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Septembre 2003 1. Introduction Procès d’indexicalisation dans le parler bilingue franco-arabe algérien Par Ouahida

Septembre 2003

1. Introduction

Procès d’indexicalisation dans le parler bilingue franco-arabe algérien Par Ouahida Babassi Université de Paris III, France

Dans les interactions verbales quotidiennes, les locuteurs nous renseignent sur leur identité socioculturelle, et (re)produisent « hic et nunc » les valeurs, les normes sociales etc. propre à leur contexte d’origine. Autrement dit, les valeurs socioculturel- les des pratiques langagières et d’autres significations sont perceptibles dans le pro- cès d’indexicalistaion. Nous entendons par indexicalisation, le recours des locuteurs à des marques linguistiques qui peuvent être considérés comme des indices d’un pro- cès de (re)construction de l’identité et/ou du sens social.

L’objet de cette communication consiste à attirer l’attention sur l’indexicalité des alternances codiques et des emprunts et leur rôle dans la production du sens social (Lüdi, 1990) chez des bilingues franco-arabes algériens.

Si l’on accepte la thèse de sociologues comme (Berger et Luckmann, 1966) et ethnométhodologues comme (Garfinkel, 1967) selon laquelle la réalité sociale est construite et que le choix des moyens langagiers employés par les interlocuteurs contribue par son caractère d’indexicalisation 1 à cette construction de la réalité et à la production du sens social dans l’interaction, les alternances codiques et les emprunts utilisés par les locuteurs algériens dans les conversations quotidiennes, constituent des indices d’un processus de (re)construction de l’identité (cf. Lüdi et Py, 1995) et de la réalité so- ciale telles qu’elles sont perçues et vécues par les locuteurs eux mêmes.

Au cours de ma recherche, j’ai choisi de soulever la question de l’indexicalité du parler bilingue algérien par des interrogations sur la place et le rôle des alternances codiques et des emprunts en tant que « code » élaboré par les locuteurs algériens dans un contexte social particulier.

D’un point de vue pragmatique, ce code peut être problématisé par l’étude des symboles indexicaux comme les pronoms toniques, les déictiques et les expressions qui le caractérisent.

Pour envisager l’indexicalité des alternances codiques et des emprunts par rap- port à leur contexte de profération, j’ai constitué un corpus à partir d’entretiens semi-

directifs réalisés avec quatre informateurs bilingues algériens vivant à Paris 2 et ayant

(L2) le français

pour langue première (L1) l’arabe algérien et pour langue seconde acquis dès l’âge de huit ans.

Le modèle variationniste proposé par Poplack (1988) nous a permis d’établir une grille des formes syntaxiques des alternances codiques et des emprunts figurant dans le discours bilingue des entretiens et indexicalisés dans le contexte d e l’échange (l’entretien).

Nous en distinguons deux niveaux : le niveau phrastique ou l’alternance durable et le niveau lexicale ou l’alternance courte.

1 Le concept d’indexicalité (repris aux linguistes et aux philosophes) est associé aux travaux sur l’ethnométhodologie (cf. Garfinkel, 1967) qui conçoit le sens comme étant systèmatique- ment lié à un événement social. 2 Les quatre informateurs sont arrivé en France entre 1991 et 1997.

L’alternance durable concerne les longues séquences bilingues français-arabes figu- rant dans les entretiens. Il s’agit des alternances inter-intra et extra-phrastiques comme [weli-na (nous sommes devenu) des amis], [Hna (nous) on est pas prêt pour ça], [il s’est marié [hnaya] (ici)] et [ma-ÇaZbetni-∫ (ne m’a pas plu) la mentalité]

L’alternance courte concerne les séquences ou les locuteurs emploient des em -

prunts et/ou des expressions

et/ou des expressions arabes dans un discours français. J’en distingue deux catégo-

ries :

- Les verbes français et les unités lexicales adaptés aux normes grammaticales arabes et intégrés phonologiquement dans le parler bilingue algérien comme [maTla] (matelas) et [y-rUli] (il roule) ;

- Les remplisseurs (les tags) selon Poplack (1988) qui sont soit des expressions arabes introduites dans un discours français comme [∫RUl] (comme si), [hak- dak] (comme ça), soit des expressions françaises adaptées phonologiquement à l’arabe et utilisées dans un discours arabe comme [sTadir] (c’est-à-dire).

En ce qui concerne l’alternance durable, dans cette communication, je me propose de traiter les pronoms toniques [Hna] 1 (nous) et [ana] (moi), les déictiques [hnaya] (ici), [temmak] (là-bas), [lteHta] (en bas) et [lfUQ] (en haut). L’alternance courte, est traitée par l’analyse de deux verbes français (rouler) et (mutiler) et deux expres- sions arabes [∫RUl] (comme si) et [hakdak] (comme ça).

Pour ce faire, dans un premier temps nous donnerons quelques indications sur le cadre théorique adopté dans l’étude linguistique et pragmatique du corpus. Ensuite, nous nous intéresserons, du point de vue pragmatique, à l’analyse de quelques exemples d’alternances codiques et d’emprunts utilisés par les informateurs lors de s entretiens afin de conclure par quelques réflexions sur le procès d’indexicalisation dans les parlers bilingues.

1.1. Quelques préalables théoriques :

dans le

parler bilingue franco-arabe algérien, et par conséquent, la fonction pragmatique d e

l’indexicalité, nous nous sommes

nelles (cf. Mondada, 1995 et Lüdi, 1990), et de l’analyse syntaxiques des alternances codiques et des emprunts (cf. Poplack, 1988 et 1995).

1.2. L’entrée linguistique et les considérations ethonméthodologiques

Les participants à l’étude que nous avons mené ont acquis la langue française dès l’âge de huit ans, ils utilisent alternativement dans leurs communications quoti- diennes, un « parler bilingue » français/arabe. Par conséquent, nous avons situé leurs productions langagières dans la perspective communicative du parler bilingue tel qu’il a été dénommé par Lüdi et Py (1986), c’est-à-dire une « activité communicative » qui se caractérise par la présence des « marques transcodiques (code-switching, cal- ques, etc.) » et de « changement de langues », (cf. De Pietro, 1988).

inspiré de la linguistique des pratiques interaction-

du français dans un discours arabe ou des emprunts

Afin d’étudier la manière

dont se manifeste

le procès d’indexicalisation

Cette perspective propose que le mélange de langues chez les bilingues se fait sur la base d’un « choix délibéré » puisque les interlocuteurs considèrent que le contexte de l’échange est approprié pour l’usage des deux idiomes.

Comme nous l’avons signalé dans l’introduction, nous considérons les alternan- ces codiques et les emprunts dans le parler bilingue franco-arabe algérien, comme étant un « code » qui s’organise et s’accomplit méthodiquement 2 par les locuteurs algé- riens. L’idée de « méthode » renvoie au fait que les acteurs sociaux utilisent des pro- cédures pour accomplir leurs activités sociales ordinaires. Ces procédures garantissent le caractère ordonné, intelligible et sensé des activités sociales (cf. Mondada, 1995).

1 Voir les Conventions de transcription en fin de document (Note de l’éditeur). 2 Garfinkel (1967, ch. vii) : « Ethnomethodological studies analyze every day activities as mem- bers’methods for making those same activities visibly-rational-and-reportable-for all-practical- purpose, i.e « accountable », as organizations of common place everyday activities ».

Cette idée inspirée par le courant ethnomethodologique (cf. Garfinkel, 1967) et l a sociologie (cf. Berger et Luckmann, 1966), nous permet de penser les alternances et les emprunts dans le parler bilingue algérien, comme étant une procédure utilisée par les locuteurs algériens - d’une façon mutuellement reconnaissable 1 - pour décrire, expliquer, justifier et interpréter leur contexte social d’origine et leurs expériences vécues.

L’indexicalité (en tant qu’élément constitutif du langage et des descriptions du

monde produit par les locuteurs) est étroitement lié à la réflexivité (notion qui impli- que que le constituant d’une structure et la structure entière, se produisent récipro- quement) ; les deux concepts sont considérés comme deux structures essentielles dans l’interaction puisqu’ils conditionnent, pour les participants, les trois éléments

c’est-à-dire, l’émergence même d e

l’interaction, son déroulement et sa réalisation (cf. Flader et Von Trotha, 1992).

indispensables à

la construction du sens social

1.3. L’étude morpho-syntaxique

du

parler bilingue arabe-français, nous n’aborderons pas dans les détails l’ensemble d e

nos analyses et observations concernant les structures morphosyntaxiques

nances codiques et des emprunts relevés dans le corpus. Néanmoins, nous rappelons brièvement quelques points concernant l’analyse variationniste selon Poplack (1988 et 1995).

des alter-

L’objet de cette communication n’étant pas orienté vers l’aspect grammatical

L’approche structurale qui vise à établir des typologies

des

marques

transcodi-

ques et à décrire leurs fonctions pose que les alternances n’apparaissent

pas aléa-

toirement mais suivent des normes grammaticales propres au parler bilingue (cf. Po- plack, 1995).

En effet, à partir de son étude sur le comportement bilingue des Portoricains vi- vant à New York (1980), Poplack, propose un modèle selon lequel, dans une phrase composée d’éléments appartenant à deux langues typologiquement différentes, l’alternance codique peut se produire entre deux éléments pourvu qu’ils soient or- donnés selon les règles de leurs grammaires respectives. En ce qui concerne l’emprunt Polplack le considère comme étant un processus productif : l’emprunt s’intègre morphologiquement, syntaxiquement et phonologiquement dans la langue réceptrice, il occupe la même position syntaxique et porte les mêmes flexions mor- phologiques que son équivalent dans cette langue.

dans le parler bilingue algérien nous

sommes partie des descriptions morphosyntaxiques des alternances codiques et d e s

pragmati-

emprunts relevés dans le corpus pour rendre compte de leurs fonctions ques.

Pour expliquer le procès d’indexicalisation

1.4. L’entrée pragmatique

Dans les parlers bilingues, les marques transcodiques sont (d’une manière em- blèmatique) des moyens pragmatiques qui gèrent l’interaction entre les locuteurs bilingues (cf. Lüdi, 1997).

Aussi, d’un point de vue pragmatique, l’étude du parler bilingue peut être appré- hendée par l’analyse des symboles indexicaux ou embrayeurs (cf. Lüdi, 1995), c’est- à-dire les termes comme « je » et « ici » dont le sens varie selon les circonstances d e leur usage. Ces circonstances sont du type existentiel ou référentiel tels que les in- terlocuteurs et les dimensions spatiau-temporelles.

de la référence c’est-à-dire,

le rapport entre le langage et ce que le langage désigne dans l’emploi (cf. Moeschler & Reboul, 1994). Autrement dit, leur sens doit être relativisé au contexte.

En pragmatique, les indexicaux posent le problème

1 Garfinkel, (1967) : « When I speak of accountable my interests are directed to such matters as the following. I mean observable-and-reportable, i.e. available to members as situated practices of loo- king-and-telling ».

Nous avons donc considéré les formes des alternances codiques et des emprunts uti-

lisées par les locuteurs algériens pour construire l’identité et le sens social, comme

rétrospecti-

des marques discursives qui prennent leur sens et sont compréhensibles,

vement et selon leur utilisation, de façon contextuelle et ad hoc (cf. Mondada, 1995).

2. Analyse des données

2.1. Le corpus

Le corpus a été constitué à partir des transcriptions d’entretiens semi-directifs ré- alisés sur une période de trois mois (Décembre 1997-Fevrier 1998) avec quatre in- formateurs algériens bilingues (une femme et trois hommes) résidant à Paris. L a durée des entretiens varie entre une heure quartantes minutes et une heure selon l a disponibilité des informateurs et les interactions dans les entretiens sont construites sur deux tours de paroles entre l’enquêteur et l’enquêté.

informateurs (Karim, Samir, Ali et Nadia) ont été scolarisés dans d e s

établissements bilingues à Alger avant la généralisation de l’enseignement de la lan- gue arabe classique.

Le parler bilingue que nous nous sommes proposée d’étudier est un vernaculaire faisant partie de l’arabe algérien, c’est-à-dire il est aussi pratiqué par des locuteurs non scolarisés.

Dans notre corpus nous avons relevé plusieurs fonctions pragmatiques des alter- nances codiques et des emprunts dans les discours de nos informateurs. Comme nous l’avons signalé dans l’introduction, nous nous proposons d’analyser quelques exemples des fonctions relevées dans l’alternance durable et l’alternance courte.

2.2. L’alternance durable

Dans l’alternance durable relative aux longues séquences bilingues des entre- tiens, les pronoms toniques comme [ana] (moi) et les déictiques comme [hnaya] (ici), concerne les énoncés portant sur l’évocation du vécu personnel (événement passé par exemple) et de l’identité du locuteur.

- Les pronoms

Exemple Nadia (Tour de parole 20) […] [kanU (ils étaient) en quatrième année U Hna kUna (et nous on était) en deuxième année] + [ÇrefnahUm (on les a connu) en première année] + [welina (on est devenu) des amis] + euh ben + [ki y kUnu (quand il y a) des excursions nrUhU kifkif (on y va ensemble) + nefeTrU kifkif (on déjeune ensemble) + neXerZu kif-kif (on sort ensemble)] ++ […] [rUHna l- Talaguilef (on est parti à Talaguilef) + ça c’est bien passé] ++ euh bon + [anaya ma∫i hUl be- zef taÇ excursion (moi je ne suis pas branchée fête)] (rires) ++

Commentaire Le récit de l’informatrice Nadia le verbe [kan] se réfère au temps, syntaxique- mant il fonctionne comme un verbe intransitif qui constitue une proposition complète avec son propre sujet, ici la troisième personne du pluriel « ils » marqué en arabe par [U]. Si on se réfère à la tradition grammaticale arabe, [kan] comme verbe lexical sert à prédire l’existence d’un élément, ici l’objet « excursions ». Les pronoms toniques arabes [Hna] (nous) et [anaya] (moi) sont utilisés à la place des pronoms français (nous et moi) comme marqueur de subjectivité et d’autoréférence à la locutrice [anaya] (moi) et au groupe/réseau amical [Hna] (nous) dans le contexte d’origine.

- Les déictiques

Exemple Samir (tour de parole 53) [j’avais un restaurant [ltahta ++ U lofQ] (en bas et en haut) un ptit studio ++ il y avait un allemand que j’ai connu [ltema] (là-bas)] Karim (tour de parole 8)

Les quatre

[ j’ai été à Boumerdes ltahta (en bas)] + [tema ( là-bas) ça m’a pas plu] + parce que ç a

fait euh + j’ai été bien avant le bac euh j’ai été le mois d’Avril + mai + par là + [∫et lHaTa

ÇaZbet-ni-∫] + (j’ai vu l’ambiance là-

tema j’ai dis aweh ma-n-enZem∫ neQra hna euh ma-

bas + j’ai dis ah non je ne peux pas étudier ici euh ça ne m’a pas plu)

Commentaire Dans ces deux exemples les alternances portant sur les déictiques [ltaHta] (en bas) [lfUk] (en haut), [hnaya] (ici) et [tema] (là-bas) expriment les repères spatiaux du contexte désigné par les informateurs par rapport à leur vécu. Le choix d’utiliser des déictiques arabes à la place des déictiques français s’explique par le fait que les locuteurs évoquent des situations passées, relatives au pays d’origine.

2.3. L’alternance courte

Ce type d’alternance concerne les segments bilingues portant sur des emprunts (verbes ou unité lexicale) et expressions (tags) arabes dans un discours français. Les informateurs ont recours à ces marques au moment où ils évoquent leur identité so- cioculturelle individuellement, c’est-à-dire le locuteur lui même, ou collectivement c’est-à-dire en évoquant la société algérienne dans son ensemble.

- Les verbes

Exemple Samir (1) [kan] (il était) parmi [lgroupe hadaUk liZaw y-mutiliw f-enes] (qui est venu mutiler les gens) (2) [ki-dXel lzayer U kda U yrUli + meskin mÇa familtU] (quand il est rentré en Algérie etc. et il roulait il était avec sa famille)

Commentaire Les verbes français (mutiler) et (rouler), ont été adaptés aux normes grammati- cales arabes et intégrés dans la structure du système syntaxique et phonologique d e l’arabe algérien. Cette « arabisation du français » par les locuteurs algériens (cf. Cau- bet, 1996), indexe les énoncés bilingues (1) et (2) dans leur contexte origine de leur emploi.

Le verbe (mutiler) récemment intégré réfère à la crise civile actuelle et le verbe

Samir évo-

(rouler) conjugué à l’imparfait réfère à un événement que un attentat contre une famille d’immigrés.

- Les expressions

particulier puisque

Exemples Samir [ on peut pas vivre + [tsema ∫RUl] (c’est-à-dire comme si) stagné tout le temps [hakdek] (comme ça)]

Karim [pour les jeunes à l’époque t-neH-i-lhUm (tu les prives de) l’étranger ∫RUl (c’est comme si) je ne sais pas]

Commentaire Dans l’alternance courte, les (tags) selon l’expression de Poplack (1988) assurent

une fonction discursive ; ce sont des indices de l’identité socioculturelle du locuteur.

par

les informateurs dans un discours dominé par le français, servent à créer une conni- vence sociale avec l’interlocuteur partageant les mêmes présupposés sociaux.

Elles indexent l’énoncé proféré dans un contexte Parisien, dans le contexte al- gérois. Aussi, l’expression [hakdak] (comme ça) dans l’exemple (1) réfère à une si- tuation sociale particulière partagée par l’enquêteur.

De même, dans l’exemple (2), [∫RUl] (comme si) indexe l’information (tu les pri- ves de l’étranger) dans une époque précise, connue par l’enquêteur.

dans les entretiens réalisés pour cette étude, les expressions arabes employées

3. Conclusion

Considérés comme des marqueurs discursifs, les alternances codiques et les em - prunts dans le parler bilingue franco-arabe algérien, constituent pour le locuteurs al- gérien un « code » qui gère la circulation du sens social.

les alternances codiques et emprunts utilisés

dans ce « code » peuvent être considérées comme étant un procès d’indexicalisation,

Dans la relation

interactionnelle,

elles ont pour objectif, la (re)construction d’événements vécus par ces bilingues dans leur société d’origine, dans un autre contexte spatio-temporel. Autrement dit, l’utilisation de ce code indique que le locuteur se situe, malgré la distance géographi- que et temporelle, dans le contexte d’origine.

Aussi, dans les exemples

analysés,

les informateurs,

engagés

dans

les entre-

tiens, construisent des énoncés adaptés

au

contexte

d’origine

et

ajustés

à

l’interlocuteur (l’enquêteur partageant les mêmes présupposés socioculturels).

En effet, le recours à ces deux marques transcodiques est perceptible dans l’usage des symboles indexicaux par les locuteurs, il sert à marquer une double in- dexicalisation : le contexte parisien où les entretiens ont été réalisés et le contexte algérien évoqué dans les entretiens.

On peut donc conclure que le procès d’indexicalisation du parler bilingue algérien et, par conséquent, la (re)contextualisation des événements passés et leur interpré- tation/compréhension dans l’interaction, rend possible la (re)construction de l’identité du sujet parlant et la production du sens social propre au contexte d’origine.

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in

Notation des sons de l’arabe

H

: fricative-vélaire-pharygale.

Ç

: constrictive-laryngale-sonore.

R

: fricative-vélaire-sonore.

X

: spirante-vélaire-sourde.

Ú

: ch.

Z

: affriquée-prépalatable-sonore.

Q

: vélaire-occlusive.

w

: oi

+

: pause courte

++

: pause moyenne

+++

: pause longue

: