Vous êtes sur la page 1sur 14

La culture-action

In: Communications, 14, 1969. pp. 84-96.

La culture-action In: Communications, 14, 1969. pp. 84-96. Monsieur Alfred Willener Paul Beaud Citer ce document

Citer ce document / Cite this document :

Willener Alfred, Beaud Paul. La culture-action. In: Communications, 14, 1969. pp. 84-96.

doi : 10.3406/comm.1969.1196 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/comm_0588-8018_1969_num_14_1_1196

Alfred Willener et Paul Beaud

La culture-action

C'est

compte, pas ce çu'il fait.

ce que

le peintre

est qui

(Picasso *)

Peut-on définir les principes d'une politique culturelle? Le terme de

« politique culturelle » soulève- t-il des difficultés et problèmes particuliers?

Si on rejette tout projet de politique culturelle, comment justifier ce refus? A ces questions, un courant central du mouvement de mai, en 1968, a répondu. Notre intention n'est donc pas tant, dans cet article, de répondre nous-mêmes, mais de nous placer dans cette perspective phénoménologique * qui, en renversant la perspective non seulement de la politique culturelle, mais des méthodes traditionnelles d'étude, et même celles de la politique,, vient répondre directement. En s 'intéressant au sort de la culture, on peut difficilement perdre de vue ce que le mot français de « politique » contient : à la fois l'idée de programme (policy) et celle de lutte sociale (politics) pour réaliser ce programme. Il y a jonction entre le politique, la politique et l'apolitique — ou, dans un langage quelque peu imprécis, le « culturel ». Poser la question d'une « politique culturelle », revient normalement à s'interroger sur l'origine d'un programme. Ceci implique, d'habitude, qu'on localise une sorte d'ingénieur culturel, et les sociologues, de plus en plus, se posent eux-mêmes ainsi. Lorsqu'un ingénieur culturel élabore une poli tique — lui ^qui a une certaine formation, une certaine information, une certaine visée sur l'avenir — son programme pourra viser soit l'ajustement de la culture à une catégorie sociale, soit plus simplement l'adaptation de toute une population à une culture existante — l'acculturation. Bien sûr, toute réflexion sur la culture et sur la politique risque toujours de se bloquer ou de se perdre dans les difficultés nominales : on a dit qu'il existait une collection de cent cinquante définitions académiques de la « culture »; les débats sur la « dépolitisation » se sont épuisés en malentendus.

1. Cf. J. Berger, La Réussite et VEchec de Picasso.

2. On ne manquera pas de constater combien nous sommes d'accord avec les

principes rappelés par E. Morin dans « Pour une sociologie de la crise », Communic ations(12), 1968, p. 2-16.

84

La culture-action

La méthode que nous proposons de suivre n'est pas celle d'une clarification

Nous partirons, au contraire, du phénomène : de la manière de

qu'on a pu la voir

a priori.

poser le problème de la culture et de la politique,

telle

à l'œuvre

dans un des courants

de mai

68.

Il

s'agit en fait de retracer,

plutôt que de tracer à l'avance, une socio-logique. Méthode herméneutique, pour laquelle il est utile de déployer tous les aspects, de rapprocher des observations, des interviews, mais également des mouvements analogues l.

I. CONTRE LA CULTURE MÉDIATE (OBJECTTVÉE-OBJECTIVANTE)

Dans l'étude par laquelle nous avons cherché à suivre quelques-unes des

orientations que l'événement a imposées, la jonction du politique et du cultur el,l'un et l'autre se déplaçant de leur terrain « normal », pour aller sur celui de l'autre, était accompagnée d'une autre jonction, d'un certain marxisme et d'un certain anarchisme. Si on a pu dire que la grande révolte étudiante était essentiellement anti- autoritaire, cette réduction, discutable, comme toute réduction (mais elle ne nous semble pas illégitime), prend d'abord la signification du rejet de la

« société du spectacle » (argumentation situationniste, reprise largement par

Cohn-Bendit et le 22 Mars). C'était un rejet du centralisme et de l'étatisme, thèmes évidemment anarchistes. Le mot-clé de société de consommation renfermait le rejet de la passivité, du rôle de simple récepteur, aussi bien que celui de l'exploitation, de l'aliénation économico-sociale, dans la tradi tion des critiques marxistes de la centralisation et de la domination écono

miques. Il vaut la peine de s'arrêter un peu sur les implications de ce courant en

matière de culture, non sans préciser d'emblée que les vues sur la culture sont toujours des vues sur la société.

La

société est médiatisée à travers les images, si importantes dans la

« culture de masse »,

mais aussi bien dans la culture savante de type clas

sique. Il suffit de rappeler les critiques spontanées des « conservateurs » qui,

devant l'art nouveau, définissent indirectement l'attitude et la médiatisation

« classiques »

de

la

culture :

« Que représente ce « Que dit le film? ».

tableau? »,

« Je ne

com

prends

tation de soi — pour reprendre l'expression utilisée par I. Goffman dans un autre contexte de l'actuelle société. C'est dans cette voie que s'engage, souvent dans un style d'extrême polémique, la critique de la culture. Le point de départ le plus normal de la critique s'est situé dans le rejet de l'acculturation de l'étudiant à une culture universitaire existante. La critique situationniste (De la misère en milieu étudiant) préfigurait, autant peut-être qu'elle inspira, tout un ensemble d'attaques dirigées contre des attitudes essentiellement réceptrices de l'étudiant, contre le contenu « bour-

pas

cette musique »,

Ces images sont la présen

1. Antérieurs (par ex. mouvement Dada, mouvement surréaliste) et contemporains (mouvement free-jazz, mouvement d'avant-garde théâtrale ou cinématographique). Cf. notre étude VImage-action de la société, la politisation culturelle (à paraître).

85

Alfred Willner et Paul Beaud

geois »

asymétriques entre enseignants et enseignés, non sans insister, ce qui est moins banal, sur une critique de la culture conçue non comme environne ment,mais comme système omniprésent qui pénètre tout ce qui se fait — et tout ce qui pourrait se faire. C'est bien sûr le thème de la récupération par la culture qui a le plus contribué à faire réfléchir, même s'il a probablement conduit certains au pessimisme, sinon toujours au nihilisme. Chez G. Debord 1, l'argumentation se réfère alors à la « séparation ache vée» entre l'image et la réalité. Fausse réalité, superficielle, l'image devient une fin en soi et s'éloigne de la vie réelle, profonde, notamment de la vie politique véritable. Point n'est besoin de rappeler, en détail, la série des critiques de la bureaucratie (en matière de partis politiques ou d'autres organisations de la vie publique et même des syndicats). Il est sans doute caractéristique que les sociologues (français) aient été associés aux bureaucrates *, dans une célèbre condamnation à mort : a Quand le dernier bureaucrate sera pendu avec les tripes du dernier sociologue, aurons-nous encore des problèmes? » (inscription murale). On peut rappeler, ici, quelques positions générales prises par des socio logues français au sujet des loisirs et de la culture, bien que celles-ci n'aient guère été discutées point par point par les étudiants. Parmi les sociologues qui ont cherché à coopérer avec les planificateurs et les organisateurs des services culturels de l'Etat, J. Dumazedier s'est proposé de faire un inventaire des vrais besoins culturels de la population. P. Bourdieu a posé les problèmes de l'accès à la culture savante, dans les universités et dans les musées notamment. Avant eux et dans une perspective plus générale, G. Friedmann avait cherché à dégager le type de loisirs dont l'homme a besoin, étant donné les limitations que le travail impose au déve loppement de la personnalité des travailleurs. C'est, semble-t-il, la base de la réalité sociale, plus que les méthodes et les résultats de tels travaux, plus que leur bien-fondé dans le cadre d'une discipline professionnelle, qui a été mise en cause. Le fond de la contestation étudiante serait qu'il ne peut y avoir de saisie des vrais besoins culturels, qu'il ne pourrait y avoir de .vrais problèmes d'accès à la culture savante, aussitôt que ces besoins sont consi dérés comme étroitement déterminés par une société que non seulement on conteste, et qu'on récuse, mais qu'on croit être au bord de l'écroulement. Deux autres types d'approche résistent plus facilement, pour le moins en apparence, à cette vague de négation. Celle de P. Naville, insistant dans son essai Vers l'automatisme social? sur le fait que la société elle-même, en dehors des entreprises, allait finir par se développer sur le modèle des ordinateurs. Un système automatisé exprimerait, contrairement à l'image courante, la spontanéité, comme- les tenants de l'automatisme surréaliste l'ont dit. Pour

de la matière et du style de l'enseignement,

contre les rapports

1. La Société du spectacle. Ed. Buchet-Chastel, Paris, 1967, 176 p. 2. Ce qui revient peut-être à les associer aux technocrates; il serait difficile de nier que l'avant-dernier congrès de la Société française de sociologie s'est placé dans une perspective d'aide aux grands services de l'Etat. On sait, par ailleurs, que la critique de la technocratie est jusqu'ici restée peu développée parmi les sociologues universit airesen France, alors qu'elle est très développée chez nos collègues allemands, qui vivent dans un pays beaucoup moins étatiquement organisateur.

86

*

La culture-action

E. Morin, l'étude de l'émergence de sub-cultures, notamment de jeunes, a toujours été une manière d'échapper à la réflexion mécaniste sur des systèmes cristallisés et donc dépassés. La critique anti-sociologues englobe, sans doute, ces deux auteurs; elle dirait probablement que le premier est victime de conceptions technicistes, éloignant l'homme de l'idée de la création d'une société (et rappellerait

peut-être que pour Naville, il s'agit de découvrir les lois d'une société et non d'inventer celle-ci qui serait nature plutôt que culture), alors que le second perdrait de vue que les sub-cultures, même de jeunes, seraient fabriquées par l'industrie culturelle, bien sûr capitaliste. Il ne peut s'agir pour nous, dans cette évocation, de nous placer sur le plan professionnel de la sociologie, mais bien d'explorer, même sur le plan imaginaire, la logique d'un univers phénoménal. Cet univers est avant tout traversé de l'idée de la manipulation. Des forces sociales et des mécanismes d'un système établi par elles, manipulent, et notamment à travers la culture, des individus qui finissent, chefs-d'œuvre d'une société injuste, par s'auto-manipuler dans l'intérêt de ce système et de ces forces — à moins qu'ils en viennent enfin à manipuler ceux-ci à leur tour. Reprenant l'argumentation développée par H. Lefebvre sur la « vie quoti

dienne

critiques portant sur la culture comme image que donne le système de lui-

même, pour se légitimer; pour eux, comme par la suite pour le « Mouvement

du 22 Mars », c'est par la culture que le système peut « étendre sa domination

» dans le monde moderne, les situationnistes vont plus loin que les

à tous les aspects de la vie quotidienne

Insistant aussi bien sur la fragilité du système économique et social actuel que sur sa capacité d'adaptation, ces critiques voient, en effet, dans l'util isation actuelle de la culture, une volonté de parvenir à l'auto-manipulation :

« l'idéologie culturelle, dans la société économique

gens de la légitimité morale du travail auquel on les destine » (Bulletin du

Mouvement du 22 Mars). Et les situationnistes étendent cet argument au-delà du travail, à la vie sociale tout entière : « La dernière chance des dirigeants (est) de faire de chacun l'organisation de sa propre passivité J. » On retrouve donc, au niveau le plus large, les principes formulés plus haut à l'égard de la culture considérée au sens restreint de spectacle, d'objet consommable :

la passivité, l'intériorisation de normes données, c'est-à-dire la non- conscience.

* ».

(est) de convaincre les

Cette croyance dans la faculté d'auto-régulation du

système, dans sa

souplesse, incline donc vers un grand scepticisme à l'égard de toute oppos ition, qu'elle s'exprime sur le plan politique ou culturel, dès lors qu'elle ne s'exerce que sur le terrain choisi par la société. Détenant les canaux par lesquels toute contestation peut se manifester, cette dernière serait en mesure de la digérer. Voici une des formulations de l'idée de récupération : « II faut distinguer d'une part ce que nous, nous pensons, nous faisons, et d'autre

1. D. Cohn-Bendit, Le gauchisme, remède à la maladie sénile du communisme, (Ed. du Seuil, Paris, 1968, 270 p.), p. iai.

2. R. Vaneigem, Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations, p. 98.

87

Alfred Willner et Paul Beaud

La volonté de la

bourgeoisie, c'est de transformer notre action en marchandise pour la tuer, de faire de nous des reflets. On nous réduit à l'état d'« image » pour mieux nous absorber 1. » Exprimée au seul niveau artistique, une contestation n'est pas seulement vidée de son sens lorsqu'elle est récupérée par la culture officielle; dans

part, ce que fait la bourgeoisie de ce que nous pensons

l'optique de ce courant, toute critique rendue ainsi inoffensive ira renforçant la culture dominante, c'est-à-dire le système qu'elle appuie : « La culture se forme en récupérant la créativité révolutionnaire et l'utilisant comme autant

de justifications de l'ordre qu'elle a pour but de faire admettre

Tous les

contenus culturels peuvent être récupérés par le pouvoir. Ce qui ne peut pas être récupéré, c'est la violence avec laquelle ils s'expriment » (Bulletin du

Mouvement du 22 Mars). Il ne suffit pas de s'arrêter à cette présentation de la négation d'une culture extérieure, ou extériorisée, conçue non seulement comme trop objectivée (au sens, précisément, du concept germanique de la Vergegenstândlichung) et

Le refus de

se laisser objectiver par une culture objectivée, même s'il a si souvent été motivé par le contenu même de la culture (dite bourgeoise), annonce surtout, dans une partie de la population étudiante — et, antérieurement, chez certains artistes — un renversement des perspectives dont nous allons maintenant esquisser le profil.

obligeant donc les individus à se faire les objets de la culture.

IL LA CULTURE IMMÉDIATE (sUBJECTIVANTE-SUBJECTIVÉE)

Quelle est l'alternative proposée pour remplacer cette culture « extérieure »?

toute « politique » en

matière de culture, comme d'ailleurs de tout programme a priori? Autrement dit : comment s'exprime le désir de non-coupure, c'est-à-dire de fusion? L'esquisse des traits principaux de ce qu'on a pu observer sur un des courants de mai 1968, est plus qu'un simple « type » : c'est un prototype significatif de problèmes majeurs de la société industrielle actuelle, pouvant devenir stratégique dans l'avenir.

Que met-on à la place,

une fois prononcé

le rejet

de

a)

le temps du non-établi : sans insister sur les éloges de la spontanéité,

de la créativité des masses, etc. — sur lesquels on a pu lire

loppements — disons, d'abord, combien la recherche d'une forme d'organi sationnon-organisée de la vie sociale était, évidemment, liée à la nécessité objective, française, de sortir d'une certaine stagnation.

En vue d'une évolution plus rapide ou d'une révolution immédiate, beaucoup d'étudiants ont énormément insisté, dans leurs critiques de la

société établie (à laquelle appartiennent, selon beaucoup d'entre eux, aussi bien le « patronat » capitaliste que celui du parti communiste ou des syn

dicats) sur la nécessité de la remise en cause permanente, rapide, aussi

bien des déve

bien

1. « Les idées de l'anarchie étudiante », le Magazine littéraire, n° 19, p.

88

26.

La culture-action

cas des

responsables d'un certain programme. L'insistance était telle qu'elle dépassait, semble- t-il, la négation de blocages sociaux : l'idéal qui se profile derrière

cette vision d'une société nouvelle est celui du flux continu, du non-établi, du jamais établi.

temps,

des objectifs une fois énoncés

que des leaders éventuels,

en

tout

Il est vrai que les étudiants

vivaient alors un

« temps »

hors du

non-programmé, mais aussi non-rythmé, échappant à tout découpage fixé

ne semble

pas, toutefois, qu'il

extraordinaire (« en roue libre ») de cette période. En fait, les temps vécus

à cette époque, d'une manière fort proche de ceux que connaissent certains

libres créateurs — artistes — comportent aussi des rythmes : au lieu d'être

imposés de l'extérieur, ceux-ci sont alors adaptés à la vie de cette totalité création/créateur. A de brèves périodes d'extrême vitesse d'action, d'extrême intensité et densité, succèdent des périodes plus longues d'inaction, de relâchement, de dilution, les unes et les autres n'étant pas sans rappeler les états dans lesquels des équipes, par exemple d'architectes, se trouvent

à des moments de création intense ou de longs brain-stormings préalables. Alors qu'en temps normal le changement est lent, donc peu visible, voire inexistant dans la perception de l'acteur, et médiatisé — éloigné quant à sa source — il devient en mai rapide et proche à la fois. L'acteur est placé « au milieu »; il a plus que jamais l'impression de participer.

A propos de la dimension temporelle on peut donc déjà exprimer un trait

qui caractérise plus largement le prototype : la non-médiatisation du désir; elle est, ici, absence de renvoi à plus tard *, l'étudiant « actionnaliste »

considère le seul temporel immédiat. Les critiques contre leur imprévoyance, en matière notamment des conséquences dysfonctionnelles d'une certaine action (effets boomerang), pour justifiées qu'elles aient pu être dans une certaine perspective, ne manquaient pas moins l'essentiel : seule la centra tion sur le présent permet de bâtir de très fortes motivations d'action directe. Alors qu'on qualifie habituellement de comportement de maturité celui qui implique la capacité de renvoyer la satisfaction du désir, un premier renversement des perspectives — sur les conséquences duquel, quant à la culture, il n'est guère besoin d'insister — consiste à critiquer ce renvoi qui mènerait à toutes les aliénations (au sens d'éloignement) imaginables. La maturité-bis serait celle du comportement de non-renvoi 2. b) de l'introjection à la projection : se détournant de la société établie,

et de son opposition non moins établie, en agissant

« comme si » celles-ci parce qu'on n'y croit

plus — les étudiants en viennent tout naturellement à pratiquer la projection.

Centrés sur eux-mêmes, les agissants d'un groupe ou les participants à une

« action exemplaire », aussi divers soient-ils, se retrouvent dans une inter-

a priori (jour/nuit, temps de travail/ temps de loisir,

etc).

Il

suffise de réduire cet

idéal à l'expérience du « temps »

n'existaient pas — afin de les affaiblir,

mais déjà

1. On connaît l'importance, pour l'Occident de ce que le jargon anglo-saxon appelle

differed-gratification. 2. La question qu'on devrait alors se poser serait, nous semble-t-il : doit-on distin guer entre le non-renvoi qui permet de créer et celui qui l'exclut, autrement dit, quelle est la période, même très brève, pendant laquelle il convient de croire au moins

à une esquisse, sous peine d'interdire la réussite de quoi que ce soit ?

Alfred Willner et Paul Beaud

prétation plus ou moins divergente, convergente ou parallèle, face à un

objectif simple à atteindre. Mais précisons d'abord comment nous en sommes venus à limiter notre description et notre analyse. De caractéristiques relativement générales de

en vient

à examiner de plus près l'aléatoire, puis la négation, avant d'aborder — ce

qui nous a paru le plus significatif à propos de « politisation culturelle » —

l'affirmation.

— dans certains cas, en mai 1968, la rapidité de l'action ou la domination

de minorités a empêché les participants de s'expliquer suffisamment, ce qui n'excluait pas que l'action ait lieu. Le sens donné à 1' « objet » de cette

l'action en période de « crise »,

« à

chaud »,

dans la rue, etc., on

action, avant et pendant son déroulement a pu différer considérablement, selon les tendances des participants, malgré quelques points communs. Une première variante de projections est donc celle de l'aléatoire et des diver

gences qui ont pu rester cachées. On est alors dans l'ordre des malentendus.

— dans un second cas, des discussions révèlent non seulement un objet

simple — une négation — mais une interprétation partagée qui vient se projeter sur elle. Une projection convergente — un consensus — gagnée

à travers un processus d'ajustement, a pu se faire;

surtout, grâce à l'effet d'entraînement de l'action à construire. Elle est

la base d'un présent vécu,

elle

a

pu

se produire,

sinon de la construction d'un avenir (dont, la

plupart du temps, il n'était guère question);

— enfin — troisième variété — au cours de discussions plus longues et

moins limitées à un objet d'action, des projections différentes, mais parall èles, ont pu s'exprimer.

S'il

y a consensus,

c'est alors sur une façon de procéder, mais celle-ci

se présente comme

image ou programme d'une société future — sans projet d'avenir — la

société nouvelle est créée et vécue immédiatement (et, bien sûr, localement). Le seul autre point de consensus est dans la tolérance de la diversité.

dans cette perspective

de concentration sur soi et sur l'in-group, un rapport nouveau entre objectifs de l'action et moyens employés est proposé. On a assisté, telle est notre thèse, au passage d'un « second » à un « troisième » modèle d'action. Tout le monde semblait s'accorder pour dire, il y a quelques années, que traditionnellement, surtout dans les milieux intellectuels et littéraires, l'action est conçue très abstraitement et à partir de l'image d'une société idéale (référence à une valeur absolue), ce qui finit le plus souvent par empêcher toute action concrète, les conditions de réalisation de l'idéal n'étant pas remplies. Un second modèle, décrit dès i960 par M. Crozier l, est venu s'opposer assez efficacement au premier, si évidemment voué à l'échec, à la coupure classique entre l'imaginaire et le réalisable. Une « nouvelle forme de ratio-

un rapport

particulier à la création

des fins : logique

et

au

vécu :

sans

c) le télescopage

des moyens et

1. Cf. « The cultural revolution : notes on the changes in the intellectual climate of France » (5i4-54a), Daedalus, 1964, special issue « A New Europe ? ». Voir également M. Cbozieb, «Révolution libérale ou révolte petite bourgeoise?», Communications,

12,

1968, p.

i8-45.

La culture-action

nalité » se répand, en France, depuis environ dix ans. Le modèle « culturel » (au sens d'un mode organisational institué, ou s'instituant) esquissé par Crozier, observateur sensible et lui-même artisan actif de ces développements, pourrait être qualifié de nouveau pragmatisme. Des « forces vives » de la nation, des étudiants, de jeunes paysans et de « jeunes patrons » (du nom de l'association), cherchent l'engagement concret, les contacts par la partici pation, la responsabilité. Ils ont horreur des formules et systèmes a priori — trait sur lequel les étudiants du courant que nous avons décrit à propos de mai 1968 insistent tout particulièrement. Les autres traits du nouveau pragmatisme qui constitue le prototype du phénomène technocratique, tant mis en cause en 1968, ne coïncident nul

lement,

la réforme, la volonté de participer, d'être une nouvelle élite, de concevoir l'action essentiellement sur le plan intellectuel (ibid., p. 536). La solution technocratique aboutit, en fin de compte, à cette « conscience du possible » qui définit les fins à poursuivre d'après les ressources disponibles (moyens sociaux et culturels, moyens humains, moyens inventoriés dans l'actualité). Même s'il part d'un même rejet de formules a priori, un troisième modèle

est résolument et diamétralement opposé à ce pragmatisme qui, s'il n'exclut pas que de8 « aspirations sociales » puissent être considérées (celles qui peuvent s'exprimer à l'intérieur du système), rejette l'idée des ressources « humaines », de l'homme-moyen, malgré l'argument selon lequel le bon fonctionnement du système est dans son intérêt. Le modèle de la culture-action résout le dilemme fins-moyens par l'iden tification des objets et des sujets de celle-ci. La seule façon d'accepter l'idée que les hommes soient les moyens de l'action est de dire qu'ils sont imméd iatement les fins, sans médiation. L'image-action de la société s'élabore dans et à travers le processus de projection et d'action — l'absence d'à priori

par contre : la passion, chez ces nouveaux hommes d'action, pour

ne fait

donc pas place

à l'élaboration de plans nouveaux. Seuls ceux qui

vivent le processus d'élaboration directement sont la société. Plus de plans :

un itinéraire xécu. Certes, des questions de fonctionnement ne peuvent manquer de se poser. Dans la conception que nous exposons, elles sont considérées comme mineures, ce qui se comprend à partir d'une seconde forme prise par ce télescopage fins/moyens : fins de l'action et action sont identifiées. Dans la nouvelle culture envisagée, l'acte de créer est non seulement aussi important, mais plus important que le produit créé. C'est, si l'on veut, l'inversion de l'instrumentalisme qu'on observe si souvent chez les spécialistes (en sociologie, comme ailleurs). A l'admiration de toute forme de maîtrise technique, au plaisir de voir un « fonctionnement efficace » sans qu'il soit question des fins, se substitue la préférence pour l'esquisse, comme forme, et le renversement des perspectives qu'elle implique. S'il s'agit de privilégier l 'a-technique, c'est par volonté de développer l'expression de la créativité, de pousser à la croissance de l'imagination, et finalement à la retotalisation de l'homme, à travers cette façon de vivre dans l'activité directement créatrice. On peut penser, à première vue, que cette tendance a en commun avec l'instrumentalisme l'intérêt pour le processus de fonctionnement et le désin térêt pour les conséquences de l'action (le produit). Tel n'est cependant pas vraiment le cas, cette ressemblance se plaçant dans une perspective

91

Alfred Willner et Paul Beaud

renversée; l'objectif n'est précisément plus le produit, mais la fin du product eur,moyen/fin de l'action, et le « fonctionnement » de celle-ci n'est sati sfaisant que dans la mesure où il conduit au développement de la personne. La première production de l'homme, disait E. Fromm 1, c'est la production de soi. On peut conclure sur ce modèle culturel en disant que c'est, ici, la seule production qui importe.

La conception « action » place donc la culture dans le processus instituant

et la

tend ainsi à s'éloigner aussi bien de l'idée que l'anthropologue s'en fait — ensemble des œuvres, des normes et des structures instituées, éventuell ementen train de s'instituer — que de celle de l'historien de l'art ou même du critique d'art contemporain, pour se rapprocher de plus en plus de

l'idée du quotidien-, le style vécu et la personne, tout le quotidien devenant non seulement culture-art, mais culture-travail, culture-loisir, culture-poli tique.Point n'est donc besoin d'insister longuement sur le fait que ce fusionnisme amène à une culture plus active — subjectivante — l'individu devenant sujet créateur de celle-ci, comme à une culture d'une extrême, sinon totale, diversité — culture subjectivée. Les problèmes de normes de qualité, de censure, etc., sont tous évacués, au moins aussi longtemps qu'on

reste à l'intérieur du phénomène

(les difficultés, en ce qui concerne par

exemple la censure, peuvent être très considérables, comme l'a montrée l'expérience du Living Theater en Avignon, en été 1968).

rejette dans ce qu'elle

a d'institué. La définition même de la culture

ni. LA POLITISATION CULTURELLE

II convient, pour terminer, et bien que les exemples que nous donnerons soient maintenant assez largement connus, de rappeler quelques tentatives faites en mai pour mettre en pratique les idées que nous avons étudiées plus haut. Ces expériences pourront paraître à certains bien lointaines aujour d'hui et peut-être aussi vaines et sans lendemain 2. Le « temps » de mai a sans doute permis à ce qui n'est d'ordinaire que souterrain de prendre soudain une importance primordiale. Et l'on doit bien avouer que la phobie de la récupération qui hantait les participants au Mouvement à cette époque n'était pas injustifiée. Depuis un an, la révolution se vend bien. Les écrans sont encombrés de super-productions garanties contestataires par les jurys

1. Cf. notamment son Man for himself, réflexion de tradition «jeune Marx »;

notons combien la conception créativiste présentée ci-dessus est la réalisation concrète, quasi littérale, de « l'actionnalisme » que A. Toubaine a présenté à titre d'approche intellectuelle; cf. Sociologie de l'action, Paris, 1965.

2. A ceux-là, nous rappellerons cependant, sans pouvoir en parler plus longue

ment, les transformations radicales des rapports d'enseignement dans les universités françaises depuis un an. Parti des facultés, le mouvement y est retourné, lui-même modifié. L'exemple du Centre expérimental de Vincennes prouve que tout n'a pas été oublié.

La culture-action

des festivals internationaux. Il n'est pas de pièce de théâtre qui ne dénonce la société de consommation. Inversion prévisible : la contestation de la marchandise est devenue marchandise de la contestation, le détournement s'est retourné contre les détourneurs. N'a-t-on pas vu récemment les plus officiels des partis politiques renoncer aux traditionnelles affiches électorales pour s'adonner à la sérigraphie dans le plus pur style atelier populaire des Beaux-Arts ? Loin de conclure à l'échec de telles tentatives, il serait bon d'y voir, outre la confirmation des thèses de ceux qui, en mai, préconisaient le sabordage de l'industrie culturelle, la preuve de l'importance qu'il convient d'accorder aux mouvements critiques politico-culturels dont mai, nous semble- t-il, a suffisamment prouvé qu'ils pouvaient préfigurer de telles crises 1.

L'exemple qui vient le premier à l'esprit à propos de « mise en application »

des principes de cette nouvelle culture en mai est bien sûr celui de l'atelier populaire d'affiches. Rappelons ici un passage d'un des premiers textes mis au point en assemblée générale par les étudiants des Beaux-Arts :

« Le privilège enferme l'artiste dans une fusion invisible. Les concepts fondamentaux qui sous-tendent cette action isolatrice qu'exerce la culture sont :

— l'idée que l'art a « conquis son autonomie » (Malraux);

— la défense de la « liberté de création ». La culture fait vivre l'artiste

dans l'illusion de la liberté. Il est « créateur », c'est-à-dire qu'il invente de toutes pièces quelque chose d'unique, dont la valeur serait, permanente, au-dessus de la réalité historique.

En lui accordant ce statut

privilégié, la culture met l'artiste hors d'état de nuire. »

les

L'idée de création irréalise son travail

On retrouve un des

thèmes déjà évoqué plus haut et central dans

discussions de mai : celui de la coupure,

de la séparation.

L'art est « aut

onome

ducteur

», hors du temps, hors de la quotidienneté. L'artiste n'est qu'un pro d'objets d'art dont la valeur et la signification sont intemporelles.

L'artiste n'est qu'un pro d'objets d'art dont la valeur et la signification sont intemporelles.

A cela les participants à l'atelier populaire opposent une culture essen tiellement liée à la vie, une retotalisation 2 de la personnalité de l'artiste, impliqué dans ce qui l'entoure, et de l'art lui-même qui n'est plus séparé

de la réalité. Le « relatif » et le temporel remplacent 1' « absolu » et l'immortel.

C'est dans l'action et

de l'action

que la création

prend sa vraie

valeur.

La culture n'est plus la somme d'oeuvres déjà produites — un patrimoine —

train de se faire, elle est la compréhension, la synthèse

personnelle et collective de l'action, « politique » ou non. Les anciens critères de jugement, eux aussi intemporels, rattachés à la culture, ont disparu.

elle est ce qui est en

1. Nous pensons ici aussi bien à des groupes de réflexion théorique comme l'Inter

nationale situationniste qu'à des écoles classiquement qualifiées « d'artistiques », parce que connues pour une production littéraire, musicale, théâtrale, cinématographiq ue,etc.

2. Retotalisation de l'individu qui fut, notons-le, l'une des ambitions de beaucoup

de mouvements artistiques de ce siècle, de Dada et du Surréalisme jusqu'aux expé

riences les plus récentes, comme par exemple celles du Living Theater.

93

Alfred Willner et Paul Beaud

Non-séparation au

niveau

de

la

création

et

du

créateur, mais

aussi

au

niveau du rapport entre ceux-ci et celui qu'il était convenu d'appeler spec tateur, terme qui implique la passivité. La communication horizontale

se substitue à la communication verticale. Aux Beaux-Arts, comme dans

d'autres expériences théâtrales 1, musicales

démythifie l'Artiste; non que la création individuelle soit rejetée : elle trouve au contraire une nouvelle valeur, non plus tant pour son résultat visible que pour, elle-même, pour l'acte de créer. L'acculturation devient, si l'on

veut, la culture-action : non plus enseignement, ni apprentissage, mais auto enseignement, rapport de recherche entre chercheurs plus ou moins avancés. Revendication identique, au niveau « artistique », à celle que l'on retrouve dans la plupart des textes concernant une refonte du système éducatif :

substituer à la transmission autoritaire du savoir, de la culture, la notion de recherche collective et permanente.

en mai, la création collective

Cette nouvelle culture, dit J.-J. Lebel,

« n'aurait ni la même fonction,

ni le même caractère ». Elle mettrait en avant « l'idée d'activités créatrices individuelles ou collectives qui, au lieu de s'enfermer dans des musées, se manifesteraient en permanence, dans la vie quotidienne, en prise directe sur la transformation constante des rapports humains * » Culture et politique se mêlent, si l'on veut bien entendre l'un et l'autre mot au sens le plus large, au niveau le plus immédiat : celui de la rie quo tidienne.

« Aujourd'hui, c'est la vie, minute par minute, qui est une création,

qui est l'art. C'est la vie qui se charge de divertir, de donner toutes les

émotions. iquer •. »

C'est la

vie

qui

sort les gens

de leur maison pour commun

L'embarras, devant les questions posées par le problème d'une politique culturelle, vient évidemment de l'omniprésence officielle, dans la France actuelle, du modèle technocratique qui se propose de résoudre, depuis « le

haut », les problèmes quels qu'ils soient; il est d'autant plus considérable

qu'il ne s'agit plus là seulement d'un modèle abstrait,

forme d'action inscrite dans des institutions mises en place en vue de ce but, approuvées par des élites diverses, même progressistes, voire socio-

logistes; la réflexion sur la politisation culturelle qui est partie « du bas »

se

retrouve, une fois de plus, devant l'impasse classique : il est impossible d'organiser la spontanéité (qui est non-organisation plutôt qu 'anti-organisa tion,bien qu'elle puisse initialement se présenter également comme telle).

s'inscrit donc en faux contre l'idée d'une « politique culturelle ».

mais bien d'une

On

1. Citons ici les séances d'élaboration collective de poèmes, de chansons, de

sketches

troupes, lors du Festival d'Avignon 1968, d'abandonner le cadre traditionnel de la scène, de renoncer à tout texte préparé, pour se joindre à, la population.

pratiquées en mai au théâtre de l'Epée de Bois et les tentatives de quelques

2. J.-J. Lebel, Procès du Festival d'Avignon (Ed. Pierre Belfond, Paris, 1969,

Benedetto, in Bulletin de la Nouvelle compagnie d'Avignon, cité par

190 p.), p. 28.

3. A.

J.-J. Lebel, op.

cit., p.

56.

La culture-action

C'est dans son principe que l'action culturelle l a été rejetée par des mouvements, comme celui de mai 1968 — plus exactement, nous l'avons

dit, par l'un des courants majeurs qui s'est exprimé alors. Toute politique d'action culturelle, jusqu'à présent du moins, se heurte au dilemme culture de masse ou massification de la culture. Quelle que soit l'option choisie, on reste dans l'optique de la transmission et non de la production d'une certaine culture. Dans les deux cas la production est

réservée à une minorité

comme le dit A. Touraine, « les langages culturels (sont) massivement diffusés (et) placés au centre de la société et non à son sommet 2 » des producteurs

(« élite »).

Même si,

dans la

culture de masse,

ont dû, au minimum,

aller « au-devant » de la « demande », sinon prévoir la création d'un certain

type de goût. D'autre

les moyens actuellement en service, d'acculturer véritablement un public

assez large à une culture savante, l'idée de l'accès

implique néanmoins l'adaptation de l'individu, ou ce qu'on pourrait évidem mentappeler son initiation à des valeurs établies et souvent anciennes. Dans l'un et l'autre de ces cas, le projet de la politique culturelle est finalement de programmer la projection du récepteur culturel.

On peut donc opposer une vue rétrospective, dans laquelle le récepteur est amené à identifier un sens existant à une culture préexistante, et une vue prospective, bien qu'il ne s'agisse pas nécessairement, ou seulement partiellement, de prévision ou de pari sur l'avenir, dans laquelle le sens et la forme du produit culturel doivent être créés, dans cette perspective d'ident ification du créateur, du processus de création et du créé.

faire une hypothèse sur les

« goûts »

du public,

part,

s'il est peut-être impossible, du moins avec

de

tous

à

celle-ci,

Il est aisé

de concevoir à partir

de là ce que l'insertion

aussi

immédiate

de l'individu et de groupes dans ce complexe contient de forcément politique. A partir du moment où le culturel n'est plus du domaine réservé de l'art, séparé en quelque sorte du quotidien ordinaire (il ne l'a jamais été totalement — comme le montre la sociologie de l'art — mais les artistes sont apparus

tout de

englobe pour le moins ce qui a toujours fait, en principe, l'enjeu de la politique. Certes, parler de « politisation culturelle » pose un problème nominal.

relatif .désintérêt pour

« Chassez le politique »

la politique au sens courant du terme a conduit à tout un débat sur la

« dépolitisation » — et indirectement explique, pour une part, la charge

même comme des spécialistes, détachés de la vie « ordinaire ») il

il revient

au galop : si le

puissante de revendication antibureaucratique qui traversait l'ensemble du Mouvement de mai 1968 — il est probable qu'on puisse dire qu'il est

« revenu au culturel ». Le renversement des perspectives que nous venons

de présenter est probablement un phénomène bien plus réellement et plus

1. Voici comment le gouvernement français, en 1959, définissait la tâche du

ministre d'Etat, chargé des Affaires culturelles : « Rendre accessibles les œuvres capi tales de l'humanité, et d'abord de la France, au plus grand nombre possible de Français, assurer la plus vaste audience au patrimoine culturel et favoriser la création

des œuvres d'art et de l'esprit qui l'enrichissent » (cité par J. Lacouture, le Monde,

5 juil.

1969, p.

i5).

2. Cf. A. Touraine, Le Société post-industrielle, p. 3oi-2.

95

Alfred Willner et Paul Beaud

fondamentalement politique, et môme subversif, surtout dans sa version affirmative — de la tendance à vivre immédiatement les solutions préco nisées — que les formes plus organisationnelles de la politisation. Et ceci d'autant plus qu'il s'agit non seulement, pour reprendre le terme d'Ernst Bloch, d'utopies concrètes, mais bien d'utopies permanentes, renfermant, centralement, l'exigence du « jamais établi », de la recherche permanente. Une réponse à l'interrogation sur une « politique culturelle » pourrait donc se trouver dans ce prototype de la « politisation culturelle ». Politique- bis et culture-bis sont des termes redéfinis en interaction, dans cette jonction d'un genre que connaissaient les mouvements dada et surréaliste, qu'expr imentaujourd'hui le free-jazz et le free-theatre, notamment, mais dont l'extension est commencée et se fera sans doute sentir de plus en plus.

Alfred Willener et. Paul Beaud Groupe de sociologie industrielle et culturelle Centre national de la Recherche scientifique