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LUNDI 23 MAI 2011

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Vins d’Hérault en Chine

Commerce l Le conseil général rentre de Shanghai, où il soutient la présence de sa viticulture.

C ’est une collerette, un modes- te morceau de carton enser- rant le cou de bouteilles de vin d’ici, à l’autre bout du glo-

be. Quatre faces et deux photos, de l’abbaye de Gellone et d’une vigne en vert, des mots d’anglais, des idéo- grammes, une adresse web en “.cn”, l’inscription Hérault, Le Languedoc brandie comme une marque. Depuis six mois, dans 350 hypermar- chés de la plupart des provinces de Chine, comme ce cinsault en tête de gondole de la cave de Carrefour Gu- Bei, à Shanghai, des milliers de bou- teilles relient à son terroir d’origine un nectar qui s’ancre chaque année un peu plus dans les habitudes des consommateurs chinois. « Lorsque nous sommes arrivés, cinq ans en arrière, souligne Nicolas Seffusatti, les Chinois consommaient 33 cl de vin par an et par habitant. Actuelle- ment, c’est 1 l/an et par habitant et si un jour, c’est 10 l comme en Fran- ce, on replantera de la vigne. » Ce marché, aucun pays de viticultu- re au monde ne peut l’ignorer et cer- tainement pas une France, « dont la consommation intérieure recule », observe André Vezinhet, ni un vigno- ble héraultais dont certains « vigne- rons ont de telles difficultés, qu’ils sollicitent auprès de nos services la solidarité départementale. » Aussi, le président du conseil géné- ral et quatre de ses vice-présidents délégués, MM. Villaret, Atlan, Caba- nel et Roig, ont-ils passé quatre jours à Shanghai, la semaine dernière, avec pour prétexte cette petite colle- rette et pour intention celle d’échan- ger avec des acteurs de la commer- cialisation des vins tricolores.

La population est plus urbaine et ses ressources croissent

C’est Hérault tourisme qui a conçu l’outil marketing en carton pour fai- re la promotion de sa destination, à travers sa viticulture. Et ce sont des Français qui l’ont utilisé pour ven- dre du vin héraultais : Nicolas Seffu- satti et Mathieu Rollin, via leur mar- que Tanins ; Erwann Le Moigne, le fondateur il yaonze ans de French wine paradox, entreprise qui impor- te 70 % du vin étranger vendu par la grande distribution en Chine, les Au- chan, Walmart, Carrefour, etc. Cela se nomme co-marketing, pour 150 000 cols déjà partis en six mois, signe de plus de l’intérêt de l’ex-em-

en six mois, signe de plus de l’intérêt de l’ex-em- ■ Des hôtesses de French wine

Des hôtesses de French wine paradox font la promotion en rayon des vins à collerette, voyage à gagner à la clé pour elles.

pire du Milieu pour le vin d’ici. « Les Chinois donnent la prime au premier, analysent Erwann Le Moi- gne et Mathieu Rollin. Les voitures, c’est l’Allemagne, les vêtements les Italiens et le vin les Français. Mais il faut être à l’écoute. » Les vins lo- caux ont une réputation de « facili- té », très sucrés : « On n’est pas sur une consommation de goût, conti- nue Mathieu Rollin, mais d’image :

du coup on ne perd pas le client par le vocabulaire, on attire son regard

par le packaging. L’info du cépage et l’appellation viennent après. »

Un client de Carrefour achète 110 000 de vin en une fois

Pour autant, estime Erwann Le Moi-

gne, le Languedoc - et la France, en

général - ne s’implantera

des entrées de gamme à 1 , mais avec des produits valorisés », axés sur la qualité. « Et c’est maintenant qu’il faut y être et que le marché se structure, que les positions se pren-

pas « avec

nent dont il sera difficile de délo- ger les plus anciens », juge Yann Ba- bel, Biterrois installé en Chine pour Val d’Orbieu. Des anciens qui se par- tagent le milliard de bouteilles im- portées par an : 15 % du marché contre 85 % aux vins chinois. Présent au Sial, le grand salon asiati- que de l’alimentaire de Shanghai, en milieu de semaine passée, Alain Ro- gier, directeur de la cave de Roque- brun, ne pense pas autrement. Il ar- pente la Chine « depuis dix ans, au départ pour appréhender sa menta- lité » et, aujourd’hui, pour commer- cialiser 10 % de sa production à une clientèle déjà plus mature que celle de la grande distribution. Elle achè- te des produits « authentiques et ty- pés terroir », on y revient : imaginai- re du vin. Et déjà la folie pour de for- tunés Chinois. L’un d’eux n’a-t-il pas acheté pour 110 000 de bouteilles dans la cave de Carrefour GuBei, en un seul achat, un jour de foire ? Et un autre, sur le Bund, le quai mythi- que de Shanghai, n’a-t-il pas créé le plus beau caveau sans doute de tou- te l’Asie, à coups de dizaines de mil- lions de dollars ?

A S hanghai, OLLIVIER LE NY

oleny@midilibre.com

Par l’œnotourisme, inciter des Chinois à séjourner dans l’Hérault

La petite collerette va continuer son aventure jusqu’à fin 2013, mais « notre métier n’est pas de vendre du vin, observe Pascal Schmid, le directeur d’Hérault tourisme . Elle a aussi pour but de générer du trafic sur notre site internet en chinois et de nous positionner en destination œnotouristique. » Elaborée par son adjoint, Jean-François Pouget, l’affaire, qualifiée de « recherche »,

revient à 15 000 /an sur trois ans, infime partie du budget promotion du Département pour un potentiel colossal. Dans les 38 M de nuitées dans l’Hérault, les Chinois sont un

grain de sable. Mais « leurs circuits passent toujours par Paris, note Jean-François Pouget. Notre but est de capter une clientèle haut de

gamme, prescriptrice, pour une nuit à Montpellier sur le thème du vin. »

pour une nuit à Montpellier sur le thème du vin. » ■ André Vezinhet a offert

André Vezinhet a offert un voyage en France aux trois meilleures hôtesses.

a offert un voyage en France aux trois meilleures hôtesses. ■ Shanghai, avec ses 23 M

Shanghai, avec ses 23 M d’habitants, est la ville la plus peuplée du pays.

Volontaires internationaux du vin français

VIE, volontaire international en entreprise, le statut de nombre de Français à Shanghai, dans une communauté de 15 000 personnes, des jeunes diplômés envoyés en Chine par des sociétés qui désirent sonder ce marché. Mathieu Rollin et Nicolas Seffusatti, 27 ans, furent de ceux-là quand la cave d’Adissan leur demanda d’y vendre son vin. Le premier a sa famille à Clapiers et Grabels, paya ses études de quelques vendanges et rencontra le second, d’Avignon, sur un campus

de Caroline du Sud. « Les six premiers mois ont été très rudes, soupire Mathieu Rollin, on n’a pas fait une vente. Et ç’a décollé. » 50 000 bouteilles cette année-là, 1M attendues en 2010, mais sous la bannière de Wineo, fondée en 2008. Elle agit en agent pour des vignerons et développe sa marque, Tanins, dont les vins sont issus en partie de la cave de Saint-Geniès- des-Mourgues. Une marque qui se développe au Canada, à Singapour et chez Carrefour… en France.

au Canada, à Singapour et chez Carrefour… en France. ■ Nicolas Seffusatti (g.) et Mathieu Rollin

Nicolas Seffusatti (g.) et Mathieu Rollin ont fondé Wineo, après un VIE.

ENTRETIEN

HENRI CABANEL, Vice-président du Département pour la viticulture.

Vice-président du Département pour la viticulture. « Le v rac aussi » Quelles sont les ventes

« Le vrac aussi »

Quelles sont les ventes des vins languedociens en Chine ?

Elles commencent à prendre

de l’importance. Le marché chinois

a

absorbé 300 000 hl issus de

la

viticulture régionale, en 2010,

le Languedoc constituant la plus grande part de ce que la France

a commercialisé là-bas, 774 000 hl.

La progression est forte, puisque les chiffres étaient de 440 000 hl, dont 170 000 hl pour la région en 2009. Aujourd’hui, 200 à 250 M de Chinois ont accès à l’achat de vin, grâce à la hausse de leurs revenus, et ils sont 10 % de plus chaque année.

Ce marché, l’Hérault l’a aussi abordé sous l’angle du soutien à la prospection. Comment ?

En aidant, en 2008, la création puis l’hébergement de groupements de caves et châteaux par les CCI de Béziers et Montpellier, mutualisation des moyens pour aller en Chine. Ç’a représenté 543 000 investis en trois ans pour trois groupements, Wineo (lire ci-dessous), Alliance des selliers centenaires du Languedoc et Clubs et châteaux. 30 % financés par le conseil général, le reste vient du Feder et des CCI partenaires.

Quels en sont les résultats ?

Quand ils ont commencé, en 2008, le chiffre d’affaires des groupements fut de 156 000 . Il est passé à 572 000 en 2009 et à 1,3 Mpour l’année écoulée, soit une croissance forte pour des vins mis en bouteille chez nous. Notre espoir, désormais, est d’offrir la possibilité à nos caves coopératives de regrouper leur offre et de s’adresser à des metteurs en marché chinois pour le vin en vrac. Qui représente 85 % de leur production. Ce serait diversifier leurs débouchés et mieux défendre leur prix. C’est le but de nos contacts institutionnels en Chine, avec les autorités locales. Ici, l’aspect politique demeure crucial.

VIN ET THÉ

Si loin, si proche

Les premiers contacts avaient été culturels avec la province du Fujian, par le Printemps des comédiens dès le début des années 2000. Ils se sont poursuivis, en 2010, entre le Département et la Ville de Quanzhou via un protocole de coopération. Avant sa venue à Shanghai, lundi dernier, la délégation pilotée par le président du conseil général s’est rendue à Quanzhou pour renforcer cette collaboration. « Nous avons un intérêt commun pour le vin, relève André Vezinhet, mais le parallèle avec le thé est étonnant, Quanzhou étant la capitale du thé oolong. Un thé qui fermente en cuve et que l’on déguste de la même façon que le vin. » Chacun va donc s’attacher à valoriser la filière de l’autre sur son territoire, recherche d’importateurs, promotion, « nous sommes des intercesseurs », dit le président du Département. Qui a également parlé jumelage, entre Anxi et Florensac, et inauguration de pierresvives. Ce sera en « juin ou septembre 2012 » et Quanzhou, son thé, ses artistes, ses moines shaolin, son artisanat et sa vie reconstituée autour d’une place chinoise, sera l’invitée vedette.