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« Le plus grand parmi vous sera votre serviteur » (Mt 23, 11)

Qui n’a jamais rêvé, au moins inconsciemment, d’être le protégé et l’ami intime d’un roi puissant, qui imposerait son règne à un immense pays, ou à la terre entière et au besoin, pour cela, userait de la force contre ses ennemis ? Lorsque le Credo commence par « Je crois en Dieu, le Père tout-puissant », ne risquons-nous pas de l’entendre à partir de ce rêve d’enfant ? Pourtant, le terme grec pantocrator ne signifie littéralement que « Seigneur du tout », « Prince sur l’univers », il se réfère à la relation de Dieu à sa création, plutôt qu’à la mesure infinie de sa puissance ! Comme le dit A. Comte-Sponville, le pouvoir contraint, tandis que la puissance authentique convainc 1 . On ajoutera avec le bénédictin S. Anselme que la puissance augmente avec la bonté et la droiture, alors qu’elle diminue avec la méchanceté et le vice. Si Dieu pouvait le mal comme il peut le bien, il ne serait pas absolument bon. « Dieu ne peut que donner son amour, notre Dieu est tendresse », chante un refrain de prière à Taizé. Donc, si nous croyons en un Père « tout-puissant », c’est d’abord dans la vertu de l’espérance en une fin heureuse de l’Histoire : « All shall be well ! », disait souvent Jésus à Julienne de Norwich dans ses visions. A moins d’un fort aveuglement spirituel, nous ne constatons pas que Dieu, par sa puissance, fait tout ce qu’il veut des hommes sur terre, que tout se passe selon sa volonté. A partir de là, nous pouvons comprendre que la royauté de Jésus dépasse notre rêve. Non pas qu’il ne soit pas un vrai roi, mais parce qu’il est roi autrement : ses pensées sont au-dessus de nos pensées comme le ciel est élevé au-dessus de la terre, dit le prophète Isaïe. Jésus est donc roi selon le paradoxe suivant : il est le plus grand et il a voulu se faire le serviteur de tous, allant pour nous délivrer de nos idoles, de notre péché et de la mort sa suivante, jusqu’à s’offrir en rançon pour nous. Ainsi, dans l’esprit même de Jésus, on vit à Auschwitz un Maximilien Kolbe s’offrir à la place d’un autre prisonnier « en rançon » pour l’évasion de quelques autres. Ce qui paraît insensé à la raison naturelle se révèle, pour celui qui vit de l’esprit de Jésus et de l’espérance de la vie éternelle, la raison la plus haute. La royauté de Jésus aboutit au sacrifice parce qu’elle accomplit ainsi le service qu’il n’a cessé d’offrir au long de sa vie. Pour cette raison, S. Pierre nous avertit que le Christ nous a « laissé un modèle » et nous a même appelés à « suivre ses traces » (1 P 2, 21), non dans le dolorisme, mais dans le sens du service et de l’humilité. Gardon-nous donc de la vanité pharisienne et du paraître. Ayons pour ambition de servir sans être remarqués et sans recevoir toujours le salaire ou la première place espérée. « Qui s’élèvera sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé » (Mt 23, 12).

!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! 1 ! cf. Le Capitalisme est-il moral ?

Frère Matthieu, osb Mail : mth.cailliau@gmail.com Dons : Abbaye Saint Georges 63, rue saint Georges 41800 Saint Martin des Bois