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Rituel opératif et général martiniste

Préliminaires :

1.Régime alimentaire : Le jour de l’opération, on devra observer une sobriété raisonnable. Il sera bon de dîner légèrement et de ne boire que de l’eau pure durant le repas. Proscrire, si possible, ce jour-là, le tabac et les excitants tels le café.

2.Régime sexuel : Il est bien évident que tous les excès devront être totalement prohibés dans les jours précédant l’Opération. Le nombre de ces jours en fonction de l’âge et du tempérament de l’opérant. Mais ce dernier ne devra avoir eu, si possible, aucune conjonction sexuelle depuis au moins vingt-quatre heures. Si l’opérant est une femme, elle ne devra jamais opérer durant la période de son impureté mensuelle.

3.Lieu de l’opération : L’idéal est assurément une pièce exclusivement consacrée à l’étude, la méditation et la prière, cabinet de travail, salon…

4.Vêtements : Le mieux est de revêtir l’aube de lin ou de toile blanche. C’est là le vêtement traditionnel. Elle sera complétée d’une cordelière de coton ou de soir, de couleur rouge, et devra faire deux fois le tour de la taille et retomber en deux brins sur la jambe gauche, d’une longueur de soixante centimètres au plus pour chaque brin. Ceux-ci seront terminés par un gland de même nature (soie ou coton). L’aube devra tomber à environ quatre doigts du sol.

On aura aux pieds des sandales de raphia en été, des chaussons de laine en hiver, intérieurement garnis d’une semelle isolante, en liège ou en caoutchouc.

La tête sera nue, les mains non gantées. On aura préalablement quitté tous les objets métalliques habituels : bagues, montres, clefs…

L’opérateur qui oeuvrera en vêtements de ville doit savoir qu’il se prive ainsi d’une part importante de son efficience dans les « plans » immédiats, et qu’il s’expose à être pénétré par des courants psychiques qui peuvent lui retirer une partie de sa puissance spirituelle.

5.Nappe d’Opération : Elle sera entièrement constituée d’une nappe de toile de lin ou de soie, rouge cramoisie, de forme carrée, aux dimension de la coudée pyramidale ou coudée sacrée de l’ancienne Égypte (ayant servi aux mesures lors de la construction du Temple de Salomon), soit Om, 635 de côté. Ce qui est, à peu près la section dorée du mètre.

Sur la nappe, au centre, et d’environ Om, 29 de diamètre, on fera broder, peindre, ou galonner, le Pentacle Martiniste Traditionnel, de couleur blanche et noire. On posera, en place, le Bijou de l’ordre, en métal doré, à côté du Flambeau central. Si la nappe est de toile ou de soie blanche, le Pentacle sera brodé en rouge et noir. La nappe sera ourlée sans aucune garniture.

6.Objets accessoires : On se procurera un chandelier de métal, assez haut, destiné à porter le flambeau central, qui sera posé le moment venu au centre du Pentacle. Il sera complété d’un second chandelier, plus petit, destiné à recevoir la bougie ordinaire avec laquelle il enflammera le flambeau central.

Les bougies utilisées seront de cire pure (cire d’abeille brute, ou cire liturgique, à 30% de cire d’abeille) que l’on trouve chez les marchands spécialisés.

L’encens sera de l’encens d’oliban, dit encore encens mâle, sous forme de larmes, que l’on abritera dans une boîte de métal ou une navette classique. On proscrira les encens dits d’église, pulvérisés et composés de résines fort diverses.

Le poignard (ou glaive) sera du type à garde cruciale, à lame plate à deux tranchants, pointue, droite ou flamboyante. Les ornements de la poignée ou de la garde et du pommeau, représenteront le Pentacle Martiniste, les emblèmes du Temple de Salomon. Il est préférable que la fusée soit en bois, en corne, ou si elle est en métal, recouverte d’une ligature isolante, en laine ou en soie.

L’autel sera érigé sur une table de bois face à l’orient réel. On y posera la nappe d’Opérations, le Pentacle convenablement orienté. L’encensoir sera posé à la droite du Pentacle, c’est-à-dire à la gauche de l’Opérant. Au centre du Pentacle, le Flambeau central. À droite de l’Opérant, la bougie ordinaire. Devant lui, le rituel.

7.Attitudes : L’Opérant opère debout. S’il peut le faire, il tiendra durant ses oraisons ses mains en coupe ouverte face au ciel, les coudes serrés contre le corps, et il lira le rituel posé devant lui. Si la place lui est mesurée, il tiendra le dit rituel posé devant lui, dans sa main droite et le chandelier avec la bougie ordinaire dans la main gauche.

8.Luminaire : On aura préalablement éteint tous les luminaires profanes, en particulier les lampes électriques. Il ne doit demeurer que deux luminaires du rituel, ceci en vertu d’une loi occulte qui fera venir une troisième « lumière » du fait de la présence des deux autres.

9.Généralités : L’Opérant devra faire entretenir l’aube et la cordelière dans un état de propreté parfaite. Elles ne devront pas être mélangées, lors du lavage, avec des linges souillés. Il y aura intérêt à opérer debout sur un tapis de laine assez épais, si petit soit-il.

En dehors du temps des opérations, les accessoires rituels seront enfermés, hors des mains profanes, à l’abri de toute souillure.

L’Opérant soit savoir que les textes utilisés en ce rituel sont des textes anciens du Martinisme traditionnel du 18ème siècle, ou des textes rituéliques provenant de cérémoniaires plus anciens. Comme tels, ils sont donc déjà vitalisés par l’usage. Ceux venant du Martinisme primitif ont eu pour auteur Martinez de Pasqually lui-même. C’est le cas de la plupart des oraisons, d’ailleurs.

10.Temps de l’Opération : Pâques étant, dans l’année, avec la commémoration de la Résurrection du Christ et de sa victoire sur la mort, l’image de la réintégration de l’Humanité toute entière et de sa Réssurection, il est utile d’opérer en tenant compte d’un cycle répercutant, par une sorte d’écho psychique et spirituel, dans l’invisible, cette commémoration solennelle.

C’est pourquoi l’époque mensuelle de cette Opération générale a été fixée au dimanche suivant chaque pleine lune (Pâques étant fixée au dimanche suivant la pleine lune de l’équinoxe de printemps.)

L’heure est déterminée ainsi : de vingt-trois heures à minuit, heure réelle.

On devra tenir compte de l’heure locale, qui, souvent, avance d’une heure sur l’heure réelle. En ce cas, l’Opération aura lieu de minuit à une heure du matin.

11.Tav tracés ( + ) au cours des Oraisons : Le signe + ou encore x était le Tav hébraïque cursif, dès avant notre ère et bien après, c’était le « signe des élus » dans l’Ancien Testament, avant que l’apocalypse en fasse mention à ce titre, et bien avant que les chrétiens n’en fassent le rappel de la passion du Christ. Dans ces textes (Ezechiel notamment), il est censé être tracé sur le front des dits Elus par l’ange de YHVH.

À ce titre, il peut être utilisé par tous les initiés de toute appartenance religieuse ou philosophique, car l’ancienne Égypte, les mystères d’Eleusis, de Dionysos, les Gnostiques, ont tous connu le Tav au même titre que l’Israël ancien et ses Kabbalistes. Il était tracé à l’huile d’onction sur le front du Pontife d’Israël à l’instant de son sacre.

Enfin, pour le chrétien, quelle que soit sa confession, il est le signe du salut, celui par lequel tous les démons sont mis en fuite et dispersés. Il rappelle le triomphe du Christ sur la Mort. Les chrétiens d’Afrique du nord, aux premiers siècles, le portaient peint et tatoué sur le front. Il était l’abréviation du Tétragramme divin et les Rabbins médiévaux, dans les flammes des bûchers, s’efforçaient de la visualiser flamboyant au centre de leur front, en une sorte de vision intérieure.

L’Opérant se bornera donc à le tracer, chaque fois, avec le pouce droit, au centre de son propre front. Il pourra également, autre formule, le tracer devant lui avec la flamme de la bougie ordinaire (qui le représente dans le rituel), soit en montant de bas en haut, soit en descendant de haut en bas pour la tige verticale du dit Tav. Ce qui consiste, en fait, à tracer dans l’espace un chiffre 4, droit ou inversé. Et l’on sait l’importance de ce glyphe pour le Martinisme de tradition. Droit, il symbolise la Réssurection. Inversé, il symbolise l’Incarnation.

Rituélie préliminaire :

Prière en revêtant l’aube et la cordelière : « Blanchis-moi, Seigneur, et purifie mon cœur, afin qu’étant lavé dans le sang de l’Agneau, je jouisse un jour des joies éternelles, mon âme enfin réconciliée. Daigne donc, O Seigneur Miséricordieux, éteindre en moi l’ardeur des passions mauvaises, afin que par la vertu de force et de pureté que tu fais demeurer en moi, je sois digne de ta Miséricorde. Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

Prière en chaussant les sandales : « Heureux ceux qui sont intègres dans leurs voies, et qui marchent selon toi, Seigneur. Puissent donc mes actions être réglées ainsi que mes pas, afin que je conserve fidèlement tes ordonnances et tes commandements, O Dieu Tout Puissant. Et que les unes et les autres me conduisent victorieux, au terme de cette vie terrestre, dans la sphère primitive dont je suis sorti par ma faute. Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

Prière en arborant le baudrier ou le sautoir de grade : « Accorde-moi, Seigneur des armées du ciel, de pouvoir toujours conserver dans l’honneur et la fidélité cet ornement précieux de ma réconciliation, et que, baudrier des combats vengeurs, il demeure par mes actes le symbole de Tes victoires. Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

Prière en déroulant le Tapis Opératoire : « Dieu éternel, Sage et fort, daigne descendre en ce lieu : sanctifie-le par ta Présence et par ta Majesté, afin que la pureté, la chasteté et la plénitude de ta Loi y résident. Et fais, selon ta parole, que « en quelque lieu que ce soit, où sera faite commémoration de mon Nom, je viendrai à vous et je vous bénirai… » (Exode 20 :

21 ). Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

Prière en disposant le Flambeau central de l’Encensoir : « Que tout soit disposé selon ta parole, O Seigneur Tout-Puissant, Toi qui règle toutes choses avec mesure, nombre et poids, car la souveraine puissance est à Toi seul et tu demeures à toujours… » Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

Rituel :

La pièce est éclairée par une veilleuse, ou un très faible luminaire qu’on éteindra ensuite. L’Opérant se signe ( + ) debout face à l’autel et à l’Orient, et dit : « Maîtres vénérés qui avez franchi les Portes et accompli l’ultime voyage, mon appel s’élève vers vous. Puissions-nous nous unir, à cet instant et en ce lieu, avec tous nos frères, dispersés dans le vaste monde, de cœur et d’esprit avec tous les nôtres. Amen. »

L’Opérant allume une bougie ordinaire avec laquelle il allumera le flambeau central. Ce faisant, il dit : « Je te conjure, O Uriel, que j’invoque par ma parole, par tout ce qui est en ton pouvoir et au mien, pour que ton feu spirituel embrase la matière que je consacre à l’Éternel au sein des circonférences. Que le feu élémentaire qui y réside s’unisse au tien pour contribuer à la lumière spirituelle des hommes de désir, mes Frères, et qu’ils soient tous animés ainsi de ton feu de vie. Par Yehshouah notre Seigneur. Amen ( + ). »

L’Opérant aspire légèrement la flamme de la bougie et dit : « O lumière pure, symbole du chef de mon âme, à qui l’Éternel a confié le soi de ma pensée, de ma volonté, de mon action et de ma parole, fais que par ton feu radieux, mon âme soit purgée de ses scories et que mes lèvres soient sanctifiées, afin que mes paroles que je vais prononcer opèrent pour la plus grande gloire de l’Éternel, pour mon instruction et pour l’édification de mes semblables. Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

L’Opérant éteint la veilleuse primitive et allume maintenant le flambeau central à la flamme de la bougie ordinaire, et dit : « Je te purifie, O cire, et je te bénis ( + ) au nom de l’Éternel et par les puissances qui m’ont été mises par lui. Sois donc ordonnée et consacrée par ma parole et par mon intention pour le service auquel je te destine, et qui est de me faire retenir impression des choses qui me seront communiquées ici, par les Esprits que j’invoque, selon la puissance innée en moi aux origines. Sois donc juste et véridique à mes yeux comme le furent les lumières que les élus privilégiés du Créateur employèrent en leurs opérations, jointes en faveur de la régénération spirituelle des hommes, mes semblables. Pour la plus grande gloire de la pensée éternelle, pour la plus grande gloire de la volonté éternelle, pour la plus grande gloire de l’action éternelle. Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

L’Opérant allume maintenant la braise de l’encensoir ou de la cassolette à la flamme de la bougie centrale en disant : « Je te purifie, O feu, et je te ( + ) bénis, je te sanctifie, au nom de l’Éternel, au nom de celui qui t’as créé, qui apparut à son serviteur Moise sous l’aspect d’un buisson ardent, afin que tu sois à même, comme jadis l’Autel des Parfums du Saint Temple de Jérusalem, de porte jusqu’au Trône du Dieu très haut, l’encens qui est dû à sa gloire et à sa bonté. Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

L’Opérant attend un court instant et dit : « Viens, O Esprit saint, entoure le feu qui t’es consacré pour être ton trône rayonnant et dominant sur toutes les régions du Monde universel. Domine selon ma pensée, sur moi et sur mes Frères, éloigne de ces circonférences tout esprit de ténèbres, d’erreur et de confusion afin que ton âme puisse profiter du fruit des travaux que l’Ordre donne à ceux qui se rendent dignes d’être pénétrés par toi, O Saint- Esprit, qui vis et règne avec le Père et le Fils à jamais. Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

L’Opérant dépose alors l’Encens sur les braises de l’encensoir et fait un premier tour autour de l’autel en disant : « O Eternel, que cet encens que je t’offre en ces circonférences soit une image véritable de la pureté de ma parole et de mon intention, pour Ta plus grande Gloire et Justice. Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

L’Opérant dépose de nouveau de l’encens dans l’encensoir et fait un second tour autour de l’autel en disant : « O Eternel, que ce parfum que je t’offre en témoignage de la pureté de mon âme ait le même succès que celui que t’offrit Zorobabel au sein de Babylone pour la délivrance de restes d’Israël. Délivre-moi de la servitude des ténèbres qui m’environnent et me tiennent en privation de Ta Volonté et de Ta Science. Exauce ma prière, autant que ma parole et ma volonté seront conformes aux tiennes. Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

L’Opérant dépose de nouveau de l’encens dans l’encensoir et fait un troisième tour autour de l’autel en disant : « O Eternel, que ma prière soit désormais le véritable parfum que je t’offrirai pour une éternité. Que ce parfum soit l’emblème de la ferveur avec laquelle je t’invoquerai pour ma réconciliation, afin que je sois ainsi sincèrement uni à celui à qui tu as donné le soin de me conduire, en l’établissant mon gardien. Voici donc que je l’invoque ce gardien secourable, au sein de ces circonférences, quoique je ne le vois pas de mes yeux de chair, pour qu’il soit mon conseil, mon guide, et mon appui en ce bas monde et dans l’autre, pour ta plus grande gloire et pour ma parfaite sanctification. Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

L’Opérant dépose l’encensoir sur l’autel, reprenant face à l’orient et tend devant lui les mains ouvertes en coupe, coudes serrés au corps en disant : « O Eternel, Dieu Ineffable, Père sacré de toutes choses, Toi qui voit et qui embrasse tout, exauce la prière de ton serviteur prosterné devant toi. Accorde-moi le recueillement, la ferveur, la sincérité nécessaires pour les sentiments que je te veux exprimer. Sois-moi propice, O Père Ineffable, à moi et à toutes celles et à tous ceux pour qui je te viens supplier. Pour mes frères dans l’Ordre, pour mes parents, pour mes amis, pour mes ennemis, pour les vivants et pour les morts, toutes tes créatures, O Seigneur Miséricordieux. Exauce-moi donc, O mon Dieu, accorde-moi le don de te prier avec efficience. Voici que je m’abandonne à ta sainte garde. Prends donc pitié de moi, et que ta sainte volonté soit faite. Amen ( + ). Et vous mes Patrons, esprits dégagés des liens de la matière, vous qui jouissez désormais du fruit de vos vertus et dont j’ai le bonheur de porter les noms, je vous conjure par ce Nom que vous-même avez invoqué avec tant de ferveur, de confiance et de succès, je vous conjure de contribuer à mon éternel salut, je vous en conjure par votre sainte intercession et par votre protection auprès du Père de Miséricorde, auprès du Fils Rédempteur, auprès de l’Esprit Conservateur. Obtenez pour moi et pour tous mes frères les grâces de la divinité, ses faveurs, sa clémence, qui vous récompensent des combats que vous avez dû livrer en ce séjour où je me trouve encore. Faites que, par votre assistance salutaire, je vive et je meure comme vous, dans la Paix, dans la joie, dans la sainteté. Amen ( + ).

Et toi, O Esprit pur, mon gardien, chargé par l’Éternel de veiller sur moi pour ma réconciliation de mon être spirituel, je te conjure, par le Nom du Dieu de Miséricorde, de venir au secours de âme toutes les fois qu’elle sera en danger de succomber au mal, toutes les fois qu’elle t’appellera pars ses désirs, ses soupirs, et ses méditations, toutes les fois qu’elle aura faim et soif de conseils, d’instructions et d’intelligence. Aide-moi donc, O mon gardien, à obtenir l’assistance et la protection des Patrons que je viens d’invoquer, comme la soumission des Esprits qui me restent à évoquer en cette Opération. Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

L’Opérant fait silence quelques instants et remet une assez forte quantité d’encens dans l’encensoir. Il va maintenant prier pour la diffusion de la doctrine Martiniste dans le monde entier : « Dieu tout Puissant et Eternel, qui a daigné révéler ta gloire à toutes les nations et as fait bénéficier nos Maîtres d’une révélation essentielle à notre salut commun, daigne donc Seigneur, perpétuer les Œuvres de ta Miséricorde afin que le message de nos maîtres, enfin répandu sur toute la terre en vue de la réintégration universelle de tous les êtres créés en leurs premières propriétés, vertus et puissances spirituelles et divines, pénètre tous les hommes de bonne volonté, et qu’ils persévèrent ainsi dans nos traditions et nos œuvres avec une foi ferme et ardente aussi bien que dans la confession de ton saint Nom. Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

L’Opérant médite quelques instants et prie ensuite pour l’harmonie, la concorde et la fidélité des frères : « O Dieu, dispensateur unique de la paix, conservateur Tout-Puissant de toutes les choses que Tu as créées, nous te prions pour que nos frères et nos sœurs demeurent, pour un temps immémorial, fidèles à la mystique et aux œuvres qu’ils ont librement choisies et acceptées en entrant dans l’ordre, et que, par Ta Grâce, demeurant soumis à la hiérarchie et à la disciple du dit ordre, ils ne faillissent jamais à leur promesse. Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

L’Opérant médite quelques instants et prie ensuite pour les dignitaires et les Maîtres de l’ordre : « Dieu Tout-Puissant et Éternel, nous t’implorons humblement, nous tous, tes serviteurs, pour que Tu daignes diriger et conduire les Maîtres et les dignitaires de notre ordre, protégeant leurs âmes et éclairant leurs esprits, afin qu’ils puissent, pour un temps immémorial, remplir dignement et efficacement les devoirs qu’ils ont acceptés. Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

L’Opérant médite quelques instants et prie ensuite pour le triomphe de la Spiritualité Universelle : « Dieu Tout-Puissant et Éternel, qui as révélé Ta gloire à toutes les nations chrétiennes, daigne Seigneur, conserver les œuvres de Ta Miséricorde afin que Ton Église Universelle d’ici-bas, reflet de celle d’en haut, répandue par toute la Terre, persévère avec une foi ferme et indestructible dans la confession de ton saint Nom. Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

L’Opérant médite quelques instants et prie ensuite pour la Paix du monde : « Dieu Éternel, par qui nos désirs deviennent saints, nos desseins droits, et nos œuvres justes, daigne, Seigneur Miséricordieux, accorder à Tes serviteurs cette paix que le monde ne peut leur donner, afin que nos cœurs soient soumis à Ta sainte volonté, et que, soustraits à la terreur de nos ennemis, nos jours demeurent tranquilles sous Ta protection et cette de Tes anges, promus à la conduite des nations. Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

L’Opérant médite ensuite quelques instants et prie ensuite pour les fruits de la terre : « Dieu Tout-Puissant et Eternel, qui as créé toutes choses pour l’utilité du genre humain, daigne Seigneur, répandre tes bienfaits si nécessaires de ta bienveillance sur la surface de ce monde temporel afin que, nourris de tes dons et te rendant grâce, nous recherchions avec plus de confiance encore le Pain de la Vie Eternelle. À toutes tes créatures, O Seigneur Miséricordieux, hominales, animales, végétales, que par un effet providentiel de ta grâce, tu daignes accorder la nourriture quotidienne, et que d’elles toutes soient écartés les spectres de la famine, de la soif, de la misère et de la mort. Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

L’Opérant prie maintenant pour les frères et les sœurs de l’ordre, leurs proches et tous les maîtres passés : « O Dieu Éternel, qui dispense le pardon et désire le salut des hommes, nous supplions ta sainte Clémence d’accorder aux frères et aux sœurs de l’ordre, à leurs parents et à leurs proches, comme aux maîtres passés qui tous ont quitté ce siècle, de partager avec Tes saints et tes anges, la béatitude éternelle par le retour à leurs célestes origines, et l’Unité originelle enfin reconquise. À toutes ces âmes, O Seigneur Miséricordieux, daigne pour un temps immémorial, accorder le repos éternel, et que la lumière qui ne s’éteint pas rayonne sur eux. Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

L’Opérant remet une assez forte quantité d’encens dans l’encensoir, médite quelques instants et prie maintenant pour les âmes errantes : « Dieu Tout-Puissant et Eternel, qui a daigné sauver les fils d’Israël des attaques des serpents brûlants durant la longue errance de quarante années dans le désert, à la seule condition de lever les yeux avec confiance vers le serpent d’airain exposé aux regards de tous, daigne, en Ta Clémence, O Seigneur Miséricordieux, accorder aux âmes errantes perdues dans les ténèbres de l’au-delà, de se souvenir du nom du rédempteur, et d’échapper ainsi aux attaques et aux pièges des esprits démoniaques, acharnés à les perdre. Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

L’Opérant médite quelques instants et prie maintenant pour la réillumination des âmes enténébrées par le matérialisme athée : « Dieu Tout-Puissant et Eternel, qui sauva les hommes et ne laissera périr aucune de Tes créatures, daigne Seigneur, regarder d’un œil favorable les âmes trompées par la ruse de Shaitan, notre adversaire, afin qu’ayant abandonné toute malice, ces âmes se repentent de leurs erreurs et retournent un jour en l’Unité de Ta sainte Vérité. Exauce donc, Seigneur Miséricordieux, la prière que je t’adresse pour que soit dissipé l’aveuglement des peuples qui ont oublié ton saint Nom, afin qu’ayant vu la lumière de Ta Vérité, qui est le Christ notre rédempteur, ces peuples soient arrachés aux ténèbres. O toi, Seigneur, qui ne recherches pas la mort des hommes, mais la vie même du pécheur, daigne, Seigneur, accueillir favorablement mes prières pour ces peuples. Délivre les nations égarées du culte des idoles, et réunis-les en ta sainte église, éternelle et universelle, loin de ce monde de douleur, et pour la plus grande gloire de Ton saint Nom. Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

L’Opérant prie maintenant pour les malades, les affligés, et les prisonniers : « Dieu Tout- Puissant et Éternel, nous te supplions humblement d’accorder à tous les infirmes, les malades, les affligés et les prisonniers, la santé et la liberté, de sorte que, délivrés de la maladie et de la captivité, ils puissent venir rendre grâces à Ta Miséricorde, O Seigneur de toutes grâces. Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

L’Opérant médite quelques instants et prie ensuite pour les chefs et les conducteurs des états chrétiens : « Dieu Tout-Puissant et Eternel, qui tient en tes mains tout pouvoir et toute

autorité pour tous les royaumes de la terre, nous implorons humblement Ton saint Nom pour que tu daignes confirmer dans la paix et la véritable concorde les chefs des états chrétiens et que tu daignes leur inspirer la forte résolution de délivrer la terre entière du fléau de la discorde et de la guerre, aussi bien que des ravages des combats fratricides entre tous les hommes. Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

L’Opérant médite quelques instants et prie ensuite pour les chefs et conducteurs des états non chrétiens : « Dieu Tout-Puissant et Éternel, qui tient entre tes mains tout pouvoir et l’autorité de tous les royaumes de la terre, nous implorons humblement Ton saint Nom pour que tu daignes inspirer aux chefs et aux conducteurs des états et des peuples non chrétiens, à défaut de la grâce actuelle d’une conversion à ta sainte loi et au culte de ton divin fils, le Christ notre seigneur, la faveur d’un comportement pacifique et digne, sage et éclairé, charitable et tolérant, et que l’ange que tu as daigné commettre à la conduite de chacun des peuples ou de ces nations, les maintiennent toujours dans le chemin de la Paix et de la Concorde et de la Tolérance, aussi bien que du respect de tes fidèles élus, O Seigneur Miséricordieux. Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

L’Opérant médite quelques instants et prie ensuite pour le genre humain tout entier : « Dieu Eternel et Tout-Puissant, qui t’es servi de ton fils comme d’une pierre angulaire pour réunir les juifs et les gentils, s’élevant comme deux murs sur deux fondations opposées, et qui a réuni ces deux troupeaux contraires sous un même pasteur, le réparateur éternel, le Christ Jésus, fais donc, Seigneur, qu’en vue des pieux hommages que l’humanité te rendra un jour, toute entière, en ta sainte cité d’en-haut, tes créatures demeurent finalement unies, un jour proche, par le lien indissoluble de la charité, et ne permets point, Seigneur Miséricordieux, que la division des esprits et la perversité des cœurs, séparent ceux qui ne formaient, à l’origine, qu’une seule famille sous l’autorité d’un seul père, afin que, se retrouvant un jour dans le même temple céleste, tous demeurent alors sous en ta sainte garde. Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

L’Opérant médite quelques instants et prie pour les esprits dégradés et déchus au sein du règne minéral : « Dieu Tout-Puissant, Eternel Créateur et conservateur de tous les êtres, voici que nous prions et te supplions pour tous les esprits déchus et dégradés, enfermés au sein de la nature minérale en conséquence de notre propre chute. À ces âmes, comme à toutes celles des autres règnes, daigne enfin, O Seigneur Miséricordieux, accorder la libération et le retour au Plérôme initial. Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

L’Opérant médite quelques instants et prie ensuite pour les esprits dégradés et déchus au sein du règne végétal : « Dieu Tout-Puissant et Eternel créateur et conservateur de tous les êtres, voici que nous te prions et te supplions pour que nous te prions et te supplions pour tous les esprits, déchus et dégradés, enfermés au sein de la nature végétale en conséquence de notre propre chute. À ces âmes, comme à toutes celles des autres règnes, daigne enfin, O Seigneur Miséricordieux, accorder la libération et le retour au Plérôme initial. Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

L’Opérant médite quelques instants et prie ensuite pour les esprits dégradés et déchus au sein du règne animal : « Dieu Tout-Puissant, éternel créateur et conservateur de tous les êtres, voici que nous te prions et te supplions pour que tous les esprits déchus et dégradés, enfermés au sein de la nature animale en conséquence de notre propre chute. À ces âmes comme à toutes celles des autres règnes, daigne enfin, O Seigneur Miséricordieux, accorder la

libération et le retour au Plérôme initial, en les réintégrant au sein de l’Archétype. Par Yehshouah, notre Seigneur. Amen ( + ). »

L’Opérant observe alors une légère pause et verse une certaine quantité d’encens dans l’encensoir et s’apprête à prononcer l’exorcisme suivant ou l’exorcisme que lui permet son éventuel grade dans l’église gnostique apostolique universelle.

La Fraternité Martiniste

La Fraternité Martiniste P ar Stanislas de Guaita . La Fraternité Martiniste. L’on a beaucoup écrit

La Fraternité Martiniste.

L’on a beaucoup écrit des Sociétés Secrètes ; beaucoup et mal : je veux dire fort inexac- tement. Ce n’est pas sans doute que de laborieuses recherches n’aient été accomplies ; mais la passion politique s’en est mêlée, et le malheur a voulu, qu’impatients de faire prévaloir une thèse conforme à leurs préférences, les historiographes de ces Fraternités ne demandassent pour la plupart, au pêle-mêle des documents par eux amassés, que des pièces justificatives quand même d’une opinion conçue d’avance.

D’ailleurs, chose curieuse ! Abstraction faite des tendances de parti, le propre du sujet a toujours été d’exalter outre mesure[1] et de griser l’imagination des plus impartiaux. Ils se révèlent impuissants à trier rationnellement les matériaux dont ils regorgent, aies examiner au flambeau d’une saine critique, à les classer enfin suivant leur importance et leur authenticité. Loin d’en rien déduire de lumineux, de typique et de péremptoire, ils se traînent péniblement dans le dédale des plus hasardeuses conjectures, tout pesants d’une érudition mal digérée :

comme ces frelons en goguette, ivres d’un miel de contrebande, bourdonnent sur place, l’aile frémissante ; ils ne savent plus se décider à prendre essor, pour avoir trop copieusement butiné les raisins mûrs.

Dès qu’il s’agit de Sociétés Secrètes, il est remarquable que la passion aveugle le plus grand nombre et que chacun s’obstine avec délices, même contre l’évidence : d’où grand désarroi dans les idées, et solutions qui se croient absolues, dans les sens les plus contradictoires. Quelques écrivains, comme le constituant Mounier 1 , méconnaissent l’influence très réelle et souvent décisive que ces associations mystérieuses ont pu exercer sur la marche des événements sociaux et politiques ; d’autres, n’y voyant — tel l’auteur estimable au reste du pamphlet de 1819[2] — que des ruches de conspirateurs et des conventicules de révolutionnaires plus ou moins farouches, qualifient de jongleries insignes les rites de ces Fraternités, et dénoncent leurs doctrines comme trompe-l’œil à l’usage des naïfs, ou comme prétexte à dérouter la méfiance des gouvernements établis.

Il faut chercher le vrai entre ces deux opinions extrêmes. Toutes deux sont justes d’ailleurs partiellement : il ne s’agit que de s’entendre.

Une distinction s’impose tout d’abord, entre les Sociétés dogmatiques ou Renseignement, et les Sociétés de propagande ou d’action. L’ordre des Philosophes Inconnus, dont nous avons touché un mot, pourrait être pris pour type des premières ; celui des Francs-Juges, que nous

avons signalé plus au long sous le nom de Sainte-Vehme, conviendrait comme type des secondes.

D’autres, comme la Maçonnerie primitive, l’ancienne Rose-Croix et la Rose-Croix rénovée, procèdent à la fois de ces deux classes.

Le Tombeau de Jacques Molay[3], par Cadet de Gassicourt, ne laisse aucun doute sur le double caractère de l’ancienne Maçonnerie, prolongement occulte de l’Ordre des Templiers. Nous-mêmes avons ailleurs assez nettement éclairci ce point décisif. Quoi qu’il en soit, il ne paraît pas inopportun de transcrire ici le sommaire des doctrines que Cadet de Gassicourt attribue aux Illuminés Théosophes : appellation générale dans laquelle il englobe et confond les Martinistes et les dignitaires des hauts grades de la maçonnerie.

Que le lecteur initiable nous veuille accorder toute son attention : il va trouver condensés, sous une forme équivoque, parfois paradoxale ou même blasphématoire en apparence, plusieurs des hauts mystères de l’Occultisme.

THÉORIES DES ILLUMINÉS

Dieu n’est pas dans l’espace.

Dieu lui-même est homme et l’homme est Dieu.

L’Essence divine est amour et sagesse.

L’amour divin et la sagesse divine sont substance et forme.

L’usage de toutes les créatures monte par degrés, depuis l’être le plus éloigné de l’homme jusqu’à l’homme ; et par l’homme, jusqu’au Créateur, principe de tout[4].

Dieu est le même dans le plus petit comme dans le plus grand.

Dans le monde spirituel, on voit des terres, des eaux, des atmosphères, comme dans le monde naturel ; mais celles du premier sont spirituelles et celles du second sont matérielles.

Le Seigneur de tout, Jehovah[5] a pu créer l’Univers et tout ce qu’il contient, sans être homme.

Il existe, dans les matières, une Force qui tend à la production des formes des êtres.

Toutes les formes des productions de la nature présentent une espèce d’image de l’homme.

Tout ce qui est dans l’Univers, considéré quant aux différents êtres, présente une image de l’homme, et atteste que Dieu est homme[6]. II existe deux facultés ou principes, la Volonté et l’Entendement, créés pour être les réceptacles du Seigneur.

La vie de l’homme est dans ses principes et ses principes sont dans son cerveau.

La vie corporelle de l’homme existe par la correspondance du vouloir avec le cœur, et de l’entendement avec le poumon[7].

Cette correspondance peut nous découvrir plusieurs choses ignorées, tant sur ce qui concerne la volonté et l’entendement que sur l’amour et la sagesse.

Quand on connaît la correspondance du cœur avec la volonté et celle de l’entendement avec le poumon, on connaît ce que c’est que l’âme de l’homme.

La Sagesse ou l’Entendement tient de l’Amour divin le pouvoir de s’exalter, de recevoir la lu- mière du Ciel et de comprendre ce qu’elle manifeste.

L’amour divin, épuré par la sagesse, dans l’entendement, devient spirituel et céleste.

Mais ces généralités, si importantes soient-elles, débordent notre cadre.

Que le lecteur y prenne garde. Pour avoir ouvert une parenthèse et transcrit l’énoncé de ces principes, dont la portée est vraiment capitale ; pour y avoir joint quelques observations d’en- semble, nous n’avons prétendu traiter ici, ni des Sociétés Secrètes, en général, ni de leurs rites et de leurs doctrines. Néanmoins, c’est à la faveur de la distinction faite plus haut qu’il nous reste à préciser, en quelques traits assez fermes, le but et l’organisation de deux sociétés occultes en 1890.

Le

élémentaire et de diffusion de l’Ésotérisme. Dans la RoseCroix il faut voir un ordre à la fois

d’enseignement

constitue

un

groupe

purement

initiatique,

une

société

d’Enseignement et d’Action.

Le Martinisme, fondé, à l’instar de la Maçonnerie, sur le Ternaire occulte, comprend trois grades : l’Affilié (1 er degré) correspond à l’Apprenti maçon ; l’initié (2 e degré) correspond au Compagnon ; l’Initiateur (S I , 3 e degré) correspond au maître.

Toutefois, comme le fait judicieusement observer notre frère Papus : « L’instruction d’un membre du 1 er degré des S I dépasse de beaucoup, au point de vue traditionnel, non seulement celle d’un maître, mais celle d’un 33 e franc-maçon. »[8]

Également divisée en trois degrés, la RoseCroix vient se greffer sur le Martinisme ; car, pour prétendre au 1 er grade de la Rose-Croix, il faut se justifier titulaire du 3 e grade martiniste (S I ). C’est une condition formelle de l’admission.

On peut donc être Initiateur S I sans s’affilier à l’ordre de la RoseCroix ; mais je le répète, tout affilié Rose Croix, fut-il du 1 er grade, a nécessairement gravi les trois degrés martinistes.

Les enseignements martinistes portent sur les principes de l’Ésotérisme et sur la synthèse des Religions : étant élémentaires, ils n’offrent rien qu’il soit défendu de divulguer ; seule, la base du symbolisme doit être tenue secrète. Nous n’estimons enfreindre aucun serment en livrant au public les détails qui vont suivre.

Le temple peut être tendu dans une simple chambre. Quand le profane est introduit, il se trouve entouré d’un certain nombre d’hommes masqués qui sur sa poitrine pointent en silence leur épée nue. Coiffés de bandelettes à l’égyptienne, ils se montrent vêtus dans certains cas, d’une robe de pourpre ou d’écarlate, ample et flottante. On fait asseoir le postulant sur un fauteuil drapé de laine blanche en face d’un autel 1 où brillent, disposés dans l’ordre prescrit,

un nombre donné de luminaires : ce sont ordinairement des cierges de teintes bien tranchées. Divers objets emblématiques en nombre préfixe (sphinx de bronze, masque, poignard, tête de

reposent, groupés selon le Rituel, sur trois tapis

superposés, de couleurs disparates. Au fond delà pièce flamboie l’Étoile du Microcosme, le Pentagramme rayonnant de la Sainte Kabbale. Le récipiendaire est questionné sur l’enchaînement des circonstances qui l’ont conduit au seuil de l’occultisme, et lui ont fait désirer l’initiation. Puis on l’interroge sur Dieu, l’Homme et l’Univers. Suivant celui de ces trois objets qui semble l’intéresser davantage, on conclut à son aptitude spéciale pour la Métaphysique, ou la Psychologie, ou les Sciences Naturelles : et l’initiateur, dans ses en- seignements ultérieurs, a soin d’insister en conséquence sur des preuves ou des arguments tirés de celle des trois sciences que le néophyte a paru préférer. Toutefois, comme la Liberté est dans l’Ordre un principe fondamental et absolu, celle du profane est réputée inviolable : il est donc libre d’opposer un refus de répondre à toutes ces questions. On n’a droit d’exiger de lui qu’une seule chose : le serment de taire la base du symbolisme et aussi le nom de son Initiateur, le seul de tous les assistants qu’il soit censé connaître. L’enseignement lui est enfin transmis, et tous les membres présents le consacrent Affilié, Initié ou Initiateur, suivant les cas, en le touchant légèrement de leur glaive. Un discours synthétique clôt d’habitude la séance, et l’un des S I reconduit en silence le récipiendaire jusqu’à la porte d’entrée.

mort piquée d’une fleur, pantacles, etc

)

Lorsque le postulant est connu comme préalablement instruit des vérités sur quoi roule le programme martiniste, les trois grades peuvent lui être conférés coup sur coup, en une séance : ce mode d’initiation est dit : à titre honorifique.

« Aucune somme, si minime soit-elle, ne doit être perçue pour l’initiation. Le profane ne connaît que son initiateur, et doit cesser toute relation initiatique avec lui quand il devient initiateur à son tour. La Conscience est le seul juge des actes de l’Initié, et aucun membre n’a d’ordres à recevoir de qui que ce soit… Chaque Initiateur instruit une foule de membres, qui, devenant initiateurs à leur tour, donnent au mouvement une importance réelle. »

« Le défaut de l’organisation martiniste provient, à notre avis, de la liberté absolue laissée à chacun des membres de l’Ordre. Il en résulte une série de groupes séparés, qui sont indivi- duellement très fortement constitués, mais qui doivent, à un moment donné, être susceptibles de se réunir. C’est du reste ce qui se fait en ce moment. » (PAPUS, Sociétés d’Initiation, page

13.)

Ces lignes, de notre ami, complètent nos indications et se passent de commentaires. Ajoutons seulement que les Martinistes sont redevables à l’un des grands adeptes du moyen âge, l’abbé Jean Tritheim, d’un procédé stéganographique et qui leur permettra d’accomplir à l’heure voulue cette réunion si désirable, cette mobilisation théosophique attendue de tous… En tout cas, ils trouveront toujours dans la Rose Croix l’élément de synthèse et d’unité qui leur a manqué trop longtemps.

En effet, si l’une de ces associations se réclame des principes de liberté sans frein et

d’initiative individuelle, l’autre est fondée tout entière sur les principes d’autorité collective et de Hiérarchie unitaire. Le Martinisme et la Rose-Croix constituent deux forces complémentaires, dans toute la portée scientifique du terme ; puissent-ils ne jamais l’oublier !

Stanislas de Guaita

Appendice IV extrait d’Essai de Sciences Maudites – Tome 1 : Au Seuil du Mystère, Georges Carré éditeur, Paris, 1890.

Notes :

[1] De l’Influence attribuée aux philosophes, aux francs-maçons et aux illuminés sur la Révolution de France, par J.-J. Mounier. — Paris, 1822, in-8.

[2] Des Sociétés secrètes en Allemagne et de la secte des illuminés. —Paris, 1819, in-8.

[3] Paris, an V, in-32, fig.

[4] Voilà complète et même complétée, l’idée-mère autour de laquelle pivote toute la synthèse de Darwin. — Notons que dès 1768, J.-B. Robinet publiait un ouvrage très curieux sous ce titre : Gradation naturelle des Formes de l’Être ou Essais de la Nature qui apprend à faire l’homme. (Amsterdam, in-8, figures.)

[5] Voir la note (2° partie de l’Appendice) où nous expliquons l’identité d’essence de XX et XXX, de Jehovah et à Adam-Ève.

[6] Les formules sont imparfaites, souvent mauvaises ; mais la Doctrine rayonne encore sous ce vêtement indigne d’Ève.

[7] Ne nous hâtons pas trop de crier à l’absurde !

[8] Les Sociétés d’initiation en 1889, par Papus (l’Initiation, page 13).

Du Martinisme et des Ordres Martinistes

Du Martinisme et des Ordres Martinistes P ar Jules Boucher . Tout ce qu’il faut connaître

Tout ce qu’il faut connaître de cette doctrine et de ses applications.

Le Martinisme est un enseignement spiritualiste fondé sur les écrits de Louis-Claude de Saint- Martin, dit Le Philosophe Inconnu.

Nous nous proposons de donner dans la présente étude ce qu’il est essentiel de connaître sur ce sujet.

LOUIS-CLAUDE DE SAINT-MARTIN.

Louis-Claude de Saint-Martin est né le 18 janvier 1743, à Amboise (Indre-et-Loire) ; il est mort à Aulnay, près de Sceaux (Seine), le 13 octobre 1803. Il est important de situer son existence dans le temps, afin de concevoir l’époque particulièrement troublée dans laquelle il se trouva placé.

Saint-Martin fit ses études de droit et devint avocat à Tours. Mais cet état ne lui convint guère et en 1765 il obtint un brevet d’officier au régiment de Foix. C’est son admission dans ce régiment qui devait décider de sa carrière philosophique, d’une part, en raison des loisirs que lui laissait sa nouvelle profession, et, d’autre part, par la connaissance qu’il y fit du capitaine de Grainville. Ce dernier faisait partie d’un groupe créé par Martinès de Pasqually.

MARTINES DE PASQUALLY.

Avant d’aller plus loin, il convient de dire un mot de Martinès de Pasqually, dont Saint- Martin fut le disciple et même le secrétaire. On ignore la date, le lieu de naissance et la nationalité de Martinès. Certains affirment qu’il était juif sans cependant pouvoir l’établir de façon certaine. On a dit aussi qu’il était de nationalité portugaise, du fait qu’il est allé en 1772 recueillir un héritage à Saint-Domingue, et que Grainville, son fervent disciple, était originaire

des Antilles. D’autres prétendent qu’il est né à Grenoble. On constate, en réalité, qu’on ne sait rien de certain de son origine.

Durant vingt années de 1754 à 1774, année de sa mort, Martinès de Pasqually travailla sans arrêt à la construction de son temple des Élus-Cohens (1).

à la construction de son temple des Élus-Cohens (1). Martinès de Pasqually Louis-Claude de Saint-Martin En

Martinès de Pasqually

de son temple des Élus-Cohens (1). Martinès de Pasqually Louis-Claude de Saint-Martin En 1754, il fonde

Louis-Claude de Saint-Martin

En 1754, il fonde le Chapitre des Juges Écossais à Montpellier ; en 1760, il établit un temple des Élus-Cohens à Foix et il initie de Grainville ; en 1761, il s’affilie à la loge La Française à Bordeaux et il y fonde un temple Cohen. Cette loge La Française devient en 1764, la Française Élue Écossaise, pour indiquer par ce nouveau nom qu’elle possède un Chapitre de grades supérieurs. Mais la direction de l’Obédience Maçonnique abolissant en 1766 toutes les constitutions relatives aux grades supérieurs aux trois premiers (apprenti, compagnon et maître), le Chapitre se trouve suspendu. C’est en cette même année 1766 que Martinès vint à Paris et fonda un temple Cohen avec Bacon de la Chevalerie, Jean-Baptiste Willermoz, Fauger d’Ignéacourt, le comte de Lusignan, Henri de Loos, de Grainville, etc. En 1767, il établit son Tribunal Souverain qui devait régenter tout l’Ordre des Élus-Cohens.

En 1768, Martinès de Pasqually rencontra Saint-Martin qui lui fut présenté. Cette rencontre devait avoir une grande importance pour l’un comme pour l’autre (2).

La personnalité et l’enseignement de Martinès de Pasqually firent sur Saint-Martin une impression profonde et durable. Réciproquement, Martinès fut lui-même influencé par Saint- Martin.

Ce dernier quitta le service militaire en 1771 et devint le secrétaire de Martinès.

Martinès qui jusque-là n’avait fait qu’ébaucher un peu partout son Ordre Cohen d’une façon quelque peu incohérente y met de l’ordre, envoie des instructions plus précises, des rituels, etc. (3). On reconnaît là la collaboration de Saint-Martin.

En 1773, Martinès part pour Saint-Domingue et il y meurt le 30 septembre 1774.

LE « TRAITÉ DE LA RÉINTÉGRATION ».

Martinès de Pasqually a exposé sa doctrine dans un livre : Traité de la Réintégration des Êtres dans leurs premières propriétés, vertus et puissances spirituelles et divines. Ce livre fut publié en 1899 par la Bibliothèque Chacornac. On ne connaissait, avant cette publication, que des manuscrits qui différaient dans leur forme d’expression bien que le fond restât le même.

Cet ouvrage est d’une lecture très ardue et facilement décourageante. Martinès y expose sa théorie de la Chute et de la Réintégration. Quelques extraits pourront donner une idée de l’œuvre de Martinès :

« Avant le temps, Dieu émana des êtres spirituels, pour sa propre gloire, dans son immensité divine… Ils étaient donc libres et distincts du Créateur et l’on ne peut leur refuser le libre arbitre avec lequel ils ont été émané sans détruire en eux la faculté, la propriété, la vertu spirituelle et personnelle qui leur étaient nécessaire pour opérer avec précision dans les bornes où ils devaient exercer leur puissance… (P. 7).

Comment (ces êtres spirituels) pouvaient-ils condamner l’éternité divine ? C’est en voulant donner à l’Éternel une émanation égale à la leur, ne regardant le Créateur que comme un être semblable à eux, et qu’en conséquence il devait naître d’eux des créatures spirituelles qui dépendraient immédiatement d’eux-mêmes, ainsi qu’ils dépendaient de celui qui les avait émané. Voilà ce que nous appelons le principe du mal spirituel, étant certain que toute mauvaise volonté conçue par l’esprit est toujours criminelle devant le Créateur, quand bien même l’esprit ne la réaliserait pas en action effective. C’est en punition de cette simple volonté criminelle que les esprits ont été précipité par la seule puissance du Créateur dans des lieux de sujétion, de privation et de misère impure et contraire à leur être spirituel qui était pur et simple par leur émanation… (P. 11-12).

À peine ces démons ou esprits pervers eurent conçu d’opérer leur volonté d’émanation semblable à celle qu’avait opérée le Créateur, qu’ils furent précipités dans des lieux de ténèbres pour une durée immense de temps, par la volonté immuable du Créateur. Cette chute et ce châtiment nous prouvent que le Créateur ne saurait ignorer la pensée et la volonté de sa créature ; cette pensée et cette volonté, bonnes ou mauvaises, vont se faire entendre directement au Créateur qui les reçoit ou les rejette. On aurait donc tort de dire que le mal vient du Créateur, sous prétexte que tout émane de lui.

Du Créateur est sorti tout être spirituel, bon, saint et parfait : aucun mal n’est et ne peut être émané de lui. Mais que l’on demande d’où est donc émané le mal ? Je dirai que le mal est enfanté par l’esprit et non créé… » (P. 17-18).

est enfanté par l’esprit et non créé… » (P. 17-18). Sceau Elu-Cohen Le Traité de la

Sceau Elu-Cohen

Le Traité de la Réintégration est une œuvre compacte de près de quatre cents pages, sans aucune division en paragraphes ou chapitres. Souventes fois Martinès commente l’Écriture et donne une explication des noms hébraïques. On a dit, nous l’avons exposé plus haut, que Martinès était juif. Or, voici la distinction qu’il fait entre la signification des mots : juif, hébreu et israélite :

« Le mot juif signifie juste ; et la langue judaïque signifie le langage de la sainteté de l’Esprit divin qui dirige l’opération de ces hommes justes. Le mot hébreu signifie la postérité d’un homme sage que l’Écriture appelle Héber ; et la langue hébraïque signifie le langage de la postérité d’Héber. Mais cette langue est très différente de la langue judaïque, parce qu’il n’y a, parmi cette postérité d’Héber aucun de ces vrais hommes justes ou juifs, et que, depuis ces temps passés, il n’en a été suscité aucun par l’éternel pour instruire parfaitement cette postérité de la vraie langue qu’elle a perdue, quoi qu’elle croie l’avoir et la suivre très exactement… Je me sers ici du mot israélite, quoique le nom d’Israël ne fut pas encore connu dans le temps dont je parle. Israël signifie fort contre Dieu et Israélites, forts en Dieu. C’est pourquoi je donne ce nom aux sages Noéchites de la postérité de Noé. Tout ceci nous apprend donc que le mot hébreu veut dire confusion, ainsi que nous l’enseigne très parfaitement le nom d’Israël, donné à ce peuple par ordre du Créateur, et qui signifie fort contre l’Éternel. Rien, dans le monde, n’est plus agréable et plus fort envers le Créateur que la prière et linvocation des Juifs, et rien de plus indifférent et de plus rapineux que le cœur de l’Hébreu. Ceci ne doit point nous surprendre, puisque ce peuple ne possède plus les lois divines et qu’il se contente du cérémonial d’une loi qui lui a été enlevée ignominieusement… » (P. 193-194).

LES « MAÎTRES » DE SAINT-MARTIN.

Si Louis-Claude de Saint-Martin subit l’influence de Martinès de Pasqually, il est un autre de ses « maîtres » qu’il ne faut pas négliger : c’est Jacob Boehme.

Rappelons que Boehme, mystique allemand, est né en 1575 et mort en 1624 ; il écrivit de nombreux ouvrages dans un style particulier dont la terminologie est alchimique ou mieux hermétique.

Saint-Martin fut enthousiasmé par la lecture de Jacob Boehme et il traduisit en français plusieurs de ses ouvrages.

Saint-Martin a lui-même résumé les influences qui ont agi sur lui dans le Portrait de Saint- Martin fait par lui-même qui a été publié dans ses Œuvres Posthumes. Il écrit :

« C’est à l’ouvrage d’Abbadie intitulé l’Art de connaître que je dois mon détachement des choses de ce monde. C’est à Burlamaqui que je dois mon goût pour les choses naturelles de la raison et de justice de l’homme. C’est à Martinès de Pasqually que je dois mon entrée dans les vérités supérieures. C’est à Jacob Boehme que je dois les pas les plus importants que j’aie faits dans ces vérités. »

Le traité de Jacques Abbadie : L’Art de se connaître soi-même, ou la recherche des Sources de la Morale fut publié en 1692 et eut de nombreuses rééditions. Abbadie était un théologien protestant (1654-1727) dont la renommée fut très grande. Saint-Martin, né en 1743, fut, comme pour Boehme, son disciple posthume.

Burlamaqui, né et mort à Genève (1694-1748), fut un juriste et un philosophe. Ses œuvres ont été imprimées sous le titre général : Principes du Droit de la Nature et des Gens.

Le seul maître vivant auquel Saint-Martin eut affaire fut donc Martinès de Pasqually.

On a dit aussi que Swedenborg avait influencé Saint-Martin, mais cela est douteux, car Saint- Martin n’en fait pas mention. Rappelons que Swedenborg fut un mystique suédois qui vécut de 1688 à 1772.

LA PERSONNALITÉ DE SAINT-MARTIN.

Saint-Martin ne fut pas un disciple, au sens habituel de ce mot. Il affirma très tôt sa personnalité, particulière.

Dans l’enseignement de Martinès, les « travaux pratiques » tenaient une grande place. Ces travaux consistaient en l’évocation de ce que Martinès appelait « la Chose », se manifestant par des « passes », c’est-à-dire par des apparitions fugitives et lumineuses.

Saint-Martin rejeta ces opérations comme étant trop « matérielles ». « Faut-il, a-t-il dit, tant d’opérations pour prier Dieu » ? Saint-Martin fut franc-maçon, mais ne trouvant pas dans la Maçonnerie la haute spiritualité qui fut sienne, il s’en retira et il exigea que son nom fût rayé des listes où il figurait.

Martinès fut maçon, lui aussi. Mais s’attachant surtout à l’institution et à la rénovation de hauts grades, il ne réussit pas à réformer la Maçonnerie ainsi qu’il le désirait.

LE LIVRE « DES ERREURS ET DE LA VÉRITÉ ».

Ces préliminaires étant posés, nous étudierons sommairement l’œuvre écrite de Saint-Martin.

Son premier ouvrage : Des erreurs et de la Vérité, ou Les Hommes rappelés au Principe Universel de la Science fut publié en 1775, avec le sous-titre suivant : Ouvrage dans lequel, en faisant remarquer aux observateurs l’incertitude de leurs recherches, et leurs méprises continuelles, on leur indique la route à suivre pour acquérir l’évidence physique sur l’origine de bien et du mal, sur la nature sacrée, sur la base des gouvernements politiques, sur l’autorité des Souverains, sur la Justice civile et criminelle, sur les Sciences, les Langues et les Arts, par un philosophe inconnu.

Cet ouvrage fut composé par Saint-Martin alors qu’il était hébergé chez Willermoz à Lyon.

« Willermoz et le petit cercle des fidèles prenaient connaissance de l’ouvrage au fur et à mesure que Saint-Martin le rédigeait. Ils débattaient ensemble ce qu’on pouvait dire et ce qu’on devait taire. Il n’était pas très facile d’en décider et plus d’une fois les discussions naquirent. Les meilleures preuves sur l’existence du monde immatériel et divin étaient justement celles sur lesquelles ils avaient juré un inviolable secret. Quel degré de clarté pouvait-on donner aux notions sur le pourquoi et le comment des choses dont la connaissance est réservée en tout temps à un plus petit nombre ? »

« Ils étaient tous d’avis qu’il ne fallait exprimer de si précieuses vérités que d’une manière énigmatique, afin de sauvegarder les engagements sacrés qui dans tous les siècles du monde ont commandé rigoureusement aux initiés le silence et la discrétion. » (4)

Ceci explique les obscurités et les réticences voulues qui se rencontrent dans ce livre.

JEAN-BAPTISTE WILLERMOZ.

obscurités et les réticences voulues qui se rencontrent dans ce livre. JEAN-BAPTISTE WILLERMOZ. Jean-Baptiste Willermoz

Jean-Baptiste Willermoz

La figure de Willermoz, qui vient d’être cité, mérite qu’on s’y arrête. Willermoz est né à Lyon en 1730 et mort dans cette même ville en 1824. Il fut initié à la Maçonnerie dès 1750 et en

1753 il fonde la loge La Parfaite Amitié, dont il est élu Vénérable. Il organise la Maçonnerie

dans toute la région lyonnaise et en 1762-1763 il devient Grand-Maître de la Mère-Loge. En 1766, à la suite des désordres qui marquèrent la Maçonnerie, on sait que les réunions furent interdites par un édit et que le Comte de Clermont, Grand-Maître, fit signifier que le Comité

Directeur de Paris suspendait ses travaux. C’est cette même année que Willermoz eut connaissance de l’Ordre de Martinès et y fut admis, à Versailles, par Martinès lui-même.

En 1771, Willermoz reçoit des instructions qui émanent non plus de Martinès, mais de Saint- Martin, dont il apprécie l’ordre et la méthode. Willermoz fut un mystique très attaché à la forme et aux « expériences », bien qu’il ait été constamment déçu. Saint-Martin essaie de l’engager dans la voie « intérieure », mais Willermoz, qui est dans la vie ordinaire un commerçant avisé et par cela même essentiellement « pratique », ne peut le suivre. Willermoz a besoin de « preuves » pour affermir son spiritualisme.

MARTINÈS, SAINT-MARTIN ET WILLERMOZ.

Il est à remarquer que ces trois hommes : Martinès, Saint-Martin et Willermoz, si différents les uns des autres, auraient pu former par leur action conjointe une société puissante.

Martinès apportait son dynamisme d’initiateur et ses connaissances pratiques des opérations magiques, Saint-Martin sa haute mystique, son talent d’écrivain et son don d’analyse. Willermoz, ses capacités d’organisateur et son idéalisme pratique.

Dans une telle société, Martinès eut été le « corps », Saint-Martin l’« esprit », et Willermoz l’« âme », c’est-à-dire l’intermédiaire reliant l’esprit au corps.

En fait, Martinès a laissé le « Martinésisme » et Saint-Martin le « Martinisme ». Deux enseignements qui, s’ils ne sont pas opposés, sont cependant très différents. Le premier est une voie « extérieure » et le second une voie « intérieure ».

LES ŒUVRES DE SAINT-MARTIN.

Le second ouvrage de Saint-Martin est le Tableau Naturel des Rapports qui existent entre Dieu, l’Homme et l’Univers, publié en 1782. Cet ouvrage fut réimprimé en 1900 par Papus, et fut réédité récemment en 1946. Ce livre comporte 22 chapitres et en raison de ce nombre on a voulu y voir une analogie avec les 22 arcanes du Tarot.

Vinrent ensuite : L’Homme de Désir (1792) ; Ecce Homo (1792); Le Nouvel Homme (1792); Considérations philosophiques et religieuses sur la Révolution française (1796); Eclair sur l’Association humaine (1797); Le Crocodile ou la Guerre du Bien et du Mal (1798); Le Ministère de l’Homme-Esprit (1802), pour ne citer que les œuvres principales.

Saint-Martin traduisit certains ouvrages de Jacob Boehme, notamment : L’Aurore Naissante

ou la Racine de la philosophie, de l’Astrologie et de la Théologie. Cet ouvrage fut publié en

1800 et une réimpression (en français) fut faite à Milan en 1927.

Ce livre est un alliage de la pensée de Boehme avec celle de saint Martin. Ce dernier écrit en effet dans son introduction :

« Mes lecteurs conviendront que ma tâche de traducteur avait par elle-même assez de difficultés, quand ils apprendront que les savants les plus versés dans la langue allemande ont de la peine à comprendre le langage de Boehme, soit par son style antique, rude et peu soigné, soit par la profondeur des objets qu’il traite et qui sont si étrangers pour le commun des hommes ; quand ils sauront, surtout, que dans ces sortes de matières, la langue allemande a nombre de mots qui renferment chacun une infinité de sens différents ; que mon auteur a continuellement ces mots indécis, et qu’il m’a fallu en saisir et en varier la détermination précise selon les diverses occurrences… »

EXTRAITS DES ŒUVRES DE SAINT-MARTIN.

Pour donner un aperçu de la doctrine de Saint-Martin ou « Martinisme », on citera quelques passages de son œuvre, tirés du recueil publié par André Tanner en 1946.

Voici d’abord. « Origine et Fin de l’Homme », extrait du Tableau Naturel. On sent très nettement dans ce passage l’influence de Martinès de Pasqually et de la doctrine de la Réintégration.

« Éloignons donc de nous les idées criminelles et insensées de ce néant, auquel des hommes aveugles enseignent que nous devons notre origine. N’avilissons pas notre être : il est fait pour une distinction sublime, mais elle ne peut l’être plus que son Principe ; puisque selon les simples lois physiques, les êtres ne peuvent s’élever qu’au degré d’où ils sont descendus. Et cependant, ces lois cesseraient d’être vraies et universelles, si le principe de l’homme était le néant. Mais tout nous annonce assez nos rapports avec le centre même, producteur de l’universalité immatérielle, et de l’universalité corporelle, puisque tous nos efforts tendent continuellement à nous les approprier l’une et l’autre, et à en attacher toutes les vertus autour de nous.

Observons encore que cette doctrine, sur l’émanation de l’être intellectuel de l’homme, s’accorde avec celle qui nous enseigne que toutes nos découvertes ne sont en quelque sorte que des réminiscences. On peut dire même que ces deux doctrines se soutiennent mutuellement : car si nous sommes émané d’une source universelle de la vérité, aucune vérité ne doit nous paraître nouvelle ; et, réciproquement, si aucune vérité ne nous paraît nouvelle, mais que nous n’y apercevions que le souvenir ou la représentation de ce qui était caché en nous, nous devons avoir pris connaissance dans la source universelle de vérité…

On peut dire d’avance que tous les êtres créés et émané dans la région temporelle, et l’homme par conséquent, travaillent à la même œuvre, qui est de recouvrer leur ressemblance avec leur principe, c’est-à-dire de croître sans cesse jusqu’à ce qu’ils viennent au point de produire leurs fruits, comme il a produit les siens en eux. Voilà pourquoi l’homme, ayant la réminiscence de la lumière et de la vérité, prouve qu’il est descendu du séjour de la lumière et de la vérité… » (pp. 51-54).

Les considérations suivantes sur le temps et l’espace sont nettement métaphysiques :

« Le temps n’est que l’intervalle entre deux actions : ce n’est qu’une contraction, qu’une suspension dans les facultés d’un être. Aussi, chaque année, chaque mois, chaque semaine, chaque jour, chaque heure, chaque moment, le principe supérieur ôte et rend les puissances aux êtres, et c’est cette alternative qui forme le temps. Je puis ajouter, en passant, que

l’étendue éprouve également celle alternative, qu’elle est soumise aux mêmes progressions que le temps : ce qui fait que le temps et l’espace sont proportionnels.

Enfin, considérons le temps comme l’espace contenu entre deux lignes formant un angle. Plus les êtres sont éloignés du sommet de l’angle, plus ils sont obligés de subdiviser leur action, pour la compléter ou pour parcourir l’espace d’une ligne à l’autre ; au contraire, plus ils sont rapprochés de ce sommet, plus leur action se simplifie : jugeons par là quelle doit être la simplification d’action dans l’Être Principe qui est lui-même le sommet de l’angle. Cet être n’ayant à parcourir que l’unité de sa propre essence pour atteindre la plénitude de tous ses actes et de toutes ses puissances, le temps est absolument nul pour lui… » (P. 91-92).

Voici un passage que ne désavoueraient pas nos physiciens modernes :

« Il est incontestable que la matière n’existe que par le mouvement ; car nous voyons que quand les corps sont privés de celui qui leur est accordé pour un temps, ils se dissolvent et disparaissent insensiblement. Il est tout aussi certain, par cette même observation, que le mouvement qui donne la vie aux corps, ne leur appartient pas en propre, puisque nous le voyons cesser dans eux, avant qu’ils aient cessé d’être sensibles à nos yeux ; de même, nous ne pouvons douter qu’ils ne soient absolument dans sa dépendance, puisque la cessation de ce mouvement est le premier acte de leur destruction. Concluons donc que, si tout disparaît à mesure que le mouvement se retire, il est évident que l’étendue n’existe que par le mouvement, ce qui est bien différent de dire que le mouvement est à l’étendue et dans l’étendue… » (P. 95). Extrait des Erreurs et de la Vérité.

Pour Saint-Martin, le candidat à l’initiation spirituelle se nomme « Homme de Désir ». Voici quelques lignes du Ministère de l’Homme-Esprit qui éclairent cette dénomination :

« D’un côté, la magnificence de la destinée naturelle de l’homme est de ne pouvoir réellement et radicalement appéter par son désir que la seule chose qui puisse réellement et radicalement tout produire. Cette seule chose est le désir de Dieu ; toutes les autres choses qui entraînent l’homme, l’homme ne les appète point, il en est l’esclave ou le jouet. D’un autre côté, la magnificence de son ministère est de ne pouvoir réellement et radicalement agir que d’après l’ordre positif à lui prononcé à tout instant, comme par un maître à son serviteur, et cela, par la seule autorité qui soit équitable, bonne, conséquente, efficace, et conforme à l’éternel désir. »

LE MARTINISME EST CHRÉTIEN, MAIS NON CATHOLIQUE

On a dit avec raison que le Martinisme était essentiellement chrétien. Il est chrétien parce qu’il se rapporte au fond de la religion chrétienne, indépendant de toute forme culturelle, mais il n’est pas catholique. Il suffit pour s’en convaincre de se reporter à certaines attaques de Saint-Martin contre le catholicisme :

« Le catholicisme, auquel appartient en propre le titre de religion, est la voie d’épreuves et de travail pour arriver au christianisme. Le christianisme est la région de l’affranchissement et de la liberté ; le catholicisme n’est que le séminaire du christianisme ; il est la région des règles et de la discipline du néophyte.

Le christianisme remplit toute la terre à l’égal de l’esprit de Dieu. Le catholicisme ne remplit qu’une partie du globe, quoique le titre qu’il porte se présente comme universel.

Le christianisme porte notre foi jusque dans la région lumineuse de l’éternelle parole divine ; le catholicisme borne cette foi aux limites de la parole écrite ou des traditions.

Le christianisme dilate et étend l’usage de nos facultés intellectuelles. Le catholicisme resserre et circonscrit l’exercice de ces mêmes facultés. Le christianisme nous montre Dieu à découvert au sein de notre être, sans le secours des formes et des formules. Le catholicisme nous laisse aux prises avec nous-mêmes pour trouver Dieu sous l’appareil des cérémonies. Le christianisme ne fait ni des monastères, ni des anachorètes, parce qu’il ne peut pas plus s’isoler que la lumière du soleil, et qu’il cherche comme elle à répandre partout sa splendeur. C’est le catholicisme qui a peuplé les déserts de solitaires, et les villes de communautés religieuses, les unes pour se livrer plus fructueusement à leur salut particulier, les autres pour offrir au monde corrompu quelques images de vertu et de piété qui le réveillassent dans sa léthargie.

Le christianisme n’a aucune secte, puisqu’il embrasse l’unité, et que l’unité étant seule ne peut être divisée d’avec elle-même. Le catholicisme a vu naître dans son sein des multitudes de schismes et de sectes qui ont plus avancé le règne de la division que celui de la concorde ; et ce catholicisme lui-même, lorsqu’il se croit dans le plus parfait degré de pureté, trouve à peine deux de ses membres dont la croyance soit uniforme. Le christianisme n’a suscité la guerre que contre le péché ; le catholicisme l’a suscitée contre les hommes (p. 163 et sq.). »

L’ENSEIGNEMENT DE SAINT-MARTIN.

Le Martinisme, dont on a dit qu’il n’était au fond qu’une philosophie comme le « cartésianisme » de Descartes ou le « spinozisme » de Spinoza, est une forme de spiritualité très élevée qui donne à celui qui peut la posséder une vision du monde dégagée de toute contingence matérielle.

« L’homme, découvrant la science de sa propre grandeur, apprend qu’en s’appuyant sur une base universelle, son Être intellectuel devient le véritable Temple, que les flambeaux qui le doivent éclairer sont les lumières de la pensée qui l’environnent et le suivent partout ; que le Sacrificateur, c’est sa confiance dans l’existence nécessaire du Principe de l’ordre et de la vie ; c’est cette persuasion brûlante et féconde devant qui la mort et les ténèbres disparaissent ; que les parfums et les offrandes, c’est sa prière, c’est son désir et son zèle pour le règne de l’exclusive. Unité ; que l’autel, c’est cette convention éternelle fondée sur sa propre émanation, et à laquelle Dieu et l’Homme viennent se rendre, pour y trouver l’un sa gloire et l’autre son bonheur ; en un mot que le feu destiné à la consommation des holocaustes, ce feu qui ne devait jamais s’éteindre, c’est celui de cette étincelle divine qui anime l’homme et qui, s’il eut été fidèle à sa loi primitive, l’aurait rendu à jamais comme une lampe brillante placée dans le sentier du Trône de l’Éternel, afin d’éclairer les pas de ceux qui s’en étaient éloignés ; parce qu’enfin l’homme ne doit plus douter qu’il n’avait reçu l’existence que pour être le témoignage vivant de la Lumière et de la Divinité. »

Cette citation du Tableau Naturel montre bien que pour Saint-Martin c’est l’Esprit de l’Homme qui est le seul et véritable Temple.

LA CONNAISSANCE SELON SAINT-MARTIN.

La Vérité éclate dans chaque phénomène de l’Univers. La Connaissance intime et profonde est accessible à chacun s’il sait méditer et comprendre. Tel est l’exorde de Louis-Claude de Saint-Martin, dans le Tableau Naturel. On peut, en effet, comparer l’Univers à un livre :

La

La Nature, le livre écrit ou Nature naturée.

Cause

Première

étant

L’Homme étant le lecteur.

l’écrivain

ou

Nature

naturante.

Mais ce lecteur ne comprend pas, ou comprend mal, bien souvent, le sens exact des pages du livre. Il faut pour en avoir l’intelligence de patientes méditations.

Saint-Martin distingue deux natures en l’homme : l’être sensible et l’être intellectuel. Le premier se manifeste dans l’impulsion des sens et le second dans la délibération de l’esprit.

La Pensée créatrice est supérieure et antérieure à l’objet créé par l’homme, qui « pense sa machine avant de machiner sa pensée ».

Mais de quoi ou de qui l’homme tient-il sa faculté de penser ? De quoi ou de qui tient-il son être physique ?

Il est impossible de penser que le « hasard » seul ait pu produire le monde. Devant une machine quelconque construite par l’homme peut-on espérer connaître l’inventeur, son être physique d’abord, ses facultés spirituelles ensuite, en examinant la machine ?

Et pourtant les matérialistes en scrutant le monde constatent que la machine est faite pour fonctionner, ils examinent attentivement tout le mécanisme, ils s’émerveillent du jeu exact et précis de tous les organes et s’étonnent quand on admet un possible « inventeur » hors de la machine ! Nos découvertes, dans tous les domaines, ne font que rendre manifeste le rapport qui existe entre notre propre lumière et les choses. Cette dépendance de l’homme par rapport aux choses sensibles lui donne l’idée d’une force et d’une sagesse suprême et unique. Toutes les doctrines philosophiques et religieuses tendent vers l’Unité.

Le Martinisme est tout entier la doctrine de l’Unité. Nulle religion, nulle philosophie ne respecte autant l’individualisme de ceux qui s’y sont ralliés que le Martinisme. Cette doctrine élève l’homme spirituellement et « intérieurement », c’est pourquoi elle est véritablement ésotérique.

ORDRES ET RITES MARTINISTES

Si l’on ne peut prouver que Louis-Claude de Saint-Martin ait jamais formé un groupement ayant une forme, et une structure, c’est parce que les documents manquent. Mais s’il a formé une véritable société secrète, il n’y eut pas d’archives et les membres pouvaient être, liés par un serment intransgressible (5).

D’ailleurs, Van Rijnberk signale (6) trois textes qui sont en faveur de l’hypothèse d’un groupement formé par Saint-Martin. Ces textes sont les suivants :

Un passage des Souvenirs du Comte de Gleichen qui rapporte que Saint-Martin avait constitué, à Paris une petite école.

Un article de Varnhagen Von Ense, daté de 1821, où on lit : « Saint-Martin décida de fonder lui-même une société dont le but ne serait que la spiritualité la plus pure. »

Une lettre, dont l’auteur est inconnu, qui fut adressée le 20 décembre 1794 au Professeur Köster. Il y est, parlé de Saint-Martin et des membres de son « cercle intime ». Il y est, en propres termes, question d’une « Société de Saint-Martin » et une filiale strasbourgeoise de cette société.

Ragon note dans L’Orthodoxie Maçonnique l’existence d’un rite martiniste comprenant d’abord dix grades qui furent ensuite réduits à sept.

Il est bien improbable que Louis-Claude de Saint-Martin ait jamais, à aucune époque, créé un « rite martiniste maçonnique ».

Il y eut très tôt confusion entre le prénom de Pasqually : Martinès et le nom même de Saint- Martin. De là l’appellation « martiniste » appliquée indifféremment à la maçonnerie de Martinès et aux disciples de Saint-Martin. Albert Lantoine, l’érudit historien maçonnique, fit lui aussi cette confusion. Parlant, dans La Franc-Maçonnerie chez elle, du rite des Élus- Cohens de Pasqually, il écrit :

« L’un des adeptes, Louis-Claude de Saint-Martin, dit le Philosophe Inconnu, est tellement séduit par le système qu’il s’attache à le perfectionner. Il crée une branche dissidente, un peu plus compliquée que la première, où s’amalgament les rêveries mystiques du suédois Swedenborg, et de l’allemand Jacob Boehme. Bien entendu, ajoute-t-il, lui aussi imagine de nouveaux grades… »

Albert Lantoine a adopté, sans vérification, les thèses de ses prédécesseurs. Il est inconcevable que Saint-Martin, qui s’était retiré de la Maçonnerie, ait créé un rite particulier et surtout qu’il lui ait donné son nom.

rite particulier et surtout qu’il lui ait donné son nom. Papus C’est en 1887 que Papus

Papus

C’est en 1887 que Papus créa un Ordre Martiniste dont la « filiation » est très discutable. Il sut donner à cet Ordre une assez grande impulsion puisqu’il dura jusqu’à sa mort survenue en

1916.

Ce fut Téder (Charles Détré) qui lui succéda, puis Jean Bricaud. En 1913 a paru un Rituel de l’Ordre Martiniste sous la signature de Téder, avec approbation de Phaneg, secrétaire du Suprême Conseil, et de Papus, Grand-Maître de l’Ordre.

Sous la grande maîtrise de Bricaud, l’Ordre n’admettait que des Maçons possesseurs du troisième degré, du grade de Maître. L’Ordre Martiniste (dit de Lyon) continua d’exister avec Chevillon pour Grand-Maître. On sait que ce dernier fut assassiné par des miliciens durant l’occupation.

Victor Blanchard, qui fut substitut Grand-Maître de l’Ordre Martiniste ne voulut pas accepter la grande maîtrise de Bricaud ; il se retira et fonda un Ordre Martiniste et Synarchique dont il fut reconnu Grand-Maître. L’adjectif « synarchique » ne doit pas laisser entendre que cet Ordre eut quelque chose de commun avec le mouvement politique connu sous le nom de « Synarchie ».

En 1931, quelques membres du Suprême Conseil de l’Ordre Martiniste fondé par Papus, qui n’admettaient pas les directives de Bricaud et qui ne voulaient pas se rallier à Blanchard, créèrent l’« Ordre Martiniste Traditionnel », dont Victor-Emile Michelet, puis Augustin Chaboseau furent successivement grands maîtres. Cet Ordre tomba en sommeil en 1939. En septembre 1945, l’O. M. T. reprit force et vigueur sous la grande maîtrise d’Augustin Chaboseau. Ce dernier mourut en janvier 1946 et désigna son fils Jean Chaboseau pour lui succéder à la charge de Grand-Maître. Jean Chaboseau n’obtint pas l’unanimité du Suprême Conseil, dont plusieurs membres démissionnèrent et se retirèrent de l’Ordre. En septembre 1947, il abdiquait lui-même en affirmant la « non-légitimité » d’un Ordre martiniste quelconque.

Par l’un des membres du Suprême Conseil d’Augustin Chaboseau fut fondé en 1948 un Ordre Martiniste Rectifié.

On peut donc établir ainsi le tableau des différents Ordres Martinistes :

- Ordre Martiniste de Papus, aujourd’hui disparu.

- Ordre Martiniste Synarchique de Blanchard.

- Ordre Martiniste de Lyon.

- Ordre Martiniste Traditionnel.

- Ordre Martiniste Rectifié.

Signalons aussi qu’en 1946 fut créée une société qui prit pour titre Les Amis de Saint-Martin, société qui rejetant tout aspect d’obédience se proposait de former des cercles d’études.

Sans retomber dans les erreurs de Papus et de Teder qui firent de leur ordre Martiniste une copie de la Maçonnerie par leur Rituel, il est légitime de penser qu’une société sans structure n’est pas viable. Il est à remarquer d’ailleurs que c’est sa structure même qui donne à la Maçonnerie sa vitalité et sa longévité.

Aussi, l’Ordre Martiniste Rectifié a-t-il établi des cadres assez souples qui respectent l’individualisme qui caractérise le véritable Martinisme, et assez rigides cependant pour que l’Ordre ne se désagrège pas au moindre souffle.

L’Ordre Martiniste confère le grade de S.I. On a donné à ces deux lettres bien des significations : Supérieur Inconnu, Souverain Juge (grade des Élus-Cohens de Martinès), Société des Initiés, Société Inconnue, Sage Inconnu, etc. Certains sont même allés jusqu’à voir dans ces deux lettres les initiales de la Société de Jésus ! (7)

L’O.M.R. donne à ces deux lettres le sens de « Sage Initié », c’est-à-dire tout simplement « mis sur le chemin de la Sagesse ». Voici la déclaration de principe de cet Ordre :

I. L’O. M. R. est un groupement spiritualiste unissant, fraternellement tous ceux qui

admettent la nécessité d’une rédemption individuelle et collective basée sur les enseignements

de Louis-Claude de Saint-Martin.

II. Conformément aux enseignements de L.-C. de Saint-Martin, l’O. M. R. reconnaît la vérité

de la Chute et affirme la nécessité de la Réconciliation de l’Homme avec son Principe.

III. L’O. M. R. rejoint la Tradition Chrétienne dans ce qu’elle contient de véritablement « universel », mais ne saurait être inféodé à un exotérisme, quel qu’il soit. L’héritage initiatique conservé et transmis par l’O. M. R. est un spiritualisme transcendant. L’O. M. R. respecte les différentes formes de la Tradition qui ne sont qu’une fragmentation de la Tradition Primordiale.

Voici, d’autre part, un extrait des règlements généraux :

« L’Initiation martiniste ne comporte qu’un seul grade, celui de S. I. Ce grade n’est conféré qu’à ceux qui justifient d’une connaissance suffisante de la doctrine et des œuvres de L.-C. de Saint-Martin et qui déclarent adhérer aux Principes de l’O. M. R.

L’O. M. R. veut des Martinistes sincères et ne confère pas l’initiation dont il est le transmetteur à ceux qui ne seraient pas qualifiés pour la recevoir. »

CONCLUSION.

Dans ce sommaire exposé bien des points ont été volontairement laissés de côté. Il s’agissait seulement de donner une vue d’ensemble qui ne soit pas trop imparfaite. S’il n’est pas facile de donner un résumé de l’enseignement de Louis-Claude de Saint-Martin, tel qu’il se dégage de ses œuvres, il est encore plus difficile de démêler les faits qui se rapportent à son histoire ; on se heurte sans cesse à un enchevêtrement qui rend cette tâche très ardue. Si la curiosité n’a pas été entièrement satisfaite, du moins, peut-être a-t-elle été amorcée ? Tel était notre désir et nous souhaitons avoir réussi.

Jules BOUCHER.

Notes :

(1) Cohen est un mot hébreu qui signifie « prêtre ».

(2) Cf. Gérard Van Rijnberk, Martinès de Pasqually, T I (1935).

(3) Idem, p. 24.

(4) Alice Joly. Un Mystique Lyonnais (1938), pp. 57-58.

(5) Il faut distinguer entre les sociétés secrètes qui ne sont véritablement pas connues et les sociétés discrètes, telle la Maçonnerie, qui, elles, sont connues.

(6) Van Rijnberk, op. cit., p. 111 et ss.

(7) Idem, T. II, pp. 34-35.

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