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Sabri HAMITI: Les écoles littéraires albanaises

A. LES ECOLES

La littérature albanaise a formé, cinq siècles durant, son identité artistique et elle a également
consolidé ses constantes et ses transformations. Cependant, au fil des âges, ses caractéristiques
structurales ont changé aussi bien sur le plan intérieur qu’au niveau de ses rapports avec les
contextes extra littéraires.
Les écoles (préceptes et doctrines) littéraires sont des manifestations structurales et conceptuelles
de cette littérature, qui deviennent signes dominants des grands auteurs à l’écriture de leurs
ouvrages et aussi une conscience littéraire.
Ces écoles sont basées sur quelques particularités et qualités du texte littéraire telles que:
1. La structure des discours littéraires, les codes thématiques, les formes littéraires, la fonction, le
statut du texte littéraire ;
2. Les grands auteurs et leurs œuvres importantes munies de caractéristiques d’une école ;
3. Les auteurs qui, au niveau théorique, arrivent à légitimer les caractéristiques de l’école , et
4. La ou les figures rhétoriques et poétiques qui qualifient un type d’écriture qui peut devenir son
emblème.
Suivant ses recherches, les textes de la littérature albanaise, depuis ses débuts à nos jours, on
peut en citer les écoles littéraires suivantes:

1. L’école philobiblique ;
2. L’école romantique ;
3. L’école critique ;
4. L’école moderne ;
5. L’école du réalisme socialiste ;
6. L’école de la dissidence et
7. L’école moderne (Kosovë)

Nous allons présenter par la suite leurs principales caractéristiques.

1. L’école philobiblique

Pour cette école, le texte littéraire albanais n’est en fait qu’un hypertexte biblique, qui est
universel, d’où sa dénomination philobiblique. Par la suite, les textes littéraires sont incorporés
dans les livres doctrinaires chrétiens pour présenter ainsi la doctrine sous une forme différente.
L’auteur est marqué, mais son statut est changé de celui de traducteur vers celui de créateur.
Le discours est composé selon le modèle de la rhétorique et de la moralité biblique chrétienne.
En même temps, les sujets dominants sont de nature biblique (L’Ancien Testament et le
Nouveau Testament). Les figures, les personnages ainsi que les figures poétiques sont également
de base biblique. Les formes littéraires se présentent en vers, sous forme de poésie appliquée et
occasionnelle, alors qu’en prose elles sont d’un caractère didactique et moral.
La part de l’auteur est ici originale et n’est en fait qu’une explosion du système telle la révolte
extérieure de l’auteur qui est une opposition à la domination étrangère dans le monde albanais.
Quelques intercalations rares des sujets albanais sont aussi originaux telle la topique et la figure
du texte qui sont forcément conditionnées par l’expression albanaise et de sa moralité. Ici fait
partie aussi la forme du vers, quand il est octosyllabique trochaïque qui domine le vers albanais.

Les plus grands auteurs de cette école sont:

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Pjetër Budi (1566-1622), qui dans son ouvrage , La Doctrine Chrétienne (1618) (Doktrina e
Krishterë) a composé plus de trois milles vers octosyllabiques regroupés en quatrains, avec des
sujets et des figures bibliques, voire des sujets albanais, avec un albanais autodidacte.
L’octosyllabe et le quatrain deviennent la norme d’écriture pour Budi, excepté un cas où cet
octosyllabe semble être dédoublé.

Pjetër Bogdani (1630-1689) dans son ouvrage Cuneus Prophetarum (1685), (Çeta e Profetëve)
intercale les Chants des Sibylles (Kangët e Sibilave) paiens qui prévoient l’arrivée du Christ (donc,
la poésie est au service de la doctrine chrétienne) pour former ainsi le vers cultivé littéraire, de
onze syllabes et la forme de la stance avec un schéma régulier de rimes. Bogdani albanaise les
sibylles au moyen de la nomination et les figures poétiques par l’intermédiaire de la topique et la
figure idiomatique albanaise. Il y a aussi dans son œuvre une poésie purement cosmogonique, La
Création de l’Univers (Krijimi i rruzullimit) qui est d’une valeur anthologique.

Jul Variboba (1724-1788) a rédigé le premier ouvrage purement littéraire: La vie de la Sainte
Vierge Marie (1762) (Gjella e Shën Mërisê Virgjër) qui est un recueil de poésie. Bien que le fond
de cet ouvrage soit composé de deux poèmes sur la Sainte Marie et le Saint Bambin (le Christ),
on y trouve aussi des poésies sur la tradition et les fêtes des Arbëreshë. La révolte et l’originalité
de Variboba vont si loin jusqu’à considérer Marie comme une femme (mère) arbëreshë, tandis
que son vers est formé par des variations du vers libre arbëresh jusqu’au vers cultivé et mesuré
d’une rime intérieure.

Le codificateur théorique de l’école philobiblique est Pjetër Bogdani. Dans son traité
philosophique et théologique Cuneus Prophetarum élève une rhétorique et même une poétique
qui s’appuient sur les auteurs classiques antiques, mais elle est imprégnée des exégètes chrétiens.
Pour la première fois chez cet auteur, est manifestée la théorie sur la figure, la parole figurée et le
discours biblique en albanais.

La figure représentative et la clé interprétative de cette école est l’allégorie.

2. L’école romantique

La littérature romantique albanaise est liée entièrement à la Renaissance Albanaise en tant que
mouvement culturel pour former la nation. C’est pourquoi, son discours littéraire est composé
aussi sur deux niveaux: l’un personnel et l’autre collectif. Ainsi, le discours doit beaucoup au but
et à la fonction du texte.
Les écrivains romantiques voient la religion comme un esprit personnel, mais pas les formes
bibliques comme un modèle stylistique ou une avant base thématique. Pour l’école romantique,
la thématique collective nationale se découvre petit à petit en allant dans l’histoire pour
découvrir le héros national- Skenderbeg. Parallèlement se développent les thématiques
individuelles presque’ au niveau de l’enthousiasme afin de découvrir la subjectivité. Sur les deux
grandes ramifications thématiques est consolidé le code de la littérature orale au niveau de
figures, de thèmes et de discours.
Les formes dominantes littéraires sont le lyrisme très personnalisé, le poème avec des prétentions
synthétisées et le poème d’une puissance narrative d’un argument héroïque dans le but de devenir
une épopée nationale.
Pour cette école littéraire le texte prend un caractère glorificateur aussi bien pour les
jaillissements personnels que pour les grands rêves nationaux.

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Les grands auteurs de l’école romantique sont:

Jeronim De Rada (1814-1903), contemporain de grands romantiques européens, connu par ses
œuvres de différents genres, dont le brillant poème lyrique Milosao (1836) mais aussi celui
épique, Skenderbeg le malchanceux (1872-1884) (Skenderbeu i pafan). Emerveillé des chants
arbëreshë, il a formé dans Milosao un nouveau style avec de jolies et étonnantes figures et un
vers libre, alors que dans le poème sur Skenderbeg il applique un discours plus attachant pour
former ainsi des vues fascinantes de la nature et de la vie de l’être humain. De Rada a introduit
pour toujours le sujet du héros national dans la littérature albanaise et le modèle sublime de la
littérature qui a été appliqué plus tard par les autres auteurs.

Zef Serembe (1843- 1901) est le plus grand poète lyrique albanais qui fuit le modèle dominant du
romantisme albanais pour créer un lyrisme brillant dominé par l’amertume. Son lyrisme parfait
par sa forme exprime le mal du siècle et ses passions pour une flânerie sans fin pour en rester
inconsolé. Serembe est un romantique occidental avec des caprices subjectifs.

Naim Frashëri (1846-1900) est pareillement important comme apôtre de la nation, que comme
un poète qui a formé la langue littéraire albanaise. Il a élevé l’hymne du pays avec son œuvre La
vie pastorale (1886), (Bagëti e Bujqësi) l’hymne sur l’amour avec son poème La Beauté (1890)
(Bukuria), et l’hymne sur le héros national avec son poème épique Skenderbeu (1898). Malgré ses
amours pour les grandes formes épiques, Naimi reste lyrique, tandis que son texte est chargé de
leçons morales, religieuses et nationales ayant pour motif l’éducation.

Le codificateur théorique de l’école romantique albanaise est Jeronim De Rada avec ses Principes
esthétiques (1761), où le savoir classique se croise avec son expérience personnelle pour former
ainsi la fascination avec la poésie. Par contre, le codificateur idéologique national de cette école
est Sami Frashëri avec son œuvre, L’Albanie: qu’à -t-elle été, qu’est-elle et que deviendra-t-elle ?
(1899), dans laquelle il sublime les rêves de la réalité romantique pour sa nation et son pays.

Les figures dominantes de l’école romantique albanaise sont l’ épithète et la comparaison.

3. L’école critique

La caractéristique fondamentale de cette école est le passage du modèle glorificateur de l’écriture


et de la culture, au modèle critique. C’est là que commence la manifestation des différents styles
individuels et de différents discours. Le langage poétique et la versification sont perfectionnés
tandis que la culture littéraire d’écriture s’afferme. Malgré cela, les thématiques nationales sont
gardées , alors que les auteurs fortifient leurs tendances en vue des sujets sociales et deviennent
plus critiques.
Des auteurs d’une grande formation culturelle et littéraire apparaissent sur scène en
reconnaissant en particulier les traditions littéraires de l’ Occident.
Bien qu’il y ait encore des auteurs qui veulent couronner la nostalgie pour l’épopée nationale, les
formes littéraires sont variées tels le lyrisme, l’épique, le théâtre, les formes élémentaires et
développées en prose. Pour la première fois apparaît le jugement sur la littérature actuelle sous
forme de critique.

Les auteurs les plus connus de cette école sont:

Ndre Mjedja (1866-1937), grand maître du vers, qui avec son œuvre Le Rêve de la Vie (1917)
(Andrra e Jetës) ne forme pas un hymne, mais un témoignage de la vie albanaise en développant

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aussi les grands sujets métaphysiques sur un petit terrain concret pour connaître la vie. Il est
également le grand maître du sonnet, Lissus (1929).

Anton Zako Çajupi (1866-1930), l’esprit le plus critique de l’époque, qui avec son aptitude pour
l’ironie et la satire a réussi à renverser les thématiques et les discours bibliques pour incorporer
ainsi le jargon populaire. Ainsi avec son œuvre Baba Musa nu (1905) (Baba Musa lakuriq) il a su
créer la forme de la parodie en albanais.

Gjergj Fishta (1871-1940), qui tout en écrivant durant quatre décennies son ouvrage épique La
lahouta de Malesi, (Lahuta e Malcis), il avait en même temps mis les fondations de la satire
albanaise avec les autres ouvrages: Les Guêpes de Parnasse (1907) (Anzat e Parnasit) et L’Ane de
Babatas (1923) (Gomari Babatasit), qui traitent de la vie des Albanais de son époque. En réalité
Fishta a formé le style critique et a démolit les tabous thématiques.

Faik Konica (1875-1942), styliste brillant de son époque, qui avec ses essais comme avec ses
écrits littéraires a modelé son propre style critique pour renverser ainsi les influences dans la
culture albanaise afin de trouver l’authenticité. Son ouvrage inachevé Dr Gjëlpëra découvre les
racines du drame de Mamuras (1924) (Dr Gjëlpëra zbulon rrênjët e dramës së Mamurasit), fait
une chirurgie de la vie psycho-sociale de l’époque.

Zef Skiroi (1865-1927) dans son œuvre Au pays d’autrui (1900,1940), pleure la misère de l’altérité
collective en appelant au salut, tandis qu’ avec son dernier poème Mino (1923) il pleure sa propre
douleur et l’agressivité qui tue et qui a cessé de s’occuper des valeurs humaines. Il s’agit d’un
conflit dramatique de l’ héroïsme avec la lâcheté.

Fan S. Noli (1882-1965), dans son ouvrage dramatique Israéliens et Palestiniens (1907), (Israelitë
e Filistinë) comme dans ses poésies, a rendu les idées fondamentales de la société de l’époque en
idées littéraires. Il a développé un discours poétique et rhétorique qui est appuyé sur les figures
bibliques dans le but de les traduire dans la vie réelle. Son style rhétorique plein de nuances
émotionnelles conduit vers une polémique brillante.

Le codificateur théorique et critique de cette école est Faik Konica, et le fondateur de la critique
littéraire albanaise. Avec son essai La chronique des lettres albanaises (1906) (Kohëtore e letrave
shqipe), et ses autres textes, Konica a jeté les bases théoriques de l’interprétation littéraire. La
théorie capitale de Konica, qui représente l’école critique et sa vocation, est de connaître la
différence entre le patriotisme et la littérature. Cela a suscité plut tard des polémiques
interminables en littérature albanaise.

Les figures dominantes et représentatives de cette école littéraire sont l’ ironie et le sarcasme.

4. L’école moderne

C’est une école où la littérature albanaise n’a pas en définitif de mission. Elle devient une essence
indépendante et autosuffisante. Elle n’a pas de style unificateur de l’époque, car sont formées et
renforcées les individualités créatrices ainsi que les poétiques individuelles. Le discours littéraire
traduit tout dans sa langue particulière.
Les sujets généraux ou collectifs cèdent la place aux sujets et aux sorts individuels. Le sujet de la
nation ou de la société ne domine plus, mais c’est le sujet de l’homme et de ses dilemmes
physiques ou métaphysiques.
Il a lieu un perfectionnement de la poésie et du vers jusqu’au niveau de la poésie pure. Il y a aussi
de nouveaux développements poétiques qui mènent vers le vers libre et l’expression concrète.

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Toutes les formes littéraires apparaissent et se perfectionnent: la poésie structurée qui atteint le
niveau d’un livre, la prose moderne avec des récits liés aux points de vues thématiques et
stylistiques. Apparaît la dramaturgie néoclassique qui va atteindre le niveau de la forme, alors que
la critique littéraire comprend les domaines de l’interprétation littéraire jusqu’à la création d’une
théorie.

Les auteurs dominants de cette école sont:

Lasgush Poradeci (1899-1987), qui est le prince des lettres albanaises modernes. C’est le maître
de la métaphore, du vers et de la forme perfectionnée poétique. C’est un grand créateur
linguistique qui a formé avec ses recueils poétiques La valse des Etoiles (1933) (Vallja e Yjeve) et
l’Etoile du Cœur (1937) (Ylli i Zemrës) un système particulier , au point de vue formel , structural
et du sens en littérature albanaise. En combinant la beauté et l’épouvante, Lasgush nous a fait
savoir à quel point “le langage fervent “est poétique et unique mais aussi combien est profond le
chant authentique albanais.

Ernest Koliqi (1903-1975) est le fondateur de la nouvelle moderne albanaise mais aussi un
styliste incomparable. C’est un maître qui dans son ouvrage L’ombre des montagnes (1929) (Hija
e Maleve) reprend les sujets traditionnels en pliant le sort de l’individu face à la norme. Dans son
autre ouvrage Marchand de drapeaux (1935) (Tregtar flamujsh) il traite des sujets urbains avec
des réflexions intérieures. Enfin, dans Les Miroirs de Narcisse (1936) (Pasqyrat e Narçizit) il
traite de la question de l’art sur la connaissance de soi-même.

Ethem Haxhiademi (1902- 1965), est le premier grand dramaturge albanais, qui a élevé la
structure et la convention de la dramaturgie néoclassique en albanais d’une harmonie intérieure.
Dans ses tragédies on peut rencontrer des sujets avec des héros bibliques et de l’antiquité, tels
Abel, Pirrus et Achille, mais aussi des héros Albanais comme par exemple Skenderbeg (1935).

Mitrush Kuteli (1907-1967) , est une autre variante de narrateur moderne albanais qui a unifié la
fantaisie folklorique et le schéma narratif avec la culture de l’écrit biblique et gogolien. Dès son
premier livre Nuits albanaises (1938) (Net shqiptare) jusqu'à son ouvrage inédit La lamentation
du péché est grande (1947) (E madhe është gjëma e mëkatit), Kuteli a découvert les douleurs et
les passions individuelles confrontées dramatiquement avec la norme et la mort.

Millosh Gjergj Nikolla (1911-1938), un poète qui est mort jeune a introduit en poésie le langage
quotidien et a exalté le vers libre dans son ouvrage Les vers libres(1936) (Vargjet e lira), mais il a
introduit aussi le petit sujet quotidien dans sa prose Nouvelles de la ville du Nord (1938) (Novela
të qytetit të veriut).

Pendant cette période sont distingués quelques personnages critiques, mais l’ interprète et le
théoricien le plus pur des développements modernes reste Mitrush Kuteli avec son étude La
Poétique de Lasgush Poradeci (1937), (Poetika e Lasgush Poradecit) et le livre Notes littéraires
(1949) (Shënime letrare).

La figure représentative et dominante de cette école littéraire est la métaphore.

5. L’école du réalisme socialiste

L’idéologie de gauche, transformée en convention sociale avec des prétentions de la codification


de la méthode littéraire a été officialisée comme méthode du réalisme socialiste issu du modèle

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soviétique. La mission de l’écrivain retourne de nouveau en société ainsi que le rôle au service de
la littérature avec un nouveau sujet collectif non national idéologique avec des prémices
internationales.
Cette littérature articule des conflits des couches sociales qui sont résolus par le héros positif en
tant que missionnaire de l’idée progressive. Un néo- romantisme autour du projet de la société de
l’avenir, donc très loin du critère de la réalité déclarée. La littérature comme un art appliqué pour
les besoins sociaux et idéologiques.
Les formes littéraires préférées, le poème du réalisme socialiste avec sujet, le récit et une lente
maîtrise du roman dans l’horizon de l’attente du lecteur. Manque le théâtre. Les discours
littéraires subjectifs manquent devant le flot du discours général schématique.

Les auteurs les plus constants de cette école restent:

Hivzi Sylejmani (1912- 1976) qui au début a été un activiste politique. Chercheur de l’absolu et de
l’homme idéaliste avec des prémices du droit et de l’humanité. Créateur du caractère littéraire
appuyé sur les données autobiographiques surtout dans son roman Les Hommes (1952-1966)
(Njerëzit) et dans ses nouvelles Le vent et la colonne (1959) (Era dhe kolona) . Créateur du héros
déçu dont l’expérience de la vie lui a gâché le schéma idéologique.

Petro Marko (1913-1991), charmé de l’idée internationaliste a créé le roman culte de l’époque
relatif à la guerre civile en Espagne, Hasta la vista (1958). Plus tard, révolté, mais toujours dans
le cadre du système des valeurs et des idées de la jeunesse sur la société et la littérature.

Jakov Xoxa (1923-1979), le portraitiste le plus puissant du village albanais, maître de la


structuration des caractères et des descriptions de la nature. Son chef-d’œuvre Le fleuve mort
(1965) (Lumi i vdekur), sur bien des choses on peut le comparer avec le roman Le Don paisible
de Cholohoff. Ce roman est devenu très recherché car c’est la première fois qu’on traite en
littérature du sort des familles albanaises en Albanie et à Kosova.

Ismail Kadaré (1936), l’ écrivain le plus connu de cette école, d’un talent extraordinaire, a réussi à
devenir le grand révolté dans le cadre de la méthode, pour articuler les projets personnels et pour
poser les jalons d’interrogations associatives. Au début un poète fasciné par Maiakovski, il
devient connu par son roman Le Général de l’armée morte (1963) (Gjenerali i ushtrisë së vdekur)
dans lequel à décrit le caractère du héros négatif , celui de l’ennemi, de l’occupant. Les romans
qui suivent, soit comme fresques sociales, soit comme réflexions autobiographiques, n’ont pas
atteint le renom du premier roman. Kadaré n’a jamais cessé d’envahir son lecteur avec sa grande
expressivité.

Dritëro Agolli (1931), disciple littéraire de l’école soviétique, comme poète est plus authentique
en lyrique intime que dans les structurations programmatiques et propagandistes. En prose, son
plus grand succès a été atteint par son roman l’Eclat et la chute du camarade Zylo (1973)
(Shkëlqimi dhe rënia e shokut Zylo). Un ouvrage humoristique qui met en scène les caractères
des gens de l’appareil dominant communiste tout en se moquant sans toutefois pouvoir le
renverser. Il s’en est toujours moqué, mais il a réussi à ne pas être exclu.

Le codificateur principal de l’école du réalisme socialiste est Dhimitër Shuteriqi qui avait durant
les années trente entamé la discussion publique pour un nouveau mouvement littéraire. Il semble
que, sa théorie précaire sur la littérature sociale et la déclaration du pragmatisme littéraire après la
guerre et le changement du système social, l’ont conduit facilement vers la codification de la
littérature idéologique.

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Les figures dominantes et représentatives de l’école du réalisme socialiste sont le contraste et
l’hyperbole.

6. L’école de la dissidence

Ce n’est pas une école littéraire proclamée, mais reconstruite à posteriori. A l’origine elle est
issue de la méthode dominante du socialisme réaliste. Au début elle avait affaire avec “l’oubli” de
l’idée du progrès , de l’abandon de l’idée générale de l’enthousiasme et de l’absence pour se
plonger dans les dilemmes personnels et pour faire la rupture du modèle thématique et du
discours. Cela veut dire qu’il a fallu accepter les formes modernes du discours en fuyant les
formes rhétoriques de la littérature.

On la considère plutôt comme une dénégation qu’une école, car elle n’a pas été développée
normalement. Les textes n’ont pas communiqué avec le lecteur, alors que la censure a créé un
cercle vicieux car on n’a pas su si c’était l’écrivain qui était interdit à cause de son œuvre ou bien
si c’était l’oeuvre en raison de sa révolte.

Il faut distinguer quelques auteurs dont:

Kasem Trebeshina (1926) avec ses nouvelles intitulées Saison des saisons (1991) (Stina e stinëve)
et son roman Chant albanais(2001) (Kënga shqiptare) . Sa prose est pleine de lyrisme avec un
style cultivé qui ressemble à la prose moderne de Kuteli.

Bilal Xhaferri (1935-1987) est particulièrement connu par ses élégies sur la Çameri, mais aussi par
son roman Krastakraus (1993) où il présente son héros en défaite et la description brillante de la
nature. Il utilise une langue en prose qui deviendra poétique même quand il soumet le problème
de l’identité.

Zef Zorba (1920-1993) avec un seul livre inédit intitulé” Sourire figé” (1994) (Buzë të ngrira në
gaz) il articule une expression elliptique de la poésie, une recherche consciente de la forme et du
sens, un effort particulier pour structurer son recueil de poésies en tant que concept structural.
Donc, une articulation moderne poétique, correspondant aux autres littératures contemporaines.

L’articulateur, sinon le codificateur, le plus clair de cette littérature est Kasem Trebeshina avec
initialement un article Promemoria (1953) et à la fin un autre texte problématique, Esquisse sur l’
histoire de la littérature albanaise (1993).

La figure représentative de cette école est l’ellipse.

7. L’école moderne (Kosovë)

Il s’agit d’auteurs de Kosova et elle serait appelée moderne, mais étant donné qu’on a fait
mention de ce terme, “moderne” ici reprend la tendance d’un souvenir littéraire qui est lié à la
littérature d’un demi-siècle auparavant. Donc, elle cherche une continuité littéraire.
Cette école essaye de synthétiser l’expérience antérieure littéraire. Elle exclut l’idéologie de la
domination actuelle (oppression), elle soulève le culte du sujet de la liberté sous un aspect
individuel et national.
Elle édifie des correspondances thématiques et du discours avec la littérature moderne albanaise
et de l’Occident.

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La langue figurée devient l’essence de la littérature et en même temps une double protection: de
la censure et du glissement au militarisme. Cette procédure littéraire est appuyée sur la
reconstruction de la figure et de la thématique populaire comme dans le cas des phénomènes de
la modernité.
Comme conséquence, elle présente des formes esthétisées littéraires, en poésie, en prose et en
dramaturgie. Alors que dans le domaine de la critique sont discutés les problèmes fondamentaux
de l’interprétation et du discours théorique de la littérature contemporaine.

Parmi les auteurs les plus connus de cette école on trouve:

Martin Camaj (1925-1992) linguiste et poète, un auteur qui a eu la chance d’associer la littérature
moderne albanaise en Albanie , à Kosovë et à la diaspora. Il a débuté comme lyrique du milieu,
mais son œuvre principale sont les madrigales Dranja (1981), où il a cherché les racines de son
identité personnelle et nationale ainsi que le chagrin et le drame des changements.

Anton Pashku (1937-1995) qui est sans doute le numéro un de la littérature moderne à Kosovë.
Grand maître littéraire qui a rendu la littérature en culte et foi, il traite des sujets durs de
l’humanité aussi bien du passé que du présent en développant à l’intérieur de son œuvre un
dialogue entre les époques. Dans ce sens, son œuvre prend la forme d’une synthèse et de la
mémoire historique. Il a créé un discours littéraire appuyé en entier sur la figure dans les Récits
fantastiques, (Tregime fantastike) dans son roman Oh ! et dans les pièces de théâtre Tragédies
modernes (Tragjedi moderne). C’ est un auteur unique en littérature albanaise.

Azem Shkreli (1938-1997),en poésie il a commencé par la pastorale de la campagne pour arriver à
la poésie de la méditation, surtout après le recueil De la Bible du silence (1975) (Nga Bibla e
heshtjes). En prose, il a créé le caractère local dans la variante guègue (1961) (et dans la variante
tosque (1997) dans son roman La caravane blanche (1961,1997) (Karavani i bardhë). Il a trouvé
le refuge littéraire dans la formule, la moralité, le jargon du langage populaire du pays qu’il a
recréé avec passion pour l’élever en œuvre artistique

Ali Podrimja (1942) est un poète à part entière. Au début poète révolté mais d’une expression
plus directe dans son éclat de voix Les Cris (1961) (Thirrjet), plus tard, surtout avec son recueil
Torzo (1971), sa poésie se construit sur les dilemmes humains, des douleurs et des investigations
continues avec un langage entièrement figuré et une forme elliptique pour jaillir à la fin avec un
fort sentiment élégiaque, Lum Lumi (1982)

Beqir Musliu (1945-1996) est un écrivain d’une fantaisie sans fin, dans le temps et dans l’espace, il
a créé un texte littéraire plein de symboles aussi bien en poésie qu’ en prose et la dramaturgie. Il a
créé les métaphores dans Rimes agitées (1965) (Rimat e shqetsueme), Coquelicots du sang
(Lulëkuqet e gjakut) et dans La beauté noire (1968), (Bukuria e zezë) comparée aux Fleurs du mal
(Lulet e ligësisë) ou La beauté de l’épouvante (Bukuria llaftare) de Lasgush Poradeci.

Zejnullah Rrahmani (1952) est un romancier inné. A l’âge de vingt ans il est devenu connu par
ses occupations romancières des sujets sur la liberté du pays et de la nation. Dans ses romans les
plus connus tels La place de l’anneau (1978) (Sheshi i Unazës), Le voyage au pays de l’ Arber
(1992) (Udhëtimi arbdhetar) et Le roman sur Kosova (2000) (Romani për Kosovën), domine un
discours étonnant où les états dramatiques s’expriment dans un langage lyrique et dans un
albanais très riche et très étudié.

Comme auteur et prétendant de la légalisation critique et théorique de cette école il faut


considérer aussi l’auteur de cette étude- Sabri Hamiti.

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Les figures dominantes de cette école littéraire sont la métaphore et la métonymie.

B. LES MODELES

Contrairement aux écoles littéraires qui ont marqué dans la continuité les transformations de la
littérature nationale albanaise, même quand elles correspondent aux écoles littéraires des autres
littératures, les modèles de la littérature albanaise sont également les modèles universels de
l’écriture.
On peut distinguer trois de ces grands modèles qui se réfèrent à l’ensemble de la littérature
albanaise depuis ses débuts. Bref, comme des développements intérieurs authentiques de la
création littéraire:

1. Le modèle de la littérature du degré zéro ou modèle de l’Imitation,


2. le modèle de la littérature du premier degré ou modèle de la Création,
3. Le modèle littéraire du deuxième degré ou modèle de la Recréation.

Pour trouver les références de ces modèles en littérature albanaise en tenant compte des
thématiques, des discours, des formes littéraires et des auteurs, il faut faire une recherche à part.

La littérature albanaise, vue de l’aspect de son développement et de la communication


universelle, traverse comme les autres littératures d’ailleurs, trois niveaux que nous allons appeler:
1. Littérature du degré zéro et 2. Littérature du premier degré et 3. La littérature du deuxième
degré. Ces niveaux de littérature sont distinctifs et non pas évaluatifs, c’est pourquoi ils sont
pareillement éloignés du centre et ils doivent être placés à l’intérieur du cercle pour ne pas rester
en surface. Les niveaux de la littérature ne représentent pas des degrés de développement: ils ne
se relient pas avec les styles des époques ; avec l’âge des écrivains ni avec une culture particulière.

Le Degré Zéro de la littérature (ce terme est analogue à celui de Roland Barthes: le degré Zéro
de l’écriture) est caractérisé par l’imitation (mimesis). Son avant modèle est dans la Nature et
dans la Vie, son écriture veut traduire cet avant modèle en modèle littéraire. La manière de
l’imitation est basée sur la comparaison et sur une vraisemblance réelle. Son succès est mesuré à
la possibilité de l’approchement du modèle. Elle est caractérisée par le langage de la
démonstration, les formes de l’écriture qui se rapprochent à la parole et qui vont vers une
écriture véridique et assertive. Son but est la connaissance. Avec son contrat non proclamé, cette
littérature offre la Place identifiée, l’Evénement achevé et le Temps proclamé, le Personnage
connu. Voici quelques exemple en albanais: Bardha e Temalit (La Blanche de Témali) de Pashko
Vasa, Le Fleuve mort (Lumi i vdekur) de Jakov Xoxa, Malësorja (La Montagnarde) de Nazmi
Rrahmani.

Le premier niveau de la littérature est caractérisé par la création (poiesis). Cette littérature est sans
modèle précédent. Son écriture est en même temps un fait, une essence et une procédure, qui
forment le premier modèle individuel. Elle est envahie par la subjectivité et la fantaisie illimitée,
elle ne ressemble à rien, c’est pourquoi elle élève en elle-même le culte de l’authenticité et de
l’originalité. Son but est La connaissance de soi-même et la découverte de l’ Essence. Son
écriture personnelle et passionnelle s’édifie sur de nouvelles formes en évitant les formules
idiomatiques. Elle est maîtrisée par une écriture inhabituelle et aussi un regard étonnant tel celui
d’ Adam
Le Temps, le Lieu, l’ Evénement et le Personnage sont créés et figurés. Cette littérature a fait un
contrat non proclamé de par elle-même. Exemples: Kronikë në gur (Chronique sur pierre) de

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Ismail Kadaré, Oh de Anton Pashku, Sheshi i unazës (La place de l’anneau) de Zejnullah
Rrahmani.

Le deuxième niveau de la littérature est caractérisé par la recréation (metapoiesis). Elle reconnaît
les modèles antérieurs, qui sont des modèles littéraires. Elle essaye de recréer ses modèles en les
transformant en essais. La nouvelle écriture sur la vieille écriture. Un palimpseste (d’après le
terme homologue de Gérard Genette). Cette littérature cherche des méthodes et des procédures
et elle préjuge une grande connaissance littéraire. Une connaissance liée plutôt avec les époques
modernes, mais non: Homère a recréé des mythes comme Joyce qui a recréé le texte de Homère
Exemples de la littérature albanaise: Mitrush Kuteli, Tat Tanushi, Anton Pashku, Nën qarr po
rrinte vasha (La fille assise sous un chêne) , Ismail Kadaré , Prilli i thyer (L’Avril brisé), Kush e
solli Doruntinën (Qui a ramené Dorountine ?).

Rappelons des exemples qui sont liés à la prose, comme genre référentiel, pour essayer les
niveaux des procédures littéraires. Nous ne donnerons pas d’exemples de la poésie qui est
personnelle et universelle pour éviter la référence, ni des exemples de dramaturgie qui
contiennent en eux-mêmes l’illusion de l’imitation totale du modèle de la vie.

Bibliographie:

1. Sabri Hamiti, La critique littéraire, in Vepra letrare 6, éd. Faik Konica, Prishtinë, 2002 ;
2. Sabri Hamiti, La littérature philobiblique, La littérature romantique, in Vepra letrare 7, éd. Faik
Konica, Prishtinë, 2002 ;
3. Sabri Hamiti, La littérature moderne, in Vepra letrare 8, éd. Faik Konica, Prishtinê, 2002 ;
4. Sabri Hamiti, La littérature contemporaine, in Vepra letrare, 9,10, éd. Faik Konica, Prishtinë,
2002 ;
5. Eqrem Cabej, Les Albanais entre l’Est et l’Ouest, éd. MCM, Tiranë, 1994 ;
6. Rexhep Qosja, L’histoire de la littérature albanaise, le Romantisme, I, II, III, éd. Rilindja, 1990.
7. Roland Barthes, Le degré zéro de l’écriture, Seuil, Paris, 1953;
8. Gérard Genette, Palimpsestes, Seuil, Paris, 1982;
9. Northrop Frye, Le Grand Code, Seuil, Paris, 1984.

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