JUIN 2013 / n°186 / 1,70 €

LES VERTS DE SUISSE : BON ANNIVERSAIRE !
Les Feuilles Vertes se suivent et ne se ressemblent pas. Après plusieurs fournées successives de « gros » numéros, suivis d'un assez maigrichon (ce qui ne veut pas dire léger en contenu), voici une Feuille qu'on qualifiera platement de « normale ». Les contributeurs ne se sont pas bousculés : faute de meilleure explication, on incriminera ce printemps pourri, sans doute peu propice à l'inspiration... Ainsi va l'existence de notre canard, avec ses hauts et ses bas. Des hauts (beaucoup) et des bas (bien moins), nos amis et voisins Verts de Suisse, qui fêtent ces jours-ci leurs 30 ans, en ont connus pas mal au cours de leur histoire. C'est en effet au printemps 1983 que nos homologues helvètes sont nés de la réunion de la Fédération des partis écologistes de Suisse et de Grüne Alternative Schweiz ; certains médias leur ont alors donné au maximum trois ans à vivre. Trente ans plus tard, les Verts suisses sont toujours là et peuvent se targuer de pas mal de succès, tant au niveau idéologico-politique (par exemple, la récente décision du Conseil fédéral de ne plus accorder d'autorisation pour de nouvelles centrales nucléaires, son projet de se pencher sur la fiscalité écologique, la révision de la loi sur l'aménagement du territoire sont des réponses longtemps attendues à des demandes des Verts) que sur le plan électoral (rappelons simplement que la députée Maya Graf est actuellement le premier personnage de l'État). Mais comme le dit l'une de leurs figures de proue, la Vaudoise Anne-Catherine Menétrey : « Que les Verts n'oublient jamais que l'essentiel est la relation et non le pouvoir et que la seule croissance acceptable est celle de la solidarité et de l'intelligence. » Et c'est à Fernand Cuche, ex-membre du Conseil d'État (gouvernement) du canton de Neuchâtel, qu'il convient de laisser le mot de la fin, tant ses propos entrent en résonnance avec une bonne partie de ce que vous lirez dans ce numéro : « Avec la délicatesse de la main sur les cordes d'un violon, nous avons la capacité d'enchanter le monde. Et s'il pouvait en être de même dans une relation apaisée à l'autre, à l'environnement, dans la lumière d'un soleil rieur ? » (1)

Gérard Roy

Le « Bulletin Vert » des Verts suisses

Une récente affiche des Verts suisses (l’UDC est un parti populiste violemment opposé à l’immigration)

(1) Il faut quand même bien parler un peu aussi de nous : vous êtes invités à noter déjà sur vos tablettes (tactiles ?) que le Congrès régional et le Congrès décentralisé d'EÉLV auront lieu le week-end des 16 et 17 novembre.

2

Moins loin dans le temps va se présenter un dilemme cornélien (dont on sortira probablement de façon « géographique ») : le même soir (jeudi 6 juin), on aura le choix entre une « Conférence gourmande » au Château Pécauld, à Arbois (à 20 h), sur le thème

« Les prairies fleuries, source de gourmandise », et une convention à Montbéliard (à 20 h 30, salle Renaud de Bourgogne, dans la rue du même nom, quartier de la Chiffogne), avec Christophe Porquier, délégué Industrie de la commission nationale Économie d'EÉLV, et des syndicalistes du Pays de Montbéliard. Thème : « Et si l'écologie était l'avenir de l'industrie ? »

Pour une mythologie écologiste ?

EÉLV, FAIS-NOUS RÊVER !
Ceux qui me connaissent savent qu'en général, il en faut quand même pas mal pour m'émouvoir. Pourtant, je me surprends encore de temps en temps à ressentir sinon une véritable émotion, du moins un vague quelque chose assez difficile à définir quand j'entends… L'Internationale ! Ces derniers temps, après un petit périple lusitanien, j'ai senti que j'éprouvais le même sentiment à l'écoute (répétée) de Grândola, vila morena, la chanson symbolique de la Révolution des Œillets au Portugal (1) - que, chez nous, les participants au congrès du Parti de Gauche ont chantée en mars dernier. Je ne déteste pas non plus écouter de plus ou moins vieux chants de révolte ou de révolution… Pour vous dire à quel point je suis atteint, j'adore les Contrechants... de ma mémoire, de Serge Utgé-Royo (2), et je regrette fort de ne plus pouvoir écouter mes vieux vinyles d'Yves Montand (ah ! La Butte rouge ou Le Chant des partisans...), de Francesca Solleville ou - pire encore ! - les Chants révolutionnaires du monde par le Groupe « 17 », qui était, si mes souvenirs sont exacts, une émanation de feu la Ligue communiste du camarade Krivine... J'en entends déjà certains, consternés, dire que, cette fois, je suis totalement gâteux ou en voie de mélanchonisation - voire les deux à la fois. S'il m'est difficile de rassurer mes amis sur le premier point (se rend-on vraiment compte de son propre déclin ?), en revanche je peux affirmer que je n'ai aucune sympathie pour Mélanchon, ses pompes, ses œuvres et ses colères, réelles ou feintes, pas plus que pour quelque autre extrême gauche autoproclamée (le logo du NPA en fait foi) voix du peuple en lutte. qui soient vecteurs d'aspirations, d'espoirs, bref qui fassent un tant soit peu rêver. Naturellement, ça ne suffit pas, et en rester là, c'est se condamner à ne rien faire de concret : Mélanchon peut brailler tant qu'il veut, ça n'empêche pas la finance de financer et les sociaux-libéraux à la mode hollandaise de social-libéraliser. Mais ça me paraît, sinon suffisant, du moins nécessaire pour mobiliser, attirer, réunir autour d'une sorte de « mythe » qu'on partage et dans lequel on se reconnaît. Les centaines de gens qui chantent Grandôla, vila morena, poing levé, au Congrès du PG ne sont pas ridicules : ils adhèrent à une idée, à une histoire, à un sentiment très fort d'union dans la lutte. Ils rêvent, mais ce rêve n'est pas vain, puisqu'il est ce qui les fait se battre (mal, sans doute, et pour un futur qui n'est pas forcément celui auquel travaillent les écologistes, mais là n'est pas la question). Finalement, c'est peut-être cela qui manque aujourd'hui au mouvement écolo : il n'entraîne pas, il n'émeut pas, il ne fait pas rêver. Alors qu'il défend indéniablement les solutions les plus aptes (les seules ?) à sortir nos sociétés du marasme, des conflits, des périls qui rendent ces dernières de plus en plus invivables, son « bras » politique, EÉLV, plafonne à 10 000 ou 15 000 adhérents (3) et suscite au mieux l'indifférence du plus grand nombre. Mais franchement, qu'est-ce qui peut aujourd'hui donner envie à des masses de gens d'adhérer à EÉLV ? Les 15 sénateurs et leur Grand Leader Jean-Vincent Placé ? Les lois Duflot ? La vice-présidence « verte » de tel ou tel Conseil régional ?... Je n'en nie évidemment pas l'intérêt, pas plus que je ne minimise le travail de nos élus, à tous les niveaux, pour améliorer, fût-ce à la marge, le train des choses ; mais ce n'est pas avec un profil quasi exclusivement « gestionnaire » - même si, et c'est tant mieux, c'est justement le fait de se coltiner à la gestion du monde qui distingue l'écologie politique du gauchisme - qu'on entraîne avec soi (plutôt que derrière, comme le communisme à sa « grande » époque) des gens qui ne demandent pas seulement qu'on « gère » leur quotidien, leur environnement, etc., mais qui ont aussi besoin de rêver. Où sont les symboles (le drapeau vert ? le tournesol ?), où est ce qu'on pourrait appeler le « rituel », où est la mythologie (le Larzac ou Plogoff, par exemple, ne sont vus qu'à travers un prisme de type « ancien combattant »),

3

Une mythologie dans laquelle se reconnaître
Ce que je veux (essayer de) dire, c'est qu'une certaine dose de mythologie, dont font partie les chants révolutionnaires, mais aussi les drapeaux rouges ou noirs, les poings levés, les roses ou les œillets rouges, etc., a quelque chose d'entraînant, d'émouvant au sens étymologique du terme - c'est-à-dire « qui met en mouvement, qui fait bouger ». Il faut à un mouvement politique des symboles, des références, des signes de reconnaissance, qui non seulement le rattachent à une tradition, à une histoire, mais aussi qui « donnent envie »,

qui - entre autres - permettraient peut-être à EÉLV de rassembler des milliers de gens qui « y croiraient » et lui éviteraient de devoir quasiment toujours passer sous les fourches caudines du PS pour espérer avoir des élus ?

faut « réenchanter la politique »? Ce n'est pas simple, je n'ai pas la méthode, ni les « outils » (!!), et je ne prétends pas, moi qui ne lève plus le petit doigt, donner des leçons à ceux qui se crèvent la patate pour faire avancer les idées de l'écologie. Je ne nie pas non plus les progrès imputables aux écolos (en faire la liste déborderait largement du cadre de cet article). Mais je trouve qu'il manque à EÉLV (pas seulement à EÉLV, bien sûr, mais les autres, je m'en fous) l' « étincelle » qui - peut-être - convaincrait, ou du moins entraînerait, un peu plus des habituels 5 % de déjà convaincus…

Ni grand soir, ni grand leader
Qu'on me comprenne bien : je ne prône en aucune façon un retour aux vieux mythes du Grand Soir (4), du ou des Grands Leaders infaillibles, de la déferlante populaire qui emportera tout sur son passage sous la conduite, forcément éclairée, d'une avant-garde prétendument éclairée. (5) Puisqu'il faut insister : non, je ne suis pas mélanchoniste, ni besancenotien, et n'ai aucune nostalgie pour aucune forme de communisme : mon passage chez les ML, au début des années 70, m'en a définitivement vacciné. Il s'agit encore moins pour moi de mobiliser (d'autres hélas le font très bien) sur des mots d'ordre identitaires, et pas plus d'exalter les grands-messes (les gens qui s'époumonnent sur La Marseillaise ne me font pas rêver, même si je peux comprendre que, de leur point de vue, cela ait un côté « entraînant ») ; et je n'étonnerai personne en disant que j'exècre la « communion » des supporters braillant des chants insanes dans les stades... Je n'ai aucun goût pour les hymnes, militaires, nationaux (les pires), religieux (encore que musicalement, certains de ces derniers soient superbes) ; mais L'Internationale, Bella Ciao, Grândola vila morena, les chants républicains espagnols, etc., font partie intégrante de cette « mythologie » dont je maintiens qu'elle est nécessaire (mais bien sûr pas suffisante) pour agréger un mouvement et le mouvoir / émouvoir. (6) Cette mythologie, les partis communistes, en leur temps, ont su la créer et l'utiliser ; Mitterrand aussi, à sa façon, au début de sa présidence (Cf. la cérémonie au Panthéon, etc.).

Gérard Roy

4

(1) Composée par Zeca Afonso (1929 -1987), cette chanson traite de la fraternité des habitants de Grândola, dans la province de l'Alentejo. Censurée sous le régime salazariste, elle servit de signal au soulèvement qui renversa la dictature fasciste et restaura la démocratie en avril 1974. Le 15 février dernier, des députés de gauche l'ont chantée à l'Assemblée de la République portugaise, et elle a été massivement reprise dans les manifestations populaires contre l'austérité. (2) Superbe double CD, avec des dessins de Tardi, sur lequel figure entre autres Grândola. Une sorte de bible, quoi, pour les amateurs de ce genre de musique…

Pour une utopie réaliste
Ce que je tente de dire - et qui n'est pas contradictoire avec ce que j'ai lu sous la plume d'Éric Alauzet (« Nous n'avons pas encore trouvé le discours et la pédagogie, ni même la stratégie et les voies susceptibles de livrer un message d'avenir et d'espoir »), c'est qu'on n'entraîne pas, me semble-t-il, l'adhésion d'un grand nombre de gens, on ne les fait pas vibrer, en leur proposant uniquement une « gestion » de la société. Il faut aussi – j'en reviens toujours là - les faire rêver, leur proposer (comme le disait un autocollant que j'ai eu pendant 20 ans sur mon « cahier de texte ») une « utopie réaliste ». Oserai-je dire, comme je ne sais plus quel éditorialiste du Monde il y a déjà un certain temps, qu'il

(3) Sans doute même moins... Pas moyen de connaître le nombre exact : secret d'État ?... (4) Plutôt les petits matins que le grand soir, pour reprendre l'expression de Sandrine Bélier. (5) « Il n'est pas de sauveur suprême / Ni dieu, ni césar, ni tribun », comme le dit... L'Internationale. (6) En revanche, les chants scouts, le soir, sur la plage, avec grattouilleur(s) de guitare(s) et djembé obligatoire, merci bien mais non merci.

Réponse à GG

RÊVER, OUI, MAIS...
Ce rêve dont tu parles, peut-être l’avons-nous tous chevillé au corps ; peut-être est-ce lui qui nous fait supporter l’ingratitude de la vie militante… Le rêve d’un monde fraternel, où celui qui vient d’ailleurs est accueilli comme porteur d’une richesse humaine à partager, où tous les membres d’une communauté, d’où qu’ils viennent et quel que soit leur « temps de présence », prennent ensemble les décisions. Cela commence par la réaffirmation que nous sommes pour la liberté de circulation et d’installation, pour le droit de vote et de résidence des étrangers, et pour que naissent des enfants de toutes les couleurs… Et si au bout du compte, il n’y a plus de blancs, on s’en fout ! qu’ils sont à proximité et qu’ils viennent proposer leurs produits sur le marché local… Cela commence par énoncer clairement que nous sommes pour une forme de protectionnisme et de retour à une agriculture vivrière locale, même si cela suppose de nous passer de produits hors saison ou venus de contrées lointaines. Il faut redire que oui, nous sommes convaincus que l’industrie agroalimentaire nous empoisonne et que les nouvelles épidémies, au premier rang desquelles les cancers, en sont la conséquence.

Un monde sobre, où l’énergie est précieuse et le gaspillage proscrit… Cela commence par crier que certes, il faut bien en passer par une transition énergétique, mais que le nucléaire civil et militaire, c’est de la mort ici, maintenant et pour longtemps ; que produire sans cesse de nouveaux objets mène à la destruction ; et que non, n’en déplaise à nos geeks, le modèle Apple est le contraire du développement soutenable. Un monde libéré de la servitude du « travail pour
gagner sa vie », où activité et revenu seraient indépendants, où chacun contribuerait en toute responsabilité au vivreensemble en fonction de ses capacités… Cela commence par oser attester que oui, nous sommes pour un revenu universel, que oui nous sommes pour poursuivre immédiatement la réduction du temps de travail, que oui les formes d’organisation du travail qui se développent, y compris dans certaines collectivités locales dites de gauche, sont mortifères, et que nous ne voulons plus de la lutte de tous contre tous. Dessin publié avec l’aimable autorisation de Charlie Hebdo

5

Un monde sans frontières, où l’Europe fédérale que nous souhaitons n’est qu’une étape vers une forme de démocratie à l’échelle mondiale. Cela commence par le refus du maintien en Europe des armées nationale, parfaite stupidité ; d’ailleurs seule une force de « maintien de la paix » internationale devrait être nécessaire dans un contexte de démantèlement des arsenaux nucléaires. Un monde tourné vers la vie, où ceux qui nourrissent les autres ne sont pas des biochimistes mais des paysans, que d’ailleurs on connaît parce

Un monde où les enfants ne sont pas seulement de futurs adultes, mais des sujets à part entière, dont les rêves et les désirs valent bien ceux des adultes et dont le destin n’est pas d’être éduqués à coups d’entrepreneuriat et de morale, fût-elle laïque... Osons dire que cette école de la compétition, de l’élitisme, nous n’en voulons plus ; que nous rêvons d’un espace de vie et d’expérience où chaque enfant pourrait devenir, en assumant des contraintes et frustrations intelligibles, un adulte ouvert et respectueux des autres . Et que oui, il est tout aussi inique de frapper un enfant qu’une femme : les baffes et les fessées n’ont jamais fait grandir, seuls des adultes tranquilles et fermes aident les enfants à se construire.

Un monde où chacun, quels que soient son
orientation sexuelle, son genre, ses origines, ses capacités, peut trouver sa place au sein d’une communauté apaisée et non violente (encore un gros mot que nous n’osons plus dire !), n’est-ce pas un beau rêve qui vaut bien toutes les planifications écologiques à la sauce Mélenchon ? Poursuivre ce rêve est sans doute ce qui nous permet de supporter la lenteur et l’exigence du travail politique, la nécessité d’avancer au rythme des plus lents (et j’en connais !), alors que nous, écologistes, sommes particulièrement conscients des urgences en matière de climat, d’énergie, de biodiversité, de justice sociale, etc., et du fait que toutes ces urgences sont liées et ne peuvent se traiter séparément. Poursuivre ce rêve est sans doute difficile et suppose d’accepter bien des étapes, de souffrir de bien des reculs, de supporter les moqueries et les procès d’intention. Mais ce putain de rêve, nous l’avons, non ? En parler serait un début. Sur ce, j’ai des affiches à coller pour le collectif NDDL de Haute-Saône…

6

Philippe Chatelain

Dessin publié avec l’aimable autorisation de Charlie Hebdo

Un an après...

LES ÉCOLOS ONT LE SPLEEN
Loin de moi dérégulation finanl'idée de trahir ou cière ». Le jugede détourner les ment se veut impropos, échangés placable et on peut sur une liste de considérer qu'il est discussion régioproportionnel aux nale, dont le sujet engagements du était « Faire rêfutur président ver » (1). Tout (rappelez-vous : aussi loin de moi « Mon ennemi, l'idée d'en faire c'est la finance ») une analyse plus et aux attentes ou moins savante. inscrites dans l'acIl n'en reste pas cord EÉLV-PS : moins qu'à travers d'abord dominer la quelques citations finance et réorientirées de ces ter l'Europe pour échanges et forcéun monde plus Dessin publié avec l’aimable autorisation de ment choisies au solidaire (point I de l'accord). Charlie Hebdo détour d'un arbitraire personnel, à travers aussi ce qui émerge dans les discussions de mon groupe On objectera avec raison que François Hollande local, il m'a semblé d'abord lire comme un spleen (de même peut-être que le PS !) ne s'est jamais senti vaguement baudelairien : engagé par cet accord, mais c'est bien à l'aune de celui« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couci que nous devons mesurer les avancées et l'intérêt de vercle notre participation au gouvernement et à la majorité Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis, qui le soutient. De même, on fera remarquer non sans Et que de l'horizon embrassant tout le cercle raison que, même si on reste loin du compte, le travail Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits... » parlementaire a permis de réelles avancées et que le Cet horizon obscurci tient probablement à deux ordres de raison : d'une part la réalité du changement de politique, de l'autre l'état d'EÉLV. problème est peut-être que « les écolos eux-mêmes dénigrent leur travail ou restent dans l'incapacité de valoriser les quelques progrès dont ils sont à l'origine ». Nul ne mésestime pourtant l'engagement des élus, même si, de loin, on apprécie assez difficilement la part ingrate de celui-ci, l'énergie qu'il réclame pour gagner pas à pas des modifications qui cherchent à rendre un texte plus conforme à nos aspirations. Mais même si le débat ne vise pas à poser la question « rester ou partir ? », il n'en demeure pas moins que « valoriser les avancées ne suffit pas à occulter les freins, les renoncements et les manquements à la parole ».

7

1- Un an après l'élection de François Hollande, c'est peu dire que nous peinons à lire
positivement un bilan, même provisoire, de son action et de celle du gouvernement. Certains journalistes ont cru déceler un ton nouveau lors de la dernière conférence de presse du président. Mais personne n'y a perçu une quelconque révision de politique. La déception et l'amertume se sont glissées dans nos mots sévères ou désabusés. Nous en sommes à craindre un échec par lequel « nous serons amalgamés au PS ». « Ce qui me désespère, c'est qu'il n'y a pas de rupture avec la politique économique dite de

On peut évoquer les plus emblématiques de ces derniers, sur le non-cumul des mandats ou le vote des étrangers aux élections locales, que ne saurait compenser la loi sur la mariage pour tous (point V de l'accord, « Bâtir une République nouvelle », point qui contient bien d'autres perspectives comme la réforme du Conseil constitutionnel, la proportionnelle, etc.) ; on ne manquera pas de signaler l'abandon de toute réforme fiscale d'ampleur (point II-3), la manière dont pour l'instant s'est engagé le débat sur la transition énergétique (point III), l'amélioration de la « qualité au travail » vue comme une condition du dynamisme économique (point II-2), alors que le texte de transposition de l'ANI se révèle assez loin d'une telle ambition. Sans parler de « produire autrement » et de bien d'autres objectifs. Pour ne pas en rester à ce comptage déprimant, signalons le travail mené par Pascal Canfin pour une mise en œuvre du point I-3 (qui concerne en partie la coopération) et par Cécile Duflot (point IV-4 sur le logement), dont la présentation du projet fut totalement occultée par la polémique entre Montebourg et Moscovici sur la vente de Dailymotion. Encore bravo !

Mélenchon (pour reprendre une légende d'un dessin du Canard enchaîné) a retrouvé, avec toute la vanité d'un récent converti, l'arrogance qui avait fait de lui un des apparatchik du PS (2). De fait, si d'aucuns font part de leur inquiétude quant à l'audience possible du Front de Gauche lors des prochaines échéances électorales (lesquelles risquent fort de se jouer à notre détriment), si d'autres, dont Eva Joly, appellent à mesurer les convergences, les propos tapageurs du leader du FG n'encouragent guère au dialogue (3).

EÉLV peine à faire valoir sa place et sa vision de l'avenir.
« Le parti doit rappeler le travail fait par les parlementaires EÉLV, mais le parti doit aussi dire quel est le cap à suivre. » La demande d'un discours qui distingue ce qui est de l'ordre de l'action en cours - avec ses vicissitudes, ses grandes insatisfactions, ses amertumes - de ce qui est fondamentalement notre perspective monte chez les militants. L'affirmation du projet écologiste face aux impasses d'une social-démocratie sénescente devient un impératif. La crainte émerge que le congrès ne soit qu'un congrès de postures plus ou moins artificielles pour ou contre, dedans ou dehors, avec ou sans -, et non un moment de réaffirmation, de réactualisation de notre désir d'avenir. Mais comment faire valoir le possible d'une utopie ? Comment allumer « l'"étincelle" qui - peut-être - convaincrait, ou du moins entraînerait, un peu plus des habituels 5 % de déjà convaincus » ?

8

La moisson est maigre. Sans doute un peu naïvement, nous semblons redécouvrir que ni François Hollande ni le PS ne sont écologistes, que la route que nous désirons ardemment emprunter cherche à éviter le bitume des croyances défaites qu'ils invoquent.

2- « C'est peut-être cela qui manque aujourd'hui au mouvement écolo : il ne fait pas rêver ». « Ça
peut vouloir dire aussi que nous ne sommes plus dans une optique de transformation en profondeur dans la réalité, mais seulement dans une optique de petits, voire de minuscules changements ou aménagements. » EÉLV aurait-il vendu son âme, ou tout simplement l'aurait-il perdue en chemin ? Les questions ne manquent pas. L'impression d'une navigation à vue prévaut, d'un manque de lisibilité du projet, comme si EÉLV semblait coincé entre l'enclume de la solidarité gouvernementale et le marteau, ou plus précisément le balai, d'une radicalité tonitruante, voire vociférante, mais engoncée dans la posture du refus. Et malheureusement Maximilien

« Nous n'avons pas encore trouvé le discours et la pédagogie, ni même la stratégie et les voies susceptibles de livrer un message d'avenir et d'espoir ». Voilà sans doute pourquoi nous perdons la bataille de l'opinion au profit de quelques bateleurs d'estrade talentueux. Notre problème ne serait pas alors de faire la preuve de notre capacité à faire avancer la politique, il serait celui de la parole.

Pour ne pas conclure, on peut juste souligner
que le risque est que ce spleen qui nous envahit annihile un peu plus nos capacités à convaincre et à retenir ceux qui n'arrivent plus à y croire. « Poursuivre ce rêve est sans doute difficile et suppose d’accepter bien des étapes, de souffrir de bien des reculs, de supporter les moqueries et les procès d’intention, mais ce putain de rêve, nous l’avons, et en parler serait un début. » (4) Laissons les derniers mots au poète René Char: « Sur les arêtes de notre amertume, l'aurore de la conscience s'avance et dépose son limon. » (1) Voir dans ce numéro les articles de Gérard Roy et de Philippe Chatelain. (2) Rappelons que le plus jeune sénateur de France fut battu dans les années 90, lors d'une élection cantonale à Massy, du fait du maintien d'un candidat écolo. Il payait à la fois une attitude assez détestable en tant qu'élu, mélange de morgue et de suffisance, et une absence totale de compréhension des enjeux écologiques. Les années d'apprentissage furent longues pour l'élève Mélenchon avant qu'il ne s'attribue le rôle de premier de la classe... (3) Au-delà du « coup de balai » et des « salopards », Mélenchon considère avec élégance et de manière tout à fait amicale les Verts comme la préhistoire de l'écologie...

Michel Boutanquoi

(4) Merci aux contributeurs anonymes (je protège mes sources !) que j'ai pillés sans vergogne pour écrire cet article.

9

Moustaki

CIAO, MÉTÈQUE !
On aura moqué sa nonchalance, comme Desproges lui demandant, au Tribunal des Flagrants Délires : « Vous n'avez par peur de vous réveiller lorsque vous chantez ? » Mais n'avait-il pas raison de prendre le temps de vivre ? On les aura chantés, ses mots et ses mélodies simples qui parlaient de liberté, de dame brune, de voyages... On les aura aussi massacrés sur des guitares mal accordées, tout juste bonnes à finir dans le feu des nuits d'été. C'était déjà la crise, mais on rêvait encore de la gauche, de l'écologie, de métissage... La jeunesse est une maladie dont malheureusement on guérit, un temps qui s'enfuit, et lorsqu'une voix qui l'a portée s’éteint, il nous reste... la nostalgie. Michel Boutanquoi

Crise de confiance, crise morale...

LE CHANGEMENT DE CAP, C'EST MAINTENANT
La situation de l'emploi s'est encore dégradée avec 134 000 chômeurs supplémentaires au premier trimestre 2013, soit environ 1 500 par jour. Et la Franche-Comté est une des régions les plus touchées par l'augmentation du chômage. Le pouvoir d'achat des ménages a fortement reculé en 2012 : - 1,8 % par unité de consommation, après déjà un recul de 0,9 % en 2011. C'est sans précédent depuis 30 ans.

Dessin publié avec l’aimable autorisation de Charlie Hebdo

10

L'affaire Cahuzac a jeté le trouble dans l'opinion. S'agit-il simplement de la dérive personnelle d'un homme ou les conséquences d'un « système » ? Un ministre chargé de faire des coupes sombres dans le budget de l'État et accessoirement de lutter contre les paradis fiscaux qui a cherché frauduleusement à échapper à l'impôt, ça fait désordre... Et cela entraîne une crise de confiance et une grave crise morale. Le discours sur les efforts indispensables sonne faux. À partir de là, n'est-il pas nécessaire de remettre en cause la politique économique et budgétaire qui est en train de conduire la France et l'Europe dans une impasse ?

Tous ces indicateurs font apparaître les conséquences de l'acceptation du « pacte d'austérité » européen. Avec le TSCG (1), l'Europe impose une uniformisation de l'austérité, avec une conception libérale de la dette, alors qu'elle devrait, au contraire, permettre d'avancer vers une harmonisation sociale, fiscale et environnementale et préparer l'avenir en aidant à financer la transition écologique.

Des avancées timides et même parfois controversées
François Hollande a fait le point sur la première année de son quinquennat au cours de la conférence de presse du jeudi 16 mai. Il y a bien eu des avancées, que la droite dénonce d'ailleurs. Au niveau sociétal, la loi sur le mariage pour tous a été votée et promulguée, mettant fin à une discrimination. Les emplois d'avenir et les contrats de génération vont permettre de ralentir quelque peu l'augmentation du chômage : c'est toujours ça de positif pour ceux qui vont en bénéficier. Une première étape de la nécessaire réforme fiscale a été franchie grâce à l'augmentation des impôts des plus riches. Pour l'instant, on en est à une très timide réforme du système bancaire et à des mesures bien dérisoires contre les paradis fiscaux, malgré la bataille d'amendements menée au Parlement par les députés écologistes et certains députés PS. Il y a même des réformes très controversées, comme l'accord de flexi-sécurité qui, malgré quelques avancées, risque d'aggraver la précarité des salariés, et le pacte de

Les indicateurs économiques dans le rouge
Le 15 mai dernier, l'INSEE a rendu publics les derniers chiffres du PIB, du chômage et du pouvoir d'achat. Pour le deuxième trimestre consécutif, le PIB a diminué de 0,2 % : la France est donc officiellement entrée en récession. L'investissement des entreprises perd de nouveau 0,8 % après avoir reculé de 1,9 % en 2012, tandis que celui des ménages (achats immobiliers) recule de 1,4 %.

compétitivité, sans contrepartie en matière d'emplois, qui pourrait bien se résumer à un nouveau cadeau de 20 milliards aux employeurs, avec peu d'effets contre le chômage. Il est significatif que le Medef applaudisse à ces deux mesures et que la droite y soit favorable.

En finir avec le logiciel néolibéral
Bien sûr qu'un an, c'est très court, et on ne pouvait pas espérer des miracles en matière de chômage et de pouvoir d'achat. Mais ce qui est inquiétant, c'est que globalement, il n'y a pas de rupture avec la politique économique dite néolibérale. Cette politique prétend qu'on est dans une crise de l'offre, qu'il faut améliorer la compétitivité des entreprises par la réduction du coût du travail et des charges. Et on continue de nous dire qu'il faut rétablir les marges des entreprises pour qu'elles puissent investir et que cela va permettre le retour de la croissance et la réduction du chômage. Or ces politiques économiques durent depuis une trentaine d'années et pendant toute cette période, la croissance économique n'a fait que baisser, pour arriver aujourd'hui à la récession, sans faire diminuer le chômage. Ensuite, les investissements ne signifient pas forcément des créations d'emplois. On oublie de nous dire qu'il y a deux sortes d'investissements : les investissements de capacité et les investissements de productivité. Or, la plupart des entreprises sont en surcapacité de production, elles vont donc s'orienter vers des investissements de productivité, qui non seulement ne créent pas d'emplois, mais en détruisent, en remplaçant les hommes par des machines.

pour Alternatives Économiques, ils sont passés de l'indice 100 à l'indice 400 entre 1993 et 2006. Cela plombe les comptes des entreprises, empêche les investissements et se fait au détriment des salariés. Enfin, si l'industrie française se porte aussi mal, c'est parce qu'elle n'a pas toujours choisi les bons créneaux (Cf. le nucléaire), qu'elle n'a pas assez développé la recherche, l'innovation et la formation et qu'elle a largement pratiqué les délocalisations

.

Un changement de cap s'impose

« Mon adversaire, c'est le monde de la finance », avait dit François Hollande lors de son premier meeting de campagne, le 22 janvier 2012. Qu'en est-il aujourd'hui ? Pour de nombreux électeurs de gauche, c'est la déception face à ce qu'il faut bien appeler des reculs et des renoncements. Comment interpréter autrement les propos du président Hollande quand il va donner des gages à la Commission de Bruxelles, en mai dernier, dans le sens de la poursuite des « réformes structurelles » ? La grave crise que nous traversons appelle un « changement de logiciel ». Il faut sortir de la politique gestionnaire à courte vue, relativiser la question de la dette (voir encadré), revisiter le dogme de la croissance salvatrice et inventer d'autres modes de développement qui nous permettent de sortir de l'impasse écologique, économique et sociale.

11

Quelques éléments de propositions :
Il y a d'autres explications à la situation actuelle. Nous sommes dans une crise de la demande : les politiques de rigueur ont un effet désastreux par la baisse de la consommation des ménages, mais aussi par la diminution des investissements de l'État et des collectivités. Les dividendes versés aux actionnaires ont explosé : - Volet social : lutte contre la précarité, préservation des mécanismes de solidarité, accès au logement et à la santé pour tous, développement de l'aide à la personne, etc. - Volet fiscal : remise à plat de la fiscalité et des mécanismes de soutien aux entreprises. Il faut rendre l'impôt sur le revenu beaucoup plus progressif, lutter efficacement

contre l'évasion fiscale. - Volet transition écologique : réduction des gaz à effet de serre par la transition énergétique, isolation des logements, développement des énergies renouvelables… Il y a près de 700 000 emplois à la clé. - Volet institutionnel : moralisation de la vie politique, lutte contre les conflits d'intérêts, limitation stricte du cumul des mandats.

Et pour un certain nombre de questions - développement des énergies renouvelables, harmonisation fiscale, recherche et innovation, redynamisation industrielle -, c'est à l'échelle de l'Europe que des solutions peuvent être apportées. Encore faut-il que la bataille politique soit menée à ce niveau. Au cours de sa conférence de presse du 16 mai dernier, François Hollande a montré des signes bien timides dans cette direction...

Gérard Mamet

(1) Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance.

Contre les fausses évidences

D'AUTRES REGARDS SUR LA DETTE
12
La question de la dette est sans cesse remise sur le tapis, en fait chaque fois pour justifier les mesures d'austérité. Le discours habituel nous dit que l'État a été trop dispendieux, qu'il a vécu au-dessus de ses moyens et que maintenant, il faut bien payer la facture. Or il s'agit là d'une fausse évidence, entre autres parce que l'on confond volontairement la dette des États avec la dette des ménages. Voici quatre points de vue différents sur le sujet, résumés pour La Feuille Verte. Patrick Viveret parle de double bénéfice pour les uns et de double perte pour les autres. - Double bénéfice pour les plus riches. Ils ont bénéficié de larges réductions d'impôts, de taxes, de cotisations, et pas seulement sous le quinquennat Sarkozy. Et avec ce supplément de revenus, ce sont eux qui ont prêté aux États et qui touchent aujourd'hui les intérêts de la dette. - Double perte pour les plus pauvres. Ils ont subi d'abord l'aggravation du chômage et de la précarité, et maintenant ils vont payer davantage d'impôts du fait de l'augmentation de la TVA et subir la dégradation des services publics et de la protection sociale. (On peut écouter les propos de Patrick Viveret sur le site de Barbara Romagnan)

Patrick Viveret : double bénéfice contre double perte
Selon le philosophe, venu débattre à Besançon à l'invitation de Barbara Romagnan, on ne peut pas parler de la dette publique sans évoquer la dette sociale qui est son pendant : le formidable transfert, au cours des trente dernières années, d'une partie du revenu du travail vers le capital, c'est-à-dire vers les catégories de personnes les plus favorisées.

Sandra Moati : le mistigri de la dette
Tout démarre en 2007 avec la crise des subprimes aux États-Unis et la faillite de Lehman Brothers. A partir de là, chacun essaie de se débarrasser des titres financiers qui ne pourront pas tenir leurs promesses de rendement. Mais comment refiler le mistigri ?

D'une certaine manière, le déroulement de la crise est la course infernale de ce mistigri. Il va se déplacer d'un marché à un autre grâce à l'opacité de la « titrisation », puis de l'Amérique aux autres continents, et enfin de la dette privée à la dette publique via le sauvetage des banques. En fait, les conséquences négatives du mistigri de la dette sur les finances publiques sont directes (les soutiens au secteur financier), mais aussi indirectes (la récession et les pertes de revenus fiscaux qui en résultent). (Alternatives Économiques, hors-série n° 91, « La dette et ses crises », pp. 22-25)

C'est donc un mécanisme de redistribution à rebours qui s'est mis en place, des classes populaires vers les classes aisées, via la dette publique. On a ensuite réussi le tour de force de faire croire au public que la dette était la faute des fonctionnaires, des retraités et des malades. (Manifeste des Économistes atterrés, téléchargeable sur internet)

Syndicat Solidaires Finances : évasion fiscale et déficit
Selon ce syndicat, la fraude et l'évasion fiscale sont en forte augmentation depuis six ans.

Les Économistes atterrés : ce n'est pas un report sur nos petits-enfants

Une information fallacieuse circule selon laquelle la dette publique serait un transfert de richesses au détriment des générations futures. La dette publique est bien un mécanisme de transfert de richesses, mais c'est surtout des contribuables ordinaires vers les rentiers. À partir d'une croyance rarement vérifiée, selon laquelle baisser les impôts stimulerait la croissance, les États européens ont imité les USA, à partir des années 80, dans une politique de moins-disant fiscal. Les réductions d'impôts et de cotisations se sont multipliées (sur les bénéfices des sociétés, sur les revenus des particuliers les plus aisés, sur les patrimoines, sur les cotisations patronales...). Ces politiques fiscales anti-redistributives ont donc aggravé à la fois et de façon cumulative les inégalités sociales et les déficits publics. Elles ont obligé les États à s'endetter auprès des ménages aisés et des marchés financiers pour financer les déficits ainsi créés.

En 2006, les sommes perdues étaient évaluées à un montant oscillant entre 42 et 51 milliards d'euros, soit de 12,3 à 15 % des recettes fiscales totales. La France perdrait aujourd'hui de 60 à 80 milliards d'euros par an, soit entre 16,7 et 22,3 % du montant total des recettes. Pour mémoire, le projet de Loi de Finances 2013 fixe le déficit budgétaire entre 61 et 62 milliards d'euros... Le rapprochement est évident. (Alternatives Économiques, n° 324, mai 2013, p. 58)

13

G.M.

Science et écologie

CHIPS, LÉVITATION, BURE ET FIN DES PÉRIODES GLACIAIRES
Cette rubrique a pour ambition de proposer un regard critique sur l'actualité scientifique, en montrant tantôt les dangers, tantôt les espoirs suscités par les recherches et les découvertes. Cette information peut parfois inspirer les propositions des écologistes. Les références sont données pour ceux qui voudraient approfondir les questions traitées.

2. Des trains flottant au dessus des rails
Dans un supraconducteur, un aimant induit des courants qui créent un champ magnétique opposé, et ainsi les deux éléments se repoussent. On peut utiliser cette propriété pour faire léviter un objet. En 1966, des chercheurs américains ont eu l'idée d'utiliser un tel mécanisme pour faire glisser un train sur des rails. Dans ce cas, il n'y a plus aucun frottement entre les wagons et les rails. Un train de ce type, à sustentation magnétique, le Maglev, a été expérimenté au Japon dès 1987 et une ligne est en fonctionnement sur 30 km entre le centre ville de Shanghaï et son aéroport depuis 2003. Le projet Swissmetro a l'idée de faire circuler un train à sustentation magnétique, entre Bâle et Zurich et entre Lausanne et Genève, dans un tube souterrain où le vide a été fait. Il n'y aurait ainsi plus aucun frottement et les trains pourraient circuler à plus de 1 000 km/h pour un coût énergétique faible. (Pour la Science n° 427, mai 2013, pp. 88 à 90)

1. Chips : il vaut mieux s'en passer...
Avec le temps des pique-niques, les chips sont de retour. Une bonne nouvelle d'abord : elles sont de plus en plus rarement frites dans des bains d'huile de palme. Les producteurs se tournent maintenant vers d'autres huiles végétales, comme l'huille de tournesol. C'est un petit progrès en matière d'environnement parce que les plantations de palmier à huile se sont essentiellement développées en saccageant la forêt tropicale humide. Mais pour 100 grammes de chips, il faut compter au minimum 500 calories, parce qu'elles contiennent au moins 30 % d'huile. (Alternatives Économiques n° 324, mai 2013, pp.46-47. Article réalisé en partenariat avec le site de notation Noteo)

14

Commentaire : Les questions techniques ne sont
pas toutes résolues : les supraconducteurs n'existent actuellement qu'à très basse température. Il faut donc refroidir les électro-aimants à la température de l'hélium liquide, soit – 269°C. Les investissements sont très lourds puisqu'il faut équiper les rails de bobines conductrices. À plus forte raison s'il s'agit de faire circuler des engins dans des tunnels sous vide. Ainsi le projet suisse est au point mort. Par ailleurs, contrairement au TGV, les trains à sustentation magnétique ne peuvent pas circuler sur des lignes normales. Mais ils sont peut-être, à long terme, une alternative à l'avion, à cause de leur faible dépense énergétique.

Commentaire : L'abandon de l'utilisation de
l'huile de palme est une victoire des ONG qui se sont battues contre la déforestation en Indonésie et en Malaisie. Mais les chips ne sont pas du tout diététiques. Normales ou bio, de pommes de terre ou de légumes, elles constituent un aliment beaucoup trop calorique et trop salé. À l'apéritif ou en pique-nique, on devrait leur préférer les crudités...

3. Faut-il enfouir les déchets nucléaires ?
Un débat public a commencé le 15 mai sur le centre d'enfouissement de déchets nucléaires de Bure, à la limite entre la Haute-Marne et la Meuse. Le projet prévoit d'enfouir dans une couche d'argile imperméable, à 500 mètres de profondeur, les déchets hautement radioactifs à longue vie. Les partisans du projet prétendent que toutes les conditions de sûreté et de durabilité sont réunies. Mais les opposants montrent du doigt les problèmes non résolus : les risques d'incendie liés à la production d'hydrogène et aux déchets bitumineux et les menaces de pollution des nappes phréatiques à moyen ou long terme. N'oublions pas que, pour certains éléments, la radioactivité décroît sur des milliers et même des centaines de milliers d'années. (La Recherche n° 475, mai 2013, pp. 81à 83)

4. La Terre va-t-elle se refroidir de nouveau ?
Depuis un million d'années la Terre a connu une dizaine d'épisodes glaciaires entrecoupés de périodes interglaciaires. Ces alternances de périodes chaudes et froides résultent de l'action combinée des variations des paramètres solaires et des émissions de dioxyde de carbone dans l'atmosphère. Les cycles naturels du climat sont menacés par l'émission des gaz à effet de serre d'origine humaine. Les modélisations récentes, qui en tiennent compte, montrent qu'aucune nouvelle glaciation ne se produira avant 50 000 ans et que les suivantes seront moins intenses que les précédentes pendant au moins 500 000 ans. (La Recherche n° 475, mai 2013, pp. 38 à 41)

Commentaire : Les conséquences du réchauffement
climatique sont graves : augmentation des périodes de sécheresse, désertification, intensification des cyclones, élévation du niveau de la mer et menaces sur les zones côtières... On sait aujourd'hui que ces changements, très préoccupants dans de nombreuses régions du monde, vont durer des millénaires. Et tant que les gouvernements ne prendront pas des mesures efficaces pour limiter les émissions de gaz à effet de serre, la situation ne pourra que s'aggraver.

15

Commentaire : Il n'y a actuellement aucune solution satisfaisante pour la gestion des déchets nucléaires et il n'y en aura sans doute jamais. C'est, avec les risques d'accident de type Tchernobyl ou Fukushima, la principale raison de l'opposition des écologistes à ce type d'énergie. L'enfouissement dans des couches imperméables profondes est très coûteuse (35 milliards d'euros pour Bure) et ne donne aucune garantie à long terme aux générations futures. Et si on incluait, dans le prix de l'énergie nucléaire, le démantèlement des centrales et la gestion des déchets sur des milliers d'années, de manière réversible et responsable, ce serait sans doute l'énergie la plus chère du monde...

Gérard Mamet

LA LOUE, ÉTAT ALARMANT
L'état de santé de la Loue est bien préoccupant. Après la forte mortalité de poissons enregistrée en 2010 et en 2011, la situation ne s'est guère améliorée : colmatage du fond, prolifération des algues, raréfaction des truites et des ombles - les poissons emblématiques de la rivière - , appauvrissement en invertébrés aquatiques. En octobre 2012, les Assises de la Loue ont fait un inventaire des causes de cette dégradation, qui sont multilpes : excès de nitrates et de phosphates en provenance de l'agriculture, pesticides, insuffisances de l'assainissement, etc. Les conséquences de cette situation sont dramatiques en matière de paysage, de biodiversité et de préservation des milieux aquatiques, mais aussi du point de vue économique, par rapport aux activités nautiques et au tourisme. Une large place sera faite ensuite aux questions des participants et au débat avec les différents intervenants.

Gérard Mamet

L'association Pour un Canton Vivant invite les
élus, les membres des associations et tous les citoyens intéressés à une soirée Film-Conférence-Débat sur le thème La Loue, état alarmant, tous concernés, le vendredi 7 juin, à 20 heures, à Ornans (Salle des Îles Basses, Place Courbet). La soirée commencera par la projection d'extraits du film de Jean-Philippe Macchioni, coproduit par FR3 et Vie des Hauts Production : Doubs, Loue, histoires croisées. Elle se poursuivra par quatre interventions synthétiques correspondant à quatre approches complémentaires : Pascal Reile, hydrogéobiologue Alexandre Cheval, garde fédéral de pêche Alain Cuinet, spécialisé en hydrobiologie Jacques Breuil, vice-président du Conseil général

16

Nouveautés

VOS PAPIERS, SVP !
Enfin, la voilà. La petite dernière des Verts franccomtois a daigné montrer son nez ! « Mais de qui / de quoi s’agit-il ? » me direz-vous. Comment ? Vous ne le savez pas ? C’est donc que vous ne l’avez pas reçue… En effet, je vous annonce l'arrivée de la carte d’adhésion Europe Écologie Les Verts de Franche -Comté, réclamée par bien des adhérents. Généralement, ceux-ci devaient attendre que leur chèque soit débité du compte en banque pour savoir qu’il était bien parvenu à destination et encaissé. Pour bien des militants, la réponse était un peu courte et manquait de convivialité, surtout pour un parti qui prône le « bien-vivre ensemble ». La petite carte s’est fait attendre ; sa conception a pris un peu de temps. Les modèles proposés ne plaisaient pas, ou bien étaient trop chers, ou encore pas écolos du tout. Nous l’avons donc inventée de toutes pièces. 
 Sa taille est celle d’une carte de fidélité : elle rentre par la même occasion dans votre portefeuille ; à défaut d’argent qui se fait rare, au moins, vous aurez votre attestation d’appartenance au parti ! Elle est annuelle, à votre nom. Votre numéro d’adhérent y est ajouté : vous le connaissiez ?... Nos cosecrétaires, Brigitte Monnet et Bernard Lachambre, se sont même fendus d’une belle lettre d’accompagnement. Bien sûr, notre carte n’est pas parfaite et mériterait encore des améliorations. N’hésitez d’ailleurs pas à nous faire part de vos remarques. Maintenant, vous ne pourrez plus vous demander si vous avez adhéré ou non cette année. La petite carte se chargera de vous le rappeler ! Et si vous ne l’avez pas encore reçue, c’est que vous n’avez pas encore rempli le bon d’adhésion situé à la fin de La Feuille Verte. Alors n’hésitez plus !

Le sésame pour les nouveaux
Il n’y a pas si longtemps, j’ai fait partie des « nouveaux ». Je me suis vite aperçue que celles et ceux qui arrivaient après moi rencontraient les mêmes difficultés. D’abord, sur le plan local, à quelle(s) personne(s) pouvait-on s’adresser ? On ne trouvait rien sur le site régional. Quant au fonctionnement du parti, il est très compliqué pour un néophyte. François Mandil avait commencé l’ébauche d’une brochure d’accueil, dont j’ai hérité à mon arrivée au local régional. Il a fallu beaucoup de temps pour récolter un certain nombre d’informations concernant les groupes locaux. La lecture des statuts a permis d’établir un tableau synthétique permettant de comprendre le fonctionnement d’EÉLV, tant au niveau régional que national. Cependant, cette brochure a vocation d’être obsolète dès sa parution. En effet, le Vert franc-comtois a horreur des choses établies et il change très souvent ce qu’il a décidé ou voté quelque temps auparavant. Néanmoins, elle aidera une personne qui veut contacter un groupe local, un nouvel élu au CPR qui veut connaître ses collègues, un adhérent qui cherche à comprendre le fonctionnement de nos institutions. Vous la trouverez sur le site régional d’EÉLV : http://franchecomte.eelv.fr/contact/ Un grand merci à celles et ceux qui se sont chargés de la relecture. La remarque concernant le peu d’attractivité de la page de couverture a été entendue. Nous y réfléchissons. D’ores et déjà, si parmi les lecteurs de La Feuille Verte, il se trouve des personnes ayant des idées et des capacités de création, qu’elles se fassent connaître et nous soumettent leurs propositions (1).

17

Suzy Antoine

(1) EÉLV-FC - 14, rue de la République25000 Besançon Tél : 03 81 81 06 66


Sign up to vote on this title
UsefulNot useful