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Samedi 31

mai.

Il y a dans notre être une agitation incessante, il est né­ cessaire de se demander souvent ce que nous voulons, ce que nous cherchons, ce qui justifie cette lutte apparemment inutile, ces souffrances, ces efforts. Quand je parle, je voudrais que vous appliquiez ce que je dis à vous-même, non à des voisins, parce qu’il est beau­ coup plus intéressant de l’appliquer à soi-même. L ’examen de soi-même a une valeur d’entraînement, tandis qu’éplucher les autres n’a aucune fin utile.

demandez ce que vous cherchez, vous

voulez

un tout, ce qu’est la vérité considérée comme un tout. Vous

agit comme

Or,

si vous vous

réellement comprendre

comment

la vie

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voulez trouver l’universel, au sein de la masse des particu­ larités. Vous voulez comprendre la vie dans les nuances va­ riées de son expression, comment vous pouvez, vous, individu, exprimer cette vie, comment vous pouvez assimiler le bon­ heur qui est le fruit de la vie. Vous remarquerez que tout individu, avancé ou non, désire comprendre la vie selon sa manière particulière, l’abaisser à son niveau et l’adapter à lui-même. Le philosophe intellectualise la vie, construit des systèmes pour expliquer les choses, et cherchera la vie le long de cette ligne spéciale. Le poète cherchera la compré­ hension de la vie dans l’harmonie et la beauté des mots, et ainsi de suite. E n résumé, chacun veut interpréter la vie sui­ vant ses propres désirs, ou en termes d’un système, ou de la religion à laquelle il appartient. Si vous voulez comprendre la vérité dans sa totalité, vous ne pouvez l’approcher en suivant une de ces lignes particu­ lières, parce que la vie renferme tout; elle est au delà de toutes les philosophies, au delà de la guirlande des mots, au delà de la beauté et de la laideur, de la richesse et de la pauvreté; et cependant, parce qu’elle est au delà de tout, elle est en tout. Si vous avez un sérieux désir de comprendre, il faut sai­ sir cette plénitude, cette totalité et vous libérer de toutes les fantaisies spéciales du désir. La vie, comme principe inté­ rieur, est la perfection de la pensée et de l’amour; et le che­ min de cette perfection va du personnel à l’impersonnel. Il y a toujours conflit entre l’intelligence et l’émotion jus­ qu’à ce qu’ils soient équilibrés dans le bonheur en soi de la vie libérée. Tous les désirs particuliers — du poète ou du philosophe, aussi bien que de l’étourdi qui cherche le plaisir — sont, au fond, le désir du bonheur en soi, du bonheur permanent; c’est ce que votre propre vie — séparée qu’elle est, prise dans les réactions, poussée par la peur — cherche réellement; c’est son ultime potentialité qu’elle aspire sans

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cesse à actualiser

soin intérieur que nous appelons désir, s’accompagne, en gé­ néral, de l’envie de faire partager à quelqu’un d ’autre cette irréalité. Je vais expliquer. Vous voulez donner la compré­ hension et l’amour d ’une certaine manière qui est « la vôtre » ; vous êtes blessé quand on ne l’accepte pas; mais

ce don n’est que le don de l’illusion, non de la réalité. Aussi, renferme-t-il une certaine cruauté, car il naît du désir de do­ miner, de guider, de contrôler c’est ainsi que nous recevons notre moralité bornée. Donner et recevoir aboutissent au même résultat. Donner ne fait qu’affaiblir l’individu; deman­ der, c’est compter sur une chose extérieure; la vérité n’a rien de commun ni avec l’un, ni avec l’autre.

1autre, c’est que vous

vous échappez de vous-même : à cela, vous devez résister. Si vous résistez, que reste-t-il? Q uand vous ne donnez

rien et que vous ne désirez rien, qu’êtes-vous? Vous « Etes », ce qui est la seule chose positive dans l’homme.

’être est sans crainte et ne dépend de rien en dehors de

lui-même; aussi, il ne projette pas d’ombre. Il ne connaît pas la séparation, il est immortel. E t lorsque vous, comme individu, entrez dans cet Etre pur, vous deve­ nez l’expression bienheureuse de la vie, parce que vous avez expérimenté toutes choses. Ainsi l’Etre est l’épanouissement de la vie. Voilà ce que chacun cherche. Etre lui-même; ne pas dépendre de l’extérieur pour désirer ou donner. Q uand vous êtes devenu cet Etre, vous êtes le rayon de soleil dans lequel tout se développe, dans lequel il n’y a rien qui soit bien ou mal, mauvais ou indifférant. Ainsi ne cherchez pas à comprendre cet Etre à travers n’importe quel canal particulier; il est bien au-dessus de tou-

(1). Toute satisfaction irréelle de ce be­

L a véritable racine de

1un

et de

L

( 1)

Ici

K.

développe

D .

(N .

comme plus haut.

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encore

E.)

une

fois

les

trois

stades

du

désir,

U;8 ces mesquines créations de l’illusion. Cherchez-le en reje­ tant toute crainte, et lorsque vous l’aurez fait, la vie vous montrera ce qu’il faut être. Je pensais que ce serait un bon moment pour vous dire adieu à tous ce soir, plutôt que demain matin où il y aura une si grande foule. Je voudrais vous dire que je ne revien­ drai pas ici avant deux ans. Je passerai l’année prochaine en Europe, puis une année aux Indes, et je reviendrai ensuite en Amérique. Je sens qu’il est nécessaire d ’être toujours absolument sin­ cère, la vérité n’admet pas les demi-mesufes. Le danger de la demi-sincérité, c’est qu’en réalité, vous la préférez. P ar­ tout où je vais, je remarque un sentiment de conciliation; il ne peut jamais y avoir de conciliation. Comme vous devez changer de jour en jour, vous ne pouvez concilier hier et aujourd’hui. L a conciliation naît de votre incertitude. Si vous êtes certain de quelque chose, vous ne pouvez concilier. Je vous souhaite un heureux voyage et vous dis au revoir.

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