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Université de la Sorbonne Paris IV Master : Spécialité « Air es Culturelles » Mention

Université de la Sorbonne Paris IV

Master : Spécialité « Aires Culturelles »

Mention : Histoire Moderne et Contemporaine

Mémoire de Recherche 2 ème année

Hildete de Moraes Vodopives

La Mondialisation, internationalisation des entreprises brésiliennes, le cas de Vale

1997-2002

Sous la direction

Prof. Dr. Luiz Felipe de Alencastro

Septembre!2011 !

« … Aussi suis-je triste, orgueilleux : de fer.

Quatre-vingt-dix pour cent de fer sur les trottoirs.

Quatre-vingt pour cent de fer dans les âmes. »

Carlos Drummond de Andrade 1

« Mais pourtant laissez-moi parler à votre miséricorde, moi, terre et cendre. »

Augustin 2

Je dédie ce mémoire à Antonio et Hilma, mes parents, qui m’ont appris la valeur de

l’association de l’esprit et de l’amour, du concret et de l’immatériel. Et à mes filles, Elisa,

à qui j’aimerais inspirer le goût de la recherche de la Vérité.

Raquel et Natalia

Et pour Beatriz qui vient d’arrive… du chocolat.

Totus tuus,

H.M.V.

!

1 Carlos Drummond de Andrade, Neuf Poems inedit traduit en français. Traduits du portugais par Maria do Carmo Campos 2 Aurelius Augustin, « Confessions » Accessible http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/augustin/confessions/livre1.htm Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

4

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Sommaire !

REMERCIEMENTS )

7 !

INTRODUCTION )

8 !

PREMIÈRE)PARTIE:)) )) CONTEXTE)ET)DÉBAT)TH ÉORIQUE )

18 !

C

HAPITRE) 1 ) M ONDIALISATION)ET)CRI

SES)ECONOMIQUES) 1970 < 2000 )

21

C

HAPITRE) 2 ) L

A)VOIE)BRESILIENNE : ) L’

IMPACT)DE)LA)MONDIAL ISATION)SUR)L ECONOMIE)DU) B RESIL )

28

C

HAPITRE) 3 ) L

A)PRIVATISATION)AU) B RESIL )

44

DEUXIÈME PARTIE LE PROCESSUS DE PRIVATISATION DE VALE ET GENÈSE D’UNE ENTREPRISE GLOBALE )

56

CHAPITRE 1 PROCESSUS ET MIS EN PLACE DE LA PRIVATISATION DE VALE )

58

C

HAPITRE) 2 ) M ISE)EN)PLACE)D UNE)NOUVELLE)STRUCTU RE)D ENTREPRISE )

70

C

HAPITRE) 3 ) L A)GESTATION)D UNE)MULTINATIONAL) TUPINIQUIM ) 1997 < 2002 )

80

CONCLUSION )

 

108

SOURCES )

 

116 !

ANNEXES )

 

123 !

I

NDEX) F IGURES )

161

I

NDEX) T ABLEAU )

161

I

NDEX)DE)NOM)DE)PERSO NNES )

163

I

NDEX)DES)ENTREPRISES )

164

T ABLE)D ABRÉVIATIONS )

165

TABLE ) DE S ) MATIERES )

167

)

Remerciements)

Avant tout, ma reconnaissance s’adresse à mon directeur de recherche, Professeur Luiz Felipe de Alencastro pour sa confiance ainsi que les précieux conseils qui m’ont permis de surmonter mes difficultés et de progresser dans ma recherche.

Toute ma gratitude va également au Professeur Vania Leite Froes à la Universidade Federal Fluminense, qui m’a guidé dans mes premières démarches, et au Professeur Dominique Barjot, directeur adjoint de la UMR 8596 Centre Roland Mousnier, pour ses excellentes suggestions et informations toute au long de ce projet.

J’exprime ma gratitude envers les professeurs Alvaro Cyrino, directeur adjoint de la Fundação Getulio Vargas à Rio et au professeur Daniel Aarão Reis, professeur d’histoire contemporaine à Universidade Federal Fluminense pour toutes leurs suggestions.

Je voudrais exprimer mes remerciements sincères aux anciens PDGs de Vale :

Eliezer Baptista et Jorio Dauster Magalhães ; à Gabriel Stoliar, directeur financier ; Roberto Castello Branco, directeur de relations avec les investisseurs et Fabio Barbosa, CFO, pour leur accueil bienveillant, les interviews qu’ils ont acceptées, et cela malgré un emploi du temps chargé. Leur expérience a enrichi ce travail. Parmi eux, je ne peux oublier le conseiller Renato Gomes, pour son soutien et son amitié. Je remercie aussi la bibliothèque de Vale, pour la gentillesse avec laquelle ils m’ont accueilli.

Je tiens à remercier tous les membres d’Equipes d’Accueil et Amitié pour les étudiants étrangers, pour leur sympathie et enthousiasme et mes amis : Charles

Rassaert, Christophe Ramon, Baudouin Houdart et les Bodénan, Philippe et Laure,

qui ont eu la gentillesse de lire et corriger ce travail. Je n’oublie pas l’amitié qu’ils m’ont tous témoignée au quotidien.

Je remercie également Marco Aurelio Costa et Claudio Pfeil et tous les autres qui ont contribué à ce mémoire. En particulier, je remercie aux collègues Rodrigo Penalva et Gilberto Xavier Cardoso Junior, Catarina Pedrosa et Raphael Biderman qui m’ont donné de précieuses informations sur l’entreprise et l’industrie.

Une pensée particulière est adressée à ma famille et à Edson, toujours la … para o que der e vier.

Introduction))

« … dans chaque ville inconnue que je visite, je vais d’abord aux fondations sur lesquelles elle est érigée, afin de déduire l’aujourd’hui d’hier. » Stefan Zweig 3

Ce mémoire traite de l’internationalisation de la Companhia Vale do Rio Doce, où simplement, Vale. Dans cette étude nous nous intéresserons à l’évolution sans précédent d’une entreprise minière brésilienne, devenu la deuxième plus grande du monde. Mais également au poids international que celle-ci a acquise tout au long de son parcours hors du commun.

L’histoire des l’entreprises est une discipline qui naît dans les années 1920 à l’université américaine de Harvard. Cette histoire est au programme depuis 1927. Elle favorise la recherche et un nouvel aperçu de l’évolution et du fonctionnement de l’entreprise.

Sources

Au cours de cette étude, j’utiliserai deux types de sources; des interviews et de documentation écrite. Parmi ces différentes données se trouvent des informations financières relatives à l’entreprise et à l’industrie disponible au publique. Par la suite, je m’appuie beaucoup sur des analyses de banques brésiliennes et étrangères. Et enfin, je me sers des statistiques économiques du gouvernement brésilien et des organismes internationaux. J’ai utilisés des articles dans la presse de l’époque accessible sur l’internet et dans les archives de l’entreprise. De ce type de source, j’ai tiré des comparaisons entre Vale et ses concourants. Ce point de vue financier va nous aider à évaluer les stratégies de l’entreprise.

3 S. Zweig, Le Brésil terre d’avenir (Brasilien, ein land der zukunft), Éditions de l’Aube, Paris, 1998. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

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!

Concernant la documentation orale, je me suis servie des interviews et aidé des techniques de l’histoire orale. J’ai préparé des questions et j’ai laissé les interviewés s’exprimer librement. J’ai enregistré les interviews et transcrits les informations. En outre, les rapports administratifs annuels et les présentations aux investisseurs ont formés la base stratégique de l’entreprise.

Les ouvrages fondamentaux sur l’internationalisation de Vale

A propos de l’internationalisation de Vale, j’ai travaille avec la bibliographie suivante. Armando Dalla Costa aborde la question de l’internationalisation de Vale dans le contexte des années 2000. Mon travail et celui de Dalla Costa coïncident thématiquement et par la proximité des périodes. Ils renvoient aux récents changements : la privatisation, la diversification des activités, l’achat des concurrents et l’internationalisation. Pourtant, il se prolonge jusque à 2007, quand je me concentre ici sur la période 1997-2002. Thais Regina de Oliveira e Spanazzi et Germano de Paula traitent de la stratégie de l’entreprise. Ce mémoire a été écrit avant l’acquisition d’Inco. Je m’appuie également sur la thèse de Eduardo Pfiffer Amiel : Des fusions et des acquisitions stratégiques dans le minerai de fer. Une étude de cas de la Companhia Vale do Rio Doce. L’auteur analyse l’interdépendance entre l’industrie minière et l’industrie sidérurgique pour la période 2000-2004. Il importe aussi de parler de l’analyse quantitative que fait Gilberto Xavier Cardoso Junior au sujet de la concentration industrielle. Il donne l’exemple de Vale et Caemi 4 . Par ailleurs, le travail récent de Rodrigo Penalva dans le champ de la stratégie de gestion fut une riche source d’informations. Il a utilisé des modèles de performance pour faire une analyse longitudinale de l’entreprise pour la période 1942-2010. En plus, il faut noter aussi la thèse en sciences politiques de Martha Zorzal e Silva, sur le rôle de Vale do Rio Doce dans la stratégie de développement brésilien en 2004. Ce travail se concentre sur la relation entre l’État et l’entreprise.

4 Quand Vale achète Caemi, le groupe japonais MITSUI rejoint le groupe de contrôle . 09/04/2003 Mitsui & Co., Ltd a envoyé le communiqué suivant BOVESPA: Mitsui & Co., société japonaise basée à Tokyo , au Japon, annonce que le 09/02/2003, après l'achèvement de toutes les conditions légales et contractuelles, Bradesplan Participacoes SA a acquis 19.607.357 actions ordinaires de Valepar SA (Valepar), société mère de la Companhia Vale do Rio Doce (CVRD), représentant 5,05% du capital total et 7,84% des actions votantes de CVRD pour 830 millions de dollars. En conséquence de cette acquisition, Mitsui a rejoint Valepar le pacte d'actionnaires, selon laquelle, et compte tenu de la participation acquise, Mitsui aura le droit, à travers Valepar, de nommer les membres du conseil d'administration de CVRD. Source : Bloomberg, cité par Rodrigo Penalva, email 02/08/2011. Voir aussi dans les annexes communication de BRADESPAR. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011 9 !

Découpage chronologique

Dès ma première recherche, j’ai cherché à comprendre les évènements qui ont entraîné le rapport de la compagnie avec l’étranger, ainsi que son influence dans son développement. Dans le processus d’internationalisation de l’entreprise, j’ai examiné les points suivants :

a) L’histoire des mines de fer au Brésil, les premières institutions et la réglementation de l’exploration minière à partir de la période coloniale.

b) Les innovations technologiques du XIXe siècle, les exigences des sociétés industrielles.

c) Les transformations économiques qui résultent des deux grandes guerres et de leur l’impact sur l’économie brésilienne.

d) La fondation de l’entreprise sous le gouvernement de Getulio Vargas 5 et le processus d’industrialisation du Brésil.

e) L’environnement politique et économique du Brésil au début du XXe siècle, les crises et les transformations dans l’économie mondiale. La première et la seconde guerre mondiale.

C’est ainsi que je me suis permis de découper le processus d’internationalisation de Vale en trois phases. Dans la première phase, l’entreprise était un exportateur important 6 . La deuxième phase de l’internationalisation, entre 1950 et 1970, est marquée par un marché en expansion, et de conquête de nouvelles frontières 7 . L’Orient devenant le nouveau port de destination de minerai brésilien. Mon master 1 a porté sur ces deux périodes. Enfin, la troisième phase de l’internationalisation est marquée par la consolidation de l’industrie minière, en particulier après 2000.

Ma recherche actuelle se concentre sur la période postérieure à la privatisation de l’entreprise, de 1997 à 2002, lorsque la nouvelle direction met en œuvre le plan stratégique. Pour la société, il s’agit d’un moment d’intense transformation. Pressé par un environnement concurrentiel, l'entreprise passe par des changements dans la structure de contrôle. Un plan stratégique est défini en 2001 ; l’engagement à faire de Vale d'une entreprise mondiale

5 Getulio Vargas Dornelles (1909-1954) président du Brésil de 1930 à 1945 et de 1951 à 1954. 6 Les origines de la loi minière qui remonte au XVIe et XVIIe siècle vont avoir des effets sur la participation des investisseurs étrangers dans l’industrie minière. Il est important aussi d’évoquer le contexte du début du XXe siècle qui a influencé la demande de fer au Brésil et dans le monde. La situation politique au sein du pays et la guerre en Europe ont influencé la nationalisation de l’entreprise qui précédait la Vale, Itabira Ore Company. 7 Dans les années 1940 et 1970, la compagnie commence à créer de nouvelles solutions de marketing et logistiques.

devient une priorité. En tant que société cotée en bourse, la société cherche a maximiser la valeur pour ses actionnaires et autres parties prenantes. Dans cette perspective, pour Vale, réaliser son internationalisation constitue une étape clé.

La mondialisation contemporaine

Le concept de « mondialisation » devient courant au début des années 1980 avec la publication de l’article de Theodore Levitt : « La Mondialisation des marchés » 8 . Différents témoins attestent qu’il ne s’agit pas d’un phénomène nouveau. A ce titre Stephen Green, PDG de la banque HSBC, évoque le témoignage d’un religieux protestant du XIXe siècle :

« Les peuples civilisés ne sont plus étrangers les uns aux autres en aucune partie du monde. Leur splendide équipement naval transporte avec un maximum de facilité et de confort leurs hommes d’affaires, leurs envoyés diplomatiques et leurs voyageurs curieux, adonnés au seul souci de voyager, jusque dans les contrées les plus éloignées. De magnifiques wagons de chemin de fer leur permettent de pénétrer dans l’intérieur des terres et de rentrer chez eux chargés de renseignements, pleins d’idées nouvelles et ouverts à de nouveaux projets, de nouvelles entreprises. » 9

Par ailleurs, la mondialisation reste un sujet polémique. Dans le paragraphe suivant, le journaliste du New York Times, Daniel Dresner, résume la litanie habituelle des accusations portées contre la mondialisation économique.

“La mondialisation appauvrit les pays en voie de développement ainsi que la classe moyenne aux œuvres-Unis. La réduction des barrières au commerce encourage l'exploitation du travail des enfants, favorise un nivellement par le bas des normes environnementales, éloigne de leurs familles les femmes des pays du tiers- monde , homogénéise les cultures disparates autochtones et les règle les engrenages de la démocratie en faveur des sociétés multinationales rapaces.” 10 !

De toute façon, la croissance des relations internationales des dernières décennies du XXe et du début du XXIe siècle coïncide avec l’avènement de nouvelles puissances économiques, aujourd’hui plus communément appelées les pays émergents. Parmi eux, ce trouve le Brésil.

8 T. Levitt, « Globalization of the markets », Harvard Business Review, May-June 1983.

9 S. Green

Charles Taze Russell. 10 D. Drezner, « Globalization without riots », New York Times, 18/04/2004.

Valeur Sûre, Éditions Parole et Silence en partenariat avec le Collège des Bernardins, 2010, p.65-66, citant

De la colonie l’étranger.

portugaise au Brésil émergent les références historiques du rapport avec

Les plus anciens repères du Brésil font déjà référence au domaine international. De sa colonisation à aujourd’hui, le rapport avec l’étranger est un fait signifiant pour le pays. En temps que marché de consommateur, fournisseur technologique et de part la réglementation d’inspiration européenne, il est impossible de détacher le Brésil du reste du monde. Pourtant, le Brésil reste un mystère, ancré dans les stéréotypes. Nous pouvons peut-être affirmé que l’image que les étrangers ont du Brésil n’est pas très différente de l’impression que l’écrivain autrichien Stefan Zweig décrivait déjà dans l’introduction de son livre “Le Brésil, terre d’avenir,” dans les années 1930.

« Appelé à me rendre en Argentine, je fus aussi invité à visiter en même temps le Brésil. Je n’en attendais rien de très particulier. Je me faisais du Brésil la représentation moyenne et dédaigneuse des Européens et des Américains du Nord:

une de ces républiques sud-américaines qu’on ne distingue pas très exactement l’une de l’autre, au climat chaud et malsain, dont la politique est trouble et dont les finances sont désolées, l’administration déficiente, dont seules les villes côtières sont à demi-civilisées, mais aux beaux paysages et avec de nombreuses possibilités inutilisées – en somme, un pays pour émigrants désespérés ou pour colons, mais dont on ne pouvait à aucun titre attendre une impulsion pour l’esprit. » 11

Zweig exprime un préjugé répandu pour mieux décrire un pays qui possède les ferments d’un nouveau modèle de société cosmopolite. Cette expression – terre d’avenir - est devenu pendant longtemps un paradigme pour le Brésil: un pays qui avait un incroyable potentiel mais qui au cours des années commençait à se demander si sa n’était pas une malédiction… parce que le future n’arrivait jamais. Avec une superficie de 8,5 millions de km² - soit de près de 16 fois la France et la moitié de l’Amérique du sud, le Brésil se place au cinquième rang mondial derrière la Russie, le Canada, les Etats-Unis et la Chine. Les relations du Brésil avec des nations industrialisées ont connue des occasions de conflit. 12 La

11 S. Zweig, op. cit. 12 Selon L. A. Moniz Bandeira : « Depuis le milieu du XIXe siècle, les intérêts du Brésil sont toujours en conflit avec ceux des grandes puissances industrielles, comme le Royaume-Uni et les États-Unis. En 1850, le Brésil a résisté face à la pression des Etats-Unis à ouvrir le fleuve Amazone. En 1863, après deux décennies de frictions, le Brésil a rompu ses relations diplomatiques avec la Grande-Bretagne et résisté à la pression intense de renouveler l'accord de commerce abandonnée en 1842. Les relations entre les deux pays furent rétablies seulement en 1865, pendant la guerre de la Triple Alliance contre le Paraguay (1864-1870), lorsque le Brésil a eu besoin de prêts pour acheter des fournitures militaires. » Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011 12 !

tradition diplomatique brésilienne qui a commencé avec le baron de Rio Branco 13 dans les années 1920 a duré jusqu'aux années 1970. Il est considéré comme étant responsable de la réorientation des politiques des affaires étrangères brésiliennes de l'Europe vers les États- Unis. ! 14

« Depuis l'apogée de croissance économique du Brésil aux années 1970, les gouvernements militaires qui ont gouverné le Brésil ont développé le concept de la grandeur comme une définition de l'objectif national. En réalité, l'idée de l'émergence du Brésil comme une grande puissance a été ancrée dans la psyché de l’élite brésilienne bien avant le coup d'Etat. Inévitablement, l'ambition du Brésil de jouer un rôle de plus en plus influent dans le monde et, avec le temps, de gagner sa juste place prépondérante dans la structure internationale, a marqué fortement les relations avec les Etats-Unis au cours du dernier quart du XXème siècle. Cette ambition persiste dans le nouveau millénaire en tant que déterminant sous-jacent de la politique étrangère du Brésil . % » 15 %

Multinationales émergentes

L’internationalisation des entreprises 16 est un sujet qui suscite aujourd’hui un vif intérêt au regard de l’étude des pays émergents. Ce concept touche directement les questions politiques et économiques des nations. Beaucoup d'entreprises multinationales sont plus puissantes financièrement que des états. 17 En 2000, General Motors avait un chiffre d’affaire plus important que le PIB du Danemark. Mitsubishi et Mitsui, avaient des chiffres d’affaires plus important que le PIB de pays comme le Portugal, l’Irlande ou la Hongrie. 18 Les statistiques sur les affaires transfrontalières ont enregistré une augmentation significative des activités de fusions et acquisitions. Selon des études de Thompson Financial Securites des données (2000), les processus de M&A ont connu une forte hausse de la fin des années

13 José Maria da Silva Paranhos Júnior, baron de Rio Branco (1845-1912) professeur, jornaliste, diplomate, historien et biographe.

14 M. Faro de Castro et M. I. Valladão de Carvalho, « Globalization and Recent Political Transitions in Brazil » International Political Science Review / Revue internationale de science politique, Vol. 24, No. 4 Oct., 2003, pp. 465-490, Sage Publications, Ltd. Stable URL: http://.jstor.org/stable/1601633. p. 475.

15 L. A. Moniz Bandeira, « Brazil as a Regional Power and Its Relations with the United States » American Perspectives, Vol.33, No. 3, Brazilian Workers as National and International Actors, May, 2006, pp. 12-27 Sage Publications, Inc. Stable URL: http://.jstor.org/stable/27647933 pp. 20-21.

16 La Compagnie hollandaise des Indes orientales, fondée en 1602 peut-être considérée comme la première multinationale.

17 Voir annexe 44.

18 S. Anderson et J. Cavanagh, “Of the world's 100 largest economic entities, 51 are now corporations and 49 are countries”,

Institute for Policy Studies, 2000, acessible

http://www.corporations.org/system/top100.html

1990. En1970, ces opérations ont représentés 5% du PIB américain, tandis qu’en 1999 elles représentaient 25%. 19

Abstration faite de la souveraineté nationale, nous notons une corrélation croissante entre les IED 20 et le développement économique des pays. Le Boston Consulting Group 21 prépare un rapport annuel analysant les performances des 100 plus grandes multinationales des économies émergentes. Ces multinationales sont concentrées principalement en Asie. La Chine est le pays qui en compte le plus avec, 44. L’Amérique latine en dénombre 18 dont 12 brésiliennes : notamment, Braskem, WEG, Coteminas, Embraco, Embraer, Gerdau, Natura, Perdigao, Petrobras, Sadia, Votorantim, et Vale. 22

Présentation de l’entreprise Vale

Vale est le plus grand producteur mondial de minerai de fer et de pelotes 23 . L’entreprise est l'une des 25 plus grandes sociétés cotées en bourse dans le monde, avec une capitalisation boursière d'environ 160 milliards de dollars américains. 24 En 2008, elle était la 363 ème dans le ranking de Fortune Global 500. En 2009, la 186 ème . 25 En plus, elle est la plus grande entreprise privée d’Amérique latine. Grâce à sa performance au cours des 10 dernières années, Vale a été choisi comme l'un des 25 plus grands générateurs de valeur durable pour les actionnaires dans le monde par le Boston Consulting Group. 26

Avant sa privatisation en 1997, Vale s’organise comme une grande holding qui contient des opérations propres, des entreprises associées et contrôlées avec parfois des participations stratégiques. La société opère dans quatre secteurs d'activité:

19 E. Amiel Pfiffer, « Adequação estratégica dos processos de fusões e aquisições no setor de minério de ferro: estudo de

caso

rio.br/pergamum/biblioteca/php/mostrateses.php?open=1&arqtese=0212262_04_ P.2

20 IED - l'investissement étranger direct. Selon la Banque centrale brésilienne (2006) - participation de plus de 10% dans une entreprise située dans un pays autre que celui où ils sont situés. UNCTAD (2006) a également fait état de deux autres conditions pour la caractérisation de l'investissement étranger direct : la relation entre les entreprises qui ont à long terme et fonction-de la société au siège de l'exercice d'influence importante de la gestion de la filiale à l'étranger. Source : D. Gonzales Chevarria, « O investimento externo direto das maiores multinacionais brasileiras como função de vantagens especificas. »memoìre máster. 2007. Universidade do Vale do Rio dos Sinos, São Leopoldo, Brésil. Directeur de recherche:

Dr. Luciana Marques Vieira., p. 13.

21 Consultant en affaires américain.

22 Boston Consulting Group, 2007. www.bcg.com

Doce, » thèse, PUC-RIO, 2004, http://www2.dbd.puc-

da

Companhia

Vale

do

Rio

23 Le travail en pelotes consiste en un processus d’agglomération du minerais dans des sphères de diamètre ayant les caractéristiques de qualité permettant leur application directe dans les fours sidérurgiques (http://.administradores.com.br/artigos/inovacao_vale_aglomera_minerio_por_pelotizacao/21083 cité par Dalla Costa, op. cit.

24 Webisite Vale. http://www.vale.com/pt-br/investidores/perfil-vale/fact-sheet/Documents/factsheetp.pdf 2525 CNNMoney http://money.cnn.com/magazines/fortune/global500/2011/snapshots/6006.html

26 Ibid. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

14

!

a) l exploitation de : i) minerai de fer et pelotes et de manganèse ; ii) bauxite, d'alumine et d'aluminium ; iii) minéraux non ferreux, comprenant le nickel, le cuivre, le kaolin, le potassium, le platine, les métaux précieux et le cobalt ;

b) transport, comprenant chemin de fer et les ports ;

c) des usines d’acier et la métallurgie ;

d) des usines de pâte de bois et du papier.

Comme société de ressources naturelles 27 , Vale a un rôle important en tant que générateur de richesse pour le pays. Déjà en 1975 28 , la société est devenue le premier exportateur de minerai de fer au monde. Elle détient 16% du marché maritime du produit. L'année suivante, elle est devenue la principale génératrice de devises étrangères, générant 717 millions de dollars en exportations. 29 À l’époque de sa privatisation en 1997, le fer représentait la deuxième ressource minière du Brésil avec une participation de 15%, juste après le pétrole (39%). 30

Problématique

La problématique de cette recherche concerne le moment historique où Vale devient une entreprise privée. Nous intéresserons aux questions suivantes :

27 L'industrie minière au Brésil est très diversifiée. Il y a au moins 55 minéraux actuellement exploités au Brésil. Chacun avec une dynamique de marché spécifique. Il est connu que l'exploitation minière a été historiquement significatif pour le pays. Elle attire l'occupation de l'intérieur du territoire brésilien. Aujourd'hui encore, l’exploitation minière est un vecteur important de développement régional. Son impact économique croît dans les régions de faible densité de population et peu diversifiée des activités productives. Source : DNPM- 2007. Ramos Neves, da Silva, « Universo da Mineração Brasileira », p. 3.

28 Dans les années 1975, les système de commercialisation de minerai se partage entre le Brésil, l’Australie, l’Inde et en Amérique du Sud, le Chili et le Peru. En gros, la demande pour le minerai de fer par voies maritimes 1975 s'élevait à 300 millions de tonnes. Du Brésil, le minerai exporté par le port de Tubarão est dirigé vers le Japon, l’Europe, les États-Unis, autant que vers certains pays d'Amérique du Sud. Le Chili et le Pérou exportent vers le Japon et l'Europe. Le système de commercialisation en Australie cible essentiellement le marché japonais, une portion négligeable du marché en Amérique du Nord et une petite partie de l'Europe. L’Inde vise, essentiellement, la mise en place du minerai de fer dans l'Ouest et Europe de l'Est.

29 Revue Mineração e Metalurgia, BNDES No. 44, avril 2001. 30 Departamento Nacional de Produção Mineral (DNPM), Ministério das Minas e Energia (MME) Universo da Mineração Brasileira 1997. A Produção das 1372 minas no Brasil. p 2. Voir annexe pour la relation de ressources minerai au Brésil. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011 15 !

Quelles sont les raisons pour la privatisation de Vale ? Fait controversé, qui nourrit les débats idéologiques dans les années 1990 jusqu’à nos jours. Comment peut-on expliquer l’ascension fulgurante de Vale après sa privatisation ? Quelle stratégie a t’elle adoptée ? Comment l'internationalisation de l'entreprise s’inclut elle dans ce processus ?

Afin de traiter au mieux cette problématique, j’ai concentré la première partie de mon travail sur une analyse de la conjoncture économique global, de l’impact des différentes crises qui ont favorisées un mouvement de privatisation mondiale entre les années 1970 –

2000.

La seconde partie a pour but de mettre en avant la nouvelle dimension prise par Vale. L’entreprise entre à son tour dans le processus mis en avant par l’État. Fort de ce nouveau statut, Vale va énormément changer en l’espace de 5 ans.

)

)) Première)partie:))))))))))))))))))))))))))))))))))))) contexte)et)débat)théorique)

Introduction de la première partie

Seul un économiste peut imaginer qu’un problème d’Économie est purement économique.”

Celso Furtado 31

L’histoire de Vale est en forte corrélation avec le contexte économique global. Comme producteur de matières premières, Vale est sensible aux moments de croissance et de récession. En plus, l’industrie minière est un secteur stratégique pour le Brésil, raison pour laquelle les enjeux macro-économique et idéologique du pays se répercutent sur la société. Nationalisé en 1942 32 par Getulio Vargas, la compagnie passe sous contrôle privé en 1997. Tout va changer après cela.

Pour mieux comprendre le contexte sur lequel s’appuient ces développements, nous allons commencer le premier chapitre de cette première partie par l'analyse des crises économiques des années 1970-2000, et leurs relation avec la résurgence du libéralisme. Dans ce contexte, seront discutés « le pour et le contre » des idéologies concernant la présence de l’État dans l’économie. Ensuite, nous aborderons trois différents cas d’implantation des idées néolibérales au monde. Pour cela, nous étudierons diffèrent contextes idéologiques et politiques, particulièrement en Europe, en Amérique latine, mais aussi dans les pays de l’Est et les pays socialistes. Le deuxième chapitre pointe les spécificités du Brésil dans les années 1980. On verra en particulier les implications politiques et économiques du pays dans sa lutte contre l’inflation. Ensuite, le troisième chapitre, aura pour but d’expliquer les premiers pas du programme de privatisation, connu comme le Plano Nacional de Desestatização (PND) 33 . En nous interrogeant sur le fait d’y voir le préambule à la privatisation de Vale.

31 P. Buchsbaum, Frases geniais que você gostaria de ter dito, Ediouro, 1ª edição, 2004, São Paulo. 32 La nationalisation s'inscrit dans le projet d'industrialisation du Brésil, dans les années 1940, favorisé par la création des entreprises d'État Vale, CSN, Petrobras et la banque BNDES. 33 Plan National de Désétatisation. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011 20 !

Chapitre)1 Mondialisation)et)crises)économiques)1970 < 2000 )

« Ce n’est pas au gouvernement de faire un peu mieux ou pire, ce que d'autres peuvent faire, mais en effet faire ce que d’autres ne peuvent pas faire. » Lord Keynes 34

Entre les années 1970-2000, une succession de crises économiques a eu un impact énorme dans le monde. Jusque-là, l’État avait joué un rôle actif dans l'économie, c'est ce qui a été appelé le «Welfare-state » ou « Estado desenvolvimentista ». 35 Ce modèle va progressivement s’écrouler. Roberto Campos 36 écrit à se sujet qu’à ce moment là un mouvement mondial pour remodeler l'Etat est en cours. C'est la fin de l'âge d'or du capitalisme, où une croissance stable et intense à travers le monde, qui s’est étendu de la Seconde Guerre mondiale jusqu'à la première crise pétrolière de 1973. 37 La détérioration des facteurs macro-économiques, y compris la dette extérieure, la balance des payements et l'inflation élevée, exercent une pression sur l'Etat, incapable de soutenir les niveaux de dépenses et d’investissements.

Ces questions ont touché les pays de tous les courants idéologiques, soit capitaliste, soit socialiste. Principalement dans les années 1980-1990, les nations ont connu de graves difficultés économiques qui ont entraînées des mesures douloureuses et la conséquente réduction du rôle de l'Etat. Quel est le rapport entre l’idéologie politique, les besoins macro-

34 Dans le texte portugais du Brésil: "Não é função do governo fazer um pouco melhor, ou um pouco pior, o que os outros podem fazer, e, sim, fazer o que ninguém pode fazer", cité par R. Campos. « Os paradoxos da privatização » 05/07/98, Accessible

http://pensadoresbrasileiros.home.comcast.net/~pensadoresbrasileiros/RobertoCampos/os_paradoxos_da_privatizacao.htm (Nous tenons à signaler que nous traduisons librement toutes les citations au cours de ce travail) 35 M. Zorzal e Silva, fait une distinction entre « Welfare State » et « Estado desenvolvimentista ». Elle considère que « Welfare State » s’applique aux pays industrialisés et « Estado desenvolvimentista » aux pays en développement. Ce terme, dérive du verbe portugais « desenvolver », au Brésil il désigne le caractère d’un État qui promeut de façon active le développement du pays. M. Zorzal e Silva, « A Vale do Rio Doce na estratégia do desenvolvimento brasileiro ». EDUFES. Vitoria 2004., p. 37.

écrivain et membre de l’Académie

36 Roberto de Oliveira Campos

Brésilienne de Lettres. Dans ses idéaux, ont été les réformes de la Constitution, de la sécurité sociale, fiscale et des partis politiques, et l'accélération de la privatisation des entreprises publiques. Comme ministre du gouvernement de Castelo

Branco (1964-1967) il est le créateur du FGTS- Fonds de garantie pour la durée du service, du Compte d'épargne et de la BNDE (Banque Nationale pour le Développement Economique). Il fonde aussi le Statut de la Terre, qui a été adopté dans les années 70. Source : http://.netsaber.com.br/biografias/ver_biografia_c_3011.html Accessible le 6/04/2011

37 R. Campos, op.cit. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

(1917-2001), économiste, diplomate,

professeur,

21

!

économiques et la gestion publique ? Le niveau de démocratisation d'un pays peut-il influer sur les programmes de privatisation? 38

Pour comprendre les raisons pour lesquelles les privatisations sont mises en place, nous allons commencer le chapitre avec une rétrospective des raisons nationalistes. Ensuite, nous repèrerons les crises économiques qui ont entrainé le néolibéralisme et par conséquent,

la privatisation.

Crise et fonction de l’État

Les interventions de l’État dans l’économie ont commencé avant l’époque contemporaine. 39 Elles se sont multipliées au cours des XIXe et XXe siècles en raison de la grande crise mondiale des années 1930 et des deux grandes guerres mondiales. 40 Les motivations, la façon d’implémenter et les répercutions idéologiques sont variables en fonction des différents pays.

Parmi les motivations pour la nationalisation des entreprises, on peut nommer des facteurs de nature politique, économique ou sociale. Parmi les facteurs politiques, il y a les urgences produites par la mise en place des économies de guerre, suivie par les reconstructions ; à savoir, les offices français après la première guerre mondiale et les entreprises nationales après la seconde. 41 Les facteurs économiques sont associés à la théorie du monopole naturel et du pilotage des grands secteurs de base, dans lequel s’inscrit

l’industrie minière, y a aussi la lutte contre les monopoles, comme en France depuis la seconde guerre. 42 En ce qui concerne les nationalisations causées par le facteur social, celles-

ci se forgent comme le moyen d’égaliser un « consensus social ou de constituer un levier de

développement au profit de tous » 43 Les modes d’interventions sont d’ailleurs variés. En

premier lieu, l’État peut pratiquer l’intervention économique directe. Ce dernier étant producteur de biens stratégique comme l’armement et de services à disposition de la

38 H. Beinen et J. Waterbury (1989) cité par G. Biglaiser et. D. S. Brown, “The Determinants of Privatization in Latin America” Political Research Quarterly, Vol. 56, No. 1 (Mar., 2003), pp. 77-89 Sage Publications, Inc. on behalf of the University of Utah Stable URL: http://.jstor.org/stable/3219886 p. 3. 39 D. Barjot, “L’évolution économique mondiale au cours du XXe siècle: du protectionnisme à la mondialisation”, in C. Quetel, J. Vanwelkenhuyzen, (sous la dir. de), Les Tumultes d’un siècle, Bruxelles, Complexe, 2000, PP. 203-222, cité par Barjot. 40 D. Barjot, “Nationalisations et dénationalisations: une mise en perspective historique”, M. Chick et P. Lanthier, dir., “Nationalisations et dénationalisations”, Entreprises et Histoire, n. 37, décembre 2004, pp. 9-23.

41 Ibid.

42 Ibid.

43 Ibid. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011 22 !

population (transport urbain). Par ailleurs, l’État emploie des modèles de gestion déléguée (concession) ou de marché (travaux, fournitures ou services). 44 En Europe une diversité d’expériences illustre la complexité du phénomène de la présence de l’État au sein de l’économie. Notamment, la France et l’Italie; pays à forte intervention étatique sont deux exemples remarquables par le développement de leur secteur public. Ce modèle tient en place pour la plus part du XXe siècle, quand finalement il commence a faiblir.

Les crises économiques 1970–2000

Le premier choc pétrolier a lieu en 1973 et dure 16 mois. Le quadruplement du prix du pétrole par L’OPEC et la hausse des dépenses gouvernementales pour cause de guerre du Vietnam entraîne une stagflation aux Etats-Unis. Une nouvelle crise de l’énergie se produit entre 1979 et 1980, quand la révolution iranienne provoque de nouveau une forte augmentation du prix du pétrole. Au début des années 1980, l'escalade de l'inflation diminue la rentabilité des entreprises de manière générale. Les pays les plus industrialisés, à l'instar de la Banque Centrale américaine, déploient une politique monétaire anti-inflation. 45 La récession affecte largement les prix des produits de base. Un fort krach boursier aux Etats- Unis conduit à une récession dans la plupart des pays occidentaux de 1988 à 1992. La récession est aggravé par lr krach de la bulle immobilière au Japon. En 1997, l’Asie redevient source de crise, quand la devise thaïlandaise inflige des dégâts sur de nombreuses économies. En 2001, l’effondrement bulle « .com », les attaques du 11 septembre et les scandales comptables américains provoquent une légère contraction dans l'économie nord- américaine.

44 D. Barjot, M. F. Berneron-Couvenhes, dir., « Concession et optimisation des investissements publics », Entreprises et Histoire, juin 2005, n. 38 ; « La Concession, outil de développement », Entreprises et Histoire, n. 31. 2002. Cité par Ibid. 45 Stock Trading Togo. http://.stocktradingtogo.com/2008/07/18/timeline-of-all-recessions-and-world-crises-since-great- depression/

Tableau) 1 ) Repères)de)Crises) )

1973

Premier crise pétrolière

1979

Seconde crise pétrolière

1980

Récession Etats-Unis – dépression de prix de matières premières

1982

Crise Mexicaine

1988

Krach boursier Etats-Unis

1997

Crise asiatique

1998

Crise Russie

2001

Bulle « .com »

Source:) 1 ) Stock)Trading)Togo)/)Internet )

Néolibéralisme à partir de la fin des années 1970. Trois exemples

Au milieu des ces turbulences vont ressurgir les idées liberales. Premièrement identifié avec l'arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne en 1979 et Ronald Reagan aux États-Unis en 1980. Un ensemble de mesures est ensuite mis en place. La déréglementation, les privatisations 46 et les réductions d'impôt sont les mesures les plus importantes. Les pays utilisèrent le produit de la privatisation pour rembourser les emprunts, réduisirent le déficit public et celui du compte courant. 47

L’Europe : pays industrialisés démocratiques

Le programme de privatisation d’entreprises publiques du Royaume-Uni commence à la fin des années 1970 avec British Petroleum. Le cas britannique est particulier parce que plus de 20% des citoyens britanniques étaient actionnaires. Ainsi le passage de la nationalisation aux dénationalisations en Europe n’est-il pas simplement le résultat de

46 Le mot en Anglais « privatisation » fut d'abord utilisé par l'économiste britannique David Howell en 1970 Source : B. Harrison, «Finding a Role? The United Kingdom 1970-1990». Oxford University Press, 2010. Google Books. p. 337.

47 R. Ramamurti; G. Ridley, cité par G. Biglaiser et. D. S. Brown, op. cit, p.3. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

24

!

l’influence britannique. En réalité, une analyse plus détailler de l’exemple européen montre une grande complexité. 48 Quelques exemples nous permettent de comprendre. En France, un pays de forte tradition étatique, le mouvement de dénationalisation devient vite un champ de batailles entre les forces de gauche et droite. Les dénationalisations ont lieu en deux vagues. La première a connu un succès immédiat en 1986, avec les opérations de Saint-Gobain, la Société Général la Banque de Paris et des Pays-Bas. 49 Le programme est interrompu à l’occasion de la réélection de François Mitterrand en 1988. C’est la politique connu comme ni, ni ; ni privatisation, ni nationalisation. 50

Le bloc socialiste

Les anciens pays communistes comme la Russie 51 et la République Tchèque ont été les champions en termes de rapidité du processus de privatisation. 52 Dans la première phase du programme, les entreprises n'ont pas vendu, mais ont distribué gratuitement des bonus (vouchers) au public. Ces bonus pouvaient être échangés contre des actions de sociétés d'État ou de fonds d'investissement. C’est seulement par la suite, quand ils ont commencé à privatiser les grandes entreprises, que le mécanisme des enchères a été mis en œuvre. Malheureusement, en particulier en Russie, une grande partie du patrimoine public a été racheté par des technocrates du parti communiste, qui possédaient des informations privilégiées sur les entreprises privatisées.

L’Amérique latine

Au cours du XIX siècle, l’Amérique latine, n’a pas vu se former dans son sein un état ou une société capitaliste. Pour cette raison, c'est l’État qui assume la responsabilité de promouvoir le développement. L'enjeu est la transformation de la société des « exportateurs de produits agricoles» en société «urbain et industriel. » 53 L’ambiance politique et

48 D. Barjot, « Nationalisations et dénationalisations » op. cit.

49 Ibid.

50 D. Parker, Privatisation in the European Union: theory and policy perspectives, accessible à Google Books. 51 La Chine et la Russie, commencent à adopter spontanément l'économie de marché, même en conservant leur système politique autoritaire. La Chine a commencé son processus d'ouverture en 1978, avec Deng Xiaoping.

52 R. Campos, op. cit. 53 M. Zorzal e Silva, A Vale do Rio Doce na estratégia do desenvolvimento brasileiro, EDUFES, Vitoria, 2004, p. 36. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011 25 !

économique latino américaine présente un cas différent du reste du monde. La plus part des nations de la région sont en voie de démocratisation. Selon une étude comparative 54 de 16 pays d'Amérique latine pour la période 1980 à 1997, 55 En gros, leurs conclusions nous amènent à penser qu’il n’y a pas une corrélation claire entre la privatisation et des facteurs politiques. La privatisation en Amérique latine est plus susceptible de se produire lorsque le déficit public est en baisse, mais elle peut se produire dans différents contextes politiques. La thèse de la «lune de miel » n'est pas confirmée. La privatisation se produit souvent lors du dernier mandat. 56 En plus, les entreprises avec des dettes élevées sont moins susceptibles d'être vendues.

Conclusion chapitre

Les années 1970-2000, représentent une période de changements capitaux pour l'économie mondiale marquée par de sévères questions macroéconomiques qui induisent une révolution dans la gestion étatique.

A côté des motivations exposées, un autre argument se présente pour la diminution du rôle étatique. La capacité de gestion du gouvernement est considérée par de nombreux auteurs comme étant l'un des problèmes qui entravent l'efficacité des entreprises publiques et, partant, l'une des raisons pour la privatisation. Vernon, Boeker et Duron 57 font valoir que «souvent l'inefficacité de l'Etat est le principal argument pour expliquer la vente de biens publics. » Waterbury et Beinen 58 ajoutent l’idée que les entreprises publiques inefficaces contribuent au déficit public des pays en développement, ’e qui les empêche d’atteindre une croissance économique durable. Et de plus, selon Molano, 59 l’inefficacité énorme dans le secteur public est la principale raison de l'escalade du déficit budgétaire brésilien et de son

54 G. Biglaiser et D. S. Brown, op. cit. p. 1.

55 Biglaiser et Brown se proposent de tester statistiquement la corrélation entre la privatisation et sa dépendante de facteurs institutionnels. Ils veulent tester si l'idéologie et la démocratie peuvent influencer la profondeur et la rapidité avec lesquelles les réformes économiques seront mises en œuvre ; tout en analysant les facteurs suivants : le pouvoir politique du président, la polarisation politique, les jeux de forces dans le gouvernement. Les questions posées dans article « The Determinants of Privatization in Latin America The Determinants of Privatization in Latin America » sont les suivantes :

Un exécutif fort est-il plus susceptible d'enclencher une privatisation des retraites publiques ? En d'autres termes, les régimes non-démocratiques sont-ils plus susceptibles de mettre en œuvre le processus de privatisation? Un exemple est le Chili, qui a développé un vaste programme de privatisation en 1980 pendant le régime militaire. Les nouveaux élus des gouvernements sont-ils plus capables d’implanter des réformes ? Dans la période appelée «lune de miel», l’opinion publique soutient le gouvernement. Enfin, il a des gouvernements où l'exécutif dispose d’une large majorité législative. 56 Depuis que les premières entreprises ont été privatisées, le gouvernement a appris les étapes nécessaires pour mener à bien ce processus et le personnel a été formé pour remplir ce rôle, les futures privatisations deviendront plus faciles.

57 R.Vernon (1988); P. H. Boeker (1993); R. Duron (1994) cité par G. Biglaiser et D. S. Brown op. cit., p. 78.

58 H. Beinen et J. Waterbury (1989), cité par G. Biglaiser et D. S. Brown op. cit.

59 W. Molano, cité par G. Biglaiser et D. S. Brown op. cit. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011 26 !

inflation. Les entreprises publiques sont souvent utilisées comme un pôle d'influence. Pour cette raison, elles peuvent être la cible de protestations de la part des travailleurs et des groupes nationalistes. 60

Alors que nous trouvons toujours des concepts idéologiques marqués par le clivage gauche/droite, on observe des changements structurels survenus dans le camp socialiste, qui contredisent les idées d’origine sur l’intervention étatique. L’occurrence de ce phénomène suggère la thèse de la «troisième voie », une conception alternative aux nombreux mouvements politiques, les «ismes» : le libéralisme, le conservatisme, le socialisme, le corporatisme, la social-démocratie. Selon T. J. Power, tous ces termes galvaudés dans la littérature académique ont toutes des formes idéales typiques et pourtant, ils peuvent tous englober des variations importantes dans la pratique courante. 61

60 W. Molano, cité par G. Biglaiser et D. S. Brown, op. cit., p. 78. 61 T. J. Power, « Blairism Brazilian Style? Cardoso and the "Third Way" in Brazil », Political Science Quarterly, Vol. 116, No. 4, hiver 2001-2002, pp. 611-636. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

27

!

Chapitre)2 La)voie)brésilienne:)L’impact)de)la)mondialisation)sur)l’économie) du)Brésil )

“Au Brésil, même le passé est incertain.”

Pedro Malan 62

L’impact que les crises économiques produisent au Brésil n’est pas moins marquant que celles que nous avons apprises dans le chapitre précèdent. À l’instar des pays européens, l’État brésilien s’est engagé au XXe siècle dans un plan de nationalisation 63 visant à l’industrialisation du pays. Au Brésil aussi les crises ont abouti à une nouvelle conception de l’État et des reformes macro-économique. Pourtant, le cas brésilien a des spécificités.

Dans ce chapitre nous cherchons à comprendre ces spécificités. Il nous faut en premier lieu analyser le passage entre ces deux moments historiques : l’industrialisation, suivi par la croissance économique et les crises accentuées par l’hyperinflation. Nous aborderons d’abord le background de l’industrialisation et le développement de l’État entrepreneur brésilien. Ensuite, nous analyserons, l’économie du Brésil face aux crises économiques et la manière, dont la démocratie et les nouvelles théories américaines vont influencer la pensée économique brésilienne des années 1980-1990. A ce sujet, il sera intéressant de comprendre en particulier les trames du plan de stabilisation contre l’inflation.

62 Pedro Malan (1943-) Ministre de finance1997-2002., cité par Gustavo Loyola, « Planos Econômicos, omissão pode custar

caro »,

http://.febraban.org.br/p5a_52gt34++5cv8_4466+ff145afbb52ffrtg33fe36455li5411pp+e/CNF/HOME/Omiss%E3o%20pode

%20custar%20caro%20-%20Gustavo%20Loyola%20_Valor%2013-OUT-08

63 Le concept de “nationalisation” au sens strict, consiste dans le transfert de la propriété d’une entité de droit privé à l’État. (C. Andrieu, L. Le Van, A. Prost, (sous la dir. de), Les nationalisations de la Libération. De l’utopie au compromise, Paris, Presses de la FNSP, 1987; R. Milward, J. Singleton (eds), « The Political Economy of nationalization in Britain 1920- 1950 », , Cambridge UP, Cambridge 1995, cité par D. Barjot, op. cit., p. 9. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011 28 !

FEBRABAN,

São

Paulo.

pdf

Modèle brésilien : Rôle de L’État brésilien dans le processus d’industrialisation au XXe siècle

Les premières entreprises d’État sont crées aux début du XIXe siècle. Munck compare la croissance du rôle étatique au Brésil dans cette période avec l’État absolutiste du XVIIe siècle en Europe de l’est. Il a accomplie certaines fonctions d’accumulation primitive de capital nécessaire au mode de production capitaliste. Ceci en respectant toujours la limite de la structure du modèle féodal. 64

Jusqu'au début des années 1960, 52% des recettes d'exportations du Brésil proviennent de la vente de café. Le pays est alors essentiellement agricole et ne s’engage qu’au XXe siècle dans un processus d’industrialisation. Comme d’autres pays sous- développés, les conditions internes ne permettent pas au Brésil d'entreprendre une industrialisation rapide Le modèle brésilien de part son identité est spécifique dans « le processus d’industrialisation dit périphérique » 65 Pour qu'un tel processus ait lieu, le capital nécessaire, l'initiative du marché, du travail et les infrastructures doivent être trouvées. 66 L’État joue un rôle actif, en particulier après l’ascension au pouvoir de Getulio Vargas. Vargas est à l’origine d’un projet reposant sur des domaines considérés comme essentiels au développement du pays. Il s’agit d’une politique fondée sur le renforcement de la base de l'industrie:

la sidérurgie,

la pétrochimie, l'énergie

les transports.

Pour A. Castelar Pinheiro, le souci de la sécurité nationale a couvert trois questions principales :

!

l'inquiétude devant le manque de plusieurs produits clés au cours de la Seconde Guerre mondiale ;

!

le

désir

de

maintenir le

contrôle sur

les

industries publiques considérées

comme stratégiques ;

64 R. Munck, op cit, p. 4.

65 J. Buffet, thèse: « Brésil 1500-2000 Etude d’un processus de développement sous hypothèse d’ « industrialisation tardive » et analyse des métamorphoses de sa violence politique, économique et sociale. » Juillet 1991. UFR DGES IREPD. Grenoble, p. 610.

66 P. Faucher et P. Baggio-Huerre Industrial Policy in a Dependent State : The Case of Brazil. Latin American Perspectives, Vol.7, No. 1, Brazil: Class Interests and the State (1980) pp. 3-22 Acessible sur l’internet: http://.jstor.org/stable/2633349 Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

29

!

!

la

possibilité

de limiter

la

participation

l'économie brésilienne. 68

des sociétés

étrangères 67

dans

Dans le Tableau 2 nous observons que le rythme de interférence étatique s’intensifie depuis 1941. A cette occasion, Vargas crée entre autres : Vale, Petrobras, CSN et la BNDES. Deux autres moments marquants pour l’interférence étatique sont l’administration d e Juscelino Kubitschek 69 (1956-1961) et l’administration militaire 1964-1979. 70

Tableau 2 Création des entreprises d'État 1803-1976 71

2 Création des entreprises d'État 1803-1976 7 1 Source:) 2 )

Source:) 2 ) Revista)Visão)(31/08/1976))cité)par)R.)Munck,) op.$cit. ) p.)10. )

67 Les entreprises citées sont:

Embraer.

68 A. Castelar Pinheiro, « Reformas Estruturais : Privatização no Brasil: Por quê? Até onde? Até quando? » BNDES, p. 3.

http://.bndes.gov.br/SiteBNDES/export/sites/default/bndes_pt/Galerias/Arquivos/conhecimento/livro/eco90_05.pdf

69 Juscelino Kubistchek de Oliveira (1902-1976), président du Brésil entre 1956-1961) lance le «Plano de desenvolvimento Nacional” (Plan de développement national), également connu sous le nom "Plano de Metas” (Plan d’objectifs ). Sa fameuse devise: "Cinquante ans de progrès en cinq ans ».

70 La Grèce est un contre exemple au rapport souvent constaté entre gouvernement autoritaire et accroissement de

l'étatisation. Quand la dictature militaire est déposée en 1974, commence une période d’élargissement du rôle de l’État. La principale raison étant l’exode des capitaux étrangers. Source : Barjot, Nationalisations et Dénationalisations: quelles réponses à la crise? op. cit. p.5.

71 Une analyse plus détaillée des investissements publiques et privés de la période 1950-1970 est dans les annexes 4 et 5. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011 30 !

Fabrica Nacional de Motores, Álcalis, Lloyds, Serviço de Navegação da Bacia do Prata,

Dans les années 1960 le pays a une croissance de 6% par an. Dans la décennie suivante, la croissance moyenne ne du PIB annuel a atteint environ 9%. Cette période est connue comme «un miracle économique», alors que le pays est en plein essor.

Tableau) 3 :)Croissance) moyenne)du)PIB)brésilien.) )

Décennie !

PIB !

1961 R 1970 1971 R 1980 1981 R 1990

6,19%

8,51%

1,65%

Source:) 3 ) Banque)Mondiale ) )

Les crises impactent le Brésil

Toutefois, cette croissance accélérée est accompagnée par un niveau élevé de la dette qui conduit le pays vers la crise. La situation s’aggrave en 1978. Les États-Unis ont lancé une politique valorisant le dollar qui aura un impact majeur sur la dette extérieure brésilienne. Ensuite, la crise mexicaine de 1982 a pratiquement exclu le Brésil du marché international des capitaux. Entre 1981 et 1982, les taux d'intérêt internationaux ont fait un saut de cinq à sept points de pourcentage sur les frais d'intérêt de la période 1975-1978. En termes pratiques, les taux d'intérêt sont passés de 1% en 1976 à 1,5% en 1978. En outre, la dette extérieure a augmenté en moyenne de 16% à 20% pendant la période de 1978 à 1983. 72 La politique de développement par substitution des importations avait conduit l'économie brésilienne à être en dehors du commerce international. Ce modèle axé sur le marché intérieur commence à faiblir au début des années 1980. 73 Deux raisons expliquent ce fait. D'abord, le déficit du compte courant a ensuite été financé par les flux de capitaux étrangers. Deuxièmement, la dette extérieure du Brésil a été en grande partie négociée à des taux d'intérêt variable. Le gouvernement est obligé d'utiliser l'expansion monétaire et le crédit intérieur pour financer ses dépenses. Ces mesures ont conduit à des taux d'intérêt plus élevés et à l'inflation. Les entreprises ont plus de difficulté à se développer dans cet environnement.

72 M. Zorval e Silva., op. cit., p. 294.

73 D. Gonzales Chevarria, « O investimento externo direto das maiores multinacionais brasileiras como função de vantagens especificas, »memoìre máster, Directeur de recherche Luciana Marques Vieira, Universidade do Vale do Rio dos Sinos, São Leopoldo, Brésil, 2007, p. 14. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

31

!

Tableau) 4 ) Inflation)moyenne)par)an)1930 R 2005 )

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Source) Error!!Bookmark!not!defined. ) IBGE)cité)par) www.universitario.com.br ) )

En 1983, le PIB du Brésil montre une baisse de 3,4%. 74 Durant les années 1985 et 1986, l'économie reprend une–croissance supérieure à 7% par an. Toutefois, cette reprise est transitoire et le PIB redevient négatif en 1988.

Tableau) 5 :)PIB)Brésilien.) Période ) 1982) ) 1988 !

Année )

1982 )

1983 !

1984 !

1985 !

1986 !

1987 !

1988 !

PIB )

0,58% )

A 3,41% !

5,27% !

7,95% !

7,99% !

3,60% !

A 0,10% !

Source) 1 ) IBGE)www.ibge.gov.br )

Du coté de l’entrepreneur, les problèmes macroéconomiques se traduisent en difficultés pour concourir dans la scène mondiale. Un exemple clair est l’expérience de l’entreprise construction Odebrecht. Depuis 1992, la société cherchait à se développer à l’étranger. Son président avait listé des problèmes qui sa société rencontrait dans son rapport dans le milieu d’affaires internationaux.

« L’image du Brésil est très négative. La dette extérieure fait du Brésil un pays de risque élevé et ce risque s’est étendu aux entreprises brésiliennes. En plus, il apparaît d’autres problèmes de difficultés dans la compétitivité des entreprises brésiliennes. A savoir : la carence d'assurance à l'exportation appropriée ; une structure d'enseignement faible; l’absence de règles sur la zone économique durable ;

74 D. V. Coes, « Trade, International payments, and Brazil’s economic growth », Latin American Research Review, Vol. 26, No. 2 (1991) pp. 171-186, http//.jstor.org/stable/2503632 Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

32

!

agents dynamiques du développement, compatible avec le monde contemporain ; forte pression fiscale sur l'investissement industriel ; l'insuffisance des infrastructures ; le manque de financement adéquat. » % 75

)

L’influence de la pensée américaine. Le Consensus de Washington

Le processus de modernisation et d’internationalisation de la pensée économique au Brésil se déroule depuis les années 1960. ! 76 Les universités et centre de recherche brésilien adoptent de manière systématique les méthodes de la pensée économique américaine 77 . Le résultat est que la production académique commence à acquérir la forme des « modèles » 78 , en concordance avec les normes scientifiques des publications internationales. Ces idées se traduisent dans l’étude, « The Washington Consensus ». Publiée en 1989 par John Williamson 79 de l'Institute for International Economics Politics, il synthétise les dix points 80 que « toute personne à Washington considère comme nécessaire dans une certaine mesure dans toute l'Amérique latine. » Dans le même temps, Williamson s’ réfère aux «vieilles idées de développement économique qui ont prévalu depuis les années 1950 et ont été remplacées par des idées économiques longtemps guides de la pensée de l'OCDE » Ces lignes directrices sont résumées dans le «Néolibéralisme et ses conséquences au Brésil » 81 , et sont comme suit:

a. Des mesures efficaces pour lutter contre l'inflation par un ajustement budgétaire.

b. Privatisation des entreprises publiques.

c. Chute du protectionnisme et stimulation du commerce extérieur.

d. Prévalence de l'intérêt du marché.

75 E. Alves Odebrecht, « Odebrecht: internacionalização de empresa brasileira, » Revista de Administração, São Paulo v. 27, n.1, p. 76-79, janvier/mars 1992.

76 M. R. Loureiro, et G. T. Lima. 1995. « Searching for the Modern Times: The Internationalization of Economics in Brazil », Research in the History of EconomicThought and Methodology. Greenwich, Conn.:JAI. Cité par M. R. Loureiro « The Professional and Political Impacts of the Internationalization of Economics in Brazil, » 1996. 77 L’influence économiques des État-Unis se produit dans plusieurs domaines au XXème siècle. Selon D. Barjot, “l’américanisation s’est développée en trois vagues” pendant le XXème siècle. Les business schools deviennent un instrument de formation des dirigeants d’entreprise. (Voir D. Barjot, (introduction)., p. 21)

78 En Anglais: “formal models”

79 J. Williamson. « A Short History of the Washington Consensus », Fundación CIDOB pour la conference « From the Washington Consensus towards a new Global Governance », Barcelona, September 2004.

80 Les autres réformes du Washington Consensus sont: La discipline fiscale; 2. La réorganisation des priorités en matière de dépenses publiques ; 3. La réforme de la fiscalité ; 4.La libéralisation des taux d’intérêts ; 5. Les taux de change complétifs ; 6. La libéralisation du commerce ; 7. La libéralisation des investissements directs étrangers ; 8. La dérèglementation. ; 9. Les droits de propriétés.

81 E. Amann and W. Baer, « Neoliberalism and Its Consequences in Brazil », Journal of Latin American Studies, Vol. 34, No. 4 (Nov., 2002), pp. 945-959 Published by: Cambridge University Press Stable URL: http://.jstor.org/stable/3875728 Accessed: 12/06/2010 p. 946 Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

33

!

e. Ouverture et encouragement des investissements étrangers et contrôle réduit sur les capitaux étrangers.

Les organismes internationaux comme le FMI et la Banque mondiale font pression sur les pays d'Amérique latine en ce qui concerne les difficultés financières pour mettre en œuvre des mesures qui conduiraient à un équilibre budgétaire. 82 ! « L'intervention de l’État dans l'économie augmente à certains moments, pour être ensuite réduite quand elle devient excessive, si il y a excès de réglementation et d'intervention. Ensuite, l’État peut intervenir à nouveau dans un autre secteur. Cela n'a rien à voir avec la doctrine néo-libérale, mais avec un moyen efficace de gérer l'économie » 83

Inflation croissante

L’inflation au Brésil a battu tous les records et est la plus élevée dans le monde au cours de la seconde moitié du XXe siècle. 84 Nous avons une idée de l’importance du sujet pour la société brésilienne en regardant les couvertures de la revue Veja pendant 20 ans 85 .

« Dans les années 1970, le monstre de l'inflation a gagné la capacité de tourmenter l'économie brésilienne au cours des 20 prochaines années. » 86

On est à l’apogée en 1990, quand elle arrive presque à 3000% par an, ce qui constitue techniquement une hyperinflation. L’inflation devient «l’ennemi numéro 1 » des hommes politiques. Successivement les plans de stabilisation sont élaborés entre 1985 et 1994. Selon Azabache Moran et Witte 87 , l es plans appliqués au Brésil dans la période 1970-1990 sont fondés sur la théorie de l'inflation inertielle 88 .

82 J. Kelly 1996; A. J. Wint 1996, cité par G. Biglaiser et D. S. Brown, op cit., p. 3.

83 Luiz Carlos Bresser Pereira, ministre des Finances du 29/04/1987 à 20/09/1987. Témoignage administré par voie orale à

16/09/1988.

http://.anpocs.org.br/portal/publicacoes/rbcs_00_19/rbcs19_01.htm

84 S. Fausto, aide du Ministère de Finance du Brésil, présentation accessible sur l’internet http://.slideshare.net/ecsette/o- plano-real

85 Voir couvertures de la revue Veja dans l’annexe 8.

86 Revista Veja. http://veja.abril.com.br/arquivo_veja/inflacao-economia-planos-pacotes-real.shtml

87 C. A. Azabache Moran et G. Witte, A conceitualização da inflação e uma análise dos planos econômicos brasileiros de 1970-1990. 1993. http://.upf.br/cepeac/download/rev_n01_1993_art6.pdf

88 Selon L. Aranha (1956), “le taux de l'inflation à un moment donné est fortement liée à des taux d'inflation dans le passé. En d'autres termes, l'inflation est une composante importante de l'auto-entretenue automatique.” Ibid. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

l'Institut universitaire

de

recherches de

Rio de Janeiro (ILJPERJ) le

34

!

Ta bleau) 6 :)Inflation)Brésilienne) R ) 1981 R 1990.) )

)
)

Source:) 4 ) Banque)Mondiale )

Repères des Plans de stabilisation contre l’inflation

1985-1986

Plan Cruzado

Le contexte sociopolitique du Plan Cruzado est marqué à la fois par une transition politique et l’inauguration d’une nouvelle République 89 . A la suite de la mort de Tancredo Neves 90 , le vice-président, José Sarney, 91 assume la présidence du pays. Nous sommes en mars 1985. Deux forces politiques s'opposent au sein du gouvernement : le PMDB 92 et le PFL 93 . Dans le PFL, les orthodoxes établissent un plan de stabilisation, le PMDB défendent la ligne Keynésienne 94 et la pensée structuraliste.

89 “A Nova Republica” est le période politique que commence en 1985 quand les élections présidentielles sont repris après les période militaire. 90 Tancredo de Almeida Neves (1910-1985) fut élu président du Brésil en 1985 mais décéda avant d'avoir pu occuper son poste.

91 José Sarney de Araujo Costa (1930 -) président du Brésil entre 1985-1990.

92 Partido do Movimento Democrático Brasileiro (PMDB) est le plus grand parti politique au Brésil. Fondée en 1980, il est le successeur du Movimento Democrático Brasileiro (Mouvement démocratique brésilien) , la légende de l'opposition au régime militaire en 1964. 93 Partido da Frente Liberal (PFL) est un parti politique brésilien fondé en 1985. En 2007, les membres ont décidé de leur cessation formelle et à sa place s'éleva une guilde appelée Democratas. 94 Le “keynésianisme” fondé sur la pensé de l’économiste anglais John Maynard Keynes (1883-1946). En bref, elle présuppose la croyance dans l'action agressive du gouvernement pour stabiliser l'économie. Source:

http://.econlib.org/library/Enc/bios/Keynes.html Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

35

!

Les architectes du Plan Cruzado étaient Persio Arida, Ministre de Finance, et l’économiste André Lara Resende. Les deux appartiennent à un courant de pensée économique de la Pontificia Universidade Catolica du Rio de Janeiro (PUC-RJ). Ils ont étudié aux États-Unis et avaient des contacts avec la Banque Mondial et le FMI. Ils ont mis en oeuvre la théorie de l’inflation inertielle en appliquant un choc hétérodoxe qui congèle les salaires et les prix. Malgré sa base théorique bien élaborée, le Plan Cruzado n’a pas réussi à contrôler l’inflation de manière durable. Luis Carlos Bresser Pereira, ministre de finance de la période suivante soutien que le Plan Cruzado était responsable pour emmené l'économie du Brésil au chaos. Il défend que:

“Ce plan, a été bien pensé et préparé par un groupe d'économistes de qualité, puis a été mal géré par un certain nombre de raisons - principalement par les populistes, nationalistes de développement, le PMDB et le gouvernement de José Sarney - et, finalement devient un échec retentissant. Il est devenu un cas classique de l'expérience populiste en Amérique latine.” 95

Cet aussi l’opinion de Pereira et Sardenberg : 96

«Le Plan Cruzado était un bon plan en termes de cohérence théorique et de l'exactitude technique, l'échec est dû à des contraintes politiques et au populisme du président Sarney et son parti 97 . »%

!

1986 – Plan Cruzado II (ou Cruzadinho)

Paru le 2 novembre sous le ministère des finances de Dilson Funaro. Le nouvel ensemble de mesures économiques avait pour objectif de limiter la demande. Les principales mesures adoptées sont l’augmentation du prix de plusieurs services et produits de référence pour le calcul de l’inflation. A savoir, les carburants marqués par une augmentation de 60% de l'essence et de l'éthanol mais aussi du prix des voitures de 80% et du sucre de 25%. Concernant les services publics il a eu l'augmentation des tarifs des téléphones publics de 30%, la poste de 180% et de énergie électrique de 40% 98 . Après réinitialisation, tous ces tarifs ont été gelés à nouveau. On a observé que la conséquence de ce plan a été une augmentation plus importante de l'inflation tirée principalement par l'augmentation de la

95 L. C. Bresser Pereira, op.cit.

96 Pereira et Sardenberg citént par M. R. Loureiro, op. cit.

97 Le parti politiqué du Président Sarney était à l’époque le PMDB.

98 C. A. Azabache Moran et G. Witte, op cit. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

36

!

demande finale. Ces mesures ont suscité un vif mécontentement parmi la population parce qu'il a eu des changements dans le calcul de l'inflation.

1987 – Plan Bresser

Le plan qui porte le nom du ministre Luis Carlos Bresser Pereira intègre les caractéristiques positives du Plan Cruzado. Ce nouveau choc est considéré comme peu orthodoxe, mais intègre certains éléments de l'orthodoxie. Contrairement au Plan Cruzado, l'économie se trouve déjà en processus de décélération. Le plan cherche à conserver ce statut grâce à une réduction les salaires réels, ainsi que le maintien d'un taux d'intérêt et de exchange élevé.

1989 – Plan « Verão » 99

Le Plano « Verão » est la troisième tentative du gouvernement Sarney de contrôler l’inflation. Préparé sous la tutelle des ministres Mailson da Nobrega, João Batista de Abreu, Dorothea Wernek, le plan met en place une reforme monétaire. Il avait été de la même conception que le package anti-inflationnistes déjà appliquée au Brésil et dans d'autres pays, ne différant que par l'extinction de la correction monétaire. 100

1990 - Plan Collor

Le plan Collor va laisser la population stupéfaite. Ce plan a provoqué de nombreux

changements substantiels dans les domaines : monétaire, financier, fiscal ainsi comme le commerce extérieur, le contrôle des prix et des salaires. Dans le domaine monétaire, le

et

« cruzeiro » été réintroduit pour remplacer la « cruzado novo ». Une réforme fiscale administrative est lancée, visant à accroître les recettes et réduire le déficit public.

1991 - Plan Collor II

En raison de l'accélération de l'inflation en 1990, le gouvernement Collor a adopté un nouvel ensemble de mesures en janvier 1991. Ce nouveau plan, se caractérise essentiellement sur la recherches des mêmes objectifs que le plan antérieur. C’est à dire l'ajustement des

99 Plan d’été.

100 Ibid., p. 135. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

37

!

comptes

libéralisation économique.

publics

principalement des

États

1993 - Plan Real, Le Tournant

et

des municipalités

et

un

processus de

Le Plan Real est créé en 1993 à l’époque du gouvernement du président Itamar Franco et du ministre des Finance, Fernando Henrique Cardoso. La conduite du Plan Real incombe des économistes responsables pour le Plan Cruzado ; Persio Arida est le président de la Banque Centrale et a pour directeur Gustavo Franco. Pedro Malan et Edmar Bacha sont au Ministère de Finance. Pour la première fois, un plan se distingue par sa complémentarité et son autonomie politique. Les économistes disent aujourd’hui, qu’ils n’ont pas pu mettre en place les moyens techniques qu’ils voulaient utiliser pendant le Plan Cruzado car les intérêts électoraux du PMDB ne l’ont pas permis. 101

« Le Plan Real a montré une similitude avec les plans d’autres pays, fondés sur la stabilisation du taux de change d’ancrage. Initialement, on observe une euphorie associée à une forte baisse de l'inflation qui provoque des effets positifs sur la répartition des revenus, la réouverture de canaux de crédit et l'expansion de l'activité économique. » »102

Le plan a été mis en œuvre en trois étapes. La première étape a débuté le 14 juin 1993. Le Programme d’action immédiate (PAI) qui consiste en un ensemble de mesures axées sur la réduction des dépenses publiques et la recherche d’une plus grande efficacité a été implanté. La deuxième étape a été l'introduction d'une valeur de référence stable, connue sous le nom de « Unidade Real de Valor » (URV) 103 le 28 février 1994. Il s’agit d’une phase de transition nécessaire entre la nouvelle et l’ancienne monnaie pour gérer les conflits des prix et des contrats en vigueur. Elle a contribué a créé une nouvelle unité de système monétaire national, le real (R$). 104 Le plan a été un succès. On observe qu’au cours des douze derniers mois qui précèdent le plan Real (juillet 1993-juin 1994), l’inflation mensuelle moyenne était de 40%. Dans les douze mois suivants, le taux a chuté à 3,7%. Ensuite, entre juillet 1994 et juin 1995, la moyenne mensuelle était proche de 2%. Le changement moyen des prix agricoles (IPR) et des prix de gros (IPA) sont encore plus faibles, inférieurs à 1%.

101 M. R. Loureiro, op. cit.

102 A. R. Bello Moreira, A. Fiorencio, E. Caiado Rocha Lima, « Os impactos das políticas monetária e cambial no Brasil pós plano real », IPEA, Acessible sur l‘internet.

103 « L’unité Real Valeur » Medida provisória 43. 104 Le 30 juin 1994 a été publié la mesure provisoire 452/94. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

38

!

)

)

Tableau) 7 :)Evolution)de)l'inflation)moyenne)mensuelle)entre) juillet ) 1992)et)juin)1996.) )

Les)indices)de)prix !

jul/92! ! jun/93 ! 26,19 ! 26,78 ! !

jul/93! !

jul/94! !

jul/95! !

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Jun/95 !

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40 ,33

3,72

1,95

39,11

2,12

0,88

FGV R IGP ) IPA )

! Droits)de)propriété)intellectuelle)(1) ) 27,53 ! 39,53 ! 0,73 !

1,59

26,77

38,48

 

0,55

0,87

Source) 2 ) DIEESE,)FGV) http://.die ese.org.br/esp/real/cjujul96.xml ) )

Conséquences du Plan Real

Le Plan Real va entraîner la réévaluation du taux de change. Ceci va augmenter fortement les importations. À ce moment-là, les tarifs d'importation ont été révisés en tant que mécanisme de retenue des importations débridées. Les importations et les exportations, reflétant l'expansion substantielle du commerce extérieur, entraînent un déficit de la balance commerciale. Après l’application du Plan Real, le déficit budgétaire est de plus en plus alarmant. Le gouvernement commence un programme ambitieux de réforme fiscal. Les dépenses publiques sont restreintes et les efforts visant à accroître le financement du système de sécurité sociale commencent. 105

La productivité industrielle au Brésil

Pendant les années 1970, la productivité connaît une évolution extrêmement favorable. Elle augmente selon un accroissement simultané de la production et de l’emploi. La récession de la première moitié des années 1980 contraint les entreprises à adopter des pratiques défensives, ce qui entraîne une réduction du nombre des emplois bien supérieure à la chute de la production. 106

Entre 1970 et 1995, l’indice de productivité dans l’industrie de transformation 107 montre que la productivité industrielle croît de 4% par an. L’indice utilisé est celui de la production physique par personne liée à la production 108 . Le fait d’adjoindre de nouveaux produits et de nouvelles entreprises contribue certainement à augmenter la productivité.

105 E. Amann et W. Baer, op. cit.

106 J. Saboia, C. Salm, P. G. M. de Carvalho, « Brésil: la productivité de l’industrie. » Problèmes d’Amérique latine. N. 26. Juillet-septembre 1997, Paris, p. 75.

107 Indice preparé par PIM-DG et PIM PF/IBGE. Les auteurs s’interrogent si les données collectées doivent être examinées pour savoir si la productivité est sous-estimée ou surestimée. Surtout, il faut évaluer les poids attribués à chacune des informations. Ibid., p. 75. 108 A partir de 1985, l’indice calcule la production physique par heure payée. Cependant, l’écart entre les deux indices étant relativement faible, on n’utilise que le premier indice pour présenter les données à long terme. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

39

!

Tableau) 8 ) Évolutio n) du) taux) de) productivité) au) Brésil) entre) 1971 R 1996 )

taux) de) productivité) au) Brésil) entre) 1971 R 1996 ) Source) 3 ) Saboia,)Salm,)Carvalho) op.$cit. )

Source) 3 ) Saboia,)Salm,)Carvalho) op.$cit. ) p.)10.) )

Le tableau 8 nous donne un aperçue du rapport entre la production et l’emploi. La corrélation négative entre le deux se reflet sur la productivité. Entre 1981 et 1984 la productivité est de 6,5%a.a. Dans les années suivantes l’emploi s’accroitre et affecte négativement la productivité. Pour la période 1990-1996, l’indice annuel monte à 8%.

« Si l’on peut être surpris par le taux élevé enregistré au cours de la première moitié des années 1990, on l’est moins lorsqu’on le compare au taux enregistré dans un passé récent. De fait, la similitude de comportement de la production, de l’emploi et de la productivité au cours des récessions du début des années 1980 et 1990, est considérable. Le grand changement s’opère seulement à partir de 1993. L’industrie redémarre, sans que l’emploi industriel recouvre son niveau antérieur. Ceci va finalement induire un accroissement exceptionnel de la productivité. » ! 109

Si l’on compare les taux de productivité réalisés par l’économie brésilienne aux taux mondiaux, on constate qu’ils se situent dans la norme mondiale, notamment lorsqu’on les rapporte à ceux atteints par l’industrie des pays asiatiques. Dans le cas présent, le taux historique est de 4% par an, taux qui atteint 7% par an au cours de la première moitié des années 1990. !

109 Ibid., p. 76. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

40

!

Tableau) 9 ) Comparaison) des ) taux)de)productivité)1970 R 1980)et)1980 R 1990 )

Pays )

1970R 1980)

1980R 1990)

Chine !

ND !

9,3!

Corée !

11,4!

8,4!

Inde !

1,9!

7,8!

Argentine !

2,9!

1,2!

France !

ND !

2,0!

Canada !

3,9!

1,2!

Japon !

7,6!

3,1!

Source:)Saboia,)Salm,)Carvalho,)en)citant)le) World$Development$Report ,)1995) )

L’augmentation de la qualité moyenne des produits, qui n’est pas prise en compte, pourrait contribuer également à l’accroissement de la productivité. Dans cette optique, l’indice de l’IBGE sous-estimerait la productivité. 110 Le fort accroissement enregistré dans la première moitié des années 1990 est lié à l’introduction d’un vaste ensemble de méthodes de gestion de la production visant à accroître la compétitivité des entreprises.

110 Ibid., p. 74. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

41

!

Conclusion du chapitre

Le XXe siècle marque la transition du Brésil en direction à industrialisation. L’État joue un rôle de premier plan. Notamment, au cours des gouvernement Vargas et militaire, durant la deuxième moitie du siècle se bâti une structure productive. La pénurie d’un système de capitaux interne oblige l’État à prendre la responsabilité du financement. Le nationalisme économique, reflété par les directives pour maintenir l'exploitation du sous-sol dans les mains des brésiliens, a marqué la création de Vale et Petrobras. 111

Après un période de croissance – le milagre econômico aux cours des années 1970 – les crises mondiales causent l’aggravation des déséquilibres macroéconomiques au Brésil. L’inflation est l’expression dramatique de cette situation. Si on peut conclure que l’impact des crises économiques au Brésil n’est pas tellement différent de celui dans les pays développés ou les pays de régimes non-démocratiques, l’inflation chronique brésilienne en fait aggrave la situation.

Après des plans successifs de stabilisation monétaire inefficaces, le Plan Real arrive à contrôler l inflation. Au même moment, le coût de la stabilité aggrave les déséquilibres sous- jacents comme le déficit public. Dans le cas du Brésil, le coût du plan de stabilisation, les politiques de libre-échange et la réduction des tarifs extérieurs ont généré une augmentation des déficits de la balance commerciale, mais aussi, des effets secondaires comme les taux d'intérêt élevés pour financer cette politique. 112 Dans ce cadre, la privatisation va jouer un rôle de redressement.

111 A. Castelar Pinheiro, op. cit., p. 3.

112 Bello Moreira, Fiorencio, Caiado Rocha Lima., op. cit. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

42

!

Chapitre)3 La)privatisation)au)Brésil )

«Je me souviens que lorsque le programme a commencé, nous avons parlé de «40 milliards de dollars, et je n’arrivais pas à démontrer comment y arriver. La presse demanderait d’où viendrait les 40 milliards de dollars ! Eduardo Modiano, président BNDES 1990-1992 " 113

La privatisation au Brésil se réalise comme dans tout autre pays au monde. Elle englobe des raisons d'ordre économique, politique, philosophique et éthique. Il y a cependant des spécificités qu’il nous convient d’examiner.

Dans ce chapitre nous regarderons précisément le long chemin de la privatisation au Brésil, entre 1979 et la fin des années 1990, avant la privatisation de Vale. Bref, nous nous intéresserons à comprendre :

a. Comment les forces politiques se mettent en place dans la genèses du programme de privatisation.

b. Quelle est la fonction des cadres techniques dans le processus.

c. Quelles sont les répercussions que la privatisation des entreprises a sur la productivité de l’industrie.

Mise en route

Les premières actions en direction de la privatisation au Brésil datent de 1979 avec le Programa Nacional de Desburocratização, 114 sous le gouvernement du président Figueiredo 115 . Comme nous avons vu dans le chapitre précédent, il s’agit d’un moment de profonde transformation politique au Brésil. L’ouverture démocratique et les premières élections pour les cadres de l’exécutif vont ponctuer un moment de turbulences économiques dans le pays. La plupart des Etats brésilien’ avaient des difficultés croissantes à poursuivre le financement des infrastructures de leur système productif, surtout face aux déficits publics importants. Selon Lustosa da Costa et Peci :

113 E. M. Modiano, « Um balanço da privatização nos anos 90 ». BNDES.

http://.bndes.gov.br/SiteBNDES/export/sites/default/bndes_pt/Galerias/Arquivos/conhecimento/ocde/ocde09.pdf

114 « Programme National de Débureaucratisassions ». Decret n° 83.740

115 João Batista de Oliveira Figueiredo (1918-1999), dernier président régime militaire, pour le mandate de 1979-1985. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

44

!

« L'absence d'une option politique claire en faveur de la privatisation, a fait de la période 1979-1990 un laps de temps caractérisé principalement par des tentatives de contenir la croissance extensive de la bureaucratie de l’État 116 117

À cette époque, seule la privatisation des entreprises sous contrôle temporaire de l'Union a été envisage. Il s'agissait d'une petite partie des entreprises d'État. 36 En 1981 est créé un secrétariat pour contrôler les sociétés d’état : Secretaria Especial de Controle das Empresas Estatais (SEST). 118 Le gouvernement commence à se préoccuper des dépenses et des investissements de ses entreprises. La SEST identifie 505 sociétés sous le contrôle public fédéral, dont 268 sont des sociétés d’État. Un tiers de ces dernières furent étatisées car elles étaient au bord de la faillite. Seulement 40 furent crées par décret. 119 En suite, en juliet 1981, est crée la Comissão Especial de Desestatização 120 qui contraint la création de nouvelles entreprises d’état et trace les premières lignes dans la direction du transfert de ces entreprises au secteur privé. Selon Pinheiro et Oliveira Filho, pendant cette période, les privatisations ont pour objectif décélérer l’expansion du secteur publique plutôt qu’une préoccupation d’efficacité. 121

Les années Sarney

Pendant le gouvernement de José Sarney les programmes de privatisation en Europe et dans les anciens pays communistes s’intensifient. Au Brésil, ils commencent à faire sentir leur influence. Le gouvernement de Sarney crée le « Conselho Interministerial ». 122 ’Le principal but de ce conseil est d'accroître la transparence et l'attrait politique du processus de privatisation. A partir de ce moment, la privatisation devient un moyen pour comprendre l'ouverture du capital, la vente de participation des actionnaires et la désactivation des entreprises sous le contrôle du gouvernement fédéral. Les premières privatisations fédérales se sont déroulées en 1987. Durant le gouvernement de Sarney se forme une nouvelle constitution fédérale qui va consacrer un ordre économique national

116 En portugais: Máquina estatal est une expression qui désigné la bureaucratie d’état lourde, inefficace et qui peut s’organiser pour se maintenir au pouvoir.

117 F. Lustosa da Costa, A Peci, op cit, p.17.

118 Décrets loi no. 86.212, du 15/07/1981, et no. 86.215, du 15/12/1981

119 F. Lustosa da Costa, A. Peci, « Desestatização como estratégia de reforma do estado: análise preliminary da privatização no Brasil na Nova República. » Fundação Getulio Vargas.

120 Commission Spéciale de Désétatisation.

121 A. Castelar Pinheiro, L. C. Oliveira Filho, « Privatização no Brasil: Passado, Planos e Perspectivas », IPEA, Brasília, Rio de Janeiro: 1991, cité par F. Lustosa da Costa, A Peci.

122 Conseil interministériel. Décret n ° 91.991/85. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

45

!

fondé sur les principes de l’économie de marché. 123 En même temps qu’elle souligne la modernisation de la gestion publique, elle redirige les ressources vers les besoins du secteur sociale au Brésil. Il y a deux aspects clés à souligner : la restriction à la création de nouvelles entreprises d’État et l’autorisation pour les services publiques de passer au secteur privé. 124 Le 28 avril 1988, est établi le « Programa Federal de Privatização », 125 son but est de répondre au processus de privatisation. De 1985 à 1990 sont réalisées 17 privatisations. Le résultat final pour le trésor est de 549 millions de dollars et un transfert de dettes du secteur privé de 620 millions de dollars. 126 Selon L. Velasco Jr, 127 ces opérations de vente ont peu à voir avec la volonté politique du gouvernement. Elles se produisent grâce aux efforts de la BNDES. L. Velasco Jr. affirme que la détermination technique prévaut sur « les motivations idéologiques et les pressions externes ». ! 128

Pour la Banque Mondiale, l’instauration de programmes de dénationalisation au Brésil durant les années 80 est un exemple classique de faillite. Le rythme et l’amplitude de vente des entreprises de l'État sont inférieurs à celui annoncé pour le gouvernement. En plus, la plupart des ventes ont été faites par la BNDES, comme le confirme Marcio Fortes. 129

« La privatisation, en fait, n'était pas vraiment une politique centrale. Il était nécessaire pour la BNDES ,, en premier lieu, de générer des ressources au sein de leur propre patrimoine, d'autre part, d'obtenir des liquidités pour leurs activités habituelles et, enfin pour soulager sa propre administration, alourdie par la gestion de plus de 25 entreprises d'une grande complexité. » 130

L’administration Collor

Si les actions cherchant la reforme de l’État étaient en cours depuis des années quand Fernando Collor est élu président en 1990, c’est lui qui est le plus souvent associer aux reformes libérales. Il a réussi à défendre au cours de sa campagne l'idée de la nécessité de

123 J.P. Bichara, « La privatisation au Brésil : aspects juridiques et financiers », thèse croit international Paris 1 – 2004.

eficiencia

Econômico,

FEVEREIRO-2006-ADILSON%20DALLARI.pdf

125 Programme Fédéral de la Privatisation. Décret n ° 95886.

124 A.

Abreu

no.

Dallari,

5

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mars,

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http://www.bndespar.com.br/SiteBNDES/export/sites/default/bndes_pt/Galerias/Arquivos/conhecimento/livro/eco90_06.pdf

127 F. Lustosa da Costa, A Peci, op cit, p. 5.

128 Ibid, p. 2.

129 A. Castelar Pinheiro, op.cit. p. 158.

130 Marcio Fortes, président de la BNDES, Ibid. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

46

!

restructurer l'Etat brésilien. Il devient célèbre comme « caçador de marajás 131 ». Ainsi, il est capable de neutraliser les groupes nationalistes et la gauche. ’Le programme de Collor se composait alors de réformes visant à:

a) la déréglementation économique, y compris la fin du contrôle des prix de mécanismes pour les produits et services et l'élimination des marchés protégés et d'autres contraintes réglementaires sur les investissements étrangers ;

b) la libéralisation du secteur extérieur, inclus : la réduction des tarifs douaniers, la suppression des obstacles non tarifaires et la déréglementation du compte de capital ;

c) la privatisation des industries de fabrication et des services d'utilité publique. 132

Le centre de décision est le « Conselho de privatização 133 », sous le commandement de Eduardo Modiano, 134 président de la BNDES, où la privatisation est devenue la pièce maîtresse de la nouvelle pensée. Les gestionnaires de la BNDES pensent la privatisation comme un mécanisme efficace de intervention de l'Etat. 135 Modiano a remarqué que entre 1990 à 1992, les réformes ont entrainé une rupture de « l'ancien modèle », où l'Etat s’occupait des activités productives. ! 136 L'action de l’Etat est redirigée ’vers ses activités de base (éducation, santé, assainissement, logement). Au début de 1991, le gouvernement lance le « Programa de Competitividade Industrial » (PCI) 137 sous forme d’un mélange d'incitations fiscales du gouvernement fédéral et de crédit subventionné. Ces ajustements ramènent le prix de l'investissement notamment pour les secteurs de l'agro-industrie, la fabrication et de la haute technologie. Les observateurs font remarquer que les prétentions du PCI sont un retour au Brésil développementaliste des années 1950, quand Juscelino Kubitschek organisait des «grupos setoriais». 138 139 Le PCI ambitionne mettre en place un vaste plan visant à réorganiser la politique industrielle brésilienne en cherchant plus d’efficacité et de compétitivité.

131 Le chasseur de maharajas.

132 J. C. Ferraz, D. Kupfer, M. Iootty,, op. cit., p. 5.

133 Conseil de la privatisation.

134 Eduardo Marco Modiano est président du BNDES de mars 1990 à octobre 1992.

135 A. P. Montero, « State Interests and the New Industrial Policy in Brazil: The Privatization of Steel, 1990-1994 », Journal of Interamerican Studies and World Affairs, Vol. 40, No. 3 (Autumn, 1998), pp. 27-62, Center for Latin American Studies at the University of Miami, http://.jstor.org/stable/166199.

136 E. M. Modiano, op. cit., p. 6. (2000)

137 Programme de compétitivité industrielle.

138 Groupes sectoriels.

139 A. P. Montero., op. cit. p. 33. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

47

!

Programme national d’ désétatisation (PND) 140

En 1991, est lancé le « Programa Nacional de Desestatização 141 » (PND). Modiano était le responsable de la mise en place de ce programme. L'objectif initial est de produire 40 milliards de dollars de recettes. « Comment sommes nous arrivés à ce chiffre? » se demande Modiano dans son récit sur cette période. La difficulté dans l'estimation des actifs pour la vente doit être remise dans son contexte. A cette époque, l'environnement macro-économique au Brésil est très négatif : forte inflation, dette extérieure élevée, absence d’épargne et la majorité des entreprises d'Etat en déficit. Ceci va avoir pour principale conséquence la dépréciation des actifs brésiliens. Les informations disponibles pour le calcul de cet objectif reste à ce jour limitées.

Selon Modiano, après la destitution de Collor 142 le processus de privatisation se poursuit, mais sans objectifs clairs. Les questions portant sur la réglementation de l'économie sont «arriérés». Modiano se réfère à cette période 1993-1995 sous le nouveau président Itamar Franco 143 comme la « deuxième phase 144 » du programme de privatisation. Franco est réputé pour avoir eu des hésitations à continuer le programme de privatisation. Ensuite, il est responsable de l'ouverture « des ride aux de » privatisations, en donnant de la transparence au processus de vente des entreprises. Jose Ferreira de Castro, conseilleur du président Franco, a précisé dans la défense de la reforme de décembre:

« La vente des entreprises d’État ne devraient pas être protégées, comme s’il s’agissait de secrets État, car cela c’est fait jusqu'à présent. En réalité, la vente aux enchères n'est pas seulement de l’intérêt des acheteurs. La société (brésilienne) doit voir le processus même plus. » 145

Les années Cardoso

Au président Fernando Henrique Cardoso 146 est attribué une politique étrangère qui porte sur des questions mondiales comme la démocratie et les droits de l'homme, le libre-

140 Décret loi no. 8.031/90 du 12/04/1990 (Cette loi est plus tard abrogée par la loi fédérale no. 9.491/97 qui, selon J. P. Bichara, constitue le régime juridique actuel des opérations de privatisation au Brésil. Elle envisage toutes les modalités opérationnelles du désengagement de l’Etat des activités économiques).

141 Programme national de désétatisation.

142 Impeachment de Fernando Collor de Mello, 29/09/1992.

143 Cautier Itamar Franco Augusto (28/06/1930 - _) Succède Collor de Mello comme président du Brésil - à partir de 02/10/1992 au 01/01/1994.

144 E. M. Modiano se report à trois phases du programme de privatisation. Commençant la première phase par Collor :1990- 1992 ; Deuxième phase sous Itamar Franco ; 1993-1995 ;Troisième phase sous Cardoso, après 1996. E. M. Modiano, op. cit,

145 A. P. Montero, op. cit., p. 52.

146 Fernando Henrique Cardoso (1931 -). Sociologue et président du Brésil de 1995 à 2001. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011 48 !

échange et la protection de l'environnement. Dans le même temps, les disputes et les confrontations dans le commerce international se sont aggravées. 147 Malgré le changement de gouvernement et le départ de Modiano en 1992, les fonctionnaires en charge du processus de privatisation continue à appliquer les mêmes objectifs. La pensé de la BNDES a exercé son influence sur le prochain président, Fernando Henrique Cardoso. La privatisation fait le "grand saut" pour être dirigée vers les services publics d'infrastructure. Dans cette période qui complète la "loi de privatisation" et donne la répartition des monopoles constitutionnels. 148 La réforme de l'appareil d'Etat, proposé par Fernando Henrique Cardoso, favorise le changement dans l'ordre économique, de manière à permettre la prévalence du marché et donner un nouveau rôle à « l’État contemporain ». Dans ce contexte, la privatisation est considérée comme un remède à la crise qui frappe. Elle se caractérise non seulement aux moyens pour réduire la dette publique, mais aussi à une partie du processus visant à accroître l'efficacité du système économique. Pour Pedro Malan, ministre de la finance, la privatisation au Brésil était urgente pour des raisons:

Fiscales

D'efficacité économique

De retour du gouvernement à l'orientation sociale 149

Ainsi, sous l'administration Cardoso, le volume de privatisations devient plus représentatif et se conclue la vente du secteur industriel d'État. Le processus est entré dans une phase nouvelle, ciblée sur la privatisation des concessions de services publics d'infrastructure, tout en stimulant la vente des entreprises d'Etat public. Dans le même temps, une série d'amendements constitutionnels, cherche à renforcer le rôle de l’État dans la planification, la réglementation, le contrôle et la supervision des services publics concédés. 150

Participations des capitaux étrangers dans la privatisation

Les investisseurs étrangers participent activement au processus de privatisation au Brésil. Il n’y a aucune restriction sur la participation des capitaux étrangers dans le capital de

147 L. A. Moniz Bandeira op. cit, Ibid., p. 22.

148 En 1995, le Congrès aprouvé l’amendement constitutionnel qui autorisé des societés privées à exploiter des activités dans les domaines des télécommunications et l'exploration des minéraux et pétrolière. En plus, c’est la fin de la distinction entre une « société brésilienne » et une « société brésilienne de capitale nationale ». L'autorisation inclus toutes les sociétés constituées en vertu de la loi brésilienne qui ont leurs siège et leurs domicile dans le pays. Source: F. Lustosa da Costa, A Peci, op. cit. p. 8. 149 Jornal do Brasil, «As expectativas de Malan» 07.05.1997, p. 15.

150 F. Lustosa da Costa, A Peci., op. cit. p. 6. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

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vote des sociétés privatisées, sauf lorsque la loi le précise. Pour Campos, il a une amélioration de la qualité des investissements, puisque: la privatisation attire les capitaux étrangers transforment les investissements de court terme en investissements à long terme”. 151 Les pays les plus actifs sont les Etats-Unis qui au total correspond à 16,5% et l’Espagne avec 14,9%. Le secteur de télécommunications est celui qui attire le plus d’investisseurs étrangers.

Tableau) 1 ) Participation)des)capitaux)étrangers)1991 R 2002 )

 

US$ millions - % Pays

PND

Aux états

Télécommunication

Total

Etats-Unis

4.318

15,1

6.024

21,6

3.692

12,8

14.034

16,5

Espagne3606

12,6

4.027

14,4

5.042

17,5

12.675

14,9

Portugal Italie Chili Belgique Angleterre Canadá Suède France Pays-Bas Japon Corée Argentine Allemagne Uruguay Autres Participation étrangère Total

1

0,0

658

2,4

4.224

14,7

4.882

5,7

-

-

143

0,6

2.479

8,6

2.621

3,1

-

-

1.006

3,6

-

-

1.006

1,2

880

3,1

-

-

-

-

880

1,0

2

0,0

692

2,5

21

0,1

715

0,8

21

0,1

-

-

671

2,3

692

0,8

-

-

-

-

599

2,1

599

0,7

479

1,7

196

0,7

10

0,0

686

0,8

5

0,0

410

1,5

-

-

415

0,5

8

0,0

-

-

256

0,9

264

0,3

-

-

-

-

265

0,9

265

0,3

-

148

0,5

11

0,0

159

0,2

75

0,3

-

-

-

-

75

0,1

0

0,0

-

-

-

-

0

0,0

1.815

2,6

350

1,3

-

-

2.165

1,3

11.210

36,4

13.654

48,9

17.270

59,4

42.134

48,0

30.824,2

100

27.948,8

100

29.049.5

100

87.822,5

100

Source ! :!BNDES! http://.bndes.gov.br/SiteBNDES/bndes/bndes_pt/Instit ucional/BNDES_Transparente/Privatizacao/in vestidor_estrangeiro.html ! !

Un débat idéologique et passionné

Le processus de privatisation a rencontré de la résistance de la part des groupes d'intérêts politiques, notamment des groupes des protectionnistes et des interventionnistes. Manquant de support politique, le programme devient timide. Selon Pinheiro et Oliveira Filho, les privatisations au Brésil doivent supplanter l’opposition de 5 groupes d’intérêts: les employés de l’entreprise qui ont des salaires élevés; ses fournisseurs; ses directeurs qui ne sont pas évalués; ses consommateurs qui sont subventionnés; les politiciens qui l’utilise à des fins privées. 152 R. Campos souligne l’aspect controversé du débat sur la privatisation au

151 R. Campos, op. cit.

152 A. Castelar Pinheiro, L. C. Oliveira Filho, « Privatização no Brasil…. » cité par F. Lustosa da Costa, A Peci, op. cit. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

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!

Brésil, en comparaison avec les pays voisins : l’Argentine, le Chili et le Pérou. Sa vision est qu’il y a une opposition idéologique enracinée, ce qui entraine qu’au niveau du débat sont souvent rabâchés les arguments de ceux qui mentalement résistent à l'effondrement du socialisme et a l’avancée de la mondialisation. Les résistances se concentrent aussi dans les partis qui revendiquent des positions socialistes, entre autre, Leonel Brizola 153 et le futur président Luiz Inacio Lula da Silva. 154

« Quand j'entends les rodomontades de Brizola et Lula sur la privatisation, je me souviens de la blague contée par Oswaldo Aranha 155 sur les sponsors aux idées obsolètes: Ils continuent à faire la publicité des urinoirs alors que les toilettes ont été inventées. » 156

Réflexion sur la Corruption

Du point de vue de la littérature, les privatisations ne sont pas nécessairement liés à la corruption. Par exemple, Williamson remarque que le processus utilisé pour la privatisation peut entraîner la corruption ou pas. Il explique :

«’Nous avons été conscients que la manière de privatiser compte beaucoup : elle peut être un processus très corrompu en transférant des actifs ’ une élite privilégiée pour une fraction de sa valeur réelle. Néanmoins, il est évident que lorsqu’elle est faite correctement, l'entreprise privatisée ou vendue sur un marché concurrentiel sera correctement réglementé. Elle apportera des avantages, notamment en termes d'amélioration et d’amplitude des services. » 157

153 Leonel de Moura Brizola (22/01/1922- 21/06/2004), héritier politique de Getulio Vargas et João Goulart, Leonel de Moura Brizola est considéré l'un des leaders nationalistes les plus importants du pays. Ex-gouverneur de Rio Grande do Sul, où il a commencé sa carrière politique, et Rio de Janeiro, où il s'est installé dans le milieu des années 60. Brizola était gouverneur de Rio deux fois (1983-1987 et 1991-1995). Avant le coup d'Etat 1964, a été gouverneur de Rio Grande do Sul et députe fédérale pour l’État de Rio de Janeiro. Il rompe avec le président Lula en 2003, au motif que le gouvernement était une continuation de Fernando Henrique Cardoso.

154 L'ancien dirigeant syndical Luiz Inacio Lula da Silva (27/10/1945 - ) Co-fondateur du PT. Sa première tentative lors du vote survenu en 1982, quand il a couru au poste de gouverneur de São Paulo. Deux ans plus tard, il a été élu député fédéral de circonscription. Avant d’être élu en 2002, sa carrier été marquée par trois défaites électorales dans les courses présidentielles 1989, 1994 et 1998. En 2006, il est réélu avec 58 millions des votes.

155 Oswaldo Euclides de Souza Aranha (1894-1960). Avocat, homme politique, diplomate brésilien. Ministre de justice et de finance de Getulio Vargas, et a été le grande ordonnateur de la campagne de l'Alliance des libéraux aux élections et a travaillé dans les coulisses pour organiser la Révolution de 1930. Comme chancelier, placé le Brésil aux côtés des Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale et négocie les avantages économiques et politiques qui ont promu l’industrialisation du Brésil dans ce période.

156 R. Campos, op cit.

157 J. Williamson, op. cit. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011 51 !

Au Brésil, Campos défend que l'un des avantages de la privatisation applicable au cas brésilien est la réduction de la corruption. Il explique que finalement, les entreprises privatisées sont bien gérées et sont en mesure de donner d’avantage de bénéfices. Selon lui :

«Depuis la vente des entreprises, le gouvernement reste toujours leur “principal partenaire” grâce aux impôts 158 . Dans le cas où l’entreprise d’état était déficitaire, le Trésor touchait peu ou pas de dividende, par contre la privatisation entraîne des solides flux de trésorerie par les impôts perçus. 159

La privatisation de l'acier :

compétitivité

un

précèdent

de

modernisation

et

de

amélioration

de

Appartenant à la première phase du PND, la privatisation des entreprises sidérurgiques est un cas emblématique du point de vue du changement de niveau de productivité. C’est aussi une industrie qui nous intéresse dans l’analyse de la privatisation de Vale. Malgré que la taille des entreprises sidérurgiques ne puisse pas être comparée avec la dimension de Vale, les deux industries – sidérurgique et minière étaient étroitement liées. Dans la fin des années 1980, les entreprises sidérurgiques sous contrôles étatiques sont très endettées et dépendants de l'aide financière de l'Etat. 160 Campos évoque l’évolution technologique nécessitant de la rapidité dans la prise de décision est incompatible avec la bureaucratie d’état. Parmi les objectifs de la privatisation il rapporte : l’amélioration de l'efficacité, par la concurrence inhérente au secteur privé ou par des mesures réglementaires qui stimulent des environnements concurrentiels. La dépolitisation des décisions de gestion. 161 Bien que l'acier brésilien avait atteint une certaine croissance à l'exportation, il s’agissait d’un acier de bas de gamme, avec une faible valeur ajoutée. La sidérurgie au Brésil avait des méthodes archaïques, si on la compare au niveau de productivité 162 de l’industrie internationale. Selon Ferraz, Kupffer, Iootty, I, après les privatisations, le moteur de l'investissement dans l'industrie sidérurgique a eu un impact direct sur les niveaux d'efficacité. Même si les niveaux de la production sont restés autour de 25 millions de

158 Voir annexes 19 et 20 sur l’évolution d’impots payes pour Vale avant et après la privatisation.

159 R. Campos, op. cit.

160 A. P. Montero., op. cit, p. 35.

161 R. Campos., op. cit.

162 “L’indice utilisé est celui de la production physique par personne liée à la production. A partir de 1985 on peut calculer la production physique par heure payée. Cependant, l’écart entre les deux indices étant relativement faible, on n’utilise que le premier indice pour présenter les données à long terme. Si on compare les taux de productivité réalisés par l’économie brésilienne aux taux mondiaux, on constate qu’ils se situent dans la norme mondiale, notamment lorsqu’on les rapporte à ceux atteints par l’industrie des pays asiatiques.” Source : Saboia, op cit. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011 52 !

tonnes par an, la modernisation des installations et les coupes sombres dans les niveaux d'emploi - à un taux annuel moyen de 7,6% entre 1989 et 2000 ont entraînés des améliorations marquées dans les niveaux de productivité correspondants, de 11 à 5,4 heures homme tonne, entre 1991 et 2000. 163

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Tableau) 10 ) Productivité)dans)l'industrie) de)l’ acier:)Production)versus)employée)1988 R 2001 164 )

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Source:) 5 ) Paula)2002)cité)par) J.)C.)Ferraz,)D.)Kupfer,)M.)Iootty,)p.)12. )

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Des investissements substantiels sont employés et destinés à la production de nouveaux produits à plus forte valeur unitaire. Ces produits sont utiles surtout au marché local. Six grands groupes sidérurgiques et six petits ont été privatisés au Brésil, pour un total de 5,7 milliards de dollars. Si en 1999, la participation des produits brésiliens d'acier semi-finis dans le marché mondiale est de 14,1%, le cas des tôles galvanisées était seulement de 0,4%. En termes de production physique, la participation dans le totale des exportations brésiliennes des produits sidérurgiques semi-finis accrue de 39,2% en 1990 à 68,4% en 2001. 165 A la fin de l’année 1994, entre sept et huit entreprises sidérurgiques privatisées faisaient déjà des bénéfices. L'une d'elle, Usiminas, après seulement deux ans de privatisation en 1993 était déjà la plus rentable. 166 C’est un cas remarquable de turnaround

163 Ferraz, Kupffer, , Ioopy, op. cit. 164 Production en millions de tonnes versus chiffres d’employes directs;

165 J. C. Ferraz, D. Kupfer, M. Iootty,, op. cit., p. 11.

166 A. P. Montero, op. cit. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

53

!

qui a confirmer la thèse de l’efficacité de la gestion privée vis a vis de la gestion publique. La comparaison dans le Tableau 11 démontre que le Brésil a un coût bas, équivalent à la Chine et de la Corée du Sud. Par rapport au coût de l’industrie de l’acier américaine, le Brésil est 25% moins cher.

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Tableau) 11 ) Brésil)et)pays)sélectionn é s:)Coût)de)production)de)acier)laminé)(tôle)froide))2001 167 )

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Conclusion chapitre

Les privatisations au Brésil proviennent à la fois des changements sur la scène politique nationale et internationale, et de la dégradation des performances de l’État et des besoins macroéconomiques. La conscience de la nécessité de la reforme de l’État naît tôt, sous le gouvernent militaire et suit après l’établissement démocratique. Ce processus se produit à travers différents gouvernements ; celui de Fiqueiredo, suivi par Sarney, Collor, Franco et Cardoso. Si des couleurs politiques diverses sont perceptibles dans la façon de la mettre en ouvre nous pouvons remarquer un large consensus autour de la direction à prendre.

Le cadre légal est un préalable sous-jacent. La Constitution de 1988 168 est un tournant. La réforme de l'Etat à travers les privatisations ne vise pas à l’affaiblir, mais de le réorienter vers les fonctions fondamentales comme l’éducation, la santé et les infrastructures. Les

167 Coût en US dollars/tonne. Matières premières: le charbon, minerai de fer, ferraille de reduction directe; Coût salarieux:

salaire per heure; Total des coût opperationelles; Coût financier: amortissement, intérêts. 168 Constituition féderale promolgue le 5/10/1988. http://.planalto.gov.br/ccivil_03/constituicao/constitui%C3%A7ao.htm Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

54

!

entreprises étrangères reçoivent le même traitement que les entreprises brésiliennes. Cela a été possible grâce à un additif à la Constitution. Les capitaux étrangers peuvent entrer dans les secteurs qui étaient jusqu'à lors prohibés, comme l'exploration pétrolière et les services publics. Au début, les efforts se concentrent sur le contrôle les entreprises publiques. Progressivement, sont crées des cellules dans le gouvernement afin de promouvoir la réforme de l’État. Le plus important organisme gouvernemental est le « Programa Nacional de Desestatização », le PND. Sous la tutelle de la BNDES, ce programme crée par Collor, donne un cadre technique qui va soutenir les privatisations au long des années 1990.

Conclusion de la première partie

La réorganisation de l'économie mondiale dans les années 1980 et 1990 se produit en fonction des crises économiques qui ont commencées avec les chocs pétroliers au début des années 70. La recherche de solutions aux problèmes macroéconomiques est commune à la fois au bloc socialiste qu’aux économies occidentales. Le rôle de l’État dans l’économie est repensé et l’approche néo-libérale prévaut dans toutes les coins du monde. Pour le Brésil, les crises sont frappantes par plusieurs aspects. Comme un pays soumis à une industrialisation tardive, le rôle de l’État fut remarquable à diverses reprises ; sous Vargas, Kubitschek et le régime militaire. En plus, durant les années 80, la transition vers la démocratie alliée à l’hyperinflation devient facteur additionnel de trouble aux questions macroéconomiques. L’implantation des nouvelles idées du Washington consensus est mise en place progressivement. La stabilisation monétaire réussi finalement en 1994, après diverses tentatives de plans de combats contre l’inflation. Parmi les réformes libérales promues, la privatisation se détache. Bien que l’argument que les entreprises d’État favorisent le développement social, la prédominance de l’esprit moderne est qu’il n’appartient pas à l'entreprise d'État de s’en occuper, mais à l’État lui même.

Deuxième Partie Le processus de privatisation de Vale et genèse d’une entreprise globale

Introduction Deuxième Partie

« Brésilien : il est temps de faire du Brésil. »

Mario de Andrade, poète 169

La privatisation d'une entreprise de la dimension de Vale est un événement complexe, compte tenu de son importance économique et politique pour le pays. En 1997, le programme de dénationalisation n’était pas une nouveauté. Pourquoi alors dans le cas de Vale cela a-t-il pris une tournure polémique qui ce prolonge jusqu’à nos jours ? Contrairement à d’autres entreprises contrôlées par l’État, Vale était efficiente, et dégageait des bénéfices. Même son personnel était connu pour avoir l'esprit d'entreprise, contrairement à ce qui est normalement observé dans les entreprises publiques. Pourquoi alors la privatiser ?

Outre les besoins macro-économiques du pays, analysés précédemment, nous allons nous intéresser maintenant à ce moment historique qu’est la cession du contrôle de la plus grande entreprise minière du Brésil et ses premiers déroulements. Au premier chapitre nous parlerons du processus de privatisation, pour comprendre les principes adoptés pour l'évaluation de l'entreprise et l’ingénierie juridique et financière employée. Au second chapitre, nous nous intéressons aux conflits au sein du groupe de contrôle, à la réorganisation et au réajustement du pouvoir au cours de la nouvelle phase de l’histoire de la société. Dans le troisième chapitre, nous examinerons la période 1997-2002 et les mesures qui ont déclenché la stratégie qui façonne Vale globalement.

169 Mario de Andrade, poet du movement “modernista” brésilien. Carte à Manoel Bandeira. Cité par M. da Silva Motta

Pimenta,

Andrade”

http://www.ufjf.br/darandina/files/2010/01/Monica-da-Silva-Mota-Pimenta.pdf

“Revivendo

o

modernism

através

das

cartas

trocadas

entre

Manoel

Bandeira

e

Mario

de

Chapitre 1 Processus et mis en place de la privatisation de Vale

« Alors, combien vaut une tonne (de minéraux) sous la terre? » Eduardo Almeida Gazzola 170

Vale est inclus dans le Programme national de privatisation (PND) le 1 Juin 1995. 171 L’État brésilien possédait l’équivalent de 79,2% des actions ordinaires et 6,5% des actions privilégiées de Vale. L’équivalent à l’époque de 4,9 milliards de dollars. Malgré une longue période d’élaboration au cours de laquelle le sujet fut discuté au Congrès national, la vente du contrôle de la plus grande société minière de l’Amérique latine devient un cheval de bataille politique. En interne, l'entreprise se préparait à être privatisée depuis 1993. « Le conseil et la direction de l'entreprise travaillait à temps plein avec des consultants tout en prenant contact avec des investisseurs curieux de connaître la valeur de l'entreprise. » 172

Ici nous chercherons à comprendre les fondements techniques de l’évaluation des actifs de l’entreprise. Est-ce que les réserves minières ont été sous-évaluées ? La mécanique utilisée était elle la plus juste ? Les intérêts stratégique de l’Etat ont ils été préservés ? Comment les employés ont ils été traités dans la vente ? Pour cela il nous faut aussi regarder la décision concernant la modalité de vente du contrôle, les étapes et la transparence de la privatisation ainsi que, les mécanismes juridique et financier qui ont été mis en place.

170 Eduardo Almeida Gazzola, témoignage Museu da Pessoa. 2000. Parmi d'autres fonctions au sein de la société, il a coordonné le groupe de travail sur les mines de Carajas et est ensuite le coordonnateur technique du groupe de travail de la privatisation de la société. Il prit sa retraite en 1997. 171 Décret-loi no. 1510 de 01/06/1995. Le président est Fernando Henrique Cardoso. 172 A. Fernandes Filho, interview Museu da Pessoa, Rio de Janeiro, 30/08/2000. Vice-Président de Vale en 1993, a quitté l’entreprise en 1997. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011 58 !

Les questions fondamentales de la privatisation de Vale

Quel est le meilleur mécanisme de vente ? Aux enchères où à prix fixe ?

Une problématique fondamentale de la privatisation réside dans la question du mécanisme d’aliénation. En principe, il a deux procédures possibles, soit une vente aux enchères soit une vente à prix fixe. Les avantages de la vente aux enchères sont liés à deux aspects. L’un stratégique et l’autre de maximisation du prix de vente. En vendant une participation majoritaire, l’État peut ajouter une prime au prix de vente. Cela s’explique parce que les intérêts stratégiques dans la gestion d'une entreprise sont reconnus. L. Velasco Jr. illustre le mieux la question :

« La vente aux enchères et les primes ont un rôle important, surtout au Brésil, car elles génèrent un soutien pour la mise en œuvre de la politique de privatisation. Indépendamment de la question de la taille du marché des capitaux brésilien, on ne pouvait pas imaginer le gouvernement brésilien vendre leurs entreprises à un prix fixe attrayant, à l’instar de ce qui était mis en oeuvre dans le Royaume-Uni ou même en France.” 173

En outre, les entreprises brésiliennes ont toujours eu une tradition de contrôle centralisé. Dans le cas de Vale, ce contrôle était exercé par l’État. En revanche, la vente des actions à prix fixe, aurait l'avantage de leur dispersion, donnant l’opportunité de transférer directement l’entreprise vers la société. 174 Cet option suppose un marché des capitaux mûr et capable de soutenir une telle opération. L’option adoptée dans le cas de Vale, était mixte. La privatisation de l’entreprise s’est déroulée en trois phases. La première, la vente du groupe de contrôle par la vente aux enchères. La seconde, la vente d’une partie aux employés. La troisième, la vente au public. 175

173 L. Velasco Jr, op. cit. p. 196. 174 Par exemple: Dans le cas de Lafarge, l’absence d’un bloc de contrôle et la constitution d’un actionnariat “dispersé et volatile” laisse l’entreprise, comme l’explique Barjot, à la merci de “la tyrannie du cours de la Bourse”. En outre, l’intérêt à court terme des actionnaires l’emporte sur les stratégies à long terme. Ces exemples renforçaient la vision de l’importance stratégique d’un bloc de contrôle. Source: Barjot, “Lafarge (1993-2004) comment on dévient firme mondiale” p. 21. 175 Il a deux références dans la littérature sur la privatisation de Vale. Souvent, les auteurs considèrent la vente aux enchères et la vente aux employés comme appartenant à la première phase. Ici, je préfère considérer trois phases distinctes pour deux raisons : d’abord parce que dans les articles de l’époque, c’est la vision la plus fréquente, mais aussi pour une question de clarté. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011 59 !

Comment évaluer 400 ans des réserves minières ?

Pour déterminer la juste valeur de Vale, il fallait calculer la valeur des réserves minières de l’entreprise. Cela posait un problème en particulier à cause du gisement de Carajas, où l'estimation des réserves était de 400 ans. Alors, du point de vue économique, la détermination de la valeur d’un projet dérive de la projection à terme des bénéfices actualisés 176 . Pour les ressources minières, il existe des institutions internationales spécialisées qui ont des bases de données pour calculer la négociation des dépôts minéraux. Ces estimations sont fait à travers des statistiques pour permettre les projections de production. Pourtant, les méthodes d’évaluation de valeur considéraient l’exploitation au cours d'une période de 30 ans. 177 Au delà, il devient très difficile de définir la valeur économique.

« Les pressions technique et politique pour séparer les ressources minières

étaient fortes. Cela aurait été une catastrophe pour Vale, car elle aurait perdu la taille qu’elle avait avec Carajas! Son exclusion aurait entrainé la perte d’intérêt pour les acheteurs, et aurait pu même faire dérailler le processus. » 178

Pour résoudre ce problème, surgit au sein de l’équipe technique qui travaillait sous la direction de Gazzola, il fut suggéré de séparer les réserves. Techniquement, cette décision était difficile à mettre en œuvre. Il y avait une résistance du groupe qui a travaillé à Carajas. « Nous ne pouvons pas segmenter la mine, parce que nous allons diminuer la valeur de Vale». Carajás conférait à Vale la perspective de l'expansion. En plus, si les réserves étaient divisées, il y avait le risque que les investisseurs perdent l’intérêt à acquérir l’entreprise. Il avait même le risque de faire dérailler le processus de privatisation. 179

Bref, la solution trouvée fut de travailler sur deux projets. Il s’agissait d’une part de privatiser les réserves déjà exploitées et d’autre part, de créer un mécanisme pour rémunérer celles qui le seraient à l’avenir. Afin que les actionnaires d’avant la privatisation perçoivent les bénéfices futurs de l’exploitation de ces mines. D’après Gazzola :

176 En finance : le flux monétaire actualisés.

177 E. Almeida Gazzola, op. cit.

178 Ibid. 179 Ibid. Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

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« Un actionnaire ayant quitté l'entreprise après la privatisation, doit bénéficier de débenture 180 , et il peut vendre et prendre des mesures de débentures. Le nouvel investisseur post privatisation aura à payer les obligations, du rendement à venir, dès l’entrée en production. » 181

Depuis le 28 Octobre 2002, les débentures participatives sont négociées sur le marché secondaire à travers le Sistema nacional de debentures 182 (SND), géré et par Balcão Organizado de ativos e derivativos (CETIP SA). 183

Comment protéger les intérêts stratégiques de l’État ?

La troisième question préliminaire se réfère aux questions liées à la souveraineté nationale ; bref, la peur historique de contrôle étranger sur les ressources naturelles brésiliennes. Afin de prévenir des conséquences indésirables à l’avenir, le gouvernement s’est préoccupé de créer une protection : une catégorie spéciale d'actions privilégiées. Elles sont appelées les golden shares et n’appartiennent qu’au gouvernement brésilien. Le détenteur des actions privilégiées de classe spéciale a les mêmes droits (compris en matière de vote et de préférence de dividende) que les détenteurs d’actions privilégiées de catégorie A. Les golden shares donnent un droit de veto dans le cas des actions suivantes :

1. Le changement du nom de l’entreprise;

2. Le changement de l'emplacement du siège social;

3. Le changement dans l’objet social concernant les activités minières;

4. Toute liquidation de l’entreprise;

5. Toute cession ou liquidation des activités d'une ou plusieurs des étapes suivantes de

minerai de fer et de systèmes intégrés minier:

Les dépôts de minéraux, gisements de minerais, les mines;

Chemins de fer; Les ports et les terminaux maritimes;

180 Une débenture est un instrument financier qui a les mêmes caractéristiques qu'une obligation, toutefois la débenture n'offre aucun bien en garantie. Par conséquent, elle offre moins de couverture pour l'acheteur du titre en cas de défaut de paiement. Le risque de ce type de titre étant plus élevé, l'intégrité et la réputation de l'émetteur sont donc très importantes, car elles sont les seules garanties du titre.

181 Ibid.

182 Système national de debentures.

183 http://.vale.com/pt-br/investidores/informacoes-aos-acionistas-e-debenturistas/debentures- participativas/paginas/default.aspx Université Paris Sorbonne – Hildete de Moraes Vodopives – Septembre 2011

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6.

Tout changement dans les droits attribués à l'espèce et aux catégories d'actions émises par

Vale;

7. Tout changement dans les droits attribués par les règlements sur les actions privilégiées de

classe spéciale. 184

Les phases du processus

Première phase de la privatisation de Vale : Les opérations stratégiques