Vous êtes sur la page 1sur 36

COLLECTION LES LEXIQUES DE L’INSEEC

CAHIERS MÉTHODOLOGIQUES POUR LES CLASSES PRÉPARATOIRES AUX GRANDES ÉCOLES DE COMMERCE

LES CLASSES PRÉPARATOIRES AUX GRANDES ÉCOLES DE COMMERCE Lexique de Géopolitique par Yves Morla LEXIQUE N°

Lexique de Géopolitique

par Yves Morla

LEXIQUE N° 15

COLLECTION DIRIGÉE PAR ERIC COBAST

GRANDES ÉCOLES DE COMMERCE Lexique de Géopolitique par Yves Morla LEXIQUE N° 15 COLLECTION DIRIGÉE PAR
GRANDES ÉCOLES DE COMMERCE Lexique de Géopolitique par Yves Morla LEXIQUE N° 15 COLLECTION DIRIGÉE PAR
GRANDES ÉCOLES DE COMMERCE Lexique de Géopolitique par Yves Morla LEXIQUE N° 15 COLLECTION DIRIGÉE PAR
GRANDES ÉCOLES DE COMMERCE Lexique de Géopolitique par Yves Morla LEXIQUE N° 15 COLLECTION DIRIGÉE PAR

Les Lexiques de l’INSEEC

Consultables au quotidien, ces lexiques pourront accompagner utilement l’année scolaire : ce sont en effet des mots, des notions, qui structurent le programme de l’année mais c’est aussi le plus souvent sur un terme précis que se joue la réussite d’un plan de dissertation… L’idée des Lexiques s’impose dès lors que l’on prend en compte ces révisions répétées auxquelles les « DS » et les « Concours Blancs » soumettent les préparationnaires. Éric Cobast, qui dirige ce projet à l’INSEEC depuis de très nombreuses années, a donc retrouvé l’équipe des professeurs de prépa qui avaient déjà travaillé aux « Mémentos », une équipe élargie à de nou- veaux venus, tous professeurs confirmés et reconnus, qui ont mis leur expérience au service de cette collection.

L’INSEEC souhaite ainsi contribuer activement à votre succès et, en mobilisant toutes ses compétences, mieux vous faire connaître son attachement à la métho- dologie et à la culture générale.

Avec tous nos encouragements pour cette année déterminante et passionnante à la fois.

Catherine Lespine

Directrice Générale du Groupe INSEEC

Lexique de Géopolitique

Par Yves Morla

Professeur agrégé de l’Université, professeur de Géopoliti- que dans les classes préparatoires commerciales du lycée Lakanal.

LES LEXIQUES DE L’INSEEC

Sommaire

Quelques mots de la géopolitique

4

Acteurs de la géopolitique

5

Angle mort

5

Choc des civilisations

6

Civilisations

7

Conflits religieux

8

Diaspora

9

Droit de la mer

9

Délocalisations

10

Droit d’ingérence, devoir d’ingérence

11

Eau

11

Embargo

12

Empire

12

Espace, espace aérien

13

Firmes transnationales

14

États

15

Food power

16

Frontières

16

Génocide, ethnocide

17

Géo économie

18

Géostratégie des États

18

Guerre

18

Hégémonie

19

Lobbys

19

Mafias

20

Migrations

20

Murs 21 National territorial/national mondial 22 Nucléaire militaire 22 Piraterie 23

Murs

21

National territorial/national mondial

22

Nucléaire militaire

22

Piraterie

23

Puissance, super, hyper puissance

24

Réchauffement climatique

24

Réfugiés

25

Régionalisation

25

Routes de l’énergie (hydrocarbures)

26

Soft/hard power

26

Terrorisme

27

Unilatéralisme, unipôlarité

29

LES LEXIQUES DE L’INSEEC

Quelques mots de la géopolitique

Géostratégie, géo économie, géopolitique ou géographie se confondent dans une sorte de méli mélo. Les préparateurs font pourtant tous leurs efforts pour combler cette lacune, mais au concours, les correcteurs la notent à chaque fois, comme si les préparationnaires levaient leur plume dès que les cours sortent des problèmes « rassurants » de l’économie.

On lit donc des banalités, des informations traitées sans recul, des idées toutes faites (les chinois s’infiltrent partout, la France est en décadence, le choc des civilisations, la civilisation « musulmane », etc.) souvent à la limite du préjugé, des prévisions apocalyptiques ou surréalistes, voire franchement comiques. Si géopolitique et prospective sont liées - il y a débat sur ce point -, certaines copies n’hésitent pas à prévoir l’avenir ou à donner des conseils pour sortir des crises (du Moyen Orient, par exemple).

Or, sans définition précise des termes des sujets de géopolitique, il n’y a pas de devoir solide (et pas de connaissance du monde dans lequel les futurs cadres devront développer leur action). C’est en elle que se trouve la plupart du temps la clé de la réponse. Elle ne doit pas figurer dans l’introduction, le correcteur s’apercevra très vite que le devoir sait de quoi il parle.

Il faudrait que les candidates et candidats aient un carnet de définition, qu’ils enrichissent régulièrement, au fil des cours et de leurs lectures, avec des ren- vois aux questions du sujet concernées par ces problèmes géopolitiques, ainsi que quelques citations, expliquées originales, pas trop galvaudées.

De même, il serait bon que de temps à autre, après avoir appris telle ou telle partie du programme, ils s’interrogent sur les problématiques à partir des défi- nitions de géopolitique : si j’avais à traiter le Moyen Orient, ou l’eau quelles défi- nitions de géopolitique de ce territoire ou de cette ressource devrais je utiliser ?

De nombreux ouvrages traitent de ce problème, que nous conseillons de lire attentivement et nous voulons plutôt offrir une base à partir de laquelle leur fréquentation sera encore plus efficace. Nous avons donc choisi les définitions les plus courantes, et nous invitons les préparationnaires à les étendre aux différents objets et territoires du programme.

Il n’est pas question de prétendre, dans un espace restreint, traiter de l’en- semble des définitions. Plus modestement, c’est une entrée en matière qui doit inciter les élèves à aller plus loin et à réfléchir sérieusement avant d’écrire. Il est également question de montrer, lorsque cela est nécessaire, les débats sur les termes, et nous invitons à ne pas trancher de manière péremptoire dans des problèmes compliqués, dont souvent nous ne connaissons que l’écume.

Acteurs de la géopolitique Trop souvent, par habitude et par facilité, les acteurs de la

Acteurs de la géopolitique

Trop souvent, par habitude et par facilité, les acteurs de la géopolitique sont réduits aux États et aux Firmes Transnationales (FTN), comme si toute déci- sion de ceux-ci était immédiatement suivie d’effet, alors que la réalité est plus complexe et les « donc », qui suivent l’énoncé des mesures décidées sont abu- sifs. Par conséquent, il ne faut jamais négliger les actions des sociétés, des groupes de pression, des médias, de toutes les forces qui acceptent, refusent, transforment ou détournent ces décisions.

C’est pourquoi la géopolitique, loin de ne concerner que le seul niveau « supé- rieur » de l’étude d’une question, doit tenir compte d’un ensemble de paramè- tres, mobilisant tous les acteurs, éviter de voir les problèmes du seul point de vue des décideurs et les idées toutes faites (immobilisme des sociétés musul- manes ou chinoises par exemple). L’étude des problèmes à différentes échelles est indispensable : locale, régionale, nationale, mondiale.

Angle mort

« L’Afrique est un angle mort du monde ».

En se basant sur les chiffres officiels concernant ce continent dans le com- merce mondial et les IDE, on estime donc avoir affaire à des territoires à l’écart. Expliquer alors l’empressement de certains chefs d’État (européens, asiatiques et africains) aux funérailles du président gabonais devient diffi- cile.

Or, d’une part, un angle mort, c’est ce qui est à l’écart, mais d’autre part, ce qui ne se voit pas directement, et de ce point de vue là, l’Afrique, est souvent hors du champ des observateurs statistiques officiels.

Aux différentes échelles, l’angle mort est souvent intégré aux circuits de la globalisation, dans la place qui lui est faite (contrainte) ou qu’il a choisie, c’est-à-dire dans l’économie informelle, les zones grises de la mondialisation. De là à déduire que l’ensemble de l’économie des pays africains est sous le contrôle des mafias, certains n’hésitent pas, dans leur devoir, à le faire. Grave erreur, car l’économie informelle n’est pas souvent d’ordre criminel. Le jeu des acteurs locaux dans ces territoires oubliés ou clandestins est occulté par les chiffres officiels. C’est oublier aussi que l’Afrique depuis le 11 septembre est l’objet d’une attention croissante de la part des anciennes métropoles colo- niales (la Françafrique, toujours) et de celle de nouveaux partenaires : États- Unis, Chine, Brésil

LES LEXIQUES DE L’INSEEC

Choc des civilisations

Beaucoup de candidat(e)s ont entendu parler de ce livre de Samuel Hunting- ton, et en déduisent que cette connaissance par ouï dire suffit pour exprimer des idées toutes faites, par exemple sur la « civilisation musulmane ». D’autres, plus instruits des débats autour de cette vision du monde, la condamnent sans hésiter. Or le problème est plus complexe.

Face à la vision d’un nouvel ordre international après la chute de l’URSS, qui conjuguerait ouverture économique et démocratie politique, en 1993, S. Hun- tington voit au contraire le « clash » des civilisations, définies en fonction de leur appartenance culturelle et religieuse : il en distingue 8 aires, occidentale, islamique, hindoue, slave orthodoxe, africaine, latino américaine, japonaise et confucéenne. Entre elles, le long des lignes de contact, des affrontements majeurs, le choc.

Il conseille donc pour les éviter, de définir et de renforcer les valeurs com- munes à toutes ces cultures, c’est-à-dire de renoncer à l’universalisme, et en recherchant les points communs, à accepter la diversité (partie généralement « oubliée » de cet ouvrage).

Pour lui, le conflit majeur risque d’opposer le monde islamique aux autres et surtout à l’Occident, la religion recouvrant en fait des buts de domination politique. Constatant de plus que les pays démocratiques ne se font pas la guerre, il souhaiterait que les pays musulmans deviennent démocratiques, et cela n’est pas impossible (cf. la Turquie ou l’actuelle Indonésie). Mais trop souvent les valeurs universelles des puissances occidentales ont été bafouées par elles mêmes, lorsque cela servait leurs intérêts (cf. les violences de la colo- nisation). Elles sont perçues souvent comme une expression de l’impérialisme occidental. Comment alors les étendre au mode ?

Il propose d’éviter de se mêler des affaires des autres civilisations, en les lais- sant évoluer, préconisant un retrait prudent de l’Occident et à ce titre, il s’op- posera à l’intervention américaine en Irak.

Diverses critiques ont été apportées à cette thèse

Les aires définies ne sont pas uniformes, et on oublie les différences voire les conflits dans chacune d’elles (cf. Chiites/Sunnites).

C’est une vision de guerre froide, avec changement d’adversaire pour l’Occi- dent : l’Islam remplace l’URSS, alimentant les dérives de langage et d’action du Président G.W.Bush : « la croisade du bien contre le mal », sans mesurer comment ces mots peuvent être pris dans un monde musulman à tout le moins critique à l’égard de l’Occident.

Elle est manichéenne, comparant les civilisations à des blocs qui ne peuvent pas se compénétrer,

Elle est manichéenne, comparant les civilisations à des blocs qui ne peuvent pas se compénétrer, échanger, évoluer. Or, l’histoire et la géographie nous appren- nent qu’il y a eu de tout temps conflit, mais aussi influence entre elles.

Les différentes aires définies répondent à des soucis géopolitiques très amé- ricains :

• La menace de la civilisation latino américaine à l’immigration des hispani- ques aux États-Unis.

• La distinction entre l’aire japonaise et confucéenne recoupe le problème des États-Unis face à la montée de la Chine dans le monde.

Ces thèses ont connu un regain d’intérêt après le 11 septembre, le gouverne- ment américain trouvant là une des bases théoriques de son intervention en Irak (alors que l’auteur s’y opposait). Elles ont été souvent condamnées sans appel.

Hubert Védrine admet les limites de cette analyse, mais ne la réfute pas tota- lement, constatant que le « choc des ignorances », chocs « d’incultures », entre Islam et Occident est porteur de conflit majeur, dans le monde musulman (entre modernistes et fondamentalistes), débordant vers l’ennemi lointain, l’Occident. Le tout, dans les deux camps, sur la base de préjugés, de peurs ; or les fanatiques de l’Islam sont écoutés dans un monde musulman humilié, qui n’a pas vu venir le développement, ni des solutions socialistes, ni capitalistes. De même que, dans une Amérique en proie aux sirènes des néo conservateurs, le monde musulman est indistinctement considéré comme une menace. Même s’il admet que les fractures sont beaucoup plus complexes, il montre que l’im- portance du débat autour de ces idées dans le monde doit inciter à l’aborder avec prudence, sans le rejeter immédiatement.

Civilisations

C’est un ensemble d’éléments caractérisant une population humaine organi- sée en société, (système politique, économique), et reposant sur un système culturel (langue par exemple).

Longtemps, ce mot a désigné les seuls occidentaux, le reste du monde était « barbare ou sauvage ». On considérait alors que le progrès technique, les modèles politiques, les autorisaient à dominer le monde : « le fardeau de l’homme blanc ». Or cette civilisation a parfois trahi ce qu’elle prétendait apporter : Droits de l’Homme, démocratie, libertés, et a produit, à côté de pro- grès considérables, parfois au nom de ses idéaux, des abominations (guerres coloniales et mondiale).

LES LEXIQUES DE L’INSEEC

Cette prétention à s’imposer aux autres civilisations a fait long feu : d’une part on découvre que les autres civilisations ont survécu, se sont adaptées, réapparaissent, d’autre part le mot de civilisation a changé de sens, désignant l’ensemble des éléments culturels (langue, arts, etc.) et matériels des popu- lations. Elle n’est plus seulement liée au progrès, elle est diversité, avec le risque de partition, (cf. Choc des civilisations), et du relativisme : toutes se valent, il n’y a plus de valeurs universelles. Certains États dictatoriaux ou certains religieux prétendent, en défendant leur « civilisation », refuser les Droits de l’Homme, au prétexte qu’ils sont trop occidentaux.

Il faut donc éviter d’utiliser ce terme à tort et à travers, car aux prétentions des Occidentaux de civiliser le reste du monde peut succéder le risque du repli, qui exclut, marginalise ou diabolise l’autre.

Conflits religieux

Pendant la guerre froide, l’affrontement entre les deux puissances avait fait passer les conflits religieux au second plan, même si pour certains d’entre eux ils en étaient une composante : Israël/monde arabo musulman, guerre d’Afghanistan contre les Soviétiques, conflit Pakistano-Indien, ou guérilla Tamoule. D’autre part, elle n’était pas absente des politiques et idéaux inté- rieurs des États-Unis ou du gouvernement d’autres États (Arabie Saoudite, par exemple). La chute de l’URSS a révélé que les religions jouent à nouveau un rôle important dans la géopolitique mondiale.

On redécouvre qu’il y a 2 milliards de chrétiens, 1,2 milliard de musulman, 800 millions d’hindouistes, et 300 de bouddhistes, sans compter les sikhs, et bien d’autres dénominations. On redécouvre aussi les États qui appliquent les préceptes de leur Livre Sacré (charia en Arabie et dans nombre de pays musulmans). Enfin on retrouve l’intégrisme, les attentats au nom de Dieu, les fanatiques de tout bord, qui ne sont pas nouveaux, au second plan pendant la guerre froide.

Dans un pays laïc comme la France, cette résurgence apparaît suspecte, et les lieux communs l’emportent sur la réflexion : le rapport entre les religions ne peuvent être que d’ordre conflictuel. Dans le même temps, et pour ne pas donner des arguments aux partis xénophobes à la recherche de l’Autre irré- ductible et repoussoir, les problèmes réels sont niés, également à partir d’idées toutes faites.

Rappelons que « le » christianisme est en fait très divisé : catholiques, ortho- doxes, protestants - eux même très divers - etc., qu’en aucune façon, il ne

peut être assimilé à un groupe ayant des intérêts communs, sauf par exemple les islamistes

peut être assimilé à un groupe ayant des intérêts communs, sauf par exemple les islamistes radicaux, qui parlent des « croisés ». De même les tentations sont grandes en Occident de considérer le monde musulman comme un tout immuable, alors qu’il évolue profondément et qu’il est partagé.

Cela étant, derrière les conflits religieux se cachent souvent des problèmes plus politiques, pour asseoir l’autorité défaillante de régime dictatoriaux et détourner la colère des populations lassées de leur gouvernement vers des cibles extérieures, le nationalisme se mêlant au religieux.

Diaspora

La dispersion au sens strict existe depuis l’Antiquité, mais s’est amplifiée au XX siècle, avec les guerres, les déplacements de population, les nouveaux moyens de communication.

Au départ, elle est exode forcé, dramatique ; les populations dispersées gar- dent des liens de mémoire avec le territoire d’origine, avec l’espoir de voir reconnaître le crime commis contre eux, et de revenir au pays, d’où le rôle de la culture et de la religion, dans une sorte de devoir de mémoire.

Il y a donc peu de véritable Diaspora dans le monde : les Juifs, les Palestiniens, les Arméniens. Par extension, on parle aujourd’hui de Diaspora chinoise ou indienne, sans que leurs membres espèrent un retour dans leur pays d’origine. Elles paraissent bien adaptées à la mondialisation : réseaux financiers solides, installation transnationale, flexibilité et adaptation aux conditions locales, sans perdre leur spécificité. Mais elles sont faibles, menacées : chinois pen- dant la crise asiatique de 1997 en Indonésie, visées par des lois discriminatoi- res, et souvent la communauté internationale ne bouge pas, pour des raisons politiques - préserver la paix et des alliances à tout prix - et/ou économiques. Dans la mondialisation, il leur manque un territoire. C’est pourquoi la Chine ou Israël se sentent responsables de leurs Diaspora, qui les aident en retour, souvent financièrement.

Droit de la mer

Il n’y a pas de frontière visible en mer, pas de reliefs, pas de dépendance ou d’appartenance. La maritimisation de l’économie mondiale, accentuée par la mondialisation, la nécessité pour les puissances de contrôler les mers et océans (Grande Bretagne au XIX siècle, EUA au XX), la perspective d’exploi- ter les richesses halieutiques, off shore, au fond des mers posent la question du Droit de la mer.

LES LEXIQUES DE L’INSEEC

On distingue au XIX siècle les eaux territoriales (12 milles marins aujourd’hui) et les eaux internationales, ouvertes à tous. L’entrée en guerre des EUA en 1917 a été en partie motivée par leur volonté de protéger la liberté des mers.

A la fin de la seconde guerre mondiale, les États-Unis ont affirmé leurs droits

exclusifs sur les ressources du plateau continental, prolongement du territoire américain. Cette nouvelle limite s’étendait jusqu’au point où il était possi- ble d’exploiter les ressources (Conférence de Genève, 1958). Avec les progrès technologiques, cette limite risquait d’être repoussée au profit des puissances, surtout des États-Unis.

C’est pourquoi la Convention des Nations Unies sur le Droit de la mer à Mon-

tego Bay en 1982, ratifiée par 148 États (mais pas par les États-Unis, l’Iran,

la Corée du Nord, Israël, la Libye, le Maroc et la Turquie) officialise les Zones

Économiques Exclusives, à 200 miles marins des côtes, dans lesquelles les États à qui elles appartiennent ont des droits souverains : exploration, exploi- tation, gestion des ressources naturelles, du sous sol et des fonds marins. Mais les autres États peuvent y circuler librement, avec des intentions pacifiques. Elle n’a été appliquée qu’en 1994.

De nombreux litiges, dans les archipels, les îles, les zones côtières voisines sont alors apparues. Ils ont le plus souvent été réglés par négociation, mais ils restent ouverts en Asie Pacifique.

Délocalisations

Au sens propre, ce mot ne veut rien dire, il faudrait parler de relocalisation. Les entreprises transnationales peuvent installer une partie de leur chaîne de production dans différents pays, en fonction de leurs stratégies. Elles sont de ce fait contestées par le monde du travail, accusées d’encourager le dumping salarial et social, d’exploiter sans vergogne la pauvreté et la faiblesse de cer- taines populations des pays en développement, de casser la classe moyenne dans les démocraties libérales, touchant à la base même de leur existence. Les emplois non ou peu qualifiés ont d’abord été concernés, et aujourd’hui, même le secteur tertiaire hautement spécialisé est menacé. Destruction d’emploi, montée du chômage, poussée des populismes, dénonciation par les ONG et les syndicats de l’exploitation éhontée d’une main d’œuvre d’enfants, de femmes, de prisonniers, tout pousse à les limiter.

Or, les États luttent peu contre ces phénomènes : doit on défendre des sec- teurs condamnés de toute façon dans les PDEM (textile, industries lourdes) ?

Ne doit-on pas au contraire, soumis à l’aiguillon de cette nouvelle concurrence, chercher de nouveaux

Ne doit-on pas au contraire, soumis à l’aiguillon de cette nouvelle concurrence, chercher de nouveaux secteurs d’activité haut de gamme ? De plus, certains rap- ports estiment même que loin de détruire de l’emploi, les délocalisations en créent, dans d’autres secteurs. Enfin, elles sont bénéfiques aux consommateurs des PDEM, qui voient leur pouvoir d’achat augmenter, grâce aux bas prix des produits importés.

Le débat néglige souvent le point de vue des États récepteurs de ces emplois, peu qualifiés au début, mais qui ont des avantages : ils permettent de pallier la fermeture des pays industrialisés à l’immigration, d’accumuler des savoir faire et du capital (les NPIA ont commencé comme cela), la remontée des filières, et pour une part notable de leur population, une diminution de la pauvreté. L’atti- tude des dénonciateurs des délocalisations leur parait égoïste et suspecte.

Droit d’ingérence, devoir d’ingérence

Cette notion est récente dans sa forme, qui défend le droit et même le devoir de ne pas laisser un État perpétrer des massacres sur son territoire national, donnant aux autres États un droit moral d’intervenir pour rétablir l’État de droit et le respect des Droits de l’Homme.

Du point de vue des pays occidentaux, à mémoire souvent courte, cela paraît évident. Vu par les autres, qui ont eu à souffrir de l’impérialisme de ces mêmes États dans un passé pas si lointain pour des prétextes similaires, il y a peu de différence avec les motifs « humanitaires » de la colonisation. De plus, les États ont tous ratifiés la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, mais ils veulent les appliquer dans le cadre de la souveraineté de chacun. Qui donc doit faire la police internationale des libertés ?

Quand l’Irak a employé des gaz de combat contre les populations kurdes, des sanctions ont été décidées dans le cadre de l’ONU. Par contre, l’intervention américaine visant à rétablir les libertés dans ce pays est apparue immédiate- ment suspecte : pourquoi une indignation et une action sélectives ? Robespierre disait déjà en 1793 que les peuples n’aiment pas les libérateurs en arme.

Eau

Il n’y a pas eu, sauf dans l’Antiquité, de guerre de l’eau, mais cette ressource est inégalement répartie, et tous les hommes n’y ont pas accès. Les quantités d’eau directement disponibles n’étant pas infinies, face à une demande qui augmente, on peut craindre que des conflits naissent autour de l’eau. On peut distinguer

LES LEXIQUES DE L’INSEEC

• Des conflits pour l’utilisation des fleuves, lorsque ceux-ci alimentent diffé- rents pays : Turquie, Syrie, Irak à propos du Tigre et de l’Euphrate. Quand le pays amont est plus puissant que le pays aval, il y a peu de risques de conflits, et inversement. Si les pays en aval de la Turquie, moins puissants qu’elle, ont protesté verbalement, on peut penser que l’Ethiopie, contrainte par sa croissance démographique de prélever une part de l’eau du Nil sera en butte aux réactions de l’Égypte.

• Des conflits pour la distribution de l’eau, opposant deux logiques : celle qui fait de l’eau une marchandise comme une autre, celle qui veut en faire un Droit de l’homme. L’ONU tente d’agir dans ce sens, en décidant de réduire le nombre d’hommes privés d’eau potable de moitié d’ici 2010.

Cette ressource illustre bien les problèmes géopolitiques, géoéconomiques et géostratégiques : est-ce un hasard si Israël contrôle le Golan, possède des FTN de l’eau (dessalement de l’eau de mer, recyclage des eaux usées) dirigées par d’anciens militaires ou membres du Ministère de la Défense ?

Embargo

Dans le cadre d’un conflit ou de sanctions contre un État ou un groupe d’État, certains États peuvent interdire de commercialiser certaines marchandises. Pendant la guerre froide, les pays Occidentaux s’étaient engagés à ne pas livrer de technologie sensible aux pays communistes (COCOM). Les pays Arabes Exportateurs de Pétrole l’ont utilisé contre les alliés d’Israël. Dans le cadre des organisations internationales, la SDN contre l’Italie fasciste, l’ONU contre l’Irak, des mesures similaires ont été décrétées.

L’efficacité de l’embargo reste à prouver, car les États ne sont pas tous d’accord entre eux pour le mettre en œuvre. Les populations des pays frappés par l’em- bargo souffrent, et les autorités visées par lui, utilisant ce mécontentement, se maintiennent au pouvoir en utilisant le nationalisme, la xénophobie, ou le racisme contre ceux qui l’appliquent.

Empire

Empire, impérialisme, hégémonie, domination sont utilisés dans le même sens, sans nuance. L’expression « vampire du Milieu », souvent utilisée par les candidat(e)s à propos de la Chine révèle cet amalgame. Or les Empires ont disparu au XX siècle, et le monde se fragmente en États. Seul Aki Hito porte encore le titre d’Empereur du Japon. Pourtant, on parle de l’Empire améri- cain (généralement pour en annoncer le déclin), de l’Empire du Milieu pour

la Chine sans comprendre que l’on a affaire à d’autres formes de domination, liées elles

la Chine sans comprendre que l’on a affaire à d’autres formes de domination, liées elles aussi à la mondialisation.

L’empire est une construction territoriale, par la force, assurant la domination d’un peuple sur d’autres. Il ne se préoccupe pas de l’adhésion des populations conquises, et cherche à occuper des territoires plus que des hommes. De cela

il résulte que la légitimité de cette construction est la force, à l’intérieur et à

l’extérieur, qu’il cherche toujours à s’étendre (impérialisme), en voulant impo- ser son droit aux autres régions du monde (y compris les Droits de l’Homme français pendant la colonisation), il définit le monde à partir de lui : l’Empire, les Barbares (han Chinois, Hu étrangers), et finit par mourir d’indigestion, car son extension multiplie les conflits dans lesquels il est impliqué.

Trois sortes d’Empire se sont succédés : les empires territoriaux (Empire otto- man, austro hongrois, allemand, russe). Ceux là n’ont pas survécu à la pre- mière guerre mondiale, les empires coloniaux, français et britanniques sur- tout (la seconde guerre mondiale leur a été fatale), les empires idéologiques,

« l’empire soviétique », le plus récemment disparu. A leur place, on assiste à une balkanisation du monde, une multiplication des États Nations.

On continue cependant à parler improprement d’Empire : « l’Empire chinois,

et son empereur rouge Mao » ou « l’Empire américain ». Ce dernier est de nature différente que les précédents : il a la supériorité militaire, peut pra- tiquer l’unilatéralisme, et refuser les décisions des organisations internatio- nales, mais il a aussi la puissance économique et culturelle. Il ne prétend pas dominer directement des populations et des territoires lointains. Cela étant, comme tous les empires, il tend à l’universalité et à l’impérialisme. L’Empire

a mauvaise presse.

Pourtant les Empires ont pu être des zones de libre échange intérieur, assu- rant parfois une rude stabilité et une certaine prospérité dans les territoires qu’ils contrôlent. C’est pourquoi les États tentent souvent de se regrouper (cas de l’UE) et de créer des organisations internationales, comme l’ONU.

Espace, espace aérien

Contrairement au Droit de la mer, qui s’est bâti progressivement, à partir de coutumes, l’espace, élément de plus en plus déterminant dans l’économie et les conflits a connu une réglementation tardive.

• L’espace aérien est celui situé au dessus du territoire des États sous jacents.

LES LEXIQUES DE L’INSEEC

Avec la déréglementation, il est devenu espace de compétition économique entre grandes compagnies, mais il reste contrôlé par les États auxquels il appartient. L’Organisation de l’aviation civile internationale, à Montréal, ratifiée par 184 États, doit surveiller cet espace. Après 1983 (avion civil coréen abattu par la chasse soviétique en Mer de Chine), il a été décidé de lutter contre la piraterie aérienne, et d’interdire d’abattre un avion civil, même s’il n’a pas l’autorisation d’entrer dans l’espace aérien d’un État.

• Le problème s’est posé pour l’espace extra atmosphérique après le vol de Spoutnik (1957) Le Traité de l’espace, en 1967, accorde le libre accès à l’es- pace, la libre circulation, et interdit d’y positionner des armes de destruc- tions massives. La limite entre les deux espaces est généralement fixée à 100 km au dessus du niveau de la mer. Les puissances sont toutes intéres- sées à l’espace, avec le marché des satellites civils et militaires. Les EUA, l’UE le dominent, la Russie suivant de loin. Mais on voit apparaître de nou- veaux concurrents : Inde, Chine, Japon. La compétition sera rude pour les deux premiers, même s’ils dominent encore de très loin ce secteur.

Firmes transnationales

Elles ont un fort ancrage territorial, dans celui où elles ont leur centre, d’où elles dirigent les filiales qui sont dans les autres territoires. Elles ont des stra- tégies à l’échelle mondiale :

• contrôle des sources d’énergie et de matière première

• tourner les éventuels obstacles tarifaires ou non tarifaires des États où elles s’installent

• profiter : des bas salaires, des législations laxistes en matière sociale, fiscale, environnementale

• produire sur un nouveau marché, et compenser la perte de l’avantage tech- nologique : la FTN gagne sur les deux tableaux : elle contrôle un marché d’équipement, et par l’importation à partir de ses filiales étrangères, le mar- ché de renouvellement de son territoire d’origine.

• drainer l’épargne des nationaux des autres Pays.

Il n’y a donc pas de complot international des FTN, leurs objectifs étant très divers, et souvent contradictoires voire concurrents. Leurs relations avec les États sont complexes : elles peuvent les contraindre, surtout s’ils sont faibles, à

pratiquer du dumping social, salarial, fiscal. Elles ont créé la « lex mercatoria », avec

pratiquer du dumping social, salarial, fiscal. Elles ont créé la « lex mercatoria », avec des cours de justice privées, que les États ont du accepter. Les organisa- tions internationales et les certains pays européens avaient demandé que des mesures discriminatoires frappent les États qui avaient ces pratiques. Mais ces mesures sont considérées par les autres comme du protectionnisme déguisé.

Par contre, la comparaison des chiffres d’affaire des plus grandes FTN avec les PIB de pays ou groupes de pays ne veut pas dire grand-chose, car aucune FTN

ne dispose de souveraineté nationale et aucune n’est au sens propre « mondia-

lisée » : il n’existe pas de nationalité EXXON ou Renault. Enfin les États se méfient des situations de monopole, surtout quand ils se sentent un risque de menace : Microsoft a été condamné pour cela dans l’UE, pas aux EUA.

On

voit aujourd’hui des FTN venant des pays émergents (Chine, Brésil, Inde).

Le

jeu des FTN se complexifie donc, mais l’essentiel reste dans les mains des

pays occidentaux et du Japon.

États

Un État n’existe pas sans territoire, avec ses frontières, son organisation poli-

tique, ses lois, sa souveraineté. Il peut être national ou multinational, mais le

XX

e siècle est celui de l’État Nation, d’où une certaine balkanisation du monde

au

nom du Droit des Peuples à disposer d’eux-mêmes.

Ils

peuvent adhérer à des organisations internationales, comme l’ONU, l’OMC

ou

des zones de libre échange comme l’ALENA ou l’ASEAN, sans suprana-

tionalité. Le cas de l’UE est plus complexe, puisque dans certains domaines (monnaies, contrôle des migrations), certains États ont accepté de renoncer à leur souveraineté, alors que dans d’autres (défense, social), ils s’en méfient.

La

mondialisation pose le problème du rôle de l’État : est-il encore utile, quand

les

territoires s’ouvrent et que les FTN ont besoin de la plus grande liberté possi-

ble

? Pendant les années 50, l’État était en charge du Welfare, par des politiques

de

redistribution sociale (sécurité sociale), du plein emploi, il intervenait même

beaucoup dans l’économie, par des commandes liées à la Défense, l’aide au déve- loppement de certaines branches (agriculture, industrie) ou pour en aider d’autres

en difficulté (textile, industries de base). Certaines actions relevaient d’une politi- que à la limite entre l’économique et le prestige (Concorde, le France).

Accusé par les libéraux d’être à l’origine de la crise et inefficace parce que trop lourd, il a progressivement perdu de l’importance, parce que les politiques

LES LEXIQUES DE L’INSEEC

libérales choisies dans les années 80 aux EUA et en GB ont pu laisser croire à leur meilleure efficacité, et grâce à l’offensive médiatique qui a convaincu les populations de la « nocivité » des anciennes politiques.

Or on peut constater dans la crise un besoin d’État, appelé au secours par ceux là même qui le critiquaient, et par les populations inquiètes. D’autre part, même pendant la période libérale, jamais l’État n’a renoncé à intervenir. Il a changé de méthode, se plaçant du côté de l’offre, réservant l’aide aux plus pauvres (avec le développement du caritatif pour pallier ce renoncement), et le déficit budgétaire n’a pas disparu. D’autre part, dans les Pays en Dévelop- pement, ceux qui disposent d’un État faible sont bien plus en difficulté que les autres.

Food power

Théorie selon laquelle on peut utiliser les produits alimentaires comme arme dans un conflit. Les principaux producteurs de céréales étant au Nord (EUA, Canada, UE), les consommateurs dans certains pays du Sud, cette stratégie pourrait punir les récalcitrants (hard power) ou favoriser les régimes amis (soft power). Lorsqu’elle a été appliquée (en 1979, l’URSS envahit l’Afghanis- tan, embargo du blé américain), elle s’est révélée à double tranchant, provo- quant des difficultés pour la filière céréalière américaine. En Irak, la résolu- tion de l’ONU « pétrole contre nourriture » a surtout pesé sur la population, peu sur le régime de Saddam Hussein. Elle réussit mieux pour aider les pays amis, comme l’Égypte, bénéficiaire des livraisons américaines.

Frontières

Internationales : limite entre deux États, qui peut être ethnique, sociale, poli- tique, religieuse.

La frontière (border) peut être fermeture : rideau de fer ou ligne d’armistice entre les deux Corées, ouverture : Union européenne, interpénétration : espace frontalier héritant des deux États : frontière Mexique États-Unis. Elle assure aux citoyens et aux entreprises d’un État un territoire d’abri avec ses lois, son marché, sa culture. Les États collaborent pour organiser les échanges, mais des activités de contrebande peuvent aussi enrichir les populations voisines.

Elle offre aux entreprises des opportunités : différences de législation fiscale, économique ou sociale (les maquiladoras au Mexique). Les frontières sont donc essentielles pour la mondialisation, même si l’on voit apparaître des zones de

libre échange, en assurant aux FTN des territoires différenciés qu’elles pour- ront utiliser pour leur

libre échange, en assurant aux FTN des territoires différenciés qu’elles pour- ront utiliser pour leur stratégie.

Intérieures :

(frontier) : elle est alors liée à la mise en valeur d’un territoire comme aux États-Unis où elle est devenue un mythe, et aux fronts pionniers comme au Brésil.

Confins, quand elle est une marge et une périphérie, généralement à l’écart du reste du pays.

Le XX siècle a vu se multiplier les frontières internationales, avec la chute des Empires, et dans le même temps de nombreux États sont entrés dans des processus d’intégration, de la zone de libre échange (ALENA) à l’Union Européenne. Il n’y a là aucun paradoxe, la mondialisation interconnectant les territoires pour leur diversité.

Génocide, ethnocide

Les deux mots apparaissent à la fin de la seconde guerre mondiale, pour carac- tériser les actions menées par les nazis et les japonais. De là, il s’est étendu à de nombreux conflits, sans que cet usage soit toujours exact.

Il faut trois critères :

• les victimes appartiennent à un groupe national, ethnique, racial ou religieux

• elles sont tuées ou persécutées pour leur appartenance à ces groupes, quels que soient les moyens mis en œuvre pour ce faire.

• c’est un crime perpétré ou organisé par un État.

On parle de génocide arménien, juif, tzigane, tutsi, par extension d’actions à caractère génocidaire : Famines provoquées, sac de Nankin par les japonais en 1937 1938. Attention à ne pas galvauder le mot.

L’ethnocide, qui date de la même période, concerne l’assimilation forcée de population qui doivent renoncer à leur langue, à leur culture, comme au Tibet ou pour les aborigènes d’Australie. Ce que le génocide fait aux corps, l’ethno- cide le fait à l’esprit. Mais là encore un usage abusif se développe, (ethnocide des cultures régionales en France par exemple).

LES LEXIQUES DE L’INSEEC

Géo économie

Souvent confondue avec géopolitique, cette notion a été forgée par E. Luttwak.

Pour lui, la fin de la guerre froide a transporté la conflictualité sur d’autres ter- rains que les territoires, à savoir le commerce et l’économie. Il ne s’agit plus de contrôler des territoires, mais des espaces virtuels pour les entreprises et s’ap- proprier ainsi la technologie et les marchés. Là résiderait la puissance. L’utilisa- tion du dollar («notre monnaie, votre problème») relève de la géo économie.

Cette thèse date de la fin des années 90, et on a pu penser à ce moment (hyper puissance des EUA) qu’elle allait se substituer à la géopolitique.

Or, les conflits récents ont montré la pertinence de la géopolitique, étude des problèmes à partir des territoires, et de tous les acteurs : États, entreprises, acteurs multiples ; alors que la géo économie ne fait intervenir que les États et les entreprises dans le virtuel : interventions des chefs d’État pour appuyer leurs entreprises dans la conquête des marchés par exemple. La géo économie peut cependant s’appliquer aux relations entre les PDEM depuis les années 90, mais elle doit être toujours complétée par la géopolitique.

Géostratégie des États

Les États pour satisfaire les besoins dont dépendent la sécurité et la vie quoti- dienne de ses nationaux, doivent envisager et appliquer des politiques, essentiel- lement par des moyens militaires, pour protéger ou conquérir des territoires.

Guerre

Clausewitz parlait à son sujet de « guerre caméléon », tant elle évolue dans ses causes, ses formes et son ampleur.

Elle ne doit pas être confondue avec la bataille, ni avec le terrorisme ou le conflit. Elle présente des caractères spécifiques : c’est une violence collective , même si les groupes belligérants sont peu nombreux, légale , au service d’un groupe politique, au contraire du crime individuel. Elle est « trop sérieuse pour être confiées aux militaires » (G. Clémenceau), ceux-ci font la bataille, le politique fait la guerre.

On peut classer les guerres par leur durée et leur intensité :

guerre courte, que les États espèrent toujours, car elle coûte moins cher en hommes et financièrement,

• guerre longue , quand il y a équilibre des forces. • guerres totales ,

guerre longue, quand il y a équilibre des forces.

guerres totales, engageant les combattants et l’ensemble des forces des bel- ligérants jusqu’à la victoire finale, et dans lesquelles les chefs militaires s’imposent aux politiques. Ce type se développe quand les conflits durent (1914/1918, 1939/1945)

Quand les deux adversaires sont de force égale (Inde/Pakistan, Iran/Irak), c’est le plus souvent l’épuisement des deux camps qui conduit à la paix. Dans le cas des guerres subversives, la durée est également très longue (guerres de décolonisation, du Vietnam, d’Afghanistan).

Pendant la guerre froide, les adversaires continuaient la guerre mais évitaient la bataille frontale, évitant le plus possible l’affrontement direct, qui aurait conduit à l’hyper conflit nucléaire (après la crise des fusées de Cuba). Elle a pris fin pacifiquement, par la disparition de l’URSS. Dans le monde actuel, on peut plutôt parler de conflits, car la paix ne se distingue plus beaucoup de la guerre, les cibles civiles des cibles militaires, ainsi des conflits dans certains pays africains, qui peuvent reprendre à tout moment.

Les États-Unis font la guerre, alors que l’UE la refuse, préférant la négocia- tion et l’intégration économique. Ceci explique que les premiers consacrent une énorme part de leur budget à la Défense, alors que celle-ci, malgré les efforts de certains pays (France, GB) beaucoup moins.

Quand à guerre ou armes « intelligentes », il vaut mieux éviter ces oxymores à la mode, car tout dépend de l’intelligence de celui qui fait la guerre.

Enfin la guerre et sa préparation ne sont pas une mauvaise affaire pour tous, puisque le complexe militaro industriel aux États-Unis, en URSS, ont été des moteurs de leur économie, et que la plupart des grands États industrialisés vendent des armes dans le monde, dans un marché très concurrentiel.

Hégémonie

Quand un État exerce une différence disproportionnée sur les autres États sans chercher à les contrôler directement, on parle d’hégémonie. En ce sens elle est différente de l’Empire, et serait plus adaptée pour dresser le tableau de la puissance américaine aujourd’hui.

Lobbys

Ce sont des groupes de pression, qui regroupent des intérêts communs et cher- chent à influencer les opinions publiques et les décideurs politiques nationaux

LES LEXIQUES DE L’INSEEC

ou internationaux, afin d’orienter leurs décisions dans le sens qui leur est le plus favorable, soit en inspirant ces politiques (European Roundtable pour le Marché Unique, réunissant les dirigeants des plus grandes entreprises euro- péennes), ou en bloquant les lois qu’ils jugent dangereuses pour eux. D’autres lobbys se créent, comme celui des ONG et des acteurs du développement dura- ble. Certains n’ont souvent qu’un objectif limité, et une fois le résultat atteint, ils se dissolvent généralement. C’est pourquoi on ne doit pas faire des partis politiques, des associations, des ONG ou des syndicats de simples lobbys.

Mafias

Elles sont à l’origine italiennes, et le mot finit par être étendu à de nombreuses organisations criminelles : albanaises, nigérianes, russes, chinoises, ou à des- tiné à dénigrer : mafias de tel ou tel parti politique, ou groupes de pression.

Au sens propre, il doit être réservé aux organisations d’Italie du Sud, qui pré- sentent des caractéristiques précises :

Elles sont hiérarchisées, internationales, utilisant la violence et la corrup- tion. Mais elles sont des sociétés secrètes, avec rites d’initiation ; leurs mem- bres sont tenus par un sentiment d’appartenance, basé sur la mémoire de leurs fondations, de leurs actions, de leurs grands hommes, et de la punition de leurs traîtres. Elles ont une action économique illégale (trafics, racket) mais aussi légales : prise de participation dans des entreprises, et peut être même en temps de crise prêts aux particuliers, aux banques, aux États. Elles contrôlent un territoire, dans lequel elles exercent une fonction économique et sociale. C’est ce dernier point qui les rend difficiles à combattre, les popula- tions contrôlées trouvant des aspects positifs à cette action sociale.

Les yakuza japonaises fonctionnent aussi de cette façon, mais les autres « mafias » pas encore. Elles n’ont pas de structure hiérarchisée, pas de sentiment d’appartenance collective, pas d’enracinement territorial ou social, pas plus qu’il n’y a entre elles que peu de coopération. On craint cependant cette éventualité, et des rapprochements avec les groupes terroristes internationaux.

Migrations

Le XX siècle avait vu se multiplier les migrations, intérieures et internatio- nales, réfugiés politiques lors des conflits mondiaux, ou dans la décolonisation (Inde/Pakistan en 1948), ou comme les palestiniens après les guerres israélo- arabes, économiques avec le besoin des pays industrialisés dans les années de croissance, et la volonté des populations du Sud de fuir la pauvreté vers les

« Eldorado » du Nord. Pendant la période d’euphorie après la fi n de la

« Eldorado » du Nord. Pendant la période d’euphorie après la fin de la guerre

froide et l’émergence de certaines économies au Sud, on a pu penser qu’elles allaient cesser . Avec les conflits récents et le maintien de la pauvreté, on a vu augmenter leur importance ; si les migrations de travail se sont réduites, du fait de la fermeture des territoires des pays industrialisés et les difficultés

de pays du « Sud » (Côte d’Ivoire, Nigéria, pays du Golfe), le nombre de réfu- giés a augmenté.

De ce fait, la définition du réfugié de 1951, qui concernait les cas individuels,

a du être étendue à mesure que se développaient les conflits avec massacre

ethnique ou même génocide (Khmers rouges). Le Haut Commissariat aux réfugiés tente de garantir la protection juridique et l’aide humanitaire de ces réfugiés, et il a été progressivement aidé par les ONG. De plus, les migra- tions de travail ont pris un tour souvent dramatique (noyades pendant les traversées clandestines, trafic humain). La pauvreté, les conflits, la famine sont aujourd’hui à l’origine des migrations, en attendant peut être celles qui seront dues à la montée du niveau des mers.

Reste alors pour les candidats au voyage l’émigration illégale, les mettant à la merci des trafiquants et hors la loi des États où ils s’installent, suscitant des réactions de rejet et la montée des populismes. Ces migrations sont pourtant essentielles pour les pays émetteurs, car les remises des nationaux expatriés sont une source essentielle de devises.

Murs

Les dernières années ont vu se multiplier leur nombre, soit entre les EUA et le Mexique, Israël et l’Entité palestinienne, à Ceuta et Mellila, également dans les pays, soit entre communautés (catholiques/protestants en Irlande du Nord, Rom et Tchèques) ou en fonction de la richesse (quartiers ou résidences gardées et closes).

Ce mouvement semble contraire à la mondialisation, puisqu’elle est échange, interconnexion, ouverture. Le mur nie ces notions, et vise à séparer des popu- lations hermétiquement, même si leur constructeurs leur donnent des noms acceptables (barrière de sécurité) et les prétendent provisoires et nécessai- res : les EUA veulent lutter ainsi contre les terroristes qui pourraient franchir clandestinement leurs frontières. Il est souvent la preuve de l’échec ou de l’absence de négociation.

LES LEXIQUES DE L’INSEEC

A la porosité de la frontière, il prétend opposer la séparation totale, et inscrit

dans le paysage l’unilatéralisme de la puissance politique, sociale, ethnique qui le construit. Il révèle surtout les contradictions et les peurs créées par la mondialisation.

National territorial/national mondial

La balance commerciale est souvent le nec plus ultra du commentaire des performances d’un pays. Elle est la différence entre les exportations et les importations d’un État. Or avec la mondialisation, et depuis longtemps en fait, cet indice est il la mesure de la puissance et de l’efficacité ?

En effet, avec les firmes transnationales, avec les IDE et la prise de participa- tion plus ou moins importante des capitaux étrangers dans celui des entrepri- ses « nationales », il faut changer d’échelle d’analyse. Ce que les entreprises étrangères produisent dans le territoire national territorial doit être sous- trait, ce que les entreprises nationales produisent à partir d’autres pays du monde ajouté. Cela donne la balance élargie des différents États, et révèle la situation réelle des États et de leur puissance. On assiste donc au découplage du national territorial et du national mondial et il faut souligner que, même si les territoires nationaux peuvent en souffrir, ils ne sont pas négligeables pour l’efficacité du national mondial : Recherche développement, sécurité, forma- tion, appui politique des États aux entreprises.

Nucléaire militaire

Dans le nucléaire, on parle toujours d’utilisation civile et militaire. En 1968, un Traité de non prolifération Nucléaire (TNP) a été signé, et progressivement les États l’ont rejoint, sauf Cuba, Israël, l’Inde et le Pakistan. La Corée du Nord l’a quitté.

Il y a deux problèmes : le désarmement des puissances déjà nucléaires, et

l’interdiction pour les autres d’en détenir. Aux conférences sur le TNP (2000, New York), deux positions s’affrontent : celle des puissances déjà équipées qui veulent éviter l’entrée dans le club nucléaire d’autres États, celle des pays qui n’en font pas partie et des ONG qui font de l’arsenal des pays déjà dotés la principale menace.

Mais l’Inde et le Pakistan ont fait des essais atmosphériques en 1998, et cer-

tains États sont « proliférants » : Corée du Nord dans le cas de l’aide apportée

à

l’Iran. L’islamisme intégriste, et le nationalisme hindou radical accentuent

la

menace, la Corée du Nord également. De plus, la volonté des EUA, malgré

le traité de 1972 avec l’URSS interdisant la construction de boucliers antimis- siles, de sanctuariser

le traité de 1972 avec l’URSS interdisant la construction de boucliers antimis- siles, de sanctuariser le territoire national, a entraîné avant même sa mise en place, une reprise de la course aux armements. Enfin les États possédant l’arme nucléaire sont rarement victimes d’intervention étrangères, et peuvent même comme la Corée du Nord, négocier des accords avantageux. Il est donc tentant pour certains de développer une « sanctuarisation hargneuse », qui les mette à l’abri de toute attaque. Plus optimistes, certains font remarquer que c’est l’équilibre de la terreur qui a empêché la guerre entre les EUA et l’URSS, et que les puissances nucléaires actuelles ont utilisé le nucléaire sur- tout comme un argument de négociation.

Piraterie

C’est généralement sur mer qu’agissent les pirates, surtout quand les États dont ils sont originaires sont impuissants, ou complices. Mais d’autres formes existent : piraterie aérienne, piraterie informatique (détournement de fond, vols ou non respect de la propriété intellectuelle).

Pour les pirates des mers, leurs opérations sont localisées : détroit de Malacca, côtes de Somalie, Golfe de Guinée et Caraïbes. Ils utilisent les moyens moder- nes : GPS, internet, et s’enhardissent de plus en plus loin des côtes. Des opéra- tions menées par les flottes de différentes puissances ne donnent que peu de résultats, et lorsqu’ils sont pris dans les eaux internationales se pose alors le problème de la juridiction qui doit les juger. La Convention des Nations Unies sur le Droit de la mer stipule cependant que les États doivent lutter contre elle, y compris dans ces eaux.

Dans le domaine du droit de la propriété intellectuelle, la contrefaçon réalisée avec ou sans moyens informatiques coûte aux entreprises qui investissent dans la Recherche Développement un manque à gagner considérable, et l’en- trée à l’OMC doit s’accompagner du respect de ce droit (pour la Chine par exemple). Elle est difficilement combattue et dispose de tous les moyens de la mondialisation : travail dans les pays peu regardants sur les droits sociaux ou politiques, rôle de la grande criminalité internationale qui crée ou reconstruit des réseaux sophistiqués.

Le piratage des œuvres sur Internet pose le problème de la liberté des utilisa- teurs et du droit de la propriété intellectuelle. L’industrie du disque, celle du cinéma, l’édition sont particulièrement touchées, les lois votées pour les proté- ger sont souvent difficiles à rédiger, à cause des libertés, à appliquer, à cause de la fluidité d’internet et de la subtilité des pirates de l’informatique.

LES LEXIQUES DE L’INSEEC

Puissance, super, hyper puissance

C’est en 1998, sous la présidence Clinton, qu’Hubert Védrine a forgé le néolo- gisme d’hyperpuissance, utilisé depuis à toutes les sauces, pour la Chine par exemple. On parlait jusque là de grande puissance (en Europe par exemple) et de super puissances pendant la guerre froide.

La puissance, qui permet de contraindre les autres par différents moyens à faire ce qu’ils ne voulaient pas faire, s’est progressivement concentrée dans les mains des États-Unis. D’abord européennes, les grandes puissances se sont épuisées dans deux guerres mondiales, ouvrant la fin de leurs empires colo- niaux. Elles ont ensuite laissé la place aux superpuissances des États-Unis et de l’URSS, qui ont exercé une sorte de domination conjointe, opposée mais aussi complice. La fin de l’URSS a laissé seuls les États-Unis, sans rivaux à leur taille, ils ont pensé alors avoir gagné le combat contre les ennemis de la liberté, de la démocratie, de l’économie capitaliste libérale : ils sont l’hyper- puissance.

La nouveauté est dans la forme de la puissance : elle a un coût que seuls les EUA peuvent supporter, elle combine l’ensemble des moyens : militaires, diplo- matiques, économiques, monétaires, culturels et ne contrôle pas seulement les territoires réels, mais aussi les espaces virtuels, en les combinant subtile- ment. Elle est seule, et peut pratiquer l’unilatéralisme, puisqu’elle domine les organisations internationales et prétend organiser le monde selon ses vues, sans hésiter à l’utilisation de la force.

On peut noter que cette notion est datée : chute de l’URSS, divisions et effa- cement de l’Europe et du Japon ; Chine, Russie, Inde très loin derrière eux. Certains auteurs (P. Kennedy) annoncent de ce fait la fin inéluctable de cette situation exceptionnelle.

Réchauffement climatique

La Terre connaît un réchauffement climatique, à cause de l’accumulation dans l’atmosphère de gaz à effet de serre (GES), due à des causes naturelles (vol- canisme), et aux activités humaines. D’autre part, le climat a évolué dans l’histoire, alternant périodes froides et chaudes. Mais l’homme est aujourd’hui tenu pour le principal responsable de cette évolution.

Les conséquences géopolitiques - si l’hypothèse haute du réchauffement se vérifie - peuvent être catastrophiques : le niveau des mers et océans monterait de 9 à 90 centimètres dans le siècle qui vient. Certains territoires seraient menacés de submersion : Pays-Bas, îles du Pacifique, Bangladesh. Certes, les

hommes peuvent se protéger (digues, écluses géantes à Venise) mais cela a un coût, que

hommes peuvent se protéger (digues, écluses géantes à Venise) mais cela a un coût, que ne peuvent supporter que les plus riches. Pour les autres, on craint qu’ils ne deviennent des réfugiés « climatiques ».

Il est difficile de trouver un accord international : les EUA refusent de ratifier le protocole de Kyoto (1997), puisque les gros pollueurs du Sud ne sont pas concernés par les efforts demandés aux économies du Nord. La Chine et l’Inde, qui ont accepté un accord ne sont pas tenues de réduire immédiatement leurs énormes émissions, au prétexte qu’elles ne doivent pas gêner le décollage de leurs économies. Au fond, les EUA ne veulent pas affaiblir, surtout en temps de crise, leur économie et remettre en cause l’American way of life, les puis- sances émergentes leur essor économique.

De plus, avec la réduction de la banquise dans l’Arctique se profile déjà un nou- veau conflit pour contrôler cet océan, les voies de passage, les richesses mari- nes et sous marines, entre Russes, Canadiens, Américains et Norvégiens.

Réfugiés

On peut distinguer les personnes déplacées dans leur propre pays, sans leur accord, par la force le plus souvent, pour construire des infrastructures (exten- sion de la ville de Shanghai), des réfugiés fuyant les conflits locaux, surtout en Afrique (génocide au Rwanda). L’absence d’État solide, le désintérêt des puissances dans les années 90/2001, l’appauvrissement des populations par les Plans d’Ajustement Structurels du FMI, après une gestion désastreuse des élites locales ont accentué le problème. Mais on a vu en Europe même, en Yougoslavie, des massacres et des épurations ethniques. On pourrait trouver ces exemples dans tous les continents.

Ces réfugiés, à qui on refuse le droit d’avoir un territoire, sont aidés par le HCR et les ONG, qui disposent de peu de fonds, et ne peuvent intervenir qu’avec l’accord des États, souvent à l’origine du drame vécu par les populations déra- cinées et des crimes commis.

Régionalisation

La fin des Empires a laissé place aux États, ceux-ci vont-ils céder devant la région, à l’intérieur avec les politiques de régionalisation, au niveau mondial avec l’intégration régionale : UE, ALENA, etc.?

Les États ont résisté à cette dilution, car la région n’est pas assez puissante à échelle infranationale pour s’insérer dans la globalisation, et pas assez efficace à échelle internationale, d’un point de vue géopolitique et géostratégique.

LES LEXIQUES DE L’INSEEC

Routes de l’énergie (hydrocarbures)

Le transport de l’énergie, surtout des hydrocarbures entre les territoires de production et de consommation est un enjeu géopolitique majeur, vu la place occupée par le pétrole et le gaz dans le monde. On peut transporter gaz et pétrole par terre (tubes) ou par mer. Le second est le plus coûteux, mais les deux souvent complémentaires. Or l’essentiel des routes de l’énergie vont vers l’Europe, les États-Unis et l’Asie : Chine, Japon.

Les routes du pétrole et du gaz sont des routes à haut risque : conflit autour du tracé des pipelines, comme dans le Caucase, menace sur les détroits et les canaux : 1967/1975, fermeture du canal de Suez, attaque en 2002 par Al Qaida du pétrolier français Limburg et risque environnemental : marées noires, fuite le long des tubes. Cela explique la présence des flottes de guerre et des points d’appui maritimes ou terrestres des puissances concernées.

Soft/hard power

C’est la capacité pour un État, une ONG, une FTN, une organisation interna- tionale ou un groupe de pression d’influencer les autres acteurs, en utilisant d’autres moyens que la force. Joseph Nye, père de ce concept, l’appelle puis- sance par cooptation : faire en sorte que l’autre veuille ce que la puissance dominante veut, au contraire du pouvoir de commandement, qui peut imposer ses volontés par la contrainte.

Pour atteindre ce niveau, il faut qu’elle ait à sa disposition : sa réputation, et son image positive (cf. élection de Barak Obama et les réactions favorables dans le monde) ; ses performances économiques, réelles ou supposées ; le contrôle de la production et de la manipulation des symboles - informations, publicité, débats intellectuels -, de la Recherche Développement ; un fort rayonnement culturel, attirant les savants, les intellectuels et les artistes du monde entier (brain drain) ; une position centrale dans les négociations internationales (cf. B. Obama au G 20), qui influence l’ensemble des décisions prises dans le sens où elle le veut, dans la négociation et la séduction.

Le hard power est son contraire, qui concerne l’ensemble des acteurs décrits plus haut, mais fait appel à la force (guerre, ou coup d’État, comme au Chili d’Allende). Pour J. Nye, les EUA ne sont pas en déclin, car ils combinent le soft et le hard power.

Pour autant, à voir agir les EUA, on constate qu’ils utilisent la combinaison des deux depuis longtemps : en 1945, ils sont la première puissance économi- que et militaire du monde et disposent d’un capital de sympathie énorme, y

compris en URSS et dans les colonies. Leur mode de vie, de consommation, leur culture

compris en URSS et dans les colonies. Leur mode de vie, de consommation, leur culture (musique, cinéma) séduisent la planète, et ils peuvent croire qu’ils ont fait triompher la démocratie libérale. C’est à eux que l’on doit l’ONU, Bret- ton Woods, et le début des négociations du GATT, autant d’organisations inter- nationales et de traités qu’ils façonnent à leur gré.

L’UE semble avoir renoncé, après les massacres de soldats et de civils des deux guerres mondiales, au hard power, mais son soft power est moins efficace que celui des EUA, parce qu’elle ne combine pas les deux (« les Européens ont les mains propres, mais ils n’ont pas de mains »)

Terrorisme

Le mot est utilisé à tout va par les candidats, du terrorisme « musulman » à celui des États. De même, reprenant les mots de certains hommes politiques, on lit qu’il faut faire la « guerre au terrorisme », sans en mesurer la portée exacte (perturbations économiques, menaces constantes sur le monde musul- man d’abord, échec global des stratégies du terrorisme). Le phénomène est souvent détaché des territoires où il prend racine et de ceux qu’il frappe.

La définition la plus courante est la suivante :

• Faire le maximum de victimes avec le minimum de moyens et d’acteurs, au besoin par le sacrifice des auteurs de l’attentat.

• Utiliser les médias pour impressionner les spectateurs. A la guerre, on cher- che à battre militairement l’ennemi. Là, il s’agit d’avoir le maximum de médiatisation, pour impressionne les populations civiles, et les faire vivre dans la crainte d’un nouvel attentat.

• Viser les cibles civiles, en utilisant des lieux ou des dates symboliques au besoin.

C’est donc un mode de communication, dans une relation d’asymétrie, entre le plus fort (victime de l’attentat) et le plus faible (auteur de l’attentat), tout cela au service d’une stratégie et de revendications, politiques, ethniques, religieu- ses, sociales, ou mafieuses.

Pendant la guerre froide, les menaces étaient connues, en gros, des services de renseignements, les États appuyaient ou combattaient, voir pouvaient arrêter les actions terroristes. C’était essentiellement un terrorisme d’État, engageant les deux puissances dominantes, les EUA et l’URSS. Certains mouvements de libération nationale avaient recours au terrorisme, mais dans le cadre d’une stratégie précise : la libération de leur pays colonisé ou occupé, la lutte contre des dictatures, pour le contrôle de territoires.

LES LEXIQUES DE L’INSEEC

Avec la mondialisation, le terrorisme s’est complexifié : fanatiques religieux (Al Qaeda), nationalistes (les Tigres tamouls), pirates de Somalie ou d’Indoné- sie, trafiquants de drogue, de produits rares, d’armes, mafias du monde entier, cyber terroristes, voir sectes, comme Aoum au Japon en 1995 ; le tout nouant entre eux parfois de bien étranges alliances. On pourrait parler d’une mon- dialisation du phénomène liée à l’interconnexion des territoires, celui où est décidé l’action, celui des relais puis celui de l’exécution, à travers les canaux des moyens de communications les plus modernes, et en utilisant la dérégle- mentation de la mondialisation.

Flexibilité, stratégie globale, action locale à grands effets de destruction et de médiatisation, le tout en utilisant internet, et les paradis fiscaux pour les transferts de fond secrets.

Le choix des cibles privilégie souvent les grandes métropoles du monde, en tentant de faire le plus de victimes, qui n’ont souvent rien à voir avec les pro- blèmes des auteurs de l’attentat, mais condamnées du fait d’un « jugement » supérieur prononcé par les chefs de ces réseaux informels.

C’est donc à une nouvelle forme de conflit que les États, les entreprises, les sociétés doivent faire face, dans un flou constant - comment départager les activités des narco trafiquants de certains mouvements « révolutionnaires », qui se financent grâce à ces trafics ? - et il faut bien admettre que les moyens de la puissance des États sont très mal adaptés à une réponse précise. Les zones grises de l’économie mondiale tolérées et même mises en place avec l’accord des États Occidentaux ouvrent la voie à des actions inattendues et rapides, alors que les États collaborent et agissent lentement. Lutter contre les réseaux financiers du terrorisme, c’est risquer de gêner les paradis fis- caux, donc certaines FTN nationales qui les utilisent : dilemme ! Tout au plus peut-on coordonner la lutte internationale.

On ne peut faire la « guerre au terrorisme », mais on lutte contre cette forme nouvelle de conflit, où l’adversaire est partout et nulle part, où il peut frapper n’importe où. C’est donc le renseignement, le combat dans l’ombre que se situe l’efficacité. Mais les principes démocratiques sont souvent menacés dans cette lutte, la fin, pour certains, justifiant les moyens : torture, incarcérations illéga- les, disparitions de « suspects » au sens large, vote de lois d’exception.

Unilatéralisme, unipôlarité Quand un État détient la puissance, n’est-il pas tenté de l’utiliser pour agir

Unilatéralisme, unipôlarité

Quand un État détient la puissance, n’est-il pas tenté de l’utiliser pour agir seul, d’organiser les dynamiques du monde à son profit, sans tenir compte des autres ? Les EUA sont souvent accusés de le faire. Ils s’affranchiraient ainsi des réglementations et accords des organisations qu’ils ont eux-mêmes créées, générant de nouveaux conflits, et donnant le mauvais exemple.

Pour beaucoup, la situation n’est pas nouvelle, et c’est l’apanage de la puis- sance que de dicter les règles et de s’en sentir affranchie. Ce qui serait nou- veau, c’est le niveau de puissance d’un côté, la faiblesse relative des autres, qui cherchent à privilégier le multilatéralisme.

LES LEXIQUES DE L’INSEEC

Notes

Notes

Notes 31

LES LEXIQUES DE L’INSEEC

Notes

BCE - CONCOURS 2012

Les épreuves écrites

L’INSEEC utilise les épreuves de la BCE selon la grille ci-dessous.

Choix des

Option

Coef.

Option Économique

Coef.

Option

Coef.

épreuves écrites

Scientifique

Technologique

Contraction de texte

Épreuve HEC

2

Épreuve HEC

2

Épreuve HEC

2

Première langue

IENA

6

IENA

6

IENA

4

Deuxième langue

IENA

5

IENA

5

IENA

3

Dissertation de culture générale

Épreuve ESCP Europe

5

Épreuve ESCP Europe

5

Épreuve ESC

4

Dissertation littéraire

   

---

     

Dissertation philosophique

   

---

     

Mathématiques

Épreuve

6

Épreuve

5

Épreuve ESC

4

EM-Lyon

EM-Lyon

Histoire, Géographie

Épreuve EM-Lyon

6

-

 

-

 

et Géopolitique

Analyse économique

-

 

Épreuve EM-Lyon

7

-

 

et historique

Économie-Droit

-

 

-

 

Épreuve ESC

5

Histoire

   

---

     

Gestion-Management

-

 

-

 

Épreuve ESC

8

Épreuve à option

           

Total coefficients

 

30

 

30

 

30

À l’issue des épreuves écrites, le jury d’admissibilité de l’INSEEC se réunit et arrête la liste des candidats admissibles. Ceux-ci sont convoqués soit à Paris soit à Bordeaux en fonction de l’académie d’appartenance de leur classe préparatoire et d’une décision arrêtée par le jury d’admissibilité, dans le but d’équilibrer au mieux les calendriers de passage. Des dérogations sont possibles sur demande expresse du candidat. Les résultats d’admissibilité sont transmis aux candidats dès la mi-juin.

Les épreuves orales

Les épreuves orales se déroulent sur une journée, soit à Paris soit à Bordeaux. Les jurys sont composés de manière équilibrée de professeurs de classes préparatoires, de cadres d’entreprises, d’enseignants ou d’Anciens Élèves de l’INSEEC. Les épreuves orales de l’INSEEC ont un double objectif :

• discerner l’aptitude du candidat à réussir et bénéficier pleinement des projets et programmes qui lui seront proposés :

ouverture internationale, goût pour la communication et l’argumentaire, esprit d’entreprendre, sens de l’équipe…

susciter une première rencontre entre le candidat et l’École.

 

Entretien

Entretien

Langues

Langues

TOTAL

individuel

collectif

Vivantes 1

Vivantes 2

Coefficients INSEEC - Paris - Bordeaux

12

6

7

5

30

L’admission et l’inscription

L’inscription se fait par la procédure centralisée SIGEM 2012.

Quel que soit votre rang de classement (liste principale + liste complémentaire), c’est vous qui déciderez d’intégrer soit PARIS, soit BORDEAUX.

LES LEXIQUES DE L’INSEEC

COLLECTION DIRIGÉE PAR ERIC COBAST

LEXIQUES DE L’INSEEC COLLECTION DIRIGÉE PAR ERIC COBAST Les « Lexiques de l’INSEEC » viennent compléter

Les « Lexiques de l’INSEEC » viennent compléter le dispo- sitif conçu au service des étudiants initié par « Les Mémen- tos ». Ils ont été rédigés par une équipe de professeurs des Classes Préparatoires et des Grandes Écoles, particulière- ment sensibles aux difficultés rencontrées par les candidats. L’ambition de ces « Lexiques » n’est pas évidemment de se substituer d’une manière ou d’une autre aux cours annuels mais de proposer tout simplement des instruments effi- caces pour réussir les concours.

Collection Les Lexiques de l’INSEEC 2012 N° 14 : Les mots de… la Société N° 15 : Lexique de Géopolitique N° 16 : Lexique d’Anglais N° 17 : Formulaire de Mathématique (voie S)

INSEEC

Secrétariat de la Collection Les Lexiques H16 – quai de Bacalan – CS 9104 33 300 Bordeaux Tél. : 05 56 01 77 26