujet, le développement encore insuffisant de la prise en charge palliative des malades en fin de vie, y compris à domicile, la séparation excessive des approches curatives et palliatives dans les parcours de soins constituent autant de pistes de progrès indispensables.

Il existe déjà des lois qui encadrent le droit de la personne en fin de vie. De la loi de 1999 sur les soins
palliatifs à celle de 2002 sur la démocratie sanitaire et le droit des patients, jusqu’à la loi de 2005, dite Loi Léonetti trop peu connue -, le droit des personnes à décider de leur

Sur la base de ce rapport, ainsi que de l’avis du Comité consultatif national d’Éthique qui devrait exprimer des propositions de modification de la législation, un projet de loi sera présenté au Parlement en juin 2013. Il s'agira pour le législateur de mieux répondre aux attentes de la société concernant cette grave et ultime question en tenant compte des acquis obtenus, tout en cherchant à mieux répondre aux droits des personnes à décider de leur destin et pour elles-mêmes. La perspective d’une telle discussion est donc l’occasion de susciter un débat dans la société, où pourront être exprimées les attentes des malades, des soignants, des proches et des aidants, et où pourra être discuté le rôle de la loi dans l’encadrement de ce moment si particulier de la vie des personnes. Ce débat devra se tenir dans le plus grand respect de la diversité des avis, des pensées, des cultures, des spiritualités et des personnes.

« Fin de vie : quelle nouvelle loi ? », c’est donc la question du débat que je voudrais évoquer en votre présence, en vous invitant à la réunion publique qui aura lieu lundi

29 avril 2013, à 20 heures au Petit Kursaal, à Besançon (2, place du Théâtre).
Ce débat aura pour but de croiser les approches, en invitant à mes côtés : - M. Régis Aubry, professeur et chef du service des soins palliatifs au CHRU de Besançon, Président de l’Observatoire national de la fin de vie, - M. Thierry Martin, professeur de philosophie à l’Université de Franche-Comté, directeur du Laboratoire « Logiques de l’AGIR », membre de l’Espace éthique Bourgogne Franche-Comté, - M. Jean-René Binet, professeur de droit privé à l’Université de Franche-Comté, spécialiste du droit des personnes et de la famille, droit médical et bioéthique. La parole sera donnée de manière complémentaire aux acteurs de la société, associations, représentants administratifs ou cultuels, aux professionnels de la santé, et bien entendu à l’ensemble des participants, pour un échange sous forme de questions-réponses. Je vous invite donc à nous rejoindre pour faire de ce débat un moment d’écoute partagée et d’échange constructif.

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En tant que médecin, cette question me touche tout particulièrement. En tant que député, elle m’oblige à m’inscrire avec pertinence dans le débat parlementaire. C’est pourquoi j’ai décidé d’organiser un débat public, qui prendra la forme d’une table ronde associant des chercheurs et experts de plusieurs disciplines, qui pourront nous éclairer sur la complexité de ce sujet, nous aider à en mesurer toutes les dimensions et à affiner notre appréciation de la question.

Éric Alauzet Député EELV

Entrée libre et gratuite

Arc-et-Senans

UNE MARCHE POUR LA PAIX ET LE DÉSARMEMENT

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Une étrange et finalement belle aventure que d’inviter à marcher pour la paix et le désarmement nucléaire unilatéral de la France. Petit rappel : lors d'une rencontre sollicitée par les Amis de Gabriel Maire (prêtre jurassien assassiné au Brésil en décembre 1989) et après le jeûne partagé en 2012 pour le désarmement nucléaire, l'idée était venue de ne pas en rester là. Et puisque Lucien Converset, (1) figure emblématique de cette cause et personnage charismatique pour tant de gens qu'il a aidés, devait reprendre au printemps sa route à pied vers Bethléem, depuis la Macédoine, au pas de son âne Isidore, nous avons décidé de marcher le jour de son départ. Les conditions étaient pourtant rudes ce samedi 23 mars : pas de structure organisatrice forte, mais une constellation de petits groupes d’hommes et de femmes de bonne volonté, parfois inquiets du flou de la démarche ; une météo qui se met en berne le jour même, et la pluie le matin, à tel point que l’image forte prévue pour rassembler les regards, la montgolfière portant la colombe de la paix, déclare forfait à 10 heures. À midi et demi, le maire d’Arc-et-Senans prévient que, à la suite de l’intervention des gendarmes de Quingey, il doit renoncer à toute son aide promise à la manifestation : plus de salle ni de chapiteau pour abriter les handicapés en fauteuil roulant, nombreux à vouloir dire par leur présence leur gratitude envers Lucien Converset qui les a si longtemps soutenus ; plus de tables pour le partage du verre de l’amitié ; plus de sono pour les prises de parole. Et la tristesse et la honte de vivre ça sous un gouvernement dit de gauche.

Mais passé ce mauvais moment, quelle joie de se retrouver près de 200 marcheurs devant les silhouettes de Lulu et d’Isidore et de passer près de deux heures sur la pelouse devant la Saline, à se découvrir ou à se retrouver, vieux militants, amis ou inconnus, enfants ravis par la présence des ânes qui ont trouvé savoureuse l’herbe d’utopie ! Et on s’est dit que cette joie ne devait pas en rester là, qu’il fallait prolonger l’action citoyenne pour la paix. Et nous demanderons au blog de Lulu d’héberger cet embryon de projet, celui d’un MANV (Mouvement pour une Alternative non violente) revivifié, sans récupération politique ni confessionnelle, mais où tous ceux qui ont faim et soif de justice et de paix peuvent se retrouver, pour dire, comme ce 23 mars, que le monde peut bouger si nous le voulons.

Antoinette Gillet

(1) luluencampvolant.over-blog.com/

Groupe local de Besançon

MUNICIPALES : EN AVANT !
Samedi 8 mars, le groupe local bisontin d'EÉLV a tenu un forum dans le cadre de la préparation des élections municipales de 2014. L'écho donné à cette rencontre par quelques gazettes semble indiquer une certaine attente quant à notre positionnement à venir : irons-nous à la bataille en liste autonome ou dans le cadre d'une alliance avec le PS ? Au risque de décevoir, la question ne fut pas à l'ordre du jour. Notre souci actuel n'est nullement de décider de la forme de notre participation à cette élection, mais d'engager une réflexion de fond afin de répondre à cette simple interrogation : qu'avons-nous à proposer ? Autrement dit, notre souci n'est pas stratégique, mais programmatique : quels projets souhaitons-nous porter, quelle vision de la ville et de son agglomération souhaitons-nous défendre ? Ce n'est qu'une fois ce travail sinon achevé, du moins solidement étayé, que nous envisagerons la forme de participation la plus appropriée à la défense d'un projet d'écologie politique. Nous mentirions, bien sûr, si nous affirmions que jamais, au grand jamais, la question stratégique ne nous chatouille un peu le matin – au rasage ou au brossage des dents. Mais nous avons fait un choix, celui d'élaborer en priorité une perspective nourrie de l'expérience de deux mandats, au cours desquels les élus Verts puis EÉLV ont agi avec plus ou moins de succès, de satisfactions et de déconvenues. Dans un climat morose où le vert a subi quelques outrages hivernaux, le défi qui nous attend - mobiliser nos énergies pour un projet - n'emprunte pas les chemins de la facilité. Nous le savons, le doute nous guette et parfois nous envahit. Mais ainsi va le combat politique : il faut sans cesse y retourner. PS 1 : Conformément à mon engagement du mois dernier, je m'abstiendrai cette fois-ci de tout commentaire sur l'action gouvernementale... même si cela me démange quelque peu. Je me permettrai juste de relayer quelques mots de François de Rugy lors de son intervention sur la motion de censure déposée le 20 mars par l'UMP. En affirmant que « la loi de programmation sur la transition énergétique et le volet fiscalité écologique de la loi de finance sont deux rendez-vous majeurs de 2013 », et plus loin, à propos du budget, qu'il « reste à faire le choix en matière d'efficacité de l'écologie », le coprésident du groupe EÉLV à l'Assemblée nationale n'est-il pas en train de fixer, de manière encore très policée, comme une limite, une date butoir pour une mise en œuvre des mesures prévues par l'accord EÉLV-PS ? J'ose l'espérer et je me réjouis que ces rendez-vous aient lieu bien avant les municipales. Trop de silences, trop d'hésitations pourraient faire croire que nous cherchons d'abord à défendre des places.

PS 2 : Difficile de ne pas dire un mot de la prestation télévisée du Président de la République, le 28 mars - un mot, un seul : désespérant. La normalité, l'honnêteté rencontrent très vite leurs limites quand la vision de l'avenir se résume à une prière incantatoire à sainte Croissance et sainte Compétitivité et à une posture de M. Bricolage (« Les outils sont là »), c'est-à-dire à une manière d'en appeler au plombier quand la maison s'écroule.

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Dessin publié avec l’aimable autorisation de Charlie Hebdo

Michel Boutanquoi

Dole-Tavaux and Cie

AÉROPORTS : ÇA SUFFIT !
En France, il y a environ 157 aéroports pour 62 millions d'habitants, soit un pour 395 000 habitants (données fournies par l'Union des aéroports français, www.aeroport.fr). En comparaison avec les autres pays européens, on constate que la France est presque en tête pour la densité d'aéroports : l'Allemagne a seulement 40 aéroports pour 82,7 millions d'habitants, soit un pour 2 millions d'habitants ; l'Italie a 2,1 millions d'habitants par aéroport, l'Espagne 1,6 millions et le Royaume Uni 1.2 millions.

Le coût environnemental
Le transport aérien contribue au réchauffement climatique de la planète et les pollutions chimiques qu’il engendre causent des problèmes de santé pour les populations survolées. L’avion émet entre 134 et 148 grammes de CO2 par voyageur-kilomètre, contre 100 grammes en moyenne pour un automobiliste et 2,6 grammes pour le train. Pour chaque kilo de kérosène utilisé, ce sont 3 kilos de CO2 qui sont émis. L'Institut français de l'Environnement (IFEN) estime, dans son numéro 97 des Données de l'Environnement, que le transport aérien mondial de passagers émet davantage de gaz à effet de serre que l'ensemble des activités d'un pays comme la France. Un aller-retour Paris-NewYork, dans des conditions propices à une bonne efficacité énergétique (charter sans classe affaire fortement rempli), émet près d'une tonne de CO2 par passager. Selon l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie), l’usager d’un train effectuant le trajet Paris-Nice émettra 25 fois moins de gaz à effet de serre que le passager d’un avion sur la même distance.

Aéroports et argent public
En France, la densité d’aéroports a un réel impact sur les finances publiques et la proximité de certains crée une rivalité entre les autorités locales et réduit leurs budgets. L'accroissement du nombre d'aéroports éveille également des craintes parmi les riverains. Groupés en associations, ceux-ci intentent des actions en justice contre les aéroports et les compagnies aériennes. Selon la Cour des Comptes française, la plupart de nos aéroports survivent grâce au financement public. Entre 2000 et 2006, les aéroports de France ont reçu environ 590 millions d'euros d'argent public, ce qui représente plus de 100 euros par passager. Ces montants devraient même augmenter à l'avenir à cause de tous les investissements nécessaires en matière d'environnement et de normes de sécurité. Sans compter les aides versées aux compagnies aériennes, notamment low cost. Le pire est encore à venir pour ces aéroports en situation financière critique, qui ne sont ni en position de négocier avec les compagnies, ni capables de faire face à la concurrence, qu’elle vienne des autres aéroports ou du train. Dans un entretien récent, Jacques Sabourin, directeur de l'UCCEGA (Union des Chambres de Commerce Gestionnaires et Exploitantes d'Aéroports), a dit : « Les lignes aériennes ne gagnent sur le train que pour des trajets supérieurs à 4 heures. » Selon une étude publiée par la FNAUT (Fédération Nationale des Associations d'Usagers de Transports) et le ministère du Transport français, entre 1990 et 2030, le secteur de l'aviation va perdre près de 9 millions de passagers, qui préféreront utiliser le train à la place. En effet, la plupart des villes françaises seront à moins de 3 heures et demie de Paris.

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Transition énergétique et fiscalité cohérente
Pour favoriser la transition énergétique, la Cour des Comptes recommande de réorienter les dépenses fiscales relatives à l'énergie. Elle préconise notamment d'appliquer les engagements de la loi Grenelle 1 sur les dépenses fiscales dommageables à l'environnement. La détaxation du kérosène n'est pas mentionnée, le gouvernement se retranchant derrière la ratification de la Convention de Chicago. « Ce retrait est contestable, estime la Cour des Comptes, le gouvernement y a consenti avant que le Parlement n'entérine cette décision. » Outre son coût élevé (3,4 milliards d'euros en 2009), cette pratique favorise un mode de transport polluant. La Cour des Comptes rappelle notamment que la taxation des vols intérieurs est pratiquée aux États-Unis, au Brésil, au Japon, en Norvège, aux Pays-Bas ou en Suisse. Dans un rapport, l'OCDE estimait que « l'absence de taxe sur le kérosène utilisé par les vols intérieurs est l'une des plus importantes subventions fiscales françaises ». Pour le Ministère, cette nouvelle mesure fait partie des actions mises en place pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, en accord avec les objectifs fixés dernièrement, à savoir – 40 % en 2030, puis – 60 % en 2040.

ou

L'information sur les quantités de CO2 émises par les prestations de transport, qui sera obligatoire à partir du 1er octobre 2013, offrira aux particuliers et aux professionnels un critère supplémentaire pour choisir les solutions de transport les plus respectueuses de l'environnement. Une taxe carbone sera mise en place par l'Union européenne en 2013, sur les émissions de gaz à effet de serre des compagnies aériennes voyageant à l'intérieur de l'Europe. Pour lutter contre le réchauffement climatique, l'Union européenne a décidé d'obliger les compagnies aériennes qui opèrent dans les pays membres de l'Union, toutes nationalités confondues, à payer l'équivalent de 15 % de leurs émissions de CO2, au cours actuel de la tonne de carbone. Cette taxe carbone s'appliquerait au printemps 2013.

De Notre-Dame-des Landes-à Tavaux : Stop aux aéroports de trop !
Rassemblement samedi 27 avril 2013, à partir de 12 heures, à proximité du rond-point de l’aéroport de Tavaux. Utilisons l'argent public pour les besoins locaux des habitants et non pour financer des compagnies privées (Vinci, Ryanair...) qui détruisent la planète (terres agricoles, émissions de gaz carbonique) et les droits sociaux (bas salaires, conditions de travail déplorables des compagnies low cost...). • De 12 h à 14 h 30 : cantine ouverte avec soupe et où chacun apporte son plat, musique, prises de parole pour faire le point sur les combats menés à Notre-Dame -des-Landes, mais aussi dans le Morvan (Erscia), LGV, autres mobilisations locales. Expositions temporaires (si la météo le permet). • 15 h : action sur le rond-point de l’aéroport de Tavaux et sur les grillages de l'aéroport décorés par une multitude de cartons peints ou de banderoles : apportez vos créations colorées et de quoi les fixer ! Avec le soutien des collectifs «Dole Tavaux, aéroport de trop » et du « Collectif jurassien Notre-Damedes-Landes ».

Marc Borneck Porte-parole des élus Verts au Conseil Régional

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Dole-Tavaux : La voie des airs, la voie de l’erreur
Le Conseil général du Jura, en dépit du bon sens, vient de voter une subvention de 370 000 € pour de nouvelles liaisons aériennes Dole-Orly. Comment les élus, à l’unanimité, peuvent-ils mettre en péril les dessertes du TGV Lyria, notamment celle de Dole, en orientant les usagers vers l’avion ? Rappelons qu’en semaine, il existe 7 allers et retours quotidiens directs par le train, qui relie Dole à Paris centre en 2 heures, et 8 autres possibilités avec changement à Dijon. Ce genre de subventions fait baisser le coût des vols de type « départ en vacances »... mais ce sont les impôts des Jurassiens qui paient ! À l’heure où le gouvernement ouvre un grand débat national sur la transition énergétique, et alors que le Président François Hollande appelle à en faire « un levier pour un nouveau modèle de croissance verte, durable et solidaire », force est de constater que le Conseil général du Jura ne s’inscrit pas dans ce projet d’une société sobre en énergie et en carbone.

Science et écologie

SODAS, DÉGLACIATION, GÉOTHERMIE ET RYTHMES SCOLAIRES
Cette rubrique a pour ambition de proposer un regard critique sur l'actualité scientifique, en montrant tantôt les dangers, tantôt les espoirs suscités par les recherches et les découvertes. Cette information peut parfois inspirer les propositions des écologistes. Les références sont données pour ceux qui voudraient approfondir les questions traitées.

2. Déglaciation : CO² et température augmentent ensemble.

1. Les sodas font pschitt.

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Les publicités présentent de manière très positives les boissons light, censées être meilleures pour la santé parce qu'elles ne contiennent pas de sucre. Pourtant une étude récente de l'Inserm, publiée dans The American Journal of Clinical Nutrition en février 2013, montre la probabilité accrue chez les consommateurs réguliers de boissons light d'être atteints d'un diabète. Le principal édulcorant, l'aspartame, est aussi accusé de provoquer des accouchements prématurés. Un soda peut contenir jusqu'à 7 additifs : édulcorant, acidifiant, colorants, conservateur, correcteur de goût, etc., qui peuvent avoir des effets indésirables. Sans parler du bisphénol A, perturbateur du système hormonal, qui va encore tapisser l'intérieur des canettes jusqu'en 2015. (Alternatives Économiques n° 322, mars 2013, pp.46-47. Article réalisé en partenariat avec le site de notation Noteo) Commentaire : Pour les nutritionnistes, les sodas doivent rester des boissons occasionnelles, qu'elles contiennent du sucre ou un édulcorant. Les jus de fruits sont préférables parce qu'ils contiennent des vitamines et des minéraux, mais ils peuvent être aussi riches en sucre que les sodas. Et la seule boisson dont le corps ait vraiment besoin pour s'hydrater est… l'eau.

C'est l'étude des bulles de gaz piégées dans les glaces polaires qui nous renseigne sur les climats passés. Les chercheurs arrivent ainsi à reconstituer les températures des 800 000 dernières années à partir des carottes de glace de l'Antarctique. Jusqu'à présent, on pensait que l'augmentation de température précédait l'augmentation de CO² d'environ 800 ans. Une équipe du laboratoire de glaciologie de Grenoble, dirigée par Frédéric Parrenin, vient de démontrer, en affinant la méthode, qu'il n'en est rien : les augmentations de la température et de la teneur en CO² sont strictement synchronisées. La teneur de l'air en gaz à effet de serre serait donc un paramètre essentiel de l'évolution des climats aussi bien actuels que passés. (Science, march 2013, VOL 339. pp. 1060 – 1063. On peut télécharger l'article en anglais : http:// sciences.blogs.liberation.fr/files/déglaciation-et-co2.pdf ) Commentaire : Les résultats de ces nouvelles recherches réduisent à néant un des derniers arguments des climatosceptiques. Un article du New York Times du 28 février affirme même que ces nouvelles preuves donnent raison, a posteriori, à Al Gore dans le débat qu'il avait eu avec les Républicains au moment de la sortie de son documentaire Une vérité qui dérange, en 2007, les conservateurs américains voulant retarder le plus possible l'action contre le dérèglement climatique.

3. Rythmes scolaires : les recentrer sur l'enfant
Les études conduites sur les rythmes de vie des enfants disent qu'il faut respecter en priorité le sommeil, les variations de différents paramètres au cours de la

journée (indicateurs physiologiques, vigilance, comportement, etc.) et les états de fatigue saisonniers. Le sommeil est le plus important : durée, qualité, régularité. Les débuts de matinée et d'après-midi sont reconnus comme difficiles pour les activités intellectuelles. Les moments moins favorables peuvent être occupés par des activités d'éveil et des contenus plus ludiques et socialisants. La semaine de 4 jours alourdit la journée scolaire et la coupure du week-end entraîne un affaiblissement de la vigilance en début de semaine. (Pour la Science n° 425, mars 2013, pp.14 et 15)

À l'échelle globale, cette énergie, appelée géothermie, est sous-utilisée et ne représente que 0,3 % de l'énergie primaire mondiale. La géothermie présente l'avantage d'être continue, à la différence du solaire et de l'éolien qui sont intermittents, et d'avoir une faible emprise au sol.

Commentaire : Toutes les recherches sur les rythmes aboutissent aux mêmes conclusions : il faut éviter la semaine de quatre jours. Mais elles disent aussi qu'il faut préférer l'école le samedi matin au mercredi matin, pour limiter la « désynchronisation » du début de semaine. Et là, on est confronté aux lobbies des activités touristiques et des loisirs… et aux intérêts de certains adultes, parents ou enseignants, qui défendent leur droit au week-end.

Quand l'eau souterraine est comprise entre 40 et 120°C, on l'utilise pour les réseaux de chaleur urbains, le chauffage de serres, etc. À partir de 120°C, il est possible d'utiliser la géothermie pour produire de l'électricité. Actuellement, 700 000 Franciliens se chauffent à la géothermie « basse énergie ». Il s'agit d'une chaleur propre, locale et bon marché. (La Recherche n° 473, mars 2013, pp.70 à 75) Commentaire : Le site géothermique italien exceptionnel de Larderello (Toscane) (1) est exploité depuis 1913. Mais c'est dans la foulée du premier choc pétrolier que la géothermie s'est développée dans les régions volcaniques, qui sont les plus favorables. Les pompes à chaleur (PAC) exploitent de la géothermie dite de « très basse énergie », à des températures comprises entre 10 et 30°C. Les PAC ont l'avantage d'être possibles presque partout pour le chauffage des bâtiments et l'inconvénient de consommer une quantité non négligeable d'électricité.

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4. Le second souffle des filières géothermiques
Quand on s'enfonce dans le sous-sol, la température s'accroît, en moyenne, de 3,3°C tous les 100 mètres. Mais le flux de chaleur peut être 20 fois plus élevé dans certaines régions du monde, comme les zones volcaniques.

Gérard Mamet

(1)

Agacé

AGAÇANT(E)S
Il paraît que la ministre écolo de l'Égalité des territoires et du Logement est agaçante. Ce n'est pas moi qui le dis (même si, je l'avoue, ça m'est arrivé de le penser), mais M, le magazine du Monde, qui en fait le titre de couverture de son numéro du 9 mars : « Cécile Duflot. Pourquoi est-elle si agaçante ? » Qu'elle continue ! À défaut de réelles satisfactions politiques, savourons au moins le plaisir de voir s'étouffer de rage tous ces « agacés ».

Elles « agacent », les Femen !

Elle « agace », Cécile !
Loin de moi l'idée de prétendre défendre bec et ongles l'ex-cheftaine des Verts : elle n'a nullement besoin de moi pour cela, et puis je ne me sens plus, depuis quelque temps, totalement convaincu par son positionnement et son parcours. Mais qu'elle « agace » profondément le monde politico-médiatique français, voilà qui me comble d'aise. « La droite l'exècre », affirme la journaliste du Monde : eh ! bien, tant mieux ! Quel plus bel hommage peut vous rendre la droite que de vous détester ? Se faire accuser de cynisme par une Kosciusko-Morizet, qui est à l'arrivisme ce que Bocuse est à la gastronomie, ou d'inélégance par une Morano dont nul n'ignore le raffinement exquis : ah ! quel pied ! La gauche ne l'aime pas plus ? Quelle gauche ? Celle des énarques tous coulés dans le même moule, des socio-libéraux qu'un œil de lynx peine à distinguer de la droite, des petits marquis post-mitterrandiens, des rescapés du jospinisme mou (1), des ayraultistes coincés du bulbe ? Sans parler de ses « amis » (2), Cohn-Bendit et quelques autres... Sans parler non plus des médias : ah ! la tronche d'Apathie face à Cécile !... Elle « agace » les réacs de tout poil, les machos et les beaufs de tout acabit, ceux qui sifflent ses robes à fleurs ou rivalisent de tweets finauds sur son « gros cul » ; mais aussi tous ceux qui ont du mal à avaler l'ascension d'une femme jeune et intelligente, laquelle pour eux n'a pas la compétence nécessaire pour occuper un poste qui, de droit « naturel », voire divin, revenait à l'un des leurs, et se permet d'avoir assez de culot pour continuer à ruer dans les brancards et à ne pas mâcher ses mots malgré la « muselière » ministérielle. Elle « agace », Cécile. (Au fait, n'était-ce pas déjà le cas de Dominique Voynet, il y a quinze ans ?) Dessin publié avec l’aimable autorisation de Charlie Hebdo

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D'autres qui « agacent » aussi terriblement, ce sont les Femen. Cognées par l'extrême droite (normal), vitupérées par la droite (normal), les voilà aussi méprisées par la majeure partie de la gauche et même fustigées par quantité de féministes ! On leur reproche pêle-mêle d'être trop radicales, de mal choisir leurs cibles, de conforter les clichés sexistes (3), de « se faire remarquer » à tout propos par les médias... De sombres crétins estiment qu'elles manquent de courage en n'allant pas se dépoitrailler dans une mosquée comme elles l'ont fait à Notre-Dame : c'est vrai, quoi, elles n'ont pas le goût du martyre, ces indécentes femelles ? La place me manque pour faire la liste de toutes les raisons pour lesquelles je me sens, au contraire, totalement « femeniste ». Disons (mais je peux me tromper) qu'en ces temps où les droits des femmes sont battus en brèche un peu partout dans le monde, et pas seulement (même si c'est plus visible là) en pays d'islam, ce militantisme inusité me paraît pouvoir revitaliser un mouvement féministe qui en a bien besoin. Et puis des gens qui s'en prennent aux religions (4) et au foot, pour ne citer que ces deux cibles des Femen, c'est devenu si désespérément rare ! Il est d'ailleurs permis de se demander si, au fond, ce n'est pas leur haine des religions, de toutes les religions (y compris le foot),

qui leur vaut l'inimitié de beaucoup… Elles ne font pas progresser la cause des femmes et du féminisme ? Avant d'en juger péremptoirement, on pourrait peut-être laisser un peu de temps à un tout jeune mouvement, né en Ukraine il y a moins de cinq ans. Et puis franchement, lire de tels arguments sous la plume de personnes dont le « féminisme » revendiqué se résume à massacrer la langue française à coups de (e) et de -E- généreusement distribués, c'est à vous faire regretter de n'être pas né... ukrainienne ! (5)

Et le pape François, ça va ?

Et tiens, puisqu'on vient de parler de religion, remettons-en une couche ! D'abord pour confirmer que France Inter, radio publique et donc financée par nos impôts, a bel et bien été rachetée par Radio Vatican, comme elle l'a encore montré avec éclat lors de la démission de Benoît XVI et de l'arrivée du nouveau pape (vous savez, ce footballeur-danseur de tango monopulmoné, qui prend le métro, paie sa note d'hôtel et n'a pas remarqué que les généraux de son pays torturaient à qui mieux mieux dans les années 70). On suppose que Philippe Val, patron de la station et jadis bouffeur de curés, est retenu en otage dans les sous-sols de Saint-Pierre, ce qui l'empêche de s'élever contre cette cul-bénisation permanente.

s'est de nouveau payé la tête de l'islam, se sont montrées en revanche d'une très efficace discrétion face aux « blasphèmes » à répétition du même journal à l'encontre, ces derniers temps - actualité oblige - du christianisme. Loin de moi l'idée - on s'en doute ! - de reprocher à Charlie ses caricatures du Christ et de ses ouailles alors même que j'applaudirais à celles de Mahomet. Non, ce qui m'intrigue (ou plutôt m'intriguerait si ça n'avait pas été si prévisible), c'est la différence de traitement réservée aux deux « blasphèmes » charliehebdiens, comme si, pour une bonne partie de la gauche et de l'extrême gauche (6), il était interdit de se moquer de l'islam alors qu'on peut rigoler sans crainte du christianisme. Faut-il voir là un ultime vestige, particulièrement mal placé, de cette « mauvaise conscience » de l'homme occidental analysée par Pascal Bruckner (7) il y a trente ans ? À tout le moins, il est permis de mettre en doute la totale sincérité des indignations passées au regard de la placidité présente.

Et ça, ça m'agace.

Gérard Roy

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Dessin publié avec l’aimable autorisation de Charlie Hebdo Et ensuite pour remarquer que toutes les bonnes âmes de « gôche » qui ont braillé à l'islamophobie lorsque Charlie Hebdo, il y a quelques semaines

(1) Pléonasme.. (2) « Mon Dieu, gardez-moi de mes amis ; quant à mes ennemis, je m'en charge. » (Voltaire) (3) Quelle imbécillité de leur reprocher d'être jeunes et belles ! Comme si elles l'étaient toutes (voir leurs nombreuses vidéos), et comme si leurs actions gagnaient en respectabilité si elles l'étaient moins ! (4) « Là où commence la religion, le féminisme s'achève », dit Inna Shevchenko, la plus connue d'entre elles. (5) Il va de soi que la même sympathie me pousse vers la jeune Égyptienne Aliaa Magda Elmahdy et vers Amina, la lycéenne de Tunisie qui l'a imitée sur Facebook. Le courage (l'inconscience ?) de ces filles qui déclenchent la hideuse hystérie des barbus mérite au minimum qu'on ne leur fasse pas la leçon... (6) Au risque de me répéter : les âneries de la droite ne me choquent pas autant ; mais j'enrage que la gauche soit capable des mêmes. (7) Qu'on se rassure : ce n'est pas mon maître à penser.

UN MOIS, ÉMOIS ET MOI
Petit. Selon un proche de Sarkozy qui raille le projet de
Xavier Bertrand d'être candidat à l'Élysée (« Bertrand, c'est qui ? »), ce dernier « représente trois personnes ». Ah ! bon ? Tant que ça ?!

Téléréalité. Un candidat de Koh-Lantah meurt pendant le
tournage. Ça lui évitera de regarder cet étron.

Berk ! Chez Ikea, des tartes au chocolat possiblement
contaminées par des bactéries fécales. Avant, seuls les meubles Ikea étaient de la merde ; maintenant, la bouffe aussi.

Giratoires. Avec plus de 30 000 installés, la France est
recordman du monde des ronds-points : on est vraiment les plus forts en tout ! Quand je vois les œuvres d' « art » qui décorent la plupart, j'en viens à regretter l'époque où on se rentrait dedans aux carrefours.

Modèle. « Mon comportement sexuel a été parfois en
deçà des standards qu'on attendait d'un prêtre. » Enseignants qui manquez d'exemples pour expliquer à vos élèves ce qu'est un euphémisme, vous pouvez remercier le cardinal britannique Keith O'Brien, accusé de « comportements indécents » à leur égard par quatre ecclésiastiques.

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Dessin publié avec l’aimable autorisation de Charlie Hebdo

Love. L'icône birmane et chef de l'opposition Aung San
Suu Kyi, persécutée pendant vingt ans par la junte de son pays, croit bon de déclarer dans une interview à la BBC qu'elle « aime beaucoup l'armée » de son pays. Maso ou déjà politicarde ?

Shocking. Après la mise en examen de son ex-patron,
Claude Guéant s'indigne : « Qui imagine que Nicolas Sarkozy profite de la faiblesse d'une vieille dame ? » Mais tout le monde, mon Clo-clo, tout le monde.

Scepticisme. Si l'on en croit les dernières découvertes en
neurosciences rapportées par Le Monde du 23 mars, « même au repos, le cerveau demeure très actif. En fait, il ne s'arrête jamais. » Même chez Nadine Morano ?

Pogroms. Comme en septembre dernier, en Birmanie,
des gangs d'extrémistes bouddhistes, appuyés par des moines armés de poignards, saccagent des mosquées, incendient des commerces et massacrent des dizaines de musulmans. Moi qui croyais que, comme toutes les religions, le bouddhisme professait l'amour du prochain ! J'ai dû rater un épisode.

Popularité. Selon deux sondages récents, 68 % des Français se disent mécontents de François Hollande. Moi, ce qui m'étonne le plus, c'est qu'il y en ait encore 25 ou 30 % qui soient contents !

Help ! Sarkozy prêt à revenir en sauveur de la France.
Mais c'est qu'il nous menacerait, ce con !

Perte. Pierre Pellerin, ex-directeur du SCPRI (1), est mort.
Il n'arrêtera plus à nos frontières les radiations d'aucun Tchernobyl.

Nooon ! Un réseau gay au sein de la Curie romaine ?!
Pourquoi pas un réseau mafieux au Kremlin, pendant qu'on y est ?

Riches. En 2013, le monde compte un nombre record de
milliardaires (dont deux Français aux 9e et 10e places, cocorico !) : 1 426, soit 200 de plus qu'en 2012. Si ça, ça ne cloue pas le bec des moroses professionnels…

Logique. Harlem Désir estime qu'on peut laisser tomber
la réforme du scrutin européen : « Après-tout, cela ne figurait pas dans les engagements de campagne », relativise-t-il. C'est vrai, quoi : déjà qu'on ne tient pas les promesses qu'on a faites, on ne va pas en plus tenir celles qu'on n'a pas faites !

Feu ! Selon Patricia Adam, présidente socialiste de la commission de la défense de l'Assemblée nationale, « le scénario de Bercy vise à tuer le ministère de la défense ».

Si seulement...

Offense. La Cour européenne des droits de l'homme
considère qu'on a le droit de dire « Casse-toi, pauv'con » à un chef d'État. On commence par lequel ?...

Primitifs. Les 264 (!!) piégeurs du Jura – dont Le Progrès
du 3 mars nous apprend qu'ils ont une « éthique » - sont en colère (2) : on leur a retiré la fouine et l'étourneau de la liste des nuisibles. Du coup, ils se disent décidés « à faire la grève du piégeage afin de sensibiliser l'opinion publique ». Mais qu'ils la fassent, la grève, ces pithécanthropes ! Et prolongée, en plus !

Calotte (À bas la -). Financement public des cultes en
Alsace et Moselle : constitutionnel ; interdiction du port du voile dans une crèche privée : discriminatoire ; Ayrault et Fabius : présents à la messe d'intronisation du nouveau pape. Dans cette Bérézina de la laïcité, merci aux 21 militants limousins grâce à qui le financement des « Ostensions » par les collectivités territoriales est désormais interdit.

Gérard Roy

(1) Service central de protection contre les rayonnements ionisants. (2) Ça leur arrive de ne pas l'être ? Comme les motards, d'ailleurs...

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