Transcription de

L’Académie de L’Espée
de Girard Thibault D’Anvers
Où se démontrent par règles mathématiques sur le fondement d’un Cercle mystérieux la Théorie et Pratique des vrais et jusqu’à présent inconnus secrets du maniement des armes à pieds et à cheval

- 1628 -

LIVRE I TABLEAU 5

Par Alexandre GUIDOUX

Transcription avec actualisation de l’orthographe, de la conjugaison, de la ponctuation et insertion des gravures.
Source des gravures : gallica.bnf.fr ; origine : Bibliothèque nationale de France, département Réserve des livres rares, RES ATLAS-V-110

Alexandre GUIDOUX

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Déclaration des opérations du tableau Cinquième [pages 1 et 2]. ..................................... p.3 Cercle N°1 et 2 [pages 2 et 3]. .......................................................................................... p.5 Cercle N°3 [pages 4 et 5]. ................................................................................................. p.9 Cercle N°4 et 5 [pages 5 et 6]. .......................................................................................... p.11 Cercle N°6, 7 et 8 [pages 6 à 8]. ....................................................................................... p.14 Cercle N° 9 et 10 [pages 8 et 9]. ....................................................................................... p.19 Cercle N°11 [pages 9 et 10]. ............................................................................................. p.22 Cercle N°12 et 13 [pages 10 et 11]. .................................................................................. p.24 Conclusion du tableau [pages 11 et 12]. ........................................................................... p.27

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Déclaration des opérations du tableau Cinquième.

Notre intention est d’examiner les avantages de la droite ligne, présentée à la première instance avec jugement et dans la forme qui est montré au premier plan du tableau précédent ; duquel dépendent aussi toutes ces opérations suivantes. Mais voyant que les tireurs d’armes comment le plus souvent à travailler avec des feintes, sitôt qu’ils viennent à mesure, pour faire sortir l’épée contraire un peu de présence avant de tirer leurs estocades ; il nous a semblé nécessaire, pour votre plus grande satisfaction et pour l’éclaircissement du tableau, de mettre ici un petit discours touchant les feintes, premier que d’entrer en le déclaration particulière des exemples qui sont ici proposés. Nous présupposons donc qu’Alexandre s’étant mis le premier en posture, le pied droit sur le côté extérieur du quadrangle AC et l’autre sur la ligne pédale ; Zacharie est venu l’aborder en se mettant en premier instance à l’autre bout du cercle, pareillement en posture de la droite ligne, sur le côté droit du quadrangle et sur la ligne ordinaire du pied gauche, portant l’épée dessous l’autre et poursuivant à travailler avec des feintes par dehors et par dedans, tantôt de pieds ferme, tantôt, et le plus souvent, avec le pied droit un peu levé ; aucunes fois demeurant exactement sur la première instance, d’autrefois commençant de plus loin ou de plus, selon qu’il lui vient à grés. En somme, il fait une si grande variété de feintes qu’il est impossible à Alexandre de bien travaille à l’encontre, si il ne distingue exactement la mesure de l’approche de chacune de celles-ci. Car l’avancement du pied et du corps qui les accompagne peut être distingué en quatre degré ; dont procèdent quatre espèces de feintes qui sont nécessaire à connaitre pour se fortifier dûment à l’encontre, selon les instructions qui s’en suivent et sans lesquelles, il n’y a d’autre remède contre les feintes subtiles que le hasard de tirer et de se donner sur l’ennemi à corps perdu en espoir de lui rendre son change ou de rompre toujours en couard la mesure pour échapper au coup. La première espèce de feinte : c’est celle qui est faite par Zacharie à la première instance en levant le pied droit et faisant charge du corps sur le pied gauche, sans nul avancement notable ; en sorte que la pointe ne passe pas la garde de l’épée contraire. Le remède de cette feinte c’est de la mépriser et de ne faire aucun mouvement à l’encontre, ni du bras, ni de l’épée jusqu’à tant que l’ennemi s’approche d’avantage. La seconde espèce de feinte : c’est quand il commence à pencher du corps en avant, si bien qu’en faisant la feinte, en dehors ou en dedans, la pointe puisse arriver jusqu’à l’endroit du poignet de la main de l’ennemi. Le contraire c’est d’aviser au même temps le bras et la main de l’épée, raidissant le corps et élevant le talon du pied droit afin qu’il soit prêt à travailler selon les occurrences, et élevant ensemble la pointe de l’épée en haut, du côté de la feinte, par-dessus l’épée contraire pour la couvrir avec un peu de supériorité. La troisième espèce de feinte : c’est quand il continue son approchement du corps si avant que sa pointe puisse arriver jusqu’à la moitié de l’avant-bras du contraire1 ; ce qu’il ne peut faire qu’avec un mouvement plus grand et plus apparent que ne l’a été le précédent. Le contraire de cette espèce de feinte se pratique quasi en la même sorte que celui d’au-dessus, en augmentant et en accommodant toutefois les actions à l’exigence des actions contraires. Car au même temps, il faut s’étendre le corps, lever le pied droit, hausser le bras et l’épée en avant, en tournant la branche extérieure, du poignet de la main, un peu plus haut que l’autre et élevant la pointe en angle obtus du côté de l’épée contraire pour la couvrir avec un petit avantage de supériorité.
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Dans le texte : « jusqu’à l’endroit du mitan du coude contraire »

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Voilà tout le dernier approchement du corps que l’on peut, ou doit, permettre au Contraire, tandis qu’on demeure sur la défense car si il entre plus avant, il faut lui donner l’atteinte au même temps, soit qu’il poursuive le trait de la feinte commencé, en dedans ou dehors du bras, pour blesser du même côté ou qu’il use de cavation pour toucher en bas ou au côté opposé. Aussi cette préparation, que nous venons de décrire, étant dûment faite, servira d’une adresse universelle pour rendre ses desseins inutile. La quatrième espèce de feinte : c’est quand il s’avance tellement avec la feinte que la pointe de son épée pourrait arriver au coude du bras contraire ; qui est le dernier et plus grand mouvement qu’il faut faire sans planter le pied en terre. Alexandre reconnaissant cet extrême approchement de son contraire, par le plus grand et notable avancement et penchement du corps qu’il puisse utiliser2 ; se doit bien donner garde de lui laisser terminer [parfaire] cette feinte commencée ; car au second mouvement, il n’y aura plus de remède. Et pourtant ; il faut que de défendant, il devient assaillant3 (en entrant au même que l’ennemi est en action pour faire sa feinte) d’un petit pas par-delà le diamètre, le corps droit, le bras et l’épée étendues, en sorte qu’il touche de sa pointe au vises avant que la feinte soit parachevé. Or tout ceci sera démontré plus amplement en Table XXVII, qui est le propre lieu ou on travaillera sur les feintes et sur les assistances de la main gauche. Voilà les avertissements que nous avons jugés nécessaires de vous proposer touchant les feintes et leurs contraires qui seront de très grandes utilités pour les écoliers qui auront fait quelques avancements notables ; mais l’on pourra s’en passer pour le regard des novices qui auront assez à faire de gouverner leurs épée, mains, bras et jambes, sans qu’ils s’embarques en des observations si subtiles. Qu’ils se contentent pour le présent de les recevoir seulement par des manières de Théorie, en pratiquant les exemples de ce tableau plus grossièrement, sans beaucoup de circonstances, pour y apprendre simplement les estocades et les rencontres qui seront expliqués en leurs descriptions, plutôt que de s’approprier artistiquement chaque remède à chaque espèce de feintes. Car aussi bien, ne peut on voler sans ailes.

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Dans le texte : « dequoy il use » Dans le texte : « Et pourtant faut, qu’il devienne assaillant de défendant qu’il estoit »

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Cercle N°1
Alexandre se tenant en la posture de la droite ligne et assailli par Zacharie d’un coup de pointe en dedans du bras devers le visage, à l’instant que la pointe vient lui passer le coude, il la surprend au nombre 3 ou 4 avec le fort de sa propre épée, et allant un peu à côté du pied droit, il lui ferme la droite ligne, de façon qu’il le blesse au visage.

Alexandre se tenant en posture de la droite ligne, Zacharie vient le menacer d’une feinte de la troisième espèce en dehors du bras en élevant le pied droit et avançant le corps et le bras de l’épée, jusqu’à porter sa pointe environ à la moitié de l’avant-bras d’Alexandre quasi comme s’il voulait lui tirer une estocade au visage ; sous espoir de l’obliger à parer le coup et par conséquent à écarter l’épée. Puis tout à l’instant, il l’a repasse par-dessous la garde contraire, en continuant d’avancer le corps avec le pied droit ; lequel se pose ç terre sur le diamètre à la lettre R avec quelque augmentation du penchement du corps, il remonte l’épée en haut, laissant suivre et trainer le pied gauche proportionnellement derrière l’autre, en tirant et dressant au même temps son estocade en dedans du bras droit au visage de sa partie, portant bras et épée étendue en droite ligne. La défense d’Alexandre consiste à travailler contre la feinte et contre l’estocade : Contre la feinte, en tournant du seul poignet de la main la branche extérieure de sa garde diagonalement en haut, en montant la pointe du côté de la feinte pour croiser et bien couvrir un peu la lame Alexandre GUIDOUX 5

de son contraire de la sienne sans la toucher, et sans dévier [forligner] ni à droite, ni à gauche, ni du bras, ni de l’épée. Voilà le contraire de la feinte. Si Zacharie eut continué d’avancer sa pointe avec la feinte pour le toucher du même côté, cette préparation eusse été le vrai moyen de lui rompre le coup en dehors du bras, comme elle est à présent le vrai commencement de la rencontre de l’estocade tirée en dedans. Puisse donc que Zacharie repasse l’épée par-dessous la garde de son contraire, pour frapper à l’opposer du lieu du lieu où il avait dressé la feinte, Alexandre, aussitôt qu’il perçoit le premier trait du changement, se réveille et se met sur ses gardes en raidissant le bras et les genoux, si bien qu’à l’instant où la pointe de l’épée de sa partie lui vient à l’endroit du coude, il la reçoit au Nombre 3 ou 4 avec le centre qui est la garde de la sienne, la prend et enserre entre sa lame et sa branche intérieure horizontalement, en avançant au même temps le pied droit et le corps ensemble avec le bras et l’épée, en graduant l’épée contraire, et par ce moyen, il ferme la droite ligne en laissant écoulé la pointe de son contraire à vide par devant sa poitrine, blessant l’ennemie au visage, et abaissant finalement le pied droit par terre par-delà le diamètre entre les lettre CE, et laissant trainer le pied gauche derrière jusqu’à ce qu’il revienne droit sur ses pieds et en ligne perpendiculaire ; il accroit par ce moyen tellement la vigueur de son estocade qu’il le perce au travers de la tête.

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Cercle N°2
Alexandre en fait ici l’exécution finale, et allant avec le pied droit jusqu’en H, le genou plié et le pied gauche trainant proportionnellement après, enforçant de son bras celui contraire, de sorte qu’il lui vient dessous l’épée

Poursuivant l’exécution de l’estocade, il entre sur l’ennemi en cheminant avec le pied droit jusqu’à la lettre H où il fait la charge du corps sur la jambe droite, en pliant le genou, et trainant le pied gauche derrière jusqu’à la circonférence en continuant à pousser l’épée en avant de toute sa force, avec le bras raide ; il en choque si rudement la garde contraire qu’il force l’ennemi à courber son bras et laisser aller la pointe en haut en angle obtus, venant ainsi dessous par-dessous et lui autant toute apparence de revanche. Ce précepte est grandement éloigné de la pratique vulgaire, qui commande qu’on se retire tout à l’instant hors de mesure après qu’on ait donné l’atteinte. Ici on vous montre qu’il faut poursuivre la pointe jusqu’à se rendre tout à fait maitre er seigneur absolu de l’ennemi, et non pas fuir ni sauter en arrière, qui ne serait autre chose que de le provoquer à la riposte, il vaut plutôt mieux entrer si en avant qu’on lui rende les armes inutiles. Je sais bien que ceux qui sont accoutumés à la vieille mode ne se laisseront pas de reprendre de cette manière et de la tenir pour trop dangereuse ; mais c’est parce qu’il n’entende pas eux-mêmes comment l’on doit s’assurer de l’épée contraire avant de porter l’atteinte ; ils pensent que nous nous Alexandre GUIDOUX 7

efforcions, à leur mode, allongeant nos bottes en laissant l’épée libres ou en tachant de faire sortir de présente par quelques feintes. Ce que nous n’avons garde de faire. Car de telle estocade sont tiré à l’aventure et il y a tout autant de chance qu’elle échoue qu’elle ne réussisse4 ; si tout se déroule correctement, ils peuvent encore nier5 que l’avantage qu’ils ont eu, n’ait été accompagner de quelque danger manifeste et sont à peu près autant hasardeux pour celui qui a le dessus que pour le contraire. J’en prend à témoin la pratique même de leurs exercices où l’on voit qu’ils sont ordinairement plus en peine pour se retirer en hâte de la mesure, qu’ils ne sont assurés de porter leurs atteintes, voire qu’ils se retirent le plus souvent, avant [premier] que de savoir s’ils ont bien ou mal adressé. Ce qui n’est en effet autre que de tirer ses coups à l’aventure, sans nulle supériorité ni avantage ; procédant de ce qu’ils ont les épées de part et d’autre également libres ; et que celui qui porte la botte a toujours besoin de deux temps assez remarquables : le premier pour tirer, le second pour sortir de sa présence. Aussi voit-on qu’il s’entre blesse ordinairement les uns les autre, ce qui est un argument infaillible que la fortune y domine et qu’ils reconnaissent bien eux-mêmes l’imperfection et le danger de leur pratique, car ils ne savent que c’est d’attaquer artistiquement une épée.

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Dans le texte : « et y à tout autant d’apparence quellen réussiront mal que bien » Dans le texte : « au fort quand tout est aller à souhait, si ne peuvent, ils nier encores, «

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Cercle N°3
Zacharie lui tire derechef une estocade en droite ligne à pleine force, au-dedans du bras, et devers le visage laquelle est rencontré au même temps par Alexandre en lui accueillant l’épée au Nombre 4 ou 5, avec graduation et avancement du corps assez remarquable, lui passant l’estocade à travers la tête

Alexandre se tenant tout de même qu’au cercle n°1 ; Zacharie vient l’aborder à la mode ancienne avec une feinte, haute ou basse, tirée d’un bras raide par dehors l’épée à l’instant où il arrive à la circonférence du cercle ; puis, en approchant le pied gauche et élevant l’autre, il commence à faire la cavation ; laquelle il continue durant l’avancement du corps, si bien qu’au même instant qu’il met le pied en terre sur le diamètre à la lettre R, il tire de toute sa force une estocade vers le visage de son contraire. Alexandre s’apercevant que la feinte ne passe pas la branche de sa garde, il ne se bouge nullement jusqu’à ce que Zacharie s’avance un peu d’avantage et commence à faire la cavation, avec le pied droit élevé. Car lorsqu’il se prépare, s’avivant le corps, le pied, le bras et l’épée en la troisième espèce des feintes ; de sorte que l’ennemi entrant et dressant la pointe de l’épée vers son visage en dedans du bras, à l’instant où elle vient à l’endroit de son coude ; il la reçoit de la branche intérieur de sa garde, au Nombre 4 ou 5, et en la graduant avec un avancement du corps, il lui donne le coup en droite ligne au visage, abaissant le pied droit un peu au-delà du diamètre entre les lettres EH, continuant à charger le corps sur celui-ci, en pliant le genou pour augmenter la vigueur de l’estocade en la manière et pour les considération déclarées ci-dessus. Alexandre GUIDOUX 9

Pour bien pratiquer cette opération, il est nécessaire [besoin] de savoir distinguer deux distances où les estocades de Zacharie peuvent commencer : Car si il advient qu’il allonge sa botte depuis la première instance ou encore de plus loin, il aura le corps et le bras de l’épée nécessairement abaissés et faibles, devant que sa pointe arrive à l’endroit de la pliure du bras contraire. Cela étant, Alexandre peut le rencontrer au même temps, en usant pareillement d’un penchement du corps à l’encontre et accouplant le fort de l’épée contraire au Nombre 4 ou 5. Mais s’il a fait préalablement quelque approchement du corps durant la feinte ; si bien qu’il tire son estocade de plus près et qu’il puisse passer de sa pointe plus avant que le coude du bras de son contraire, sans aucun abaissement ou affaiblissement du corps, du bras ou de l’épée. Alexandre se dressera premièrement tout droit, avec le pied droit élevé, sans pencher du corps en avant, jusqu’à tant que la lame contraire (étant accueillie du fort de la sienne) se soit un peu écoulé, moyennant l’avancement du corps : et alors, il entrera tout subitement en penchant sur le devant et le blessera en lui graduant l’épée avec le bras étendu, suivant la démonstration de la figure. Cette manière de rencontrer une estocade est assez différente de celle du cercle N°1, car celle-ci fait l’exécution de son coup en un seul temps et l’autre en deux : Celle-ci on l’exécute en pliant le genou et l’autre veut que le corps soit préalablement dressé en ligne perpendiculaire avec les genoux raides. Or il semblera bien à plusieurs que cette façon de donner et d’achever tout ensembles, avec les jambes larges et le plié, soit plus gaillarde, plus active et plus noble que l’autre ; parce qu’elle a en apparence quelque chose de commun avec les plus furieuses actions de la pratique vulgaire, dont l’autre est si fort éloigné, qu’elle ne pourrait l’être davantage. Cependant soyez sûr que celle du cercle N°1 est la plus sûre, plus preste à prévenir tous les changements et même aussi plus robuste, parce que tous les membres du corps sont tendus et réveillé, et tiennent leurs forces plus unies ; ce qui donne à leurs mouvements une vigueur et vie intérieure qui ne parait pas en l’extérieur ; à raison qu’ils sont d’autant plus petit que la force est grande. En outre, pour ce qu’ils proviennent d’un corps étendu perpendiculairement, ils se font avec plus de supériorité que les autres ; notamment quand on y emploie l’artifice et la préparation, que le corps est alors préparé, tant pour le transporté et travailler de tout côté, qu’à poursuivre, arrêter et modérer des actions comme bon lui semble. C’est pourquoi, il est très utile de pratiquer les exécutions de telles et semblables estocades : en deux temps plutôt qu’en un ; et n’est jamais nécessaire6, comme il sera montré par la description du cercle suivant, où Alexandre sera contraint de se mettre droit sur ses jambes pour s’assure contre l’estocade que sa partie lui tire en dehors du bras, avec le corps haut et droit, en suivant le style de notre pratique. Car si il voulait la rencontrer en penchant du corps en avant sur le genou de la jambe antérieure, par l’abaissement du corps et du bras et de l’épée, il deviendrait nécessairement inférieur à sa partie, qui ne s’éloigne guerre de prendre l’avantage de supériorité par la hauteur de corps qu’il se réserve.

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Dans le texte : « Et aucunesfois il est du tout nécessaire »

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Cercle N°4
Zacharie lui tire encore sur la même posture une autre estocade résolue en droite ligne, dehors le bras et devers le visage, avec le corps toujours si haut qu’il ne passe point la lettre V, sur quoi Alexandre ayant fait la préparation, accueil l’épée contraire du fort de la sienne au Nombre 4, avec un petit soulèvement du corps sur les orteils de ses pieds, de quoi il retient la supériorité, et en graduant l’épée contraire d’un bras raide avec une petite démarche, pour tourner la tête et le dos devers l’estocade, il le blesse lui-même au visage, en revenant tout droit debout en la même posture qu’il était au paravant.

S’étant plantés les parties à la première Instance ; l’épée de Zacharie dessous l’autres en ligne droite et parallèle, il commence incontinent à faire avec le bras droit une feinte à son contraire par dedans le bras, en élevant et avançant quelque peu le pied droit ; puis en continuant le même avancement du pied ensemble avec le corps, il repasse son épée par-dessous la garde de sa partie et en tire une estocade résolue vers le visage de celui-ci en dehors du bras, abaissant le pied droit en terre à la lettre V, avec le bras étendu et le corps haut, laissant trainer le pied gauche derrière autant qu’il est besoin pour se tenir toujours perpendiculaire. Alexandre s’apercevant derechef que la feinte ne passe pas les branches de sa garde, attend sans bouger jusqu’à tant que l’adversaire face à la cavation avec quelques approchement notable du corps : et loirs qu’il se présente à le recevoir, en avivant le corps, élevant le pied droit, et conduisant l’épée selon les instructions précédentes ; et à l’instant que la lame contraire lui vient à l’endroit du coude, il la reçoit du centre de la sienne au Nombre 4. Alexandre GUIDOUX 11

Ne lui suffisant pas de se tenir droit, si ce n’est qu’il y ajoute encore un petit soulèvement du corps, pour se hausser un peu d’avantage sur les orteils du pied gauche, en tournant au même temps la tête avec le dos devers la pointe ennemie ; laquelle il va graduer en raidissant le bras, de telle sorte qu’avec un petit pas, posant le pied droit un peu à côté, aux environs de la lettre E, il le contraint de quitter la droite ligne, et le blesse au visage, laissant suivre le pied gauche derrière en le trainant un peu circulairement, jusqu’à venir en profil, en la situation naturelle de la première instance au-dedans des perpendiculaires. Ceux qui tiennent l’escrime vulgaire s’étonneront grandement d’un tel précepte. Car porter la tête et le dos vers la pointe de l’adversaire, durant le temps où il est en train de tirer son estocade, il leur semblera que ce soir d’une témérité qui défie la Nature même, laquelle tache toujours de se conserver soi-même, avant que d’offenser le contraire. Et c’est la raison pour laquelle ils s’accoutument quant à eux de fuit l’épée qui vient contre eux, en penchant de la tête et du corps à l’opposé du point qu’elle menace. Pour réponde, je confesse que nos exercices sont directement contraires aux leurs, et je dis qu’ils font une bien grande faute d’esquiver la pointe en cette sorte. Car d’autant plus qu’ils pensent l’éviter, en portant la tête hors de présence, d’autant plus ils en demeurent en danger d’être touchés. Et au contraire, d’autant plus on s’en approchera, suivant l’instruction de cette et semblables opérations, d’autant plus on en sera assuré et on entrera plus avant dans les perpendiculaires. Car si Alexandre eût voulu éviter la pointe contraire en se retirant la tête, je vous prie, qu’est ce qui aurait empêché l’épée contraire, qui est libre, de changer le trait et de poursuivre son avantage en quelque sorte ? Il vaut mieux donc rencontrer le coup avec supériorité, que d’attendre qu’il vienne et qu’il à son poste, avec hasard d’en recevoir l’atteinte, et mieux vaut rompre que de le laisser libre. Concluons donc que l’Art et l’assurance est à celui qui sait dompter les prétentions de son contraire ; le hasard et l’épouvante à celui qui redoute la venue d’une pointe, comme si elle était invincible.

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Cercle N°5

Alexandre poursuit et exécutes son estocade et parachevant avec élévation et avancement du pied droit, ensemble du corps, du bras et de l’épée ; en abaissant finalement le pied sur le diamètre outre la lettre H, menant la charge du corps sur le genou antérieur plié et graduant cependant la lame contraire avec le bras raide, jusqu’à rencontrer la garde avec une telle violence que l’ennemi est forcé de se courbé le bras, laisser aller sa pointe en angle obtus, et de recevoir l’épée de l’adversaire à travers la tête.

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Cercle N°6
Zacharie s’avance et lui tire derechef une estocade par dehors le bras devers le visage en ligne courbe, portant le pied droit jusqu’à la lettre R ; qui fait qu’Alexandre esquive le coupe en avançant le côté gauche, et posant le pied droit sur le diamètre au-dedans de la circonférence, et accueillant au même temps du nombre 7, le 5 ou 6 de l’épée contraire, avec quelque graduation, abaissement de la main, et le coude affermi contre le flanc, en sorte que la partie inférieure du corps étant affranchie, il fait là-dessus son entrée7, en allant du pied gauche jusqu’à la lettre I.

Après que les deux contraires ont été plantés en posture de la droite ligne, tenants les épées parallèles l’une à l’autre, celle d’Alexandre dessus et l’autre dessous ; Zacharie entreprend de lui tirer derechef une estocade en dehors du bras, non toutefois en ligne droite comme au cercle 4, car Alexandre la lui a rencontré avec pareille ligne droite, dompté et blessé au même temps ; donc il aime mieux lui porter le coup avec le bras courbé en la manière suivante : Il s’avance premièrement avec une feinte de la seconde espèce en dedans du bras, portant également le pied et le corps avec le bras étendu jusqu’à tant que sa pointe arrive à l’encontre du poignet de la main contraire ; et puis en continuant encore le même avancement, il la repasse par-dessous et tire en dehors du bras avec pleine force une estocade au visage de l’ennemi en ligne courbe ; posant le pied droit sur le diamètre à la lettre R, en accompagnant le corps en avant sur le genou de la jambe droite, et laissant trainer le pied gauche proportionnellement derrière jusqu’à la lettre X.
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Dans le texte « intrade » ?

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Alexandre se prépare contre la feinte, s’avivant et étendant au même temps le corps avec élévation du pied droit, en étendant le bras avec l’épée, la pointe dressé contremont du côté de la feinte, comme il a été montré ci-dessus ; en attendant avec cette supériorité, comme un remède universel, tout ce que l’adversaire peut machiner en suite de la feinte : soit en continuant le trait déjà commencé ou en usant de quelque changement par manière de cavation, ou de quel qu’autre sorte que ce puisse être. S’apercevant donc au premier trait du changement de l’intention de son adversaire, par le tournement [torsement] de l’épaule et du bras de celui-ci ; avant que la pointe lui passe l’endroit du coude, il voit clairement qu’elle est dressé vers son visage en ligne courbe ; à l’occasion de quoi il esquive le coup en ôtant la tête hors de présence, par le moyen d’un tournoiement et avancement du côté gauche qu’il veut faire en posant le pied droit, à présent élevé, sur le diamètre au-dedans de la circonférence ; en accueillant au même temps avec le Nombre 7 de sa lame dressée contremont le 5 ou le 6 de l’épée contraire ; sur laquelle il fait quelque petite dégraduation avec quelque abaissement de la main, s’affermissant le coude contre le flanc, pour la défendre la partie inférieure du corps ; et continuant à se tourner et avancer sur le même pied circulairement la côté gauche, jusqu’à en poser le pied à la lettre I, par deçà le Diamètre, pliant le genou et accommodant le corps dessus, en assujettissant l’épée contraire ; le tout en conformité de ce qui est représenté par les figures.

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Cercle N°7
Alexandre élevant le pied gauche, et amortissant la lame contraire en ôte la sienne, se penchant un peu du dos à l’envers et derechef en revenant d’où il était parti et avançant le même pied, il lui assène la pointe au côté droit dessus le bras

Ce cercle contient la poursuite du précédent. Car à peine Zacharie a-t-il achevé le mouvement de son estocade perdue qu’Alexandre poursuit son avantage ; élevant le pied gauche avec un petit poussement sur la lame contraire, pour lui troubler le sentiment et pour ôter par là-même la sienne de dessus, en menant la pointe circulairement autour du bras contraire de haut en bas, et s’affermissant le coude du bras droit contre le côté, avec la garde au-devant près de la poitrine, le dos un peu à l’envers ; puis en revenant droit, il donne l’atteinte, et au même instant pose le pied sur le diamètre perpendiculaire à la lettre L, trainant par conséquence le pied droit derrière, autant qu’il est requis pour remettre le corps à son aise, et pour toucher au côté droit de l’ennemi dessous le bras, comme il reportait sur la figure.

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Cercle N°8
Finale exécution de l’estocade précédente, assisté de toutes les forces du bras et du corps, avec les particularités qu’il faut y observer ;

Pour exploiter l’exécution finale de cette blessure, avec le bras et l’épée étendue, portant le pied gauche jusqu’à la lettre Q en trainant l’autre après jusqu’à la lettre H poursuivant à lui passer le corps tout outre. Le tout se voit clairement en la figure. Nous avons divisé cette opération des cercles N°7 et 8 en deux temps, en faveur disciples. Car ceux qui seront plus avancés pourront la faire en un, n’ayant besoin de mettre le pied gauche en terre, sinon une fois seulement. Qui plus est, il y aura moyen d’en abréger le temps encore d’avantages avec l’exécution annexe : c’est qu’en assujettissant l’épée du contraire, en la manière décrite au Cercle 6, on entre du pied droit jusqu’à la lettre E, un peu en deçà du diamètre ou même plus outre, et puis en poursuivant, tourner le côté gauche en devant, détachant les épée en la même façon qu’au Cercle 7 sans toutefois abaisser le pied gauche à terre, sinon au même instant qu’on le touche dessous le bras, poursuivant au reste l’exécution en la même sorte que dessus. Or notés qu’on présuppose au Cercle 6 que Zacharie ait tiré son estocade avec pleine résolution, qui est la vraie occasion pour laquelle cette rencontre, continuation et exécution des susdits Cercles6, 7 et 8 dépend.

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Mais posons le cas qu’il ne tire pas avec cette résolution et hardiesse, et ainsi qu’il porte sa pointe plus lentement ou qu’il n’avance pas le corps tant que la proportion d’une estocade résolue le demande, n’entrant du pied droit que jusqu’à la lettre V, plus ou moins. Quel remède ? Car de vouloir ici tourner le côté gauche devant et assujettir sa lame à la mode du cercle 6, c’est une chose très dangereuse : car il s’est réservé de pouvoir changer l’opération commencée et faire la cavation pour blesser au-dedans du bras ; ce qui lui sera impossible s’il avait tiré avec résolution. La rencontre, c’est qu’il faut qu’Alexandre sache distinguer, par les commencements et préparations des mouvements, s’il tire résolument ou avec réserve. Et l’ayant reconnu, qu’il entre du pied droit aux environ de la lettre E, par deçà le diamètre, en s’affermissant le coude du bras droit contre le côté, avec un avancement du corps et quelques petites décente de la main et accommodation du poignet, par laquelle il dressera sa pointe en direction8 l’épée contraire pour en détourner la pointe au temps convenable, soit que les lames s’entre-touche ou non ; se gardant cependant d’avancer le pied gauche, mais qu’il le tienne en l’air derrière ou à côté, et si l’ennemi continue son premier mouvement, il continuera aussi à l’égal d’entrer du pied gauche, plutôt lentement qu’autrement, afin de retenir le sentiment juste pour travailler avec plus d’assurance sur les cavations, qu’on pourrait lui faire ; lesquelles il faudra rencontrer en accueillant le faible de l’épée contraire du fort de la sienne, et lui donner un coup au visage avec avancement du même pied gauche ; ainsi qu’il sera décrit plus particulièrement en son lieu. Or en faisant cette préparation, il advient parfois que les épées s’entre-touchent et parfois non, ou pour le moins plus tard qu’elles ne le devraient. Quand la première occurrence se présentera, vous avez défié votre instruction d’entrer lentement sur le côté et le pied gauche moyennant l’assurance du sentiment : Quand la seconde se présente et que l’adverse ne touche pas votre lame, c’est un argument infaillible qu’il n’a pas l’intention de blesser avec sa courbe, mais seulement d’en faire semblant pour faire sortir votre épée hors du centre de sa défense, afin de se servir après de la cavation avec plus d’apparence. Pour y remédier, il faut que vous preniez sur cette feinte un nouvel amendement à votre avantage, en augmentant le penchement du corps en avant, ensemble avec la descente de la main et de la garde, en dressant la pointe en haut devers son visage pour le blesser suivant le fil de se lame si il ne fait pas assez tôt la cavation. Et s’il la fait ; considérant qu’il ne peut la faire autrement que circulairement, vous accueillerez du fort de votre épée, le faible de la sienne, nombre 3, 4 ou 5, cependant qu’elle montrera de dessous votre garde en haut ; et continuerez à la graduer et le blesser au visage en avançant le côté gauche et entrant le même pied dans ses perpendiculaires.

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Dans le texte : « contremont devers »

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Cercle N°9
Alexandre étant planté en droite ligne, Zacharie lui va tirer un coup d’estocade devers le ventre, en avançant le corps avec intention de porter le pied droit jusqu’à la lettre R mais comme Alexandre le prévient, en détournant le côté droit avec le même bras étendue et avancé, et lui donne l’atteinte en l’épaule droite à lui-même, il est retenu en arrière et contraint de raccourcir le pas à la lettre V sur le diamètre.

Après avoir proposé les estocades qui pourraient être tirées par Zacharie en dehors et en dedans de l’épée vers le visage d’Alexandre, il sera bon d’y ajouter pareillement celles qu’il pourrait tirer vers le ventre au-dessous des armes, afin que par ces preuves on puisse dignement juger de l’excellence de la droite ligne, en laquelle il s’est derechef arrêté en ce Cercle 9, sur les lignes ordinaires du Quadrangle AC. Zacharie est venu pareillement l’aborder avec la même droite ligne, en asseyant sa lame parallèle au dessue de l’autre, suivant l’ordinaire de notre style ; ou bien il est venu à la première instance avec le corps courbé, selon la coutume ancienne, et y étant arrivé, il a tiré par dehors une feinte de la seconde espèce jusqu’au poignet de la main contraire, en levant le pied droit et commençant à avancer ; puis continuant le même avancement, il a rabaissé sa pointe circulairement avec le bras raide et avec grande vitesse ; avançant tant et tant le corps d’avantage, avec l’intention de porter le pied jusqu’en R sur le diamètre, et d’asséner au même temps le coup de sa pointe en la partie inférieure du corps de son Ennemi. Voilà les actions et les intentions de l’assaillant ; s’ensuit l’instruction pour le défendant. Alexandre a fait premièrement sa préparation contre la feinte ; s’avisant le corps avec une élévation du talon du pied droit et travaillant de l’épée selon ce qui a été dit plus particulièrement ci-dessus. Alexandre GUIDOUX 19

Puis reconnaissant au second mouvement le changement que l’adversaire commence pour le blesser au ventre, ou côté droit du corps ; et que pour ce faire, il abaisse le bras et l’épée, tant qu’il se découvre lui-même l’épaule droite ; il se détourne au même temps le côté droit en dehors avec la pointe des deux pieds devant et avance la partie supérieur du corps en la penchant avec le bras étendu, de sorte qu’il lui donne l’atteinte en l’épaule droite, qui est le plus proche endroit de l’attouchement, le prenant et prévenant par cette rencontre, en sorte qu’il le contraint de raccourcir le pas et d’abaisser le pied aux environs de la lettre V au lieu de l’avancer jusqu’à R comme il avait le dessein. Pour en parler plus clairement ; il faut qu’Alexandre lui donne l’atteinte au même instant que Zacharie commence à abaisser sa pointe, durant que son corps est encore capable d’être retenu en arrière et avant qu’il ait pris une grande course. Car moyennant qu’Alexandre sache bien prendre et ajuster ce temps, il blessera sans bouger de sa place, ne faisant autre chose que de tourner un peu le corps par le moyen des pieds comme nous venons de le décrire. Ce qu’il pourra faire assurément, pour autant que la pointe contraire s’est éloigné d’elle-même du plus prochain point d’attouchement et qu’elle est retenue encore, outre cela, en arrière par l’obstacle de l’estocade, arrêtant la personne environ au milieu du chemin qu’elle pensait faire. Mais posons le cas où par sa vitesse, ou par l’inadvertance d’Alexandre, il soit venu si en avant qu’il n’y ai plus de moyen de l’arrêter ou de lui rompre le pas. En cette occasion il n’est possible pour Alexandre de l’atteindre avec un simple tournement du corps ; ainsi il est contraint de servir d’une petite retirade, de peur que la pointe contraire (qui est en présence, libre et en acte d’approcher, ni ne peut être arrêté par l’estocade de la droite ligne), ne le blesse au même instant, ou bien un peu après. Il faut donc, en ce cas, qu’il retire les pieds un peu en arrière, plus ou moins en fonction de l’approchement de l’adversaire, afin qu’il n’y ait pas de corps au lieu qu’il prétend frapper, ou s’il veut poursuivre la pointe plus avant qu’il soit contraint à des mouvements extrême et à trébucher du corps, desquels il ne peut se redresser à temps, si on avise bien de l’accueillir durant le même affaiblissement auquel il s’est abandonné à la merci de l’adversaire, quittant tout l’avantage de la supériorité, en sorte qu’on peut aisément le toucher en droit ligne au plus prochain lieu découvert, moyennant que l’on se penche un peu sur l’avant. Or pour ce faire, les instances sont grandement avantageuses pour Alexandre car il travaille avec la droite ligne, qui est la plus longue mesure, avec le penchement du corps ; en ayant en outre retiré la partie inférieure où l’adversaire avait dressé sa pointe, et que l’ennemi s’est éloigné de lui-même de la droite ligne en tirant le coup vers le bas en angle aigüe : et finalement, ce qui importe beaucoup, qu’il travaille avec supériorité et qu’il surprend l’ennemi à l’instant où il n’a plus de réserve de force pour sa défense. Toutefois pour pratiquer cette observation, prenez bien garde que vous ne fassiez par le retrait du pied avant qu’il soit temps, ainsi que vous laissiez venir l’adversaire jusqu’à la moitié de l’instance afin qu’il continue plus furieusement à poursuivre sa pointe, en espérant et avec apparence de la mettre à exécution, ce qui lui fera faire des extrémités qui lui seront préjudiciable. Car autrement s’il s’avise à temps du changement que vous faites, il changera pareillement à l’encontre, soit en usant de cavation ou en affrontant les épées ou en rompant la mesure ; de façon que la retraite, qui sera faite avant le temps, lui servira d’un avertissement à son avantage. Il reste encore une autre demande pour la déclaration de ce Cercle 9, à savoir si celui qui donne un tel coup d’estocade, avec une pointe aigue en la poitrine ou en l’épaule de sa partie adverse, en penchant du corps sur le devant, ne se mettrait pas en danger inévitable de recevoir la pareille au ventre, car il semble qu‘une pointe aigüe ne pourrait rien du monde arrêter le corps contraire de s’avancer plus outre, sans nul pause. J’en remets la réponse à la description de l’exécution qui s’ensuit ; où elle sera évidente d’ellemême. Alexandre GUIDOUX 20

Cercle N°10

Puis qu’Alexandre a donné l’atteinte avec penchement du corps, dont la partie supérieur, le bras et la main, descendent ensemble proportionnellement, il s’ensuit que sa garde viendra toucher et empêcher la lame contraire, avant que sa pointe ait le loisir de parvenir jusqu’à son corps ; de sorte que par la descente du bras (qui accompagne le penchement de partie supérieur du corps) il tiendra la lame inférieur en autorité9, l’abaissant plus loin de soi et plutôt qu’il ne s’en approche par la continuation de son penchement déjà commencé. Joint aussi qu’en élevant le pied gauche, il entrera sur sa partie adverse, avec la partie inférieur du côté gauche seulement, demeurant cependant le côté droit (qui est le blanc de l’estocade contraire) en arrière ; et plantera le pied en terre au point I ou aux environ par deçà le diamètre, penchant et avançant davantage la partie supérieur du côté droit, descendant toujours sa garde avec le bras étendu sur l’épée contraire, la graduant jusqu’à la garde, de sorte que la pointe viendra à quasi toucher terre ; poursuivant du reste à percer l’épaule et le col de son adversaire, de façon qu’il ne lui reste plus aucune défense. Or il s’entend qu’il accomplira la continuation de cette exécution avec le pied droit pour se redresser et pour dompter l’ennemi encore d’avantage : laquelle chose étant très facile, il nous semble que c’est assez d’avoir donné ce petit avertissement sans le représenter en la figure.

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Dans le texte : « en subjugation »

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Cercle N°11
Zacharie lui tire encore la même estocade que dessus, pour le toucher au bas du corps, mais avec la garde un peu plus haute, en sorte qu’il se couvre l’épale, dont Alexandre se détourne et retire quelque peu le côté droit en arrière, avec la partie supérieure du corps penchée en avant, et le bras avec l’épée étendus de façon qu’il le touche au visage

Le commencement de cette opération est de même que la précédente ; à savoir que les deux contraire étant venus à mesure de la Première instance, Zacharie a tiré sur Alexandre une feinte en dedans du bras ; laquelle a pareillement été rencontré, comme au cercle 9, mais la différence consiste en l’estocade et en la rencontre approprié : car l’estocade a été tiré, au dit cercle 9, en abaissant si avant le bras et l’épée, qu’il s’est découvert lui-même l’épaule, dont il se garde en cette opération présente. Car en avançant le corps avec la cavation pour tirer et marcher du pied droit jusqu’à la lettre R, il porte le bras un peu plus haut, de sorte qu’il se couvre l’épaule avec la garde. Par quoi, si tôt qu’Alexandre aperçoit le premier trait du changement de la feinte (ayant préalablement fait sa préparation ; en s’avisant le corps, élevant le pied droit et étendant le bras avec l’épée, la pointe de celle-ci en angle obtus, comme décrit plus amplement en l’opération précédente) à l’instant que l’épée de sa partie commence à descendre pour lui asséner la pointe au bas d corps ; il abaisse pareillement la sienne en conduisant la pointe avec le bras étend environ à la hauteur de la tête de son contraire, pour le blesser derechef avec la droite ligne en l’épaule. Mais la voyant couverte de la garde, à l’instant il détourne le côté droit un peu en dehors, avec la pointe des deux pieds en devant et quelque retirade du pied droit et de la partie inférieure du même côté, penchant d’autant plus en avant de la partie supérieure. Ce qui lui fait descendre au même instant le bras Alexandre GUIDOUX 22

et la garde sur la lame du contraire ; et en continuant à l’abaisser d’avantage, lui prête la commodité de blesser son contraire au visage ; ainsi qu’on le voit en la figure. Ce que nous avons décrit, que les feintes de Zacharie sont tirées en ces deux opérations des Cercle n° 9 et 11, et pareillement encore au 12 ensuivant, plutôt en dedans du bras qu’en dehors ; c’est parce qu’elles sont plus avantageuses et plus aisés à faire en cette sorte, et plus communes entre ceux qui portent les bottes en la partie inférieure du corps. Toutefois, s’ils veulent tirer autrement, puisqu’il est libre à chacun de faire à sa fantaisie, il n’en résoudra aucune différence que la préparation d’Alexandre qui prendra toujours la supériorité des lames du côté de la feinte ; car pour rencontrer l’estocade, il travaillera toujours de la même sorte qu’elle vienne par dehors en par dedans. Il faut aussi observer en cette opération, et en tout autre semblable, de mesurer et de modérer le retirement du corps et des pieds, à l’advenant de l’approche du corps et de la pointe contraire, suivant l’avertissement du Cercle 9. Mais d’autant que l’exécution finale de cette atteinte requiert qu’on y ajoute encore un pas pardessus ce qu’on voit en la démonstration des figures, notez que quand la lame de Zacharie se retrouve dessous la branche extérieure d’Alexandre, cependant s’il tient sa garde dessus alors il entrera sur lui avec le pied gauche, en lui graduant l’épée à l’imitation de ce qui est représenté au Cercle 10. Et en cas qu’elle se retrouve dessous la branche extérieure. Et en cas qu’elle se retrouve dessous la branche extérieure10, qu’il entrera et fera la graduation en marchant du pied droit devant.

Notons que les deux cas sont pour la branche extérieure (sic) ; il est probable qu’il s’agisse d’une erreur. Hypothèse : la première option est sur la branche intérieure et pour la seconde, pour la branche extérieure.

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Cercle N°12
Zacharie tire encore derechef pour toucher son contraire au bas du corps, avec la main si haute qu’il s’en couvre même la tête, et la pointe basse ; dont Alexandre, le laissant approcher, tendait sa pointe à la hauteur de la tête contraire, et la reconnaissant être couverte il travaille sur sa lame pour l’assujettir, en détournant le côté droit du corps et par même voie s’abaissant justement le bras et l’épée sur l’épée contraire en la dégraduant.

Il ne suffit pas à Zacharie en ce présent cercle, après avoir fait encore la même feinte que dessus, en dedans du bras contraire, de se couvrir l’épaule en tirant le coup d’estocade vers le côté droit de sa partie, si ce n’est qu’il porte la garde de l’épée si haute qu’il ‘en couvre aussi toute la tête. Car ayant levé le pied avec un petit avancement du corps durant la feinte ; il poursuit à présent, en continuant le dit avancement du corps et du pied, à tirer le coup avec le bras étendu, la main haute et la pointe basse, abaissant finalement le pied à terre sur le diamètre, bien près du centre, trainant l’autre derrière jusqu’au-dedans du cercle. Alexandre ayant fait sa préparation contre la feinte en élevant le pied droit et dressant le corps, étendant le bras et haussant la pointe, en la manière qui est spécifié plus amplement dans d’autres opérations ; dès qu’il remarque que l’ennemi commence à descendre sa lame avec un notable approchement du corps pour frapper en la partie inférieure, laissant le bras étendu, il conduit sa pointe d’en haut jusqu’environ la hauteur de la tête contraire ; mais comme il ne voit pas d’apparence de la toucher, car elle est couverte par la garde et que la pointe ennemie vient le serrer par en bas, il s’en détourne un peu en dehors, dressant les orteils de ses deux pieds en devant, droit vers l’ennemi, en retirant par ainsi le côté droit, ensemble le bras et l’épée en arrière un peu à côté, les abaissant par le moyen du penchement de la partie supérieure sur l’épée contraire, la croissant et dégraduant pour l’assujettir et dompter parfaitement, en retirant le bras avec la garde à son côté, ses branches tournées diagonalement. Alexandre GUIDOUX 24

Or comme il a été dit ci-dessus, il ne faut pas trop se hâter à se retirer en arrière, ainsi faut-il le pratiquer pareillement en cette présente opération. Voyant qu’il est ici besoin de pencher le corps en avant, avec un plus grand abaissement du bras et de l’épée qu’auparavant, pour assujettir la lame contraire ; chose qui ne peut être faite sans descendre assez notablement et sans se découvrir avec très grand danger en dehors du bras, si on ne se précipité pas à le faire devant le temps. C’est pourquoi il sera nécessaire11 de laisser venir le coup si près qu’il est possible, pourvu seulement que l’on ne perde pas le moyen de se retirer, afin de lui donner l’occasion de poursuivre sa pointe pour l’accueillir assurément sur la fin du mouvement, quand il n’aura plus de réserve pour faire sa défense ; tant s’en faut qu’il aurait les moyens de faire ou d’exécuter de nouveaux desseins. Ce précepte vous est répété en ce lieu ci ; d’autant que le danger y étant plus grand qu’auparavant, aussi l’avertissement en est plus nécessaire. Quant à ce que nous avons dit, qu’il faut dompter et assujettir l’épée contraire en penchant du corps sur le devant avec descente du bras, cela ne doit pas s’entendre en telle sorte que le bras ne fasse aucun mouvement particulier pour accomplir la dite décente, ainsi seulement qu’il soit tiré plus bas par l’accommodation du corps, ne travaillant cependant qu’un peu du poignet en tournant la branche extérieure diagonalement en haut vers le côté droit, et la pointe dirigé12 vers le côté gauche pour croiser, assujettir et dégraduer, comme il est représenté sur le plan du Cercle. Pour éviter le danger de la cavation, ensemble avec tous le autres changement qui pourraient survenir ; il n’y a rien si nécessaire que ce précepte. Car en l’observant, dès que l’ennemi commence pour peu que ce soit, le bras est déjà libre et disposé à travailler en son particulier pour défendre ou offenser, ce qui ne saurait être en cas qu’il fut en action de descendre13 ; car il est impossible de la hausser et d’abaisser tous ensemble, ni d’accomplir deux temps en un même instant. Cet avertissement aura fort grand usage en plusieurs occasions et partant de là, il faut bien la comprendre.

11 12

Dans le texte : « Parquoi sera besoin » Dans le texte « traversé ». 13 Dans le texte « Ce qui ne seroit, en cas qu’il fut en acte de descendre »

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Cercle N°13

C’est la poursuite et l’exécution du précédent. Car Alexandre s’étant acquis d’un si grand avantage, comme d’avoir assujetti l’épée contraire avec dégraduation et accommodation de la branche extérieure dressée diagonalement en haut ; il retourne ici ses branches horizontales et sa pointe devers le côté de l’ennemi, dessous la garde et le bras, s’avançant tout le corps ensemble avec le bras et l’épée, et prenant subitement avec sa branche extérieure la lame contraire en la graduant et en portant le pied droit jusqu’à la lettre H, en menant la charge du corps dessus et trainant l’autre par terre jusqu’à la circonférence ; et au même temps, il exploite le coup de la pointe à travers le corps de l’ennemi, si avant qu’il vient choquer sa garde et le contraint à plier le bras, et le laisser quasi tomber l’épée hors du poing, à la merci de son contraire, comme les figures démontrent.

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En voilà les exemples qui démontrent le grand usage de notre Première Instance et de la Droite Ligne en celle-ci : fortifiée contre toute sorte de feintes, assurée contre toutes bottes, tant longues et résolue que tardive et lentes, hautes, basses, tirées en ligne droite ou courbe, en dehors ou en dedans du bras, pour rencontrer parfois en un temps et parfois en deux temps, tantôt le corps dressé, tantôt un peu courbe en avant ou en arrière, en donnant toujours le coup avec des petits mouvements qui ont plus de force que d’apparence, et en faisant l’exécution avec les plus hardis et assurés qu’il soit possible, au contraire de ce que la pratique vulgaire en montre. Si vous me dites qu’il n’y a pas grande apparence de venir aisément à cette perfections d’en montrer les effets ; sachez pour réponse que tout ce qui est louable ne s’acquiert ordinairement qu’à grand travail, toutefois, je m’assure encore, pour le regard de ceux qui n’en auront encore nulle habitude, que d’autant plus qu’ils mettront les préceptes à l’épreuve, d’autant plus ils y trouveront de la perfection. Car ainsi que l’or étant mis dans la fournaise en reçoit un plus grand lustre par l’approbation de sa pureté ; il en est de même pour nos instructions, étant regardées de prés, examinées, contrôlées, pratiquées et répétées en paraitront toujours plus belles. Car quand on aura fait une digne recherche de leur Vérité et de leur importance, on verra que l’incertitude de la fortune n’y ai nulle part et que seules les règles de la science y dominent en telle perfection, que l’amateur qui s’en sera rendu capable, empruntera même le courage et l’assurance des armes, qui manque à la faiblesse de ses forces de la certitude et dextérité de leur usage.

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