Histoire de la pensée économique L2 Economie et Management Dumas (15h15-17h15, Jeudi) 24 heures Pierre Garello

Plan Introduction 1ère partie: Naissance d'une pensée économique ancrée dans la philosophie politique: les scolastiques Chapitre 1: Contexte économique et institutionnel: 11ème-15ème siècles Chapitre 2: Un riche héritage Chapitre 3: La pensée scolastique 2ème partie: Essor de la pensée économique: Le système mercantiliste et ses critiques Chapitre 1: Contexte économique et institutionnel: 16ème -18ème siècles Chapitre 2: Les différentes expressions du mercantilisme Chapitre 3: La critique Smithienne 3ème partie: Science économique et Pensée économique: tensions et renouvellements Chapitre 1: Contexte économique et institutionnel: 19ème- 20ème siècles Chapitre 2: Essor de la pensée socialiste Chapitre 3: La pensée économique face à une science qui s'affirme

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3ème partie Science économique et Pensée économique: tensions et renouvellements
Chapitre 1: Contexte économique et institutionnel: 19ème- 20ème siècles Chapitre 2: Essor de la pensée socialiste Chapitre 3: La pensée économique face à une science qui s'affirme

Chapitre 1: Contexte économique et institutionnel: 19e -20e siècles
1.1. Une nouvelle liberté Les révolutions : A. En Angleterre : Au 17ème, nous l’avons déjà vu. Cela peut expliquer leur avance économique. B. Aux Etats-Unis :
On peut repartir de la fameuse Boston Tea-Party (16 Décembre 1773) La Grande-Bretagne taxait ses colonies sans que celles-ci soient représentées au Parlement de Westminster. Ses taxes augmentent par combler les déficits de la couronne. Le thé est particulièrement taxé. La contrebande se développe pour échapper aux taxes. La Compagnie anglaise des indes orientales est très pénalisée par cette contrebande et sa situation financière est très mauvaise.   Pour l’aider, la couronne exonère le thé de la Compagnie des lourdes taxes. La Compagnie peut alors rivaliser avec le thé de contrebande mais un boycott s’instaure. Les bateaux transportant du thé étaient refusés dans la plupart des ports américains, mais la Compagnie des Indes orientales tente de débarquer du thé avec le soutien du gouverneur et de l'armée. Le 16 décembre 1773, soixante Bostoniens grimpèrent à bord des trois navires costumés en Amérindiens. Ils ouvrirent les tonneaux et jetèrent 342 caisses de thé par dessus bord, Rien ne fut volé ou détruit intentionnellement, hormis les 45 tonnes (90 000 livres) de thé, d'une valeur de 10 000 £. Réactions

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Le gouvernement britannique répliqua en fermant le port de Boston. La Boston Tea Party fut l'un des évènements symboliques de la Révolution américaine et la guerre d’indépendance. La Guerre d’indépendance débute 4 Juillet 1976 : Déclaration d’indépendance (rédigé par Thomas Jefferson) Indépendance reconnue en 1783 1787 : La constitution d’un Etat Fédéral Federalist papers (1787-1788) : dans la lignée de John Locke. (Alexander Hamilton, James Madison, John Jay) 4 Mars 1789 : George Washington élu Président

1848 = conquête du Texas, Nouveau-Mexique et Californie sur les mexicains, 1861-65 : Guerre de sécession (620 000 soldats morts).

C. En France : La recherche d’un système politique nouveau

C1. Les ennuis financiers de la monarchie conduisent à l’Assemblée Constitutante
(d’après Hilton Root : La construction de l’Etat moderne en Europe, chap.8 et sources internet) On se souvient des difficultés chroniques rencontrées par les gouvernements successifs pour financer les dépenses de l’Etat. On n’aura pas oublié les tentatives, par exemple, de John Law ou de Turgot. En cette fin de XVIIIe, l’incapacité du gouvernement à lever l’impôt est grande. Pourquoi ? Car le pouvoir discrétionnaire engendre incertitude, qui engendre une méfiance de la part des préteurs. Cela se traduit par des taux d’intérêts anormalement élevés et donc un frein à l’investissement. Les détenteurs d’offices ou de titres d’Etat vivaient toujours sous la menace d’un paiement différé des gages ou intérêts qui leur étaient dus. Smith et plus tard Say ont noté que la capacité guerrière des français n’avait pour seule limite que leur incapacité à financer ces guerres. La leçon est que l’absence de gouvernement représentatif aggrave le problème financier en diminuant la confiance. Les Etats Généraux sont réunis pour tenter de mettre fin à la crise financière. Très vite, les États généraux ouverts à Versailles le 5 mai 1789 échappent à l'intention première du roi et de ses ministres : imaginer de nouvelles ressources financières pour la monarchie. Le 17 juin 1789, les

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la garde nationale. la Caisse émettra des assignats gagés sur ces biens et les détenteurs pourront s'en servir pour acheter des biens nationaux vendus aux enchères. "considérant qu'ils représentent 96% de la nation". le 14 Juillet. le droit de dire la loi. ils partent à l'assaut de la prison royale de la Bastille. la Grande Peur s'empare des campagnes.de la Révolution : au nom de leur représentativité. à l'initiative d'une noblesse effrayée. Louis XVI tente de disperser l'Assemblée par la force. seule la servitude personnelle est immédiatement supprimée. Ce sont des avances sur la vente de biens nationaux (des vouchers d’une forme de « privatisation » à l’envers). d'autres municipalités. les registres recensant les droits seigneuriaux. portant intérêt à 3% et à cours forcé. En attendant la vente. le processus inflationniste est engagé. La « planche à imprimer des assignats » tourne malheureusement trop vite. C'est la fin de la monarchie absolue. les paysans s'en prennent au château voisin pour y brûler les terriers. la Constituante décide de rembourser la dette exigible par une émission de 1 200 millions de livres sans intérêt. Les premiers assignats remontent donc à Décembre 1789. Une véritable révolution sociale vient de succéder à la révolution politique. Le 17 avril 1790. Pour tenter de couper court aux désordres. avec la nationalisation. que l'État utilise pour tous ses paiements. autrement dit la confiscation en novembre 1789 des biens fonciers et immobiliers du clergé. Dans les provinces. ont succédé à l'administration royale. puis rapidement sont utilisés comme moyen de paiement sans intérêt. Encyclopédie Universalis : « Le 2 novembre 1789. Destutt de Tracy. Ensemble. Le 29 septembre. puisque l'assignat porte 5% d'intérêt : c'est en quelque sorte un bon du Trésor remboursable en biens fonciers. l'Assemblée constituante décide que les biens du clergé seront « mis à la disposition de la nation » pour rembourser la dette de l'État. Cabanis. Assemblée constituante : Sieyès. Le 9 juillet. Alarmés par des rumeurs de brigandage. Opération avantageuse. Dès lors. l'Assemblée crée une Caisse de l'extraordinaire chargée d'aliéner les biens du clergé. se proclament Assemblée nationale. Mais il est nécessaire de mobiliser ce capital évalué à quelque trois milliards de livres. D'abord à Paris où le peuple et les "patriotes" bourgeois. symbole de la monarchie absolue. au rouge et au bleu de la ville de Paris. mais c'est la fin de la division de la société en trois ordres qui est proclamée. D'autant plus que l'assise financière du premier ordre du royaume est ébranlée. décident dans la nuit du 4 août l'abolition des privilèges. celle-ci se proclame Assemblée constituante. s'insurgent et mettent sur pied une nouvelle municipalité et une milice bourgeoise. couleur du roi. avant de céder et d'ordonner aux députés du clergé et de la noblesse de se fondre dans l'Assemblée nationale. Certes. et lors d'une visite à Paris. les autres droits seigneuriaux devant être rachetés par les paysans. Les assignats donnés en paiement de ces biens seraient détruits. dotées de leur garde nationale. Le 19 décembre. l'assignat est transformé en un papier-monnaie. La première émission est de 400 millions de livres. les députés du tiers ont affirmé l'existence politique de la nation. Au départ ils portent intérêt.députés bourgeois du tiers-état. En Juillet. Roederer (disciple de Turgot). les députés. d'autant que l'État se sert des assignats pour payer les dépenses courantes ». reconnaît la nouvelle autorité municipale et accepte la cocarde tricolore qui unit le blanc. Le nombre d’assignats en circulation devient démesuré par rapport aux domaines nationaux qui les 4 .politique . ce qui suscite le Serment du Jeu de Paume de donner une Constitution au royaume. Dupont de Nemours et d’autres moins connus C'est le premier acte . À cette révolution politique succède rapidement une révolte populaire. Louis XVI cède à nouveau. de destruction de leur récolte. alarmés par une possible contre-offensive des troupes royales.

de posséder (y compris des esclaves. de la liberté. dans les colonies. le législatif appartenant à l'Assemblée. les pouvoirs sont séparés. contenus dans la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789. le roi refuse en bloc la Révolution. mais des citoyens. malgré les efforts abolitionnistes de Robespierre et de la Société des Amis des Noirs). les députés s'attellent à définir les principes de la société nouvelle. trop pauvres pour payer le cens exigible. D'abord. de pratiquer ou non une religion (le protestantisme est reconnu). 1792 : la 1ère République (22 septembre). le conflit entre une Assemblée bourgeoise et un pouvoir parisien populaire expliquent la chute de la monarchie.majoritaires dans les villes -. Conformément aux idées de Montesquieu. 5 . Convention. d'aller et de venir. le roi empêche par la suite le fonctionnement de la monarchie constitutionnelle. Les Français ne sont donc plus des sujets.garantissent (propriétés de l’Eglise et des contre-révolutionnaires qui ont été confisquées). Tous ces principes sont garantis par la Loi. La garde nationale réprime ainsi dans le sang une manifestation républicaine exigeant la destitution du roi au lendemain de Varennes. tout en accentuant les divisions entre l'Assemblée et la rue. Préservé par la majorité modérée de l'Assemblée. En ayant fini avec ce que les révolutionnaires appellent l'Ancien Régime. La valeur des assignats s’effondre et le 17 Février 1796 le Directoire décidera d’arrêter les émissions. dont les institutions sont fixées par la Constitution de 1791. équivalent à 3 journées de travail). l'exécutif revenant au roi. Cette Constitution écarte du vote 3 000 000 de "citoyens passifs" . Terreur et Directoire Le double jeu de Louis XVI. qui émane nécessairement de la nation souveraine (et non plus du roi ou de Dieu). une situation militaire difficile. Ils bénéficient de l'égalité des droits (abolition des privilèges). C2. Cette trahison du roi ruine la crédibilité qui lui restait et renforce le sentiment républicain. une Assemblée législative élue en septembre 1791 au suffrage censitaire (seul celui qui paie un impôt—le cens—est électeur et éligible. d'exprimer son opinion. C'est ce qu'il écrit avant de tenter de fuir à l'étranger en juin 1791 (il est reconnu et arrêté à Varennes).

avec toute sa famille. Cette République thermidorienne est fermement républicaine. puis les dantonistes. La répression contre les Vendéens est terrible. l'ordre de se soumettre à Louis XVI. donnent l'assaut au château des Tuileries. discrédité par le luxe et la corruption des dirigeants face à la misère du peuple. Sieyès. l’un des chefs girondins). menacé à droite par les royalistes et les Chouans (qui poursuivent le combat des Vendéens) et à gauche par les Jacobins. C'est sans trop de mal que le jeune Bonaparte. pour faire face aux ennemis de l'intérieur (" l'armée catholique et royale" des paysans vendéens hostiles à la conscription militaire. en juin 1793. Las de la Terreur et du pouvoir personnel de Robespierre. fondé sur un suffrage censitaire. mais Robespierre continue d'exiger un soutien sans faille à son entreprise de fondation d'un ordre et d'un homme nouveaux. un complot de conventionnels renverse Robespierre le 9 Thermidor an II (27 juillet 1794). Daunou et d’autres idéologues opposés à cette condamnation sont emprisonnés. C'est avec l'arrière-pensée d'une défaite de la France révolutionnaire que Louis XVI approuve. commandant des armées prussiennes et autrichiennes. ouvriers et artisans parisiens partisans d'une démocratie directe. tout comme la Terreur décrétée en juillet 1793 est sanglante : la reine Marie-Antoinette.fondant ainsi le premier régime démocratique de notre histoire (en réalité. Partisans d'une démocratie sociale. Il est exécuté avec ses derniers fidèles le lendemain. forgés dans la vertu et le droit au bonheur et dans le culte de l'Etre suprême. C'est un régime faible. où le pouvoir est abandonné aux propriétaires. les Montagnards imposent surtout la dictature d'un Gouvernement révolutionnaire. Peut-on balancer à les attaquer ? " Discours aux Jacobins de Brissot. C'est la fin de la monarchie. un membre du groupe. élue en principe au suffrage universel . décidée par les modérés et les Girondins de l'Assemblée . Quand les Parisiens reçoivent du duc de Brunswick. Tracy. qui s'est couvert de gloire lors de ses campagnes en Italie et en Égypte. met en place le Directoire. Le pouvoir révolutionnaire est sauvegardé. Garat. Sieyès et Condorcet s’exilent. Cette République voit alors s'opposer ses représentants bourgeois élus. qui le suspend et le fait emprisonner à la prison du Temple. la majorité girondine. la guerre contre l'Autriche. Lakanal. du droit à l'assistance pour les nécessiteux et d'une instruction publique pour tous. les Girondins. Une Convention. ("Les émigrés persistent dans leur rébellion. le 21 janvier 1793. Appuyés sur les sans-culottes. Conventions girondine et montagnarde : Condorcet. seule une minorité de 'patriotes' s'est exprimée). ils mettent en place une Commune insurrectionnelle et le 10 août. puis l'arrestation des Girondins. en 1795. les souverains étrangers persistent à les soutenir. les Montagnards dirigés par Robespierre obtiennent d'abord la condamnation et l'exécution du roi. 6 . proclame alors le 22 septembre 1792 premier jour de l'An 1 de la République. notamment à Fleurus en juin 1794. le 20 avril 1792. Une nouvelle Constitution. Il lit à Louis XVI son arrêt de mort. Les combats s'engagent mal. Dupuis.L'entrée en guerre accentue encore les tensions. et "sans-culottes". Cette mobilisation est efficace. renverse le régime lors du coup d'État du 18 brumaire 1799. sous la forme d'un Comité de sûreté général et d'un Comité de Salut public. les armées ennemies sont repoussées par les soldats de l'An II. est ministre de la justice. le peuple parisien et les premiers communistes emmenés par Gracchus Babeuf. l'insurrection de plusieurs villes et régions "fédéralistes" girondines) et de l'extérieur (une coalition des armées européennes animée par l’Angleterre). en tout des milliers de personnes sont exécutés. Louis XVI doit se réfugier à l'Assemblée. des prêtres. mais entend se préserver des excès révolutionnaires.

d'Iéna (1806. où il s'entoure de l'ancienne et de la nouvelle noblesses (ses maréchaux. grâce à la supériorité en nombre des armées françaises. Consul à Vie puis Empereur : Bonaparte La Constitution de décembre 1799 confie tout le pouvoir exécutif.nobles. par la bourgeoisie et les plus aisés des paysans. apportera de nouveaux des guerres et la République fera vite place à l’Empire. garant de l'ordre social. Cette monarchie s'appuie sur le clan familial. Les français. Napoléon a rétabli la monarchie en France. Sardaigne. De nombreux idéologues siègent aussi dans le comité qui révise la constitution de 1793 et élabore la Constitution de l’An II. Ces deux derniers siègent au Comité d’instruction publique qui crée les écoles primaires et les Ecoles normales et centrales. et au génie militaire de Napoléon. son règne. sur une vie de cour.Convention thermidorienne : Daunou. Tout cela en préservant l’esprit de la révolution : un peuple souverain. Le Directoire : Sieyès et deux autres idéologues sont directeurs.. Il recrute comme préfets placés à la tête de chaque département.). avec ses 130 départements qui intègrent la Belgique. Bonaparte veut mettre fin à dix années de Révolution et de conflits armées. L'Empire. flatte le patriotisme des Français.. sous le nom de Napoléon ler. et notamment des ouvriers. Premier consul. sur une propagande servie par le Catéchisme impérial (" Dieu a établi Napoléon notre souverain… Honorer et servir notre empereur est donc honorer et servir Dieu lui-même "). Il cherche aussi la réconciliation nationale. En 1810. en se construisant sur les victoires d'Austerlitz (1805. les propriétés du clergé et des émigrés confisquées. Lakanal. et l’économie. aux Tuileries. la Hollande. à Fontainebleau. qui intègrent de plus en plus de recrues étrangères. et une part importante du pouvoir législatif. dans la surveillance policière de l'opinion. à Bonaparte. des biens nationaux.à rentrer au pays. Son sacre donne lieu à une cérémonie fastueuse le 2 décembre 1804 à Notre-Dame de Paris (voir le célèbre tableau de David). en s'étendant de Hambourg jusqu'à Rome. C3. en signant en 1801 un Concordat avec le Pape. la Rhénanie. Bonaparte se fait d'abord désigner consul à vie par plébiscite en 1802. Premier Consul. voire exécutés . des citoyens égaux. issus pour la plupart de la moyenne bourgeoisie deviennent altesses sérénissimes). Pour pérenniser son pouvoir. De plus. avec le rachat. d'anciens Montagnards et d'anciens royalistes.que Bonaparte se fait proclamer Empereur héréditaire des Français.dévoiement démagogique du suffrage universel . contre l'Autriche). Au moins neuf idéologues siègent au gouvernement. Mais il garantit aussi les transferts de propriété qui ont eu lieu. bourgeois. enfin sur un despotisme de plus en plus manifeste. Ainsi que d’autres institutions dont l’Institut. Il autorise les émigrés . tout en permettant l'ascension sociale de soldats et de leurs chefs et en drainant vers la France les richesses et les impôts soutirés aux peuples vaincus. Mais. la côte dalmate (on appelle cette zone les provinces illyriennes). puis imagine de fonder la " quatrième dynastie " en proclamant l'Empire. Sieyès. dont plusieurs membres dirigent les royaumes conquis par l'empereur (Espagne. car c’est bien de règle qu’il faut parler. de l'imprimerie et des théâtres. l'Empire domine toute l'Europe. sont sur les genoux. contre la Prusse). La République a vécu. 7 . il réhabilite le catholicisme. dont certains avaient fui la France dès le 14 juillet 1789 et avaient pourchassés. dans la censure de la presse. Grand Duché de Varsovie. C'est par un nouveau plébiscite .

deux assemblées sont élues au suffrage censitaire très restreint. mais il est alors essentiellement l'idéologie de la grande bourgeoisie : Guizot développe l'instruction primaire. " le roi-citoyen ". sont néanmoins considérables: refusant toute souveraineté du peuple. et à la première Restauration du frère cadet de Louis XVI. en 1833. sous Louis-Philippe notamment. mais cette vie politique intense ne concerne qu'une toute petite minorité. de 1815 à 1848. Au niveau économique. la première loi sociale interdit le travail des enfants de moins de 8 ans. Cette bourgeoisie a renforcé ses positions au cœur de l'État en décrochant postes militaires et administratifs.. le 18 juin 1815. Le drapeau tricolore des orléanistes succède au drapeau blanc des légitimistes.. Louis XVIII. Le roi. le droit au travail affirmé. les privilèges ont été abolis (les droits féodaux ont été totalement abolis en 1793) et le clergé réfractaire. Pendant la Restauration (1815-1830). La monarchie de 1815 n'a rien à voir avec celle de l'Ancien Régime jeté à bas : la société d'ordres a disparu. à 12 heures jusqu'à 16. la journée de travail étant limitée à 8 heures jusqu'à 12 ans. les trois journées révolutionnaires de juillet 1830. avec deux assemblées disposant du pouvoir législatif et élues au suffrage universel restreint. avant d'être définitivement abattu à Waterloo. rétabli. En 1841. La Révolution de 1830. le corps électoral atteint les 9 400 000. l'esclavage dans les colonies est aboli (sur l'initiative de Victor Schœlcher). une milice bourgeoise qui réprime durement troubles sociaux et émeutes ouvrières (révolte des canuts de Lyon en 1831). tout imprégnés de la Révolution de 1789 et 1792. qui font entrer la France dans l'âge de la démocratie. La Révolution de 1848 marque les limites du libéralisme politique et les aspirations à la démocratie. sa volonté de briser l'hostilité anglaise en imposant un blocus continental contre Londres vont se briser lors la lamentable campagne de Russie. La Restauration inaugure un régime de monarchie constitutionnelle d'un tiers de siècle. La Monarchie de juillet (1830-1848) consacre les conquêtes libérales de 1789 : la souveraineté nationale est rétablie. la monarchie constitutionnelle. dès 1791. fatale à la Grande Armée dans l'hiver 1812. Les maladresses des royalistes donnent une dernière chance à Napoléon. a montré l'importance des débats parlementaires. le duc d'Orléans. puisque ses pouvoirs sont définis par un texte écrit qui les encadre: la Constitution. qui reprend le pouvoir pendant les Cent Jours. porte au pouvoir un cousin du roi. La retraite de Russie est le prélude de la contre-offensive européenne qui aboutit à la première abdication d'avril 1814. la loi Le Chapelier. Une idéologie démocratique imprègne le libéralisme politique. en 8 .. soumis au livret ouvrier par Bonaparte. Louis XVIII et Charles X. D'un coup. le peuple entre à nouveau en politique : de 240 000 à la fin de la Monarchie de Juillet. le suffrage universel masculin proclamé (1848). les émigrés rentrés avec Louis XVIII ne peuvent récupérer leurs terres confisquées et vendues. Un immense transfert de propriété a eu lieu au bénéfice de la bourgeoisie et des plus aisés des paysans. " Ce sont les républicains. Certes. Certes.. ces pouvoirs. Louis-Philippe. en renversant la monarchie en février 1848. Pour en discuter. s'appuie sur une bourgeoisie qui triomphe politiquement de l'aristocratie et du clergé (comme le banquier Casimir Périer ou l'historien Guizot) et sur la garde nationale. sa volonté de contrôler la presse provoquent les "Trois Glorieuses". a brisé toute possibilité de compagnonnage et de grève pour les ouvriers. La Deuxième République (I848-1851) est fondée. ils s'arrogent tout le pouvoir exécutif et s'attribuent l'initiative des lois. le libéralisme s'oppose au despotisme. sous le nom de Louis-Philippe ler. mais il rétorque aux partisans de l'élargissement du cens " Enrichissez-vous par le travail et par l'épargne et vous deviendrez électeurs. n'est pas un souverain absolu. La politique très conservatrice de Charles X.L'orgueil conquérant de Napoléon. qui voit l'apparition des barricades dans les quartiers populaires de l'Est parisien. exercés par les deux derniers Bourbons. les nobles. l'habitude prise par les Assemblées de contrôler le gouvernement et notamment son budget et ses finances.

individuellement ou collectivement. physique ou moral. Ozanam p. texte de F. en juin. La seule raison légitime que puisse avoir une société pour user de la force contre un de ses membres est de l'empêcher de nuire aux autres. Le Second Empire (1852-1870) préserve le suffrage universel. Il incarne le retour à l'ordre. son indépendance. Harm Principle « L'objet de cet essai est de poser un principe très simple. Cela se retrouve dans les écrits d’un auteur célèbre—et économiste—de la moitié du 19ème: John Stuart Mill (voir aussi les travaux de Humboldt ou de Constant). De la liberté. à entraver la liberté d'action de quiconque que pour assurer leur propre protection. le gouvernement autorise la formation d'associations ouvrières et le droit de grève. 9 . Contraindre quiconque pour son propre bien. l'exécutif a besoin d'une majorité parlementaire pour pouvoir gouverner. Mais quand les Ateliers nationaux.. Ce libéralisme politique n'ignore plus la question sociale : en 1864. Le premier président de la République. Puis le régime se libéralise : le droit d'adresse. est un neveu de l’empereur. absolue. et la République devient extrêmement conservatrice. LouisNapoléon Bonaparte. Jusqu'en 1860. [. Mais pour ce qui ne concerne que lui. le premier régime parlementaire de notre histoire rend le gouvernement responsable devant l'Assemblée. fondé à régler absolument les rapports de la société et l'individu dans tout ce qui est contrainte ou contrôle. En 1870. est. France et EtatsUnis).associant au principe de liberté celui d'égalité dont la grande bourgeoisie se souciait bien peu jusque-là (cf. le Corps législatif retrouve l'initiative des lois. Voilà pour les trois grandes puissances occidentales de l’époque (Angleterre. mais n'est en aucun cas un régime démocratique. Mais le régime n'est plus assez assuré pour résister à l'arrestation de l'empereur à Sedan le 1er septembre 1870. parfois très pénible. destinés à procurer du travail aux chômeurs. qu'il fait approuver par un plébiscite au suffrage universel rétabli. Il y a encore le cas de l’Europe centrale (Empire Austro-Hongrois. Etats Allemands) sur lequel nous reviendrons au chapitre 2 car la pensée économique de l’époque est intimement liée à l’évolution politique dans cette région (List. avant de renverser le régime par un coup d'État le 2 décembre 1851. école historique) Pour conclure. autrement dit. l'Empire est autoritaire. sont fermés.286 et 287). que les moyens utilisés soient la force physique par le biais de sanctions pénales ou la contrainte morale exercée par l'opinion publique. par l'armée prussienne. ne constitue pas une justification suffisante. Ce principe veut que les hommes ne soient autorisés. de droit. il y a bien eu avancée. la révolte ouvrière qui s'ensuit à Paris est noyée dans le sang. le droit d’interpellation sont rendus aux parlementaires et en 1869. élu au suffrage universel. » — John Stuart Mill. en s'appuyant sur les masses rurales et en réduisant le droit de vote. la presse sévèrement contrôlée et l'opposition musclée ou réduite à l'exil (Victor Hugo à Jersey). Le droit de vote est dévoyé dans le plébiscite et dans la désignation de candidats officiels. Dans son opuscule « On Liberty ».. Mill propose une définition célèbre de la liberté. Prusse. vers une plus grande liberté.] Le seul aspect de la conduite d'un individu qui soit du ressort de la société est celui qui concerne les autres.

puis contre Napoléon. et en particulier l’épisode de la Terreur). il serait par essence libre puisque aucun conflit d’intérêt ne saurait intervenir entre le peuple et lui-même. C’est la possibilité de ne pas souffrir d’un régime autoritaire. éventuellement par des Chartes ou des constitutions les droits des gouvernés face aux gouvernants. elle était la seule corporate bank à pouvoir exister. Liggio en annexe).2. Malheureusement. Mais cette situation est jugée insatisfaisante et il va être avancé que la véritable liberté consisterait à être son propre gouvernant. Si le peuple gouvernait. La Banque d’Angleterre quant à elle avait une monnaie convertible en or. mais on sait qu’il peut être tenté de jouer ses intérêts contre ceux du peuple. (Mill a à l’esprit le cas français. Elle n’avait pas le monopole de l’émission. mais elle avait néanmoins de nombreux privilèges. Les autres banques pouvaient émettre des billets. Le gouvernant est toléré. 10 . Un peu d’histoire bancaire et monétaire : Banque d’Angleterre. elle recevait tous les fonds publics . La liberté se définit alors comme un affranchissement du pouvoir arbitraire du gouvernant. cette liberté des modernes présente des dangers évidents puisque le gouvernement n’est plus du tout contrôlé. . mais maintes fois avait suspendu cette convertibilité au cours du XVIIIe siècle. Ses privilèges (d’après Rothbard) lui donnaient la possibilité de faire de l’inflation. il y a l’idée de deux classes aux intérêts conflictuels : les gouvernants et les gouvernés. l’une des conséquences des conflits armés de la première partie du 19ème est la mise en place de blocus et les problèmes monétaires qui en sont l’une des conséquences. Cela va déclencher un débat extrêmement riche sur la bonne gestion de la monnaie. de contrôler. utilisant la monnaie de la Banque d’Angleterre pour réserve (il y avait près de 400 banques locales dans les années 1790). Les autres étaient limitées à des « partnership » de moins de 7 personnes. Les questions monétaires Au niveau des faits économiques. En 1793 débute une série de conflits armés contre la République Française.Il montre aussi les difficultés rencontrées pour faire vivre cette liberté : Benjamin Constant : Liberté des anciens et liberté des modernes (1819) Chez les anciens. 1. créée en 1694 (voir le texte de L. Le financement de ces conflits conduit à une plus grande inflation.

11 . C’est donc la Banque d’Angleterre la première fautive. (Notons que Boyd en écrivant cette lettre retournait sa veste puisqu’il avait pendant plusieurs années supplié la Banque d’Angleterre de lui accorder un prêt pour le sauver de la faillite. Il était d’abord un marchand extrêmement riche. la Banque d’Angleterre était une cible facile en cette période de crise. La lettre renferme une analyse monétaire avancée : définition plus claire de la masse monétaire. de nombreuses banques locales font faillite ou suspendent la convertibilité de leur monnaie. Les résultats sont sans surprise : Le change britannique se détériore (la monnaie anglaise perd de sa valeur dans les échanges). il décide de prendre la défense de la Banque d’Angleterre. (Cette théorie se trouvait chez Smith). la hausse de la demande d’or. Le gouvernement décide de suspendre la convertibilité. Cela permet la poursuite d’une politique inflationniste. La réplique ne tarda pas. N. mettaient plutôt cela sur des facteurs « réels » : la guerre. S’en suit une très longue période de cours forcé de la livre sterling: 1797-1821. Real-bill doctrine et la banking school C’est le secteur réel qui commande les prix et la monnaie doit suivre l’évolution du secteur réel en réduisant l’émission monétaire. C’est l’opposition de Pitt qui fit que le prêt ne fut pas accordé et Boyd qui dut liquider son affaire). La conclusion est que la Banque d’Angleterre et la suspension de la convertibilité sont responsables de tous les maux. Bien que prudent dans un premier temps. Quelle est la cause de ces troubles ? Deux thèses s'affrontent alors : • pour les bullionistes (Fox-Sheridan).En 1797. La Banque d’Angleterre n’est pas menacée. puis un banquier. Les banques doivent être libres d’émettre en fonction de la demande. etc.B. D’aprèe Schumpeter. analyse des effets (asymétriques) d’une création monétaire. théorie de la parité des pouvoirs d’achat des monnaies dans un régime de monnaies fiduciaires. la cause de l’inflation et de la perte de valeur de la monnaie est dans l’expansion de la monnaie fiduciaire. : le billet Banque d’Angleterre n’avait pas cours légal (legal tender) avant 1812. • Les anti bullionistes (William Pitt le jeune). on bride le secteur réel. Francis Baring s’opposa à Boyd. La panique touche même les clients de la Banque d’Angleterre. en faveur du Bullion Report de 1810 (qui a été rédigé par Thornton). La controverse débute avec la lettre de Boyd à Pitt (1801). Il n’y aura pas un phénomène semblable à celui des assignats ne serait-ce que parce que la BdA est privée (la banque de France n’existe pas mais les assignats sont des dettes de l’Etat français).

• c’est la quantité de monnaie qui détermine le niveau des prix • l’idée d’une pénurie de liquidité est fausse : tout niveau de monnaie est optimal. pourtant dans un premier temps anti-bullioniste (son ouvrage fit référence dans le camp des anti bullionistes). 12 . La victoire pour les bullionistes intervient avec le Resumption act de 1819. C’est la reprise et les découvertes d’or : Californie. Certains blâment de nouveau la Banque d’Angleterre pour sa mauvaise gestion. beaucoup plus modéré. Son objectif : convaincre Thornton. entre autres à des investisseurs en Amérique Latine. Il allait aussi recevoir l’appui. toujours d’après Ricardo. Bullionistes et la currency school Le clan des bullionistes allait par la suite se renforcer avec King et Ricardo. Je fixe mon attention sur l’état permanent des choses qui en résultera ». Il écrit à Malthus entre 1811 et 1813 : « Vous avez toujours à l’esprit les effets immédiats et temporaires. La Banque d’Angleterre prêtant de nouveau avec largesse. C’est suite à la publication de son ouvrage de 1809 que sera formé au Parlement le « bullion commettee » qui doit examiner les causes de l’inflation du prix de l’or. Il s’apprécie donc. Si la monnaie est convertible alors ce taux sera déterminé par la quantité de métaux précieux disponible. le contrôle de l’émission est nécessaire par le biais de réserves métalliques importantes et la séparation des activités d’émission et des activités bancaires Ricardo voudrait maintenir la convertibilité. Russie. entièrement déterminé par la quantité de papier-monnaie dans le cas d’une monnaie non-convertible. Mais l’Angleterre traverse alors une période de crise et l’or se fait rare. Les choses iront mieux en 1830-35. Le taux de change est quant à lui. Ricardo défend ses positions en prenant une position de long terme. Pour eux.Les banques s’autorégulent pour éviter la faillite. De 1821 à 1825 il y a une période de boom. En 1825 la panique bancaire réapparaît. en 1809. alors un antibullioniste. suivi d’un court ouvrage regroupant ses articles : « The High Price of Bullion ». Ricardo exagère sans doute la dichotomie entre le réel et le monétaire. mais en la limitant : convertibilité en lingot (Gold bullion standard) Le Bullion Commettee Report de 1810 réclame le retour au gold standard. C’est à ce moment que Thornton va passer dans le camp des bullionistes modérés. publie un article sur « The Price of Gold ». d’Henri Thornton (qui fut directeur de Banque). Ce faisant. C’est le marasme. Australie. Ricardo.

L’aristocratie. et l’on interdit l’impression de petites coupures (inférieures à 5 pounds) pour que les petites transactions se fassent en espèces.d.3. avec une réserve à 100%). Cette solution va bénéficier de la découverte importante d’or. Est ce que les « bonnes théories » l’ont emporté ? D’une certaine façon. C’est alors que sera développé le « currency principle ». Pour en revenir à Ricardo. 1. Il est alors l’économiste le plus fameux en Angleterre. La bourgeoisie (classe moyenne) et les ouvriers se sentent lésés. Pennington est le premier à avoir énoncé ce principe. On peut cependant regretter l’abandon des thèses de la banking school qui auraient donné plus de liberté aux banques et aurait assis la sécurité du système sur l’intérêt des banquiers dans un univers de concurrence : le banquier défaillant aurait payé un prix élevé.En peu de temps. est en faveur d’une protection pour le prix du blé et fait passer des lois protectionnistes. (Bank Charter Act) 1844 : séparation des activités commerciales et d'émission monétaire de la banque d'Angleterre. Ainsi la valeur du billet suivra la quantité du stock d’or dont dispose la Banque centrale. la solution adoptée consiste à donner un monopole d’émission et à contrôler ce monopole (par le gold standard et l’interdiction d’activités bancaires). ses Principes sont publiés en 1817 et Ricardo entre au Parlement en 1819. Les manufacturiers en supportent les conséquences. Les questions commerciales Début XIXe. une partie des monopoles de la Banque d’Angleterre sont retirés. les réserves de la Banque d’Angleterre passent de 9 millions de livres à un million. Victoire posthume de Ricardo avec l’Act de Peel. les Corn Laws. composée des grands propriétaires fonciers. Les grandes villes n’ont quasiment aucune représentation dans ces instances.. le système politique est encore largement dominé par l’aristocratie : administration locale. Cet argument s’appuie entre autres choses sur l’idée que la création monétaire va au-delà de l’émission de papier-monnaie . entre 1773 et 1815. 13 . chambres des Lords (évidemment) mais aussi chambre des communes.à. En réaction. L’idée est que la convertibilité est insuffisante pour assurer la stabilité monétaire. en accordant des crédits on arrive au même résultat. Il conseille l’octroi d’un monopole d’émission à la Banque d’Angleterre et une politique de réserve qui la contraigne à adopter une gestion équivalente à celle d’une émission sans réserve fractionnaire (c.

le traité d’Eden-Rayneval en 1786. Mais Ricardo n’est déjà plus là… Notons que le traité de Smith avait lui aussi débouché sur un traité de libre échange . C’est en tant que membre de l’Académie de Médecine qu’il est chargé par Guizot en 1837 d’entreprendre une étude sur l’état physique et moral de la classe ouvrière.1 millions en 1783 et 5.4. Soit 1/7 du budget de l’Etat. le 13 avril 1850 ensuite. dix ans plus tard. exceptionnelle car il s’agit d’une libéralisation unilatérale. Références aux réformes de Bismark (fin 19ème) et à la société Fabienne en Angleterre (réformes de Beveridge aux alentours de la seconde guerre mondiale). En France aussi les choses bougent. p. Les questions sociales Le statut d’Elisabeth prévoit une assistance aux pauvres. 14 . statisticien. La loi sur le travail des enfants dans les manufactures en 1841 tout d’abord. Les problèmes des Poor Laws (cf.Des lois électorales vont progressivement conduire à une répartition plus juste du pouvoir. 1828 : Anti-Corn Law League de Richard Cobden et John Bright Victoire en 1846 : Robert Peel supprime les droits de douane sur le blé. Rapport Villermé (1782-1863). De 1. de laine et de soie. Ses observations constituent de précieuses sources d’information sur la condition ouvrière du début de l’ère industrielle et marquent une étape importante du développement de la démographie et de la statistique.2 millions en 1803. Deux lois s’inspireront des conclusions du rapport Villermé. la première loi d’urbanisme en France interdisant la location de logements insalubres. démographe et hygiéniste.224) texte d’un édit. vient suite à une famine créée par la maladie de la pomme de terre. Le Tableau de l’état physique et moral des ouvriers dans les fabriques de coton. Son enquête donnera lieu à un rapport de plus de 900 pages.7 millions de livres sterling en 1776. en particulier la discussion dans Smith) Exemple de loi (Malthus. et. publié en 1840. la taxe des pauvres s’élèvera à 2. Cette décision. Louis René Villermé est un médecin. 1.

) Les idéologues est un groupe d’intellectuels libéraux qui connut des importances diverses entre la Révolution. de l’instruction et de l’éducation. Les idéologues ont leur journal de liaison : La Décade philosophique qui sera éditée entre autres par Jean-Baptiste Say. Origine de l’appellation : C’est Destutt de Tracy. l’idéologie est la science des idées (physiologie. Dans cette revue sont présentées les nouvelles contributions des membres du groupe. Le terreau : pensée libérale et précurseurs socialistes A. Quelques noms : 15 . Voir aussi Hayek. Les idéologues et la (les) Révolution(s) (D’après Némo. cahiers de l’ESCP-EAP. Les classiques Français A1. voire même. C’est aussi un lien entre les différentes écoles centrales. de la logique.1.Chapitre 2: Essor de la pensée socialiste 2. pour développer les bonnes institutions politiques. auteur des Eléments d’idéologie qui donna le nom à l’école. logique de la connaissance). « La connaissance de la génération de nos idées est le fondement de la grammaire. Bastiat). les IIe et IIIe Républiques. Ces intellectuels sont le trait d’union entre les Physiocrates et les libéraux de la Restauration (Dunoyer. de la morale et de la politique » Tracy. Pour Tracy. l’Empire. Il s’agit donc d’une réflexion épistémologique devant déboucher sur une méthode pour l’enseignement des sciences. mais aussi pour leurs idées sur le développement des sciences et l’éducation. psychologie. Ils sont connus pour avoir joué un rôle important dans les premiers écrits constitutionnels (droits de l’homme). The Counter-Revolution of science.

Il a écrit une Vie de Turgot (1786) ainsi qu’une Vie de Voltaire (1787) et a annoté une traduction d’Adam Smith. astronome et physicien était également un homme politique actif. Abbé Sieyès (1748-1836) Cette grande figure de la Révolution était Grand vicaire de l’évêque de Chartres. Éliminé de la vie politique. Mais aussi Traité sur la volonté). il sera en faveur de la condamnation (contrairement à la plupart des Girondins). Il sera élu en 1789 à l’Assemblée Législative de Paris. il finira sa vie exilé et oublié. Son épouse. Il participe au Directoire et joue un rôle important dans le 18 brumaire. Ses premiers écrits sont essentiels à la construction de la Révolution : 1788 : Essai sur les privilèges. Benjamin Constant. il siège plutôt du côté des Girondins. Madame de Staël. il échappe de justesse à la guillotine. 1789 Qu’est-ce que le tiers-état ? L’un des rédacteurs de la déclaration des Droits de l’homme. Mirabeau. La Fayette. Stendhal.) Augustin Thierry (grand historien). Marquis de Laplace (1749-1827). Lamarck (l’un des pères de la pensée évolutionniste. Réfugié il écrit sa dernière œuvre : Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain. Il se rallie un temps à Napoléon mais votera sa déchéance en 1814. Arrêté en 1793. Dupont de Nemours. Vous l’entendrez peut-être cité dans un cours d’Economie publique. Il vote dans un premier temps contre le procès du roi. Jean-Baptiste Say. mais lorsque celui-ci a lieu. John Stuart Mill (N.B. Sainte-Beuve. Il entre au Sénat en 1799 et en est élu Président en 1803. Il se donne ensuite la mort pour éviter la guillotine. Mais aussi : Cabanis. Taine (Hyppolite) philosophe et historien 16 . Il rédige un Projet sur l’Instruction publique. C’est un libéral pur qui fréquente les groupes libéraux : Condorcet. Madame Sophie de Condorcet traduisit la Théorie des sentiments moraux. Il s’opposera à la condamnation à mort de Louis XVI. en bref homme de pensée. Le célèbre Mathématicien. Médecin. Il est botaniste et zoologiste de formation. 2ème génération d’idéologues Destutt de Tracy (1754-1836) Auteur nous l’avons dit plus haut de Eléments d’idéologie. Astronomes.Condorcet (1743-1793) Mathématicien. il est élu à l’Académie des sciences puis à l’Académie française. il participe activement au serment du Jeu de Paume et à la nuit du 4 Août. Il sera fait Comte de l’Empire et Louis XVIII le fera marquis et pair de France. théologien. Élu à la Convention. C’était le temps où les milieux littéraires étaient libéraux) 3ème génération (à partir de la Restauration) Portalis.

A.2. Jean-Baptiste Say (1767-1832) Biographie Jean-Baptiste Say est né à Lyon en 1767 d’une famille de marchands textiles de confession Huguenote (originairement de Nîmes avec passages à Genève et Paris). En 1787, Say passe deux années en Angleterre. Il est apprenti auprès d’un marchand. De retour à paris, il travaille dans la compagnie d’assurance de Clavière (qui sera plus tard Ministre des Finances). 1787 c’est aussi l’année où il lit Smith: La Richesse des Nations. Il s’enflamme pour le développement industriel. Ardent républicain, Say se réjouit de la révolution française. Il est volontaire en 1792 pour se joindre à l’armée qui doit repousser les alliés. A cette époque il rentre en contact avec le groupe des idéologues. De 1794 à 1800 il édite leur Décade Philosophique. Il s’affirme dans ces milieux jusqu’à être nommé dans la section “finance” du Tribunat en 1799. En 1803 il publie son ouvrage le plus fameux: Traité d'Economie Politique ou simple exposition de la manière dont se forment, se distribuent et se consomment les richesses. Le livre a du succès. Chargé de constituer la bibliothèque privée du 1er Consul. Il déplaît au Premier Consul en partance pour l'Egypte car il ne veut pas modifier son traité pour venter les mérites de sa politique financière... Dans son traité Say écrit (Note de bas de page 102) : C'est l'ignorance de l'économie politique qui a conduit Bonaparte à Sainte-Hélène !!!! (Dirige une filature (qu'il a créée) dans le Pas de Calais (Certains auteurs disent qu’il a fait faillite, d’autres qu’il a eu du succès !!) - 1814 rentre à Paris, réédition sur Traité, enseigne au Conservatoire National des Arts et Métiers puis au Collège de France (1er à enseigner l'Eco. Po dans "le supérieur" en France, faisait lire son cours par son fils...) Le reste de cette présentation sur Say sera essentiellement centré sur son traité : - se veut une vulgarisation de Smith mais c'est plus que cela - pour Schumpeter c'est le maillon entre Cantillon-Turgot et Walras Notre plan sera :

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La méthode de Say Création et distribution des richesses : contributions à l’analyse économique La loi de Say Say et l’Etat Traité d’économie politique ou simple exposition de la manière dont se forment, se distribuent et se consomment les richesses.

Comme l’indique son titre, Say se propose d’identifier les sources de la richesse et la façon dont celle-ci « circule » dans l’économie. C’est donc l’éternelle quête de l’économiste qu’il fait sienne. Mais, ainsi que vous le savez, on ne s’engage pas dans une telle aventure, sans dans un premier temps préciser ce que nous entendons par richesse. Théorie de la valeur utilité (Livre 1, chapitre 1)

Tout ce qui est utile mérite d'être appelé richesse (agriculture, industrie, services du médecin...) page 43 : La valeur que les hommes attachent aux choses a son premier fondement dans l'usage qu'ils en peuvent faire. ce qui n'est bon à rien, ils n'y mettent aucun prix. Page 44 : Cette faculté qu'ont certaines choses de pouvoir satisfaire aux divers besoins des hommes, qu'on me permette de la nommer utilité. Je dirai que créer des objets qui ont une utilité quelconque, c'est créer des richesses, puisque l'utilité de ces choses est le premier fondement de leur valeur, et que leur valeur est de la richesse. (44) Critique de Smith auquel il reproche d’avoir une vision encore trop matérialiste de la valeur, et ce, bien qu’il ait correctement perçu l’erreur mercantiliste. Paradoxalement, nous dit Say, Smith ne voit pas de valeur dans les choses immatérielles, et pourtant, curieusement, il veut choisir le travail comme mesure de la valeur !

Rôle de l’entrepreneur Il existe, explique Say, trois formes d’industrie : industries agricole, manufacturière et commerciale. Ce qu’il est important de noter c’est que le commerçant est ici mis au même niveau que l’agriculteur ou l’industriel (au sens moderne du terme). Le commerçant, semble-t-il, n’est pas à confondre avec l’entrepreneur. Le passage le plus explicit sur l’entrepreneur est sans doute celui-ci que l’on retrouve à la page 65-66 au début d’un chapitre 6 intitulé : Des opérations communes à toutes les industries.

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« En observant en eux-mêmes les procédés de l'industrie humaine, quel que soit le sujet auquel elle s'applique, on s'aperçoit qu'elle se compose de trois opérations distinctes. Pour obtenir un produit quelconque, il a fallu d'abord étudier la marche et les lois de la nature, relativement à ce produit. Comment aurait-on fabriqué une serrure, si l'on n'était parvenu à connaître les propriétés du fer, et par quels moyens on peut le tirer de la mine, l'épurer, l'amollir et le façonner ? Il a fallu ensuite appliquer ces connaissances à un usage utile, juger qu'en façonnant le fer d'une certaine façon on en ferait un produit qui aurait pour les hommes une certaine valeur. Enfin il a fallu exécuter le travail manuel indiqué par les deux opérations précédentes, c'est-à-dire forger et limer les différentes pièces dont se compose une serrure. Il est rare que ces trois opérations soient exécutées par la même personne. Le plus souvent un homme étudie la marche et les lois de la nature. C'est le savant. Un autre profite de ces connaissances pour créer des produits utiles. C'est l'agriculteur, le manufacturier ou le commerçant ; ou, pour les désigner par une dénomination commune à tous les trois, c'est l'entrepreneur d'industrie, celui qui entreprend de créer pour son compte, à son profit et à ses risques, un produit quelconque 1. Un autre enfin travaille suivant les directions données par les deux premiers. C'est l'ouvrier. » La création de valeur n’est pas nécessairement le fruit d’un travail. Et le profit ne saurait en conséquence être confondu avec le salaire.

La nature du savoir de l’entrepreneur : Il convient d'observer que les connaissances du savant, si nécessaires au développement de l'industrie, circulent assez facilement d'une nation chez les autres. Les savants eux-mêmes sont intéressés à les répandre ; elles servent à leur fortune, et établissent leur réputation qui leur est plus chère que leur fortune. Une nation, par conséquent, où les sciences seraient peu cultivées, pourrait néanmoins porter son industrie assez loin en profitant des lumières venues d'ailleurs. Il n'en est pas ainsi de l'art d'appliquer les connaissances de l'homme à ses besoins, et du talent de l'exécution. Ces qualités ne profitent qu'à ceux qui les ont ; aussi un pays où il y a beaucoup de négociants, de                                                                                                                
Les Anglais n'ont point de mot pour rendre celui d'entrepreneur d'industrie; ce qui les a peut-être empêchés de distinguer dans les opérations industrielles, le service que rend le capital, du service que rend, par sa capacité et son talent, celui qui emploie le capital ; d'où résulte, comme on le verra plus tard, de l'obscurité dans les démonstrations où ils cherchent à remonter à la source des profits. La langue italienne, beaucoup plus riche à cet égard que la leur, a quatre mots pour désigner ce que nous entendons par un entrepreneur d'industrie : imprenditore, impresario, intraprenditore, intraprensore.
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La chose est toujours vraie aujourd’hui… (123) L'homme dont l'industrie s'applique à donner de la valeur aux choses en leur créant un usage quelconque ne peut espérer que cette valeur sera appréciée et payée que là où d'autres hommes auront les moyens d'en faire l'acquisition. page 122 : Les entrepreneurs des diverses branches d'industrie ont coutume de dire que la difficulté n'est pas de produire. a plus de moyens de prospérité que celui qui se distingue principalement par la culture de l'esprit. encombrent la circulation. observe mal les faits et les explique plus mal encore. Cela étant ainsi. on s'aperçoit que le plus grand nombre n'a que des idées confuses sur ces matières. soit parce qu'on en a 20 . demandera-t-on. Mais si on leur demande quelles circonstances. que c'est la production qui ouvre des débouchés aux produits. Ces moyens. si l'on pouvait facilement en trouver le débit. à Gênes. les sciences étaient à Bologne. peu avantageux. l'objet de leurs désirs est une consommation active qui multiplie les ventes et soutienne les prix. de leurs capitaux. en quoi consistent-ils ? En d'autres valeurs. Des débouchés. à certaines époques. quelles causes sont favorables au placement de leurs produits.manufacturiers et d'agriculteurs habiles. d'autres produits. à Venise. tient pour constant ce qui est douteux. d'où vient. A l'époque de la renaissance des lettres en Italie. de leurs terres : d'où il résulte. De la difficulté de vendre : certes une crise peut exister. qu'on produirait toujours assez de marchandises. souhaite ce qui est directement contraire à ses intérêts. sans pouvoir trouver d'acheteurs ? pourquoi ces marchandises ne s'achètent-elles pas les unes les autres ? Je répondrai que des marchandises qui ne se vendent pas. et cherche à obtenir de l'autorité une protection féconde en mauvais résultats. Notons ce passage sur les hommes d’affaires qui comprennent mal l’économie et la remarque sur les conséquences inattendues des politiques économiques. mais de vendre. ou qui se vendent à perte. une lourdeur administrative. excèdent la somme des besoins qu'on a de ces marchandises. une protection accordée par le gouvernement. ils disent que l'argent est rare . les richesses étaient à Florence. Lorsque le placement de leurs produits est lent. pénible. (68) La loi de Say Extrait du Chapitre 15. quoique au premier aperçu cela semble un paradoxe. cette quantité de Marchandises qui. mais elle ne peut être générale et a souvent son explication dans un blocage institutionnel. fruits de leur industrie.

il faut que des causes majeures ou des moyens violents. M. les moyens de production se portent vers les routes où la production est demeurée en arrière . que ses douanes laissassent toute latitude sur le choix des marchandises qu'on juge à propos d'y porter. qui sont fondamentales pour tout Traité ou Mémoire écrit sur des matières commerciales. et celles de notre auteur par Ricardo. Résumons : Pour comprendre la loi de Say il faut comprendre les choses « en dynamique ». dans les années 1811. Le traducteur de cet ouvrage en anglais. a vainement essayé de répondre à Ricardo. qui cause un engorgement de l'autre. et qu'on n'ait pris la bonne route (quand par bonheur on l'a fait) que par un sentiment confus de ce qui convenait. ces produits ne s'y engorgeraient pas. et sans avoir le moyen de convaincre les autres.produit des quantités trop considérables. où l'on a vu marcher de front le prix exorbitant des denrées coloniales. 1812 et 1813. parce qu'ils ont trouvé des difficultés dans l'emploi de leurs moyens de production. Say. en avançant dans ces voies-là. Si les arguments contenus dans ce chapitre avaient besoin de confirmation. M. dans tous les États. beaucoup de gens ont moins acheté. qu'il possédât plus de capitaux. et ils ont moins gagné.-B. a joint à cette note une autre note que voici : « Les vues de Sismondi à cet égard ont été adoptées par Malthus.. et laissassent toute liberté sur le choix des retours. et ses produits seraient rarement avilis. si tous étaient toujours laissés à leur entière liberté 4. Certains produits surabondent. Il semble qu'on n'ait rencontré la vérité que par hasard. du blé. et de plusieurs autres produits. dans les Annales de Législation. parce qu'ils ont moins gagné 2 . Nous en avons eu un exemple bien frappant en France. 3 Il est facile à tout lecteur d'appliquer ces observations générales aux pays et aux époques dont il a connaissance. Prinsep. depuis le plus gros négociant jusqu'au plus simple manœuvre. sans être convaincu. Si le Brésil produisait assez pour acheter les produits anglais qu'on y porte. livre IV. Cette cause de maladie politique vientelle à cesser. de la part qu'on obtient dans les valeurs produites. l'avidité ou l'impéritie (NB : Le terme impéritie désigne l’ignorance de l’art que l’on pratique) des gouvernements. que les douanes anglaises ne fussent plus un obstacle à l'entrée en Angleterre des marchandises du Brésil. 4. cette immense quantité de produits manufacturés dont l'Angleterre surcharge les marchés étrangers. par J. comme une preuve que l'on peut trop produire. cite. Les proportions suivant lesquelles cette distribution se fait forment la matière du second livre de cet ouvrage. et il a passé sous le silence son premier antagoniste. mais seulement que ce qui favorise le débit d'une marchandise. de Sismondi. etc. y sont restées jusqu'à présent presque entièrement étrangères. comme des désastres naturels ou politiques. Aussi l'on peut remarquer que les temps où certaines denrées ne se vendent pas bien sont précisément ceux où d'autres denrées montent à des prix excessifs 3 . Il en est résulté une discussion intéressante entre notre auteur et Malthus. Les individus se spécialisent dans leur production et échange le fruit de leur                                                                                                                 Les gains se composent. et comme ces prix élevés seraient des motifs pour en favoriser la production. C. chap. avec l'avilissement de beaucoup de denrées qui ne trouvaient que des débouchés désavantageux. Sismondi. parce que d'autres sont venus à manquer. maintiennent forcément d'un côté cette pénurie. En termes plus vulgaires.) Cette surabondance ne prouve autre chose que l'insuffisance de la production aux lieux où les marchandises anglaises surabondent. » 2 21 . R. Le sens de ce chapitre-ci n'est pas qu'on ne puisse pas produire d'une certaine marchandise trop en proportion des besoins. elle favorise l'avancement de la production dans toutes les autres. et pour toute opération de l'administration relative aux mêmes objets. ou bien parce que ces moyens leur ont manqué. 4 Ces considérations. Un genre de production devancerait rarement les autres. on la trouverait dans les Lettres adressées à Malthus sur ce sujet et sur quelques autres points de la science. (Nouveaux Principes. soit plutôt parce que d'autres productions ont souffert. qui paraît n'avoir pas bien entendu les principes établis dans ce chapitre et dans les trois premiers chapitres du livre Il de cet ouvrage. Il faudrait pour cela que le Brésil fût plus industrieux. c'est la production d'une autre.

Le pain dans la République Tchèque inondée) • Dans le second cas. Relancer la demande dans le secteur de la voiture n’est pas la solution. plus de vacances.spécialisation avec le fruit de la spécialisation d’autres individus. etc !) • Donc. Il y a une autre source de problèmes possible : la gestion de la monnaie. (Pourquoi les tomates ne se vendent plus de telle sorte que le producteur de tomates ne peut pas acheter de voitures ?) Mais il faudra bien à un moment que la réponse se trouve dans le second cas car sinon il faudrait que les individus ne désirent plus rien (plus de voitures. plus de tomates. Lorsqu’ils ne parviennent pas à écouler leur production cela peut s’expliquer par différents facteurs : • leur production n’est plus désirée par les autres (peut-être un substitut a été trouvé ou quelqu’un produit la même chose moins cher). Il n’y a pas ici crise générale mais juste la dynamique ordinaire des marchés. plus de lait. Say n’en parle guère car il ne conçoit qu’une monnaie bien gérée. Pour lui donc la monnaie n’est qu’un voile. Comme ces clients sont eux-mêmes des producteurs. Prenons le cas des producteurs de voitures. Ce que l’on fait en relaçant la demande est de prélever des ressources qui devraient permettre de sauver « le secteur véritablement responsable du blocage ». La monnaie n’est qu’un voile 22 . il faut libérer le secteur. c’est qu’une anomalie s’est produite dans un secteur d’activité. • leur production est toujours désirée mais les clients potentiels n’ont pas le pouvoir d’achat nécessaire. les voitures se vendront moins bien. en dehors des ajustements traditionnels du marché. et une aide au secteur de la voiture ne sera pas en mesure de résoudre durablement le problème. Si par exemple les consommateurs dépensent une forte somme dans l’énergie. si une production est en panne. • Dans le premier cas. • Cette anomalie peut être de différentes natures : o Il peut s’agir d’intempérie. pour aller vers un secteur dont la seule maladie est d’être au voisinage d’un secteur en panne. les « forces économiques » vont se déplacer vers le secteur où le besoin se fait sentir. Et il faut les laisser se porter vers ces productions (cf. Evidemment il a tord sur ce point. ils peuvent être à court de pouvoir d’achat si : o ils ne parviennent pas eux-mêmes à écouler leur production o ils doivent dépenser les fruits de leurs ventes sur des produits « excessivement » chers ce qui ne leur laisse plus d’argent pour acheter des voitures. on ne fait que repousser le problème vers une autre production. Le problème est avec l’offre d’énergie qui est insuffisante. o Il peut s’agir d’un monopole octroyé par le gouvernement • Dans le premier cas. de crise « importée ».

Tout son usage a été de voiturer chez vous la valeur des produits que l'acheteur avait vendus pour acheter les vôtres . . sans grand succès non plus. Après s’être essayé au métier de négociant (avec son oncle). de gérer une exploitation agricole familiale dans les Landes. il tente. Orphelin à 9ans. mais avec plus d’enthousiasme.. « C'est donc avec la valeur de vos produits. Processus d'équilibrage (et non pas d'équilibre) empêche crise généralisée de surproduction. de même. et qu'on achète ces choses les unes avec les autres. A3. de façon équivalente. Frédéric BASTIAT (1801-1850) . quand elle est bien gérée". Autrement comment ferait-on pour acheter maintenant en France. Il s’intéresse aussi à la politique et ses idées sont déjà clairement ancrées dans la pensée libérale. En 1830. il a dit : "L'argent n'est que la voiture de la valeur des produits" Friedman lui fait écho : "Rien n'est moins important que la monnaie. il transportera. dites-vous que c'est parce que les acquéreurs manquent de voitures pour les emporter ? Eh bien ! l'argent n'est que la voiture de la valeur des produits. la valeur des produits que vous aurez vendus à d'autres. Commentaire : Supply-Sider. d’une expansion exagérée des crédits).Gustave de Molinari a écrit sa nécrologie d’où est tiré ce qui suit (voir aussi le texte de l’économiste Marseillais Rebaud) Il n’a guère fait d’études (a fréquenté le collège de Sorrèze jusqu’à 20 ans). Mais il ignore les complications qui peuvent naître du côté de l’offre de monnaie (ou. que tout le monde achète les choses dont chacun a besoin. chez celui auquel vous ferez un achat. Il partage alors son temps entre la gestion du domaine et les études. transformée momentanément en une somme d'argent.Né à Bayonne. On en revient aux controverses monétaires présentées à la section précédente. Erreur : il oublie les politiques monétaires et le mal investissement qui peut en résulter (Hayek). que vous achetez. pour soutenir la candidature d’un ami il écrit : 23 .Lorsque vous ne vendez pas facilement vos produits. dans une année. six ou huit fois plus de choses qu'on n'en achetait sous le règne misérable de Charles VI ? Il est évident que c'est parce qu'on y produit six ou huit fois plus de choses.. » Ce qu’il dit sur la monnaie n’est pas tout à fait faux.

publiant dans le Journal des Economistes mais aussi dans la revue « Libre-Echange » dont il fût le premier rédacteur. et non-seulement mettre à très-haut prix ses services. Mais en 1831. aux monopoles les plus injustes. Marseille. mais encore à éloigner. toute concurrence qui menacerait de diminuer ses profits ? Sommes-nous libres. il est nommé membre du Conseil Général du département des Landes. forcé de prélever d'énormes tributs. L'ordre et la liberté sont à ce prix. Mais il faut qu'il abandonne à l'activité privée tout ce qui est de son domaine. il écrit et publie dans la foulée le premier volume des Sophismes. aux exactions les plus odieuses . Il décide de se consacrer entièrement à cette cause. empêcher les autres. Dès son retour il soumet un article au Journal des Economistes de Dunoyer et Comte : « De l'influence des tarifs anglais et français sur l'avenir des deux peuples ». courrier. professeur. le gouvernement. il traduit les discours de Cobden et les publie dans un ouvrage qui présente les actions de l’Anti corn law league. en vain. se voit réduit à recourir aux contributions les plus vexatoires. par l'aspect des châtiments destinés au crime. A Paris il fut très actif. Après avoir monter en province (Bordeaux. Il exerce également les fonction de juge de paix à Mugron. s'interpose entre tous les échanges. Il décide de rentrer par l’Angleterre. si le gouvernement épie tous nos mouvements pour les taxer. pour soutenir d'énormes dépenses. car sa mission est de maintenir la paix intérieure et extérieure. soumet toutes nos actions aux recherches des employés. Le Havre) des antennes d’une Association pour le libre échange. de recouvrir des créances de son père. 24 . Là encore. enchaîne toutes les facultés. entrave toutes les entreprises. » Il ne sera pas élu. et les rançonner presque tous ?" Deux ans plus tard il se présente à son tour (je crois aux législatives). à se faire marchand. fabricant. à rétrécir sans cesse le cercle de l'activité individuelle. à envahir le domaine des industries privées. En 1845. son credo est clair : « Il faut que le gouvernement soit fort contre les ennemis du dedans et du dehors. pour gêner les uns. En 1844 il se rend en Espagne pour tenter. Encouragé par Chevalier. il décide de monter à Paris pour y défendre la cause. A partir de cet instant sa vie sera un combat permanent pour ses idées. Il assiste à des réunions de la Ligue (Anti corn law league de Bright et Cobden) et est enthousiasmé."Peut-il exister de la liberté là où.

mais des moyens opposés. il est élu à l’Assemblée Nationale où il sera VicePrésident de la commission des finances. .Pasteur protestant en charge d'une paroisse 25 .. C'est un libéral croyant au sujet duquel on notera.. il débattra avec Proudhon pour récuser sa proposition d’un crédit gratuit. à présent fameux.la primauté du consommateur sur l'Etat et les producteurs "Pétition des marchands de chandelles . il ne l’est pas plus qu’il n’est conservateur. Cette même année.un rejet de l’utilitarisme pour le droit naturel Les mêmes fins que les socialistes de son temps. Il rédigea également le premier volume de ses Harmonies économiques. Il est libéral. et des décisions administrées. Le pasteur Malthus MALTHUS Thomas Robert (1766-1834) L'homme : . Un second ouvrage était sensé décrire les forces qui entravent l’harmonie. Dans cet ouvrage il est fidèle à Smith. B. Il meurt en Italie où ses amis l’avaient envoyé pour essayer de ralentir l’avancée de la maladie (du larynx). au delà d'un optimisme sans faille et d'un libéralisme humanitaire: . Les classiques Anglais B. c’est le socialisme.sans doute un pressentiment du rôle de l'information et des connaissances : "Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas" . Parfois jugé « socialiste » car il se soucie des pauvres.Fils d’un gentilhomme campagnard .Études à Cambridge . au sens dur du terme. Il va alors tourner ses attaques contre un danger qu’il juge plus grand encore que le protectionnisme. Au cours des dernières années de sa vie.En février 48 éclate la Révolution à Paris.une excellente analyse de la vie politique.1. Il écorche un peu Malthus et Ricardo (à tort selon Molinari). contre la concurrence déloyale du Soleil" (mandarines espagnoles) . Il n’est rattaché à aucun parti.

Godwin. Pour Godwin comme pour le père de Malthus. La raison était qu’il fallait appliquer avec rigueur la théorie du produit net et taxer la propriété foncière…. Et son célèbre ouvrage va donc être construit pour « faire peur » aux réformateurs sociaux. Malthus sait ce qu’il cherche à démontrer par                                                                                                                 Il est également intéressant de noter que. C’est ainsi qu’il est plus déductif qu’inductif. considérés sous le rapport de leur application pratique en 1820 et des Définitions en économie politique (1827). En effet. pour Condorcet et Rousseau le mal vient d’une mauvaise organisation de la société. exécuteur testamentaire de Rousseau. Condorcet et autres écrivains publié pour la première fois en 1798 sans nom d’auteur et suivi de 5 nouvelles éditions. Meurt subitement en 1834 Outre l’Essai sur le Principe de Population. 5 26 . 121) Collège fondé par la Compagnie des Indes Orientales. Condorcet poussa à l’établissement des cadastres.. Son père. Il faut donc mettre en oeuvre des réformes sociales. voire désastreuses. Malthus étant pasteur. Marié à 38 ans Élu membre de nombreux clubs d’intellectuels à Londres. Paris et Berlin. contre la propriété pour une hausse de la population (hommes deviendront immortels) Les problèmes des Poor Laws (cf. selon certains. accompagné de remarques sur les idées de M.- - Nommé en 1805 professeur d’histoire moderne et d’économie politique au collège d’Hayleibury près d’Hartford (première chaire d’économie politique créée en Angleterre) (Bourcier de C. en particulier la discussion dans Smith) Réaction de Malthus : alors qu'il avait écrit un premier livre (que son père l’avait dissuadé de publier) The Crisis en faveur des Poor Laws réaffirmées par Pitt Le Jeune (1er ministre de 1783 à 1801 puis 1804-1806) dans lequel il développait essentiellement les idées de son père. Ce qu’il faut c’est un appel à la responsabilité personnelle. Godwin. est « socialiste » (Godwin et Condorcet). 5 Il serait donc plus exact de parler de progressiste plutôt que de socialiste. Signalons toutefois que Condorcet fut membre du gouvernement de Turgot et que nous lui devons une « Vie de Turgot ». dans ses effets sur le bonheur futur de la Société. "Essai sur le principe de la population" (1798) puis 2ème édition en 1803. par son attitude. le pousse à prendre le contre-pied. ami de Hume et de Rousseau. Godwin (anarchiste) : droit à l'assistance. p. Pour lui les réformes sociales proposées seront vaines. il connaît le problème des pauvres. M. il a aussi écrit des Principes d’économie politique.

• Soit parce qu’ils répugnent à confronter leurs théories au feu de la vérité. doublant approximativement tous les vingt-cinq ans. Les deux progressions : « La nature a été avare de place et d’aliments. Mais ces tables ne démontrent rien. Smith..). • soit parce que.. Le principe de population Pour beaucoup Malthus est remarquable par sa méthode qui est nettement plus « scientifique » que celle de ses prédécesseurs. la population croîtra selon une progression géométrique. ne peut faire des progrès toujours croissants .. Ainsi. mais ceux qu’elle fera. Wallace. seront de moins en moins considérables » (Gonnard. » Subsistances : arithmétiques (2-4-6-8. 126 de Bourcier de Carbon) En 1856 la Sacrée Congrégation de l’Index mettait en interdit le Dictionnaire de l’économie politique infesté de malthusianisme.les données. ils recherchent une cause unique là où il peut bien y en avoir plusieurs. L’amélioration des terres « par la nature de toute espèce de sol. tandis que les moyens de subsistance augmentent au mieux selon une progression arithmétique. Cf. « Le malthusianisme » : « Un homme qui naît dans un monde déjà occupé. après Smith qui lui avait écrit sur la richesse des nations… « L’homme le plus funeste de son siècle » écrit Molinari (voir la citation complète page 125.) loi des rendements non proportionnels. au contraire. Les tables (les seules) que l’on trouve dans l’ouvrage. Malthus écrit sur la pauvreté des nations. Si elle ne rencontre pas d’obstacles. D’ailleurs la première édition ne contient que des faits recueillis de façon indirecte dans les travaux de Hume. ou si la société ne peut utiliser son travail. 165) Géométrique (2-4-8-16. Price (il le dit lui-même dans la préface de la seconde édition). si sa famille ne peut le nourrir. il reprochera à Ricardo (Principes publiés en 1817) et à Say de ne pas être assez rigoureux. n’a pas le moindre droit à réclamer une portion 27 . par désir de simplification. On peut se demander toutefois s’il a bien appliqué cette méthode à ses propres travaux. révélée par les faits.

etc.8% 28. inspiré Darwin qui croit à un processus de sélection naturel (les + intelligents trouvent à se nourrir) chose que rejetait Malthus. maladies. Julian Simon.Victime d'une extrapolation (rappel Club de Rome) . (cf. guerres.quelconque de nourriture. 35 ans. Mais Darwin 28 .Thèse des démographes modernes = période de transition de natalité forte vers natalité faible Le facteur que Malthus ne prend pas en compte est le facteur le plus difficile à cerner.2% . Malthus reste un libéral car l'Etat ne peut rien changer par son intervention. 3 enfants 2. The Ultimate Resource) De toute façon. Les conclusions politiques Deux types d’obstacles : 1. Les obstacles préventifs (preventive checks) : contrainte morale (moral restraint) pas de néo-malthusianisme car pasteur. mais aussi le plus puissant moteur de développement : la créativité de l’homme. Explication de son erreur : Chiffres pour l’Angleterre Année 1700 1800 Population (Millions) 5 11 Taux de natalité 31% 37% Taux de mortalité 35. il n’y a point de couvert mis pour lui. Au grand banquet de la nature. et elle ne tarde pas à mettre elle-même cet ordre à exécution » (Gonnard 162) Bourcier de Carbon nous dit qu’il enleva cette phrase des éditions qui suivirent la première édition. idée de régulation automatique Abolition des lois sociales L’héritage légué : .Il a fondé l'économie sur la rareté disent certains . et il est réellement de trop sur la terre. La nature lui commande de s’en aller. marié. Les obstacles destructifs (positive checks) : famines.Père de la démographie moderne disent d’autres ? Père des thèses catastrophistes ? Surtout nous apprenons de son erreur. Il a. de l’avis même de l’intéressé.

Chez Smith. Keynes a contribué à sa réhabilitation. Say. bien entendu. Malthus s’oppose donc à Say. ne contribuera en rien à les faire produire. Malthus voit bien la dynamique de l’économie : la richesse entraîne des dépenses qui entraînent de la production qui est distribuée et génère des dépenses et de la production supplémentaire. éclipsé par l’Essai sur le principe de population. le désir d’investir créera une demande aussi effectivement que le désir de consommer ». des profits et de l’investissement ». le moteur c’est la dépense. Toutes les dépenses sont bonnes à prendre ! D’où aussi son animosité à l’égard de l’épargne : « L’épargne…signifie nonconsommation et non-consommation porte en soi le déclin de la demande effective. C’est une synthèse de ses réflexions. Ainsi est posé le principe de la demande effective. Donc. Sans dépense. S’il n’y a pas un pouvoir d’achat correspondant. Mais cela nous conduit à examiner le second Malthus. la machine peut s’arrêter. que. Et ainsi de suite. C’est pourquoi il n’a rien contre les dépenses « de luxe ». • • 29 . il y avait déjà une approche évolutionniste. les industriels n’investiront pas en l’absence de demande (ce qui revient à dire que tout investissement est induit). Mais. « le désir qu’un individu quelconque peut avoir de posséder les choses nécessaires. La crise est celle que traverse l’Angleterre après les guerres Napoléoniennes (1815) « Je ne puis tomber d’accord avec vous. utiles ou purement agréables. • la demande effective. Car. s’il n’existe par ailleurs une demande correspondante pour quelques-unes des choses que cet individu possède ». et pas seulement de Malthus. quelque fort qu’il soit. et supporte les programmes de travaux publics. que nous étudierons par la suite). celui des politiques économiques. Ricardo. ces produits resteront sans acquéreur. Les Principes d’économie politique (1820) Ouvrage quelque peu oublié. bien entendu. Keynes fervent admirateur de Malthus car il voit le remède du chômage — qui succède à Waterloo (1815) — dans une augmentation de la demande effective. pour lui. écrit-il à Ricardo. et de ses discussions avec ses collègues : James Mill. les produits ne s’échangent pas contre des produits (comme l’a dit Say. Le travail est.s’est nourri de l’économie en général. selon votre observation. l’une de ces choses. C’est un ouvrage écrit en temps de crise (tout comme celui de Keynes).

Principes d’Economie Politique et de Fiscalité (1818) : "Peut-être le livre le plus puissant de toute l'histoire des doctrines économiques" (Villey.très indépendant (il épouse une Quaker et conversion au protestantisme suite à son mariage) .le "théoricien" des classiques .se consacre alors aux "études" (suite à une lecture de Smith) . Les causes indiquées plus haut tendent puissamment à prévenir la permanence d’une disette ou d’un trop plein. et à régler l’offre des marchandises d’une manière qu’elle amène toujours le prix naturel. James Mill. Il pense seulement qu’en ce domaine. Mais cette tendance vers un équilibre parfait ne prouve en aucune façon que la surabondance et la disette des marchandises soient chose inouïe.reprend à Londres le métier de courtier et fait fortune dès 25 ans (il deviendra quarante fois millionnaire) (connaît bien la question bancaire) .1815 : "Essai sur l'influence du bas prix du blé sur les profits" idée : faciliter les importations de grains c'est briser le cercle fatal de la chute des profits car on arrête ainsi la hausse des salaires . Carbon) Quelques développements théoriques de Ricardo A ... il faut trouver le juste milieu...connaît Bentham. Il écrit dans son dernier ouvrage : « Il faut se rappeler que relativement à un encombrement.esprit plutôt déductif . » (142) En dernière analyse.• Il faut cependant noter que Malthus n’est pas obtus au point de ne pas percevoir le rôle de l’épargne. » (148) B. Malthus et Say . courtier et boursier (à l’époque il y avait très peu de société par action—voire pas du tout—et un courtier vendait avant tout des bons du trésor (Rothbard)) . « Je crois qu’il faut admettre comme une vérité que tous les grands résultats en économie politique. la question n’est pas de savoir s’il est temporaire ou permanent.membre du Parlement . c'est l'index !" (cf.champion des industrialistes (à la différence de Smith) . tiennent à des proportions.2. Malthus croît dans les mécanismes d’ajustement du marché. p.Répartition 30 .92) mais d'autres diront "le plus clair dans ce livre . David Ricardo (1772-1823) . relativement à la richesse.très tôt dans les affaires (14 ans) . mais bien s’il est particulier ou général.né de parents juifs hollandais.abstrait diront certains .

les salaires sont tributaires du prix des céréales. Sous-jacent à cet argument il y a une théorie de la valeur et une théorie de la répartition qu’il nous faut tenter de décrypter. 31 . c'est la rémunération du propriétaire foncier. et ces terres sont d'inégales qualités 3. Les dernières terres mises en culture vont réclamer pour la production d'une quantité de blé donnée une plus grande quantité de travail car elles sont moins fertiles que les premières terres exploitées. Dans les deux cas. il faudrait de la même façon taxer le progrès technique. le coût de la main d’ouvre nécessaire pour obtenir une quantité donnée de céréales baisse.6 Les droits de douanes avaient été imposés du temps des guerres napoléoniennes. C’est exactement ce qui se passerait s’il y avait eu accroissement de la productivité. Elle reprend et précise (souvent maladroitement) la théorie de Smith La rente dans la répartition Rente veut dire fermage . de façon ironique en conclut que si l’on taxe les importations.B . Elle s'explique par trois facteurs : 1. Ricardo. C’est donc une démonstration par l’absurde de la nocivité des droits de douane sur les céréales. Les importations font baisser les prix et donc les salaires et donc pour une même dépense en salaire.Commerce international C . la quantité de terres cultivables est limitée 2. la population augmente ce qui nécessite le défrichage et la mise en culture d'un nombre toujours plus grand de terres.La monnaie La théorie de la répartition et la loi des rendements décroissants Cette théorie de la répartition semble dictée par le souci de trouver des arguments contre les droits de douane sur les céréales. En effet. Ses partisans disent que si on retire cette protection cela va se traduire par du chômage dans les campagnes et une grande misère car on achètera des céréales à l’étranger (en Pologne par exemple). Le raisonnement consiste à dire que l’importation de céréale a le même effet sur l’économie du pays qu’un accroissement de la productivité. l’entrepreneur obtient plus de produit.                                                                                                                 6 Une idée longuement développée par Lionel Robbins.

alors que pour les physiocrates la terre est symbole d'abondance. Il découle de ce raisonnement une vision de la rente : .c'est le fruit du monopole de la bonne terre .c'est le fruit d’aucun travail. Notons l’absence du rôle de l’entrepreneur. à ce prix-là.Aujourd'hui encore point de départ de toute théorie du commerce international . Ce faisant les deux prix vont se rapprocher. réalisent une rente. il faut supprimer les droits de douane qui ne profitent qu’aux riches propriétaires fonciers. Ricardo prépare le terrain pour les néoclassiques. Donc il devra être tel que l'exploitation de la terre la moins fertile soit profitable (i. exportant les produits pour lesquels il est comparativement moins désavantagé et important les autres : 32 . Ricardo. Théorie des coûts comparatifs et le libre-échange Villey : Sa théorie de la répartition l'avait rendu pessimiste. On tombe dans le mécanicisme.. une place moins grande (comparée à Say et Smith) pour le problème de la connaissance. à travers cette ressource particulière. il a intérêt à commercer.Une fois encore il construit sur Smith (à quoi bon fabriquer du Bourgogne en Ecosse  avantages absolus) Généralisation : même si un pays est désavantagé pour la production de tous les biens. Il n’est donc pas surprenant que . et de façon générale. aussi profitable que les autres activités envisageables pour le fermier). Dans le court terme. annonce la théorie des rendements décroissants : lorsque l’un des facteurs de production existe en quantité fixe et que l’on augmente les autres facteurs de production.Or le prix du blé est unique ! (Jevons : loi du prix unique : s’il y a deux prix pour le même bien. sa théorie du commerce va le rendre optimiste. C’est un arbitrage).e. pour eux elle est symbole d'avarice. la production augmente moins que proportionnellement (c’est la fameuse courbe en S qui permet de dériver la fonction de coût moyen en U). . des entrepreneurs achèteront le blé à bas prix pour le revendre au prix fort.que. Donc les exploitants des terres les plus fertiles. de rareté.les classiques sont favorables à un impôt sur la rente (comme les physiocrates mais pas pour les mêmes raisons) .

en une heure de temps l’Angleterre produit 2 kilos de laine alors que le Portugal peut en produire 3. ces mêmes produits pourraient être fabriqués à moindre effort au Portugal. je renonce à ½ kilo de laine Le Portugal a donc un avantage comparatif dans la production de vin. Il en est de même pour le vin : alors que l’Angleterre peut produire 2 litre de vin à l’heure.) Coût d'opportunité : Angleterre : 1 litre de vin. Les anglais ont donc un aventage comparatif sur la laine. je renonce à 1 kilo de laine Portugal : 1 litre de vin. le soleil.. Pourtant il n’y a rien de plus faux ! Ainsi que nous allons le voir (et ainsi que Ricardo l’a montré) un pays “technologiquement en retard” a intérêt à commercer avec les pays plus avancés et l’inverse est tout aussi vrai ! Une notion importante : celle de coût d'opportunité. le travail est la seule ressource rare: le travail. Un kilo de laine « coûte » une litre de vin en Angleterre et 2 litres de vin au Portugal. si essentiel à la compréhension des mécanismes marchands.                                                                                                                 Si vous préférez. Production par heure de travail laine En Angleterre Au Portugal 2 kilos 3 kilos Vin 2 litres 6 litres Si le travail est le seul facteur nécessaire à la production de laine et de vin... (choisir c'est renoncer. Angleterre et Portugal. Chaque pays a la possibilité de produire de la laine et du vin.8 Portugal spécialisé en vin et Angleterre en toile. Mais tout coût est un coût d’opportunité ! Coût d'opportunité = la valeur de ce à quoi je renonce. 8 On peut faire le même calcul pour le coût de la laine. Notre intuition nous dit que le Portugal n’a rien à gagner en commerçant avec l’Anglettere. C’est pourquoi je me permettrai de le reprendre avec vous. Si les deux pays possèdent bien les technologies qui leur permettent de produire de la laine et du vin. quels que soient les produits que le Portugal pourrait importer d’Angleterre. Supposons que nous sommes en présence de deux pays. l’herbe et tout ce qui est nécessaire à la production de laine te de vin se trouve en abondance. l’eau.. Comme indiqué dans le tableau ci-dessous. 7 33 . on peut supposer qu’en Angleterre comme au Portugal.7 quel intérêt a le Portugal à commercer avec l’Angleterre ? Après tout. le Portugal peut en produire 3.Il est à noter que ce résultat. 1. est néanmoins contre-intuitif. on suppose que l’Angleterre est moins efficace dans les deux domaines.

il n’y a pas d’échange international: les deux pays vivent en autarcie. l’Angleterre peut produire tous les paniers situés sur la ligne bleue. Supposons de même que le Portugal choisisse de produire 180 litres de vin et 210 kilos de laine.100)   E  (100.100)   600     200   Vin  (litres)   Est-ce que le Portugal va accepter un tel échange? Si le Portugal est rationnel.  250)       200   E’   P(180. bien entendu. SI l’Angleterre se spécialise dans la production de la laine qu’adviendra t-il? L’Angleterre peut produire jusqu’à 200 kilos de laine (le point E’). Sur ce graphe. que les paniers situés en dessous de cette ligne). C’est le point E* qui. ainsi qu’on peut le constater. Le Portugal de son côté peut produire tous les paniers situés sur la ligne rouge (ainsi. Supposons que le Portugal 34 . En d’autres termes. est au-dessus de la frontière de production de l’Angleterre. Ce que chaque pays décide de choisir dépendra de ses besoins (ou préférences).2. il accepte un tel échange si cela lui permet d’être dans une meilleure position qu’avant l’échange. nous traçons les frontières de production pour chaque pays en supposant que chaque pays dispose de 100 heures de travail. Si vous n’êtes pas convaincu nous pouvons recourir à une illustration graphique. disons. alors Angleterre se retrouvera en fin de compte avec 100 kilos de laine et 110 litres de vin. Nous avons fait l’hypothèse que le Portugal avait commencé avec (180 litres et 210 kilos).  210)   P’(300. 110 litres de vin. Laine(kg)   P*(190.  150)   E*(110. Jusque-là. si le Portugal accepte cet échange l’Angleterre atteindra un niveau de bien-être qu’elle ne peut jamais atteindre toute seule. Avec ces 100 heures. Si le Portugal accepte d’échanger 100 kilos de laine contre. le point E en marron sur le graphique. le point P. Supposons que l’Angleterre choisisse de produire 100 litres de vin et 100 kilos de laine.

Portugal finit avec un panier de (190 litres et 250 kilos de laine). Elle peut donc encore produire 150 kilos de laine.désire garder sa consommation de vin (180 litres). Or il n’en est rien. des niveaux de consommations au-dessus de leurs frontières de production respectives. 35 . Les controverses monétaires : Voir la section 1 de ce chapitre. Si elle veut par ailleurs en échanger 110 avec Angleterre il faudra donc produire 290 litres de vin. On comprend l’intérêt de Ricardo : il veut montrer que des lois qui restreignent le commerce--comme les lois sur les grains-sont néfastes. Une fois encore le problème de la connaissance est au mieux au second plan (pour expliquer les différences de productivité). Paolo Conté ou Monica Bellucci). Portugal produit 300 litres de vin et 150 kilos de laine. Les deux partenaires atteignent. Bien mieux qu’avant. 100 kilos): mieux qu’avant. Angleterre finit avec un panier de (110 litres. Et il n’y a rien de fondamentalement différent entre les deux situations (cf. Supposons que Portugal en produise 300 (pour faciliter nos comptes). ce sont des individus. • Elle contribue à faire de l’analyse du commerce international quelque chose de spécifique. L’échange crée de la valeur! L’échange est un moyen extrêmement puissant de lutte contre la rareté. Elle en échange ensuite 100 avec Portugal contre 110 litres de vin. Mais avait-on besoin de développer une théorie du commerce international à cet effet? Conséquences politiques de ces développements théoriques : 1828 : Anti-Corn Law League de Richard Cobden et John Bright  victoire en 1846 : Robert Peel supprime les droits de douane sur le blé. Ce ne sont pas des pays qui échangent. grâce à l’échange. Puis elle échange 110 litres de sa production de vin contre 100 kilos de laine. Résumons nous: Angleterre se spécialise dans la laine et produit 200 kilos. cela lui prend 50 heures de travail. Problèmes plus généraux avec cette théorie : • Elle insiste sur l’aspect technologique.

ou.) Il n’est donc pas inutile de passer quelques minutes à discuter des racines du socialisme. Les racines de la pensée socialiste Si ce chapitre ne porte pas que sur les réactions socialistes. vaine pâture et communaux). Sparte… Thomas More (1478-1535) Némo. Passe une bonne partie de sa vie en prison… Provoque une insurrection contre les Espagnols avec l’aide des turcs. Mais les paysans perdent leur accès à des terres qui les nourrissaient. S’en suit une réelle misère chez cette classe d’individus. des penseurs qui ont inspiré le socialisme du 19ème ou qui l’ont précédé. un mouvement s’amplifie au XVI qui consiste à entourer ses terrains de barrières (ou de haies). il n’y aura donc pas de propriété. Ils puisent bien entendu chez les Anciens : Platon. Le but est de développer l’élevage de mouton et de produire de la laine alors fort recherchée. conseiller privé de Henri VIII. En utopie. Thomas Campanella La cité du Soleil (1602) Moine dominicain né à Calabre en 1568.. 36 . vol. tout du moins. Canonisé par l’Eglise catholique. page 785. Alors que les terrains étaient souvent gérés en commun (droits d’usage. Souci expansionniste. 2 Humaniste. Journée de travail de 6 heures. Suppression du luxe. Condamné à mort et exécuté en 1535. Ami d’Erasme.C. Utopie = ou topos (non-lieu) Ouvrage de 1516 Critique de l’Angleterre ? Ironie ou réelle aspiration ? Très probablement il dénonce la mise en place du système des enclosures. ces réactions reprennent souvent au moins certaines des dimensions du socialisme (ne serait-ce que l’opposition aux politiques libérales.. pas d’argent. Avait pris position contre son divorce en 1527 et refusé de se rétracter.

il suffira de travailler quatre heures par jour… Le mythe du bon sauvage C’est une façon de réfléchir sur la société moderne que d’imaginer le regard d’une personne venue d’une autre société qui jugerait la nôtre. entre 1583 et 1768 l’expérience menée par des jésuites qui créent la République de Guaranis. il devient célèbre après avoir remporté un concours organisé par l’Académie de Dijon et pour lequel il avait écrit un Discours sur les sciences et les Arts. Peu de temps après (1755) il écrit son Discours sur les origines et les fondements de l’inégalité parmi les hommes. La liberté en est presque totalement absente. Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes 37 . Les familles sont dissoutes. Revenons sur ces deux travaux. Elle est plus centralisée encore que celle de More. La propriété est collective. » Némo (801) Mais il n’est pas en faveur du pluralisme démocratique. Pour certains. c’est-à-dire en phalanstères.Sa cité est théocratique. On retrouve l’idée tant chez Montaigne (Essais) que chez Montesquieu (Lettres persanes) ou encore Diderot (Supplément au voyage de Bougainville). et les rapports sexuels sont gérés par les magistrats. Notez au Paraguay. Jean-Jacques ROUSSEAU ou l’anti économique ou anti humaniste « Par sa protestation contre l’absolutisme royal. Rousseau partage certaines des conception de la tradition démocratique libérale. et surtout il est contre les droits individuels à commencer par la propriété privée. Comme d’habitude. Rappelons cependant qu’en 1750. par sa théorie de l’Etat républicain. comptant jusqu’à 130 000 personnes organisées en « réductions ». c’est aussi une façon de montrer ce qu’ils perçoivent comme une perversion dans nos sociétés modernes.

Voici le fameux passage auquel Say répondra quelques décennies plus tard : « Le premier qui. En cela Rousseau rejoints Hobbes et Machiavel. « Ses désirs ne dépassent pas ses besoins physiques . vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous. s’avisa de dire : Ceci est à moi. » Les choses vont ensuite s’aggraver avec la division du travail !! « Dès qu’un homme eut besoin du secours des autres . dès qu’on s’aperçut qu’il était utile à un seul d’avoir des provisions pour deux. et trouva des gens assez simples pour le croire. Cet homme naturel (le bon sauvage) n’est pas soumis aux passions. » Mais d’où vient justement l’inégalité ? Comment les choses se sont-elles gâtées ? « Il me reste à considérer et à rapprocher les différents hasards qui ont pu perfectionner la raison humaine. le travail devint nécessaire et les vastes forêts se changèrent en des campagnes riantes qu’il fallut arroser de la sueur des hommes. Mais cette pitié n’est pas à confondre avec une quelconque sociabilité. que l’inégalité est contraire à la loi naturelle. ayant enclos un terrain. » 38 . rendre un être méchant en le rendant sociable. les seuls biens qu’il connaisse dans l’univers sont la nourriture. de meurtres. arrachant les pieux ou comblant le fossé eût crié à ses semblables : gardez-vous d’écouter cet imposteur . en détériorant l’espèce. l’égalité disparut. et dans lesquelles ont vit bientôt l’esclavage et la misère germer et croître avec les moissons.La réponse de Rousseau est que les hommes naissent égaux. et que cette inégalité est un produit malheureux du développement des sociétés modernes. et que la terre n’est à personne. que de misères et d’horreurs n’eût point épargnés au genre humain celui qui. Il ne songe pas non plus à se perfectionner. la propriété s’introduit. Il songeait à se préserver lui-même (amour de soi) et montrait une certaine pitié pour les autres. fut le vrai fondateur de la société civile. Pourtant. de guerres. personne ne l’a rencontré. il pense pouvoir discerner que cet homme était bon. ainsi que l’admet Rousseau. Que de crimes. » Et le premier des hasards fut l’invention funeste de la propriété. une femelle et le repos. L’homme originaire.

Les socialistes français Si les auteurs présentés dans le premier chapitre adhéraient à certaines analyses et principes communs—et reconnaissaient en Adam Smith un éclaireur de géni—les auteurs que nous nous apprêtons à introduire forment un groupe extrêmement diversifié. Pour les socialistes. Peut-être n’est-ce pas ici le cas : l’idée principale de cet écrit. la subordination de l’individu à la société » (Gonnard) Pourtant. Et cette difficulté peut-être entretenue. Mais sur chacun de ces thèmes. on peut refaire un livre. La propriété. l’harmonie des intérêts n’est pas naturelle. les inégalités. Par quoi la remplacer ? 2. l’objectif ultime de ces socialistes est bien le bonheur des individus. Ne partagent-ils pas des positions clés ? Quelques thèmes viennent à l’esprit: la propriété. L’organisation : pas de main invisible. Saint-Simon n’est pas favorable à l’égalité des conditions. permettraient d’atteindre ce but. le moyen est une forme de soumission de l’individu à la « société ».bnf. a été peu contredite. surtout lorsqu’il faut rassembler contre quelque chose ou quelqu’un. comme le fait remarquer Gonnard. pour les autres il s’agit de privilégier les initiatives privées dans un univers dont les limites seraient données par les droits de propriété. l’anticléricalisme. Mais ces auteurs sont-ils tous socialistes ? Tout dépend de la définition que l’on donne du socialisme.2. l’organisation. 1. Les plus Individualistes se sont rendus à ce                                                                                                                 9  http://gallica. Dupont White (1807-1878) écrit : Sous prétexte de seconde édition.2.fr/ark:/12148/bpt6k23534s   39 . L’ambiguïté peut parfois faire la force. L’Etat est une nécessité croissante au fur et à mesure que la société se développe. une fois encore. Le socialisme est peut-être en effet plus difficile à définir que le capitalisme. On peut aussi tenter de justifier le regroupement de certains auteurs dans ce chapitre sur la base d’une approche thématique. selon chacun. Proudhon a horreur de l’Etat. les positions divergent. qui est que l’Etat se développe dans une société progressive. Dans « L’individu et l’Etat »9. Il est tentant de sous-titrer ce chapitre : « la pensée socialiste ». « Doctrine qui affirme la primauté du social sur l’individuel. Ce qui différencie les deux courants c’est donc plutôt les moyens qui.

Je ne sache pas qu’il se soit élevé grande objection à cet égard. Mais les politiques conduites à l’époque sont loin d’être entièrement libérales. 4. Il admire « l’Amérique libre ». pourquoi ce besoin d’autorité. La quasi totalité des auteurs que nous allons présenter ici sont en effet révoltés contre les conditions qu’ils observent—une forme de bouleversement souvent miséreux des sociétés. et économiste de façon épisodique. avons-nous dit. Mais l’égalité n’est pas spontanée. l’urbanisation. la règle et l’organe d’une société c’est l’Etat. A. Problème de fond : si l’homme est profondément bon et si l’égalité est profondément souhaitable. Nouveaux temps. Parfois aussi le rejet de la pensée classique est mal fondé. et que cet accroissement de vie emporte un accroissement de puissance publique. 3. De fait. Il est avant tout historien. nouvelle religion ! Mais il y a aussi des catholiques socialistes au 19eme et des libéraux athées. économiques. Or. Les inégalités. à plus de vie il faut plus d’organes. l’éclatement de certains tissus sociaux (comme les corporations). ce qui les rassemble c’est une opposition à la pensée classique. que le Progrès crée parmi les hommes des nouveautés morales. D’où autorité. Sismonde de Sismondi (1773-1842) Si l’on prend pour référent la propriété. Sont-ils anti-cléricaux ? Oui bien souvent ils recherchent une « nouvelle religion ». de Sisimondi n’est pas un socialiste car il aime la liberté que procure la propriété. il faut plus de règle . Biographie Né à Genève (ce n’est donc pas non plus un français !) Apprend la Banque à Lyon Nostalgie de la Toscane Principal ouvrage : « Nouveaux principes d’Economie Politique (1819) 40 .sentiment. les nouvelles formes de travail. Mais cette opposition va de la critique appelant des modifications aux principes libéraux jusqu’à un rejet complet. C’est par contre le père du garantisme. A plus de force. mais sa pensée à une influence sur les économistes. politiques.

C’est pourquoi il redoute l’autorité. Introduction des « nouveaux principes » : La science du gouvernement se propose. Il ne faut pas rejeter toutes les idées libérales pour autant. 2. Désaccord avec Say. le chômage iv. il les juge en tous cas trop lents. la centralisation. Théorie de la paupérisation et de la concentration croissante (reprises par Marx) 4. L’un des précurseurs des législations sociales. Offrir des garanties (ancêtres des lois sociales) i. Dénonce le machinisme. la division du travail en diminue la valeur humaine. Il faut cependant rejeter les approches simplistes à la Ricardo (Smith est plus humain à ses yeux). Elle cherche les moyens de leur assurer la plus haute félicité qui soit compatible avec leur nature .Les idées de Sismondi Analyse économique: on retrouve un grand nombre de thèmes très discutés à l’époque. Réaction humaniste : le « garantisme ». droit de coalition ii. La concurrence est auto-destructrice Solution 1. Il se vente d’avoir prévu la crise de 1825. La recherche du profit appauvrit la société (ici on voit bien que Sismondi est piètre économiste). Arrêter l’industrialisation à outrance. 2. 1. Il influencera de nombreux penseurs .. La solution : a. La valeur d’échange prime sur la valeur d’usage.. chassé de France (Huguenots). y compris John Stuart Mill. La production est faite pour l’homme et non l’homme pour la production. Il ne croit pas dans les mécanismes régulateurs. Les Suisses n’aiment pas l’idée d’un Etat fort… L’homme : d’origine italienne (Florence). La machine prend du travail aux hommes. Redoute une crise de sous-consommation : ceux qui ont des besoins n’ont pas d’argent. Richesse et bonheur sont deux choses différentes. y compris dans les périodes de crise. elle cherche en même temps ceux de faire participer le plus grand nombre possible d’individus à cette félicité. Tiraillé entre non-refus du progrès et condamnation de la perte du niveau de vie (les charmes du pré-capitalisme agricole toscan). limitation temps de travail iii. 5. les patrons paient les ouvriers pendant la maladie. 3. 3. b. le salarié rattaché durablement à son entreprise. la vieillesse. ou doit se proposer pour but le bonheur des hommes réunis en société. Dans aucune des sciences politiques on ne doit perdre de vue ce double but des efforts 41 .

pour assurer des jouissances égales à tous. (Il a déjà un projet pour un canal interocéanique : le canal de Panama…) Il devient amoureux de la liberté et de l’industrie. La nation où personne ne souffre. et comme guide dans les découvertes qui tourneront à l’avantage de tous. Comte de Saint-Simon (1760-1825) Descendant de Charlemagne (lui apparaît à Sainte Pélagie) D’Alembert est son tuteur. et flétrir son caractère. B. à des inquiétudes cruelles sur son existence. à tout ce qui peut courber sa volonté.du législateur : il doit soigner tout ensemble le degré de bonheur que l’homme peut atteindre par l’organisation sociale et la participation équitable de tous à ce bonheur. dépraver sa morale. s’il ne permet à aucun de s’élever au. dont toutes les jouissances soient assurées. Durant la révolution il s’enrichit en spéculant sur les biens nationaux (Gonnard). s’il n’en présente aucun comme modèle à l’espèce humaine. n’est qu’à demi civilisée . La nation où la grande masse de la population est exposée à de constantes privations. Elu à la Révolution. il rend impossible le développement complet de quelques individus distingués. mais où personne ne jouit d’assez de loisir ou d’assez d’aisance pour sentir vivement et pour penser profondément. il en élève un petit nombre au-dessus de leurs concitoyens. se lance dans l’industrie. S’engage à 16 ans dans l’armée pour l’Amérique. dont tous les droits soient garantis. lors même qu’elle présenterait à ses classes inférieures une assez grande chance de bonheur. » Une quête d’un équilibre que l’on trouvera chez Proudhon également. Il n' a point accompli sa tâche si. des hommes dont toutes les facultés soient développées.dessus de ses semblables. Il ne l’a pas accomplie davantage si. Emprisonné à Sainte Pélagie pendant la Terreur. Le Saint-Simonisme Biographie et Œuvre Claude Henry de Rouvroy. Après. au prix des souffrances et de la dégradation de tous les autres. Il finira d’ailleurs très vite ruiné et quémandant la gentillesse de ses proches. renonce à son titre. n’ayant pour but que la formation de ces êtres privilégiés. est asservie. Cette « mégalomanie » se retrouve à travers les titres de ses ouvrages : • Lettres d’un habitant de Genève (1802) • Esquisse d’une nouvelle Encyclopédie (1803) 42 . sa vie sera une succession de grands projets qu’il échafaudera sans jamais les mettre en œuvre. dût-elle compter dans ses hautes classes des hommes parvenus au plus haut degré de félicité humaine.

Egalité au point de départ mais pas nécessairement à l’arrivée. princes. mathématicien. Ainsi donc son enthousiasme le conduira à faire de l’industrialisme une religion. Il faut unifier les sciences (mémoires sur les sciences de l’homme). 2. de l’organisation dans les sciences. Il affirme : « On administrera les choses au lieu de gouverner les hommes » (cité par Gonnard). Il faut organiser les Sciences avec une hiérarchie : les conseils de Newton. Il n’est pas libéral. Reconnaissance du mérite. quoi qu’il en soit. Il condamne l’hérédité des titres et des fonctions mais du patrimoine. Il résulte de ces deux différences fondamentales que nous sommes et que nous devons être vos subordonnés ». en particulier de Marx. Il faut de la rationalité. Voici le langage à tenir à votre patron : « Vous êtes riches et nous sommes pauvres : vous travaillez de la tête et nous des bras. Saint-Simon n’est pas un libéral cohérent. « L’économie Politique c’est la science de la liberté » écrit-il. Et Temple de Newton.• • • • • • • • Introduction aux travaux scientifiques du XIXe siècle (1803) Mémoire sur la science de l’homme (1813) Vues sur la propriété et la législation (1814) Réorganisation de la société européenne (1814) De l’Industrie (1817-1818) Politique (1819) Catéchisme des industriels (1823-24) Nouveau Christianisme (1825) Etudie à Polytechnique (ami de Gaspard Monge. Say) il tire la foi dans le progrès. 43 . La parabole (1819) : si les 3000 plus grands savants et artistes venaient ) disparaître ce serait bien plus grave que si l’on oerdait les 30 000 plus grands notables (cardinaux. « A chacun selon sa capacité ». C’est ainsi qu’il participe au Censeur. grâce à l’industrie. Cet enthousiasme le démarque totalement des futurs collectivistes. 6. Les sciences humaines doivent être construites sur les mêmes principes que les sciences dures. je suis l’homme le plus extraordinaire. 4. Il va aussi abandonner l’idée d’ordre spontané pour basculer dans le constructivisme. préfets. « A chacun selon ses oeuvres ». Mais. 7. 1803 : Lettre d’un habitant de Genève. 1794) Tente de se marier à Madame de Staël en 1802 (après qu’elle ait divorcé et qu’il soit veuf : « Vous êtes la femme la plus intelligente. propriétaires) : la technocratie. faisons un enfant ! ») Analyse 1. 3. 5. un des fondateurs de polytechnique. Sur la propriété : elle doit être au service du progrès. Des classiques (Smith. Le pouvoir ne doit pas appartenir aux ouvriers : Lettre à Messieurs les ouvriers (1821).

Enfantin s’en prendra de plus en plus aux deux « erreurs » que sont selon lui l’égalité et la liberté. Sa pensée a évolué. dit Villey. Il verrait bien les grands industriels dans l’antichambre du pouvoir.) Le monastère et l’armée sont les organisations rêvées de nos saint-simoniens. du libéralisme à l’industrialisme. Saint-Simon aime le milieu des affaires. L’Organisateur. une approche à la fois linéaire et circulaire. Le Globe. Les disciples Facteurs de son succès Polytechnique (cf. Saint-Simon voulait « organiser » la propriété. Concurrence= gaspillage. Comprendre : dans une époque organique comme celle qu’ils connaissent et introduisent. de la société fondée sur le droit et enfin la société industrielle fondée sur la science et la production. nul n’est besoin de liberté. Leurs attaques se font particulièrement virulentes contre l’héritage : comment peut-on tolérer que soit laissé au hasard de la succession l’outil de production ? Le crédit doit remplacer la monnaie qui avait elle-même remplacé le troc. Le linéaire distingue la société féodale (construite sur la force). 9. de chasteté.B : Ils vont même fonder un monastère : le « couvent » de Menilmontant –vœux d’obéissance à Enfantin. Le circulaire vient de l’alternance de phases critiques et organiques. Bazard est l’auteur de Doctrine de Saint-Simon Ce sont eux qui vont donner une connotation plus socialiste à l’école. Hayek) : Rodriguez. de pauvreté. Gonnard parle de « plutocratie ». Les véhicules : Le Producteur. La liberté n’est bonne que pour la période critique. … On chante les hymnes composés par l’un d’entres eux… (Procès et fermeture de la maison en 1832. Bazard (Saint-Amand Bazard) et Prosper Enfantin. Enfantin est présenté comme un charlatan. C’est le type de société dont il rêve.8. Pour reprende Villey. A noter aussi que ces saint-simoniens sont contre les élections : quel gâchis que de laisser des ignorants choisir les chefs ! C’est ainsi que Enfantin se rapprochera sans vergogne de Napoléon III quand il verra en lui un bon chef ! N. rôle de la formation technique. La concurrence c’est l’anarchie. Le recrutement : Polytechnique La propriété privée des capitaux est alors considérée comme le dernier vestige de la féodalité. de l’indistrialisme à l’exaltation des sciences et de là à une nouvelle religion. 44 . Un dirigeant du parti communiste discutant avec un business man au long cigare. c’est quelque chose que Saint-Simon aime. Il faut organiser tout cela : rôle des banquiers. Sur la philosophie des Sciences : Il a. eux veulent la supprimer. Auguste Comte écrira : « Il n’y a pas de liberté de conscience en astronomie ».

pour se garer de ces feux follets de l’ombre. Le crédit doit être nationalisé aussi. Paris : Haussman. Secrétaire de Saint-Simon (il succède à l’historien libéral. Montpelliérain. Les chemins de fer : Enfantin favorise la fusion permettant la ligne PLM. dès qu’ils portent leur pensée vers les grands problèmes métaphysiques. les projets des saint-simoniens commencent. unité de l’Orient et de l’Occident. Il écrit (273) : « Les hommes dont la formation intellectuelle a été principalement technique ou scientifique. Polytechnicien. Qu’il met douze ans à rédiger (1830-1842) 45 . Gonnard remarque que cette pensée est bien celle d’hommes qui ont négligé les humanités. Peugeot) les innovations financières : Credit Mobilier de Pereire. Ferdinand de Lesseps (qui n’est pas de leur bord) reprendra le projet. sauf les protestants (Schneider. » A partir des années 46-47. enfin. préfet de Police de Napoleon III) l’industrie. en faveur des nationalisations. développement du monde nouveau industriel. Augustin Thierry). Cela ne marche pas.Ils se séparent entre autres sur la question des femmes. versent aisément dans les pires divagations : ils n’ont pas. à prendre tournure. • effet sur l’enseignement et au delà sur l’éducation : A ce propos. rédige par la suite un Cours de philosophie positive. Les réalisations : Canal de Suez : tout un symbole. Quelques mots sur Comte Auguste Comte (1798-1857). interné en 1820. Les tribus travailleuses et militaires. De façon générale. Crédit Lyonnais de Germain l’emprunte technocratique. le clair flambeau des humanités. Jacob-Emile Péreire fonde le Crédit mobilier en 1852. La colonie d’Algérie : Enfantin est membre de la « Commission scientifique de l’Algérie » et se voit bien faire de l’Algérie un terrain d’expérimentation. Prolongement en Angleterre avec la Fabian Society Enfantin meurt en 1864.

positif (loi = constatation. pauvre. Il annonce en cela la critique de l’école historique allemande. pas de famille. pôles se réchauffent. union libre. célibataire… maniaque caractère néfaste des intermédiaires (3 pommes) critique de la concurrence associationisme : socialisme volontaire. la Vie). anti requin . ils ont isolé artificiellement un domaine de connaissance. l’histoire de l’humanité sera révolue. Concilier socialisme et liberté. choix du travail libre (jamais plus de 2 heures) 3. L’approche des classiques correspond à la période « métaphisique » ? C’est pourquoi ils prétendent avoir trouver. physique. pas de monnaie. Lorsque la dernière en sera à son stade positif. environ 1600 hommes et femmes. durée de vie moyenne = 144 ans. C’est là que se situe sa critique des économistes classiques. biologie. autodidacte. la cité modèle : Harmonie du phalanstère : de la contraction du mot « phalange » (regroupement) et du mot « stère » (solide). du capital et du talent 4. 1. Saint-Simon distinguera quant à lui les périodes organiques (du Moyen Age à SaintSimon. astronomie.…) et les périodes critiques (le 19ème). doit prendre en compte les pulsions (ou passions humaines) pour obtenir à la fois l’harmonie des intérêts et des passions 2. physique sociale (ou sociologie). 2. La réalité sociale est bien trop complexe pour que l’on puisse trouver de telles lois. Elle est politique. C. pas d’autorité. dans une démarche déductive.Distingue trois âges : théologique (Dieu est la source). Précurseur de Jules Verne… • 46 . des lois universelles. métaphysique (la Nature. L’utopisme de Charles Fourier • • petit employé de commerce de province. L’économie seule n’est pas autonome. elle ne peut faire l’impasse sur les considérations morales. Ces derniers ont commis deux erreurs (nous suivons ici la présentation qu’en fait Villey) : 1. chimie. pas de principe absolu) De même il distingue six sciences par ordre de généralité décroissante et de croissante complexité: mathématiques. Répartition des richesses en fonction du travail.

Voir aussi une expérience semblable avec Robert Owen en Angleterre D. expérience en France et au Texas. Ecrits principaux: 1840 : Mémoire sur la propriété 1846 : Contradictions économiques ou La philosophie de la misère(Dieu c’est le Mal) 1865 Théorie de la propriété. Sur ces deux vices repose la société qu’on nomme civilisation qui loin d’être la destinée du genre humain est au contraire la plus vile des sociétés industrielles qu’il peut former car c’est la plus perfide à tel point qu’elle excite le mépris des barbares mêmes. Le dilemme de Proudhon Pierre Joseph Proudhon (1809-1865) : le dilemme égalité-liberté Différence avec Fourrier : la raison l’emporte sur les passions. Né en 1809 à Besançon Famille modeste 18 ans : ouvrier typographe puis comptable Autodidacte Un tournant : 1839 bourse de l’Académie de Besançon. (page 10) Adeptes : Victor Considérant (polytechnicien !). Les économistes ont donc sanctionné comme nécessaires les deux vices radicaux qu’ils ont trouvés établis : le morcellement de l’agriculture et la fausseté du commerce livré à la concurrence individuelle qui est toute mensongère et complicative élevant le nombre des agents au vingtuple de ce qu’emploierait le régime véridique. Platon : la petite société = refus de la Grande Société. œuvre posthume Analyse 47 . Extrait de « Le Nouveau monde industriel et sociétaire ou Les Séries Passionnées ».Les modernes qui n’étaient plus gênés par la coutume de l’esclavage auraient pu spéculer sur l’association agricole et domestique mais leurs économistes ont été arrêtés par un préjugé qui persuade que le morcellement ou culture subdivisée par familles est nature de l homme destinée immuable Toutes leurs théories reposent sur cette erreur primordiale fortement étayée par la morale qui ne voit la sagesse que dans les relations de famille dans la multiplication des chaumières. Commentaire : cf.

Cette approche le conduit parfois aux portes de l’anarcho-capitalisme. Y compris égalité économique. communistes. 48 . propriétaire. plus grave encore. L’anarchiste ? Mais Proudhon n’a guère de respect pour l’Etat qu’il trouve amorale. Il faut se débarrasser de l’intermédiaire monétaire et revenir au troc…. C’est pourquoi il rendra dans un premier temps la possession héréditaire. On n’aurait alors plus besoin de l’Etat. retire-toi ! Rejeter la propriété est une chose. Violente hostilité à l’intérêt : l’argent ne fait pas de petits. Il soumet son projet à différents gouvernements sans succès. Mais que mettre à la place. Ces organisations pourraient pat la suite se fédérer. c’est-à-dire entre l’économie libérale et le socialisme d’association. Cette approche reflète bien l’un des aspects de la sensibilité française : à la fois égalitaire et individualiste (et attachée à la propriété). Proudhon pense que ce peut être l’Etat. très moraliste et traditionnel et défenseur de la famille. contrairement à Fourrier. On y dépose des marchandises et on peut aussi bien y emprunter des marchandises.« Entre la propriété et la communauté. Il est en effet. je construirai un monde » Justice = égalité. L’argent et l’intérêt L’intérêt et la rente sont des droits d’aubaine. La propriété La propriété perpétue les inégalités. le rôle des prix. (cf. Son idéal est une forme d’anarcho-syndicalisme. Les ouvriers se regrouperaient volontairement pour gérer la production. Owen) Ne voit pas le rôle de la monnaie et. La propriété c’est le vol ! Qui a fait la terre ? Dieu ! En ce cas. son ouvrage posthume). après le coup d’Etat de Napoléon III qui incarne pour Proudhon l’autorité arbitraire. Et puis. L’usus et le fructus mais pas l’abusus. Qui sera le propriétaire en dernier ressort ? Dans un premier temps (année 1840). il fait volte-face et redevient un apologiste de la propriété (cf. Mais le vol ne nécessite-t-il pas une définition de la propriété ? Proudhon n’apprécie pas les communistes : « Loin de moi. D’où l’idée de possession. vous m’êtes une puanteur et votre vue me dégoûte !». Met au point un système de banque sans intérêt et sans monnaie.

Autres socialistes Nous avons brièvement mentionné Dupont White (l’Etat) Notons encore Blanqui (à ne pas confondre avec le libéral du même nom) et Cabet (auteur d’une utopie : Voyage en Icarie). 49 . Ces deux derniers prônent une société ouvertement communiste.

Il œuvre pour le Zollverein (artisan de l’unité allemande). Suicide en 1846. 1841 : Le Système National d’Economie Politique (publié en France où il séjourne) : rencontre un grand succès. page 18. A. « Les historiens voient Hamilton comme le Père Fondateur qui défendit le plus efficacement le principe d'un gouvernement fort. Beaucoup d’allemands ont émigré vers la France et l’Angleterre. et une interprétation élastique de la constitution. Son Rapport sur les Manufactures imaginait une nation industrielle dans ce qui était alors un pays rural. Fondée en 1834. Influencé par Alexander Hamilton Hamilton. » Revient comme conseil des Etats-Unis à Hambourg.3. Il soutenait les aides aux industries naissantes mais ce programme ne passa pas. et un système bancaire fort. Les socialistes allemands10 Une autre patrie du (des) socialismes.2. Il est un écrivain journaliste agitateur. centralisé et fédéral. il doit immigrer. 2. Une de ses grandes batailles sera les chemins de fer. Trop contestataire. prison 1816 : fonctionnaire de rang moyen 1817 : professeur d’administration publique à Tubingen. Lire extrait de la préface d’Emmanuel Todd du Système National d’économie politique . industriel). Friedrich List Situation : Avance de l’Angleterre dans le développement économique (et particulièrement.                                                                                                                 10 50 . Il soutint l'idée d'une défense nationale forte. Biographie : Né en 1789 (Würtemberg) Vie agitée : exil.3. il s’agit d’une union douanière constituée autour de la Prusse (mais n’incluant pas l’Autriche). élu à la Diette. des finances nationales solides basées sur une dette nationale liant le gouvernement national aux hommes riches du pays. 1825-1832 : aux USA.

(Robbins. Une idée encore très présente aujourd’hui.S. Parallèle entre l’enfant et la Nation. Les Anglais se seraient développés grâce au protectionnisme (Commonwealth. Mettre l’intérêt « du monde » avant celui de la Nation 2. mieux vaut aider l’industrie par des subventions que par des tarifs douaniers. une patrie. L’homo oeconomicus fait partie. Trois reproches sont adressés à Smith : 1. de son point de vue. Le libre échange est souhaitable seulement une fois un certain stade de développement atteint! Protectionnisme de sécurité nationale : protéger l’industrie naissante. 240) J.Théorie Libéral. Encore un problème d’interprétation de l’histoire des faits…. Il faut noter que l’argument est toujours d’actualité… même dans des pays fortement avancés ! 51 . est porté par un groupe. « List a exercé sur les politiques économiques des nations un influence qui ne fut surpassée que par celle d’Adam Smith en son temps et par celle de Marx auourd’hui ». Cromwell et l’acte de navigation). 3. Une dimension sociale doit être ajoutée. Protectionnisme éducateur. Il donne plus d’importance aux besoins des consommateurs qu’à la croissance économique de la Nation. comme il aime à dire. l’histoire passe avant la théorie. Dans son livre. doit être adaptée. Mill a accepté une partie de l’argument sur l’industrie naissante en faisant remarquer que. A la production matérielle il faut rajouter des choses telles que l’éducation. mais la « théorie de l’Ecole ».

reposant solidement sur une dialectique hégélienne. la fille du baron Ludwig von Westphalen. mais importante sur les écrits de Marx. avocat. Friedrich List à qui on avait proposé également la direction de la revue). Marx n'apporta pas grand-chose à l'économie. Il faut rappeler que la Rhénanie avait été annexée à la Prusse à la chute de Napoléon. est d'une rare force. C'est ce dernier qui exerça une influence indirecte.L'homme : Né à Trèves (Rhénanie) en 1818 dans une famille juive récemment convertie au luthéranisme. Karl MARX et le socialisme doctrinaire Avec Karl Marx nous sommes toujours bien en Allemagne. Fait des études de Droit. avait la charge de huit enfants. En 1843 il se marie avec Jenny. dont il sera rédacteur en chef avant que celui-ci soit interdit pour les thèses trop libérales qu'il défendait et qui n'étaient guère du goût des gouverneurs prussiens (cf. à Bonn puis Berlin.au sens de Villey . Tout ces termes méritent quelques explications. Par contre sa pensée. Il est profondément touché par la misère des ouvriers. en particulier la pauvreté urbaine. Engels dirige la branche Manchestérienne des affaires familiales. si ce n'est des erreurs et des extrapolations pour le moins douteuses. qu’elles soient économiques. Le père d'Engels est un industriel dirigeant des manufactures en Prusse et à Manchester.que propose Marx. Son père. B. Et il semble que ce soit cet aspect de la doctrine de Marx qui en ait fait le charme : toutes les considérations de Marx. où la philosophie est en pleine effervescence : il suffit de citer les noms de Kant (1724-1804) qui reprochait à la science économique d'être immorale . et le collaborateur : Friedrich Engels (1820-1895). a . C'est en effet une véritable doctrine économique . mais voyons d'abord brièvement quelle fut la vie de cet homme. C'est d'ailleurs pourquoi j'ai choisi comme sous-titre de cette partie le socialisme doctrinaire. En fait. Nous expliciterons ensuite ses vues philosophiques et enfin ses contributions plus spécifiquement économiques. Il se rend alors à Paris où il rencontre en 1844 celui qui allait être jusqu'à la fin de ses jours à la fois l'ami. le protecteur. Ce n'est pas seulement une ou des théories économiques. sociologiques. Bien que lui-même soit un théoricien (dès 1844 il avait rédigé une "Ebauche d'une critique du nationalisme 52 . De 1840 à 1843 il sera journaliste à la Gazette Rhénane. d'un point de vue purement théorique.1770-1831).et de Hegel (Friedrich . historiques ou philosophiques relèvent du même principe : le déterminisme fondé sur le matérialisme historique.3. haut fonctionnaire et Conseiller d'Etat.2.

Marx et sa famille s'exilent en Angleterre. Saint-Simon).cf. d'antithèse et de synthèse. Pour la Ligue communiste naissante ils écrivent en 1848 le fameux Manifeste du Parti communiste. Car le maître vit du travail de l'esclave.La philosophie :Dialectique et matérialisme historique Il nous faut à présent tenter une intrusion dans la philosophie de Hegel et de ses disciples car. Le premier volume du Capital sera publié avant sa mort (il mourut en 1883). Il s'impose comme chef des révolutionnaires (cheville ouvrière de la première internationale qui rassembe les socialistes de toute l’Europe : Allemands (Lassale). D'où la dialectique. Il sera alors citoyen libre et assurera sa propre protection physique. Si Marx rencontra Engels à Paris il ne peut cependant y rester plus longtemps. En 1843 il contacte les leaders de la ligue des justes en Allemagne qui deviendra en 1847 Ligue Communiste. C'est l'exemple de la dialectique du maître et de l'esclave. mais il fut parfois accusé de plagiat . Mais alors que Hegel pensait que l'idée était toujours première et que les institutions.économique" et en 1845 un ouvrage intitulé "la condition de la classe ouvrière en Angleterre". ainsi que des anarchistes (Bakounine). il se rendit en Belgique. le droit. ainsi que je l'expliquais en introduction. Mais les divers soulèvements ouvriers de 1848 qui éclatent un peu partout en Europe sont contenus par les autorités en place. où il finira sa vie. succession de thèse. Vivant longtemps dans une grande pauvreté (il perdit deux de ses quatre enfants légitimes . français (Proudhon. Ecrit alors qu’il n’a que 24 ans. Il suivra 53 . etc. b . Commençons donc par Hegel.Engels en avait adopté un illégitime). italiens. Pour lui toutes les choses vivantes évoluent à travers la contradiction : "Les choses sont contradictoires en soi". Marx inversera l'ordre hégélien. La Condition de la classe ouvrière en Angleterre. Engels laissa à Marx le travail théorique et se consacra plus nettement que Marx à l'agitation politique. Dès 1845. à Londres. expulsé de France à la demande des prussiens. Carbon p. les rapports de production en découlaient. Les deux derniers seront "achevés" et publiés après sa mort par Engels. Ce système porte en lui-même sa contradiction. dépensant ainsi la contradiction qui existait entre maître et esclave. L'esclave pourra donc se révolter.406) . toute la pensée de Marx se nourrit de cette philosophie. Cette approche se retrouvera chez Marx.

.385) L'idée d'une infrastructure économique déterminant une superstructure ne manque pas de séduction..en cela les travaux d'un autre philosophe allemand. dépend des produits. ii. disait Engels. système politique. Par hasard ? Déterminisme absolu ? C'est sans doute là. dans ce que l'on nomme le déterminisme historique. C'est cela le matérialisme historique de Marx : l'infrastructure (c'est à dire la réalité historique de l'homme) détermine les superstructures (idées. Alors que chez Hegel la thèse c'était l'Idée. que la cassure avec les classiques et néoclassiques est consommée. Elle soulève cependant deux problèmes importants : i. la façon dont la richesse est répartie et la société divisée en classes ou en ordres. pour Feuerbach à l'origine de toute chose se trouve l'homme : l'homme créa Dieu à son image. il y a bien des modes de production qui ont donné lieu à des superstructures différentes et inversement. Car pour ces derniers. et la pensée attribut". ce sera l'homme social. ni dans la connaissance humaine plus approfondie de la vérité éternelle et de la justice. Pour ce dernier. 54 . C'était en filigrane chez des classiques tel Smith ou Say. C'est à partir de là qu'on doit chercher les causes politiques : non dans les cerveaux des hommes. l’économie est avant tout la science des choix mis en oeuvre pour lutter contre toutes formes de rareté. à l'exception peut-être de quelques macroéconomistes. Marx aussi placera l'homme à l'origine. dans une infrastructure. On peut dire la même chose de la civilisation musulmane. mais ce ne sera pas "l'homme penseur" de Feuerbach . organisation de la société). L'homme s'est aliéné lui-même à une pensée. et de l'échange des produits. Ainsi la religion judéo-chrétienne a traversé tant bien que mal des "révolutions tehnologiques" bien différentes.).. à laquelle est attachée une religion ! "Dans toutes les sociétés de l'histoire ayant existé. et donc pour Marx : "L'être est sujet. Plus précisément : la civilisation technique détermine une structure sociale qui détermine à son tour une constitution politique à laquelle est attachée une culture intellectuelle. Mais surtout. tout d'abord. du mode de production. mais dans les transformations des modes de production et d'échange" (cité par Carbon p. ce sera évident chez les auteurs de 1870 jusqu'à nos jours. ce que n'explique pas Marx ni Engels c'est la façon dont évolue le système de production (comparer à Schumpeter. disciple de Hegel lui aussi : Ludwig Feuerbach. l'homme immergé dans une histoire.

mais généreux. Les lois économiques de Marx Ainsi que je le rappelais plus haut.l'homme est aliéné et ne peut guère que freiner ou accélérer. C'est donc à partir d'une charpente classique.. sans propriété .Chez Marx au contraire . humain de cette approche). une société ou à un travail essentiellement collectif (voulu par la division du travail) correspondra enfin une superstructure appropriée c'est-à-dire basée sur une propriété collective. Il le déplore mais n'en démord pas ! Ce qui importe c'est donc de connaître l'origine de la valeur d'échange. Pour lui les choses sont simples : le travail est source (et non pas simplement mesure) unique de la valeur. Les seconds car "n'ayant perdu ou bien n'ayant jamais trouvé le sens de l'activité humaine première qu'est le travail. ils sont amenés à reporter illusoirement leur liberté sur des activités inférieures et animales". Comment s'articule cette théorie ? Comment Marx en arrive-t-il à cette loi ? Tout d'abord s'il s'accorde avec les classiques pour distinguer valeur d'usage et valeur d'échange. Il s'intéressa à l'économie "sur le tard" et sur les conseils de Engels (vers l'âge de 27 ans). que Marx tentera d'illustrer sa philosophie en montrant que la superstructure capitaliste .Lassalle). (notons le caractère certes faux. il maintient que cette seconde ne doit rien à la première. par la résistance de l'ordre bourgeois et par la révolution.dont il analyse les mécanismes .est vouée à l'autodestruction. Et l'un des "manuels" d'économie les plus populaires de l'époque c'est bien sûr les Principes d'Economie Politique de Ricardo. Le capital est improductif. car ils sont obligés de vendre leur force de travail.comme chez beaucoup de sociologues qui ont bâti leurs théories dans le sillage des études de Marx .. Mais une chose est certaine : le capitalisme disparaîtra ! Il est bon d'ailleurs d'insister sur un point souvent occulté : Pour Marx. C'est donc la fameuse théorie de la valeur55 . évidemment quelque peu modifiée. sa contradiction en soi. Il sera plus heureux. car elle porte. c. le déroulement inéluctable de l'histoire. Pour reprendre l'expression de Villey. Les premiers. C'est la résistance des superstructures. dans le monde futur sans classe. A la base de la construction marxiste on trouve bien entendu une théorie de la valeur qui réaffirme ce que nous appellerons la loi du salaire de subsistance (loi d’airain des salaires. non seulement les prolétaires (pour reprendre ses termes) mais aussi bien les capitalistes sont aliénés. Marx n'est pas un grand économiste au sens strict du terme. c'est à dire de se vendre euxmêmes car le travail est ce qui fait la valeur de l'homme. ou bien s'il mourra sur les barricades. on ne sait pas à la lecture de Marx si le capitaliste mourra d'angoisse à la lecture des oeuvres de Marx qui lui assure crises de sousconsommation.. Le capitaliste accumule et exploite mais il est lui aussi victime. car libéré. comme dirait Hegel. baisse tendancielle des profits et autres catastrophes .

(sousentendu. on ne connaît pas l'origine). développer. augmente (composition organique du k). je le rappelle. En d'autres termes la production devient plus "capitalistique". "La valeur de cette force de W est déterminée par la valeur des choses de première nécessité qu'il faut pour produire. Donc. catastrophiques dans le moyen terme). Le capital constant c'est le reste : matières premières. en heures. l'ouvrier va vendre. 56 .travail. De cette loi. C +V Une fois ces termes définis il nous faut. la plus-value accumulée par le capitaliste grâce au surtravail des ouvriers. s'en remettre au marché pour indicateur . comme suggère Pareto. De là Marx va en déduire sa loi du salaire de subsistance ou loi d'airain. Le capital variable (V) c'est le capital qui permet de rémunérer le travail . c'est à dire C. terrain et locaux (notons le C).qui inclut les matières premières -. Ce sera la source de la plus-value. habiller. c'est à dire la quantité. mais sa force de travail au patron. Notons encore P. est donc assez proche de la théorie de la valeur et de la rente Ricardienne. former l'ouvrier. à moins qu'il ne faille. il augmentera également la productivité de sorte que la quantité de travailleurs employés et donc de salaires versés augmentera moins vite que C.. c'est le fonds des salaires. si ce niveau correspond à 4 heures de travail. Cette théorie. Quelle est la valeur de cette force de travail : c'est le travail nécessaire pour la produire. Pour contourner ce problème Marx définira le concept de travail social cristallisé .. Ce progrès technique va avoir deux effets : il augmentera la quantité de capital constant utilisée dans la production. pour produite cette chose. eu égard aux techniques de production et habileté moyenne. le travail qu'il fournira dans la journée au-delà de ces 4 heures sera du surtravail. il nous faut dans un premier temps introduire une distinction centrale chez Marx : Celle entre capital variable et capital constant (là encore Marx reprend en la modifiant la distinction de Ricardo entre capital circulant . nous le verrons. pour en arriver à la loi de la baisse tendancielle des profits. Si K désigne le capital dans son ensemble alors K = C+ V. machines. du travail non-rémunéré. découle la plupart des prédictions catastrophiques de l'auteur. introduire les effets du progrès technique (dont. En effet. qu'il faut en moyenne. Ainsi si l'ouvrier "se vend" pour une journée. il sera rémunéré à un niveau juste nécessaire à sa subsistance. P Marx définit le taux de profit comme étant le rapport . on le voit. et capital fixe). c'est à dire nourrir. elle rencontrera un certain nombre de problèmes en particulier quant à la mesure de la valeur de travaux hétérogènes. Pour exposer cette loi. Deuxième loi centrale chez Marx la baisse tendancielle des profits. Mais comment connaître cette valeur moyenne ? La question reste sans réponse. maintenir et perpétuer la force de W". Comme elle. non pas son travail.

Donc l'accroissement de Quels en sont les prolongements ? Accumulation. Ainsi s'obtient la loi de la baisse tendancielle des profits. alors. s'enfle. concentration. de nouveaux débouchés . p Le taux de profit. 401). Le "corollaire obligé" (expression de Marx) de cette accumulation c'est la concentration. pour un temps. c’est-à-dire. Et comment pourrait-il en être autrement dans un système tel que le décrit Marx. paupérisation et crise de sous-consommation. à v v moins que le ratio plus-value sur salaire versés n’augmente de façon à compenser c l'augmentation de . où le marché ne joue aucun rôle informationnel. Mais alors qui pourra consommer les biens produits ? Le prolétariat ne le peut faire . bien sûr. peut-être la colonisation permettra-t-elle de trouver. malgré la baisse de profits : Marx écrit dans Le Capital : "accumuler pour accumuler. car le surtravail sera tôt ou tard limité par le temps disponible dans une journée ! Si la force de travail est rémunérée au taux de 4 heures de travail par jour. où les agents. mais l'état permanent de sous-consommation dans lequel se trouve l'économie débouchera inexorablement sur une crise. même en exploitant le travailleur 24 heures par jour. masse qui au demeurant s'appauvrie continuellement. Selon Marx la classe moyenne doit rejoindre en grande partie la masse prolétarienne. La part du capital variable baissant. désincarné.Quelques observations sur la pensée de Marx 57 . pouvant aussi s'écrire t = V . p. et le prolétariat s'enfonce dans la misère. l'armée de chômeurs grossit. à moins que n’augmente à son tour. tel est le mot d'ordre de l'économie politique proclamant la mission historique de la période bourgeoise" (cité par Carbon.P . que par leurs propres choix ! d . t = c+v p c ne pourra éternellement compensé la croissance de et v v le taux de profit va progressivement baisser. v Mais le taux de plus-value peut-il augmenter indéfiniment ? Non. produire pour produire. Le capitaliste accumule du capital pour faire face à la concurrence et pour accroître son pouvoir et ce. chômage. on voit que ce taux C +1 V p c diminuera lorsque augmente. capitalistes ou ouvriers semblent plus pilotés par un destin fatal. la plus-value plafonnera à une valeur de 20 heures de travail.

. Un siècle après Marx un quart dela planète est marxiste ! L'idéal—Némo parle d’une vision messianique—est celui d'un monde où les fruits du progrès seraient partagés équitablement par des hommes généreux. Non que Marx ait été le seul à promulguer des lois dont le démenti par les faits est difficilement contestable. Inutile d'insister. ne soit qu’une étape intermédiaire guère préférable à l’oppression par les bourgeois. la pensée allemande est très active en ce XIXè siècle. 58 . C'est en tous les cas ce qu'affirmait Joseph Schumpeter. Mais Marx était plus rigoureux. sans convoitise. L’école historique : contre l'abstraction et les lois Je le disais en introduisant la longue section sur Marx.le chevalier des temps modernes. et une vision dynamique de nos sociétés. D’ailleurs il qualifiait son socialisme de scientifique pour le démarquer du socialisme de Proudhon et autres rêveurs français. Marx voit l'accumulation du capital comme un automatisme désorienté : on n'accumule pas pour mieux satisfaire des besoins. C. L'école historique allemande est un autre exemple de réaction contre l'école classique anglaise.. mais aussi de progrès . Et cependant il ne fait aucun doute que cette pensée a laissé son empreinte sur les générations à venir qui retiendront de Marx un idéal. 2. en tant qu’oppression de la bourgeoisie par le peuple. mais "survivre" et/ou maintenir sa puissance. Avec la survie du capitalisme. source certes de profits. mais il me semble évident que cette vision du paradis terrestre n'est pas sans paternité ! La nouveauté c'est que Marx nous décrit cet état comme éminent. une dynamique d'automates.Peut-on sauver Marx ? Voilà la question que bien des femmes et des hommes se sont posée pendant plus d'un siècle. après le socialisme. L’idéal arriverait.toujours à la recherche d'innovations. Il faut noter cependant que Marx dit très peu de choses sur l’après capitalisme. c'est toute l'économique de Marx et la philosophie qu'elle prétendait illustrer qui semblent s'effondrer.3. La vision marxiste est dynamique mais semble-t-il. La seconde empreinte laissée sera celle d'une vision dynamique du capitalisme. le capitaine d'industrie . Malthus avec sa loi de la population ou Ricardo avec sa loi de la valeur-travail ont eux aussi fait fausse route. Mais c'est une dynamique dont on ne connaît pas le moteur ! Alors que sous la plume de Schumpeter le capitalisme évoluera grâce aux "coups de pieds" que lui donnera le capitaliste-entrepreneur . (Voir Rothbard à ce sujet). ou du moins se voulait-il plus rigoureux dans son approche. certes éternel mais réaffirmé avec force. Il semble que le socialisme.

Roscher est "smithien" mais. Epoque des monographies. On rassemble des données. allant d'une réaction humaniste contre l'abstraction anglaise jusqu'à un rejet de toute théorie et de toute loi économique. 59 . 242). Sa spécialité c’est l’histoire des monnaies et des banques (1885) et. L'école commence avec les travaux de Guillaume (Wilhelm) Roscher (1817-1894). redonner vie à la théorie de Smith. et on les classe. pour lui la lecture de l'histoire se fait à la lumière des principes théoriques. il n'a pas apprécié la dérive ricardienne. Et pour ce faire il se tourne vers l'étude des faits historiques (d'où le nom de l'école). Pour lui.B. et en déduit que le développement de l'histoire n'est point linéaire comme le penseraient Malthus. (En économie : l'évolution serait : troc→ monnaie →crédit) Karl Knies (1821-1898) va plus loin dans le rejet des lois. C’est aussi peut-être. L'histoire procède par analogies. bien sur. Ainsi une dimension de pluridisciplinarité : ils tentèrent d'endiguer l'éclatement des disciplines. [Il faut noter au passage que ces auteurs allemands sont de grands académiciens : rigueur et connaissances encyclopédiques]. des écrits sur la méthode (1853) . C'est avant tout un philosophe de l'histoire. Toujours rigueur et connaissance. « Une manifestation du nationalisme académique » (Robbins. Elle est aussi intéressante car elle a laissé une empreinte que nous pouvons suivre aujourd’hui encore dans certains travaux contemporains. De façon générale il ne voit des lois. N. Ricardo ou Marx. de façon aussi précise que possible. des régularités que dans l'évolution. Bruno Hildebrand (1812-1878) : reconnaît lui aussi la contribution de Smith. Mais si Roscher se tourne vers l'histoire. Eclatement qui fut consacré par le recours à des méthodes différentes à la fin du 19ème (nous y reviendrons). C’est sans doute ce réductionisme dans l’approche de l’économique qui fit dire à Durkheim : "L'économiste dit ce que l'homme devrait faire. Ce sur quoi ils insistent c’est que la connaissance ne peut-être déconnectée du contexte institutionnel.Cette école est intéressante par la radicalisation progressive de ses positions . le sociologue explique pourquoi il ne le fait pas". Il veut donc revitaliser. Autre chose intéressante avec cette école : l’attention portée à l’étude des institutions. comme beaucoup. mais en critique les fondements : sa philosophie des lois naturelles et l'instinct d'égoïsme. il ne peut être qualifié pour autant d'historiciste : non. : Max Weber a écrit un essai sur Roscher et Knies. il n'y a même pas de lois dans l'évolution. Principles of Political economy (1854). Il découvre ainsi l'existence d'un capitalisme antique.

Voir Robbins page 47 pour une bonne citation de Schmoller. Le programme fait un peu penser à Sismondi et son « garantisme ». en particulier. L’Etat (fédéral ou plus souvent les Landers) met la main à la poche que rarement. John Neville Keynes écrit un ouvrage dans lequel il reprend ces débats méthodologiques : « The Scope and Method of Political economy ». Knies) et bien moins pour la seconde. la première étant placée sous le sceau de la logique. Il faut noter aussi que bien souvent ces assurances sont payées par des contributions employés et employeurs. Ce qu’il a poussé ces sont essentiellement des lois qui fournissent des assurances. Mentionner encore que cette école a fait des économistes allemands une classe à part. En 1890. il n’y a pas plus de loi en matière d’économie politique ? Conclure sur la figure de Bismark et le début de l’Etat Providence Si les révolutionnaires n’ont pas gagné en Allemagne c’est parce que Bismarck a inventé un Etat conservateur et providentiel. pratiquement jusqu'à la seconde guerre mondiale. la seconde étant assimilée à un art. Ne peut on aussi voir dans cette pensée Allemande (avec List déjà) une expression nouvelle du pragmatisme en matière de politique économique qui déboucherait ici sur un pragmatisme en économie politique : il n’y a pas de loi pour la politique économique. 251) Il y distinguera l’économie théorique de l’économie appliquée.Le prolongement de cette école se fait avec Schmoller Gustav (1838-1917) qui s’opposera à Carl Menger dans une fameuse querelle des méthodes (methodenstreit). Un ouvrage considéré comme un classique sur la question (Robbins. Bismarck's social legislation 60 . Robbins dit avoir du respect pour la première école historique (Roscher. L’ouvrage de Popper « La Pauvreté de l’Historicisme » (1960) était essentiellement tourné contre Schmoller. Cette école à eu des prolongements en particulier aux Etats-Unis avec les « institutionnalistes » : Veblen. (Il faudrait des infos sur le lien entre école historique et naissance de l’Etat Allemand).