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CHRISTIAN PACHAUD, DYNAE

«La maintenance prévisio
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La maintenance prévisionnelle dans le domaine de la surveillance des machines tournantes, c’est un peu comme l’Arlésienne... Depuis des années, tout le monde ne cesse d’en parler, mais les applications restent rares. Pourtant, les outils de surveillance et de diagnostic existent, et l’intérêt de cette forme de maintenance est reconnu de tous. Christian Pachaud, responsable de l’agence de Limoges de Dynae, attribue cette situation à un grave manque de compétences, et à des outils d’investigation souvent inadaptés aux besoins réels. Selon lui, il est grand temps que cela change…

Mesures. La maintenance prévisionnelle des machines tournantes est plus que jamais au centre des débats. Sa pertinence fait l’unanimité, mais elle reste peu pratiquée sur le terrain. Aujourd’hui, l’offre s’étoffe avec des outils de plus en plus performants. Est-ce le signe d’une meilleure acceptation de la technique? Christian Pachaud. Malheureusement non… Il est vrai que le matériel a considérablement évolué ces dernières années. Nous sommes passés d’une simple mesure de niveaux globaux à toutes les possibilités offertes par l’analyse de Fourier et le traitement numérique du signal : spectres à résolution multiple, zoom haute résolution, cepstres, démodulation d’amplitude (analyse d’enveloppe), filtrage numérique, kurtosis… bref toute une variété d’outils de traitement du signal très performants. Mais cela ne bénéficie malheureusement qu’à une poignée d’initiés, et il existe un réel décalage entre les potentialités d’investigation et de surveillance offertes par ces outils et la plupart des pratiques sur le terrain… C’est à un point tel que l’on a parfois du mal à y croire ! Pour vous donner un seul exemple, il faut savoir qu’à l’heure actuelle, plus de 70 % des analyses vibratoires sont encore effectuées sur un nombre de tours insuffisant pour garantir une bonne représentativité du

signal analysé. Et parfois, j’ose à peine le dire, elles sont effectuées sur des fractions de tour! Mesures. Comment expliquez-vous cette situation? Christian Pachaud. La principale explication réside dans un manque de formation et d’encadrement technique. Pour réaliser un diagnostic fiable ou définir des indicateurs de surveillance pertinents, il ne suffit pas d’avoir un matériel adapté à ce type d’investigation. Il faut aussi avoir les aptitudes nécessaires pour le mettre en œuvre. Faisons le parallèle avec la médecine. Pour être capable de formuler un diagnostic, il faut avoir une solide connaissance de l’anatomie, c’est-à-dire de tous les organes constitutifs de la machine (accouplements, paliers, roulements, etc.). Ensuite, il faut connaître la physiologie, autrement dit le fonctionnement de la machine, son intégration dans le process, la manière dont elle réagit en fonction de son environnement (fondations, alimentation en énergie, etc.). Enfin, il faut connaître les pathologies susceptibles de l’affecter, leurs symptômes, et surtout savoir les identifier lorsqu’ils existent. Malheureusement, les symptômes ne sont pas biunivoques. Il faut alors en rechercher un très grand nombre pour remonter, petit à petit, au diagnostic. Bien sûr, plus le nombre de
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nnelle doit encore construire son avenir»
symptômes convergents est important, plus le diagnostic sera fiable. C’est donc une démarche complexe qui ne peut se résumer à une simple analyse spectrale. J’ai coutume de comparer la collecte des signaux vibratoires à une prise de sang. Si l’opérateur ignore ce qu’il doit rechercher, elle ne sert à rien! Le décideur, anesthésié par le discours des commerciaux, croit trop souvent qu’il suffit de poser un capteur sur une machine pour qu’une petite boîte peu coûteuse dise si elle va bien ou mal. Il ne voit pas la nécessité d’investir lourdement dans la formation et l’encadrement technique du personnel chargé d’assurer la surveillance... Mais si son médecin suivait cette démarche, il le prendrait pour un charlatan! Mesures. Ne sont-ils pas aussi découragés par l’investissement qu’implique une telle démarche? Christian Pachaud. Le vrai problème n’est pas là. Souvent, les décideurs n’ont pas les éléments nécessaires pour estimer les coûts et les gains réels induits par la mise en place d’une maintenance prévisionnelle. La plupart du temps, ils font confiance au fournisseur qui ne parle souvent que du coût du matériel et qui, pour ne pas effrayer son interlocuteur (pour vendre, en fait), occulte complètement les difficultés. Mais il y a une logistique importante à mettre en place derrière, avec des coûts de formation et d’encadrement technique sans commune mesure avec le coût du matériel! Le plus souvent, la logistique à mettre en place est largement sous-estimée, et les résultats économiques sont alors loin d’être probants… Il faudrait alors faire une étude de faisabilité, mais celle-ci, qui nécessite une analyse économique et technique des incidents et des actions de maintenance préventives sur une
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durée minimale de 3 ans, n’est pratiquement jamais conduite dans l’industrie française, soit par manque de moyens humains, soit, ce qui est le plus fréquent, par manque de données exploitables. On le voit, le problème de fond est purement culturel... On ne veut pas se donner les moyens de réussir, et l’on ne fait que contourner les problèmes sans les régler définitivement. En France, on pense que pour gagner cent euros, il suffit d’en dépenser dix. Pour le même gain, un Canadien ou un Finlandais investirait au moins 5 fois plus! L’un perd presque toujours, l’autre gagne presque toujours… A ce sujet me reviennent en mémoire les propos d’un responsable de maintenance finlandais, en poste à l’époque dans une papeterie française, qui s’étonnait que « Pascal ou Descartes aient pu être français!». Mesures.Dans votre ouvrage intitulé “Analyse vibratoire en Maintenance”, où vous consacrez un chapitre complet sur les causes d’échec, vous mettez aussi en cause les outils actuels, que vous qualifiez de “totalement inadaptés aux besoins réels”… Christian Pachaud. Oui. Les outils actuels donnent des résultats acceptables dans les installations à chaîne cinématique simple, mais ils sont effectivement inadaptés dans le cas des installations cinématiquement complexes ou à vitesse lente. Cela fera peut-être scandale, mais je pense qu’il y a là un problème de fond… Le concept de “collecteur de données”, par exemple, est totalement dépassé! Remontons aux premiers collecteurs, dans les années 80... A l’époque, des rondiers passaient périodiquement auprès de leurs machines, ils relevaient quelques paramètres de process (pression, vitesse…) et ils procédaient à une ou deux mesures de niveaux globaux vibratoires qu’ils notaient

sur leur calepin. De retour au bureau, ils construisaient alors des diagrammes représentant l’évolution de ces paramètres. Puis un constructeur a eu l’idée géniale de développer une “petite boîte”, à la fois appareil de mesure et calepin électronique, dans laquelle le rondier pouvait entrer manuellement ses valeurs, noter des observations et mesurer quelques grandeurs vibratoires simples. Il en résultait ainsi un gain de temps considérable. Mais cette procédure de surveillance, qui concernait initialement des installations stratégiques et un nombre restreint de secteurs industriels, a été étendue à un parc de machines plus conséquent et à la plupart des secteurs de l’industrie. Mesures. En assurant la surveillance à partir d’un nombre très restreint d’indicateurs, ne risque-t-on pas de passer à côté d’un grand nombre de défauts? Christian Pachaud. Tout à fait. La notion d’indicateur vibratoire “universel” est une utopie et une pure invention commerciale. Un indicateur scalaire large bande (niveau global) n’est sensible qu’à une gamme restreinte de défauts. D’autre part, il faut savoir que l’énergie vibratoire induite par un défaut dépend à la fois de sa nature et de la vitesse de rotation de la ligne d’arbre concernée. Lorsqu’on surveille des machines complexes, composées de plusieurs lignes d’arbres entraînées par des trains d’engrenages qui tournent à des vitesses variant dans un rapport de 1 à 10, voire même de 1 à 100, on risque donc de passer à côté des défauts les plus graves. Il suffit par exemple que ces défauts affectent des lignes d’arbres lentes. Comme ils induisent des niveaux vibratoires très faibles, ils risquent d’être masqués par l’énergie vibratoire induite par le fonctionnement normal des autres organes de la machine.

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Une surveillance effectuée à partir d’un nombre restreint d’indicateurs ne peut donc être fiable que si la machine est cinématiquement très simple (c’est le cas d’une pompe ou d’un ventilateur, par exemple). Réduire de moitié le nombre de pannes est un objectif assez facile à atteindre. Mais il faut que tout le monde soit conscient que les ratés seront alors le fruit d’une décision délibérée, et non du manque de performance de l’analyse vibratoire. Or, dans l’entreprise, l’amalgame est vite fait, et l’équipe de surveillance se trouve rapidement discréditée aux yeux des collègues de la production, voire même du service maintenance. Mesures. Ne peut-on pas alors relever un plus grand nombre d’indicateurs pour affiner le diagnostic? Christian Pachaud. Si, bien sûr. Mais indépendamment des connaissances et de l’expérience nécessaires à la définition de ces indicateurs, on se trouve alors devant un problème de fond, celui de l’augmentation des temps d’acquisition et d’exploitation, et donc de l’augmentation des coûts de surveillance. Il faut savoir que le principe de base des collecteurs de données actuels est de procéder à une acquisition du signal temporel pour chaque indicateur ! Autrement dit, si vous décidez de surveiller une installation relativement complexe avec une vingtaine d’indicateurs, vous devez répéter vingt fois l’acquisition du signal vibratoire... Imaginez alors le temps que prendrait la collecte pour un seul point de mesure si le temps d’acquisition du signal nécessaire à l’élaboration de chaque indicateur est de 30 secondes ! C’est aussi absurde que si l’infirmière d’un laboratoire d’analyses vous faisait autant de prises de

“La surveillance et le
diagnostic vibratoires devraient faire l’objet d’accréditations, au même titre que le contrôle non destructif. Cela permettrait d’éviter le charlatanisme .”
sang que d’éléments à rechercher prescrits sur votre ordonnance… On arrive donc à une situation absurde : d’un côté, on dispose de collecteurs de données de très bonne qualité sur le plan métrologique, et dotés de nombreuses fonctionnalités de traitement du signal, et de l’autre, les possibilités offertes ne sont que très rarement employées car leur utilisation conduirait à des augmentations considérables des temps (et des coûts) de collecte et d’exploitation! Du coup, on se réfugie derrière une forme de surveillance peu élaborée, voire même simpliste... Et lorsqu’elle devient défaillante, c’est bien évidemment l’analyse vibratoire qui est mise en cause. Mesures. Existe-t-il une solution pour résoudre ce problème des temps d’acquisition? Christian Pachaud. La solution est toute

simple : abandonner le concept du collecteur de “données” pour développer celui du collecteur de “signaux”. Il suffit d’acquérir un signal temporel correctement échantillonné, sur une durée suffisante, et de réaliser ensuite tous les post-traitements nécessaires.Avec une seule minute de signal, donc une seule minute d’acquisition, on peut faire des centaines de traitements différents! Mesures. Il existe pourtant déjà des collecteurs de données dotés d’une fonction d’enregistrement temporel… Christian Pachaud. Oui, mais attention, c’est un leurre! Ils ne permettent que de collecter “occasionnellement” quelques secondes ou dizaines de secondes de signal, et dans bien des cas, il n’est pas possible de réaliser un post-traitement. Ils servent tout juste à observer la forme du signal… Cela me fait penser à l’histoire du “temps réel”. Dans la décennie 80-90, la plupart des fournisseurs proposaient des analyseurs “temps réel”, sans mentionner de manière explicite qu’ils ne l’étaient que jusqu’à 500, 1 000 ou 2 000 Hz. Ils permettaient d’effectuer des analyses bien au-delà de ces limites, mais avec des pertes considérables d’information. Souvent, les analyses spectrales effectuées ne représentaient que quelques fractions de tour d’arbre, et ne voulaient donc rien dire, mais chacun y trouvait son compte, vendeur et utilisateur! Heureusement, depuis une bonne dizaine d’années, le temps de calcul d’une transformée de Fourier a considérablement diminué, et la limite du “temps réel” se trouve portée à 20 kHz voire au-delà. Mesures.Y a-t-il alors des obstacles techniques qui peuvent expliquer que de tels collecteurs n’existent pas sur le marché? Christian Pachaud. Pas du tout! Techniquement, de tels produits auraient pu être mis sur le marché depuis plus de cinq ans, au moins en version monovoie. Ceci dit, les utilisateurs ont eux aussi une lourde part de responsabilité. Un produit n’est développé que si un besoin est exprimé. Or le plus souvent, le responsable maintenance est incapable d’exprimer correctement ses besoins.Tout ce qu’il demande, c’est que le produit ne lui coûte pas cher et qu’il soit performant. Mais il n’a pas la moindre idée des “détails” que sont les fonctionnalités dont il a besoin pour obtenir ces objectifs et mettre en place une politique de maintenance prévisionnelle fiable. D’autre part, la concurrence est telle dans ce domaine que les produits ne sont jamais venMESURES 765 - MAI 2004

Un réseau d’experts en analyse vibratoire
Née en 1999 de la fusion de Campagna & IND et du département Maintenance Diagnostic Vibration de la société AIF Services (l’actuel Norisko), Dynae est spécialisée dans l’analyse vibratoire des machines et dans la surveillance d’équipements industriels à des fins de maintenance. Elle organise aussi différents stages de formation sur les vibrations, la thermographie ou encore le suivi électrique, ainsi que des séminaires techniques sur des thèmes précis (tels que le comportement dynamique des tuyauteries). Elle emploie une quarantaine de personnes réparties à travers différentes agences : Villefontaine (où se trouve le siège social), Marseille, Mulhouse, Massy, Nantes et Limoges. Dynae Parc Technologique Nord 29, rue Condorcet 38090 Villefontaine Tél. : 04 74 99 07 10 - Fax : 04 74 99 04 91 contact@dynae.com

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dus à leur valeur réelle, c’est-à-dire à un prix permettant de financer les innovations technologiques. Plutôt que de se lancer dans une guerre des prix acharnée et d’essayer de se distinguer en ajoutant sans cesse des fonctionnalités qui ne seront que très rarement utilisées, les constructeurs feraient mieux de faire table rase du passé et de repartir sur d’autres bases… D’autant qu’à la fin, le décideur ne sera sensible qu’au rabais qui lui sera concédé ! Que le produit fasse ou non la transformée de Hilbert, ou qu’il calcule les transformées de Fourier sur 6 400 ou 12800 lignes lui importe peu, puisqu’il ne sait pas ce que c’est, ni à quoi cela sert… Par contre, si un système “crédible” est capable de lui fournir automatiquement un diagnostic fiable sur l’état de sa machine, ou sur certains de ses organes, quelles que soient les vitesses de rotation des lignes d’arbres, son niveau d’écoute et son attitude risquent foncièrement d’être très différents. Mesures.Rassurez-nous,vous connaissez tout de même des applications où les industriels ont mis en place,avec succès,une démarche de maintenance prévisionnelle… Christian Pachaud. Oui, bien sûr. Les réussites existent, mais elles peuvent presque se compter sur les doigts de la main. On les trouve essentiellement dans les industries à procédés continus, telles que la sidérurgie, la pétrochimie, la production d’énergie, la papeterie ou la cimenterie, pour lesquelles le coût et les conséquences d’une éventuelle panne justifient l’adoption d’une telle démarche. Il est certain que lorsque le coût horaire d’un arrêt de production dépasse les 5000 euros, cela commence à devenir réellement intéressant. Mesures. Dans les autres cas, c’est donc encore la maintenance systématique qui prévaut? Christian Pachaud. Oui et non.Je parlerais plutôt d’une “maintenance préventive éclairée”. Avant un arrêt programmé préventif de longue durée (l’arrêt périodique d’un four dans une cimenterie, par exemple), il nous est fréquemment demandé d’effectuer un bilan de santé d’un groupe d’installations. C’est ce que j’appelle des “bilans avant arrêt préventif”.Ainsi, au lieu de remplacer systématiquement tous les organes d’une machine en ne considérant que leur durée de vie statistique, les interventions préventives sont ciblées uniquement sur les installations pour lesquelles le diagnostic a déclaré qu’il y avait un problème… Entre deux arrêts préventifs, la surveillance vibratoire n’est pas effectuée,
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Pour en savoir plus…
Spécialisé depuis plus de 20 ans dans la surveillance et le diagnostic des machines tournantes, Christian Pachaud est l’auteur de publications internationales et d’ouvrages sur ce thème. Le tout dernier, intitulé “Analyse Vibratoire en Maintenance”, est paru chez Dunod en février 2003. Il rappelle les principes du diagnostic et de la surveillance vibratoire des machines, et fournit une série de conseils permettant de réussir à mettre en oeuvre une politique de surveillance. 352 pages, 70 € Tél. : 01 40 46 35 93 - Fax : 01 40 46 49 92 http://www.dunod.com

ou alors avec un nombre restreint d’indicateurs.A l’heure actuelle, cette démarche mixte semble plus répandue que la maintenance prévisionnelle “académique”. Mesures. Les formations à l’analyse vibratoire et à la surveillance des machines ne contribuent-elles pas à combler les lacunes? Christian Pachaud. Si, bien sûr, mais que partiellement. Ce n’est pas parce que vous avez suivi plusieurs jours de formation en médecine que vous pouvez vous déclarer médecin! Dans le domaine de la surveillance et du diagnostic, c’est surtout l’expérience et l’encadrement technique qui comptent. En général, il faut deux ans et demi à trois ans pour former ce que l’on peut appeler un “opérateur évolué”, et au minimum cinq ans pour avoir un expert... Et ce, en pratiquant quotidiennement, avec un encadrement technique hautement qualifié. Or, la plupart des cellules de surveillance vibratoire sont constituées d’une seule personne, et elle n’y travaille pas toujours à temps complet. L’encadrement technique est alors inexistant. Dans de telles conditions, il

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est pratiquement impossible de progresser rapidement sans un plan de formation “musclé”, et sans faire appel à un consultant quelques jours par trimestre pour suivre le travail effectué, interpréter les causes d’échec et apporter les compléments de formation nécessaires. En France, cette pratique est encore peu courante. Il faut dire que les spécificités de ce métier sont incompatibles avec les politiques de gestion du personnel mises en place par la plupart des DRH. L’industrie française s’avère le plus souvent incapable de gérer les carrières à fortes spécificités techniques. Les mutations se soldent par un véritable gaspillage, et l’on doit recommencer à zéro, sans que l’expérience acquise ne soit transmise au successeur. Lorsqu’on pénètre dans le service “vibrations” d’une papeterie canadienne, au contraire, on voit des étagères remplies de classeurs contenant l’analyse de tous les retours d’expérience : les diagnostics ayant déclenché des interventions correctives, les “pièces à conviction” sous forme de photos, de schémas ou de relevés géométriques précis. On est également surpris de se trouver face à une équipe dynamique de 5 personnes (dont le benjamin a plus de 5 ans d’ancienneté et le senior 15 ans) fortement motivées par les résultats obtenus et tout à fait conscientes du rôle important qu’elles jouent dans l’entreprise. Mesures. Il y a une autre solution, l’externalisation, très à la mode, qui consiste à faire appel à des spécialistes extérieurs,forcément “très spécialisés”… Christian Pachaud. C’est effectivement une solution, mais elle est beaucoup plus intéressante dans ses principes que dans les faits. Il faut dire que les sociétés de services spécialisées font face aux mêmes difficultés de gestion des compétences et des carrières techniques, mais ces difficultés sont considérablement aggravées par un turn over important dû à la désaffection du personnel de haute technicité pour le métier de prestataire de services dans des créneaux où la concurrence est très vive et les règles du jeu sont totalement faussées. D’autre part, les décideurs incluent souvent la surveillance et le diagnostic vibratoire dans un contrat global destiné à des sociétés de services en maintenance qui n’ont aucune compétence spécifique dans la surveillance des machines. La société qui a obtenu le marché va souvent sous-traiter au plus bas prix les services à haute valeur ajoutée, quitte à faire appel à des non-spécialistes. D’autre
Christian Pachaud, responsable de l’agence de Limoges de Dynae

tionales fixant les niveaux de qualification, les programmes de formation et les modalités d’accréditation sont en cours d’élaboration. En principe, les premières recommandations devraient être publiées en 2007-2008. Mais ensuite se posera le problème de leur application… Qui sera mandaté en France pour délivrer les accréditations lorsque les recommandations ISO seront transposées sous forme de normes NF? Mesures.Alors, que fait-on? Christian Pachaud. Il faut organiser la diffusion des connaissances et des retours d’expérience. Il me semble déjà que les grands groupes auraient tout intérêt à harmoniser leurs pratiques, et à favoriser la communication entre les acteurs des différents sites. En mettant en commun les retours d’expérience, tout le monde est gagnant! D’autre part, au niveau des outils d’investigation, l’avenir est dans le collecteur de signaux multivoies et dans le post traitement automatique du signal temporel à partir d’algorithmes de reconnaissance de forme. L’arrivée de ce type d’outils sera une véritable révolution pour la maintenance. Enfin, il me semble indispensable que la surveillance des machines prenne en considération d’autres indicateurs, tels que l’intensité des courants d’alimentation ou les signaux délivrés par les tachymètres de régulation. Dans le cas des défauts induisant des fluctuations de couple, par exemple, ces paramètres fournissent des informations plus pertinentes que l’analyse vibratoire classique. Mesures. En parlant d’autres méthodes de surveillance, justement, qu’en est-il de l’analyse des huiles ou de la thermographie infrarouge? Christian Pachaud. Tout dépend du défaut recherché et de la précocité de détection souhaitée. Les vibrations et l’intensité de pompage du courant d’alimentation d’un moteur électrique, par exemple, sont des grandeurs directement liées aux forces dynamiques ou aux fluctuations de couple. Elles permettent d’élaborer des indicateurs précoces. Au contraire, la thermographie infrarouge et l’analyse des particules véhiculées par le lubrifiant permettent de détecter des défauts à un stade nettement plus avancé. Les indicateurs fournis par ces deux techniques d’investigation ne peuvent réagir que s’il y a déjà des dégradations conséquentes. Ce sont donc plutôt des outils d’aide à la décision que des outils de surveillance d’apparition du défaut… Propos recueillis par Marie-Line Zani
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“Il faut abandonner le
concept de collecteur de “données” pour développer celui de collecteur de “signaux” temporels.”
part, elle n’a pas toujours intérêt à mettre en place une maintenance prévisionnelle efficace et préfère rester le plus possible dans le cadre d’une maintenance préventive systématique et curative, beaucoup plus facile à gérer et plus rémunératrice en dépit des clauses de bonus malus du contrat, alors que l’efficacité est la raison d’être du spécialiste s’il veut rester crédible. Mesures. Voyez-vous alors une autre solution? Christian Pachaud. Oui, il y en a une. Ce serait que la surveillance et le diagnostic vibratoires fassent l’objet d’accréditations, au même titre que le contrôle non destructif. Dans le domaine du CND, les techniciens passent des examens correspondant à différents niveaux de compétences pour des tâches bien précises. Ils suivent des formations obligatoires, des recyclages, et sont accrédités par un organisme compétent. Ce serait une bonne solution pour éviter le charlatanisme… La création d’un organisme ou d’une association regroupant tous les acteurs de la surveillance et du diagnostic me semble tout aussi indispensable. Mesures. Pensez-vous que l’on y viendra prochainement? Christian Pachaud. Certainement, mais quand? L’accréditation existe depuis de nombreuses années aux États-Unis et depuis peu au Canada. Des recommandations interna-

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