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Développement de la perception

1) Le toucher.

A été étudié dès la fin des années 60 : il a été constaté que c’est la 1 ère modalité sensorielle qui se développe => entre la 7 e et la 14 e semaine de conception => vers la fin de la période embryonnaire et au début de la période fœtale. Le sens du toucher est impliqué dans bon nombre de sensations et de perceptions (douleur, température, pression, poids, texture).

La question du toucher a été remise à l’honneur dans la théorie de l’attachement de Bolby).

Perception de la douleur : ignorée comme existant chez l’enfant, cette perception très vive fait que l’on a longtemps opéré les bébés sans anesthésie => leur immaturité nerveuse leur interdisait de percevoir la douleur. En fait les structures corticales responsables de la transmission des stimuli douloureux sont en place dès la 29 e semaine de gestation (travaux de Walco et al.). D’autres études ont mis en évidence qu’un certains nombre d’expression chez le nouveau né sont totalement identiques à celles de l’adultes (cris, grimaces, voir des changements dans la pression artérielle). Une autre étude de Bloch (2003) a montré que sur des prématurés âgés de 25 semaines, la réaction a une prise de sang était perçue de manière très douloureuse.

Perception de la température : en 2003, Hernandez & Reif ont explorés cette perception chez les nouveaux nés. Ils ont montrés que le chaud et froid étaient perçus.

La sensibilité tactile : les nourrissons discriminent parfaitement les objets avec leur bouche et leur main. Pour l’exploration buccale, Hernandez a décrit des succions différenciées chez des nourrissons âgés de 12 jours selon que la tétine soit bosselée ou lisse. Jouent et Molina ont montré qu’il y avait des modulations de la main en fonction de la texture des objets que l’enfant prenait dans la main. Ainsi la pression est plus forte pour un objet mou et plus faible & continue pour un objet granuleux. Steri a repris ces expériences en montrant une différence de latéralité entre la main droite et la main gauche. Ces résultats suggèrent que quasiment dès la naissance les bébés sont en mesure de traiter les infos concernant la forme d’un objet, voir même qu’ils sont capables de discriminer

Le toucher est un moyen fondamental dans les interactions, est un moyen de reconnaissance. Il contribue au développement et à la croissance psychologique des nouveaux nés. Il est très développé à la naissance : douleur, sensibilité aux caresses, utilisation du toucher pour l’exploration et la connaissance du monde.

2) Le goût et l’odorat

Les cellules responsables de la gustation ont été observées à maturité dès la 11 e semaine de gestation (avant la fin de la période embryonnaire). Dès le début de sa vie fœtale, le bébé est préparé à réagir à différentes saveurs. Il réagit avec satisfaction au sucre et avec hésitement aux gouts acides, à la kinine. Cette sensibilité a une traduction dans le rythme respiratoire et dans le rythme cardiaque. Il y a 3 saveurs de base : le doux, l’amer et l’acide. => on obtient une réponse quasi automatique => réflexe gusto-facial. Cet aspect sensoriel du gout et de l’odorat est encore plus fin que l’on ne l’imagine. Elle est presque sophistiquée, le bébé distingue très bien différentes concentrations de sucres. Les travaux de Mc Farlane (cotons aisselles mamans => reconnaissance des odeurs) sur des bébés entre 2 et 5 jours. Cette discrimination olfactive est donc très précoce. Les travaux de Steiner => on l’observe au niveau facial. Un coton imbibé d’odeur de banane est largement préféré à un coton imbibé d’odeur d’œuf pourri.

3) Les compétences auditives

Rôle du liquide amniotique sur les préférences. T de Caster a montré que l’oreille est fonctionnelle dès la 24 e semaine de gestation et que les voix humaines, surtout celle de la mère, qui pénètrent dans le liquide amniotique permettent de percevoir les signaux acoustiques les plus intenses. Dès 1980 il a été montré que les nouveaux nés préfèrent entendre la voix de leur mère. A la naissance cette préférence est totalement confirmée. On pense que c’est lié à un apprentissage prénatal. On suppose cet apprentissage d’autant plus actuellement, surtout à cause d’expériences avec la voix du père, alors qu’elles sont discriminées dès l’âge de 3 jours. La capacité du nouveau né à localiser les sons a été de nombreuses fois vérifiées et a été étudiée dans le cadre de l’audition associée à la vision. Dès 1976, on a constaté que dans une obscurité totale c’est toujours le son qui guide l’orientation de la tête du bébé. Les travaux de Mehler (1986) sur la perception des sons de paroles et la perception des signaux linguistiques. Des nouveaux nés âgés de 4 jours discriminent la langue parlée de leurs mères et une langue étrangère (observée avec taux de succion). La prosodie a aussi étudié, ainsi que le rythme, l’intonation => c’est la prosodie qui semble être l’élément fondamental (Ramus). Après un temps d’habituation, on observe que les enfants sont capables de discriminer quasi immédiatement un changement de langue, indépendamment des vois qui les énoncent (entre 2 et 5 jours). Les nouveaux nés d’1 mois distinguent des sons aussi proches que « ba » & « pa » ou « ma » & « na » ou « s » & « z ». Cette capacité de discrimination se manifeste dans la perception des couleurs. Chez les bébés la discrimination à un mois est très fine. Cette capacité, comme l’a montré Eimas dès 1971 avec l’écoute d’une bande son, l’habituation s’avère très rapides, les bébés cessent la succion dès que la bande s’arrête. Discrimination du b et du p, du i et du e. Dès 1995, on a montré qu’ils préfèrent les enregistrements de voix et de champ vocaux que les musiques instrumentales. On a esquissé des parallèles entre la vision et l’audition => contre toute attente, les nourrissons sont beaucoup plus capables que les adultes de discriminer des phonèmes de toutes les langues, alors que cette capacité s’est perdue en cours de routes dans le développement de l’adulte. Il en est de même pour la discrimination des visages. Dès 1984, des bébés de langues anglaise âgé de 6 mois sont capables de discriminer des phonèmes

d’une langue parlée par les indiens de la côte pacifique. Ils le font mieux que les indiens eux- mêmes. Cette étude a montré plus de 80% des enfants de 6 mois réussissent la discrimination entre les 2 phonèmes alors que 70% des adultes ne sont plus capables de le faire. Werker avec une étude longitudinale s’est aperçu que cette capacité à distinguer les langues étrangères s’estompent entre10 et 12 mois (et disparait complètement à 12 mois).

4) Les compétences visuelles

La reconnaissance des visages à travers les compétences visuelles. On était persuadé que les enfants étaient aveuglent pendant leurs 40 premiers jours. Le système visuel n’est pas aussi fonctionnellement comparable à celui des adultes. Son développement va se faire dans le milieu extra utérin. A la naissance, les cellules de la fovéa ne sont pas complètement matures. L’évolution et la maturation de la fovéa dure 18 mois. Ces modifications vont donc affecter l’acuité visuelle et par conséquent les possibilités dont dispose le bébé pour la reconnaissance de son environnement. Dès 1963, expérience de Fantz qui avait présenté différentes cibles, a montré que le bébé avait des préférences de visages humains. Goren dès 1975, va utiliser la technique d’une présentation de forme schématisée du visage. Il montre que les nouveaux nés suivent plus du regard la forme schématique du visage, même lorsqu’elle est très réduite. Dès que l’on modifie ce pattern (ex : nez sur le côté), les formes ne sont plus suivies par le bébé => ordre du visage est identifié. Pasqualis en 1995 a montré par la technique de préférence visuelle, que des nourrissons âgés de 78h sont capables différencier le visage de leur mère du visage d’une étrangère. Cette capacité précoce a été également démontrée en utilisant la technique de la succion non nutritive. Mêmes résultats chez Watson pour des nouveaux nés encore plus jeunes (âgés de 12 à 36h). Walton en 1998 a fait une expérience sur nouveaux nés âgés de 7 à 24h : présentation de visage féminins numérisés pendant moins d’une seconde => c’est le premier visage présenté qui retient le plus l’attention => l’apprentissage est très rapide.

Existe-t-il une reconnaissance innée du visage de la mère ?

Morton et Johnson, dès 1991, ont proposé l’hypothèse d’une préférence innée. Ces auteurs se proposent d’introduire une distinction à partir de l’existence de 2 systèmes (hypothétiques) distincts dans la perception des visages. Ils supposent l’existence d’un système « conspec » d’origine sous corticale qui intégrerait une spécification approximative de l’arrangement des yeux et de la bouche. La fonction de ce système serait de nous orienter automatiquement vers les visages humains. Ce système est relayé par un second système : « conlern ». Il serait d’origine corticale, apparaitrait vers 2 mois, se spécialisant dans les traitements faciaux et en particulier la reconnaissance des visages familiers et des membres de l’espèce humaine. L’extinction du 1 er système en faveur du 2 nd vers 2 mois serait analogue à ce que l’on connait de l’évolution avec l’âge de certains réflexes (ex : la marche). Ainsi, la capacité à marcher implique peu d’apprentissage. Pour Morton, le système « conlern » augmenterait la capacité des traitements du visage au fur et à mesure du développement.

Tout le monde n’est pas d’accord avec cette hypothèse. Nelson en particulier, en 2001, s’est opposé à leur théorie de la manière suivante : il admet que les enfants possèdent à la naissance un potentiel de perception et de reconnaissance des visages ; mais celui-ci se développerait avec l’expérience. La réduction des capacités ne serait pas liée à un processus biologique, mais à une spécialisation. Nelson voit plutôt une analogie avec le développement du langage.

Pascalis, 2002, a étudié la capacité des nourrissons âges de 6 à 12 mois et d’adultes à reconnaitre des visages de singes et des visages humains. Les enfants de 6 mois sont parfaitement capables de différencier des faces de singes ainsi que des visages humains. Mais vers l’âge de 9 mois ce système de reconnaissance se spécialise aux visages humains. La capacité à discriminer des faces d’autres espèces va disparaitre. => Il existe chez l’humain un système de reconnaissance des visages. Ultérieurement, la maturation du système nerveux et l’expérience conduisent à une spécialisation du système pour discriminer une seule espèce.