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NÉMÉSIUS.

DE LA NATURE

DE

LHOMME,

TRADUITPOURLA PREMIER!FOIS DU GRECEN FRANCAIS,

rAK

M. J. B. THIBAULT.

PARIS,

CHEZ HACHETTE,

LIBRAIRE,

ftiTE PIF.RRE-SAB1UZIN, 12.

1844.

PRÉFACE DU TRADUCTEUR.

Notre siècle semble

remettre en lumière

avoir pris à tâche

de

tous les travaux

intel-

lectuels

comprend

sciences ne peuvent

plus solides que ceux qui reposent

rience

des siècles qui

que

le précèdent; les arts

car il

et- les

les lettres,

pas avoir de fondements

sur l'expé-

C'est d'ailleurs

des temps passés.

un

acte de justice

devons

que de faire connaître

ce que

et de leur

à nos devanciers,

nous

restituer l'honneur

patientes

observations judicieuses, leurs heureuses

génieux, cueillons leurs leçons,

qui leur est dû pour leurs

recherches,

leurs systèmes découvertes.

leurs

in-

Re-

mettons

à profit leur de leurs idées,

mais ne laissons

pas

et laborieuses

expérience, enrichissons-nous

rien de plus légitime,

ignorer que nous leur en sommes redevables,

it'

PREFACE DU TRADUCTEUR.

et que nous ne faisons que prendre

de l'héritage

possession

que nous a laissé

leur génie.

Telles sont

sans

doute les considérations

-1ui excitent maintenant

laborieux à rechercher

beaucoup

d'hommes

avec soin tous les ves-

de la science

de nos pères,

à feuilleter

de leurs

tiges

leurs manuscrits,

ouvrages

fidèles,

toute son exactitude.

qui nous ont engagé

à revoir

les textes

et

à

donner

des traductions

en

afin de faire

revivre

Tels sont aussi les motifs

leur pensée

dans

à donner

une traduction

française

du traité

de la, Nature

de F Homme,

par Némésius.

Le nom

de Némésius,

évêque dfÉmèse'

est à peine

toriens

même

per une place

plns. illustres

des érudits;

his-

connu

plusieurs

de la philosophie

ne le mentionnent

pas du tout;

il devrait occu-

les noms

car le traité

les

de

cependant

honorable

parmi

de la science,

lit Nature

mérite

excellente,

de PHomme est

On

y

un ouvrage

une

éminent.

trouve

une foi vive,

des pensées

d'un

morale

élevées,

un raisonnement

solide,

une vaste érudition.

1 Êmèse, aujourd'hui Hems, sur l'Oronte, à l'ouest de Palmyre c'est dans cette ville qu'Héliogabale fut proclamé empereur.

PKÈFACK DU TRADUCTEUR.

V

iNon-seukment

sous le rapport du christianisme

il est d'une grande importance

il est du

et de la phi- haut

plus Car Né-

mais encore

losophie

intérêt

mésius ne se borne pas à étudier

l'être intelligent

sous celui

de la physiologie.

dans l'homme

et moral,

il applique

aussi

à l'ètre physique

cieuse.

lit les observations

Ce n'est

son analyse délicate

pas sans étonnement

qu'il

a écrites,

et judi-

qu'on

il

y

a

quinze siècles, le mouvement

sur les organes

des sens,

régulier

de dilatation

sur

et de

contraction

du

cœur, ration qu'il

tion,

etc.

des artères,

qui,

le phénomène à celui

sur

compare

dit-il,

de

procède

la respi--

de la combus-

On se demande comment ce monument

pré-

cieux

de la science

des temps

anciens

a pu

rester dans une sorte d'oubli,

si digne

C'est bien ici le cas de dire

tandis

qu'il est

et même d'admiration.

d' attention

Habent suac rata

La traduction

donnons

que nous

aujour- est la seule

ce jour dans notre

d'hui de l'ouvrage

qui ait été publiée

langue. peut contribuer

de Némésius

jusqu'à

Nous nous estimerons

à faire

heureux

si elle

connaître

davantage

VI

PRÉFACE DU TRADUCTEUR.

notre auteur, qui lui est dû.

et à lui faire

restituer

le rang

Au reste

nous sommés' *loin d'avoir

la pré-

tention

le mérite

car il a obtenu depuis d'un

de vouloir

être le premier de la Nature

long-temps

à signaler

de l'Homme;

des suffrages

du traité

le nôtre

Van

plus grand

poids

que

Ellebode,

Haltère

Jean Fell

Fabricius3,

Brucker4,

Schœll6, Mathœi7,

Gérando8,

etc.

lui ont déjà rendu

nous bornerons à reproduire

notre illustre compatriote.

une éclatante

justice. Nous

ici l'opinion

de

1 Préface de l'édition de Némésius, imprimée à Anvers, en 1565.

1 Préface de L'édition de Némésius, imprimée à Oxford, en 1571.

3 Bibl. gr.,

tome vu,

page 549 et suiv. tome ni, page 530 et suiv.

tome vil, chap. xcil.

4 Hist. crit. philosoph.,

5 Bibl. anatom., tome t, page U3 et suiv.

6 Hist. de la litt. gr.,

7 Préface de l'édition de Némésius* imprimée à Hall en

1802.

8 Hist. comp. de? Syst. de Philos. tome tv, chap. XXII.

NOTICE

SUR NFMÉSIUS

PAR

M. DE GÉRàNDO.

On Ignore

quelle

est fépoque

auteur

à

précise d'un traité

laquelle vécut Némésius,

de psychologie supérieur

St-Aùgustin

cuper

en mérite

à celui de

d'oc-

de

et qui mérite certainement

distingué

dans l'histoire

un

rang

cette science.

Cet ouvrage

est le même

que

les huit

attribués

livrès sur la

à St-Grégoire,

Philtisophie

faussement

évêque

de Nysse.

On

sait que Némésius

était évêque et philosophes

et qu'il

était

né à Émèse,

platonicien, de Phénicie.

contenu

ville

le

la

On peut conjecturer,

d'après

entre

de son traité,

qu'il l'écrivit

fin du quatrième

siècle

et le milieu

du cin-

VIII

NOTICE SLIt NKMÉSILS.

unième.

11 y fait preuve

d'une

étude appro-

fondie de la philosophie

sente un résumé

des anciens;

rapide et lumineux

il y pré- de leurs

opinions

éclectique,

sur

les facultés

de l'ame.

Véritable

s'il cite Pythagore,

Platon,

Aris-

tote,

c'est

les Stoïciens, les nouveaux Platoniciens,

toujours

en les jugeant,

souvent

en les

il pense constamment

lui-

sur la

réfutant;

même.

préexistence

été reproduite

damnée,

d'après

Il adopte

l' hypothèse de Platon

hypothèse

et qui

des ames,

avait

qui fut con-

par Origène,

par le concile

de Constan-

en 551,

tinople.

pose que la transmigration

d'homme

Si, avec Porphyre

à homme

et Platon,

des âmes

et

seulement,

il sup-

s'opère

non

de

l' hemme aux animaux,

ces idées par des motifs

nels,

l'autorité

c'est en s'appropriant

qui

lui sont person-

aveugle'pour

le système de l'in-

et non par

une déférence

d'aucun maître.

Il rejette

de Plotin,

telligence.

qui avait distingué Il définit

l'ame,

l'ame

« une substance

le corps

sert d'instru-

intelligente

ment. » A une érudition

un mérite

à laquelle

il joint

peu commune

à cette époque

plus rare encore

et

chez les écrivains ecclésiastiques,

et de la physiologie;

spécialement

celle de l'anatomie

il

NOTICE SUR NÈMÉSIUS.

professe une haute admiration

ce qui ne l'empêche

fois les vues de ce célèbre médecin.

pour Galien

pas de modifier quelque-

Il

Ce traité commence par une belle exposition

de l'harmonie

œuvres du Créateur,

gressive qui,

s'élève insensiblement,

par tous les degrés

la plus parfaite

ce qu'il qu'il n'était

phénomènes de la nature, quoiqu'on

à l'ensemble

des

pro-

qui préside

et de cette échelle

de la matière

de règne

brute,

partant

en règne,

jusqu'à

de l'organisation

des créatures.

On voit,

par

dit sur les propriétés

point étranger

de l'aimant,

à l'observation

des

retrouve

souvent

en lui les erreurs

attachées

à l'im-

perfection dont étaient atteintes

de son temps

les sciences physiques.

au sommet

« L'homme

qui

siège

de cette échelle,

de deux

placé comme sur à la

participe et leur

sert

de

les confins

fois de Tune

régions,

et de l'autre,

lien commun.

L'homme

est comme

un miroir

où se peint en petit

qui est privé de raison doit être au service

la raison.

l'univers

entier.

Tout ce

de

»

Némésius compare

et discute

les opinions

des principaux

l'ame;

philosophes

qu'elle

il montre

sur la nature

de

est immatérielle

2

X

XOTICE SUR

n'est

le résultat

de l'organisa-

habitude,

qu'elle

tion, qu'elle n'est

qu'elle

l'avait prétendu Aristote.

corps,

fute l'opinion d'Apollinaire

pour

celle des corps, l'opinion

d'après

point

n' est point une simple

point

une entéléchie

« I.r,me

comme

est unie au

avec lui. » Il ré-

mais non confondue

qui avait

supposé

les esprits

semblable

à

une génération

des Manichéens

qui,

les traditions

admettaient

orientales,

une ame unique

tous les êtres.

et universelle

répandue dans

« L'imagination

est une faculté

de l'ame,

en tant qu'elle

qui s'exerce

pour

est privée

de la raison,

sens;

faculté

à l'aide

des

est

l'image

elle ce que la sensation

les affections

est relativement

s'éveillent

dans

dans l'ame*

le siège des

exté-

est

les

à

aux sens;

lorsqu'elle

sens lorsqu'elle

rieures.

destinée

les organes

conçoit,

comme

éprouve des. sensations

des facultés

une

autre

Une partie

à servir,

de l'ame

à commander;

des sens,

les mouvements,

à celles-là,

la raison

appétits appartiennent

celles-ci.

»

Némésius

donne

une théorie

entière

de la

sensation, pleine d'observations judicieuses;

il y rapproche les phénomènes physiologiques

NOTICE SUR NÈMÉSil'S.

XI

des phénomènes intellectuels;

sensations reçues des jugements

pagnent, seulement à ceux-ci.

les

distingue

qui les accom-

s'attache

que l'inter-

et montre

que l'erreur

Il fait voir

vention

nécessaire

de la mémoire

et du jugement toute notion

pour concevoir

est

de

nombres supérieurs

à l'image

que le regard

peut discerner

l'opinion de Porphyre,

d'un

seul coup d'œil.

qui,

d'après

Il rejette

Plotin,

dans la sensation,

parce qu'elle « La mémoire

prétendait

fait que se voir elle-même,

ferme tout en elle-même.

que Famé,

con-

ren-

ne

serve les perceptions

la pensée

livrés par la sensation

combine,

obtenues

élabore

par les sens;

les matériaux

et la mémoire.

»

Cependant Némésius distingue avec Platon

les simples perceptions et les notions

gence.

opinions;

obtenues

par les sens

à l'intelli-

que

des

la

qui appartiennent

« Les premières les secondes

ne forment

seules composent

science. Celles-ci

imagination intérieure,

ne dérivent

point d'une

le produit

elles sont

de l' instruction

naturelle.

ou le résultat

d'une lumière

Nous appelons

notions naturelles

celles que tous les hommes

secours d'aucune instruction,

possèdent

comme

sans

le

celle de

XII

NOTICESURNÉSIÉSIUS.

Dieu

l' existence de choses

par exemple.

« Nous

pouvons

que nous sommes

savoir

inha-

biles à déterminer;

l'existence

ne puisse

nombre

alors l'ensemble,

nombrement

ainsi

la raison

reconnaît

quoiqu'elle

de la mer et du sable,

fixer

les limites

de sable.

de la mer

et le

des grains

Nous concevons

faire

le dé-

sans pouvoir

»

des parties.

Il distingue

avec soin les déterminations

volontaires

propres à chacune;

taines déterminations

rendre volontaires,

et involontaires,

les caractères

il fait voir comment

que

la réflexion

cer-

peut

sont souvent involontaires

par le seul fait de notre ignorance;

comment

est l'objet

de l'examen

diffère

de ce

ce qui

qui est l'objet

est la matière

la délibération.

dit-il,

ordres

de la délibération.

de l' examen

« La science

l' art est celle de

Nous nous troublons souvent,

confondons

ces deux

que nous

»

parce

de choses.

La psychologie

de Némésius

est générale-

ment fondée sur l'observation

il, semble s'être

et l' expérience;.

Galien

la seule

de prendre avec

proposé

pour modèle

différence qw

et pour

guide,

Galien avait essentiellement

pour

but d'étudier

l'organisation

physique,

NOTICE SUR NÉMÉSIUS.

'lUI

et n'observait

manière

avec celle-là;

traire,

la

nature

morale

d'une

que

occasionnelle

et dans

ses rapports

tandis que Némésius,

au con-

but

se propose essentiellement

pour

l'étude

l'organisation

ments qu'elle intérieures.

Némésius

de

la nature

et n'observe

vue des instru-

des facultés

distingue

qui

morale,

qu'en

physique

offre à l'exercice

Ce trait caractéristique

tous

de

les philosophes

ont

paru sur la scène depuis

les Antonins

Roger Bacon,

et lui assigne

un rang

jusqu'à

à part.

On ne peut assez s'étonner

ainsi seul au milieu

de le voir appa-

suite

d'Hippo- pas moins

si peu d'atten-

raître

de siècles, marchant

crate et d'Aristote.

de remarquer

d'une longue

sur les traces

On ne s'étonne

ait obtenu

qu'il

tion

de cet âge

dernes

on ne le trouve cité par aucun

il est à peine

aucun historien

soupçonné

de

ce jour résumé

son traité

même

écrivain

des mo-

la philosophie n'a

de la Nature

pris

jusqu'à

de l' Homme, et ne paraît

en avoir

connaissance.

ÉDITIONS

DU TEXTE

DE NÉMÉSICS.

La première

a été publiée

Ellebode,

de Cassel.

Un vol.

par Nicaise

Van

in-8°.

Anvers,

1565.

Il y a joint à celles

Valla

dans

Patrum.

une version

de Jean

latine

bien

et

Cono (1512)

supérieure

de George

réimprimée

biblioth.

Cette édition

a été

(1533).

Front.

Ducϕ Auctarium

1624,

et

Paris,

dans

Biblioth. Patrum.

Paris,

1644.

La seconde

est

de

d'Oxford.

Un vol.

in-8°.

Jean

Oxford,

Fell,

1671.

é,véque

Elle

est accompagnée

version

quelques variantes.

d'observations

estimées.

La

avec

latine

est celle de Van Ellebode

Cette édition

a été réim-

ÉDITIONS DU TEXTE DE NtMÉSIUS.

XV

primée

Patrum.

dans

Ant. Gallandi

Venise,

1788.

Biblioth.

gr.-lat.

La troisième

est de Christian

Frédéric

Mat-

thaei.

version de Van Ellebode.

meilleure.

Un vol.

in-8°.

1802;

la

est la

Hall,

avec

Cette édition

Outre les corrections

que Matthaei

a faites dans le texte grec et dans

latine

a présenté-

trouvent dans plusieurs

xiie, xiv%

et discuté

la version

de Van Ellebode,

ce savant allemand

qui

les variantes

manuscrits

se

des xi%

xv*5 et xvic siècles.

CHAPITREI".

DE

LA NATURE

DE L'HOMME.

La plupart des philosophes se sont accordés à dire que l'homme est composé d'une ame intelli-

gente et d'un corps unis ensemble

la plus parfaite

Mais on peut entendre de deux façons que l'ame

est intelligente

de la manière

qu'il soit possible d'imaginer.

car l'intelligence peut être unie

à l'ame, comme une chose à une autre,

rendre intelligente; ou bien l'ame possède essen-

pour la

tiellement l'intelligence, et celle-ci en est la plus

belle faculté, de même

rable organe du corps. Quelques-uns

entre autres

comme des choses fort distinctes,

l'homme soit composé de trois parties,

que l'œil est le plus admi-

et Plotin

regardant l'ame et l'intelligence

veulent que

savoir

1 Non-seuiementPlotin ne regardait pas l'intelligence comme une faculté de Famé, mais, bien plus, il pensait que l'ame elle-mémeest une émanation, un produit de l'intelligence.

3

2

DE LA NATURE DE .:HOMME.

le corps, l'ame et l'intelligence.

Cette opinion a

été adoptée par Apollinaire1, évêque de Laodicée;

il en a même fait la base de sa doctrine,

développée dans ses écrits*.

D'autres,

et il l'a

au con-

traire,

ne séparant point l'intelligence de l'ame

disent seulement que l'intelligence en est la faculté

fondamentale.

Aristote pense que l'homme possède naturelle-

ment l'intelligence en puissance,

du dehors l'intelligence

nière n'est point un complément

l'essence de l'homme,

pour connaître et pour contempler la nature.

et qu'il reçoit que cette der-

nécessaire de

lui est utile

Il

en acte;

mais qu'elle

n'y a, dit-il, qu'un petit nombre d'hommes dont

l'intelligence soit vraiment en exercice,

ce sont

seulement ceux qui s'adonnent à la philosophie.

Selon Platon, l'homme

n'est pas composé

de

deux parties, ame servie par

qu'à ce qu'il y a de plus relevé dans l'homme,

l'ame et le corps;

mais c'est une

il

un corps 4. Car, ne s'attachant

1 II y a eu, dans le ive siècle après J.-C. deux philosophes de ce nom, le père et le fils, qui ont ouvert des écoles à Béryte et à Laodicée.Le fils dont il est ici question est mort en 381. De leurs nombreux ouvrages il ne nous reste que l'Interprétation des Pseaumes, en vers grecs, et la tragédie du Christ souffrant.

a St-Augustin dit dans son traité

du symbole L'homme est

composé de trois parties, l'esprit, rame et le corps; il est

ainsi

3

de la très Sainte-Trinité.

l'image Liv. M de ramé, chap. Ier.

4 L'homme, dit M. de Bonald, est une intelligence servie par des organes.

DE LA NATURE DE L'HOMME.

3

veut concentrer

notre attention

sur notre aine,

cette essence toute divine, afin que nous y fassions

consister notre personnalité

chions que ses biens, c'est-à-dire

piété, et que nous évitions les passions brutales,

qui n'appartiennent point à la nature de l'homme,

mais plutôt à celle de l'animal,

que nous ne recher-

les vertus et la

l'homme

puisque

est un animal.

Au reste,

tout le monde s'accorde

à regarder

l'ame comme la maîtresse du corps car elle s'en

sert ainsi que d'un instrument la mort en fournit une preuve. En effet, dès que l'ame a quitte le

corps,

même que les instruments restent sans mouvement

celui-ci devient inerte et sans emploi, de

lorsque l'ouvrier les quitte.

Il est évident que l'homme participe de la na- ture des êtres inanimés, de celle des êtres animés

irraisonnables,

raison.

et de celle des êtres

doués

de

Il ressemble aux êtres matériels

inorga-

nisés parce qu'il

comme eux des quatre éléments

a un corps,

et qu'il est composé

aux végétaux,

pour les mêmes raisons, et parce qu'il peut aussi

aux animaux, parce

s'alimenter et se reproduire

qu'en outre il est capable de se mouvoir

gré, d'éprouver

sent et qu'il respire comme eux. Toutes ces choses

à son

des appétits,

des passions, qu'il

sont communes à l'homme et aux êtres privés de

soient réparties

raison, quoiqu'elles

d'une manière inégale. Enfin, l'homme ressemble

par sa raison aux êtres immatériels et intelligents

entre

eux

4

DE LA NATURE DE L HOMME.

connaître et juger

les vertus et

qu'il peut examiner,

parce

toutes choses,

principalement toutes les autres.

qu'il peut pratiquer

la piété qui est le complément de

L'homme est donc placé comme sur les confins

du monde intellectuel

puisqu'il

physiques aux êtres privés de raison et de 'vie, et

par sa raison aux purs esprits, comme il a été dit

et du monde

sensible,

tient par son corps et par ses facultés

précédemment. Il semble, en elfet, que le créateur

se soit plu à rattacher

entre

elles par des tran-

sitions insensibles les natures les plus différentes,

afin de mettre de l'unité dans son œuvre et de la

liaison

bien évidemment

entre toutes

Cela démontre

ses parties. qu'un seul créateur a présidé à

la formation de tous les

il a constitué

êtres Car non-seulement

chacun d'eux en particulier

de la

manière

entre

a uni dans chaque

la plus parfaite, tous la plus admirable

mais encore il a mis

harmonie.

Ainsi il

animal les choses insensibles

comme les os, la graisse,

les poils,

choses sensibles comme

autres semblables;

les nerfs, et de ces choses

etc., la chair

aux

et

insénsibles

et sensibles il a fait un ensemble

plus,

de la même manière

entre tous les êtres des gradations

moyen des ressemblances

leur nature,

et bien

animé,

un tout d'une unité parfaite.

Il a procédé il a établi

pour le reste

insensibles au

de

et des différences

de telle sorte

que les substances

inorganisées

ne diffèrent

point totalement

de

DE LA NA1'UHE DE I.HOMMK.

5

celles qui sont douées

de la force végétative

que celles-ci

à leur tour ne sont pas tout-à-fait

séparées des animaux qui possèdent la sensibilité

sans avoir la raison;

que ces derniers

ne sont

point entièrement distincts des êtres raisonnables

et qu'il y a entre

nature.

tous un lien d'origine

et de

Une pierre diftère bien d'une autre pierre par

certaines propriétés

semble s'écarter

qu'elle attire le fer, et qu'elle s'y attache comme

si elle voulait y puiser son aliment.

mais la pierre

d'aimant

de la nature

des autres en ce

Non-seule-

ment elle exerce son action sur un morceau de

fer, mais elle semble communiquer sa puissance à

plusieurs, qui s'attirent

les uns les autres quand

ils sont en contact avec elle. En effet, un morceau

de fer qui touche une pierre

autre morceau de fer1.

d'aimant

attire un

Le créateur a aussi ménagé une transition bien

graduée entre les végétaux et les animaux,

n'est pas arrivé brusquement

êtres doués de la faculté de se mouvoir,

et il

des premiers aux

et de

celle de sentir.

et des orties de mer une sorte de végétaux

Car il a fait des pinnes-marines

sen-

sibles. Il les a enracinées dans la mer comme des

plantes, il les a revêtues de coquilles semblables à une écorce, et il les-a fixées au sol comme des

1 Ces observations supposent de nombreuses expériences, et il est impossibleque Némésiusn'ait pas eu connaissancede la propriétéqu'a l'aimant de se lourner vers le nord.

6

DE LA NATURE DE L'HOMME.

arbrisseaux

tact qui appartient

donc à la classe des végétaux par leurs racines et

leur fixité

tact. Aristote rapporte

fasse corps avec les rochers,

priété de se contracter,

plutôt de

par quelque chose.

donné depuis naturalistes.

par les

il leur a donné le sens du

Elles tiennent

cependant

aux animaux.

et à celle des animaux par le sens du

que l'éponge, bien qu'elle

a cependant

la pro-

et celle de s'ouvrir

ou

lorsqu'elle se sent toucher De là le nom de zoophytes

se dilater,

long- temps à ces êtres

Ensuite le créateur

a rapproché

des pinnes-

marines et des autres êtres semblables les espèces

d'animaux capables de locomotion,

faible degré

place

ceux qu'on nomme intestins

ayant accordé progressivement à ceux-ci un plus

plus

aux

grand

grande facilité de locomotion,

mais

à un

pas de

et

Puis

et qui ne changent presque

tels sont la plupart des ostracodermes,

nombre

de

sens,

de la terre'.

à ceux-là

une

il est arrivé

espèces plus parfaites des animaux irraisonnables.

J'entends

par espèces plus parfaites

celles qui

tous les sens, et qui sont douées d'une

possèdent

grande force locomotive.

Enfin, passant des animaux irraisonnables

à lui sans transition,

à

l'homme, mais il a

l'animal raisonnable, c'est-à-dire

n'est pas arrivé

auparavant accordé à certains autres animaux une

il

1 Hist. des anim., liv. t, chap. 1.

1 rèt

e'vrfoa.

DE LA NATURE DE L'HOMME.

7

sorte de sagacité, de l'industrie et des stratagèmes

pour leur conservation,

êtres raisonnables

création de l'homme, qui est l'animal raisonnable

par excellence. Si l'on examine les sons de la voix, on verra

qu'il a suivi la même progression

qui les rapprochent et il est ainsi arrivé

des

à la

car

partant et des

du cri simple et uniforme

bœufs, il est arrivé par gradation

plexe et varié des corbeaux

des chevaux

au chant com-

et des oiseaux qui

imitent la voix humaine,

et parfaite de l'homme enfin il a accommodé

cette voix articulée à la pensée et au raisonnement

pour en faire l'interprète de l'ame.

puis à la voix articulée

de toutes les émotions

C'est ainsi qu'il a mis entre toutes ses œuvres

la plus parfaite harmonie, de l'homme il a lié ensemble

d'un seul tout,

sens, et celles qui sont du domaine de la pensée.

du

que l'homme en a été

le complément

choses ayant été faites pour lui, il convenait que

tout ce qui devait lui servir fut préparé d'avance,

et qu'il ne fut créé qu'ensuite;

qu'après la création du monde intellectuel et celle

monde,

Aussi Moïse,

les parties sous les

et que par la création

comme

les choses qui tombent

faisant

le récit de la création

dit, avec raison,

non-seulement parce que toutes

mais encore parce

du monde sensible

entre eux une espèce de lien, afin qu'il y. eut de

l'harmonie et de l'unité dans la nature

il était nécessaire

d'établir

et qu'elle

8

D6 LA NATURE DE I.

UOMME.

ne demeura pas étrangère à elle-même

l'homme

a donc été ce lien. Telle est,

l'oeuvre de la sagesse divine.

en peu de mots,

L'homme

se trouve donc placé sur les confins

de la nature irraisonnable

nable

dans ses besoins physiques,

et de la nature raison-

à vivre

si, s'attachant

à son corps, il se concentre

il aspirera

de la vie des animaux,

il méritera l'épithète

Saint-Paul,

Tu es poussière, et tu rentreras

et celles

animaux dépourvus

il sera compté parmi eux,

que lui donne

de terrestre

et il s'entendra adresser ces paroles

L'homme s'est

de raison,

dans la poussière mis au rang des

et il est devenu

ci

semblable

sa raison, mènera

à eux. Mais si, se laissant guider

par

il

il méprise les voluptés corporelles,

très agréable

une vie divine,

à Dieu, et il sera

et très conforme à sa propre nature;

comme un être

céleste,

selon

ces paroles

de

l'Ecriture-Sainte

deviennent semblables à la terre

chent aux choses célestes participent à leur nature.

Ceux qui s'attachent

à la terre

ceux qui s'atta-

Ce qu'il y a de plus important

pour