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EnfancE abandonnéE au maroc

Ampleur, état des lieux juridique et social, prise en charge, vécus.

état des lieux juridique et social, prise en charge, vécus. La Ligue Marocaine pour la Protection
état des lieux juridique et social, prise en charge, vécus. La Ligue Marocaine pour la Protection
état des lieux juridique et social, prise en charge, vécus. La Ligue Marocaine pour la Protection
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état des lieux juridique et social, prise en charge, vécus. La Ligue Marocaine pour la Protection

La Ligue Marocaine pour la Protection de l’Enfance

état des lieux juridique et social, prise en charge, vécus. La Ligue Marocaine pour la Protection

Dessins des enfants pris en charge par les crêches de la Ligue Marocaine pour la Protection de l’Enfance. Crédit photo couverture : UNICEF/MOR 2007/GIACOMO Crédit photos intérieur : UNICEF/MOR2010

Crédit photos intérieur : MJB /Mor 2010/MJB

EnfancE abandonnéE au maroc

Ampleur, état des lieux juridique et social, prise en charge, vécus.

Article 7

Tu as le droit à un nom et une nationalité ;

Article 8

Tu as le droit à une identité et à sa préservation ;

Article 19

Tu as le droit à la protection contre la maltraitance et la négligence ;

Article 21

Tu as le droit à une bonne protection lorsque tu vis avec une famille adoptive ou dans une institution de protection des enfants ;

Article 23

Tu as le droit à une protection et à une éducation spécialisée lorsque tu souffres d’un handicap physique ou mental pour que tu puisses vivre normalement comme les autres ;

Article 25

Tu as le droit à ce que les responsables concernés s’assurent que tu vis dans de bonnes conditions lorsque tu vis dans un autre lieu autre que le domicile de ta famille telles que les institutions de protection de l’enfance ou de rééducation ;

Article 39

Tu as le droit à une assistance appropriée lorsque tu es exposé à la violence, la négligence ou au mauvais traitement ;

Guide des droits de l’enfant Ministère de la Justice & Unicef

Sommaire

Contexte, objectifs et méthodes d’étude

6

Introduction

18

Première partie : Repères

18

Approche Documentaire

22

Conventions internationales, lois

22

Chapitre premier. L’abandon : le droit, les recherches, les programmes

22

I-Dispositions juridiques relatives aux enfants abandonnés

22

II-Etudes et recherches

26

III-Intervenants, programmes, actions

31

Chapitre second. Données et analyse de l’existant

40

Chapitre troisième. Etat des lieux, données quantitatives Données régionales

46

Chapitre quatrième : Synthèse des données régionales, Mesure d’ampleur

74

Chapitre cinquième : Justice, actions en chiffres

82

I-

Données exhaustives sur labandon

82

II

- La Kafala données nationale

84

III- Rapports à la loi, des acteurs de la prise en charge

85

Seconde Partie

92

Vecus de labandon et prise en charge

92

vécus de l’abandon, côté victimes

98

vécus de labandon, côté auteurs

112

Chapitre premier : Différents vécus, les uns, les autres

92

I-Vécus de labandon

92

II-Récits

98

III-Auteur(e) s

de l’abandon

112

Chapitre second : Prise en charge de l’abandon à la naissance

124

I-Analyse de l’existant

124

II-Structures d’accueil

128

III-Contraintes des acteurs

138

Chapitre troisième : Lutte contre l’abandon

144

Conclusions :

153

Analyse SWOT de l’abandon et des acteurs, recommandations,

154

Recommandations Atelier de présentation

159

5

contexte et méthodes

contexte et méthodes I - Objectifs et périmètre de l’étude Le travail de recherche mené a

I - Objectifs et périmètre de l’étude

Le travail de recherche mené a été initié par la Ligue Marocaine pour la Protection de l’Enfance (LMPE)avec le soutien du Fonds des Nations Unies pour l’Enfance («UNICEF»).

L’étude réalisée s’inscrit dans le cadre d’une volonté, formulée par la LMPE, visant à identifier les caractéristiques majeures de la réalité de l’abandon d’enfants à la naissance au Maroc.

Un objectif global :

Identifier les modalités actuelles de la problématique de l’enfance abandonnée à la naissance, à des niveaux d’appréhension, d’ampleur, de type de prise en charge, de vécus, d’environnement, social, juridique et institutionnel

Des questionnements spécifiques :

La perception relative à l’abandon d’enfants à la

naissance, est évaluée comme en progression : quelle réalité ? Quels fondements ?

Une différenciation est effectuée entre filles et garçons :

comme

bénéficiant davantage aux filles. Quels critères à l’origine de cette discrimination

le placement en kafala en particulier, est décrit

Une finalité :

L’état des lieux permettra, à partir d’éléments de réalité et d’une analyse de l’existant,

De rendre compte de l’opportunité d’une action de plaidoyer en faveur de l’enfance abandonnée ;

De fournir les fondamentaux pour un Plan National de Protection de l’Enfance Abandonnée à la naissance : plan d’intervention, implication et fédération des acteurs, actions collectives;

De structurer les thématiques majoritaires d’une stratégie

d’aide et de soutien des acteurs impliqués dans la prise en charge de l’abandon.

Axes majeurs de recherches

Afin de répondre à l’ensemble des objectifs, global et spécifiques, du cahier des charges, l’étude menée a différencié trois volets principaux :

D’analyse du dispositif juridique national, en

rendant compte des, Stratégies, programmes, élaborés avec les actions menées par les départements en charge de la question. Conventions relatives aux droits de l’enfant, aux discriminations liées au genre, ouvrages, enquêtes traitant de la question de l’abandon (principalement celles menées par la ligue).

De mesure de l’ampleur du phénomène de

l’abandon au Maroc tenant compte, Des sources d’informations les plus adéquates -afin d’éviter un double comptage de l’enfant-, et des spécificités régionales; Des données susceptibles d’être recueillies et relatives aux mères, afin d’appréhender les configurations possibles de l’abandon (sociologiques, économiques, éducatives…);

De prise en charge, tenant compte,

Des éléments de vécu des catégories concernées et/ou touchées par l’abandon : auteurs, victimes ; Des particularités des différents acteurs et de leurs domaines prioritaires (prévention, prise en charge,soutien); De la stratégie d’intervention et de prise en charge : rôles et missions des différents acteurs, actions menées, générales et spécifiques, moyens, attentes.

II-Approche et méthodologie d’étude

1. Dispositif méthodologique

Le dispositif méthodologique initial prévoyait une approche mixte, qualitative et quantitative:

Une approche qualitative, réalisée au moyen d’entretiens (80 au total), à mener en direction des acteurs de la prise en charge, institutionnels, auteur(e) s et victimes de l’abandon;

Une approche quantitative, de mesure d’ampleur de l’abandon d’enfants à la naissance, à partir de donnéesfournies sur un échelon national : collecte de données chiffrées pour construire un échantillon avec des paramètres et des variables structurés, en vue de fournir des indicateurs de mesure et de causalités, susceptibles de donner lieu à des projections.

2. Contraintes de l’existant

et obstacles à la réalisation

de l’étude

L’étude globale, a été effectuée dans un contexte de réticence, le plus souvent fermé à toute divulgation de données relatives à l’abandon.

La quasi totalité des intervenants rencontrés, a

conditionné les échanges et la délivrance de données chiffrées, à autorisation préalable, (non obtenue) des dirigeants associatifs, des institutionnels et ministères de tutelles, ‘Justice, Santé, Sureté Nationale, Intérieur’…

Des intervenants nombreux, impliqués à des niveaux

variés, de manière directe ou indirecte dans la question de l’abandon, se sont avérés réfractaires à toute procédure de formalisation des échanges, susceptible de porter une parole officielle sur l’abandon.

3. Réaménagements

3.1. Méthodologie qualitative

Pour une plus grande adaptation aux contraintes évoquées

au travers de ces données préalables de terrain, l’étude

qualitative réaménagera le dispositif méthodologique :

• En usant d’intermédiations susceptibles de permettre

l’accès à l’information,

• En collectant l’information en fonction des contraintes, à

travers à la fois son expression ‘officielle, formelle’, à travers

également, son expression ‘non officielle, informelle’.

• En multipliant les sources d’information afin de valider,

relativiser ou infirmer, les discours ou données, obtenus.

• En conséquence, et considérant la diversité des cibles

susceptibles d’intervenir dans la question de l’abandon, le

dispositif qualitatif prévu s’avérera ‘insuffisant’. Aussi :

• Des cibles additionnelles seront rencontrées (mères

célibataires, parents adoptifs, intervenants du secteur

hospitalier) ;

Des entretiens supplémentaires seront menés en vue de

confronter différents discours des équipes opérationnelles

en charge de l’abandon d’enfants ;

Lesfocusgroupesinitiaux(2)menés,serontmultipliésen

fonction des nécessités de terrain, auprès d’intervenants

de la justice (1), d’équipes associatives (4), hospitalières

(2). Ces focus regroupaient, en fonction des situations,

des effectifs variables, entre 3 à 5 personnes.

situations, des effectifs variables, entre 3 à 5 personnes. Les tableaux suivants présentent une synthèse non

Les tableaux suivants présentent une synthèse non exhaustive du dispositif qualitatif réalisé lors de l’étude, auprès de différents intervenants appréhendés comme ‘cibles’ ou ‘catégories’ :

Analyse de l’existant prise en charge, secteur associatif

Tableau 1

Cibles

Entretiens

Entretiens de groupes ; focus

 

Membres de comité ; Dirigeants

27

 

Membres équipes

15

4

Secteur

opérationnelles;

associatif

Assistantes sociales

8

 

Infirmières

4

 

Total entretiens

54

 

Total groupes

4

 

Analyse de l’existant, prise en charge, secteur hospitalier

Tableau 2

Cibles

Entretiens

Entretiens de groupes ; focus

 

Directeurs de régions, Directeurs de centre hospitaliers ou de Délégations

26

 

Secteur

Assistantes sociales préfectorales ; de délégations, assistants et assistantes sociales.

29

1

hospitalier

Infirmiers, infirmières ; majores de maternité

6

 

Médecins, chefs de services, gynécologues ; pédiatres

7

 

Autres (statisticiens)

2

 

Total entretiens

   

Total groupes

69

1

Etude de vécus

Tableau 3

Cibles

Entretiens

 

Victimes

 

Adultes

Volet vécu de l’abandon ; Auteurs, Victimes d’abandon Mères célibataires Parents adoptifs Intermédiaires

Adolescents

24

Enfants

Auteurs/ auteures

23

Mères célibataires

9

Intermédiaires dans le secteur de l’illégal (‘courtiers’ en matière d’adoption irrégulière).

4

 

Parents adoptifs

7

Total entretiens

67

Volet documentaire : institutionnels

Tableau 4

Cibles

Entretiens

focus

 

Ministère de la justice

4

 

Volet documentaire

Procureurs du Roi et substituts

5

1

INDH

1

 

Total entretiens

 

10

Focus

1

3-2- Traitement et analyse de l’information qualitative

Supports qualitatifs

Des guides d’entretiens (9) ont été préalablement conçus pour être destinés aux différentes catégories cibles de l’étude, et structurés pour une animation semi directive et non directive.

Les entretiens et focus (formels) menés, ont été enregistrés et retranscrits intégralement pour dépouillement thématique et analyse de contenu.

Les entretiens et focus informels, échanges, entretiens téléphoniques menés, ont été consignés par écrit et exploités avec la même approche.

Analyse de l’information

Les moyens utilisés, enregistrement, retranscription, dépouillement thématique, permettent de contrer toute attitude subjective pouvant succéder à l’omission de l’information obtenue. Ils permettent par ailleurs une approche qui pointe, reproduit, hiérarchise, les ‘items et verbatim’ les plus redondants du discours obtenu, qui opère des différenciations de cibles, en termes de perceptions, d’attitudes ou de positions. Ce processus est préalable à l’analyse du contenu informationnel, méthode la plus utilisée pour une approche relative au fonctionnement humain.

Un second niveau d’analyse, ‘extérieur à la subjectivité et

à la prise de position’ (en dehors des fondamentaux des

droits humains, ici droits de l’enfance) visera à interroger les concepts, idées, représentations admis ou transmis,

et relatifs à la problématique de l’abandon, tenant compte à la fois des discours, des ‘résultats d’étude’, d’expériences et de pratiques cliniques évoquées…

Ces éclairages ambitionnent notamment de susciter le débat relatif,

Concernant les parents de l’abandon,

A la question de la sexualité, avec d’un côté les interdits,

les discriminations de genre, et de l’autre, des évolutions sociales, l’objectif étant ici de réfléchir à des moyens de prévention susceptibles de se traduire par une baisse des abandons d’enfants ;

Concernant les enfants abandonnés,

A la question de la prise en charge, l’objectif étant ici de

pointer à la fois les progrès sensibles entrepris par les acteurs, leurs difficultés, attentes, et de les confronter aux différents vécus des victimes, afin de réfléchir aux éléments d’une adéquation possible entre ‘offre et besoins’.

Concernant les parents de l’adoption,

Au traitement actuel de la question par les acteurs, en rendant compte à la fois des progrès obtenus, des difficultés du présent, mais aussi en soulevant la question du secret de l’adoption, et des impacts défavorables au développement de l’enfant.

Concernant les acteurs,

A la nécessité de porter un regard autre que subjectif, ‘caritatif’, permettant le passage vers la question du droit de l’enfant, avec les exigences d’une attitude professionnelle, qualitative et relationnelle, à différents niveaux de gestion et de prise en charge.

Concernant la problématique globale

De fournir, décrire et différencier, les éléments d’une ‘complexité’ le plus souvent attribuée au phénomène de l’abandon, en abordant avec ‘lucidité’ les thèmes qui fédèrent la collectivité mais aussi en pointant les questions occultées ou insuffisamment abordées.

3.3. Etude quantitative

La collecte des données relatives à l’abandon a été soumise aux mêmes contraintes que celles précédemment évoquées :

• Refus et résistances des intervenants ; ‘confidentialité’

de l’information et nécessité d’autorisation de Ministères de tutelles (Santé, Justice,…) ou de décideurs associatifs ; existence de discours contradictoires relatifs aux données chiffrées de l’abandon…

• Absence d’homogénéité des données relatives à

l’abandon, avec l’existence chez les uns, de tableaux de bords simplifiés à l’extrême, à deux variables (entrants, sortants) chez les autres, des tableaux à trois ou quatre variables (Kafala, décès, transferts)…., éléments qui rendront impossible à la fois l’uniformisation des données et la synthèse de l’information sur la période test de l’étude.

Ces obstacles ont également mené à la collecte de données fournies ‘officiellement’ et de manière ‘non officielle’. Les informations ‘non officielles’ nécessiteront cependant, pour être ‘publiées’, un second temps de validation au moyen d’intermédiations auprès de responsables, à travers une procédure d’enquête téléphonique auprès des délégations provinces, dotées de structures associatives ou hospitalières.

L’enquête téléphonique sera également utilisée dès lors qu’un intervenant, acteur, en provenance d’une localité, région ou institution, refusera, pour des raisons variées, de souscrire à une démarche d’entretien de face à face.

L’étude quantitative considérera les données fournies,

• Par le secteur associatif en charge de la gestion de l’abandon d’enfants,

• Par le secteur associatif mené à intervenir dans la prévention de l’abandon,

• Par le secteur hospitalier en charge de la gestion de l’abandon d’enfants,

• Par le Ministère de la Justice,

• Par la Sécurité Nationale.

4. Premières données et impacts de méthodologie

Les premières données relatives à l’abandon d’enfants à la naissance, indiquent des tendances structurelles avec:

Une variation des effectifs d’une année sur l’autre,

variation non caractéristique des naissances ‘normales’ qui connaissent une croissance logique ;

Une mobilité de l’abandon, avec un déplacement des

mères en dehors de leur milieu d’origine. Aussi ‘les spécificités régionales’ seront-elles à appréhender avec prudence : le plus souvent, ces ‘spécificités’ rendront compte d’une réalité complexe, avec l’itinérance des mères auteures d’abandon vers des lieux appréhendés comme comparativement, moins porteurs de risque pour l’accouchement et la naissance de l’enfant et ce, tenant compte du contrôle exercé, sur les femmes en particulier, par la famille et de la société.

Une double réalité relative à la question de l’abandon :

d’un côté, un abandon visible qui se traduit soit par un placement en milieu institutionnel, soit par un abandon direct effectué ‘chez le juge’ ; de l’autre, un abandon qui se dissimule et se gère en dehors de la légalité.

Les données fournies et relatives à l’abandon d’enfants à la naissance, indiquent des tendances associées au contexte et à l’environnement actuel de collecte d’information, au Maroc,

Avec des moyens rudimentaires de consignation des

données relatives à l’enfance abandonnée et placée :

l’informatique faisant le plus souvent défaut, ces informations sont majoritairement consignées dans des registres réservés à cet effet. En fonction des ‘registres’, des équipes, (des changements d’équipes), et des années, les données consignées varient sensiblement.

En fonction des structures et des intervenants, les

variables de l’abandon, consignées dans les registres ou synthétisées par les équipes, seront plus ou moins succinctes : les variables les plus communément consignées et considérées par les équipes, sont relatives aux ‘entrants’, ‘sortants’, et ‘kafala’. D’autres structures considéreront des données additionnelles qu’elles intègreront dans leurs statistiques, ‘décès’, transferts’, lieux d’abandon… (une seule entité permettra d’obtenir des informations conformément aux objectifs de l’étude et à la période test ; ici, par ailleurs, l’accès au registre permettra d’examiner des éléments associés aux typologies des mères).

L’accès au registre est plus ou moins contrôlé en

fonction des structures, de leur disponibilité, volonté de collaboration, voire de leur niveau de transparence :

certaines, en dépit de la disponibilité d’une information plus exhaustive, fourniront ‘leurs statistiques’ sommaires, sous formes de tableaux, excluant toute investigation approfondie.

L’accès au registre souche est par ailleurs plus ou moins

disponible, en fonction des structures, certaines d’entre elles disposant de données ‘anciennes’, ‘contenues et archivées dans des cartons’ et ‘inaccessibles’.

En fonction des structures, de leur ancienneté dans le

‘secteur de l’abandon’, et des régions, les informations sont consignées à des dates plus ou moins récentes, ne permettant pas d’étudier leur variation sur la période ‘test’ de l’étude ‘ (1998-2008).

Variables : elles sont hétérogènes, partielles, discontinues, rendant impossible la comparaison des données et la synthèse de l’information.

Les différentiels filles/garçons, ne sont pas effectués de façon systématique : tout au plus observe-t-on depuis 2004, plus clairement depuis 2007, une tendance au sein de certaines structures en charge de l’abandon, à effectuer ce type de segmentation.

Les variables relatives au devenir de l’enfant admis (‘kafala’, ‘transfert’, ‘repris par ses parents’, ‘décès’) ou à son état de santé, s’appréhendent différemment, lorsqu’elles existent, en fonction des structures : ici dans un rapport à l’ensemble des pensionnaires, là dans un rapport aux nouvelles admissions (objectif de l’étude), là encore en fonction des années, avec des informations partielles. Une grille à double lecture, qui introduira par exemple, un différentiel par sexe, sera encore plus difficile à structurer.

Aussi, seule la variable ‘admissions’ (nouveaux entrants) sera-t-elle généralement accessible de manière systématique, et pour certaines provinces, uniquement pour l’année 2008.

4.1. Sources d’information, relatives aux abandons à la naissance

Les premières données d’étude identifieront deux sources d’informations relatives à l’abandon à la naissance, objet de l’étude :

• La source hospitalière comme premier lieu de passage

ou d’accueil de longue durée de l’enfant abandonné : le plus souvent cette source sera la plus ‘complète’ pour refléter une réalité du ‘total abandons nouveaux’, car avant le transfert de l’enfant vers une autre structure associative, lorsqu’elle existe, des ‘kafalas’ d’enfants sont possibles;

• La source associative comme lieu d’accueil et de séjour

de l’enfance abandonnée à la naissance. Cette source reflètera d’autant plus la réalité des ‘nouveaux abandons’ qu’elle est, dans une ville ou province considérées, l’unique structure d’accueil et de recueil de l’enfant abandonné.

En fonction des situations, de la fiabilité de l’information, de son exhaustivité, de la prépondérance des structures

en charge de l’abandon, de l’existence d’une structure unique, l’une ou l’autre des sources, hospitalière ou associative sera considérée dans la collecte des données exhaustives : dans certaines régions ou localités où le secteur associatif est absent, seul le secteur hospitalier est en mesure de fournir l’information.

Dans d’autres régions, la source hospitalière reproduit plus fidèlement l’effectif des abandons dans la mesure où, comme indiqué plus haut, certains d’entre eux seront destinés ‘directement à la kafala’ et ne transitent pas vers le secteur associatif.

Par ailleurs, très souvent, un partenariat existe entre ‘les deux parties’, Ministère de la Santé qui offre le lieu de vie, et l’associatif qui offre un soutien, quelquefois total, en matière de gestion et de prise en charge. Ici et généralement, les données se communiquent entre les ‘deux parties’. De manière quasi systématique, pour la consignation des données, le rôle de l’assistante sociale, de l’assistante préfectorale ou de délégation, est déterminant.

• Les sources ‘Ministère de la Justice’ et ‘Sécurité Nationale’ permettront de fournir des données additionnelles relatives, l’une, aux affaires d’abandon (inscrits et jugés,) aux ‘kafalas’, (toutes deux au niveau global et détaillées par province) d’enfants abandonnés; l’autre, aux abandons effectués sur la voie publique. ‘La source’ Ministère de la Justice posera le problème de la définition de l’enfant, ici considéré, conformément aux définitions en usage, comme mineur jusqu’à l’âge de dix huit ans, ce qui impactera sur le croisement entre résultats d’étude (enfants entrants, essentiellement nourrissons) et données fournies par le Ministère de la Justice. La Sureté Nationale fournira des données partielles, relatives à son ‘secteur’, ses rôles et missions : les abandons de rue comptabilisés, ne considèrent pas ceux effectués par la Gendarmerie Royale (en milieu rural) ou par la Protection Civile. Par ailleurs, seront fournis essentiellement ici, les abandons de rue d’enfants en vie.

4.2. Type de collecte de données et segmentation régionale

L’ensemble de ces éléments décrits, mènera à la fois à multiplier les informations qualitatives et à orienter l’étude vers un dispositif méthodologique plus lourd, de recensement des abandons ‘placés’ à la naissance. Ce recensement sera considéré comme une première étape permettant de constituer un échantillon représentatif à partir duquel des hypothèses statistiques peuvent être formulées.

Le recensement des données a considéré la segmentation en régions du Ministère de la Santé comme moyen et outil d’investigation permettant :

• Lors d’une première étape, d’accéder aux seize

Directions régionales de la Santé, d’aller à la rencontre des deux sources, associatives et hospitalières;

• Lors d’une seconde étape, de collecter l’information

complémentaire auprès des localités, provinces dotées de structures d’accueil de l’enfant abandonné, associatives, hospitalières.

Le tableau 1 , joint en annexe de ce rapport, indique les sources utilisées en fonction des régions ou structures, avec les modalités dominantes de prise en charge, assurées par l’un ou l’autre, voire l’un et l’autre, des acteurs, de l’associatif, du secteur de la santé.

Constats

Au travers de ce tableau récapitulatif de l’offre de prise en charge de l’enfant abandonné à la naissance, on remarque :

• Que la prise en charge associative est dominante, avec un centre dédié et extérieur à l’hôpital, dans 24,5% des situations rencontrées;

• Que la prise en charge est assurée par le secteur

associatif, à l’intérieur de l’hôpital, ou dans l’enceinte de l’hôpital, dans 39% des situations rencontrées.

Il est nécessaire de souligner ici, les modalités rencontrées de partenariats, secteur associatif, santé :

l’une rendant compte d’une prise en charge dominante assurée par le secteur associatif, la santé offrant lieu de séjour, un à deux membres du personnel et soins de santé; l’autre, rendant compte d’un partenariat ‘plus équilibré’ des deux secteurs ; une autre enfin, qui mettra l’accent sur une prise en charge majoritaire de la santé avec une intervention partielle du secteur associatif.

Que la prise en charge est assurée par le secteur de la santé, de manière exclusive, dans 36,5% des situations.

Ici aussi il sera nécessaire d’opérer à des différenciations au niveau de l’offre effectuée en direction de l’enfance abandonnée : l’une consistant à l’héberger dans des lieux spécifiques au sein de services de maternités et de pédiatrie, soit avec personnel dédié, soit au moyen du personnel destiné à l‘ensemble, (malades hospitalisés, naissances, et enfants abandonnés); l’autre consistant

à l’héberger dans des ‘locaux de fortune’ généralement

destinés au personnel, et à lui assurer des conditions minimales et précaires d’existence, grâce notamment,

à la générosité et/ou l’implication du personnel de la santé.

L’on remarquera par ailleurs, pour évaluer à leur mesure, les apports différentiels santé secteur, associatif,

Que la prise en charge associative exclusive, est corrélée avec des situations qui rendent compte, le plus souvent, d’effectifs supérieurs, d’enfants abandonnés.

(1) annexe P.17

Aussi le secteur associatif gère t-il à la fois 63,5% de la prise en charge de l’enfance abandonnée à la naissance, et en même temps, accompagne, à différents niveaux, le plus grand nombre des enfants abandonnés, ‘nouveaux et anciens’ âgés entre 0-5/6 ans. L’ensemble des résultats d’étude devra tenir compte, ‘en permanence’ de cette donnée préalable de contexte, associée à la prise en charge de l’enfance abandonnée.

• Que la prise en charge hospitalière exclusive est

corrélée avec des situations qui rendent compte, le plus souvent, d’effectifs réduits, d’enfants abandonnés.

4.3. Le recensement effectué :

Fournit l’essentiel des informations obtenues et

disponibles dans le présent, sur l’abandon d’enfants à la naissance ;

• Considère toutes données additionnelles fournies, à

travers l’accès au registre, ou ‘la transmission’ d’une synthèse ‘chiffrée’ par les équipes, après accord préalable, quelquefois contrôle, du décideur ;

• Tient compte de la source d’information la plus

‘complète’, hôpital ou association, dans une région ou localité donnée ;

Tient compte de contraintes de disponibilité, formulées

par certains intervenants chargés de la transmission des

données synthétisées.

Point forts, points faible du recensement effectué

• Le recensement permettra d’avoir une cartographie

exacte de l’existant en matière d’enfants abandonnés à la naissance au Maroc ;

Le recensement permettra dans un second temps, de lire le différentiel filles/garçons et de recourir à l’extrapolation statistique afin de mesurer et identifier ‘l’effectif manquant’ de filles abandonnées ;

• Le recensement fournira les informations relatives aux

enfants abandonnés et recueillis en milieu hospitalier ou au sein d’une structure associative : ces données fournies, de réalité, ne peuvent donner en revanche, qu’une information partielle qui rend compte ou mesure les adoptions illégales, effectuées en dehors du droit, national et international.

L’ensemble des données d’étude indique qu’il est dans le présent, quelle que soit la méthodologie adoptée :

• Très complexe, étant donné l’absence d’information structurée, homogène, continue, d’appréhender l’abandon d’enfants à travers l’usage de données chiffrées ;

• Difficile - sans soulever au préalable la question de la

rigueur méthodologique-, d’effectuer des recoupements entre sources (santé/associations et institutionnels comme la ‘Justice’) étant donné la diversité des définitions de l’enfant, considéré ici, pour les besoins de l’étude,

de la naissance à l’âge de cinq-six ans, et là, jusqu’à dix huit ans. La difficulté du recoupement tiendra compte par ailleurs, des définitions ou modes d’appréhension de l’abandon, celui d’étude, enfants privés de famille, celui de l’environnement institutionnel qui quelquefois y intègre les ‘enfants des rues’.

• Difficile de comparer les données entre elles, celles des

acteurs de la prise en charge, celles des institutionnels,

Justice, Intérieur… chacun comptabilisant des données qui rendent compte de son action, de ses apports, en fonction de définitions ou d’objectifs spécifiques.

• Impossible de quantifier dans le présent et en totalité, le phénomène de l’abandon dans sa réalité illégale :

Le réseau de l’illégal ‘s’approche’ au travers d’une démarche qualitative, au moyen d’une intermédiation en chaîne (chaque interlocuteur est ‘connecté’ à un autre, lequel permet l’accès à un autre… qui mènera vers un intermédiaire). Cette ‘infiltration du réseau’ devra par ailleurs, et à postériori, se traduire par l’extrême prudence nécessaire à ce type d’investigation, les risques de menace ayant été palpables au travers d’une ’brève expérience’ pratiquée durant l’étude.

Le réseau de l’illégal se déduit partiellement, au travers d’une analyse des données de réalité : à travers les différentiels d’admissions filles/ garçons, à travers une analyse qui considère le caractère aléatoire (et statistiquement injustifié) de l’abandon, à travers enfin une analyse qui tient compte d’un ‘échantillon constitué lors de l’étude,’ de ‘mères célibataires’

III-Eléments préalables, d’analyse de la situation de l’enfance abandonnée

III-1- Analyse des difficultés rencontrées

Les résistances rencontrées lors du déroulement de l’étude menée, seront considérées comme premiers éléments d’analyse de la problématique. En fonction de leurs actions, apports, dans la question de l’enfance abandonnée, les cibles tendront majoritairement à se différencier par leurs attitudes et discours :

• Institutionnels, ‘fonctionnaires’ des Ministères, de la Santé, de la Justice, de l’Intérieur, Les résistances rencontrées s’articuleront ici, autour,

De la question de la confidentialité de l’information,

De la sensibilité de la thématique ‘enfance abandonnée.

Elles traduiront par ailleurs, un malaise spécifique lié à l’évocation du sujet :

D’un côté une problématique réelle, gérée au quotidien par un ensemble d’acteurs,

De l’autre, une difficulté à la dévoiler à travers une parole officielle, au regard des interrogations qu’elle

suscite, des tabous qu’elle questionne, des fragilités ou contradictions qu’elle révèle, la question de l’abandon d’enfants étant associée à l’existence d’une sexualité en dehors de la légalité, religieuse et sociale.

De manière plus spécifique, les intervenants de la santé, rendront compte,

De la perception et du vécu de contrainte, liés à une réalité de gestion et de prise en charge durable d’enfants abandonnés, non contenue dans leurs fonctions et missions prioritaires. Cette contrainte vécue sera telle qu’elle déclenchera généralement lors des premiers contacts, une attitude hostile des intervenants à l’égard de la procédure d’investigation mise en place.

Ici la gestion de l’abandon est, de manière quasi systématique, évoquée comme un ‘fardeau’ porté par ‘la santé’, imposé de l’extérieur, à défaut de structures suffisantes spécialisées.

Aussi, les uns, sensibles à la problématique, tendront-ils à gérer au mieux ‘la contrainte de l’enfant abandonné’ à travers la mise en place de ‘structures de fortune’, et la recherche de moyens de financements ; Les autres, à travers la recherche de partenariats et de soutien externe, associatif notamment ; D’autres encore, ‘plus passifs’, observeront des règles minimales liées à leurs rôles et fonctions de soignants,

réservant une place aux enfants abandonnés aux côtés des malades, dans les services de pédiatrie, de maternité ou encore dans des locaux réservés au personnel.

Intervenants associatifs

Les résistances rencontrées au sein d’entités relevant de l’associatif, seront à mettre en parallèle à la fois avec les difficultés vécues au quotidien, dans le secteur, et parallèlement aux modes de gestion des structures avec :

Concernant la gestion des données relatives à l’abandon,

Des choix d’items majoritaires guidés généralement par une activité associative qui recherche des moyens financiers pour justifier son implication et ses actions, en comptabilisant et fournissant des données essentielles ‘entrées et sorties’ d’enfants.

Des lacunes en matière de gestion qualitative et quantitative de l’information disponible, qui se traduiront par des ruptures de traçabilité et de continuité, et quelquefois, interpelleront par rapport au niveau de transparence des structures.

Concernant les modes de gestion et d’appréhension de l’abandon,

Des ressources, outils, moyens et encadrement

Concernant les modes de gestion et d’appréhension de l’abandon, Des ressources, outils, moyens et encadrement 13

insuffisants qui rendent difficile un mode de gestion professionnel du secteur ;

Des décalages fréquents de discours entre les ‘opérationnels et les décideurs’ : des conflits sous jacents se signaleront, au sein de grandes structures notamment, pour évoquer un malaise relatif aux pratiques et images véhiculées. Elles traduiront parallèlement la ‘tension’ des équipes ‘menées à gérer la souffrance de populations vulnérables’ en même temps qu’une absence de support de communication mis en place pour verbaliser autour de l’abandon ;

Le plus souvent, les difficultés constatées seront à associer aux modes actuels de gestion, à la domination du subjectif, consécutives aux initiatives individuelles, en parallèle à des éléments prioritaires de prise en charge de l’enfant : les moyens et outils didactiques nécessaires à la consignation de données sur l’abandon, apparaîtront de ce fait, et le plus souvent, comme relativement secondaires, au regard de contingences matérielles, et de l’urgence formulée dans la quête de moyens permettant la prise en charge de l’enfant.

Par ailleurs, certaines institutions, destinées aux enfants abandonnés plus âgés (rencontrées dans le cadre de l’étude relative aux vécus) à travers un fonctionnement hiérarchique, administratif, procédural… tendront à user ‘d’arguments organisationnels’ pour formuler un malaise lié à leur difficulté de gestion de la problématique, notamment celle relative aux troubles du développement et aux ‘pathologies de la carence’. Il s’agira ici notamment, de se préserver de critiques éventuelles et conserver le voile sur une certaine réalité, notamment après quelques scandales dévoilés au grand jour. Un nouveau regard, éclairé ‘du droit et de l’humanisme’ sera évoqué, comme ayant le plus souvent, contribué de manière effective à l’amélioration des conditions de vie des pensionnaires :

entre l’avant et l’après, un différentiel majeur au niveau tant de ‘l’intérêt porté chez les uns et les autres en faveur de la cause’, de leurs discours, que de l’environnement de prise en charge.

‘L’avant’ est associé à une insuffisance, voire une absence, de normes, quelquefois un espace où les ‘fondamentaux humains’ sont bafoués, avec de la maltraitance, physique, psychologique, sexuelle, alimentaire, sanitaire…

‘Cet avant’ de violences se décrit comme ‘maîtrisé’ par les responsables à travers une emprise exercée sur les pensionnaires et qui faisait office de loi. Aujourd’hui dans les institutions de bienfaisance, un télescopage des repères, lié à une ‘nouvelle donne’ avec une interprétation ‘erronée’ du droit de l’enfant apparaît parfois. Les ‘décideurs semblent en effet, parasités par des perceptions multiples, déstabilisés par des représentations plurielles: celle de l’enfant hrami, celle de la ‘compassion malgré tout pour un pauvre enfant qui n’a rien fait de mal’, et celle (‘incroyable, inconcevable’) d’un enfant qui a des droits. Le droit de l’enfant se conçoit ici comme une abdication de l’adulte avec la nécessité de le

‘laisser faire’ sans introduire la parole de l’interdit et de la loi symbolique. Aussi, à la carence affective, aux troubles du développement majeurs associés à cette carence et aux difficultés inhérentes à l’institutionnalisation, aujourd’hui, les ‘jeunes des maisons de bienfaisance’ sont face à une attitude d’adultes, ‘qui ne comprend pas encore’, ‘n’assimile pas’, ‘n’intègre pas’ (ou ne veut pas et fait semblant) la notion de droit de l’enfant.

L’après, (notamment pour les plus petits) correspond à la prise en charge systématique de l’enfant à un niveau sanitaire qui permet sa survie, dans des conditions le plus souvent respectueuses de sa dignité, avec l’observation d’un nouveau discours qui évoque ‘le droit supérieur de l’enfant’ et tient à le considérer.

Cette prise en charge sanitaire sera généralement considérée comme un acquis considérable des enfants abandonnés âgés de moins de cinq/six ans, avec par ailleurs, un impact sensible sur la diminution du taux de mortalité.

Ces exigences nouvelles, d’appréhension de la dignité et du droit de l’enfant, mèneront cependant, quelquefois et chez ‘certains individus’, de recourir à des formes plus insidieuses, masquées, de violences.

Ces exigences mèneront aussi à la mise en place de ‘nouvelles procédures’ associées à la formalisation de procédures informelles dans l’intermédiation des filles en particulier, les plus demandées.

Le discours obtenu est en faveur d’une ‘structuration du secteur’ de l’informel, à différents niveaux de ‘la chaîne d’intervention’ : en devenant majoritairement ‘verrouillé’ à l’hôpital, l’abandon se manifestera ainsi, de façon plus silencieuse et ‘professionnelle’, ou plus souvent, se déplacera vers la rue, quelquefois juste à la sortie des maternités.

Ici, il est nécessaire à la fois de rendre compte du rôle majeur du secteur associatif dans le secteur de l’abandon et de repérer les redondances de discours relatives à certaines structures ou personnes, dont les agissements décrits soulèvent des questions d’éthique, humaine et professionnelle.

III-2- Organisation du cadre de réflexion, de prise en charge et de coordination des acteurs

De façon quasi systématique, ce sont les individus -non les procédures organisationnelles- qui faciliteront ou entraveront au cours de l’étude, l’accès à l’information, avec,

• Des niveaux d’implication différentiels entre les acteurs, tenant compte de positions individuelles relatives à la problématique de l’abandon.

• Des différentiels en matière de coordination entre les divers interlocuteurs amenés à œuvrer dans une région donnée, en faveur des enfants abandonnés, justice, santé, associations.

Aussi la coordination entre les différents corps d’intervenants, se traduira t-elle, chez les uns, et ce en dépit des moyens mis à leur disposition et de difficultés plurielles,

• Par une évolution positive de la situation de l’abandon :

stratégies d’action, réflexion dominée par le référentiel droits de l’enfant, organisation du cadre d’intervention, réseaux de concertation, recherche de moyens, projets, optimisation des ressources en faveur de l’enfant et diminution progressive des effectifs d’enfants abandonnés

Chez d’autres, en revanche, se décrivent,

• Des ‘défauts de coordination’, ou des ‘défaillances

au niveau de la chaîne d’intervention’ pointant les responsabilités respectives d’intervenants, de la ‘Justice, de l’Intérieur, ou de la Santé’, dans une région donnée.

Ces situations se traduiront, elles, au niveau de l’abandon, par des chiffres ‘plus statiques’, et au niveau de la prise en charge de l’enfant, par une amélioration des conditions de vie, essentiellement associée à des initiatives individuelles.

Dans telle région, dans la gestion de la kafala, tel Procureur ‘en conflit avec tel juge’ (ou inversement), sera pointé du doigt : ici l’accent sera mis sur la lenteur de l’enquête, là, sur le ‘caractère du personnage, sa rigidité, son niveau de résistance ou son désintérêt’; ici encore, se décrivent des attitudes suspicieuses de l’intégrité de la personne, là, des attitudes de fonctionnaires qui dépassent leurs prérogatives en privilégiant tel parent adoptif (‘contre avantage’ financier) ; ici encore ‘chez tel juge’, des décisions de kafala ‘systématiques’ malgré des enquêtes négatives relatives aux parents adoptifs, là des’ kafala pour VIP’, ‘huilées’, ‘organisées’, au point d’être formalisées, (en accord avec la mère naturelle et les institutionnels) à la naissance de l’enfant, antérieures à la procédure d’enquête, lancée à posteriori ‘pour la forme’.

Il est important de noter à ce niveau, que dans la majorité des situations, les dysfonctionnements les plus souvent évoqués, seront mis en relation, non pas avec les contenus et textes de lois, mais avec leurs modalités et procédures d’application. Dans telle autre région, c’est la direction régionale de la santé qui sera décrite comme obstacle, et ce -davantage- par désintérêt ou par position. De fait, certaines des personnes décrites seront rencontrées et justifieront leurs positions par rapport à la question de l’abandon.

Deux positions prévalent :

• Des représentations liées aux attributions des uns et des autres qui mettent l’accent sur la charge supplémentaire que constitue la gestion de l’abandon :

Ce n’est pas au ministère de la santé de garder l’enfantsupplémentaire que constitue la gestion de l’abandon : abandonné, on est une structure hospitalière, on n’a

abandonné, on est une structure hospitalière, on n’a pas à s’occuper de l’abandon, on peut soigner mais pas élever »,

« C’est un héritage, malheureusement nous sommes le seul

pays au monde où les enfants abandonnés vivent à l’hôpital »

« C’est pas notre métier…l’Etat doit créer des structures pour enfants abandonnés …« l’Etat se lave les mains… l’Etat est démissionnaire, complètement démissionnaire et nous fait prendre cette responsabilité…il nous colle l’abandon…c’est un scandale dans notre pays… »

« L’une des priorités de la santé, c’est la santé, pas

l’hébergement… Regardez notre plan d’action… nulle part il n’y a quelque chose sur les enfants abandonnés ». (Exact : dans ‘la stratégie 2008-2012’ du Ministère de la Santé, aucune mention de l’abandon).

du Ministère de la Santé, aucune mention de l’abandon). • Des représentations qui mettent l’accent sur

• Des représentations qui mettent l’accent sur des positions associées aux droits humains et à la protection de l’enfant…

Un enfant ne peut pas vivre dans une telle structure,aux droits humains et à la protection de l’enfant… les risques de contagion…certains restent jusqu’à dix

les risques de contagion…certains restent jusqu’à dix huit ans, vous vous rendez compte, à l’école on les appelle les enfants de l’hôpital… toute leur vie ils sont entre quatre murs, ils ne voient rien d’autre, ils ne voient pas le ciel, … » « C’est un scandale, j’insiste pour que vous le spécifiez comme ça…c’est un drame je veux que vous le disiez dans votre rapport…nous on est prêt à les soigner, à les vacciner, à les prendre en charge sur le plan médical… mais on ne doit pas les garder »

« les enfants ne doivent pas vivre à l’hôpital c’est pas

un endroit pour les enfants … …ils peuvent attraper des virus, des maladies, on ne doit pas oublier qu’il y a eu des morts…est ce que vous avez vu l’hôpital de Meknès ? les enfants sont parqués au 5ème étage…est ce que ça c’est des conditions pour élever des enfants ? »

ça c’est des conditions pour élever des enfants ? » Synthèse Au préalable, donc, un positionnement

Synthèse

Au préalable, donc, un positionnement fragile de la ‘thématique abandon’ qui indique à la fois :

• Au niveau de son identification, comme problématique, Une reconnaissance et une gestion de la question par une série d’acteurs, Cette reconnaissance est en même temps partielle, voilée/dévoilée, fixant souvent au préalable, les conditions de son ‘dévoilement’.

• Au niveau de son mode d’appréhension,

Une tendance à recueillir les données qui spécifient la problématique, Cette tendance connaît cependant des obstacles majeurs, liés à la fois à la priorisation des besoins, et à la carence en outils, moyens, encadrement et ressources.

Cette tendance connaît par ailleurs des obstacles majeurs, liés à l’absence de procédure d’uniformisation des données.

• Au niveau des représentations

Une attitude qui se perçoit en évolution par rapport à un référentiel ‘droits de l’enfant’, Cette attitude est néanmoins dominée par une tradition qui appréhende l’abandon au travers de positions majoritaires émotionnelles, de charité, de pitié et de compassion, Cette attitude est également interrogée au regard de représentations collectives qui actionnent les images puissantes de l’enfant ‘hrami’ fruit de la relation de l’illicite et de l’interdit.

• Au niveau de la prise en charge de l’enfant,

Une évolution des pratiques, avec assez souvent, une qualité de prise en charge qui assure l’enfant de son droit à la vie, offrant soins de santé, ‘hébergement et alimentaire’ ; Pour accéder à un type de prise en charge qui appréhende le développement global de l’enfant et fait barrage à la ‘répétition de la vulnérabilité’, cette évolution est cependant freinée par une carence plurielle : de moyens financiers, de ressources humaines, d’encadrement, d’outils et d’environnements de gestion, de conditions d’hébergement…

Ces freins mèneront dans le présent, à concevoir un type majoritaire de prise en charge : la gestion de l’urgence, celle des flux d’entrants et de sortants, celle de la kafala.

Ces freins mèneront également les structures, ‘malgré elles’, à destiner l’enfant non adopté vers d’autres lieux de prise en charge, avec les risques de ruptures majeures, affectives et relationnelles, qui renforcent le vécu d’abandon.

• Au niveau des discriminations effectuées à l’encontre

des enfants abandonnés, tenant compte du différentiel de sexe, masculin/féminin, Une tendance qui se dessine en 2006 et se confirme en 2008, de diminution des discriminations des kafalas filles/garçons, et qui met l’accent sur les efforts de sensibilisation des acteurs de la prise en charge.

Malgré la diminution sensible des discriminations à l’encontre de l’enfant de sexe masculin, cette tendance est cependant, dans le présent, la plus représentative des attitudes de parents adoptifs.

Ces freins évoqués, dans leur ensemble, sont en faveur de l’institutionnalisation de l’abandon.

• Au niveau de la réponse apportée par l’ensemble des

acteurs,L’abandon est par ailleurs tributaire,D’initiatives individuelles majoritaires et ‘solidaires de la cause’,

Du niveau de mobilisation et d’implication d’acteurs considérés, dans une région ou localité donnée,

Du type de coordination entre différents acteurs de la prise en charge,

D u

abandonné, de son expérience, de ses moyens, outils, de sa taille, de la qualité de son encadrement et de sa vision.

Du sexe de l’enfant adopté et de son état de santé, le handicap étant un problème majeur rencontré et sur représenté, dans la quasi-totalité des structures rencontrées, en charge de l’enfance abandonnée.

La situation des enfants en situation de l’handicap (physique, mental, sensoriel) interpelle à des niveaux prioritaires de justice, de droit, de droit humain, de droit de l’enfant : malgré ‘toutes les bonnes volontés’ des intervenants impliqués dans le terrain et dans la gestion du quotidien, pour la très grande majorité de ces enfants, aucune perspective ne paraît tracée, en dehors d’une attente inexorable.

Ces données préalables d’étude mettent l’accent sur :

La nécessité d’un organe de supervision destiné à

coordonner, contrôler, structurer, répartir les moyens en fonction des besoins, responsabilités, et soutenir les actions prioritaires à mettre en place en faveur de l’enfance abandonnée ;

• La nécessité de gérer la problématique de l’abandon

avec une ‘vision projets’, professionnelle et rationnelle.

• La nécessité d’appréhender l’enfant au travers d’un

référentiel dominant, voire unique, ‘droits humains’.

• La nécessité de considérer comme majeure dans la

réussite de la prise en charge de l’enfant dans la durée,

la dimension affective et relationnelle.

• La nécessité de (re) définir clairement les missions et rôles des différents intervenants,

•La nécessité d’homogénéiser les données de l’abandon, à travers la mise en place d’un système d’information, contenant des paramètres d’identification communs, avec des procédures de contrôle, destinés à l’ensemble.

Cette homogénéisation des procédures sera d’autant plus cruciale qu’elle constituera par ailleurs, et peut être de manière plus profonde, le premier élément de l’histoire de l’enfant.

Comme le fera apparaître l’étude relative au vécu de l’abandon, la question de l’origine de l’enfant abandonné, avec la connaissance, même partielle, de son histoire, deviendra capitale à un moment donné, nécessitant d’être intégrée dans la prise en charge 2 .

t y p e

d e

s t r u c t u r e

e n

c h a r g e

d e

l ’ e n f a n t

(2) Un projet qualitatif -Arbre de Vie- conçu par l’association ‘Lutins des sables’vise la prise en charge du long terme de l’enfant, dans le cadre institutionnel : à travers la reconstitution écrite d’éléments clés qui relatent son vécu, l’enfant dispose d’une histoire qui donne sens à sa vie.Ce programme est en cours dans certaines structures d’accueil.

Introduction

Première partie : repères
Première partie : repères

D’un point de vue historique, le phénomène de l’abandon se rencontre à toutes les périodes et dans la quasi-totalité des sociétés du monde : il est universel, a une place particulière dans les religions et traverse les mythes fondateurs de toutes les civilisations.

Dans les mythologies, cet abandon est généralement conséquent à des tensions au sein du groupe, avec des rivalités de succession et de transmission, de nom, de pouvoir, d’autorité, d’héritage. L’enfant abandonné menace un ordre, qui se protège en le massacrant, égarant, rejetant, faisant disparaître, à un moment où sa vulnérabilité d’infants - sans parole ni tonicité - ne lui permet pas de vivre en dehors d’une assistance adulte.

Du Dieu Krishna, échappé au massacre organisé par son oncle, élevé avec des bouviers, de Moise, élevé par des pharaons suite à son abandon au bord du Nil, d’Œdipe, fils de Jocaste et de Laïos, abandonné par son père et recueilli par le roi de Corinthe, jusqu’à Romulus et Remus, abandonnés par leur oncle, recueillis par une louve et élevés par des bergers… il apparaît clair que la perspective de se fondre avec la normalité humaine ne s’adapte pas à la situation de l’enfance abandonnée.

Destin majestueux ou destin tragique apparaissent ainsi et dans la perspective mythologique, comme les seules alternatives offertes à l’enfant échappé au projet mortifère qu’on lui destine. Car dans les paraboles qu’il offre au monde et aux représentations des individus, l’abandon, est ici, généralement associé à un grand destin, un destin qui pousse inexorablement à réussir et s’élever au regard du monde des vivants, pour ne pas essuyer et reproduire l’échec.

Si les principes philosophiques et religieux ont

souvent accompagné les enfants abandonnés des

résultats de leurs méditations, donnant l’exemple de leur assistance, invitant à leur intégration positive, les évolutions sociales elles, tendront à l’inverse, et

à travers notamment l’esclavage, à les soumettre

à leur arbitraire, en les utilisant comme objets,

souvent fruits de leurs abus et de leurs luxures, pour les soumettre à l’échec et à la soumission, les destinant au rejet social, à l’opprobre collective et à l’exclusion…

Dans son appréhension de l’abandon, l’Islam reconnaît à l’enfant à la fois sa fonction

fondamentale de sujet, le droit à sa filiation et à son identité : l’adoption est préconisée, soumise

à des règles éthiques, de reconnaissance et de

considération. Si l’erreur, attribuée à l’ignorance ou

à la méconnaissance, s’excuse, l’intentionnalité du parent adoptif est soumise à l’examen du Divin.

du parent adoptif est soumise à l’examen du Divin. « Il (ALLAH) n’a point fait de

« Il (ALLAH) n’a point fait de vos enfants adoptifs vos propres enfants. Ce sont des propos (qui sortent) de votre bouche…Appelez- les du nom de leurs pères : c’est plus équitable devant Allah. Mais si vous ne connaissez pas leurs pères, alors considérez-les comme vos frères en religion ou vos alliés… Nul blâme sur vous pour ce que vous faites par erreur, mais (vous serez blâmés pour) ce que vos cœurs font délibérément. […] » (Sourate 33 verset 4-5).

font délibérément. […] » (Sourate 33 verset 4-5). Qu’en est-il aujourd’hui de ce droit de l’enfant

Qu’en est-il aujourd’hui de ce droit de l’enfant abandonné, à la dignité, à l’identité, à la filiation ? Dans le Maroc du présent et de la réalité, quelle place pour l’individu en dehors de son environnement familial ? Quelle place pour le sujet privé de famille, né dans le contexte d’une sexualité hors normes

sociales ? Peut-il être reconnu ? Comment est-il soutenu? Par qui ? Où ? Dans quel contexte ? Avec quels moyens ? A partir de quel référentiel ? Le droit ou la puissance de l’imaginaire ? Et quel regard porté sur cet enfant conçu ‘hors normes’, dès son arrivée au monde ? Quel regard peut-on lui accorder considérant ces lois, coutumes et pratiques ?

Peut-être faudrait-il, en préambule, réfléchir sur ce que notre langage contient de violence dans le statut qu’il lui confère au quotidien, dès lors qu’une situation nous étonne, exaspère, ou remet en question, pour le rappeler à nous, de façon réflexe, avec son statut de créature étrange et étrangère, en le nommant ‘hrami’.

Dans le langage courant, au quotidien, quelquefois à plusieurs reprises dans une même journée, tout marocain, quel que soit son statut, a, à sa disposition un mot pour qualifier un individu de traîtrise, de roublardise, de malignité, d’inhumanité, et de toutes sortes de vices en mesure de nous évoquer sa différence, et son statut d’étranger à la norme collective : nous lui attribuons la qualité d’un ‘ould lahram, en référence au comportement de l’enfant du pêché, de la relation illégale, de l’interdit religieux et social.

Même pour lui reconnaître des capacités d’intelligence, de perspicacité ou de rire, des compétences supérieures, même dans la plaisanterie et le canular, l’autre est un ‘ould lahram’ dès lors qu’il nous dépasse et ‘saisit’.

C’est que le ‘ould lahram’, enfant du péché, fruit d’une relation non consentie au regard des exigences de sa communauté, ne possède que les attributs associés à l’abus, à l’outrage, à l’empiétement de ce qu’il est convenu de faire. Il ne peut donc que nous persécuter indéfiniment par la faute qui l’a fait naître, et que ‘nous, respectueux des normes’, avons été capables d’éviter. Dès l’instant où on le nomme, il s’oppose à nous.

Aussi faut-il s’attendre, un jour où l’autre, et de manière ‘irréfutable’, à ce que le ‘poison contenu dans ce fruit illégitime’, se répande à nos yeux et se démasque avec un nouveau visage, qui rappelle l’imaginaire ‘du démon’ : car un ‘ould lehram’ peut contenir longtemps son ‘jeu pervers’, dissimuler et puis un jour, se révéler. Le jeu est contenu pendant

la première période, de l’enfance, qui correspond souvent à l’étape où il ne connaît rien de lui-même. Mais ce jour que nous craignons tant arrive, lorsque nous lui rappelons son origine qui le distingue de nous, et qu’il se réveille à son (absence d’) identité première que nous avons omis de lui attribuer : nous percevons alors, un retournement brutal qui nous confirmera définitivement dans ce que l’on avait préalablement et soigneusement tracé, ce que l’on avait prévu, grâce à notre discernement.

Car il se déchainera, car elle errera, il ‘deviendra fou’, elle deviendra ‘insensée’, dépassant encore les normes. Ils s’éloigneront de nous à jamais, comme nous l’avons emmagasiné dans notre imaginaire.

Il est intéressant (et dramatique à la fois) de faire le parallèle entre ces représentations violentes, profondément enfouies dans l’imaginaire collectif, et la position d’appréhension que l’on peut avoir par rapport à l’enfant abandonné face à son destin, même d’adoption.

L’on craindra particulièrement le garçon dont la révolte sera, à un moment donné (qui correspondra à celui de l’adolescence) sonore, visible ; l’on pardonnera plus à la fille qui divaguera et deviendra cloîtrée sur elle-même, mais qui ne nous touchera pas, qui se démolira toute seule.

Mais lui, ‘peut nous attaquer’ dans notre intégrité physique et mentale, nous faire du mal, peut être nous tuer. Aussi, lorsqu’il est abandonné, dans la rue, en institution, nous le craignons alors même qu’il n’a pas encore bénéficié de sa première tétée de lait. Nous ne lui pardonnons pas d’être né ainsi. Même s’il n’est encore que nourisson, dans une vulnérabilité totale, nous lui projetons la puissance et cette force de retournement qui définit les ‘ould lahram’.

L’histoire ‘nous donnera raison’. A un moment donné, lorsqu’il se réveille à cette identité qu’on lui attribue depuis la ‘nuit des temps’, tout ce passera comme prévu : il se déchaînera mais ne nous surprendra pas, dans la mesure où son sort était fixé d’avance dans nos représentations collectives.

Alors, face à l’abandon, comme première mesure d’urgence, réfléchir à ce que nous pensons, disons, appréhendons ? Déconstruire ce qui est inculqué en nous, profondément ?

Bannir à jamais, ce terme banal évoqué à toute occasion, anormale, originale, qui lui trace une destinée fatale ?

Ce terme qui le poursuit dans le langage du quotidien, que nous lui destinons continuellement et qui l’exclut du champ de l’humanité ? Peut-on le réintroduire dans la res publica, la chose publique, pour échanger avec lui dans la normalité de la relation?

Car dans la question de l’abandon d’enfants, le frein majeur, est là, contenu dans nos représentations.

Ils le traduiront eux-mêmes, au cours des rencontres menées pour échanger autour de leurs vécus, mais en préambule, évoquons leurs droits.

Chapitre 1

approche documentaire
approche
documentaire

Enfances privées de famille, prise en charge, modalités d’adoption

- Au regard des conventions internationales, lois,

- A travers les études, enquêtes et articles de presse

I - Dispositions juridiques relatives aux enfants abandonnés

Les dispositions juridiques qui concernent les enfants abandonnés se trouvent dans les conventions internationales relatives aux droits humains ratifiées par le Maroc, plus précisément dans la Convention relative aux droits de l’enfant 3 et dans la législation interne, où plusieurs dispositions législatives et réglementaires concernent cette question 4 .

1. L’enfant abandonné dans les instruments internationaux

Le Maroc est partie à de nombreuses conventions relatives aux droits humains. Par ses ratifications il s’engage à respecter les droits qu’elles reconnaissent. L’ensemble des conventions relatives aux droits humains, ratifiées, s’appliquent aux enfants et les droits qui y figurent les concernent. Mais l’instrument de référence en ce qui les concerne est la convention relative aux droits de l’enfant :

elle énonce toute la panoplie des droits de l’homme : civils, culturels, économiques, politiques et sociaux déclinés spécifiquement pour les enfants, car les moins de 18 ans ont souvent besoin d’une protection et d’une assistance spéciales.

1.1- La convention relative aux droits de l’enfant

Adoptée par l’assemblée générale des Nations Unies en 1989, entrée en vigueur le 2 décembre 1990, la convention relative aux droits de l’enfant, a été ratifiée par le Maroc le 21 juillet 1993 et publiée au Bulletin officiel en 1996 5 .

(3) (4) (5) Bulletin officiel du 19 décembre 1996, p. 897

Les principes directeurs de la Convention sont la non- discrimination, la priorité donnée à l’intérêt supérieur de l’enfant, le droit à la vie, à la survie et au développement et le droit de participer.

La convention relative aux droits de l’enfant comporte un article concernant directement l’enfant abandonné Il s’agit de l’article 20 qui traite de l’enfant privé de son milieu familial :

1.
1.

Tout enfant qui est temporairement ou

définitivement privé de son milieu familial, ou qui dans son propre intérêt ne peut être laissé dans ce milieu, a droit à une protection et une aide spéciales de l’Etat.

2. Les Etats parties prévoient pour cet enfant une protection de remplacement conforme à leur législation nationale.

3. Cette protection de remplacement peut

notamment avoir la forme du placement dans une famille, de la kafalah de droit islamique, de l’adoption ou, en cas de nécessité, du placement dans un établissement pour enfants approprié. Dans le choix entre ces solutions, il est dûment tenu compte de la nécessité d’une certaine continuité dans l’éducation de l’enfant, ainsi que de son origine ethnique, religieuse, culturelle et

ainsi que de son origine ethnique, religieuse, culturelle et linguistique. Il faut également mentionner l’article 7

linguistique.

Il faut également mentionner l’article 7 de la convention qui certes, concerne tous les enfants mais règle une situation sensible essentiellement pour les enfants naturels et abandonnés : il s’agit du droit au nom et à la nationalité :

Le fait que le Maroc ait adhéré à ces conventions internationales présente un réel intérêt concret : en cas de contradiction ou de silence de la loi interne, la disposition de la convention internationale doit toujours être appliquée dès lors qu’elle est publiée au Bulletin officiel.`

2 - L’enfant abandonné en droit interne

Les enfants abandonnés bénéficient strictement des mêmes droits que tous les autres enfants et ne doivent faire l’objet d’aucune discrimination. Les devoirs des parents à l’égard de leurs enfants, énumérés par l’article 54 du code de la famille, sont transférés à la personne ou l’organisme qui assure leur garde et leur représentation légale. Et l’avant dernier alinéa de l’article : «Il appartient à l’Etat de prendre les mesures nécessaires en vue d’assurer la protection des enfants, de garantir et préserver leurs droits conformément à la loi» les concerne au même titre que tous les enfants.

2.1 - La définition par la loi de l’enfant

abandonné

La loi relative à la kafala donne, dans son article premier, une définition de l’enfant abandonné :

Est considéré comme enfant abandonné tout enfant de l’un ou l’autre sexe n’ayant pas atteint l’âge de dix huit années grégoriennes révolues lorsqu’il se trouve dans l’une des situations suivantes :

être né de parents inconnus ou d’une mère connue qui l’a abandonné de son plein gré ;

être orphelin ou avoir des parents incapables de subvenir à ses besoins ou ne disposant pas de moyens légaux de subsistance ;

avoir des parents de mauvaise conduite n’assumant pas leur responsabilité de protection et d’orientation en vue de le conduire dans la bonne voie, comme lorsque ceux-ci sont déchus de la tutelle légale ou que l’un des deux, après le décès ou l’incapacité de l’autre se révèle dévoyé et ne s’acquitte pas de son devoir précité à l’égard de l’enfant

2.2 - L’abandon

La séparation peut résulter d’un abandon par les parents ; elle peut également être le fait d’une décision de justice.

L’abandon par les parents

Le code pénal punit l’abandon par une incrimination intitulée « exposition et délaissement d’enfant » (article459 à 467). En simplifiant beaucoup afin de faciliter la compréhension, l’on dira que le code punit le fait d’abandonner un enfant sans se soucier de ce qu’il va devenir, mais il ne punit pas si l’abandon a lieu auprès de personnes acceptant de prendre soin de cet enfant.

La séparation à la suite d’une mesure judiciaire :

la déchéance de puissance paternelle

L’article 88 du code pénal prévoit la déchéance de puissance paternelle, à titre de mesure de sûreté

applicable lorsqu’une juridiction de jugement prononce contre un ascendant, une condamnation pour crime ou délit légalement punissable d’emprisonnement, commis sur la personne d’un de ses enfants mineurs.

Le code pénal ne prévoit ni la durée, ni le suivi de cette mesure. Il ne prévoit pas non plus le sort de l’enfant dont les parents ont été déchus de la puissance paternelle. En ce qui concerne ce dernier, depuis la promulgation de la loi sur la kafala, il doit être considéré comme un enfant abandonné. Peut-il être confié en kafala ? La loi est muette sur ce point mais du fait qu’elle ne fait pas de différence entre les enfants de parents inconnus ou réellement abandonné et ceux dont les parents ont perdu la tutelle par décision de justice, il semble qu’il puisse l’être.

Sur ce point la loi se devrait d’être plus claire.

La séparation prévue par la loi sur la kafala

Comme évoqué plus haut, la loi n° 15-01 relative à la kafala des enfants abandonnés dispose dans son article premier, qu’est considéré comme enfant abandonné tout enfant de moins de 18 ans ayant «des parents incapables de subvenir à ses besoins ou ne disposant pas de moyens légaux de subsistance». Est également considéré comme abandonné l’enfant ayant «des parents de mauvaise conduite n’assumant pas leur responsabilité comme lorsque ceux-ci sont déchus de la tutelle légale ou que l’un des deux, après le décès ou l’incapacité de l’autre se révèle dévoyé et ne s’acquitte pas de son devoir précité à l’égard de l’enfant »

Les articles suivants prévoient la procédure de prise en charge mais sont muets quant au lien de l’enfant avec ses père et mère défaillants. Quoiqu’il en soit, le lien avec les parents n’est pas définitivement rompu puisque l’article 29 de la loi sur la kafala dispose que les parents de l’enfant ou l’un d’eux peuvent, après cessation des motifs de l’abandon, recouvrer leur tutelle sur l’enfant, par décision judiciaire. Le tribunal entend l’enfant qui a atteint l’âge de discernement. Si l’enfant refuse de revenir à ses parents ou à l’un d’eux, le tribunal prend sa décision en tenant compte de l’intérêt de l’enfant. La loi sur la kafala ne précise pas l’âge de discernement mais celui-ci est fixé par l’article 214 du code de la famille à douze ans révolus.

2.3 - La prise en charge de l’enfant abandonné

La déclaration d’abandon

Le procureur du Roi près le tribunal de 1ère instance du lieu de découverte ou de résidence de l’enfant, de sa propre initiative ou après avoir été avisé par des tiers, place provisoirement l’enfant dans un établissement sanitaire ou dans un centre ou établissement de protection sociale s’occupant de l’enfance, relevant de l’Etat, des collectivités locales ou des organismes, organisations et associations disposant de moyens matériels et humains suffisants pour assurer la protection de l’enfant abandonné. Il procède à une enquête au sujet de l’enfant et présente la demande de déclaration d’abandon au tribunal. Il entreprend, le cas échéant, les démarches d’inscription à l’état civil.

Le tribunal procède à toutes les enquêtes et expertises qu’il juge nécessaires. Si les parents sont inconnus, il prononce un jugement avant dire droit qui sera affiché pendant trois mois, accompagné du portrait et des renseignements sur l’enfant dans les bureaux de la collectivité locale et du caïdat du lieu où ce dernier a été découvert. Si personne ne se présente après ce délai, le tribunal prononce un jugement par lequel il déclare l’enfant abandonné.

Le juge des tutelles assure la tutelle des enfants abandonnés, conformément aux dispositions du code de la famille et du code de procédure civile.

La kafala

Définition

C’est l’engagement de prendre en charge la protection, l’éducation et l’entretien d’un enfant abandonné, au même titre que le ferait un père pour son enfant. La kafala ne crée pas de lien de filiation avec l’enfant recueilli et ne confère aucun droit à la succession.

La loi sur la kafala organise la procédure de prise en charge, définit son contenu, précise les personnes ou organismes à qui elle peut être confiée, le contrôle de son exécution, son inscription sur les registres d’état civil. Enfin elle prévoit dans quelle mesure l’opinion de l’enfant peut être prise en considération.

Attribution de la kafala

La kafala est accordée par une ordonnance du juge des tutelles à la personne ou l’organisme désireux de l’assurer qui en a fait la demande, après une enquête qui a pour objet de savoir si cette personne (ou cet organisme) remplit les conditions fixées par la loi. L’ordonnance désigne la personne (ou l’organisme) comme tuteur datif de l’enfant. Elle est susceptible d’un appel qui est tranché par la cour d’appel en chambre du conseil. L’ordonnance est exécutée par le tribunal de première instance dans les quinze jours de son prononcé. L’enfant est remis à la personne ou à l’organisme qui le prend en charge, en présence du représentant du ministère public, de l’autorité locale et de l’assistante sociale concernée le cas échéant. Un procès verbal est dressé.

de l’autorité locale et de l’assistante sociale concernée le cas échéant. Un procès verbal est dressé.

La kafala peut être confiée à des époux musulmans majeurs n’ayant pas fait l’objet d’une condamnation pour infraction portant atteinte à la morale ou commise à l’encontre des enfants, et remplissant les conditions de moralité, santé et sécurité pour l’enfant.

Elle peut enfin être confiée aux «établissements publics chargés de la protection de l’enfance ainsi qu’aux organismes, organisations et associations à caractère social reconnus d’utilité publique et disposant des moyens matériels, des ressources et des compétences humaines aptes à assurer la protection des enfants, à leur donner une bonne éducation et à les élever conformément à l’Islam».

En quoi consiste la kafala

Les articles 22 à 24 prévoient les effets de l’ordonnance qui octroie la kafala. La personne ou l’organisme assurant la kafala est chargée de l’exécution des obligations relatives à l’entretien, à la garde et à la protection de l’enfant et veille à ce qu’il soit élevé dans une ambiance saine, tout en subvenant à ses besoins essentiels jusqu’à ce qu’il atteigne l’âge de la majorité légale (pour les filles jusqu’au mariage), conformément aux dispositions du code de la famille relatives à la garde et à l’entretien des enfants.

Le contrôle

Le juge des tutelles, dans la circonscription où se situe le lieu de résidence de la personne assurant la kafala, est chargé de suivre et de contrôler la situation de l’enfant et de s’assurer que cette personne honore bien les obligations qui lui incombent. Cette disposition est conforme à la convention relative aux droits de l’enfant dont l’article 25 prévoit l’examen périodique du placement.

2.4 - Le nom et la nationalité de l’enfant abandonné

L’état civil

La loi n° 37-99 relative à l’état civil, promulguée en 2002 consacre un article à l’état civil de l’enfant né de parents inconnus ou abandonné après l’accouchement. Il s’agit de l’article 16 qui prévoit que :

Il s’agit de l’article 16 qui prévoit que : Le procureur du Roi agissant de sa

Le procureur du Roi agissant de sa propre initiative ou à la demande de l’autorité locale ou de toute partie intéressée procède à la déclaration de naissance, appuyée par un procès verbal dressé à cet effet et d’un certificat médical déterminant approximativement l’âge du nouveau-né. Un nom et un prénom lui sont choisis ainsi que des prénoms de parents ou un prénom de père si la mère est connue. L’officier de l’état civil indique en marge de l’acte de naissance que les noms et prénoms des parents ou du père selon le cas, lui ont été choisis conformément aux dispositions de la présente loi.

choisis conformément aux dispositions de la présente loi. Un état civil est donc établi pour l’enfant

Un état civil est donc établi pour l’enfant abandonné à l’initiative du procureur du Roi. L’enfant possède un état civil semblable à celui de n’importe quel enfant indiquant son nom et son prénom et des noms et prénoms de parents. La mention en marge de la conformité aux dispositions de la loi ne devrait pas lui être préjudiciable. En effet le décret pris pour l’application de la loi sur l’état civil prévoit (article 36) que les copies des actes de l’état civil sont, soit des copies intégrales, soit des extraits.

Seule la copie intégrale comporte toutes les mentions de l’acte, y compris les mentions marginales. Les extraits d’acte ne comportent pas les mentions marginales mais uniquement le numéro et l’année de l’acte, le prénom le nom, le sexe, le lieu et la date de naissance de l’intéressé, ainsi que les prénoms et noms des parents.

La nationalité

Le code de la nationalité attribue très clairement la nationalité marocaine à l’enfant abandonné et ceci depuis sa promulgation en 1958.

2.5 - Conclusion

L’étude de la législation concernant les enfants abandonnés, nous montre des textes qui sont conformes aux engagements internationaux du Maroc.

Certes des critiques peuvent leur être adressées, en particulier un manque de cohérence entre les différents textes.

Les dispositions concernant le retrait de puissance paternelle figurant dans le code pénal et dans la loi sur la kafala ne coïncident pas exactement entre elles ni avec le code de la famille.

Cela peut s’expliquer par le fait qu’il s’agit de lois adoptées à des époques différentes et dans des conditions et pour des motifs divers.

En outre ces textes ont des sources très différentes : le code pénal est très inspiré du droit pénal français tel qu’il était en vigueur au moment de sa promulgation (1963) alors que la loi sur la kafala et le code de la famille tirent leurs sources du droit musulman.

Il faut également attirer l’attention sur le fait que l’article 490 du code pénal qui punit les relations sexuelles hors mariage risque de pousser la mère célibataire à accoucher dans le secret et à abandonner son enfant, de peur d’être poursuivie en justice et condamnée à l’emprisonnement. Il semble délicat de recommander la suppression de cet article. Mais on pourrait préconiser l’instauration d’une impossibilité de poursuites en cas de naissance subséquente d’un enfant, ce qui aurait pour effet de mettre la mère naturelle à l’abri des poursuites et l’encouragerait sans doute à renoncer à l’abandon.

II. Enfants privés de famille :

études et recherches

Ce travail d’analyse documentaire s’inscrit dans le souci d’identifier les principaux référentiels à travers lesquels sont positionnées les publications, d’en repérer les concepts clés, et éventuellement, les points aveugles.

Il s’agira ici, sans être exhaustif, d’indiquer quelques repères par rapport aux évolutions du discours relatif à la problématique de l’enfance abandonnée, autant sur un plan institutionnel que juridique : ces repères permettront de rendre compte, dans une perspective comparative, de leur adéquation avec des éléments de réalité, tels qu’ils ont été vécus, vus, perçus et entendus, lors du travail de terrain.

Deux sources principales ont fait l’objet de ce travail d’analyse documentaire :

Un ensemble de publications, fruit d’une collaboration entre l’UNICEF et diverses entités, publiques et privées,

Une sélection d’articles de journaux et de revues marocaines francophones.

1 - Colloques

Journées de réflexion sur l’Enfant Privé de Famille (novembre 1991)

Le colloque sur l’Enfant Privé de Famille, co-organisé par L’UNICEF et La Ligue Marocaine pour la Protection de l’Enfance, constitue un travail de référence dans la mesure où, d’une part, il présente les résultats d’une première étude destinée à quantifier le phénomène de l’abandon au Maroc, et où, d’autre part, il identifie, auprès du Grand Public les perceptions de l’enfant abandonné, celle des parents adoptants, et pointe les modalités juridiques de l’adoption.

Les différentes interventions portent principalement sur :

La

l’Enfant’.

Le caractère incontournable de la Chariaa islamique, dans le contexte national et maghrébin, avec aussi, la nécessaire évolution des textes et la substitution à terme, de la Kafala par le Tanzil.

montée en puissance du référentiel ‘Droits de

Le choix du concept ‘d’Enfant Privé de Famille’, préféré à celui d’enfant abandonné.

La coordination entre différents acteurs, publics et privés, et la détermination d’une entité gouvernementale de référence, pour une meilleure efficacité dans la gestion des actions.

Avec l’exigence :

De définition des populations constituant les enfants abandonnés,

De méthodologie de gestion des approches,

De dynamisation des procédures de placement et d’adoption,

De mise en place de structures d’accueil et d’accompagnement des mères célibataires, afin qu’elles puissent recouvrer droit et dignité sociale.

Enquête quantitative sur les mères en situation d’abandon

La lecture des résultats de l’enquête révèle :

Un ratio femmes d’origine urbaine (75%), plus important que de femmes d’origine rurale (24%).

Le caractère massif des mères célibataires (80.9%) dans les effectifs des mères en situation d’abandon.

Le taux important de mères en situation d’abandon ayant un niveau d’éducation primaire et secondaire (49.6%).

La forte proportion de garçons abandonnés - entre 53% et 65 % selon les régions - par rapport à celui des filles.

Le caractère assez homogène en termes d’âges des mères en situation d’abandon, avec celui des pères présumés, (identifiés par ailleurs par les mères, confirmant ainsi la grossesse comme étant le plus souvent, fruit d’une relation amoureuse et/ou de relations sexuelles consenties).

L’affirmation soutenue de l’insuffisance de ressources, comme motif d’abandon.

L’abandon d’enfant comme ‘prix à payer’ pour éviter un autre ’abandon /exclusion’ pour la femme enceinte célibataire : celui de sa famille.

Le taux anormalement élevé de décès, justifié par les conditions dans lesquelles seraient trouvés les enfants par la police.

La nécessité de réaliser des études complémentaires en vue de définir des ‘créneaux’ d’actions.

• Enquête qualitative relative aux perceptions de l’enfance privée de famille auprès du grand public

Les résultats de l’investigation réalisée auprès du grand public, permettent d’identifier assez précisément les lignes de force de structuration des perceptions attachées aux, contexte et motifs de l’abandon :

La réalité des relations sexuelles hors mariage, qui se heurte, à l’interdit édicté par la Loi, civile ou religieuse :

le registre de ‘l’illégal’ dans la relation, conduit à un statut d’enfant, positionné dans le champ du ‘Péché’.

La contention de la problématique de l’abandon dans le champ strict de la pauvreté et de l’analphabétisme.

La corrélation faite entre un environnement juridique répressif et les conditions hostiles du cadre de l’abandon.

Une valorisation d’institutions ayant trouvé un compromis entre la prise en charge institutionnelle et un mode de fonctionnement de ‘type familial’ : Village SOS Enfants.

Le caractère hégémonique du référentiel religieux dans les propos des participants et relatifs à l’adoption : filiation, héritage, positionnement de l’adoption dans le champ de la bienfaisance et de la charité.

L’affirmation que l’adoption d’un enfant répondrait à un ‘besoin’ du couple, dont la nature serait, soit d’ordre psychologique - combler un manque, équilibrer le couple - soit d’ordre moral - bonne action/charité.

Un sentiment partagé, que les formalités d’adoption protègent les droits de l’enfant, mais une perception plutôt négative sur le dispositif supposé interdisant à l’enfant de porter le nom du père adoptif, et les risques attachés à la succession.

La ‘conviction absolue’ que l’intégration des filles en famille adoptive, serait plus facile et ce d’autant plus qu’elle est précoce, avec une peur évoquée, chez les parents adoptifs, liée au risque que l’enfant soit ‘repris’.

L’existence possible de troubles de la relation parents adoptants/enfant adopté, consécutive au malaise engendré par la gestion anxiogène de la question des origines.

Le poids de la famille élargie dans la réussite ou l’échec de l’adoption, posant très justement les limites du pouvoir de décision et d’autonomie du couple dans la société marocaine au regard de la famille au sens large. Ainsi l’héritage peut-il être l’occasion d’un repositionnement global de la famille, par rapport à l’enfant adopté.

Premier Colloque Maghrébin sur l’Enfant privé de famille (Octobre 1992)

S’inscrivant dans la continuité des Journées de Réflexion sur l’Enfant Privé de Famille, ce colloque maghrébin initié par la LMPDE et l’UNICEF, est intéressant à plus d’un titre.

Les communications présentées par la Tunisie et le Maroc se fixent comme objectifs principaux de repositionner la problématique de l’abandon et de l’adoption dans son contexte juridique, et de présenter différents dispositifs de gestion et de prise en charge des enfants victimes d’abandon dans ces pays.

Si la communication tunisienne ne permet pas d’identifier l’ampleur du nombre d’enfants abandonnés en Tunisie, les perspectives d’actions présentées mettent l’accent sur deux axes principaux :

Une prise en charge institutionnelle des enfants abandonnés au travers d’unités familiales créées et susceptibles d’être gérées par des associations, à l’image de ce que fait l’association Kinderdorf International.

Des actions de prévention des naissances hors mariages et de l’abandon, à travers la mise en place d’unités d’écoute et de guidance, des mères en difficulté et des adolescentes.

Les communications présentées par l’Algérie portent principalement sur les contextes, les enjeux, les freins, maisaussi,demanièrepertinente,surlesbonnespratiques de la prise en charge institutionnelle et professionnalisée de l’abandon, en insistant particulièrement sur :

Le positionnement de l’identité et de la filiation comme enjeu social et culturel majeur, posant la question du statut de l’enfant abandonné, mais aussi celui de ses modalités d’adoption ;

Le transfert positif de la responsabilité du Ministère de la Santé au profit de celui des Affaires sociales, permettant une démédicalisation de la question des enfants abandonnés ;

La description d’un taux historique ‘catastrophique’ de décès d’enfants, pourtant pris en charge en institutions et faisant l’objet d’un suivi médical, situation décrite comme la résultante « d’une dynamique mortifère projetée sur ces enfants ».

L’affirmation récurrente que l’institution est un ‘mal nécessaire’ qui doit être temporaire, et que la solution se trouve dans l’accueil dans un cadre familial, à condition que la loi intervienne pour clarifier le statut de l’enfant, en matière de filiation.

La communication de la responsable de la pouponnière d’Alger attire l’attention sur plusieurs points fondamentaux, comme :

Les risques psychologiques attachés à l’hyper médicalisation de la prise en charge des bébés et jeunes enfants.

L’organisation des espaces par tranches d’âge, avec des effets ‘d’automatisation’ néfastes pour la prise en charge.

Le choix du personnel en contact avec les enfants :

l’auteur insiste sur les risques inhérents à la prise en charge d’enfants abandonnés par des mères célibataires, en raison des risques de déstabilisation réciproque.

L’emploi de la dénomination de ‘berceuse’ pour les femmes prenant soin des enfants au sein de la pouponnière.

Au final, les auteurs proposent en matière de prise en charge institutionnelle - définie comme devant être temporaire, pour les enfants abandonnés adoptables -

de passer de la culture du geste (médical/ alimentaire) à celui de la relation (la parole), seule garantie d’une lutte efficace contre la mortalité précoce, le développement des carences et celui des troubles de la personnalité. La lecture des conclusions et des recommandations formulées à l’issue de ce premier Colloque Magrébin sur l’Enfant Privé de Famille, renseigne sur l’ampleur de la problématique et les fortes attentes des différents acteurs à l’égard des instances étatiques :

Aspects juridiques, Nécessité de la collecte et de la diffusion de l’information, Actions de prévention, Urgence de réalisations de structures d’accueil.

2 - Etudes et recherches

La situation des enfants au Maroc, l’environnement juridique et l’institution comme lieu d’accueil et de prise en charge, temporaire ou durable, des enfants privés de famille, sont des sujets importants dans les différents documents présentés. Alors que la qualité de la prise en charge de l’enfant privé de famille constitue un aspect essentiel dans le devenir de l’enfant et sa capacité à développer un rapport positif au monde, force est de constater la rareté des études ou des publications marocaines disponibles relatives à ce sujet. Les pratiques développées restent en effet, confinées dans le cadre des institutions, sans que le savoir-faire accumulé et les bonnes pratiques développées, puissent être vulgarisés et mutualisés. Il parait intéressant de présenter trois études qui abordent, avec des objectifs parfois différents, la problématique des enfants abandonnés. Une première étude intitulée : ‘les enfants en institution au maroc, etude de cas’(6) se fixe comme objectif principal d’évaluer la conformité des prises en charge des enfants en institution au Maroc au regard du référentiel constitué par la Convention Internationale relative aux Droits de l’Enfant et des recommandations du Comité des Droits de l’Enfant de juin 2003. Il conviendra de retenir, eu égard aux objectifs spécifiques de la présente recherche :

aux objectifs spécifiques de la présente recherche : (6) Commanditée en 2005 par le Secrétariat chargé

(6) Commanditée en 2005 par le Secrétariat chargé de la Famille, de l’Enfance et des Personnes Handicapées, par l’Espace Associatif et l’UNICEF

Les difficultés et résistances rencontrées pour recueillir une information fiable sur le fonctionnement des institutions, cause ou conséquence d’un manque de culture de la transparence des responsables de ces structures, qui apparaissent souvent dans une posture défensive. Le nombre de 2351 enfants abandonnés, pris en charge par les associations en 2005. Une affirmation que la violence subie par les enfants en institution serait le fait d’adultes /éducateurs, information partielle au regard du matériel recueilli sur le terrain de cette étude, dans les institutions accueillant des enfants de plus de six ans. Le rôle incontournable de la société civile et des ONG, dans la sensibilisation des Pouvoirs Publics sur la question. La seconde étude intitulée : la violence à legard des enfants au maroc 7 , dresse un tableau général sur les violences subies par les enfants. Le comité des Droits de l’enfant, des Nations-Unies, classe en effet, l’abandon et la non-reconnaissance parentale comme des formes de violence perpétrées à l’encontre de l’enfant. De la lecture de cette étude, et en rapport à la problématique de l’abandon, il convient de retenir les éléments suivants :

Que la famille adoptive ou la famille d’accueil - tout comme la famille biologique- peut constituer un cadre d’exercice de la violence à l’encontre de l’enfant. Que les enfants recueillis par les institutions de bienfaisance subissent des violences physiques et psychologiques, sous couvert de méthodes éducatives. Que les enfants privés de milieu familial, seraient les plus exposés aux formes les plus sévères de violence. Par ailleurs, l’étude réalisée met en lumière :

La prévalence de la population des garçons comme victimes des violences traitées en justice, avec comme corollaire - à l’exception des condamnations pour trafic d’enfants - la surreprésentation des hommes comme auteurs de la violence à l’encontre des enfants. La réalité de la violence entre mineurs avec une prévalence forte des garçons comme victimes et auteurs. L’importance de l’abandon comme forme de violence la plus déclarée à la Gendarmerie Royale : (867 en 2004, 813 en 2005, soit 50.5% et 49.69% des violences déclarées). Le caractère dominant des familles monoparentales -mères célibataires, veuves, divorcées ou abandonnées - dont sont issus les enfants victimes de violence pris en charge par les ONG (79.4%) Le faible taux de violence déclarée au sein des institutions de bienfaisance - 0.7% - en décalage avec la réalité identifiée lors des études (dont celle-ci) : des attitudes et des pratiques éducatives violentes sont repérées au niveau du secteur de la prise en charge, de l’enfant âgé de plus de six ans.

(7) Commanditée par le Ministère de la Justice et LUNICEF en 2006

La dernière étude présentée s’intitule : « La situation des enfants au Maroc 8 ». Cette étude se fixe comme objectif de dresser un tableau de la situation des enfants au Maroc à travers une approche ‘droits humains’, et ce, pour la période 2001-2005.

Au delà d’une présentation exhaustive de l’ensemble du corpus réglementaire et législatif ayant trait aux droits de l’enfant, ce document rappelle :

L’importance de l’approche ‘genre’ dans les analyses à conduire.

Le progrès que représente l’enregistrement des enfants abandonnés à la demande du procureur du Roi, sous un nom et un prénom patronymique.

Le caractère défaillant de nombreuses institutions d’accueil en termes d’encadrement, de compétences professionnelles et de supervision, en dehors du volet financier.

Le décalage entre la réalité de l’environnement juridique et la réalité de terrain.

3 - Articles de presse

Au-delà des publications commanditées et réalisées par les institutions internationales et nationales impliquées dans la protection de l’enfance, objectif initial de la recherche documentaire, une investigation complémentaire a été réalisée sur le contenu de la presse écrite nationale, afin d’identifier les modalités d’approche, ainsi que les thématiques les plus fréquemment traitées en matière d’abandon.

Ce travail d’analyse a porté sur une vingtaine d’articles parus entre 2005 et 2009 et disponibles sur Internet.

• La kafala

La présentation du dispositif de la Kafala - sources et cadre du Droit, obligations et contraintes, procédures - constitue le thème central de nombreux articles consultés, validant l’efficacité du travail de plaidoyer réalisé par les différents acteurs s’intéressant à l’enfance privée de famille.

Dans ce cadre, trois aspects plus particuliers de la loi, sont évoqués :

Les limitations souvent décrites comme injustes, de la loi relative à la filiation,

L’absence de droit à l’héritage; même si la possibilité offerte de doter l’enfant d’un tiers de l’héritage par un acte spécifique est toujours citée,

L’apport réel que représente la Kafala, et ce, en dépit des limites actuelles observées dans la résolution du problème de la sur représentation des enfants abandonnés au sein des institutions d’accueil.

(8) Réalisée en 2007, commanditée par l’UNICEF en collaboration avec le Centre d’étude en droits humains et démocratie.

• La complexité et la longueur des démarches

Au delà de la présentation de la Kafala et de certaines de ses ‘limites’, un grand nombre d’articles est consacré aux difficultés et à la longueur des procédures ‘d’adoption’, sans que les raisons précises de ces longueurs ne soient forcément identifiées ou explicitées. ‘L’urgence absolue’ de trouver un foyer d’accueil pour un enfant placé en institution, constitue souvent l’argument principal identifiable des attentes d’accélération de la procédure.

L’abandon

Plusieurs articles abordent la question de l’abandon d’un point de vue plus général en s’intéressant à l’origine des enfants, aux raisons ayant conduit à leur abandon, ainsi qu’au contexte du recueil de l’enfant et de sa prise en charge en institution.

Il convient de relever que si, dans les différents supports, le traitement de la Kafala renvoie à des perceptions relativement homogènes, celui de l’enfance abandonnée laisse percevoir des positionnements éditoriaux différenciés. Le type d’appréhension réservé à la question de l’abandon, est varié : recherche du sensationnel, voire du scandaleux, positionnement réformiste et humaniste, choix du pathos de type affectif…

- L’enfant

Il fait toujours l’objet de sollicitude et est présenté comme la victime innocente d’une situation complexe, même si souvent, dans une perspective de dénonciation ou d’information, son ‘statut’ d’enfant du péché dans l’imaginaire social, est rappelé.

- L’auteure de l’abandon

La ‘mère célibataire’ est identifiée comme l’auteure principale de l’abandon : la grossesse est le plus souvent associée à une promesse de mariage non tenue, parfois à des relations imposées, plus rarement à une relation amoureuse. Les principales causes attribuées à l’abandon, mettent l’accent sur la peur engendrée par les injonctions collectives, donc sur le rôle de la famille restreinte et élargie. Parallèlement, la sur représentation du garçon en milieu d’accueil, se justifierait par des attitudes de mères qui abandonnent davantage les garçons au détriment des filles : perceptions ou réalité ? Ces réflexions évitent surtout et au travers des résultats d’étude, d’évoquer le problème de l’adoption illégale des filles et de ses circuits.

Par ailleurs, dans les média, l’inceste fait l’objet d’un traitement spécifique : certains articles iront jusqu’à établir un lien plus ou mois important entre l’inceste et l’abandon d’enfants, voire ‘identifier’ un mode de relation fréquent dans certaines régions !

Les lieux de l’abandon

Le contenu des articles relatifs aux lieux d’abandon de l’enfant, fait la part belle à la rue : si l’information correspond à la réalité du présent, certains articles n’hésitent pas à ‘forcer le trait’, de l’émotionnel et du sensationnel, en omettant généralement l’évolution des abandons directs opérés chez le juge, en vertu des ‘nouveaux textes’ qui ‘dépénalisent’ certaines formes d’abandon.

La prévention de l’abandon

Cet aspect essentiel reste le plus souvent dans l’ombre, en raison des implications sociétales inhérentes à la question : réalité d’une sexualité hors mariage, information sexuelle et contraception non adressées spécifiquement aux populations célibataires, absence de structures d’accueil et d’accompagnement, impossibilité légale d’avortement en cas de viol ou d’inceste…

• Les institutions d’accueil

Qu’elles soient destinées à l’accueil des nouveau-nés ou des enfants plus grands, les institutions font l’objet de nombreux commentaires dans les articles écrits relatifs à l’enfance abandonnée.

Leur lecture laisse percevoir une ambivalence de contenus, avec un clivage, assez fréquent, effectué entre les ‘mauvaises institutions’ -orphelinats- les ‘bonnes institutions’, étant les structures accueillant les nouveau- nés et les très jeunes enfants 9 .

Quels que soient la qualité du cadre proposé et le professionnalisme des intervenants, un discours général peut être identifié sur la non adéquation des institutions en matière d’accueil, à moyen et long termes, pour les enfants privés de famille. Par ailleurs, le devenir problématique des enfants ‘handicapés’ et des enfants non adoptables, est parfois posé.

• Les couples en quête d’enfant

Les couples souhaitant ‘prendre’ un enfant en kafala, font l’objet de nombreux commentaires : leur démarche est le plus souvent évaluée de façon très positive, et le désir, souvent limité aux ‘couples stériles’. ‘Désir d’enfant’, ‘besoin de combler un manque’ ou’ besoin de donner de l’amour’ sont les motivations le plus souvent identifiées chez les couples en demande d’enfants. Aussi, la relation établie entre les ‘besoins affectifs’ d’un enfant privé de famille et le ‘désir d’enfant’ d’adultes, constitue t-elle de manière quasi systématique, une justification valable et suffisante de la kafala . Seuls les critères cités, de ‘bonne moralité’ du couple, les conditions de ressources et de logement, apparaissent suffisants pour assurer la kafala 10 de l’enfant abandonné.

La création d’une association regroupant des parents adoptifs ou en voie de l’être peut être identifiée comme le signe des évolutions sociétales du Maroc, et du besoin des familles kafil, de disposer un cadre propice au plaidoyer.

Synthèse

L’analyse documentaire portant sur les colloques, publicationsetrecherchesrelativesàlaproblématique des enfants abandonnés, met en évidence :

Le caractère partiel et non homogène des informations disponibles, en termes de données chiffrées et d’analyses en lien avec l’enfant privé de famille, pour pouvoir répondre avec pertinence aux questions: Qui? Pourquoi? Comment? Où ?

La montée en puissance de la Convention Internationale relative au Droits de l’Enfant comme référentiel majeur dans les réflexions conduites sur la problématique des enfants privés de famille.

Le consensus exprimé sur le caractère positif de la Kafala, non contradictoire avec des attentes d’une évolution souhaitable de certains de ses aspects.

Le caractère discret des publications relatives à la prise en charge des enfants en institution, quel que soit leur âge, notamment sur le plan comportemental et psychologique.

Le passage progressif, mais non encore abouti, d’une culture de la bienfaisance et de la charité à une culture plus professionnalisée des institutions prenant en charge les enfants privés de famille.

Les enjeux sociétaux sous-jacents à une conceptualisation plus claire et opérationnelle des problématiques attachées à l’abandon.

L’urgence d’une coordination des actions, rendue difficile par l’absence d’une structure étatique de référence, permettant de mettre en œuvre une stratégie globale, avec un pilotage et une coordination des actions.

Le travail de lecture de la presse écrite nationale permet d’affirmer :

Que la presse constitue un élément important dans la construction des perceptions et l’évolution des mentalités du Grand Public, en participant à une meilleure diffusion et compréhension du dispositif de la Kafala, en développant souvent une vision humaniste de la question des enfants privés de famille ainsi que des mères célibataires, et en posant avec plus ou moins d’aisance, les questions de société soulevées par cette question.

(9)

(10) A l’exception d’un article qui traite de la nécessité de questionnement du couple en demande de kafala, et d’une possible non adéquation entre la demande et le potentiel offert à l’enfant, en matière de développement.

Seul un des articles consultés fait explicitement référence à une action de justice à l’encontre d’une association accueillant des enfants abandonnés.

Que les lacunes ou les insuffisances, voire les inexactitudes, parfois identifiées dans les articles, doivent conduire l’ensemble des acteurs impliqués dans la problématique - acteurs institutionnels et associatifs, professionnels de l’enfance, parents – à poursuivre et intensifier le travail de plaidoyer, que ce soit au niveau de la prévention de l’abandon, de qualité de la prise en charge institutionnelle, ou bien encore, des modalités concrètes d’application de la Kafala, voire de son évolution.

III - intervenants: programmes, actions

(PANE)

évolution. III - intervenants: programmes, actions (PANE) « Qui est concerné par ce plan ? …

« Qui est concerné par ce plan ? … Pour chacun des résultats escomptés, sont mentionnés les acteurs prioritaires chargés de sa mise en ouvre. De nombreux résultats à atteindre s’adressent à plusieurs acteurs ouvrant dans le domaine des droits de l’enfant. Pour éviter les répétitions, il est à noter que c’est d’abord le Gouvernement du Maroc qui est habilité à mettre en ouvre ce Plan d’action. Néanmoins, toutes les institutions publiques et privées, les élus, les ONG’s, les enfants, les employeurs et les syndicats, les institutions de formation et les médias ainsi que les Organismes Internationaux de Coopération sont appelés à se mobiliser autour de ce Plan d’Action National pour l’Enfance pour la promotion des droits de l’enfant pour un : ‘ Maroc digne de ses enfants ‘.

de l’enfant pour un : ‘ Maroc digne de ses enfants ‘. ‘Pour un Maroc digne

‘Pour un Maroc digne de ses enfants’

1. Les Intervenants dans la question d’abandon d’enfants

Les intervenants en charge de l’abandon sont nombreux, constitués d’institutionnels, et d’ONG. Comme spécifié dans le Plan d’Action National pour l’Enfance (PANE), le chef de projet est ‘ le ministère du Développement social, de la famille et de la solidarité, en tant que département chargé de la coordination de l’action sociale en matière de protection de l’enfance et coordonateur national du suivi et de l’évaluation du PANE, en collaboration avec le comité technique composé de 17 département ministériels.

Lors de l’étude, à travers le discours des intervenants rencontrés, ou à travers ‘l’observation’, si certains des Ministères cités ont été évoqués, le programme INDH, la Fondation Mohamed V pour la solidarité, ont été également identifiés comme intervenants.

Dans ce chapitre, le choix se portera sur le Ministère du développement Social de la Famille et de la Solidarité (MDFS) : dans la mesure où l’un de ses axes majeurs d’intervention, est d’œuvrer directement, à travers l’Entraide Nationale ainsi qu’à travers l’appui aux initiatives des associations ou indirectement en faveur de l’enfance abandonnée (en supervisant et contrôlant par ailleurs, les structures dédiées, à leur prise en charge), il est apparu opportun d’étudier l’état d’avancement du Ministère en matière de réalisation d’actions et programmes.

1.1 Acteurs institutionnels

1-1-1 Le Ministère du Développement Social, de la Famille et de la Solidarité

En fédérant l’ensemble des activités qui relèvent du social en un pôle unique, le Ministère inscrit ses actions, conformément à une volonté politique qui appréhende le développement social avec une vision globale et intégrée. Par ailleurs, le nouveau pacte social annoncé dans la déclaration générale du gouvernement, cible les grandes questions : pauvreté, exclusion et précarité, inégalités de genre, travail des enfants, et intégration des personnes à besoins spécifiques.

Le plan stratégique 2008-2012 du MDFS s’inscrit également, dans un contexte marqué par l’Initiative Nationale pour le Développement Humain, et dans le cadre de l’adhésion du Royaume au respect des conventions internationales et leur application.

Aussi, en relation avec le sujet d’étude, l’on peut considérer que le plan stratégique 2008-2012, déployé par le Ministère en cinq axes, s’intéresse à la fois au volet enfance, à la thématique de l’exclusion, et aux acteurs intervenant dans la mobilisation sociale 1 .

aux acteurs intervenant dans la mobilisation sociale 1 . En outre, lors de la tenue en

En outre, lors de la tenue en 2002 de l’Assemblée Générale des Nations Unies, le Maroc comme l’ensemble des pays représentés, a adopté une déclaration et un plan d’action « monde digne des enfants » en vue d’ici 2015, d’améliorer la situation des enfants dans le monde. Le Ministère du Développement Social a ainsi adopté en 2006, un plan d’action national pour l’enfance 2006-2012

2006, un plan d’action national pour l’enfance 2006-2012 « Maroc digne de ses enfants ». Le

« Maroc digne de ses enfants ».

Le PANE vise, globalement, à améliorer les conditions de santé de l’enfant, à lui assurer un enseignement de qualité et à le protéger contre toutes les formes de maltraitance, de violence et d’abus. Le PANE, propose 10 objectifs qui ambitionnent, dans une dynamique collective et concertée, de répondre à cette mission globale 2 .

Le PANE part d’acquis spécifiques du Maroc relatifs aux enfants abandonnés (loi sur la kafala) des lacunes (en matière de prévention) des réalisations (actions curatives de la LMPE essentiellement) 3 , évoque les acquis en direction des enfants à besoins spécifiques : (lois, de protection des déficients visuels ; de protection des enfants handicapés…)et les efforts à entreprendre en faveur de l’enfant à besoins spécifiques avec des actions planifiées, des mesures envisagées, des différentes responsabilités des intervenants, des indicateurs de performance et des échéances (un réexamen des textes de lois ; actions, de sensibilisation, de prévention, de prise en charge…)

(1) l’enfance et la mobilisation des acteurs » et à travers l’axe stratégique 4, d’assurer une «politique de développement inclusif des personnes en situation de handicap»…

(2) voir annexes P.20

(3) voir annexes P.21

De l’ensemble des aspects cités, vision globale, stratégies et plans d’actions, programmes et catégories cibles, la population enfance abandonnée est considérée, en conséquence, comme une des cibles prioritaires visées par le gouvernement. Par ailleurs, le Ministère du développement est le chef de projet auquel est attribué la mission de concrétisation et de supervision des actions à mener autant en faveur de l’enfance abandonnée, qu’en direction des populations à besoins spécifiques.

Concernant le handicap dont l’effectif a été identifié, lors de cette étude, comme surreprésenté au sein des structures en charge de l’abandon, le Ministère

a également une stratégie ciblée avec des axes

(coordination de programmes gouvernementaux, projets de lois, plan d’action national pour l’intégration des personnes en situation de handicap 4 …)

L’Entraide Nationale.

Si l’action du Ministère n’a pu être particularisée, certaines structures qui relèvent de son autorité, comme

l’Entraide Nationale, ont été toutefois évoquées, (souvent sans que des liens soient effectués avec le Ministère de tutelle) comme intervenant au sein d’associations en charge de l’enfance abandonnée à la naissance : ici

il s’agira notamment d’une contribution à travers un

personnel dédié, généralement jugé insuffisant au regard des besoins évoqués, et de subventions diversement attribuées en fonction des intervenants, mais également considérées comme ‘insuffisantes et inadéquates’.

Ici aussi se poseront des questions soulevées par les interlocuteurs rencontrés, en matière d’adéquation du personnel, (formation, concordance aux besoins, et ‘efficacité’ globale) 5 .

aux besoins, et ‘efficacité’ globale) 5 . (4) voir annexes P.21-22 (5) voir annexes P.23 Bilan

(4) voir annexes P.21-22 (5) voir annexes P.23

Bilan

Le bilan des réalisations de l’année, dressé par le Ministère évoque un programme de formation (10.000 travailleurs sociaux à l’horizon 2012) et des programmes susceptibles de bénéficier davantage aux programmes de précarité et aux enfants abandonnés âgés de plus de six ans (appui à l’éducation et à la scolarisation des orphelins et enfants issus de familles nécessiteuses, et en matière

d’assistanceetd’aide,dejanvieràfinseptembre2008,plus

de 340 opérations de dons issues de saisies douanières).

Concernant le handicap suite à une convention de partenariat élaborée en 2004 avec le Ministère de la santé, l’équipement en 2008 de chacune des régions, en salles d’orthophonie, et de psychomotricité. Le plus souvent, ce bilan ne concerne que très partiellement l’enfance abandonnée à la naissance.

• Des projets de coopération concrétisés

ou en cours de concrétisation

En juillet 2009, un protocole administratif du projet d’appui aux politiques publiques de protection des mineurs vulnérables, a été signé entre le MDFS et l’agence Espagnole de Coopération Internationale pour le Développement. Il vise la mise en marche d’un programme de coopération pour un système intégré de protection de l’enfance au Maroc, intégrant les services sociaux régionaux de proximité 6 .

Relation avec la problématique de l’abandon :

Si les programmes évoqués ci-dessus sont dans leurs ‘balbutiements’, la rencontre du Samu social à Casablanca tend à identifier un lien projeté, sur les moyen et long termes, en matière de prévention de l’abandon, à travers l’assistance et le soutien de mères célibataires et leur accueil dans une structure dédiée. Cette assistance aux mères célibataires apparaît en même temps, comme effectuée à posteriori, elle doit être contenue dans les objectifs initiaux du Samu social, et donc intégrée dans le cadre d’une stratégie visant la lutte contre l’abandon.

• Des cellules dédiées à ‘l’écoute’ de la violence, ‘bénéfiques, à posteriori, pour la prévention de l’abandon’ :

Au cours de l’étude réalisée, les intervenants sociaux rendront compte, de l’importance des cellules d’accueil dédiées à la violence, dans la mesure où indirectement, elles permettent de rencontrer des populations ‘mères célibataires’, et par conséquent, à travers une orientation, éviter potentiellement l’acte d’abandon.

Ces cellules sont cependant dans le présent, à la fois sous-représentées sur un plan régional, et souvent décrites comme rudimentaires (encadrement, moyens, compétences).

(6)Coût : deux millions d’euros et engagement budgétaire accordé au secteur, de 39.282.929 d’euros pour la période 2006 – 2011). Ce programme inclue la Création d’Unités de Protection de l’Enfance (UPE) et d’un système public de protection de l’enfance avec ‘ SAMU social’ (service d’aide mobile d’urgence sociale) dans les régions de Tanger - Tétouan (UPE à Tanger et SAMU social à Martil), Souss-Massa-Draa (UPE à Agadir) et l’Oriental (UPE et SAMU social à Oujda).

Synthèse :

Trois années après la ‘déclaration’ du plan d’action

national pour l’enfance 2006-2012, la question se pose par rapport aux réalisations concrètes en faveur de l’enfance abandonnée, notamment celle, ‘objet’ de l’étude, âgée de moins de six ans. Par ailleurs, les ‘actions positives’ décrites en faveur de la lutte contre l’abandon (cellules violence, Samu social) seront davantage à appréhender comme des ‘mesures de conjoncture’ ne visant pas à priori le sujet de l’abandon : elles tendent à l’inverse,

à refléter une certaine réalité sociale, où la question

de l’abandon se rencontre à ‘différents niveaux, dans l’ensemble des secteurs’ et se gère dans ‘l’après coup’, non dans le cadre d’une stratégie définie. Aussi, au travers des résultats d’étude et des attentes d’acteurs, se dessine la nécessité de réactiver une ‘dynamique Pane, assoupie’ dans le présent.

2 - Institutionnels a action majeure dans l’abandon d’enfants

Dans le présent, et dans la question de l’enfance abandonnée à la naissance, les institutionnels majeurs identifiés sont le Ministère de la Santé Publique, le

Ministère de la Justice et le Ministère de l’Intérieur,

à travers le programme INDH : ces institutionnels

interviennent à des niveaux variables de prise en charge, en soutien à un secteur associatif à l’apport déterminant.

2.1. Le Ministère de la Santé

La stratégie du Ministère, ‘Maroc 2008-2012’, ‘ensemble pour le droit à la santé’, s’inscrit dans le cadre des paramètres mis en place par l’Organisation des Nations Unies, en vue d’assurer pour tous les citoyens un meilleur accès aux soins et aux médicaments.

Cette stratégie puise sa dynamique dans une approche basée sur la participation et l’implication d’intervenants « impliqués dans la question sociale, le partenariat et la bonne gouvernance 7 ».

Si au niveau de ses stratégies et programmes, le

Ministère de la santé ne contient pas explicitement et

à un niveau ‘macro’, de plan d’action dédié à l’enfance

abandonnée, sa stratégie, déployée en quatre axes, évoque cependant des aspects qui intéressent la santé du citoyen, dont plus spécifiquement pour les besoins d’étude, la mère et l’enfant, et rendent compte de la nécessité de partenariat public/privé/ONGs, susceptible encore une fois, de bénéficier à la santé de la population enfance 8 .

(7) et (8) : Voir annexes P.23

Au niveau de la réalité et du présent, comme il sera souligné tout au long de l’étude, malgré l’absence de stratégie spécifique dédiée, le Ministère de la Santé est apparu comme l’un des acteurs majeurs dans la problématique de l’abandon.

En dépit de la perception de contrainte souvent évoquée par ses ‘intervenants internes’, le Ministère de la Santé, a été identifié comme ‘secteur concerné’ conformément aux ‘prescriptions’ du PANE : ici, par ailleurs, une dynamique et une mobilisation particulières des intervenants sociaux, visant l’amélioration de l’existant, ont été perçues au sein des différentes structures rencontrées.

Dans la gestion de l’abandon d’enfants, le Ministère de la Santé intervient en effet à la fois :

• Dans le recueil de l’enfant en situation d’urgence lors

de l’étape première de l’abandon (premiers soins ; tests de dépistage, et vaccination);

• Dans l’accueil et la continuité de prise en charge d’enfants abandonnés, en l’absence de structures dédiées ;

• Dans le partenariat avec les structures en charge de

l’enfance abandonnée : soins médicaux, octroi de, locaux, ressources humaines, prise en charge partielle.

Les actions menées par le Ministère de la Santé sont assez souvent considérées par les acteurs, comme effectuées dans le ‘fait accompli’ : en dépit de cela, un impact majeur en matière de prise en charge sanitaire, et de diminution de la mortalité.

Malgré les propos des uns et des autres, le Ministère de la Santé est apparu lors de cette étude, comme un acteur incontournable, dans la question de l’abandon.

Ici un paradoxe se perçoit : si la contrainte évoquée à l’égard ‘de la santé’ diminue, et considérant l’insuffisance des structures de soins, quelles perspectives pour l’enfance abandonnée ? En même temps cette contrainte ‘exercée’ (ou perçue comme telle) nécessite d’être levée par des échanges, des solutions substitutives, et des engagements spécifiques des différents acteurs.

2.2. Le Ministère de la Justice

Le rôle du Ministère de la Justice est primordial dans la question de l’abandon : son action se fait sentir à des niveaux variés, en matière de prise en charge, de placement d’enfants (réquisition du Procureur du Roi) de prise de décision, de gestion, de régulation de la kafala et de suivi d’enfants ‘kafalés’ sur le long terme.

Comme l’étude le soulignera plus loin 9 , et à travers les données communiquées, pour rendre compte des actions menées par les différents tribunaux de la famille, se perçoivent les prémices d’une vision qui vise à traduire, au travers d’indicateurs de performance, les actions de la justice, générales et spécifiques à l’abandon d’enfants.

2.3 La Sûreté nationale

Ici aussi, la sûreté Nationale est impliquée en amont, non pas dans la prise en charge, mais davantage dans la ‘découverte’, l’orientation et le placement de l’enfant abandonné.

• Il s’agira ici pour les acteurs, de procéder aux mesures de placement de l’enfant lorsqu’il est découvert, ‘abandonné à la rue’.

Les données fournies par la Sécurité Nationale identifient, pour l’année 2008, un effectif total de 273 enfants abandonnés sur la voie publique.

Si l’information obtenue reste partielle, spécifiquement liée aux abandons dans les villes ‘principales’ du royaume (et vivants), elle validera cependant, non pas la réalité exhaustive des ‘abandons de rue’, mais le discours obtenu auprès des acteurs, et relatif aux dynamiques particulières de régions.

Les taux d’abandons reportés aux admissions d’enfants, sont en effet susceptibles de traduire à la fois le type de coordination entre acteurs, les politiques d’incitation offertes aux mères célibataires dans une ville donnée, et le dynamisme des acteurs associatifs.

En tête des ‘référentiels positifs’, Meknès (taux d’abandon de rue de 11%), Marrakech, (13%), Beni Mellal (16,5%), et Casablanca (19,5%).

• Par ailleurs, les agents d’autorité sont également

présents lors d’un abandon formulé par la mère au sein

de structures hospitalières.

Ici il s’agira de différencier ceux qui, dans le discours porté sur leurs actions, se comportent de ‘manière respectueuse ‘ à l’égard de la mère célibataire, de ceux qui (toujours dans le discours des acteurs) adoptent des propos et une attitude discriminants à son égard.

Néanmoins, dans une perception qualitative globale, et dans une perspective comparative 10 , les attitudes ont été davantage mises en relation avec un changement sensiblement positif.

• Dans le repérage des abandons de rue, d’autres

‘départements’ interviennent : la Protection civile et la Gendarmerie Royale (milieu rural) qui contribuent à des niveaux d’orientation et de placement de l’enfant

abandonné.

(9)

(10) Comparaison des attitudes évoquées lors de l’étude effectuée en 2002, et relative ‘aux mères célibataires dans le grand Casablanca’.

Voir page 100 à 110.

L’encadrement de la Gendarmerie Royale -officiers, assistantes sociales- bénéficie par ailleurs de formations internes relatives à des ‘modules’ de protection de l’enfance.

Les problèmes du présent, concernent notamment les obstacles de plus en plus fréquents en matière de placement d’enfants : certaines structures d’accueil sont en effet ‘saturées’, et d’autres, face à la demande continue ‘sans les moyens qui l’accompagnent’, manifestent de plus en plus de réticences à ‘absorber le flux des entrants’.

2.4 Le Ministère de l’intérieur, avec le programme de l’INDH

L’Initiative Nationale pour le Développement Humain, programme lancé par Sa Majesté le Roi Mohamed VI, en 2005, vise à combattre

Sa Majesté le Roi Mohamed VI, en 2005, vise à combattre « … La problématique sociale…défi

« … La problématique sociale…défi majeur à relever pour notre projet de société et de développement…»

et s’inscrit dans le cadre d’une vision qui nécessite de

«…concevoir un modèle de développement qui, tout en favorisant une forte croissance économique, -réduise la pauvreté et les inégalités, -n’engendre pas de nouvelles exclusions -et soit durable ».

pas de nouvelles exclusions -et soit durable ». Il sera nécessaire de retenir, dans le contexte

Il sera nécessaire de retenir, dans le contexte des objectifs de l’étude, que dans ‘l’approche INDH’, l’enfance abandonnée est considérée comme une population positionnée dans la « précarité extrême » et que les personnes handicapées constituent 5,12% de la population 11 .

Il faudra également retenir, qu’à travers ses actions,

lINDH vise à «réduire la pauvreté, la vulnérabilité, la précarité et l’exclusion sociale» et à court -moyen terme, «Instaurer une dynamique pérenne en faveur du développement humain et du bien-être… renforcer l’inclusion et la cohésion sociale ».

L’approche, les programmes, stratégies et modalités d’action de l’INDH, puisent dans une démarche qui se veut ‘pragmatique’, une posture professionnelle et rationnelle, à travers des outils de gestion modernes, avec une vision calquée sur le modèle de l’entreprise, des plans d’action, indicateurs de performance, outils d’évaluation, des actions et des résultats.

(11) Comme l’étude le soulignera plus loin, ce taux sera à mettre en parallèle

avec celui des enfants abandonnés handicapés qui dépasse 18,5%.

• Moyens, actions

Dans son programme 2006-2010, l’INDH dispose d’un budget de 10 milliards de dirhams, et a destiné en 2006, un budget au programme précarité de 902.000 dirhams par projet, (427 projets) avec 215 millions de dirhams destinés au MDSFS.

Au cours de l’étude menée, des actions relativement nombreuses de l’INDH ont été identifiées et entreprises en faveur de l’enfance abandonnée, à travers notamment, la construction et/ou l’aménagement et/ou (plus ponctuellement) l’aide au financement, de structures dédiées à l’accueil et la prise en charge de l’enfant privé de famille.

Si certaines critiques ont été ‘adressées à l’INDH’ par des interlocuteurs rencontrés, (et relatives à l’inadéquation de l’offre INDH aux besoins prioritaires) il est apparu nécessaire de souligner parallèlement, (comme évoqué par les acteurs de l’INDH rencontrés) que les demandes émanent des structures elles-mêmes.

Cette ‘insatisfaction relative’ (voire cette ‘attitude ambiguë’) des acteurs de la prise en charge, est à analyser, peut-être, comme une attente ‘supplémentaire’ à l’égard d’un opérateur identifié comme ‘doté d’un potentiel élevé de participation’. L’attente principale à l’égard de cet acteur est généralement une aide au fonctionnement des structures.

Cette participation de l’INDH à la cause de l’enfance privée de famille, en fait probablement sur un plan financier, le principal intervenant institutionnel ‘positif’ dont les impacts et les réalisations ‘tangibles’ sont mesurables à court terme.

Il est apparu cependant nécessaire ici, de soulever un questionnement :

Bâtir, aménager des structures, constitue une réponse en adéquation à des besoins identifiés par les acteurs, de créer et multiplier, les centres dédiés à l’enfance abandonnée, aptes notamment, à se substituer à la prise en charge hospitalière ;

Dans un plus long terme, bâtir, aménager des structures, essentiellement celles à grande capacité d’accueil, est également susceptible de renforcer l’institutionnalisation de l’abandon, avec les risques majeurs d’exclusion que cela comporte.

3 - Secteur associatif

Les autres intervenants, non institutionnels, sont constitués d’ONG, le plus souvent nationales, quelquefois étayées par des coopérations internationales.

• Lors de l’étude, 48 structures en charge d’enfants

abandonnés ont été répertoriées : parmi elles, le tiers ne bénéficie d’aucune aide ‘visible’ en dehors de celle déployée par l’hôpital, le reste étant géré notamment par les ONGs, par des actions conjuguées de partenariat.

• Certaines de ces ONGs seront décrites par ailleurs, par

les acteurs hospitaliers, comme intervenant à un niveau partiel de prise en charge, et inscrites dans un partenariat ‘santé/association’.

• Dans près de 25% des situations, les ONGs gèrent

l’abandon de manière exclusive : en fonction des situations, les soutiens dont elles bénéficient, ‘toujours partiels, insuffisants’, sont plus ou moins constants et nécessitant le plus souvent, une ‘vive interpellation des acteurs institutionnels’ pour être formalisés.

• Certaines ONGs bénéficient également d’aides

des collectivités locales, sans que ce soutien soit lui- même inscrit dans un cadre contractuel. Ici aussi se décrivent des initiatives individuelles des intervenants associatifs conjuguées à des positions ‘subjectives’ des institutionnels (sensibilité de certains à la thématique de l’abandon) susceptibles de se traduire par des attitudes ‘positives’ de soutien.

• La prise en charge d’enfants à la naissance, est le plus

souvent soutenue par des ‘associations spécifiques’, à l’abandon. D’autres associations, généralistes (locales, régionales, provinciales) ou spécialistes (femmes, enfants, santé, médecins…) sont susceptibles de contribuer à des niveaux variés, en apportant un soutien partiel (ressources, alimentation, soins) aux associations spécialisées dans l’abandon.

Modalités de soutien et coût de l’enfant

Ces différentes modalités du soutien dont bénéficient les associations spécialisées, soulignent elles-mêmes les difficultés du secteur de l’abandon : pour gérer la prise en charge quotidienne de l’enfant, les acteurs associatifs seront menés à gérer la ‘dispersion de l’aide potentielle’, avec le temps, l’énergie, la constance, voire les outils de communication, que cela induit pour y parvenir.

Aussi, l’aide au secteur associatif est-elle également soumise à des éléments en rapport avec la notoriété d’une structure donnée, sa crédibilité, le relationnel de ses membres, leur capacité à communiquer, sensibiliser et convaincre…

Ces critères d’évaluation sont eux-mêmes susceptibles de bénéficier à certaines structures dotées de ressources et d’outils de communication, au détriment d’autres, et en définitive, de créer des écarts sensibles de moyens, entre les associations.

A travers le discours obtenu lors de l’étude, les ONGs se définissent (et se perçoivent) comme l’interlocuteur principal en matière d’abandon d’enfants. Leurs actions et apports comme les soutiens dont elles peuvent bénéficier, varient à travers une palette de possibilités de prise en charge : régulière/irrégulière ; permanente/ponctuelle ; partielle/totale ; sensible/ minime ; contractuelle/non contractuelle ; ‘utile/ superflue’ (au regard des besoins et tenant compte des discours qui l’évaluent)…

Les moyens et ressources déployés par les ONGs spécialisées dans l’abandon, constituent entre 80 et 100% de l’ensemble des ressources nécessaires à l’accueil et à la prise en charge des enfants : ces ressources puisent dans l’essentiel, dans le ‘formidable mouvement’ de solidarité de la société civile. Cette solidarité est elle- même favorisée par un travail continu d’information et de sensibilisation, mené par les acteurs associatifs en charge de l’abandon.

Ces éléments nécessitent dans leur ensemble, d’intégrer le coût quotidien de prise en charge d’un enfant en milieu d’accueil : entre 50 et 70 Dhs par enfant.

L’action de ces ONGs se reflètera au travers de l’approche régionale et du recensement menés au cours de cette étude, mais d’ores et déjà, se dessine leur rôle majeur, essentiel dans la problématique de l’abandon, même si dans le présent, parallèlement, les efforts des unes et des autres, ‘ici et là’, semblent avoir ‘atteint le maximum du potentiel’.

Parmi les acteurs de la prise en charge, la Ligue Marocaine pour la Protection de l’Enfance, est un acteur particulièrement visible.

Son engagement en faveur de l’Enfance abandonnée, la représentativité régionale de ses structures, l’implication en faveur de la cause, des bureaux provinciaux de la Ligue même en l’absence de structures dédiées à l’abandon, en font un acteur incontournable, à la fois sur un plan historique et dans la réalité quantitative de l’abandon au présent.

• En amont, des ONG internationales, sont susceptibles

d’aider au financement de structures en charge de l’abandon, quelquefois impliquées dans la participation, partielle ou totale, au fonctionnement de l’activité.

L’UNICEF, organisme spécifique relevant des Nations

Unies, soutient des programmes, actions, projets, études, ‘états des lieux’, supports… dédiés à ‘ses’ cibles et domaines d’interventions prioritaires : ‘rural, enfance, femmes, protection, politique sociale et plaidoyer’.

Cette gestion, toujours effectuée dans une vision projets, avec des stratégies et plans d’actions, est majoritairement menée en partenariat avec les institutionnels, comme le ‘MDSFS, l’Education, la Santé’…, ou des ONG locales et représentatives comme la Ligue Marocaine pour la Protection de l’Enfance.

la Santé’…, ou des ONG locales et représentatives comme la Ligue Marocaine pour la Protection de

Synthèse

Au travers de ces éléments non exhaustifs d’analyse des programmes actions des institutionnels en faveur de l’enfance privée de famille, l’on observera notamment :

• Une dynamique naissante de cohésion dans le cadre

d’une même vision intégrée du ‘développement social’ pouvant à terme, bénéficier à ‘la population’ privée de famille ;

• Une dynamique naissante de connexion des acteurs pour une chaîne d’intervention continue ;

• Des partenariats et collaborations des différents acteurs en cours de formalisation ou de consolidation ;

Cependant, dans le présent, lorsqu’elles existent, des actions concrètes en faveur de l’enfance abandonnée, réellement insuffisantes, au regard des besoins identifiés, au regard également des ‘plans et programmes’, des prévisions, des engagements et des attributions des institutionnels.

Par conséquent, au travers de ces premières informations relatives au ‘secteur de l’abandon’, des attentes majoritaires se dessinent chez les acteurs de la prise en charge:

• La nécessité pour l’Etat de s’impliquer de manière ‘sensible et conséquente’ ;

• La nécessité de formaliser une structure gestionnaire

‘influente et prépondérante’ susceptible à la fois d’œuvrer

directement en faveur de la prévention et de la prise en charge des enfants abandonnés, et de fédérer clairement l’ensemble des intervenants ‘du projet abandon’, de les accompagner et de les soutenir.

• La nécessité d’apporter un soutien global aux structures, financier, organisationnel, stratégique, avec des moyens humains et didactiques.

En somme, après des ‘phases d’études, de réflexion et d’organisation’, la nécessité, pour les institutionnels en charge de l’abandon, d’intervenir à des phases de ‘concrétisation sensible et tangible’, identifiables par les intervenants de la prise en charge.

Ces intervenants de la prise en charge se distinguent par ailleurs par leur contribution, programmes, plans d’actions, moyens,

Ces intervenants de la prise en charge se distinguent également par leur implication dans la question de l’abandon, les effectifs gérés d’enfants privés de famille, et leurs capacités d’accueil.

Il faut souligner par ailleurs et enfin, que les référentiels dominants varient en fonction des intervenants associatifs rencontrés :

• Certains, plus rares, notamment ‘décideurs’,

tendront dans les échanges à ‘poser les repères’ et les référentiels ‘droits humains, droits de l’enfant, conventions internationales’, ‘PANE’, à partir desquels ils structureront leurs discours et expliciteront leurs actions et programmes en faveur de l’enfance privée de famille.

Au sein de la LMPE, le discours s’inscrit dans le cadre d’une application des stratégies, programmes, actions, portant sur les droits de l’enfant, évoquant le respect des conventions internationales, avec des référentiels (dont le PANE) et des politiques mises en place et élaborées au niveau central, répercutées à un niveau régional,

A SOS, le discours est majoritairement axé sur la question globale ‘droits de l’enfant’, avec une stratégie évoquée en adéquation,

Au sein de la fondation Rita Zniber, enfin, le discours posera comme préambule aux échanges, la question des droits de l’enfant et le respect des conventions internationales ;

• Pour les autres intervenants rencontrés (majoritaires), la question du droit est apparue,

Chez les uns, ‘diluée’ dans des propos qui évoquent le ‘droit à la vie, à la dignité et au respect’ (propos souvent été évoqués au sein de structures hospitalières) ;

Chez les autres, nombreux, le discours du droit comme référentiel majeur, est relativement absent : ici, il s’agira davantage de propos qui évoquent les sentiments à l’égard des enfants, de compassion, de bienveillance, de ‘pitié’, avec les ‘attitudes charitables’. Il faut souligner ici cependant, que ces questions paraissent envahies par des représentations dominantes qui mettent l’accent sur les difficultés de réalité et relatives à des ‘questions prioritaires’ de prise en charge.

Deux constats, en conséquence

• Le référentiel clair à la convention des droits de l’enfant est relativement peu présent, davantage spécifique de structures historiquement impliquées de façon active dans la prise en charge de l’enfant privé de famille. Parallèlement, au sein même de ces structures, ce référentiel est surtout présent dans les propos des ‘décideurs’.

• La grande majorité des intervenants de la prise en

charge, et dans le discours, ne semble pas lier ses actions à un cadre global de réflexion, à une politique d’Etat, institutionnelle, de développement global, intégrant les objectifs du PANE dans sa stratégie d’action. Méconnaissance ?

En même temps, une tendance semble se dessiner, avec une dynamique globale, avec des efforts qui ne se perçoivent pas toujours dans les discours, mais qui se traduisent dans les actions, en faveur d’une intégration progressive du concept ‘droits de l’enfant’.

Cette intégration progressive est apparue comme offrant une alternative positive permettant d’abandonner (sans que les sentiments qui les accompagnent soient exclus nécessairement) les référentiels subjectifs de la bienfaisance et de la compassion.

Sensibilisation et communication des acteurs et de la population,

En vue d’accélérer le processus d’intégration du discours du droit?

Chapitre 2

données et analyse de l’existant en matière d’abandon d’enfants
données et analyse
de l’existant en matière
d’abandon d’enfants

Préambule : apprehension et modalites d’expression de l’abandon

Les discours restitués au cours de l’étude, par les auteurs, victimes, acteurs de la prise en charge, et relatifs à l’abandon d’enfants à la naissance, mèneront à opérer à des différenciations catégorielles, en rapport aux expressions du phénomène, à ses manifestations, expressions et modalités d’action.

L’on notera que dans les sens attribués, l’abandon à la naissance se percevra différemment avec un lien souvent effectué entre ‘la forme et le fond’. Autrement dit, le regard porté sur l’abandon variera en fonction des circonstances, en le justifiant ou le condamnant, dans une échelle graduée.

1. Actes d’abandon et intentionnalité perçue

Des sens spécifiques sont attribués aux modalités d’abandon de l’enfant :

L’abandon ‘don’ et la diligence perçue à l’égard de l’enfant ’: ce type d’abandon a pour caractéristique de se percevoir comme effectué dans des circonstances qui visent, ‘malgré tout’, la protection de l’enfant, dans la mesure où elles dessinent un projet de vie en dehors de la mère.

Les abandons formulés à l’hôpital, à la porte des mosquées, ‘pour attirer le regard charitable du croyant’, à la porte de domiciles de personnes aisées ‘qui pourraient préserver l’enfant de la misère’ ou encore d’institutions d’accueil, sont appréhendés comme ultimes possibilités d’expression d’une sollicitude maternelle et uniques remèdes accordés ‘à la femme en faute’.

Celle-ci sera appréhendée comme une personne sans recours, contrainte de recourir à l’acte d’abandon, et majoritairement décrite dans une attitude sacrificielle :

cette attitude est en même temps associée à des représentations dominées par la perception du féminin ‘maternel instinctuel’ (comme « une mère ne peut pas abandonner son enfant »).

Ces abandons seront majoritairement décrits comme étant sensiblement les plus fréquents, et figurent des séparations douloureuses entre la mère et son enfant.

L’abandon ‘déchet’ ou l’indifférence perçue à l’égard de l’enfant : le nourrisson abandonné se figure ici, rejeté pour ce qu’il représente en tant qu’objet de mépris et de répulsion. Il est davantage perçu comme représentant pour la mère, un objet hostile, ‘mauvais objet’, une menace expulsée et dont il faut se débarrasser sans laisser de trace de la faute commise.

Le plus souvent ces types d’abandons s’effectuent dans des lieux dangereux pour la survie de l’enfant, poubelles, voie ferrée, lieux hostiles : ils évoquent une attitude ‘inconséquente’ de la mère qui ‘se débarrasse de l’enfant sans se soucier’ de sa valeur en tant que créature vivante.

Ces types d’abandons, projettent l’enfant objet dans un projet mortifère : fruit de la faute, ou objet sans désir, il ‘doit’ être effacé de la vie.

Cesabandonsserontdécritsparleséquipesparamédicales rencontrées,commelefaitdefemmes‘psychologiquement vulnérables’ (décrites comme perturbées mentalement, malades) ou ayant, comparativement ‘aux autres’, des contraintes additionnelles qui les mènent à ‘se comporter ainsi’.

Lors de l’étude réalisée, ces abandons se retrouvent également décrits lorsqu’ils sont effectués par les grands-mères qui ‘expulsent la honte de leur famille’ et dont l’enjeu se représente comme associé à la survie des autres membres de la famille.

En tout état de cause, ces abandons se perçoivent généralement comme effectués dans l’absence de discernement ou dans une distanciation affective extrême, qui les ‘abandonnent encore, en projetant la mort’.

2. Les acteurs dans l’histoire de l’abandon : solidarités féminines et enjeux sous jacents

La solidarité des femmes, qu’elles soient sœurs, mères, amies, parentes ou voisines, sera souvent évoquée dans

les histoires d’abandons, à travers les récits des auteur(e)

s rencontré(e)s dans le cadre de l’étude, à travers

également, les récits d’acteurs susceptibles d’être en contact avec les mères.

Cette solidarité intervient généralement pour décider

du destin de l’enfant, qu’elle exclut de la relation avec sa mère. Ce destin se projette en effet, souvent au préalable, précédant la naissance de l’enfant, et se dessine notamment par des femmes, ‘grands-mères potentielles, tantes, femmes de confiance’, qui se percevront ‘adultes et avisées’, au regard d’une mère ‘irresponsable’, ‘fautive’ qu’elles tendent généralement

à infantiliser en l’écartant de leur décision.

Aussi cette solidarité féminine décrite, vise, le plus souvent, non pas réellement la protection de la jeune fille enceinte, mais davantage la préservation d’un certain statut d’honorabilité profitable à l’ensemble de la famille, et surtout ménageant le couple mère/fille de ‘la colère des hommes’.

Cependant si les hommes ne sont pas présentés comme des acteurs déterminants dans l’acte d’abandon, c’est généralement autour de leur présence, puissance, exigence, ‘violence’, que se justifiera l’abandon d’enfants.

De fait, si les femmes paraissent envahir le ‘devant de la scène de l’abandon’, c’est le plus souvent dans une perspective de prévention, de ruptures de liens, matrimoniaux, familiaux, sociaux. C’est donc le plus souvent, en prévision de la ‘réaction des hommes’. Autrement dit, si une mère est susceptible de se solidariser de ‘sa fille en faute’, le père lui, s’avérera dans l’impossibilité d’accepter la remise en cause profonde qu’elle ‘lui inflige’ : à travers la grossesse de sa fille, il interceptera en effet et en premier lieu, une atteinte d’image, une perte de statut, d’honorabilité, avec une remise en cause de l’éducation effectuée en direction de la fille.

Une grossesse ‘hors cadre’, sera ainsi le signe de la défaillance de la mère dans ‘ses rôles prioritaires’, en tant que gardienne des traditions, en tant qu’éducatrice morale de ‘sa’ fille. Cette mère contrainte par ses rôles, ne pourra en conséquence, que dissimuler la faute commise par sa fille, et la solutionner à travers un abandon ‘salvateur’.

Aussi un jour, lorsque l’enfant est, ‘malgré tout’, en vie, adopté par un tiers, la révélation de son secret d’abandon sera majoritairement ‘soufflée’ par les femmes.

Dans ce cas, les hommes s’opposeront de nouveau et interviendront, plus spécifiquement, à un autre niveau, pour rétablir ‘le droit d’héritage qui leur revient naturellement’ en excluant le frère ou la sœur, adoptifs, soudain devenus ‘intrus’. L’enjeu financier deviendra alors, à ce moment particulier, fondamental, au point d’effacer la mémoire d’une fraternité éprouvée.

3. Modalités du processus d’abandon, sens attribués

L’étude réalisée repérera différentes manières d’abandonner l’enfant. En fonction des situations, les modalités d’abandon peuvent avoir des conséquences sur les relations futures entre abandonné et abandonnant.

Placement dans une famille ou chez la nourrice : ici, l’enfant, généralement ‘fruit d’une relation illicite’, est confié à une femme, contre rémunération, avec l’intention formulée de le récupérer. La mère, ici, majoritairement mère célibataire, visite l’enfant et le reprend dès lors que ses conditions de vie s’améliorent.

Ce placement dans une famille peut se traduire en abandon réel : pour des raisons diverses, la mère décrite ici, se trouvera dans l’incapacité de reprendre son enfant, et ne donnera plus signe de vie.

L’abandon don d’enfant : cette modalité se retrouve, dans son expression originelle, dans des habitudes anciennes de régulation sociale, qui visent à conforter un couple stérile, en lui offrant un nouveau né. Le don d’enfant, réel ici, a pour caractéristique d’être le plus souvent effectué par la proche famille, notamment de la femme, menacée de répudiation et ‘seule responsable de la situation’.

En fonction des circonstances, l’enfant élevé plus ou moins loin de ses parents biologiques, connaît ou ignore la vérité de ses origines…jusqu’à un certain âge.

L’abandon de femme à femme sans réseau d’intermédiation : deux femmes, dont l’une est enceinte, en situation ‘irrégulière’, l’autre, en situation de légalité et dans le besoin d’enfant, entrent en relation, ‘au hasard’.

Un accord est conclu entre elles : l’enfant sera remis à la naissance à la mère adoptive qui lui donne un nom de père et l’élève dans le secret de sa filiation d’origine.

L’abandon par le biais d’un réseau illégal d’intermédiation: ce réseau d’intermédiation est susceptible de se trouver dans toutes les sphères, sociales, professionnelles, relationnelles… mais le plus souvent, est lucratif.

Le caractère lucratif varie en fonction des intervenants : un intermédiaire considéré comme contribuant ‘à une bonne cause’, est récompensé de manière ‘symbolique’ pour sa ‘bonne action’.

Le réseau lucratif ‘criminel’ se distingue lui, à la fois par la professionnalisation de l’activité d’intermédiation, les tarifs pratiqués, et la présence d’intermédiaires masculins : ce réseau a été décrit comme ayant sévi au sein de structures hospitalières, et constitué majoritairement du corps para médical.

Dans le présent, cette pratique est décrite en net recul en raison principalement, de l’implication des médecins et des menaces formulées à l’encontre des équipes.

Lors de l’étude, certains propos d’infirmières rencontrées évoquent ‘la peur du médecin’ en même temps qu’elles justifient le déclin de cette pratique : ainsi des personnes rencontrées, (corps para médical) se trahiront-elles et révéleront, malgré elles, une réalité plus nuancée :

« les mères se retournent contre nous, elles veulent reprendre leur enfant »…« c’est interdit…il vaut mieux éviter…il y a beaucoup de problèmes avec les mères… après elles viennent et elles te font un scandale ».

Par ailleurs, des intervenants des structures associatives, (associationsdédiéesauxmèrescélibataires) mettrontl’accent sur le différentiel entre structures hospitalières : en fonction de leur niveau de mobilisation, certaines structures seront définies comme relativement imperméables à ce genre de pratiques, et d’autres, sensiblement moins ‘préoccupées’, laissant place à d’éventuelles dérives.

Cette pratique en milieu hospitalier est toutefois en déclin, au regard des investigations menées durant le terrain de l’étude, et ce, comparativement à une étude précédente effectuée en 2002, spécifique aux ‘mères célibataires’ (où le personnel hospitalier était décrit comme sensiblement plus impliqué).

Se décrivent en revanche les situations suivantes :

Les tractations par des tiers, à l’intérieur de l’hôpital :

des femmes ‘inconnues’ sont décrites comme ‘rodant’ dans les maternités, ‘à l’affût d’une mère célibataire’, et quelquefois, piégées par les équipes.

Ici aussi, en fonction du niveau d’implication du personnel des maternités dans la ‘question des mères célibataires’, en fonction du relationnel établi avec les associations, des attitudes différentielles sont décrites, entre ‘vigilance’ et ‘indifférence’.

Les tractations en dehors de l’hôpital : elles sont

décrites comme étant effectuées ‘par du personnel de ménage de l’hôpital’ et consistent à repérer, dans les maternités, l’expression formulée par une mère, d’un abandon futur, pour proposer une intermédiation à la sortie de l’hôpital afin ‘d’éviter toute complication’.

Les tractations en dehors des centres d’hébergement de futures mères célibataires : au coin dune rue, à

l’extérieur des structures d’accueil, un samsar, (agent intermédiaire) guette la mère désespérée et lui propose ses services.

La présence du ‘samsar’ se retrouve favorisée notamment par la proximité de structures en relation avec les naissances d’enfants, hôpitaux ou associations de mères célibataires.

Le coût de ces tractations est décrit comme variable en fonction de la demande, de l’opportunité, de la rareté du ‘produit demandé’ : entre quelques centaines de dirhams et dizaines de milliers de dirhams ! Le maximum entendu lors de l’étude de terrain, de ‘70.000 Dhs l’enfant’, sera décrit comme correspondant à une demande particulière : petite fille blonde aux yeux bleus, pouvant au regard, ‘immédiatement’, être considérée « comme une fille de riches » « la fille de ses parents adoptifs ».

Ainsi contre rémunération, les demandeurs sont décrits comme ayant des niveaux variables d’exigence en fonction de leurs moyens mais aussi de la puissance de leur besoin d’enfant.

Quelle représentativité de l’informel ?

Les abandons, ‘informels’, ont semble t-il, dans le présent, et dans une perspective comparative avec le ‘passé’, davantage de difficultés à se formaliser : réalité ou perception ? En baisse ?

Le différentiel, filles/garçons, (présenté dans le chapitre suivant) qui se ‘creuse au fil du temps’, semble infirmer cette hypothèse.

Les seules relations établies avec ‘certitude’ en confrontant les résultats d’étude, concernent les recours mis en place à disposition des mères, pour favoriser la garde de l’enfant ou son abandon dans le cadre de la légalité.

La possibilité pour la mère d’effectuer aujourd’hui un abandon sans risque d’incarcération,

La présence immédiate d’assistantes sociales en provenance de centres d’accueil de mères célibataires, et susceptibles d’offrir un cadre préalable d’écoute,

Le dynamisme des institutions en charge de la lutte contre l’abandon,

Et l’intégration mère enfant, au sein de structures dédiées à leur prise en charge, sont, dans le présent, des éléments favorables soit à l’abandon formel et légal, soit à une décision de garder l’enfant.

Pour étayer cette analyse, l’étude réalisée indique qu’il existe une relation entre structures de guidance et abandons : lorsque dans une province ou localité donnée, il n’existe aucune structure de guidance, ‘l’abandon visible’ a plus de chance de se manifester dans les centres d’accueil.

Même en dehors de structures dédiées aux mères célibataires, dans les situations où existent des ‘cellules violence’ (hôpital) ou des centres d’écoute (associations), les acteurs rendent compte de services effectués, d’orientation et de guidance, en faveur de jeunes filles enceintes ou de ‘mères en détresse’. Ces éléments indiquent ainsi la forte corrélation qui existe, entre abandon et réponses de l’environnement.

4 - Pratiques illégales et les niveaux d’exigence

Dans le ‘secteur de l’illégal’, une échelle d’évaluation existe, qui intègre des paramètres, eux-mêmes susceptibles de ‘justifier le coût de l’enchère’ :

Premier niveau d’exigence : ‘le genre’.

Ce premier niveau décrit, s’applique au plus grand nombre

et concerne le sexe de l’enfant : la fille, est le plus souvent demandée ‘pour sa douceur’ sa ‘malléabilité’, sa fonction future ‘d’enfant support’ de ses parents, de sa mère en particulier, qualités non projetées pour le garçon, même

à sa naissance.

Au garçon en effet, sont projetés des risques majeurs d’inadaptation, de contestation, de virulence et de violence, et ce, conformément à l’imaginaire du ‘hrami’, qui tendent à l’écarter d’un projet d’adoption, justifiant ainsi sa sur représentation au niveau des institutions.

Les images de puissance et de violence sont également

à mettre en relation avec les images, rôles et statut,

attribués au ‘masculin’ et donc, en relation avec la violence

des représentations sociales réservées à l’homme.

Dans la mesure où elle intègre des images, fonctions, et rôles attribués aux deux sexes, cette perception sera davantage considérée comme une discrimination liée au genre. Quid de cette violence à l’encontre des hommes dès leur naissance ?

Aussi la requête de fille se traduira t-elle à tous les niveaux, de la ‘demande’ :

A la grossesse : une future mère est repérée par

des tiers, et mise en relation avec de futurs parents adoptifs.

L’échographie assurée ‘gracieusement’ par les preneurs éventuels est effectuée, pour en cas de confirmation du ‘bon sexe’, aboutir à un ‘contrat moral’ entre la mère et les adoptants. La future mère est totalement prise en charge jusqu’à la naissance de l’enfant (en clinique, à l’hôpital, où elle donnera le nom des parents adoptifs) et sera, le plus souvent, gratifiée d’un ‘cadeau d’adieu’.

A l’accouchement : les mères s’entendent, et l’une

échange son nom en sa faveur. (différence à opérer avec ‘le tanazoul qui s’effectue devant le juge ou à la commune).

Aussi l’abandon des filles au sein des structures associatives, sera-t-il sensiblement plus réduit, créant un second niveau de demande au niveau d’une kafala légale.

« Les filles partent très rapidement de l’orphelinat »,

« elles sont très demandées » « pour les filles il n’y a pas de problèmes ».

Cette demande élevée de filles peut aller jusqu’à créer des problèmes retardant la procédure de Kafala pour

« un juge qui a jusqu’à vingt demandes pour la même fille » et « qui ne sait plus qui il doit choisir » !

Cette demande élevée, est également décrite comme favorable à des ‘malversations’, ‘des tractations’ entre parents adoptifs et juges…perceptions ou réalités ? ‘Certains juges, dans certaines régions’ sont attribués de ces pratiques, par des canaux d’information différents

Second niveau d’exigence : le faciès de l’enfant et son apparence physique.

Ici l’évaluation tient compte d’éléments de conformité aux normes ‘communes’, tenant compte d’éléments subjectifs et discriminants, de perception collective :

une peau ‘exagérément’ brune, des signes distinctifs préjugeant de ‘son origine’, ou d’une ‘santé fragile’, constitueront ainsi des critères d’exclusion majeurs de l’enfant proposé.

Niveau d’exigence incontournable et préalable :

‘la normalité’

Le handicap constitue un ‘frein décisif à l’adoption’, une des raisons qui font qu’il se retrouve, surreprésenté, en institution 12 .

Ce niveau d’exigence est tel que les institutions excluent elles-mêmes, au regard de leurs expériences et pratiques de l’abandon, dans leurs ‘propositions d’adoption’, le handicap.

Le handicap mental en revanche, et dans la mesure où il n’est pas visible en bas âge, est susceptible, ‘volontairement ou involontairement’ d’être proposé par les acteurs.

Dans ces cas, le plus souvent 13 , l’on assistera à des retours d’enfants, autrement dit des renvois et des rejets effectués par des parents adoptifs, qui les destinent à l’institution d’accueil, associative ou hospitalière, que les enfants intégreront pour le restant de leurs jours.

Ces structures d’accueil, dans leur quasi totalité, formuleront quant à elles, leurs difficultés face à la lourdeur de la prise en charge du handicap : l’absence de moyens, financiers, techniques, humains, l’inadéquation des environnements et des ressources, rendent généralement leurs actions limitées à la survie de l’enfant, et par conséquence, inadaptées. La gestion du handicap par un ‘secteur’ non destiné initialement à soutenir ce type de problématique, mènera ainsi les uns et les autres, à pointer la défection de l’Etat et son désistement au détriment de structures par ailleurs absorbées et débordées par l’abandon.

(12) L’étude de terrain menée, identifiera un taux de kafala quasiment nul, pour les enfants porteurs de handicap. (13) Cette remarque est également - et majoritairement- valable pour des enfants présentant des troubles divers du développement psychomoteur, du langage, du comportement, de la personnalité

- Eléments de réalité relatifs au handicap des enfants abandonnés

Les données fournies relatives au handicap seront considérées comme partielles dans la mesure où elles ne feront pas l’objet d’un recensement effectué a priori et contenu dans les questionnements des consultants.

Le plus souvent en effet, la question du handicap émergera d’elle-même dans les propos des intervenants rencontrés.

Aussi le chiffre évoqué, sera-t-il considéré comme partiel, ne reflétant pas l’exacte réalité. Malgré cela, l’effectif comptabilisé est apparu comme problématique dans la mesure où ‘même partiel’ il dépasse largement la moyenne nationale évoquée par l’INDH (5,12%). Ici, ‘ajouté à l’abandon’, le handicap représente en effet, 18,5% de la population recensée.

5 - L’abandon légal, formalisé:

modalités et discours des acteurs

Dans cette situation, la mère abandonne l’enfant de façon manifeste, soit en le ‘cédant’ à une femme ‘qu’elle choisit’ et avec laquelle elle procède à ‘une cession d’enfant’ de manière légale (Tanazoul chez le juge ou bien sous une forme plus simple, nécessitant deux témoins) soit qu’elle le formule au sein de la structure hospitalière, auquel cas une enquête est ouverte : elle reçoit alors la visite d’une assistante sociale et d’un (à deux) représentant(s) de l’autorité.

Les relations décrites sont ‘courtoises’, respectueuses de son état et de sa décision : en revanche, la mère est ‘aimablement’ encouragée à garder l’enfant, incitée à entrer en relation avec une structure d’accueil de mères célibataires. Ici aussi, les liens établis sont décrits comme susceptibles de modifier sa décision.

L’abandon d’enfant à la naissance, lorsqu’il est formalisé, peut également se faire après la sortie de l’hôpital, au tribunal : dans ce cas, la mère abandonne l’enfant ‘à l’Etat’ qui le place en institution.

6 - Perceptions générales, du formel et de l’informel

Ces différentes modalités d’abandon évoquées, sans être exhaustives, mettent l’accent sur l’existence d’une pluralité de situations informelles et interrogent sur leur représentativité réelle.

Les perceptions des différents intervenants et relatives à l’informel varient, mais mettent toujours l’accent sur l’importance de ce ‘réseau d’adoptions’ sans pouvoir l’évaluer :

ce ‘réseau d’adoptions’ sans pouvoir l’évaluer : « à mon avis il est plus important que

« à mon avis il est plus important que l’abandon légal » « il doit être au moins équivalent » « ce sont des traditions, on donne l’enfant, c’est différent de l’abandon » « c’est culturel, on fait cadeau d’un enfant

à son frère ou à sa sœur qui n’en n’ont pas » « une

mère préfère léguer son enfant à une famille précise

à un endroit précis plutôt que de lui faire vivre l’enfer

de l’orphelinat »… « quand une mère abandonne son enfant, elle veut au moins le savoir dans les bras d’une mère et pas de trente six mille mères » « vous savez les enfants placés dans une institution ne représentent qu’une partie de l’iceberg…la réalité est bien différente »…

de l’iceberg…la réalité est bien différente »… Les propos recueillis indiquent une certaine complaisance à

Les propos recueillis indiquent une certaine complaisance

à l’égard de l’abandon illégal, et assez souvent, tendent

à se montrer compréhensifs à l’égard des mères dont l’acte d’abandon est présenté comme ultime recours ou sacrifice.

Cette complaisance se structure à l’origine, à partir de perceptions qui puisent dans les images comparatives entre institutions et parentalité. A l’institution sera le plus souvent associée l’image de la carence affective, et à la parentalité, la capacité de la combler.

En revanche, les lieux d’abandons déterminent les positions des intervenants rencontrés à l’égard des mères : les abandons de rue, les lieux choisis, voie ferrée, poubelles…sont décriés et rendent leurs mères ‘répréhensibles’, ‘amorales’, nécessitant ‘d’être jugées’… alors que les ‘abandons de mosquées’, ‘hammams’,‘cessions’, placements, et autres adoptions ‘non conformes’, s’associent dans les représentations, à des ‘circonstances atténuantes’.

7 - Attitudes à l’égard des mères

Les attitudes à l’égard des mères varient entre deux perceptions majoritaires :

• ‘Mères fautives et responsables’ nécessitant d’être

‘molestées’, encouragées par une loi ‘devenue trop souple’ : ce discours existe même au sein de structures associatives positionnées dans les droits humains et/ ou le droit des femmes. Les ‘libres mœurs’, ‘le laisser aller’, ‘la prostitution’, sont ainsi pointés du doigt et mis en avant, par certains intervenants.

A travers ce discours décrit, se traduit la volonté de

‘revenir en arrière’ avec, directement ou indirectement,

la

remise en question des acquis du ‘nouveau’ code de

la

famille.

‘Mères contraintes et forcées’, ‘insuffisamment

préparées’ (en termes didactiques et professionnels) nécessitant un soutien pluriel, éducatif, sanitaire, financier et d’insertion professionnelle : ce discours est, comparativement, davantage représenté.

• L’abandon d’enfants sera mis en relation avec une pluralité de facteurs de vulnérabilité, mais tendra davantage à évoquer les aspects prioritaires, définis comme ‘majeurs’, d’éducation, d’éducation sexuelle et de prévention. Dans ce discours, à travers la contraception notamment, l’accent est mis sur le préventif.

Et les pères ?

Généralement, les discours occultent le père, comme si les modalités de la rencontre, le consentement à une sexualité ‘non conforme’, le pouvoir de décision, de garde ou d’abandon de l’enfant, relevaient de la responsabilité de la mère seule.

Le plus souvent, les discours institueront ainsi la mère seule,

Soit coupable et fautive, soit victime.

Dans la question de l’abandon,

Evoquer une responsabilité conjointe sans procès ni culpabilité ?

Installer les deux partenaires dans une position adulte avec un ‘référentiel droits’ dominant ?

ni culpabilité ? Installer les deux partenaires dans une position adulte avec un ‘référentiel droits’ dominant

Chapitre 3

données quantitatives
données quantitatives

Enfance abandonnée à la naissance au Maroc

1 - Rappel du périmètre d’étude et méthode

Définition

L’étude réalisée porte sur les ‘abandons à la naissance’ : il s’agira donc, conformément aux objectifs, de répertorier principalement, au sein d’une localité, province, ou région donnée, pour une année considérée, les admissions pour abandon.

Ces admissions concernent en majorité, une population de nourrissons, nouveau-nés, abandonnés à la naissance. Toutefois certains bébés, enfants généralement âgés de moins de cinq ans, sont susceptibles d’être abandonnés et de figurer parmi les entrants, au sein des structures associatives notamment.

En comptabilisant pour chaque année, les nouvelles admissions, cette démarche, (outre qu’elle permet d’éviter l’écueil du double comptage des abandons sur une période considérée) est dans le présent, et considérant les ‘déficits’ identifiés de traçabilité (ou de rétention) de l’information, seule susceptible de rendre compte de la dynamique (de stabilité, régression ou croissance) de l’abandon en tant que phénomène visible.

Aussi sera-t-il nécessaire, pour les acteurs menés à réfléchir et mener des actions de correction ou de prévention de l’abandon, et afin d’appréhender la problématique dans sa globalité, de considérer les effectifs généraux des pensionnaires, ceux ayant été admis les périodes précédentes et toujours résidents au sein de structures hospitalières ou associatives.

2 - Approche méthodologique

Les premières données de terrain orienteront vers une collecte d’informations, effectuée en fonction d’une segmentation du royaume en régions, telle que définie par le Ministère de la Santé. Cette segmentation, moyen et non finalité, se justifie elle-même en raison d’une donnée de terrain : la santé constitue avec le secteur de l’associatif, un des ‘lieux source’ d’accueil et/ou de prise en charge de l’enfant abandonné.

Les premiers résultats - caractère disparate et discontinu des informations, insuffisance des données fournies, notamment en région, hétérogénéité des paramètres d’évaluation 1 en fonction des structures- mèneront rapidement à adopter une approche de ‘pointage ou recensement’ des abandons de naissance.

Cette première étape sera nécessaire dans la mesure où elle permettra de visualiser un ensemble de données de réalité fournies, afin de construire lors d’un second temps, des échantillons représentatifs et spécifiques à des paramètres d’étude : ceux relatifs aux admissions, ceux portant sur la variable sexe, ceux relatifs au devenir d’enfants…

Ces échantillons constitués permettront lors d’une étape finale et à partir d’éléments de réalité :

D’effectuer une analyse statistique en mesure de rendre compte de l’évolution de l’abandon visible et d’en étudier les principales composantes.

D’intégrer des données complémentaires susceptibles d’en évaluer l’ampleur, pour enfin et par ailleurs, figurer des scénarii susceptibles de rendre compte de la réalité de l’abandon, en y intégrant notamment, et en partie (en partie seulement) les signaux indicateurs de l’abandon ‘invisible’, illégal, effectué en dehors des institutions d’accueil et de prise en charge.

Le premier volet présentera, succinctes, les données de réalité spécifiques de régions 2 ; ces données enseigneront sur le mouvement de l’abandon visible, sur les dynamiques institutionnelles qui en réduisent l’existence ou accroissent la visibilité.

(1) Lexique utilisé dans les structures d’accueil. ‘Entrants, admissions’ désignent chez l’ensemble les nouveaux abandons ou abandons de l’année. Le vocable ‘sortants’ désigne autant les kafalas de l’année, que les décès, que les enfants récupérés par leurs familles, ou les transferts. Dans certaines structures, les paramètres sont différenciés et dans d’autres, regroupés sous un même intitulé. Le terme ‘transfert’ est utilisé pour désigner le passage de l’enfant, du premier lieu d’accueil vers une autre structure, ici généralement les maisons de bienfaisance, orphelinats, ou moins fréquemment (LMPE ; SOS ; Fondation R.Zniber) vers une structure d’accueil relevant du ‘même réseau’.

(2) L’ensemble des données obtenues, spécifiques et détaillées de régions, sont présentées en annexe P 23 à 46.

Le second volet traduira les tendances statistiques en mesure d’être effectuées dans le présent, considérant les paramètres actuels, d’évaluation de l’abandon, à travers l’étude des admissions.

I - Région meknès-tafilalet

Fondation rita zniber- hôpital Mohamed V

Périmètre de couverture : 5 délégations, Meknès, El Hajeb, Ifrane, Khénifra, Errachidia.

1 - Prise en charge de l’abandon

Elle est assurée pour l’essentiel, par la fondation Rita Zniber à travers deux centres :

La crèche du Nid’, réservée aux abandons à la naissance,

et localisée au 5 ème étage de l’hôpital Mohamed V,

Le centre de Bab Jdid, destiné aux enfants plus âgés.

La fondation gère l’abandon de la région, principalement des villes de Meknès, partiellement Errachidia (dans le présent ‘Association Amal’ et ‘Lutins des sables’), el Hajeb.

Les abandons d’Ifrane, khenifra, Midelt, sont susceptibles d’être gardés sur place, au sein de l’hôpital, sans soutien associatif associé.

A Meknès, il n’existe pas de structure d’aide aux mères

célibataires : en revanche une cellule ‘violence’ à l’hôpital reçoit des mères et les oriente vers Casablanca.

2 - Exploitation des données

Données de la fondation disponibles, à jour, ‘complètes’, communiquées par l’organe central et les équipes du Nid. Accès au registre et recensement exploité sur Excel relatif à l’itinéraire de 1097 enfants.

Données des provinces communiquées par les délégations : elles concernent essentiellement les nouvelles admissions de 2008.

3 - Résultats : les données de Meknès indiquent

3-1- L’enfant

Total pensionnaires,

• Entre 1998 et 2008, un effectif annuel du total ‘enfants abandonnés’, en baisse : 266 en 1998- 103 en 2008.

• Une forte représentativité des garçons, supérieure,

jusqu’en 2006, de 10 à 12 fois par rapport aux filles.

• Un taux de handicap de 14%.

Admissions

• Un effectif total d’admissions sur les onze années, de 1097 enfants

• Un effectif annuel d’admissions relativement stable en valeur absolue (92 enfants en 1998, et 89 en 2008).

• Tenant compte de l’augmentation des naissances dans

la région, ce taux d’abandon sera considéré en baisse.

• En 2008, une représentativité filles garçons avec deux fois plus de garçons.

Rapport entrées sorties d’enfants

• En 1998, un déséquilibre des flux, entrants/ sortants, en faveur des entrants.

• En 2008, un inversement de tendance, avec davantage de sorties d’enfants que d’entrées.

Lieux d’abandon de l’enfant

• En 1998, 24% des abandons sont effectués sur la

voie publique, et 63% formulés au sein de structures hospitalières, (le reste relevant de la rubrique ‘inconnu’)

• En 2008, 11% des abandons sont effectués sur la

voie publique et 77% formulés au sein de structures hospitalières.

En conséquence, l’identité de l’enfant abandonné,

• Entre 1998 et 2008, une augmentation de 25% des enfants dont l’identité est connue,

Devenir de l’enfant abandonné,

• En 1998, 47% des enfants admis sont pris en kafala, 5% repris par leurs parents, 11% décèdent et 36% restent au sein de l’institution,

• En 2008, 70% des enfants admis sont pris en kafala,

6% retournent à leur famille, 2,5% décèdent et 22,5% restent à l’hôpital.

• Donc une augmentation sensible du taux de kafala

corrélative d’une diminution de l’institutionnalisation et d’une diminution significative de la mortalité de l’enfant abandonné.

L’augmentation du taux de kafala concerne ici, autant l’effectif global des pensionnaires (de 17,5 à 61%) que celui des enfants admis (de 52 à 78%). La kafala des garçons augmente de 33% et celle des filles de 15%.

• Tableau récapitulatif de l’abandon à Meknès

Synthèses

1998

1999

2000

2001

2002

 

2003

2004

2005

 

2006

2007

2008

Garçons

245

301

363

369

406

 

388

358

359

 

360

90

81

Filles

21

32

26

43

44

 

40

36

33

 

23

25

22

Total

266

333

289

412

450

 

428

394

392

 

383

115

103

Entrants

92

127

143

119

114

 

78

83

91

 

72

91

89

Sortants (3)

64

60

86

69

62

 

100

117

84

 

90

93

91

• Tableau indicateur du devenir de l’enfant entrant

 

Devenir

                       

de l’enfant

 

1998

1999

2000

2001

2002

2003

2004

2005

2006

2007

2008

Total

Abandons

                       

nouveaux

 

92

 

127

 

143

119

114

78

83

 

91

72

91

89

1097

Adoptions

 

45

 

38

 

49

46

49

98

111

 

82

76

75

79

748

Décès

 

12

 

10

 

29

 

15

11

7

1

 

4

3

9

2

103

Repris mères ou parents

 

8

 

10

 

8

 

8

6

7

7

 

3

7

11

6

81

3-2 - Données relatives à la mère, auteure d’abandon

Les données indiquent :

• Identité : de plus en plus de mères connues de 63 à

82%,

• Age : entre 1998 et 2008, une augmentation des mères âgées entre 15 et 25 ans

• Origine : ‘inchangée’, même répartition rural/urbain.

• Statut : inchangé, mères célibataires à plus de 90%

• Statut professionnel : dominant, sans profession; augmentation des ouvrières et des femmes de ménages.

Synthèse :dynamique de l’abandon visible

L’ensemble des données relatives à la gestion de l’abandon dans la ville de Meknès rend compte :

• D’une réduction sur la période 1998-2008, de près de 60% du ‘total abandons’.

• D’une diminution très sensible du différentiel filles/ garçons abandonnés.

• D’une amélioration sensible du devenir de l’enfant

abandonné, liée ici, à la fois, à la dynamique associative et à la qualité de la coordination des acteurs, association, santé, justice.

• D’une augmentation de la kafala d’enfants associée, en

partie à une kafala par des étrangers. Cette kafala par les étrangers bénéficie sensiblement aux garçons.

• D’un niveau spécifique de confiance des mères en

direction des acteurs et qui les mènent (comparativement à la grande majorité des régions), à éviter les abandons de rue.

(3) Les sortants définis intègrent les ‘kafalas’, les ‘décès’, ‘les enfants repris par leurs familles’ et ‘les transferts’ vers une structure d’accueil dédiée à l’enfant âgé de plus de six ans.

4 - Région meknès :

données complémentaires

Les données additionnelles de la région de Meknès concerneront celles des provinces de Khénifra, Midelt, Azrou, Errachidia.

Constats

• Les enfants abandonnés dans les provinces sont

hébergés en milieu hospitalier, au sein de services de maternité ou de pédiatrie.

• Les données de provinces sont considérées comme

partielles dans la mesure où pour Khénifra, l’information globale sera limitée à des variables ‘entrées, sorties, kafala, décès’ et pour Midelt uniquement limitée aux admissions.

• Les données obtenues concerneront ici, la période

2000-2008.

Données

• Errachidia : une augmentation de l’effectif des nouveaux abandons : 10 en 2000, et 26 en 2008. Cette augmentation est sensible et progressive, notamment depuis 2005. Cette augmentation apparaît liée à l’existence d’une structure associative.

• Khénifra : entre 2000 et 2008, une relative diminution des nouveaux abandons de 12 à 10.

• Midelt : entre 2000 et 2008, une diminution des nouveaux abandons de 7 à 4.

Synthèse, région Meknès Tafilalet

• En 2000 un effectif total de nouveaux abandons de 172, et de 131 en 2008.

• La majorité des abandons de la région s’exprime au sein de la fondation Rita Zniber.

• A Errachidia également et relativement, l’abandon est

rendu visible par l’existence d’une structure de soutien.

• Ces abandons dans leur ensemble, sont susceptibles de traduire des abandons en provenance de régions éloignées, rendant difficile une analyse en mesure d’indiquer une spécificité régionale.

• L’effectif des abandons varie d’une année à l’autre, avec un caractère aléatoire dominant.

• Dans la région également, et tenant compte des

données fournies par le Ministère de la Justice, (cumul effectués des données de provinces, Errachidia, khénifra, Midelt, Meknes), un effectif total des enfants inscrits comme abandonnés de 251, et de 243 jugés.

II - Région ‘Fes Boulemane’

Centre Al Amal- hôpital el ghassani - centre El Ouafa

Périmètre de couverture : deux délégations, Fès, Boulemane et Sefrou

1- Prise en charge de l’abandon

Fès

• Centre El amal : structure édifiée au sein de l’hôpital Ghassani, avec deux bâtiments dont un nouveau (financement fondation Mohamed V). Le centre gère la quasi-totalité des abandons nouveaux. 167 pensionnaires lors de l’investigation. Transferts : Dar El Ouafa, SOS Al Huceima ou Ait Ourir.

• Dar el Ouafa : structure habituellement destinée à

des enfants âgés de 4-9 ans, qui reçoit généralement les enfants du centre Amal et exceptionnellement, de nouveaux abandons. 114 pensionnaires au moment de l’étude, (dont 15 filles). Transferts effectués vers la maison de bienfaisance de Guerouawa.

Sefrou

• Absence de structure spécifique dédiée. Les enfants

séjournent au sein de l’hôpital, avec un soutien de l’association Fatima el Fihria elle-même soutenue par ‘Lutins des sables’. Pendant la période d’investigation, le local abritait 6 enfants. Transfert : orphelinat Taj Mouti, Fès.

2 - Exploitation des données

Les données, disponibles, exploitées à partir du registre des services sociaux, tenus par l’assistante sociale, renseignent sur le sexe de l’enfant, les circonstances d’abandon avec quelques indications relatives au devenir de l’enfant. Trois périodes seront retenues : 1998-2000 ; 2004 ; 2007-2008.

3 - Données de région

FES essentiellement, Sefrou 2008

3-1 L’enfant

Admissions pour abandon

Depuis 1998, une stabilité manifeste des nouvelles admissions pour abandon à Fès/Boulemane: considérant

l’évolution des naissances dans la région, cette stabilité figure une diminution de l’abandon visible.

une augmentation de 18% du taux d’enfants abandonnés handicapés (Fès) ;

un différentiel des effectifs, en fonction du sexe de l’enfant : avec un taux de garçons supérieur mais

relativement stable entre les deux périodes (57,5% en 1998 et 59,5% en 2008)

en 2008, un effectif ‘total région’, de nouveaux abandons, de 88 enfants : 94,5% d’entre eux à Fès.

Lieux d’abandon de l’enfant

• Un taux élevé d’abandons de rue, avec cependant

entre 1998 et 2008, une baisse de près de 20% (92,5% et 73,5%)

4 - Tableau récapitulatif des admissions Fès Boulemane

En conséquence, l’identité de l’enfant

• Une relative augmentation d’enfants dont l’identité est connue.

Devenir de l’enfant

• Un taux élevé de mortalité, en baisse cependant de

9,5%

• Une baisse relative de 4% du taux de kafala des entrants (de 52% à 48%)

• Une augmentation de 16% de la kafala des garçons

avec une diminution de 30% de la kafala des filles.

 

1998

1999

2000

2004

2007

2008

 

Filles

34

29

29

33

32

32

 

Garçons

46

56

45

46

53

47

 

Total

80

85

74

74

85

79

83

Synthèse région

• A Fès, bien que limitée à certaines variables, une

organisation logique des données relatives à l’abandon, (des données à jour, par ailleurs et disponibles) ;

• En 2008, la région Fes- Boulemane- Sefrou, compte un effectif d’abandons nouveaux de 88 enfants ;

• Une dynamique de kafala stable sur 11 annnées.

• Un total région, en 2008, de 21 enfants porteurs de handicaps.

Les données de la Justice, rendent compte, dans la région de Fès Boulemane, d’un effectif total d’enfants inscrits de 31 et de 64 jugés. Ces données sont apparues comme paradoxales avec celles fournies par les ‘acteurs du placement’ : dans la mesure où tous les abandons placés sont d’abord inscrits, les données de la Justice devraient être quantitativement supérieures à celles fournies par les structures d’accueil.

III- Région Rabat Zemmour Zaers

Centre Lalla Mériem (LMPE) khemisset, hôpital,

Périmètre de couverture : 5 délégations, Rabat, Salé, Temara, Skhirat et Khemisset.

1 - Structures en charge de l’abandon Rabat

• L’essentiel des abandons est géré par le Centre Lalla Mériem, affilié à la Ligue Marocaine pour la Protection de l’Enfance (Rabat).

Le centre Lalla Meriem recueillait lors de la période de réalisation d’étude un effectif total, de 200 pensionnaires. 45 enfants sont handicapés. (22,5%) Transferts : les enfants ‘sains’, non placés et non repris, sont orientés vers le centre de Akari (Rabat), vers home Lalla Amina, Benslimane, (LMPE) ou SOS.

A Khémisset

Les enfants abandonnés séjournent à l’hôpital, dans la salle de garde réservée aux sages femmes, sans soutien associatif identifié.

Depuis 2009, des possibilités de transfert de l’enfant, vers le centre Lalla Mériem, existent.

Les données fournies ici ne concernent qu’une seule variable : les admissions.

2 - Exploitation des données

Informations fournies établies par la direction centrale de la Ligue.

Les

considération

en

paramètres

de

l’abandon

fournis

et

pris

Données complémentaires, service social du Centre Lalla Mériem.

Les données du centre Lalla Mériem indiquent :

Concernent les variables suivantes : admissions, kafalas globales, ‘repris’ transferts, décès. Depuis 2004, une nouvelle variable permettant d’établir un différentiel, filles, garçons. Effectif total des pensionnaires,

• Entre 2001 et 2008, une réduction de près de 26% de l’effectif global des pensionnaires.

Admissions

• Entre 1998 et 2008, une diminution de près de 24% des nouvelles admissions pour abandon.

Sexe de l’enfant admis