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! ! ! ! LIVRE&BLANC&& ! CONCERNANT!LA!DÉ RIVE!JURISPRUDENTIELLE ! DE!LA!RESPONSABILIT É !
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LIVRE&BLANC&&
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CONCERNANT!LA!DÉ RIVE!JURISPRUDENTIELLE !
DE!LA!RESPONSABILIT É ! PROFESSIONNELLE !
DES!ARCHITECTES !
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CONSTAT,&&ANALYSE& &
ET& &
PROPOSITION&DE&LOI &
!
par !
Isabelle!PERRIN !! < !! Olivier!CELNIK!! < !! Jean < François!ESPAGNO !
architectes !
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v1.1$ octobre$ 2012$

LIVRE BLANC - LA DÉRIVE DE LA RESPONSABILITÉ DES ARCHITECTES

1

SOMMAIRE !

Préambule!

2!

INTRODUCTION!

3!

Condition!d’exercice!des!missions!d’architecte!

3!

Jurisprudences !

5!

1& 4 & LA&NATURE&DE&L’ENGAGEMENT&CONTRACTUEL&& &&&&&DES&ARCHITECTES!

6!

Quelles!sont!les!compétences!des!architectes! ? !

6!

La!mission!de!conception!des!architectes! !!! est!de!créer!de!l’architecture!

8!

Suivre!un!chantier!et!non!le!diriger!

9!

Les!interventions!de!conseils!auprès!du!maître!d’ouvrage! 13!

Pourquoi!nous!ne!sommes!pas! des!constructeurs! 14!

Une!définition!de!l’engagement!contractuel!des!architectes! 16!

2& 4 & LES&TEXTES&QUI&REGISSENT&& &&&&&LA&PROFESSION&D’ARCHITECTE!

17!

La!!Loi!du!3!janvier!1977!

17!

Le!Code!des!Devoirs!Professionnels!

19!

La!Loi!du!4!mars!2002!sur!les!droits! des!patients! !!! et!la!responsabilité!des!médecins!

22!

3& – & PROJET&DE&LOI!

24!

La!définition!de!la!mission!des!architectes!

24!

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LIVRE BLANC - LA DÉRIVE DE LA RESPONSABILITÉ DES ARCHITECTES

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! ! ! ! ! ! ! ! PRÉAMBULE !
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PRÉAMBULE !

L’augmentation perpétuelle des responsabilités des architectes inquiète toute notre profession. Nous sommes devenus les boucs-émissaires qui devons assumer des erreurs dans les domaines les plus variés et les plus éloignés de notre mission.

Un cercle vicieux impose aux architectes des primes d’assurance toujours alourdies afin de répondre aux mises en cause par les juges qui les condamnent parce qu’ils les savent bien assurés, même si les fautes, toujours plus couteuses, sont commises par des tiers.

Les architectes, bien naturellement, recherchent maintenant toutes les parades juridiques, même artificielles, pour tenter de se prémunir contre cette dérive envahissante. Quitte à abandonner une part essentielle de notre mission : le chantier, ce qui nous fait perdre notre âme.

Les lois qui régissent notre profession sont anciennes, elles ne correspondent plus à la réalité de la construction aujourd’hui. Un nouveau cadre législatif clair et juste permettrait bien mieux de déterminer de façon véritable les responsabilités de chaque intervenant dans l’acte de construire et les architectes pourraient sereinement accomplir leur mission.

C’est le propos de ce Livre Blanc, qui tente d’agréger les points de vue de trois architectes ayant bien naturellement leur propre expérience et leur propre réflexion.

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LIVRE BLANC - LA DÉRIVE DE LA RESPONSABILITÉ DES ARCHITECTES

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Introduction !

CONDITIONS!D’EXERCICE! ! DES!MISSIONS!D’ARCHITECTE

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« L’architecte est un bouc émissaire facile. » Philippe!Trétiack – « faut < il!pendre!les!architectes ! ? »

Seuil,!2001 !

Si la réalité juridique du métier d’architecte existe depuis peu (l’Ordre des Architectes date des années 1940-45), la fonction de « maître d’œuvre » est très ancienne, plusieurs fois millénaire. Elle est apparue avec la construction des premiers bâtiments d’importance, car elle en est un élément essentiel, incontournable. Il faut un chef d’orchestre pour mener à bien la réalisation des prototypes que sont tous les bâtiments.

Traditionnellement, la fonction de l’architecte est de concevoir l’œuvre et d’en diriger la réalisation. Au fil des époques, notamment quand les architectes travaillaient pour les Princes, ils avaient tout pouvoir (ou presque) sur des entreprises qui devaient leur obéir (régime politique autoritaire oblige). Les techniques étaient simples, par exemple une paroi constituée d’un simple mur – même très épais -, pas d’équipement en fluides, pas de contraintes règlementaires. La réalité de la construction était donc bien plus facile à appréhender.

Aujourd’hui, c’est-à-dire depuis un siècle environ, avec l’arrivée de l’acier et du béton armé, des équipements en fluides, eau, électricité, les constructions ont beaucoup évolué. Elles n’ont plus rien de commun avec celles du passé (si ce n’est, trop souvent hélas ! qu’une méchante copie de ce que certains croient être un « style » régional et traditionnel, et qui n’est qu’une grimace ridicule ). Complexité de la structure, des parois, des équipements, des règlementations de tous ordres, multiplicité des intervenants, tant dans les études que dans la réalisation, font actuellement des bâtiments certes performants, mais qui doivent nécessairement être réalisés par des équipes comportant des savoirs et des savoir-faire multiples.

Depuis les dernières décennies, ce phénomène s’est beaucoup accentué. L’architecte ne peut plus être le professionnel au savoir universel, créant tout, maîtrisant toutes les techniques, de la mécanique des sols aux compositions chimiques des divers revêtements, des calculs de structures anti-sismiques aux performances énergétiques complexes, de la législation du droit de l’urbanisme, de la construction, de l’environnement, civil, pénal, administratif, etc., au conseil dans l’élaboration des programmes variés, et – quand même – avec un certain talent architectural pour faire une synthèse bâtie de tout cela.

Il ne peut pas non plus maîtriser un chantier dans tous ses composants, ne serait-ce que parce que beaucoup d’éléments sont livrés « finis » sur le chantier (les menuiseries, les appareils de chauffage, etc ) et n’ont pas à être démontés pour examen, parce que la fabrication des matériaux de base (briques, ciments, etc.) et des matériels sont élaborés loin de la région du chantier (parfois à l’étranger), parce que la plupart des ouvrages ne sont plus visibles au fur et à mesure de la réalisation des travaux.

Aujourd’hui, l’architecte ne peut être qu’un chef d’orchestre. Il a composé la musique, certes, mais il ne joue pas de tous les instruments et il n’est pas responsable des fausses notes

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éventuelles Ce rôle limité est bien mentionné dans nos contrats, mais il reste ignoré en général des juges et des non-professionnels de la construction.

Pourtant, au mépris de ses engagements contractuels et surtout contre tout bon sens, l’architecte est jugé de fait le « responsable » de l’ensemble de l’opération, tant au niveau de la conception que de la réalisation. Il est le « sachant » auquel rien n’aurait dû échapper, il aurait dû tout voir, tout savoir, tout deviner, tout prédire. Il est surtout le recours bien commode pour désigner un responsable que notre société veut faire correspondre à chaque problème.

C’est ignorer complètement la réalité de la construction aujourd’hui, dont la capacité à tout concevoir et à tout vérifier, on le verra, ne peut plus du tout incomber à une seule personne ; et c’est ignorer qu’un bâtiment n’est pas un objet industrialisé, dont la fabrication est maîtrisée après une mise au point longue et couteuse du – justement – prototype.

Les architectes doivent en permanence se prémunir contre cette épée de Damoclès, ils doivent se conformer autant que possible aux techniques les mieux éprouvées et fuir toute innovation dangereuse. Ils doivent reproduire dans leur conception comme dans leur réalisation ce qui s’est révélé être le moins générateur de mise en cause, de tous ordres - sans pouvoir pour autant empêcher toutes les erreurs commises par les tiers. Ainsi, les architectes perdent leur âme, et – sauf dans les opérations d’exception, où le risque est budgété grâce à des honoraires importants et qui restent, justement, exceptionnels - ils n’apportent plus cette évolution de l’architecture qui bénéficierait à tous en améliorant les performances grâce à l’expérimentation sans cesse renouvelée des possibilités techniques qu’offre chaque époque.

Enfin, il y a, tout simplement, une immense injustice envers une profession toute entière, dont la vocation est de mettre en œuvre l’intérêt public de l’architecture que la Loi a pourtant reconnu.

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JURISPRUDENCE S !

Les architectes pourront se reporter aux nombreuses jurisprudences publiées dans les documents professionnels qu’ils ont à disposition : archives de l’Ordre des Architectes et de la Mutuelle des Architectes Français.

Nous en diffusons également une sélection via le site web MAFCOM, que nous encourageons les architectes à fréquenter.

Ces jurisprudences illustrent l’aberration des recherches de responsabilité d’architectes, en dehors du bon sens le plus élémentaire et en méconnaissance absolue de la réalité d’une profession.

Cet échantillon n’est, hélas ! qu’une toute petite illustration de ce que des expertises et des jugements produisent quotidiennement en France. Il a été glané ici et là, tant sont nombreux les exemples de recherches abusives de responsabilité des architectes.

Qu’elle est la profession, autre que la nôtre, qui accepterait une telle injustice ? Pour faire comprendre ces aberrations aux « non-sachants » nous préparons une série d’exemples liés aux autres professions réglementées, qui malgré leurs devoirs et déontologies, ne portent pas autant de responsabilités systématique que les architectes.

Voici déjà une anecdote plus souriante (quoique ).

En faisant la queue à la Poste, j’observais un client qui cherchait à poster des lettres prêtes à partir. Une personne lui indique alors que la boîte aux lettres se situe à l’extérieur – sans préciser que c’est un choix délibéré de la Poste pour se préserver des risques d’attentat par colis piégé.

Le client fulmine : « Ainsi je dois sortir ?! alors qu’il pleut ! Quelle idée stupide de placer cette boîte à l’extérieur ! quel est l’idiot d’architecte qui a décidé cela ? ».

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1

L

a!nature!de!l’engagement!

contractuel

! des!architectes!

! ! QUELLES!SONT!LES!COMP É TENCES!DES!ARCHITECTES ! ? ! !
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QUELLES!SONT!LES!COMP
É
TENCES!DES!ARCHITECTES ! ? !
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Pour être architecte, il faut en général être diplômé d’une école d’architecture reconnue par l’Etat français.

Quel est le contenu de cet enseignement ?

Voici, à titre d’exemple, le programme pédagogique de l’école d’architecture de Paris-Val-de- Seine. On peut lire sur internet des programmes d’autres écoles, ils sont du même ordre.

Le nouveau programme pédagogique réaffirme la place essentielle de la démarche de projet dans l'enseignement de l'architecture. Il offre également à l'étudiant de deuxième cycle la possibilité de définir un parcours personnalisé parmi la diversité des enseignements proposés au sein de différents domaines d'étude. L'acquisition des connaissances et du savoir-faire mis en œuvre dans le projet, d'un socle culturel solide, associée à l'encouragement d'un regard critique assure aux futurs diplômés la capacité d'exercer d'une manière inventive et responsable des missions diversifiées. Le diplôme d'études en architecture conférant le grade de licence (bac +3 ans) Ce premier cycle de formation initiale est organisé en 6 semestres. Le cycle licence permet à l'étudiant d'acquérir les bases d'une culture architecturale ainsi que les outils, les concepts et la méthodologie qui lui sont nécessaires pour développer une hypothèse au moyen d'une démarche de projet maîtrisé. Il se fonde sur les enseignements de la pratique du projet d'architecture et d'urbanisme, de la théorie de l'architecture et de l'histoire de l'architecture et de la ville complétés par des enseignements spécifiques relatifs à la technique, aux arts et aux sciences. Ce cycle comprend deux stages : un stage ouvrier ou de chantier et un stage dit « de première pratique ».

Le diplôme d'Etat d'architecte conférant le grade de master (bac + 5 ans) Les formations dispensées dans ce second cycle s'inscrivent simultanément dans des perspectives d'insertion dans le monde du travail, dans celles de la maîtrise d'œuvre et de la recherche. Le diplôme d'État d'architecte s'affirme clairement comme une étape sanctionnant un niveau d'études supérieures, et non pas exclusivement comme un diplôme professionnel. Il permet à l'étudiant, en lui offrant un large éventail d'enseignements autour de domaines d'étude, de construire la spécificité de sa démarche au regard des questions de l'époque. Quatre domaines d'étude sont proposés à l'Ecole :

Grande échelle des établissements humains - Ville / Territoires

Matérialité de l'édifice - Forme / Usage / Technique

Patrimoine - Reconversion / Transformation

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Processus de conception - Méthodes et supports théoriques

Le diplôme d'État comprend, outre la validation des projets et enseignements choisis, la rédaction d'un mémoire, un Projet de Fin d'Études présenté devant un jury et un stage de formation pratique de huit semaines minimum. Les diplômés peuvent exercer une activité salariée dans les agences d'architecture, les entreprises, les services publics ou encore les collectivités locales, en qualité d'architecte. L'habilitation à exercer la maîtrise d'œuvre en son nom propre (HMONP) L'architecte diplômé d'Etat souhaitant s'inscrire à l'Ordre des architectes et réaliser un projet sous sa propre responsabilité, c'est-à-dire signer un permis de construire, doit suivre une formation complémentaire d'une année qui comprend 150 heures de formation, dispensées en alternance avec une mise en situation professionnelle d'un minimum de 6 mois. La HMONP permet aux architectes d'approfondir et d'actualiser leurs connaissances dans cinq champs spécifiques : les conditions d'exercice ; les missions de la maîtrise d'œuvre ; le montage d'opération ; l'exécution des travaux ; le cadre légal de l'exercice de la profession réglementée. L'habilitation est décernée par un jury, composé au minimum de cinq membres dont deux tiers sont architectes praticiens. La formation est ouverte aux titulaires du Diplôme d'État d'Architecte, ou d'un diplôme équivalent européen, disposant d'un contrat de travail au sein d'une structure d'accueil en maîtrise d'œuvre.

La part de l’étude des techniques liées à la construction

ne s’agit pas de transformer des futurs architectes en ingénieurs hautement qualifiés dans tous

les domaines de la construction. L'habilitation à exercer la maîtrise d'œuvre en son nom propre (HMO-NP) ne dure que 150 heures, dont la partie « exécution des travaux » n’est pas, là non plus, prédominante.

Quant à la formation professionnelle continue, elle sert à se tenir au courant dans des domaines variés, pas uniquement techniques. Elle permet d’avoir des connaissances sur l’évolution de compétences utiles à l’architecte. Elle est forcément limitée à quelques heures par an, au mieux à quelques jours. Elle ne peut pas apporter un savoir complet, sans lacune.

A l’instar du médecin généraliste qui en sait assez pour intégrer les grandes lignes des savoirs des spécialistes dans son travail, sans pour autant prétendre réaliser la part relevant d’une spécialité technique, la maîtriser, la contrôler, notre connaissance technique ne sert qu’à dimensionner correctement et ne pas faire de contre-emploi.

n’est pas prédominante, loin de là. Il

En conclusion,

il est absurde et artificiel de demander à l’architecte de posséder un savoir général et complet sur l’ensemble des techniques du bâtiment. Une vie d’étude n’y suffirait pas.

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LA!MISSION!DE!CONCEPTION!DES!ARCHITECTES! EST!DE!CR É ER!DE!L’ARCHITECTURE !

Quelle est la mission de l’architecte ?

Dans un premier temps, l’architecte conçoit l’ouvrage. Il s’agit de conception dite « architecturale », en ce sens qu’elle définit le bâtiment dans son implantation, son dimensionnement, ses matériaux pour ses composants principaux, ses couleurs et – parfois – dans son environnement.

Cette définition porte sur l’essentiel de la construction et non dans les détails. Les créations des divers composants d’un bâtiment font appel maintenant à des techniques complexes et variées. Les architectes n’ont pas suivi de formation pour maîtriser toutes ses techniques ; et personne ne peut prétendre pouvoir le faire. Il est donc absurde d’attendre chez lui cette connaissance immense, démesurée. En outre, ce serait un travail colossal, hors de mesure avec une production à réaliser forcément dans un temps limité. Et où serait la limite de sa « conception technique » ? Qui la fixe ? Qui penserait à reprocher à l’architecte de ne pas avoir – par exemple – défini le pas de vis des fixations des sous-faces des volets roulants ? Il s’agit bien pour l’architecte d’assurer une définition générale de l’œuvre, chaque entreprise ou chaque bureau d’études prenant le relai pour une définition plus précise des ouvrages qui les concernent, les fournisseurs de matériaux ou de matériels assurant pour leur part la définition dans les moindres détails de leurs ouvrages en propre (on trouvera là, par exemple, la définition du pas de vis cité plus haut).

Une mission étendue à la technique doit être spécifiée

Cette définition de conception générale de l’ouvrage est celle mentionnée dans les contrats d’architecte. Parfois la mission de conception technique (spécifications techniques et plans d’exécution) est assurée par l’architecte, c’est une étendue de la mission de base, elle est toujours mentionnée en tant que telle dans le contrat d’architecte. La rémunération de l’architecte est augmentée en conséquence. En général, il sous-traite alors tout ou partie de cette étendue de mission. Et, là aussi, cette mission technique doit avoir des limites raisonnables.

Un engagement particulier, au-delà de l’objet habituellement dû par un professionnel, ne se présume pas s’il n’est pas explicitement mentionné en tant que tel dans le contrat. En droit français, on dit « Les conventions librement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites » (art.1134 du Code Civil) et le maître d’ouvrage ni les entreprises et, partant, ni la Justice, ne doivent donc réclamer à l’architecte plus que ce qui est normalement dû et ce qui n’est pas contractuel.

Article 11

Tout engagement professionnel de l'architecte doit faire l'objet d'une convention écrite préalable, définissant la nature et l'étendue de ses missions ou de ses interventions ainsi que les modalités de sa rémunération. ( )

CODE DES DEVOIRS PROFESSIONNELS DE L’ARCHITECTE

En conclusion,

la mission de conception est une création architecturale et non une création technique. L’architecte n’a pas la compétence d’une entreprise dans son domaine propre, il n’a donc pas à corriger les spécialistes de certaines techniques, qu’ils soient des bureaux d’études ou des entreprises de construction ; et il n’a pas à être responsable des éventuelles erreurs de ces spécialistes, plus compétents que lui.

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SUIVRE!UN!CHANTIER!ET!NON!LE!DIRIGER ! !

Le « maître d’œuvre » maîtrise-t-il l’opération ?

Si le « maître d’ouvrage » a bien un pouvoir de tout décider, l’architecte, bien qu’appelé « maître d’œuvre », n’a pas le pouvoir juridique de se faire obéir. Par opposition à un contrat d’entreprise, tel par exemple que celui de contractant général, l’architecte n’a de lien contractuel qu’avec son client, le maître d’ouvrage.

Voici les schémas des liens contractuels qui organisent une opération de construction.

En A, le maître d’ouvrage fait appel à un architecte,

A
A

en B, il contracte avec une entreprise (ici, pour l’exemple, avec un contractant général).

B
B

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Il est clair que l’organisation juridique des intervenants n’est pas du tout la même.

En B, le constructeur « vend » au client tout l’ouvrage, et donc il réunit toutes les responsabilités des autres intervenants qui sont ses sous-traitants, directs ou indirects.

En A, l’architecte n’est qu’un intervenant parmi d’autres, il ne vend que sa prestation d’architecte, augmentée le cas échéant et uniquement si c’est bien prévu à son contrat, d’une ou de plusieurs prestations de bureaux d’études. Il n’a pas d’autorité sur les autres intervenants. Il n’a donc de pouvoir de décision et de responsabilité que sur cette vente de ses propres prestations.

Sur le chantier, en pratique,

la mission de l’architecte se concrétise par une série d’actes, dont les limites doivent être contractuelles. Il s’agit essentiellement de :

Ses Plans de projet, qui ne sont pas des plans d’exécution (la mission EXE est hors mission

de base), ce sont des plans de conception architecturale où le dimensionnement est plus précis que dans l’avant-projet, afin de proposer un dimensionnement à partir duquel les bureaux d’études et les entreprises établissent leur conception technique.

Ses Cahiers des Clauses Techniques Particulières, qui ne sont pas (ainsi que cela y est

généralement précisé) un descriptif exhaustif des fournitures, des travaux ni de leur mise en œuvre. Ce sont des préconisations des matériaux et équipements essentiels composant l’œuvre, avec des indications de mise en œuvre qui n’ont jamais la prétention d’être exhaustives. Uniquement pour définir une esthétique, une qualité, des performances à atteindre, des dimensions, des contraintes de mise en œuvre en termes de délais, de phasage, d’interface avec d’autres ouvrages, des voisins, des servitudes. Un architecte qui ne prévoit pas de drain en périphérie d’un bâtiment, alors que celui-ci est nécessaire, est-il fautif ? Si oui, cela reviendrait à considérer que l’entreprise n’a pas à savoir, elle, que ce drain est nécessaire. Et donc que cette entreprise est techniquement incompétente, alors qu’elle n’est pas généraliste de la construction mais que, justement, elle est bien plus apte que l’architecte à maîtriser les techniques de conception de maçonnerie, son seul domaine de compétence. Considérer qu’une entreprise est ignorante d’une technique parce qu’elle réalise un travail manuel serait inacceptable. Aucune raison ne peut valablement rendre techniquement l’entreprise incompétente dans son domaine, si ce n’est une habitude totalement infondée. En cas de doute, l’entreprise peut faire appel aux bureaux d’études techniques spécialisés font profession de dispenser leurs conseils techniques.

Seul le conseil de l’architecte de ne pas faire de drain, alors que celui-ci est nécessaire, serait fautif, ce qui est fondamentalement différent. Enfin, prévoir le détail de tout ce qui est nécessaire à une construction reviendrait à reprendre les textes des D.T.U., ce qui est irréaliste et, de toute façon, ne servirait à rien puisque un dossier beaucoup trop volumineux ne serait pas lu par les contractants.

Ses Visas des plans d’exécution ne sont pas une validation technique (ce qui est

généralement mentionné sur les visas en question), mais uniquement une validation de conformité « au projet architectural » (voir la définition du projet architectural au paragraphe ci- dessus « Quelle est la mission de l’architecte ? »).

L’absence éventuelle de Bureau de Contrôle, comme de Coordinateur SPS ou de certains

Bureaux d’Etudes ne doit pas transformer l’architecte en bouc émissaire universel en lui

inventant des missions qu’il n’a pas.

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Ses visites de chantier ne sont pas des visites de contrôle technique,

mais uniquement des visites de contrôle de la conformité « au projet architectural », et, dans la mesure où c’est possible et réaliste, de la conformité apparente des dispositions du marché. Un contrôle digne de ce nom est un contrôle permanent, on l’a vu. Il est impossible à quiconque (autre que l’exécutant lui-même d’une tâche précise) de contrôler en permanence la réalisation d’un ouvrage, car cela reviendrait à ne plus avoir d’autres actions que ce contrôle ponctuel lui- même. L’architecte n’a pas de mission de surveillance. Il ne peut pas se tenir en permanence et simultanément derrière chaque ouvrier. Et tout contrôle a posteriori est incomplet car la mise en œuvre compte indépendamment de l’aspect. En outre, la complexité des bâtiments ne laisse pas apparents tous les ouvrages successifs. Pour l’architecte, signaler à l’attention de l’entreprise et du maître d’ouvrage une disposition qui lui paraît ne pas convenir, est un acte de conseil ponctuel ; cela n’est en rien une reconnaissance de sa responsabilité sur l’ensemble de l’ouvrage. Même le « contrôle technique » du bâtiment n’est pas un contrôle du travail réalisé, mais un contrôle de la conformité a priori des choix techniques, et un contrôle a posteriori des installations à partir des rapports d’essais. Pour une voiture, par analogie, le contrôle technique ne consiste pas à dire si la voiture est « bien construite », mais consiste à lui faire passer une série de tests et dire si les résultats obtenus sont conformes aux normes - ou pas - pour ces seuls tests. Cela n’a rien à voir avec une vérification totale de l’ensemble du travail réalisé par d’autres, ni la recherche exhaustive d’erreurs.

Ses mises au point en réunion de chantier n’ont jamais vocation à déterminer des solutions

techniques. Il peut suggérer des pistes, rappeler des oublis, exposer ses objectifs recherchés, mais il ne peut rien imposer ni déterminer, ses capacités, là également, étant inférieures à celles des spécialistes dans chaque domaine. Il doit seulement valider (ou non) la conformité «au projet architectural» des solutions techniques proposées par les entreprises. Il peut donner son avis, ce n’est pas un ordre auquel sont tenus d’obéir tous les intervenants, sans discussion.

Ses Certificats de Paiement sont l’expression de ses conseils au maître d’ouvrage : il

conseille de payer ou de ne pas payer telle somme. Les intérêts financiers des entreprises ne sont pas les mêmes que ceux du maître d’ouvrage, celui-ci doit donc veiller à ne pas effectuer des paiements inconsidérés et il a besoin des conseils d’un professionnel qui n’est pas impliqué financièrement dans l’opération. C’est le rôle de l’architecte. Ces conseils n’ont pas à être considérés comme une « vente » par l’architecte des œuvres et ouvrages des tiers. Ces conseils n’apportent donc pas la garantie de ces œuvres et ouvrages. Il s’agirait, à le faire, d’un sophisme absurde juridiquement.

Ses interventions au titre de la coordination des études et des travaux ne visent, là aussi,

qu’à améliorer la réalisation de l’opération. Cela ne peut pas donner à l’architecte ni la responsabilité du délai effectif des travaux, puisque ce n’est pas lui qui œuvre dans chaque cas, ni la responsabilité de l’opportunité de telle ou telle intervention, puisque ses compétences sont inférieures à celles de chaque intervenant. Le considérer serait, là aussi, un sophisme complet. L’architecte constate l’avancement des travaux par rapport aux dispositions des marchés de travaux, signale les retards les retards qu’il constate, et propose éventuellement des mesures d’amélioration.

Les faiblesses humaines

Les hommes et les femmes qui œuvrent dans les entreprises ont leur part de faiblesse imprévue que l’on retrouve dans chacun de nous. Il est impossible à quiconque, ni même à l’intéressé lui-même, de prévoir précisément quand et où aura lieu une faiblesse faisant faire une erreur ; ni bien sûr, sur quoi portera cette erreur. L’existence éventuelle d’une part d’erreur d’une entreprise dans une construction actuelle complexe, en général indécelable par l’architecte lors d’une visite de chantier, est une réalité.

Il est bien évidemment absurde de reprocher à l’architecte les erreurs (faiblesses, manques, oublis ) des intervenants tiers dont il ne fait pas partie (bureaux d’études, entreprises, fournisseurs) – ou pire, de n’avoir pas su prévoir la survenance de telles erreurs !

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Les assurances

Pour pallier ces erreurs, il existe des assurances. L’erreur involontaire étant un fait avéré que l’on doit prendre en compte est la justification de leur existence économique.

Or les architectes sont obligatoirement bien assurés, leur Code des Devoirs Professionnels les y oblige. Trop souvent, la responsabilité (partielle) des architectes est retenue car :

- il est commode de considérer l’architecte comme étant un « sachant » universel, au pouvoir démesuré et donc à la responsabilité sans borne : « il est responsable parce qu’il est architecte », point-barre.

- cela permet de palier aux faiblesses éventuelles d’assurance des autres intervenants qui n’ont pas cette contrainte de vérification d’assurance. Dans ce cas, on privilégie donc l’intérêt du client (et du vrai responsable) au détriment de l’architecte, ce qui est juridiquement et surtout moralement, inacceptable.

En conclusion,

l’architecte ne dirige plus (depuis longtemps) le chantier, en ce sens qu’il n’en est plus le directeur, responsable de subordonnés qui doivent se conformer à ses directives, sauf pour respecter un projet architectural et atteindre collectivement les objectifs qui ont été acceptés dans les marchés de travaux. C’est une vision complètement dépassée de la réalité actuelle. Il n’est chargé, donc responsable, que de la conformité de la réalisation avec le projet architectural.

Pour cela, il vérifie la conformité apparente des dispositions du marché dans la mesure

où c’est possible et réaliste. Il peut utiliser ponctuellement ses compétences pour aider

à la bonne réalisation des études ou des travaux, ainsi qu’à leur coordination, dans

l’intérêt de son client, mais ce n’est en rien un endossement de la responsabilité propre

à chaque producteur d’œuvre (études et/ou réalisation). L’en considérer responsable

est un artifice sans fondement, car proposer des améliorations n’est pas endosser la responsabilité des carences constatées. Ce serait, par analogie, rendre responsable la

Sécurité Routière d’un accident au motif que la vitesse n’était limitée qu’à 50 km/h, vitesse respectée par l’automobiliste et qui ne l’aurait pas empêché de percuter un autre véhicule

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LES!INTERVENTIONS!DE!CONSEILS ! AUPR È S!DU!MAITRE!D’OUVRAGE !

Un conseil n’est pas une décision

« Le centre du pouvoir s’est déplacé de l’architecte au maître d’ouvrage »

Rapport Spinetta – La documentation française - 1975

Le propre d’une profession libérale, telle qu’architecte, est de dispenser des conseils. La décision – ou non - de faire est du ressort exclusif de son client, ici le maître d’ouvrage. En disant cela, il ne s’agit pas d’éluder la responsabilité de ces conseils qui sont ceux d’un professionnel envers un néophyte ; mais il s’agit de ne pas oublier que l’architecte n’est pas le mandataire de ses clients, qu’il n’agit pas en leur nom, encore moins à leur place. Il se trouve que l’architecture est le domaine où les clients des professionnels libéraux sont le plus interventionnistes. Même l’Administration, par le biais des autorisations d’urbanisme, intervient largement dans la conception de l’œuvre ! L’architecte n’a donc pas le pouvoir de décider, il doit obligatoirement tenir compte des instructions, plus ou moins étendues, du maître d’ouvrage. Et ces décisions peuvent être un facteur d’aggravation d’un risque, tel que le choix de certaines entreprises au moindre prix, de délais resserrés, de conception d’ouvrage particulier, etc. L’architecte peut, bien entendu, démissionner si une décision du maître d’ouvrage lui apparaît trop mauvaise, mais il ne pourra pas le faire à chaque décision qui ne serait pas exactement ce qu’il préconise car cela pourrait être jugé abusif et donc pourrait l’amener à une condamnation.

Un conseil n’est pas une garantie

L’architecte dispense des conseils suivant la vision qu’il a de l’opération et de son déroulement.

Il ne peut pas, on l’a vu, avoir une science absolue de tous les savoirs du « bâtiment ».

Il ne peut pas non plus maîtriser les actions des autres intervenants dans la construction.

Il ne peut pas, enfin, prédire, comme un devin, les aléas du déroulement d’une opération de construction, qui est par définition un prototype. Il ne peut donc pas apporter une garantie à l’ouvrage par l’action de ses seuls conseils.

Nous exerçons une profession libérale

En exerçant une profession libérale, l’architecte dispense donc des conseils. Il n’est responsable, comme tout un chacun, que de ses engagements et de ses actes. Cela paraît une évidence tellement simple qu’il est curieux de devoir le rappeler. Il n’a pas à endosser la responsabilité des tiers. Seule une erreur dans ses conseils pourrait lui être reprochée, à la double condition, bien entendu, que :

cette erreur soit démontrée – on doit respecter la présomption d’innocence, même pour les architectes

cette erreur ait pu s’imposer au tiers qui a provoqué le dommage éventuel.

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!

POURQUOI!NOUS!NE!SOMMES ! PAS!DES!CONSTRUCTEURS !

Nous exerçons une profession libérale

En reprenant le titre du paragraphe précédent, nous rappelons qu’une profession libérale ne vend pas un ouvrage avec l’obligation de résultat qui en découle, mais qu’elle vend des conseils auxquels ne sont attachés qu’une obligation de moyens, puisque le résultat attendu par ses clients est produit par des tiers : l’autorisation d’urbanisme est délivrée par la Commune, l’ouvrage l’est par les entreprises. Seule la réalité matérielle des plans et des dossiers écrits pourraient lui être exigée ! ce qui ne constitue pas un objet de construction, mais seulement un outil. Nous ne sommes donc pas des constructeurs qui, juridiquement et économiquement parlant, vendent une construction ou une partie de construction à leurs clients.

La notion de risque / bénéfice

La réalisation d’un bâtiment est celle d’un prototype et non d’un produit industrialisé. Ce bâtiment n’existe pas dans un exemplaire antérieur, préalablement mis au point, et sa production n’est pas maîtrisée à tous les niveaux comme le sont les objets industriels. Il y a donc un risque potentiel de corrections, voire de malfaçons, qui est inhérent à la nature même de la fabrication de ce prototype. En n’achetant pas un objet fini à un producteur comme ceux que proposent des promoteurs dans leurs contrats VEFA ou des constructeur dans leurs contrat CMI, nos clients doivent avoir conscience de la notion de risque pris en contrepartie des chances de bénéfices dont ils seront les seuls bénéficiaires (ce bénéfice, c’est éviter de payer la marge retenue par les promoteurs et les constructeurs, rémunérant ce risque) et qu’ils ne peuvent donc opposer à l’architecte puisqu’ils ne le rémunèrent pas pour cela :

Risque technique : mauvaise surprise sur existant impossible à voir sans sondage destructif, mauvaise surprise des sols, erreurs ou défaillance d’entreprise, de fournisseur, etc .

Risques de délais, dus à cette défaillance d’entreprise, retards de chantier s’imputant en

chaîne sur toute la profession, difficulté à obtenir des devis pour certaines opérations complexes, imprévus juridiques, retard ou même refus injustifiés de l’Administration, surprise de chantier, intempéries, retards ou erreurs de livraison des matériaux, rupture de stock, retards ou erreurs des concessionnaires, etc

Risques financiers : un prix pouvant évoluer à tout moment, suivant les incidents de parcours que nous venons d’évoquer.

Ce risque est une réalité. Pour en garantir la protection du client, il doit, comme tout risque, faire l’objet d’une assurance ou, du moins, d’une rémunération. C’est par exemple, la rémunération que perçoivent les constructeurs au titre de la garantie de livraison à prix et délai convenus (qu’ils reversent par la suite à leur garant) et au titre de leur marge commerciale, destinée à couvrir les dépenses de cet aléa. La marge moyenne des constructeurs est de l’ordre de 30% par rapport au coût prévu initialement des travaux, voire 35% ou plus. Le client paie donc cette garantie, en payant le double que seraient les honoraires d’architecte. Si l’opération se déroule sans « mauvaise surprise », un bénéfice supplémentaire sera acquis au vendeur car leurs clients devront toujours payer le prix fort. Le même raisonnement s’applique aux entreprises de bâtiment, le risque fait, là aussi, l’objet d’une rémunération par l’application du coefficient de vente.

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Ce risque n’a pas à s’appliquer aux architectes pour deux raisons : ils le refusent (il n’est pas prévu dans leurs contrats) et ils n’ont pas le financement pour l’assumer. Leurs imposer serait contraindre les architectes à se transformer en contractants-généraux qui sont les seuls habilités à garantir l’ensemble de l’ouvrage.

Or ce coût supplémentaire :

est refusé par leurs clients qui ne veulent pas payer cette rémunération supplémentaire du risque,

est également refusé par les architectes. Certains l’acceptent, leurs contrats sont alors transformés sans ambiguïté en celui de contractant généraux et le risque est financé.

Nous devons bien rappeler qu’en évitant le contrat d’entreprise « contractant général », les clients des architectes libéraux peuvent espérer bénéficier d’une économie financière importante. Mais cette économie n’est pas garantie, l’équilibre entre risque et économie devant être respecté.

La notion d’incompétence

Les architectes sont les généralistes de la construction. Nous avons vu que leur compétence ne peut être qu’inférieure à celle des autres intervenants, spécialisés chacun dans leurs domaines. Seuls les Bureaux de Contrôle pourraient, eux aussi, être considérés comme des généralistes, mais pour leurs seules missions contractuelles et sans rôle de maîtrise d’œuvre, avec toutes les conséquences que la jurisprudence judiciaire se permet d’en déduire. Les entreprises mettent en œuvre l’ouvrage. Ils sont chargés de la conception technique de leur production, sauf en cas de bureaux d’études liés directement au maître d’ouvrage ou en cas d’une telle mission acceptée contractuellement par l’architecte. Et les études de conception qui existeraient en dehors des entreprises ne sont pas destinées à couvrir toute la conception de détails de tous les ouvrages et de tous leurs composants. Le fait d’avoir une production matérielle, manuelle, ne rend pas ipso facto les entreprises moins compétentes « intellectuellement », ce serait un préjugé dévalorisant et inacceptable. Les architectes, généralistes, n’ont pas à garantir les productions des spécialistes, plus compétents qu’eux, chacun dans leurs domaines.

La notion d’autorité

Nous l’avons vu également, les architectes n’ont pas d’autorité sur les autres intervenants de l’opération, à l’exception de leurs sous-traitants éventuels. Ils n’ont de lien contractuel qu’avec le maître d’ouvrage. Ils ne sont pas contractant-général et ils ne peuvent pas à ce titre être responsables d’œuvres dont la réalisation n’est pas faite sous leur réelle responsabilité, même si la jurisprudence judiciaire voudrait le faire croire.

En conclusion,

L’architecte :

- Exerce une profession libérale, ses contrats ne sont pas ceux d’une entreprise commerciale,

- N’a pas la capacité – ni contractuelle ni financière - à assumer un risque financier de l’opération,

- Est incompétent dans la maîtrise des techniques propres à chaque intervenant,

- N’a

éventuelles

décisions. Ainsi, l’architecte ne doit en rien être assimilé à un constructeur.

pas

l’autorité

contractuelle,

juridique

pour

imposer

ses

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UNE!D É FINITION!DE!L’ENGAGEMENT ! CONTRACTUEL!DES!ARCHITECTES !

!

Comment définir notre mission

Suivant ce que nous avons vu, le cadre de notre responsabilité peut s’énoncer ainsi :

1 - La mission de l’architecte est celle d’une profession libérale, dispensant des conseils. Ce n’est pas la responsabilité d’un constructeur qui vend un ouvrage.

2 – L’architecte n’est responsable que de ses actes, il ne peut pas être tenu responsable,

même in solidum, des actes des tiers, notamment ceux des autres intervenants avec lesquels

o

il n’a pas de lien contractuel ni d’autorité ni de prédominance de compétence,

o

dont la production est de nature différente de la sienne

o

et dont il n’a pas la capacité financière à assumer l’aléa.

3 - Pour que sa responsabilité soit retenue, la preuve de la faute de l’architecte doit être prouvée.

Cette définition de la responsabilité des architectes semble être une évidence ; elle doit s’appliquer à quiconque et notamment à toutes les professions libérales. Il est consternant qu’il faille ici la revendiquer.

Comment cette mission doit être concrétisée

Les limites de notre mission doivent être concrétisées dans les faits. Cela doit se retrouver dans plusieurs textes :

Le contrat d’architecte doit être explicite.

o

Il doit rappeler la nature d’obligation de moyens et non de résultat qui est propre à une profession libérale.

o

Il doit également rappeler que nous ne pouvons pas être responsable, même in solidum, des fautes des tiers.

o

Il devra enfin faire référence à la Loi que nous proposons, quand celle-ci sera une réalité.

Les documents et les écrits en général, produits par les architectes lors de l’exercice de

leurs missions, doivent être sans ambiguïté. Ils doivent mentionner que les avis de l’architecte ne sont que des conseils et non pas des ordres qui lui feraient endosser une responsabilité qu’il n’a pas à assumer.

Enfin, la Loi doit indiquer clairement les limites de notre responsabilité, vis-à-vis de nos

clients comme vis-à-vis des tiers, afin d’informer les experts judiciaires et les juges de ce qui

s’imposera à tous.

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2

Les textes qui régissent la profession d’architecte

LA!LOI!DU!3!JANVIER! 1977 !

EXTRAITS

Article 3

(Modifié par LOI n°2012-387 du 22 mars 2012 - art. 107)

Quiconque désire entreprendre des travaux soumis à une autorisation de construire doit faire appel à un architecte pour établir le projet architectural faisant l'objet de la demande de permis de construire, sans préjudice du recours à d'autres personnes participant soit individuellement, soit en équipe, à la conception. Cette obligation n'exclut pas le recours à un architecte pour des missions plus étendues.

Le projet architectural mentionné ci-dessus définit par des plans et documents écrits l'implantation des bâtiments, leur composition, leur organisation et l'expression de leur volume ainsi que le choix des matériaux et des couleurs.

Même si l'architecte n'assure pas la direction des travaux, le maître d'ouvrage doit le mettre en mesure, dans des conditions fixées par le contrat, de s'assurer que les documents d'exécution et les ouvrages en cours de réalisation respectent les dispositions du projet architectural élaboré par ses soins. Si ces dispositions ne sont pas respectées, l'architecte en avertit le maître d'ouvrage.

Sans préjudice de l'application de l'article 4 de la loi n° 85-704 du 12 juillet 1985 relative à la maîtrise d'ouvrage publique et à ses rapports avec la maîtrise d'œuvre privée, lorsque le maître d'ouvrage fait appel à d'autres prestataires pour participer aux côtés de l'architecte à la conception du projet, il peut confier à l'architecte les missions de coordination de l'ensemble des prestations et de représentation des prestataires. Le contrat prévoit en contrepartie la rémunération de l'architecte pour ces missions ainsi que la répartition des prestations et la responsabilité de chacun des prestataires.

( )

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La Loi définit la mission minimale que l’on doit confier à un architecte :

Conception du projet architectural. Ce projet définit par des plans et documents

écrits l'implantation des bâtiments, leur composition, leur organisation et l'expression de leur

volume ainsi que le choix des matériaux et des couleurs. Ce texte est exhaustif dans la composition de cette mission de base.

L’architecte doit être en mesure de s’assurer que les documents d'exécution et les

ouvrages en cours de réalisation respectent les dispositions du projet architectural élaboré par

ses soins. S’il n’a pas de mission de suivi de chantier, il peut donc intervenir lors de la réalisation pour s’assurer de ce respect du projet architectural – et de rien d’autre. Les jugements qui impliquent un architecte pour garantir des malfaçons techniques par sa seule présence à un moment ou l’autre sur un chantier constituent donc une dérive qui ne respecte pas cette Loi .

L’architecte peut travailler de concert avec d’autres prestataires pour participer à la

conception du projet. Le contrat prévoit la répartition des responsabilités de chacun. On peut donc en conclure logiquement que les prestations dont se chargent, chacun dans sa spécialité, les divers techniciens des bureaux d’études, déchargent ipso facto l’architecte de responsabilité dans ces domaines.

Article 19

Un Code des Devoirs Professionnels, établi par décret en Conseil d'Etat après avis du conseil national de l'Ordre des architectes et consultation des organisations syndicales d'architectes, précise les règles générales de la profession et les règles particulières à chaque mode d'exercice. Il édicte les règles relatives à la rémunération des architectes en ce qui concerne les missions rendues obligatoires par la présente loi à l'égard des personnes privées.

( )

La Loi décrète que le Code des Devoirs Professionnels précise les règles générales de la profession et les règles particulières à chaque mode d'exercice. Il s’impose à tous les architectes et, à ce titre, il est opposable aux décisions de justice

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LE!CODE!DES!DEVOIRS!PROFESSIONNELS !

!

!

Article 1er

Les dispositions du présent code s'imposent à tout architecte ou société d'architecture ou agrée en architecture. Les infractions à ces dispositions relèvent de la juridiction disciplinaire de l'ordre.

TITRE Ier - MISSIONS DE L'ARCHITECTE

Article 2

La vocation de l'architecte est de participer à tout ce qui concerne l'acte de bâtir et l'aménagement de l'espace; d'une manière générale, il exerce la fonction de maître d'œuvre. Outre l'établissement du projet architectural, l'architecte peut participer notamment aux missions suivantes:

• aménagement et urbanisme, y compris élaboration de plans;

• lotissement;

• élaboration de programme;

• préparation des missions nécessaires à l'exécution des avant-projets et des projets, consultation des entreprises, préparations des marchés d'entreprises, coordination et direction des travaux;

• assistance aux maîtres d'ouvrage;

• conseil et expertise;

• enseignement.

( )

SECTION 2 - Devoirs envers les Clients

Article 11

Tout engagement professionnel de l'architecte doit faire l'objet d'une convention écrite préalable, définissant la nature et l'étendue de ses missions ou de ses interventions ainsi que les modalités de sa rémunération. Cette convention doit tenir compte des dispositions du présent code et contenir explicitement les règles fondamentales qui définissent les rapports entre l'architecte et son client ou employeur.

( )

La relation qui lie un architecte à son client doit être contractuelle, dans le respect du Code des Devoirs Professionnels. Ce contrat fera la loi des parties.

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Article 16

Le projet architectural mentionné à l'article 3 de la loi sur l'architecture relatif au recours obligatoire à l'architecte comporte au moins les documents graphiques et écrits définissant :

• l'insertion au site, au relief et l'adaptation au climat ;

• l'implantation du ou des bâtiments compte tenu de l'alignement, de la marge de recul, des prospects et des niveaux topographiques ;

• la composition du ou des bâtiments : plans de masse précisant la disposition relative des volumes ;

• l'organisation du ou des bâtiments: plans et coupes faisant apparaître leur distribution, leur fonction, leur utilisation, leurs formes et leurs dimensions ;

• l'expression des volumes: élévations intérieures et extérieures précisant les diverses formes des éléments et leur organisation d'ensemble ;

le choix des matériaux et des couleurs.

(

)

Voilà une description exhaustive de la production que doit un architecte, et qui doit s’imposer à tous. Comme nous l’avons dit précédemment, des missions complémentaires, telles que de conception technique, doivent être convenues explicitement par contrat, et elles doivent fixer les limites de leurs champs d’application.

CHAPITRE II - Règles particulières à chacun des modes d'exercice

SECTION 1 - Exercice libéral ou en société

Article 33

Les missions confiées à l'architecte doivent être accomplies par lui-même ou sous sa direction. L'architecte doit adapter le nombre et l'étendue des missions qu'il accepte à ses aptitudes, à ses connaissances, à ses possibilités d'intervention personnelle, aux moyens qu'il peut mettre en œuvre, ainsi qu'aux exigences particulières qu'impliquent l'importance et le lieu d'exécution de ces missions. Il doit recourir en cas de nécessité à des compétences extérieures.

( )

L’architecte peut sous-traiter certaines parties de sa mission. En toute logique juridique, il supportera la responsabilité de sa production, y compris la part sous-traitée.

Article 36

Lorsque l'architecte a la conviction que les disponibilités dont dispose son client sont manifestement insuffisantes pour les travaux projetés, il doit l'en informer. Outre des avis et des conseils, l'architecte doit fournir à son client les explications nécessaires à la compréhension et à l'appréciation des services qu'il lui rend. L'architecte doit rendre compte de l'exécution de sa mission à la demande de son client et lui fournir à sa demande les documents relatifs à cette mission. L'architecte doit s'abstenir de prendre toute décision ou de donner tous les ordres pouvant entraîner une dépense non prévue ou qui n'a pas été préalablement approuvée par le maître d'ouvrage.

( )

Voilà une clause bien étrange ! Un architecte, s’il en a la conviction, doit informer son client que ses moyens financiers sont insuffisants. Il est bien entendu qu’un architecte ne doit pas créer un projet dont l’ordre de grandeur ne correspondrait pas au budget que lui indique son client. Ce n’est pas ce qui est en cause ici, il s’agit d’une « conviction » sur l’importance du financement possible – et non pas celui annoncé – par le maître d’ouvrage !

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Cela pose 2 problèmes :

Comment diable un architecte pourrait-il faire pour avoir une « conviction » sur les moyens

financiers de son client ??? C’est évidemment impossible. Seuls les Services du Ministère des

Finances peuvent – peut-être - se faire une telle opinion, après une longue enquête et des moyens d’investigation qu’ils ont eux seuls. Cela n’est en rien du ressort des architectes !

De quel droit l’architecte ne se fierait-il pas au budget que lui décrète son client ?

Pour nous, il est bien évident que cette clause n’a pas à exister, elle est absurde. La décision du budget de la future construction est du ressort exclusif du maître d’ouvrage !

Article 39

Lorsque l'architecte dirige les travaux, il s'assure que ceux-ci sont conduits conformément aux plans et aux documents descriptifs qu'il a établi et aux moyens d'exécution qu'il a prescrits. Dans ce cas, il reçoit de l'entreprise les situations, mémoires et pièces justificatives de dépenses, les vérifies et les remet à son client en lui faisant, d'après l'état d'avancement des travaux et conformément aux conventions passées, des propositions de versement d'acomptes et de paiement du solde.

Nous l’avons vu, l’architecte ne dispose d’aucun des moyens donnés à un « directeur » pour se faire obéir. En outre, nous répétons qu’il est impossible à un architecte de « s’assurer » de la conformité des travaux. Il ne peut avoir qu’une opinion partielle sur certains travaux ; c’est tout. Les termes « dirige » et « il s’assure » sont donc à supprimer, y compris ceux qui sont du même ordre, tels que des « ordres » donnés aux entreprises : bien évidemment, il n’y a pas d’ « ordre » quand il n’y a pas de contrainte à obéir.

Article 40

Lorsque l'architecte assiste son client pour les réceptions des travaux, il vise les procès-verbaux dressés à cette occasion.

Nous notons que l’architecte vise seulement le procès-verbal de réception des travaux, ce qui ne veut pas dire qu’il garantit ainsi la qualité de l’ensemble de ces travaux.

( )

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!

LA!LOI!DU!4!MARS!2002!SUR!LES!DROITS!DES!PATIENTS!!

ET!LA!RESPONSABILIT É ! DES!M É DECINS !

!

Nous!citons ! :! !

!

La loi du 4 mars 2002

Malgré la circonspection de la jurisprudence civile par rapport à la jurisprudence administrative, médecins, établissements de santé et assureurs ont craint une remise en cause irréversible de leur célèbre obligation de moyens.

Une crise majeure est intervenue puisque dans cette crainte, les assureurs ont commencé à résilier les contrats d’assurance les liant aux médecins et les ont renégociés en y introduisant des primes très élevées. Les médecins ont alors protesté et affirmé qu’ils allaient se désengager en ne traitant que les cas sans risque.

C’est dans ces conditions et notamment pour régler ce conflit que le législateur est intervenu avec la loi du 4 mars 2002. Sans préciser plus avant, il s’agit seulement d’évoquer ici les principes fondamentaux de la loi relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé qui a réalisé une véritable réforme du droit de la responsabilité médicale. Elle a posé des principes de responsabilité médicale qui remettent en cause les jurisprudences administratives et civiles élaborées en cette matière.

1 er principe, l’article L 1142-I et II du Code de la santé publique, les professionnels de santé, les établissements, services ou organismes dans lesquels sont pratiqués des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables de leurs actes qu’en cas de faute. La loi exclut donc l’application des jurisprudences Bianchi ou Gomez. Pour pouvoir engager la responsabilité d’un professionnel de santé, il faut prouver l’existence d’une faute.

de santé, il faut prouver l’existence d’une faute . 2 e principe : Pour les établissements

2 e principe : Pour les établissements de santé (hôpitaux et cliniques), il existe une responsabilité e principe : Pour les établissements de santé (hôpitaux et cliniques), il existe une responsabilité sans faute en cas d’infections nosocomiales. Ils ne pourront se dégager qu’en prouvant l’existence d’une cause étrangère. Ainsi, sur ce point, la loi confirme les arrêts du 29 juin 1999, sauf qu’à présent, les établissements ne pourront s’exonérer de leur responsabilité que par la preuve d’une cause étrangère, et non plus par la preuve du respect des normes d’asepsie et d’hygiène. Mais une grande différence existe par rapport aux arrêts du 29 juin 1999 : les professionnels de santé libéraux ne sont plus concernés. Pour pouvoir engager leur responsabilité en cas d’infection nosocomiale, il faudra prouver l’existence d’une faute.

3 e principe : un cas de responsabilité sans faute des médecins et des établissements de santé est créé. C’est la responsabilité sans faute en cas de dommages causés par un produit de santé défectueux.

de dommages causés par un produit de santé défectueux. 4 e principe : pour les accidents

4 e principe : pour les accidents médicaux, les affections iatrogènes et les infections nosocomiales (celles pour lesquelles une cause étrangère a été prouvée), c’est la solidarité nationale qui permet d’indemniser les victimes.

nationale qui permet d’indemniser les victimes. Trois conditions doivent être remplies. * L’accident

Trois conditions doivent être remplies.

* L’accident médical, l’affection iatrogène ou l’infection nosocomiale doit être directement imputable à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins.

* L’évènement doit avoir pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé et de l’évolution prévisible de celui-ci.

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* L’évènement doit présenter un caractère de gravité. Il faut une incapacité permanente partielle (IPP) de plus de 24 %, selon le décret du 24 avril 2003.

Et aujourd’hui ?

Aujourd’hui, les cas de mise en jeu de la responsabilité médicale se multiplient, même si la loi du 4 mars 2002 a permis de limiter le nombre de procédures devant les tribunaux.

Alors que la jurisprudence antérieure avait mis en place un système d’indemnisation systématique des victimes par la création d’obligations de sécurité résultat, la loi du 4 mars 2002 a posé le principe fondamental de responsabilité du médecin ou de l’établissement de santé, uniquement en cas de faute. Certes la loi a maintenu l’existence d’une responsabilité sans faute, mais dans des cas extrêmement restreints : infections nosocomiales et produits de santé.

Beaucoup se sont plaints du fait que grand nombre de victimes se retrouvent désormais sans possibilité de voir indemniser leur préjudice. Cela dit, cette loi a aussi permis de limiter une dérive à l’américaine consistant à considérer que la médecine devait être dénuée de tout risque. Désormais, il faut considérer que le risque médical existe et doit être, en l’absence de faute du médecin ou de l’établissement de santé, supporté par le patient.

Claire Maignan Avocat, CJA Beucher-Debetz, Angers

En conclusion, Cette loi est très importante pour les architectes, qui exercent, comme les médecins, une profession libérale où plusieurs intervenants concourent à obtenir le même résultat.

Elle affirme plusieurs points qui peuvent s’appliquer à l’exercice de notre métier, ils sont toute notre revendication afin de respecter une équité constitutionnelle fondamentale envers les architectes :

Nous ne sommes responsables que de nos actes, pas de ceux des tiers,

Nous sommes présumés innocents, il faut prouver une faute pour nous demander réparation,

La notion de risque est une réalité, une construction est un prototype

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!

3 -

Projet de loi

LA!D É FINITION!DE!LA!MISSION!DES!ARCHITECTES !

 

Définition explicite et exhaustive de la mission des architectes

La mission de l’architecte doit avoir une définition explicite et exhaustive, qui servira de référence systématique pour connaître ses devoirs, obligations et ses responsabilités.

Bien sûr, des extensions de mission pourront être contractuellement convenues, elles devront alors figurer sans ambiguïté sur un contrat.

La définition de la mission de l’architecte que nous proposons mentionnera :

L’architecte n’est pas le mandataire de son client, maître d’ouvrage. Celui-ci est le seul décideur, au titre des relations contractuelles qu’il a conclues avec les intervenants dans l’opération.

L’architecte peut être chargé de différentes missions, comme la conception architecturale du projet, l’établissement des marchés de travaux, le suivi du chantier et la réception des ouvrages.

L’architecte n’encourt de responsabilité que pour les missions qui lui ont été commandées et qu’il a effectivement réalisées, nonobstant sa responsabilité éventuelle de manque de réalisation des missions définies dans son contrat.

L’architecte dispense des conseils au maître d’ouvrage. Il n’a pas le statut de constructeur. Ces conseils visent à réaliser une opération de construction qui respectera le projet architectural, ils ne peuvent pas prévaloir les conseils, études ou les travaux des techniciens (bureaux d’études et entreprises), chacun dans leur domaine.

La conception architecturale n’est pas une conception technique détaillée.

L’établissement des marchés de travaux à conclure entre le maître d’ouvrage et les entreprises, est un cadre technique et juridique qui ne décharge pas les intervenants de leur responsabilité dans leurs productions respectives.

L’architecte n’est pas en mesure de diriger le chantier. Sa mission consiste en un suivi de chantier, où ses actions visent à une meilleure réalisation en termes de qualité de construction, de délai, de prix. Il n’a pas à ce titre à supporter une part de responsabilité dans des productions qu’il ne peut ni maîtriser ni contrôler.

L’architecte peut interrompre sa mission s’il estime que ses préconisations ne sont pas suivies par son client.

La responsabilité de l’architecte ne peut être retenue qu’en cas de faute démontrée de sa part. La nature de sa mission de profession libérale étant fondamentalement différente de celle d’une entreprise qui s’engage sur la bonne réalisation de travaux, l’architecte ne peut être condamné, même in solidum, pour une faute d’une entreprise ou d’un bureau d’études qui n’est pas son sous-traitant.

Les droits du maître d’ouvrage

Ces droits ne sont en rien amputés par cette définition de la mission d’architecte. Le maître d’ouvrage peut désigner un professionnel, dument assuré, en face de chaque tâche dont la mauvaise exécution a pu lui provoquer un dommage. L’intervention de l’architecte pourra, justement, alerter le maître d’ouvrage sur les précautions qu’il devra prendre dans les différents « marchés de travaux » qu’il contractera, telles que la vérification des assurances des différents intervenants et de leurs rôles – et donc de leurs responsabilités – respectives.

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Il s’agit bien évidemment, de ne plus désigner de façon artificielle et profondément injuste, un bouc émissaire facile, et ainsi d’éviter de rechercher réellement le responsable du désordre.