Transcription de

L’Académie de L’Espée
de Girard Thibault D’Anvers
Où se démontrent par règles mathématiques sur le fondement d’un Cercle mystérieux la Théorie et Pratique des vrais et jusqu’à présent inconnus secrets du maniement des armes à pieds et à cheval

- 1628 -

LIVRE I TABLEAU 2

Par Alexandre GUIDOUX

Transcription avec actualisation de l’orthographe, de la conjugaison, de la ponctuation et insertion des gravures.
Source des gravures : gallica.bnf.fr ; origine : Bibliothèque nationale de France, département Réserve des livres rares, RES ATLAS-V-110

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Déclaration du tableau Deuxième [pages 1 et 2]. .............................................................. p.3 Concordance des proportions [pages 2 à 4] ...................................................................... p.5 Les justes mesures de la garde, de la poignée et du pommeau, du pendant de l’épée et du ceinturon, démontrées par notre cercle et rapportés au corps de la personne où elles font voir leur perfection ; par la bienséance d’une part et par la commodité de l’usage [pages 5 et 6]. ............................................................................ p.9 Discours et déclaration plus particulière de l’usage et des mesures du ceinturon et du pendant de l’épée tirées de nôtre cercle, contre les abus de plusieurs qui en visent au contraire [pages 6 à 8].............................................................. p.11 Pièces annexes................................................................................................................. p.14

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Déclaration du tableau deuxième. Confrontant les proportions du corps de l’homme tirées de notre cercle à celle de Me Albert DURER1 en son livre deuxième des proportions, Feuille 60. Et déclarant les justes mesures du ceinturon et du pendant de l’épée.

Toutes personnes de jugement confessent qu’il serait fort à désirer, pour l’adresse de l’exercice des armes, qu’il y eût une certaine inviolable mesure, selon laquelle on peut régler exactement toutes les distances et par conséquence aussi tous les mouvements, grands et petits, tardifs et vites. Et Puisqu’il est ici question des mouvements qui se font à l’aide des épées et avec les membres du corps ; que le plus apparent serait de trouver les proportions de l’homme même et, étant trouvée, de les appliquer sur l’épée et sur le plan du terrain, où l’on prétend faire l’exercice. Ce serait le seul moyen par lequel on pourrait parvenir à former un jugement solide touchant les vrais proportions des distances qui ont été jusqu’à maintenant inconnues, ou au moins, il n’en a jamais été fait la démonstration évidente. Et par là se voit la grande utilité de notre cercle qui la représente si claire et si parfaite, avec une adresse de l’assurance à prendre si avantageusement par-dessus le précédent usage et style des armes ; comme la bonne ordonnance d’une arme logée en campagne, distinctement, à loisir et à souhait, pardessus la confusion d’une multitude de barbare. Car autant qu’il importe à un conducteur d’arme, pour mettre le siège devant quelque places, d’en connaitre les plus sures approches, les passages, les prochaines hauteurs, les eaux et , en somme, la situation des alentours ; autant il nous importe, en notre exercice, la déclinaison de ce cercle, qui est comme une carte de toute les démarches, à faire et à changer selon la variété des occasions. Ce qui me fait espérer et croire, que l’invention en sera louée de tous ceux qui ont le cœur libre de cet infâme désir de calomnier les ouvrages d’autrui sans tacher de mettre de meilleures choses en avant. Car ils pourront reconnaitre qu’elle est proportionnée à tous les membres et par conséquence, aussi à tous les mouvements qui peuvent être faits tant de l’un que de l’autre des parties adverse ; et que de cette même convenance, dépend la démonstration des mesures et des distances que personne n’a su déclarer jusqu’à présent. Mais, d’autant que cette convenance est si extrêmement grande, comme il se voit nomment au portait de la personne au tableau précédent au cercle N1, que su d’aventure quelqu’un en prendra l’occasion de soupçonner que nous avons accommodé la dite figure plutôt selon notre fantaisie, pour en tirer les proportions désirées, qu’en suivant simplement la vérité naturelle ; ce qui amoindrit beaucoup la dignité du cercle et le rend en partie inutile pour l’exercice. Pour donc faire apparaitre que nous y sommes allés rondement [correctement], en voici la preuve en ce tableau Deuxième ; où nous appliquons le même cercle au portrait d’un personnage tiré du livre des Proportions de l’Homme, écrit il y a plus de cent ans par ce grand Peintre et Géométricien : Albert DURER. Appliquant sur ledit personnage notre cercle avec toutes les lignes y apprenantes, en sorte que le nombril soit pris pour le centre, la plante des pieds se repose sur la Circonférence et le sommet de la tête atteigne justement à la dernière entre coupure du diamètre à la lettre V, tout de même qu’il en a été fait en notre figure.

Albert Dürer (1471 – 1528) : Mathématicien, Graveur et peintre humaniste allemand (Nuremberg). Il œuvra notamment dans la géométrie descriptive du corps humain. Son livre des proportions humain est publié post-mortem. Girard Thibault fait apparemment référence aux Quatre Livres de Durer, publié en 1557, puis republié en 1603.

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Or nous avons choisi cet effet le portrait d’un homme nu et bien proportionné en tous ses membres, tel que l’ordonnance en est faite au dit Livre des Proportions, Livre 2 et Feuillet 60. En laquelle figure il paraitra que toutes les mesures que ce grand maitre a su remarquer par calculs mathématiques, et par ses longues observations en l’art de la peinture, se découvrent ici quasi sans artifice et plus parfaitement par les assignations de nos lignes tirée perpendiculairement à travers le diamètre aux angles opposées les uns aux autres. Pour venir donc à la confrontation, puisqu’il faudra comparer ici un grand nombre de ligne, afin qu’elles n’engendrent pas de confusion, pour examiner la vérité des assignations de part et d’autre, nous les représentons en différentes manière. : - Les nôtres sont en pointillées, allant par le diamètre jusqu’aux angles opposés, - Les siennes sont des lignes continues, tirées par le derrière de la personne jusqu’au-devant du corps. Donc, celles qui sont communes et accordantes avec les nôtres sont en parties continues et en parties en pointilles, à savoir au dehors de ses parallélogrammes. La figure étant ainsi dressé et considérant le grand accord qui se trouve entre notre invention et celle d’un si grand maitre des proportions ; j’estime que chacun se contentera plus d’une telle démonstration que d’un grand amas d’arguments controversés qui serviraient plutôt à offusquer la matière et tendrait à engendrer de nouveaux doutes au lieu de résoudre les anciens. Et combien que je ne puisse dire que nous somme partout d’accord, si j’oserai bien affirmer que, pourtant là où il y a de la différence que c’est notre cercle qui en donnera la réponse et qui corrigera les fautes qui n’ont su être évité par un esprit si noble et par un jugement des proportions si exact [sic]. Et c’est ce qui doit en augmenter l’estime, plus que si les assignations fussent derechef trouvées et accordées toutes ensembles. Maintenant venons à la preuve, vous avertissant derechef que nos lignes sont tirées simplement d’un angle à l’autre, quasi à l’aventure, et les siennes sont artificiellement ordonnée et rangées en cinq figures parallélogrammes, dont voici l’explication qui s’ensuit.

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• La première de toutes ses lignes répond justement sur notre dernière entrecoupure du diamètre, marqué à la lettre V. Elle démontre, la cime du corps ou Vertex de la personne. La seconde s’accordant pareillement à la seconde des nôtres marquée à côté d’un A plus petit, démontre justement le sommet de la tête. La troisième des siennes ne se trouve pas parmi les nôtres et démontre les sourcils La quatrième s’accorde à la nôtre marqué B, démontre le bout du nez. La cinquième, revenant justement à notre C, démontre le menton. La sixième démontre la pomme d’Adam [les pallerons] ; aussi fait semblablement à la notre marqué de la lettre D et reviennent en une.

Le cercle a été volontairement tronqué pour illustrer les proportions décrites par Girard Thibault. L’intégralité de la gravure est en annexe.

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Il s’ensuit après un des nôtres particulières, marqué de la lettre E, qui vient justement sur le haut des épaules. Derechef, en échange un peu plus bas il s’en suit une des siennes pour démontrer le même ; soit la différence dont nous avons parlé auparavant. • S’ensuit après le second parallélogramme, dont la ligne s’accorde justement avec notre troisième entrecoupure du diamètre marqué d’un R démontre les os traversiers, ou bien selon notre description le plus haut de la poitrine. La seconde s’accorde avec la nôtre F, démontrant la poitrine et spécialement, selon la représentation du tableau précédent, les aisselles. Il s’ensuit après une qui nous est particulière, marqué d’un G, qui démontre les mamelles. Et en échange une autre particulière à lui, qui démontre l’aisselle, à regarder la personne de front, beaucoup plus bas qu’il n’est représenté en notre figure ; procédant l’erreur de ce que l’auteur a placé le haut des épaules plus bas qu’il ne le devrait ; et par conséquent, l’aisselle également. La quatrième ligne en son deuxième parallélogramme revient sur la nôtre marqué H et démontre, selon l’erreur précédente les tétons des mamelles, mais en effet c’est le beau milieu et comme centre de la poitrine. S’ensuit derechef une autre des siennes qui continue dans la même erreur, et démontre par conséquence, les sous mamelles. La sixième s’accorde à la nôtre marqué de la lettre I et démontre le bas de l’os sternal [le Brechet]. Après laquelle il y a la nôtre marqué de K, démontrant les hypocondres, ou les côtes flottantes [fausses côtes]. La septième et dernière de ce même parallélogramme, lui est aussi propre et démontre la ceinture de la personne. •

La première du troisième ordre vient justement sur le centre, démontrant le nombril. La seconde lui est particulière et démontre les hanches.

La troisième revient à la nôtre, marquée de la lettre L, voulant démontrer le haut de la cuisse, mais en effet elle répond justement sur l’endroit de la jointure, si bien que le muscle en vienne plus haut. La quatrième s’accorde à la nôtre marqué de M, démontrant le bas du ventre. La cinquième, qui lui est propre, démontre le membre viril. Comme aussi fait pareillement la nôtre marqué d’un N, toute fois la sienne le démontre par le haut, la nôtre par le bas. Sa sixième démontre faussement le bout des fesses. Après celle celle-ci s’en suit une des nôtre particulière, marquée d’un O, qui démontre la hauteur du fondement. Puis encore une, semblablement à nous particulière, marquée de P qui démontre le concave, ou le commencement du muscle de la cuisse. Et pour le troisième, s’ensuit la seconde section du diamètre d’un grand H démontrant le milieu de la cuisse. • Après laquelle s’ensuit un peu plus bas la première ligne du quatrième parallélogramme qui lui est particulier et démontre, selon son opinion, le concave de la cuisse. En vient après derechef une parmi les nôtres marqué de Q, démontrant l’endroit du même muscle qui est dessous le milieu. Un peu plus bas encore une autre marqué d’un R qui démontre la partie inférieure. Puis, après la seconde et dernière de ce même parallélogramme, démontre le sur genou, un peu plus haut qu’il ne devrait l’être, comme il se voit sur la ligne suivante ; à savoir la nôtre marqué de la lettre S démontrant le vrai endroit de la partie supérieure du genou, comme cela apparait à vue d’œil, tant en cette figure de Me Albert même, qu’en la nôtre au premier cercle du tableau premier. Soit donc le surgenou placé à l’endroit de la ligne S. Alexandre GUIDOUX 6

• La première ligne de son dernier parallélogramme ne se trouve pas parmi les notre et démontre le demi genou. La seconde qui revient à la nôtre marqué d’un T, démontre conséquemment le sous genou. S’ensuit la première section du diamètre, marqué en lettre romaine d’un E, démontrant le haut du mollet [de la grève]. Et derechef encore une des nôtre marqué d’un V, démontrant le gras de la jambe en dehors. Aussitôt s’ensuit le bas de la jambe, représenté par la troisième ligne de ce dernier parallélogramme, qui ne se trouve pas entre les nôtres. Le même est pareillement démontré au-dedans de la jambe un peu plus bas, par la quatrième qui s’accorde à la nôtre marquée d’un W. Touchant quoi il y a quelques différences entre nos assignations, mais de petite importance, en ce que lui a placé le gras de la jambe tant au dehors comme au-dedans, un peu plus haut que nous qui l’avons ordonné sur les lignes W et X. Après s’ensuit la ligne Y, qui nous est propre, et démontre la partie inférieur du mollet [de la grève]. La cinquième de ses parallèles démontre le coup du pied. Et par conséquence, la sixième qui revient sur la nôtre marqué d’un Z, le bas de la cheville en dehors. Finalement le bout du diamètre et la dernière de ses parallèles, démontres les plantes des pieds. Voilà donc la confrontation de toutes nos lignes et de leurs interprétations pour démontrer les vrais proportions du corps de l’homme ; touchant laquelle il ne reste désormais qu’à débattre des différences et à démontrer par de bons arguments les fautes commises en l’ouvrages de Durer et que les assignations de notre cercle sont plus justes et plus approchants de la Vérité. Combien que nous ne voulions pas nous vanter de contredire, ni de reprendre ce grand flambeau des peintres en la science des proportions, où il a mis tant d’étude et en a mérité sa grande louange. Car nous tenons pour chose certaine, qu’en fondant le livre des proportions, son intention a été de représenter plusieurs et différentes sortes de personnes ; les unes bien ou mal, moins ou mieux proportionnées que les autres ; en sorte que ce serait lui faire un grand tort que de rechercher en chaque figure la plus exacte et la plus correcte des proportions, et nous persuadons de l’avoir trouvée par celle de notre cercle, selon les assignations auparavant déclarées. Ce qui sera encore plus manifeste par la confrontation des fautes de la sienne, laquelle étant l’une des mieux proportionnées d’entre toutes celles qui soient dans son livre, nous en parlerons comme de l’un des plus parfaits exemples qu’il a su proposer. Premièrement donc, il y a de la faute en ce qu’il en a fait le cou beaucoup trop long, et par conséquent le haut des épaules, les aisselles et les mamelles sont trop basses. Donc la faute touchant la mesure du cou est évidente en y prenant garde de prés. Car l’espace qui est depuis le haut des épaules jusqu’au lobe [mollet] de l’oreille est autant ou plus que l’entière longueur de la face, ce qui ne peut nullement exister. Après, il y en a encore une en ce qu’il a placé le bout des fesses trop haut, en sorte qu’elles ne sont guère proportionnées en grandeur à tout le reste de la personne. Pour corriger la faute, il est nécessaire que l’endroit du fondement soit ordonné plus bas, comme il est montré par la ligne O. Or de cette même faute, il en procède encore quelques autres à l’endroit du muscle de la cuisse. La troisième erreur consiste ce qu’il met la partie supérieure du genou trop haute. Donc il s’ensuit qu’il fait la cuisse trop courte et la jambe trop longue attribuant quasi en une même longueur à l’une et à l’autre ; ce qui est contre nature. Car la cuisse est plus longue, de sorte que le sur-genou soit placé à l’endroit de la ligne S et par conséquent aussi le genou plus bas, ainsi que le mollet [la grève] en soit raccourci. Alexandre GUIDOUX 7

Du reste, il y a quelque différence, ou abus, en ce qui touche le mollet de la jambe, cela n’importe pas grand-chose. Mais bien plus grande est la faute commise en l’ordonnance de la longueur du pied ; lequel il l’a fait quasi aussi grand que le tibia [l’os de la grève] tout entier, j’affirme qu’il ne dut être que de la longueur de la tête comme il a été montré au tableau précédent. Touchant le bras qui est représenté derrière le dos de la figure, il y a une grande faute en l’ordonnance de la main. Car suivant les démonstrations du cercle ci-dessus expliquées, la longueur de celle-ci ne doit être que de la largeur du visage qui est égale à la moitié des côtés du quadrangle. C’est la proportion qui devrait être suivie et ne pas tomber dans cette faute lourde de mettre, comme il l’a fait, la longueur de la main quasi tout aussi grande que l’avant-bras [la moitié inférieure du bras]. J’estime que cette confrontation démontrera une grande excellence en l’usage de ce cercle, et il ne pourra être que les proportions que nous en tirons pour l’adresse de notre exercice ne soient grandement prisées de tous ceux qui voudront examiner la chose sans aucun préjudice. Aussi en avons-nous discuté avec plusieurs personnes curieuses et d’entendement, anatomistes et peintres qui se sont rangés pour la pluparts de notre côté ; car la vérité de nos assignations peut se juger à l’œil, et par l’expérience d’en prendre la mesure jusques là même que cette figure puisse découvrir et corriger les fautes qui auront été commise par les peintres en ordonnance de leur ouvrage. Et voilà ce que nous avons trouvé bon d’ajouter par-dessus l’explication du tableau précédent touchant la convenance de cette figure avec le corps humain en toutes ses principales parties ; afin qu’il apparaisse d’autant plus clairement comment elle doit nous servir de délimitation du terrain, ou du plan d’arme, pour déclarer toutes les proportions des distances et, par conséquence, aussi l’assurance d’y appliquer des mouvements convenables. Ainsi, ceux qui prendront la peine de faire quelques fois des exercices dessus le trouveront en effet et avec admiration.

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Les justes mesures de la garde, de la poignée et du pommeau, du pendant de l’épée et du ceinturon, démontrées par notre cercle et rapportés au corps de la personne où elles font voir leur perfection ; par la bienséance d’une part et par la commodité de l’usage.

Maintenant puisqu’il est nécessaire que l’épée même ait aussi sa proportion qui corresponde au corps de la personne et au cercle (comme nous l’avons déjà fait paraitre au tableau précédent pour le regard de la lame) ; nous poursuivrons à cette heure à en démontrer aussi le reste, afin que l’on voit, tant en la garde comme au ceinturon et au pendant de l’épée, que nous n’avons introduit aucun changement du monde sans raison non moins évidente que grande.

Or donc voici que nous vous représentons la forme entière de la garde et de la poignée ensemble avec le pommeau, au-dedans des de ces deux quadrangles opposés sur la longueur de l’équerre ; laquelle pièce se voit être divisé en trois partie. Car, premièrement, elle y est mi partie en deux moitiés égales à travers le centre du quadrangle, et puis l’une desdites moitié derechef en deux égales moindres par la ligne collatérale. Suivant laquelle, présupposons que la garde doit avoir en longueur autant qu’il y a depuis l’entre coupure de la collatérale jusqu’au centre ; et la poignée ensemble avec le pommeau autant qu’il y a depuis le centre jusqu’au côté du quadrangle qui est deux fois autant. Par la même je vous avertis que le pommeau doit être de forme un peu plus longue qu’ovale. La longueur de la branche de la croix doit être comme celle de la ligne pédale, et par conséquent égale à la longueur de la plante du pied, le reste étant fait à l’advenant. Par lesquelles mesures, il s’entend qu’elle sera la forme de la garde, aux alentours on apporte quotidiennement tant de nouvelles inventions et avec si peu de fondement, comme si sa façon n’était là que pour servir de simple ornement à la personne plutôt que pour servir en cas de nécessité. Les uns ont des branches crochues ou courbées, des pommeaux grands, ronds ou plat par dessues, d’autres ont comme des corbeilles aux alentours de la poignée ; le tout pour faire je ne sais quelle parade de courage, ou plutôt de couardise ; selon le proverbe espagnol : « Cargado de bierro, cargado de miedo ». La forme que nous lui donnons est simple et honnête, même en la conversation civile, et n’est pas du tout défavoriser en défense. Après la description de cette forme, il est raisonnable d’en expliquer aussi les raisons des mesures pour en démontrer la perfection. Alexandre GUIDOUX 9

La longueur du pommeau avec la poignée, nous l’avons faite égale à la ligne d’équerre depuis le côté du quadrangle jusqu’au centre, ce qui fait la juste longueur de la main, donc il faut un peu moins que la moitié pour la longueur du pommeau, en sorte que le reste en demeure un peu plus qu’une paume, qui est la juste mesure de la garde pour être empoignée en toutes les sortes qu’on voudra et principalement à notre mode. Et en procède la commodité de ce qu’une telle longueur est justement capable de loger le poing de la personne, qui est à peu près égale à une paume. La garde doit aussi avoir sa juste longueur depuis les branches en avant ; à savoir la juste moitié de la longueur précédente. Ce qui apparaitra par expérience en notre exercice quand il sera question de fermer la droite ligne, en parant et blessant tout en même temps, sans dévier [forligner] de la main, même de peu, car la garde si la garde est de la juste mesure, elle en sera capable et autrement pas. Le même en sera touchant les branches de la croix ; lesquelles, si elles défaillent de la juste proportion de leur mesures, en seront incommodé et défaillante dans leur usage qui est de surprendre, ferrer et contraindre la lame adverse à faire de grand mouvement et de grand circuit autour de la garde. Car ainsi que les remparts d’une ville ne doivent pas simplement empêcher les assauts des ennemis par l’entremise de leur corpulence, mais beaucoup plus par les défenses offensives qui puisse les rembarrer et les renverser à terre ; ainsi la garde qui est le rempart de la personne se doit de prévaloir principalement de ses branches pour contrer l’adversaire, aussi bien qu’elle fait une simple défense et parade en forme d’écusson dont le corps peut s’en couvrir ou se cacher derrière. Voilà donc jusqu’à maintenant les vrais et les plus avantageuses mesures de l’épée ; lesquelles étant achevées, nous traiterons par conséquence avec pareille brièveté et perspicacité du ceinturon et du pendant de l’épée qui soit ici les plus adaptés et les plus commodes, tant pour les porter sur le côté que pour dégainer. Parlons premièrement des mesures du pendant de l’épée et de chacune à part. Nous disons que sa longueur doit être égale à la Partie Ajouté du diamètre depuis la circonférence jusqu’à la ligne pédale ; et que c’est là la plus convenable mesure de toutes en longueur, tant pour tenir l’épée attachée au corps que pour en faire le dégainement avec facilité. Et au regard de sa largeur, en voilà la mesure qui est représenté sur notre cercle par la ligne pédale, démontrant le plus et comme la base de la figure entière en notre pendant d’épée. Car il faut que la figure entière en soit faite en forme de triangle, comme il est représenté derechef en ce même cercle au-dedans de chacun des quadrangles, prenant la ligne pédale pour la bas, et les deux collatérales pour les deux côtés, à l’imitation duquel triangle il faut ainsi façonner le pendant de l’épée. Encore que le peintre n’a pas bien suivi cette règle quand il a représenté les deux côtés du pendant de l’épée courbés [sic], en la première figure de ces deux personnages qui sont au bas de la table. Il a suivi la mode vulgaire qui n’est pas la meilleure. Il vaudrait mieux, et serait plus commodes, que les bords fussent droits, selon la figure du triangle qui en démontre la forme ; à raison qu’étant courbés en dehors, il peut arriver qu’ils aboutissent et s’attachent quelques parts au corps ou au vêtement, et qu’ils donnent plus de fâcherie à porter l’épée. Ce qui ne serait pas le cas s’ils étaient droits. Quant est à la longueur du ceinturon, nous en prenons aussi la mesure sur nôtre cercle, à savoir la partie ajouté au diamètre depuis la circonférence jusqu’au dernier bout du carré circonscrit. Et puisque cette ligne est égale à la diagonale du quadrangle, qui est le double de la ligne pédale et que la ligne pédale est elle-même le double de la dernière parcelle ajouté du diamètre, il s’ensuit que le ceinturon étant pris comme 4, de C jusqu’à A ; que le pendant en sa longueur perpendiculaire en sera de 3, de C jusqu’à la ligne pédale, et finalement la base en est large de 2, de C jusqu’au centre du quadrangle.

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Discours et déclaration plus particulière de l’usage et des mesures du ceinturon et du pendant de l’épée tirées de nôtre cercle, contre les abus de plusieurs qui en visent au contraire.

Je crois bien que nous aurons plus de détracteurs en cette matière qui est de rechercher les justes mesures du ceinturon et de l’épée qu’en la précédente, qui a été de l’épée même. Aussi le changement, que nous y introduisons, est plus grand que l’autre. Car nous prenons le ceinturon plus court et le pendant plus long qu’à l’ordinaire. Et touchant la matière de porter l’épée à côté, avec ces dits ceinturons et pendants (qui est représentée par les deux personnages d’en bas) ; la différence en est aussi fort remarquable avec la mode vulgaire car nous attachons le ceinturon sur le milieu du ventre et par conséquence aussi le pendant de l’épée bien avant en derrière ; au lieu de les attacher à la mode ordinaire, l’un au côté droit, quasi dessous le bras, et l’autre sur la hanche du côté gauche.

Il est vrai que pour couper court à toutes disputes qui pourraient en résulter, nous nous rapportons à ces deux personnages, A et B, qui sont mesurer selon la proportion du même cercle ; leurs hauteurs étant compassé sur la longueur de CV ; les épées sur la moitié du diamètre, les bras sur un tiers du même et le reste à l’advenant ; aussi les ceinturons sur l’une des parties prolongées du Diamètre, les pendants de leurs épées sur trois quarts de la même partie en longueur et en largeur sur la ligne pédale ; et que leurs figures étant ainsi représentées. On y voit une merveilleuse grâce à porter et à dégainer l’épée plus grande qu’elle n’est en la façon ordinaire, de sorte que le seul regard de ces figures pourrait nous servir de preuve Alexandre GUIDOUX 11

suffisante pour ce que nous en prétendons ; puisqu’il apparait la plus parfaite proportion que l’on pourrait souhaiter en telle chose.

Toutefois pour répondre clairement à tout ce que plusieurs voudront objecter à l’encontre nous mettrons ici les considérations en avant pour persuader de quitter leur coutume pour en ordonner une autre meilleure. Le principal motif du changement a été de la mauvaise grâce et l’incommodité de leur manière ; qui est telle que les épées pendent ordinairement au corps, sans aucune fermeté, sans être soutenu par le ceinturon, à cause de la longueur qui ne peut faire autre chose que retenir seulement l’épée pour qu’elle ne se recule pas trop en arrière, non pour la soutenir ; il y en a donc plusieurs qui s’entortillent le ceinturon autour de la ceinture pour le raccourcir afin qu’il aide à soutenir ; ce qui est un argument infaillible de n’avoir pas la juste mesure sans que l’on voit pareillement que la pointe de l’épée leur vient ordinairement si haut, et notamment en courant ou allant à cheval, que, outre la malséance, ils en accommodent homme et cheval tous ensemble, la pointe de l’épée tombant quasi comme un éperon sur le dos du cheval au lieu de s’accommoder honnêtement au corps de la personne. Car les armes sont inventées pour aider. Et de fait, on voit que plusieurs gentilshommes et chevalier, qui sont un peu âgés, portent leurs épées à la mode de notre description qui est la plus ancienne, la plus facile et la mieux fondée de toute les autres ; desquelles se sont temporairement fourvoyés ceux qui en ont introduit depuis quelques années un autre de fort mauvaise grâce, utilisé principalement par les Français et accommodé, selon ce qu’il me semble, plutôt à la proportion de leur accoutrement que de leur corps, sans nul égard de l’usage qui devait être la seule et unique intention de l’ordonnance. Or l’erreur a pris son origine de ce qu’il n’y a pas eu de de certaine mesure sur les ceinturons et pendant de l’épée ; de sorte qu’on les a changé de temps en temps et on les a portés parfois long et plus, puis plus court à nouveau que notre assignation le montre, donc il ne faut pas s’ébahir si il en procède des fautes.

Ces inconvénients, et plusieurs autres semblables, seront prévenus en usant à notre mode d’un ceinturon plus court qui soit capable de soulever la charge du pendant de l’épée, et d’un pendant plus long que d’ordinaire, attaché derrière l’épaule, ainsi qu’il est portait au bas de ce tableau en la première personne3. Or il est vrai que ce pendant d’épée serait sans faute trop long si il était placé en avant et comme raccourci par l’assistance du ceinturon ; duquel la brièveté le soulage tellement que la garde, le fourreau et la pointe en viennent chacun en leur juste et convenable hauteur. Ayant le ceinturon, le fourreau et le pendant d’épée tellement affermis et serrés contre le corps qu’il en réussit la parfaite proportion de la commodité et de la bienséance que l’on pourrait souhaiter pour entier contentement, tant en matière de porter l’épée au côté, que pour la tirer hors du fourreau, dont l’un se voit en la première et l’autre en la seconde figure au bas du tableau. Car au fait du dégainement, cette manière s’y accommode si parfaitement qu’on peut le parfaire sans appliquer aucune force, ni aucun mouvement autre que naturel et ordinaire.

Mais puisque nous avons proposé de traiter cette matière du dégainement complétement en la table suivante, et que ce n’est ici pas proprement le lieu d’en parler, que de la bienséance du port ; nous n’irons pas plus loin, nous contentant d’ajouter ici simplement les raisons du changement et les causes pour lesquelles on doit attacher les susdits ceinturon et pendant d’épée sur le milieu du ventre et derrière l’épaule gauche, comme les figures le démontrent.
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Livre I, tableau 2, Figure A.

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A l’entrée de ces considérations nous mettons pour fondement général que ni le ceinturon, ni le pendant ne doivent être attachés au corps de la personne sans aucun usage : car comme on ne met pas un couple de chevaux à la charrue, afin qu’un seul en soutienne toute la charge, mais qu’ils s’entraident et soulagent mutuellement ; nous voulons aussi pareillement que le ceinturon et le pendant s’entraident à porter l’épée et à la tenir dûment affermie contre le corps, tant à cheval qu’à pied. De cette hypothèse, nous tirons les conclusions suivantes : Premièrement, qu’on ne doit attacher le ceinturon sur le côté droit et le pendant sur le côté gauche comme quelques-uns ont coutume. Car en ce faisant, si le ceinturon ne soutient aucunement l’épée, il adviendra qu’elle pendra par le devant de la personne de travers en lui croisant les genoux. Pour cette raison, nous avons ordonné de l’attacher sur le milieu du ventre et le pendant de l’épée à la suite, autant plus en arrière , afin que l’épée revienne sur le côté de la personne un peu vers le derrière et qu’elle soit soutenue par le pendant à l’aide du ceinturon et affermis contre le corps par la juste proportion de l’un à l’autre. Secondement, il apparait que le ceinturon doit être plus court qu’on ne le fait ordinairement, car sans cela il ne peut soulager le pendant d’autant qu’il demeure trop lâche. Pour la troisième, s’ensuit que le pendant doit être au contraire plus long ; car à mesure qu’on le prend plus court, le ceinturon s’en relâche d’autant ; de sorte qu’il faudrait aussi raccourcir à même proportion le ceinturon, ce qui ne peut être. Il en apparait aussi semblablement que le pendant doit être un peu plus court que ne l’est le ceinturon ; car on ne porte pas l’épée justement au côté mais un peu en arrière devers le pendant de l’épée, qui doit être le plus court afin qu’il tire d’avantage. Car si il était égal au ceinturon, l’épée pendait au juste entre deux. Maintenant qu’il est plus court, l’épée s’en accommode aussi un peu d’avantage en arrière. Il en apparait aussi pour la cinquième pourquoi le ceinturon et le pendant doivent avoir la juste longueur que nous leur avons assignée, non plus grande et aussi non plus petite, parce qu’il n’y a pas d’autre mesure que celle-ci seule qui soit proportionné à tenir la garde en sa convenable hauteur, et à lui donner la situation la plus parfaite de toutes pour mettre en même temps et à son aise la main droite à l’épée et la gauche au fourreau, pour accomplir consécutivement l’opération de dégainement, qui est la première préparation pour se mettre en défense ; voire aussi pour reposer le coude su bras gauche dessus, en la manière et pour les causes qui sont expliquées au tableau précédent de la figure A4. Enfin, par ces raisons, il se voir que notre façon de porter l’épée n’est pas seulement plus commode que la vulgaire, mais qu’elle gagne aussi le prix au regard de la bienséance et de l’ornement de proportion ; de quoi on voit quasi arriver le semblable en toute chose. Car selon ce qu’en a témoigné le grand Orateur et père de l’éloquence Romaine5, la beauté consiste en l’Usage même. Si quelque chose est éloigné de l’utilité, apparaitra belle aux ignorants, toutefois, les gens de jugement y reconnaitront toujours une imperfection qui obscurcit le lustre de leur apparence.

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Livre I, tableau 1 , Figure A Référence à Cicéron ?

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ANNEXE

Tableau 2, intégralité de la gravure
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Page 60 du Livre II Della simmetria dei corpi humani, libri quattro de Albrecht Dürer – Edition de 1557 Source : Bibliothéque National de France, Microfilm R12327

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