Transcription de

L’Académie de L’Espée
de Girard Thibault D’Anvers
Où se démontrent par règles mathématiques sur le fondement d’un Cercle mystérieux la Théorie et Pratique des vrais et jusqu’à présent inconnus secrets du maniement des armes à pieds et à cheval

- 1628 -

LIVRE I TABLEAU 3

Par Alexandre GUIDOUX

Transcription avec actualisation de l’orthographe, de la conjugaison, de la ponctuation et insertion des gravures.
Source des gravures : gallica.bnf.fr ; origine : Bibliothèque nationale de France, département Réserve des livres rares, RES ATLAS-V-110

Alexandre GUIDOUX

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Déclaration des opérations du tableau Troisième [pages 1]. ............................................. p.3 La manière de tirer l’épée en avançant [pages 1 à 2] ........................................................ p.3 o o o o Figure A Figure B Figure C Figure D

La manière de tirer l’épée en reculant [pages 2 à 3] .......................................................... p.6 o o o o Figure E Figure F Figure G Figure H

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La manière de présenter à son contraire l’épée en droite ligne [pages 3 à 5] .................... P.8 Comment il faut faire ses approches contre la droite ligne et contre l’angle obtus. [pages 5 et 6].......................................................................................................... P.11

Alexandre GUIDOUX

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Déclaration des opérations du tableau troisième.

Ayant démontré par la déclaration du tableau 1 la juste mesure de l’épée de chaque personne, et en la description du tableau 2 la vraie longueur et largeur du pendant, qui lui soit pareillement proportionné ; il s’en suit, par ordre, de la déclaration du dégainement, qui est la première action de toutes celles de l’épée de laquelle nous traiterons ici un peu largement, comme une chose qui est de plus grande importance que plusieurs n’en pensent, et de laquelle on a vu diverses fois arriver de grands inconvénients à ceux qui n’en savent pas la vrai manière, de sortes qu’ils ont été surpris par leur adversaire tellement que leur épée a été rendue inutile. Pour y remédier, il faut que l’on sache la tirer adroitement, si bien qu’on ne s’y empêche pas soimême ou qu’on ne puisse l’être par autrui. Or il y a deux manières principales de le faire, l’une en avançant, l’autre en reculant.

La manière de tirer l’épée en avançant.
L’occasion de tirer l’épée en avançant se présente quand l’ennemi est au-devant de nous en raisonnable distance et que la nécessité nous presse à notre défense. Car de reculer en arrière en une occurrence si nécessaire et évidente, que serait-ce sinon allumer d’autant plus le courage de la partie adverse en une retirade qu’il pourrait prendre à son avantage, comme si l’on n’osait pas s’approcher. C’est pourquoi il faut lui aller hardiment au-devant et à l’encontre pour le recevoir avec une résolution animeuse [ndt : ?] ; car mieux vaut faire son devoir par courage que par contrainte. Allez donc, marchez et tirez l’épée selon la manière que nous prétendons montrer par la représentation de ces quatre figures de moindre taille à main gauche du tableau, marquées A, B, C et D.

Figure A

Premièrement après avoir marché deux, trois ou quatre pas en avant selon votre commodité, vous empoignerez de la main gauche le pendant avec le fourreau de l’épée, joignant la garde durant la démarche du pied gauche ; et quand il tombe à terre, de l’autre main vous prendrez votre épée, entourant avec l’index la branche extérieure par dedans la garde.

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Figure B
Poursuivant à marcher plus loin [outre], en même temps que vous lèverez le pied droit, vous fermerez bien fort la main gauche, à ce que l’épée et le fourreau ne s’entresuivent ; et en continuant à la restreindre en arrière et vers le bas, comme aussi à porter le pied en l’air à côté, un peu plus haut qu’une démarche ordinaire (afin qu’à l’aide et à l’advenant de celui-ci, tout le côté droit du corps, et notamment le bras, puisse monter plus haut) , au même temps vous tirerez l’épée avec le doigt qui enserre la branche extérieur, en ouvrant la main, afin qu’elle monte plus aisément, jusqu’à tant que la lame soit au dehors du fourreau. De sorte qu’en cette action, le pied, la main gauche et droite, l’épaule, le bras et somme tous les membres se donnent assistance mutuelle, l’un à l’autre. Ce qui advient au contraire à ceux qui s’accoutument à dégainer l’épée en laissant le pied droit en terre, car il est impossible qu’ils s’en trouvent incommodés. Après donc que vous aurez tiré l’épée en cette manière, vous arrêterez un bien peu le pied droit en l’air à côté de vous, pour en continuer plus aisément les actions suivantes. Et c’est proprement ce que la figure précédente ; car vous voyez que son pied droit est encore élevé en haut et l’épée est-elle à peine hors du fourreau.

Figure C

Pour continuer ce qui s’ensuit, durant la pause du pied droit, vous fermerez derechef la main droite, et tournant le poignet du bras, porterez la lame circulairement en haut, de sorte qu’elle fasse une demie circonférence en l’air jusqu’à ce qu’elle vienne au-dessus de votre épaule droite, sur la hauteur et à côté de la tête, ayant la pointe en arrière et le pommeau en avant, avec le bras un peu courbé, comme il se voit en la figure.

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Figure D
Continuant l’opération précédente, vous ramènerez l’épée de haut en bas, comme d’un arrière main, par devant votre tête, en mettant le pied droit en terre et durant que le gauche sera en action de cheminer, vous continuerez à porter le bras et l’épée par devant votre poitrine, tellement que la démarche du pied et la décente de l’épée finissent au même instant ; mettant le pied en terre et laissant descendre le bras étendu ensemble avec l’épée au côté de la cuisse droite, en tournant au même temps la branche intérieure en dedans et mettant le pouce à l’encontre. Par ainsi, vous aurez l’épée dans la main selon la manière de notre pratique et feront toute vos actions promptes ; gaillardes, bienséante et convenable à marcher toujours sans interruption. L’opération étant achevé, vous avancerez derechef le pied droit et porterez au même temps le bras avec l’épée en avant ; à savoir le bras aucunement courbé, un peu plus haut que la ceinture et la lame de travers par devant le corps, en croisant de biais la poitrine, avec la pointe un peu montante. Voilà comment il faudra marcher tout droit à votre homme, jusqu’à ce qu’étant venus à mesure de pouvoir vous toucher l’un et l’autre, vous vous mettiez en position [alliez], gouverner selon les actions qui se présenteront. De quoi, vous trouverez assez d’exemples en ce livre avec suffisamment de règles et d’instructions, tant pour l’assaut que pour la défense.

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La manière de tirer l’épée en reculant.
Il s’ensuit que nous décrivons maintenant la manière de tirer l’épée en reculant. Car il advient souvent, quand on se trouve en compagnie avec plusieurs personnes, qu’au lieu de conserver honnêtement l’ensemble, il s’y émeut des questions par lesquelles on est contraint de mettre la main aux armes. Ce qui est assez difficile et dangereux à faire, d’autant que c’est l’ordinaire de se tenir en compagnie les uns si près des autres qu’on ne pourra pas nous sauter aisément au corps ou prendre le bras ou la garde de l’épée, en sorte qu’on nous ôte tout moyen de défense. A cela il n’y a d’autre remède qu’une bonne façon de dégainer l’épée en reculant ; laquelle est ici représentée par les quarte figures suivante : E, F, G et H qui sont à l’opposé des quatre précédentes.

Figure E

Faisant deux ou trois pas en arrière, soit qu’on ait commencé avec le pied droit ou avec le gauche, il faut aviser d’empoigner de la main gauche le pendant de l’épée, ensemble avec le fourreau, tout en joignant la garde, durant la démarche du pied gauche, et en le mettant en terre, de l’autre main on prendra l’épée en embrassant avec l’index [le doigt indice] la branche extérieure par dedans la garde, comme la figure démontre.

Figure F

L’épée donc prise et le pied gauche planté en terre, tout à l’instant on élèvera l’autre pour continuer la même retraite [retirade], en serrant cependant bien fort la main gauche qui tient le pendant avec le fourreau de l’épée, la poussant même un peu vers le bas pour tirer l’épée plus aisément durant la continuation de monter du pied droit en l’air, un peu plus haut qu’en la démarche ordinaire ; suivant au reste en tout et par tout les observations qui sont déchiffrés dans la description de la figure B. Car ce sont les mêmes actions et il n’y a que cette différence ; que l’une des figures travaille en avançant et l’autre en reculant.

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Figure G

Quand l’épée sera hors du fourreau, on fera derechef une petite pause du pied droit, le tentant élevé à côté ; et durant celle-ci, on mènera la pointe de sa lame circulairement en haut dehors le bras, en sorte que l’on face monté diagonalement par devant la poitrine avec un tour de main, assisté de quelques petites accommodations du bras jusqu’à tant que la garde arrive à l’endroit du sommet de la tête, un peu à côté, la lame reposant par-dessus l’épaule avec la pointe un peu haussé derrière le dos ; auquel instant on commencera ensemble à pencher du corps sur le devant et à retirer en arrière le pied droit, qui est actuellement encore levé, suivant ce que l’on voit en la figure.

Figure H
Finalement on continuera à mener la lame circulairement pardessus la tête vers le côté gauche et en continuant à pencher du corps, on ferra comme un coup de revers en l’air, descendant diagonalement par devant la poitrine ; et à l’instant que la lame passe ladite poitrine et partie supérieur du corps, on se retirera avec le pied droit, qui est encore élevé, en arrière, autant qu’un grand pas peut s’étendre. A l’instant qu’il se mettra en terre, on retirera pareillement le bras droit étendu à côté et laissera t’on suivre e pied gauche en trainant, lâchant au même temps la main et tournant la branche intérieur de la garde horizontale, de verticale qu’elle était, et ensemble retirant le pouce de dessous celle-ci à dessus. Ce qu’étant fait, on aura l’épée à la main, ainsi qu’on doit la tenir selon la mode de notre pratique. Il est bien certain que ces opérations vous sembleront au début fort difficiles, ou même impossible, à faire ; car il y a tant de petits points à observer en si peu de temps, mais avec l’habitude il en apparaitra le contraire, de sorte que vous reconnaitrez à la fin que ce sont toutes des choses naturelles et faciles. Touchant le coup de revers dont nous faisons mention dans la déclaration de cette figure, il faut savoir qu’il n’est pas inutile : car au contraire il sert grandement à tenir les gens tant plus éloignez, et pour se faire large, au moyen de quoi on a plus de facilité à se mettre en défense. Ayant donc achevé cette dernière action, il faudra juger si il est désormais besoin de reculer encore davantage, ou si il est temps de faire ses approches. Lesquelles faudra-t-il faire en la même sorte qu’il est dit ci-dessus. A savoir en avançant derechef le pied droit et se mettant en même temps l’épée au travers par devant le corps, le bras aucunement courbé, la main droite, avec la garde, environ à la hauteur de la ceinture, en se croisant la poitrine avec la pointe un peu montante.

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La manière de présenter à son contraire l’épée en droite ligne.

Voilà en somme ce qui m’a semblé nécessaire de vous proposer touchant le dégainement de l’épée. Venons-en à la pratique de l’exercice et commençons par la droite ligne, laquelle faut-il apprendre avant toute autre chose à présenter adroitement à votre partie adverse, avec des gestes propres et convenables pour l’attendre ; et la même étant pareillement présentée, que vous sachiez aussi la manière de faire vos approches à l’encontre. Nous laissons à part une infinité d’autres postures et choisissons cette seule qui est la plus convenable pour la démonstration de nos préceptes, voire aussi la meilleure de toutes. J’avoue qu’il y en a de plus gracieuse et de plus furieuse en apparence ; mais si celles-là sont accompagnés de plus prestigieuse, ou de mauvaises mines, celle-ci l’est d’avantage de prudence et de force. Par quoi, laissons les autres à ceux qui s’y plaisent, nous nous contenterons de présenter pour le présent de cette droite ligne, de laquelle nous décrivons en ce tableau la manière et l’ordre de comment il faut procéder, nous remettant à discourir de sa noblesse et de ses avantages dans la suite. Il faut que je dise en passant, et une fois pour toutes, que celui des deux contraires qui commence à travailler sur le cercle du côté de la lettre A sera toujours appelé de nous ALEXANDRE, et l’autre ZACHARIE ; dont ordinairement Alexandre sera l’observateur de nos préceptes, et le contraire pour [aucune fois pareillement] Zacharie, comme il est aussi présentement en ce tableau III où il représente en ces quatre figures et actions consécutives de quelle manière et avec quels gestes on se mettra sur le cercle en la posture de la droite ligne, dont voici l’explication qui s’en suit :

Première Action
Zacharie se met droit devant le cercle N°1 vis-à-vis du quadrangle ZX, tenant l’épée sur le coude du bras gauche, et en empoignant la garde par-dessous avec la main gauche. Pour représenter cette action le plus simplement qu’il soit possible ; Zacharie se met ici tout droit sur ses jambes vis-à-vis du diamètre, les pieds également avancés, s’en tenant éloigné de la juste mesure de sa lame. Car s’il en met la pointe sur la circonférence à la lettre X, les branches de la garde lui en reviendront justement entre le creux de ses deux pieds. Toutefois il y a encore une autre manière, plus facile, pour examiner et ajuster cette même distance ; à savoir en étendant le bras avec l’épée droitement en une ligne et la menant de haut en bas jusqu’à toucher terre. Car le point d’attouchement viendra toujours au même endroit de la circonférence à la lettre X, moyennant que la situation du corps ne soit pas changé, et qu’on ne le plie, ni en avant, ni en arrière, mais qu’il demeure droitement debout et perpendiculaire. Zacharie donc, se tenant éloigné en cette distance du cercle, met l’épée sur le coude du bras gauche, empoignant aussi de la main gauche la garde pardessous, laissant pendre et reposer les bras sur le ventre, en sorte que la pointe de l’épée lui va derrière l’épaule. Et voilà comment il s’est mis en état d’attendre, jusqu’à temps qu’il voit sa partie adverse être en ordre pour lui donner la pointe en droite ligne.

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Seconde Action
Devant le cercle N°2, il s’avance avec le pied gauche d’un pas modéré, en menant l’épée circulairement par devant lui avec le bras raide, et la mettant à son côté droit en angle aigu, la pointe baissée.

En approchant donc du cercle, il avance premièrement le côté et le pied gauche d’un pas médiocre en ligne droite, et cependant, raidit le bras de l’épée, la menant par une demi circonférence diagonale par devant la poitrine, de haut en bas, en angle aigu à son côté droit et en mettant la pointe environ à la mesure d’une paume de la terre. Au reste toutes ces actions, tant du bras que de la main et de l’épée, doivent se commencer et se terminer ensemble avec le pas du pied, afin qu’il n’y ait rien de mal proportionné. Il faut aussi se donner garde, en apprenant cette démarche, d’une faute assez ordinaire et commune à la plus part des écoliers ; qui est de croiser le pas et de porter le pied gauche à droite, au lieu de marcher en droite ligne tout droit devant eux, dont ils se trouvent tout à l’instant embrouillés à faire les opérations suivantes.

Troisième Action
Devant le cercle N°3 ; il élève et baisse le pied droit à côté, ensemble aussi l’épée de même avec le bras raide, en sorte qu’ils viennent à y faire une ligne montante en angle obtus.

Voici qu’il lève le pied droit pour faire le second pas, et au même temps, il porte aussi le bras étendu avec l’épée en angle obtus justement à côté. Et puisque c’est son intention de mettre le bout du pied à la lettre X ; l’ayant préalablement un peu avancé, ensemble aussi avec le bras et l’épée de même ; il tourne les yeux en bas sur la figure du cercle pour y prendre l’adresse de pas qui lui reste à faire, au point qu’il prétende toucher ; poursuivant du reste la marche et à la continuer sans interruption, comme il sera déduit au cercle suivant. Notez bien ce que nous disons de porter le pied droit avec le bras et l’épée, cependant qu’ils montent justement à côté répondant sur le profil du corps. Car si on les avances dès le début [du commencement], on sera fort incommodé à la continuation des actions suivantes : ce qui est mal commencé ne pouvant avoir bonne fin.

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Quatrième Action
Au cercle N°4, il a marché du pied droit, et l’a planté à la circonférence au point X, jetant ensemble l’épée en droite ligne au-dessus du diamètre, avec le pied gauche trainant à même temps derrière jusqu’à venir dessus la ligne pédale. Etant sur le pied gauche, et ayant avancé l’autre, ensemble avec le bras et l’épée, et regardé à terre pour ajuster le pas, il poursuit en cette sorte : c’est qu’il porte l’épée avec le bras étendue, circulairement en avant, un peu vers le bas ; mettant en même temps le pied en terre, les orteils sur le point X et le talon sur la collatérale du quadrangle à main droite. Et en continuant toujours le susdit mouvement circulairement, il la ramène en haut avec quelque petite accommodation du poignet en finissant le mouvement du bras (qui demeure toujours étendu en droite ligne) justement au-dessus du diamètre, en angle droit : en ligne perpendiculaire au regard du corps et au regard du diamètre en ligne parallèle. Or quand il plante le pied en terre et qu’il porte l’épée circulairement en haut, cela se fait avec une impétuosité du bras ; dont tous les nerfs et muscles du corps se tendent, le côté droit en est tiré en avant, le talon du pied droit s’en tourne en dehors sur la ligne XY, et finalement le pied gauche en est contraints, et comme forcé à suivre et se laisser entrainer après l’autre, jusqu’à tant qu’il vienne sur la ligne pédale Z, où il doit demeurer, et redresser au même temps qu’il y arrive, le corps droit et de profil, l’épée ensemble avec le bras étendus en ligne droite parallèle au diamètre, en sorte que l’épaule et le bras, la garde et la pointe de l’épée se retrouvent toutes en hauteur égale. Après toutes les actions faites, s’il est question d’examiner la posture pour voir s’il y a de la faute ; il ne faut qu’entendre pareillement le bras gauche en droite ligne, en arrière à la même hauteur. Car si la posture est juste, les deux bras ensembles avec l’épée ne seront qu’une droite ligne et tous les membres du corps en seront tellement à leur aise qu’il n’y en aura pas un seul qui s’en ressente ; rien n’y sera contraint ni de contrefait ; d’autant que c’est la posture la plus naturelle du monde. En somme s’il y a faute, soit en la situation du corps ou en la tenue de l’épée, elle se découvrira d’elle-même par l’inégalité de la ligne, qui devrait être droite, ou par le malaise du corps, qui doit se tenir perpendiculaire, ou par le malaise procédant de la contorsion des membres, comme il en rend à toute les autres postures quand elles s’efforcent de présenter l’épée en ligne droite.

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Comment il faut faire ses approches contre la droite ligne et contre l’angle obtus.

Ayant précédemment déclaré les opérations de Zacharie, il sera bien que nous commencions pareillement à décrire celles d’Alexandre ; qui nous démontre par ses quatre figures autant de différence manières de faire ses approches contre la droite ligne et contre l’angle obtus. Mais puisque ces dites postures ne lui sont pas présentées en ce présent tableau par Zacharie, il faut savoir qu’elles seront représentées au quatrième, est le prochain en suivant, chacune à son tour sur les cercles marquées des même nombres. Aussi les approches d’Alexandre ne sont ici représentées à plein ; mais que le surplus en est réservé au tableau quatrième, chacun à représenter sur son propre cercle. Sachez que les postures de Zacharie sont telles : - Cercle N° 1, il présente la droite ligne, tout ainsi qu’au cercle N°4 de ce tableau présent. - Cercle N° 2, il présente l’épée en angle obtus. - Sur le N°3, il fait le même. - Sur le N°4, c’est derechef la droite ligne. C’est à l’encontre de ces postures qu’Alexandre se met ici en devoir de faire ses approches, qui ne sont toutefois représenté qu’à demi, dont l’accomplissement sera vu là où les postures se voient à l’encontre.

Première opération
Alexandre s’étant préalablement avancé de deux ou trois pas devers le cercle N°1 en plantant le pied gauche en terre, il a mis l’épée en angle aigu à son côté droit, ce qu’étant fait, il baisse le pied droit en dehors, comme aussi le bras avec l’épée, les mettant en angle obtus, le surplus de cette approche sera représenté au cercle N°1 du tableau suivant. Présupposant que Zacharie se soit mis le premier en campagne en la posture de la droite ligne pour attendre. Voici qu’Alexandre commence à faire ses approches à l’encontre en cette sorte : Durant qu’il a été hors de mesure, il a marché autant de pas en avant que la distance le requière, menant l’épée librement à sa fantaisie, sans être en peine de commencer la démarche avec le pied droit ou gauche, ni de savoir exactement la distance de l’adversaire. Mais quand il a mis le pied gauche en terre si près du cercle qu’il puisse arriver en un seul pas à la circonférence ; c’est alors qu’il a porté son épée circulairement avec une demi circonférence diagonale à son côté droit en angle aigu, usant des mêmes actions et se mettant à la même distance qu’il a été dit ci devant en personne de Zacharie N°2. Cela fait, il lève le pied droit et hausse ensemble le bras avec l’épée en angle obtus, tout ainsi que Zacharie en a fait devant le cercle N°3. Il n’y a que cette différence que Zacharie regarde la terre pour aligner la démarche et mettre le pied droit justement sur la collatérale droite de son quadrangle, avec les orteils touchants la circonférence ; ce qu’il peut et doit faire pour se mettre le premier en posture sur le cercle, d’autant qu’il n’a nul autre adresse. Mais à Alexandre, il n’est pas permis de ce faire, d’autant qu’il doit prendre l’adresse de toutes ses actions et de son approche au comportement et à la distance de son contraire qui l’attend et la dite distance en regardant [à l’aulne de la vue], sans jamais en détourner ses yeux, car autrement il ne pourrait porter l’épée au suivant mouvement en ligne droite et parallèle dessous l’autre, comme il se voit en la table suivante. C’est pour cette raison qu’Alexandre tient ici ses yeux fichés sur l’ennemi.

Alexandre GUIDOUX

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Deuxième opération
Alexandre s’étant préalablement avancé de deux ou trois par devers le cercle N°2 en plantant le pied gauche en terre, il a jetée l’épée descendante en angle aigu, puis en élevant le pied droit en avant, il porte le bras avec l’épée en haut, la mettant par-dessus son épaule droite à côté de la tête avec la pointe en arrière. En ce Cercle N°2, nous présupposons que Zacharie lui présente l’épée en angle obtus, comme il sera représenté au tableau suivant. Pour travailler à l’encontre, Alexandre s’est mis tout droit devant puis a marché deux, trois ou quatre pas en avant, plus ou moins selon la distance, menant librement l’épée selon qu’il lui est venu à gré. Mais en venant si près du cercle avec le pied gauche qu’il ne reste plus qu’un pas pour venir en mesure ; au même temps, il avance l’épée un peu à main droite, la portant de haut en bas en angle aigu ; puis en élevant tout à l’instant le pied droit et commençant à cheminer, il la ramène en haut à côté de la tête à hauteur de l’épaule, la pointe de celle-ci un peu montante en arrière. Lesquelles actions a-t-il faites, en intention d’avancer l’épée avec le pas en suivant et la mettre au même instant qu’il viendra en mesure contre la lame contraire en dedans, comme il sera dit plus amplement en la déclaration du Tableau IV.

Troisième opération
Alexandre s’étant préalablement avancé de deux ou trois pas devant le cercle N°3, au même instant qu’il plante le pied droit si près, qu’il peut atteindre la circonférence avec l’autre il avance l’épée devers son côté droit en angle aigu laquelle il porte derechef en haut en angle obtus en avançant le pied gauche et en le mettant en terre à la circonférence, derechef il la ramène de haut en bas en angle aigu dessous l’épée contraire et au-dessus du diamètre avec le corps penché à l’envers Touchant le Cercle N°3, il faut présupposer que Zacharie l’attend derechef en la même posture, lui présentant l’épée en angle obtus comme on le voit dépeint au tableau suivant. Pour l’aborder, Alexandre a marché encore tout de même qu’au cercle précédent, jusqu’à ce qu’en approchant le pied droit si près, qu’il ne reste plus qu’un pas pour atteindre la circonférence, il a avancé au même temps le bras avec l’épée vers le bas en angle aigu, tirant un peu à main droite ; et derechef, il l’a ramené circulairement en haut en angle obtus durant l’élévation et l’avancement du pied gauche ; lequel en venant se planter en terre sur la circonférence au point C, au même instant il porte son épée diagonalement dessous la contraire en angle aigu le corps un peu renversé. Voilà tout ce qu’il a fait jusqu’ici ; la suite sera déclarée en son lieu.

Alexandre GUIDOUX

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Quatrième opération
Alexandre après s’être avancé de deux ou trois pas, en venant à planter le pied gauche devant le cercle N°4, avance l’épée en angle aigu, laquelle il ramène derechef en haut durant la démarche du pied droit, et la porte à côté de sa tête dessus l’épaule droite, avec la pointe tournée en arrière.

Ici en ce Cercle N°4, présupposons que Zacharie se soit mis en la posture de la droite ligne. Alexandre vient derechef à l’encontre, ayant préalablement fait deux, trois ou quatre pas en la même sorte que dessus, à la fin desquels en mettant le pied gauche en terre devant l’angle du carré circonscrit, il avance l’épée vers le bas en angle aigu ; puis en continuant à marcher du pied droit pour entrer en mesure, durant l’élévation et l’avancement de celui-ci, il la rapporte en haut à côté de sa tête au-dessus de l’épaule droite, la pointe haussé en derrière et la garde environ à la hauteur de l’épaule, un peu en avant ; comme il est représenté en la figure.

Telles sont les actions qu’il a faites en ce présent tableau ; la suite contiendra comment entre-t-il en mesure, en avançant le pied droit jusqu’à la circonférence du cercle et tournant pendant ce temps la pointe de sa lame circulairement à l’envers de haut en bas à son côté ; ce qu’il fait du poignet de la main avec quelques petites accommodations du bras, en continuant le même tour jusqu’à tant qu’il ait mis sa lame dessous l’épée contraire en ligne droite et parallèle. Mais puisque toute ces choses seront représentées au tableau suivant, faisons ici la fin du troisième et passons outre.

Alexandre GUIDOUX

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