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Accords cadre internationaux

Base de discussion

Définition : un accord cadre international est un accord négocié et signé par une entreprise transnationale d’une part avec d’autre part une (ou des )organisation syndicale internationale (FSI- fédération syndicale internationale) et éventuellement une organisation syndicale européenne ou des organisations syndicales nationales (du siège le plus souvent). Le champ d’application de ces accords est mondial ou du moins non circonscrit à l’Union européenne. Le champ d’application qui est auto-défini par les partenaires à l’accord est soit l’entreprise y compris les entités dans lesquelles, elle détient une capacité de décision soit l’entreprise comprise comme un réseau constitué des entités impliquées dans la chaîne de valeur. Rarement les ACI définiront précisément leur champ d’application (ACI EDF, Peugeot Citroën). Ces accords sont négociés et conclus de manière volontaire ; ils ne sont pas pour l’instant encadrés juridiquement soit sur le plan national, régional ou international. Ils sont donc dans un état de prépositivité (P.Rodière). C’est un dialogue social qui est purement spontané dans le sens où il n’est pas prévu par des textes. L’ACI est un acte juridique par lequel les partenaires sociaux organisent leur espace transnational en établissant une norme commune pour tous les travailleurs de l’entreprise globalisée.

Etat des lieux des ACI (octobre 2010) : progression géographique et évolution quantitative Avec 81 ACI si on considère que les accords Danone constituent un bloc (8), répartis touchant désormais la plupart des vieux Etats membres (12) de l’UE y compris la Grande Bretagne avec un seul accord dans le domaine de la sécurité (G4S signé avec l’UNI). L’Allemagne continue d’être tête de classe avec 18 ACI singulièrement dans le secteur de la métallurgie, branche automobile (6), talonné par la France (12 ou 19 selon comment on décompte Danone). Ensuite viennent les pays de l’Europe du Nord (Suède, Pays Bas, Norvège, Danemark) pour certains talonnés par l’Italie. Viennent enfin les pays du sud l’Espagne, le Portugal et la Grèce et la Grande Bretagne avec un seul accord.

Union Européenne : 70 ou 77 (Danone) Allemagne : 18 (19) ACI France : 12 (ou 19 si tous les accords Danone sont décomptés) ACI Suède : 7 ACI Norvège : 4 ACI Danemark : 3 ACI Italie : 4 ACI Pays Bas : 6 ACI Espagne : 3 (Inditex, Endesa, Telephonica) Belgique : 1 (umicore) Luxembourg : 1 (Arcelor) Portugal : 1 Portugal telecom Grèce : 1 OTE (telecom)

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Etats tiers : 11 Canada : 1 Quebecor -UNI Nouvelle Zélande : 1 Frontera : - UITA Amérique latine : 1 Chiquita : - UITA Afrique du Sud : 1 Anglogold - ICEM Australie : 1 National Australia Bank-UNI Indonésie : 1 Antara – UNI Malaise : 1 – UPU –UNI Japon : 1 Takashimaya –UNI Brésil : 2 (Ability et Icomon – UNI) Russie : 1 Lukoil -ICEM

Si l’on procède au même type de décompte en fonction des organisations syndicales signataires,

UNI : 30 ICEM :

FIOM :

IBB :

UITA :

FITTHC : 2

Sont concernés ……. Travailleurs et seulement près de 90 entreprises sur 80000 entreprises transnationales et 800000 sous-traitants.

Concernant le nombre d’ACI, on doit constater que l’augmentation ne fléchit pas, même si on observe trois choses : d’abord les nouvelles signatures sont de plus en plus le fait du syndicat UNI pour lequel le quantitatif est une stratégie offensive ; ce sont donc aussi les branches du secteur des services qui s’imposent sur les secteurs lourds de l’industrie traditionnelle. Ensuite on observe que ces nouveaux accords ne sont plus le seul fait d’entreprises européennes mais d’entreprises asiatiques, d’Amérique latine, Océanie, Europe non communautaire. Toutes les régions du monde sont désormais concernées y compris l’Afrique avec l’entreprise sud africaine Anglogold. Un dernier élément nous montre aussi que l’approche des entreprises par les syndicats se fait moins intuitus personae de dirigeant à dirigeant que sous la pression, par la création d’un rapport de force syndical à l’intérieur du groupe. Telles sont les voies empruntées par la FIOM et l’UNI. C’est ainsi que l’accord France Telecom a été négocié après la mise en place, le fonctionnement puis la reconnaissance de l’alliance syndicale mondiale qui a en quelque sorte déminé ou préparé le terrain avec la direction en instaurant un rituel de rencontre durant l’année (une à deux) pour discuter de tout

- Maintenant, ce sont de plus en plus des collectifs de syndicalistes ou des réseaux syndicaux réunis par une FSI qui demandent l’ouverture de négociations d’ACI. Exemple à DHL, 72 syndicalistes de 29 pays réunis en séminaire à Londres les 19 et 20 avril 2010 qui ont demandé l’ouverture d’une négociation d’un accord mondial à a DRH invitée à la réunion. En septembre l’UNI créait un site internet pour soutenir leur campagne pour le respect des salariés et des droits syndicaux au sein du groupe DHL. En octobre 2009, appel à une semaine d’action en faveur des droits syndicaux et de l’ouverture d’une négociation d’un ACI. Ce sont aussi les syndicats du groupe de telecom Telenor

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affiliés à l’Uni réunis à Oslo en avril 2010 qui demande l’ouverture d’une négociation d’un ACI sur les droits fondamentaux. C’est aussi la tentative faite par la coordination syndicale mondiale de Caterpilar réunie par la Fiom réuni à Grenoble les 28 et 29 avril 2010, refusé par la direction.

Enfin, pour toutes les fédérations sauf l’UNI l’objectif est d’une part de parvenir à renégocier les ACI existant pour les renforcer en termes de procédures de contrôle ; c’est donc un processus de pérennisation, d’approfondissement et de consolidation de la norme négociée. Et d’autre part, d’aller plus avant dans la matérialisation de la reconnaissance de l’apport du syndicat à la multinationale. Un processus de construction d’un droit syndical mondialisé s’esquisse au travers du suivi du contrôle des ACI. Il ne faut pas être grand analyste pour rappeler que la RSE qui comporte un volet évaluation, notation certification, labellisation concourt positivement ou vertueusement à asseoir la présence syndicale dans les entreprises signataires d’un ACI.

Objet :

L’objet des ACI a évolué vers une diversité. Cette diversité est le fruit d’une histoire liée à des évènements qui ont été utilisés par les organisations syndicales pour provoquer des négociations ; ils sont aussi le choix stratégique pour certaines organisations. Pour une rapide typologie on peut distinguer :

-les ACI thématiques sur un sujet particulier, signés par l’UITA (Danone, Accord, Club méditerranée) -les ACI versus droits sociaux fondamentaux signés fin des années 1990 au début des années

2000.

-les ACI versus RSE signés à partir des années 2002-2003 -les ACI de syndicalisation, signés par l’UNI

Il ya eu et il continue d’y avoir une polarisation des ACI autour des normes de l’OIT et spécialement des 8 conventions fondamentales mentionnées dans la déclaration de 1998 sur les principes et droits fondamentaux de l’homme au travail dont ils se font le vecteur dans l’entreprise globalisée. Non seulement les ACI « retranscrivent » ces droits fondamentaux au regard des réalités et des spécificités de l’entreprise signataire mais ils élargissent aussi cet horizon. Ils incluent en effet d’autres conventions de l’OIT mais aussi ils ont semblé bénéficier d’un approfondissement et d’un enrichissement progressif du dialogue social sans doute inspiré par l’origine européenne de la grande majorité des entreprises signataires. Projection européenne sur des objets mondiaux de négociation (droits fondamentaux et RSE) mais aussi approche européenne de la mondialisation de l’économie. Ainsi les clauses portent sur la santé et la sécurité au travail, la formation, l’égalité des chances et la discrimination, l’emploi et les restructurations, la mobilité ou la durée du travail. Ceci étant l’influence européenne, ou le droit européen comme source vraisemblable d’inspiration est toujours organisée autour de la matrice des droits fondamentaux formulée par l’OIT.

Mécanismes de mise en œuvre L’introduction de mécanismes de mise en œuvre et de son contrôle est au cœur des renégociations des ACI. C’est l’enjeu actuel pour les organisations syndicales internationales sauf pour l’UNI (excepté le cas de France Telecom). Cette étape permet d’inscrire les ACI dans un processus de construction d’un système de relations professionnelles mondialisé et si

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tel est le cas de s’autonomiser de la question de la RSE qui n’aura été pour les organisations syndicales qu’un moyen et non un objectif en soi. Bien évidemment, ce qui domine ici c’est un pragmatisme total du côté des entreprises et des organisations syndicales. Il s’agit d’expérimentations, ce qui fait que les structures paritaires monde sont lancées mais de manière informelle, rudimentaire pour éviter un excès de formalisme qui tuerait l’œuf dans la poule.

Mécanismes de mise en œuvre Les mécanismes sont de plus en plus précisés dans les accords. Ils reposent principalement sur les modalités de diffusion de l’accord, parfois accompagnées de formation spécialement pour le management. Sont également prévus des processus de contractualisation totale ou partielle des engagements de l’entreprise signataire par l’insertion de clauses dans les contrats commerciaux ou de service conclus avec les fournisseurs, sous-traitants ou distributeurs.

Mécanismes de contrôle :

-des bilans périodiques et présentées devant les instances mondiales en charge du contrôle ou devant le CE et en présence des organisations signataires.

Du rôle d’alerteur à celui de partenaire tel pourrait être le vecteur de transformation de l’image et de la place reconnue aux organisations syndicales dans les entreprises transnationales. D’une position extérieure à une place au sein de l’entreprise.

La mise en place d’instances paritaires pérennes à l’échelle monde de compétence ou de nature divers :

-des comités d’entreprise mondiaux : une tendance nouvelle en progression résultant des ACI (Accord Danone UITA octobre 2009- Accord Peugeot Citroen , Accord France Telecom) ou -la mise en place d’une instance paritaire monde spécialisé sur RSE ou partie de RSE (Accord Rhodia 2008, Accord EDF2006 et 2009, Accord Club Méditerranée, Accord Lafarge, ) -La mise en place de réseaux syndicaux mondiaux : une pratique nouvelle expérimentée par certaines organisations syndicales internationales, spécialement la FIOM et l’UNI.

-La mise en place de délégations et inspections sur place mixtes : une pratique nouvelle en progression directement liée aux ACI et à leur suivi (Accord Rhodia, Accord PSA Peugeot, accord Club Méditerranée et accord EDF –forfait jours à libre disposition)

-L’octroi d’un temps de délégation ou de suivi : prémices d’un mandat de délégué mondial (accord EDF, accord club méditerranée).

Mécanismes de plainte Des accords prévoient des procédures de plainte ou de rapport en as de violation présumée de dispositions de l’ACI. La protection des salariés exerçant un recours contre toute forme de mesure disciplinaire ou discriminatoire de la part de l’employeur est occasionnellement attachée à ces procédures. Le traitement de la plainte est référé soit à un groupe conjoint composé de représentants des salariés. Les procédures de plainte sont établies par niveau (local, national, ou international –exemple accord ICEM Norske Skog).

Plus rarement (deux ACI seulement) ont prévu la possibilité de soumettre un litige à un panel d’arbitrage indépendant. Celui conclu entre IBB et Skanska mentionne que s’il s’avère

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impossible pour les parties de s’entendre sur l’interprétation ou l’application de l’accord au sein du groupe de surveillance responsable de la mise en œuvre de l’accord, un litige pourra être soumis à un organe d’arbitrage composé de deux membres et d’un président indépendant. Les décisions de cet organe devant lier les parties. Dans l’accord signé par la FIOM et Aker, une procédure en plusieurs étapes est prévue qui peut en dernier ressort conduite à la mise en place d’un groupe de monitoring composé de trois représentants de l’entreprise pour analyser le différend. En cas d’impasse, un arbitrage sera assuré par l’OIT ou par une personne neutre désignée conjointement par les parties. A défaut de consensus et après épuisement de la procédure, l’accord pourra être résilié.

Nature juridique et efficacité des ACI Les ACI sont des normes dotées de toute la force que leur confrère le caractère transnational de leurs promoteurs et de leur champ d’application qui correspond à l’ensemble que constitue l’entreprise transnationale. Le premier des effets et non des moindres de l’ACI c’est reconnaissance par l’entreprise de l’interlocuteur syndical sur le plan mondial. Le deuxième des effets c’est de créer une espace favorable au dialogue social transnational et à la négociation collective sur le plan local, comme possible relais de ce dialogue transnational, un troisième effet c’est le développement de la liberté d’association par des engagements des entreprises de respecter un principe de neutralité et de non ingérence vis-à-vis de la formation d’un syndicat sur le plan local. De véritables campagnes de syndicalisation ont pu ainsi être lancées et assumées comme telles. Les ACI ont eu pour effet d’obtenir la réintégration de syndicalistes licenciés en raison de leur activité, d’apporter des mesures correctives en cas de discrimination, la mise en place de mesures visant à améliorer la santé et la sécurité. Des entreprises ont résilié leurs relations commerciales avec des cocontractants qui violaient systématiquement des droits reconnus dans l’ACI (travail des enfants ou liberté syndicale). Bien qu’ils soient dénués de statut juridique, de la sanction et de l’autorité d’un accord ou d’une convention collective de travail, les ACI sont une ressource pour l’action (A. Jeammaud, 1993). Ils sont en tout cas un mode de régulation qui vise à atteindre le respect des droits par des techniques d’expérimentation, d’échanges et d’apprentissage. (S. Deakin, 2007, R.C. Drouin, 2010 et M ?Descolonges, 2010). En se restructurant, en diversifiant ses formes d’action, en misant sur le dialogue social transnational, le syndicalisme international est devenu une « des forces imaginantes du droit (M. Delmas-Marty,2004). Leur efficacité est réelle d’un point de vue de relations industrielles. Elle pourrait l’être également d’un point de vue juridique même si elle n’a pas été transposée dans des accords nationaux collectifs ou si elle n’a pas été intégrée dans les contrats de travail. Mais elle supposerait d’abord de résoudre la question du droit applicable, de la compétence juridictionnelle et enfin de la qualification de l’accord (contrat, engagement unilatéral, usage international, convention internationale). (A développer ?)

Perspectives Dans la renégociation des accords le point central a été la question du suivi, du contrôle et des moyens accordés aux représentants des travailleurs. Pour les organisations syndicales internationales, il importe maintenant de toiletter et renégocier les accords existants et de chercher à en négocier d’autres. Mais aussi elles ont tout un travail de mobilisation et d’éducation en interne auprès de leurs propres adhérents sur l’intérêt de ces accords pour le syndicalisme et les droits des travailleurs et pour cela il faut passer à la formation sur les usages possibles de ces accords et en premier lieu, celui de la remontée d’informations, loin d’être acquis.

Tableau avec la liste des ACI ?

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Bibliographie -R.C.Drouin, International framework agreements : a study in transnational labour regulation, thèse de doctorat, Université de Cambridge, 2005. -K.Papadakis, Cross-border social dialogue and agreements : an emerging global industrial relations framework, OIT, 2008 -M.Descolonges, B. Saincy, les nouveaux enjeux de la négociation sociale internationale, Paris la découverte, 2008. -R.Bourque, International framework agreements and the future of colledctive bargaining in multinational companies, 12, Just labour : a canadian journal or work and society, 30, 2008. -M.A.Moreau, Négociation collective transnationale : reflexions à partir des accords cadres internationaux du groupe ArcelorMittal, droit social, 2009, n°1, p.93.