Vous êtes sur la page 1sur 6

KRISHNAMURTI

RÉUNION

A OMMEN

D’ÉTÉ

Ju illet

1931.

Depuis ces dernières années, où j ’ai parlé, il s’est produit,

à mon sujet, ou au sujet de ce que j ’ai dit de vifs désappointe­ ments ou de grandes désillusions, et je voudrais pendant ces

premiers jours rendre

d ’exprimer.

L a réalisation de la V érité, de la V ie, ne peut s’accomplir

que p ar vos propres

constante attention pour écarter les nombreuses illusions ou déformations qui entourent la R éalité. L a première chose à saisir, c’est que vous pouvez réaliser cette vie par votre propre compréhension, votre propre force, votre propre réflexion et

qu’en vous-même est l ’éternité de la V ie. D ans la petite p ar­ celle de V ie enfermée en chacun, se trouve contenu l’Univers entier.

dans sa plénitude,

c’est comprendre la V érité, la V ie ; elle peut être expérimen­

tée en cette vie, en elle se trouve le cours entier du temps.

futur est

présent, dans cette vie.

F aire cette expérience et la vivre continuellement, c’est l’im­

m ortalité qui ne s’obtient

Cette petite parcelle qui est la totalité de la V ie, de la mani­ festation, de l ’esprit et de la m atière non séparés, la totalité de l ’U nivers, qui est au d elà du temps, elle existe en toute chose.

pas plus tard m ais dans le présent.

une illusion, la R éalité est

parfaitem ent clair ce que j ’ai l’intention

forces, par votre propre effort, par votre

M aintenir à tout moment cette réalisation

L e

Tem ps représenté comme s’étendant dans le

dans

le

P o ur réaliser cela, vous ne devez compter que sur votre

25

propre force; il faut devenir conscient de votre propre souf­ france et savoir que tout dépend de votre propre effort. Cette expérience n’est ni mystique, ni sentimentale, ni émotionnelle, ni occulte: elle se réalise par la raison graduellement dépouil­ lée de toute personnalité, de toute inclination personnelle. Cette raison mène à la perception intérieure.

Cette vérité, donc, ne peut être réalisée que par votre intelligence, non par un compromis entre ce que je dis et ce que vous croyez. L a plupart d’entre vous appartenez à diffé­ rentes sociétés, différentes organisations. Pour moi, la V ie ne peut être réalisée par le moyen d ’une organisation quelconque. Je veux rendre ceci absolument clair, afin qu’il ne puisse exister là dessus aucun malentendu. C e n’est pas la peine de perdre notre temps à discuter des choses qui n’ont pas de valeur. C ’est pourtant ce que nous faisons chaque année. Vous ne pouvez transiger en disant que je présente un seul côté de la V érité. L a V érité, selon moi, ne peut être atteinte que par votre propre rentrée en vous-même, votre propre force, votre capacité d ’attention continuelle, et pour cela, vous ne pouvez la trouver dans aucune religion instituée, ni par l ’intermé­ diaire des prêtres, des cérémonies, des dieux personnels, ni par le culte, les Sociétés, les organisateurs. Vous ne pouvez la trouver non plus dans la sensation, ni l ’émotivité, ni par l’inter­ médiaire d ’un autre, ni par moi-même. Comme la V érité est en vous-même dans sa plénitude, dans sa totalité, vous ne pouvez l’atteindre par le salut extérieur. On vient ici pour différentes raisons. Les uns trouvent que c’est un endroit très agréable pour passer des vacances;

amitié pour moi, d ’autres pour chercher

d ’autres viennent par

de quelle manière ils pourraient faire un compromis entre ce que je dis et ce qu’ils croient. U n petit nombre peut-être vien­ nent parce qu’ils sont ardents à comprendre ce que je dis. L a majorité cependant désirent transiger entre ce qu’ils croient et

26

ce que je dis. Ils veulent courir dans deux directions à la fois; mais les directions sont diam étralem ent opposées. Comprenez- moi bien. D e ce désir de compromis naît le gaspillage de l’énergie, la lutte sans but, la misère, l’anxiété; on scrute son cœur sans le purifier, on a l’esprit en alerte sans avoir la flexibilité de la sagesse. Si réellement vous voulez saisir ce que je puis vous indiquer, si réellement vous voulez comprendre ce que je dis, soyez absolument détachés, ayez un esprit flexible, mais non faible, et n’ayez en aucune manière le désir de transiger. Je sais que je répète les mêmes choses depuis trois ou quatre an s; mais très peu ont reconnu combien ce que je dis est opposé à leurs croyances, à ce qu’on leur a dit de la vie en général, ou à mon sujet, en particulier. Comprenez, je vous prie, que vous ne pouvez concilier deux choses diam étralem ent opposées. V ous pouvez concilier des choses de même qualité, mais non celles qui n’ont rien de commun. Je vais vous le faire comprendre par un exemple ; c’est un vieil exemple, mais n’y prenez pas garde, car il est dans l’esprit et le cœur de tous à différents degrés, à travers le monde. O n mê demande souvent si je crois au M aître, à un D ieu personnel. Derrière cette question se trouve le désir de mettre son espoir dans un autre pour trouver le salut, la force, la consolation, l’enthou­ siasme, le but. V ous adaptez vos idées de vénération à diffé­ rents objets de vénération. Quelques-uns d ’entre vous invo­ quent le Christ, d ’autres un M aître; les uns regardent vers le Buddha, les autres vers les prophètes et les prêtres. Q uel­ ques-uns substituent un objet à un autre et s’im aginent qu’ils avancent vers le bonheur; mais c’est toujours un culte, un regard vers un autre, une cérémonie, que ce soit dans un temple ou sur les bords d ’une rivière.

je dis est entièrement l ’opposé de tout cela. Je vais

prendre un autre exemple. Beaucoup de personnes pensent

C e que

27

qu’en élargissant leur soi-conscience, comme individus, elles réaliseront à la fin la V érité. Ceci encore est diamétralement opposé à ce que j ’affirme. J e ne vous demande pas de croire ce que je dis, mais je vous prie de l’examiner sans désirer faire des compromis. Vous avez le désir de l ’adoration, désir né de la peur et de toutes ses complications. V ous avez le

désir d ’élargir votre soi-conscience, pour acquérir plus d ’auto­ rité, plus de pouvoir, plus de qualités. On ne peut réaliser la

V érité par le moyen d ’un culte, ni en s’accrochant à la soi-

conscience. Vous ne pouvez honnêtement soutenir que vos

cultes, vos cérémonies, vos idées de sentiers, d ’aspects de la

V érité, votre ardent désir de continuité de votre soi-conscience

à travers le temps, vos idées de salut et de renoncement, de

ou de réalisation au moyen

d ’une

d ’une Société, soient en

chefs, de disciples, d ’autorité,

institution,

d ’une

église

ou

essence ou en partie ce que je tiens pour la V érité. S i vous comprenez cela, vous ne pourrez avoir de désillusions à mon sujet, ni à propos de ce que je dis. M ais si vous gardez, comme

arrière plan, toutes ces choses qui pour moi sont des illusions,

si vous conservez votre vieille attitude d ’esprit, vous ne pouvez

attendre que j ’adopte vos systèmes, vos règlements, vos images.

A insi encore une fois, je veux faire bien comprendre que ce que je dis est diamétralement opposé aux croyances qui

encouragent, sous

l’élargissement de sa propre conscience à l ’aide du temps,

l ’identification de sa propre personnalité après la mort. Toutes ces croyances sont entièrement opposées à ce qui, pour moi est la V érité, à ce qui, dans sa plénitude, existe dans chaque

n’importe quelle forme, le culte d ’un autre,

être humain, à tout inexistante.

E ssayer de transiger

n’est que

gaspillage de temps, d ’énergie,

source d ’agitation et

d ’anxiété

sans but. Je sais qu’il est très difficile de vous séparer du passé; il faut du temps, de la patience; mais si, avec la pa­ tience, vous avez le désir de transiger, vous ne serez pas amené

28

à la réalisation de la V érité. Il

pour faire des compromis, m ais pour éliminer, pour vous libé­ rer, vous détacher de toute chose. A ussi exam inez quel est

votre désir. C ela ne signifie

que je dis comme une autre autorité. C e que je veux faire, c’est de rendre permanente cette vision passagère de la V ie éternelle qui vient à de rares moments, vague et lointaine; mais pour la rendre permanente, il faut que vous établissiez une base juste. D urant ces entretiens, je m’efforcerai de vous aider à poser cette fondation vous-même, pour que la vision devienne permanente, non plus passagère. D ans ces courts aperçus de cette éternité, vous ne trouvez ni le bonheur, ni la paix. M ais si vous posez comme fondation la pureté parfaite dans la vie de tous les jours, vous trouverez la permanence, l’immortalité.

Je m’occupe seulement de cette base. Il faut que vous ayez

vous faut de la patience, non

pas que vous deviez accepter te

l ’honnêteté, la sincérité de l’esprit qui mène à la simplicité de la pensée. S i vous venez dans un autre but, ce n’est qu’une perte de temps pour nous tous. C elui qui a besoin de confort

m ental, émotionnel ou physique ne peut rechercher la V érité,

ne peut trouver la vérité. L ’adoration d ’un autre, la continuité de son propre ego à travers le temps, tout cela, pour moi, est illusion. Je vous montrerai, si on peut le montrer, que par la libération de toute illusion, et non par l ’adoration d ’un autre ou la prolongation de sa propre individualité, la V érité se réalise. E t si cela vous intéresse, nous pourrons causer ensem­ ble. J ' y consacrerai tout mon temps, toute m a vie, parce que cela seulement et rien d ’autre ne m ’intéresse. M ais si vous pen­ sez que je présente seulement un aspect de la V érité, laissez- moi vous dire que la V érité ne peut être réalisée en la divisant en aspects et en les présentant tour à tour selon les besoins du moment; elle est complète en elle-même et n’adm et aucune division. A ussi, comme je l ’ai dit, il faut chercher cette R é a ­

29

lité avec la détermination d ’une pensée claire et l’enthousiasme de l’honnêteté. A insi j ’ai clairement exprimé que ce que je dis n’a rien de

commun avec ce qu’en général le Chrétien, le Théosophe, l’H indou, le Bouddhiste croient être la V érité. Si vous vou­ lez comprendre mon point de vue, vous raisonnerez, vous examinerez, vous réfléchirez, mais vous ne perdrez pas votre temps et votre énergie dans les compromis. V ous ne pouvez concilier le bois mort et l ’arbre vivant. Il est nécessaire, donc, d ’être intéressé; et cet intérêt ne dépend point de l’âge, il n’appartient pas plus aux jeunes ou aux vieux, il n’appartient pas seulement au petit nombre. Si vous possédez l ’intérêt, le désir, l’enthousiasme de découvrir, vous êtes sans cesse vigilant; vous observerez, vous examinerez à tout moment devenant ainsi de plus en plus conscient de vos

à cette V ie éternelle, sachant ce

actions quotidiennes. Q uant

qu'elle est, vous en prenez conscience dans vos actes, vous essayez de les mettre en harmonie avec elle, au lieu de vous occuper du passé, c’est-à-dire de votre subconscience.

 

3 juillet

1931

 

J .

K

r is h n a m u r t i.

(A

suivre)

30