Transcription de

L’Académie de L’Espée
de Girard Thibault D’Anvers
Où se démontrent par règles mathématiques sur le fondement d’un Cercle mystérieux la Théorie et Pratique des vrais et jusqu’à présent inconnus secrets du maniement des armes à pieds et à cheval

- 1628 -

LIVRE I TABLEAU 6

Par Alexandre GUIDOUX Avec la participation de Thierry GUILLEMAIN – Cercle des Escrimeurs libres Nantais

Transcription avec actualisation de l’orthographe, de la conjugaison, de la ponctuation et insertion des gravures.
Source des gravures : gallica.bnf.fr ; origine : Bibliothèque nationale de France, département Réserve des livres rares, RES ATLAS-V-110

Alexandre GUIDOUX

1

• • • • • •

Déclaration des opérations du tableau Sixième [page 1]. .................................................. p.3 Cercle 1 à 7 [pages 1 à 4]. ................................................................................................ p.4 Cercle 8 [page 4].............................................................................................................. p.11 Cercle 9 et 10 [pages 4 et 5]. ............................................................................................ p.12 Cercle 11 à 13 [pages 5 et 6]. ........................................................................................... p.14 Conclusions du tableau [page 6]. ...................................................................................... p.16

Alexandre GUIDOUX

2

Déclaration des opérations du tableau Sixième.
Par les preuves de la droite ligne qui ont était faites au tableau précédent, en prévenant & domptant si avantageusement toutes les entreprises de Zacharie, ce dernier en est si convaincu1 qu’il se dispose présentement à vouloir l’imiter, s’assurant de s’en prévaloir aussi bien qu’Alexandre, en conformité de ce qu’il veut lui faire. Donc, il requiert amiablement de travailler à son tour sur la même posture, qu’il entend lui présenter pareillement. Cela lui étant volontiers accordé, il devra mettre sur le Cercle, le pied droit sur la ligne XY, en touchant la circonférence à la lettre X, et le pied gauche sur la ligne pédale, suivant les descriptions plus particulières des Tableaux III et IV, positionnant sa lame en droite ligne, pour attendre que son contraire vienne travailler à l’encontre. Etant ainsi donc placé en posture, Alexandre vient l’aborder également en droite ligne, se mettant à la première instance, à l’autre bout du cercle, le pied droite à la lettre C, le gauche sur l’autre ligne ordinaire au-devant du Quadrangle, l’épée en ligne droite parallèle en dessous de l’épée contraire, en la même sorte qu’il est représenté au Tableau IV, Cercle n°1, dont toutes les opérations de ce présent Tableau dépendent, aussi bien que celles du cinquième.

1

Dans le texte : « il s’en tient si à plein contenté »

Alexandre GUIDOUX

3

Cercle N°1

Alexandre ayant à travailler sur la posture de la droite ligne, après être venu à la première instance, il lève le pied droit, ensemble avec la pointe de la lame, en accouplant les épées en dedans du bras, nombre 3 à nombre 8, avec un arrêt du corps fort subtil et l’intention d’assujettir son contraire à la seconde instance.

Alexandre étant arrivé à la première instance, il se propose d’assujettir l’épée contraire à la seconde instance, par-delà le diamètre. Pour ce faire, en commençant à travailler, il lève le pied droit, avec le genou raide, sans aucun mouvement général du corps ni du bras en particulier ; sinon par quelque petite accommodation du poignet, il fait monter sa pointe en haut en touchant l’épée contraire en dedans, du nombre 3 sur le Nombre 8 avec quelque petite pause du corps, très subtile et fort difficile à reconnaître, parce qu’elle ne doit pas durer plus que l’ascension de la pointe et l’instant de l’attouchement des épée ; afin que s’il advenait d’aventure que l’adversaire entreprit de vouloir lui tirer au même instant quelque estocade, haute ou basse, en dedans ou en dehors, qu’il eut le pied droit tout prêt et au besoin de le planter selon l’exigence. Voilà la première entrée de toutes les opérations du tableau, laquelle il faudra-t-elle fort curieusement observer toutes les fois et autant de fois qu’il sera question d’assujettir la lame, soit par dedans ou par dehors. Car l’intervalle qui est depuis la lettre C jusqu'à la seconde instance, tant d’un côté que de l’autre, est une grande distance à parcourir et pour l’achever, le temps et le mouvement nécessaire le sont également2. Je veux dire qu’il sera si notoire et manifeste, si on entreprend de l’accomplir en seul temps sans la susdite pause, que l’ennemi, en observant les commencements de l’opération, pourra la détourner fort avantageusement et, avec apparence, de mettre son entreprise à exécution. Ce que l’on pourra prévenir par le moyen de cette élévation du pied droit et de la pause annexe : de quoi on verra plusieurs preuves en ce livre et singulièrement au prochain Tableau VII.

Dans le texte : « c’est une grande espace de chemin, & pour l’achever, il faut que le temps & le mouvement soit aussi à l’advenant »

2

Alexandre GUIDOUX

4

Cercle N°2
Puisque Zacharie continue à se tenir en la posture, Alexandre poursuit de lui assujettir l’épée, en partant avec le pied droit devers la seconde instance, avec dégraduation, suivi d’un petit arrêt du pied, durant lequel il prend l’assurance de la supériorité, et ayant mis le dit pied activement en terre à la lette G, il porte l’autre après lentement et circulairement jusqu'à le mettre sur le quarré circonscrit et sur le diamètre oblique.

Puisque Zacharie ne fait aucun mouvement contre l’action précédente, et ainsi qu’il demeure sur la parade en attendant la poursuite : Alexandre demeure sur le pied gauche et avance un peu le droit vers la seconde instance, graduant les épées de telle sorte qu’il met son Nombre 8 contre le Nombre 5 de sa partie adverse, un peu plus ou moins, avec une petite pause. Et quand le corps, en cheminant et transportant par là même [à l’advenant] les l’épée, vient sur le point de trébucher il plante hâtivement le pied à la seconde instance, les orteils à la lettre G et le talon sur le même côtés du Quarré inscrit, poursuivant à élever tout à l’instant le pied gauche, et à l’avancer lentement et circulairement, et de le planter finalement parallèle avec le pied droit, les orteils sur le diamètre oblique et le talon sur la lettre D ; par la proximité 3 des pieds, le cotés gauche du corps est tiré un peu en avant, le talon du pied droit semblablement s’en glisse en dedans sur la collatéral GM de façon à ce qu’il met le corps naturellement droit et à son aise, avec les jambes raides, pour avoir le sentiment plus exacte et pour être plus prompt à travailler selon qu’il sera de besoin pour sa défense.

3

Dans le texte : « par laquelle collocation »

Alexandre GUIDOUX

5

Cercle N°3
Zacharie attendant la poursuite de l’assujettissement, Alexandre lui à tirer une estocade, en graduant et enserrant sa lame, durant que le pied droit tombe à terre, et, durant qu’il continue à porter le pied gauche assez vite et un peu circulairement en avant sur la lette K, il se dresse le corps dessus, un peu de front, conduisant cependant sa pointe circulairement avec le bras raide jusqu’à devant le visage de la partie adverse.

Encore que l’épée de Zacharie soit assujettie (qui est d’un grand avantage pour son contraire), si il ne le laisse pas pourtant l’attendre, estimant qu’il fera la poursuite par la trace de la ligne collatérale GX, en poussant l’épée droitement sur lui, laquelle étant contrainte de passer par le fort de la sienne, il la rencontrerais fort à propos en prenant la droite ligne, et il ne faudrait pas prévenir son contraire au même temps d’un contrecoup d’estocade. Voilà donc son intention. Alexandre, qui connaît très bien le danger, voulant éviter le fort de l’épée contraire, chemine en travers, élevant et avançant le pied droit lentement, avec le genoux raide vers la troisième instance, au long de la même ligne du Quarré inscrit, jusqu’à ce que le corps étant sur le poing de trébuchet, il entre plus vivement en avant, en graduant la lame contraire depuis le Nombre 4 ou 5 où elle était assujetti; en avisant qu’au même instant où ’il commence à se pencher, de tourner sa branche intérieure horizontalement de façon à ce qu’il en prenne et enserre la lame contraire par-dessous et conduise sa propre pointe Alexandre GUIDOUX 6

circulairement vers l’ennemi, poursuivant d’abaisser le pied en terre à la lettre N, sur la même ligne ; et aussi tant et tant à entrer du pied gauche quelque peu circulairement, jusqu’à le planter parallèle au pied droit à la lette K, moitié dedans, moitié dehors ; sur lequel pied droit, en se tournant le côté gauche un peu en devant et le talon en glissant en dedans sur la circonférence, il se dresse le corps perpendiculairement et poursuit par même voie son estocade, en graduant épée contraire par derrière la garde avec le bras raide, jusqu'à lui présenté la pointe devant le côté droit du visage, retenant le pouvoir d’en faire l’exécution par rigueur, comme les figures le démontrent.

Cercle N°4
Zacharie parant le coup de l’estocade précédent en dedans, avec un poids médiocre ; Alexandre la change en Imbrocade4, se mettant le côté gauche du corps devant avec le bras courbé, en force qu’il continue à lui tenir la pointe arrêtée devant le visage.

Zacharie voyant la pointe contraire devant le visage, il la pare en dedans du bras devers le côté gauche, en usant d’une faible pression5. Ce qu’Alexandre aperçoit par le sentiment : donc il lève au même instant le pied gauche, et en tournant avec celui-ci pareillement tout le coté en devant, il s’avance lentement et circulairement, se courbant le bras droit et tournant les branches de sa garde en dedans, tellement que la pointe demeure continuellement devant le côté droit du visage de la partie adverse ; accommodant ses actions à l’advenant du transport de son épée et se mettant par ainsi dans les angles avec le côté gauche devant, en avançant et posant le pied à terre à la lettre S, le talon de celui-ci sur la Traversante Extérieure, et poursuivant à courber au même instant le bras et à tourner les branches de sa garde si avant que l’extérieure s’en tourne diagonalement en dedans, de façon que le faible de l’épée contraire se glisse au fort de la sienne entre la lame et la branche : il la prend donc et enferre au même temps, et derechef en usant de courtoisie, il lui présente la pointe devant les yeux en ligne courbe, penchant du corps en avant, avec le genou de la jambe gauche plié.

4 5

Référence à l’Imbrocata de l’école italienne ? Dans le texte : « d’un poids médiocre »

Alexandre GUIDOUX

7

Cercle N°5
Zacharie continuant à parer plus ample, Alexandre lui laisse emporter les épées, se mettant plus avant dedans l’angle, avec le pied droit levé et la branche intérieure de la garde tournée verticalement.

Zacharie continuant à parer, en détournant encore l’épée contraire, avec un petit abaissement du bras devers le même coté ; Alexandre s’en aperçoit par le sentiment et lève à l’instant même le pied droit, lequel il avance ensemble avec le même coté, bras et épée, tournant cependant la branche intérieure verticalement en haut ,la pointe s’en écoule donc avec dégraduation des deux épées , un peu en arrière, bien près à l’égal de la pointe contraire, le tout en tournant et dressant le corps droit sur la jambe gauche ; comme on le voit en la figure.

Cercle N°6
Alexandre dégage sa lame et en donne un coup d’estramaçon au visage de l’adversaire, en passant à son coté et lui venant derrière le dos.

Alexandre poursuit l’opération en continuant à tourner le côté droit devant, ensemble avec le bras de l’épée, laquelle délivre-t-elle au même temps, à la faveur du poignet de la main, du dessous l’épée contraire en laissant glisser le pouce, qui était affermi contre la branche intérieure, dessous de sorte qu’il en entoure au même instant la poignée ; et en mettant l’épée sur le tranchant, il en conduit la pointe en haut par-dessus l’épée contraire et en entrant plus avant à coté avec quelque penchement de corps, allant dehors le Cercle, il en donne à son contraire un coup d’estramaçon au visage. Les actions de ces Cercles N°4, 5 et 6 sont ici représentées chacune à part, quasi comme s’il y intercédait quelque petite pause. Ce que nous avons fait pour le regard des apprentis. Car autrement le tout doit s’entresuivre de si près, qu’à grand peine pourrait on y distinguer le précédent du suivant, tant s’en faut qu’il n’y ait d’interruption entre eux. Mais afin de ne pas embrouiller l’entendement des écoliers et pour leur déclarer les vrais fondements de ce qu’ils apprennent, il faut que le tout soit montré par articles, sans se Alexandre GUIDOUX 8

hâter, de peur qu’il ne leur advienne, selon le proverbe commun : Qui trop embrasse peu étreint. Notez que touchant le Cercle N°4, qu’Alexandre, en donnant la courbe, n’est pas tenu d’abaisser précisément le pied gauche en terre sur le côté du Quarré Inscrit à la lettre S ; car il doit accommoder son avancé aux circonstances6, qu’il se sent être conduit par le transport des épées ; il adviendra donc même parfois, qu’il le plantera sur le côté du Quarré circonscrit et d’autres fois même au dehors. Ce qui lui sera plus commode pour venir7 à la poursuite du Cercle N°5 et à l’estramaçon du Cercle N°6, qui est représenté en la figure d’être exécuté par rigueur sur la tête de Zacharie ; mais pour jouer en courtoisie, il lui faut présenter la lame devant le visage, avant d’abaisser le pied en terre, et la mener circulairement outre la tête quand on commence à trébucher et à le planter, puis comme il est représenté en la figure, plier le genoux droit et charger le corps dessus, en le penchant un peu vers le devant avec le bras et l’épée étendus au-devant en angle aigu. Puis étant ainsi avec le corps penché en avant, il poursuivra d’en tirer encore un redoublement d’estramaçon de la manière suivante : c’est ce qu’il fera du pied gauche avec un petit poussement contre la terre pour se redresser et volter à l’aide de celui-ci sur le pied droit, de telle sorte qu’en haussant l’épée par-dessus son épaule, la main quelque peu avancé et la pointe montante en derrière le dos, il se tournera de front contre sa partie adverse, tout prêt à lui donner le coup avec l’avancement du pied gauche ; ou à lui présenter la lame devant le côté droit du visage et à la monter derechef circulairement alentour de la tête contraire, au temps qu’il plantera le pied derrière lui un peu à quartier ; ensuite, il pliera derechef le genou de devant pour faire la charge du corps dessus, avec le bras et l’épée pareillement étendu en angle aigu, pareillement qu’en l’opération précédente et comme il en sera parlé plus particulièrement en d’autres Tableaux, où il sera question de la répéter et d’en faire plus ample déclaration.

Cercle N°7
Alexandre étant derrière son adversaire et faisant la volte sur le pied droit, Zacharie s’est aussi tourné vers lui, en même temps, pour lui présenter l’épée, mais avant qu’il ait parachevé l’œuvre, Alexandre lui donne encore une seconde touche d’estramaçon au visage.

Voici encore le même estramaçon redoublé, qui ne diffère que bien peu de celui que nous venons de décrire : à savoir que celui-là a été donné sur l’ennemi qui ne bouge point, même un rien, de sa place. Mais en ce Cercle N°7, à l’instant où Alexandre commence à faire la volte du corps sur le pied droit, en élevant le gauche ; l’ennemi se tourne pareillement sur ses pieds, ne bougeant qu’un peu de sa place à tout le pied gauche, en avançant l’épée devant lui avec le bras courbe. Ce que voyant Alexandre, avant qu’il ait parachevé le mouvement, il lui met la lame devant les yeux en courtoisie, plantant consécutivement le pied gauche en terre devers l’ennemi, comme on le voit pour trait en la figure. Voilà donc la suite du cercle N°4, procédant après que Zacharie ait détourné la pointe contraire de son visage en dedans du bras, une fois qu’Alexandre est arrivé à la troisième
6 7

Dans le texte : « son intrade à l’avenant » Dans le texte : « Ce qui lui donnera tant plus de commodité devenir »

Alexandre GUIDOUX

9

instance, ainsi que le Cercle N°3 le démontre. Maintenant il est raisonnable de vous représenter pareillement la poursuite de cette même estocade, en occasion que Zacharie la pare plutôt durant que sa partie adverse est encore en acte de cheminer vers la troisième instance.

Alexandre GUIDOUX

10

Cercle N°8
Alexandre tirant encore l’estocade à la troisième instance, tout de même qu’au cercle n°3, Zacharie la détourne en dedans du bras mais avec plus de force qu’il le fit au cercle n°4. Donc Alexandre est contraint de seconder le transport des épées, en allant vers le centre jusqu'à L et accommodant le corps avec le côté gauche devant pour lui donner l’imbrocade.

Cette imbrocade provient de l’avantage de l’assujettissement, représenté au Cercle N°2. Car cependant qu’il chemine derechef pour donner l’estocade à la troisième instance, à l’instant où le pied droit s’abaisse pour se planter à terre N ; Zacharie se défend et lui transporte l’épée ave force au dedans du bras. Ce que reconnaissant Alexandre par le sentiment, il tâche dès le commencement d’y résister en se servant d’une petite retenue, et cependant il approche le pied gauche hâtivement bien près de l’autre, quasi comme un demi fleuret8 dont le corps se dresse, en élevant le pied droit et le portant vers le centre, le long du Diamètre perpendiculaire, sans oublier de tourner d’accommoder la main en fonction du transport des épées ; il charge le corps en se penchant un peu de coté sur le pied droit, celui-ci posant à terre à la lettre L, et trainant proportionnellement l’autre jusqu’au point N ; en parachevant au même instant de se courber entièrement le bras et de tourner sa branche extérieure en dedans diagonalement, de sorte que la lame contraire en vient à s’écouler, en dégraduant, sur le fort de la sienne et au dehors de la branche, à l’instant il tourne le côté gauche en devant, en situant sa pointe au visage de l’ennemi, et l’y tenant par courtoisie arrêtée devant les yeux, suivant la figure.

8

Ndt : ? ; confère note sur « demi Fleuretter »

Alexandre GUIDOUX

11

Cercle N°9
Zacharie augmentant encore davantage le poids de sa lame pour parer l’estocade précédente du cercle n°3, aussi Alexandre s’avance là-dessus avec le pied droit jusqu’au centre, en accomplissant derechef la même opération que dessus

Voici derechef la même opération ne différant [des autres] qu’au poids de la défense. Car à l’instant qu’Alexandre a abaissé le pied droit à la troisième instance, Zacharie a paré le coup avec plus d’effort que précédemment, donc Alexandre, pour seconder le transport des épées, est contraint d’entrer du pied droit plus avant jusques au centre en trainant proportionnellement le pied gauche après jusques à M en accomplissant cependant les mêmes actions que dessus, jusqu’à présenter la pointe en ligne courbe devant le visage de son contraire.

Alexandre GUIDOUX

12

Cercle N°10
La brocade d’Alexandre étant parée encore plus, il laisse écouler les épées, en allongeant mêmes le bras, avec la branche intérieure verticale et le pied droit élevé. Continuant la défense et à la suite des deux Cercles précédents ; Zacharie, voyant la pointe contraire devant ses yeux, la pare derechef en dedans du bras. Alexandre s’en apercevant par le sentiment, il allonge le bras ensemble, avec l’épée à son coté, en élevant le pied gauche à fleur de terre et le rabaissant derechef tout à l’instant au même endroit, ou bien un peu en dehors, en revenant droit sur celui-ci à l’aide du pied droit, ce qu’il fait en s’élevant un petit poussement contre la terre ; au même temps, le bras droit se tourne avec la garde de l’épée en dehors, son Nombre 7 au Nombre 4 de l’épée contraire, avec la branche intérieure dressée en haut, de sorte qu’elle empêche l’ennemi de tirer en droite ligne et en un temps à son visage. Car s’il y voulait dresser sa pointe, il sera contraint d’aller circulairement, en ligne courbe, en forme d’arc autour de ladite branche ; ce qui requiert plus de temps que de frapper horizontalement en ligne droit, et par conséquent cela donne aussi plus de loisir à Alexandre pour juger et rencontrer exactement la diversité du sentiment, que l’ennemi lui donne. Etant au terme [des déclarations] de ce dixième Cercle, ordinairement il attendra l’une ou l’autre des deux opérations soit du Cercle 11 soit du Cercle 13. A savoir qu’il tachera de frapper sa partie au visage en détachant les épées, ou qu’il accroitra le sentiment pour l’assujettir à sa fantaisie, avant que de ne tenter quoique ce soit d’autre9 ; desquelles opérations et de leurs contraires, en sera donné suffisante instruction dans les démonstrations suivantes. Toutefois il n’est que bon d’en donner cependant ce petit avertissement ; afin que toutes les fois, où se présentera telle ou semblable occasion, il vous revienne de vous tenir prêt à les rencontrer en la manière que vous entendrez tout à l’heure. Pour vous mettre en vue les épées croisées, la prospective du corps d’Alexandre est ici représenté avec le pied et la main droite un peu plus avancés qu’ils ne devraient, et que la pointe est tournée en arrière, qui est une préparation pour donner le coup du Cercle N°13. S’il advenait cependant que votre partie adverse se contentait de retenir les épées ainsi accouplées avec un sentiment tempéré, sans pousser, ni sans ôter sa lame de la vôtre, de sorte que vous ne pourriez venir aux opérations suivantes ; alors il faudrait reprendre l’entrée du pied droit suivant le Diamètre perpendiculaire, en avançant le gauche et en lui présentant derechef la pointe devant le visage en ligne courbe, tout de même les Cercles N°8 et 9.

9

Dans le texte : « que de rien attenter plus outre »

Alexandre GUIDOUX

13

Cercle N°11
Zacharie lui tirant une estocade horizontale devers le visage, en suite du cercle 10, Alexandre la poursuit avec les épées accouplées, de sorte qu’il prend lui-même la droite ligne et lui met la pointe en courtoisie devant le visage. C’est la poursuite de la démonstration puisse lever ou précédente. Zacharie tire un coup de pointe horizontal vers le visage de sa partie, en ôtant sa lame du dessus de celle contraire et tournant le côté droit du corps un peu en dehors. Alexandre s’apercevant par le sentiment de ce mouvement que l’ennemi commence à faire pour détacher la lame, il n’attend pas qu’il puisse la lever ou l’ôter, mais sans l’abandonner il la poursuit continuellement ; et comme elle ne peut laisser de venir alentour de sa garde pour donner l’estocade au visage, à l’instant qu’elle y arrive, il lui ferme la droite ligne en accueillant le faible du fort de la sienne et lui met sa pointe en courtoisie devant les yeux, abaissant au même instant le pied à terre à côté de l’autre, à la distance d’un pas arrêté.

Cercle N°12
Voici l’exécution finale de l’estocade précédente, laquelle est poursuivi en élevant soudainement le pied droit et cheminant avec le corps avancé, et avec le bras et l’épée étendus, jusqu’à la lettre S ; continuant à faire la charge sur le genou de devant et percer la tête à son contraire, qui en est contraint de courber le bras et laisser aller sa pointe en haut au gré de l’épée contraire. Ceux qui se seront un peu exercé en l’exercice pourront donner et exécuter cette estocade en un seul temps, mais il vaut mieux la pratiquer comme nous l’avons représentée, en deux [temps] pour donner instruction aux novices, auxquels je conseille, et conseillerais toujours, de mettre plutôt peine à faire bien qu’à faire beaucoup.

Alexandre GUIDOUX

14

Cercle N°13
Zacharie voulant assujettir l’épée contraire davantage, en suite du cercle n°10, Alexandre va lui passer à côté avec un pas double, en délivrant sa lame et lui en donnant un coup d’estramaçon à la tête. Cette opération provient de la démonstration du Cercle N°10 où l’épée de Zacharie se voit au-dessus l’autre ; toutefois pour l’assujettir à sa fantaisie et avec plus d’avantage, il accroit le sentiment. Ce dont Alexandre apercevant par l’attouchement, il avance au même temps le pied, qui est élevé, en tournant le côté droit du corps en avant ensemble avec le bras et la garde de l’épée, si bien qu’elle se dégage de l’épée contraire, en faisant de la pointe un circuit en arrière et alentour de la pointe de celle-ci de bas en haut ; et en continuant l’avancement du corps et du pied qui chemine, il lui porte un coup d’estramaçon diagonal au visage, poursuivant à faire avec le pied un pas double en ligne droite et à [le] planter en dehors du Cercle vis-à-vis de la lettre X, avec le genou plié pour y faire la charge. On pourra aussi se servir de cette même opération quand on sera venu pour donner le coup d’estocade à la troisième instance et qu’en abaissant le pied droit à la lettre N, l’ennemi aura fait la défense en transportant les épées en dedans du bras avec plus de force qu’il ne l’a fait au Cercle n°4, 8 et 9, de sorte qu’on ne le puisse modérer avec la courbe et qu’on soit contraint de le laisser aller, comme à bride avalée10. Alexandre s’apercevant donc en cette occasion de la grande force avec laquelle on lui pare son estocade, il fait une demi-fleurette11 avec le pied gauche, l’approchant le plus rapidement qu’il est possible au pied droit, pour l’élever et se transporter en toute promptitude le cotés droit devant, en avançant aussi ensemble le bras et l’épée en la même sorte que dessus, au-dedans de l’angle qu’on lui ouvre ; en continuant le reste, de l’estramaçon et du pas double, à l’imitation de ce qui est représenté en la figure. Il est vrai, que le coup y est exécuté par rigueur ; toutefois il n’y a rien qui empêche de le pratiquer aussi en courtoisie en lui présentant la lame devant le visage ; cependant qu’il s’abaisse en terre, la mener circulairement outre sa tête. Cela fait, on le pourra redoubler encore en courtoisie, ou en rigueur, à l’exemple de la poursuite du Cercle n°6 suivant les mêmes instructions.

« A bride avalée » : sans freiner, sans retenue. Petit pas pratiquement sur place ? (« fleuret » : se dit d’un pas de danse – un coupé ; Dictionnaire de l’acadèmie française Tome 1 – édition 1835) Feinte de pas ? ( fleuretter – XVI ème siècle : mentir/tromper)
11

10

Alexandre GUIDOUX

15

Il apprend par ces exemples qu’il faut nécessairement venir à l’épée avant que d’attenter sur la personne qui se tient en cette posture de la droite ligne. Car la mesure large de la première instance lui est avantageuse et propre pour les défenses, autant qu’elle est au contraire incommode et dangereuse pour celui qui la veut assaillir. Et de fait, si vous avez pris bonne garde aux démonstrations de la Table V précédente, toutes les estocades de Zacharie sont représentés tiré depuis la première instance12, elles ont été rencontrées par Alexandre à la Seconde. Car encore qu’il soit demeuré aucunes fois sans bouger de sa place, toutefois les atteintes qu’il a données n’ont été commencées qu’à l’instant où l’ennemi s’est avancé jusqu'à cette Seconde instance. Car si celui qui est hors de mesure est aussi hors de danger, aussi qui est en mesure large est hors de danger des plus petits et des plus subtils mouvements. S’ensuit donc quand l’ennemi se tient en la Droite ligne et qu’il le faut aborder plus près, pour le mettre en danger ; mais avec assurance, bon pied, bon œil. Et croyez hardiment que ni la vitesse du corps, ni la promptitude du bras ne sont rien au prix d’une bonne approche. Donc, toute la pratique de notre exercice sera telle, qu’on ira toujours serrant l’ennemi jusqu’à venir à la mesure qui soit convenable et juste aux exécutions qui se présentent à faire, si ce n’est que lui-même nous vienne au-devant, pour nous relever de la peine. Voilà ce que nous avons voulu représenter en général en ce Tableau VI. Les opérations plus particulières, et l’assurance de comment il faut procéder, seront déclarées ci-après chacune en son lieu

12

Dans le texte : « qu’il est représenté d’avoir tiré de la première instance »

Alexandre GUIDOUX

16

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful