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Jorge Α. Gonzalez Université de Colima (Mexique) LA VOLONTÉ DE TISSER : ANALYSE CULTURELLE, FRONTS
Jorge Α. Gonzalez
Université de Colima (Mexique)
LA VOLONTÉ DE TISSER : ANALYSE
CULTURELLE, FRONTS CULTURELS
ET RÉSEAUX DU FUTUR
Traduit de l'espagnol par Germaine
Mandelsaft
« Yequene Cenca quilizlacahuia yn Diablo
ynaquique conmatiznequi yn tleyn ychtacachioalo
anoço ychtaca nemiliztli anoço yn tleyn tepanchioaz »*
Frère Andrés de Olmos, 1553
« Dans les jeux infinis, le jeu n'est pas de gagner,
mais de créer les conditions pour continuer à jouer »
John P. Carse
L'analyse culturelle en Amérique latine, dont le développement est inégal, a des origines
multiples et variées. Presque tous les pays latino-américains ont réalisé des études sur les
questions culturelles, mais il serait impossible d'en faire un compte-rendu, même approximatif,
dans le cadre de ce travail. De plus, il est impossible de connaître la situation actuelle en détail en
raison de trois facteurs qui sont au centre de ma réflexion : le manque d'information, le manque
de diffusion et le manque de connexion. Nous ne voyons que le sommet de l'iceberg, mais
pouvons-nous dire qu'il existe véritablement quelque chose que nous puissions appeler « ice-
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Jorge A. González berg » ? Le monde universitaire reconnaît une petite partie des tentatives
Jorge A. González
berg » ? Le monde universitaire reconnaît une petite partie des tentatives qui sont faites dans
cette région du monde pour comprendre le processus, le changement et la stabilité de nos
sociétés d'un point de vue culturel (Gonzalez, 1996). Cependant, les carences mentionnées
ci-dessus déterminent la structure de ces études et constituent l'un des obstacles les plus
importants au changement de la situation.
Ce travail se compose de trois sections. La première ébauchera un panorama des conditions
de construction de la connaissance, non pas apropos mais à partir de la perspective de la culture.
La deuxième section présentera de manière autocritique le développement de la ligne de
recherche de ce que j'ai appelé Fronts culturels. Initiée en 1976, elle a déjà connu succès et
échecs. En dernier lieu, je présenterai certaines des caractéristiques et des effets du projet Fronts
culturels actuellement développé dans tout le Mexique et, depuis peu, en collaboration avec
d'autres pays d'Amérique latine.
1. Conditions de la construction de la connaissance
Il existe une culture de base, un discours social partagé par nos sociétés qui, enracinés dans
la vie quotidienne et le sens commun, nous fournissent une forme de relation avec la réalité, y
compris à l'intérieur du champ de la pensée se voulant scientifique. Conséquence d'une
colonisation longue et généralisée, nous avons tendance à nous voir comme voulaient nous voir
nos colonisateurs : nous méprisons ce qui nous appartient et nous admirons ce qui appartient
aux autres ; nous possédons un bien piètre auto-estime, nous sommes très peu disciplinés, nous
avons recours à l'imitation et ce qui est encore bien plus dangereux, nous n'avons que peu
d'imagination. C'est ainsi, par exemple, que lorsque nous faisons un bilan des travaux et des
thèses sur la culture dans le Mexique de la deuxième moitié du vingtième siècle, nous y verrons
presque toujours la prédominance et l'importation, sans aucun esprit critique, d'auteurs, de
théories, de méthodes et de techniques dont le principal mérite est d'être « étranger ». Les
défilés de références, d'approches et « d'analyses » en parfait accord avec les modes dictées par
les capitales de la pensée en vogue : d'Europe d'abord — Espagne, France, Grande-Bretagne,
Italie — des Etats-Unis ensuite — Chicago, New York, Berkeley, sont à l'ordre du jour.
Il ne s'agit certainement pas de rejeter toutes les contributions « étrangères » en faisant
preuve d'un chauvinisme déguisé sous les traits d'aspirations scientifiques autochtones, mais
d'examiner la manière dont les systèmes de création de la connaissance en Amérique latine et
dans le reste du monde sont liés entre eux, le type de structures locale et régionale qu'ils génèrent
et les dynamiques internes qu'ils présentent. En l'occurrence, nous existons à la lisière de la
mappemonde de la connaissance, dans ses banlieues 2 ce qui n'est ni un fait si étrange en soi, ni
vraiment problématique.
Il me semble cependant que le véritable problème réside dans l'importation sans discus-
sions des questions que nous pouvons poser sur nos réalités complexes et plurielles. À cause de
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La volonté de tisser : analyse culturelle, fronts culturels et réseaux du futur cette inertie
La volonté de tisser : analyse culturelle, fronts culturels et réseaux du futur
cette inertie coloniale, nous continuons souvent, même en cette fin de vingtième siècle, à nous
regarder avec le regard des étrangers. Cette situation objective a des conséquences très sérieuses
dans la mesure où les importations ne se cantonnent plus aux bibliothèques mais se sont
propagées aux cadres épistémologiques (Piaget et Garcia, 1982 ; González, 1994, p. 338). Nous
avons investi des efforts importants pour tenter de générer d'une part les questions pertinentes
au déchiffrage et à l'interprétation dense de nos réalités, et d'autre part au développement
ultérieur d'une perspective nous permettant de nous développer à l'intérieur des caractéristi-
ques spécifiques des connexions structurelles que nos systèmes scientifiques débutants en
Amérique latine maintiennent avec l'extérieur (Maturana et Varela, 1990 ; Varela, Thompson et
Rosch, 1993).
A) La Pyramide Aztèque des Borgnes
« Au royaume des aveugles, le borgne est roi » dit un dicton populaire, et c'est précisément
l'unique issue qui nous est permise : les premiers à lire et à traduire ce qui vient « de l'extérieur »
deviennent les successeurs et les représentants légitimes des vrais penseurs. Le public universi-
taire (encore rare, peu informé, non cosmopolite, déconnecté) confère à ces lecteurs et traduc-
teurs un capital de reconnaissance. À partir de là, leur place et leur survie dans le champ local
sera basée sur la découverte la plus rapide du dernier livre à la mode ou sur l'application des
nouveaux concepts à des situations locales. Dans leur travail de divulgation et de popularisation
devenu alors incontestable, on trouve parfois des critiques intéressantes mais trop souvent les
concepts ne font que changer de nom. Les conditions objectives de ce phénomène résident
principalement dans une structure verticale, pyramidale, à l'image des systèmes européens et
anglo-saxons où, cependant, il existe (relativement du moins) un « marché » pour le dévelop-
pement et l'utilisation sociale de ces études. Quelques chiffres nous fournissent un profil de ce
« marché » pour lequel nous sommes des producteurs.
Dans nos sociétés, le secteur public subventionne environ 90 % de la recherche. Le secteur
privé, quant à lui, bien plus attentif aux oscillations de l'indice Dow Jones, n'investit pas dans ce
genre d'entreprise. Depuis 1968, nous passons par une crise politique et économique très grave,
et il est aisé d'imaginer les « ajustements » et le coût social dont a souffert le secteur.
Ainsi, au Mexique (et il me semble dans une bonne partie de l'Amérique latine), ce
« marché » interne est-il extrêmement faible et aléatoire car il n'est pas enraciné dans des
institutions et présente de sérieux problèmes de coordination, de circulation, de maintenance et
bien sûr de reproduction. En même temps, les études et les publications trouvent, de fait, peu
d'échos dans le système d'éducation. Au Mexique, moins de 3 % de la population totale fait des
études supérieures et cela ne représente que 15 % de la population entre 20 et 24 ans (1,36 mil-
lion sur u n total d e 91 millions soit 1,5 % d e la population).
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Jorge A. González Β) la formation des producteurs et du public potentiel Un aspect structurel
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Β) la formation des producteurs
et du public potentiel
Un aspect structurel de la pyramide réside précisément dans la population que l'on retrouve
dans le système d'éducation supérieure du pays. Le tableau I nous montre les proportions : seuls
0,004 % des Mexicains suivent une formation officielle dans la production générale des connais-
sances.
México 1995 : Población escolar inscrita
(en miles)
276.8
173,6
42.3
I
4.5
Licenciatura
Licenciatura
Maestría
Doctorado
Primer ingreso
Egresados
Source : ANUIES, 1995.
Figure 1.
En termes de producteurs « effectifs », le profil de la pyramide se trouve dans le Tableau 2.
TABLEAU 2
%
CHERCHEURS (« PRODUCTEURS »)
TOTAL
%
POPULATION
TOUS LES DOMAINES SCIENTIFIQUES
SCIENCES SOCIALES ET HUMANITÉS
5,879
100
0,006 %
1,545
26
0,001 %
Source : Conacyt, 1995
De plus, sur le total des chercheurs reconnus, 32 % se concentrent dans une seule
institution, l'Université nationale, et seuls 14 % sont basés hors de Mexico. La reproduction
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La volonté de tisser : analyse culturelle, fronts culturels et réseaux du futur fractale (Gleick,
La volonté de tisser : analyse culturelle, fronts culturels et réseaux du futur
fractale (Gleick, 1990 ; Hall, 1992) du modèle de concentration verticale et descendante de la
société fait que la pyramide des chercheurs se superpose à la pyramide des villes.
Le nombre d'individus qui achètent des livres ou qui les consultent régulièrement dans des
bibliothèques est très bas ; la moitié des Mexicains n'achètent même pas un livre par an et les
titres les plus demandés n'ont qu'un seul tirage limité à deux mille exemplaires et une diffusion
très limitée (González et Chávez, 1996). Il n'existe que dix-huit revues de sciences humaines et
de sciences sociales, reconnues par la communauté scientifique mexicaine et parmi elles, seules
deux traitent systématiquement de la problématique de la culture 3 .
Ce cadre nous fait mieux comprendre le besoin des chercheurs de se connecter à l'étranger
afin de se déconnecter corrélativement et progressivement des mouvements et des flux de
configurations culturelles tissés dans leur propre société 4 . On connaît également le manque
d'intérêt des universitaires pour les multiples processus culturels non légitimés par des cher-
cheurs ayant une réputation internationale 5 . La situation extérieure n'est pas meilleure. La
comparaison avec les USA est navrante (De los Santos, 1995). Nous sommes totalement en
dehors du «marché» lorsque nous constatons que dans les compilations internationales,
seulement 3,8 % sur 1 200 références et un auteur sur quarante-trois sont d'origine latino-
américaine (ou du moins ont un nom à consonance hispanique) (Grossberg et al., 1992)
C) Fragments d'un bouquet d'indigences à la recherche de paradigme
En bref, notre pratique scientifique foisonne de préjugés et de nombreux défauts.
a) Tout d'abord, au sein de nos communautés de chercheurs, nous sommes l'objet d'un
préjugé « scientiste » en ce qui concerne le caractère de la science et des scientifiques. Il convient
de clarifier ce que recouvre ce terme. Seule la science « dure » est considérée comme une
« science véritable ». Selon cette perspective, l'étude de la culture appartient au domaine de la
spéculation, de par son caractère paradoxal, mobile et discontinu et dans la mesure où elle n'est
pas menée avec la rigueur de la méthode scientifique. Bien ou mal, ce préjugé se désagrège de plus
en plus et ne concerne pas les travaux qui ont opté pour la rigidité [cadavérique - rigor mortis) de
l'analyse d'informations généralement quantitatives. Ceux qui adoptent un point de vue
contraire en appellent à la liberté « herméneutique » qui découle simplement de la sensibilité et
de l'expérience de l'auteur navigant à volonté sur des océans spéculatifs d'informations quali-
tatives.
b) Indigence théorique : l'importation, sans aucun esprit critique, d'idées intéressantes
génère un panorama incomplet. Ces idées mal digérées sont fragmentaires et n'ont de validité
que parce qu'elles sont à la mode. Malheureusement, une fois l'euphorie passée, on laisse tomber
la proie et on change d'objet.
c) Indigence stratégique : en accord avec l'attitude théorique antérieure, le niveau straté-
gique de la méthodologie se confond souvent avec la simple application des méthodes et parfois
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Jorge A. González même avec les techniques produisant des approximations plates et bien souvent unidimension-
Jorge A. González
même avec les techniques produisant des approximations plates et bien souvent unidimension-
nelles. L'abandon de ce niveau, qu'il soit implicite (par goût personnel, élégance, omission ou
modestie excessive) ou bien explicite (parce que ce n'est pas nécessaire), est aussi l'abandon pur
et simple de l'exercice effectif consistant à rendre le monde intelligible à l'intérieur des
conventions d'une communauté et le renoncement au développement même de cette activité.
d) Indigence tactique : une révision des arsenaux techniques des spécialistes en sciences
sociales au Mexique (y compris ceux qui se consacrent à l'étude de la culture) révèle une
pauvreté énorme et stéréotypée qui, sans aucun doute, est liée à l'abandon mentionné ci-dessus.
Nous nous trouvons en présence d'un défilé incessant d'enquêtes faisant un usage superficiel des
statistiques, de nombreuses ethnographies riches en descriptions mais pauvres en perspectives,
des dizaines d'études sémiologiques cruellement semi-logiques, quelques tests projectifs, mais le
panorama général révèle une imagination verrouillée par l'habitude. Très peu d'études tentent
une approche complexe, digne en fait de la complexité qu'elles prétendent décrire, analyser et
interpréter.
e) Indigence de Yinformation : incontestablement, tout cela produit des données de
deuxième et troisième main, peu élaborées et encore moins analysées. Conjointement, cette
indigence est liée aux maigres informations « officielles » sur les processus culturels. Les agences
de publicité et d'études de marché en savent plus que les institutions spécialisées dans la
connaissance. Nous nageons dans une grande inculture de l'information : nous ne sommes
capables ni de la générer ni de l'utiliser et par là même de lui donner de la valeur.
f) Indigence critique : peu ou pas de critique systématique, beaucoup de « gloses » et de
renvois (« je te cite, tu me cites ; je t'invite, tu m'invites »). Si quelque chose n'est pas convain-
cant, plutôt que de le critiquer afin d'évoluer, la procédure utilisée est de l'ignorer pour ne pas se
compromettre (ne pas citer, ne pas inviter, ne pas reconnaître, etc.). Comportement typique des
espaces sociaux fondés sur des sociétés familiales dépourvues d'un espace public solide, nous ne
pratiquons toujours pas, en Amérique latine, l'exercice sain qui consiste à faire la différence
entre la critique d'un travail de recherche et la critique adhominem.
g) Indigence épistémologique : notre tradition fragile, reposant sur un développement
théorique insuffisant et se basant sur nos propres processus, avide d'imagination stratégique,
enlisée dans des tactiques stéréotypées, habituée à des données faciles de seconde main, séduite
par la glose à la place de la critique, n'est pas non plus en mesure de retourner ses instruments
d'objectivation sur elle-même. En important seulement les questions posables, nous nous
condamnons à une cécité pernicieuse à l'intérieur de nos cadres épistémologiques et nous nous
écartons de toute possibilité de réflexion de deuxième ordre, à savoir connaître la connaissance
(Maturana et Varela, 1990). Cela constitue un décor propice au hara-kiri de tout développement
autonome et effectivement porteur des interprétations et des explications nécessaires à la
compréhension de nos processus culturels et de notre propre place dans le système mondial de
production culturelle (Fossaert, 1991).
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La volonté de tisser : analyse culturelle, fronts culturels et réseaux du futur h) Indigence
La volonté de tisser : analyse culturelle, fronts culturels et réseaux du futur
h) Indigence politique : conséquence de tout ce qui précède, nos analyses de la société à
partir de la perspective de la culture sont incompétentes pour véritablement toucher la société et
ses processus. C'est comme si nous étions atteints d'un syndrome de schizophrénie qui nous
empêchât de nous connecter aux réalités et aux nombreux acteurs de notre environnement.
Enfermé dans des idiolectes réservés aux insiders qui encouragent la concurrence entre les élites
d'initiés, notre champ est consacré à une espèce de reproduction des coupoles, mais son
exercice, sa composition et sa trajectoire n'ont pas augmenté de manière significative la masse
critique des producteurs ou des demandeurs de ce type d'information.
Somme toute, outre les contraintes structurelles mentionnées ci-dessus, nous sommes
confrontés à des objets complexes alors que nous sommes munis d'outils clairement inadéquats.
Les travaux les plus connus et les plus diffusés donnent trop d'importance à la description des
phénomènes (Giménez, 1994) et, bien qu'ils fournissent des pistes intéressantes à suivre, il leur
manque une théorisation qui nous permettrait des entrelacs qui seraient non seulement élégants
mais également plus subtils.
En termes strictement cognitifs, nous faisons de nombreuses descriptions suggestives mais
le niveau de nos explications, doublé d'un manque de méthodologie explicite, partageable et
ratifiable, est bien faible. Etant donné ces conditions, nous pouvons demander avec raison : cela
vaut-il la peine de nous analyser en tant que sociétés complexes à partir de la perspective de nos
cultures ? Sommes-nous capables de le faire ? Comment sortir du cercle ?
2. Fronts culturels : une perspective autocritique
En tant que complice et collaborateur du panorama que j'ai décrit, je passerai brièvement
en revue ma propre expérience afin de mieux illustrer notre propos. C'est en 1976 que j'ai
commencé à étudier la société mexicaine à l'Universidad Iberoamericana, en l'abordant à partir
de la perspective de la culture. Mes travaux se sont d'abord portés sur les communautés rurales
et leur relation culturelle avec la société en général (González, 1978 et 1980) et ensuite sur la
formation et la caractérisation de la culture de la région montagneuse du Mexique en tant
qa habitus (González, 1981). Au cours de la réalisation de ces deux premières études à
l'Universidad Metropolitana-Xochimilco et à l'intérieur du cursus de communication, je me suis
associé à un groupe de collègues pour ouvrir un espace spécialement consacré à ce type
d'analyse : le domaine de recherche « Communication, hégémonie et cultures subalternes »
resté en activité pendant plus de dix ans.
Ce ne furent pas les échanges scientifiques — à savoir la propre dynamique du champ, mais
plutôt les événements externes — la répression militaire en Amérique latine — qui, grâce à des
réseaux d'amis et de connaissances, nous mirent en rapport direct avec des collègues possédant
une formation universitaire solide. Au milieu des années 1970, ces derniers rafraîchirent
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Jorge A. González l'atmosphère déjà viciée du champ scientifique mexicain replet de certitudes positivistes ou
Jorge A. González
l'atmosphère déjà viciée du champ scientifique mexicain replet de certitudes positivistes ou
« critiques ». Avec eux, arrivèrent au Mexique d'autres bibliographies, d'autres auteurs, d'autres
perspectives et problématiques qui influèrent directement sur la réorientation des thèmes de
recherche et, à leur tour, furent influencés par les traditions et les courants qui se multipliaient
dans le pays.
En 1982, alors que j'effectuais une révision critique de mes analyses antérieures, je me suis
aperçu que les catégories que j'avais utilisées depuis 1976, et notamment les perspectives de
Gramsci, Cirese, Bourdieu et Fossaert (hégémonie, subordination, inégalités internes de culture,
habitus de classe, logiques de production), tout en ayant leur utilité pour focaliser sur des
questions d'analyse culturelle au Mexique, présentaient différentes lacunes, en particulier
d'ordre méthodologique 6 . Cette prise de conscience a donné naissance en 1982 à ma proposition
de travail sur les Fronts culturels afin d'étudier les foires urbaines, la religiosité dans les
sanctuaires et la vaste expérience culturelle mexicaine du mélodrame dans les mass médias 7 .
Tous ces phénomènes possèdent en commun un caractère manifestement transclasse 8 .
La catégorie Fronts culturels sert d'outil méthodologique et théorique pour nous aider à
penser et à examiner empiriquement les modalités historiques, structurelles et quotidiennes au
moyen desquelles se construit une chaîne de relations de domination dans une société donnée.
Le terme, délibérément polysémique de fronts possède une double acception :
1) en tant que zonesfrontalières (frontières poreuses et mobiles) entre cultures de classe et
groupes socialement différents,
2) en tant quefronts de batailles, arènes de luttes culturelles entre adversaires possédant des
ressources et des conditions inégales.
En ce qui concerne leur spécificité, les fronts décrivent des relations sociales générales qui,
du point de vue de la construction quotidienne du sens de la vie et du monde, élaborent l'évident
et le nécessaire, les valeurs et les identités multiples. Précisément ce qui pourrait « tous » nous
unir. En termes de zones frontalières, la perspective des Fronts culturels nous permet normale-
ment d'observer des formes symboliques et des pratiques sociales qui, grâce à de multiples
opérations (de nature politique, économique et surtout culturelle) sont devenues, avec le temps,
évidentes, banales et partagées par des agents socialement très différents. Cette perspective va à
l'encontre de l'interprétation de la culture en tant que création exclusive de distinctions.
L'hégémonie ne peut pas être étudiée uniquement à partir des différences. Pour qu'une relation
sociale d'articulation complexe du consensus et de l'autorité existe, elle doit nécessairement se
baser sur un minimum d'éléments communs. L'histoire de la subordination et de la domination
de la pensée magique en Angleterre (Thomas, 1984) de l'alphabétisation en Europe (Muchem-
bleud, 1976) et de la colonisation du nouveau monde (Gruzinski, 1988) nous donne des
exemples stimulants de l'émergence de ces processus en tant que luttes stratégiques et quelque-
fois sanglantes (et pas seulement d'un point de vue symbolique) pour l'établissement d'une
direction « intellectuelle et morale » de la société obtenu par un bloc d'agents sociaux plus ou
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La volonté de tisser : analyse culturelle, fronts culturels et réseaux du futur moins solidement
La volonté de tisser : analyse culturelle, fronts culturels et réseaux du futur
moins solidement alliés. Ce processus de destruction de certaines formes préexistantes et
émergentes a été mêlé à la délimitation symbolique de « zones franches »dans lesquelles des
formes communes ont dû fusionner sur la base d'un travail de nature spécifiquement culturelle,
signifiante, cognitive et bien sûr collective.
Quant à la catégorie fronts de batailles, elle nous pousse à essayer de rendre visibles les
innombrables escarmouches et « combats » véritablement symboliques que se sont livrés (et se
livrent encore) des combattants inégaux en termes de pouvoir et de ressources. C'est ce qui nous
permet de créer et de recréer le sens partagé de ce qui est « nécessaire » pour vivre, de ce qui
« vaut la peine » dans la vie et du « qui nous sommes » dans ce monde. Là où nous trouvons des
signifiants partagés par des agents socialement différents réside, de manière sous-jacente, un
processus historique de multiples luttes symboliques qui, lorsqu'il se laisse observer grâce à une
stratégie méthodologique complexe (Morin, 1990), nous indique ce qui compose la relation
sociale que nous appelons hégémonie et les circonstances dans lesquelles elle a été négociée (à
coup sûr dans des circonstances inégales). L'analyse de la culture à partir de la perspective des
fronts culturels nous astreint donc à une polyphonie méthodologique qui nous offre :
a) des descriptions touffues de l'état actuel de ces zones intégralement fractales d'interpé-
nétration et d'entrecroisement, ainsi que des agents sociaux qui y sont impliqués 9 ,
b) une reconstruction historique des trajectoires qui ont abouti à ce phénomène où les
résistances, les « capitulations », les négociations et les escarmouches spécifiquement symboli-
ques et culturelles des adversaires occupent une place privilégiée,
c) une caractérisation des processus de changement, de transmission et de reconstruction
des propres adversaires,
d) une description sémiotique de la spécificité de ces processus.
Au milieu des années 1980, avec un groupe de collègues, nous avons donc fondé le
Programme Cultura, à l'Université de Colima, pour servir d'espace de documentation et d'ana-
lyse permanente des dynamiques de la culture au Mexique 10 . Mais au cours de cette décennie,
nous avons aussi voulu parier sur la transformation de quelques-unes des conditions de
production de ces connaissances. Dans les conditions spécifiques — à la fois internes et externes
— du champ intellectuel mexicain qui consacre à dessein une très forte concentration des
ressources, des fonds et des aptitudes à l'étude de la culture, notre stratégie a consisté en effet à
nous décentrer (prendre nos distances des cathédrales — individuelles et institutionnelles — du
savoir) et à tisser obstinément des réseaux horizontaux à un moment où notre histoire culturelle
ne laissait de l'espace que pour les chemins conventionnels, pour la verticalité rigide des
institutions. Ce qui constituait un énorme investissement d'énergie pour à la fois faire bonne
impression en haut et assurer la surveillance en bas afin de faire ce que demande Γinstitution n .
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Jorge A. González 3. Le projet FOCYP Ce nouveau projet concerne trois domaines de travail
Jorge A. González
3. Le projet FOCYP
Ce nouveau projet concerne trois domaines de travail basés sur huit champs culturels 12
décisifs dans le développement culturel du Mexique au XX e siècle : la religion, l'éducation, la
santé, l'art, l'édition (les mass médias) et les loisirs. À cette liste s'ajoutent la culture alimentaire
et la culture de la consommation des marchandises qui, bien que n'étant pas aussi spécialisées
que les autres champs, n'en sont pas moins vitaux pour la compréhension des processus de
changement dans la société mexicaine. Ces huit champs forment la colonne vertébrale de la
recherche dans les trois domaines que je présenterai ci-après.
a) Les équipements culturels
Le premier de ces domaines questionne la formation des équipements et des
offres culturelles
de ces huit champs. Les champs culturels sont définissables comme des systèmes dynamiques de
positions et de forces. Une des façons de faire apparaître leur dynamique est de repérer et de
souligner leur présence relative dans les appareils et les institutions où sont formés leurs
spécialistes (prêtres, médecins, éditeurs, artistes, maîtres, etc.), où sont inculquées leurs modu-
lations spécialisées du sens, où est légitimée (ou non) la pratique des « clientèles » (fidèles,
patients, lecteurs, amateurs d'art, élèves, etc.), et par le biais desquels est mise en circulation une
série de produits culturels spécialisés.
b) Les publics de la culture
Le deuxième domaine se concentre sur la formation des publics et des clientèles de ces
champs. Ici, nous présumons que tout agent ne se transforme en public d'un champ culturel
déterminé que s'il a incorporé {embodied) les dispositions qui lui permettent de percevoir,
distinguer, évaluer et « préférer » les produits culturels spécifiques d'un tel champ. Les publics
de la culture ne « naissent » pas, ils se « font ». Nous posons en principe que ces trajectoires sont
également guidées par une éducation familiale de base et qu'elles sont modulées et modelées au
cours de leurs interactions avec les institutions des champs et avec les réseaux idéologiques de
coexistence.
c) Les publics face aux offres et aux équipements : leurs pratiques et habitudes culturelles
Le troisième domaine du projet a pour objet une enquête sur les habitudes et les pratiques
culturelles. Utilisant un questionnaire appliqué à un échantillon représentatif au niveau régional
et national, le résultat que nous avons obtenu est une vision descriptive, quantitative et extensive
sur les relations actuelles des Mexicains avec les huit champs en question. Ceci équivaudrait à
une description des intersections des deux trajectoires auxquelles nous nous sommes référés
plus haut. En d'autres termes, en tentant d'observer la configuration où prennent forme les
structures objectivantes de la culture, l'extérieur se fait intériorité et la manière dont cette
matrice de dispositions incorporées est derrière la logique de concertation de toutes les pratiques
se fait jour. Malgré le traitement de l'information provenant de trois générations et l'échantillon-
nage complexe de personnes interrogées pour cette enquête, nous nous sommes limités à décrire
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La volonté de tisser : analyse culturelle, fronts culturels et réseaux du futur quelques tendances
La volonté de tisser : analyse culturelle, fronts culturels et réseaux du futur
quelques tendances et à regrouper ou séparer les informations qui nous sont utiles pour la
connaissance du terrain et du modèle de relation des publics avec les huit champs culturels
(Gonzalez et Chávez, 1996).
De telles recherches furent possibles, non pas grâce à des réseaux composés d'importants
chercheurs reconnus possédant une solide formation, mais plutôt grâce à des réseaux composés
de nombreux investigateurs différant par la formation, l'âge et les aptitudes. L'un des principaux
résultats de ce travail est en effet le renforcement de Yauto-estime des communautés émergentes
de recherche qui commencent à imposer le respect pour ce genre d'activité en même temps qu'ils
sont les agents générateurs et responsables de leur propre information 13 . La structure en réseau
donne accès à chaque communauté émergente non seulement à sa propre information mais
également à la totalité des données qui sont générées par ce travail. Néanmoins, la situation est
bien loin d'être idyllique.
Il est clair que nous sommes aussi confrontés à la distribution inégale des aptitudes et des
ressources dont nous avons besoin pour tirer profit de ces informations (analyser, divulguer,
partager, etc.). Les dispositions qui sous-tendent les aptitudes scientifiques — et notre propre
travail le démontre clairement — ne sont pas réparties de manière équilibrée. Compte tenu de
cette situation, le réseau oppose une formation réticulaire où sont organisés des ateliers et des
séminaires permanents qui suscitent l'appropriation de ces aptitudes et la production de
nouvelles capacités. Etant donné nos nombreuses carences et le manque de budgets officiels,
nous avons décidé d'unir nos petites misères. L'expérience continue donc et l'énergie de ces
petites communautés émergentes de recherche a rafraîchi de nombreuses institutions.
Ainsi, toutes les analyses concrètes faites à partir de la perpective des Fronts culturels et de
la composition de la culture nationale et régionale mexicaine commencent à acquérir beaucoup
plus de sens. Non seulement pour écrire des livres et être cité dans le Hit Parade universitaire,
mais également pour exercer la fonction de réflexivité sur la vie quotidienne qu'implique le
métier de chercheur.
Analyser la culture au Mexique (et je crois que notre situation est similaire à celle du reste
de l'Amérique latine) est donc devenu une question aussi stratégique que les éternelles questions
concernant le paiement de la dette extérieure, le développement de la vie démocratique dans un
pays qui n'a pas encore effectué la transition de la culture orale à une culture des mass médias et
qui flotte dans une culture autoritaire au quotidien explosant entre mensonges et corruption,
violence et exactions 14 . Nous sommes confrontés à la possibilité de devenir des citoyens afin de
ne plus être des sujets, avec toutes les incertitudes et les dangers que cela implique. Il s'agit de
gagner du terrain dans la réflexion individuelle, collective et sociale, alors que notre expérience
actuelle nous dicterait plutôt l'obéissance, l'observance, la dépendance et la soumission. Si
l'analyse culturelle ne peut nous fournir les outils nécessaires à la déconstruction de ce scénario
et d'autres encore plus terrifiants que ceux qui avaient été annoncés avec l'avènement du
quatrième système mondial de capitalisme (Fossaert, 1991) — qui exclura, d'un seul coup, plus
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Jorge A. González de quarante millions de pauvres et de misérables dans mon pays, et
Jorge A. González
de quarante millions de pauvres et de misérables dans mon pays, et bien plus encore dans le reste
du monde — et si nous sommes incapables non seulement d'analyser élégamment, comme si
nous nous trouvions dans n'importe quelle capitale du savoir mondial, mais aussi de prendre en
charge la transformation pyramidale (de bas en haut) et latérale des formes d'organisation du
savoir spécialisé, d'accroître notre culture de l'information, alors, ce qui s'est passé avec les
dinosaures nous arrivera aussi, nous allons disparaître. Nous allons gâcher la première (et
peut-être la seule) occasion d'utiliser la technologie qui génère les premiers moyens intelligents
de communication dans l'histoire de l'humanité. Une technologie, dont l'infrastructure permet-
trait d'en finir avec l'émetteur unique et les millions de récepteurs muets en créant pour la
première fois une structure de participation horizontale, a été créée et une interconnexion du
monde interconnecté grâce à l'Internet et au réseau des réseaux (Landow, 1995 ; Negroponte,
1996 ; Piscitelli, 1996). Une technologie provoquant, comme les médias électroniques conven-
tionnels, des transformations cognitives qui, pour l'heure, ne sont que des projets, des conjec-
tures, des signes mais, avec l'action stratégique sociale et collective, pourraient être utilisées de
manière véritablement horizontale.
Conclusion
Les systèmes de connaissance en Amérique latine et au Mexique ne pourront aspirer à un
avenir plus ouvert que si nous nous occupons effectivement de l'ouvrir. La formation des tisseurs
de réseaux semble être la manière d'y arriver.
Les vrais défis ne se voient presque pas et comme le disent les Mexicains, « no somos
machos, pero somos muchos » [nous ne sommes pas machos mais nous sommes nombreux] (et
chaque jour davantage). Les dés sont jetés, le jeu a déjà commencé et les communautés
émergentes de recherche débattent pour savoir s'il est mieux de figurer dans le scénario mondial,
d'apprendre à appartenir dignement au monde universitaire international ou bien encore de
s'inventer elles-mêmes grâce à une pratique artisanale risquée pour devenir les tisseurs de
réseaux.
Le futur a déjà commencé.
NOTES
1. « En fin de compte, le Diable trompe ceux qui veulent savoir comment sont faites les choses secrètes, ou même
connaître le secret de la vie, ou peut-être les choses qui arriveront plus tard », Frère Andrés de Olmos, Tratado de
hechicerías y sortilegios, 1553, Editions De Georges Baudet, México, UNAM, p. 18-19.
2. Tout comme dans ces mêmes banlieues des capitales de Γ Amérique latine où manquent les services de base :
drainage, routes et chaussées, électricité, nettoiement des rues, etc., nous pouvons dire que les services et les
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La volonté de tisser : analyse culturelle, fronts culturels et réseaux du futur équipements du
La volonté de tisser : analyse culturelle, fronts culturels et réseaux du futur
équipements du champ universitaire (bibliothèques, talents, institutions, financements, chercheurs, bourses, etc.)
ont suivi un développement parallèle.
3. Je me réfère en particulier à Estudios sobre Us culturas contemporáneas et Comunicación y sociedad, toutes deux,
et ce n'est pas un hasard, basées hors de Mexico.
4. Les critères pour entrer dans le classement des chercheurs reconnus exigent une diffusion à l'étranger et des
apparitions constantes dans le Citation Index. Cependant cela réduit encore la taille du sommet de la pyramide,
parce que ces critères ne se basent pas seulement sur la qualité des travaux mais sur les relations ou le capital social
des chercheurs avec la communauté internationale.
5. C'est par exemple le cas de l'étude de la relation que la société mexicaine entretient avec les telenovehs qui, après
presque quarante ans de production et de construction d'un public n'avait presque jamais été étudiée. Cf. « La
cofradía de la emociones (interminables
» ainsi que les autres textes sur les telenovehs chez González, 1994.
6. C'est indubitablement à Gilberto Giménez que revient le mérite de la première diffusion au Mexique des travaux
et de la pensée de ces auteurs et de leur influence sur la formation des chercheurs mexicains sur ces thèmes
(Giménez, 1976,1977, et 1980).
7. Le texte Más(+) Culturais), publié en 1994 contient le parcours de dix années de travaux basés sur cette
conception.
8. Le terme provient de Cirese qui, en confrontant la vision de Gramsci avec celle de Croce sur le populaire, enrichit
la perspective verticale et classiste gramscienne d'une perspective transversale ouvrant la possibilité théorique de
penser la subjectivité et non de réduire à des « intérêts de classe », des processus comme l'art, le genre, les
mouvements écologistes, etc. (Cirese, 1983 et 1986).
9. Dans ce contexte, le dialogue fécond avec la perpective anthropologique désignée sous le nom de EoE —
Ethnography of Empowerment — m'a été d'une grande utilité. Cette dernière est centrée sur les processus
éducatifs et a engendré une intéressante tradition dans l'étude des processus de subordination (disempowerment)
des minorités hispaniques et asiatiques aux États-Unis (Trueba et Delgado-Gaytán, 1991 ; Suarez-Orozco, 1995).
10. Programme Cultura, (Programme d'Études sur les Cultures Contemporaines), Centre de Recherches sociales,
Université de Colima, 1985. Depuis sa fondation, notre Programme propose la création de réseaux permanents
de chercheurs, la création de systèmes d'information de différents ordres pour suivre de près les processus
culturels, un système de publications en réseau (Estudios sobre hs Culturas Contemporáneas) et un système de
production de médias (radio, vidéo, et plus récemment l'Internet), tous nourris par le système de recherche de
zones prioritaires.
11. « Tisseurs de réseaux et d'institutions ». Interview de Jésus Galindo (Programme Cultura) par Gabriela Olivares
du journal Zeta, Tijuana, du 15 au 21 mars 1996.
12. Le concept de « champ » dans l'acception que lui donne Bourdieu désigne les espaces sociaux spécialisés
(institutions, agents et pratiques) produits par la division sociale du travail dans la création, la préservation et la
diffusion du sens. Voir Bourdieu, 1992 et Calhoun et al. 1993.
13. Le projet a engendré, dans chacune des communautés de recherche, un nombre considérable de thèses,
mémoires, articles, livres, publications, monographies, nouveaux projets universitaires, vidéos sur l'histoire
familiale ainsi qu'une série nationale vidéo sur les publics du cinéma durant les cent premières années de sa
présence au Mexique.
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Jorge A. González 14. La relation actuelle entre les lecteurs de périodiques et les auditeurs
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14.
La relation actuelle entre les lecteurs de périodiques et les auditeurs et les téléspectateurs au Mexique est
abyssale : seuls 28 % des Mexicains lisent un quotidien alors qu'un foyer sur deux est membre d'un vidéoclub
et que neuf individus sur dix écoutent la radio et regardent la télévision (González et Chávez, 1996 : 113).
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