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« Plusieurs de ses disciples se retirèrent et cessèrent d’aller avec lui. Jésus dit alors

« Plusieurs de ses disciples se retirèrent et cessèrent d’aller avec lui. Jésus dit alors aux Douze : « Et vous, vou- lez-vous aussi vous en aller ? Simon-Pierre lui répondit :

« Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la Vie Eternelle. »

(Jean VI, 66-68)

L’œcuménisme 1 est un mouvement favorable à la réunion de toutes les églises chrétiennes en une seule. Le mot vient du grec : « oikoumenê » et veut dire « toute la terre habitée ». Il a tendance actuellement à s’appliquer à la réunion ou à la fé- dération de toutes les religions, même non chrétiennes.

La nouvelle conception de la liberté religieuse met sur un pied d’égalité en droit vis-à-vis de l’Etat, toutes les religions, la vraie comme les fausses. Le texte de la nouvelle messe, lui, écarte tout ce qui pourrait être un déplaisir pour nos frè- res séparés, de l’aveu même de son principal auteur, confir- mé par d’éminents protestants. L’autodestruction de l’Eglise, constatée par Paul VI et son « processus de décadence » dé- noncé par le cardinal Ratzinger, sont donc liés à l’œcuménis- me qui a d’ailleurs été « l’une des causes essentielles » de la convocation du concile par Jean XXIII 2 . Il semble que l’esprit catholique libéral, toujours en re- cherche de la Vérité (qui est connue puisque Jésus-Christ nous l’a apportée), et sous les apparences de la charité, veuille réunir toutes les Eglises chrétiennes et même à plus long ter- me toutes les religions du monde dans une espèce de conver-

gence (dont rêvait déjà Leibniz 3 ), où seraient surmontées les différences, c’est-à-dire par un œcuménisme mal compris 4 et non par une conversion à la seule Vérité, cette Vérité pour la- quelle, ne l’oublions pas, des milliers de martyrs sont morts et meurent encore dans le monde, certains après d’horribles souffrances, pour avoir refusé de brûler quelques grains d’en- cens devant des idoles païennes. Le faux œcuménisme actuel, par son désir de compromis et son respect des fausses religions, aboutit à tarir les conver- sions 5 .

Le Christ et l’œcuménisme

Dans l’Evangile de saint Jean, nous voyons l’attitude du Christ vis-à-vis des « disciples séparés » de l’époque. Jésus parle dans la synagogue de Capharnaüm : « Plusieurs disciples l’avaient entendu : « Ce langage-là est trop fort, di- rent-ils, qui peut l’admettre ? » 6 . « Cela vous choque, leur dit- Il. Que sera-ce donc quand vous verrez le Fils de l’Homme remonter où il était auparavant ? » 7 Autrement dit : vous n’avez pas fini d’être choqués. Il s’agissait pourtant d’une question difficile à comprendre et à admettre sans préparation : « Celui qui mange ma chair

et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » 8 . C’était la

vérité de la présence réelle et l’annonce de l’Eucharistie et de la transsubstantiation sans détour. Malgré les recherches d’astucieux théologiens, les protestants ne l’admettent tou- jours pas.

L’attitude de Jésus, qui est la Charité même, est extrême-

ment nette. Il ne dit pas à ces disciples qui veulent partir :

« Vous vous méprenez, c’est finalement du pain bénit que

vous mangerez pour signifier que mon corps sera livré » ; ou bien : « Tout cela est bien sûr symbolique » ; ou toute autre

tentative pour arrondir les angles. Très simplement, sans compromis, Il leur a dit : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair pour le salut du monde » 9 . Il ne fait aucune tentative pour retenir ceux qui ne veulent pas admettre et qui partent. Il ne désire pas multiplier le nombre des disciples en comptant ceux qui sont à moitié convaincus ou les garder sur un malentendu. Il l’avait déjà dit : « Entrez par la porte étroi- te, car large est la porte et spacieuse est la voie qui mènent

à la perdition, et nombreux sont ceux qui s’y engagent. Mais

étroite est la porte et resserrée est la voie qui mènent à la vie, et rares ceux qui la trouvent. Attention aux faux prophètes ;

ils viennent à vous, déguisés en brebis… » 10

L’homme est libre et peut refuser le salut que Jésus lui

a apporté et lui apporte par la seule Eglise qu’Il ait fondée.

Mais Il a dit : « Celui qui croira et se fera baptiser sera sauvé,

Les textes du Thomatique

mais celui qui ne croira pas sera condamné » 11 . (Il s’agit bien sûr de la seule vraie religion).

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Saint Paul, saint Pierre et l’œcuménisme

De son côté, saint Paul, dont Paul VI et Jean-Paul II ont voulu porter le nom, n’a pas cherché, lui à adapter « la résur- rection des morts » à la mentalité des Athéniens, lorsqu’il a voulu la leur enseigner. D’où son échec relatif sur le moment quand les Athéniens se moquaient de lui, disant : « Qu’est-ce que ce radoteur peut bien vouloir dire ? » 12 Il ne cherchait pas la popularité, ne voulait pas de détours et considérait qu’il devait « annoncer l’Evangile, et cela sans recourir à l’habileté de l’art oratoire » 13 . Il n’était pas ques- tion de faux œcuménisme avec ceux qui ne voulaient pas croire l’intégralité de la foi. C’est ainsi que lors d’un voyage à Ephèse, « comme quelques-uns s’obstinaient dans leur refus de croire et décriaient sa doctrine devant la foule, il se sépara d’eux et réunit à part les disciples » 14

Quant à saint Pierre qui discernait déjà les fumées de Satan, il écrit : « Votre adversaire, le diable, rôde autour de vous comme un lion rugissant en quête d’une proie à dévorer. Résistez-lui, fermes dans la foi » 15 . Il ne suggère aucun com- promis sur la foi.

Le véritable œcuménisme

L’œcuménisme consiste à essayer d’aimer et de compren- dre ceux qui sont éloignés de l’Eglise catholique romaine, la véritable Eglise, et à leur tendre les bras, à les convaincre, à les persuader de la retrouver. Il convient de leur expliquer les dogmes et de prier pour eux, mais non d’imaginer des com- promis.

Pie XI l’avait dit dans Mortalium animos 16 : « Il n’est pas permis de procurer l’union des chrétiens autrement qu’en fa- vorisant le retour des dissidents à la seule et véritable Eglise du Christ, dont ils se sont jadis malheureusement éloignés… En ce qui concerne les dogmes de foi, il n’est nullement per- mis d’user de la distinction qu’il leur plaît d’introduire en- tre les vérités de la foi, fondamentales et non fondamentales, comme si les unes devaient être reçues par tous, tandis que les fidèles se verraient autorisés à croire ou à ne pas croire les autres. » Cette doctrine avait été reprise dans l’Instruction du Saint-Office du 20 décembre 1949 (Instructione de motione oecumenica) qui précise bien que l’union des Eglises ne peut se faire que par le retour des frères séparés à l’Eglise catholi- que qui seule possède la plénitude du Christ. Jean XXIII ne voulut pas tenir compte du fait que les ef- forts de Pie IX, lors de la convocation de Vatican I, pour ra-

mener à l’Eglise catholique les Eglises séparées, avaient été vains.

Il institua, en 1960, un Secrétariat pour l’union des chré- tiens, confié au cardinal Bea, jésuite allemand, et invita de nombreux observateurs non catholiques au concile. Le cardi- nal leur assura qu’il serait fait le plus grand cas de leurs criti- ques positives, de leurs suggestions et de leurs desiderata 17 . De là, en particulier, vint le schéma sur la liberté reli- gieuse, qui fut adopté, non sans résistance et après plusieurs rédactions, suivi par le schéma sur l’œcuménisme, intitulé :

Unitatis redintegratio 18 Ce schéma ne se référait ni à Mortalium animos ni à l’Ins- truction de 1949, mais reconnaissait néanmoins des « diffé- rences très importantes » entre les diverses Eglises et l’Egli- se catholique, surtout d’interprétation de la vérité révélée. Malgré cela, il disait que les religions chrétiennes non catho- liques : « ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut » 19 , alors que l’unique moyen de salut est la seule Eglise fondée par le Christ, l’Eglise ca- tholique !

Le respect se perd

En ce qui concerne les religions non chrétiennes, le con- cile déclare : « L’Eglise catholique… considère avec respect ces manières d’agir et de vivre, et ces doctrines qui, quoi- qu’elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu’elle-même tient et propose, apportent cependant un rayon de la Vérité qui illumine tous les hommes » 20 . Le concile respecte donc l’erreur, l’idolâtrie, la polyga- mie, etc. Or, on peut respecter les hommes qui se trompent, surtout quand leur erreur vient de mauvais guides qui les ont égarés ; mais comment peut-on respecter leurs erreurs ? Dans la vie courante, on peut respecter quelqu’un pour de bonnes raisons, mais si cette personne se trompe et dé- clare que 2 et 2 font 5, comment pourrait-on respecter son erreur ?

Pourtant Paul VI, le 4 août 1969, s’adressant aux repré- sentants de la communauté musulmane en Afrique, leur avait dit : « Son grand respect pour la foi qu’ils pratiquent » ; et Jean-Paul II a dit récemment son respect pour la prière (ido- lâtre) des participants de la réunion inter-religieuse d’Assise en 1986 21 .

Le concile Vatican II a cependant affirmé des vérités à méditer en ce qui concerne l’activité missionnaire :

« C’est pourquoi les hommes qui, n’ignorant pas que Dieu, par Jésus-Christ, a fondé l’Eglise catholique comme nécessaire, n’auront cependant pas voulu y entrer ou y persé-

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vérer, ceux-là ne peuvent pas être sauvés. Et donc, bien que Dieu puisse, par des voies connues de Lui, amener à la foi, sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu (Hébreux XI, 6), des hommes qui, sans faute de leur part, ignorent l’Evan- gile, la nécessité d’évangéliser incombe néanmoins à l’Eglise (I Corinthiens IX, 16) » 22 . Et Paul VI a déclaré : « Il ne suffit pas d’approcher les autres, de les admettre à converser avec nous… Il faut aussi se mettre à l’œuvre afin qu’ils se convertissent. Il faut prêcher pour qu’ils reviennent. Il faut les ramener à l’ordre voulu par Dieu, il n’y en a qu’un seul » 23 . Or, le Secrétaire du Secrétariat pour les incroyants a dé- claré : « Le Secrétariat est né, non pas de l’intention de faire du prosélytisme parmi les incroyants, même si celui-ci est compris en un sens positif, ni même avec une intention apolo- gétique 24 , mais plutôt dans l’intention de promouvoir un dia- logue entre chrétiens et non chrétiens » 25 .

L’affirmation bien connue, de saint Cyprien au III e siècle :

« Hors de lEglise, point de salut » 26 , choque certaines men- talités libérales, surtout celles de gens qui n’ont pas totale- ment la foi catholique. Mais Notre-Seigneur n’a fondé qu’une seule Eglise, et dans le Credo, nous disons : « Conteor unum baptisma », « je reconnais un seul baptême ». Si d’autres que des catholiques peuvent être sauvés, c’est grâce au baptême de désir. Lorsqu’un homme veut faire la volonté de Dieu, il reçoit la grâce du baptême de désir implicite, sans le savoir, et rejoint ainsi la seule Eglise de Dieu, l’Eglise catholique, par laquelle il sera sauvé. Car la Croix du Christ n’a été don- née qu’à l’Eglise du Christ, par laquelle sont distribuées tou- tes les grâces 27 . Au Ciel, il n’y a qu’une seule Eglise, et nul ne peut se sau- ver par l’erreur. Finalement, le bon choix est d’adopter la re- ligion catholique car ou bien elle a raison et « hors d’elle, point de salut », ou bien on peut se sauver dans toutes les re- ligions… y compris elle ! Le Christ nous l’a dit, il ne peut y avoir de compromis : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui n’amasse pas avec moi, disperse » 28 .

Abondance de déviations, pénurie de résultats

Il faudrait un ouvrage entier pour écrire l’histoire de l’œcuménisme depuis Vatican II, et les multiples « initiati- ves intempestives » désapprouvées totalement par Paul VI, comme il l’a dit aux membres du Secrétariat pour l’unité des chrétiens en 1968. On ne compte plus les « inter communions » et les « in- ter célébrations » qui constituaient des faits accomplis mal- gré leur interdiction. Mais beaucoup d’autres célébrations fort étonnantes ont été autorisées ; par exemple, en avril 1975, une concélébra-

tion protestante eut lieu sur le territoire du Vatican, dans la chapelle du collège éthiopien, faite par les doyens épiscopa- liens des Etats-Unis et du Canada, accompagnés de soixante- quinze personnes. Le Pape Paul VI a salué chaleureusement ces membres d’une église de la Réforme, lors de l’audience du 26 avril. A une époque où les prêtres catholiques se voient interdire de célébrer la messe catholique de toujours dans des églises catholiques, il y a de quoi choquer bien des fidèles. Par ailleurs, les efforts au sommet pour trouver des ac- cords avec les diverses confessions échouent régulièrement, malgré des gestes parfois choquants. Les orthodoxes, qui sont les plus proches de l’Eglise ca- tholique, n’apprécient pas du tout les négociations avec les protestants et n’admettent pas que l’on puisse même envisa- ger certaines concessions.

Les essais de rapprochement avec les anglicans, plus pro- ches des catholiques que les autres protestants, avaient com- mencé il y a cent ans. Mais même eux n’ont pas rejoint l’Egli- se catholique. Paul VI a institué une commission mixte 29 en 1970 pour discuter avec eux. Trois projets d’accords ont été élaborés par les experts : en 1971, le Windsor Agreement sur l’Eucharistie ; en 1973, le Cantorbery Agreement sur le mi- nistère des prêtres ; en 1977, le Venice Agreement sur l’auto- rité dans l’Eglise… Mais finalement, le Pape n’a rien signé, et depuis, le cardinal Ratzinger a dû préciser dans une longue lettre 30 qu’une douzaine de difficultés doctrinales graves et non résolues subsistaient. Une nouvelle commission anglicano-catholique a été créée par Jean-Paul II le 29 mai 1982. Les rencontres n’abou- tissent pas à ramener au bercail les brebis égarées, mais ne sont pas sans intérêt pour les anglicans. Elles contribuent à tarir les conversions au catholicisme. Par ailleurs, elles ont tendance à faire croire à certains catholiques que la doctri- ne peut évoluer et que les interlocuteurs anglicans sont prê- tres ou évêques, ce qui est faux, comme Léon XIII l’a précisé dans l’encyclique Apostolicæ curæ 31 , où il dit que les ordi- nations anglicanes « sont absolument vaines et entièrement nulles ».

Dès le 10 juin 1969, Paul VI avait rendu visite au Conseil Œcuménique des Eglises où il fut reçu par les représentants de plus de deux cents églises et où il a été jusqu’à envisager publiquement une entrée de l’Eglise catholique dans cette sorte de tour de Babel, dont l’activité politique se superpose à l’activité religieuse. Néanmoins, il a déclaré que c’était pré- maturé. Rappelons que les traductions « œcuméniques », résul- tat concret de l’œcuménisme moderne, sont particulièrement mauvaises, comme on l’a déjà vu.

Les textes du Thomatique

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Deuxième visite d’un pape dans une synagogue.

En ce qui concerne les religions non chrétiennes, deux événements ont frappé l’opinion : la visite de Jean-Paul II à la synagogue de Rome le dimanche 13 avril 1986, et la réu- nion des religions mondiales, sur un pied d’égalité, à Assise le 27 octobre 1986, pour prier pour la paix.

Chacun sait que les juifs n’acceptent pas Notre-Seigneur Jésus-Christ qu’ils n’ont pas voulu (malgré toutes les coïn- cidences avec les annonces des prophètes de l’Ancien Testament) reconnaître comme le Messie annoncé par l’Ecri- ture 32 . L’Evangile nous rapporte que : « Pilate leur a dit :

‘ Que ferai-je alors de Jésus qu’on appelle Christ ? ’ Tous ré- pondirent : ‘Qu’on le crucifie ! ’… Et tout le peuple de répon- dre : ‘ Que son sang retombe sur nous et nos enfants ’. » 33 .

La visite de Jean-Paul II dans une synagogue a été un évé- nement majeur dans l’histoire du monde : c’était la premiè- re fois, depuis saint Pierre, qu’un tel fait se produisait. Mais à l’époque, lorsque saint Pierre s’était adressé aux anciens, aux scribes et aux grands prêtres, il avait proclamé sa foi :

« Sachez-le bien, vous tous et tout le peuple d’Israël : c’est par le nom de Jésus-Christ de Nazareth que vous avez crucifié et que Dieu a ressuscité des morts, c’est par Lui que cet homme se présente guéri devant vous. Ce Jésus, la pierre que vous avez rejetée en bâtissant est devenue la pierre angulaire. Il nest de salut en aucun autre» Et les juifs voulaient lui interdire « de parler désormais à qui que ce soit en ce nom- là » 34 . La presse a souligné l’événement sans précédent que constituait cette visite publique et solennelle à la synagogue, visite par laquelle le pape se mettait en contradiction avec l’enseignement et avec l’attitude de tous ses prédécesseurs.

Quand on lit le récit de ce qui s’est passé et de ce qui s’est dit, le contraste avec l’attitude de saint Pierre, qui venait, il est vrai, d’opérer des guérisons, est frappant. Le protocole avait été réglé minutieusement pour ne vexer personne, et le Saint- Père s’est comporté comme s’il estimait, pour des raisons di- plomatiques, avisé de ne pas parler de la divinité de Notre- Seigneur Jésus-Christ. Il a mis la lumière sous le boisseau. Il s’agissait sans doute d’un moment qu’il estimait inopportun, d’un « contretemps », mais saint Paul a écrit à Timothée : « Je t’en conjure devant Dieu et devant le Christ Jésus… prêche la Parole, insiste à temps et à contretemps… » Saint Pierre, avant la Pentecôte, avant la mort du Christ, dans la cour du Grand-Prêtre, avait dit : « Je ne connais pas cet homme » 35 , mais ensuite, « Il sortit et se mit à sangloter amèrement » 36 .

Il n’est malheureusement pas possible que les catholiques

prient avec les juifs, qui ne croient pas, en particulier, à la Sainte Trinité 37 . Les catholiques prient « par le Christ Notre-Seigneur ». Les juifs ne le veulent pas et ils ont persécuté jusqu’à la mort ceux d’entre eux qui se sont convertis. Combien se converti- ront à la suite de la visite du 13 avril 1986 ?

Le Bouddha sur le tabernacle de saint Pierre d’Assise

Que dire de la journée de réunion des religions à Assise, le 27 octobre 1986, où une prière commune pour la paix était impossible, puisque les diverses religions ne croient pas au même Dieu ? Par exemple, la doctrine de Bouddha est l’athéisme ; pour elle, il n’existe ni âme immortelle, ni Dieu éternel. Le Bouddhisme n’est même pas une religion, c’est une non-religion qui se ramène à un culte de l’homme. Il a donc été nécessaire de tourner la difficulté, ce qui a fait dire que l’on ne prierait pas ensemble, mais qu’on serait ensem- ble pour prier (sous-entendu sa divinité ou sa non-divinité !). Molière aurait apprécié cette terminologie ! 38

Que peuvent valoir ces prières, alors qu’il n’y a qu’un seul Dieu Trinité, une seule vraie religion, les autres étant hélas d’origine diabolique, et qu’étaient présents des représentants du KGB et de pays musulmans terroristes, en compagnie du Vicaire du Christ en tenue pontificale ? Une seule messe ca- tholique pour demander la paix aurait été infiniment préfé- rable 39 . Or aucune des réunions n’a comporté de messe mais seule une « liturgie œcuménique de la parole » a eu lieu pour la réunion de l’ensemble des religions chrétiennes ! C’est grave, et là encore, il y a contradiction avec la doc- trine et la pratique de tous les Papes. Comment peut-on met- tre sur le même pied, Mahomet, Bouddha, Le Grand Esprit des Indiens d’Amérique, et Notre-Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu qui jugera les vivants et les morts ? Assise est la prolongation aggravée de la réunion des re- ligions qui s’était tenue à Chicago en septembre 1893 sous la direction de Mgr Ireland. C’étaient les catholiques libéraux américains qui avaient imaginé et organisé cette réunion. Un projet du même genre avait été envisagé à Paris à l’occa- sion de l’Exposition Universelle de 1900. Le Pape Léon XIII prit nettement position contre l’Américanisme dans sa let- tre Testem benevolentiæ, au cardinal Satolli ; et le cardinal Richard, archevêque de Paris, s’opposa résolument à la réu- nion de Paris qui, finalement, n’eut pas lieu 40 .

A Assise, les différentes églises consacrées ont été prê-

tées aux diverses religions, et l’on est arrivé à des situations scandaleuses. C’est ainsi que la statue de Bouddha a trôné au-

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Le nouvel oecuménisme

dessus du tabernacle dans l’église dédiée à saint Pierre 41 . Un scandale de ce type avait eu lieu à Rennes, il y a une dizaine d’années, mais le Bouddha était sur le devant de l’autel 42 . Une statue de la Vierge de Fatima a été renversée et jetée par terre, ce qui est symbolique d’une époque où l’on conti- nue à négliger le message dont une partie n’a d’ailleurs pas encore été révélée.

Saint Paul et Pie XI condamnent d’avance

Pour marquer le contraste entre l’Ecriture Sainte et les dernières innovations de l’œcuménisme post-conciliaire, li-

sons saint Paul : « Ne faites pas avec les infidèles d’assembla- ge disparate sous un même joug. Quel rapport peut-il en effet

y avoir entre la justice et l’iniquité ? Qu’y a-t-il de commun

entre la lumière et les ténèbres ? Quel accord y a-t-il entre le Christ et Bélial ? Quelle part le croyant peut-il avoir avec l’in- croyant ? Comment concilier le Temple de Dieu avec les idoles ? » On croirait lire dans ce texte 43 la condamnation pertinente

et définitive du faux œcuménisme et de la réunion d’Assise, avec le Bouddha au-dessus du tabernacle. Comme si l’apôtre avait vu par avance la scène. Beaucoup plus près de nous, Pie XI avait condamné par

avance, en 1925, le principe de la réunion d’Assise dans l’en- cyclique Quas primas où il avait écrit : « Alors la religion du Christ fut peu à peu traitée d’égale à égale avec les faux cultes, et placée avec une choquante inconvenance sur le même niveau ». L’impression que ressentent les spectateurs d’Assise peut être que toutes les religions se valent plus ou moins, et que la religion catholique était quand même la re- ligion invitante. Mais, une nouvelle réunion de cette nature

a eu lieu le 4 août 1987 au Japon, près de Kyoto, et le cardi-

nal Arinze, qui représentait l’Eglise catholique, n’avait « avec une choquante inconvenance », aucune préséance.

Des fruits?

Comme pour tout, essayons de voir les fruits de cet œcu- ménisme nouveau : Julien Green se demande pourquoi il s’est converti au catholicisme ; mais il n’est pas le seul à ressentir un malaise devant les contradictions 44 . Aux Etats-Unis, avant le concile, il y avait près de 200 000 conversions par an, et en Grande-Bretagne 30 000 par an. Il n’y en a presque plus maintenant. En revanche, qui n’a entendu parler de ces catho- liques français qui se convertissent à la plus grande religion expansionniste dans le monde après le Communisme, c’est- à-dire l’Islam ? 45

Le doute s’est, par ailleurs, infiltré chez les fidèles 46 ; les cérémonies œcuméniques, autorisées ou interdites, se multi-

plient sans précautions. On conduit des paroisses entières en

« pèlerinage » chez les luthériens de Taizé, et les jeunes qui

fréquentent peu les églises, trouvent très à la mode d’aller y

camper. Personne ne les met en garde, et l’exemple vient de haut, une visite à Taizé équilibrant une visite à Ars ! Qui nous dira combien de conversions n’ont pas eu lieu à cause de ce faux œcuménisme, et combien de vocations n’ont pas abouti à cause de la nouvelle messe ? Si l’on examine la courbe décroissante des ordinations du clergé diocésain, on est frappé par la chute accélérée à partir de 1965, et encore plus après 1969, année de la nouvelle messe qui a divisé les traditionalistes eux-mêmes. En fait d’œcuménisme, la première démarche à faire de-

vrait être un pas vers les traditionalistes ! L’Eglise qui se dit

« conciliaire » devrait avoir à cœur de comprendre et d’ad-

mettre l’Eglise de toujours, ou bien doit-on comprendre qu’il ne faut « pas d’œcuménisme avec les adversaires du nouvel œcuménisme » 47 .

Pour l’œcuménisme vrai, suivons donc le pape Pie XI et tous ses prédécesseurs, en particulier Léon XIII. Et s’il est un choix à faire entre l’œcuménisme du Bouddha sur le taberna-

cle et la catholicité, n’hésitons pas : « N’ayez pas peur », nous

a dit Jean-Paul II 48 .

« Vous les jugerez à leurs fruits », nous a dit Notre- Seigneur.

1 Dans un concile œcuménique, sont convoqués les évêques catholi- ques du monde entier. Le mot œcuménique y a donc un autre sens.

2 Dumeige – La foi catholique, p. 306.

3 Illustre philosophe et savant allemand qui entreprit de réunir les égli- ses catholique et réformée, mais ne put y parvenir.

4 Dans l’encyclique Pascendi (1907) § 16, saint Pie X parlant des Modernistes écrit : « les uns d’une façon voilée, les autres ouverte- ment, ils tiennent pour vraies toutes les religions ».

5 Paul VI a confié à Jean Guitton : « L’œcuménisme est la partie la plus mystérieuse de mon pontificat ».

6 Jean VI, 61-62.

7 Jean VI, 56.

8 Jean VI, 51.

9 Id.

10 Matthieu VII ; 13-15.

11 Marc XVI, 16.

12 Actes XVII, 18.

13 I Corinthiens 1, 17.

14 Actes XIX, 9.

15 Pierre I, 8-9 ;

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16 1928.

17 Le Rhin se jette dans le Tibre – R. M Wiltgen – p. 124.

18 21 novembre 1964.

19 U.R. n° 3.

20 Nostra Ætate n° 2 – Et pourtant la constitution Gaudium et spes de Vatican II (XXVIII) déclare : « On doit distinguer entre l’erreur, tou- jours à rejeter, et celui qui se trompe, qui garde toujours sa dignité de personne. » (On ne peut donc respecter ce que l’on doit « toujours re- jeter ».)

21 « Nous respectons cette prière, même si nous ne voulons pas faire nôtres des formules qui expriment d’autres visions de foi » (22 octo- bre 1986). La prière des religions africaines à Assise commençait par :

« Au Grand Pouce nous ne pouvons échapper pour faire un nœud ». Documentation catholique 1929.

22 Décret sur l’activité missionnaire Ad gentes.

23 Documentation catholique 1522, p. 1418, O.R. 28/6/68.

24 Apologétique = qui concerne la défense de la religion.

25 Documentation catholique 1683, p. 831.

26 Saint Cyprien de Carthage : « Salus extra Ecclesiam non est ». Voir aussi le symbole d’Athanase : « Quiconque veut être sauvé doit, avant tout, tenir la foi catholique : celui qui ne la garde pas entière et pure ira, sans aucun doute, à sa perte éternelle » (F.C. 9). Et le IV e concile de Latran : « Il y a une seule Eglise universelle des fidèles, hors de laquel- le absolument personne n’est sauvé » (F.C. 31).

27 Voir la lettre du Saint-Office à l’archevêque de Boston (8 août 1949) :

« Pour que quelqu’un obtienne le salut éternel… il est au moins requis

qu’il adhère à l’Eglise par le souhait et le désir. Cependant, il n’est pas toujours nécessaire que ce vœu soit explicite, comme il l’est chez les catéchumènes, mais là où l’homme est victime d’une ignorance invin- cible, Dieu accepte aussi un désir implicite. » (Voir Documentation catholique 1953, p. 36, janvier 1988).

28 Luc XI, 23. Passage cité par jean XXIII dans son discours d’inaugu- ration du concile le 11 octobre 1962.

29 ARCIC, Commission internationale anglicane et catholique romai- ne.

30 Le 2 avril 1982 – Documentation catholique n° 1830, p. 509.

31 1896.

32 « Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu » (Jean 1, 11).

33 Matthieu XXVII, 22 et 25 et Jean XVIII et XIX.

34 Actes IV, 10 à 12, 17.

35 Matthieu XXVI, 72.

36 Matthieu XXVI, 75.

37 « Qui n’honore pas le Fils, n’honore pas le Père qui l’a envoyé » (Jean V, 23).

« Nul ne vient au Père que par moi » (Jean XIV, 6) ;

« Celui qui n’est pas avec moi est contre moi » (Luc XI, 23).

« Celui qui me hait, hait aussi mon Père » (Jean XV, 23).

38 Le vocabulaire ecclésiastique post-conciliaire est riche de ce gen- re de phraséologie. Dans une conférence du cardinal Willebrands, le 5 mai 1987, il a dit : « Des communautés peuvent déjà être d’Eglise sans encore être Eglises (c’est-à-dire avoir une authentique Eucharistie) » (Documentation catholique 1953, p. 41).

39 « Car hors de moi vous ne pouvez rien faire » (Jean XV, 5).

40 Un certain nombre de cardinaux importants semblent avoir émis des réserves sur la réunion d’Assise, ce qui a conduit à changer l’ordon- nance prévue.

41 Fideliter n° 58, p. 4.

42 Le 7 mars 1977, en l’église Saint-Germain de Rennes, la plus an- cienne du diocèse (Itinéraires n° 213, p. 21). L’Abbé Pilard, curé, avait précisé : « C’est pour nous une répercussion concrète de l’ouverture de Vatican II, d’une part aux religions non chrétiennes, en particulier hin- douisme et bouddhisme, d’autre part aux liturgies chrétiennes des di- verses confessions. »

43 II Corinthiens VI, 14-16.

44 Voir « Qu’avez-vous fait des protestants convertis ? » par Guy Rouvrais – Itinéraires, février 1988, p. 24.

45 En 1970, la France comptait dix mosquées. Aujourd’hui, on estime leur nombre à plus de mille (Jacques Lesinge – Le Figaro du 17 sep- tembre 1987).

46 Et les évêques n’y sont pas étrangers. Par exemple, Mgr Le Bourgeois, évêque d’Autun, a dit : « Aucune Eglise ne peut prétendre être à elle seule l’authentique Eglise de Jésus-Christ tant que l’unité n’est pas réalisée ». (I.C.I. n° 585, p. 20).

47 Paraphrase du fameux « pas de liberté pour les ennemis de la liber- té ».

48 Le 22 octobre 1978, lors de sa messe d’intronisation, et en particulier aux jeunes le 8 novembre 1978 : « N’ayez pas peur de réfuter les paro- les, les gestes et les attitudes qui ne sont pas conformes à l’idéal chré- tien » (Documentation catholique 1753, p. 1016).

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