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D. R.

mardi 16 avril 2013

Quotidien n° 39558

1,50 €

Comment attirer des talents en France ? P. 5

Comment attirer des talents en France ? P . 5 CardinalVingt-Trois L’entretien bilan À la veille
CardinalVingt-Trois L’entretien bilan À la veille de quitter la présidence de la Conférence des évêques
CardinalVingt-Trois
L’entretien
bilan
À la veille de quitter la présidence
de la Conférence des évêques
de France, l’archevêque de Paris
explique dans « La Croix »
les enjeux auxquels
est confrontée l’Église catholique
P. 2-3
En 2012, à Paris.
Nicolas MEssYasZ / ciRic
P. 2-3 En 2012, à Paris. Nicolas MEssYasZ / ciRic venezuela Sa victoire très serrée promet

venezuela

Sa victoire très serrée promet à Maduro des jours difficiles

P. 9

Cahier central

Sciences&éthique Les autotests du VIH-sida pourraient être autorisés en France

exPosition

Frissons de romantisme noir au Musée d’Orsay P. 20

É ditorial
É ditorial

Éditorial

par Dominique Greiner

Attractivité

La question migratoire est un sujet particulièrement délicat, surtout en période de chô- mage massif. Lors de sa cam-

pagne, le candidat Hollande s’était contenté d’annoncer une « lutte implacable » contre l’immigration illégale et avait promis une « sécurisation » de l’immigration légale. Évitant soigneusement la question électoralement sensible des flux de migration économique (professionnelle et étudiante),

il s’était néanmoins engagé à

un débat annuel au Parlement fixant un cap en fonction de la conjoncture. Celui-ci devrait avoir lieu prochainement, après que les députés auront fini d’examiner le projet de loi

autorisant le mariage homo- sexuel, qui a bousculé leur calendrier de travail. Un document préparatoire

censé nourrir les discussions

a été rendu public la semaine

dernière. Il pose la question

de savoir comment renforcer

« l’attractivité » de la France

et faciliter le recrutement de ressortissants extracommu- nautaires hautement quali-

fiés dont les entreprises ont besoin et qu’elles ont du mal à trouver sur le marché intérieur. En soulignant la

« contribution » économique

des migrants à la société fran- çaise et l’enjeu de compéti- tivité qu’ils représentent, il donne une orientation dé- cisive aux débats à venir en évitant qu’ils ne se limitent à la question de l’immigration illégale, un phénomène réel mais somme toute marginal bien qu’humainement lourd. On doit se réjouir de cette approche plus apaisée des migrations qui se profile à travers ce document de tra- vail. Elle vise à réguler – ce qui est légitime dans un État de droit – l’installation des per- sonnes étrangères sur le ter- ritoire national. Elle conduit toutefois à s’interroger sur les conséquences pour les pays d’origine ainsi privés de leurs « élites ». Par ailleurs, le débat parlementaire ne pourra passer sous silence les autres volets de la politique migratoire, qu’il s’agisse du regroupement familial ou de l’accueil de travailleurs non estampillés « à haut poten- tiel » et que cherchent pour- tant certains secteurs d’acti- vité. Pour ceux-ci aussi, les critères d’attribution – et les motifs de refus éventuels – des titres de séjour et des permis de travail méritent d’être cla- rifiés et objectivés.

de travail méritent d’être cla- rifiés et objectivés. 130 e année-ISSN/0242-6056. – Imprimé en France –
de travail méritent d’être cla- rifiés et objectivés. 130 e année-ISSN/0242-6056. – Imprimé en France –

130 e année-ISSN/0242-6056. – Imprimé en France – Belgique : 1,50 € ; Canada : 4,99 dollars ; Espagne : 2 € ; Grèce : 2 € ; Italie : 2,40 € ; Luxembourg : 1,50 € ; Maroc : 20 MAD ; Portugal (Cont) : 2,20 € ; Suisse : 3 CHF ; Zone CFA : 1 500 CFA ; DOM : 2,20 €

serviCes P Annonces légales P. 22 Bourse P. 23

Télévision P. 24

Carnet-Météo-Mots croisés P. 22

Liturgie P. 27

Événement

2 mardi 16 avril 2013
2 mardi 16 avril 2013

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mardi 16 avril 2013

d Reportée en raison du

conclave, l’Assemblée

plénière de printemps de la Conférence des évêques de France

(CEF) ne se tient pas

à Lourdes mais à Paris,

à partir d’aujourd’hui et jusqu’à jeudi.

d Elle sera marquée par l’élection du

successeur du cardinal André Vingt-Trois

à la tête de la

Conférence épiscopale.

d Tandis que l’adoption de « la loi sur le mariage pour tous » devrait être au cœur du discours d’ouverture, ce matin, le nouveau statut de l’enseignement catholique pourrait être adopté jeudi.

OLIVIER CORSAN / LE PARISIEN
OLIVIER CORSAN / LE PARISIEN

Cardinal André Vingt-Trois. «Nous sommes passés d’un christianisme sociologique à un christianisme de choix.»

ENTRETIEN Cardinal andré Vingt-trois, archevêque de Paris, président de la Conférence des évêques de France

«Onn’estpasfrançais

etautomatiquementcatholique»

d Après deux mandats à la tête de la Conférence des évêques de France, dont l’Assemblée plénière s’ouvre aujourd’hui à Paris, le cardinal André Vingt-Trois n’est pas rééligible.

d Il dresse un état de l’Église de France, entre mobilisation contre le « mariage pour tous » et avenir des communautés chrétiennes.

il y a un an, La Croix qualifiait l’église en France de « fragile mais vaillante ». Vous retrouvez-vous dans cette formule?

Cardinal André Vingt-Trois:

Jean-Paul II disait que la France était le pays de la sainteté. Cet hé- ritage glorieux peut se révéler pe- sant si l’on a la mauvaise idée de se comparer au passé, en oubliant que cette profusion de sainteté était cantonnée dans une partie assez restreinte de la population. Frédéric Ozanam, dont nous fêtons le bicentenaire de la naissance, a certainement des héritiers mécon-

nus et pas encore promus sur les autels ! Je pense à ce groupe de jeunes professionnels parisiens (La Croix du 24 décembre 2012) qui a lancé un projet de cohabita- tion avec des personnes sans do-

micile fixe. Il existe aussi de nom- breuses initiatives, peu visibles, en matière d’accompagnement scolaire, d’alphabétisation… De ce point de vue, on peut dire que l’Église en France est vaillante. En tout cas, qu’elle est vivante, enra- cinée dans la prière, et pleinement intégrée à l’Église universelle.

l’église de France est-elle fragile?

Card. A. V.-T.: Je l’espère ! Sa

ressource principale, ce n’est pas son patrimoine mais sa fragilité, le fait qu’elle repose sur la force de Dieu. Pour que la puissance de Dieu se manifeste en nous, il faut que nous éprouvions notre faiblesse. Celle-ci doit être appa- rente pour qu’il soit clair que ce n’est pas nous qui évangélisons, mais le Christ. Cependant, je ne crois pas qu’il y ait en France, dans

les corps intermédiaires, beau- coup d’organisations capables, comme l’Église, de rassembler des millions de personnes chaque semaine. La messe dominicale demeure, dans une société de fragmentation et de désintérêt pour le collectif, l’un des rendez- vous les plus suivis.

Qu’est-ce qui a mobilisé votre énergie depuis six ans?

Card. A. V.-T.: L’un des objectifs, avec mes deux vice-présidents, Mgr Laurent Ulrich et Mgr Hippolyte Simon, était de faire vivre à la confé- rence épiscopale une expérience de communion et de solidarité, d’enrichissement et de tolérance mutuels. Ce qui n’est pas forcément évident, étant donné la lourdeur mécanique d’un travail avec plus de 100 évêques. À Rome, lors des visites ad limina cet automne, j’ai pu constater que nos interlocuteurs remarquaient notre unité. Non que nous soyons d’accord sur tout, mais nous sommes capables d’assumer des différences sans briser la com- munion épiscopale.

avez-vous eu le sentiment de préparer les catholiques aux changements à venir du fait de la baisse du clergé et la montée en responsabilité des laïcs?

Card. A. V.-T.: L’Église en France est confrontée à des mutations au- trement plus importantes que la question du ratio entre prêtres et fidèles. Elle est confrontée à une question cruciale d’évangélisation qui résulte de l’effacement progres- sif des traces de références chré-

tiennes dans la culture moderne. Peu

à peu, les orientations chrétiennes

deviennent un particularisme cultu- rel. Or, notre expérience ecclésiale française véhicule une vision incons- ciente d’une coïncidence entre l’Église et la société, entre l’Église et le pouvoir. Coïncidence qui n’est plus revendiquée de façon symétrique depuis la Révolution française. Il faut intégrer l’idée que l’on n’est pas fran- çais et automatiquement catholique.

Nous sommes passés d’un christia- nisme sociologique à un christia- nisme de choix. Ceci me semble être

la transformation la plus importante,

à laquelle nous sommes très inéga-

lement préparés. C’est sur ce point qu’il faut aider les catholiques à évo- luer et à prendre conscience de leur particularité s’ils veulent exercer leur mission à l’égard de tous.

Quelle peut être la place des catholiques dans la société, au-delà de la posture de contestation qui a été souvent la leur dans le débat sur le « mariage pour tous »?

Card. A. V.-T.: Votre question

supposerait que le débat politique

épuise toutes les possibilités de dé- bat dans la société. Heureusement, un nombre important de catho- liques prend sa part du débat poli- tique. Mais c’est peut-être un travers français que de penser que tout débat collectif est forcément poli- tique. Or, certaines questions concernant l’existence humaine et l’avenir de l’homme ne se réduisent pas à des options politiques. Sur le chômage ou la fin de vie, l’Église doit jouer un rôle qui n’est pas ce- lui d’un acteur politique : elle pro- voque la réflexion et oblige le po-

litique à prendre conscience ppp

ÉvÉneme  

ÉvÉneme

 
ÉvÉneme  

mardi 16 avril 2013

nt

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qu’il n’est pas le tout de

l’homme. Surtout quand le politique croit avoir les solutions de la vie éternelle : il supporte mal qu’il

ppp

existe d’autres visions du monde que la sienne.

Que peut-on dire à tous les catholiques, notamment les jeunes, qui se sont investis dans la « manif pour tous » et risquent d’être déçus de voir leurs efforts se révéler infructueux ?

Card. A. V.-T. : Je comprends

bien qu’ils peuvent éprouver de la déception, voire de l’exaspération, mais je ne dirais pas que leurs efforts n’ont pas été couronnés d’un certain succès. Le premier succès, c’est d’avoir réussi à montrer qu’il n’y a pas une vision unique de la société. Nous avons provoqué le débat en perçant le mur du silence. On peut épiloguer sur les chiffres, mais la mobilisation nationale est réelle et très forte. Elle fait apparaître que les divergences sur le contenu ne se réduisent pas à une opposition catégorielle ou confessionnelle. Ensuite, l’éducation démocratique et la maturation doivent conduire à prendre conscience que le point de vue que l’on défend n’est pas forcément accepté. Mais au- jourd’hui, l’ampleur et l’enracine- ment de la mobilisation manifestent que de nombreux Français sont capables de s’engager avec déter- mination, dans leur vie personnelle comme dans la vie sociale et poli- tique, pour le mariage, la famille, l’éducation des enfants et des jeunes.

Quels sont les autres dossiers qui ont marqué votre mandat ?

Card. A. V.-T. : Le travail sur la pédophilie, mis en forme en 2000, et qui a été actualisé et complété. La réflexion sur la catéchèse avec le rassemblement Ecclesia. On a compris que désormais l’acte caté- chétique n’est pas simplement ré- servé aux enfants. C’est une fonction constitutive de l’Église qui concerne les chrétiens de tous âges et doit être orientée vers la vie sacramen- telle. Sans quoi on ne vit pas une catéchèse authentique mais un phénomène culturel. Je retiens aussi

le travail sur la bioéthique qui a abouti à des productions remar- quables et remarquées, ainsi que notre travail de longue haleine sur l’avenir des communautés chré- tiennes. Enfin, la visite de Benoît XVI en 2008 a été un moment important. L’affluence sur l’esplanade des In- valides était un beau signe de visi- bilité.

Au sujet des forces et des faiblesses de l’Église de France, ne pourrait-on pas imaginer une forme de répartition des forces, humaines et financières, entre les diocèses « riches » et les diocèses « pauvres » ?

Card. A. V.-T. : Cette question

est très importante car elle éclaire l’approche de l’avenir des commu- nautés chrétiennes, sur le plan na- tional mais aussi à l’échelon de chaque diocèse. Décide-t-on d’épar- piller les prêtres sur l’ensemble d’un territoire pour qu’il y en ait un peu partout ou va-t-on faire des choix stratégiques pour constituer des pôles de vitalité dont on espère qu’ils auront une capacité attrac- tive ? Le diocèse de Paris compte 548 prêtres incardinés dont 150 en retraite. Sur les 400 prêtres, près de 90 sont hors de Paris. Ventiler les effectifs, ce n’est pas difficile ; mais il ne sert à rien d’envoyer des prêtres isolés dans tous les coins : pour être efficace, la répartition doit s’appuyer sur un projet missionnaire. Nous ne sommes pas envoyés pour qua- driller le territoire mais pour aller à la rencontre des hommes et des femmes de notre temps.

Quelles sont les priorités pour l’Église de France désormais ?

Card. A. V.-T. : Il faut, à mon

avis, faire porter l’effort sur l’impli- cation des chrétiens dans la ré- flexion sur les mutations culturelles. Ce que nous avons essayé de faire avec notre travail sur la culture In- ternet. Comment comprenons-nous que l’Église est appelée à être té- moin du Christ dans une société profondément transformée ? Le projet de l’Église du XXI e siècle ne peut pas être de reconstituer l’Église du XIX e siècle.

RECUEILLI PAR BRUNO BOUVET et DOMINIQUE GREINER

repères une Assemblée mArquée pAr de nombreux votes P Les évêques réunis à Paris du
repères
une Assemblée mArquée pAr de nombreux votes
P
Les évêques réunis à Paris du 16 au 18 avril procéderont
à l’élection du président de la Conférence des évêques
de France (CEF) ainsi qu’à celle des deux vice-présidents.
P
Les membres du conseil permanent seront également renouvelés
en respectant les critères de représentativité suivants: un évêque
d’un diocèse de moins de 500 000 habitants; d’un diocèse entre
500 000 et un million d’habitants; d’un diocèse de plus de un million
d’habitants; ayant moins de cinq ans d’ancienneté; ayant entre
cinq et dix ans d’ancienneté; ayant plus de dix ans d’ancienneté.
P
Doivent être également élus: les présidents de la Commission
doctrinale (ainsi que deux membres), de la Commission financière et du
Conseil des affaires économiques, sociales et juridiques, du Conseil pour
la solidarité, du Conseil pour l’enseignement catholique (nouvellement
créé); le représentant de la CEF à la Comece, le responsable de
l’observatoire Foi et Culture, ainsi que le secrétaire général de la CEF.

Electionsetenseignementcatholique

auprogrammedesévêques

d Au terme d’une longue réflexion, l’Assemblée pourrait adopter le nouveau statut de l’enseignement catholique.

Le septième arrondissement de Paris plutôt que les bords du Gave… Reportée en raison du conclave, l’Assemblée plénière de printemps des évêques, qui s’ouvre ce matin, déserte exceptionnellement Lourdes pour se tenir à Paris. « Dans un cli- mat rendu paisible et heureux par l’élection du pape François », note Mgr Bernard Podvin, porte-parole de la Conférence des évêques de France (CEF), soulignant toutefois que la situation économique et les choix de société du gouvernement pèseront d’un poids non négligeable sur les travaux de l’Assemblée. Ceux-ci seront largement consa- crés aux nombreuses élections internes à la Conférence. En parti- culier celle du successeur du car- dinal Vingt-Trois à la tête de la CEF. « Les évêques ont bien conscience de l’héritage impressionnant qu’il laisse. Son autorité morale était in- contestée, à l’intérieur de l’Église comme à l’extérieur », poursuit Mgr Podvin. La manière de faire entendre la voix des catholiques dans la société est au cœur de la mission confiée au groupe Église et société piloté par Mgr Éric de Moulins-Beaufort, évêque auxiliaire de Paris, qui pour- suivra sa réflexion devant l’hémi-

cycle. Il paraît en revanche fort probable que les évêques achèvent celle qui les a conduits à réviser le statut de l’enseignement catholique. Celui-ci devrait en effet être voté après avoir été, à quatre reprises, au programme de l’Assemblée. Sorte de « cahier des charges », destiné aux écoles de l’enseigne- ment catholique ainsi qu’aux ins- tances et institutions qui les diri- gent, sa dernière version datait de 1992. Dès sa nomination en 2006,

« Le statut veut redonner du sens à l’enseignement catholique et à son organisation. »

le secrétaire général, Éric de La- barre, s’était vu confier la mission délicate de le toiletter. Les évêques manifestaient ainsi leur regain d’intérêt pour les écoles catho- liques. « Le statut veut redonner du sens à l’enseignement catholique et à son organisation. Veut-on des éta- blissements privés ou catholiques ? Le choix des évêques, c’est des éta- blissements avec une proposition éducative qualifiée fondée sur une vision chrétienne de l’homme », résume un observateur.

Décrivant à la fois les visées de l’enseignement catholique, ses principes généraux d’organisation et de fonctionnement et enfin ses instances dirigeantes, le document aborde des problématiques mul- tiples et pour certaines très sen- sibles, comme la participation des évêques au Comité diocésain de l’enseignement catholique (Codiec) ou le mode de nomination des chefs d’établissement, y compris congré- ganistes, ce qui n’est pas sans poser question à certaines congrégations enseignantes… « Des questions de- meurent », reconnaissait en février, dans La Croix, Pierre Marsollier, délégué général de l’enseignement catholique. « Qui fera l’objet de la mission ecclésiale des évêques: tous, élèves et acteurs de l’enseignement catholique? Ou bien certains reste- ront-ils en dehors ou à la marge ? Pour certains évêques, il n’est pas évident non plus d’aborder cette responsabilité très spécifique. » L’objectif des rédacteurs – repré- sentant l’enseignement catholique diocésain comme congréganiste, ainsi que les évêques – a été, en tous cas, d’essayer de préciser leur rôle. Un rôle qui, résume Pierre Marsol- lier, « commence par une reconnais- sance des personnes vivant dans l’enseignement catholique dans leur diversité, une sollicitude pastorale à leur égard, avant de s’accompagner ensuite d’actes de gouvernement ».

BRUNO BOUVET et ANNE-BÉNÉDICTE HOFFNER

vu de rome

EnItalie,leprésidentdel’épiscopat

estnomméparlepape

d Attentif à une collégialité réelle, le pape François pourrait renoncer à la nomination du président de l’épiscopat italien.

ROME De notre correspondant

À maints égards, l’épiscopat italien peut difficilement être com- paré à ses voisins. Tout d’abord, à territoire comparable, il est beaucoup plus nombreux. Pour 61 millions d’habitants (catho- liques à 83 %) répartis sur 301 263 km², l’Église italienne compte pas moins de 387 évêques. Par ailleurs, l’Église italienne bé- néficie depuis 1984 des fruits du concordat qui l’unit à l’État, aux termes duquel elle reçoit chaque année 8 pour mille des ressources fiscales du pays. Soit, en 2012, 1,148 milliard d’euros, montant qui fait l’objet de controverses de plus en plus nombreuses, même s’il permet à l’Église d’assurer

nombre de fonctions que l’État italien, réputé faible, éprouve des difficultés à prendre en charge, notamment dans les secteurs édu- catif, social et culturel. Fruit de l’histoire, également, la primauté reconnue au pape sur cet épisco- pat. En tant que primat d’Italie, il désigne depuis 1952, sur trois noms qui lui sont proposés (terna), le président et le secrétaire général de la conférence épisco- pale, aujourd’hui le cardinal An- gelo Bagnasco, archevêque de Gênes, et Mgr Mariano Crociata. Une prérogative quasiment unique au monde (1). S’il se dit que le pape François, attentif à une collégialité réelle, souhaiterait autoriser l’élection de son président, la chose semble loin d’être faite. Notamment parce que le poids politique du catho- licisme italien, encore imposant malgré le lent déclin des mariages religieux et des baptêmes ainsi que l’érosion des vocations, est l’objet d’âpres marchandages entre

le Vatican et l’épiscopat. Lorsque le cardinal Tarcisio Bertone, se- crétaire d’État et ancien arche- vêque de Gênes, avait écrit en 2008 au cardinal Bagnasco, qui lui avait succédé en 2006 sur le siège de la cité ligure, pour l’informer qu’il prendrait personnellement en charge les relations entre l’Église et l’État, un fort vent de fronde avait soufflé parmi les évêques. Mais le récent échec du Vatican, qui avait fortement incité le pré- sident du Conseil sortant Mario Monti à se présenter aux élections législatives, précipitant ainsi sa perte de crédibilité en raison de son faible score (10 %), pourrait inciter le pape à cultiver une sage position de retrait, laissant les affaires italiennes aux prélats ita- liens, inventant une laïcité encore à définir dans ce pays.

FRÉDÉRIC MOUNIER

(1) en Belgique, l’archevêque de malines- Bruxelles préside « ex officio » la conférence épiscopale, et le secrétaire général est élu.

   
  D e vous à nous
 

D e vous à nous

  D e vous à nous

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mardi 16 avril 2013

 
D e vous à nous 4 mardi 16 avril 2013   La question du jour Florence

Laquestion

dujour

du jour

Florence Faucher

Politologue, professeur à Sciences-Po (1)

Les obsèques de Margaret Thatcher sont-elles un événement politique ?

d Les obsèques de la Dame de fer seront célébrées demain en la cathédrale Saint-Paul de Londres, en présence de la reine d’Angleterre et du premier ministre, David Cameron.

d Un hommage militaire sera rendu à l’ex-première ministre, considérée comme la personnalité politique la plus importante du Royaume-Uni depuis Churchill.

« L’héritage de l’action politique de Margaret

Thatcher n’a jamais disparu. Après elle, John Major l’a rendu plus acceptable, puis cet héritage a été accepté par les gouvernements néotra- vaillistes, qui ne sont pas revenus sur ses choix,

dont la réduction des services de l’État. Les iné- galités qui avaient explosé durant son gouver- nement n’ont pas reculé depuis. Elle a vérita- blement transformé la politique et le pays, exerçant un énorme impact, avec la crise des mineurs, le démantèlement des services publics. Son néolibéralisme a eu un effet clivant extra- ordinaire pour le Royaume-Uni avec la paupé- risation des classes

populaires et l’accrois- sement des inégalités.

« Elle est

à l’origine d’une révolution idéologique pour le Parti conservateur. »

U n e p a r t i e d e s

contemporains a ou- blié le choc politique causé par Margaret Thatcher. Première femme premier mi-

nistre, première leader d’un grand parti politique occidental, et un des premiers ministres qui a le plus duré au Royaume-Uni : onze ans. Tony Blair voulait ab- solument battre ce record, mais il n’y a pas réussi. Margaret Thatcher a eu une énorme influence internationale, car très proche de Ronald Reagan, elle a joué un rôle important dans la guerre froide. Elle est à l’origine d’une révolution idéologique pour le Parti conservateur qu’elle a radicalisé, secoué, et à qui elle a fait opérer un virage com- plet sur l’Europe, de pro- à anti-européen. Enfin, l’image du “Royaume-Uni fort” reste associée à sa victoire aux Malouines. Elle ne laisse personne indifférent, car c’était une femme très forte dans un monde d’hommes qu’elle a dominé. Elle divise encore fortement, car l’impact de sa politique pour tous ceux qui n’en ont pas été les bénéficiaires a été terrible, notamment en matière de protection sociale et de santé. Sa mort, en période de crise et d’aus- térité, alors qu’un gouvernement de coalition dirigé par un conservateur est au pouvoir, ravive la mémoire de sa dévastation des services so- ciaux. Les coupes budgétaires qui, en ce moment, frappent les écoles, les hôpitaux, font écho au souvenir de son temps : des conservateurs au pouvoir, une crise très dure, des politiques néo- libérales… les Britanniques ont l’impression d’une réanimation des années Thatcher. »

ReCueILLI PAR NATHALIE LACUBE

(1) Elle a publié, avec Patrick Le Galès, Les Gouvernements New Labour, Presses de Sciences-Po, 212 p., 14,50 €.

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cOURRIER

Vos réactions par courrier (18, rue Barbès, 92128 Montrouge Cedex), par mail (lecteurs.lacroix@bayard-presse.com) ou sur le site www.la-croix.com

Hugo Chavez

La mort de Hugo Chavez a été un choc pour son peuple et pour le monde sud-américain en général. Malgré ses défauts, il a représenté un immense espoir pour une grande partie de la population vénézuélienne. On aurait souhaité qu’il soit parfait. (…) Il a redonné une certaine dignité aux petits et aux plus démunis. Certes, parmi ceux qui l’ont accompagné à sa mort, il en est qu’on aurait aimé ne pas voir. Je trouve cependant que parmi les critiques, personne (et ce n’est pas particulier à lui) n’a parlé des raisons de son arrivée au pouvoir. Que ce soit Fidel Castro, Morales ou les autres, s’ils sont arrivés, c’est bien à cause de toutes les injustices subies. (…) On a vu malheureusement des injustices en remplacer d’autres. (…) Il n’est pas question de faire l’éloge de la révolution russe, mais force est de constater que des nouveaux riches ont émergé et qui en exploitent d’autres. La Chine en est un autre exemple. Les écarts se creusent, les riches s’enrichissent, les pauvres s’appauvrissent… Oui, je me reconnais dans les petits, les sans-grade, le pape François va-t-il nous apporter un peu d’espérance et de reconnaissance ? Nous y croyons…

Roger Guionnet (Deux-Sèvres)

que les médecins libéraux français per- çoivent en moyenne 91 110 € net par an. Je suis cadre supérieur de la fonction pu- blique, en fin de carrière, et j’ai perçu environ 63 500 € net imposables en 2012. Quelques-uns de mes collègues doivent gagner autour de 90 000 €, mais ils assu- ment généralement des responsabilités de direction, et l’encadrement de plusieurs centaines de personnes. Ce qui me choque en particulier, c’est que cette affirmation vient commenter une étude qui montre qu’« à partir de 43 ans, les revenus cumu- lés des généralistes dépassent ceux des cadres (supérieurs) ». À 43 ans, il reste encore vingt ans de travail, au moins. L’étude montre donc de façon évidente que, malgré une entrée plus tardive dans la « carrière », les médecins vont avoir des revenus cumulés nettement supérieurs aux cadres supérieurs, puisqu’ils les « rat- trapent » avant le milieu de leur vie pro- fessionnelle. Au-delà de cette appréciation fantaisiste des chiffres, la question que pose votre article me semble bien résumée dans la dernière phrase : « La responsa- bilité sociale des médecins est forte. Mais c’est aussi le cas du cheminot qui va contrô- ler les signaux d’aiguillage des trains », et j’ajouterais « …du professeur des écoles, de la directrice de crèche, et de bien d’autres salariés qui gagnent moins de 3 000 € par mois, même en fin de car- rière ». Ne devrions-nous pas nous inter- roger sur la légitimité de ces énormes écarts de revenus ? Sans parler de ceux des « patrons » des grandes entreprises…

J.-C. Brelle (Val-de-Marne)

Je signale que les médecins « smi- cards » sont aussi des médecins qui n’ont que quelques patients par jour pour pouvoir faire un travail de « mé- decin ». Comment pouvez-vous parler au patient quand une vingtaine de personnes sont derrière la porte ? On ne parle jamais de cette médecine.

Françoise Galzygoudard

ne parle jamais de cette médecine. Françoise Galzygoudard Affaire Cahuzac (suite) Depuis l’affaire Cahuzac, la

Affaire Cahuzac (suite)

Depuis l’affaire Cahuzac, la boîte de Pandore est ouverte. Rappelons-nous la fable de La Fontaine Le Savetier et le Fi- nancier: l’argent ne fait pas le bonheur de l’homme, au contraire, il le détruit. L’argent agit comme une drogue, il atteint tous les milieux, même le monde politique.

Bernard Labat (Landes)

(à suivre.)

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rédaction, Courrier des lecteurs

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92128 Montrouge Cedex

Ou sur : lecteurs.lacroix

Ou sur : lecteurs.lacroix

@bayard-presse.com

Ou sur : lecteurs.lacroix @bayard-presse.com

Prière universelle (suite)

Merci pour le courrier des lecteurs du 26 février. Beaucoup de fidèles qui ré- digent des intentions peuvent s’y re- connaître. En effet, cette prière universelle est la prière des fidèles, et elle doit être uni- verselle pour être chrétienne. Elle n’est la prière, ni du prêtre, ni des laïcs, mais celle du peuple de Dieu assemblé ici et maintenant dont ils font partie, chacun à sa place. Les intentions de Prions en Église, de « Magnificat » ou celles d’une personne, ne peuvent pas être celles de l’assemblée concrète qui célèbre. J’ai vu des prêtres mettre en prière leur homé- lie et des laïcs vouloir imposer leurs prières. Comme le dit la Présentation générale du Missel romain, l’Assemblée exerce alors son sacerdoce baptismal :

ayant écouté la Parole, elle répond en prière, manifestant ainsi sa foi. Le P. De Clerck la présente même comme une véritable école de la prière chrétienne au cœur de la liturgie, prière de l’Église. Et si chaque famille, communauté, groupe etc. partie prenante de l’assem- blée dominicale la préparait à son tour, avec celui qui fera l’homélie du di- manche concerné? Heureuse occasion pour des chrétiens, laïcs et prêtre, de se mettre ensemble à l’écoute de la Parole. Le P. Gélineau disait que la prière des fidèles est le sommet de la participation des laïcs à la liturgie de la Parole. Encore faut-il qu’elle soit réellement une prière des fidèles et que les quelques-uns qui la préparent la fassent au nom de toute l’assemblée concernée. Cela contribue- rait à tisser des liens entre laïcs et pré- sident. Les laïcs, au moins de temps en temps, rencontreraient leur pasteur, et celui-ci, connaissant mieux les fidèles dont il a la charge pastorale, pourrait adapter son homélie à l’assemblée dominicale qu’il préside.

Marie Lescaudey (Paris)

dominicale qu’il préside. Marie Lescaudey (Paris) Revenus des médecins Je suis choqué par l’affirmation de

Revenus des médecins

Je suis choqué par l’affirmation de Bri- gitte Dormont, reprise en en-tête de l’article du 1 er mars, selon laquelle les médecins libéraux français ne seraient « ni lésés ni privilégiés » par rapport aux cadres supérieurs. En effet, vous indiquez

À LIRE Je ne parlerai qu’à ma Juge de Catherine Sultan Seuil, 235 p., 19,50
À LIRE
Je ne parlerai qu’à ma Juge
de Catherine Sultan
Seuil, 235 p., 19,50 €.
Comment juger un mineur ? Quelle sanc-
tion réserver à un jeune encore imma-
ture, mais déjà en délicatesse avec la loi ?
Comment trouver le juste équilibre entre
punition et éducation ? C’est à ces ques-
tions infiniment complexes que tente
de répondre Catherine Sultan. L’auteur
aurait pu se contenter de réponses doctes
et définitives : juge pour enfants depuis
plus de vingt-cinq ans, elle avait toute la
légitimité pour le faire. Il n’en est rien. Elle
a préféré soumettre au lecteur un certain
nombre de cas qu’elle a eu à juger ces
dernières années. Une façon
de nous placer dans la peau
du juge et de découvrir les
choix cornéliens qu’il lui
faut quotidiennement faire.
Les adolescents qui défilent
devant lui présentent en
effet des profils psychiques
souvent déroutants. « La
frontière entre l’enfant vio-
lent et l’enfant victime de
Cetouvragealternantparfaitement
profondeur réflexive et illustra-
tions concrètes évite une question
épineuse, sur laquelle gauche et
droite s’écharpent régulièrement:
violence est ténue. L’ado-
lescent provocateur et agressif s’expose
souvent lui-même à des violences. Le déni
de la souffrance de l’autre peut passer par
une absence de considération de sa propre
personne », souligne l’auteur.
Catherine Sultan ne se positionne
pas clairement sur la question de
savoir si laviolencedes jeunes vaou
noncrescendocesdernièresannées.
Elle préfère replacer la violence des
jeunes dans un contexte plus large
(augmentation des conduites ad-
dictives, multiplicationdes familles monopa-
rentales, etc.). « Ces enfants sont bien les nôtres,
et leurs difficultés reflètent les inquiétudes et les
excès de notre société », conclut-elle.
MARIE BOËTON
Seuil
   
   
   
   

mardi 16 avril 2013

Fran

ce

5

Surwww.la-croix.com T Justice et sondages politiques

T Retrouvez l’entretien sur le handicap, avec Dominique Jacquemin, théologien et enseignant-chercheur en éthique médicale

Immigration,commentattirer

destalentsenFrance

d Un débat sur l’immigration économique s’ouvrira prochainement

à

d

l’Assemblée nationale.

Les discussions – sans vote –

porteront sur la capacité de la France

à attirer les travailleurs et étudiants

étrangers dont elle a le plus besoin.

d En réflexion notamment, la création d’un nouveau titre de séjour pour encourager les hauts potentiels.

Le programme du candidat Hollande sur l’immigration était borné d’un côté par la « lutte implacable » contre l’immi- gration illégale, de l’autre par la « sécuri- sation » de l’immigration légale. De l’im- migration économique, sujet sensible en temps de campagne, il n’avait pas été question. François Hollande avait promis sur ce point un débat annuel au Parlement fixant un cap en fonction de la conjonc- ture. Il devrait avoir lieu prochainement. Si François Hollande ne peut pas parler d’immigration « choisie », terme préempté par son prédécesseur à l’Élysée, c’est pourtant bien de cela qu’il va être ques- tion. Le document préparatif au débat parlementaire rédigé par le secrétariat général à l’immigration et à l’intégration porte en effet sur la « contribution » des migrants à la société et à la croissance françaises et sur l’« attractivité des ta- lents ». En France, l’immigration écono- mique ne représente que 9 % des 193 000 premiers titres de séjour délivrés en 2012, contre 20 % en Espagne, en Grande-Bretagne ou en Italie. Ces chiffres doivent toutefois être rela- tivisés, du fait de la bonne intégration sur le marché du travail des migrants venus en France pour un motif personnel. Selon la Commission pour la libération de la croissance présidée par Jacques Attali en 2008, les trois quarts des migrants fami- liaux (plus de 80 000 personnes chaque année) trouvent un emploi, mais essen- tiellement dans les secteurs les moins qualifiés. La France connaît des difficultés de recrutement, même en temps de crise. Ces dernières touchent 40,4 % des projets d’embauche en 2013, selon une récente enquête de Pôle emploi. Dans 60 % des cas, les recruteurs évoquent même une pénurie de main-d’œuvre qui concerne les ingénieurs, informaticiens et cadres d’étude (embauche difficile dans 67 % des cas), les aides à domicile (65 %), les cuisiniers (60 %), les personnels de mé- nage (55 %) ou encore les aides-soignants (43 %). En période de chômage de masse, la majorité n’envisage toutefois pas pour autant d’augmenter la part d’immigration économique, que Nicolas Sarkozy au dé- but de son mandat voulait amener à 50 % des premiers titres de séjour délivrés. À la doctrine de l’immigration « choisie », Sandrine Mazetier, députée de Paris char- gée de la thématique migratoire pendant

Olivier Culmann/TendanCe FlOue
Olivier Culmann/TendanCe FlOue

Employés d’une entreprise indienne de conception et développement de logiciels. Les informaticiens constituent une main-d’œuvre recherchée en France, même en temps de crise.

la campagne de François Hollande, et Matthias Fekl, député de Lot-et-Garonne à qui Matignon a demandé un rapport sur la refonte des titres de séjour, préfèrent parler de « migrations réussies ». Leur ligne directrice: optimiser l’efficacité éco- nomique des flux existants. Tous deux prendront la parole au nom des socialistes lors du débat. Concrètement, ils défendront la création d’un nouveau titre de séjour dont la durée sera une étape intermédiaire entre l’au- torisation au séjour d’un an délivrée en première demande et la carte de résident de dix ans. « L’obligation de reformuler sa

demande de séjour tous les ans précarise à la fois les salariés et les employeurs, et cela décourage les hauts potentiels de ve- nir en France », fait valoir Matthias Fekl, séduit par l’instauration d’une autorisa- tion de trois ou quatre ans, selon les cas, au moment du renouvellement du titre. Selon lui, le bon accueil des travailleurs étrangers est devenu « un enjeu de com- pétitivité » face à des pays comme l’Alle- magne, le Canada ou les États-Unis. À propos des étudiants, il défend par ailleurs un alignement de la durée des titres de séjour sur la durée des études, à condition que les intéressés ne redoublent pas plus

Paroles

AlexAndre

GeOrGe, directeur

de migration Conseil, cabinet spécialisé dans l’embauche des étrangers en France

« Les difficultés de recrutement sont surtout dommageables pour les petites entreprises »

« En tant que spécialistes du droit des étrangers, nous sommes sollicités par des entreprises en recherche de profils à forte valeur ajoutée très difficiles à trouver en France: développeurs informatiques, “bu- siness developers” bilingues, etc. Nous arrivons à obtenir des préfectures des au- torisations de séjour et de travail dans en- viron 80 % des cas, dans un délai qui peut varier entre un mois et demi et six mois. Pour les grands groupes, qui ont déjà des équipes en place sur lesquelles ils peuvent compter en attendant leur nouvelle recrue, cela ne pose pas particulièrement pro- blème. Les difficultés de recrutement sont surtout dommageables pour les petites entreprises en surplus d’activité, lorsqu’elles sont amenées à signer un contrat sans sa- voir si elles pourront l’honorer. »

recueiLLi par J.-B. F.

sur www.la-croix.com

retrouvez l’intégralité de l’interview

d’une fois et qu’ils puissent chaque année justifier de leur assiduité. Les études supérieures pourraient par ailleurs être mieux articulées avec le monde professionnel, d’après Sandrine Mazetier.

« Aujourd’hui, les préfectures peuvent de- mander à un doctorant qui effectue sa thèse dans un laboratoire de quitter le territoire, considérant qu’il a déjà eu sa première ex- périence professionnelle », dénonce la dé- putée. Autres pistes à l’étude: alléger les nom- breuses contraintes administratives liées

à l’immigration de travail. Les employeurs

ont aujourd’hui bien du mal à s’y retrouver

dans le maquis des 11 titres de séjour pour motif économique… Avant d’embaucher,

une entreprise doit par ailleurs faire la dé- monstration qu’elle a au préalable cherché

à proposer le poste à un Français, sauf si

le poste figure sur la liste officielle des mé- tiers en tension. Cette obligation pourrait être modulée et la liste, aujourd’hui en

partie obsolète au regard des besoins, mise

à jour. Enfin, la taxe dont l’employeur doit

s’acquitter lors du recrutement d’un étran- ger pourrait varier en fonction des secteurs.

JEAN-BAPTISTE FRANÇOIS

 
 
 

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France

mardi 16 avril 2013

Peut-onêtredegaucheetfortuné?

d Les membres du gouvernement devaient rendre public leur patrimoine, hier, dans le cadre de la moralisation voulue par François Hollande.

d Certains ont devancé « l’épreuve » du dévoilement pour désamorcer les questions sur la compatibilité entre argent et engagement à gauche.

La publication des patrimoines des 37 membres du gouvernement devait révéler « des situations très diverses, à l’image de la France », commentait l’Élysée, hier, à quelques heures de cette opération de transparence, conséquence de l’affaire Cahuzac. Depuis la semaine dernière, certains ministres avaient pris les devants pour communiquer l’addition de leurs biens, comme Marisol Touraine et Michèle De- launay, assujetties à l’impôt sur la fortune. Passé la difficulté du « dé- voilement » ou l’émotion de « devoir transformer toute une vie en élé- ments financiers », toutes deux ont

éprouvé le besoin de réaffirmer des valeurs de gauche.

« Ma capacité de révolte n’est pas indexée sur le niveau de patrimoine. L’inégalité me choque viscérale-

ment. Ce qui reste à la fin, c’est l’exigence de justice, les valeurs. C’est ça être de gauche », a assuré

« La richesse n’implique pas la malhonnêteté. On peut être riche

et vouloir la juste distribution des richesses. Ce n’est pas incompa- tible », estime Alain Bergounioux, historien du socialisme. Il rappelle que la gauche s’est souvent donné des dirigeants issus de la bourgeoi- sie, comme Léon

Blum « qui a consa- cré une partie de son patrimoine au journal Le Popu- laire », ou André Philip, ministre de la IV e République « issu de la bour- g e o i s i e p r o t e s - tante ».

« La possession ou la fréquentation de l’argent dis- qualifient-elles un homme ou une femme de gauche pour solliciter les suffrages de ses concitoyens et exer- cer le pouvoir ? », s’interrogeait

Aquilino Morelle, aujourd’hui conseiller politique de François Hollande, en 2010 dans une tri- bune au quotidien Libération. Il

u q u o t i - dien Le Pa- risien la mi- nistre des affaires so- ciales Mari-

a

s

o l T o u -

raine, qui a

déclaré un

patrimoine

de 1,4 mil-

« Dès lors qu’on est de gauche et si on aspire à des responsabilités

politiques, cela suppose

des attitudes en adéquation avec les idées que l’on défend. »

lion d’euros. Sa collègue chargée des personnes âgées Michèle Delaunay, dont la

fortune s’élève à 5,4 millions d’eu- ros, s’est aussi longuement expli- quée dans le quotidien Sud-Ouest:

« On peut reconnaître à quelqu’un

de riche de vouloir de la justice so- ciale. L’héritage de mes parents ne m’a pas éloignée de l’altérité. »

répondait alors « éthique » et pré- servation du « contact avec les classes populaires – jeunes, chô- meurs, ouvriers, employés ». « C’est une question d’identité culturelle et de valeurs. L’important, c’est la conscience morale – voyez Lionel Jospin. Et aussi les actes », ajoute Alain Bergounioux. En revanche, pour le sénateur PS de la Nièvre Gaëtan Gorce, « être de gauche implique des comporte- ments particuliers ». « Dès lors qu’on

est de gauche et si on aspire à des responsabilités politiques, explique- t-il, cela suppose des attitudes en adéquation avec les idées que l’on défend. Une morale collective et des valeurs de solidarité, d’échange, de respect mutuel… » Selon cet élu, qui a récemment dénoncé la « dé- rive clanique » du PS, « cette morale collective s’est effondrée et n’a pas été remplacée par une autre. Et la gauche le paie très cher. »

CORINNE LAURENT

Lesdéclarationsdepatrimoine

publiéessurlesiteInternet

dugouvernement

Les déclarations de patrimoine du premier ministre Jean- Marc Ayrault et des 37 membres du gouvernement ont été publiées hier, peu après 18 heures, sur le site Internet www. declarations-patrimoine.gouvernement.fr. Ces déclarations recensent, par pôles ministériels, les biens immobiliers, bijoux, œuvres d’arts ou encore véhicules que possèdent les ministres.

(Publicité)

les biens immobiliers, bijoux, œuvres d’arts ou encore véhicules que possèdent les ministres. (Publicité)
 
 
 

mardi 16 avril 2013

France

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Lesimpôtsaugmenterontencoreen2014

d Le gouvernement présente demain sa trajectoire de réduction des déficits, officialisant une nouvelle hausse des prélèvements obligatoires qui vont atteindre un taux record l’année prochaine.

d Ces hausses d’impôts devront s’accompagner de coupes dans les dépenses si le gouvernement veut tenir son nouvel objectif de ramener le déficit public à 2,9 % du PIB en 2014.

FRED DUFOUR / AFP
FRED DUFOUR / AFP

Pierre Moscovici a reconnu, hier sur France Inter, qu’« il y aura une augmentation des prélèvements obligatoires. »

en 2014 avec 1,2 % de croissance du PIB, puis sur une consolidation de la reprise avec un taux de crois- sance de 2 % en 2015. Ce « scénario rose » pourrait faire tiquer certains observateurs extérieurs, du côté du tout nouveau Haut Conseil des fi- nances publiques comme de la Commission européenne, qui va désormais avoir son mot à dire sur les hypothèses retenues et les moyens de les atteindre.

Des impôts toujours plus hauts

Pour faire reculer les déficits dans ce contexte de croissance molle, le gouvernement prévoit de nouvelles

hausses d’impôts. « Il y aura une augmentation des prélèvements obligatoires », a reconnu Pierre Mos- covici hier sur France Inter. Le taux de prélèvement, qui a déjà atteint un niveau record, devrait donc continuer à monter, passant de 46,3 % cette année à 46,6 % en 2014. Cette hausse correspond à envi- ron 4 milliards d’impôts nouveaux. Mais cela ne veut nullement dire que les impôts nouveaux vont se limiter à ce montant. En effet, avant de pouvoir trouver des recettes sup- plémentaires, le gouvernement entend bien compenser toute une série de prélèvements dont le ren- dement décline ou qu’il a lui-même décidé de réduire.

Le crédit d’impôt compétitivité emploi va ainsi diminuer l’impôt des entreprises de 10 milliards d’eu- ros en 2014. Une perte que la hausse de la TVA, déjà programmée, n’ef- facera qu’en partie. De même, dif- férentes mesures (sur les assureurs ou les grandes entreprises) votées en 2012 vont s’éteindre en 2014. Là encore, ce sont des milliards qu’il faudra compenser par des prélève- ments nouveaux. En dehors de la TVA, il n’y aura aucune surprise pour les ménages, assure pourtant Pierre Moscovici. Les recettes sup- plémentaires « viendront essentiel- lement des niches improductives sur lesquelles nous voulons récupérer des ressources ».

Des coupes dans les dépenses à préciser

Pour tenir sa feuille de route, le gouvernement promet surtout de s’atteler à réduire la dépense publique, qui devrait cette année crever son plafond historique pour atteindre 56,9 % du PIB. Alors que le rythme de croisière d’augmentation des dépenses tourne autour de 2 % (pour cause

Le gouvernement promet surtout de s’atteler à réduire la dépense publique, qui devrait cette année crever son plafond historique pour atteindre 56,9 % du PIB.

Un déficit qui tarde à régresser

Le gouvernement avait déjà signé l’acte de décès de la pro- messe d’un déficit 2013 contenu à 3 % du PIB, esti- mant que la faible croissance rendait nécessaire de renvoyer cet objectif à l’année suivante. Pour 2013, la France vise donc 3,7 %. Un dérapage que Bercy

justifie par la situation de crise économique qui lamine les rentrées fiscales de l’État et fait bondir les dépenses sociales. Bruxelles n’a pas dit non, demandant toutefois qu’en échange de cette compréhension, le déficit français soit ramené net- tement en dessous de 3 % en 2014. Or, dans son programme de stabilité, qui devrait être officialisé demain mais dont le quotidien Les Échos ont dévoilé la teneur hier, le gou- vernement table plutôt sur 2,9 %. Pour bâtir son scénario de re- dressement des comptes, le gou- vernement a retenu pour cette année une prévision de croissance très faible, d’à peine 0,1 %. Il se

montre en revanche plus optimiste sur l’avenir, pariant sur un rebond

d’augmentation continue des dépenses de santé, de retraite, de masse salariale de la fonction publique…), le gouvernement va donc devoir appuyer énergi- quement sur le frein. Il a prévu de baisser la dépense de 0,5 % du PIB, soit une bonne dizaine de milliards d’euros. Un effort sans précédent, mais qui demande encore à être précisé. Pour le moment, le gouvernement n’a tracé que les grandes lignes de son plan d’économies. Dès 2014, les collectivités perdront 1,5 milliard d’euros. Les dépenses courantes de l’État seront amputées de la même somme. Il reste donc encore bien des coupes à dévoiler, dont on ne voit que les prémices avec la réforme attendue des retraites ou la diminu- tion programmée des allocations familiales pour les ménages aisés.

MATHIEU CASTAGNET

Le«mariagepourtous»seradéfinitivementvotémardiprochain

d Le collectif « La manif pour tous » organise une nouvelle manifestation dimanche prochain contre le projet de loi Taubira, dont le vote solennel aura lieu le 23 avril.

d Plus de 700 amendements ont déjà été déposés par les députés de droite avant l’examen en séance qui démarre demain en seconde lecture à l’Assemblée.

Surpris par l’accélération du ca- lendrier, les opposants au « ma- riage pour tous » n’ont pas tardé à réagir. Le collectif « La manif pour tous » a ainsi lancé hier plusieurs appels en apprenant que le vote définitif au Parlement était prévu mardi prochain. Tout en mainte- nant la manifestation du 26 mai, le collectif de Frigide Barjot a dé-

cidé d’organiser un rassemblement dès dimanche, à Paris, puis le 5 mai, à l’occasion du premier an- niversaire (le 6 mai) de l’élection de François Hollande à l’Élysée, une date déjà choisie par Jean-Luc

Mélenchon pour faire entendre son mécontentement sur les as- pects économiques et sociaux de la politique gouvernementale. En- fin, les opposants à l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples homosexuels donnent rendez-vous à leurs partisans dès ce soir, ainsi que les soirs suivants, à 19 heures devant l’Assemblée nationale (place Édouard-Herriot). En précisant: « Sifflets, trompettes, casseroles… obligatoires ! » C’est là, en effet, que va se jouer l’épilogue du parcours parlemen- taire du texte commencé le 29 jan- vier. À peine voté, vendredi, au

Sénat (lire ci-dessous), le projet de loi revient en effet à l’Assemblée nationale en seconde lecture: l’exa- men en séance débute demain et ne devrait pas dépasser vingt- cinq heures, conformément au « temps programmé » que la Confé- rence des présidents a décidé d’ap- pliquer au texte, pour un vote so- lennel, donc, le 23 avril. Une procédure qui n’a pas empêché les

députés UMP de déposer plus de 700 amendements, notamment à l’article 4 bis (qui autorise le gou- vernement à procéder par ordon- nances pour adapter les différents codes, hors code civil). En dépit de cette opposition, il y a fort à parier que l’Assemblée nationale adoptera « conforme » le texte issu du Sénat pour per- mettre un vote définitif, sans se-

conde lecture, au palais du Luxem- bourg. Ulcérés, certains opposants avaient décidé dimanche soir de camper dans une dizaine de tentes devant le Palais-Bourbon, à Paris, mais ils ont été délogés par la po- lice. Hier matin, 70 de ces militants ont été brièvement placés en garde à vue pour « non-dispersion après sommation ».

MARINE LAMOUREUX

Les«intentionsdevote»auSénat

Vendredi, les sénateurs ont voté à main levée en faveur du projet de loi ouvrant le mariage et l’adop- tion aux couples de même sexe. Difficile, dans ces conditions, de connaître le rapport de force pré- cis des « pour » et des « contre ». Hier, le détail des intentions de vote a donc été publié. S’il avait

été voté selon la procédure du scrutin public, le texte aurait été adopté par 171 voix contre 165 (9 sénateurs auraient choisi de s’abstenir et 3 de ne pas prendre part au vote). Selon ces intentions, 3 sénateurs UMP auraient voté pour et 4 se seraient abstenus (124 contre).

 
 
 

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France

mardi 16 avril 2013

Lespetitsexcèsdevitesse

tuentaussi

SÉBASTIEN BOZON / AFP
SÉBASTIEN BOZON / AFP

Le déploiement des radars, depuis 2003, s’est montré particulièrement efficace dans la lutte contre la mortalité routière.

d Une étude scientifique suggère de se concentrer à l’avenir sur la lutte contre les petits excès de vitesse pour continuer à faire baisser le nombre de morts sur les routes.

Les experts de l’accidentologie ont voulu apporter leur pierre au débat sur l’utilité des radars dans la lutte contre la mortalité routière. Ainsi, des chercheurs de l’Ifsttar (Institut français des sciences et technologies des transports) et de l’université de

démiologiques ont démontré un lien direct entre baisse des vitesses moyennes et réduction de la morta- lité routière. Il est ainsi communé- ment admis dans la communauté scientifique qu’une baisse de 1 % de la vitesse moyenne sur les routes entraîne une diminution de 4 % du nombre de tués. Sans surprise, les accidents mortels ont diminué de 1 035 à 561 entre 2001 et 2010.

« L’intérêt des radars, comme toute autre mesure visant à la régulation des vitesses, reste source de contro- verses », notent cependant les auteurs de l’étude Bernard Lau-

mon et Vivian Viallon. « En particulier, certains soutiennent que les petits excès de vitesse (infé- rieurs à 10 km/h) ne sont pas dangereux et ne de- vraient pas être punis »,

poursuivent-ils. Les chercheurs ont dès lors travaillé à déterminer la fraction des accidents mortels attribuable à chaque type d’excès de vitesse et son évolution récente. Résultat : sur les routes départe- mentales, le nombre d’accidents mortels dus à un excès de vitesse a globalement baissé entre 2001 et 2010. Ceux attribuables à de grands ou moyens excès de vitesse (supé- rieurs à 20 km/h) se sont même ef- fondrés, leur part dans les causes d’accidents mortels étant passée de

Il est communément admis qu’une baisse de 1 % de la vitesse moyenne sur les routes entraîne une diminution de 4 % du nombre de tués.

Lyon ont étudié l’évolution du lien entre excès de vitesse et mortalité routière entre 2001 et 2010. Le constat est sans appel: le déploiement des radars – à partir de 2003 – s’est mon- tré particulièrement efficace. Selon l’étude, alors que plus de la moitié des véhicules en circulation ne res- pectaient pas les limitations de vi- tesse en 2001, cette proportion est tombée à 25 % en 2010. Au final, les vitesses moyennes ont diminué de 92,5 km/h en 2001 à 81,5 km/h en 2010. Or, de nombreuses études épi-

25 % à 6 %. Même évolution pour les excès de vitesse modérés, qui passent de 13 % à 9 % des causes d’accidents mortels. En revanche, la fraction at- tribuable aux petits excès de vitesse (inférieur à 10 km/h) est passée de 7 à 13 %. « Ces résultats soulignent l’efficacité des politiques mises en place vis-à-vis des grands excès de vitesse, concluent les auteurs. Ils sug- gèrent également que les politiques à venir devraient se concentrer parti- culièrement sur les petits excès de vitesse. » Lors du conseil national de sécu- rité routière qui s’est tenu hier en public, la piste d’une baisse des vi- tesses autorisées a d’ailleurs été évo- quée. « Si la mortalité routière devait repartir à la hausse, c’est une piste à envisager en priorité », a ainsi affirmé le délégué interministériel à la sécu- rité routière, Frédéric Péchenard.

EMMANUELLE RÉJU

repèreS LES pISTES dE LA SÉCurITÉ rOuTIèrE Le Conseil national de sécurité routière, chargé de
repèreS
LES pISTES dE LA SÉCurITÉ
rOuTIèrE
Le Conseil national de sécurité
routière, chargé de formuler des
avis au gouvernement, s’est
réuni hier en séance plénière
et a évoqué plusieurs pistes
pour parvenir à l’objectif de
moins de 2 000 morts sur
les routes d’ici à 2020 :
P
Baisser la vitesse autorisée
sur certains axes (lire ci-contre).
P
Interdire les vitres latérales
opaques pour mieux contrôler
notamment l’utilisation du
téléphone au volant.
P
Généraliser les « boîtes
noires » à bord des véhicules, à
la fois pour leur aspect dissuasif
et pour améliorer la connaissance
sur les causes d’accidents.
P
Concernant les deux-
roues motorisés, généraliser
la détention d’un gilet fluo
« sans obligation de port »
et assurer la lisibilité des
plaques d’immatriculation.
eSSenTIeL Vifsaffrontements àNotre-Dame-des-Landes Trois gendarmes et au moins un manifestant ont été blessés
eSSenTIeL
Vifsaffrontements
àNotre-Dame-des-Landes
Trois gendarmes et au moins
un manifestant ont été blessés
dans de vifs heurts entre
opposants au projet de nouvel
aéroport de Nantes et forces de
l’ordre, hier matin sur le site de
Notre-Dame-des-Landes. Un
des gendarmes blessés, brûlé
par un cocktail Molotov, a dû
être hospitalisé, et un
manifestant blessé a été pris en
charge par les services de
secours. Deux personnes ont
été interpellées. Le collectif
d’opposants fait pour sa part
état de trois blessés parmi les
manifestants et a dénoncé «une
pluie de grenades
assourdissantes et de lacrymos».
Sur place, les forces de l’ordre
ont dû faire face à plus de
200 opposants jetant des
pierres et des cocktails Molotov.
Les heurts ont éclaté vers
7 heures près d’un carrefour
jugé stratégique de la zone
d’aménagement différé (ZAD)
d’où les forces de l’ordre
s’étaient retirées vendredi, à la
veille d’une manifestation de
«remise en culture des terres»
qui a pacifiquement réuni plus
d’un millier d’opposants
samedi. Le collectif d’opposants
avait annoncé dès dimanche
son intention de conserver le
contrôle de ce carrefour. Le
colonel commandant le
groupement de gendarmerie de
Loire-Atlantique a dénoncé une
«agression particulièrement
violente» de la part des
manifestants, assurant que le
gendarme brûlé avait été ciblé
alors qu’il était à terre. Les
opposants devaient manifester
devant la préfecture à Nantes
en fin d’après-midi.
PARIS Forte opposition à la future
salle de consommation de drogue
La votation populaire sur la salle de consommation de drogue
qui devrait s’implanter autour de la gare du Nord, organisée à
l’initiative d’un élu UMP, a attiré dimanche près de 300 Parisiens
venus pour la plupart dire leur refus du projet. Le gouvernement
a donné début février son feu vert pour cette expérimentation.
Destinée aux toxicomanes de rue précarisés, elle doit leur
permettre de prendre la drogue dans de bonnes conditions
d’hygiène et de réduire les troubles à l’ordre public. Le lieu
d’implantation n’est pas encore décidé. Sur les 296 votants,
280 se sont exprimés contre le projet, 16 ont voté pour.
COLLECTIVITÉS
SOCIAL
Le ministre de la ville
pour la démolition
d’un bâtiment
de Paul Chemetov
L’élection au Medef
aura lieu le 3 juillet
François Lamy a apporté hier
son soutien aux élus locaux
favorables à la démolition
d’un bâtiment de logements
sociaux construit en 1983 à
Courcouronnes (Essonne)
par l’architecte (La Croix du
11 juillet 2011). Le tribunal de
grande instance de Paris doit
se prononcer jeudi.
« L’assemblée générale de l’élection
à la présidence du Medef aura lieu
le mercredi 3 juillet 2013 », a indi-
qué le mouvement patronal hier,
en précisant que les candidatures
devront être envoyées au plus tard
le 3 mai. Sept candidats sont au-
jourd’hui déclarés : Patrick Ber-
nasconi, Hervé Lambel, Thibault
Lanxade, Jean-Claude Volot, Pierre
Gattaz, Geoffroy Roux de Bézieux
et Frédéric Saint-Geours.
Lambel, Thibault Lanxade, Jean-Claude Volot, Pierre Gattaz, Geoffroy Roux de Bézieux et Frédéric Saint-Geours.
mardi 16 avril 2013 M on de 9 Surwww.la-croix.com T La traite d’êtres humains persiste
mardi 16 avril 2013
M on
de
9
Surwww.la-croix.com T La traite d’êtres humains persiste en Europe T Les dépenses militaires reculent légèrement dans le monde

Courtevictoireinquiétante

pourledauphindeHugoChavez

d Selon les résultats officiels portant sur la quasi-totalité des votes, Nicolas Maduro a emporté l’élection présidentielle vénézuélienne de dimanche avec 50,66 % des voix.

d Le candidat de l’opposition, Henrique Capriles, exige que les bulletins soient recomptés avant de reconnaître les résultats.

d Ce scrutin, plus serré que prévu, laisse présager une période difficile pour le pouvoir chaviste.

RAMIREZ / AFPLEO
RAMIREZ / AFPLEO

Lors du vote, dimanche. Le nouveau président, nicolas Maduro, sort très affaibli de cette élection, y compris au sein de son parti.

En dépit de la victoire, ce résultat surprise confirme combien le chavisme sans Hugo Chavez est fragile. « Pendant ces quatorze années, Hugo Chavez n’a pas laissé d’autres leaders émerger dans son sillage, explique Manuel Felipe Sierra, journaliste à la radio CRV et analyste politique. Dès lors, et mal- gré les efforts du pouvoir, le passage de té- moin est très compliqué. » En octobre dernier, le « comandante presidente » s’était imposé, en dépit de l’usure du pouvoir, avec plus de 8 millions de voix – contre 7,5 millions pour Nicolas Maduro dimanche. Henrique Capriles, déjà candidat de l’opposition à l’automne, a gagné de son côté 600 000 voix en quelques mois, en dépit d’une participation légèrement plus faible dimanche. Le tout alors que Nicolas Maduro a pu compter, pour soutenir sa campagne, sur les res- sources de l’État et sur l’émotion suscitée par la disparition de Hugo Chavez. Nicolas Maduro sort donc très affaibli de cette élection. En mars, après l’annonce de la disparition de Hugo Chavez, personne dans l’opposition n’imaginait faire si bonne figure. Ce scrutin est la confirmation de la vulnérabilité du pouvoir sans son homme fort, surtout aux yeux de la frange radicale de la droite, qui juge le chavisme illégitime. « Hugo Chavez a profité de la fête, c’est à Nicolas Maduro de payer la facture, résume l’un de ses membres, joint à Caracas. Dé-

sormais, c’est une nouvelle partie qui com- mence. » On peut donc s’attendre à une période chahutée, dans le contexte d’abord de la contestation électorale, mais aussi, plus largement, dans le cadre de l’après-Chavez. Nicolas Maduro n’a pas le charisme de son prédécesseur, et les urnes ne lui ont offert qu’une bien faible légitimité pour affronter une contestation qui peut s’articuler sur la lutte contre la vie chère ou la forte insécu- rité faisant du pays l’un des plus dangereux au monde. Mais Nicolas Maduro est aussi fragilisé en interne. Le mouvement chaviste est composé de plusieurs forces qui pourraient bien être tentées de profiter de la faiblesse

du dauphin pour s’imposer. Dans l’ombre du chef de l’État, Nicolas Maduro n’était qu’un dirigeant parmi d’autres, qui auraient également pu prétendre à la succession – comme Diosdado Cabello, le président de l’Assemblée nationale, ou encore Rafael Ramirez, ministre du pétrole et patron de l’entreprise nationale PDVSA. Ce mauvais résultat peut nourrir la conviction de chacun qu’il est mieux placé pour défendre l’héritage du défunt. « Nous sommes tous Chavez », dit le slogan le plus en vogue depuis la maladie du président. Mais l’élection de dimanche a bel et bien démontré que Nicolas Maduro n’est pas Hugo Chavez.

GILLES BIASSETTE

REPÈRES

du Venezuela, le PSUV, lancé en 2007. P L’héritage chaviste est également inscrit dans la Constitution, qui fait du pays «la République bolivarienne du Venezuela». Un texte qui accorde par exemple au peuple un pouvoir accru, notamment via le référendum révocatoire, qui permet d’organiser une consultation populaire contre le chef de l’État, à condition d’avoir recueilli un nombre suffisant de signatures.

Le « chavisme » au venezueLa

P L’élection présidentielle de dimanche était la première depuis 1998 sans Hugo Chavez. Élu confortablement en décembre 1998, il a été réélu trois fois, sa dernière victoire datant d’octobre 2012. Il a laissé derrière lui un successeur désigné, nicolas Maduro, ainsi qu’un parti, le Parti socialiste unifié

Alors que les enquêtes d’opinion lais- saient entrevoir une victoire aisée, avec entre 7 et 20 points d’avance, ce n’est fina- lement que d’une très courte tête que Ni- colas Maduro, président par intérim et dauphin désigné de Hugo Chavez, s’est imposé dimanche lors de l’élection prési-

dentielle au Venezuela. Les résultats officiels annoncés par le Conseil national électoral (CNE), portant sur 99 % des votes, donnent au candidat chaviste tout juste 50,66 % des voix, contre 49,07 % à son adversaire Hen- rique Capriles. L’annonce n’est venue que tard dimanche soir, en raison du peu d’écart entre les deux hommes. Mais la présidente du CNE, Tibisay Lucena, a néanmoins af- firmé que la tendance était « irréversible », en dépit des bulletins restant à dépouiller.

« Aujourd’hui, nous pouvons dire que

nous avons une victoire électorale juste, lé- gale, constitutionnelle », s’est félicité Nicolas Maduro, vêtu d’un blouson aux couleurs du drapeau national – jaune, bleu et rouge – devant une foule de partisans réunis aux abords du palais présidentiel de Miraflores.

« C’est une autre victoire, un hommage à notre “comandante” Hugo Chavez », a ajouté celui que le président défunt avait adoubé en fin d’année dernière, juste avant de par- tir à Cuba pour un nouveau traitement de son cancer. Et de revenir mourir au Ve-

nezuela, le 5 mars dernier, selon les informations offi- cielles. Pour l’opposition, qui n’a cessé de dé- noncer des « abus »

durantlacampagne, pas question cependant de concéder, pour l’heure, la défaite. « Nous n’allons pas re-

connaître un résultat avant que chaque bulletin de vote des Vénézuéliens ne soit re- compté, un par un », a déclaré Henrique Capriles dimanche soir, entouré de ses sympathisants.

« La lutte n’est pas terminée », a souligné

cet avocat de 40 ans, qui, en octobre dernier, avait été critiqué par une partie des siens pour avoir reconnu trop tôt sa défaite face à Hugo Chavez, alors qu’il avait recueilli

moins de 45 % des voix. Au Venezuela, l’électeur vote sur une machine électro- nique qui lui délivre un bulletin, déposé dans une urne. Ce sont ces bulletins que l’opposition veut voir recompter.

Ce scrutin est la confirmation de la vulnérabilité du pouvoir sans son homme fort.

 
 
 

10

Monde

mardi 16 avril 2013

Banguisombredanslechaos

d Une vingtaine de personnes ont été tuées dans des affrontements entre les représentants du nouveau pouvoir Séléka et la population dans la capitale centrafricaine.

d Personne n’est capable, pour l’heure, d’assurer la sécurité des quartiers périphériques de Bangui.

Bangui, la capitale de la Centra- frique, est en train de basculer dans le chaos. Une vingtaine de per- sonnes ont été tuées samedi et di- manche au cours d’affrontements entre des éléments de la Séléka, le mouvement de la rébellion qui s’est emparé du pouvoir le 24 mars, et la population.

« Après une semaine relativement

calme, on assiste à la reprise des affrontements, témoigne Alain Camp, coordinateur logistique pour Médecins sans frontières à Bangui. Depuis jeudi, la Séléka a entrepris d’aller dans les quartiers pour cher- cher armes et faux uniformes mili- taires. Ces opérations dégénèrent en violence contre les populations, comme en témoignent les personnes tuées ou blessées par balles que nous avons vues. »

C’est encore tendu. On entend des coups de feu tirés ici et là. De nombreuses personnes continuent à fuir les affrontements.

« Le centre-ville est relativement

sécurisé par les patrouilles de la Fomac (Force multinationale des États d’Afrique centrale, NDR) et de l’armée française, témoigne Ar- naud de Baecque, chef adjoint de la délégation du Comité interna- tional de la Croix-Rouge (CICR) à Bangui. Mais ce n’est pas le cas des quartiers périphériques où la po- pulation est sans défense. Dès que

l’on quitte le centre-ville, Bangui est une ville morte : il n’y a pas de cir- culation, les gens ne sortent pas de chez eux, les commerçants et presque tous les restaurants sont fermés. »

« Je crains que cette situation soit

appelée à durer. La Séléka a un grand problème depuis son arrivée dans la capitale centrafricaine : ré- tablir la sécurité. Tout montre qu’elle en est incapable et que les violences de ces derniers jours vont se repro- duire », explique Thierry Vircoulon, de l’International Crisis Group. Selon lui, cela s’explique par trois raisons. D’abord, la nature de la Séléka, une structure très hétéro-

gène, composée de plusieurs groupes qui se sont associés pour chasser François Bozizé. Ensuite, le fait que le pouvoir est aux mains des commandants militaires, qui

opèrent avec une grande impunité. Le leadership politique n’a pas les moyens de s’imposer. Enfin, ces groupes sont constitués de nom- breux mercenaires, essentiellement

tchadiens et soudanais, qui ont reçu la promesse de se servir sur la po-

pulation en échange de leur enga- gement.

« Sous Bozizé, ce pays sans État

échappait à tout contrôle sauf à Bangui. Désormais, c’est au tour de la capitale d’être touchée par cette anarchie, analyse Thierry Vir- coulon. « En réalité, observe à son tour Alain Camp, on a affaire dans la Séléka à deux types de personnes:

ceux qui veulent effectivement ré- tablir l’ordre et ceux qui sont là pour piller et voler. » À peine élu samedi président du pays par le Conseil national de

transition, Michel Djotodia, a ac- cusé dimanche à la télévision les partisans de François Bozizé d’être les responsables des violences, dans une explication particulière- ment confuse : « Les événements survenus ces 48 heures à Boy-Rabe s’expliquent par le fait que nos hommes sont allés dans ce quartier

(…) mais des nostalgiques de l’ère Bozizé, à qui des armes et des tenues ont été distribuées (…) ont assassiné nos hommes et sont allés jeter les corps à Ngaragba pour mettre les habitants de Ngaragba dans le coup. »

« Autant dire que cette lecture des

événements a été mal perçue par la population, explique un humani- taire. Elle a eu le très net sentiment que Djotobia se fichait d’elle. Cette intervention a plus inquiété qu’elle n’a rassuré ! » Hier matin, la tension n’était pas

retombée. Des rumeurs de pillages et d’agressions circulaient encore. « C’est encore très tendu dans les quartiers. On entend des coups de feu tirés ici et là », constate Arnaud de Baecque. « De nombreuses per- sonnes continuent à fuir les quartiers où ont eu lieu les affrontements de samedi et de dimanche », poursuit Alain Camp. Pour Thierry Vircoulon, le réta- blissement de l’ordre et de la sécu- rité à Bangui ne peut passer que par l’intervention de la Fomac et des Tchadiens : « Ils ont les moyens de le faire, mais il semble que, pour l’heure, ils n’en ont pas vraiment le

désir. Ce sont les seules troupes à pouvoir le faire sans être contestées. Je crains que cela ne soit pas le cas de l’armée française. » En attendant cette perspective, Arnaud de Baecque en est réduit à parier sur les conditions clima- tiques pour espérer une amélio- ration de la sécurité : « Pour l’heure, les groupes qui font du pillage peuvent se mouvoir sans difficulté. Leur liberté de mouve- ment sera entravée à partir du mois de juin et le début de la saison des pluies. En général, on les voit re- partir chez eux avant. »

LAURENT LARCHER

La photo du jour La Corée du Nord célèbre la naissance du père fondateur Kim
La photo du jour
La Corée du Nord célèbre la naissance
du père fondateur Kim Il-sung
Alors que le monde craignait
hier un essai de missile balistique
de la part de la Corée du Nord
pour le jour anniversaire de la
naissance il y a 101 ans du père
fondateur de la République dé-
mocratique de Corée, Kim Il-
sung, Pyongyang a organisé des
célébrations grandioses rassem-
blant des centaines de milliers
de Nord-Coréens. Le jeune diri-
geant Kim Jong-un s’est rendu
hier au mausolée où reposent les
corps embaumés des deux pré-
cédents leaders du pays, son père
et son grand-père. Le matin
même à Tokyo, dans une décla-
ration destinée à apaiser les ten-
sions sur la péninsule coréenne,
le secrétaire d’État américain
John Kerry avait tendu la main à
Pyongyang, déclarant rester « ou-
vert à des négociations honnêtes
et crédibles sur la dénucléarisa-
tion ». Tout en soulignant que
« la balle est dans le camp de
Pyongyang ».
KCNA KCNA / ReuteRs / ReuteRs

LesCroatesentrentdansl’Union

européenneenfaisantlamoue

d Seuls 20 % des électeurs se sont déplacés aux urnes pour élire leurs douze députés européens.

d Les nouveaux élus prendront leurs fonctions le 1 er juillet prochain, quand la Croatie sera officiellement le 28 e État membre.

« C’est une bonne nouvelle quand une famille s’agrandit, et particu- lièrement notre famille de valeurs, attachée à la démocratie, la justice et l’État de droit. » À la veille de l’élection, dimanche, des douze Croates qui rejoindront les 754 députés européens dès que la Croatie sera officiellement le 28 e État membre le 1 er juillet prochain, Martin Schulz, président du Par- lement européen, s’en était réjoui. C’est peu de dire que les Croates ont du mal à partager cet enthou- siasme. La pléthore de postulants (336 candidats sur 28 listes) fut inversement proportionnelle à la mobilisation des Croates. Seuls 20,8 % des 3,7 millions d’électeurs se sont déplacés pour élire six

députés de l’opposition conserva- trice (HDZ), cinq de la coalition gouvernementale autour du Parti social-démocrate et un d’une petite

formation de l’opposition.

La pléthore de postulants

a été inversement proportionnelle

à la mobilisation

des électeurs croates.

La lassitude des Croates avait déjà été perceptible en janvier 2012 lors du référendum sur l’adhésion à l’Union européenne à l’issue du long processus d’adhésion entamé début 2003. Certes le oui l’avait emporté avec 66 %, mais déjà, seu- lement 44 % des électeurs s’étaient déplacés sur cette question enga- geant l’avenir du pays. Les observateurs tempèrent néanmoins ce désamour. Tout d’abord la Croatie n’a pas battu le record de désaffection détenu par la Slovaquie (19,6 % de vo- tants), suivie par la Lituanie (20,5 %) lors des élections euro-

péennes de 2009, qui avaient mobilisé 43 % des Européens. Ensuite, les élus croates siége- ront moins d’un an, de nouvelles élections européennes devant avoir lieu en mai 2014. Enfin, le pays est d’ores et déjà mobilisé pour les enjeux locaux des élections municipales et des

20 comtés du pays qui doivent se tenir le 19 mai prochain.

Plus profondément, l’historien Joseph Krulic rappelait récem- ment dans la revue de géopoli- tique en ligne Diploweb (1) que la Croatie se rattache à bien des égards, sur le plan socio-écono- mique, à un arc de cercle médi- terranéen, de Madrid à Rome en passant par Athènes. Or cet arc de cercle est « celui de l’austérité contrainte des États européens du Sud sous sur- veillance ou perfusion euro- péenne ». De quoi largement émousser une adhésion pourtant « si longtemps désirée », dans un pays qui vit sa cinquième année de récession.

MARIE VERDIER

(1) 24 février 2013.

   
   
   

mardi 16 avril 2013

Mon

de

11

 
E xplication

Explication

 

Affrontements à Guantanamo après des semaines de tensions

Les forces de sécurité de la prison américaine de Guantanamo Bay (Cuba) ont opéré un « raid » auprès de détenus en grève de la faim.

d

En plus de cesser de s’alimenter, les détenus avaient obstrué fe- nêtres et caméras de surveillance. Onze d’entre eux étaient alimen- tés de force, une pratique

d’une fouille, ce qu’ils ont consi- déré comme une « profanation ». La direction du centre répond, elle, que la fouille a été réalisée selon la procédure habituelle et que les corans ont été examinés par des interprètes musulmans. Mais cette grève de la faim, qui touche des prisonniers majori- tairement détenus sans aucune charge, est révélatrice de la si- tuation particulièrement com- pliquée dans laquelle se trouvent les détenus du « camp 6» . En 2009, le président nouvel- lement élu Barack Obama pro- mettait la fermeture du centre un an plus tard. Depuis, le Congrès, en désaccord avec le président américain, a bloqué les transferts de prisonniers. Les détenus accusés de terrorisme doivent en théorie être transférés et jugés sur le continent améri- cain tandis que les autres, sur lesquels ne repose aucune charge, doivent être envoyés dans leur pays d’origine ou un pays d’accueil. Mais les espoirs créés par Barack Obama ont depuis été déçus, attisant les tensions dans le camp et renforçant le sentiment d’une détention illi- mitée.

RÉMY PIGAGLIO

Depuis début février, ces prisonniers protestent contre une « profanation » de leurs corans par les gardes de sécurité.

d

condamnée par le Comité inter- national de la Croix-Rouge (CICR), et trois prisonniers ont été hos- pitalisés. Le « raid » de samedi matin

Cette contestation est aussi une manière d’attirer l’attention du monde sur leur détention.

d

visait à « briser » ce mouvement. Les gardes ont été accueillis avec des « armes improvisées », selon l’armée qui a répliqué avec des tirs d’armes non létales, dont le type n’a pas été précisé. Après des heures d’affrontements, les détenus ont été placés dans des cellules individuelles. Le Pentagone recensait 43 dé- tenus en grève de la faim à la veille du raid, un chiffre en aug- mentation constante depuis le début du mouvement en février. Les avocats contestent ce chiffre et comptent 130 personnes en grève – sur un total de 166 déte- nus présents à Guantanamo.

D’où est partie la contestation?

Qui sont les détenus en grève de la faim?

Les grévistes sont surtout issus du « camp 6 ». Cette partie du centre abrite la plupart des pri- sonniers contre lesquels aucune charge n’a été retenue par l’admi- nistration américaine mais que celle-ci ne veut ou ne peut pas libérer. La majorité des détenus sont en effet originaires de pays instables, comme le Yémen, vers lesquels les États-Unis refusent de les expulser pour des raisons de sécurité. Dans le « camp 6 », les prisonniers peuvent participer à des activités communes – prières, télévision, etc. – et accéder à une cour de promenade à l’air libre.

Les détenus affirment que, le 6 février, des corans ont été exa- minés par leurs gardes au cours

EnAntarctique,

lafontedelaglaces’accélère

d Sur la péninsule antarctique, des climatologues viennent de montrer que la glace des cinquante dernières années

a fondu en moyenne dix fois

plus vite que celle accumulée

il y a six cents ans.

Tout a commencé avec un forage réalisé dans le nord-ouest de l’An- tarctique, près de la péninsule, dans l’île James Ross. Les climatologues ont cherché à comparer le climat des cinquante dernières années avec celui des mille dernières années. « Nous avons foré une carotte de 400 m de long recouvrant le dernier millénaire avec une bonne résolution temporelle, explique Françoise Vi- meux, climatologue à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), l’un des auteurs ayant publié ce travail dans le journal Nature Geoscience. Son examen permet de compter les cycles annuels de certains éléments chimiques et la composition isotopique de la glace. En effet, ces éléments réagissent différemment selon les températures d’été ou d’hi- ver. »

Plus précisément, les chercheurs ont pu décompter les phases de fonte et de regel. L’été, la glace fond en surface, se transformant en neige

puis en eau. Mais aux premiers frimas de l’hiver suivant, elle regèle. « Cette

succession de fusion/congélation peut se repérer facilement. Les couches où il y a moins de bulles trahissent un tassement de la glace, ce qui signifie qu’il y a eu un phénomène de fonte/ regel », précise-t-elle.

L’été, la glace fond en surface, se transformant en neige puis en eau. L’hiver suivant, elle regèle.

Les chercheurs ont établi que la plus petite quantité de glace fondue et les températures les plus basses ont prévalu il y a six cents ans. « À cette époque, les températures se si- tuaient autour de 1,6 °C au-dessous des températures enregistrées à la fin du XX e siècle et la proportion de neige tombée chaque année ayant fondu

puis regelé était de 0,5 %. Aujourd’hui, elle est de 5 %, soit dix fois plus », ex- plique Nerilie Abram, de la British Antarctic Survey de Cambridge (Grande-Bretagne). Ces phénomènes de fonte/regel correspondent bien aux épisodes de débâcle des icebergs et des grosses plates-formes de glace. Est-ce à dire que l’Antarctique fond plus vite que prévu? « Il faut rester prudent, car la péninsule antarctique exprime un comportement différent de celui du reste de l’Antarctique. Dans la péninsule, on a relevé jusqu’à un réchauffement de 4 °C, sans commune mesure avec les régions Est et Ouest du continent où les températures moyennes de l’air sont stables, voire même légèrement plus basses. » Globalement, en Antarctique, la fonte de la glace en surface n’a jamais été aussi élevée qu’aujourd’hui. Le réchauffement climatique est donc toujours en marche, même si, dans la revue Nature Climate Change du 7 avril, des climatologues relevaient que, tout en étant la décennie la plus chaude jamais enregistrée, la décen- nie 2000-2010 semblait marquer une « pause » au niveau mondial.

DENIS SERGENT

eSSenTIeL LepianisteturcFazilSay condamnépourblasphème Un tribunal d’Istanbul a condamné hier le célèbre
eSSenTIeL
LepianisteturcFazilSay
condamnépourblasphème
Un tribunal d’Istanbul a
condamné hier le célèbre
pianiste-compositeur turc Fazil
Say, 43 ans, à dix mois de
prison avec sursis pour avoir
diffusé sur les réseaux sociaux
des propos jugés
blasphématoires à l’endroit de
la religion musulmane. L’artiste
n’était pas présent à l’audience
où il a été reconnu coupable
d’«insulte aux valeurs religieuses
d’une partie de la population»
après avoir publié sur son
compte Twitter des tirades
provocatrices sur les
musulmans et l’islam. Fazil Say
risquait une peine d’un an et
demi de prison ferme.
Notoirement hostile au
gouvernement islamo-
conservateur au pouvoir en
Turquie depuis 2002, lors de la
première audience de son
procès en octobre, il était venu
lui-même clamer son innocence
en
assurant
Bodo Marks / dPa / aFP
qu’aucun de ses messages
«n’avait pour objectif d’insulter,
d’humilier» l’islam et ses fidèles.
Dans les médias, il avait ensuite
accusé le Parti de la justice et
du développement (AKP, issu
de la mouvance islamiste) au
pouvoir d’être à l’origine des
poursuites lancées contre lui.
Égypte Libéré, Hosni Moubarak
devra quand même rester en prison
La justice a ordonné hier la libération conditionnelle de l’ancien
président Hosni Moubarak, poursuivi pour la mort de centaines
de manifestants en 2011, mais il reste en détention dans le
cadre d’autres affaires, a annoncé la télévision d’État. L’avo-
cat de l’ancien président, détenu depuis avril 2011, avait de-
mandé sa libération, estimant que son client avait dépassé
la période maximale de détention préventive. Hosni Mouba-
rak reste pour l’instant détenu, le parquet l’ayant placé en
détention préventive dans une nouvelle affaire de corruption.
KOWEÏT
AFRIQUE DU SUD
Un leader de l’opposition
condamné
Sorti de l’hôpital,
« Mandela va bien »
Musallam Al Barrak, l’un des
meneurs de l’opposition koweï-
tienne, a été condamné hier à
cinq ans de prison pour « diffa-
mation à l’encontre de l’émir »
du Koweït. C’est la première
fois qu’un homme politique
est condamné sur la base de
ce délit. L’opposition a appelé à
manifester hier soir. « Le verdict
est illégal mais je me rendrai à la
police si elle vient me chercher »,
a affirmé Musallam Al Barrak.
L’ancien président sud-africain
Nelson Mandela « va bien », a af-
firmé son épouse Graça Machel
hier. Hospitalisé pendant dix
jours pour une pneumonie fin
mars-début avril, le prix Nobel
de la paix est rentré chez lui le
6 avril. Premier président noir
du pays, icône de la lutte contre
l’apartheid, Nelson Mandela
s’est retiré de la vie politique
et n’a fait aucune apparition
publique depuis 2010.
ALLEMAGNE Le procès des néonazis
a été reporté au 6 mai
Le tribunal de Munich a décidé hier de reporter le début du pro-
cès des néonazis au 6 mai. Cinq personnes doivent être jugées
pour les meurtres de plusieurs personnes d’origine étrangère et
d’une policière entre 2000 et 2006. Le tribunal a estimé devoir
revoir la procédure d’accréditation des journalistes, après que la
Cour constitutionnelle l’a jugée illégale. Une polémique avait
éclaté ces dernières semaines car aucun journaliste turc n’avait
reçu d’accréditation, les places réservées à la presse ayant été
attribuées sur le principe du « premier arrivé, premier servi ».

Économie

12 mardi 16 avril 2013
12 mardi 16 avril 2013

12

mardi 16 avril 2013

Surwww.la-croix.com T La mimolette devient indésirable aux États-Unis T La taxe Tobin européenne effraie les entreprises

Les«nouvellesfrontières»

deGDFSuez

d Le groupe va mettre en service trois nouvelles centrales au Moyen-Orient.

d Il compte accélérer son développement dans un certain nombre de nouveaux pays.

d En Europe et en France, il réduit sa production face à la baisse de la demande et à la concurrence indirecte du gaz de schiste américain.

/ Martina n olte gallery / wikicc Media.org
/ Martina n olte gallery / wikicc
Media.org

Chantier de la centrale à charbon de Wilhelmshaven (Allemagne), en 2012. Les européens utilisent le charbon américain à bas prix.

ternational Power, le britannique racheté en 2010, qui lui a permis de se hisser au deuxième rang mondial des énergéticiens. En Turquie, le groupe est bien placé pour participer au projet d’une deuxième cen- trale nucléaire, développé par le japonais Mitsubishi. « Nous ne sommes pas mono-énergie. Le mix énergétique doit être différent selon les pays, voire selon les régions », explique Gé- rard Mestrallet, en affirmant vouloir « gar- der l’option nucléaire ouverte ». Le groupe exploite sept réacteurs en Belgique, mais deux (Doel 3 et Tihange 2) sont actuelle- ment à l’arrêt, après la découverte de traces de fissures dans les cuves. Cette accélération au plan international contraste évidemment avec une situation compliquée en Europe. GDF Suez a ainsi annoncé la semaine dernière en comité central d’entreprise son intention d’arrêter trois de ses quatre centrales gaz en France, qui sont pourtant toutes neuves. Celle de Cycofos à Fos-sur-Mer (Bouches-du- Rhône), d’une capacité de 490 MW, va être mise sous cocon, c’est-à-dire maintenue en état de redémarrer, dans l’attente de jours meilleurs. Celle de Combigolfe, éga- lement à Fos, et celle de Spem, à Montoir- de-Bretagne (Loire-Atlantique), ne tour- neront désormais plus que l’hiver. Ces décisions ne constituent pas une surprise. Depuis 2009, le groupe a déjà

stoppé 8 000 MW de capacités en Europe, et il a annoncé en février, lors de la présen- tation de ses résultats, « l’optimisation » de

au nord de l’Allemagne, l’autre à Rotterdam (Pays-Bas). « Une fois achevée leur construc- tion, plus de la moitié de nos investissements

JEAn-CLAuDE BourBon

3

000 MW supplémentaires, en passant

se feront hors d’Europe », affirme Gérard

2

milliards d’euros de dépréciations sur ces

Mestrallet.

actifs européens. Comme ses concurrents, GDF Suez doit faire face à la baisse de la demande d’électricité, en particulier de la part des industriels qui produisent moins. Mais surtout, les centrales à cycle com- biné gaz (CCG) souffrent de plus en plus de la concurrence du charbon américain, qui débarque à bas prix en Europe, faute de trouver preneur aux États-Unis où le gaz de schiste est en plein essor. Aujourd’hui d’ailleurs, les deux plus gros chantiers de GDF Suez en Europe sont deux centrales charbon dernier cri, l’une à Wilhelmshaven,

Le patron de GDF Suez a beau être un Européen convaincu, il ne cache pas ses critiques contre la politique européenne de l’énergie. « L’Europe a donné la priorité à la lutte contre le réchauffement climatique, explique-t-il. C’est nécessaire, mais mal- heureusement aujourd’hui le constat s’im- pose: c’est un échec. Le système est devenu plus fragile qu’avant et les risques de pannes se sont accrus. Avec les énergies renouve- lables, on ajoute des capacités aux surca- pacités existantes. »

REPÈRES pour un résultat net de 1,55 milliard d’euros. GW de capacités en construction, dont
REPÈRES
pour un résultat net de
1,55 milliard d’euros.
GW de capacités en
construction, dont 80 %
Le déveLoppement
de GdF Suez
danS LeS payS
émerGentS
P Il emploie 219 300
personnes dans
le monde.
dans les pays émergents.
Le gaz représente 59 %
des capacités électriques
P La capacité installée
P Le chiffre d’affaires
de GDF Suez a
dépassé l’an dernier
97 milliards d’euros,
du groupe atteint 116
gigawatts (GW).
du groupe, contre 14 %
pour le charbon et autant
pour l’hydroélectricité,
P À la fin de 2012,
le groupe avait 9,6
5 % pour le nucléaire
et 3 % pour l’éolien.

GDF Suez pousse les feux dans les pays émergents. L’énergéticien annonce au- jourd’hui la mise en service de trois grandes centrales gaz dans les pays du golfe Per- sique: une à Oman, une autre en Arabie saoudite et une troisième au Koweït. Au total, 3 217 mégawatts (MW) de nouvelles capacités, l’équivalent de trois réacteurs nucléaires. Ces investissements de 3,8 milliards de dollars visent à répondre à la demande croissante d’électricité de ces pays, notam- ment pour le dessalement de l’eau de mer et la climatisation. Sur l’ensemble du Moyen-Orient, le groupe affiche désormais un parc de production de 27 000 MW, soit plus que la capacité installée de son parc en France, au Benelux et en Allemagne (26 300 MW, à la fin 2012). Le groupe s’intéresse aussi beaucoup au Maroc. C’est « une bonne base pour un dé- veloppement futur en Afrique de l’Ouest », explique son président Gérard Mestrallet. Il y a une dizaine de jours, il a inauguré une nouvelle station d’épuration à Casablanca, en compagnie du roi Mohammed VI et de François Hollande. Un mois plus tôt, le groupe avait annoncé la construction d’un parc éolien à Tarfaya, dans le sud du Maroc. D’une puissance de 300 mégawatts (MW), ce sera le plus grand d’Afrique. Il négocie aussi la réalisation d’une centrale charbon de 1 300 MW à Safir, et travaille un projet de parc solaire à Ouarzazate. Si tout est mené à bien, le groupe assurerait alors, à lui seul, un quart

de la production électrique du pays. Le Maroc fait par- tie de ce que les stratèges du groupe appellent mainte- nant des « nouvelles

frontières », c’est-à- dire des pays où l’entreprise est peu ou pas du tout présente, mais qui affichent tous de belles perspectives de croissance. Il y a, par exemple, la Mongolie, l’Afrique du Sud, le Koweït, la Malaisie, l’Inde, le Vietnam, la Birmanie ou la Turquie. Ces pays « ont besoin d’infrastructures énergétiques et d’investissements étrangers », souligne le patron de GDF Suez. En Mongolie, le groupe a signé l’an der- nier le contrat de construction d’une cen- trale thermique qui couvrira la moitié des besoins du pays. En Inde, il travaille sur un terminal méthanier flottant. GDF Suez peut s’appuyer sur l’expertise des équipes d’In-

Cette accélération au plan l’international contraste évidemment avec une situation compliquée en Europe.

mardi 16 avril 2013 13 Sciences&éthique
mardi 16 avril 2013
13
Sciences&éthique

Le ministère de la santé semble favorable à la vente de tests rapides permettant de dépister, seul chez soi, le virus du sida. Longtemps réticents, médecins et associations jugent qu’ils peuvent faciliter l’accès au dépistage

LesautotestsduVIH/sida

pourraientêtreautorisésenFrance

S era-t-il possible, demain, de faire, tout seul chez soi, un test de dépistage du vi- rus du sida, acheté en phar- macie ou sur Internet? Il y a seulement quelques an- nées, une telle perspective aurait été inimaginable en

France. Dans un même élan, médecins et responsables associatifs auraient bondi pour s’opposer à cette mesure qui, au- jourd’hui, est sérieusement envisagée par la ministre de la santé. Le 5 avril, Marisol Touraine a confirmé son intérêt pour ces autotests, tout en précisant qu’ils ne « peu- vent constituer qu’un outil de plus pour favoriser le dépistage ». Avant de se pro- noncer, elle va certes demander un avis à l’Agence du médicament et à la Haute Autorité de santé (HAS). Mais l’affaire semble bien engagée. Jusque-là hostile à

ces autotests, le Conseil national du sida, une instance consultative, vient de donner son feu vert à leur mise en place, égale- ment réclamée, désormais, par les méde- cins et les associations. Quant au Comité national d’éthique, qui s’était prononcé contre en 2004, il a rendu public le 22 mars un avis prudent mais nettement plus fa- vorable (lire page suivante). Aujourd’hui, on estime qu’environ 150 000 personnes en France vivent avec le VIH, le virus du sida. Parmi elles, envi- ron 20 %, soit 30 000 personnes, ignorent leur séropositivité. La première consé- quence est individuelle: ces personnes se mettent en danger en accédant souvent trop tardivement au diagnostic et au trai- tement. Mais cette « épidémie cachée » a aussi un enjeu collectif: ces séropositifs qui s’ignorent peuvent transmettre le virus à des partenaires qui ne se protègent pas. S’ils avaient connaissance de leur infec- tion, ils pourraient modifier leurs com- portements et surtout recevoir un traite- ment antirétroviral qui, en diminuant très fortement la quantité de virus dans l’or- ganisme, permettrait de réduire son risque de transmission. Voilà la raison pour la- quelle cette question du dépistage est aujourd’hui jugée cruciale pour essayer de freiner la dynamique d’une épidémie qui reste active en France: chaque année, on y recense 6 000 nouvelles découvertes de séropositivité. Le dépistage est pourtant très développé en France. Chaque année, environ cinq

REUTERS
REUTERS

Information sur l’utilisation de l’autotest salivaire OraQuick aux États-Unis. En juillet dernier, les autorités sanitaires américaines ont autorisé sa commercialisation, notamment sur Internet. Un tournant qui a incité le ministère français de la santé à se pencher sur le dossier.

millions de tests sont réalisés, principa- lement dans des laboratoires de ville (77 %), à l’hôpital (16 %) ou dans un centre de dépistage anonyme et gratuit (7 %). Dans ces structures, le test est fait sur pres- cription d’un médecin et le résultat est délivré au bout d’un jour ou deux, parfois plus. Mais, manifestement, cette offre de dépistage n’est pas suffisante. « Dans beau- coup d’endroits, notamment en province, la stigmatisation de l’homosexualité reste très difficile à vivre. Et un certain nombre de personnes qui ont une sexualité cachée ne souhaitent pas avoir recours au système de dépistage classique, par crainte d’une rupture de la confidentialité », constate Tim Greacen, directeur de recherche à l’hôpital Maison-Blanche à Paris. Égale-

ment très vulnérables face au VIH, les populations migrantes ont souvent aussi des réticences à accéder à ce dépistage un peu institutionnel. Conscient du problème, le ministère s’est engagé en 2010 dans une petite ré- volution: le « dépistage communautaire », c’est-à-dire la possibilité que, pour la pre- mière fois en France, des tests VIH soient réalisés par des non-médecins, en l’oc- currence des militants associatifs ayant reçu une formation. L’association la plus active dans ce domaine est Aides, qui propose des tests de dépistage rapide à orientation diagnostique (Trod). La pro- cédure est assez simple : on prélève une goutte de sang au bout du doigt de la per- sonne, qui obtient le résultat au bout d’une

trentaine de minutes. « En 2012, nous avons réalisé près de 23 000 tests dans nos permanences en France, mais aussi, très largement, en dehors. Nous proposons

aussi ce dépistage sur le terrain, dans des bars, des saunas, des com- merces africains, pour essayer de toucher le plus de gens possible », explique Jean-Marie Le

Gall, de l’association Aides. Ces tests sanguins rapides existent

depuis le milieu des années 1990 aux États- Unis. En France, leur vente est pour

l’instant interdite au grand public.

Chaque année, on recense en France 6 000 nouvelles découvertes de séropositivité.

ppp

(Lire la suite du dossier page14.)

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14

mardi 16 avril 2013

TLesautotestsduVIH/sida

pourraientêtreautorisés

enFrance

(Suite de la page13.)

Jason KEMPIn/REDUX-REa
Jason KEMPIn/REDUX-REa

autotest OraQuick. Environ 150 000 personnes en France vivent avec le VIH. Parmi elles, à peu près 20 % ignorent leur séropositivité.

Les autotests répondent à un désir de liberté des citoyens, estime le Comité d’éthique, qui met aussi en garde contre des dérives possibles

Concilierl’autonomiedespersonnes

etlaprotectiondesplusvulnérables

C omment concilier la volonté d’un nombre croissant de citoyens de bénéficier d’une plus grande au- tonomie dans l’accès aux infor-

mations concernant leur santé, avec la nécessaire solidarité et protection des per- sonnes les plus vulnérables? Cette question importante est au cœur de l’avis du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), rendu public le mois dernier sur les au- totests du VIH/sida. « Si les pouvoirs publics les autorisent, il faudra prendre certaines précautions éthiques », estime Patrick Gau- dray, directeur de recherches au CNRS et membre du CCNE. Le Comité reconnaît que ces autotests représentent pour les personnes une liberté et une autonomie nouvelles: être les pre- mières et même les seules à connaître leur

statut sérologique vis-à-vis du VIH et échapper à ce qu’elles « peuvent ressentir à tort ou à raison » comme le pouvoir d’un tiers (médecins, associations, institutions publiques…) dans l’accès à cette informa- tion. « Le souhait exprimé par certains, et perçu dans les enquêtes d’opinion, de pou- voir disposer d’autotests est un signe, parmi

risque potentiel:

celui d’une rupture de l’anonymat recherché par les personnes qui achètent ces autotests sur le Web.

d’autres, du désir croissant de très nom- breuses personnes de se procurer elles- mêmes (via Internet ou non) les informa- tions, savoirs, services, produits de santé auxquels elles n’avaient pas accès hier en droit ou en fait », souligne le CCNE, en relevant que cette « tendance forte de la société » s’accompagne d’une autre de- mande « apparemment contradictoire »:

celle d’une régulation et d’une protection accrues des autorités publiques qui se « réfèrent au principe de précaution ». Et le Comité de poser une question :

libres, les personnes sont-elles pour autant totalement autonomes? « Le fait de pouvoir disposer de ces autotests, simples d’utilisa- tion, peut être considéré comme un progrès.

Mais on peut aussi considérer que la facilité d’accès à ces outils pourrait favoriser cer- taines pressions, par exemple familiales ou professionnelles, pour qu’une personne fasse un test dont le résultat serait immé- diatement disponible », estime Patrick Gaudray. « L’apparente autonomie de réa- lisation des autotests se trouverait alors totalement faussée, voire remplacée par un risque accru de perte de liberté, d’autono- mie, de confidentialité et d’anonymat qui pourrait conduire à des phénomènes de discrimination, voire de chantage exercés sur des personnes », avertit le CCNE. Autre risque potentiel: celui d’une rupture de l’anonymat recherché par les personnes qui achètent ces autotests sur le Web. « Sur beaucoup de sites Internet, la confidentia- lité annoncée est probablement incontrô- lable. (…) Comment s’opposer, pour qui le voudrait vraiment, au fait de lister les per- sonnes s’intéressant à ces autotests et donc de violer leur intimité ? », s’interroge le Comité, qui préconise une distribution de ces outils par les pharmacies ou sur les sites des pharmacies. Enfin, le CCNE estime que la réflexion sur ces autotests du VIH/sida s’intègre dans un contexte plus large: celui d’une éven- tuelle commercialisation d’autres tests, sans accompagnement médical, et notamment des tests génétiques (lire page suivante), qui feront l’objet d’un prochain avis.

P. B.

ppp

Mais il est possible de s’en procu-

rer sur Internet via des sites basés à l’étran- ger. « Il faut être très prudent, car certains sites proposent des produits de qualité très douteuse », avertit Jean-Marie Le Gall. En juillet dernier, une nouvelle étape a été franchie, lorsque les autorités sanitaires américaines ont autorisé la commercia- lisation, notamment sur Internet, du test Oraquick qui permet, à partir d’un pré- lèvement de salive, de faire soi-même, chez soi, un dépistage du VIH. Un tournant qui a incité le ministère français de la santé à se pencher lui aussi sur le dossier. Pendant longtemps, le monde du VIH/ sida est pourtant resté hostile à ces auto- tests. Avec un argument de poids: il n’était pas souhaitable qu’une personne puisse découvrir, seule, sa séropositivité, sans pouvoir bénéficier d’un accompagnement immédiat: c’est-à-dire la possibilité d’être informée, soutenue et orientée dans le système de soins. « Il y avait cette crainte qu’une personne un peu fragile et isolée se suicide face à un résultat positif », sou- ligne le professeur Jean-Louis Vildé, in- fectiologue et rapporteur du récent avis du Comité d’éthique. Cette crainte n’a aujourd’hui pas totalement disparu. Mais le contexte thérapeutique a largement changé, avec l’arrivée, à partir de 1996, de multithérapies très efficaces pour contrôler l’infection à VIH. « La découverte d’une séropositivité reste une épreuve, car le sida est une maladie chronique relati- vement lourde. Mais ce n’est plus une sen- tence de mort comme par le passé », constate le professeur Jean-François Delfraissy, directeur de l’Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS). Voilà pourquoi, désormais, de nom- breux spécialistes estiment que ces auto- tests ont leur place dans la panoplie du dépistage. « Ils peuvent être un outil inté- ressant pour des personnes qui jugent ce mode de dépistage très pratique, rapide, et permettant une totale confidentialité », souligne Tim Greacen, qui a mené une enquête sur ce sujet auprès de 9 000 ho- mosexuels masculins. Sinon, tout le monde s’accorde à dire que la vente de ces autotests devra être un peu encadrée. Certains proposent qu’ils soient délivrés uniquement en pharmacie. D’autres mi- litent pour qu’ils soient aussi disponibles sur Internet, mais sur des sites validés par les autorités sanitaires, afin de s’assurer de la fiabilité des produits proposés. « Il faudrait aussi rendre ces autotests acces- sibles à tous », avertit Tim Greacen, en relevant que le prix du test américain OraQuick, soit 40 dollars (30 €), reste « en- core dissuasif pour beaucoup de gens ».

PIerre BIenVauLt

repères un résultat positif, quand l’infection est présente, est moins optimale (92,9 %). Les Limites
repères
un résultat positif, quand l’infection est
présente, est moins optimale (92,9 %).
Les Limites des autotests
P une moindre performance. Autorisé en
juillet 2012 par les autorités américaines,
le test salivaire Oraquick est un peu moins
performant que les tests utilisés dans les
laboratoires. Sa capacité à donner un résultat
négatif en l’absence d’infection est satisfaisante
(99,8 %). En revanche, sa capacité à donner
P L’information des utilisateurs.
Cette moindre performance doit être portée
à la connaissance des usagers,
estiment médecins et associations,
qui s’accordent pour exiger des fabricants
de ces autotests la mise en place
d’une ligne d’information et de soutien.
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mardi 16 avril 2013

15

entretien EmmanuEllE Prada-BordEnavE

directrice générale de l’Agence de la biomédecine

«Attentionauxtestsgénétiques

vendussurInternet»

d Pour la patronne de l’Agence de la biomédecine, les tests génétiques accessibles sur certains sites basés à l’étranger peuvent délivrer des informations « sans pertinence ou potentiellement anxiogènes » pour des non-initiés.

E n conclusion de son avis

sur les autotests du vIH/

sida, le Comité national

d’éthique estime qu’il

faut élargir le débat à d’autres tests pouvant être réalisés sans accom-

pagnement médical, notamment des tests génétiques. Cela vous semble-t-il judicieux?

Emmanuelle Prada-Borde-

nave: Oui, tout à fait. Il est au­ jourd’hui nécessaire d’ouvrir le débat sur les tests génétiques, sur leur finalité et surtout sur le risque auquel on s’expose en achetant sur Internet un test de ce type. C’est important de dire que le conseil génétique s’inscrit dans une démarche de soins et d’ac­ compagnement. Ces tests, vendus en accès direct, ne peuvent délivrer qu’une information dénuée de pertinence et potentiellement dangereuse. Il convient aussi de rappeler que l’achat de ces tests sur Internet est interdit pour les personnes résidant en France. Cela est passible de 15 000 € d’amende et d’un an de prison. Mais il est bien difficile de tout contrôler et d’empêcher tout achat via des sites basés à l’étranger.

Quels types de tests trouve-t-on sur Internet?

E. P.-B.: La plus grosse partie de l’offre concerne des tests prédictifs, visant à donner une information sur le surrisque de développer un jour telle ou telle maladie. Les fa­ bricants savent que s’ils veulent gagner de l’argent, ils doivent ci­ bler des maladies fréquentes dans les populations vivant dans les pays favorisés. On trouve donc des tests sur le diabète, l’hypertension artérielle, la maladie d’Alzheimer… La première limite est que ces pa­ thologies ne sont pas monogé­ niques (NDLR: résultant de l’alté- ration d’un seul gène), mais sont liées à divers facteurs environne­ mentaux (modes de vie, alimen­ tation…). Le facteur génétique n’est qu’un élément parmi d’autres. Imaginons le cas d’une femme qui va acheter un test pour savoir si elle est porteuse ou non d’un gène de prédisposition au cancer du sein. Si ce test lui dit que ce n’est pas le cas, sans autre précision, cette femme pourra très bien se dire que, n’étant pas por­

teuse du gène, elle est assurée de ne jamais développer cette mala­ die au cours de sa vie. Elle peut alors négliger certaines mesures de prévention, sans savoir que la prédisposition génétique n’est à l’origine que d’un nombre très limité de cancers du sein. Parfois,

à l’inverse, ces tests vont créer des angoisses inutiles ou démesurées.

dans quelles circonstances?

E. P.-B.: Par exemple, le test va

dire à une personne que, par rap­

port au reste de la population, elle

a un risque multiplié par deux de

développer telle maladie. C’est une information qui peut être très impressionnante, voire angois­ sante pour un non­initié. Mais prenons le cas d’une maladie rare, qui va toucher 0,004 % de la po­ pulation. Avoir un risque multiplié par deux signifie que ce risque passe à 0,008 %. Ce qui reste, glo­ balement, un risque très faible. Il existe une autre différence impor­ tante par rapport à un autotest du VIH/sida: cet outil va fournir une information qui ne concerne que la personne ayant fait le test. Alors que, dans le cas d’un test géné­ tique, l’information va concerner la personne, mais aussi sa famille. Et c’est une information qui peut être dévastatrice, si elle n’est pas délivrée avec toutes les précisions et nuances nécessaires. Par exemple, il existe des pathologies qui vont s’exprimer de manière différente au sein d’une même famille : un enfant pourra déve­ lopper une forme grave, tandis

qu’un autre, porteur du même gène, ne fera qu’une manifestation bénigne. Dans le domaine de la génétique médicale, l’information est complexe à décrypter et il n’est pas raisonnable de gérer seul ce type d’information.

Comment peut-on empêcher ces achats sur Internet?

E. P.-B.: D’abord en faisant, plus

que jamais, un travail de sensibi­ lisation et de pédagogie. Il faut dire aux Français qu’ils ont la chance d’avoir un système de santé où, dans le cas d’une mala­ die grave, ils pourront facilement avoir accès à une consultation de haut niveau, où des généticiens sauront expliquer la signification de tel ou tel test, le risque pour la personne et pour ses proches, et les modes de prises en charge qui pourront être proposés. Voilà le message que nous ferons passer dans un site Internet que nous ouvrirons fin 2013 pour informer le grand public sur la génétique médicale.

recueiLLi par

PIERRE BIENVAULT

actu sciences Des océanographes de l’IRD ont démontré le rôle de la surpêche dans la
actu sciences Des océanographes de l’IRD ont démontré
le rôle de la surpêche dans la pullulation de méduses
Lasurpêche,responsable
delaproliférationdesméduses
D epuisledébutdesannées
2000, au Japon, au
Mexique ou en Méditer­
ranée, les méduses, or­
ganismes gélatineux aux couleurs
souvent chatoyantes nageant ver­
ticalement comme des montgol­
fières, envahissent la haute mer et
les côtes, entraînant des désagré­
ments pour les touristes mais aussi
pour les petits pêcheurs côtiers. La
cause de ces pullulations ? Le ré­
chauffement climatique et la mo­
dification des courants marins, la
pollution organique (engrais ou
aliments) entraînant une eutrophi­
sation de l’eau, la surpêche ? En
2009, des océanographes austra­
liens et américains commencent à
incriminer la surpêche. Mais, pour
Dans les zones où les petits poissons se font plus rares,
les méduses ont le champ libre pour prospérer.
« Une approche
globale de
la première fois, des biologistes du
Centre de recherche méditerranéenne
et tropicale de Sète (IRD­Ifremer) ont
la gestio
n des
mers se
révèle
démontré, dans Bulletin of Marine
Science, le rôle prépondérant de la
surpêche.
Pour cela, utilisant le sud de l’océan
urgente.
»
Atlantique comme un laboratoire gran­
deur nature, ils ont comparé l’évolution
de deux écosystèmes baignés par le courant océa­
nique Benguela remontant la frange ouest de
l’Atlantique, le premier situé au large de la Nami­
bie, pays où les mesures de gestion halieutique
sont peu contraignantes, l’autre situé à 1 000 km
plus au sud au large de l’Afrique du Sud, nation
où la pêche est très contrôlée depuis soixante ans.
Résultat: « En Namibie, les quelque 10 millions de
tonnes de petits poissons pélagiques (sardines,
anchois et harengs qu’on appelle poisson-fourrage)
présents dans les années 1960 ont laissé place à
12 millions de tonnes de méduses, explique Philippe
Cury, directeur de recherche à l’Institut de re­
cherche pour le développement (IRD). On estime
que la biomasse de méduses est égale à 2,5 fois celle
des poissons: c’est énorme, et on ne sait pas si cette
situation est réversible », poursuit­il.
En Afrique du Sud, en revanche, la pression de
la pêche étant adaptée chaque année en fonction
des quantités disponibles, on n’observe pas cette
invasion de méduses. Toutefois, le déclin des
prédateurs (thon, tortue marine) et le chalutage
profond ne sont pas à exclure. La nature ayant
horreur du vide, dans les zones où les petits pois­
sons se font plus rares, il n’y a plus de compétition
pour le plancton et les méduses ont le champ
libre pour prospérer. Un cercle vicieux s’instaure.
Serons­nous bientôt contraints de manger des
méduses? « Le risque de n’avoir bientôt plus que
ces corps gélatineux dans nos assiettes est au-
jourd’hui une réalité », estime Philippe Cury.
Comment inverser la tendance? « Une approche
globale de la gestion des mers se révèle urgente.
Tous les maillons de la chaîne alimentaire doivent
être pris en compte », souligne le biologiste marin,
qui vient de publier sur ce thème un livre grand
public (1).
DENIS SERGENT
(1) Mange tes méduses!, Odile Jacob, 216 p., 21,90 €.
un Livre
w
Pasteur et ses lieutenants
Retrouvez
d’Annick Perrot et Maxime Schwartz
les cahiers
Odile Jacob, 270 p., 24,90 €
sciences
& éthique
sur www.
la-croix.
com.
« Il y avait un côté militaire en Pasteur. Il y avait
du Napoléon (…) », disait le prix Nobel François
Jacob. Mais qu’aurait fait un chef militaire sans
armée et, plus particulièrement, sans lieutenants ?
s’interrogent les auteurs, Annick Perrot, conser­
vateur honoraire du Musée Pasteur, et Maxime
Schwartz, biologiste et ancien directeur général
de l’Institut sis rue du Docteur­Roux. Bien injus­
tement, la mémoire collective a tendance à les
oublier: Émile Duclaux, l’animateur de l’Institut ;
Émile Roux, qui met au point la sérothérapie an­
tidiphtérique ; Albert Calmette et Camille Guérin,
inventeurs du BCG, le vaccin contre la tubercu­
lose ; Alexandre Yersin, découvreur du bacille de
la peste ; Élie Metchnikoff, le premier à constater
que les globules blancs nous défendent en dé­
vorant les microbes ; Gaston Ramon, qui conçoit
les vaccins antitétanique et antidiphtérique…
Médecins, pharmaciens, vétérinaires, français,
suisses ou russes, œuvrant dans l’ex­empire fran­
çais et au­delà, vouant une
admiration sans bornes à
« l’homme à la redingote
noire », souvent touchés de
prèsparlamortdeproches
victimes d’une infection, tous ont fait corps au­
tour de leur mentor, menant une véritable guerre
contre les microbes et les maladies infectieuses
dont on ne réalise plus l’importance aujourd’hui
en Occident, en termes de mortalité. Alternant
avec bonheur extraits de biographies écrits à la
première personne et passages plus formels,
mettant en contexte les enjeux, la démarche et
la résistance aux idées nouvelles, sans omettre
quelques éléments de leur vie privée, ce livre
dresse finalement l’histoire d’une équipe dont
le but était de faire triompher la science et la
paix. On regrettera simplement que les auteurs
n’aient pas cru bon de mentionner l’ouvrage,
certes romancé, consacré à l’étonnant Yersin,
Peste & Choléra, de Patrick Deville (Seuil), prix
Femina 2012.
D. S.
PATRICK VALASSERIS/AFP
odILE jACob
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16

mardi 16 avril 2013

chronique

chronique
& éthique 16 mardi 16 avril 2013 chronique Dominique LAnG Journaliste Triste pluviôse En ce temps

Dominique

LAnG

Journaliste

Triste pluviôse

En ce temps de crise, à quoi bon se sou- cier du hamster d’Alsace? Et, de fait, la survie de Cricetus cricetus fait plutôt sou- rire, alors que les Alsaciens eux-mêmes ont bien du mal à envisager un avenir com- mun. Mais comment pourraient-ils, alors, se désintéresser ainsi de leur patrimoine vivant, unique en France ? Du coup, le hamster se retrouve bien désormais sur la triste liste des mammifères les plus mena- cés de ce continent. Et cela malgré les plans d’action locaux, les recommandations eu- ropéennes et les promesses nationales qui ont jalonné ces dernières années. Voilà qu’un arrêté préfectoral du 7 février dernier affirme avoir trouvé la solution décisive. Au nom d’un vieux texte datant du « 19 pluviôse (le bien nommé) de l’an V » et évoquant la destruction des espèces « nuisibles », on recommande l’organi- sation de « chasses particulières de des- truction par des tirs de nuit » ayant pour vocation de « minimiser au maximum les causes de mortalité en limitant la présence

de prédateurs, et notamment le renard ». Voilà donc l’ennemi numéro 1 de la petite bête (qui fut pourtant elle aussi bien long- temps considérée comme un « nuisible »), ce fameux goupil de notre enfance toujours prêt à un mauvais tour du côté des terriers de hamsters ou des nids de poulaillers. Ce sont les lieutenants de louveterie du Bas-Rhin qui, n’ayant pour l’heure pas de loup à se mettre sous la dent, sont auto- risés à tuer ainsi les renards dans un sec- teur regroupant pas moins d’une cinquan- taine de communes de la plaine d’Alsace. Pourquoi 50? Mystère, d’autant qu’on ne recense des terriers de hamster que sur 22 d’entre elles. Le directeur d’Alsace Na- ture, Stéphane Giraud, s’étonne de ce nouvel outil de protection de la nature, « la régulation des prédateurs », alors que les scientifiques savent bien que le main- tien d’une population animale relève d’une tout autre logique, bien plus complexe. Mais peut-être est-il plus simple de ras- surer la Commission européenne par des mesures aussi énergiques que de s’inter- roger sur les évolutions lourdes de l’en- vironnement naturel alsacien? Parmi celles-ci, l’apparition en quelques décennies d’un océan de maïs qui recouvre aujourd’hui les riches terres de la plaine d’Alsace: 70 % des labours sont désormais destinés à cet « or jaune » dont seul un tiers est pourtant destiné à l’alimentation

animale, le reste finissant, sous la forme

d’amidon, dans les biocarburants, les plas- tiques, emballages et produits cosmétiques en tout genre. Avec un rendement de pro- duction parmi les meilleurs de France et un très bon prix d’achat, on comprend que cette culture, richement irriguée, reste une affaire et une fierté. Et tant pis pour

le hamster et le renard, puisque leur four-

rure, longtemps exploitée, ne rapporte plus rien de nos jours. Ajoutez le morcellement du paysage par des lotissements toujours plus gourmands et des projets routiers toujours plus dé- mesurés, et vous aurez là quelques autres responsables de la mise en péril de la bio- diversité alsacienne. Dire que les natura- listes évoquent la nécessité d’une surface contiguë de 300 ha – sur les 140 000 culti- vés – pour que les populations de hamsters aient une chance de pouvoir se régénérer. Est-ce vraiment trop demander ? Sans doute en ces temps de crise, puisqu’on

apprend aussi que, du côté du lynx, cet autre mammifère précautionneusement réintroduit dans les Vosges, les nouvelles ne sont pas meilleures : des 21 individus importés des Carpates et réintroduits il y

a trente ans – le 5 mai 1983 –, il ne reste

plus aujourd’hui que 7 ou 8 descendants, autant direrien. Lafauteàlavoitureaveugle et au braconnage. La « régulation des pré- dateurs » se poursuit.

La « régulation des pré- dateurs » se poursuit. santé Dans un rapport offensif, l’Académie de

santé Dans un rapport offensif, l’Académie de médecine affirme qu’un trop grand nombre d’actes médicaux ou chirurgicaux sont dénués de pertinence

L’Académieventdebout

contrelesactesmédicauxinutiles

M ais quelle mouche a donc piqué l’Académie de méde- cine ? D’ordinaire prudente dans ses prises de position,

cette institution se montre aujourd’hui étonnamment offensive sur un sujet sen- sible : la pertinence des actes médicaux. « De nombreuses dérives existent », affirme un rapport de l’Académie, qui dénonce la multiplication d’actes ou d’examens médicaux sans réelle utilité. « Cela fait cinq ou six ans que ce sujet est sur la table mais rien ne bouge (…). Tout simplement parce que les hôpitaux, la Haute Autorité de santé (HAS) ou les responsables de la Sécurité sociale n’osent pas attaquer la responsabilité des médecins », assène le professeur René Mornex, ancien doyen de la faculté de médecine de Lyon, un des auteurs du rapport. Dans ce document, l’Académie cite di- vers exemples d’actes pratiqués, selon elle, à mauvais escient. « Les examens biolo- giques ne sont souvent pas correctement formulés et hiérarchisés », estime le rapport, qui dénonce un recours abusif à l’écho- graphie. « Cet examen est trop souvent réalisé banalement, voire systématiquement, sans recherche spécifique. Il peut découvrir des anomalies sans conséquence qui font enchaîner des examens complémentaires potentiellement nocifs », dénonce l’Acadé-

mie, tout aussi sévère sur la prescription médicamenteuse. « La mauvaise molécule est choisie parfois sur le critère de la nou- veauté et sur la pression des firmes », note le rapport. Les académiciens ont aussi en ligne de mire la chirurgie de la cataracte, dont la fréquence croît « significativement de manière non homogène » entre les ré- gions. Ce qui n’est pas sans conséquence pour les patients. « Aujourd’hui, quand on prend un rendez-vous chez un ophtalmo- logiste, il y a six mois d’attente. Tout sim- plement parce que cet ophtalmo est très occupé à enlever des cataractes. Résultat, le patient qui est en train de démarrer une DMLA (dégénérescence maculaire liée à l’âge) devra attendre pour être traité », af- firme le professeur Mornex. Ce débat sur l’inutilité d’un trop grand nombre d’actes médicaux et chirurgicaux n’est pas nouveau. Cela fait plusieurs an- nées que la Fédération hospitalière de France (FHF), déjà avec le professeur Mor- nex, en a fait un de ses chevaux de bataille. L’an passé, elle avait publié un sondage qui avait fait grand bruit dans la profession:

réalisé auprès de médecins, il montrait qu’un quart des actes médicaux (28 %) n’étaient pas pleinement justifiés. De leur côté, l’assurance-maladie ou la HAS font régulièrement le constat que nombre d’actes ne sont pas toujours effectués

dans le respect des bonnes pratiques. Selon l’Académie, plusieurs raisons ex- pliquent cette situation. Elle met d’abord en cause la formation des médecins qui, selon elle, ne repose pas suffisamment sur le « compagnonnage » ou sur l’enseigne- ment clinique. Elle dénonce aussi une application excessive du principe de pré- caution. « Cette pratique systématique d’une large prescription d’actes pour se “couvrir” en cas de plainte de la part d’un malade

est une attitude défensive, délé- tère, illusoire et inefficace », es- time l’Acadé- mie, tout en dénonçant le

« consum é-

risme médical ». « On voit trop de patients qui réclament toujours plus d’examens, toujours plus vite, en disant: j’ai payé, j’y ai droit », affirme le professeur Mornex, qui ne ménage pas non plus ses confrères. « Vous savez quelle est la région où on dé- pense le plus d’argent pour les cas un peu difficiles, comme les césariennes ou les exa-

mens coronariens? C’est l’Alsace, où il y a une caisse d’assurance-maladie bien gérée et très riche. Et les collègues alsaciens se disent: on peut y aller, ils payent… »

PIERRE BIENVAULT

en bref PALÉOANTHROPOLOGIE P Le crâne des Néandertaliens possède un petit détail qui n’appartient qu’à
en bref
PALÉOANTHROPOLOGIE
P Le crâne des Néandertaliens
possède un petit détail
qui n’appartient qu’à lui
Antoine Balzeau (Muséum-CNRS) et
Hélène Rougier (université de Los An-
geles), grâce à un microcosme à rayons
X, ont identifié une différence minime
entre un crâne de Néandertalien et un
crâne d’Homo sapiens. Il s’agit d’une
dépressionovalesituéesurl’osquiforme
l’arrière du crâne (os occipital). Une mi-
cro-concavitédueàunamincissementde
lacouchecentraledel’osetnon,comme
chez Homo sapiens, une dépression
due à l’insertion de muscles. L’existence
d’une telle micro-différence permettra,
àl’avenir,d’identifierdesspécimenstrès
fragmentaires, comme c’est souvent le
cas sur les chantiers de fouille.
BACTÉRIOLOGIE
P Même à faible dose,
les antibiotiques peuvent
favoriser l’apparition de
bactéries multirésistantes
Desbiologistesdel’InstitutPasteuretdu
CNRSontdémontréquel’utilisationd’an-
tibiotiques à faible dose est susceptible
d’augmen-
ter l’ap-
parition
de résis-
t a n c e s
chez des
bactéries
p
a t h o -
g
è n e s
w
comme celle du choléra (photo). Même
une concentration d’antibiotiques 100
fois moins élevée que la dose mortelle
suffit à activer chez ces bactéries une ré-
ponsedestress,appeléeSOS,quientraîne
l’acquisitiondegènesderésistance.Pour
développer de nouveaux traitements
antibactériens,leschercheursvontdonc
devoir bloquer ce mécanisme de SOS.
Retrouvez
les cahiers
IMMUNOLOGIE
sciences
& éthique
sur www.
P Les cellules souches sanguines
capables de « discernement »
la-Croix.
Des biologistes du Centre d’immuno-
com.
logie de Marseille-Luminy ont compris
commentlacellule-souchehématopoïé-
tique située dans la moelle osseuse se
spécialisaitenglobulesrouges,globules
blancs ou plaquettes sanguines. Alors
qu’on croyait que cette différenciation
se faisait de façon aléatoire, elle est
en fait due à un signal, une molécule
appelée M-CSF, que la cellule souche
perçoit et qui l’amène à fabriquer en
retour les cellules les plus aptes à faire
faceàundanger. Comme, par exemple,
des globules blancs mangeurs de mi-
crobes pour lutter contre une infection.
Àterme,ilserapossibled’utiliserM-CSF
pour accélérer la fabrication de ces
cellules chez les malades confrontés à
un risque aiguë d’infection.
Andre dodin /institut PAsteur

Lasemaine

prochaine

TLe développement international de la recherche française

« On voit trop de patients qui réclament toujours plus d’examens, toujours plus vite, en disant:

j’ai payé, j’y ai droit. »

Économie  

Économie

 
Économie  

mardi 16 avril 2013

17

L’Aquitaines’apprêteàrelancerlegemmage

d La Chine, leader mondial de produits à base de résine de pin, réduit sa production.

d La France, l’Espagne et le Portugal espèrent créer des milliers d’emplois.

BORDEAUX De notre correspondant régional

Depuis 1990, plus personne ne récolte la résine des pins maritimes en Aquitaine. Pourtant l’essence de térébenthine et la colophane, qui en sont issues, ont de nombreux débouchés : parfumerie, cosmé- tique, adhésifs, chewing-gum, pein- tures, laques, vernis, marquage routier. Mais la concurrence chinoise et sa main-d’œuvre à bas coût ont fait disparaître cette pra- tique ancestrale en France. Aujourd’hui, la donne a changé. La Chine, leader mondial de la ré- colte de la résine de pin, a vu sa pro- duction passer de 700 000 à 450 000 tonnes entre 2011 et 2012. Les raisons sont multiples et struc- turelles. Conscient d’avoir surexploité ses forêts, le pays réserve une part croissante de sa production à son marché intérieur. Et « surtout, du fait de l’augmentation des salaires dans l’industrie et de la pénibilité de ce travail, il est de plus en plus difficile de trouver des gemmeurs », observe le Brésilien Alejandro Cunningham, expert international du secteur. Or, la demande mondiale ne cesse d’augmenter et va s’accroître. La

résine de pin pourrait remplacer bon nombre de composants issus du pétrole. Résultat, les prix ont

grimpé de 240 % en Chine depuis juin 2009. La tonne de colophane se vend désormais aux alentours de 3 000 dollars. En 2011, Sust-Forest, un projet de coopération transrégionale a donc été lancé pour évaluer l’intérêt de relancer le gemmage en France, en Espagne et au Portugal. « Il existe aujourd’hui une place sur le marché pour la colophane et l’essence de térébenthine, extraites de la résine de pins européens », conclut le rap- port, qui sera présenté mardi à un colloque international à Ségovie.

le gemmage industrialisé pourrait créer plusieurs milliers d’emplois directs et indirects dans le pays.

Pour les industriels, il y a urgence. L’Europe consomme chaque année 308 000 tonnes de colophane, soit 21 % de la demande mondiale, et un tiers de ses importations vien- nent de Chine. Plusieurs fois, des projets de re- lance ont échoué, faute de rentabi- lité. Mais, de nouvelles machines viennent d’être inventées, permet- tant de mécaniser l’extraction de la résine de pin, sans abîmer l’arbre. Ce qui diminue la pénibilité du tra-

vail, tout en améliorant la produc- tivité. Aujourd’hui, la France importe pour 140 millions d’euros de colo- phane et autres dérivés de résine de pin. « Le gemmage industrialisé pourrait créer plusieurs milliers d’em- plois directs et indirects dans le pays », estime José Alcorta, coordi- nateur pour la France du projet Sust- Forest et gérant de Rescoll, société bordelaise de recherche dans les colles et matériaux composites. Claude Courau, un ancien gem- meur girondin, se veut plus prudent. Selon lui, il y a un créneau, mais en misant sur la qualité. Car « la résine aquitaine est l’une des meilleures du monde », assure-t-il. D’ailleurs, il a breveté un procédé pour récolter la résine la plus « pure » possible, en vase clos, en la préservant des élé- ments extérieurs. Séduite, l’agence Domaines et Patrimoine, spécialisée dans l’in- vestissement forestier, a effectué des tests concluants sur 10 hectares de pins en avril 2012, au Porge dans le Médoc. « Nous allons lancer la production industrielle cette année et investir près de 1 million d’euros en recherche et développement », indique Olivier Segouin, son di- recteur général. Une bonne nou- velle pour les collectivités locales, qui y voient un moyen de contri- buer à l’emploi rural, mais aussi à la prévention d’incendies dans les pinèdes.

Nicolas césar

eSSenTieL LaGrèceaassainisonéconomie,selonsescréanciers Athènes et la troïka de ses créanciers (Union
eSSenTieL
LaGrèceaassainisonéconomie,selonsescréanciers
Athènes et la troïka de ses créanciers (Union
européenne, Banque centrale européenne et Fonds
monétaire international), qui négociaient depuis
mars, sont tombées d’accord sur la poursuite par le
pays des efforts de redressement, a annoncé hier
le ministre des finances grec, Yannis Stournaras.
«La Grèce a tenu avec constance ses objectifs
budgétaires», a déclaré de son côté Poul Thomsen,
du FMI. La Grèce attend le déblocage de tranches
de prêt de 8,8 milliards d’euros qui était suspendu
à l’examen de l’assainissement budgétaire et des
réformes en cours. Selon les médias, la partie
grecque a accepté la suppression de 4 000 emplois
publics cette année et de 11 000 en 2014.
Par ailleurs, Vitor Gaspar, ministre des finances du
Portugal, autre pays sous perfusion internationale,
a affirmé hier dans un quotidien que les besoins de
financement de son pays sont assurés pour 2013
et qu’il n’y a «aucune pression immédiate» pour
revenir sur les marchés de la dette à long terme.
Lisbonne a prévu en revanche d’emprunter demain
jusqu’à 1,75 milliard d’euros à 3 et à 12 mois alors
qu’une délégation de la troïka vient d’arriver pour
examiner les nouvelles mesures de coupes
budgétaires. L’Union européenne a récemment
accordé un allongement de sept ans de ses prêts
afin de faciliter son retour sur les marchés
financiers.
AÉRONAUTIQUE
TRANSPORT
TOURISME
EaDs veut racheter à l’état
1,56 % de son capital
Bruxelles veut des camions
plus aérodynamiques
le Maghreb ne reconquiert
pas les Français
EADS a annoncé hier être en dis-
cussion avec l’État français pour
lui racheter 1,56 % de son propre
capital, ce qui devrait permettre à
ce dernier de récupérer 478 mil-
lions d’euros. Le groupe aéronau-
tique européen vient déjà d’ache-
ter 1,61 % de son propre capital
avec le désengagement de son
actionnaire historique Lagardère,
qui en a tiré une plus value nette
de 1,8 milliard.
La Commission européenne
Selon un sondage CCM Bench-
a
proposé hier d’autoriser les
markpubliéhier,33%desFrançais
constructeurs à concevoir des
poids lourds plus aérodyna-
miques. Cela permettrait « d’éco-
nomiser environ 5 000 € par an » de
carburant pour un camion longue
distance parcourant 100 000 km.
projetantdepartircetétéprévoient
d’aller à l’étranger. Si l’Espagne
et l’Italie restent les destinations
favorites, le pourtour méditerra-
néen enregistre encore un fort
recul, surtout les destinations du
Si
la proposition est adoptée par
Maghreb. En France, la mer (Paca
le
Parlement et les États, les vé-
hicules pourraient circuler d’ici
et Bretagne) est toujours à l’hon-
neur; le Languedoc-Roussillon,
à
2020.
l’Aquitaine ou la Corse reculent.
et Bretagne) est toujours à l’hon- neur; le Languedoc-Roussillon, à 2020. l’Aquitaine ou la Corse reculent.
mardi 16 avril 2013 18 R eligion
mardi 16 avril 2013
18
R eligion

Sur www.la-croix.com

t Au cAbAret du bon dieu, le blog de Robert Migliorini: Olivier Le Gendre, « Je t’attends, je t’attends… »

AArgenteuil,lamairieouvre

lesportesdeslieuxdeculte

d Un « Conseil pour le vivre- ensemble » vient d’être créé sous l’égide de la municipalité socialiste d’Argenteuil dans le Val-d’Oise, qui organisait ce week-end une opération « portes ouvertes » dans tous les lieux de culte locaux.

d Pour le maire, cette initiative relève de « l’ordre public au meilleur sens du terme ».

La petite synagogue d’Argenteuil n’a pas désempli dimanche. Venus en famille ou avec leurs voisins, et parfois en délégation depuis les mosquées voisines, une centaine d’Argenteuillais a pu contempler les rou- leaux de la Torah exposés pour l’occasion, ainsi que le tableau des défunts dont chaque nom est éclairé d’une bougie élec- trique. Ils ont surtout pu poser toutes les questions qui leur brûlaient les lèvres :

« Pourquoi certains juifs portent-ils ces longues mèches bouclées? », « Une femme peut-elle être rabbin? »… Certaines, posées par les responsables musulmans, ne sem- blaient pas tout à fait sans lien avec l’ac- tualité récente, qu’il s’agisse des règles entourant « la viande casher », ou de la possibilité pour « un juif de donner ses organes à un non-juif ». « Bien sûr, se sont- ils vu répondre. Et c’est d’ailleurs le cas en Israël où certains Arabes vivent avec le rein d’un juif, ce qui n’est pas toujours simple pour eux. » La synagogue de la rue de l’Asperge n’était pas la seule à ouvrir ses portes au public ce week-end. Tous les lieux de culte de la ville y avaient été invités par l’ex- Conseil des cultes, créé en octobre sous l’égide de la mairie, tout récemment trans- formé en Conseil pour le vivre-ensemble, après que les associations laïques furent revenues sur leur décision initiale et de- mandent finalement à y participer. « En- viron 3 500 personnes ont visité les 15 lieux de culte ouverts ce week-end à Argenteuil », estimait la mairie dans la soirée, en an- nonçant la reconduction de l’opération l’an prochain. Si le lieu de culte israélite a été particu- lièrement fréquenté dimanche, c’est qu’il est à l’origine de l’initiative. L’agression dont il a été la cible en octobre – des balles

ANNE BENEDICTE HOFFNER
ANNE BENEDICTE HOFFNER

Pierre ducouret (de dos), du conseil économique de la paroisse d’Argenteuil-est, accueille des visiteurs de la mosquée Assalam.

à blanc tirées d’une voiture, un soir de Soukkot, la Fête des cabanes – a en effet poussé le maire et député PS Philippe Dou- cet à lancer ces réunions des responsables « laïques et religieux », malgré l’opposition de certains, au nom de la laïcité. « Depuis la venue mouvementée de Nicolas Sarkozy à La Dalle (1), Argenteuil est une ville expo- sée, stigmatisée, et je sais ce que cela coûte aux jeunes lorsqu’ils recherchent un emploi, justifie-t-il. Le problème n’est pas de savoir quelles sont mes convictions, mais d’assurer l’ordre public au meilleur sens du terme. On ne peut nier la montée actuelle de l’antisé- mitisme et de l’islamophobie. J’alerte régu- lièrement le gouvernement. Je considère qu’il

est de ma responsabilité de préserver Argen- teuil de ces tensions. Jusqu’à preuve du contraire, les lois de la République ne me l’interdisent pas. » De fait, les tensions n’étaient pas totale- ment absentes des échanges noués sur les parvis ou les parkings. Résidente du quar- tier pavillonnaire des Coteaux, Anne- Yvonne visitait la synagogue pour la pre- mière fois. « Je suis venue aussi parce que je trouve que certaines populations sont maltraitées. En fait, je ne supporte pas l’is- lamisme radical. Ces femmes entièrement voilées que l’on voit en face, dans les rues de la cité du Val-Nord, et parfois ces fillettes portant le foulard, cela me pose question. » Comme Sylvie – d’origine espagnole – et Daniel, des quasi-voisins, Anne-Yvonne constate les « difficultés d’intégration » de certains immigrés ou descendants d’im- migrés musulmans, et regrette qu’« ils ne se sentent pas français », qu’« ils restent entre eux ». Bien décidée à jouer le jeu, la mosquée Al-Ihsan, dont on aperçoit le minaret depuis la synagogue, s’était elle aussi préparée à l’accueil des visiteurs. Interrogé sur « le changement des prières selon les saisons » ou la polygamie, le guide a également dû s’expliquer sur « la conversion » à l’islam, « trop facile », a-t-il reconnu. Quant au maire, il a profité de son passage pour glis- ser quelques mots à l’imam sur cette hos-

tilité à l’égard de la communauté juive, qu’il a fortement ressentie l’an dernier lors de la campagne des législatives. « Ce n’est pas facile de vivre ensemble, surtout pour les jeunes. Chacun a peur de l’autre, alors on recolle les morceaux », reconnaissait un responsable de la mosquée Assalam, en assurant que le prêche de vendredi avait porté sur la « coexistence avec les autres, croyants ou non-croyants, et sur la possibi- lité pour un musulman d’entrer dans une église ou une synagogue ». Un rappel mis à profit par quelques mu- sulmans désireux de découvrir les vitraux et l’orgue de la basilique Saint-Denys, et, là encore, d’engager la discussion. Un groupe de femmes de la mosquée turque s’est renseigné sur « la manière de prier des chrétiens », le rôle d’un confessionnal, et même la possibilité d’assister un jour à la messe… Mais les hésitations de deux jeunes garçons, en tenue traditionnelle, à dépas- ser le porche montraient bien la persistance de certaines réticences. Quant à leurs ques- tions – « Le rituel de la messe est-il une pres- cription biblique? », « Pourquoi dites-vous que Jésus est mort ? » –, elles ont mis en évidence la nécessité pour les catholiques de se former à l’exercice.

Anne-Bénédicte HOFFneR

(1) Visite durant laquelle il avait promis de «nettoyer» la cité «au Kärcher».

Paroles P. ÉricK Delamarre, curé dArgenteuil

« Le maire craint surtout l’ignorance »

« Ce Conseil pour le vivre-ensemble, sous l’égide de la mairie, ne relève pas du dialogue interreligieux à proprement parler. Le dialogue interreligieux, par définition, se fait à l’ini- tiative de croyants. Le souci du maire est plutôt de montrer que les religions ne s’opposent pas les unes aux autres. Il craint surtout l’ignorance de ceux qui pensent que, parce qu’on appartient à telle religion ou à aucune, on ne peut entrer dans les lieux de culte des autres. Le communautarisme existe, qu’on le veuille ou non. La question est de savoir si on le laisse se durcir ou si l’on tente de l’assouplir. En ce qui nous concerne, nous avons pris le parti de participer à ces “portes ouvertes”. Nous aurons d’ailleurs, au sein du diocèse, une réflexion sur ces “conseils des cultes” qui se développent dans plusieurs municipalités. Y allons-nous et, si oui, pourquoi ? »

Recueilli pAR A.-B. H.

 
 
 

mardi 16 avril 2013

Religion

19

L’EglisedeSavoievaaucontact

despompesfunèbres

eSSenTiel

rome

états-unis

Le pape François a pris possession

Le Vatican confirme

de la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs

Prenant officiellement pos- session de la basilique Saint- Paul-hors-les-Murs, à Rome, dimanche 14 avril en fin d’après- midi, le pape François a incité les pasteurs et les fidèles à la cohérence entre l’annonce et le témoignage, et aussi à se dé- pouiller des idoles, même ca- chées, qui empêchent d’adorer Dieu. Il avait choisi d’axer sa pré- dication sur trois verbes (« an- noncer, témoigner, adorer ») et trois questions. Il a notamment exhorté les fidèles à faire par- tie de la « classe moyenne de la sainteté ».

la nécessité de réformer la LCWR

Les responsables de la Lea- dership Conference of Wo- men Religious (LCWR), plus grand organisme fédérant les religieuses aux États-Unis, en pointe sur la justice sociale mais critiqué à Rome pour ses posi- tions « progressistes », ont été reçues hier à la Congrégation pour la doctrine de la foi. Le cardinal Gerhard Müller, préfet de la CDF, les a informées qu’il avait « récemment discuté avec le pape François » du rapport doctrinal publié le 18 avril der- nier : ce dernier a confirmé les résultats et le programme de réforme demandé à la LCWR.

d Les diocèses de Savoie ont profité de la publication des orientations de la pastorale des funérailles pour approfondir le dialogue avec les entreprises de pompes funèbres lors d’une rencontre inédite.

Myans (savoie) De notre correspondant régional

L’Église, quel numéro de télé- phone? Les entreprises de pompes funèbres savoyardes disposent toutes de carnets noircis de contacts. Parfois trop. « De temps à autre, il peut se passer une demi-journée, voire une journée avant de parvenir à joindre quelqu’un en paroisse pour fixer le jour et l’heure des funérailles, souligne Bernard Pachoud. Cela peut retarder la publication de l’avis de décès dans la presse. Et surtout dérouter les familles. » Le respon- sable des pompes funèbres muni- cipales de Chambéry s’en était déjà ouvert à Babette Becouse. La responsable de la pastorale liturgique et sacramentelle des dio- cèses de Savoie envisage d’ailleurs d’inviter les quelques paroisses où cela n’est pas encore en vigueur à désigner un « référent », et à définir un planning précis. Encore faut-il que l’idée fasse son chemin: parmi les curés de paroisses débordés, et auprès des équipes de funérailles, soit 450 personnes qui préparent et conduisent aujourd’hui les deux tiers des célébrations.

« La neutralité du service public doit prendre en compte les convictions de chacun. Or, la majorité des familles demandent une célébration catholique. »

C’est pour mettre de l’huile dans les rouages que ces acteurs colla- borant étroitement sur le terrain se sont réunis récemment au Centre spirituel de Myans (Savoie). Une rencontre inédite. Bernard Pachoud était accompagné ce jour-là de Da- nièle Bac-David, adjointe au maire de Chambéry, pour qui « la neutra- lité du service public doit prendre en compte les convictions de chacun. Or, la majorité des familles deman- dent une célébration catholique. » Autant être en harmonie. Surtout face à l’évolution des pratiques, no- tamment depuis l’ouverture d’un crématorium en 1999, qui a procédé à 345 cérémonies d’obsèques l’an passé, contre 285 l’année précé- dente. Cette pratique fait l’objet de

AlAin DElPEY / CiT’imAgEs
AlAin DElPEY / CiT’imAgEs

Columbarium. La pratique de l’incinération fait l’objet de nombreux passages dans les orientations pour la pastorale des funérailles.

nombreux passages dans les orien- tations diocésaines pour la pastorale des funérailles, dévoilées à l’occa- sion de la rencontre. « C’est un geste qui doit être réalisé avec le plus de respect possible », insiste Mgr Phi- lippe Ballot, l’archevêque de Cham- béry, alors que l’Église « privilégie la mise en terre », rappelle-t-il. La pratique de la dispersion des cendres est par exemple abordée différemment « chez vous » et « chez nous », pose Karine Franzini. « Chez vous », dans l’Église. « Chez nous », aux Pompes funèbres générales, où la jeune femme conseille les familles endeuillées. « Nous les invitons à prendre le temps de la réflexion. Mais on peut nous suspecter de “pousser à la consommation” », en suggérant d’inhumer l’urne dans un colum- barium, par exemple. Une discus- sion avec les équipes de funérailles est alors la bienvenue. Il est d’autres questions moins délicates à aborder. Des bonnes pratiques à propager, comme la feuille d’information diffusée par certaines paroisses auprès des pompes funèbres, présentant « la marche à suivre pour la préparation des funérailles, explique Jacqueline, laïque engagée à Saint-Jean-de- Maurienne. Mais elles ne la distri- buent pas toujours », regrette-t-elle. Pourtant, l’organisation s’en trouve améliorée, les familles venant bien souvent avec des propositions de textes bibliques. « Nous devons tout faire pour qu’elles se sentent guidées, accompagnées », souscrit Karine Franzini. Collecte des 150 € destinés à fi- nancer la participation de l’Église, coût du convoi funéraire, etc. La rencontre a été l’occasion d’expli- quer les impératifs des uns et des autres plus que de prendre des me- sures concrètes. Mais l’occasion était belle, souligne Bernard Pachoud, qui repart avec les orientations dio- césaines, un « outil de travail » qu’il distribuera à ses conseillers funé- raires.

BÉNÉVENT TOSSERI

dio- césaines, un « outil de travail » qu’il distribuera à ses conseillers funé- raires. BÉNÉVENT
dio- césaines, un « outil de travail » qu’il distribuera à ses conseillers funé- raires. BÉNÉVENT
dio- césaines, un « outil de travail » qu’il distribuera à ses conseillers funé- raires. BÉNÉVENT
dio- césaines, un « outil de travail » qu’il distribuera à ses conseillers funé- raires. BÉNÉVENT
dio- césaines, un « outil de travail » qu’il distribuera à ses conseillers funé- raires. BÉNÉVENT
dio- césaines, un « outil de travail » qu’il distribuera à ses conseillers funé- raires. BÉNÉVENT
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dio- césaines, un « outil de travail » qu’il distribuera à ses conseillers funé- raires. BÉNÉVENT
dio- césaines, un « outil de travail » qu’il distribuera à ses conseillers funé- raires. BÉNÉVENT
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dio- césaines, un « outil de travail » qu’il distribuera à ses conseillers funé- raires. BÉNÉVENT

Culture

20 mardi 16 avril 2013
20 mardi 16 avril 2013

20

mardi 16 avril 2013

sur www.la-croix.com T Sir Colin Davis, l’Anglais qui aimait Berlioz T entretien Jean-François Lavigne : la philosophie d’Edith Stein

DémonsetmerveillesauMusée

d’Orsay

D. R.
D. R.

La Femme en blanc, un tableau peint par Gabriel von Max (1840-1915) vers 1900.

(Faust) à Ary Scheffer, symbolisant à merveille cette tension entre lumières et ombres, rêves de vertu et violences des pulsions, qui avait fait bas- culer la Révolution dans la

Terreur. En Espagne, Goya qui grave les superstitions de ses contemporains dans Les Ca- prices (1797-1798), puis Les

Désastres de la guerre (1810- 1815) sur les horreurs des troupes napoléoniennes, fait ce constat désabusé: « Le sommeil de la rai- son engendre des monstres »… Avec le paysage romantique, c’est un autre vertige qui s’exprime. Celui de l’homme laissé seul désormais face à une nature grandiose où le « sublime », théo- risé en 1757 par le philosophe irlandais Edmund Burke, provoque un « délicieux sentiment d’horreur ». Glacier monstrueux,

gouffres menaçants, ruines fantomatiques dans une nuit d’encre (chez Victor Hugo) retournent comme un gant l’utopie rous- seauiste d’une nature « bonne ». Caspar David Friedrich, traumatisé enfant par la noyade de son frère, porte le genre à son sommet. Son Rivage avec la lune cachée par les nuages, hanté par de mystérieux voiliers, comme sa Première neige où un

d À travers 200 œuvres, le musée explore le « romantisme noir » né à la fin du XVIII e siècle. Un versant souvent refoulé de l’art, ici mis en pleine lumière.

chemin étincelant de givre bute sur l’ombre d’une haute futaie, suggèrent un au-delà… Premier surgeon de ce romantisme noir: le symbolisme à la fin du XIX e siècle en diversifie les thèmes. À la foi dans le progrès portée par le scientisme, à la ré- volution industrielle, ces artistes opposent des forces occultes, puisées dans la my- thologie et ombrées de penchants mor- bides. Alors que la société se sécularise, la vogue du spiritisme née en 1847 dans une ferme aux États-Unis se répand chez les élites. Les esprits chassés par la porte reviennent frapper à la table. Pour le grand bonheur des peintres et désormais des photographes qui tentent, par divers tru- cages, de saisir ces apparitions. La psychanalyse naissante ouvre une autre porte sur les mystères de l’incons- cient, y compris à des artistes inattendus:

le sage Pierre Bonnard peint une belle endormie cernée par des silhouettes de monstres cachés dans sa couverture et ses draps, en 1899, l’année où Freud pu- blie L’Interprétation des rêves. Une dynastie de femmes puissantes et menaçantes s’imposent en reines dans l’art : Ève hypnotique ou sphinge chez Franz von Stuck, méduse chez Arnold Böcklin ou le sculpteur Paul Dardé, vam- pire chez Munch, sirène ou Débauchée ruisselante de touches comme des pier- reries chez Gustave Moreau… L’amour a partie liée avec la mort dans une société où la prostitution se développe et où la syphilis fait des ravages. La croissance accélérée des villes n’échappe pas au regard critique des ar- tistes. En Belgique, William Degouve de Nuncques, Fernand Khnopff, Léon Spilliaert, peignent les rues désertes, la nuit à la lueur des becs de gaz, et déjà la solitude moderne, la déshumanisation en marche, ce monde devenu étrange que l’on retrouvera plus tard chez Ma- gritte. Dommage que, dans la dernière section, l’Allemand Max Ernst soit surreprésenté au détriment d’autres surréalistes. À trop vouloir embrasser, le Musée d’Orsay étreint parfois trop superficiellement la multiplicité de ses pistes.

SABINE GIGNOUX

Jusqu’au 9 juin. Rens. 01.40.49.48.14 ou www.musee-orsay.fr. Catalogue sous la direction de Côme Fabre et Felix Krämer, 304 p., 45 €.

L’Ange du bizArre, Le romAntisme noir de goyA à mAx ernst Au Musée d’Orsay à Paris

Le Musée d’Orsay livré à des scènes de cannibalisme, des sabbats de sorcières, des spectres… Célébrerait-il les fruits marginaux d’imaginations fantasques ? Non, un courant puissant, en réalité, né au siècle des Lumières et qui a touché toute l’Europe avant de resurgir à la fin du XIX e siècle dans l’art des symbolistes, puis dans le surréalisme et le cinéma fantastique de l’entre-deux-guerres. Riche de 200 œuvres, cette exposition sur « le romantisme noir », émaillée d’une dizaine d’extraits de films, a été conçue au Städel Museum de Francfort, en Allemagne, avant d’être retenue par Orsay en rem- placement d’une rétrospective du peintre Émile Bernard pour laquelle il manquait des prêts. La section dédiée au symbo- lisme a été étoffée en puisant dans les collections parisiennes. La part des ar- tistes germaniques reste cependant im- portante, avec de belles découvertes pour le public français comme les troublants Nuages de brume en Suisse saxonne de Carl Gustav Carus. Le « romantisme noir », c’est la part refoulée de l’homme moderne, tout ce qui vient démentir le triomphe annoncé de la raison. « Une invention des Lu- mières », leur versant sombre, rappelle Annie Le Brun dans le catalogue. Il allie la liberté des sulfureux écrits de Sade et

une réelle angoisse alors que les socles du pouvoir et de la religion vacillent avec l’Ancien Régime. La dernière femme condamnée à mort pour sorcellerie est exécutée en 1782 en Suisse. La justice se veut éclairée désormais. Et voilà que, dans ces œuvres au noir, Satan et ses transfuges reviennent avec l’Apocalypse, la sexualité se conjugue avec la violence, à l’image de ce terrifiant combat de L’En- fer de Dante érotisé par Bou-

guereau. La littérature anglaise a ouvert la voie, en publiant le premier roman gothique, Le Château d’Otrante de Horace Walpole en 1764.

Bientôt, Füssli lui donne un écho en peinture. Il illustre Le Paradis perdu de Milton et expose son Nightmare ou Cauchemar qui fait scan- dale à Londres en 1782. Une jeune femme en robe blanche y est étendue dans sa chambre, en pâmoison, un incube juché sur son ventre, devant une tête de jument (« mare », en anglais) aux yeux exorbités. Ce motif de la beauté pure assaillie par un démon deviendra vite un cliché de l’art romantique français, de Delacroix

Ce motif de la beauté pure assaillie par un démon deviendra vite un cliché de l’art romantique français.

unfestivalducinémafantastique

scandinave

En écho à l’exposition, l’auditorium du Musée d’Orsay dédie un festival à trois maîtres du cinéma muet scandinave, héritiers de cette veine fantas- tique: Victor Sjöström, Mauritz Stiller et Benjamin Christensen. Après deux projections spectaculaires dans la nef, accompagnées à l’orgue par des improvisations de Thierry Escaich et Paul Goussot, 15 ciné-concerts auront lieu du 27 avril au 19 mai.

   
   
   

mardi 16 avril 2013

Cultu

re

21

ColinDavis,classiqueavecunnuage

d’excentricité

Matt CrossiCk/aP
Matt CrossiCk/aP

nité… » C ’e st d’a ille u rs e n remplaçant au pied levé le grand Otto Klemperer lors de représenta- tions de Don Giovanni (en 1959) que Colin Davis vit sa réputation monter d’un cran. Issu d’une famille de la bourgeoi- sie provinciale, il découvrit la mu- sique grâce au disque. Un coup de foudre qui le poussa à étudier la clarinette. Mais bientôt s’imposa le désir de s’immerger dans la masse, dans la pâte orchestrale. Commence alors un parcours de direction au- près de formations anglaises puis internationales, à Boston, New York ou Munich. En 1977, il est la pre- mière baguette britannique invitée à Bayreuth. Mais c’est bien à la tête du Royal Opera House de Covent Garden, où il succéda à Georg Solti, et du London Symphony Orchestra, dont il était le président, que le chef

d Le chef d’orchestre britannique est décédé dimanche.

d À 85 ans, il n’avait pas interrompu sa carrière qui devait le mener en France dans quelques semaines.

Le 29 mai, en ouverture du Fes- tival de Saint-Denis, Colin Davis aurait dû diriger L’Enfance du Christ d’Hector Berlioz… Quelques se- maines seulement après la sortie de son dernier CD, capté en « live » l’an dernier, à la cathédrale Saint- Paul de Londres: Berlioz également mais cette fois sa Grande messe des morts, dans une version toute de tension dramatique et de délicatesse aérienne. C’est dire que le musicien, né le 25 septembre 1927 à Wey- bridge dans le Surrey, se consacrait encore à son art, revenant toujours au bouillant et génial Hector, à ses yeux « le plus grand compositeur français ». Il serait injuste toutefois de « ré- duire » sa longue carrière à la seule promotion des Troyens, de Roméo et Juliette ou de Béatrice et Bénédict. Le répertoire de Colin Davis était vaste, bien que choisi. Il vouait un amour tout particulier à Mozart dont il disait avoir « tout appris: propor- tions, énergie, souffle, espace, équi- libre idéal entre musique et huma-

gagnera ses plus beaux lauriers. Dans un communiqué hommage, l’orchestre londonien fait part de « son affection et son admiration immense ». De Beethoven à ses compatriotes Britten et Tippett – dont il était un proche complice – en passant par Nielsen et Sibelius (« sa musique me rend heureux »), Colin Davis appartenait à cette famille de mu- siciens faussement tranquilles qui déchaînent des torrents expressifs ou des étincelles jubilatoires lorsqu’on s’y attend le moins. Son beau visage et sa haute silhouette pouvaient impressionner de même que quelques sautes d’humeur que lui reprochaient parfois les musi- ciens, tout en louant son intelligence, son originalité et son humanité. Deux mariages, des enfants, un iguane comme animal de compa- gnie, la pratique du tricot pour se détendre… en privé, Colin Davis cultivait naturellement cette dé- licieuse excentricité que l’on dit britannique. « Mes enfants pensent que je suis déjà terriblement vieux, confiait-il au Times en… 1977. Ils plaisantent au sujet de mes funé- railles, imaginant que je serai porté dans mon fauteuil, fumant ma pipe et contemplant un portrait de Wagner. »

EMMANUELLE GIULIANI

 
  P ortrait  

Portrait

 
 

La Dame de Finlande

matière vivante dont l’analyse lui ouvre des perspectives de plus en plus larges. Sa musique est ainsi gouvernée par le goût du détail, une sensi- bilité extrême, une vaste imagi- nation sonore au service de compositions raffinées. En 1995, le succès du Château de l’âme pour groupe vocal et orchestre au Festival de Salzbourg lui vaut la commande de son premier opéra. Son style s’allège, intégrant lyrisme et classicisme. Elle com- pose pour ses proches, comme le chef Esa-Pekka Salonen, le violoncelliste Anssi Karttunen, l’ensemble Avanti !. « Ces inter- prètes, qui connaissent ma mu- sique et avec qui je peux en dis- cuter me sont essentiels », avoue-t-elle. Après avoir remporté le prix des lycéens 2013 (3), Kaija Saa- riaho se voit consacrer un Do- maine privé de la Cité de la mu- sique. « Nous avons voulu lier ma musique à celle de Sibelius dont l’œuvre me porte depuis toujours. Quant aux interprètes, ce sont ceux avec qui j’aime travailler. »

BRUNO SERROU

Kaija Saariaho

 

Distinguée pour ses grandes partitions d’orchestre et pour son opéra L’Amour de loin (1) créé à Salzbourg en 2000 avec un suc- cès immédiat, elle a donné à l’Opéra de Paris Adriana Mater (2006) et, à l’Opéra de Lyon, Émi- lie (2010). Trois portraits de femmes sur des livrets en français d’Amin Maalouf – auxquels il convient d’ajouter l’oratorio La Passion de Simone (2) – comme autant de facettes de l’artiste. C’est à Paris que la musicienne s’est installée pour travailler non loin de l’Ircam, à l’ombre duquel elle a acquis en vingt-cinq ans une maîtrise parfaite de l’infor- matique musicale. Avec ses com- patriotes Magnus Lindberg et Esa-Pekka Salonen, membres comme elle du groupe finlandais « Ouvrez les oreilles », elle s’est imposée sur la scène internatio- nale. Élève de Paavo Heininen à la fameuse Académie Sibelius d’Helsinki, elle effectue un pre- mier séjour parisien en 1982 qui la met en contact avec les tech- niques de composition élaborées par Gérard Grisey, Tristan Murail et Michael Levinas. Un courant de pensée qui marque son travail, toujours plus focalisé sur le son,

compositrice

 
PHiLiPPE MErLE / aFP

PHiLiPPE MErLE / aFP

 

d La Cité de la musique rend hommage à Kaija Saariaho qui vient d’être distinguée par le prix des lycéens 2013.

« Ma musique correspond au caractère secret, réservé mais gé- néreux des Finlandais. Elle est peu loquace, mais chaque note a sa nécessité. » Née en 1952, Kaija Saariaho est issue de cette nation septentrionale qui, ce dernier demi-siècle, a « produit » plus de musiciens de talent qu’aucun autre pays. Année après année,

les commandes ne cessent d’af- fluer: « Plus je suis jouée, plus on veut me programmer. J’ai ainsi la chance de me concentrer sur ma seule création », confie-t-elle.

Du 17 au 23 avril. rens.: 01.44.84.44.84. http://www.citedelamusique.fr

(1)1DVDDG;2CDHarmoniaMundi.(2)1CD

Ondine. (3) Pour leino Songs, 1 CD Ondine.

eSSeNtIel Unplansocialannoncé auxEditionsdeLaMartinière Hervé de La Martinière, PDG du groupe La Martinière, a
eSSeNtIel
Unplansocialannoncé
auxEditionsdeLaMartinière
Hervé de La Martinière, PDG
du groupe La Martinière,
a annoncé vendredi
au personnel, à l’issue
d’un comité d’entreprise
extraordinaire, un projet de
«restructuration pour motif
économique».
Ce plan prévoit
la suppression de 19 postes
et la réduction de 30 %
de la production de livres
illustrés dès cette année.
C’est le deuxième plan de
sauvegarde de l’emploi en
trois ans. Il ne concerne pour
l’instant dans le groupe que
les Éditions de La Martinière,
notamment l’activité liée
au livre illustré. «Ni Le Seuil
ni la diffusion-distribution
Volumen et Loglibris
ne sont touchés par ce plan
de restructuration», a précisé
à Livres Hebdo Patrick
Gambache, secrétaire
général du groupe. Tous
les salaires du groupe sont
néanmoins gelés pour 2013,
et ce depuis le mois
de janvier.
«L’idée première est
de travailler, avec
les représentants
du personnel, sur des départs
volontaires», a poursuivi
Patrick Gambache.
La marque Fetjaine, dont
le fondateur, Jean-Louis
Festjens, a quitté le groupe
en fin de semaine dernière,
va quant à elle s’arrêter.
NOMINATION
Olivier Dubois va diriger le CCN de Roubaix
Le danseur et chorégraphe né en 1972 a été nommé hier par
Aurélie Filippetti à la tête du Centre chorégraphique national
(CCN) de Roubaix et du Nord-Pas-de-Calais, où il succédera
l’an prochain à Carolyn Carlson. Olivier Dubois a d’abord dansé
pour d’autres (Angelin Preljocaj, Jan Fabre, Dominique Boivin…)
avant de fonder, en 2007, la compagnie COD. Également artiste
associé au Cent-Quatre, à Paris, et bien implanté à L’Apostrophe,
à Cergy-Pontoise, il a notamment signé Étude critique pour un
trompe-l’œil, une trilogie sur le thème de l’humanité.
DANSE
Décès de Maria Tallchief,
muse de Balanchine
Première Amérindienne dan-
seuse étoile d’une grande
compagnie, Maria Tallchief
est décédée jeudi dernier à
Chicago, à 88 ans. Elle avait
débuté à 17 ans au Ballet russe
de Monte-Carlo où, soliste,
elle avait rencontré George
Balanchine qu’elle épousa en
1946. Quand George Balan-
chine fonde le New York City
Ballet, en 1948, elle en devient
l’étoile grâce à sa composition
dans L’Oiseau de feu. Elle se
produira ensuite dans Le Lac
des cygnes, Casse-Noisette, Or-
phée… Après le divorce du
couple en 1950, elle reste au
New York City Ballet tout en
dansant avec d’autres com-
pagnies. Elle se retire en 1965
avant de fonder, en 1981, le
Chicago City Ballet.
agenda
PARIS
PARIS et SEINE-SAINT-DENIS
Cinéma. Huitième panorama
des cinémas du Maghreb et du
Moyen-Orient. 26 réalisateurs
présents dont 12 réalisatrices,
plus de 30 films, fictions et do-
cumentaires. Compétition,
master class, tables rondes,
rencontres cinématogra-
phiques et littéraires, concert
gratuit sur le parvis de la basi-
lique Saint-Denis. Entrée libre
sur réservation.
Exposition. Le Réfectoire des
Cordeliers présente les œuvres
du dessinateur, peintre, graveur
et sculpteur Pierre-Yves Tré-
mois. Dans le cadre de son
cycle « L’Homme et son corps »
et « Les âges de la vie », l’Uni-
versité Paris Descartes a réuni
pour l’exposition « Traits de
Passion » des œuvres où l’artiste
y représente amour et violence,
passions des hommes et pas-
sion du Christ.
Jusqu’au 21 avril au cinéma
l’Écran de Saint-Denis et dans 7
salles partenaires à Paris.
Rés.: 01.49.33.66.88. et
reservations@lecranstdenis.org
Jusqu’au 8 mai. 15 rue
de l’École-de-Médecine (6 e ).
Tous les jours sauf le dimanche
de 10 à 18 heures.
Rens.: www.refectoire-
cordeliers.paris-sorbonne.fr
 
 
 

22

ServiceS

mardi 16 avril 2013

L e

c a r n e t

décès

P «L’Amour ne disparaît jamais» (1 Co 13, 8).

Martine Guéguen et Guy Michel, Jean et Catherine Guéguen-Bonduelle, Colette Guéguen, Régis Guéguen (†), Brigitte Guéguen (†), Patrick et Joëlle Guéguen-Delannoy, Éric et Catherine Guéguen-Windal, Annick et Gilles Le Cottier-Guéguen, Yves et Christine Guéguen-Duquesne, ses enfants, ses 23 petits-enfants et ses 32 arrière- petits-enfants vous font part du retour à Dieu de

Mme Veuve Jean GuéGuen, née nelly Bataille,

le 14 avril 2013, dans sa 97 e année. La célébration religieuse aura lieu le jeudi 18 avril à 15 heures, en l’église Notre-Dame-de-Lourdes, rue de l’Avenir à Roubaix. [Jean et Catherine Guéguen, La Woëstyne 59173 Renescure.]

Remise de 10 % à nos abonnés.

Remise de 50% pour les fiançailles, mariages et baptêmes.

P Écully (Rhône).

M e Pierre Dubois,

notaire honoraire, son mari, Brigitte et Jean-Luc Desrumaux, Philippe et Brigitte Dubois, Hervé Dubois, Bruno et Catherine Dubois, ses enfants et conjoints, ses onze petits-enfants et conjoints, ses six arrière- petits-enfants, ses frères, ses belles-sœurs, les familles Dubois, Jury, Mathian, Gellet ont la douleur de vous faire part du décès de

Mme Marguerite,

Marie JuRY,

épouse Dubois,

survenu le 14 avril 2013,

à l’âge de 84 ans.

La cérémonie religieuse sera célébrée en l’église d’Écully centre, le vendredi 19 avril à 14h15,

suivie de l’inhumation au cimetière de Chonas-l’Amballan (Isère) dans l’intimité familiale. Condoléances sur registre.

transmission du carnet

Par courrier: 18, rue Barbès, 92128 Montrouge Cedex. Par téléphone:

de 9h30 à 17 heures au 01 74 31 66 06 Par fax: 01 74 31 60 03 e-mail: carnetlacroix @bayard-pub.com Les textes doivent parvenir avant 11h pour une parution le lendemain. LA LIGNE: 16,00 € TTC. La ligne en gras est facturée sur la base de deux lignes

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L é g a L e s

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–M.ThierrycHOUrAQUi,Néle13/06/1958

àNeUiLLY-SUr-SeiNe(92),denationalité

française, demeurant 9, allée des impres- sionnistes – 92160 ANTONY.

– M. Michel cArTON, Né le 7/07/1943 à

MONTLUÇON(03),denationalitéfrançaise,

demeurant23,rueÉdouardNortier–92200

NeUiLLY-SUr-SeiNe.

– M. Bruno rOHMer, Né le 30/01/1941 à

NeUiLLY-SUr-SeiNe (92), de nationalité

française, demeurant 4, avenue Marceau -75008 PAriS.

Tarifs H.T. à la ligne définis par l’arrêté ministeriel du 21 décembre 2012

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contact: Média Marketing au 01 41 38 86 15.

e-mail:

lacroix@mediamarketing.fr

Par arrêté des préfets

des départements intéressés, La Croix a été désigné

comme publicateur officiel

pour recevoir, en 2013, dans les départements de Paris (5,48 €), Essonne (5,11 €) et Hauts-de-Seine (5,48 €), toutes les annonces judiciaires et légales, en matière de procédure civile et de commerce, ainsi que les actes de société.

B L o c - n o t e s

sondage

europe

Le Goethe Institut interroge les Européens par un sondage en ligne, sur ce qu’est pour eux la culture eu- ropéenne. Jusqu’au 19 mai, les personnes intéressées peuvent répondre à 17 questions proposées en 24 langues. L’objectif est de dire si l’on pense véritablement l’Europe dans sa globalité en matière culturelle. Les résultats, connus à partir de mi-juin, seront commentés par des personnalités européennes.

Site: www.goethe.de/europeenliste

TaBLe ronde

Paris

« La France aime-t-elle ses entrepreneurs? », table ronde le

18 avril de 19 heures à 20 h 30, avec Philippe Vasseur (ancien

ministre, président du Réseau alliance et du World Forum de Lille), Philippe Lemoine (PDG du groupe Laser et président du Forum Action Modernité), Armelle Carminati (présidente de la Fondation Accenture), Benoît Thieulin (fondateur de la Netscouade et président du Conseil national du numérique). Débat animé par Jean-Claude Bourbon, responsable du service économie de La Croix.

Happen Space, Siège d’Accenture, 118, Avenue de France, Paris 13 e (Métro: Bibliothèque François-Mitterrand). inScRiPtion:

www.up-conferences.fr. tel.: 01.58.30.56.10.

conFérence

Paris

« Regard d’unévêque sur la franc-maçonnerie et les sociétés de pensée », conférence de Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, le 18 avril à 20 h 30.

le Bar du Monde, église Saint-nicolas-des-champs, 254, rue Saint-Martin, Paris 3 e . RenS.: 06.25.37.62.83.

nAtHAlie JiRA

édité par BAYARD PReSSe S.A., société anonyme à directoire et conseil de surveillance. 18, rue

édité par BAYARD PReSSe S.A., société anonyme à directoire et conseil de surveillance. 18, rue Barbès, 92128 Montrouge Cedex. Téléphone : 01.74.31.60.60. Fax : 01.74.31.60.01. Directoire : Georges Sanerot, président du directoire et directeur de la publication ; Hubert Chicou, Alain Augé, André Antoni. Président du conseil de surveillance : Ghislain Lafont. Principaux associés : Congrégation de l’Assomption, S.A. Saint-Loup, Association Notre-Dame-du-Salut. Directrice : Dominique Quinio. Directeur adjoint : Arnaud Broustet (administration). Rédacteurs en chef : Florence Couret, François Ernenwein, Guillaume Goubert, Dominique Greiner. Rédacteur en chef adjoint :

Jean-Christophe Ploquin. Rédacteur en chef technique : Pierre Allais. Secrétaire général de la rédaction : Pierre-Yves Le Priol. correspondant permanent à Rome : Frédéric Mounier. la croix-Service publicité : Directrice : Sibylle Le Maire, 18, rue Barbès, 92128 Montrouge Cedex. Fabrication : Bayard Presse, 18, rue Barbès, 92128 Montrouge Cedex. impression : Paris Offset Print, 30, rue Raspail, 93120 La Courneuve ; Midi Print, ZA du pôle actif, 30660 Gallargues-le- Montueux. Bayard Presse Benelux : Éditeur responsable : Laurence Festraets, rue de la Fusée, 50 bte 10, 1130 Bruxelles. Téléphone : (0800) 90.028. Site : www. bayardchretien.be. N° de compte : 732 0043201-87. états-unis : La Croix (USPS n° 020305) is published daily in Paris by Bayard Presse at a yearly subscription rate of 714$US. Periodicals postage paid at Champlain NY and additional mailing offices. Address changes should be sent to : IMS of NY, box 1518, Champlain NY 12919-1518. Printed in France. loi informatique et libertés : Vos coordonnées personnelles (Nom, prénom, adresse) sont destinées au groupe Bayard, qui publie La Croix. Elles sont enregistrées dans notre fichier clients à des fins de traitement de votre abonnement. A l’exception de vos coordonnées bancaires, elles sont susceptibles d’être transmises en dehors de la communauté européenne à des fins d’enregistrement et de traitement de votre abonnement ou de votre réabonnement. Conformément à la loi « Informatique et Libertés » du 6 janvier 1978 modifiée, elles peuvent donner lieu à l’exercice du droit d’accès et de rectification à l’adresse suivante : Bayard (CNIL), TSA 10065, 59714 Lille Cedex. Si vous ne souhaitez pas que vos données soient utilisées par nos partenaires à des fins de prospection commerciale, vous devez nous en avertir par courrier à la même adresse. Reproduction d’articles interdite sauf autorisation de la Direction. N° de commission paritaire (CPPAP) : 1014 C 85695.

iSSn : n° 0242-6056. Dépôt légal à date de parution. Abonnement annuel plein tarif : 366 €.

(CPPAP) : 1014 C 85695. iSSn : n° 0242-6056. Dépôt légal à date de parution. Abonnement
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m é t é o

Mardi 9/16 60 km/h 50 km/h 11/19 12/22 9/14 50 km/h 9/16 12/23 9/22 11/23
Mardi
9/16
60 km/h
50 km/h
11/19
12/22
9/14
50 km/h
9/16
12/23
9/22
11/23
11/20
12/24
12/24
10/21
Mercredi
11/20
60 km/h
11/22
10/24
10/17
60 km/h
9/22
11/26
8/27
12/29
12/28
12/24
12/27
10/22
m o t s c r o i s é s PROblèME 5592 d’ARtHuR GARy
m o t s
c r o i s é s
PROblèME 5592 d’ARtHuR GARy
1
2
3
4
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6
7
8
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10
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X

Horizontalement. i.Quiestobtenuesansriendébourser.– ii.Sedégagedelasainteté,dit-on.Unmois.–iii.Quel’onne doitpasremettre.Note.–iV.Monnaieroumaine.Dialecte dejoueurdecornemuse.–V.Ordonnancequ’ilfallaitsuivre. C’est-à-dire. Règle. – Vi. Variété de thon. Pile. – Vii. Vague sujet. Très injustes. – Viii. Fatiguées. Ville du Brabant. – iX. Désavantageait. – X. Ouverts. Femme d’Adam. Verticalement. 1. Amortit le choc de celui qui descend du ciel. – 2. Gros pleins de plumes. – 3. Il ne réussit pas à garder sa chèvre. Roi biblique. – 4. Relatif. Qui bénéficient d’un bon halage. – 5. Lieu de rencontre de toutes les opinions. Cogne contre le quai. – 6. Mets de l’ordre. Personnage de qualités. – 7. Suscite l’ennui. Singe. – 8. Patron. Soumet à un contrôle. – 9. Joués. Agence de presse russe (ITAR-). – 10. Allongés. Époque.

SOlutiONS du N°5591 d’ARtHuR GARy

Horizontalement. i. AMNISTIANT. – ii. PEUREUSE. – iii. PRE. CARRER. – iV. OCRER. AEDE. – V. NI. PERE. RE. – Vi. MUTILEE. – Vii. ADORA. INDE. – Viii. G.I. EIRE. OB. – iX. ERRER. NINA. – X. SENSEE. OST. Verticalement. 1. APPONTAGES. – 2. MERCI. DIRE. – 3. NUER. MO. R.N. – 4. IR. EPUREES. – 5. SECRE- TAIRE. – 6. TUA. RI. – 7. ISRAELIEN. – 8. AERE. EN. IO. – 9. EDREDONS. – 10. TAREE. EBAT.

Spo

 
 
 

mardi 16 avril 2013

rt

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LesBleuesdurugbyàXIII ESSENTIEL neveulentpluspayerpourjouer TENNIS Dotations en hausse pour les joueurs à
LesBleuesdurugbyàXIII
ESSENTIEL
neveulentpluspayerpourjouer
TENNIS
Dotations en hausse
pour les joueurs
à Roland-Garros
d
Le tournoi de Roland-Garros va
distribuer 22 millions d’euros
de dotation aux joueurs cette
année, soit une hausse de plus
de trois millions. La dotation
augmente pour les vainqueurs
(1,5 million d’euros) mais aussi
pour ceux éliminés dès les pre-
miers tours. Cette annonce était
très attendue après les revalo-
risations spectaculaires propo-
sées ces derniers mois par deux
autres tournois du Grand Che-
lem, l’Open d’Australie (24 mil-
lions d’euros) et l’US Open
(25 millions d’euros).
Faute de moyens financiers,
l’équipe de France féminine
de rugby à XIII risque de ne pas
pouvoir participer au Mondial
en Angleterre en juillet.
d
Les joueuses refusent de payer
la participation que leur demande
leur fédération et se mobilisent
pour trouver des solutions.
Toulouse
De notre correspondant régional
Pourront-elles défendre les cou-
leurs tricolores cet été en Angleterre?
La question reste en suspens pour
les 22 joueuses de l’équipe de France
de rugby à XIII. Elles sont bien invi-
tées
à rejoindre six autres nations en
juillet pour la Coupe du monde de la
discipline. Mais leur Fédération as-
sure ne pas pouvoir financer les
FOOTBALL
35
000 € que nécessite leur voyage.
Lille bute sur Marseille
Les Lillois ont été tenus en échec
(0-0) sur leur pelouse par Mar-
seille, lors de la 32 e journée de Li-
gue 1. L’OM peut remercier Steve
Mandanda, son gardien, auteur
d’une prestation époustouflante.
Par ailleurs, Lyon a renoué avec
la victoire (3-1) contre Toulouse.
Classement : 1. Paris SG, 67 ; 2.
Marseille, 58 ; 3. Lyon, 56 (…)
18. Nancy, 31 ; 19. Brest, 29 ; 20.
Troyes, 25.
De fait, le XIII ne dispose pas des
moyens du cousin à XV. Surtout sa
commission féminine, dotée de
50
000 € sur les 2,25 millions d’euros
du budget fédéral pour faire tourner
sa boutique: deux divisions comptant
une
vingtaine de clubs pour environ
500
licenciées.
Les autorités fédérales ont donc
imaginé une solution de mauvaise
fortune: demander aux joueuses une
participation de 300 €, à charge pour
elles d’organiser aussi une tombola
pour ramasser chacune au moins
Les joueuses de l’équipe de France féminine de rugby à XIII doivent fournir des garanties financières
aux organisateurs du mondial avant le 20 avril si elles veulent pouvoir participer.
NATATION
200
€ supplémentaires. Les joueuses
25 nageurs français
qualifiés pour les Mondiaux
ont
refusé. D’autant plus qu’elles
Yannick Agnel et Camille Muffat
seront les deux têtes d’affiche de
l’équipe de France, composée de
25 nageurs, qui ira aux cham-
pionnats du monde de Barcelone
(28 juillet-4 août). Derrière les
vedettes, des jeunes ont validé
leur billet lors des championnats
de France comme Sarah Vaisse
(18 ans) ou Marie Wattel (15 ans).
avaient déjà dû se démener en 2008
pour financer les 2 000 € assurant leur
présence à la Coupe du monde, alors
en Australie.
«Onnous demandede payerencore,
comme si cela devait devenir une ha-
bitude, s’indigne Houita Ben Choug,
27
ans, membre du Toulouse Ovalie
XIII
et internationale depuis 2007. Si
nous tapons du poing sur la table, ce
n’est pas que pour nous, mais pour
notre pratique féminine qui ne peut
pas se développer sur ces bases. » La
Fédération se dit consciente du « pro-
blème » et de la faiblesse du budget
alloué à sa section féminine, mais
argue de la difficulté de motiver des
sponsors sur une pratique récente
en cette époque de crise et de la né-
cessité d’opérer des choix. À l’au-
tomne prochain, la France accueillera
deux rencontres de la 14 e édition de
la Coupe du monde masculine.
« Force est de constater que c’est
encore nous qui nous mobilisons pour
trouver des solutions, souligne Sté-
phanie Bras, présidente et joueuse
du Toulouse Ovalie XIII. J’ai monté
un dossier pour obtenir des aides au-
près de nos collectivités locales. Mais
aucune joueuse ne doit rester au bord
du chemin et je suis en contact avec
les autres huit clubs concernés, surtout
à Bordeaux et à Marseille, pour dé-
nouer la situation. » Ces derniers
jours, un équipementier s’est mani-
festé pour éventuellement participer
à l’opération de sauvetage. Deux so-
ciétés réfléchissent aussi à jouer les
donateurs de dernière minute.
« Les filles méritent de partir, car
elles dépensent une énergie folle pour
concilier leurs études, leur vie profes-
sionnelle et leur passion pour le XIII,
reprend Stéphanie Bras. Avec cette
histoire, nous ne voulons pas glisser
sur un débat féministe. D’ailleurs, pour
les équipes de France junior ou les
universitaires messieurs, les problèmes
sont les mêmes. »
Le temps presse pour les Bleues,
car les organisateurs anglais du Mon-
dial exigent des garanties financières
à leur participation avant le 20 avril.
Même dépitée, Houita Ben Choug
veut positiver: « Je me dis que para-
doxalement, cette histoire fait au
moins parler de notre sport… » Contre
mauvaise fortune…
JEAN-LUC FERRÉ
FFRXVIII

SEANCE du lundi 15 avril

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