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mercredi 17 avril 2013

Quotidien n° 39559

1,50 €

«Mariage pour tous»

«Mariage pour tous» nicolaus cZarnecki / ZuMa Press/MaXPPP LesEtats-Unis revivent l’angoisseduterrorisme

nicolaus cZarnecki / ZuMa Press/MaXPPP

LesEtats-Unis revivent l’angoisseduterrorisme

L’attentat qui a frappé le Marathon de Boston lundi soir a replongé le pays dans les peurs

éprouvées après les attaques du 11 septembre 2001

p. 8-9

après les attaques du 11 septembre 2001 p . 8 - 9 Lundi, après l’attentat. aBraMoWiTZ

Lundi,

après

l’attentat.

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radio

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É ditorial
É ditorial

Éditorial

France Culture et La Croix main dans la main

É ditorial France Culture et La Croix main dans la main par Olivier Poivre d’Arvor Directeur

par Olivier Poivre d’Arvor

Directeur de France Culture

Cause…

À France Culture, le journal comme le livre, c’est sacré. Qu’importe le sup- port, papier ou tablette, c’est l’ivresse de ce commentaire quotidien, réfléchi, critique, qui nous a convaincus, nous femmes et hommes de radio, de faire « cause commune et antenne partagée » avec la presse écrite. Notre média, il est

vrai, se porte bien. Mais, sans journaux, il irait mal. Chaque jour, nos revues de presse, nos entretiens, nos émissions, nos bulletins d’information se construi- sent grâce aux journaux, aux signatures qu’ils publient, aux analyses qu’ils déve- loppent. Fragilisée par une distribution en crise, un modèle économique en pleine transformation, une révolution numérique et une pratique de lecture dégradée, la presse écrite mérite bien qu’on la soutienne. Une journée durant, avec six grands quotidiens nationaux, France Culture partagera jusqu’à l’été micros, colonnes, sujets et équipes. Et tout naturellement et avec bonheur, ce 17 avril, nous commençons cette série avec La Croix

17 avril, nous commençons cette série avec La Croix … et Dominique Quinio Directrice de La

et Dominique Quinio

Directrice de La Croix

commune

Belle idée que cette « cause commune » entre France Culture et les quotidiens nationaux. Chaleureuse invitation que La Croix, qui a le privilège d’ouvrir le bal, s’est fait une joie d’accepter. Nos deux médias – chacun avec son ton singulier, sa ligne éditoriale, son écriture forcément spécifique – ne sont pas concurrents

écriture forcément spécifique – ne sont pas concurrents Les évêques appellent à poursuivre la résistance p

Les évêques appellent à poursuivre la résistance p. 2-3

CauSe CommuNe

CauSe CommuNe Deux rédactions travaillent main dans la main

Deux rédactions travaillent main dans la main

CommuNe Deux rédactions travaillent main dans la main france Le débat public est-il en train de
france Le débat public est-il en train de se crisper ? La laïcité, une passion

france

Le débat public est-il en train de se crisper ?

La laïcité, une passion française

Le procès des prothèses mammaires PIP

p. 4

p. 19 et 25

p. 5

téMoignage

Au Cameroun, le calvaire d’un jeune cinéaste enlevé

p. 10

reportage

Les coulisses de France Culture

p. 26

cahier central

Parents&enfants

Vivre sa grossesse à l’heure d’Internet

& enfants Vivre sa grossesse à l’heure d’Internet mais complémentaires. Ils se répon- dent et se

mais complémentaires. Ils se répon- dent et se complètent ; ils s’épaulent ; ils enrichissent l’offre de connaissances, d’analyses, de culture et de débats pour un public de lecteurs-auditeurs curieux du monde, désireux de le mieux com- prendre et d’y tenir leur place. Radio et quotidien mettent ce monde et ceux qui le construisent (ou parfois le détruisent) à portée d’antenne, à portée de page. Dans ce numéro très spécial, dont l’écho s’entendra dans de nombreux rendez- vous de France Culture, nos journalistes ont bâti ensemble un sommaire, mis en commun leurs commentaires, évoqué les débats de l’heure, choisi dans le flot de l’actualité des pépites à mettre en lumière… Un double menu à déguster sans modération.

en lumière… Un double menu à déguster sans modération. 130 e année-ISSN/0242-6056. – Imprimé en France
en lumière… Un double menu à déguster sans modération. 130 e année-ISSN/0242-6056. – Imprimé en France

130 e année-ISSN/0242-6056. – Imprimé en France – Belgique : 1,50 € ; Canada : 4,99 dollars ; Espagne : 2 € ; Grèce : 2 € ; Italie : 2,40 € ; Luxembourg : 1,50 € ; Maroc : 20 MAD ; Portugal (Cont) : 2,20 € ; Suisse : 3 CHF ; Zone CFA : 1 500 CFA ; DOM : 2,20 €

services P Annonces légales p. 22 Bourse p. 23 Carnet-Météo-Mots croisés p. 22 Liturgie p. 27 Télévision p. 24

Événement

2 mercredi 17 avril 2013
2 mercredi 17 avril 2013

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mercredi 17 avril 2013

d Le projet de loi

sur le « mariage pour tous » est examiné en deuxième lecture

à l’Assemblée nationale

à partir d’aujourd’hui.

d Ouvrant hier l’Assemblée plénière de l’épiscopat, le cardinal André Vingt-Trois a rappelé que refuser la différence créait une frustration qui « débouche un jour ou l’autre sur la violence ».

d Face à la « radicalisation » du mouvement d’opposition au projet mise en avant par le gouvernement, les évêques dénoncent toute forme violente de manifestation.

Stéphane OUZOUnOFF / CIRIC
Stéphane OUZOUnOFF / CIRIC

L’Assemblée plénière de la Conférence des évêques de France se tient depuis hier matin à Paris et ce jusqu’à jeudi.

Lesévêquesfrançaisappellent

àpoursuivrelarésistancepacifique

d Dans son discours d’ouverture de l’Assemblée des évêques de France qu’il préside pour la dernière fois, le cardinal André Vingt-Trois a dénoncé hier les dangers qui menacent la cohésion sociale, estimant que « se prépare une société de violence ».

d Les évêques manifestent un soutien ferme aux opposants au « mariage pour tous », tout en dénonçant tout recours à la violence.

« Nous ne pouvons pas rester muets devant les périls. » Ouvrant hier l’Assemblée plénière de prin- temps de la Conférence des évêques de France, qui se tient exception- nellement à Paris jusqu’à jeudi, le cardinal André Vingt-Trois a relayé la grande fermeté avec laquelle les évêques de France continuent de soutenir l’opposition au « mariage pour tous ». En niant la différence entre les sexes, a déclaré le cardinal Vingt-Trois, les promoteurs du « mariage pour tous » contribuent à ce que « se prépare une société de violence ». Car refuser la différence, a-t-il affirmé en substance (lire ci-

contre), revient à créer une frustra- tion, dont la compression « dé-

bouche un jour ou l’autre sur la violence ». À la sortie de l’hémicycle, la plupart des évêques se ralliaient hier à cette analyse, comprenant

« l’agacement », et même « l’exas-

pération » de certains militants de la « Manif pour tous ».

Pour autant, aucun évêque ne

légitimait le recours à la violence :

« Ne rien lâcher ne veut pas dire

entrer dans la violence », martèle le cardinal Philippe Barbarin, arche- vêque de Lyon, qui a participé à toutes les manifestations. « Il faut une parole extrêmement claire contre la violence. Mais ne nous dites pas:

Taisez-vous ! De l’issue de cette confrontation dépend aussi notre crédibilité pour nous exprimer dans les prochains débats, comme la fin de vie. » Les évêques se refusent à voir une « radicalisation » dans les sit-in de jeunes militants ou dans les ac- cueils mouvementés réservés aux ministres en déplacement. (1). « Je parlerais plutôt d’un désir de contourner la fin de non-recevoir qui leur est opposée, souligne Mgr Nicolas Brouwet, évêque de Tarbes et Lourdes. Il existe évidem-

ment plusieurs courants, mais la grande majorité a envie de s’expri- mer dans la non-violence même si elle ne sait plus comment se faire entendre. Nous sommes attentifs à cette génération en colère, qui croit

au dialogue et au débat, mais se heurte aux matraques et aux gaz lacrymogènes. Elle est confrontée à un déni de démocratie. » Dans la droite ligne du cardinal

Vingt-Trois, qui appelle les catho- liques à « s’impliquer positivement » plus qu’à dénoncer, les évêques encouragent les opposants à une résistance pacifique. « La nouvelle génération de chrétiens comprend peu à peu qu’elle ne doit plus at- tendre de la société qu’elle soutienne sa vision de l’homme, mais qu’elle peut vivre ses valeurs par des moyens spirituels », poursuit Mgr Éric de Moulins-Beaufort, évêque auxiliaire de Paris. « Notre parole la plus forte n’est pas celle que nous disons dans les médias, mais celle qui transparaît de notre témoignage », résume le cardinal Barbarin. Pour autant, que peut dire l’épis- copat aux manifestants qui seront désemparés par l’adoption probable de la loi ? « Pour nous, il s’agit, non pas de les encadrer, mais de les en-

courager à réfléchir aux moyens d’assurer la relève. Se former d’abord, en s’appuyant sur la tradi- tion chrétienne de philosophie po- litique et s’engager en inventant un nouveau modèle d’homme politique car le système actuel est en panne », préconise Mgr Brouwet. Les évêques insistent aussi sur la nécessité d’éduquer les mani- festants au respect des règles dé- mocratiques : « Manifester lors des premiers mariages entre personnes de même sexe qui seront célébrés ne serait évidemment pas digne. À ce moment-là, on se taira et on priera », affirme le cardinal Bar-

barin. « On ne touche pas le cœur de l’autre en l’agressant, mais en le comprenant et en priant pour lui », confirme Mgr Jean-Claude Bou- langer, évêque de Bayeux et Li- sieux, pour qui ce débat de société dépasse le cadre politique et im- plique d’« avoir foi dans nos res- sources spirituelles » : « Dieu se sert des vents contraires pour conduire sa barque au port. »

BRUNO BOUVET et CÉLINE HOYEAU

(1) Lundi soir, le cardinal Barbarin a lui-même été chahuté à Sciences-Po où il donnait une conférence.

manuelvallsmetencause

desgroupusculesd’extrêmedroite

Le ministre de l’intérieur a estimé, hier matin sur RTL, que certains opposésaumariagehomosexuelcherchaientparleurs «actionsviolentes» à « déstabiliser la République ». « Je ne fais pas l’amalgame entre une minorité et ceux qui légitimement peuvent manifester contre un texte de loi qui ne leur plaît pas, mais il y a une radicalisation », a dénoncé Manuel Valls parlant de « groupuscules identitaires d’extrême droite qui s’en prennent aux institutions, qui ne veulent pas que les ministres puissent assister à un certain nombre de manifestations ». Le ministre devait recevoir hier à 16 heures les organisateurs de la « Manif pour tous ».

  ÉvÉneme  
 

ÉvÉneme

 
  ÉvÉneme  

mercredi 17 avril 2013

nt

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Document

«C’estainsiqueseprépareunesociétédeviolence»

d Extraits du discours d’ouverture de l’Assemblée plénière des évêques de France prononcé hier à Paris par le cardinal André Vingt-Trois.

ensembles identitaires, qui pensent ne pouvoir se faire reconnaître que par la violence. Notre société a perdu sa capacité d’intégration et sur- tout sa capacité d’homogénéiser des différences dans un projet commun. Pour ma part, je pense que la loi pour le ma- riage des personnes homosexuelles participe de ce phénomène et va l’accentuer en le faisant porter sur le point le plus indiscutable de la différence qui est la différence sexuelle, et donc va provoquer ce que j’évoquais: l’occultation de l’identité sexuelle comme réalité psychologique et la fermentation, la germination d’une reven- dication forte de la reconnaissance de la sexua- lité différenciée. Cette explication simple échappe à un certain nombre d’esprits avisés, qui de- vraient pourtant se préoccuper de la paix sociale dans les années qui viennent. Que tous les moyens aient été mis en œuvre pour éviter le débat public, y compris dans le

processus parlementaire, peut difficilement masquer l’embarras des promoteurs du projet de loi. Passer en force peut simplifier la vie un moment. Cela ne résout aucun des problèmes réels qu’il faudra affronter de toute façon. Pour éviter de paralyser la vie

politique dans un moment où s’imposent de graves décisions économiques et sociales, il eût été plus raisonnable et plus simple de ne pas mettre ce processus en route. (…) C’est dans ce contexte général que nous devons réfléchir aux conditions de la nouvelle évangé- lisation. Pour vivre dans notre différence sans nous laisser tromper et tenter par les protections trompeuses d’une organisation en ghetto ou en contre-culture, nous sommes appelés à appro- fondir notre enracinement dans le Christ et les conséquences qui en découlent pour chacune de nos existences. À quoi bon combattre pour la sauvegarde du mariage hétérosexuel stable et construit au bénéfice de l’éducation des en- fants, si nos propres pratiques rendent peu cré- dible la viabilité de ce modèle? À quoi bon nous battre pour défendre la dignité des embryons

« Les longs mois de débat à propos du projet de loi de mariage pour les personnes de même sexe ont fait apparaître des clivages qui étaient prévisibles et annoncés. Ces clivages sont un bon indicateur d’une mutation des références culturelles. L’invasion organisée et militante de la théorie du genre, particulièrement dans le secteur éducatif, et, plus simplement, la tentation de refuser toute différence entre les sexes en est un signe. C’est le refus de la différence comme mode d’identification humaine, et en particulier de la différence sexuelle. C’est l’incapacité à assumer qu’il y ait des différences entre les gens. On se refuse à gérer le fait que

les gens ne sont pas iden- tiques. Ils ne sont pas iden- tiques dans leur identité sexuelle mais ils ne sont pas plus identiques dans leur per- sonnalité, et le principe in- contournable de la vie sociale c’est précisément de faire

vivre ensemble des gens qui ne sont pas identiques, de gérer les différences entre les individus sur un mode pacifique et non pas sur un mode de violence. Or, si l’on fait disparaître les moyens d’iden- tification de la différence dans les relations so- ciales, cela veut dire que, par un mécanisme psychologique que nous connaissons bien, on entraîne une frustration de l’expression person- nelle, et que la compression de la frustration débouche un jour ou l’autre sur la violence pour faire reconnaître son identité particulière contre l’uniformité officielle. C’est ainsi que se prépare une société de violence. Ce que nous voyons déjà dans le fait que l’impuissance à accepter un certain nombre de différences dans la vie sociale aboutit à la cristallisation de revendica- tions catégorielles de petits groupes, ou de sous-

« Comment se taire quand nous voyons les plus fragiles de notre société menacés? »

humains, si les chrétiens eux-mêmes tolèrent l’avortement dans leur propre vie? À quoi bon nous battre contre l’euthanasie si nous n’accom- pagnons pas humainement nos frères en fin de vie? Ce ne sont ni les théories ni les philosophes qui peuvent convaincre de la justesse de notre position. C’est l’exemple vécu que nous donnons qui sera l’attestation du bien-fondé des principes. La mobilisation impressionnante de nos conci- toyens contre le projet de loi autorisant le mariage des personnes de même sexe a été un bel exemple de l’écho que notre point de vue pouvait avoir dans les préoccupations de tous. Au-delà des sondages prédigérés, l’expression des préoccu- pations profondes rencontre une inquiétude réelle sur l’avenir qui se prépare. Réduire ces manifestations à une manie confessionnelle rétrograde et homophobe ne correspond évi- demment pas à ce que tout le monde a pu consta- ter. Nous savons bien que les alertes que nous formulons devant des risques que l’on impose à la société sans aucune application du principe de précaution ne sont pas toujours comprises ni acceptées. Mais nous ne pouvons pas rester muets devant les périls. Comment se taire quand nous voyons les plus fragiles de notre société menacés ? Les enfants et les adolescents for- matés au libertarisme sexuel, les embryons instrumentalisés dans des recherches au mépris des derniers résultats internationaux, des per- sonnes en fin de vie dévalorisées dans leurs handicaps et leur souffrance, et encouragées au suicide assisté, les lenteurs ou les incohé- rences de la prise en charge des demandeurs d’emploi, des familles dans la misère soumises aux rigueurs des expulsions sans alternative, les camps de Roms démantelés en nombre croissant, etc. La pointe du combat que nous avons à mener n’est pas une lutte idéologique ou politique. Elle est une conversion permanente pour que nos pratiques soient conformes à ce que nous disons : plus que de dénoncer, il s’agit de s’im- pliquer positivement dans les actions qui peu- vent changer la situation à long terme. »

AuParlement,ladroitenelâcherien

d Les députés examinent à partir d’aujourd’hui, en deuxième lecture, le projet de loi ouvrant le mariage aux couples homosexuels.

d L’opposition dénonce sur la forme le recours prévu aux ordonnances et sur le fond la disparition des mots « père » et « mère » du code civil.

Même minoritaire à l’Assemblée nationale, la droite ne lâche rien dans son opposition au projet de loi ouvrant le mariage civil aux couples de personnes de même sexe. Après avoir été adopté lundi par la commission des lois, le texte est discuté à partir d’aujourd’hui en séance publique. Si, comme le souhaite le gouvernement, les dé- putés le votent mardi prochain dans les mêmes termes que les sénateurs, ce sera la fin de son examen parle- mentaire. L’ultime espoir des op- posants au mariage et à l’adoption

homosexuels, avant promulgation de la loi, résidera alors dans une saisine du Conseil constitutionnel. Les arguments que la droite de- vrait avancer en deuxième lecture

reviennent à ceux qui furent à l’ori- gine de la mobilisation contre le projet de loi: le remplacement des mots « père » et « mère » par le mot « parents ». Un casse-tête pour les rédacteurs du texte, qui cherchent depuis le début à aboutir à une lé- gislation cohérente. En première lecture, la gauche avait trouvé le moyen de ne pas réécrire toutes les lois en adoptant un article dit « ba- lai » qui stipulait que l’ensemble des dispositions législatives en vi- gueur s’applique également « aux conjoints de même sexe, lorsqu’elles font référence aux mari et femme » et « aux parents de même sexe, lorsqu’elles font référence aux père et mère ». Le Sénat a préféré une autre dé- marche: autoriser le gouvernement à légiférer par ordonnance, dans

un délai de six mois, « afin de tirer les conséquences de l’application aux conjoints et parents de même sexe des dispositions applicables aux conjoints et parents de sexe dif- férent ». Un choix que le député de la Drôme Hervé Mariton, principal orateur de l’UMP sur ce texte, dé- nonce comme « un scandaleux dessaisissement du Parlement ».

Le Sénat a décidé de remplacer les mentions

« père » et « mère » par la mention

« parents ».

Régies par l’article 38 de la Consti- tution, les ordonnances consistent en effet pour le gouvernement à prendre des mesures qui relèvent normalement du domaine de la loi. Le Parlement intervient cependant à deux reprises : en amont, pour

habiliter le gouvernement à légifé- rer par ordonnance, puis en aval, pour ratifier les mesures adoptées par ordonnances. Les gouverne- ments de gauche comme de droite

y ont souvent recouru, surtout pour

des dispositions très techniques. Enfin, le Sénat a également dé- cidé de remplacer les mentions

« père » et « mère » par la mention

« parents » dans deux articles sup-

plémentaires du code civil, l’un sur l’autorité parentale (lu en mairie lors de la cérémonie de mariage), l’autre sur les actes de l’état civil.

« Il s’agit de deux articles symboli- quement extrêmement forts, avance Hervé Mariton. On en revient aux

débats et polémiques initiales, que la majorité avait tenté de vider en laissant fictivement ces mentions :

les sénateurs obligent maintenant les députés à sortir de l’ambiguïté et à assumer toutes les conséquences d’un texte en réalité indicible et ins- criptible ».

LAURENT DE BOISSIEU

paroles

JÉRÔME

VIGNON

Président des Semaines sociales de France

« Une manifestation de la conscience »

« La grandeur de la mobili- sation actuelle, qui n’a pas connu d’affaiblissement depuis le 13 janvier, est qu’elle est une manifestation de la conscience. Croire qu’il ne s’agit que d’une mobilisation partisane ou reli- gieuse est faux, cela va bien au-delà, même si les religieux ont joué un rôle d’éveilleurs de la conscience républicaine. Cependant, ce qui continuera à faire sa grandeur, c’est d’éviter toute violence et d’accepter le jeu démocratique: quand une loi est votée, il faut accepter son application. Reste que si la vo- lonté du gouvernement est d’œuvrer pour la protection des enfants, comme il l’affirme, il est temps d’organiser des états généraux de la famille car cer- taines questions sont cruciales, comme la pauvreté des enfants ou la précarité des familles à la suite des ruptures conjugales. »

RECUEILLI PAR MARINE LAMOUREUX

RePÈReS un teXte DÉFInItIVement aDoptÉ marDI prochaIn P 17 avril. L’examen en deuxième lecture du
RePÈReS
un teXte DÉFInItIVement
aDoptÉ marDI prochaIn
P
17 avril. L’examen en deuxième
lecture du projet de loi ouvrant
le mariage aux couples
de même sexe s’ouvre cet après-
midi à l’Assemblée nationale.
Le débat, limité cette fois
à 25 heures en application du
temps « programmé », devrait
s’achever au plus tard samedi.
P
21 avril. Le collectif
« La manif pour tous »
appelle à une manifestation
nationale dimanche à Paris.
P
23 avril. L’Assemblée se
prononce lors d’un vote solennel
sur le projet de loi. Si à l’issue
des débats, il est adopté dans
les mêmes termes qu’au Sénat,
son adoption sera considérée
comme définitive.
L’opposition devrait dans
la foulée déposer un recours
en Conseil constitutionnel,
qui aura un mois pour
se prononcer avant que la loi ne
soit officiellement promulguée.
P
5 et 26 mai. Les opposants
au « mariage pour tous »
envisagent de manifester à
nouveau à Paris pour la date
anniversaire de l’élection de
François Hollande (6 mai), le
même jour que le rassemblement
organisé par Jean-Luc
Mélenchon, ainsi que le 26 mai,
jour de la Fête des mères.
   
  D e vous à nous
 

D e vous à nous

  D e vous à nous

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mercredi 17 avril 2013

 
Laquestion dujour Les journalistes de « La Croix » sur l’antenne de France Culture Hervé
Laquestion
dujour
Les journalistes de « La Croix » sur l’antenne de France Culture
Hervé Gardette
Producteur de « Du grain à moudre »
sur France Culture
Aujourd’hui, dans le cadre de l’opération « Cause commune »,
de nombreux collaborateurs de La Croix seront associés aux
journaux et aux programmes de France Culture.
p 6 h 30 – 9 h : l’émission « Les matins de
Gilles Biassette (service monde) sur l’actualité américaine,
et Mathieu Castagnet (service France) pour interroger Jean
Arthuis, sénateur (UDI) de la Mayenne.
p
cauSe commune
France Culture », animée par Marc Voin-
chet, est réalisée en direct de La Croix.
Ledébatpublic
À 7 h 17, la chronique « Le monde se-
lon… » est confiée à Dominique Quinio, directrice de La
Croix. A 7 h 39, Vincent de Féligonde, chef du service monde-
économie, assure la chronique « Les idées claires ». Laurent
de Boissieu (service France) participe à l’interview de l’invité
politique du jour, Henri Guaino, député (UMP) des Yvelines.
15 h – 16 h : L’émission « Grantanfi » de Martin Quenehen
est consacrée aux classes préparatoires, avec Denis Peiron,
chef adjoint du service France de La Croix, chargé de l’édu-
cation.
18h : Laurent Larcher (service monde) intervient dans le
journal de Mathieu Laurent.
p
p
est-ilentraindese
18h20 – 19h : « Du grain à moudre », l’émission d’Hervé
Gardette, accueille Marianne Meunier (service monde) pour
interroger Nicole Bricq, ministre du commerce extérieur, et
Jacques Sapir, économiste.
crisperenFrance?
Antoine Peillon, grand reporter, et Marine Lamoureux (ser-
vice France) interviennent dans les journaux de 7 heures et
8 heures sur des sujets d’actualité.
19h – 20h : « Le rendez-vous » de Laurent Goumarre reçoit
Alain Rémond, chroniqueur à La Croix.
p
d
« Mariage pour tous », enrichissement
de la classe politique, crise de la
démocratie… autant de thèmes clivants
qui partagent la société française.
9h – 10h : La fabrique de l’Histoire d’Emmanuel Laurentin
est consacrée à l’histoire du quotidien La Croix avec notam-
ment Yves Pitette, ancien rédacteur en chef de La Croix et
auteur de Biographie d’un journal : La Croix (Éd. Perrin).
p
21h – 22h : « La dispute », émission d’Arnaud Laporte, est
consacrée aux arts plastiques avec Sabine Gignoux et Em-
manuelle Giuliani (service culture).
p
p
d
Hervé Gardette reçoit, du lundi au jeudi,
de 18 h 20 à 19 heures, experts et analystes
pour débattre des questions d’actualité.
11h – 12h : « Culturesmonde » de Florian Delorme a pour
invité Antoine Peillon.
p
22h : Au cours du journal de Stanislas Vasak, l’édition de
La Croix de jeudi sera présentée par Guillaume Goubert,
rédacteur en chef.
p
« Y a-t-il réellement une crispation du débat
public, une exaspération de la confrontation? Au
fil de mes émissions – qui, certes privilégient
l’expertise plutôt que la confrontation –, je ne
ressens pas exactement les choses en ces termes.
Il me semble plutôt que des débats naissent ou
renaissent, dans une sorte de libération de la
parole qui porte sur la place publique des ques-
tions qui restaient dans l’ombre. Voyez par
exemple le “mariage pour tous”. Quand le sujet a
été lancé, les sondages nous disaient que la grande
majorité des Français y étaient favorables et que
donc, pour aller vite, il n’y avait pas matière à
débat. Et voilà que l’on découvre que, bien au
contraire, il existe des positions tranchées, argu-
mentées de part et d’autre, déterminées à se faire
entendre. Même constat pour la transparence en
politique. A priori, tout le monde y semble favo-
rable. Comment, en effet, promouvoir le secret
et l’opacité ? Puis, là encore, des points de vue
nuancés apparaissent, prouvant qu’il y a matière
à discussion. Dernier
12h – 12 h 30 : « La grande table » de Caroline Broué reçoit
François Ernenwein, rédacteur en chef en charge des pages
Forum de La Croix, à propos de la laïcité.
Sur www.la-croix.com
réécoutez ces émissions
retrouvez un reportage multimédia dans les coulisses de franceculture.fr
p
12 h 30 : Le journal, animé par Antoine Mercier, accueille
@
cOURRIER
Vos réactions par courrier (18, rue Barbès, 92128 Montrouge Cedex),
par mail (lecteurs.lacroix@bayard-presse.com) ou sur le site www.la-croix.com
Vente de livres
sez ! En ce qui concerne les problèmes
de fiscalité, ce n’est pas propre à Ama-
zon : de nombreuses sociétés en pro-
fitent à cause de la sottise des États
européens qui ne font rien depuis
l’origine pour rapprocher les législa-
tions.
Henri Doron
(Paris)
exemple avec l’Europe.
La succession des
crises a mis au grand
jour des clivages au
sujet de la zone euro
qui, il y a peu encore,
semblait un idéal im-
possible à remettre en
cause, sans retour en
arrière possible…
Tout cela est plutôt
sain, dans la mesure
où toutes les idées
avancées – celles,
compétentes des ex-
« Des débats
naissent ou
renaissent, dans
une sorte de
libération de la
parole qui porte
sur la place
publique
des questions
qui restaient
dans l’ombre. »
Ma réaction à l’article de Jean-Fran-
çois Rod, président de La Procure,
paru dans La Croix du 19 mars: je suis,
depuis de nombreuses années, fidèle
cliente de La Procure, où j’achète ré-
gulièrement des livres et CD par In-
ternet. J’ai découvert le site Amazon
très récemment, parce que je voulais
acheter un livre épuisé chez l’éditeur.
Il se trouve que j’ai écrit à l’auteur, qui
m’a dit que je pourrais probablement
le trouver sur ce site, qu’il m’a ainsi
fait connaître. J’ai pu acheter ce livre
d’occasion, à un prix très modeste, et
sans frais de port. J’ai, ensuite, acheté
deux ou trois livres dans les mêmes
conditions. Cela n’atteint en rien ma
fidélité à La Procure : j’estime qu’il est
très important d’encourager les librai-
ries traditionnelles, et tout particuliè-
rement celle-ci. J’en apprécie fort
l’accueil et les prestations, et ce n’est
sûrement pas Amazon qui me fera
remettre ma position en question.
Temps de travail
uniforme n’a pas de sens » : je souscris
totalement à cette remarque et à son
corollaire : assez de lois générales qui
apportent une grande rigidité dans
notre société. Il faut des accords
branche par branche entre les syndi-
cats et le patronat, mais le taux de
syndicalisation est si faible en France
que les syndicats ne sont pas repré-
sentatifs. Faudrait-il rendre l’inscrip-
tion à un syndicat obligatoire ?
Le chômage partiel dont le coût est
partagé entre l’État et l’entreprise
comme en Allemagne (Cf. article de
Marion Cochard du même Forum)
me semble une meilleure solution
que d’indemniser des chômeurs. (…)
Pierre-André Holstein
(Hérault)
Vive la crise
perts, comme celles,
plus épidermiques, de l’opinion – sont évaluées
et confrontées pour ce qu’elles sont. Il est plus
inquiétant parfois de voir tout un chacun s’auto-
proclamer expert. Avec Internet notamment, il
est très facile de nourrir rapidement sa réflexion
sur les sujets du jour. En général, le penchant
naturel est de chercher les informations qui confir-
meront et appuieront ses propres convictions.
Mais cela n’a rien à voir avec la compétence de
celui qui a travaillé des années sur le sujet.
Si l’on se fonde sur les demandes, critiques et
commentaires de nos auditeurs, les thèmes qui
les préoccupent aujourd’hui sont essentiellement
ceux liés à la démocratie, plus précisément à ce
qu’ils vivent comme un déficit de démocratie.
C’est le sujet du moment en France et en Europe.
Beaucoup de gens ont le sentiment de ne pas
être écoutés. Un état d’esprit d’où peuvent, en
effet, naître crispations et clivages. »
Marie-Annick Hébrard
(Yvelines)
J’ai lu avec grand intérêt la libre opi-
nion de Jean-François Rod. (…) À
Paris je fais des achats groupés à la
librairie La Procure, rue de Mézières,
où les vendeurs sont accessibles et
compétents. Près de mon domicile la
librairie est tenue par des personnes
dépourvues de toute sympathie ! En
Provence, où je suis très souvent, je
fréquentais une librairie agréable à
Vaison-la-Romaine mais elle n’a rien
dans les livres que je recherche et les
commandes prennent huit à dix jours.
On m’alors indiqué Amazon que j’ai
utlisé avec réticence jusqu’à ce que je
sois ébahi par la rapidité et la qualité
du service, ce que vous reconnais-
J’ai été très intéressé par les diffé-
rents articles du Forum sur le temps
de travail (1 er mars). Dans son article
Robert Castel propose de réduire le
temps de travail à 30 heures par se-
maine afin de partager le travail et de
réduire le chômage. Une telle propo-
sition, sans parler de l’évolution des
salaires associée à cette réduction, n’a
guère de sens. En effet, s’il y a dimi-
nution du temps de travail sans dimi-
nution de salaire comme l’a fait le
gouvernement Jospin il y a dix ans,
cette mesure n’a pas permis de réduire
le chômage de façon claire. (…) Les
entreprises ont perdu en compétitivité
puisque cette réduction du temps de
travail était équivalente à une aug-
mentation de salaire de 10 %.
Cette mesure n’a de sens que s’il y a
diminution de salaire (progressive
avec le montant des salaires), alors
tout dépend du montant de cette di-
minution, mais ce serait alors un vrai
partage avec les chômeurs. Malheu-
reusement cette diminution de salaire
serait certainement refusée par la
majorité des Français, dont le salaire
est pourtant amputé pour l’indemni-
sation des chômeurs ! (…) Joseph
Thouvenel dans un autre article fait
remarquer que « augmenter ou dimi-
nuer le temps de travail de manière
Bravo à Bruno Dardelet pour son
article « Vive la crise » dans le Forum
du 27 février : il remet les choses à leur
place avec bon sens et modération.
Son analyse des points qui pourraient
être améliorés est particulièrement
pertinente.
Françoise et Christian Guy
(Isère)
Alain Rémond
Nouvelle abonnée, je désirais vous
dire combien j’apprécie « Le Billet »
d’Alain Rémond. C’est tellement ap-
préciable de clôturer la lecture du
journal sur un sourire !
Bravo pour cet humour, léger, jamais
méchant, et renouvelé au fil des jours.
Bernadette Berretrot
ReCueILLI PAR EMMANUELLE GIULIANI
(Hautes-Pyrénées)
   
   
   
   

mercredi 17 avril 2013

Fran

ce

5

Sur www.la-croix.com T Ce que montrent les patrimoines des ministres T Les médecins touchés par l’insécurité

L’affairedesprothèsesPIP

soulignelesfaillesdescontrôles

d Le procès des prothèses mammaires PIP s’ouvre ce matin à Marseille pour six semaines.

d Ce procès sera l’occasion de mieux comprendre une fraude hors norme, mais aussi les failles du système sanitaire.

d Cette affaire n’a guère affecté la santé du secteur de l’esthétique, qui affiche une croissance mondiale de 10 % par an.

Christophe BeAUreGArD / siGNAtUres
Christophe BeAUreGArD / siGNAtUres

Dans un bloc opératoire. Malgré une légère baisse en europe en 2012, la chirurgie esthétique ne connaît pas la crise.

certains essais cliniques avant la mise sur le marché », explique François Hébert, directeur adjoint de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).

« Mais sans attendre, au niveau national, nous avons augmenté le nombre de

contrôles, le plus possible inopinés », ajoute ce responsable.

Une autre priorité est l’amélioration du sys- tème de matério-vigi- lance pour faire remon- ter les déclarations d’incidents liées à ces produits de santé. Car même s’ils s’en défen-

dent aujourd’hui, les chirurgiens esthétiques n’ont pas fait preuve d’un zèle excessif pour déclarer les ruptures des prothèses PIP chez leurs patientes. Certes, quelques praticiens marseillais ont essayé de donner l’alerte. Mais le gros de la troupe s’est surtout réveillé après la révélation du scandale, en mars 2010. « Les déclarations d’inci- dents ont alors été multipliées par dix », constate François Hébert, en insistant

sur la nécessité de sensibiliser les pro- fessionnels à ces déclarations qui, mises ensemble, peuvent constituer un signal d’alerte face à un produit dangereux.

« C’est dans ce but que nous avons mis

en place en 2010 une cellule de vigilance », plaide de son côté Claude Le Louarn, porte-parole de la Société française de chirurgie plastique et reconstructrice. Reste une question : cette affaire PIP a-t-elle dissuadé les femmes d’avoir re- cours à la chirurgie esthétique ? « Oui, il y a une baisse d’activité de 5 % à 30 % », indique Bruno Alfandari, président du principal syndicat du secteur. « Nous n’avons pas connu de chute d’activité », assurent de leur côté Isabelle Sarfati et Nathalie Bricout, deux chirurgiennes parisiennes qui posent beaucoup de prothèses. Une chose est sûre : la chirurgie es- thétique est un secteur qui ne connaît pas la crise. « Ce marché mondial est évalué à 4,4 milliards d’euros en 2012, soit une hausse de 10 % par rapport à 2011. Et cette année, il devrait atteindre 4,9 milliards d’euros », constate Thierry Chignon, coordinateur d’une étude (Im- cas) publiée en janvier lors d’un congrès international à Paris. « En Europe, il y a eu un petit recul en 2012 à cause de la crise et de cette affaire PIP. Mais au niveau mondial, le secteur de l’esthétique devrait poursuivre une croissance annuelle de 10 % jusqu’en 2017 », ajoute Thierry Chignon.

PIERRE BIENVAULT

2017 », ajoute Thierry Chignon. PIERRE BIENVAULT Cause Commune Florence Sturm Chef du service société à

Cause

Commune

Florence Sturm

Chef du service société à France Culture

« Il n’y a pas de “judiciarisation” de la santé »

« Ce procès PIP va donner lieu à une forte médiatisation. Mais contrairement à ce qu’on entend souvent, il n’y a pas en France de “judiciarisation” de la santé. C’est ce que montre une étude récente (lire La Croix du 15 février) de l’Institut droit et santé qui montre que sur dix ans, entre 1999 et 2009, le nombre de plaintes pénales contre les médecins a été divisé par deux. Un tournant a été la loi Kouchner de 2002 qui a permis la création d’un Office d’indemnisation des accidents médi- caux sans faute. Et aujourd’hui, beau- coup de victimes préfèrent s’orienter vers cette voie d’indemnisation plutôt que d’engager des actions au pénal. »

Recueilli paR P. B.

La justice marseillaise a fait les choses

en grand. C’est au centre des congrès du

parc Chanot qu’elle a choisi d’organiser

le procès des prothèses mammaires

PIP. Une salle d’audience de 4 800 m 2 y a

été aménagée, ainsi que trois salles an-

nexes équipées de vidéotransmission. De quoi accueillir 300 avocats et une partie

des 5 100 plaignantes qu’ils représentent. Ce procès devrait permettre de décor-

tiquer l’incroyable fraude mise en œuvre par Jean-Claude Mas, le fondateur de l’entreprise varoise PIP. En moins de

dix ans, cette société aura vendu plusieurs

centaines de milliers de prothèses dans le monde, remplies d’un gel de silicone non homologué. En France, on estime à 30 000 le nombre de porteuses de ces prothèses PIP. La moitié d’entre elles se

sont fait retirer leurs implants qui, dans certains cas, ont provoqué diverses réac- tions inflammatoires. Le lien entre ces prothèses et un surrisque de cancer n’est pas établi. Mais c’est avec une certaine impatience que les plaignantes attendent

les explications de Jean-Claude Mas qui

comparaîtra aux côtés de quatre dirigeants

de sa société, poursuivis pour tromperie

aggravée et escroquerie. Ce procès sera aussi l’occasion de mettre

en lumière les failles du système de sur-

veillance des dispositifs médicaux, qui regroupent les prothèses mammaires

mais aussi divers autres produits :

les prothèses de hanche, les valves

cardiaques, les lentilles de contact… À l’occasion de l’affaire PIP, le grand public a découvert que tous

ces produits de santé étaient bien

moins surveillés que les médica- ments. Pour les mettre sur le marché européen avec le marquage « CE »,

leur fabricant doit s’adresser à un orga- nisme « notifié » qui se contente d’étudier la conformité du produit. Ce n’est qu’en- suite que l’Agence du médicament exerce une surveillance pas toujours optimale. Pendant des années, Jean-Claude Mas aura ainsi réussi à berner l’organisme certificateur allemand (TUV) mais aussi

les autorités sanitaires, dont les inspec-

tions étaient toujours signalées à l’avance. En février 2012, le ministère de la santé avait annoncé diverses mesures pour renforcer le suivi des dispositifs médicaux. « Une réforme est prévue au niveau euro- péen. Il est possible qu’à l’avenir, on exige

Le grand public a découvert que tous ces produits de santé étaient bien moins surveillés que les médicaments.

 
 
 

6

France

mercredi 17 avril 2013

Sûreténucléaire,desprogrèsrestentàfaire

d L’Autorité de sûreté nucléaire a présenté hier devant le Parlement son rapport annuel 2012 sur l’état de la sûreté nucléaire en France.

d Son nouveau président Pierre-Franck Chevet en a profité pour apporter sa contribution au débat sur la transition énergétique.

« L’ASN considère que l’année 2012

a été assez satisfaisante au plan de

la sûreté nucléaire et de la radiopro-

tection dans les centrales nu- cléaires », peut-on lire dans le rap- port 2012 de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) présenté hier aux parlementaires. Une appréciation équivalente au « assez bien » inscrit en marge des copies d’écoliers. « La situation n’est pas parfaite, précise- t-on à l’ASN. Il existe toujours des incidents, même si nous constatons des améliorations. » Sur le front des grosses installa- tions (centrales et usines), l’année a été marquée par la mise en œuvre des premières mesures post- Fukushima. Dès juin, des diesels

mobiles supplémentaires – suscep- tibles de prendre le relais d’une

alimentation électrique endomma- gée – devront ainsi être installés sur les sites nucléaires. Les discussions

techniques sont en cours pour dé- finir les futurs diesels entièrement

« bunkerisés » qui devront être ins-

tallés de manière définitive à proxi- mité de chaque centrale. Par ailleurs, un groupe de travail plu- raliste a été mis en place pour prendre en compte les facteurs hu-

mains et organisationnels en jeu en

cas d’accident nucléaire. « Deux dossiers seront étudiés en priorité, précise à La Croix le prési- dent de l’ASN, Pierre-Franck Chevet. Le renouvellement des compétences, sachant que 40 % des agents EDF vont arriver à l’âge de la retraite dans les trois ou quatre ans qui viennent.

Et la question des sous-traitants, qui est apparue cruciale lors de l’accident de Fukushima. » Chaque opérateur a droit à son

« bulletin de notes » individuel. Ainsi, EDF est invité à être « vigi- lant » sur les incidents liés aux opé- rations de maintenance. Une faille déjà pointée dans le rapport annuel

Privéesdefondseuropéens,

plusdequarante

associationssontendanger

d L’association Racine, dont la mission était de redistribuer des financements du Fonds social européen, est en liquidation depuis le 6 mars.

L’histoire de Racine, c’est celle d’une faillite qui pourrait en entraî- ner bien d’autres et déclencher une crise de confiance dans le Fonds social européen. À sa création en 1989, l’association fonctionnait un peu à la manière d’une agence de l’État, servant d’in- termédiaire entre les instances eu- ropéennes et les associations so- ciales ou collectivités françaises en quête de financements de l’Europe. En 2007, elle perd sa situation de monopole. Dès lors, des marchés échappent. Puis, en 2011, l’applica- tion rétroactive d’une nouvelle règle va lui donner le coup de grâce. La Délégation générale de l’em- ploi et de la formation profession- nelle (DGEFP), qui verse à Racine les fonds européens, impose alors que les avances faites par Racine aux porteurs de projet lui soient remboursées, lorsque ces dernières dépassent 20 % de la subvention. Les comptes de Racine virent au rouge. « Nous avons sonné l’alarme plusieurs fois en proposant un plan de reprise de l’association à 430 000 €, mais au moment de l’al- ternance présidentielle, il n’y avait

plus personne pour arbitrer dans les cabinets ministériels », explique Christophe Lefebvre, ancien vice- président de Racine. Constituées en collectifs, une vingtaine d’associations ont évalué à 1,3 million d’euros la somme qu’il leur restait à percevoir. Rapporté aux 44 organisations encore en at- tente de versements, ce montant pourrait s’élever au double. Récupérer cet argent est souvent vital. Ainsi, sans les 54 000 € qu’elle doit en principe toucher, l’Associa- tion de formation et d’information pour le développement d’initiatives rurales sera sans doute contrainte de licencier, voire de fermer ses portes. « Cette situation envoie un signal négatif à nos partenaires et nous empêche de chercher des finan- cements pour d’autres projets », commente Aude Torchy, déléguée générale de l’organisation. Pour le collectif, la DGEFP a une responsabilité directe dans la dis- parition de Racine. « S’il n’y a pas de règlement d’ici à mai ou juin, nous envisagerons un recours judiciaire », avertit ainsi Aude Torchy. La DGEFP tente, de son côté, de rassurer. Selon certaines structures menacées, elle se serait oralement engagée à se déclarer comme unique créancier de l’association en faillite. Contac- tée par La Croix, elle n’a toutefois pas confirmé.

JEAN-BAPTISTE FRANÇOIS

de l’inspecteur général pour la sû- reté nucléaire du groupe EDF, rendu fin février, et qui notait une « dégra- dation régulière de la qualité des activités de maintenance » (lire La Croix du 27 février). Surtout, le groupe est fortement incité à faire

des progrès « dans le domaine de la protection de l’environnement », les activités visées étant cependant périphériques à l’activité nucléaire.

EDF est invité à être « vigilant » sur les incidents liés aux opérations de maintenance.

Alors que les équipes se plaignent d’être sous pression, le gendarme du nucléaire reconnaît que la charge de travail de l’opérateur aux 58 réac- teurs doit être bien planifiée. « L’ASN note qu’EDF doit faire face, avec les

mesures décidées à la suite de l’acci- dent de Fukushima et celles liées aux réexamens de sûreté des réacteurs, à un volume de travaux fortement aug- menté », précise le rapport.

Ironie du sort: la centrale de Fes- senheim, dont le président François Hollande a annoncé la fermeture pour 2017, fait partie des meilleures élèves en matière de sûreté… Comme l’a rappelé l’ASN à plusieurs reprises, la décision du chef de l’État relève d’un choix de stratégie éner- gétique (en l’occurrence réduire la part du nucléaire de 75 à 50 % de la production électrique) et non d’une nécessité de sûreté. Au passage, Pierre-Franck Chevet rappelle que le calendrier « est très tendu » si l’on veut respecter l’échéance de 2017. « Un démantèlement est une opéra- tion aussi complexe techniquement que le démarrage d’une centrale. Pour le préparer, l’exploitant a besoin d’au moins deux ans, auxquels il faut ajouter l’expertise de l’ASN qui demandera aux alentours de trois ans », rappelle le président de l’ASN. Areva est de son côté fermement invité à régler le sort de son stock de vieux déchets qui ne sont pas conditionnés aux normes actuelles, un « dossier vieux de vingt ans », souligne-t-on à l’ASN. Autres sujets de vigilance, cette fois du côté du

CEA : le recours jugé excessif à la sous-traitance dans ses opérations de démantèlement et le report de certains travaux de sûreté. « Même si je comprends les contraintes bud- gétaires, certaines opérations de sûreté ne peuvent pas être reportées à l’infini », précise ainsi Pierre- Franck Chevet. Le président de l’ASN a profité de la remise du rapport annuel pour apporter sa pierre au débat sur la transition énergétique, et rappeler au passage quelques contraintes techniques. « On ne peut pas exclure d’être un jour confronté à une ano- malie générique qui concernerait plusieurs réacteurs en même temps et amènerait donc à en fermer plu- sieurs à la fois, précise Pierre-Franck Chevet. Le système électrique du futur devra pouvoir faire face à une telle situation. » De même, il existe une incertitude sur la durée de fonc- tionnement des réacteurs. Là en- core, le futur « mix énergétique » qui émergera du débat devra pou- voir affronter l’éventuelle fermeture, aux alentours de 2020, de plusieurs réacteurs à la fois.

EMMANUELLE RÉJU

 
  L’ histoire  

L’histoire

 

Erreur judiciaire, deux destins incroyables

 

La Cour de révision examine cet après-midi la requête d’Abdelkader Azzimani et Abderrahim El Jabri, tous deux victimes d’une erreur judiciaire.

d

 

L’affaire – définitivement close – aurait dû en rester là sans un fait nouveau et inattendu. En 2008, un témoin, Errol Fargier, revient sur ses déclarations. Or c’était sur son témoignage, et sur

meurtre d’Abdelaziz Jhilal. Inter- rogé, il reconnaît toutefois avoir été présent sur les lieux du crime et livre l’identité du tueur pré- sumé: Bouziane Helaili, directeur d’un centre de loisirs. Les deux hommes, s’ils s’accusent mutuel- lement du meurtre, admettent

 

Condamnés à vingt ans de prison en 2005, ils ne seraient pas aujourd’hui sur le chemin de la réhabilitation sans un invraisemblable concours de circonstances.

d

lui seul, que l’enquête (fort ban- cale par ailleurs) reposait. Celle-

ci

est alors immédiatement rou-

que ni Abdelkader Azzimani ni Abderrahim El Jabri ne sont im- pliqués dans l’affaire. Les choses vont alors s’accélé-

verte. Le juge d’instruction ordonne une nouvelle expertise

des scellés. Contre toute attente,

ils

avaient été conservés (1). Reste

rer. Abdelkader et Abderrahim

« Il a fallu plusieurs miracles pour qu’on en soit là au- jourd’hui », assure M e Jean-Marc Darrigade, l’avocat d’Abdelkader Azzimani et Abderrahim El Jabri. Les deux hommes devraient en effet encore être en train de pur- ger leurs vingt ans de réclusion pour avoir lardé d’une centaine de coups de couteaux Abdelaziz Jhilal, un petit dealer de cannabis retrouvé mort en 1997. Les dénégations des deux com- parses, dealers à leurs heures, n’avaient convaincu ni les en- quêteurs, ni les magistrats ins- tructeurs, ni les jurés. Et en 2004, ils avaient écopé de vingt de ré- clusion, confirmés en appel un an plus tard. Désespéré, Abdel- kader tenta à plusieurs reprises de mettre fin à ses jours. Il ré- chappa de peu à la mort.

à

savoir si les traces ADN collec-

bénéficient d’une libération

conditionnelle et déposent une requête devant la Cour de révi- sion. « C’est devant elle que je plaiderai aujourd’hui afin que mes clients puissent bénéficier d’un troisième procès d’assises et voient leur innocence définitivement re- connue », précise M e Jean-Marc Darrigade. Les juges peuvent soit exiger leur retour en détention (option hautement improbable), soit réviser leur condamnation, soit demander la tenue d’un troi- sième procès d’assises. Abdelkader et Abderrahim sont « confiants », selon leur avocat. Mais ils ne seront pas pleinement sereins « tant qu’ils ne seront pas

À la surprise générale, l’un des profils ADN correspond à celui d’un individu fiché.

tées sur la scène de crime vont « parler ». Là encore, c’est sans illusion qu’on les verse, en sep- tembre 2010, au Fichier national automatisé des empreintes gé- nétiques (Fnaeg).

Et là, à la surprise générale, l’un des profils ADN (prélevé dans la voiture de la victime) correspond

à

celui d’un individu fiché depuis

définitivement blanchis ».

peu pour une insignifiante af-

faire. Les enquêteurs doutent que l’intéressé, un certain Michel Boulma, puisse être lié au

MARIE BOËTON

(1) L’affaire étant close, ils étaient destinés à une destruction rapide.

 
 
 

mercredi 17 avril 2013

France

7

Quiveutdonner

desmillions?

deligne
deligne

d Quinze « grands gagnants » du Loto désireux de donner se sont réunis hier à la Française des jeux.

d Avec la Fondation de France, ils ont exploré les différentes pistes leur permettant de faire don d’une partie ou, pour certains, de la totalité de leur gain.

« Si tu gagnais au Loto, tu ferais

quoi, toi ? » Cette question, tout le monde se la pose un jour, pour rê- ver, pour rigoler. Mais, hier matin,

au siège de la Française des jeux, l’ambiance était plutôt studieuse. Car les quinze personnes présentes se la posaient pour de vrai, cette question: « Qu’est-ce que je fais de

mes millions ? » Grands gagnants du Loto, depuis dix ans ou trois se- maines, ils sont venus réfléchir, avec l’aide de la Fondation de France, aux différentes formes de dons pos- sibles.

« Une fois la phase de sidération

passée, la plupart des gagnants se demandent ‘‘pourquoi moi ?’’, ex- plique Ana Bauer, auteur d’une étude sociologique sur les gagnants de l’Euromillions, ceux dont le gain dépasse les 15 millions d’euros. Ils ont le souci d’être utiles et de rééqui- librer un peu les choses, surtout en temps de crise. Je me souviens même d’une dame qui me disait : “Si c’est tombé sur moi, c’est forcément qu’il y a une raison.” Il n’y a pas de culpa- bilité, mais le besoin de donner un sens positif à cet événement heureux, bien sûr, mais tellement irrationnel. » Amita (1), millionnaire depuis cinq ans, est passée par ces diffé- rentes étapes. « Quand j’ai gagné, j’ai d’abord été très perturbée. Bien

sûr, je me suis fait des cadeaux, j’ai gâté tous mes proches. Mais après? Je travaillais dans le social et ça m’a semblé naturel de redonner un peu

de ce que j’avais reçu. J’ai des origines indiennes, donc j’ai choisi de donner à des associations qui œuvrent là- bas. » Comme les autres, elle est venue ce matin pour piocher de nouvelles idées et construire un projet de plus long terme. Car au-delà du don

ponctuel, en numéraire, certains gagnants réorientent totalement leur vie. « Quoi qu’on en fasse, le gain bouleverse complètement les équilibres, explique Brigitte Roth, responsable du suivi des grands gagnants. Avant le gain, les gens

L’un d’entre eux signe chaque année un chèque à l’école de son village pour financer la cantine scolaire. Un autre a monté un club de boxe pour les jeunes de sa cité. « Parfois, on a une idée précise d’un projet qui nous touche et qu’on voudrait réa- liser, mais quand on se penche pré- cisément dessus, on se rend compte que ce n’est comme ça que l’on sera efficace. Il faut y aller pas à pas, se renseigner, comparer », explique Dominique Lemaistre, directrice du mécénat à la Fondation de France. Jean-Marc et Élizabeth (1) l’écou- tent attentivement mais leur projet, mûri depuis quelques années, est déjà arrêté. Ce couple catholique a gagné plusieurs millions d’eu- ros il y a tout juste trois se- maines et les a immédiatement bloqués sur un compte. Il ne s’en servira que pour fonder une petite maison de retraite pour les plus nécessiteux. « J’ai eu l’idée à la mort de ma mère, explique Élizabeth, très émue.

Il y a plein de personnes âgées qui meurent chez elles sans soins, par manque de moyens. On veut monter une structure différente, gra- tuite et à taille humaine. » Une fois le chèque encaissé, Jean-Marc et Élizabeth ont donc repris le cours de leur vie et leur travail quotidien. Sans parler du gain à leur entourage. « On a joué dans un but précis, pas pour changer de vie, explique Jean- Marc. Avec de telles sommes, on peut vite déraper, perdre de vue ce que l’on est. Il faut garder de la lucidité, se fixer un but, le tenir. C’est une forme d’engagement moral. »

FLORE THOMASSET

« Il n’y a pas de culpabilité, mais le besoin de donner un sens positif à cet événement heureux, bien sûr, mais tellement

irrationnel. »

construisent leur vie sur le travail, pour gagner un salaire, avoir un logement et une retraite. Mais sou- dain, il n’y a plus de besoin de tra- vailler et le souci financier disparaît. Qu’est-ce qu’on fait de sa vie alors? Le don, en temps ou en argent, est une manière de redonner du sens à la vie, pour le meilleur. » Le don s’inscrit souvent dans l’histoire intime et familiale de la personne. Si un proche a connu une maladie, le gagnant soutiendra la recherche. Si la personne n’a pas pu faire d’études, elle créera ou fi- nancera des bourses scolaires. De même, les gagnants soutiennent souvent des projets de proximité.

(1) Les prénoms ont été changés.

eSSenTIeL JérômeCahuzacadémissionné desonmandatdedéputé L’ancien ministre délégué au budget a annoncé sa
eSSenTIeL
JérômeCahuzacadémissionné
desonmandatdedéputé
L’ancien ministre délégué au
budget a annoncé sa
démission de son mandat de
député, hier à 18 heures,
dans un entretien enregistré
et diffusé sur RMC et BFM
TV. L’ancien maire de
Villeneuve-sur-Lot
devait aborder «toutes
les questions politiques
et judiciaires autour de
l’affaire de son compte
à l’étranger», ont
indiqué les deux
médias. Peu
avant, La
Dépêche du
Midi avait
dévoilé cette annonce sur
son site Internet. Jérôme
Cahuzac était député de la
3 e circonscription de Lot-et-
Garonne.
Exclu du PS, il avait jusqu’à
vendredi minuit pour
annoncer son retour ou non
KenZO TRiBOUillARd / AFP
à l’Assemblée nationale.
Depuis 2009, après la
cessation de leurs fonctions
au gouvernement, les
ministres retrouvent
automatiquement leur siège
sans nouvelle élection dans
un délai d’un mois, sauf
s’ils y renoncent
expressément. Depuis
ses aveux, le 2 avril,
Jérôme Cahuzac ne
s’était exprimé qu’une
seule fois. Dans une
interview à La
Dépêche du Midi, le
11 avril, il avait
confié «déménager
tous les deux jours pour fuir
la pression» et réfléchir à
son éventuel retour au
Palais-Bourbon. Le premier
ministre Jean-Marc Ayrault
avait jugé cette éventualité
«d’une indécence terrible».
C. L.
DÉFICITLeHautConseildesfinancespubliques
doute des prévisions du gouvernement
Appelé pour la première fois à se prononcer sur les prévisions
de croissance du gouvernement (une hausse du PIB de 0,1 %
en 2013 et 1,2 % en 2014), le Haut Conseil des finances pu-
bliques a estimé hier un peu trop optimistes les hypothèses
retenues. Ce scénario est «entouré d’un certain nombre d’aléas
qui, dans leur ensemble, font peser un risque à la baisse sur les
prévisions», écrit la nouvelle instance présidée par l’ancien
député socialiste Didier Migaud. Le Haut Conseil juge pour sa
part qu’un «léger recul du PIB en 2013 et une croissance sen-
siblement inférieure à 1,2% en 2014 ne peuvent être exclus».
ROUTE
IMMIGRATION
Un mort
et des blessés dans
un accident de car
Le gouvernement
promet un meilleur accueil
des étudiants étrangers
Un car transportant des
Britanniques s’est renversé
hier après-midi dans la des-
cente de la station de L’Alpe-
d’Huez. Un premier bilan
faisait état d’un mort et trois
blessés graves. Le véhicule
Les ministres de l’intérieur et de
l’enseignement supérieur ont an-
noncé hier la création d’un titre
de séjour pluriannuel pour leur
faciliter la vie, alors que cette au-
torisation doit aujourd’hui être re-
nouveléechaqueannée.Unguichet
a percuté la falaise dans un
virage et a pris feu avec trois
personnes restées coincées
unique devrait être instauré pour
accélérer leurs démarches. Il s’agira
enfin de faciliter leur accès au tra-
à l’intérieur.
vail une fois leur cursus terminé.
CANTINESParents d’élèves et consommateurs
refusent un assouplissement des normes
Les associations de parents d’élèves (FCPE, Peep, Apel) et l’asso-
ciation de consommateurs UFC Que choisir ont adressé hier une
lettre au premier ministre, Jean-Marc Ayrault, pour réclamer le
maintien du décret sur la qualité nutritionnelle des repas en
restauration scolaire. Elles y expriment de « fortes préoccupations
concernant le rapport de la mission de lutte contre l’inflation
normative, remis par Jean-Claude Boulard et Alain Lambert le
27 mars dernier, et ses suites, plus particulièrement quant à la
préconisation d’abroger le décret ».
mercredi 17 avril 2013 8 M onde
mercredi 17 avril 2013
8
M onde

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Surwww.la-croix.com

T David Beckham a perdu son accent cockney

T Nouvel épisode dans la négociation Serbie-Kosovo

L’Amériquemeurtriepar

l’attentatdumarathondeBoston

Canada Chicago Boston NewYork Was hington Océan ÉTATS-UNIS Atlantique Boston ÉTATS-UNIS 500km
Canada
Chicago
Boston
NewYork
Was
hington
Océan
ÉTATS-UNIS
Atlantique
Boston
ÉTATS-UNIS
500km

d Les derniers bilans des deux explosions de lundi font état de 3 morts et de 170 blessés, dont 17 dans un état critique.

d Aucune revendication n’avait été formulée hier, et la police n’avait procédé à aucune arrestation.

d Les différentes hypothèses évoquées concernent le terrorisme intérieur, antigouvernemental, et la mouvance islamiste.

Que s’est-il passé lundi à Boston?

C’est lundi à 14 h 40, heure locale, que deux bombes ont explosé à 13 secondes d’intervalle, à 50 et à 100 mètres de la ligne d’arrivée du marathon de Boston. Alors que les meilleurs coureurs avaient déjà franchi la ligne depuis plusieurs heures, l’explosion a frappé quand arrivait le peloton des concurrents, à une heure de plus grande affluence. Selon les derniers bilans officiels hier, ces explosions ont fait au moins trois morts et plus de 170 blessés. Mais le bilan pourrait s’alourdir, les autorités faisant état d’une trentaine de victimes gravement touchées, dont 17 dans un état critique. Parmi les trois personnes décédées figure notamment un enfant de 8 ans venu voir son père terminer l’épreuve. Les télévisions américaines montrent en boucle des images de sang sur les trot- toirs jonchés de débris, des véhicules de secours et des brancards. D’après les pre- miers éléments de l’enquête, des roule- ments à bille placés dans les bombes seraient à l’origine de blessures particu- lièrement atroces, y compris de nom- breuses mutilations. Unanimement condamné dans le monde, l’attentat n’avait hier fait l’objet d’aucune revendication. Les autorités ont invité les personnes disposant de photos ou d’enregistrements divers effectués aux abords de la ligne d’arrivée à les remettre à la police afin de faire avancer l’enquête, dirigée par le FBI.

Quelles sont les premières pistes?

En l’absence de tout élément et de toute revendication, deux pistes sont à l’étude. La première concerne le terrorisme inté- rieur. L’organisation du marathon coïn- cidait avec le Patriots’Day au Massachu- setts, commémorant les toutes premières batailles de la Guerre d’indépendance américaine, qui eurent lieu dans la région de Boston. « De nombreux groupes pro- fitent de cette journée pour contester le pouvoir fédéral, jugé oppressif », explique Vincent Michelot, professeur d’histoire américaine à Sciences-Po Lyon. Le lundi 15 avril était aussi le dernier jour pour remplir sa déclaration d’impôts fédéraux. Outre les batailles commémorées par le Patriots’Day, la ville a aussi été le théâtre du Boston Tea Party en 1773, l’un des moments forts de la contestation du pou-

KCS PRESSE
KCS PRESSE

Les spectateurs et les coureurs qui participaient au marathon de Boston ont été rapidement pris en charge par les secours.

voir britannique dans les colonies amé- ricaines. L’événement a inspiré les créa- teurs du mouvement contemporain du Tea Party – la droite dure américaine –, largement imprégnée des thèses antigou- vernementales. « Il y a une forte dimension

symbolique de cette ville », in- dique Vincent Mi- chelot. Par ailleurs, le marathon de Bos- ton, manifestation

sportive mythique aux États-Unis, est devenu un événement prisé des milieux libéraux américains. « Le marathon de Boston est un événement à connotation très multiculturelle, précise Vincent Michelot. L’événement célèbre la diversité sous toutes ses formes – ethnique,

Le marathon de Boston est devenu un événement prisé des milieux libéraux américains.

sexuelle, etc. À droite, beaucoup considè- rent que l’événement sportif a été récupéré par le militantisme progressiste. » La seconde hypothèse évoquée est celle du terrorisme islamiste. Aucune reven- dication n’avait eu lieu hier et les talibans pakistanais – reliés à la tentative d’atten- tat de Times Square en 2010 – ont affirmé qu’ils n’étaient pas responsables de l’at- taque. Les autorités américaines n’avaient hier identifié aucun suspect et indiquaient ne privilégier aucune piste.

Quels sont les précédents?

Si plusieurs tentatives d’attentat ont été déjouées depuis le 11 septembre 2001, les attaques contre New York et Washing- ton étaient, avant dimanche, les derniers actes terroristes commis sur le sol amé- ricain, il y a plus de dix ans. Deux avions

LespatrouillesdesécuritérenforcéesenFrance

En France, le ministre de l’intérieur Manuel Valls a demandé aux patrouilles de sécurité de « renforcer » leur présence dans le cadre du stade « rouge renforcé » du plan Vigipirate, déjà en vigueur. Avec une priorité : sécuriser toujours plus, de manière préventive, les lieux publics et leurs abords. Les établissements accueillant du public (gares, aéroports, centres

commerciaux, etc.) ont été invités à appeler à « faire preuve de vigilance quant à la présence éventuelle de colis suspects ou de bagages aban- donnés, sans céder à l’esprit de panique ». Dans un communiqué, le ministre a souligné « l’importance de respecter strictement les consignes émises par les services de sécurité et de faire preuve de patience et de civisme ».

de ligne, détournés par des membres d’Al- Qaida, s’abattaient ce jour-là sur les tours du World Trade Center à New York, en- traînant l’effondrement des deux édifices. Un troisième appareil s’écrasait dans le Pentagone à Washington, alors que la trajectoire d’un quatrième vol s’achevait dans un champ de Pennsylvanie. Si cette attaque coordonnée, qui a fait

au total près de 3 000 morts, a été, de loin, la plus meurtrière et la plus spectaculaire par son orchestration, notamment en raison des images diffusées dans le monde entier, les États-Unis avaient souffert au- paravant essentiellement d’un terrorisme domestique – hormis le premier attentant ayant visé le World Trade Center en 1993, faisant six morts et un millier de blessés. Quatre islamistes ont été condamnés en mai 1994 à un total de 240 ans de prison, ainsi que le cheikh aveugle Omar Abdel Rahmane, en prison à perpétuité. Au milieu des années 1990, deux at- tentats avaient choqué l’Amérique. En 1995 d’abord, quand un immeuble fé- déral d’Oklahoma City avait été visé, faisant 168 morts et plus de 500 blessés. Timothy McVeigh, sympathisant de mi- lices et groupuscules hostiles au gou- vernement fédéral, reconnu coupable de cette attaque, a été condamné à mort

et exécuté le 11 juin 2001.

ppp

   
   
   

mercredi 17 avril 2013

Mon

de

9

Un an plus tard, c’est aux

Jeux olympiques d’Atlanta qu’un attentat à la bombe faisait deux morts et 112 blessés. Le coupable, Eric Ro-

bert Rudolph, avait fait exploser un engin artisanal dans le Parc olym- pique du Centenaire pendant un concert en marge des Jeux. Il avait alors affirmé avoir voulu protester contre l’avortement. Soupçonné de trois autres attentats à la bombe commis à Atlanta contre une disco- thèque fréquentée par les homo- sexuels, un immeuble de bureaux et une clinique, il a été condamné à une peine de prison à perpétuité, qu’il purge dans le Colorado.

GiLLeS BiaSSette et RéMy piGaGLio

ppp

Paroles

Frédéric

Lambert

Sémiologue, professeur à l’Institut français de Presse

« Les images créent des communautés de deuil »

« Les attentats de Boston s’ins- crivent dans cette généalogie d’actes, comme ceux du 11-Sep- tembre, dont les cibles ont été choisies délibérément pour leur potentiel médiatique. Les terro- ristes viennent se glisser dans des lieux et des événements qui rassemblent des communautés afin de frapper bien plus que des victimes réelles, des populations entières, par la violence terrible des images. Oui, les images tuent. Leur violence aveugle et inexpli- quée crée de véritables commu- nautés de deuil. On peut se de- mander si les médias ne devraient pas y opposer davan- tage de pudeur. Mais on touche là au paradoxe de l’information. D’autant qu’avec le développe- ment des images amateurs, les médias se trouvent très vite dé- bordés par ce qui circule sur le Net. Cela renvoie à la responsa- bilité de chaque citoyen. Nos démocraties se retrouvent un peu démunies face aux stratégies des groupes extrémistes ».

REcuEiLLi paR

SaBine GiGnoUX

LesAméricainsréapprennent

àvivreaveclamenaceterroriste

d Un jour de fête et de fierté pour Boston s’est transformé en drame.

provisoire mardi, trois personnes ont perdu la vie dans cet attentat, dont un enfant de huit ans, et plus de 140 per- sonnes ont été blessées. Parmi elles, deux frères âgés de 31 et de 33 ans, venus encourager un ami coureur.

Ils ont chacun perdu une jambe. En plus d’être le « Marathon Day », le troisième lundi d’avril marque le « Patriot Day » à Boston, le jour du Patriote, en honneur aux premiers révolutionnaires de la guerre d’indépendance américaine. Les commenta- teurs et les éditoriaux faisaient référence au courage de la ville et de ses habitants. « En ciblant Boston, l’attaquant ou le groupe d’attaquants se retrouvent face à face avec l’esprit de résilience de la ville. Les gens partout dans le monde vont le voir, lit-on dans le principal quotidien de la région, The Boston Globe. En se confrontant au pire de la nature humaine, Boston montrera le meilleur, comme elle l’a fait ce lundi » De Boston à New York, en passant par la capitale Washington et la côte Ouest, tout le pays

revit depuis lundi l’angoisse des attaques terroristes. Mais personne ne s’aventu- rait à tirer de conclusions hâtives sur le ou les responsables de l’attentat de Bos- ton. Le président Obama s’est d’ailleurs gardé de prononcer le mot terrorisme. Des leçons ont été tirées ces dernières années des nombreux actes de terreur,

qu’ils soient dus à des groupes étrangers comme Al-Qaida ou le fait d’extrémistes américains de gauche ou de droite. « Nous sommes moins naïfs, moins crédules. Moins enclins à nous lancer dans des conclusions, notait hier un journal de l’Arizona. Ce ne serait pas faux de dire que le 11-Septembre nous a fait grandir en tant que peuple ».

Stéphanie Fontenoy

New York De notre correspondante

Depuis 116 ans que se tient le Marathon de Boston, il y a toujours eu beaucoup de larmes sur sa ligne d’arrivée. Des larmes de joie des marathoniens qui retrouvent leur famille et supporteurs après avoir tout donné. Pour la première fois lundi après-midi, le concert

d’applaudissements a été recouvert par deux puissantes détonations qui ont soufflé les participants et le public. À 78 ans, Bill Iffrig n’en était pas à son premier mara- thon. Terminant la course dans les premiers de sa ca- tégorie, il s’est écroulé sous la force de l’explosion de la première bombe. « Une onde de choc a parcouru tout mon corps », expliquait-il, sain et sauf, à la chaîne de télévision américaine CNN. Après

quelques secondes à terre et des égra- tignures aux genoux, il se relève et repart en direction du poteau final. En quelques heures, les hôpitaux de Boston ont été pris d’assaut. Les bles- sures sont sévères, avec des membres tranchés et des coupures profondes dues à l’explosion. Steven Epstein, responsable

des urgences du centre médical Beth Israël Deaconess a comparé les lésions à celles des blessés de guerre. « L’engin qui a détoné était une sorte d’engin explosif improvisé. C’est le type de chose auxquelles sont confrontées nos troupes en Irak et en Afghanistan. » Les deux engins explosifs étaient disposés sur le trot- toir à quelques mètres de la ligne d’arrivée, faisant le plus de victimes parmi le public. Selon un décompte

« en se confrontant au pire de la nature humaine, Boston montrera le meilleur, comme elle l’a fait ce lundi. »

LesEglises

américaines

encommunion

aveclesvictimes

Le cardinal Sean O’Malley, ar- chevêque de Boston, a assuré du soutien spirituel des Églises les victimes des attentats. « Nos prières et notre pensée sont avec tous ceux qui ont été traumatisés par ces actes, et plus spécialement les proches de ceux qui sont morts et blessés, et les victimes elles- mêmes », peut-on lire dans un communiqué publié hier. Le car- dinal américain salue les autori- tés politiques ainsi que les forces de police de sa ville. « Au milieu de l’obscurité de cette tragédie, nous nous tournons vers la lumière

de Jésus-Christ », écrit encore l’ar- chevêque. Les représentants de l’Église méthodiste se sont dits

« profondément attristés » par les

événements de Boston. « Dans de tels moments, nous ne savons que dire ou comment le dire, mais

nous nous joignons au psalmiste, “Dieu est pour nous refuge et force, secours dans la détresse, toujours offert” (Ps 46). » Par ailleurs, le pape François a assuré les vic- times de sa prière et invité à

« combattre le mal par le bien ».

Lesmarathons,unsuccèspopulairequinesedémentpas

d La course de Boston, endeuillée par une double explosion, lundi, est disputée chaque année depuis 1897.

d Ce marathon prestigieux attire près de 30 000 participants et des centaines de milliers de spectateurs.

Cette année encore, la 117 e édi- tion du Marathon de Boston devait être une fête populaire dans la ville du Massachusetts. Près de 30 000 participants avaient le privilège de disputer cette course très presti- gieuse aux États-Unis et dans le monde de la course à pied. Le Ma- rathon de Boston, né en 1897 – un an après le premier marathon dis- puté lors des Jeux olympiques d’Athènes (Grèce) – est une institu-

tion du sport américain. Il attire des milliers de sportifs, ce qui contraint d’ailleurs l’organisation à limiter le nombre d’inscrits.

La course de Boston, longue de 42,195 km, fait partie des six mara- thons intégrés aux World Marathon Majors, une compétition qui réunit les plus grandes épreuves du monde. Elle comprend, outre Bos- ton, les Marathons de Londres – qui doit se tenir dimanche –, Tokyo, Berlin, Chicago et New York. Ces courses rassemblent les meilleurs marathoniens du monde mais sont également ouvertes aux amateurs. Chaque année, le Marathon de New York – le plus prisé – qui s’achève dans Central Park est ainsi disputé par 50 000 personnes qui viennent du monde entier. Le Marathon de Paris, créé en

1976, n’échappe pas à ce succès mondial. La course parisienne a pris une nouvelle dimension ces

dix dernières années. La dernière

édition a attiré près de 50 000 par- ticipants – un record – de 140 na- tionalités différentes alors que le prix de l’inscription varie entre 65 et 110 €. L’épreuve parisienne se hisse désormais au niveau des plus grandes du monde. Le marathon a toujours suscité

une attirance particulière, car il s’agit d’une distance mythique où le cou- reur peut explorer ses limites. Mais depuis quelques années, la disci- pline connaît un regain d’intérêt. Particulièrement dans l’air du temps, la course à pied peut être pratiquée n’importe où, moyennant une bonne paire de chaussures de sport. Cet engouement suscite

d’ailleurs un marché de plus en plus florissant. Pour beaucoup, le mara- thon répond aussi à un besoin de convivialité. Les coureurs peuvent vivre ensemble des émotions peu ordinaires. En outre, l’entraînement régulier est l’occasion de se retrou- ver entre amis. Pour expliquer le succès du ma- rathon, Bernard Faure, ancien ma- rathonien et consultant pour l’athlé- tisme sur France Télévisions, affirmait fin 2011 dans La Croix :

« L’homme d’aujourd’hui a perdu la notion d’effort physique et il éprouve le besoin de se réapproprier son corps. Avec cette course, on ap- prend à connaître cette enveloppe qui est capable de nous transporter pendant 42,195 km. On entre en in- timité avec son corps et avec soi. »

aRnaUD BeViLaCQUa

capable de nous transporter pendant 42,195 km. On entre en in- timité avec son corps et
 
 
 

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Monde

mercredi 17 avril 2013

AuCameroun,lecalvaired’unjeunecinéasteenlevéettorturé

d Après avoir été enlevé et séquestré du 24 mars au 3 avril, le cinéaste camerounais Richard Djif vit caché.

d Son dernier film, 139… Les derniers prédateurs, raconte l’histoire d’un dictateur dans un pays africain imaginaire. Un sujet qui n’a pas plu à ses geôliers.

« Je me cache depuis une semaine chez des amis. Je change d’adresse tous les jours. Je suis sans défense contre ceux qui veulent me tuer », témoigne à La Croix, d’un lieu tenu secret, le jeune cinéaste camerou- nais Richard Djif. « Depuis que nous avons montré au public notre dernier film, 139… Les derniers prédateurs, nous vivons un enfer », ajoute Boris Talom, l’un de ses associés. Le scé- nario n’est pas anodin: dans un pays africain fictif, deux journalistes en- quêtent sur la longévité surprenante d’un dictateur au pouvoir. Cela n’a pas plu dans le Cameroun de Paul Biya, le président au pouvoir sans partage depuis 1982. « Le film est sorti le 10 = mars à Douala et le 13 mars à l’Institut français de Yaoundé. Aussitôt après, nous avons commencé à recevoir des menaces de mort par SMS », affirme Boris Talom. « Je me sentais épié, ajoute

Richard Djif, dont c’est le troisième film. Et puis, tout a basculé. » Dans la nuit du 23 au 24 mars, le jeune cinéaste de 35 ans, titulaire

d’une maîtrise d’arts et spectacles de l’université de Yaoundé, est en-

levé par quatre hommes : « On m’a balancé dans une voiture, mis un pistolet sur la tempe », raconte-t-il au téléphone. Que voulaient ses ravisseurs ? « Ils m’ont posé les mêmes questions: qui finance mon film? Quelles sont mes relations avec feu Pius Njawe (1) ? Avec l’Associa- tion de défense des droits des étu- diants du Cameroun (Addec)? Avec Jean-Pierre Bekolo (2) ? Avec la mi- nistre de la culture Ama Tutu (3)? »

« Ils me frappaient, me jetaient

violemment à terre, me jetaient contre une porte, m’étranglaient, me torturaient avec un couteau pour que je leur dise ce qu’ils voulaient entendre. L’un d’eux m’a fortement entaillé un doigt. Plusieurs fois, j’ai cru que j’allais mourir. » Un soir, le cinéaste est conduit dans un maré- cage pour y être exécuté. Il s’enfuit, erre toute la nuit avant de trouver un passant qui lui porte se- cours. C’était le mercredi 3 avril. Richard Djif est conduit aussitôt à l’hôpital : « Je n’ai plus quitté Ri- chard depuis cette date, explique Boris Talom. L’hôpital n’a pas voulu lui donner des soins tout de suite. »

Le 5 avril, un chirurgien décide de l’opérer du doigt. Ils restent enfermés dans une chambre, gardés par des gendarmes et des policiers, visites interdites. Pendant cette quaran- taine, des policiers interrogent Ri- chard Djif. « Ils m’ont posé les mêmes questions que mes ravisseurs. Cela m’a troublé, raconte-t-il. Et ils vou- laient savoir si j’étais capable d’iden- tifier mes ravisseurs. Ce n’était pas le cas. D’où leur soulagement visible. »

la peur au ventre, sans protection, sans défense, cachés dans Yaoundé. » Florent Geel, du bureau Afrique de la Fédération internationale des droits de l’homme, prend l’histoire de Richard Djif très au sérieux :

« Nous avons été alertés par sa si- tuation. Ce qui lui est arrivé n’est pas une surprise. Depuis quelques semaines, nous assistons à une cris- pation au Cameroun. Les autorités ne supportent pas tous ceux qui re- mettent en cause la gestion du

pouvoir depuis 1982. » Pour se maintenir au pou- voir depuis si longtemps, Paul Biya écrase toute forme de contestation. L’histoire de Ri- chard Djif en rappelle d’autres évoquées par Fanny Pigeaud, dans son livre enquête Au Ca- meroun de Paul Biya (4). Cette

auteur signale les violences de l’armée, des forces de sécurité contre ceux qui osent critiquer ce ré- gime autoritaire: « Malgré leur gra- vité, écrit-elle, aucune enquête n’est jamais lancée pour déterminer les circonstances et les responsabilités de ces ‘‘dérapages’’: les forces de sé- curité bénéficient d’une impunité quasi totale, qui rappelle celle des longues années de régime d’excep- tion, dont elles ont gardé de nom- breux réflexes. »

LAURENT LARCHER

« Depuis quelques semaines, nous assistons à une crispation au Cameroun. Les autorités ne supportent

pas tous ceux qui remettent en cause la gestion du pouvoir depuis 1982. »

Le lundi 7 avril, les deux amis quit- tent l’hôpital, convoqués à la police judiciaire. « Nous avons été interrogés de 14 heures à 19 heures. Puis les po- liciers nous ont dit que nous pouvions retourner chez nous. Mais nous avi- ons peur, nous leur avons demandé une protection. Ils ont refusé. Alors, nous sommes restés pour la nuit. Le lendemain, le commissaire nous dit que, s’il nous arrivait quelque chose ici, il ‘‘n’y pourrait rien’.’ Nous avons quitté les lieux. Et depuis, nous vivons

www.camerounvoice.com
www.camerounvoice.com

Le cinéaste Richard Djif.

(1) L’un des personnages du film porte le nom de ce journaliste fondateur du Messager au Cameroun, symbole du combat pour la liberté de la presse, plusieurs fois arrêté par Paul Biya et mort dans un accident de voiture en 2010. (2) Le cinéaste camerounais, auteur du film Quartier Mozart, vient de réaliser Longévité au pouvoir de Paul Biya, un film projeté en mars au dernier Festival panafricain du cinéma (Fespaco) à ouagadougou. (3) Sur la sellette au Cameroun pour avoir accordé un financement au film de Jean- Pierre Bekolo. (4) Au Cameroun de Paul Biya, Éd. Karthala, 2011, 266 p., 24 €.

Explication « Lemessage»de lajusticesénégalaise auxdirigeantsafricains Karim Wade, fils et ancien ministre de
Explication
« Lemessage»de lajusticesénégalaise auxdirigeantsafricains
Karim Wade, fils et ancien
ministre de l’ancien président
sénégalais Abdoulaye Wade,
a passé hier sa première
journée en prison.
d
Quelle est la portée
symbolique de
son arrestation?
d
Il est soupçonné
d’« enrichissement illicite ».
Quels sont les
soupçons qui pèsent
sur Karim Wade?
Placé en garde à vue lundi,
Karim Wade est le fils de l’ancien
président sénégalais Abdoulaye
Wade, battu lors des élections
présidentielles de 2012. Long-
temps présenté comme le suc-
cesseur désigné par son père, il
occupait une sorte de super-mi-
nistère, cumulant plusieurs fonc-
tions de ministre en même
temps. Sa fortune est évaluée à
plus de un milliard d’euros par
la cour de répression de l’enri-
chissement illicite.
La justice le soupçonne
d’avoir détourné des millions
d’euros des caisses de l’État ou
d’avoir profité de ses fonctions
pour développer son patrimoine
au cours des deux mandats de
son père, de 2002 à 2012. Le par-
quet lui avait donné jusqu’au
15 mars pour justifier l’origine
de ses biens. « Le procureur n’a
Karim Wade, lundi, s’apprête à être placé en garde à vue. Le fils de l’ancien président sénégalais, dont
la fortune est évaluée à un milliard d’euros, aurait détourné des millions d’euros des caisses de l’État.
même pas examiné le dossier,
l’arrestation est illégale », a es-
timé son avocat, Demba Ciré
Bathily.
les auteurs de détournement d’ar-
gent public ne restent pas impu-
nis », observe de son côté Alioune
Tine, président de la Raddho,
Il y avait une très forte attente
des citoyens sénégalais pour que
«
principale association de défense
des droits de l’homme au Séné-
gal. « Les autorités ont donc voulu
aller vite. Cependant, il ne fau-
drait pas négliger la procédure
pour faire plaisir à l’opinion pu-
blique. C’est un vrai risque dans
le cadre de l’affaire Wade. »
La lutte contre la corruption,
« les biens mal acquis » et la
dénonciation du système Wade
ont été parmi les thèmes forts
de la campagne présidentielle.
Après son élection, le président
Macky Sall a réactivé la cour de
répression de l’enrichissement
illicite, créée en 1981 mais en
sommeil depuis des années.
L’État a porté plainte en France
pour « recel de détournement
de fonds publics, recel d’abus de
biens sociaux et corruption» .
Plusieurs anciens barons du
régime Wade ont par ailleurs
été emprisonnés au cours des
derniers mois.
« De telles enquêtes auraient
été impensables il y a encore
deux ans, se félicite Alioune
Tine. La justice sénégalaise
adresse un message fort à tous
les dirigeants africains et à leur
politique prédatrice. » Pour Jean
Merckaert, de l’association Sherpa,
l’affaire Wade est un nouvel
exemple du « mouvement histo-
rique contre l’impunité » des élites
sur le continent.
OLIVIER TALLÈS
aFP
   
   
   

mercredi 17 avril 2013

Mon

de

11

Tensions

auVenezuela

aprèslesélections

d Le résultat officiel de la présidentielle est de 50,75 % pour Nicolas Maduro, le candidat chaviste.

d L’opposition conteste. Une grande manifestation est prévue aujourd’hui à Caracas.

Après une longue soirée électorale dimanche, Nicolas Maduro, dauphin du chef de l’État défunt Hugo Chavez, a été officiellement proclamé président lundi après-midi lors d’une courte cérémonie officielle au Conseil national électoral (CNE). Selon les résultats définitifs fournis par l’autorité électorale du pays, il s’est imposé avec 50,75 % des voix, contre 48,97 % pour son adversaire Henrique Ca- priles. Main sur le cœur, le successeur de Hugo Chavez, qui ne prêtera toutefois ser- ment que vendredi, a promis de « poursuivre pleinement son héritage pour la défense des pauvres et la défense de l’indépendance ». Mais il devra d’abord faire face à la colère de l’opposi- tion, qui conteste toujours les résultats fournis par le CNE, suspect à ses yeux car com- posé en majorité de proches du pouvoir. L’opposition es- time qu’il y a eu des fraudes,

à l’image du quotidien El Na- cional, qui, dans un éditorial publié hier, tirait à boulets rouges sur un CNE accusé de manipulation: « Les Vénézué- liens honnêtes ont élu Hen- rique Capriles Radonski, comme l’indiquaient tous les chiffres connus à sept heures du soir dimanche. » À l’appel d’Henrique Ca- priles, qui exige un nouveau décompte de 100 % des bul-

letins et juge Nicolas Maduro

« illégitime », des milliers de

partisans de l’opposition ont envahi lundi soir les rues de Caracas. Certains agitaient

des casseroles – pratique clas- sique de contestation en Amérique latine –, d’autres ont allumé des feux de pou- belles ou de pneus. Par endroits, les policiers ont utilisé des tirs de gaz la- crymogène pour disperser les manifestants. Si le leader de l’opposition a appelé ses partisans à ne « pas tomber dans le piège de la violence »,

Henrique Capriles a appelé à de nouvelles manifestations devant les bureaux régionaux du CNE et à un grand rassem- blement, aujourd’hui, devant le siège de l’organisation, à Caracas.

Dans un pays extrêmement divisé et polarisé, cette ten- sion post-électorale pourrait donner lieu à des déborde- ments, le pouvoir ne comp- tant pas laisser la rue aux troupes d’Henrique Capriles.

« J’appelle le peuple à com-

battre dans la paix », a lancé Nicolas Maduro, appelant à la mobilisation « à travers tout le pays ». Les autorités ont annoncé hier qu’un de leur partisan avait été tué lundi soir lors d’une manifestation en

faveur de Nicolas Maduro. Si les pays alliés de Caracas, ainsi que des voisins latino- américains, comme la Co- lombie, ont d’ores et déjà félicité Nicolas Maduro pour son élection, d’autres restent plus prudents. Les États-Unis comme l’Organisation des États américains se sont pro- noncés en faveur d’un dé- compte des

GILLES BIASSETTE

noncés en faveur d’un dé- compte des GILLES BIASSETTE Cause Commune Christine MonCla Grand reporter à

Cause Commune

Christine MonCla

Grand reporter à France Culture, envoyée spéciale au Venezuela

« le pouvoir est très rigide »

« Il y a un raidissement du côté du gouvernement. Ni- colas Maduro avait tout de suite accepté l’idée de recomp- ter les voix, avant de changer d’avis et de faire proclamer les résultats officiels. Il refuse même de répondre quand on évoque cette volte-face. Quant à l’opposition, elle est très remontée et appelle à manifester demain dans le centre de Caracas. Le scrutin est tellement serré qu’on ne sait pas comment la situation peut évoluer. »

Recueilli paR G. B.

Unroyaumedésunipourlesobsèques

deMargaretThatcher

d Un hommage militaire national sera rendu aujourd’hui à l’ex-

première ministre britannique.

d Les Britanniques sont divisés entre ceux qui saluent la mémoire de la femme politique d’envergure, et ceux qui dénoncent sa dureté vis-à-vis des classes populaires.

LONDRES De notre envoyée spéciale

La cathédrale Saint-Paul de Londres est une véritable ruche. Autour de son dôme majestueux qui domine la ca- pitale britannique, s’activent des techniciens de la BBC, des ouvriers qui montent une bar- rièred’acier, des gardes enveste fluo, de multiples policiers et

des officiels consultant fébri- lement le dossier « True Blue ». Ce « vrai bleu », la couleur du conservatisme pur et dur qu’incarnait la baronne That- cher, est le nom de code donné

à ses obsèques qui devaient

être célébrées aujourd’hui à

partir de 10 heures (11 heures

à Paris). Un hommage national

grandiose, qui mobilise près de 1 000 militaires entre West- minster et Saint-Paul, et plus de 6 000 membres des forces de l’ordre pour protéger le convoi et les personnalités, Élisabeth II en tête, qui l’ac- compagneront. Un événement solennel qui coûtera 10 millions de livres

(plus de 11,6 millions d’euros). Une somme justifiée aux yeux de Nigel, policier, qui monte la garde devant Saint-Paul.

« La dame a rétabli la fierté de

la nation, lance-t-il. C’est juste dommage qu’on doive mobi- liser autant de collègues pour protéger son cercueil. Ça de- vrait être un moment de re- cueillement. » Mais nombreux sont ceux qui protestent contre le coût de ces funérailles grandioses en pleine austérité et enten- dent bien manifester leur ul- time opposition à la « Dame de fer ». Une mère de famille de 41 ans du Hampshire, Re- becca Lush Blum, a lancé un appel sur Facebook à tourner le dos au cortège funéraire. Elle a déjà recueilli des milliers de soutiens. En signe de protestation, des centaines de personnes ont entonné ou acheté une chan- son du Magicien d’Oz, le film de 1939 avec Judy Garland,

« Ding dong, the witch is dead »

(La sorcière est morte), devenu

l’hymne anti-Thatcher. Un spectacle jugé choquant par de nombreux Britanniques, mais que justifie Lisa, 23 ans. « Oui, c’était une vieille dame

fragile et malade. Mais ce n’est pas sa mort que nous allons fêter, c’est celle d’un symbole politique, celui du “Tout pour les riches, les cupides, les égo- ïstes, et tant pis pour le peuple!” » Chezlesjeunes, commechez les plus âgés, les passions ont resurgi en force avec la mort de la Dame de fer, comme si deux pays inconciliables se faisaient face. « La page des années Thatcher n’a pas du tout été tournée, elle est même au cœur de tous les débats d’au-

envahissant aujourd’hui que la politique offensive qu’elle a

menée – démantèlement de l’État providence, anéantisse- ment delapuissancesyndicale, privatisations, dérégulation de la finance – n’a pas été remise en cause par les travaillistes, Tony Blair et Gordon Brown. « Margaret Thatcher a dit un jour que son meilleur héritier, c’étaitTonyBlairqui,commeelle,

a gagné le pouvoir en convain-

quant les classes moyennes, et qui n’est jamais revenu sur la

politiquequ’elleamenéede1979

1990 », relève Robin Niblett, directeurducentrederéflexion Chatam House. C’est cette permanence des choix faits dans les années 1980 par la première mi-

nistre qui explique la vi- vacité des émotions de- puis son décès, le 8 avril. « Beaucoup de gens qui avaient perdu leur emploi pendant les années That- cher n’ont pas pu faire entendre leur voix durant les vingt ans qui ont suivi, même pas au sein du New Labour. Ils ont au-

jourd’hui une opportunité de faire entendre leur douleur et de susciter un débat qui

n’avait pas eu lieu », estime Robin Niblett.

à

Sa mort, alors que des poli- tiquesd’austéritétrèsduressont en cours, ravive les clivages du Royaume-Uni.«Ilyadeuxpays, avec plusieurs lignes de fracture, analyse Patrick Le Galès. D’abord la partition socio-éco- nomique, marquée par les iné- galités. Ensuite la vision très anglaise de Thatcher a fait que les conservateurs sont détestés en Écosse où monte la revendi-

cation indépendantiste, et peu appréciés au Pays de Galles. Enfin une division Nord-Sud ne cesse de se creuser, avec un Nord

appauvri qui vote Labour et un Sud riche et tory. » Les deux camps se toisent, et comptent bien se mesurer aujourd’hui lors des obsèques, où la police redoute aussi bien des émeutes urbaines qu’un attentat de l’IRA, comme au temps de Thatcher. Le gouver- nement Cameron n’a cessé d’augmenter les effectifs de police mobilisés, encore da- vantage après les attentats de Boston. Le premier ministre conservateur a même fait taire les cloches pour éviter toute référence à « Ding, dong, la sorcière est morte. » Ainsi Big Ben cessera de sonner ce ma- tin quand passera le cortège funèbre de Margaret Thatcher.

NATHALIE LACUBE

Chez les jeunes, comme chez les plus âgés, les passions ont ressurgi avec la mort de la Dame de fer, comme si deux pays inconciliables

se faisaient face.

jourd’hui, c’est ce qui suscite

tant d’émotion », explique Pa- trick Le Galès, chercheur au CNRS et professeur au Centre d’études européennes de Sciences-Po. « Comme le gaullisme en France, le thatchérisme est de- venu la matrice politique du pays, le point de pivot de tous les grands conflits qui animent la société, ajoute le politologue. Durant ces années-là, les Bri- tanniques ont su de quel côté ils se situaient et se sont structurés pour ou contre elle. Ce clivage

reste présent. » Roger, paroissien âgé de Saint-Paul, essaie de faire la part des choses. « Quand elle a pris le pouvoir, le pays partait àvau-l’eau,leFMIlemaintenait à flot, nous étions dans l’état de la Grèce aujourd’hui, et elle l’a redressé. Mais elle nous a cho- qués par sa dureté, son absence totale de compassion vis-à-vis des pauvres et des fragiles », dit-il. Le doyen de la cathédrale Saint-Paul, David Ison, qui donneralabénédictionlors des obsèques célébrées par l’évêque de Londres, Richard Chartes, est lui aussi entré dans le débat: « Nous n’avons pas pu apaiser les blessures et la colère qu’ont ressenties une grande partie de nos concitoyens, à propos de son héritage », a-t-il lancé.

L’héritage politique de Mar- garet Thatcher est d’autant plus

p e t i t e s

a n n o n c e s

» , a-t-il lancé. L’héritage politique de Mar- garet Thatcher est d’autant plus p e t
 
 
 

12

Monde

mercredi 17 avril 2013

Leleaderdel’oppositionrusse

poursuivipourcorruption

d Le procès pour détournement de fonds contre Alexeï Navalny commence aujourd’hui. Il risque dix ans de prison.

MOSCOU De notre correspondant

« Nous sommes le pouvoir! » En dé- cembre 2011, au plus fort de la contes- tation contre le retour de Vladimir Poutine au Kremlin, Alexeï Navalny haranguait les foules. Seize mois plus tard, alors que le régime a opté pour un net tournant répressif contre les organisations de la société civile, l’avo- cat devenu leader de l’opposition se dit « prêt à aller en prison ». Car aujourd’hui commence un pro- cès qui pourrait se conclure par dix ans de détention. « C’est une affaire fabriquée de toutes pièces sur ordre de Poutine », dénonce-t-il. Des accusa- tions que le comité d’enquête a indi- rectementreconnues:sonporte-parole a confié qu’en « narguant » le pouvoir, l’opposant a lui-même provoqué « une accélération»despoursuitesjudiciaires contre lui. Accusé d’avoir détourné 2,5 millions d’euros appartenant à un parti poli- tique libéral, inculpé d’escroquerie et de blanchiment d’argent dans le cadre d’une affaire mêlant son frère, soup- çonné d’avoir usurpé son statut d’avo- cat en fournissant de fausses informa-

tions, il est poursuivi aujourd’hui pour

avoirdétournél’équivalentde400000€

d’une exploitation forestière. Une af- faire qui remonte à 2009, lorsqu’il était conseiller du gouverneur libéral de Kirov, à 900 km à l’est de Moscou. Un comble pour celui qui, dans l’opposition, s’est fait une spécialité:

la lutte anti-corruption. Pendant les manifestations, Alexeï Navalny n’avait cessé de frapper fort contre Vladimir Poutine, « le chef du parti des bandits et des voleurs ». Ces dernières se- maines, il a sorti plusieurs affaires visant des proches du chef du Kremlin. Ainsi vient-il de contraindre à la dé- mission le président du comité d’éthique à la Douma qui, fervent par- tisan des récentes mesures anti-amé- ricaines, possède en fait deux appar- tements et un terrain en Floride, évalués à près de 4 millions de dollars. C’est sur son site Web que, depuis 2007, Alexeï Navalny multiplie les ré- vélations. En devenant actionnaire minoritaire dans plusieurs entreprises semi-publiques, il a dénoncé des cas de fraudes. Son ascension politique intrigue cependant. Et inquiète. Car, par le passé, il a tenu des propos xé- nophobes et participé à des marches nationalistes. À la veille de son procès, il n’a pas hésité à lancer une nouvelle provocation: « Je veux devenir prési- dent! »

BENJAMIN QUÉNELLE

ANDREY SMIRNOV / AFP
ANDREY SMIRNOV / AFP

Le blogueur russe Alexeï Navalny.

ANDREY SMIRNOV / AFP Le blogueur russe Alexeï Navalny. CAUsE CommUNE Claude guilbal Chef du service

CAUsE

CommUNE

Claude guilbal

Chef du service International à France Culture

« Navalny a un charisme hors du commun »

« J’ai rencontré deux fois Alexeï Na- valny au moment de la présidentielle russe de 2012. La première fois à Saint- Pétersbourg, lors d’une manifestation anti-Poutine. Il est apparu comme l’op- posant incarnant les aspirations de la classe moyenne russe avec un charisme hors du commun et des accents très nationalistes. Ayant une très haute opi- nion de lui-même, il ne parlait qu’à la presse américaine. La seconde fois, à Moscou, au soir de la victoire de Pou- tine, il a daigné me parler, soulignant l’alternance organisée entre Medvedev et Poutine, le pouvoir confisqué. »

recueilli par

DorIAN MALoVIC

eSSenTIeL

 

lesud-estdel’irantouchépar

unséismede7,5demagnitude

un séisme de 7,5 de magnitude a frappé mardi le sud-est de l’iran,

au pakistan, notamment à islamabad, où des bâtiments ont tremblé,

a

annoncé le centre iranien

et dans la plus grande ville du pays, Karachi, ainsi que dans les pays du Golfe jusqu’à Dubaï. Située sur plusieurs failles sismiques importantes, la république islamique d’iran a connu de nombreux tremblements de terre dévastateurs. le plus meurtrier a tué, en décembre 2003, 31 000 personnes à Bam (sud). en août 2012, deux puissantes secousses avaient fait 306 morts

de sismologie, une semaine après un tremblement de terre qui a fait près de 40 morts dans le sud-ouest du pays. les médias iraniens n’ont pas fait pour le moment état de victimes dans cette région reculée du Sistan-Balouchistan. l’épicentre est situé à 18 km de profondeur, à 80 km au nord de la ville de Saravan, près de la

frontière avec le pakistan. la secousse, qui a frappé

15 h 14 locales (10 h 44 GMT), a été ressentie

à

près de la ville de Tabriz (nord-ouest).

NUCLéAIRE

 

La Corée du Nord rejette un dialogue «humiliant» avec Washington

La Corée du Nord a annoncé hier qu’elle n’accepterait pas un dialogue « humiliant » avec les états-Unis et que des dis- cussions n’étaient possibles que si Washington abandonnait sa politique jugée « hostile » à son régime et ses « menaces nucléaires ».

(Publicité)

Washington abandonnait sa politique jugée « hostile » à son régime et ses « menaces nucléaires
mercredi 17 avril 2013 13 Parents&enfants
mercredi 17 avril 2013
13
Parents&enfants

enquête Sites spécialisés, forums, réseaux sociaux, applications… En 2013, la grossesse se déroule de plus en plus sur la Toile, de l’annonce de l’heureux événement à la salle de naissance

Vivresagrossesse

àl’heured’Internet

Cultura / plainpiCture
Cultura / plainpiCture

Tweeter sur sa grossesse

ou comment communiquer en 140 caractères pour répondre au besoin de partager à tout moment ses émotions.

RepèRes Images sur le Net Selon une étude internationale menée en 2010, près d’un quart
RepèRes
Images sur le Net
Selon une étude internationale
menée en 2010, près d’un quart
des parents (23 %) mettent en ligne
les échographies prénatales.
Ces chiffres sont supérieurs
aux États-Unis où 34 % des mères
ont mis leurs échographies
sur le Web, et plus encore au Canada
où ce taux s’élève à 37 %.
En France, seulement 13 % des mères
sont concernées, 14 % en Italie
et 15 % en Allemagne.
De même, au Japon,
seules 14 % des mères ont mis
leurs échographies en ligne.
P Le résultat de cette enquête
montre que 81 % des enfants
de moins de 2 ans ont déjà
un profil ou une empreinte numérique
avec leurs photos mises
en ligne (92 % aux États-Unis,
73 % dans les pays européens
concernés par l’enquête).
P Ces statistiques ont certainement
évolué à la hausse depuis
leur parution, l’usage d’Internet
s’étant démultiplié.

S urlavidéo,l’imagetremblote un peu. On y voit un couple de quinquagénaires ouvrir un cadeau. Pour la femme, un châle au crochet; pour l’homme, une casquette. Tous deux ont l’air interlo- qués. « C’est un châle de

mamie! », s’étonne la femme. « Oui, ma- man, il va falloir que tu t’y habitues ! », réplique en riant une voix féminine derrière la caméra. Cris de surprise, de joie, larmes, rires, émotion… Le couple, soudain pro- pulsé dans la grand-parentalité, a compris

la signification de ces cadeaux symbo- liques. Le futur grand-père, avec sa cas- quette flambant neuve, embrasse tendre- ment sa femme qui se détourne de l’objectif pour cacher son émotion. Rapi-

dement, la nouvelle, véhiculée par la vidéo, fait le tour de la famille… Et pas seulement, puisqu’elle a été vue plus de 40 000 fois sur YouTube. Ces dernières années, poster une vidéo sur une plate-forme dont on communique le lien à ses proches pour annoncer sa grossesse est une tendance de plus en plus répandue. Aux États-Unis, certaines futures mères vont même plus loin en réalisant et diffusant des vidéos dans lesquelles elles filment le résultat du test de grossesse dans leur salle de bains (d’où leur nom de « WombTube », womb: utérus en anglais). Cette tendance n’étonne guère Marie, 30 ans, enceinte de trois mois. « Filmer le résultat du test de grossesse… je trouve ça de très mauvais goût, et je ne l’ai encore jamais vu chez mes proches! En revanche,

annoncer ma grossesse par vidéo, je ne le ferais pas, mais ça ne me choque pas. Le mari d’une de mes amies a même réalisé une petite animation en dessin animé pour annoncer sur sa page Facebook qu’ils se- raient bientôt trois. » Signe des temps, la grossesse passe dé- sormais, d’une façon ou d’une autre, par Internet. Selon une étude internationale menée en 2010 (lire les Repères) aux États- Unis, 34 % des mères avaient mis les clichés d’échographies sur le Web. Cette exposi- tion, en trois ans, a largement conquis la France et permet au réseau social de mieux cibler les publicités: vêtements pour bébés, matériel de puériculture… Cette présentation virtuelle du bébé au monde, avant même la naissance, a-t-elle des conséquences sur la façon dont il sera

accueilli? « Depuis qu’ils existent, les clichés d’échographie sont souvent montrés au-delà

du cercle familial. Fa- cebook multiplie ce phénomène, ce n’est ni bon ni mauvais. Cette présentation virtuelle f a i t p a r t i e d e l a construction du lien et

« Cette présentation virtuelle fait partie de la construction du lien et prépare la rencontre. »

prépare aussi la ren- contre. Elle n’empêche pas d’idéaliser son bébé », explique Élisabeth Darchis, psy- chanalyste, spécialiste du couple et de la maternité.

Le réseau spécial Twitter n’échappe pas

à ce phénomène. En France, certaines

tweeteuses alimentent leur « fil » (accessible

à tous, contrairement à la plupart

ppp

(Lire la suite page 14.)

  Parents & enfants
 

Parents&enfants

  Parents & enfants

14

mercredi 17 avril 2013

TVivresagrossesse

àl’heured’Internet

(Suite de la page 13.)

Brunor
Brunor

témoignages Alice et Ivane sont enceintes de leur quatrième et premier enfant et « consomment » les nouvelles technologies avec prudence

Desgrossessespasseulementvirtuelles

« J’ai téléchargé deux applications sur mon smartphone »

Alice, 35 ans, 6 e mois de grossesse. Deux enfants, 10 et 8 ans

« J’attends mon quatrième bébé, mais j’ai perdu le précédent durant le 7 e mois de grossesse. Je suis donc très anxieuse et très prudente. Avec ce qui nous est ar- rivé, chaque jour est gagné et j’avance pas à pas. Je n’ai pas du tout envie de publier mes photos d’échographie ou mes états d’âme sur Facebook. Il faut aussi se mettre du côté de celui qui lit ces messages : ce n’est pas facile d’y répondre. Du coup, on peut se sentir très seul. La joie non plus n’est pas facile à partager sur la Toile. Donc, je prends les choses tranquillement et reste pudique sur ce que je vis. J’ai des amies qui publient des photos d’elles en- ceintes, de leur ventre… Elles racontent aussi, parfois, le départ à la maternité : à partir du clavier de leur téléphone, elles racontent publiquement l’évolution de la situation à partir de la première contrac- tion jusqu’à l’arrivée dans la salle de nais- sance… Le problème c’est quand ça tourne mal. C’est arrivé à l’une de mes amies dont le bébé est mort à la naissance, ça a été affreux. Je ne vais plus sur les forums, parce que d’abord, je trouve insupportable de lire des textes truffés de fautes d’orthographe autour de “mon gygy” et “mon zome” (NDLR : termes qui désignent le gynéco- logue et le père). De plus, cet excès d’in-

formations est assez néfaste et déstabili- sant. Je m’en suis rendu compte en cherchant des renseignements sur le cy- tomégalovirus, après un dépistage… C’était effrayant. Alors que le médecin, lui, m’a tout expliqué et rassurée. En revanche, je ne suis pas complètement réfractaire aux nouvelles technologies ! Pour mes deux premiers enfants, je pouvais suivre l’évo- lution de la croissance du bébé sur un livre. Cette fois, j’ai téléchargé deux ap- plications (igrossesse et iPR) sur mon smartphone. Semaine après semaine, je peux voir ce qui se développe, les organes, la taille… c’est rassurant, surtout en début de grossesse. C’est bien pour imaginer ce qui se passe à l’intérieur de soi. »

« C’est un sujet intime dont je ne parle pas sur Facebook »

ivAne, 31 ans, 8 e mois de grossesse, premier enfant

« C’est ma première grossesse. C’est un sujet privé et intime dont je ne parle pas sur Facebook. J’ai des amies qui affichent les photos des échographies, de leur ventre, et plus tard de leurs enfants, mais cela me met assez mal à l’aise. On ne sait jamais quel usage peut être fait de telles photos. Contrairement à beaucoup de femmes enceintes, je fréquente assez peu les forums de discussion. Quand j’ai des doutes, j’en parle à mes amies qui ont eu un bébé. J’ai la chance de ne pas être iso- lée, contrairement à de nombreuses

femmes enceintes qui, sur Internet, cher- chent à rencontrer des futures mamans habitant près de chez elles. Sur ces forums, certaines veulent juste partager leur émer- veillement, d’autres racontent les moindres détails de leur grossesse. Il y a aussi des demandes de conseil sur le choix du matériel. Je suis vraiment étonnée de voir comment les fabricants d’articles de puériculture exploitent l’angoisse des parents. Si on les écoutait on se retrouve- rait avec une pièce de 50 m 2 remplie d’us- tensiles ! Je suis allée sur un de ces forums après la deuxième échographie. Le médecin trouvait que le bébé ne grandissait pas bien, mais ne m’a pas donné d’informa- tions supplémentaires. Mon gynécologue ne pouvait me recevoir que quinze jours plus tard. J’étais inquiète. Mais je n’ai pas réussi à me faire un avis en surfant sur Internet. Les informations étaient surtout troublantes. Il faut dire que la grossesse est très médicalisée et que tous ces exa- mens apportent parfois plus d’angoisse qu’ils ne rassurent. Cela dit, j’ai conscience d’avoir de la chance d’être enceinte en France aujourd’hui. Les examens sont intégralement remboursés, on sait, grâce à la Caisse d’allocations familiales, ce qu’il faut faire et dans quels délais… C’est in- croyable. Mais à mon avis, le grand chan- gement des dernières années est l’impli- cation du père. Il ne se contente pas d’être présent aux échographies, il est aussi très impliqué émotionnellement, ce qui est bien sûr positif. »

Recueilli paR M. A.-P.

ppp

des profils Facebook) durant neuf

mois, tout cela en 140 caractères. On peut lire par exemple : « Visite du 6 e mois en début de semaine et tout va pour le mieux:

D »… Cette exposition sociale, où figurent

parfois des détails très intimes, peut se retourner contre ses auteurs. Si les bonnes nouvelles se partagent facilement, les plus douloureuses (une fausse couche) gagnent à ne pas faire l’objet d’une trop grande pu- blicité. « Les femmes enceintes parlent fa-

cilement d’elles et sont plus amenées à par- tager de l’intimité. On parle de “transparence psychique” durant cette période. Elles sont comme aimantées par ces outils de com- munication qui répondent au besoin de partager leurs émotions. On le constate sur

les forums ou les réseaux sociaux. Certaines

peuvent regretter plus tard d’avoir donné tant à voir », ajoute Élisabeth Darchis. Sur la Toile, les futures mamans ont aussi envahi les forums des sites féminins (au- feminin.com…), médicaux (doctissimo. com…) ou parentaux (enfant.com…). Sur ce dernier, une large place est attribuée aux communautés d’internautes : ceux-ci sont incités à faire la connaissance de fa- milles qui partagent les mêmes centres d’intérêt, à discuter et échanger… Sur les forums, les « avrilettes » – les femmes qui accoucheront en avril – font le point sur les derniers préparatifs. Le ton est sympa- thique et convivial, souvent familier. On y parle du menu du soir, du choix du pro- gramme de télé, mais aussi des fringales, des nuits difficiles et, parfois, protégé par son pseudonyme, de sujets très intimes. Ces échanges peuvent déboucher sur de vraies rencontres et des amitiés renforcées par l’expérience de la maternité. À trois mois de grossesse, Marie se refuse

pour le moment à fréquenter ces forums

« car s’il est bien difficile de ne pas y aller au moins une fois, on y trouve toutes les informations et leur contraire », dit-elle ; elle se contente des « informations très complètes délivrées par le conseil général

et la CAF ». En revanche, elle compte équi-

per son smartphone d’une application consacrée à la maternité (De-

venir Maman, iGrossesse…). Ces applications montrent l’avancement de la grossesse, l’évolution du bébé… Même les livres se dotent désormais d’outils numériques: Le Grand Livre de ma grossesse, aux Édi- tions Eyrolles (sous la direction

du professeur Jacques Lansac), offre par exemple à ses lecteurs l’accès à des vidéos sur leur smartphone : l’écho-

graphie de la grossesse, la césarienne…

Selon Odile Amblard, rédactrice en chef d’Enfant Magazine et du site enfant.com,

« ce qui a le plus changé récemment durant

la grossesse, c’est la quantité d’informations

auxquelles les femmes peuvent avoir accès

et qui sont difficiles à gérer. Elles cherchent

des réponses sur les forums plus ou moins

sérieux – celui d’enfant.com est modéré – et

se précipitent à l’hôpital à la moindre in-

quiétude. Parallèlement, dans une société qui se judiciarise, les équipes médicales s’entourent aussi de précautions, par peur de passer à côté de quelque chose, et mul- tiplient les examens qui peuvent renforcer l’inquiétude des parents. Il faut être solide aujourd’hui pour vivre une grossesse zen. »

MArIe Auffret-PerIcone

« certaines peuvent regretter plus tard d’avoir donné tant à voir. »

Parents & enfants  

Parents&enfants

 
Parents & enfants  

mercredi 17 avril 2013

15

EntrEtiEn Frédérique Teurnier

Sage-femme en libéral et à l’hôpital des Diaconesses à Paris (1)

«Sionécoutaitplus

lesfemmes,ellesiraient

moinssurInternet»

d La multiplication des dépistages ne rassure pas les mères qui cherchent des réponses à leurs questions sur les forums.

des certitudes qu’on ne peut pas leur apporter. S’il se passe quelque chose d’anormal à la naissance, si l’enfant est porteur d’une anoma- lie, les parents le vivent encore plus mal qu’il y a quelques années. Ils se sentent trahis.

L es femmes enceintes

sont-elles différentes

aujourd’hui?

Ces incertitudes sont peut-être à l’origine du succès des sites et des forums consacrés à la maternité sur internet…

F. T.: Mais bien sûr ! C’est vrai que les jeunes mères sont de toute façon très consommatrices de nou- velles technologies, à travers les réseaux sociaux, les applications. Mais au lieu de leur simplifier la vie, ça la complique! Je vais parfois sur les forums, et je suis atterrée par ce qui s’y dit. Médicalement, il y a de grosses bêtises. Ce qui est vrai pour l’une n’est pas forcément vrai pour l’autre. On y trouve aussi beaucoup plus de personnes qui ont des « hor- reurs » à raconter que de femmes pour qui tout

s’est bien passé. Sur Internet, je ne suis pas sûre

q u e v o i r d e s

images en 3D de

naissance d’un

bébé est rassu- rant… Je crois au

contraire que rien ne remplace les explications dans une relation singulière et per- sonnalisée : elles obtiennent ainsi des informations fiables qui les ras- surent. Malheureusement, de moins en moins de maternités organisent des préparations et les futures mères doivent les effectuer chez une sage- femme libérale qui ne fait pas par- tie de l’équipe de la maternité. Cette tendance devrait faire réa- gir les professionnels parce que si on passait plus de temps à répondre aux questions des femmes, elles auraient sans doute moins besoin de fréquenter ces sites. Mais les conditions de travail actuelles ne le leur permettent pas. C’est aussi pour cette raison que de plus en plus de femmes rejettent le médi- cal et veulent vivre leur grossesse et accoucher le plus naturellement possible. La proposition de loi dé- posée au Sénat sur les maisons de naissance en février semble au point mort. Pourtant, les rares so- lutions qui s’en rapprochent le plus marchent bien! Il serait temps que les politiques l’entendent.

MARIE AUFFRET-PERICONE

Frédérique Teurnier:

Leurs attentes sont différentes. Ce qui a changé et que je trouve plus compliqué pour les futures mères, c’est qu’aujourd’hui, on fait beau- coup de place au médical et aux dépistages: examens, échographies, prises de sang… Elles ont du mal à comprendre que ces dépistages ne

sont pas des assurances tout risque. La part d’humanité en est diminuée:

moins de temps, moins d’échanges, et c’est dommage. Ce qui a changé, c’est aussi la place des pères que je trouve sou- vent plus impliqués dans le désir de fonder une famille et durant la grossesse. On en

voit un peu plus dans les séances de préparation à l’accouchement, mais je ne sais pas si c’est vrai par- tout : à l’hôpital des Diaconesses,

nous suivons peu de personnes en grande précarité qui ont probablement d’autres dif-

ficultés et d’autres priorités.

« Je vais parfois sur les forums, et je suis atterrée par ce qui s’y dit. Médicalement, il y a de grosses bêtises. »

la

Vous évoquez des examens qui pourtant devraient les rassurer…

F. T.: C’est anxiogène car plus on cherche plus on risque de trou- ver. Et on ne leur donne pas de certitudes. Prenons l’exemple de la trisomie 21 : à l’issue du dépis- tage (échographie et prise de sang), on parle simplement de « risque accru » ou de « faible risque ». On ne leur dit pas « c’est positif ou négatif ». Seule l’amnio- centèse permet de déterminer de manière certaine si le bébé est porteur d’une anomalie chromo- somique. Mais on n’effectue cet examen que dans certains cas, car il présente aussi un risque de fausse couche. On raisonne en permanence en termes de « bénéfice/risque ». C’est une notion difficile à faire passer. C’est vrai pour les échographies aussi. En termes de sécurité, c’est mieux. En termes de vécu de gros- sesse, c’est plus compliqué et, paradoxalement, ça ne rassure pas forcément. Elles voudraient avoir

(1) Présidente d’honneur du Collège national des sages-femmes (CNSF).

w Retrouvez les cahiers Parents & enfants sur www. la-Croix. com.
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Retrouvez
les cahiers
Parents
& enfants
sur www.
la-Croix.
com.
 
  l i e n de famille  

lien de famille

 
 

RC JOURNEAU / MEDIA ACCESSMA

  RC JOURNEAU / MEDIA ACCESSMA

« Ma femme me rappelle à l’essentiel »

Roland Giraud

   

Christ. Dans la tourmente que nous avons tra-

Comédien, époux de la comédienne Maaike Jansen

versée, sa foi bien ancrée a été comme une digue, m’empêchant de partir à la dérive. Face au drame, la célébrité rend parfois les choses encore plus cruelles. Après le suicide du meurtrier présumé de notre fille et de son amie, certains journalistes people, me sachant croyant, me demandaient :

‘‘Est-ce que vous pardonnez à Jean-Pierre Treiber?’’ Une façon insidieuse de voir si j’étais cohérent avec mes convictions. Or cette question me han- tait déjà nuit et jour. Maaike m’a alors donné une nouvelle preuve concrète de sa foi en me confiant:

« J’ai eu un jour cette chance extraordinaire de rencontrer Maaike, ma femme, avec qui je suis marié depuis 1966. Nous avons partagé tant de choses ensemble, des événements heureux mais aussi d’autres, tellement douloureux… J’avais 22 ans lorsque nos chemins se sont croi- sés. Maaike suivait des cours d’art dramatique à Paris dans le même cours que moi. J’ai aussitôt été séduit par cette belle personne qui osait dire, alors que nous étions tous très impatients de connaître le succès: ‘‘Si je veux être comédienne, je ne veux pas devenir une vedette pour autant, et risquer de perdre mon âme!’’ Depuis, j’ai souvent

eu l’occasion de vérifier que vedette ne rime pas toujours avec bonheur.

‘‘Je lui pardonne tout. Il est mort maintenant, et il devra s’expliquer devant Dieu auquel il ne pourra échapper, cette fois.’’ Aurais-je jamais ce courage? C’est si difficile de pardonner. Depuis que Géraldine n’est plus là, Maaike est tout ce qui me reste de ma famille. Elle me console de ne plus entendre ce doux mot de Papa que nul ne prononcera plus à mon égard. Dans ce métier quelque peu narcissique qui est le mien, chaque jour ma femme, par sa présence bienveillante à mes côtés, me rappelle l’essentiel. Comme l’esclave qui suivait l’empereur romain en répétant: ‘‘N’ou- blie pas que tu es mortel’’ »!

recueilli par ÉvElyNE MONTIgNy

 

Lorsque j’ai rencontré ma future belle-famille, des protestants calvinistes d’origine hollandaise, j’ai compris d’où venait cette authenticité de Maaike qui me touchait tant. Le clan était animé par mon beau-père, un homme imposant par son allure mais aussi par sa simplicité, qui a su m’accueillir dans sa tribu, sans jamais me juger, ni tenter de m’influencer. Pour moi, qui me sen-

tais dans ma propre famille si peu désiré, l’accueil chaleureux de cette nouvelle famille fut un vrai cadeau du ciel! On disait les protestants austères, mais je dé- couvrais au contraire des gens heureux et libres dans leur foi. Je n’avais de la religion catholique

qu’une vision tiède à travers ma mère, largement influencée par mon père qui, lui, était carrément anticlérical. Enfant, au grand dam de mes parents, je m’étais rendu en cachette au catéchisme avec des camarades. Et au service militaire, j’ai souvent assisté à la messe, dite par un ami curé. La bonté qui émanait du mes-

 
 

Roland Giraud vient de publier un livre, Roland Giraud en toute liberté, le Passeur éditeur, 224 p., 19 € (livre numé- rique : 6,99 €). Il y évoque avec sincérité sa famille mais aussi la foi d’un homme meurtri par la disparition de sa fille unique. Roland Giraud est à l’affiche du film La Cage dorée de Ruben Alves (sortie le 24 avril 2013) et il joue au théâtre jusqu’au 12 mai dans Un homme trop facile (Théâtre de la Gaîté-Montparnasse, à Paris).

sur www.la-croix.com

retrouvez une vidéo avec roland Giraud.

 

sage christique m’atti- rait depuis lors, mais c’est en voyant ma femme vivre sa foi que j’ai décidédedemander le baptême, à 26 ans. Je savais que, toute petite déjà, ma femme croyait avec ferveur, mais c’est au cœur de cette terrible épreuve que fut l’assassinat de notre fille Géraldine, que j’ai ressenti la force de son adhésion au

 

DOROTHÉE BARBA

DU LUNDI AU VENDREDI DE 5H À 6H

DOROTHÉE BARBA DU LUNDI AU VENDREDI DE 5H À 6H LA VOIX

LA VOIX

en partenariat le mercredi avec le quotidien La Croix et

EST LIBRE

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16

mercredi 17 avril 2013

Météo jeunes « Les Mystérieuses Cités d’or » fascinent toujours d Trente ans après la
Météo jeunes
« Les Mystérieuses
Cités d’or »
fascinent toujours
d Trente ans après la diffusion du feuilleton
sur Antenne 2, les intrépides « enfants
du Soleil » reviennent, sur TF1, pour de nouvelles
aventures télévisées, tout aussi captivantes.
La suite des Mystérieuses Cités d’or, Gilles Broche,
Zia, esteban et tao, les trois héros des Mystérieuses Cités d’or,
voyagent désormais en Chine et au Tibet… et en 3D.
président de l’association de fans « Les enfants du
Soleil », en rêvait depuis trente ans. Il avait à peine 10 ans
quand, en 1983, il a découvert la série, alors diffusée dans le
« RécréA2 » de Dorothée. Un générique accrocheur (le disque
s’est vendu à plus de 80 000 exemplaires!), une histoire riche
en rebondissements, des personnages attachants… Il n’en
fallut pas plus pour captiver les jeunes téléspectateurs de
caractère de Zia, la fillette, plus affirmé et le scénario plus
policé. Pas question, de nos jours, de tuer un personnage,
même le pire des méchants! Les psychologues de TF1 veillent
au grain.
l’époque, puis bien d’autres générations, au fil des éditions
en VHS puis DVD et des multiples rediffusions télé (de France 5
à NT1). Aujourd’hui, sa fille de 9 ans se passionne à son tour
pour les tribulations des trois jeunes héros sur le continent
asiatique (Chine, Tibet).
« Chaque enfant peut s’identifier à l’un des personnages: le
fougueux Esteban, le malicieux Tao ou la douce Zia. Sans su-
per-pouvoirs, ils n’ont que leur courage et leur intelligence pour
résoudre les énigmes dans leur quête des légendaires cités d’or »,
analyse Gilles Broche, qui prépare un livre sur Les Secrets
d’une saga mythique (à paraître en juin chez Soleil Éditions).
La série, fruit d’une coopération franco-japonaise, a bénéficié
de l’alliance de deux compétences: l’imagination débordante
des auteurs français (Jean Chalopin et Bernard Deyriès) et le
savoir-faire technique des animateurs japonais.
« Ils ont su séduire les enfants mais aussi leurs parents par
l’aspect éducatif du dessin animé : son arrière-plan historique
(les conquistadors espagnols du XVI e siècle et la découverte de
l’Amérique) et le mini-documentaire, situé en fin d’épisode,
pour éclairer tel ou tel thème », ajoute Éric Jacquot, le produc-
teur de la nouvelle saison réalisée en étroite collaboration
avec les créateurs d’origine et diffusée par TF1 depuis le 7 avril.
Seuls changements : le rythme est un peu plus soutenu, le
À notre avis
Quel enfant ne s’est jamais passionné pour une chasse
aux trésors ou un jeu de piste ? Les Mystérieuses Cités d’or,
d’hier comme d’aujourd’hui, mêlent habilement aventure
et humour, histoire et science-fiction (le « grand condor »,
dans lequel se déplacent les héros, a tout du vaisseau spatial).
Dans le paysage formaté des programmes jeunesse, cette
série d’animation accomplit une double prouesse : plaire
autant aux filles qu’aux garçons et divertir les enfants sans
provoquer l’ennui ou la consternation des adultes. C’est
d’ailleurs en famille que le Musée Guimet, à Paris, propose,
autour des « Cités d’or », une intéressante visite-parcours
au sein des collections permanentes et dans la rotonde. De
la Chine des minorités à la Cité interdite, de la figure my-
thique du dragon au monde himalayen, on découvre les
céramiques, peintures ou textiles qui ont inspiré les créateurs
du dessin animé, dont une magnifique robe impériale sor-
tie exceptionnellement des réserves. L’occasion rêvée d’ini-
tier les enfants à l’art de la Chine ancienne.
CÉCiLe JaurÈs
Sur TF1 le dimanche à 9 h 30, rediffusion le mercredi à 10 heures.
à Lire: le remarquable catalogue de l’exposition du Musée Guimet
Sur les traces des mystérieuses cités d’or, 54 p., 15 €.
BLUE SPIRIT ANIMATION/BE FILM/TF1
MILAN PRESSE
(( ))
((
))
€. BLUE SPIRIT ANIMATION/BE FILM/TF1 MILAN PRESSE (( )) B A y A R d j

BAyARd jEUNESSE

B A y A R d j E U N E S S E LES choix

LES choix DE La cRoix

CD ENFANTS

Petit à Petits et grands de Laurent deschamps

Cd L’autre distribution, 45 mn, prix variable

Il y a, dans les chansons de Laurent Des- champs, de jolies pépites ; c’est comme une poésie d’enfants qui n’hésite pas à faire valser ensemble coccinelles, tulipes, escargots, reines, rois et fée Carabosse ! Minuscules bestioles et grands monstres se tiennent la main et nous entraînent jo- liment dans leur farandole. Ces chansons reflètent un spectacle qui tourne dans la région nantaise : courez-y !

dès 4 ans

sens dessus dessous de Michèle Bernard

Cd ePM/universal, 50 mn, prix variable

Chanteuse discrète, loin de tout circuit commercial, Michèle Bernard porte un regard sur le monde empreint d’humanité et defraternité. Les chansons decet album, pour la plupart des reprises, s’adressent à toutes les générations ; enseignants et animateurs musicaux la connaissent bien et l’apprécient pour la qualité des textes, forts et clairs, et des mélodies soyeuses.

Une immense chanteuse pour les enfants et leurs parents, à écouter sans retenue ; et à applaudir si l’occasion se présente !

dès 5 ans, public familial

BLandine Canonne

ROMAN ADOlESCENTS

Le rêveur de Pam Muñoz ryan et Peter sís (illustration)

Éd. Bayard jeunesse, 431 p., 15,90 €

Il y a quarante ans, le poète chilien Pablo Neruda disparaissait. Le 8 avril dernier, le corps du poète, proche de Salvatore Allende, a été exhumé afin de connaître les causes exactes de sa mort. L’occasion pour les plus jeunes de découvrir ce poète, prix Nobel de littérature en 1971. Récemment paru aux Éditions Bayard, Le Rêveur est une biographie romancée sur la jeunesse de Ricardo Eliecer Neftalí Reyes Basoalto, alias Pablo Neruda. Très tôt, cet amoureux des mots s’invente des mondes imaginaires. Orphelin de mère, il devra affronter son père, un in- dividu tyrannique qui entend faire de son rêveur de fils, au physique fragile, un mé- decinouundentisteetunhomme«fort»…

Le récit de ses premières années est écrit à l’encre verte, comme le faisait le poète, par PamMuñoz Ryan, auteur latino- américain, et élégamment illustré à la plume par Peter Sís, lauréat du prestigieux prix Hans-Christian-Andersen en 2012. Les enfants rêveurs se reconnaîtront sans doute dans les traits de cet enfant timide qui publiera ses premiers poèmes et textes en prose à l’âge de 13 ans. Et qui aimait écouter la pluie composer un « concerto de notes mouillées » en contemplant la chaîne des Andes. Chic, il pleut…

Marie auFFret-PeriCone

en savoir PLus: Découvrir d’autres ouvrages pour la jeunesse? Rendez-vous sur le blog « Trop bien ce livre! »: http://livre-enfant-ado.blogs.la-croix.com/

En bREF PHOTOS P Les chemins de l’école Chaque jour dans le monde, des mil-
En bREF
PHOTOS
P Les chemins de l’école
Chaque jour dans le monde, des mil-
lions d’enfants effectuent à pied, enbus,
à dos d’âne ou à vélo, de nombreux ki-
lomètres, traversant parfois montagnes
et forêts avec le même objectif: aller à
l’école. Ces scènes d’enfants se rendant
coûte que coûte à l’école, captées par
des photographes, l’Unesco a décidé
de les exposer sur ses grilles. Alors que
nos enfants rechignent parfois le matin
à aller en classe, cette exposition leur
ouvrira d’autres horizons.
Jusqu’au 3 mai. Maison de l’unesco,
7, place Fontenoy, 75007 Paris
PRESSE JEUNESSE
P Leonard initie à la science
Milan Presse vient de lancer un nou-
veau magazine trimestriel destiné aux
scientifiques en herbe (dès 7 ans) : Je
comprends les sciences avec Leonard.
Construit autour du
héros de bande des-
sinée (créé par Turk
et De Groot), le génie
Léonard (caricature
de Léonard de Vinci),
célèbre pour ses in-
ventions loufoques et
connu des enfants par
la série animée diffu-
sée actuellement sur
la chaîne Gulli. Chaque
numéro valorisera la
démarcheexpérimentaleenfournissant
un kit de matériel autour d’un grand
thème: l’air, le système solaire… Au fil
des pages, Léonard guidera le lecteur et
animera les expériences. Les contenus
de ce nouveau magazine sont en lien
avec le programme de sciences des
dernièresannéesd’écoleprimaire(CE2,
CM1, CM2) et validés par un conseiller
pédagogique de l’éducation nationale.
en vente en kiosque, 7,90 €
(kit d’expériences inclus)
VIE ÉTUDIANTE
P demander une bourse
Lycéens et étudiants ont jusqu’au
30 avril pour faire une demande de
bourse sur critères sociaux pour l’année
2013-2014. Les conditions d’attribution
et le simulateur de bourse figurent sur
le site du Cnous (Centre national des
œuvresuniversitaireset scolaires). Pour
avoir droit à une aide financière du
ministère de l’enseignement supérieur,
il faut avoir moins de 28 ans au 1 er sep-
tembredel’annéeuniversitaireetsuivre
une formation habilitée à recevoir des
boursiers. Les aides sont ensuite attri-
buées selon trois critères: revenus du
foyer fiscal, nombre d’enfants à charge
fiscale de la famille et éloignement du
lieu d’études. D’autres aides existent,
notamment en fonction du mérite.
PLus d’inForMations en téléchargeant
le guide du Cnous (www.cnous.fr)
w
w

Retrouvez

les cahiers

Parents &

enfants

sur www.

la-Croix.

com.

Lasemaine

prochaine

TFaire un pèlerinage en famille

Économie

mercredi 17 avril 2013 17
mercredi 17 avril 2013 17

mercredi 17 avril 2013

17

Sur www.la-croix.fr t Les Pays-Bas renoncent à l’austérité t La puissance compromise de l’agroalimentaire français

Larestauration,àlarecherche

delaqualitéretrouvée

d Quatre-vingts pour cent des 140 000 à 150 000 restaurants français travaillent à partir de produits industriels semi-élaborés ou finis.

d Des « grandes toques » ont réagi en créant les « Restaurants de qualité ».

d Leur but: mettre en avant les cuisiniers artisans, qui s’obstinent à travailler des produits bruts.

SUDRES JEan-DaniEl / hEmiS.fR
SUDRES JEan-DaniEl / hEmiS.fR

Le label «Restaurants de qualité» distinguera les cuisiniers qui en feront la demande, pour leur «vrais» plats à partir de «vrais» produits.

appris la création du label par des clients.

« Faire tout “maison” nous a toujours

paru naturel. Nous n’avons jamais songé à le préciser. » Leur carte est courte.

« Celles à 40 entrées et 30 plats sont des arnaques ! » Elle change tous les jours, en fonction des arrivages. « Il y a peu, on a reçu un maquereau

si beau qu’on l’a servi frais, en tartare. » Pourtant, des voix s’élèvent et dénoncent la mainmise des grands chefs sur la cuisine hexa-

gonale – seuls les étoilés du Collège culinaire sont habilités à re- cevoir ou à refuser les adhérents. D’autres dénoncent la cotisation imposée de 1 € par jour. Alain Dutournier ne s’en émeut

pas. « La cotisation se justifie par les frais de fonctionnement de l’association. Croyez-vous vraiment que Ducasse, Bo- cuse, Robuchon et les autres… aient besoin des Restaurants de qualité pour exister? » Président de l’Association française des maîtres restaurateurs, Francis Attra- zic, lui, est furieux. Son label a été créé par l’État en 2008. Délivré et renouvelé par le préfet au terme d’audits réguliers, il repose sur la même exigence du « fait maison ». « Il aurait mieux valu dévelop- per les Maîtres restaurateurs, s’enflamme- t-il. En les ignorant, le Collège culinaire ne produit qu’une confusion d’autant plus dommageable que le fonctionnement des Restaurants de qualité laisse perplexe. Acceptés sur une simple déclaration d’in- tention, les adhérents ne subissent aucun

contrôle si ce n’est le questionnaire auquel leurs clients sont invités à répondre sur Internet ! Ce n’est pas sérieux. » À Fougères, ces arguments ne convain- quent guère Stéphane Galon et son épouse Anne-Sophie, les patrons du Galon ar Breizh. Bien que labellisés « Maîtres res- taurateurs » depuis 2011, ils n’en ont pas moins adhéré aux Restaurants de qualité. Le « fait maison » est naturel pour eux. Leurs fournisseurs sont situés à une jour- née de marche maximum. Le cuisinier connaît à l’avance le veau ou le bœuf qui finira dans ses casseroles. La philosophie du service est celle d’une « restauration bienveillante ». « Les Restaurants de qualité sont une chance, souligne-t-il. Le problème des Maîtres restaurateurs tient à ce que, bien que nés d’une noble intention, ils n’ont pas réussi à s’imposer. À peine 2 700 éta- blissements en cinq ans. Les Restaurants de qualité, eux, sont tirés par de vraies locomotives, des grands noms qui entraî- nent les anonymes dans leur lumière. Les rapports reposent sur la confiance et le militantisme. Le compagnonnage. »

DIDIER MÉREUZE

(1) www.college-culinaire-de-france.fr (2) www.restaurantdequalite.fr. On peut y trouver, entre autres, la liste de tous les adhérents à travers la France.

Elles ne sont pas encore arrivées, mais déjà elles sont annoncées. Bientôt, à travers toute la France, de nouvelles plaques en bel émail signaleront les

« Restaurants de qualité », où l’on cuisine

exclusivement « maison ». À l’origine de cette initiative, le Collège culinaire de France (1), association fondée en 2010 par une quinzaine de grandes toques universellement reconnues (Paul Bocuse, Alain Ducasse, Joël Robuchon, Alain Dutournier…), qui s’est donné pour mis- sion la défense et illustration de la cui- sine française. Constatant que « près de 80 % des 140 000 à 150 000 établissements réper- toriés dans l’Hexagone travaillent à par- tir de produits industriels semi-élaborés ou finis », ses membres ont décidé de réagir, raconte Alain Dutournier, chef doublement étoilé à l’enseigne du Carré des Feuillants, à Paris. Les Restaurants de qualité regroupent, sous une unique appellation, grandes tables, bistrots, auberges… Ils font de la « vraie » cuisine, avec de « vrais » produits frais et de qua- lité, de « vrais » plats élaborés par de

« vrais » cuisiniers, dans le cadre d’un

« vrai » service en salle, se confondant avec une « vraie » hospitalité… (2) « La question n’est pas de jeter l’op-

probre sur la restauration industrielle. Aucune loi ne la condamne. N’im-

porte qui peut s’improviser restau- rateur, surtout s’il se contente d’as- sembler des sachets – il existe même un CAP de “cuisinier assembleur” –, explique Alain Dutournier. Dans un environnement de bistrots bidons,

notre but est de soutenir et de mettre en avant les cuisiniers artisans qui s’obs- tinent à travailler des produits bruts. » Ainsi, David Rathgeber, maître des fourneaux de L’Assiette, à Paris. Ce jeune chef se lève à 6 heures pour s’atteler soit à sa tête de veau, soit à son cassoulet qui mijote pendant trois jours. S’il se pro- curait ces plats déjà prêts (quitte à les déclarer « maison » !), il aurait, recon- naît-il, « moins de travail, moins de frais, de salaires et de charges à payer : nous sommes trois en cuisine ». Et des marges plus importantes. « Une portion indus- trielle revient, en moyenne, à 1,50 €. Sur la carte, elle est vendue dix fois plus cher ! » Dans le 6 e arrondissement, Franck et David, propriétaires des Garçons, ont

«Il y a peu, on a reçu un maquereau si beau qu’on l’a servi frais, en tartare.»

LesRestaurantsquifontàmanger

Lui est informaticien; elle dirige une petite maison d’édition. Tous deux dans le Var. C’est parce qu’ils étaient lassés de « se faire avoir » par des restaurants cuisinant de l’industrielsansledire,etqu’ilsnetrouvaient aucune information sur Internet, que Ca- pucine et Alain Tortosa se sont décidés à ouvrir leur propre site, « Restaurants qui font à manger ». Y sont répertoriés plus de

200 établissements, la plupart situés dans lesuddel’Hexagone.Maisilenestd’ailleurs… Outre l’adhésion à la charte du « fait mai- son » et une cotisation, les restaurateurs présents sur le site doivent déclarer sur l’honneur non seulement ce qu’ils font… mais aussi ce qu’ils ne font pas!

www.restaurantsquifontamanger.fr

  Économie
 

Économie

  Économie

18

mercredi 17 avril 2013

 
  E xplication  

Explication

 

Le coursdel’or en zone deturbulences

L’once d’or semblait toujours chahutée hier, après avoir atteint lundi son plus bas niveau depuis deux ans, en perdant 10 % de sa valeur, sous la barre des 1 440 dollars.

d

trente ans. La chute est historique », écrit-il dans sa lettre d’informations Monfinancier.com. Des fonds « spé- culatifs » ont dû « liquider » leurs positons à l’achat dans une panique totale, avance-t-il.

que Chypre établisse un précédent. Les cours ont ainsi pâti « de crainte de voir des pays fortement endettés vendre leur or pour payer leurs créances », a relevé Kathleen Brooks, analyste chez Forex.com, ce qui augmenterait l’offre sur le marché. Il s’agit là d’un facteur de baisse, tant les achats des banques cen- trales ont été un des leviers de la hausse de l’or ces dernières années.

Il s’agit de la plus forte dégringolade depuis trente ans.

d

Comment expliquer

Les analystes sont divisés sur l’évolution des cours pour cette année.

d

cette chute violente?

Sur la durée, plusieurs éléments

 

qui

ont fait exploser les cours de l’or

De quand date la baisse des cours?

depuis deux ans semblent s’estom- per. D’abord, la Réserve fédérale américaine a laissé entendre qu’elle pourrait réduire sa stratégie de

Quelle sera la tendance dans les prochains mois?

Les premières ventes d’or sur les marchés ont commencé voilà trois semaines, dans le calme et de ma- nière progressive. Mercredi dernier, une étude de Goldman Sachs re- commandait de vendre le métal précieux et mettait en garde contre l’éventualité d’une accélération des ventes. Cela a-t-il provoqué ce qu’on ap- pelle une « prophétie auto-réalisa-

« quantitative easing » (la « planche

 

D’un côté, certains analystes es-

à billets »). Cela réduirait la quantité

timent que le vent de panique de- vrait s’apaiser et que les fondamen- taux économiques plaident, sur la durée, pour une remontée des cours.

de liquidités en circulation, et donc les anticipations d’inflation – répu-

tées soutenir les cours de l’or. Plu- sieurs analystes estiment que cela

fait naître la panique chez les in- vestisseurs. En outre, les signes d’un ralen- tissement de l’activité économique chinoise, annoncés lundi, ainsi qu’une série d’indicateurs moroses

États-Unis depuis le début du

aux

a

D’autres spécialistes n’excluent pas un rebond temporaire de l’or, mais parient dans la durée sur une baisse pouvant aller jusqu’à

1

300 dollars l’once, même si c’est

trice »? Toujours est-il que le prix du métal jaune a perdu près de 13 % en deux jours. Il est passé de

au tour de la Banque du Japon de se lancer dans une politique mo- nétaire d’injection de liquidités, source d’inflation, et donc favorable

mois tendent à apaiser les craintes

561 dollars l’once, à la clôture de jeudi dernier, à un plus bas de

1

d’une surchauffe, et donc les risques d’inflation. Or l’or est une valeur

l’or. La Société générale a de son côté publié une étude, au début du mois, dans laquelle elle évoquait la fin de la « bulle » de l’or. Elle estime que l’once d’or finira l’année sous les 1 375 dollars et prévoit que « la ten- dance restera faible en 2014 ».

MARIE DANCER

à

1

336,04 dollars l’once lundi, avant

refuge pour les investisseurs qui souhaitent se protéger des risques d’inflation. À plus court terme, le projet chy- priote, qui a resurgi la semaine dernière, de vendre ses réserves d’or a contribué à amplifier les ventes. Les investisseurs redoutent

de se reprendre légèrement. Mardi, le cours est tombé, à la mi-journée, à 1 321,95 dollars l’once, son niveau le plus faible depuis janvier 2011. Pour l’analyste Marc Fiorentino, « ce qui s’est passé lundi sur l’or est une première depuis plus de

LeMedefenquête

surlesbesoinsd’embauche

d L’organisation patronale a présenté un nouvel outil destiné à mieux identifier les offres d’emploi.

C’est un fait paradoxal mais récur- rent. Malgré le chômage de masse, des milliers d’offres d’emploi restent non pourvues. Pour mieux com- prendre ce phénomène, le Medef a pris l’initiative d’interroger les em- ployeurs non pas sur leurs intentions d’embauche, comme le fait chaque année Pôle emploi, mais sur leurs recrutements passés, par secteur et par région, et sur la nature des obs- tacles rencontrés. C’est ce nouvel outil, baptisé Observatoire tendance- emploi-compétence (1), qu’a pré- senté hier l’organisation patronale, qui souhaite en faire la promotion lors de la prochaine conférence so- ciale. Parmi les 39 566 établissements sollicités, dans un panel présenté comme représentatif des employeurs du privé (hors agriculteurs, particu-

liers employeurs, associations, pro-

fessions libérales), 24 350 employeurs

ont répondu à la première vague

d’enquête. Il en ressort que, entre septembre et décembre 2012, seules

28 % des entreprises sondées ont

recherché au moins un candidat en

CDI ou en CDD de plus de six mois,

ce qui correspond à 1,088 million de

recrutements « durables ».

4 % des employeurs ont renoncé à au moins un projet d’embauche, soit 112 088 postes non pourvus.

Les cinq métiers les plus concernés

sont les « cuisiniers », les « employés

4 % disent avoir dû mettre en place

une « solution » (formation, recours

à un contrat court, appel à un cabi-

net de recrutement, réévaluation de la rémunération…)

À l’inverse, 4 % des employeurs

déclarent avoir renoncé à au moins un projet d’embauche, ce qui cor- respond à 112 088 postes non pour- vus, dont 73 378 pour des raisons non liées à la conjoncture. Parmi les

motifs avancés, sont mentionnées les « difficultés à trouver un candidat disposant des compétences », le

« manque de réponse à l’offre d’em-

ploi », la « réorientation des priorités de recrutement », ou encore le

« manque d’attractivité de l’offre ».

À terme, ce nouvel outil compren-

dra une fiche par métier, récapitulant

et

agents de maîtrise de l’hôtellerie

le nombre d’offres par région, la part

et

la restauration », les « caissiers et

de postes difficiles à pourvoir, les

employés de libre-service », les

raisons évoquées. Ce qui devrait

« conducteurs de véhicules » et les

constituer un outil précieux pour les

« vendeurs ». Mais, parmi les em-

demandeurs d’emploi.

ployeurs qui ont mené à bien au moins une embauche, 7 % affirment avoir rencontré des difficultés, dont

NATHALIE BIRCHEM

(1) Prochainement sur www.observatoire-tec.fr

eSSenTieL Lesoffresdereprise delaraffineriePetroplusrejetées Les offres de reprise de la raffinerie de Petit-Couronne
eSSenTieL
Lesoffresdereprise
delaraffineriePetroplusrejetées
Les offres de reprise de la
raffinerie de Petit-Couronne
(Seine-Maritime), liquidée en
octobre 2012 avec poursuite
d’activité jusqu’à hier, ont
été rejetées par le tribunal
de commerce de Rouen,
a indiqué à la sortie de
l’audience l’avocat du comité
d’entreprise, M e Jean-Marie
Valentin. Le tribunal
examinait deux offres: celle
du panaméen NetOil, en lice
depuis juillet 2012, et celle
du libyen Murzuq Oil, apparu
ces dernières semaines.
Le président de ce groupe,
Mabrouck Jomode Elie
Getty, s’est dit «déçu» à
sa sortie du tribunal. «On a
respecté les choses de A à Z,
on nous demandait d’avoir de
l’argent, du pétrole et l’avenir
pour les salariés, je ne peux
pas faire plus», a-t-il dit.
Selon Jean-Marie Valentin,
«Les repreneurs n’ont pas été
en mesure de lever l’ensemble
des ambiguïtés, l’ensemble
des doutes qui résidaient
dans leurs offres. En
conséquence, le tribunal
n’a pu que rejeter les offres
qui nous étaient présentées
aujourd’hui.» Quelques cris
de «nationalisation» ont fusé
dans la foule après cette
annonce. La recherche
d’un repreneur s’effectuait
alors que des négociations
sont engagées entre
direction et syndicats
pour élaborer un plan de
sauvegarde de l’emploi
(PSE). En cas de fermeture,
une centaine de salariés
pourraient être reclassés
dans l’industrie pétrolière,
principalement dans
la vallée de la Seine.
consommation Moins de 5 % de cheval
dans les plats contrôlés après le scandale
La Commission européenne a annoncé hier que moins de 5 %
de viande de cheval ont été décelés dans des produits à tra-
vers l’UE lors des contrôles décidés après le scandale des
plats préparés censés ne contenir que du bœuf. Ce plan de
contrôle a été lancé le 15 février et prévoyait 2 250 tests ADN
sur des plats préparés ainsi que des dépistages de phénylbu-
tazone, un anti-inflammatoire, dans les carcasses de cheval.
Seulement 0,6 % de la viande chevaline testée contenait ce
produit, selon un communiqué publié brièvement sur le site
de la Commission avant d’être retiré.
Dassault
aéronautique
Les héritiers réfléchissent
à une présidence tournante
L’avion Skylander
cloué au sol
Pour succéder à Serge Dassault
à la tête de l’empire familial,
Olivier Dassault, député UMP
de l’Oise et président du conseil
de surveillance du groupe, a
indiqué hier que la famille
réfléchissait à la possibilité
d’une présidence tournante
avec ses trois frères et sœurs.
Par le passé, il avait estimé
être le candidat légitime à la
succession, notamment dans
les colonnes de La Croix en
juin 2009.
Le tribunal de commerce de
Briey (Meurthe-et-Moselle) a
placé hier la société Sky Air-
craft, porteuse du projet d’avion
Skylander, en liquidation judi-
ciaire. Le constructeur avait reçu
des avances pour 20 millions
d’euros de la région Lorraine
mais la société, qui emploie
120 salariés, a été mise en re-
dressement judiciaire en 2012.
Le seul repreneur potentiel, un
industriel de Hong Kong, n’a pas
versé les garanties financières.
FMI La France devrait être en récession
cette année
La France sera cette année en récession, à – 0,1 % par rapport à 2012.
C’est ce que prévoit désormais le Fonds monétaire international
(FMI), qui tablait jusque-là sur une hausse de 0,3 % du PIB. Pour
2014, le FMI table sur + 0,9 %. La Commission européenne et le
gouvernement français prévoient, eux, un PIB de + 0,1 % cette année
et + 1,2 % en 2014. Le FMI met en garde contre la fragmentation de
l’économie mondiale (+ 3,3 % cette année, contre 3,5 % prévus en
janvier), écartelée entre le dynamisme des pays émergents, la ré-
sistance des États-Unis et le décrochage persistant de la zone euro.
mercredi 17 avril 2013 R eligion 19
mercredi 17 avril 2013
R eligion
19

Surwww.la-Croix.com T Le cardinal Barbarin souligne la vitalité reconnue de la « fille aînée de l’Église »

ESSENTIEL Vatican Benoît XVI a célébré ses 86 ans Le pape émérite Benoît XVI a
ESSENTIEL
Vatican
Benoît XVI a célébré
ses 86 ans
Le pape émérite Benoît XVI a
célébré mardi 16 avril ses 86 ans
en petit comité à Castel Gan-
dolfo, où il s’est retiré. Le matin,
le pape François, avant de télé-
phoner à son prédécesseur, avait
dédié sa messe quotidienne, à
la Maison Sainte-Marthe, à son
prédécesseur, avec cette inten-
tion particulière: «Que le Sei-
gneur veille sur lui, le réconforte
et lui apporte ses bienfaits.» Le
pape émérite passe ses journées
entre lectures, prière et musique,
avec des petites promenades
dans le parc qui domine le lac
volcanique d’Albano. Son frère
aîné, Georg Ratzinger, 88 ans,
dernier membre vivant de sa
famille, est arrivé depuis
quelques jours à Castel Gandolfo.
Terre sainTe
1 % de chrétiens
en terre sainte
Selon une étude du professeur
Hanna Issa, secrétaire général
du Comité islamo-chrétien pour
la sauvegarde de Jérusalem et
des lieux saints, le pourcentage
de chrétiens dans les territoires
palestiniens a passé de 2 % à 1 %
entre 2000 et 2013. Par ailleurs,
Jérusalem, qui en 1948 comptait
27000chrétiens, avuleurnombre
se réduire à environ 5 000.
Décès
Mgr Paul Huot-Pleuroux
est mort
Ancien secrétaire général de
l’épiscopat (1971-1977), Mgr Pleu-
roux est mort lundi à 90 ans à
Besançon. Il fut également porte-
parole de la Conférence des
évêques (1969-1971). Il occupa
aussi le poste de co-secrétaire du
Conseil des conférences épisco-
pales d’Europe (CCEE), puis l’un
des fondateurs de la Commission
des épiscopats de la Communauté
européenne (Comece), dont il fut
le premier secrétaire général
(1980-1989).
agENda
Pas-de-Calais
La maison diocésaine d’ac-
cueil Les tourelles propose
une conférence du P. Vincent
Leclercq, assomptionniste et
médecin, enseignant d’éthique
à l’Institut catholique de Pa-
ris, sur « Le mariage pour tous,
jusqu’où irons-nous? », vendredi
26 avril, de 20 h 15 à 22 heures.
Les Tourelles, 12 avenue de l’Yser,
62360 Condette.
téL.: 03.21.83.71.42.
Site : les.tourelles@wanadoo.fr

Desformationscomplémentairespour

«imams»souhaitéesparMatignon

d Les ministères de l’intérieur et de l’enseignement supérieur annoncent une « mission conjointe » pour « promouvoir et développer les formations républicaines à la laïcité ».

d D’ici à l’été, le juriste Francis Messner étudiera les parcours en place à Paris, Strasbourg et Lyon, pour proposer un modèle-type à décliner selon les réalités locales.

LYON (Rhône) De notre envoyée spéciale

Il est 18 heures et les étudiants arrivent après leur journée de travail. Le cours du module « droit des re- ligions et des libertés fondamen- tales » est consacré ce soir à l’abat- tage rituel. Sur un polycopié, le professeur, Mathilde Philip-Gay, a préparé un extrait de la convention européenne sur la protection des animaux – qui rappelle que l’objec- tif des États membres du Conseil de l’Europe est d’épargner à ceux-ci « souffrances et douleurs » – ainsi qu’un arrêt du Conseil d’État de 2011. « Ce n’est pas parce qu’il s’agit d’un rite religieux que la collectivité publique ne peut pas intervenir. Elle peut le faire pour éviter des dérives, par exemple l’abattage de moutons en dehors de toute règle d’hygiène », traduit l’enseignante, avant d’inviter ses étudiants « qui se poseraient des questions dans leur pratique » à consulter « les articles 233-2 et sui- vants du code rural sur le site Légi- france ». Depuis janvier, ces étudiants sont les premiers bénéficiaires d’un par- tenariat entre l’université Lyon 3, l’Université catholique de Lyon (UCL), la Grande Mosquée de Lyon, le conseil régional du culte musul- man Rhône-Alpes, activement (et financièrement) soutenu par la pré- fecture de la région Rhône-Alpes. Douze personnes, issues de la fonc- tion publique – directrice d’hôpital, inspecteur d’académie ou gen- darme – sont inscrites au diplôme universitaire (DU) « religion, liberté religieuse, laïcité », porté par les deux universités ; vingt autres – imams, aumôniers ou cadres as- sociatifs – suivent le certificat « connaissance de la laïcité » porté par l’Institut français de civilisation musulmane, hébergé pour l’heure par la Grande Mosquée de Lyon. C’est ce type d’initiatives que sou- haite « promouvoir » le gouverne- ment. Comme le ministre de l’inté- rieur, Manuel Valls, l’a indiqué vendredi aux représentants du Conseil français du culte musulman, une mission conjointe est en pré- paration sous l’égide des ministères de l’intérieur et de l’enseignement supérieur. Confiée au juriste Francis Messner, elle étudiera « d’ici à l’été »

P.RAZZO/CIRIC
P.RAZZO/CIRIC

Le diplôme universitaire interculturalité, laïcité et religions de l’institut catholique de Paris, comme ceux de lyon ou Strasbourg, seront étudiés de près par la mission d’étude, avant de définir un modèle type.

les propositions déjà en place, à Lyon, mais aussi à l’Institut catho- lique de Paris depuis 2008, avec le DU « interculturalité, laïcité et reli- gions », ainsi qu’à l’université de Strasbourg avec le DU « droit, société et pluralité des religions ». Et aura pour objectif de proposer « un mo- dèle-type, à décliner ensuite selon les réalités locales, universitaires, etc. », précise le ministère de l’intérieur. Dès les années 2000, la nécessité est apparue de proposer aux cadres musulmans, notamment, une for- mation « complémentaire » (et non pas théologique) à l’histoire et au droit. Elle a longtemps buté sur le refus des universités publiques d’ac- cueillir de tels programmes. Mais

ce sont ces réticences que la mission souhaite vaincre aujourd’hui. « Faire en sorte que les associations cultuelles, notamment musulmanes, soient mieux gérées cadre tout à fait avec les formations déjà développées par l’uni- versité », rappelle le ministère de l’enseignement supérieur. La définition d’un modèle-type pourrait se révéler ardue tant les dif- férences sont profondes entre les propositions existantes. À Paris comme à Strasbourg, on affirme vou- loir former les « cadres religieux, quelle que soit leur religion ou confes- sion ». Récemment « renouvelé et relancé », selon les termes de la di- rectrice de la faculté de sciences sociales et économiques, Sylvie Bu-

la faculté de sciences sociales et économiques, Sylvie Bu- Cause Commune Caroline Broué Productrice de «

Cause Commune

Caroline Broué

Productrice de « La grande table » sur France Culture

« Que vaut la loi de 1905 dans la France de 2013? »

« La laïcité est affaire de curseur. Que vaut la loi de 1905 pensée dans une France où 90 % des citoyens se disaient catholiques, alors qu’en 2008 ils sont 45 % à se dire sans religion, et que l’islam, avec 4 millions de fidèles, est devenu la deuxième religion? Rapport Baroin de 2003 sur la nouvelle laïcité, loi contre les signes religieux ostensibles à l’école publique, charte de la laïcité de 2007, loi d’interdiction générale du port du voile intégral dans tous les lieux publics. À chaque fois l’inter- dit s’étend. Pour les uns, cette législation risque d’exclure les minorités; pour les autres, c’est bien la loi qui doit fixer le curseur, car elle seule est à même de rappeler les principes du “vivre-ensemble”. Dès lors, la question qui se pose est la suivante: est-ce qu’interdire le voile par la loi participe d’une politique d’intégration ou de désintégration? »

khari de Pontual, le DU de la Catho accueille ainsi cette année des prêtres et séminaristes orthodoxes russes et se prépare à la rentrée à l’arrivée d’étudiants bouddhistes… De leur côté, Lyon 3 et l’UCL affirment s’en tenir aux partenariats noués à la fois avec la Grande Mosquée et avec le conseil régional du culte musulman. Autre divergence de fond, Lyon comme Paris ont fait le choix de mê- ler – dans certains cours – deux pu- blics bien distincts: celui des fonc- tionnaires, cadres, etc., confrontés aux problèmes nés de la diversité culturelle et religieuse, et celui des cadres religieux. « Deux logiques, deux modes de pensée se confrontent. L’interculturalité n’est pas simplement de façade », fait valoir Pierre Servet, vice-président de Lyon 3. La mission d’étude fera sans doute apparaître également quelques am- biguïtés liées à ces « formations complémentaires »: côté musulman, on espère généralement que leurs lauréats seront préférés pour les postes d’aumôniers à l’hôpital, en prison ou à l’armée, ou qu’ils béné- ficieront d’un avantage « face à des maires confrontés à de multiples de- mandes de mosquées et qui ne savent comment choisir »… Ce à quoi l’uni- versité ne peut évidemment s’enga- ger. Elle sera toutefois aussi l’occa- sion de mettre en valeur ces tentatives de « traduire en actes le discours sur le vivre-ensemble », se- lon les mots du représentant du préfet de la région Rhône-Alpes. « Ceux qui pensent que la laïcité s’y oppose se trompent. »

Anne-Bénédicte HOFFneR

Culture

20 mercredi 17 avril 2013
20 mercredi 17 avril 2013

20

mercredi 17 avril 2013

Sur www.la-croix.com

t Le Facebook du poilu

t Tintin et Astérix en numérique

cinéma

P

Non !

e Pourquoi pas

ee Bon film

eee Très bon film

eeee Chef-d’œuvre

Flottantesparolesd’entre-deux

rives

shellac
shellac

Passer la Méditerranée de Marseille à Alger ou d’Alger à Marseille, que l’on soit originaire de l’une ou l’autre rive, est un acte fort qui place celui ou celle qui traverse face à de taraudantes questions.

C’est une indécision permanente. » De discussions animées en lon- gues confidences, La Traversée retient dans ses rets les

mots du doute, du déracinement, de la mémoire ballottée et de l’identité qui se cherche. Accoudé au bastingage, un homme parle de ses qua- torze frères et sœurs qu’il a fait vivre grâce

à son travail en France. Il répète: « Les gens ne connaissent pas nos vies. » Et avoue que trois à quatre jours avant chaque départ, dans un sens ou dans l’autre, il s’avère in- capable d’absorber la moindre nourriture en dépit de la faim qui le tenaille. Ce vertige, Élisabeth Leuvrey a su l’ac- compagner par de très belles images, à la force symbolique réelle mais discrète, comme pour ne pas prendre l’ascendant sur les voix. Des images de la vie quoti- dienne à bord – un jour et une nuit –, entre

visites sur le pont venteux, divertissements des enfants, étirement des heures, lourd sommeil parfois improvisé sur la moquette des halls… Mais aussi ouverture sur l’im- mense panorama de la mer et ronflement puissant de la salle des machines, où jamais le repos ne s’installe. Vitres pas tout à fait transparentes, rideaux à demi tirés, cour- sives désertes et contre-jours : tout, dans ce film, évoque une forme d’absence, de manque, qui touche au plus profond.

ARNAUD SCHWARTZ

d Ce remarquable documentaire capte avec beaucoup de sensibilité le vague à l’âme des passagers, le temps d’une traversée Marseille- Alger, entre deux pôles de leurs vies.

LA TRAVERSÉE eee d’Élisabeth Leuvrey Documentaire français, 1 h 12

Diversité des existences, des expériences,

des souvenirs, des origines. Mais unité de lieu, de temps et, plus que d’action, decondi- tion. Le voyage, temps suspendu propice à la mise en perspective, au retour sur soi, n’est jamais anodin pour celui qui l’entre- prend. Passer la Méditerranée de Marseille

à Alger ou d’Alger à Marseille, que l’on soit

originaire de l’une ou l’autre rive, que l’on soit un homme ou une femme, que l’on ait vingt ou soixante-dix ans, est un acte fort qui place celui ou celle qui traverse face à de taraudantes questions. Aux remous presque géométriques ,créés par l’étrave du bateau lancé sur l’étendue calme, en répon- dent d’autres, plus intérieurs, laissés par des histoires familiales souvent douloureuses, marquées par l’exil, le déchirement, le sen- timent de ceux qui ne se sentent vraiment

à leur place ni d’un côté, ni de l’autre. Comme souvent lorsque pareille dé- marche est entreprise, rien ne poussait Élisabeth Leuvrey à réaliser ce film. Et tout l’y prédestinait. C’est pour travailler sur les thèmes de la mémoire et de la transmission que cette documentariste avait voulu re- tourner à Alger, où elle est née en 1968, dans une famille dont l’histoire est celle des Eu-

ropéens d’Algérie amenés à s’y éta- blir par la misère. Des « petites gens qui devinrent ce que fit d’eux l’histoire coloniale » acquirent la nationalité française et voulurent rester après l’indépendance par attachement au pays. Dans ses allers-retours vers

Alger, elle ne voulut bientôt plus emprunter l’avion qui, par la rapidité et la brutalité du transfert, ne laissait aucune place à la transition du voyage, à la mutation du voyageur. Optant pour le bateau, elle découvrit immédiatement un espace qui autorisait une parole en d’autres lieux ver- rouillée (lire l’encadré). La cinéaste a repris vingt fois le ferry pour donner naissance à La Traversée, œuvre qui frappeavant tout par l’intensitédes échanges dont elle témoigne. « Demain, je sais que je vais être au bled, confie Ben. Et ce bled, je ne le connais pas. Je me fais croire que je retourne en Algérie et que je retourne chez moi. » Ben, encore, sur cette notion d’entre- deux qui imprègne puissamment le film:

« L’Algérie, c’est un peu comme une vieille tante que tu vas visiter. Tu y passes le week- end et le dimanche soir, tu te barres parce que tu te suicides, si tu y restes. Mais quand tu es de retour chez toi, dans ton petit studio, tu as honte d’avoir quitté ta tante. Donc tu programmes très vite le week-end d’après.

« La Traversée » retient dans ses rets les mots du doute, du déracinement, de la mémoire ballottée et de l’identité qui se cherche.

paroles éLISABETH LEUVREY, cinéaste

« D’un monde à l’autre »

« La Traversée, à l’origine, était un documentaire de 55 minutes, diffusé en 2006 sur Arte. Il a en- suite été projeté dans des festivals, et les rencontres avec les specta- teurs, lors de soirées-débats, ont joué un rôle déterminant dans son destin. Une grande demande s’ex- primait de la part de ces specta- teurs “impliqués”, passagers po- tentiels, souhaitant que le film soit plus largement montré. Ceux qui n’avaient pas forcément les mots

ressentaient la nécessité de ré- pandre cette parole. Lors de pro- jections dans les quartiers Nord de Marseille, auprès des jeunes générations, l’écoute de groupes très turbulents devenait tout à coup impressionnante. Cette pa- role était bienvenue parce qu’elle faisait souvent écho aux silences des parents, à leurs non-dits. J’ai obtenu une aide du Centre natio- nal de la cinématographie, acquis les droits de l’œuvre et replongé

dans les centaines d’heures d’en- registrement dont je disposais, de manière à laisser s’exprimer tout ce que j’avais perçu, de manière plus ample, dans un long métrage. Née en Algérie d’une famille d’origine européenne, arrivée en France à l’âge de 6 ans, je suis, à ma manière inversée, une enfant de l’immigration. C’est troublant. Je me sens très vite menacée par le clivage, le manichéisme. Docu- mentariste, j’aime trouver des

espaces entre deux mondes. Le bateau, c’est un “territoire” ratta- ché à personne, revendiqué par personne. La parole de “l’autre” demeure, en grande partie, inau- dible dans la société française. Et je ressens, en même temps, une grande violence dans l’incapacité à exprimer. Réaliser ce film, c’était faire surgir ces souffrances conte- nues, tenter de prévenir la catas- trophe. »

recueilli par a. S.

   
   
   

mercredi 17 avril 2013

Cultu

re

21

Lesartsmartiauxcommedesduelsspirituels

d Wong Kar-wai livre un film aux images superbes, consacré à Ip Man, figure légendaire du kung-fu.

THE GRANDMASTER EE de Wong Kar-wai Film chinois, 2 h 02

Wong Kar-wai n’est jamais là où l’on attend. Après le très grand suc- cès d’In the Mood for Love (2000), histoire d’amour impossible dans le Hong Kong des années 1960, il a réalisé une suite en demi-teinte (2046, en 2004) et un road-movie sentimental à travers l’Amérique (My Blueberry Nights). Aujourd’hui, le cinéaste hongkongais a voulu rompre avec ses habitudes en se lançant dans un long métrage d’arts martiaux ! Dans The Grandmaster, il s’empare de la figure d’Ip Man (Tony Leung), maître légendaire de kung-fu, qui fut le mentor de Bruce Lee. Ce personnage cultivé issu d’une famille aisée de Foshan, ville du sud de la Chine, est au sommet de son art quand, en 1936, le grand maître de la discipline, Baosen, se met en quête d’un successeur. Ip Man af- fronte alors les grands maîtres du Sud et la fille de Baosen, Gong Er (Zhang Ziyi, qui fait montre de tous

Legazdeschiste

faitpschitt

d Sur un sujet prometteur, l’Américain Gus van Sant signe un film décevant, ancré dans une petite communauté rurale confrontée à un choix crucial.

PROMISED LAND E de Gus van Sant Film américain, 1 h 46

Voir le réalisateur de Will Hunting et Elephant (Palme d’or à Cannes en 2003) s’emparer d’un sujet haute- ment sensible comme l’exploitation du gaz de schiste aux États-Unis ne peut que retenir vivement l’attention. On pense immédiatement à ce qu’un autre talent, lui aussi très reconnu pour ses prouesses formelles, Steven Soderbergh, avait pu faire sur un sujet approchant, avec Erin Brocko- vich (2000). L’héroïne – bien réelle – de la cause environnementale, jadis in- carnée par Julia Roberts, laisse ici la place à un personnage de fiction auquel Matt Damon prête ses traits. Steve Butler n’est pas un chantre de l’écologie, mais un homme issu d’une modeste communauté rurale, qui gravit les échelons d’un grand groupe énergétique en croyant à ce qu’il fait. Avec une de ses collègues (Frances McDormand), il se rend dans une bourgade isolée de Penn- sylvanie, afin de proposer aux ha- bitants l’installation de forages sur leurs terres, censés leur apporter l’aisance qui leur manque cruelle-

ses talents d’ancienne danseuse).

Très vite l’admiration laisse place au désir et dévoile une histoire d’amour impossible. Mais l’occupation japo- naise plonge le pays

dans le chaos et Baosen est assas- siné par l’un de ses disciples… Fasciné par les arts martiaux de- puis son plus jeune âge, Wong Kar-wai

a voulu raconter, de façon malheureusement souvent confuse, l’âge d’or du kung-fu qui prit fin avec l’arrivée au pouvoir des communistes. Au terme d’un travail de six ans, le réalisateur lui rend hommage avec faste dans des décors sublimes reconstitués avec soin. Dans des intérieurs ornés de mille

dorures et bois précieux, Gong Er

et Ip Man virevoltent dans les airs avec grâce et élégance. Lors de ce combat chorégraphié au millimètre, magnifié par

une photogra- phie subtile et des trouvailles visuelles épous- touflantes, les corps se frôlent plus qu’ils ne se heurtent. Parade

amoureuse ou duel spirituel ? Pour ce cinéaste cérébral, le combat le plus redou- table est sans nul doute celui des esprits. Et le vainqueur n’est autre que le vertueux, fidèle aux principes de son art et à une certaine éthique de vie.

STÉPHANE DREYFUS

Dans des intérieurs ornés de mille dorures et bois précieux, Gong Er et Ip Man virevoltent dans les airs avec grâce et élégance.

cauSe commune ARNAUD LAPORTE Producteur de l’émission « La Dispute » sur France Culture «
cauSe commune
ARNAUD LAPORTE
Producteur de l’émission « La Dispute » sur France Culture
« Le “trip” du spectateur »
« Harmony Korine signe avec Spring Breakers le grand film de la
génération Z, née après la chute du mur de Berlin, et dont l’horizon
chimérique est défini par les canons de la téléréalité. En filmant le grand
vide existentiel dans lequel s’agitent frénétiquement les corps formatés
des jeunes héroïnes de son film, le cinéaste américain met au jour
l’impossible hédonisme d’une génération porteuse de toutes les an-
goisses de leurs parents, la première génération dans l’histoire de
l’humanité dont on sait, et elle la première, qu’elle vivra dans des
conditions moins bonnes que celles de ses aînés.
Pour traiter cette révolution négative, Harmony Korine emploie des
moyens cinématographiques, réussissant ce que beaucoup avant lui
ont essayé d’atteindre, sans y parvenir. À travers une narration frag-
mentée, déconstruisant la linéarité du récit, Korine réussit le prodige
d’un continuum, comme si le film n’était constitué que d’une seule et
très longue séquence, jamais interrompue, alors même qu’elle est sans
cesse découpée, montée, mixée, par la grâce d’un travail visuel et sonore
d’une très grande virtuosité, et par là même invisible.
Le voyage que font les quatre ados de Spring Breakers s’avère être un
“trip” pour le spectateur lui-même, confronté in fine à l’impossibilité
de rencontrer l’autre, à l’indépassable solitude de l’être humain.
Et la richesse du cinéma fait que Bruno Dumont, par des moyens
cinématographiques en tous points opposés, traite du même sujet, tout
aussi magistralement, avec Camille Claudel 1915. »

ment dans ce coin reculé d’Amé- rique. Pensant l’affaire facile à conclure en ces temps de crise, sûr de ses méthodes – « je viens du même

sance difficile. Passant de main en main, beaucoup réécrit, finalement visé par une polémique liée aux en- jeux politiques et économiques sous-jacents, Promised

Land n’a pas tenu ses pro- messes lors de sa sortie aux États-Unis.

Si la mise en scène et l’in- terprétation ne déméritent pas, le scénario souffre d’importantes faiblesses :

clichés, rythme mollasson, impres- sions persistantes de déjà-vu, intri- gue sentimentale attendue, registre émotionnel appuyé… Tout cela fait paraître le retournement final si ar-

tificiel qu’il en frise le ridicule.

ARNAUD SCHWARTZ

Si la mise en scène et l’interprétation ne déméritent

pas, le scénario souffre d’importantes faiblesses.

milieu que vous » –, Steve se trouve mis en difficulté par un enseignant vieillissant et un activiste (John Kra- sinski) qui dénoncent, chacun à sa manière, les risques qu’une telle exploitation pourrait faire peser sur la santé des habitants. Initialement porté par l’écrivain Dave Eggers et le comédien John Krasinski, le film a connu une nais-

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eSSeNtIel Lesgrandsprojets duchâteaudeChambord Attirer en 2019, 1 million de visiteurs à Chambord au lieu de
eSSeNtIel
Lesgrandsprojets
duchâteaudeChambord
Attirer en 2019,
1 million de visiteurs
à Chambord au lieu de
775 000 actuellement,
pour autofinancer
le fonctionnement
du château à 100 %
(contre 81,4 %),
tel est l’un des objectifs
du projet d’établissement
qui vient d’être adopté pour
2014-2019. En contrepartie,
Jean d’Haussonville,
directeur général du domaine,
souhaiterait que l’État
augmente ses crédits
d’investissement de 1,7 million
d’euros par an à 2,5 millions
d’euros. Outre la rénovation
en cours des quatre tours
du château, une restitution
contemporaine du mobilier
ancien de la chambre
de François I er est prévue pour
2015. Après la restauration
de la promenade du plan d’eau
l’an dernier, celle des jardins
anglais va suivre à l’automne
et une étude va être lancée
pour rétablir les jardins
à la française supprimés
en 1972. Dans le village, quatre
projets devraient accroître
l’offre d’hébergement:
l’ouverture de deux gîtes
ruraux et deux hôtels de luxe.
RADIO France Bleu passe
devant France Info et RMC
De janvier à mars 2013, France Bleu a réalisé son meilleur score
historique avec 8 % d’audience cumulée, soit une progression
de 0,8 % en un an, selon les chiffres publiés hier par Médiamé-
trie. Le réseau des 43 locales de Radio France se classe ainsi
devant France Info (7,9 %) et RMC (7,8 %). Une progression liée
en partie aux remaniements de grille poursuivis par le directeur
de France Bleu, Philippe Chaffanjon. RTL reste la station la plus
écoutée avec 11,9 % d’audience cumulée, suivie de NRJ (11,8 %),
France Inter (10 %) et Europe 1 (8,5 %). France Culture confirme
sa progression avec 2 points d’audience, contre 1,9 l’an dernier.
art enchèreS
musée
1,44
million d’euros,
Le nouveau président
du Louvre
dévoile ses priorités
c’estleprixauquelaétéadjugé,
lundi chez Christie’s à Paris,
un grand tableau de Charles
Le Brun, Le Sacrifice de Po-
lyxène. Découverte l’été dernier
par Joseph Friedman, conseiller
artistique de l’Hôtel Ritz à Paris,
et sa collègue Wanda Tymowska,
cette toile de 1,79 mètre sur 1,31
ornait un salon de la suite où vé-
cut Coco Chanel. Actuellement
fermé pour travaux, le Ritz est la
propriété du milliardaire égyp-
tien Mohammed Al Fayed, qui
reversera le produit de la vente
du tableau à la fondation créée en
mémoire de son fils Dodi, décédé
en 1997 avec Lady Diana.
Dans un courrier interne que
LaCroixapuconsulter,Jean-Luc
Martinez,quiaprissesfonctions
lundi à la tête du Louvre, dresse
les priorités de son mandat.
« L’époque des grands travaux est
derrière nous », écrit le nouveau
président qui entend « valori-
ser la rencontre entre le public et
nos collections permanentes » en
améliorant«laqualitédel’accueil
etlamédiation».Jean-LucMarti-
nezsouhaiteétablirun«dialogue
renouvelé avec le ministère » et
s’est engagé auprès de François
Hollande à faire aboutir le projet
Louvre Abou Dhabi qui connaît
des retards importants.
ageNda
GueBwiller (haut-rhin)
Lectures. Soirée autour de l’humanisme rhénan proposée par le
couvent des dominicains de Strasbourg. Lectures par Frère Rémy
Vallejo de textes d’humanistes tels Maître Eckart et Jean Tauler, et
d’artistes inspirés de cette philosophie dans leurs œuvres comme
le peintre Caspar-David Friedrich ou Jean-Sébastien Bach. Inter-
ludes musicaux par le quatuor Florestan.
Le 19 avril à 20 h 30. Nef des dominicains de Haute Alsace.
RÉS.: 03.89.62.21.82 et www.les-dominicains.com
BAUDOUIN MOUANDA / AFP
 
 
 

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ServiceS

mercredi 17 avril 2013

L e

c a r n e t

décès

P Les religieuses de N.-D. du Cénacle et sa famille font part du décès de

Sœur Madeleine TURION

entrée dans la lumière de Dieu le 12 avril 2013 dans sa 96 e année. La messe d’enterrement

aura lieu le vendredi 19 avril

à 9 h 30 à Paris

en la chapelle de l’hôpital

Bon Secours.

P Épernay (51). Le Docteur Marie-Josèphe Brisson, Mme Lucienne Brisson, sa sœur et sa belle-sœur, ses neveux, nièces, petits-neveux, petites-nièces, arrière-petits-neveux, arrière-petites-nièces, toute la famille ont la tristesse de vous faire part du décès de

Mlle Monique BRISSON,

ancienne responsable du poste de Transfusion Sanguine de l’hôpital d’Épernay, survenu

le samedi 13 avril 2013. La cérémonie religieuse sera célébrée ce mercredi 17 avril

à 15 heures en l’église

St-Pierre-St-Paul suivie de l’inhumation au cimetière de Vertus. Ni fleur ni couronnes. Cet avis tient lieu de faire- part et de remerciements. [13, rue Jean-Thévenin, 51200 Épernay.]

P La Communauté des Bénédictines du monastère de Martigné-Briand (49540) et sa famille vous font part du retour à Dieu de

Sœur MARIE-GABRIEL, Marie-Josèphe Ferron

le 15 avril 2013, dans sa 93 e année. Les obsèques seront célébrées ce mercredi 17 avril à 15 heures dans l’église du monastère.

P «Dieu est Amour, Dieu est Lumière.»

Sœur Marie Madeleine HEITZLER

est entrée dans la Joie et la Paix du Seigneur, le lundi 15 avril 2013

à la maison de retraite La Compassion, Chaumont-en-Vexin.

Elle était dans la 87 e année

de son âge et la 57 e de sa profession religieuse. Ses obsèques auront lieu le vendredi 19 avril,

à l’église d’Étrépagny

à 10 heures,

suivies de l’inhumation au cimetière d’Étrépagny. La Prieure générale, les Sœurs dominicaines, le médecin directeur, la maison de retraite et toute sa famille. [Résidence Le Campanile 13, rue de l’Aillerie 60240 Chaumont-en- Vexin.]

P Besançon. Mgr André Lacrampe, archevêque de Besançon, et le conseil épiscopal, les prêtres du diocèse

et notamment ceux de l’année d’ordination 1948, les Sœurs de l’Alliance

à Besançon et Denise,

son Aide au prêtre, vous font part du passage

au Père de

Mgr Paul HUOT- PLEUROUX,

Prélat de Sa Sainteté,

survenu le 15 avril 2013,

à l’âge de 90 ans,

dans sa 65 e année de sacerdoce. Ses obsèques seront

célébrées vendredi 19 avril

à 10 heures, en l’église

Saint-Pierre à Besançon, suivies de l’inhumation au cimetière Saint-Ferjeux. Le défunt repose

à la chapelle

du Centre diocésain, 20, rue Mégevand

à Besançon.

Qu’il repose dans la paix du Seigneur qu’il a fidèlement servi.

TRANSMISSION DU CARNET

Par courrier: 18, rue Barbès, 92128 Montrouge Cedex.

Par téléphone: de 9h30 à 17 heures au 01 74 31 66 06

Par fax: 01 74 31 60 03

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Les textes doivent parvenir avant 11h pour une parution le lendemain. LA LIGNE: 16,00 € TTC.

La ligne en gras est facturée sur la base de deux lignes.

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Rectificatif

rectificatifàl’annonceparuedansLacroix, le 10/04/2013, concernant la société

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