Vous êtes sur la page 1sur 21

CHAPiTRE

7 Quels instruments économiques pour la politique climatique ?

MANUEL, PAGES 158-182

Erratum des spécimens envoyés - p. 162, doc. 19 : pour la question 44, lire « Indiquez la raison pour laquelle l’action inter- nationale est difficile à mettre en place ».

But pédagogique et structure du chapitre

• Ce chapitre s’inscrit, avec le précédent, en

conclusion de la première partie du programme officiel consacrée à la croissance. Ils visent l’un

et l’autre à mettre en évidence que les questions relatives à son niveau, à ses caractéristiques ou aux facteurs qui en sont à l’origine, ne peuvent se passer d’une réflexion sur les contraintes en- vironnementales, actuelles et à venir, auxquelles nous sommes soumis. La prise en compte de cette dimension atteste de l’impossible pérennisation d’un mode de production fondé sur l’utilisation massive des ressources naturelles, et générateur d’une dégradation de l’environnement.

• Ciblé sur la politique climatique, ce chapitre

est l’occasion d’appliquer le raisonnement économique à un exemple concret et de rendre compte du caractère opératoire des instruments de politique économique pour répondre aux défaillances du marché. À ce titre, le premier objectif pédagogique est de faire percevoir aux élèves que le cadre théorique mobilisé par les économistes pour traiter la question s’appuie sur un arbitrage coûts/avantages. Autrement dit, les politiques climatiques n’ont pas pour objectif de compenser l’intégralité des dommages provoqués par la concentration de gaz à effet de serre, mais de favoriser la réduction des émissions de CO 2 tant que les coûts de la dépollution restent infé- rieurs et égalisent ceux qui résulteraient d’une non intervention.

De même, il importe que les élèves mesurent que les instruments de la politique climatique trouvent leur fondement dans une approche en

© Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

terme de calcul rationnel de l’agent. Dans ce cadre, la modification des comportements dépend de la variation de la structure relative des prix et des coûts. Dès lors, la réduction des émissions de CO 2 passe nécessairement par l’introduction d’un prix d’émissions à même d’inciter les agents à procéder à de nouveaux arbitrages en faveur de production moins polluantes. Les notions d’inci- tation et de signal-prix, bien que ne figurant pas dans la colonne centrale du programme, méritent d’être soulignées pour faciliter la compréhension des mécanismes.

• Le deuxième objectif est de présenter les dif-

férents outils de la politique climatique que sont la réglementation, la taxation et le système de permis d’émissions échangeables. Si l’exposé des principes sur lesquels ils reposent est l’occa- sion d’un retour sur le raisonnement margina- liste, l’intérêt réside dans la mise en évidence des avantages et des limites de chacun selon la priorité que se fixe la puissance publique (contrô- ler l’impact des coûts d’abattement, contrôler le volume de réduction). Pour aller plus loin dans la compréhension du fonctionnement du marché de quotas d’émissions, les deux TD proposent un travail plus précis sur le système européen.

• La troisième partie du chapitre, un peu moins

théorique, donne à voir la réalité des politiques climatiques. Cette approche plus descriptive et empirique fait émerger une nouvelle source de difficultés dans la mise en œuvre de telles poli- tiques liées au déficit de gouvernance mondiale, et à défaut, de coordination entre les nations. La présentation des différentes négociations interna- tionales est l’occasion de souligner combien les avancées des politiques climatiques sont contra- riées par la priorité donnée à la croissance immé- diate. Les divergences d’intérêts ont conduit les pays ou blocs de pays à développer des stratégies variées au point que leur mise en cohérence de- vient quasi-impossible. L’échec de l’instauration

103

de la taxe carbone en France illustre les blocages qui résultent de l’obligation de créer des dispo- sitifs de plus en plus complexes pour éviter que certains agents ne soient soumis simultanément

à une taxation nationale et européenne.

• Au final, il apparaît que l’avancée des pays européens en matière de politique climatique pourrait, elle-même, connaître un coup d’arrêt, tant le contexte de crise remet au centre des pré- occupations la question de la compétitivité. Le débat sur l’instauration d’une taxe aux frontières en témoigne (TD Web).

liens avec d’autres chapitres

Le présent chapitre entretient des liens étroits avec le précédent. Il remobilise les mêmes no- tions d’externalités et de biens collectifs étudiées en classe de 1 re . Les deux participent à une ré- flexion sur les modalités d’une croissance soute- nable et de sa mise en œuvre. Ce chapitre illustre, par ailleurs, des avancées communes réalisées dans le cadre européen et prolonge, de ce fait avec un éclairage différent, la partie 2.3 du programme « Quelle est la place de l’Union européenne dans l’économie globale ? ».

Réponses aux questions

ouvERTuRE dE cHAPITRE

MANUEL, PAGES 158-159

• Document 1

Quelles limites ce dessin souligne-t-il en ma- tière de politique climatique ?

La politique climatique se fixe pour objectif de réduire la production et l’accumulation de gaz

à effet de serre afin d’éviter le réchauffement

climatique qui en découle. Pour cela, les tech-

nologies « propres » sont encouragées. À ce titre, l’illustration cible les éoliennes à même de fournir de l’énergie sans pollution. Solution, en apparence idéale. Mais comme le souligne le des- sinateur, ce serait oublier que leur production et leur installation sont source d’émissions de gaz

à effet de serre. Ainsi, le choix même du mode

de transport n’est pas sans impact sur la pollu- tion générée. De façon récurrente, le choix des instruments de la politique climatique repose sur un arbitrage entre le gain à court terme et le coût pour l’obtenir.

104

• Documents 2 et 3

Pour chacune de ces deux photographies, quelle est l’origine de la production ? Quel type d’agents économiques est respon- sable dans chacun de ces cas ?

   

centrale

Embouteillages

à Bangkok

thermique

au charbon

Secteur

Transport particulier (voitures + 2 roues) et public (bus).

 

d’activité

Énergie

concerné

 

Les ménages au titre de la consommation finale.

 

Agents

Les entreprises au titre de la consommation intermédiaire (acheminement des consommations intermédiaires, livraisons).

économiques

Entreprises

directement

responsables

 

1. Les fondements de la politique climatique

MANUEL, PAGES 160-163

A. PolluTIon ET dÉFAIllAncES du mARcHÉ

• Document 1

1. Quelle règle peut-on retenir pour définir le

meilleur degré de protection de l’environnement?

La protection de l’environnement génère des coûts de production supplémentaires. Le niveau de réduction des gaz à effet de serre doit être défini de telle sorte que ces coûts ne soient pas supérieurs aux bénéfices retirés par la collectivité de la diminution de la pollution.

2. Pour quelle raison le libre jeu des agents

économiques ne conduit-il pas à l’optimum social en matière d’environnement ? Les avantages liés à la réduction de la pollution sont collectifs. Ils profitent à l’ensemble de la population, quand les coûts d’une telle réduction sont supportés individuellement par les entre- prises ou les ménages qui adoptent des modes de production ou de consommation alternatifs. La tentation est grande pour chaque agent de consommer ou de produire au moindre coût,

© Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

quelles qu’en soient les conséquences pour le bien-être collectif (comportement du passager clandestin ou free rider).

• Document 2

3. Quelles sont les caractéristiques d’un bien

public ?

Le bien public pur est défini par deux caractéris- tiques : la non rivalité (les quantités consommées par les uns ne réduisent pas les quantités dispo- nibles pour les autres) et la non exclusion (il est impossible d’empêcher quiconque d’utiliser ou de consommer le bien en question).

4. En quoi consiste le comportement de passa-

ger clandestin ?

Cette notion développée par l’économiste Mancur Olson sous la terminologie de « free rider », dé- signe le comportement qui consiste à attendre que d’autres agents prennent l’initiative d’une mesure (ici la préservation de l’environnement) afin d’en bénéficier sans en supporter le coût.

5. Pour quelle raison la mise en place d’une

politique climatique suppose-t-elle une ré- flexion au niveau international ? L’environnement constitue un bien public mon- dial. Le réchauffement climatique qui résulte des gaz à effet de serre n’affecte pas exclusivement la zone géographique de l’émetteur. Si un territoire ou pays décide d’une politique de protection de l’environnement, ses efforts peuvent être réduits à néant par le comportement différent en la matière de ses partenaires. Sans politique concertée et ins- titutions internationales pour la faire respecter, la réduction d’émissions de CO 2 ne peut aboutir.

• Document 3

6. Quel lien peut-on établir entre les deux

graphiques ? Le premier graphique présente l’augmentation de la richesse par habitant en distinguant 3 types de pays sur deux siècles. Le second retrace la hausse des émissions de carbone fossile laquelle résulte de la consommation énergétique. Le « décollage » du PIB par habitant s’effectue à partir du milieu du XIX e siècle pour les pays développés, pour connaître une croissance ininterrompue jusqu’à la fin de la période observée. Pour les pays en développement, l’aug- mentation de la richesse par habitant se concrétise à partir de 1950. La production d’émissions annuelles de carbone quant à elle débute vers 1870, pour s’ac-

© Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

célérer à partir de 1950. Si jusqu’à cette date, les émissions sont quasi exclusivement le fait de l’ex- ploitation du charbon, leurs origines se diversifient ensuite (pétrole et gaz naturel). Au final, il apparaît clairement que l’accroissement de la production par habitant n’a pu se faire sans une forte augmentation de la consommation d’énergie.

7. Quel compromis l’économie doit-elle trou-

ver entre croissance nécessaire et protection de la planète ? La hausse de la production de richesses par ha- bitant ne peut se faire sans augmentation de la quantité d’énergie consommée. Or, les émissions de carbone qui en découlent détériorent la qualité de l’air et conduisent à un réchauffement clima- tique à même de remettre en cause les équilibres existants (doc. 7 p. 163). Outre les conséquences à terme des gaz à effet de serre, la poursuite de ce régime de croissance pose la question de l’épuisement des ressources. L’enjeu économique consiste donc à trouver un mode de production plus respectueux de l’environnement, qui per- mette malgré tout le maintien de la croissance (voir chapitre précédent).

• Document 4

8. Quels types de solutions existe-t-il pour

concilier croissance économique et réduction des émissions de gaz à effet de serre ? Les auteurs mettent en évidence que les inno- vations technologiques offrent un ensemble de solutions tant mineures (isolement des bâtiments) que majeures (production d’énergies alterna- tives), de sorte que la question de l’épuisement des ressources comme celle du réchauffement ne constituent pas des obstacles insurmontables à la poursuite de la croissance.

9. Pour quelles raisons la mise en œuvre de ces

solutions ne va pas de soi ? Les freins à la mise en place des solutions tech- nologiques évoquées par les auteurs tiennent à leurs coûts ainsi qu’à leur prise en charge. L’introduction de technologies propres élève le coût de production et dégrade de ce fait la compé- titivité de l’entreprise qui réalise de tels investis- sements. En d’autres termes, les entreprises ver- tueuses ne sont pas récompensées des externalités positives qui résultent de leur comportement. A contrario, celles dont les techniques de produc- tion contribuent fortement à l’émission de gaz

105

à effet de serre n’ont pas à prendre en charge le coût de la dégradation de l’environnement (ex- ternalités négatives). Le système de prix établi par les mécanismes du marché ne créé aucune incitation à adopter les « technologies propres ». Comme pour tout bien public, l’intervention éco- nomique de l’État est nécessaire, au moyen de mesures réglementaires, de taxes ou d’un système de quotas à même de modifier les arbitrages des agents. Dans tous les cas, l’intervention conduit à élever le coût du bien, décision qu’il est peu aisé de faire accepter, d’autant que les bénéfices ne se mesureront qu’à long terme.

B. lES moTIFS ET lES modES d’AcTIon

• Document 5

10. Quel serait, selon le rapport Stern, le coût

de l’inaction publique à l’horizon 2050 ? Le rapport Stern, aboutissement d’un travail collectif d’une quarantaine de chercheurs de différentes nationalités, établit qu’en l’absence d’intervention de la puissance publique, les coûts liés au changement climatique pourraient s’élever, à l’horizon 2050 entre 5 % et 20 % du produit intérieur brut mondial de 2005 par an. Le modèle retenu, PAGES, dit « modèle d’évaluation intégrée » retient notamment les impacts suivants (voir doc. 7 p. 163) :

– réduction de la productivité moyenne agricole en raison de la baisse de la pluviosité ;

– pertes humaines et immobilières dues aux évè-

nements climatiques extrêmes plus fréquents ;

– augmentation de la consommation d’énergie

(air conditionné) ;

– coûts liés à l’augmentation à la perte d’actifs

environnementaux (biodiversité). L’ampleur de la fourchette tient au fait qu’il s’agit d’un modèle probabiliste qui intègre :

– l’existence possible de « boucles de rétroaction

climatiques » qui aggravent les hausses initiales

de température ;

– le mode d’apparition des impacts du change-

ment climatique (progressifs ou non) ;

– les incertitudes sur les conséquences d’une

hausse de 5 à 6°C pour lesquelles peu d’infor- mations sont disponibles.

11. Qu’est-ce qui justifie l’intervention publique?

La comparaison entre le coût de l’inaction 5 à 20 % du PIB par an et celui de l’intervention,

106

plaide à l’évidence en faveur de l’intervention publique. Le rapport Stern identifie un ensemble de mesures permettant de réduire d’un quart les émissions de CO 2 provenant de l’utilisation des combustibles fossiles, puis établit le coût moyen des réductions à partir des taux de pénétration des différentes technologies et du coût marginal d’abattement qui leur est associé. Le coût cumu- lé de ces réductions de CO 2 pour un niveau de concentration des gaz à effet de serre dans l’at- mosphère fixé à 550 ppme (parties par million équivalent CO 2 ) en 2050 (seuil défini pour rester en dessous d’une hausse de température de 4 °C, avec une probabilité raisonnable) s’établirait à 1 % du PIB global.

• Document 6

12. Quel est l’objectif commun des trois solu-

tions décrites par l’auteur ?

L’objectif de trois types de mesures décrites est de réintégrer dans le système de prix la valeur des coûts induits par les émissions de carbone. Il s’agit d’internaliser le coût social lié à la pollu- tion, selon une logique de « pollueur-payeur ». La modification du système de prix qui en découle agit sur les arbitrages des agents à la faveur de consommations ou productions plus « propres ». Ces mesures créent un signal-prix à même de modifier les comportements (voir point notion).

13. À l’aide d’un exemple, illustrez chacune

de ces solutions Normes : limitations de vitesse, normes d’émis- sions des véhicules légers, réglementations ther- miques imposées aux logements, etc. Marché de droits à polluer : marché européen de quotas de CO 2 , etc. Fiscalité : système de bonus/malus, subventions à la R&D verte, certificats verts, etc.

• Document 7

14. Quels types de risque une hausse des tem-

pératures peut-elle générer ? Comme présenté dans le tableau, la hausse des températures a mécaniquement une incidence sur l’eau au moins à trois titres : la pluviosité, les quantités de ressources en eau et leur répar- tition, sur la végétation et la possibilité de mise en valeur des sols, sur la population tant du point de vue de son alimentation que sa santé ou son implantation (migrations). Si le tableau présente ces modifications séparément, ces évènements entretiennent des liens.

© Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

 
Modification des ressources en eau Réduction des surfaces exploitables + Réduction des rendements
Modification des
ressources en eau
Réduction
des surfaces
exploitables
+
Réduction des
rendements
Modification des ressources en eau Réduction des surfaces exploitables + Réduction des rendements
 
Submersion des zones côtières
Submersion
des zones
côtières

Environnement

et biodiversité

Modification de la flore et de la faune

 

Migrations

 

Famine

de

de Maladies,

Maladies,

populations

épidémies

15. Quels sont les impacts économiques prévi- sibles d’une hausse de la température ? La hausse de la température se traduit (voir sché- ma plus haut) par la multiplication des risques. Pour l’économiste, ces risques sont synonymes de coûts supplémentaires : augmentation des ver- sements pris en charge par les assureurs face à la montée des évènements climatiques extrêmes, hausse du coût de production des denrées alimen- taires en raison de la baisse des rendements et de la réduction de la surface exploitable, réduction du pouvoir d’achat, élévation des dépenses de santé liées à la dégradation de la situation sanitaire de la population, etc. On assiste à une réduction des différents facteurs nécessaires à la production de richesses (réduction de la croissance potentielle), alors même que les sources de dépenses s’élèvent.

• Pour argumenter

L’activité productive humaine génère des émis- sions de dioxyde de carbone à l’origine de changements climatiques à même de remettre en cause les fondements de la croissance, et de dégrader les conditions d’existence des généra- tions futures.

1. Environnement et défaillances du marché

a. Le climat, un bien public : ses caractéristiques

b. Comportement opportuniste, le mécanisme de

passager clandestin

2. La nécessaire intervention de la puissance

publique

a. Le coût de l’inaction supérieur à celui d’une intervention

b. Les modalités d’internalisation du coût des

dommages induits par la pollution

© Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

2. Les instruments de la politique climatique en pratique

MANUEL, PAGES 164-167

A. lA BoîTE à ouTIlS dES ÉconomISTES

• Document 8

16. Donnez un exemple de domaine pour le-

quel des normes d’émissions ont été fixées. Le domaine retenu dans l’extrait concerne celui du transport, et plus particulièrement les véhicules légers pour lesquels des normes d’émission ont été fixées au niveau européen. Concrètement, les véhi- cules nouvellement produits, à compter de 2012, ne doivent pas émettre plus de 130 grammes de CO 2 par kilomètres contre 160 avant cette date. Une approche similaire a été retenue au niveau international pour lutter contre la destruction de la couche d’ozone liée au rejet de certains gaz fluorés utilisés dans l’industrie du froid, les vaporisateurs et climatiseurs. Le protocole de Montréal signé en 1987 a graduellement interdit leur usage de sorte que les émissions sont passées de 7,5 milliards d’équivalent CO 2 en 1990 à 1,5 milliard en 2004.

17. Dans quel cas cette politique réglementaire

semble-t-elle adaptée ? Le recours à la norme est efficace lorsqu’un même niveau d’émissions peut être fixé dans un domaine pour l’ensemble des émetteurs, sans que ce niveau soit trop élevé au point qu’il n’ait aucune efficacité sur l’environnement, ni trop réduit au point que les coûts d’équipement pour atteindre la norme soient insoutenables pour les producteurs. En d’autres termes, la règle est un instrument adapté lorsque 1/ les sources d’émissions sont assez homogènes, 2/ la technique de production est parfaitement connue de sorte qu’il est possible de fixer un ni- veau approprié, 3/ qu’il existe une technique de production substituable. De surcroît, l’efficacité de la norme dépend de la capacité à contrôler son application sans qu’il en découle un coût exorbi- tant. Dans le cas des véhicules légers, le périmètre de l’application de la norme est parfaitement déli- mité et homogène, puisqu’il s’agit des véhicules neufs. Par ailleurs, la mesure des émissions de CO 2 est assez aisée, puisqu’elle est effectuée en amont pour chaque modèle.

18. Recensez les limites auxquelles se heurte

une politique reposant sur la détermination de

normes d’émissions.

107

L’application d’une même norme n’est pas effi- cace dès lors que les sources d’émissions sont hétérogènes. La diversité des techniques de pro- duction mobilisées rend non pertinente la défini- tion d’un niveau d’émissions unique. Pour cer- tains producteurs, la norme est aisément atteinte sans réalisation d’aucun effort, pour d’autres, le coût inhérent à la modification de la technique de production devient disproportionné au regard des gains réalisés en termes de réduction d’émissions. L’application d’une norme ne permet également pas de contrôler directement le volume global d’émissions. La limite est, en effet, définie par une unité. Dans l’exemple des véhicules légers, il s’agit d’une quantité d’émissions de CO 2 par kilomètre, de sorte que si le nombre de kms parcourus s’accroît ou que le parc automobile s’étend, le volume d’émissions peut continuer d’augmenter (voir doc. 9). Enfin, la norme ne constitue pas un mécanisme incitatif. Les agents économiques qui pourraient réduire les émissions au-delà de la norme fixée ne sont pas incités à le faire, faute d’avantage spécifique qu’ils en retireraient.

• Document 9

19. Quels ont été les effets positifs de l’intro-

duction de normes d’émissions européennes pour les véhicules légers ? L’introduction des normes européennes a conduit les constructeurs automobiles à mobiliser des innovations technologiques qui permettent une réduction effective des émissions de CO 2 par kilomètre des nouveaux modèles. Il est probable que sans l’introduction de la norme, les construc- teurs n’auraient pas recouru à ces innovations, en raison de la hausse du coût de production qui en découle.

20. Pour quelle raison ces normes n’ont-elles

pas permis de réduire le niveau de pollution ? Si la quantité d’émissions par kilomètre a reculé, le nombre de kilomètres parcourus a doublé et le nombre de véhicules s’est élevé, de sorte que le volume d’émissions au global n’a pas diminué.

• Document 10

21. Quels sont les deux secteurs qui contribuent

le plus aux émissions de GES ? Quelle part représentent-ils dans le total des émissions ? Les deux secteurs les plus contributeurs en ma- tière d’émissions de gaz à effet de serre sont,

108

d’une part, l’approvisionnement énergétique (ou production d’énergie, 25,9 % des émissions), et, d’autre part, l’industrie (19,4 % des émissions), soit au total 45,3 % des émissions.

22. Que peut-on en conclure si l’on souhaite

réduire significativement les émissions de CO 2 ? Les deux principaux secteurs émetteurs ex- pliquent à seuls presque la moitié des émissions, or ils sont au cœur de notre modèle productif. En d’autres termes, on ne peut envisager une réduc- tion massive des gaz à effet de serre sans une modification radicale de la manière dont nous produisons et utilisons l’énergie.

23. Pourquoi la mise en place de normes dans

ce contexte semble-t-elle insuffisante ? Au regard des modifications du mode de produc- tion attendues et des conditions très restrictives d’efficacité des normes telles que décrites dans la question 18, ces dernières n’apparaissent pas comme l’instrument économique le plus appro- prié. Le secteur de l’approvisionnement énergé- tique est clairement celui qui contribue le plus aux émissions de GES. Or, si l’on ne s’attache qu’au seul cas de la production d’électricité, force est de constater la diversité des combus- tibles utilisés et des techniques de production employées. L’application de normes dans un tel domaine supposerait de différencier les niveaux d’émissions au cas par cas pour tenir compte d’une telle hétérogénéité. Au final, la complexité du système à mettre en place, ainsi que son coût, le rendent inadapté.

• Document 11

24. Dans le cas de l’instauration d’une taxe,

à partir de quel critère le pollueur décide-t- il d’adopter un comportement de production ou de consommation qui réduit les émissions de CO 2 ? La définition du critère de décision s’appuie sur l’hypothèse standard de la rationalité écono- mique de l’agent, laquelle repose sur le raisonne- ment marginaliste. Ainsi, l’agent compare le coût généré par la réduction de sa pollution au prix de la taxe et fixe le niveau de réduction de sorte que le coût marginal de dépollution (c’est-à-dire le coût supplémentaire induit par la dernière unité produite) égalise la taxe.

25. Indiquez dans le schéma la quantité de pol-

lution évitée grâce à l’instauration de la taxe.

© Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

Cm associé à la réduction d’une unité supplémentaire de pollution

à la réduction d’une unité supplémentaire de pollution T= Taxe environnementale Q= Quantité d’émissions La

T= Taxe environnementale

Q= Quantité d’émissions

La quantité d’émissions évitée correspond à la pointe du triangle hachurée.

• Document 12

26. Comment se fait la régulation dans le cadre

des marchés de permis échangeables ? Dans le cadre d’un marché de permis, la régula- tion se fait d’abord sur les quantités. Les autori- tés fixent un volume de permis d’émissions, ou « droits à polluer », lesquels sont attribués aux différents agents émetteurs. Ces derniers peuvent utiliser l’ensemble de leurs droits ou les échanger sur un marché, si leur dotation excède leurs be- soins. Ces permis sont achetés par les entreprises qui a contrario ne parviennent pas à rester dans le cadre des droits qui leur sont alloués. De la confrontation de cette offre et de cette demande découle un prix du « droit à polluer ». 27. Pour quelle raison les agents dont « les coûts marginaux de réduction sont les plus faibles » sont-ils incités à réduire ces émis- sions ? Où sont-ils représentés dans le schéma ? Les entreprises pour lesquelles le coût de dépol- lution est le plus faible ont un avantage à réduire leurs émissions au-delà des quotas qui leur sont alloués, dès lors qu’elles peuvent revendre les permis non utilisés à un prix supérieur à ce qui leur en coûte de dépolluer. Dans le schéma, l’en- treprise B illustre ce cas de figure d’une réduction effective des rejets supérieure à ce que lui auto- rise ses quotas (rectangle hachuré bleu en dessous du trait horizontal), de sorte que le surplus est re- vendu à l’entreprise A (rectangle compensation).

B. lES condITIonS dE mISE En œuvRE

dES dIFFÉREnTS InSTRumEnTS

• Document 13

28. Parmi les trois instruments économiques

mobilisés pour la réduction des émissions, quel

© Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

est celui qui est systématiquement le moins efficace ?

La norme constitue l’instrument le moins efficace. Son caractère uniforme génère le plus souvent un surcoût pour la collectivité. Mal adapté aux sources hétérogènes des émissions, il est de surcroît un outil peu incitatif (voir doc. 8 p. 164, question 18).

29. Dans quel cas taxe et système de quotas

sont-ils équivalents en termes d’efficacité ? Dans un modèle de concurrence parfaite carac- térisé par un grand nombre d’agents et une cir- culation de l’information parfaite sans coût, les deux instruments taxe ou système de permis sont équivalents. Dans un tel modèle, la puissance pu- blique connaît avec certitude le coût induit par la dépollution. Elle sait donc déterminer le niveau optimal de la taxe de façon à ce que le coût de la réduction d’une unité supplémentaire de pol- lution ne soit pas supérieur au coût du dommage généré par cette unité de pollution. Ce qui revient à dire que la puissance publique est en mesure de fixer le volume global d’émissions tolérable tel que la dernière unité de rejet de CO 2 ne provoque pas des dommages supérieurs à ce qu’il en aurait coûté de la supprimer.

30. Résumez sous forme de tableau les critères

qui conduisent la puissance publique à opter pour la taxe ou le marché de permis.

Priorité

   

de la

puissance

publique

Contrôler le coût de la limitation des rejets.

Contrôler le

niveau total

d’émissions.

critères

Le coût lié à la réduction d’une unité supplémentaire de pollution est très élevé par rapport aux dommages évités.

Le coût des dommages liés à la dernière unité de pollution augmente très vite.

Instrument

 

Marché de

privilégié

Taxe

permis

• Document 14

31. Quel est l’impact d’une taxe sur le prix

d’un bien ? Toutes choses égales par ailleurs, c’est-à-dire sans modification du processus de production ou des autres coûts intermédiaires intervenant dans la production, une taxe conduit à une hausse du prix du bien.

109

32. Quel est, selon l’auteur le principal avan-

tage de la taxe ?

Le principal avantage de l’introduction d’une taxe est de modifier le comportement des agents économiques. Il s’agit d’introduire un « signal- prix » (voir point notion p. 162) incitant les agents à adopter des pratiques plus économes en émissions de dioxyde de carbone. Du point de vue du consommateur, une taxe différenciée selon les produits peut le conduire à effectuer de nouveaux arbitrages en faveur de ceux les moins polluants : c’est l’exemple cité du GPL, gaz de pétrole liquéfié. Du côté du producteur, le ren- chérissement du prix du produit, mais également des coûts de production, le conduisent à envisa- ger des investissements en faveur de technologies plus économes en émissions, dont la rentabilité n’était pas avérée jusque là.

33. Quel lien peut-on établir entre taxe et

compétitivité ? À court terme, l’introduction d’une taxe réduit la compétitivité-prix du produit, mais à moyen terme, l’introduction de nouvelles technologies permet de retrouver une compétitivité qualité, voire une compétitivité prix dans un contexte où l’ensemble des producteurs sont soumis à la même taxe. 34. Quelle condition essentielle détermine l’efficacité de la taxe ? Si l’objectif de la taxe est d’inciter l’agent éco- nomique à modifier son comportement en pri- vilégiant l’acquisition d’autres biens moins polluants, il importe qu’il existe des solutions alternatives. À défaut d’une substitution pos- sible par un autre produit, la taxe aura au moins pour utilité de permettre à la puissance publique de dégager des recettes à même de compenser la dégradation subie. En d’autres termes, l’intro- duction de cette fiscalité concourt de toutes les façons à internaliser une partie des coûts des dommages provoqués.

• Document 15

35. En vous aidant du doc. 13, indiquez les

raisons qui peuvent amener la puissance pu- blique à fixer une taxe en A alors que l’objectif est de ramener la pollution au seuil X. Les pouvoirs publics ne connaissent pas précisé- ment les coûts induits par la réduction de la pollu- tion une fois qu’ils sont agrégés pour l’ensemble

110

des entreprises. Pour éviter que la taxe introduite ne soit à l’origine d’un surcoût important pour la collectivité, la taxe est fixée en A. Pour ce niveau, la quantité d’émissions de CO 2 est réduite au-delà du niveau Y. L’instrument a donc été partielle - ment efficace, mais n’a pas permis d’atteindre l’objectif quantitatif initial fixé en X.

36. Dans ce cas de figure, quel est l’avantage

du recours aux quotas ? Le système des quotas attribués aux différentes entreprises émettrices de dioxyde de carbone pré- sente l’avantage pour les pouvoirs publics de dé- finir d’emblée le niveau d’émissions toléré, dans

la cas présent X. Par contre, l’incertitude qui pèse sur le coût de dépollution peut se traduire par une mobilisation de moyens pour la réalisation de cet objectif telle que les entreprises soient conduites

à abandonner d’autres projets ou à réduire leur

production. Le risque encouru est alors celui d’un

coût économique pour la collectivité supérieur aux dommages supplémentaires qu’auraient gé- nérés les émissions entre X et Y.

• Document 16

37. Quels sont, selon l’auteur, les avantages

de l’impôt pour réduire les émissions de carbone ? L’avantage de la taxe est de donner un « signal-

prix » clair et transparent à l’ensemble des agents

à même de modifier leurs comportements.

38. À quel obstacle se heurte l’introduction

d’une taxe visant à lutter contre le réchauffe- ment climatique ? La taxe est un instrument difficile à faire accepter. Les producteurs y voient une source de perte de compétitivité et les consommateurs un facteur de réduction de leur pouvoir d’achat. Dans le cadre d’une économie ouverte et concurrentielle, l’ar- gument relatif à la perte de compétitivité peut justifier que les recettes ainsi obtenues soient réu- tilisées sous forme de subventions à l’exportation ou que soit introduite une taxe aux frontières pour les importations (doc. 28 p. 173 + TD en ligne). La meilleure réponse à cette critique serait que la taxation soit appliquée à l’échelle internationale, de sorte que les conditions de la concurrence ne soient pas entravées.

Par ailleurs, l’argument de la baisse du pouvoir d’achat des ménages est à moduler. Du fait des externalités négatives liées à la pollution et au

© Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

réchauffement climatique, les ménages sont ame- nés, à titre individuel, à assumer des frais sup- plémentaires (primes d’assurance plus élevées pour couvrir des risques climatiques extrêmes mais plus fréquents, installation air conditionné, etc.) ou à endosser collectivement plus de charges (augmentation des cotisations maladie en lien avec les pathologies aggravées par la pollution). Au final, la taxe correspond plus à une réallo- cation de la prise en charge des coûts qu’à une hausse de leur montant.

• Document 17

39. Indiquez, pour les deux approches, le mode de calcul de la valeur carbone de référence et ses limites. Dans le cadre de l’approche « coûts/avantages », la valeur carbone est définie par la comparaison du coût des dommages provoqués par la pollu- tion pour les générations futures (coût social) à celui qui découle de la réduction des émissions. La faiblesse de cette approche tient à la difficulté d’évaluer l’ensemble des impacts de la pollution sur le long terme et à définir un taux d’actuali- sation pertinent (lui même dépendant du degré d’équité intergénérationnel accepté socialement). Dans l’approche « coûts/efficacité », la démarche retenue est plus pragmatique et privilégie le coût d’abattement socialement supportable. L’objectif est d’atteindre de façon progressive les niveaux de réduction d’émissions définis par les scien- tifiques (GIEC) en respectant deux priorités : 1/ s’attacher d’abord à la réduction des émissions là où les coûts d’abattement sont faibles 2/ ne pas peser sur la croissance. L’enjeu est de favoriser les changements économiques et de faciliter leur acceptation. Les objectifs de réduction et donc la valeur carbone sont déterminés, de façon nor- mative, a priori pour répondre à cette logique de progressivité.

• Pour argumenter

Dans un modèle de concurrence pure et parfaite où l’information serait entièrement libre et gra- tuite, les deux instruments économiques mobi- lisables pour réduire les émissions de dioxyde de carbone, que constituent la taxe environne- mentale et le système de permis échangeables, ont une efficacité équivalente. Dans l’économie réelle, le recours à l’un ou l’autre dépend de plu- sieurs facteurs.

© Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

1. Deux mécanismes incitatifs efficaces

a. Fiscalité et modification des arbitrages des agents

b. Quotas et réduction plus que proportionnelle

des émissions dans les domaines où les coûts d’abattement sont les plus faibles

2. Nature de l’incertitude et priorité des pouvoirs

publics

a. Le système de permis permet le contrôle du

volume des émissions, ce qui le rend plus adapté

si le risque majeur est celui d’une forte aggra-

vation des dommages si le niveau de pollution

s’accroît à la marge

b. La fiscalité permet de fixer un coût d’abatte-

ment supportable

3. Innovation technologique et degré d’accepta-

tion sociale

a. Une transition dans les modes de consomma-

tion et de production facilitée par l’existence

d’innovations b. Modalités d’acceptation d’une fiscalité environnementale

3. L’articulation des politiques climatiques au niveau international

MANUEL, PAGES 168-173

A. unE conSTRucTIon lEnTE ET HEuRTÉE

• Document 18

40. Pour quelle raison les pays de l’Union euro-

péenne construisent-ils leur propre système ?

Face à l’impossibilité de mettre en œuvre le pro- tocole de Kyoto sans les États-Unis qui tardent à signer, les Européens construisent leur propre système de quotas d’émission négociables :

European Emission Trading System (EST). Celui-

ci concerne les industries grosses consomma-

trices d’énergie et le secteur électrique, soit 40 à 50 % des émissions européennes.

41. Pour quelle raison la conférence de Durban

fixe-t-elle d’autres négociations pour un nou-

vel accord à l’horizon 2015 ?

Le

protocole de Kyoto, seul accord contraignant

au

niveau international en matière de politique

climatique, trouvait son terme fin 2012. Dans le cadre de l’accord de Durban, les 194 pays par- ticipant ont accepté qu’il se prolonge jusqu’en 2017, voire 2020. L’accord permet donc le main- tien de l’outil, mais ne crée pas de nouveau cadre

111

ou de nouveaux engagements pour la période qui suivra. Les 194 pays se sont donc donnés 3 ans (jusqu’en 2015) pour déterminer les règles qui seront applicables à tous.

• Document 19

42. Comment peut-on expliquer la position

prise par les États-Unis dans la décennie 1990 ? Dans cet extrait, Alain Lipietz, insiste sur la résistance des États-Unis à tout engagement en matière de politique climatique, de façon à évi- ter une hausse des coûts de production et main- tenir une croissance assise sur l’utilisation de ressources énergétiques à moindre frais. Si cette orientation est effectivement celle qui a prévalu, la position des États-Unis au cours de la décennie a connu différents revirements. Les États-Unis se sont opposés à des engagements contraignants en matière de lutte contre l’émis- sion de CO 2 dès la signature de la Convention cadre des Nations Unies à Rio en 1992. Si l’ac- cord appelait les pays signataires à limiter les concentrations de gaz à effet de serre, aucun ob- jectif quantitatif n’était fixé. Quelques pays euro- péens, dont la France, ont proposé l’instauration d’une taxe internationale sur le CO , laquelle a été rejetée par les États-Unis. Pour autant, l’admi- nistration Clinton reprend en 1995 le leadership des négociations en privilégiant le système d’un marché d’émissions. Des concessions sont faites des deux côtés, les États-Unis acceptent des objectifs plus ambitieux sur le volume de réduc- tion, les européens acceptent le système de per- mis échangeables. Les conditions semblent alors réunies pour que le protocole de Kyoto se mette en place. Mais l’artisan de cet accord, Al Gore, perd les élections présidentielles face à George BUSH. Le nouveau Président décide du retrait complet des États-Unis du dispositif de Kyoto, considérant que la priorité est au maintien de la croissance.

43. Quel est l’argument avancé par les écono-

mies émergentes ? La mise en place d’une politique de lutte contre les émissions de CO 2 au niveau international se heurte à la résistance des économies émergentes pour deux principaux motifs. En premier lieu, pour ces dernières, le niveau actuel de concen- tration des gaz à effet de serre étant le produit de

2

112

deux siècles de croissance des pays développés, il leur revient d’en assumer la responsabilité et la charge. Par ailleurs, accepter des contraintes de réduction d’émissions pour les périodes à venir briderait le processus de développement entamé depuis plusieurs années et rendrait impossible un rattrapage, ce qui peut-être perçu comme « une barrière déloyale ».

44. Indiquez la raison pour laquelle l’action

internationale est difficile à mettre en place. Si toutes les nations admettent depuis le début des années 1990, les risques liés au réchauffe- ment climatique (signature à Rio de la conven- tion-cadre), leurs positions sur les objectifs de réduction et les modalités à mettre en œuvre sont loin d’être identiques. Aussi, les négocia- tions se sont multipliées au cours de ces deux dernières décennies sans nécessairement aboutir. Globalement, il est possible de distinguer trois blocs de pays défendant des thèses et des intérêts différents :

– les pays de l’UE, favorables à une action

internationale ;

– les autres pays développés relativement hos-

tiles à des engagements communs et préférant privilégier des politiques climatiques nationales

ne remettant pas en cause les bases de leur crois- sance (États-Unis, Canada, etc.) ;

– les économies émergentes, opposées à ce que

des contraintes leur soient imposées au moment même où elles connaissent un développement. Selon les périodes, les plus volontaristes sont par- venus à obtenir des avancées au niveau interna- tional (protocole de Kyoto) ou ont dû se conten- ter d’initiatives sur des zones géographiques plus limitées (système européen d’émissions négo- ciables) face aux blocages des autres groupes de pays. La conférence de Durban (décembre 2011) illustre la fragilité de l’action internationale en matière climatique, puisqu’elle est considérée comme une « victoire » au seul motif d’avoir permis le maintien de l’unique dispositif contrai- gnant en place, à savoir le protocole de Kyoto.

• Document 20

45. Qu’est-ce qui détermine la surface des aires

représentées par le diagramme ci-dessus ? Dans cette représentation graphique, qualifiée d’histogramme (Flash Méthode 11 p. 376), la superficie indique la quantité d’émissions de CO 2

© Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

relativement à la population de la zone géogra- phique concernée.

46. Sur le modèle de la note de lecture, décri-

vez la situation de l’Asie du Sud. L’Asie du Sud (représentée en marron sur le gra- phique), composée d’une population de 2,2 mil- liards d’habitants, où chaque habitant rejette en moyenne 4 tonnes équivalent CO 2 , représente 13,1 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

• Document 21

47. Quels sont les pays concernés par les enga-

gements pris à Kyoto ? Pour quelle raison ? Les engagements quantitatifs de réduction du vo- lume des émissions inscrits dans le protocole de Kyoto (réduction globale de 5,2 % des émissions de GES entre 2008 et 2012 par rapport au niveau de 1990) ne concernent que les pays développés et les pays en transition (Russie, PECO), dans la mesure où la majeure partie des gaz à effet de serre émis par le passé résulte de l’activité des pays industrialisés. Ainsi, dans son préambule, la convention des Nations Unies sur le changement climatique entérine la responsabilité des pays industrialisés dans la constitution des « stocks » de gaz à effet de serre.

48.

de

Copenhague ? Le processus de développement que connaissent les économies émergentes modifie la situa- tion passée. Désormais, elles deviennent for- tement contributrices dans l’émission mon- diale de dioxyde de carbone (en particulier la Chine). Dans ce contexte, l’enjeu du Sommet de Copenhague était d’envisager un engagement de leur part sur des objectifs de réduction.

• Document 22

49. À partir du graphique a, indiquez quelles

ont été les performances des pays développés en matière de réduction de gaz à effet de serre

sur la période 1990-2007. Loin de réduire leur volume d’émissions de dioxyde de carbone entre 1990 et 2007, les pays développés dans leur ensemble ont contribué à leur augmentation. La hausse de leurs émissions par rapport à 1990 a été de 11 %.

50. Comment peut-on expliquer la réduction

moyenne sur la période des émissions des

Quel

était

l’enjeu

du

Sommet

© Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

pays regroupés dans l’annexe 1 du protocole de Kyoto ? L’amélioration globale des pays de l’annexe 1 est due aux économies en transition (Russie-PECO) et non aux autres pays développés comme indi- qué dans la question 49. La réduction d’émis- sions à hauteur de 35 % pour les économies en transition tient à la restructuration de leur appa- reil productif, et notamment à la fermeture des sites industriels les plus obsolètes et, de ce fait, le plus souvent très polluants.

51. Que peut-on observer parmi les pays déve-

loppés (graphique b) ? Au sein du groupe des pays développés, les ef- forts réalisés en matière de réduction des émis- sions ont été très inégaux. Seuls les pays de l’Union européenne ont réduit leurs émissions sur cette période : l’UE à 15 -4,3 % (soit en deçà de la cible des 8 % fixée initialement), UE à 27 -9,4 %. Les autres nations, en dépit des cibles annoncées, ont laissé les émissions s’accroître :

+ 8,2 % au Japon (cible -6 %) ; + 16,8 % aux États-Unis (cible -7 %) ; + 26,2 % au Canada (cible -6 %) ; + 30 % en Australie (cible +8 %).

• Document 23

52. Faites un tableau récapitulatif des inten-

tions de réductions d’émissions annoncées par

les différents pays cités.

union

 

européenne

– 20 % en 2020 par rapport à 1990

 

– 17 % en 2020 par rapport à 2005

États-unis

(soit -4 % par rapport 1990)

42 % en 2030 par rapport à 2005

(soit -33 % par rapport à 1990)

japon

– 25 % en 2020 par rapport à 1990

chine

– 40 à 45 % entre 2005 et 2020

Inde

– 24 % entre 2005 et 2020

Brésil

– 36 à 39 % entre 2005 et 2020

Indonésie

– 26 à 41 % entre 2005 et 2020

Afrique

– 34 à 42 % entre 2005 et 2020

du Sud

53. Ces engagements semblent-ils suffisants ?

Justifiez votre réponse. D’après les estimations réalisées par l’Institut de développement durable et des relations internatio- nales, les intentions de réduction annoncées par les différents pays restent insuffisantes pour atteindre l’objectif d’une hausse des températures limitée à 2 °C pour 2050 (objectif sur lequel s’est accordé

113

un grand nombre de pays car associé à un niveau de risque supportable). Pour réaliser cet objectif, il conviendrait que les pays développés aient réduit leurs émissions de 25 % à 40 % d’ici 2020, or les réductions annoncées ne permettent une diminu- tion que de 14 % à 19 %. La prise en compte des intentions des pays émergents ne suffit pas à ré- duire le différentiel. Au final, les tendances annon- cées conduiraient à une hausse des températures de 3 °C, ce qui en termes d’impact est très différent d’une hausse de 2 °C (voir tableau doc. 7).

• Document 24

54. Comment peut-on justifier des trajectoires

différentes entre pays développés et pays en développement jusqu’en 2020 ? La responsabilité des pays anciennement déve- loppés dans l’accumulation des gaz à effet de serre au cours des deux derniers siècles, du fait leur industrialisation, a justifié que des efforts de réduction des émissions leur aient été demandés, dès la mise en œuvre du protocole de Kyoto en février 2005. Pour ne pas entraver le processus de développement des économies émergentes, leur contribution à la réduction des émissions est différée dans le temps jusqu’en 2020 (courbe rouge). Pour autant, cette acceptation de laisser les émissions des PED s’accroître jusqu’en 2020 ne signifie nullement qu’aucun effort ne soit at- tendu d’eux. Cette période doit être utilisée pour développer des infrastructures à même de facili- ter la réduction des émissions après 2020, sans compromettre leur croissance. Ainsi, les phases de démarrage et les trajectoires retenues sont- elles différenciées par bloc de pays.

55. À la lecture de ce graphique, de quoi dé-

pend la possibilité d’atteindre l’objectif sou- haité en 2050 ? La possibilité d’atteindre l’objectif d’une hausse des températures limitée à 2 °C d’ici 2050 est conditionnée par la mobilisation forte de tous les pays, puisqu’il faudrait que les émissions soient divisées par 2 entre 1990 et 2050 (courbe bleue). Cela suppose, en particulier, une réduc- tion de 85 % des émissions des pays développés entre 1990 et 2050, ce qui traduit l’ampleur de l’effort à réaliser. Pour que cette trajectoire soit tenable, les experts du GIEC estiment que les pays développés doivent avoir réduit leurs émis- sions de 30 % entre 1990 et 2020 (courbe jaune).

114

B. EngAgEmEnTS InTERnATIonAux ET PolITIquE nATIonAlE

• Document 25

56. Comment peut-on expliquer les bonnes

performances apparentes de la France au regard des objectifs fixés à Kyoto ?

La France a réduit ses émissions de GES de 1,9 % entre 1990 et 2005, dépassant ainsi les objectifs de stabilité qui lui étaient assignés. Cette bonne performance est liée aux choix réalisés en matière de production énergétique dès les années 1960, en faveur d’une électricité d’origine nucléaire et hydraulique. L’importance de ce parc élec- tronucléaire, dont l’impact est nul en termes de gaz à effet de serre, explique que les GES émis par la France en 2005 ne représentent que 5,4 % des émissions européennes, contre 30,5 % en Allemagne.

57. Pour quelles raisons le Grenelle de l’envi-

ronnement préconisait-il néanmoins l’instau- ration d’une taxe carbone ? Usant de cet avantage comparatif que constitue la faible intensité carbonique de l’énergie, les fran- çais n’ont pas modifié leurs comportements ; de sorte que la consommation d’énergie continue de s’accroître (+23 % entre 1990 et 2005), et que les investissements structurels dans les secteurs clés du changement climatique ont pris du retard par rapport aux autres pays européens. En particulier, peu d’efforts ont été réalisés dans les secteurs du transport et du logement. L’avantage de l’intro- duction d’une taxe environnementale (voir doc 14. p. 166) est de fournir un signal prix à même d’inciter les agents à effectuer de nouveaux arbi- trages en faveur d’une consommation et d’une production plus économes en CO 2. De surcroît, les recettes dégagées peuvent aider à financer les investissements et la R&D nécessaires à cette transition vers une croissance « soutenable ». Bien que pionnière en matière de fiscalité éco- logique (1964 : redevance sur l’eau, 1985 : taxe sur la pollution atmosphérique), la France a pris du retard par rapport à ses voisins européens. Dès 1999, l’Allemagne a introduit une taxation sur la plupart des consommations d’énergie, le Royaume-Uni a instauré une taxe sur les change- ments climatiques depuis avril 2001 et l’Italie a mis en place une fiscalité écologique sur l’énergie depuis 1999.

© Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

• Document 26

58. Quelle part du PIB la fiscalité environne-

mentale représentait-elle en 2005 en France ? dans les pays de l’UE ?

La part des recettes fiscales environnementales dans le PIB s’élève à 2,4 % en France en 2005, contre une moyenne dans les pays de l’UE de 3 %, ce qui classe le pays au 19 e rang sur les 27 pays de l’UE selon Eurostat à cette date.

59. Quelle part la fiscalité environnementale

représentait-elle dans l’ensemble des recettes en 2005 en France ? dans les pays de l’UE ? Les recettes fiscales environnementales représen- taient 5,4 % de l’ensemble des recettes fiscales en France en 2005, contre 7,5 % en moyenne pour l’ensemble des pays de l’UE. Cette sous-représen- tation de la fiscalité environnementale en France est néanmoins liée au choix du nucléaire. Sans impact sur les émissions de GES (question 56), la France taxe peu sa production d’énergie, à la dif- férence de ses partenaires européens. Par ailleurs, des choix tels que le différentiel de taxation en faveur du diesel a conduit à une augmentation de la part des véhicules mobilisant ce carburant dans le parc automobile français, contribuant mécani- quement à la diminution des recettes.

• Document 27

60. Pour quelles raisons le gouvernement fran-

çais avait-il retenu les deux arbitrages men- tionnés dans le document ? La Contribution Climat Énergie ou taxe carbone, préconisée dans le cadre du Grenelle de l’environ- nement, répondait à la volonté de mettre fin à la gratuité des rejets de gaz à effet de serre pour l’en- semble des émetteurs. Par son prix unique et son ca- ractère transparent, la taxe apparaît comme un ins- trument simple à installer. Mais, dans ce cas précis, sa mise en œuvre supposait des ajustements pour permettre son articulation avec le système de permis échangeables instauré au niveau européen en 2005, et éviter que certaines entreprises ne contribuent à double titre. Dès lors, deux arbitrages sont apparus comme incontournables : 1/ un prix identique de la tonne de CO 2 à celui du prix du quota pour le calcul de la taxe carbone; 2/ l’exclusion du dispositif de la taxe des entreprises déjà soumises au dispositif du marché des permis négociables.

61. Pourquoi le rapport Rocard était-il attaché

à l’universalité du paiement de la taxe ?

© Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

Pour conduire les agents à modifier leurs com- portements rapidement, il importe que le signal- prix soit visible et indiscutable. Laisser entrevoir des perspectives d’exonérations négociables par tel ou tel remet à plat l’efficacité du dispositif, puisque les agents sont incités à reporter dans le temps les ajustements attendus.

62. Pour quel motif le Conseil constitutionnel

a-t-il censuré le projet de taxe carbone ? Pour faciliter la transition, le dispositif gouverne- mental prévoyait un système de compensations différencié pour certaines professions, en établis- sant en particulier un lien avec l’allègement fiscal dans le cadre de la réforme de la taxe profession- nelle. Face à l’absence de lisibilité de ce système de compensation, le Conseil constitutionnel a censuré le projet au motif du non respect du prin- cipe d’égalité de traitement devant les charges publiques dans le secteur des entreprises.

• Document 28

63. Quel est l’objectif d’une taxe carbone aux

frontières ?

L’objectif d’une taxe carbone aux frontières est d’éviter d’exposer les entreprises nationales qui doivent assumer une hausse des coûts, du fait des mesures de réduction des émissions, à la concur- rence des entreprises qui ne sont pas soumises aux mêmes exigences de protection environnementale. En l’occurrence, cette taxe aux frontières est appli- quée aux produits importés en fonction du niveau d’émissions requis pour leur production, d’où la dénomination plus précise de « mécanisme d’in- clusion carbone aux frontières ».

64. Pour quelle raison une taxe carbone euro-

péenne sera-t-elle difficile à installer ? L’introduction d’une fiscalité au niveau européen requiert un vote à l’unanimité des pays membres. Or, les conceptions de ces derniers tant sur la politique climatique que sur le rôle de l’Europe sont divergentes. Introduire une taxe au niveau européen revient pour chacun des pays membres à renoncer à la maîtrise de l’usage des recettes, ce qui constitue un frein évident à l’introduction d’un tel dispositif.

• Pour argumenter

Le climat relève non seulement des biens col- lectifs, mais de surcroît il s’agit d’un bien col- lectif mondial. Le rejet de gaz à effet de serre conduit au réchauffement de la planète dans son

115

ensemble. La mise en place d’une politique cli- matique ne peut avoir d’impact qu’à l’échelle internationale. Si chaque nation le conçoit, sa construction se heurte à des conceptions, à des intérêts différents, sans que de consensus puisse être défini faute d’institutions à même d’imposer des règles de fonctionnement globales. 1. Des conceptions différentes : un accord diffi- cile entre les nations

a. Des priorités divergentes au sein des pays dé- veloppés : croissance immédiate ou croissance soutenable

b. La question du partage des responsabilités,

le rôle des économies émergentes et l’échec de Copenhague 2. L’empilement des dispositifs et leur mise en cohérence

a. Multiplication des dispositifs nationaux et dif-

ficulté d’articulation avec les engagements intra

zone : l’exemple de la taxe carbone en France

b. Déficit de gouvernance des institutions euro-

péennes et internationales : exemple de la règle de prise de décision à l’unanimité ; report de la mise en œuvre du protocole de Kyoto, refus d’une taxe carbone européenne, ou d’une taxe aux frontières

Travaux dirigés : Le système européen de permis d’émissions

MANUEL, PAGES 174-175

Td 1 : lE FoncTIonnEmEnT du mARcHÉ EuRoPÉEn

• Document 1

1. Que peut faire une entreprise qui émet

moins de CO 2 que ne lui autorisent les quotas dont elle dispose ?

Une entreprise qui n’utilise pas l’ensemble des quotas auxquels elle a droit peut revendre ses excédents sur le marché européen de permis négociables à des entreprises qui ont besoin de droits à polluer supérieurs aux quotas qui leur sont alloués.

2. Quel élément permet de considérer que le

marché a contribué à une plus grande effica- cité économique ? D’un point de vue théorique, le marché contri- bue à une allocation optimale des ressources en permettant aux entreprises qui ont des besoins de mobiliser les excédents des autres. L’activité des premières n’est donc pas bridée et peut dépasser

116

le niveau qui aurait prévalu sans le marché. La réalité de ce fonctionnement se mesure à l’im- portance des transactions sur le marché. Si ces transactions sont inexistantes, cela signifie que la répartition des ressources était d’emblée opti- male et que le marché n’apporte aucune efficacité supplémentaire. Dans le cas du système européen de permis d’émissions, le volume des transactions en 2009 était équivalent à 2,4 fois le plafond de quotas an- nuels distribués. Aussi est-il possible de conclure que le marché participe à la réallocation des ressources, en permettant d’atteindre un niveau d’activité supérieur à celui qui aurait été défini en l’absence de la possibilité offerte d’échanger grâce au marché. Comme expliqué dans le doc. 12 p. 165, le marché des quotas est d’autant plus efficace qu’il incite les entreprises dont les coûts marginaux d’abattement sont les plus faibles à réduire leurs émissions au-delà de ce qui était attendu pour pouvoir revendre leurs excédents, de sorte que les entreprises dont les coûts d’abat- tement sont, à l’inverse, élevés, peuvent mainte- nir un niveau de production supérieur à celui qui aurait prévalu en l’absence de marché.

• Document 2

3. Selon quelles modalités les quotas sont-ils

alloués ? Jusqu’à la fin 2012, le volume de quotas distribué aux différentes entreprises d’un pays est défini par chaque État membre. Les entreprises béné- ficient gratuitement d’une allocation annuelle de quotas. En France, c’est la Caisse des dépôts et consignations qui tient le registre des 1 004 sites industriels bénéficiaires.

4. Quelle est l’évolution notable prévue pour

la période 3 (2013-2020) ? À partir de 2013, la répartition des quotas annuels entre les différents sites ne sera plus décidée au niveau national mais par la Commission euro- péenne, de sorte que la perception de la pérennité de la politique climatique devrait s’en trouver renforcée auprès des agents. L’enjeu de ce dis- positif est d’amener les entreprises à effectuer des investissements « verts » à même de réduire les émissions. Il importe, dans ce cadre, que les agents soient convaincus de la durabilité du dispositif. En transférant les procédures d’allo- cation au niveau européen, les possibilités d’in-

© Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

flexion d’un État pour répondre à des exigences conjoncturelles ou satisfaire certains lobbies dis- paraissent. Son pouvoir discrétionnaire est ainsi réduit.

• Document 3

5. Calculez le taux d’accroissement des vo-

lumes échangés sur la période observée. [(V d’arrivée - V de départ) / Valeur de départ] / 100 = [(5 016 - 262) / 262] x 100 = 1 814,5 % Le volume échangé a été multiplié par 19 sur la période observée.

6. Que peut-on dire de l’évolution des prix ?

Le prix moyen du quota est marqué par sa grande volatilité sur les 5 années observées, passant d’un minimum de 17,30 euros la tonne en 2007 à un maximum de 22,40 euros en 2008.

7. Le marché des quotas européens a-t-il at-

teint l’ensemble des fonctions habituellement assignées au marché ? Le système communautaire d’échanges de quotas d’émissions (SCEQE) a pour partie rempli les fonctions habituellement assignées à un marché. Le marché a permis d’établir un prix européen du carbone, qui est devenu une référence pour l’ensemble des industriels. Ce prix est intégré dans le calcul des producteurs, ce qui a encou- ragé des investissements « verts » et contribué à réduire les émissions (entre 120 et 300 milliards de tonnes de CO 2 , sur les trois premières années d’après l’évaluation réalisée en 2010). Le marché a permis une réallocation des res- sources, comme l’atteste la croissance du volume des transactions (voir question 5) au profit d’un maintien de l’activité (voir question 2). Pour autant, dans cette phase d’installation, le marché européen est marqué par un certain nombre d’imperfections, au titre desquelles la volatilité des prix, qui freine des investissements lourds imposant une visibilité sur du très long terme.

© Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

Td 2 : lA vARIATIon du PRIx du cARBonE :

FAcTEuRS ExPlIcATIFS ET ImPAcT

• Document 1

1. Rappelez sous forme de schéma les facteurs

qui déterminent l’offre et la demande de quo- tas de CO 2 .

offre

demande

Volume de quotas émis
Volume de
quotas émis

Marché

des permis

d’émissions

Détermination du prix d’équilibre du quota de CO 2

Détermination du prix d’équilibre du quota de CO 2 Conditions météorologiques Niveau de l’activité
Conditions météorologiques
Conditions
météorologiques
Niveau de l’activité économique
Niveau de
l’activité
économique
Prix relatifs des énergies fossiles disponibles
Prix relatifs des
énergies fossiles
disponibles

Possibilités

techniques

d’abattement,

c’est-à-dire de

réduction des

émissions

2. Donnez un facteur explicatif de la baisse du

prix des quotas pour chacune des deux pre- mières périodes du système européen.

Facteurs explicatifs

2005-2007

2008-2012

Excès d’offre : allocation de quotas supérieure aux besoins

Insuffisance de la demande, ralentissement de l’activité économique 2008 + augmentation de l’offre : revente des quotas pour dégager de la trésorerie

• Document 2

3. Rappelez le principe de fonctionnement du

marché à terme. Le principe du marché à terme est celui d’une transaction différée dans le temps (paiement et livraison des actifs à terme) effectuée aux condi- tions du jour du contrat. Le marché à terme ré- pond aux besoins de se prémunir de la volatilité des prix. Dans le cas des droits à polluer, l’entre- prise qui estime que son niveau de production va se traduire par un besoin de quotas supérieur au montant qui lui est alloué, mais qui anticipe simultanément une hausse du prix du quota, réa-

117

lise un contrat à terme lui garantissant l’obtention des quotas supplémentaires au tarif actuel.

4. Pour quelle raison la montée des comporte-

ments spéculatifs peut-elle entraver l’efficacité de la politique climatique européenne ? L’existence d’un marché à terme comme l’ouver- ture du marché carbone à l’ensemble des agents économiques (particuliers compris) encouragent les comportements spéculatifs, autrement dit des transactions dont la seule finalité est de réaliser une plus-value du fait de l’évolution du prix des actifs, indépendamment de la situation écono- mique réelle. L’objectif du système européen de permis d’émissions est d’amener les entreprises à réaliser des investissements « verts » en instaurant un prix carbone, autrement dit en introduisant un coût pour les rejets de GES. L’incitation ne sera ef- fective que si ce coût excède celui généré par l’ins- tallation de techniques permettant de réduire les émissions (coût d’abattement). Il importe donc que la spéculation ne conduise pas à une diminution du prix carbone en deçà d’un seuil qui supprimerait toute incitation. Plus généralement, la crainte liée aux mouvements spéculatifs réside dans la volati- lité des cours qu’elle provoque, laquelle remet en cause le rôle de signal-prix indispensable pour que la politique climatique soit efficace.

• Document 3

5. Pourquoi les acteurs économiques ont-ils

besoin d’évaluer à long terme le prix des droits d’émissions ? Les investissements à réaliser pour réduire les émissions de GES font appel à des technologies nouvelles qui engagent des coûts de R&D éle- vés, lesquels ne peuvent être rentabilisés que sur de très longue période. Comme pour tout autre bien ou service, le critère retenu par les start-up ou entreprises travaillant sur la mise au point des nouvelles technologies est celui de la comparaison du coût engagé pour la réalisation de l’innovation avec la somme des revenus actualisés générés par la vente de l’innovation (brevets, licences). Les revenus futurs dépendent quant à eux du nombre d’entreprises auxquelles la nouvelle technologie pourra être vendue, ainsi que du prix de vente. Or, la décision de faire évoluer le processus de produc- tion et d’investir dans les nouvelles technologies par les agents émetteurs de GES est à son tour fonction de la comparaison du coût de l’investis-

118

sement à la somme des recettes actualisées qu’il est susceptible de générer (efficacité marginale du capital). Pour déterminer ce coût d’opportunité, les agents ont besoin d’une visibilité à long terme du prix auquel ils pourront vendre le produit. Il importe donc d’être certain qu’à l’horizon de 20 ans ou au-delà, le prix du carbone ne se réduira pas au point que des concurrents mobilisant des techniques plus polluantes mais moins onéreuses pourront imposer des prix de vente tels que le coût de l’investissement ne serait plus couvert. 6. Le système de quotas européens répond-il à cette exigence ? Comme le souligne Jean Tirole dans cet extrait, le système européen de quotas ne répond pas à cette exigence de visibilité à long terme du prix du carbone, dans la mesure où les règles de fonction- nement ne sont déterminées que pour des phases courtes n’allant pas au-delà de la période 2013- 2020. Par ailleurs, l’absence de règle fixant un prix plancher prive les agents d’une information minimale leur permettant de s’assurer de la ren- tabilité de leurs investissements.

Sujets Bac

MANUEL, PAGES 133-135

dISSERTATIon

L’activité productive est source de rejets de dioxyde de carbone. Or, la concentration de gaz à effet de serre est à l’origine d’un réchauffement climatique dont les conséquences pourront être désastreuses du point de vue économique et so- cial à l’horizon d’une quarantaine d’années. Cette dégradation cumulative résulte des caractéristiques mêmes des biens environnementaux, qualifiés de biens collectifs par les économistes. Marqués par la non rivalité, c’est-à-dire par le fait que leur usage par certains agents ne l’interdise pas aux autres, et par la non exclusion, à savoir par l’impossibilité de priver quiconque de leur uti- lisation, ces biens ne peuvent être régulés par les mécanismes traditionnels du marché. L’absence de définition de droits de propriété permet à chaque agent d’en user sans assumer le coût inhérent à la dégradation occasionnée. Face à cette défail- lance du marché, la gestion des biens collectifs, et en particulier des biens environnementaux, exige l’intervention de la puissance publique. Mais,

© Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

en matière de climat, les pouvoirs publics d’une seule nation ne sauraient résoudre la question. Les externalités négatives ne se limitent pas aux frontières du pays, la pollution générée par les agents implantés sur son territoire, en contribuant au réchauffement de la planète, a des effets sur les autres pays. Ainsi, la gestion du climat dépend d’un ensemble de politiques développées à des échelons différents (nations, zones économiques, accords internationaux). Sur quels mécanismes s’appuient ces politiques ? Quelles règles défi- nissent leurs modes de fonctionnement ? Nous ver- rons que toutes s’appuient sur l’introduction d’une « valeur carbone », quel que soit l’outil mobilisé de façon à modifier le comportement des agents. Puis nous montrerons que ces mécanismes sont condi- tionnés par la nécessité de maintenir la croissance et tenant compte des contraintes internationales.

I. Réduire le volume d’émissions de CO 2 par la modification du comportement des agents La réduction des émissions de carbone, objectif de toute politique climatique, impose que cette pollution ait un coût pour l’agent.

A. Attribuer un coût aux émissions

1. L’internalisation des coûts externes

L’introduction d’un coût pour les émissions de CO 2 permet en premier lieu que l’agent prenne partiellement en charge les dommages qu’elles génèrent pour la collectivité. Cette internalisa- tion du coût permet l’installation du principe du pollueur payeur (doc. 1).

2. La détermination d’un signal-prix

L’intérêt d’appliquer un prix aux émissions réside principalement dans la modification des arbi- trages de l’agent. L’introduction de cette hausse de prix dans son calcul rationnel conduit à une ré- duction de la demande des biens dont la produc- tion induit des rejets importants (élasticité de la demande par rapport au prix) au profit des biens moins polluants. Ce mécanisme sera d’autant plus efficace que l’agent disposera d’alternatives.

L’objectif de la modification de la structure rela- tive des prix est donc d’encourager l’innovation et de favoriser l’introduction de techniques moins polluantes, en réduisant le différentiel de coût entre technologies propres et celles en place.

B. Les instruments privilégiés

Trois instruments économiques peuvent être mobilisés : les normes, la fiscalité environnemen-

© Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

tale ou la mise en place d’un système de permis d’émissions échangeables. 1. Les normes, assez largement mobilisées en Europe pour le domaine des véhicules légers, imposent de facto aux producteurs l’introduction de techniques moins polluantes. Cet exemple té- moigne des limites de l’outil. Malgré la réduction des émissions par km parcouru, l’augmentation du trafic et du parc automobile a conduit à une hausse globale de la pollution.

2. La fiscalité présente l’avantage de donner un

signal prix immédiat. L’agent compare le prix de la taxe au coût de réduction de la pollution. Le calcul rationnel le conduit à réduire sa pollution jusqu’au point où le coût d’abattement de la dernière unité égalise la taxe. Si cet outil est simple et transpa- rent, il est souvent mal aisé à faire accepter socia-

lement. Les agents y voient une hausse des prélè- vements obligatoires qui réduit leur compétitivité.

3. Le système de permis d’émissions négociables

contribue indirectement à la détermination d’un prix du carbone (doc. 2). Il s’agit en effet d’un mode de régulation par les volumes. La puissance publique fixe le niveau de rejets qu’elle estime acceptable et répartit aux émetteurs de CO 2 des quotas ou droits à polluer qu’ils peuvent échan- ger. Les entreprises dont les coûts d’abattement sont les plus faibles sont incitées à réduire leurs émissions au-delà des niveaux attendus, pour revendre leurs quotas excédentaires à celles qui au contraire ont des coûts marginaux d’abat- tement élevés. L’avantage du dispositif est de laisser l’agent choisir sa stratégie, mais surtout de contribuer à un maintien du niveau d’activité supérieur à celui qui aurait prévalu si une même contrainte avait été appliquée à l’ensemble des entreprises, indépendamment de leurs coûts d’abattement. Ce système mis en place par les pays de l’UE en 2005 s’est révélé assez efficace. Globalement, les nations ou blocs de pays mobi- lisent toute la palette de ces outils selon des com- binaisons différentes.

II. Réduire le volume d’émissions de CO 2 sans

brider la croissance

Tous les instruments des politiques climatiques s’appuient sur l’introduction d’un coût du car- bone, mais comment celui-ci est-il établi ?

A. Définir des objectifs de réduction à partir

d’une évaluation des risques supportables

119

1. Ne pas imposer des coûts au-delà de ce qui est

nécessaire. Le principe retenu n’est pas celui de compenser intégralement le coût des dommages subis par collectivité (coût social), mais de fixer des ob- jectifs quantitatifs en fonction du réchauffement climatique estimé tolérable à l’horizon 2050. En effet, l’évaluation de l’ensemble des dégradations dues à la pollution est difficilement réalisable car la totalité des effets ne se matérialisera que dans le très long terme, sans que l’on puisse présager de leur linéarité ou non. Se pose, notamment la question du taux d’actualisation à retenir.

Outre cette difficulté d’estimation de l’ensemble des dommages, il apparaît nettement que leur compensation intégrale constituerait un coût exorbitant à assumer, au point de remettre en cause toute possibilité de croissance.

2. L’application du principe coûts/avantages

Toutes les études réalisées aboutissent à des conclusions voisines de celles établies par le GIEC (groupe intergouvernemental d’experts sur le climat créé en 1990), selon lesquelles une hausse de la température de 2 °C d’ici 2050 correspond au seuil maximal de risques suppor- tables. Cette estimation permet d’établir dans quelle proportion les émissions doivent être ré- duites au niveau mondial.

B. Des mécanismes impactés par des enjeux internationaux

1. Le principe d’une « responsabilité commune

mais différenciée » (doc. 3) Pour être effective, la réduction des émissions doit concerner l’ensemble des nations. C’est ce qui jus- tifie que les politiques climatiques relèvent d’un cadre international doté d’objectifs communs.

Depuis le début des années quatre-vingt-dix, les pays signataires de la convention cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques s’accordent sur le constat du GIEC et la néces- saire contribution de chacun (doc. 1). Admettant que les pays anciennement industrialisés étaient les principaux responsables des gaz à effet de serre accumulés, le protocole de Kyoto a fixé des cibles contraignantes pour ce seul bloc de pays (y compris les économies en transition). Le temps des négociations internationales étant né- cessairement long en raison du nombre de nations qui doivent s’entendre, les différents pays ont

120

développé leurs propres politiques climatiques, s’appuyant sur des dispositifs variés. La mise en cohérence de l’ensemble constitue désormais une nouvelle source de difficulté. 2. Une priorité à la croissance dans le cadre d’un contexte concurrentiel exacerbé (doc. 4) Très concrètement, à l’exception des pays de l’UE, les objectifs de réduction définis par le pro- tocole de Kyoto n’ont pas été atteints. Nombre de pays industrialisés ont privilégié la croissance, dont les États-Unis, le Canada et l’Australie. Dans un contexte d’économies ouvertes, forte- ment concurrentielles, l’intégration d’un prix du CO 2 pour les producteurs des pays industria- lisés réduit leur compétitivité face aux écono- mies émergentes qui ne sont pas soumis à des objectifs contraignants (situation de la Chine doc 3). Pour faire face à cette contrainte, se pose la question de l’introduction d’un dispositif de taxes aux frontières. La difficulté réside alors dans la logique de représailles commerciales susceptible de s’engager.

Pour conclure, les mécanismes sur lesquels reposent les politiques climatiques visent tous à renchérir le coût des technologies fortement émettrices de CO 2 , de façon à encourager les changements de comportements des agents et assurer la transition vers un mode de production mobilisant des technologies plus économes. Leur efficacité dépend de la capacité à imposer ce coût supplémentaire dans un contexte de concurren- tiel. Sans coordination au niveau international, le risque est tangible que la recherche de compéti- tivité et de la croissance à court terme l’emporte sur l’objectif de réduction de la pollution.

ÉPREuvE comPoSÉE

• Partie 1 : mobilisation de connaissances question 1

Les biens environnementaux relèvent de la caté- gorie de biens qualifiés par les économistes de « biens collectifs » internationaux. Ils se carac- térisent par la non rivalité, en d’autres termes leur utilisation par certains agents ne saurait empêcher les autres d’en bénéficier, et par la non exclusion marquée par l’impossibilité d’en inter- dire l’usage à qui que ce soit. Ces caractéristiques rendent inopérants les mécanismes traditionnels du marché permettant la détermination d’un prix ainsi que l’allocation optimale. Faute de défini-

© Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

tion de droits de propriété, ces biens sont sources d’externalités : ainsi la pollution provoquée par un agent nuit à ses voisins sans que ces derniers ne soient dédommagés. Concernant les biens environnementaux, chacun mesure l’avantage qu’il y aurait à maintenir leur qualité, mais n’a individuellement aucun intérêt à y contribuer. En d’autres termes, le comportement de passa- ger clandestin l’emporte. Face aux défaillances des mécanismes du marché, la régulation pour ce type de biens ne peut être assurée que par l’inter- vention de la puissance publique.

question 2

Dans le cadre d’un système de permis d’émis- sions échangeables, l’offre est définie par le mon- tant des allocations attribuées par l’autorité de décision. Lui-même découle des objectifs que se fixe l’autorité sur le niveau tolérable de pollution. La demande dépend quant à elle, à court terme, de quatre facteurs : les conditions météorolo- giques (besoins en chauffage, en air condition- né, etc.), du niveau d’activité économique (les rejets augmentent avec le volume produit), les prix relatifs des différentes énergies disponibles (un prix faible du charbon comparativement aux autres énergies favorise son usage et donc la pol- lution : voir le cas de la Chine), les possibilités techniques d’abattement.

• Partie 2 : Étude d’un document

Le document extrait du quotidien Le Figaro, présente sous forme graphique l’évolution du prix du quota sur le marché européen des per- mis d’émission entre août 2008, début de la crise internationale dite des subprimes, et août 2009. Dans le cadre du système européen, 12 000 sites industriels dont 1 004 en France se voient allouer des quotas ou « droits à polluer ». Ce dispositif permet aux autorités de fixer le volume global d’émissions et de contribuer par là-même au res- pect des cibles fixées dans le cadre du protocole de Kyoto. Ces droits sont échangeables, de sorte que si une entreprise n’utilise pas l’ensemble de ses quotas, il lui est possible de revendre les excédents à une entreprise qui se trouve dans la configuration opposée. Le marché contribue ainsi à la détermination d’un prix du quota exprimé en euros pas tonne. L’évolution présentée par le document fait ap- paraître deux grandes périodes : une forte dimi- nution du prix du CO 2 (divisé par 3,5) entre

© Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

août 2008 et janvier 2009, et nouvelle augmen- tation de février 2009 à août 2009 (prix multi- plié par 2), sans pour autant retrouver le niveau de prix d’août 2008. Il importe de noter que ce dernier était particulièrement élevé au regard des prix du CO 2 connus depuis la mise en œuvre du système européen en 2005. Sur la première période du système 2005-2007, en effet, l’offre s’est révélée excessive, au point que les prix n’ont guère dépassé 17 euros la tonne. Fort de cette expérience, le montant total des quotas alloués au cours de la seconde période (2008- 2012) a été réduit de 160 millions de tonnes (-7,1 %) faisant remonter automatiquement le prix. La chute qui a suivi jusqu’au début de l’année civile 2009 traduit l’impact de la crise financière internationale. D’une part le niveau de l’activité économique s’est réduit. D’autre part, pour faire face aux difficultés de trésorerie, les entreprises ont revendu leurs quotas contribuant ainsi à accroître l’offre dans une période de faible demande. L’assainissement de leur situation ainsi que la légère reprise a permis une augmentation du prix du CO 2 à partir de février, qui reste néan- moins modérée.

• Partie 3 : Raisonnement s’appuyant sur un dossier documentaire

Les biens environnementaux, et en particulier le climat, constituent ce que les économistes quali- fient de biens collectifs purs. Autrement dit, leurs caractéristiques de non rivalité et de non exclusion rendent inopérants les mécanismes traditionnels du marché dans leur régulation. Leur usage col- lectif et leur caractère indivisible ne permettent pas l’identification des quantités consommées par chaque agent, de sorte qu’il est impossible d’éva- luer leur contribution respective à la dégradation climatique. Pour ce type de biens, l’intervention de la puissance publique devient indispensable pour pallier aux défaillances du marché. Comment, dans ce contexte, le recours au marché peut-il apparaître comme une solution possible ?

I. Le système de permis d’émissions échan-

geables au service de la mise en œuvre du prin-

cipe « pollueur-payeur »

A. L’enjeu des politiques climatiques réside dans

la réduction du niveau de pollution par la réin-

tégration du coût social des dommages dans le système des prix. Deux modalités de régulation sont alors possibles (doc. 1) :

121

1. par les prix (solution A.-C. Pigou). L’autorité intro-

duit une taxe environnementale qui modifie la struc- ture relative des prix. L’effet attendu est celui d’un changement des arbitrages des agents en faveur des biens dont la production génère le moins de rejets;

2. par les quantités. La puissance publique ins-

taure des normes ou institue une allocation de droits à polluer (solution R. Coase). Dans les deux cas, l’objectif est de ne pas dépasser un vo- lume donné d’émissions. Pour autant, les normes apparaissent moins efficaces que la distribution

de droits d’émissions, car l’objectif quantitatif n’est atteint que sous réserve d’un niveau de pro- duction ou de consommation inchangé.

B. La résolution de la question des droits de pro-

priété rend possible le fonctionnement de marché

1. Un mécanisme incitatif bien accepté parce que

laissant le choix aux agents : entre le rachat de quotas supplémentaires ou l’investissement dans des techniques d’abattement ;

2. Un gain collectif. Les surcoûts pour l’écono-

mie sont limités, puisque les secteurs où les coûts marginaux d’abattement sont les plus faibles sont incités à réduire les émissions au-delà des niveaux attendus pour revendre leurs quotas excédentaires aux entreprises dont les coûts d’abattement sont très élevés. Ces dernières peuvent conserver de facto un niveau d’activité supérieur à celui qui prévaudrait sans le mécanisme d’échange. Le marché contribue à la meilleure allocation pos- sible des ressources. (doc. 1)

II. Réalité de l’efficacité du dispositif : l’exemple

du marché européen

A. Des atouts évidents

1. En fonctionnement depuis 2005, le système de

permis échangeables européen alloue des quotas à 12 000 sites industriels (dont 1 004 en France), lesquels sont à l’origine de 40 % des émissions de CO 2 en Europe. L’évaluation réalisée sur la première période de fonctionnement 2005-2007 établit une réduction des émissions des 160 à 300 millions de tonnes de CO 2 .

2. Le fonctionnement de marché a permis d’éta-

blir un prix carbone, conformément à la logique du signal-prix recherchée, qui est devenu une référence internationale. Le coût de la pollution est désormais intégré au coût de production. Le mécanisme d’allocation optimale grâce au mar- ché a bien fonctionné, comme l’atteste l’augmen- tation du volume des transactions (doc. 2).

122

B. Limites et imperfections

1. Dans sa mise en place, le système européen

a concerné les secteurs fortement émetteurs de

CO 2 les plus aisément identifiables : centrales électriques, aciéries, cimenteries, raffineries, papeteries, chaufferies urbaines, usines agro-ali- mentaires, caractérisées par une forte concentra- tion. La généralisation à l’ensemble des émet- teurs interroge dès lors qu’il faudra envisager une répartition de quotas à multitude de petits pro- ducteurs. Une combinaison entre différents outils

(taxes et quotas) peut sembler alors plus efficace. 2. Le fonctionnement du marché des permis, et notamment l’émergence d’un marché à terme, est

à même d’encourager des comportements pure-

ment spéculatifs. Des ententes conduisant à une raréfaction des quotas pour faire monter leurs prix peut se traduire par une hausse excessive des coûts de production et donc par une perte de com- pétitivité. A contrario, une chute des prix remet en cause l’objectif visé par la puissance publique d’inciter les entreprises à adopter des techniques de production moins polluantes.

Le marché de permis d’émission s’avère un outil utile dans le cadre d’une politique de réduction des rejets de CO 2 . Si des améliorations s’avèrent nécessaires pour éviter une trop forte volatilité des prix sur ce marché, qui entrave la fonction de

signal-prix attendue, le principal point à résoudre reste celui d’un cadre international structuré au- tour de cibles communes, pour contrecarrer une perte de compétitivité des pays qui s’astreignent

à la réduction des émissions.

ÉPREuvE oRAlE dE conTRôlE

• Questions de connaissance

1. Quelles sont les différentes dimensions qui permettent de définir la notion de développe- ment durable ? Le développement durable est le « développement qui répond aux besoins du présent, sans compro- mettre la possibilité pour les générations futures de répondre à leurs propres besoins ». Au-delà de cette définition retenue par le rapport Brundtland en 1987 se cache désormais un triptyque : l’envi- ronnement, le social et l’économique. Un déve- loppement réellement durable doit donc :

– se préoccuper du maintien de la biodiversité, de

l’équilibre des écosystèmes, de la reconstitution du capital naturel renouvelable, de la quantité de

© Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

déchets que la Terre est capable d’absorber ou les hommes capables de recycler, ou enfin des conditions de remplacement des ressources non renouvelables avant leur épuisement ;

– assurer l’équité sociale avec un meilleur accès

à l’éducation, à des emplois durables, à des loge-

ments sains et des services sociaux de qualité ;

– améliorer l’efficacité économique par une ges-

tion optimale des stocks d’actifs qui composent le bien-être. La soutenabilité repose ainsi sur la réconciliation entre la croissance économique, la cohésion so- ciale et la préservation des ressources naturelles. Elle ouvre un débat sur le contenu de la crois- sance qui permettrait cette réconciliation. 2. Montrez en quoi les capitaux social et insti- tutionnel doivent participer au bien-être d’une société. Le bien-être est multidimensionnel. Sa réalisa- tion s’apparente à un système de production à capitaux multiples. Parmi eux, le capital social correspond pour Bourdieu au réseau de relations accumulées par un individu et mobilisables par exemple pour optimiser une position profession- nelle. Le capital institutionnel est défini comme l’ensemble des institutions sociales, écono- miques, juridiques ou culturelles qui régulent les comportements individuels ou collectifs au sein d’une société. L’accumulation de ces deux types de capital pro- duit des externalités positives, qui construisent le bien-être de tous. Ainsi, R. Putnam, qui conçoit le capital social comme une ressource plus collec- tive qu’individuelle, montre que la participation d’un individu à des compétitions régulières de bowling produit de la solidarité, des échanges d’idées et du lien communautaire. La multipli- cation de ces relations sociales tissées au sein d’associations favorise la cohésion sociale. Par ailleurs, l’intégration économique euro- péenne commencée après la Seconde Guerre mondiale a en réalité servi pour les pères fon- dateurs de l’Europe de prétexte à la définition d’institutions politiques supranationales. Ce capi- tal institutionnel a produit des biens publics euro- péens : la paix et la reconstruction. Le renforce- ment de cette Europe politique peut aujourd’hui aider notamment à la sauvegarde collective de la planète, avec par exemple la mise en place en 2005 du marché européen des droits à polluer.

© Nathan, 2012 – SES Term., coll. C.-D. Échaudemaison

3. Comparez à l’aide d’un calcul simple le coût horaire de la main-d’œuvre dans l’industrie manufacturière en France et au Brésil. En 2010, le coût d’une heure de travail en France dans l’industrie manufacturière est 4 fois plus élevé qu’au Brésil, selon le département améri- cain du travail.

• Questions principale

La problématique de cette question renvoie aux déterminants de l’internationalisation des entreprises.

lecture des documents

Doc. 1 : Il permet de comparer les différents coûts horaires du travail dans l’industrie manufactu- rière entre les pays. L’écart mesuré est plus élevé entre les pays émergents et les pays développés qu’entre les pays développés. Toutefois, il existe des différences notables au sein même de l’Union européenne, entre par exemple le Portugal et les pays du Nord de l’Europe. Ces données per- mettent d’expliquer par exemple la délocalisation de la production industrielle des pays où le coût du travail est élevé vers les pays où ce coût de travail l’est moins. Doc. 2 : Il explique pourquoi le déterminant le plus important de l’internationalisation d’une en- treprise, c’est-à-dire l’implantation d’une filiale à l’étranger, n’est pas le coût du travail mais la protection d’un secret de fabrication. Confier ce savoir faire à un sous-traitant, c’est le rendre non excluable et perdre l’avantage compétitif lié à la détention de ce secret. Le choix de la filiale est donc un moyen d’internaliser une externa- lité. La société-mère protége son capital imma- tériel tout en s’implantant sur le marché ciblé. L’internationalisation du processus de production concerne donc d’abord les entreprises où les ac- tifs incorporels sont les facteurs de production les plus déterminants, en raison de la compétitivité hors prix qu’ils permettent de créer. Le plan proposé est structuré en deux parties :

I. Le coût du travail est un déterminant important de la stratégie d’internationalisation des entre- prises lorsqu’elles recherchent une compétitivité prix. II. Mais il est inutile pour les entreprises qui recherchent une compétitivité hors prix.

123