Entrepreneurs : le gouvernement expérimente l’euthanasie - IREF Europe

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par Lucas Léger le 4 juillet 2013

Entrepreneurs : le gouvernement expérimente l’euthanasie
Le gouvernement achève les entrepreneurs, déjà mal en point : donc les cerveaux et les brevets filent à l’étranger et les emplois ne se créent pas en France. L’étude de Lucas Léger, chercheur à l’IREF, décrit la « destruction destructrice » (pour paraphraser Schumpeter) à laquelle se livre la classe politique, qui n’a d’yeux que pour l’entreprise publique.
Les récentes décisions abracadabrantesques du gouvernement sur le statut de l’autoentrepreneur, visant à réduire ce cadre législatif à peau de chagrin, est un nouveau signe que nos hommes politiques ne se placent pas du côté des créateurs de richesses, les entrepreneurs. L’appétit pantagruélique de nos élites pour la bureaucratie et la réglementation mine le peu d’initiatives privées qu’il nous reste, et, à ce train, nous verrons bientôt le retour du plan quinquennal et la main mise de l’État sur des pans entiers de l’activité économique. Et si Schumpeter avait eu raison ? Si la fin programmée de l’entreprenariat et du capitalisme en France était devenue une réalité ? Deux forces sont à l’œuvre ces dernières années : 1) l’exportation du savoir et l’idée que l’innovation viendrait de l’initiative publique 2) les postures dogmatiques de nos dirigeants, cherchant à maximiser leurs intérêts et les faveurs de leur électorat, vont à l’encontre de la croissance et de l’emploi. L’exportation des savoirs Aujourd’hui certaines agences publiques s’interrogent sur la capacité à long terme de la France à retenir ses cerveaux, formés à grands frais par l’Éducation Nationale. Dans une étude réalisée par France Brevets et l’école des Mines-Paris Tech, on observe une déperdition des brevets français vers l’étranger dans le secteur des télécoms (cf. graphique 1). Il devient plus intéressant pour les entreprises innovantes de ce secteur de vendre ses brevets aux Américains ou aux Japonais que de les exploiter en France. Cela contribue un peu plus au délitement du tissu industriel français et à la compétitivité du pays ; l’innovation s’exporte et rien n’est fait pour la retenir, bien au contraire. La France n’a pas besoin d’une énième BPI mais d’un système fiscal cohérent et incitatif pour ceux qui sont prêt à prendre des risques et à investir.

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Ajoutons à cette tendance préoccupante une décélération de l’investissement en Recherche et Développement (R&D). Dans le tableau ci-dessous on voit le manque d’investissement privé par rapport à nos concurrents américains et japonais. Nos entreprises ne dépensent pas assez en recherche : 1,1 % du PIB contre 1,7 % aux États-Unis ou 2,5 % au Japon. Tableau 1. Comparatif des dépenses en R&D en 2010
Économies États-Unis Europe France Japon

Économie de la connaissance (en % du PIB) Dépenses consacrées à la R&D Dépenses consacrées à l’enseignement supérieur Dépenses consacrées aux logiciels Taux d’investissement dans le savoir 2.7 2.4 1.5 6.6 2.0 0.8 0.8 3.6 2.2 1.0 1.2 4.4 3.3 0.8 1.2 5.3

Recherche & &Développement Dépenses totales de R&D dans le secteur des entreprises (en % du PIB) Part des services dans la R&D 1.7 36.3 0.9 15.3 1.1 9.8 2.5 9.3

Source : Think Tank Innovation France Sans oublier ces dizaines de milliers d’étudiants, qui, chaque année, décident de partir débuter leur carrière à l’étranger pour fuir un climat de plus en plus délétère. Loin de s’améliorer, l’horizon s’obscurcit pour notre économie si ces tendances se confirment, voire s’accélèrent.
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La destruction destructrice à l’œuvre

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s’accélèrent. La destruction destructrice à l’œuvre Mais c’est aussi la main mise de l’État sur les capacités de production qui devrait nous alerter. Le RECME (Répertoire des entreprises contrôlées majoritairement par l’État) recense ainsi près de 1 500 sociétés contrôlées directement par l’État – une progression de 270 unités entre fin 2010 et fin 2011. Quant au secteur privé, il se réduit à grande vitesse. Il devient de plus en plus difficile en France de faire des profits et de maintenir une entreprise en bonne santé. La France ne tient pas la comparaison avec l’Allemagne, ni même avec le Royaume-Uni : avec un taux de faillite deux fois plus élevé que dans ces deux pays (cf. graphique 2).

De la même façon, les entreprises nouvellement créées sont à l’origine de beaucoup moins d’emplois en France qu’en Allemagne. Nous avons repris ici une étude conduite par l’Irdeme (Institut de recherche pour la démographie des entreprises). Une nouvelle entreprise en France crée en moyenne 2,8 emplois, contre 4,4 en Allemagne (cf. tableau 2). Tableau 2. Nombres de salariés créés et nouvelles entreprises créées en 2008
Nb de salariés Pays Firmes créées Salariés créés Fr. 23125 23125 1 All. 25903 25903 Fr. 10800 28200 2-4 All. 28444 72844 Fr. 4029 26661 5-9 All. 8444 53408 Fr. 3271 36962 10+ All. 6253 151395 Fr. 41225 114948 Total All. 69044 303550

Source : Irdeme
3 sur 4 06/07/2013 11:20 Tout indique que le secteur marchand est laminé par le poids de l’État et de la bureaucratie

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Source : Irdeme Tout indique que le secteur marchand est laminé par le poids de l’État et de la bureaucratie en France. Il y a aujourd’hui un peu plus de 16 millions de salariés en France, ces chiffres sont accablants au regard de la population totale. L’économiste autrichien Joseph Schumpeter prédisait la décomposition du système capitaliste de façon endogène par l’installation d’un certain corporatisme (nous dirions capitalisme de connivence aujourd’hui). En analysant la situation française on pourrait dire qu’il avait vu juste. Mais il a probablement oublié dans son remarquable raisonnement une variable bien plus destructrice qu’une concentration des moyens de production dans les mains des capitalistes et l’émergence d’une classe intellectuelle méfiante à l’égard du capitalisme : celle d’une classe politique toujours plus dogmatique, en dehors des réalités économiques, prête à toutes les folies pour satisfaire une minorité. La destruction destructrice est en marche.

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