«Totalité et infini» et la cinquième «Méditation cartésienne»

Introduction: la traduction française des «méditations cartésiennes» Des lettres adressées à Roman Ingarden attestent que Husserl était fort insatisfait de la traduction française des Méditations Cartésiennes, surtout la partie prise en charge par Lévinas, à savoir la cinquième Méditation1. Le texte original allemand étant perdu, nous ne pouvons pas vérifier à quoi correspondent exactement les reproches de Husserl. On ne connaît pas non plus la compétence linguistique de Husserl à cette époque pour contrôler le texte français. En comparant avec le texte de Husserliana I, texte rédigé peu après par Husserl, publié seulement en 19492, et traduit récemment en français par une équipe de spécialistes autour de M. B. de Launay3, nous sommes encore frappés de prime abord par le peu d'importance des différences, à l'exception des lacunes provenant de remaniements postérieurs par l'auteur lui-même. Est-ce seulement le tempérament perfectionniste de Husserl qui le poussait à se 1 E. Husserl, Briefe an Roman Ingarden, La Haye: Nijhoff, 1968, LIV (le 31 août, 1931): «Die Ùbersetzer der Meditationen haben den Text oft nicht verstanden, kein Wunder, daB Sie stecken blieben. In der wichtigen V-ten sind ganze Passagen durch einen vagen nichtssagenden Satz ersetzt, und dazu genug Fehler» (p. 71). Par ailleurs, Husserl n'a pas du tout apprécié la thèse de Lévinas, Théorie d'intuition dans la phénoménologie de Husserl. Cf. Husserl an Welch, 17. / 21. VI, 1933, Edmund Husserl. Briefwechsel, Band III, Philosophenbriefe / K. Schuhmann éd., Dordrecht / Boston / London: Kluwer Academic Publishers, 1994, p. 458. Il mentionne Lévinas dans les lettres à Heidegger (le 9 V, 1928, Band IV de la même collection, p. 153), et à Ingarden (le 13 VII, 1928, Band III, p. 242), la mention sur le texte français de MC est fréquente dans des lettres à Ingarden. 2 C'est-à-dire après la mort de l'auteur. J. Patocka nous informe que Husserl le reprenait sans cesse et il voulait le publier avec la sixième Méditation destinée à présent er la méthodologie de la philosophie transcendantale en collaborant avec E. Fink. (Cf. J. Patocka, Qu'est-ce que la phénoménologie? I tr. par D. Franck, Paris: Ed. de Minuit, coll. «Arguments», 1974, p. 164). 3 E. Husserl; Méditations cartésiennes I tr. par M. B. de Launay etc., Paris: P.U.F., 1995, désormais, nous l'indiquons par MC, dans le cas de la traduction Peiffer / Lévinas, MC-PI L.

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plaindre plusieurs fois à ce sujet, dans les lettres adressées à Ingarden, comme les traducteurs de la nouvelle édition nous en avisent, avec l'exemple du petit Husserl qui ne cessait d'aiguiser son canif jusqu'à l'épuisement de la lame4? Cela n'expliquerait pas tout. Néanmoins, nous pouvons dire sans doute que la traduction par Lévinas de la cinquième Méditation est marquée par la phénoménologie statique, et qu'il suivait l'avertissement de Husserl à la lettre5, en se gar dant de franchir le seuil de la phénoménologie génétique qu'il n'avait pas acceptée dans toute sa dimension en tant que changement méthodol ogique. En fait, Husserl mettait déjà sans le savoir largement en œuvre cette démarche génétique dans les Méditations cartésiennes. Dans Totalité et Infini, Lévinas écrit: «... le rapport avec cette «chose en soi» (dans le contexte, l'auteur indique par là le «visage»), ne se trouve pas à la limite d'une connaissance commençant comme constitution d'un «corps vivant», selon la célèbre analyse husserlienne de la cinquième de ses Méditations cartésiennes. La constitution du corps d' Autrui dans ce que Husserl appelle «la sphère primordiale», l'« accouplement» transcendantal de l'objet ainsi constitué avec mon corps, expérimenté lui-même de l'intérieur comme un «je peux», la compréhension de ce corps d'autrui, comme d'un alter ego — dissimule, dans chacune de ses étapes que l'on prend pour une description de la constitution, des mutations de la constitution d'objet en une relation avec Autrui — laquelle est aussi originelle que la constitution dont on cherche à la tirer. La sphère primordiale qui correspond à ce que nous appelons le Même, ne se tourne vers l' absolument autre que sur l'appel d'Autrui. La révélation par rapport à la connaissance objectivante constitue une véritable inversion»6. Nous avons l'impression ici de trouver sous la plume de Lévinas lui-même, le commentaire de la cinquième Méditation cartésienne, en 4 L'origine de cette anecdote remonte à Lévinas. Son ami S. Strasser l'a consignée dans l'introduction du premier volume de Husserliana, i. e., Méditations cartésiennes. 5 Cf. MC §48, 136, aussi E. Husserl, Logique formelle et logique transcendantale (LFLT) I tr. par S. Bachelard, Paris: P.U.F., coll. «Epiméthée», 1965, Introduction, 7 et la note a. Lévinas écrit en 1974: «La voie menant à la Réduction à partir d'une psy chologie phénoménologique de la perception est, à en croire la Krisis, meilleure que la voie suivie, dans Ideen I et dans les Méditations Cartésiennes, à partir de Descartes» (De Dieu qui vient à l'Idée (DQVI), Paris: Vrin, coll. «Problème et contreverses», 2ème éd. avec une préface nouvelle, 1986, pp. 52-53). 6 E. Lévinas, Totalité et infini. Essai sur l'extériorité (77 ), La Haye: Nijhoff, coll. «Phaenomenologica» ; 8, 1961, p. 39.

«Totalité et infini» et la cinquième «Méditation cartésienne» 151 flagrant délit, entièrement marqué de la phénoménologie statique. La constitution intersubjective revient aux mutations de la constitution d'objet en une relation avec Autrui! S'il en est ainsi, on est condamné au solipsisme transcendantal. Or, c'est exactement à cette critique que Husserl essaie de répondre dans la cinquième Méditation cartésienne. Notons aussi que Husserl conseillait à Roman Ingarden de lire ces Méditations (et la cinquième qui en est le sommet) sans tenir compte de tous ses écrits antérieurs, en ajoutant qu'il s'agissait d'un retournement portant sur le sens tout entier de la philosophie7. La constitution de l'autre ego exige le changement total de méthode de la constitution qui s'employait sur les objets. En fin de compte, ce que Husserl voulait faire dans ces Méditations n'était-il pas justement, d'après l'expression de Lévinas, une «véritable inversion» de la méthode? Lévinas ne l' avait-il pas vu? Dans un article publié deux ans avant Totalité et infini*, nous lisons: «Chez Husserl luimême, dans la constitution de l'intersubjectivité, entreprise à partir d'actes objectivants, s'éveillent brusquement des relations sociales, irr éductibles à la constitution objectivante qui prétendait les bercer dans son rythme»9. Ainsi, Lévinas reconnaît dans la pensée de Husserl lui-même, le saut de la constitution objectivante à la constitution intersubjective, qu'il qualifie par l'adverbe, «brusquement». On peut se demander si l'inversion de la connaissance objectivante décrite, dans les deux textes cités, soit par «la révélation»10, soit par «l'éveil»11, n'a pas la même conséquence que celle du changement radical de méthode entrepris par Husserl dans les Méditations cartésiennes. Si oui, nous devons prendre un peu plus au sérieux les plaintes de Husserl à propos de la traduction française. Car en fait, si le changement de méthode n'a pas été compris par le traducteur, le but même de cette méditation serait manqué. Pour des raisons que nous avons indiquées plus haut, les erreurs des traducteurs ne sont plus vérifiables12. Cependant, en renversant la 7 E. Husserl, Briefe an Ingarden, op. cit., LXII (le 16 oct. 1932), p. 82: «... kurzum eine Wendung im ganzen Sinn der Philosophie selbst...» 8 E. Lévinas, «La ruine de la représentation» (1959), in En découvrant l'existence avec Husserl et Heidegger (EDE), Paris: Vrin, 2ème éd., suivie d'essais nouveaux, 1967, pp. 125-135. 9 EDE 135. 10 77 39. 11 EDE 135. 12 La traduction française a été demandée par Husserl initialement à Koyré en urgence. Pour mieux saisir la circonstance, voir Edmund Husserl. Briefwechsel, Band III, op. cit., pp. 358-360.

au contraire. sans nous arrêter sur la précision de chaque mot qui nous frappe par sa nou veauté et son opacité. la section III. On peut y reconnaître un essai pour dédire et redire la cinquième Méditation cartésienne. ensuite celle de l'autre (§50-54). Donc. en passant ensuite à la section III qui traite de la constituion ou plutôt la non-constitution . La conséquence: la solution de Lévinas et la véritable intention de Husserl dans cette méditation doivent aller dans le même sens.152 Reiko Kobayashi formulation du problème. ne peut-on voir là. Au-delà du visage (pp. dont la deuxième partie et les suivantes sont calquées entièrement sur le modèle de la cinquième Méditation carté sienne. tout l'ouvrage en pointillé. le même et l'autre. si nous lisons Totalité et infini. on peut aussi commencer à le lire à partir de la section II qui traite de la constitution de l'ego et décrit sa manière d'exister. la constitution de l'ego (§44-49). Nous tenterons dans le présent article de relire Totalité et Infini à la lumière de la cinquième Méditation cartésienne. la section II. Le visage et l'extériorité (pp. En effet. après la lecture attentive de la ci nquième Méditation cartésienne. à partir de la couche la plus fondamentale. Elles sont organisées hiérarchiquement. en fait. les lec teurs qui commencent par la première section n'associeront qu'avec dif ficulté ce livre à la cinquième Méditation cartésienne de Husserl. 81-158). nous apparaît comme un essai de solution de cette aporie appar ente. 232-261). jusqu'à celle de la communauté des monades (§55-59). due à l'interprétation du texte initial remontant à trente ans aupa ravant. 1. d'heureuses fautes? Totalité et infini. Or. nous sommes émerveillés de la rigueur phénomén ologique de cet ouvrage. mais l'auteur y emploie librement ses termes techniques dont on ne trouve les explications que dans les sections qui suivent. 161-225) et la section IV. La première section contient. qui rejoigne en partie l'interlocuteur de Husserl au début de la cinquième Méditation cartésienne. La première section de Totalité et infini. fut écrite après les trois sections qui forment le corps de l'ouvrage: à savoir. Remarques structurelles L'analyse de la cinquième Méditation cartésienne dont le but est la recherche de la constitution universelle du monde objectif s'articule en trois étapes. Intériorité et économie (pp.

En réalité.U. surtout à la dernière partie de son ouvrage: Husserl réhabilite la métaphysique — entendue dans le sens nouveau13 — comme l'ultime étape de la phéno ménologie. par A. dans Totalité et infini. 14 MC 182. 2. mais nous voulons souli gner que. Cf. la cinquième Méditation n'est pas. Husserl. ces trois sections correspondant respectivement aux para graphes 44-49. La constitution de l'ego a. Paris: P. et 55-59 de la cinquième Méditation cartésienne. et enfin à la section IV qui traite de la fondation de la société pluraliste. Or. l'interlocuteur principal est Husserl. Il suggère aussi la possibilité pour la phénoménologie de traiter des problèmes éthico-religieux14. dont nous pouvons nous informer par des lettres adressées à Ingarden. 1970. Ne faudrait-il pas penser que ce sont justement ces problèmes ultimes qui intéressent Lévinas? En outre. il est clair que le problème de l'explicitation phé noménologique de cet ego monadique (le problème de sa constitution pour lui-même) doit englober en lui-même tous les problèmes constitut ifs en général» (MC 102). Kelkel.«Totalité et infini» et la cinquième «Méditation cartésienne» 153 d' autrui. 50-54. aussi E. (188). L. pour la fondation de la phénoménologie universelle. Pourquoi constituer l'ego? Dans la quatrième Méditation cartésienne nous lisons: «puisque l'ego monadique concret englobe en sa totalité la vie effective et potent ielle de la conscience. de prime abord. l'usage très fréquent d'un scheme. on remarque dans Totalité et infini. Le nom de Heidegger remplace Husserl de temps à autre. en tentant compte des poss ibilités de développement que Husserl lui-même suggère. . mais elle cherche à répondre avant tout aux 13 MC §60..F. Husserl a eu un projet de consacrer Ideen III à traiter la métaphysique comme l'ultime étape de la phénoménologie. l'auteur y explique qu'une problématique s'ouvre sur le fondement de la phénoménologie qui «n'admet plus d'autre interprétation: celle de l'irrationalité du fait transcendantal qui s'exprime dans la constitution du monde de fait et de la vie spirituelle de fait». A nos yeux Totalité et infini est un commentaire et une reconstruc tion de la cinquième Médidation cartésienne. dès 1913. Philosophie Première I (1923-1924) / tr. Plusieurs incidents ont empêché la réalisation de ce projet. Il s'agit ici d'expliciter ce qu'est le «je» concret et le «non-je» pour moi. la mise en œuvre de cette méthode. «X n'est pas Y comme Husserl le pense».

Ainsi. mais de l'ego tout dépouillé. le solipsisme objectif de l'ego transcendantal en pratiquant Vt%oyr\ qui suspend la position de monde. par la section intitulée «la séparation et la vie». il n'y a aucune raison pour que Lévinas commence par trai ter de la constitution de l'ego.-F. — l'ego concret vivant dans le monde environnant. Lévinas. Idées directrices pour une phénoménologie et une philosophie phénoménologique pures {Ideen I) I tr. coll. Analogie et intersubjectivité chez Husserl». C'est-à-dire. c'est une aporie qui est la conséquence même de cette méthode du monadisme15. «le moi pur. il doit montrer la supér iorité de la séparation absolue sur la réduction transcendantale. 508. Par cette distinction. qui traite en fait de la genèse de l'ego. 1989. in Les Etudes philosophiques. Ricœur. 94. D'une part. «L'être et l'autre. En fait. «l'expé rience par excellence». il doit travailler. comme écrit Lévinas. Car. par P. Montpellier: Fata Morgana. est lui-même hors sujet: soi sans réflexion»16. n°3-4. Dans ce but. On pourrait soupçonner un double solipsisme impliqué dans une telle méthode. En soi. parallèlement à Husserl. Cependant. pour décrire le rapport social. pour que la relation sociale soit explicitée phénoménologiquement. Quelle signification l'autre ego a-t-il pour moi? Pour répondre à cette question. p. Hors sujet (HS). Courtine. sujet de la conscience transcendantale où se constitue le monde. 16 E. [270-271]. «Tel». 1950. Paris: Gallimard. Son intention consiste à montrer la différence entre les relations analogues de la transcendance (ce que Husserl essaye de montrer — mais qui reste une «transcendance dans l'immanence») et celles de la transcendance même qui conduit à l'Autre. Lévinas inaugure la deuxième partie de Totalité et infini. La problé matique du solipsisme ne vient pas d'une critique extérieure. il vise à acheminer vers le développement très rigoureux de l'intellectualisme. 15 Cf. J. le solipsisme subjectif (ou intersubjectif) en pratiquant l'auto-explicitation. Pour cela. 233. il est nécessaire de partir de l'ego pur. puisqu'il dit qu'il ne commence pas par la réduc tion transcendantale. 1987. Cf. . et celle du rapport métaphysique sur l'intentionnalité qui constitue l'autre comme objet. d'autre part. p. mais surgit de l'intérieur même de la phénoménologie en tant que monadologie. non à partir de la monade. à l'explicitation de la genèse de l'ego. le fil conducteur de Husserl est l'analyse du mode de la relation intentionnelle. comme la quatrième Méditation l'annonçait — .154 Reiko Kobayashi objections faites à ce choix méthodologique. C'est une exigence méthodologique. l'ego est-il amené à la nécessité d'expliciter l'autre ego.

avec elle. Husserl ne dirait-il pas la même chose. il n'y a pas de contresens entre les deux traducteurs. ce qui n'est pas soi. Il soutient que la séparation comme vie accomplie dans le Même est la condition de possibilité de la relation métaphysique. en éliminant tout ce qui m'est étranger. en définitive? C'est en réduisant. elle a également suspendu l'objet intentionnel. rappelons que pour Lévinas. 19 MC 126. le «Même» cor respond à la sphère primordiale18. . Au début de la Ilème section. Dans MC §14. Cependant. puisque la double réduction a suspendu l'intentionnalité.. et la couche la plus profonde de la nature spécifique. 39. Par contre. avec le posé. c'est-à-dire. 77 81. Husserl écrit qu'en réduisant l'ego pour la deuxième fois — la première réduction opérée sur l'attitude naturelle a isolé l'ego transcendantal-. de tout mode de conscience qui se réfère à ce qui est étranger ne signifie pas simplement l'êTioxf) phénoménologique de la validité ontologique spontanée de l'étranger comme tous les objets que nous tenions spontanément et d'emblée pour existant»19. 18 Ibid. avec le thématique.«Totalité et infini» et la cinquième «Méditation cartésienne» 155 b. 17 TI 81. La sphère primordiale et le Même Au §44 de la cinquième Méditation cartésienne. comme dans le cas d'autres objets thématisables. Quoique la traduction de Lévinas soit légèrement différente par rapport à la nouvelle traduction. Husserl explique que l'objet intentionnel n'est pas a pri ori existant. Selon Husserl. l'expéri ence de l'étranger ne peut pas être explicitée pareillement. par la première réduct ion. Cependant Lévinas reproche à Husserl l'objectivation d' autrui par l'intentionnalité et le manque d'éloignement de l'extériorité20. que l'ego reconnaît l'autre. alors que la relation métaphysique ne rat tache pas un sujet à un objet»17. ou sphère pr imordiale. Il explique que «la mise hors circuit thématique des opérations constitutives de l'expé rience étrangère et. L'expérience de l'étranger ne peut pas être réduite. pour la deuxième fois dans l'individuation complète. à propos de la relation sociale en tant que rapport métaphysique différent du rapport intention nel: «Le terme husserlien évoque en effet la relation avec l'objet. mais c'est ce que la conscience constitue comme objet. l'ego se réduit à la sphère du propre. Lévinas écrit. découvre en lui ce que Husserl appelle le phénomène du monde. 20 Cf. L'ego ainsi séparé de tout ce qui n'est pas ego.

la vie intérieure de l'ego séparé et incarné. Par la nature. . le moi peut avoir la caractéristique du « je peux». Recherches phénoménologiques pour la constitution ( Ideen II) / tr. engagé dans le sens de la hauteur» (77 89). qui condamne le conatus essendi aussi radicalement que possible. la kinesthèse exprime pour Husserl l'originelle mobilité du sujet. par E. grâce à cette nouvelle époke. l'expression typiquement husserlienne de «je peux» apparaît dans la suite de l'exposé de Lévinas. L'activité des organes de la sensa tionrelève du «je peux». est absolu dans la relation. 24 E. le «je».F. Mais ici le «je peux» est situé dans une sorte de pure nature «par le corps humain dressé de bas vers le haut. Escoubas.. Le psychisme chez Husserl qualifie le je réduit à la sphère du propre et qui fait l'expérience du monde à travers la chair (cf.. Il est séparé mais ouvert aux expériences du monde et constitue le soi et le monde kinesthésiquement23. Remarquons que dans la traduction de Lévinas. l'homme satisfait ses besoins matériels et il s'aperçoit 21 II s'agit du premier paragraphe de p. s'absout de la relation. Lévinas n'a pas dû suivre la deuxième réduction opérée par Husserl. Husserl. en tant qu'unité.F. La parenté de cette idée avec la «jouissance» de Lévinas est claire. La notion étrange de «psychisme» dans Totalité et infini (77 8222. c.156 Reiko Kobayashi Ici. plus particulièrement de la manière qui va suivre». trouve sa correspondance dans les §44 et §45 de la cinquième Méditation.U. 1982. MC 129). comme Husserl l'a longuement développé dans ses Ideen II 24. 22 «L'être.) reconnaîtra la sépara tion comme vie intérieure. coll. «Epiméthée». mais en entrant dans ce monde. 23 D'après Lévinas.. 144 dans l'édition de P. «La transcendance se produit par la kinesthèse: la pensée se dépasse non pas en rencontrant une réalité objective.U. réduit ainsi à l'extrême? Cette nature spécifique. On se demande pourquoi chez Lévinas. et pas sim) qui signifie. Paris: P. §59 [253-254]. ou comme psychisme». est le système de toutes sortes de capacités. c'est la chair organique sensible {MC 128). prétendument lointain» (EDE 160). Le «je» est un système de capacité en réceptivité et en activité. au sein duquel je domine. dans la relation. Son analyse concrète. Le psychisme comme structure de la conscience Qu'est-ce qui peut rester à l'ego tout nu.: «C'est pré cisément ce dévoilement et cet éclaircissement de sens que nous préparons maintenant. pour Lévinas. Or. comme si l'auteur était obligé de l'interpréter pour emboîter le pas à Husserl. celle qu'entreprend un être qui l'accomplit (. l'introduction à l'appli cation concrète de cette nouvelle réduction particulière est absente21.

Ce n'est donc pas par hasard qu'il 25 MC 129. De son côté. Les thèmes de l'affectivité et du sentiment sont liés aux problématiques de la temporalité et de la hylè. C III p 11. Autour de Husserl. Ms. C'est en étant engagé déjà vers le haut par sa posture. L'affection.) le pôle égoïque identique de mes multiples vécus purs. J'ai perdu mon moi dans le sens habituel à cause de la réduction. W. Lévinas n'en parle pas explicitement. sans s'enfermer dans l' auto-satisfaction. je suis (. 24. Le moi est la contraction même du sentiment. 28 Cf. cf. car elle montre bien le dynamisme du moi qui est en fait une perpétuelle recentration provoquée par l'affection. . En produisant le désir de la hylè (Begehren der Hyle). E. C 71 p. en étant créature ouverte vers le haut. Cité in J. Hua IX/ éd. Le je husserlien dans la sphère du propre est décrit comme le pôle d'enroulement de toutes sortes d'intentionnalité. coll. mais il fait mention des «manuscrits encore si peu explor és. que l'homme est l'être qui a la possibilité d'af firmer: «je peux». Dans un autre texte. 1994. Mars 1932. 1962. §50. 6: «(La hylè) produit un être-tournévers (Gerichtetsein) du moi. C 16 IV. c'est précisément le produit de l'enroulement de l'ego vers soi.sur le «présent vivant»»29. aussi Krisis. «Phaenomenologica». Autrement qu'être ou au-delà de l'essence (AE). et le pôle de tous les habitus institués ou qui doivent l'être par cette intentionnal ité»25. Phànomenologische Psychologie (1925). 42. Biemel.. en effet. Cette description est pertinente. elle crée «son horizon protentionnel de l'affection et de la jouissance»». 54. mais «dans ma spécificité intellectuelle. n'est pas le support de la jouissance. «Bibliothèque d'histoire de la philosophie». Ms. dans le recueil concernant la temporalité des Nachlasse. C'est précisément en tant qu'« enroulement». p. Lévinas. et se trou vent massivement dans les manuscrits classés sous le sigle C. 29 E. p. pour dire la même chose: «Le moi. coll. La Haye: Nijhoff. E. ce qui n'est pas étranger à la jouissance28. Husserl.«Totalité et infini» et la cinquième «Méditation cartésienne» 157 qu'il désire encore le spirituel. le pôle d'une spirale dont la jouissance dessine l'enroulement et 1' involution: le foyer de la courbe fait partie de la courbe. 24. Husserl. Benoist. en tant que mouvement vers soi — que se joue la jouissance»26. Lévinas se sert d'une expression très imagée. 208. Husserl parle du «moi pur» comme le pôle non seulement des actions. mais aussi des affections27. p. Paris: Vrin. La Haye: Nijhoff. p. ceux de mon intentionnalité active et passive. Ego et la raison. La structure «intentionnelle» est ici toute différente.. 26 TI 91 27 Cf.

35 . 34 Cf. Cf. lorsque Husserl reconnaît l'altérité après avoir opéré la seconde réduction. Au début du §46. car il a son système de valeur propre à lui seul. d'élaborer également une définition positive de ce qui est spécifique ou de l'ego dans ma spécificité»33. 19. 18.. (EDE 160. Husserl dit que l'expérience du monde est un a priori pour l'ego. il dépend ici encore de celui-ci. Ich and Zeit. «Le monde est le «donateur du fondement» pour un étant». reposait sur le concept d'autre. Donc. Pourtant. sous le terme d'intentionnalité. il a lu l'ouvrage de Brand avant la publication. Lévinas écrit: «. L'auto-explicitation et l'apologie Dans le §44. C. Le premier est l'ego transcendantal et le deuxième est un ego engagé dans le monde concret32. et ceci 30 Cf. il faut revenir à la distinction de l'«ego qui est extérieur» et de «l'ego vivant dans le monde». Welt. cité par G. à une réflexion»35. pour clarifier son sens. 56. 7. p. et la sienne par l'intentionnalité allant en sens contraire: en fait. Même si Lévinas n'a pas pris directement connaissance de ces manuscrits.. de son côté. L'ego donne l'auto-explicitation et cela fait partie de l'essence de l'ego34. car l'ego apparaît comme incomparable. §104 «La phénoménologie transcendantale en tant qu'autoexplicitation de la subjectivité transcendantale» (241). (243). 32 Cf. Par conséquent. 31 Dans un manuscrit. Brand.le mou vement de moi à l'autre ne saurait s'offrir comme thème à un regard objectif libéré de cet affrontement de l'Autre. Cf. cité par G. p.. p. en caractérisant la phénoménologie husserlienne par l'intentionnalité unilatéralement objectivante. Le soi sans expérience du monde est impensable. 33 MC 131. Ms. 19. III. LFLT. d. n'ayant pas tenu compte de l'effet de la deuxième réduc tion qui suspend tout mouvement vers l'autre. Brand. ibid. La Haye: Nijhoff 1955.158 Reiko Kobayashi associe la notion de jouissance à la constitution de l'ego. aussi Ms. l'autre n'est pas saisi en comparaison avec moi. Mais il importe. et donc le présupposait.. MC 132. note 1). nous lisons: «Jusqu'à pré sent nous avons défini le concept fondamental de ce qui est spécifique à moi seulement de manière indirecte comme étant le non-étranger qui. Husserl écrit que l'auto-explicitation30 permet à l'ego d'élucider le monde qui contient l'ego dans la sphère primordiale31. Ce dernier ego accède à l'autre en fonction de son intérêt naturel. comme nous l'avons vu. 6. Loin de contredire Husserl. K. Husserl entendait l'une et l'autre. aussi LFLT. IL p.

). L'apologie de l'autre homme passe avant la mienne. le moi est une apologie — c'est pour le bonheur constitutif de son égoïsme même que le moi qui parle plaide (. Mais. 481-526. [41]. qu'est l'exégèse de la spécificité d'ego et l'apologie? Il nous semble que si la notion d'autoexplicitation implique le dialogue de soi à soi dans le contexte du souci épistémologique.... Paris: P. La solitude se reconnaîtra dans le souci du savoir qui se formule comme un problème d'origine (. Il écrit: «. n°4. Alors. Lévinas propose le terme d' «apologie» pour remplacer la notion d'auto-explicitation. voire à son égoïsme à autrui39. pour Lévinas. l'intériorité et l'extériorité sont ambig uës37. tandis que pour Lévinas. l'interlocuteur. in Revue philosophique de la France et de l'étranger.U.. On peut se demander encore quel est le rapport entre auto-explicitation et l'autre homme chez Husserl.. s'explicite aussi. chez Husserl. Quelle différence y a-t-il entre l'auto-explicitation. en tant qu'il est conscience et immanence. Car j'ai été mis moi-même en hors circuit40. 1989. d'autre part. c'est pourquoi la deuxième réduction est indispensable! La différence. Boehm. car l'autre homme. l'altérité est constitutive de l'ego. mais elle élucide le monde qui contient l'ego et les autres phénomènes réduits. l'alter-ego apparaît. elle ne détruira pas sa solitude. Mais l'apologie finit par la bonté. Husserl dirait la même chose. Lavigne. 38 77 91.«Totalité et infini» et la cinquième «Méditation cartésienne» 159 manifestement contre Husserl. coll. C'est pourquoi dans l'auto-explicitation. la conscience pure n'est à «personne». Quand la présence critique d' Autrui mettra en question cet égoïsme. Chose et espace. chez Lévinas. Mais cette différence n'est pas évidente: d'une part. (1959). «Epiméthée». c'est que pour Husserl. en tant qu'il est séparé.. L'auto-explicitation doit perdre son égoïté après la réduction transcendantale. Or. Reconnaître l'autre comme autre.)»38. Ibid. Cf.F. signifie en même temps lui donner le droit à l'apo logie. elle est extérieure à l'ego. «Les ambiguïtés des concepts husserliens d'<immanence> et de <transcendance>». 39 Cf. . 40 Husserl écrit dès 1907 qu'après la réduction phénoménologique.. pp. 77 122. Autrui ne peut être réduit de la même façon que les autres objets. celle d'apologie implique ma défense devant l'autre dans le contexte judiciaire. par J. 10. Leçon de 1907 / tr. 37 Cf. cette auto-explicitation n'est plus la mienne.. l'immanence et la transcendance sont ambig uës36. 36 Cf. R. F.

convertible en noèmes. Il n'y a pas de conscience de présent vivant. Leçons pour une phénoménologie de la conscience intime du temps I tr. 43 Cf. 42 MC 132-133. mais il n'est rien de temporellement «objectif». le statut de la temporalité défini par Husserl est pro blématique. Paris: P. E. C'est dire que le contenu de l' explicitation (le dit.160 Reiko Kobayashi e. Le temps immanent. Donc. mais la conscience n'y arrive qu'après coup. écrit Lévinas en commentant Husserl. c'est-à-dire le temps subjectif non chro nométré est décrit par la métaphore du flux44. Par le ressouvenir. Le passé qui m'est propre se dévoile sur le mode le plus ori ginaire qui soit concevable grâce aux ressouvenirs»42. par H. au moyen de la représentation.. Husserl. entre le passé représenté et l'horizon d'avenir? Le moi 41 77 98. Pour tout cela les noms nous font défaut». La temporalité transversale et la temporalité longitudinale se croi sent dans le présent. En fait. Quel est alors le contenu de la conscience. Husserl écrit au §46 de la cinquième Méditation cartésienne: «En se déroulant dans le présent vivant. Dussort. p. le flux n'est qu'une métaphore. 99: «Mais le flux n'est-il pas «l'un après l'autre»? N'a-t-il pas pourtant maintenant une phase actuelle et une continuité de passés.. 44 Ibid. que ce qui s'écoule dans le pré sent vivant. et en fin de compte le présent est une synthèse de re-présentation du passé et l'horizon de l'avenir déjà esquissé. essentiel pour la constitution de l'ego. sur le mode de la perception propre. dont nous avons actuellement conscience dans des retentions? Nous ne pouvons nous exprimer autrement qu'en disant: ce flux est quelque chose que nous nommons ainsi d'après ce que nous avons constitué. 1964. ce que l'ego a déjà constitué. Le mouvement de I'è7ro%r| consiste à épuiser le sens de l'extériorité. Le ressouvenir est le resurgissement du passé dans la conscience actuelle43. on peut représenter dans la mémoire n'importe quel moment du passé45.U. composé par une série des innombrables impressions successives. elle [mon explicitation] ne peut trou ver. est une représentation du passé. dans le langage lévinassien). 45 Nous schématisons §10-12 en simplifiant. Pour lui.F. Le temps est constitué comme un flux. Car celui-ci caractérise le passé et le futur par rapport au présent. c'est une succession des événe ments ponctuels. . Représentation et présence «La représentation est pur présent»41. Le passé est ce qui est avant le présent et l'avenir est ce qui vient après.

Ici. et qu'il a métaphorisé par le flux. Paris: Grasset. où il n'y a pas de représentation. entre le passé et le futur. 1991. 47 EDE 198. ou le dépasse. cela signifie que la temporalité se définit par ce croise ment du présent de l'ego et du présent préréflexif de l'autre. De la synthèse passive. ce qui constitue la trace est la signifiance de l'Absent absolument passé. le visage se révèle d'en haut verticalement. En d'autres termes. 642 (Beilage L. Bégout et J. qu'on voit sur le visage d'autrui? La différence pourrait s'exprimer ainsi: ce qui constitue le flux est la représentation successive. dans un vide. Mais ce devenir dans le temps n'apparaît pas sur le plan de la représentation. 344. a découvert que tout le corps était Visage. par B. Bérélowitch et A. Lévinas. écrit Lévinas. 46 E. . 1983 — toutefois. «Aucune mémoire ne saurait suivre ce passé à la trace»47. 103: «toute l'expressivité de l'autre corps dont parle Husserl est l'ouverture et l'exigence éthique du visage». la conscience du présent est vide. Essais sur le penser-à-l' autre. comme remarque Lévinas. 1998. Grenoble: Millon. un «datum». Rolland dir. Lévinas l'a lu en russe). absolument égoïste. perceptible. la question est de savoir si notre auteur s'éloigne de Husserl. indivisible et sans différence?» Le point zéro. Mais dans le présent. coll. 1984. «Paix et proximité» in Emmanuel Lévinas / J. ou un simple «point». C'est pourquoi Husserl est obligé d'introduire le terme d'apprésentation. Les Cahiers de la nuit surveillée. se rapprochent-ils? Est-ce réellement un zéro. Ce que Husserl appelle innommable. c'est le moment événementiel non-réflexif. 1934).«Totalité et infini» et la cinquième «Méditation cartésienne» 161 devient dans le temps. Cf. E. Cependant. Plus explicitement in E. par A. par l'introduction du terme «visage». Lévinas. la conscience reflexive ne se rend compte de cette intervention qu'après coup. Kessler. Le Cogito. n°3. (APS) / tr. en lisant un roman de V. Husserl ne déclare-t-il pas aussi: «Le corps de l'autre est présent»48? Le corps de l'autre est donation origi naire. de son côté. dans lequel tout apparaissant comme les apparitions elles-mêmes reste indifférencié. p. Lausanne: L'Âge d'homme. 373. Husserl. Or. Entre nous. Dans un autre texte. Husserl est conscient de ce problème: dans le manuscrit D 1946. 48 Hua XV.. corres pond-il à l'idée de trace lévinassienne. p. La jouissance dont parle Lévinas est la vie de chaque instant présent. Mais la présence du corps signifie l'absence à moi de sa présence. «Krisis». il y a affrontement de deux hétérogénéités absolues. «vieillit» aussi. tous les modes d'apparition de tout apparaissant dans un zéro sans différence. il se demande: «Comment. Grossman (Vie et destin / tr. p. Notre vie est pleine de surprises. un «contenu» en soi effectivement vide de contenu. se situe à cet instant. Cldefy-Tancard. dans le flux origi naire du temps. Lévinas.

Le monde objectif est déjà là. Dans Totalité et infini. Il inte rrompt son analyse et commence à esquisser tout le reste de l'argument qui sera développé dans la suite de la cinquième Méditation. cette possibilité de penser à l'autre doit elle-même être explicitée: «. qui transcende par l'intentionnalité vers le monde extérieur (au sens non spatial et natur el). l'agrément spontané des éléments n'est pas encore l'habitation. Il y a ici une correspondance avec le monde stratifié de Husserl. même au-delà de ce qui n'est plus expérimenté par l'ego. tous les modes de conscience qui me sont propres n'appartiennent pas au cercle de ma conscience de moi-même».» correspond à l'ego charnel non réflexif. qui est l'autre-je. La séparation se produit positivement dans la localisation» (77 142). Lévinas décrit la vie concrète.. c'est demeurer quelque part...162 Reiko Kobayashi f. économique. on peut comparer cette double transcendance à celle de Lévinas.. rend possible la constitution du monde objectif.. c'est-à-dire le monde concret extérieur à l'ego représenté. Il faut donc s'interroger sur la possibilité d'explicitation de cette expérience. Du moment qu'on a compris que l'ego arrive à penser à l'autre. 51 «Etre séparé. Le niveau de «vivre de. par notre mise en commun d'expériences que le monde objectif prend son sens. l'habitation cor respond au monde familier de cet ego concret qui le détermine51. Mais l'habitation n'est pas encore la transcendance du langage»50.. et 2) Transcendance objective (transcendance pure). La double transcendance: objective et subjective Au §48. Il faut distinguer deux sortes de transcendance. comme achevé. nous lisons: «Le simple vivre de. Car c'est par une communauté de monades. il faut envisager d'expliciter «com ment l'ego peut avoir en lui et former sans cesse des intentionnalités de ce nouveau type dotées d'un sens d'être qui transcende absolument son propre être»49. en opposition à ce monde stratifié par le moyen de la représentation de Husserl. 50 77 128. L'ego 49 MC 135. puis la transcendance du langage s'ouvre au monde objectif. ayant validité en soi. qui est idéal mais un moment déterminant de mon être concret. Mais la mise en commun d'expériences estelle possible sans langage? Husserl ne le dit pas pour l'instant. 1) Transcendance dans l'immanence (transcendance réelle). Maintenant. Alors. . Husserl transpose sa question sur un autre plan. L'étranger absolument premier.

54 77 148. L'ego peut s'enfermer dans son égoïsme55. Et là. 53 Mais «l'absence empirique de l'être humain de «sexe féminin» dans une demeure. le rapport humain n'est pas celui d'interlocuteurs. l'échange avec un autre possesseur devient possible. 55 TI 147 sq. Mais le langage accomplit la mise en commun originelle — laquelle se réfère à la possession et suppose l'économie»54. comme mouvement permettant de prendre des distances par rap port à son propre bien. L'homme est libre de choisir sa manière de vivre: comme homme ou comme animal. comme l'accueil même de la demeure» (77 131). La maison permet de faire provision et d'assurer le lendemain. et aussi son rap port avec le monde. la solitude de l'ego en face du monde s'accomplit comme habitation. l'ego doit rencontrer le visage de l'autre qui critique cette manière d'être égoïste. ne change rien à la dimension de féminité qui y reste ouverte. Il rappelle que l'animalité de Ulysse a été reconnue par son chien. à Ulysse qui retourne chez lui. par conséquent le travail et la possession de biens. Ainsi. Sans cette intériorité. loin de son pays natal. La séparation. comme figure concept uelle de la métaphysique. «La relation avec autrui. . comme figure conceptuelle de l'égologie. malgré son déguisement et son discours cohér ent. l'ego change sa manière d'être.«Totalité et infini» et la cinquième «Méditation cartésienne» 163 mondain qui vit dans la jouissance ne constitue pas le monde. la représentation du monde n'est pas poss ible. Dans la maison. la transcendance. La maison présuppose l'intimité de la famille et l'accueil fémin in53. consiste à dire le monde à Autrui. qui va ailleurs. Chacun renforce sa sécurité et le droit de sa maison. Le langage est la condition de possibilité du don. dans la familiarité de la maison pour prendre ses distances par rapport au monde. Mais la transcendance par l'accueil reste une possibilité. 52 TI 127. Tandis que dans la famille à deux. Lévinas aime à opposer Abraham. comment sont les «implications intentionnelles»52 entre l'ego et le monde? L'ego qui vit des éléments se recueille dans l'intériorité. Alors. le rapport avec une autre famille exige le langage. et s'active pour travailler dans le monde.

. p. on peut le confirmer en le retournant. grâce à laquelle un être ne se rapporte pas à la jouissance et se présente à partir de soi. 56 L'expression. Cela éclaire exactement ce que dit Husserl au §50 de la cinquième Méditation. nous avons l'impression d'avoir perdu le fil conducteur. L'altérité totale qui tranche sur la sensibilité. l'endroit d'une chose apprésente l'envers. ' . 83. celle d'autrui. 77 105. Car personne ne peut mettre à l'envers l'intériorité d'autrui. je l'assimilerais complètement. Il faut donc une apprésentation spéciale.. Mais si elle concernait sa chair (Leib). une expression étrange renvoie clairement à la cinquième Méditation : le binôme envers-endroit. 185. ne luit pas dans la forme des choses par laquelle elles s'ouvrent à nous (. dans notre expérience des choses. 57 77 166. elle ne pourr aitêtre effectuée que sous le mode d' Appràsentation. Husserl traite de la problématique cruciale de la constitution de l'autre ego. 1972. l'auteur continue: «Mais la distinction de l'envers et de l'endroit — ne nous fait-elle pas sortir de ces considérations superfi cielles? Ne nous indique-t-elle pas un autre plan que celui où nous avons de propos délibéré placé nos dernières remarques?»58. Si l'expérience de l'étranger concernait seulement son corps (Kôrper). 69. Car le début de la section III de Totalité et infini semble traiter de tout autre chose que de la constitution de l'autre homme. en l'occurrence.164 Reiko Kobayashi 3. Lorsque notre lecture parallèle arrive ici. et après avoir expliqué que la révélation de la matière est superficielle. 163. Humanisme de l'autre homme (HAH). et éventuellement. Car si c'était le cas. Celui qui est étranger à moi n'est pas donné originairement. 167. ce ne serait que l'affaire de la sensibilité appartenant à ma sphère primordiale. La (non-)constitution d' autrui a. est le synonyme de l'irréversibilité: on ne peut pas voir ce qui est à l'envers. et il n'y aurait plus d'autre. «L'altérité totale. DQVI 72. par exemple. L'apprésentation signifie la présentification (Vergegen-wàrtigung) d'un objet à partir d'une donation originaire. Or. 58 Ibid. 109.. «envers et endroit» est très importante chez Lévinas: cf. 167. 167.)»57. Mais l'apprésent ation d'une sphère autre n'est pas ainsi. AE 82. Montpellier: Fata Morgana. L'envers et l'endroit56 Du §50 au §54. l'intériorité de l'étranger.

V. Par un raisonnement analogique.«Totalité et infini» et la cinquième «Méditation cartésienne» 165 Lorsque j'aperçois le corps d' autrui. dans ma sphère primordiale. et montre l'exemple d'un enfant qui pour la première fois voit des ciseaux. ont récupéré ce terme pour désigner le rapport ni univoque ni équivoque. Lorsqu'il saisit le sens final des ciseaux. «.oyiav désigne l'analogie mathématique du type A/B=C/X. MC 1. Dans le même paragraphe. Cela permet à l'homme de faire de la théologie. àetNicomaque. et F. .. il y a mon corps et ma chair. Dans son usage traditionnel du terme. J. d'abord chez Aristote. la Paarung doit 59 60 61 62 Cf. ou la ressemblance imparfaite (Kant)62. 1980. je le réduis à ma sphère pr imordiale.. 63 MC 142. Pour que je puisse conférer le statut de chair au corps aperçu. le sens d'alter-ego ne peut pas encore être appré hendé à ce niveau. il faut une analogisation. Car il a appris le type de cet outil. Husserl dit encore que l' analogisation de la chair n'est pas comme l'ana logie entre les objets59. Marty.. dans le degré zéro de la temporalité que nous avons vu plus haut. Paris: Beauchesne. Les scolastiques latins. Il s'agit ici de l'archi-fondation du sens. on peut obtenir X à partir de trois autres articles60. l'analogie indique la re s emblance presque parfaite (Hume). celui de l'intelligible et du sensible. 1 131 a Kant 31. Pourquoi origi naire? Parce qu' autrui advient dans le présent vivant. l'unité Kax'àvaX.l'ego et l'alter ego sont toujours nécessairement donnés dans un appariement {Paarung) originaire»63. 141 Courtine. MC Ethique Enneades. Nous avons vu que l'apprésentation de la chair étrangère n'est pas pareille à l'apprésentation des choses. et la naissance de la métaphysique. la reconnaissance de l'autre ego devient simultanément la recon naissance de moi-même. Or. Ce qui est capital. cit. 6. -F. VI. 125. Ainsi. Husserl exclut toute considération métaphysique. c'est que Husserl reconnaît que mon soi reçoit le caractère de mien par effet de contraste65. 65 MC 144. Il apparaît comme la nou veauté absolue. A la différence de l'analogie. Mais ici. sans raisonnement. Chez les modernes. aussi 1. Mais l'unité du corps et de la chair d' autrui peut-elle être apprise aussi une fois pour toutes? Pour Husserl. 64 Ibid. il voit désormais immédiate ment les ciseaux comme tels. «L'archi-fondation elle-même demeure toujours à l'œuvre de manière vivante»64. à la suite de Plotin61. op.

Depraz. Cette modification consiste non à ramener l'autre à la mesure de ma compréhension. l'explicitation du mode de donation de l'autre ego. Alors qu'il vient de souligner la spécificité de l'alter ego par rapport aux autres objets. L'erreur de Husserl consiste dans l'ajout des autres cas de Paarung66. où la Paarung n'est pas originaire. fr. à «devenir l'autre» (Anders-werden. p. 381.. plus l'union l'emporte sur la différence. op. La superposition de ces deux couleurs est si forte que tout le monde comprend ce que signifie «le vin rouge». Entre A et B. XVI. N. . Dans APS. Car ce que je n'arrive pas à trouver par l'analogie est précisément le psychisme d' autrui. 346. 66 MC 142: «L'appariement. p. Dans la Paarung. Evidemment. de pluralité. en configuration de groupe. fr. plus fort est le recouvrement. ils fusionnent».. Husserl revient au point de départ: «. car elle est un mode d'asso ciation par la synthèse passive67.166 Reiko Kobayashi être schématisée par A/A' // B/B'. Ms. nous lisons: «Plus grande est la ressemblance. C'est une association entre ce qui se ressemble non par la conscience mais par un éveil affectif.. mais plutôt leur unité concordante. Husserl tente ici encore l'analyse statique. 1 80 (tr.. C'est pourquoi Husserl a choisi un exemple d'apprentissage de l'enfant. L'autre est apprésenté comme une modification de moi-même. 68 MC 143. p. Ce que Husserl cherche n'est pas l'abîme entre le corps et la chair. cit. «Remarques sur la traduction de certains te rmes». D7)69. l'apparition en configuration de couple et. l'homme qui a appris ce qu'est la couleur rouge voit immédiatement dans la couleur bordeaux le «rouge». Il faut donc introduire l'idée d'un nouveau type d'apprésentation. p. 396. il s'agit plutôt d'expliciter l'unité psycho-physique de moi-même. mais à m'altérer. 69 Cf. l'introduction du terme Paarung devait déplacer le point de vue méthodologique vers l'approche génétique. (Selbst)-Entfremdung. Veranderung. Beil. plus proches se tiennent les uns des autres des data. il explique paral lèlement le cas des objets. c'est-à-dire le cas des choses. 67 Husserl définit la Paarung dans APS. à la fin du §51. est un phénomène universel de la sphère transcendantale». Deux data qui sont sans différence et sans écart sont unis pourtant par synthèse. par l'entremise d'un nouveau type de présentification. Si nous donnons un exemple. la tentation de la thématisation pers iste. ensuite. qui rend possible la structure objectale du présent vivant et toutes les espèces de synthèses originaires de l'unification du multiple. ce n'est pas le cas des deux personnes. tr. Verânderung. En fin de compte. op. Par suite de cette déviation.rien du sens transféré de la corporéité spécifique ne peut être originairement effectué dans ma sphère propre»68. cit. en compliquant ses arguments par la synthèse passive et l'association. Or. il y a un type semblable d'unité. 243) comme Urassoziation qui est l'éveil affectif systématique ou systématisant.

. en parti culier lorsque brusquement moi et l'autre nous apparaissons dans ce que Husserl nomme un «accouplement transcendantal». 338.. comme en creux. Elle ne se joue pas seulement pour deux corps. l'être égoïque et la conscience modifiée. mais Yanalogia carnis12. 516.. la temporalité et la spatialité sont inhérentes à V analogie. mais aussi pour deux consciences. qui sont traités comme des «associations par ressemblance». (. «Livrés à l'imagination. -F.Cette analogie n'est pas Yanalogia entis. p. je m'associe à un autre visage. mais je ne peux pas «devenir autre» dans le présent vivant. aussi Hua XV. Mais ne met-elle pas en évi dence l'incomparabilité aussi? Je suis ici maintenant. cf. et l'équivocité absolue de l'autre. et je ne peux pas occuper sa place. interviennent déjà des gestes d'association à.. parmi toutes les possibilités. C'est pourquoi l'on com prend la réaction de Lévinas: «Je suis très embarrassé par la ci nquième Méditation cartésienne de Husserl. -F. cit. Cependant. cf. l'autre est là. et à la présentification? L'analogisation s'emploie pour mettre en relief la ressemblance.. de déterminer une nou velle figure de l'analogie: l'analogie non proportionnelle ou d'attribu tion»71. Hua XIV. Courtine. La manière dont. Un manuscrit de 1927 explique que «comme si.» (j'étais à la place de l'autre) signifie. J. nous res tons pris dans cette alternative qui n'offre pas d'autre issue que l'univocité du même.) C'est cette double impossibilité. 500. à l'apprésentation. Autrement dit. . qui impose. Courtine. p. 500 (1927). op. remarque J. Hua XIV.. et aussi comme si je me comportais corporellement et intérieurement d'une manière spécifique en un autre temps»73. Hua XIV. 513. respectivement à l'analogisation. «comme si j'avais le corps modif ié. carnis. des présuppositions inexplicites subsistent. si ce n'est par l'ima gination70. Husserl ne pose pas la question: d'où vient cette re ssemblance du corps? L'ambiguïté demeure. incompréhensible et impénétrable. est-elle la ressem blance de deux images? N'est-ce pas déjà le fait de me référer à autrui 70 71 72 73 Cf.. Quand il construit 1' alter ego en le déduisant par l'analogie avec ma présence corporelle. Cette association reste assez ambiguë. répétée ou transposée. Elle ne me semble pas marcher toute seule. «Leibanalogie»... 642 (1934). Ibid. Nous sommes semblables..«Totalité et infini» et la cinquième «Méditation cartésienne» 167 Mais la nouveauté méthodologique consiste-t-elle à ajouter tout simplement «le type nouveau».

à un visage d' autrui? En tout cas. 78 Dans les écrits tardifs. qui possède un versant physique indiquant de façon apprésentative le versant psychique. et il en va de même dans le changement continu du comportement de phase en phase»75. Autrement dit. c'est là qu'il y a une faille dans le sensé de la simple ressemblance»74. Corps et Visage: le problème de l'extériorisation 1) Le corps et la chair Nous lisons dans la suite de la cinquième Méditation cartésienne: «le corps propre étranger dont on a l'expérience s'annonce continuell ement et effectivement comme corps propre mais seulement dans son comportement changeant. Lévinas déclare: «La conscience ne tombe pas dans un corps — ne s'incarne pas. Autrement que savoir. Cf. mais l'autre qui inspire avant que la conscience arrive à thématiser l'expé rience. La conscience se décrit dans la temporalité de la sensation. est aussi l'empirisme78 radical confiant 74 E. Nous voyons ici la possibilité phénoménologique de l'hétéronomie. Le corps est à la fois dépendant du monde par les besoins et indépendant par son recueillement. /). p. qu'il faudrait concilier» (77 139). doit maintenant apparaître à titre de remplissement dans l'expérience originaire. Lévinas évite d'employer l'expression «expérience d'autrui». Ce qui anime le corps au présent n'est pas la conscience. Le corps lui-même possède cette double face. elle est une désincarnation — ou. et ce. Ce n'est pas la conscience indépendante qui s'in téresse à ce qui est nécessaire pour le corps. qui reconnaît l'affection du sujet par l'objet. Transcendance et intelligibilité (Tr. Lévinas refuse la distinction et l'entrelacement du corps et de la chair que la cinquième Méditation cartésienne tente d'élucider76. p. b. Ainsi. La phénoménologie transcendantale de la sensation. plus exactement un ajournement de la corporéité du corps»77. 1987. Lévinas. Paris: Osiris. la subjectivité peut se tenir dans l'ajournement de la mort. 1984. 77 77 140. 40. 91. Or. Car l'avènement de l'autre implique à la fois la séparation et la non-indifférence. 75 MC 144. Il la remplace par celle de proximité. . de telle manière que celui-ci.168 Reiko Kobayashi socialement. la conscience prend ses distances à l'égard de ce que vit le corps au pré sent. mais toujours concordant. Genève: Labor et Fides. 76 «II n'existe donc pas de dualité: corps propre et corps physique.

Le visage m'enseigne. Dans un article de 1974. mais aussi je ne m'identifie plus avec moi. L'épiphanie du visage de l'autre coupe le flux de ma conscience. mais aussi constituant. 2) L'Epiphanie du visage et l'arrachement à soi Pour Lévinas. l'autre homme n'est pas le corps perçu là-bas. Le visage est invisible. L'intentionnalité visant autrui. Pour Husserl. l'entrelacement du corps et de la chair. EDE 159. la Paarung présuppose la perception du corps: la vision et le toucher sont les deux perceptions dont Husserl fait mention très souvent. Dans un article de 1965. Les kinesthèses reçoivent «une appré hension d'un tout autre type» que l'intention représentative79. le corps est non seulement constitué. il attribue la source de cette thèse à Husserl lui-même: «C'est en tous cas à partir d'Autrui que Husserl 79 Cf. 80 Cf. Il n'est pas l'opposé du corps ni de la chair. mais il se révèle comme le visage. mais l'expérience par excellence de l'intelligibilité. intouchable81. Pour Husserl. Lévinas appelle cet événement. les kinesthèses s'arrêtent à la vision et au toucher.«Totalité et infini» et la cinquième «Méditation cartésienne» 169 dans l'enseignement de l'extériorité. L'auto-explicitation d' autrui (car le visage parle) est plus évidente que mon interprétation de son psychisme d'après l'extériorisa tion corporelle. comme tranchant le nœud gordien. Il est «la manière dont se pré sente l'Autre. Le visage n'est pas la vision. ce qui n'épuise pas toutes les expériences. dépassant l'idée de l'Autre en moi»82. Seulement. dans l'espace homogène. la pensée de quelqu'un se retourne en sollicitude: devient penser pour quelqu'un. un «déphasage insolite». qui se constitue par la rétention et la protention. il apparaît dans notre contexte. 21. 82 Ibid. Il introduit la «dimens ion de hauteur où me vient Autrui concrètement» (77 145) dans la dia lectique du même et de l'autre du monde. 58. Ideen II. mais «la manière» de se présenter à l'autre. . Lévinas décrit la subjectivité husserlienne comme le corps en marche80. Cela signifie non seulement que je ne constitue pas autrui. 81 TI 168. Car il est le refus même de la thématisation. Si le terme de visage a intéressé beaucoup de chercheurs. par son caractère événementiel. En fait. dans l'expérience de l'impossibilité éthique de supprimer l'autre. le pionnier de cette phénoménologie transcendantale de la sensation est Husserl lui-même..

et ensuite autrui et le monde. une expression de misère ou de vieillissement. c'est-à-dire au-delà de l'être. L'homme seul n'est pas capable de découvrir le sens du monde. Le discours seul permet d'entretenir la relation avec l'autre séparé. C'est de l'extérieur que le sens du monde nous est enseigné. le discours est adressé d'abord pour susciter la responsabilité. c'est-à-dire que par la non-présence dans la sphère ontologique.) La Réduction transcendantale de Husserl a vocation de réveiller de l'engourdissement. 77 169. . 83 84 85 86 «De la conscience à la veille» in DQVI 52. c. 77 175. mais comme surplus mystérieux de l'aimé»86. même si Husserl ne cesse pas pour autant de penser la relation entre moi et l'autre en termes de connaissance»83. Voici la solution lévinassienne du solipsisme84. Car le visage déchire la plasticité de l'image figée pour parler: le dis cours interrompt la conscience du soi pour tourner vers autrui. Le discours chez Lévinas et chez Husserl: l'éthique l'avènement de Le thème majeur de la section III de Totalité et infini est le dis cours. Autrement dit. «Paix et proximité» in CNS 343. «le visage ouvre le discours originel dont le premier mot est obligation qu'aucune «intériorité» ne permet d'éviter»85. Il se révèle.. tout en respectant l'altérité de l'autre comme tel. On ne peut pas appeler acte. La Réduction intersubjective à partir de l'autre arrachera le moi à sa coïncidence avec soi et avec le centre du monde. 1) Le discours et la donation du sens Or. Le visage d' autrui qui commande de ne pas tuer.170 Reiko Kobayashi décrira la subjectivité transcendantale arrachant le Moi à son isolement en soi.. de re-animer sa vie et ses horizons per dus dans l'anonymat. juge comme en creux ma responsabilité. Cf. Husserl constitue d'abord le soi. Le thème du visage est lié au discours. Autrui est celui qui parle. comme a-présentation. (. il est l'absence de l'Autre infini. ce qui pour Lévinas est inacceptable. Lévinas situe le langage avant l'acte de parler: il est d'abord expression. Cette apprésentation est «non point comme une représentation appauvrie.

C'est une présence qui n'est pas présent. Dans la cinquième section de l'ouvrage que Husserl leur consacre. XIV. mais décrit une existence qui. les indica tionsdonnées par le corps de l'étranger. Mais ce qui nous intéresse pour le moment. car l'in dice vient originairement d'autrui90. 89 MC 144. En 1940. ce que dit Husserl ne s'oppose pas à l'idée de Lévinas. 90 Lévinas refuse cependant que la parole soit l'indice. Hua. La vision du corps d'autrui qui change de phase en phase doit passer par la constitution pour acquérir la signification. L'objectif étant ce qui a un sens intersubjectif. 87 EDE 47-48. d'après Husserl. 260. c'est V étranger»*9 . d'une expérience qui n'est pas origina irement donatrice mais qui confirme. mais le langage est un événement immédiat pour la conscience88. l'autre m'éveille et enseigne le sens. Husserl montre comment se consti tue l' intersubjectivité à partir du solipsisme de la monade. Lévinas ne recon naissait pas que toute l'entreprise de Husserl était de répondre à la cri tique de solipsisme. me permett ent seules de le constituer. alors qu'il admet qu'elle soit l'expression. à l'époque où ce passage a été écrit. 2) Le discours comme indication venant d'un étranger Husserl écrit dans la suite des Méditations cartésiennes: «Ce qui est expérimenté sur ce mode fondé d'une expérience qui ne saurait être remplie de manière primordiale. C'est-à-dire que. L'autre est présence du présent et non simplement pré sent. il esquisse précisément la constitution de l'objectivité comp lète à partir du domaine rigoureusement mien de la monade. 77 179. peut se considérer comme si elle était seule»87. les monades ont des fenêtres. Cf. de manière cohérente. 88 Cf. leur achèvement dans la lucidité de la monade où se constitue le sens de toute réalité. Si le langage est compris comme une espèce d'indice. . et de montrer l'altérité en soi. Lévinas pense que. la mettant en question.«Totalité et infini» et la cinquième «Méditation cartésienne» 171 «Les Méditations de Descartes trouvent donc. par la révélation du visage. ce qui est indiqué (Indiziertes). c'est la priorité d'autrui dans le discours. en principe. Cette interprétation n'a pas changé jusqu'à la rédaction de Totalité et infini. volontaires ou non. Solipsisme qui ne nie pas l'existence d'autrui. C'est lui qui constitue la raison. mais la présence ori ginelle — l'expression — qui permet la constitution de quelque chose comme présence. L'autre n'est pas un objet présent. pour Husserl. Cependant.

dans la compréhension d'autrui. c'est dans le monde environnant téléologique que fonctionnent ses analyses. in Etudes phénomén ologiques (1991) n°7. The developement of Husserl 's Ethics. deuxièmement. A travers son éthique entière Husserl a retenu les deux aspects fonda mentaux de la pensée de Brentano: d'abord. L'auteur montre d'après des man uscrits de Husserl que comme la logique du jugement trouve la vérité théorique (2+2=4). d'hospitalité»94. analogue à la logique du jugement (Urteilslogik)92. l'élément de sentiment (Einfuhlung). le rôle central qui a joué par la sensation dans la fondation d'éthique. p. la vie est pourtant ainsi faite en tout et pour tout que la vie peut se parfaire en bien absolu. Husserl l' abandonnerait-il dans cet état-là? La réponse est non: en fin de compte. Ce qu'il appelle le bien n'est pas la constitution parfaite. Bref. de mains pleines. il demeure simple indice. cette analogie. p. c'est-à-dire aux «pouvoirs d'accueil. 119. 94 yy 179_ . c'est l'objectivité qui rend possible le langage. il est tout à fait possible que la compréhension d'autrui s'ouvre également à la pratique. 1911 et 1914. Roth. 93 Cf. 258 cité in J. et elle est une «logique du sentiment (Gefiihlslogik)». 92 Cf. Autour de Husserl. U. Il ne fait pas des études des cas concrets et singuliers pour s'y appliquer95. op. le Bien. la logique du sentiment trouve la valeur éthique universelle. L'éthique phénoménologique a pour objet le vaste domaine du sentiment. de don. Et le télos du monde pour Husserl est. Mais chez Husserl l'éthique reste formelle. A. Dargestellt anhand seiner Vorlesungsmanuskripte. Comme Husserl pré voit. cit. Quant au langage. sans impact éthique. p. Edmund Husserls ethische Untersuchungen. Nijhoff. Dans un texte de décembre 1925 Husserl écrit: «Même si dans le détail bien des fins déterminées par le devoir absolu (absolutes Solleri) ne sont pas atteintes. Melle. comme pour Lévinas. comme conviction personnelle pour vivre sans regret. Dans ses cours d'éthique de 1908-1909. 209. Pas de hasard aveugle — un Dieu «régit» le monde»91..172 Reiko Kobayashi Et si le corps étranger me montre l'indice de sa faim. 3) Objectivité et langage Lévinas renverse le concept de communicabilité conditionné par une objectivité solipsiste: «En parlant je ne transmets pas à autrui ce qui 91 Hua VIII. La Haye. 1960. Benoist. l'analogie entre raison théorético-épistémologique d'un côté et raison pratico-axiologique d'un autre côté. ce parallélisme entre raison théorique et praticoaxiologique est au cœur des intérêts de Husserl93.

97 Cf. Caims rapporte que dans une conversation sur l'éthique. E. elle (la phénoménologie) le lit au sein d'une Absence qui l'ordonne visage. Car ce faisant j'aurais déjà présupposé quelque chose qui est lui-même en question. Toutefois. il a raison de remarquer que la dimension communicationnelle est négligée par Husserl. L. En effet. une critique universelle de l'expérience du monde. je ne puis le faire dans l'attitude communicative dans laquelle je présupposais l'existence réelle ou même l'existence simplement réellement possible (c'est-à-dire pos sible au sens empirique ordinaire du mot) des hommes. si je suis un homme normal. Autrui qui rend cette communication pos sible. p. partait d'un cogito qui se poserait d'une façon absolument indépendante d' Autrui»96. III. U. «Krisis». 234. Ce dernier en explique le motif dans Philosophie première II: «II est désormais clair pour moi: si je veux effectuer. se constitue d'abord pour une pensée monadique. tout le discours n'est pas «expressif». op. 95 D. 1997. contrairement à Descartes. Husserl. en tant que philosophe méditant sur le commencement. 122. Je transmets donc à autrui ce qui est objectif «pour nous»: la base de l'objectivité n'est pas la subjectivité. a le sens premier98. 98 EDE. Lévinas ne tient pas compte de cette distinction. 185.«Totalité et infini» et la cinquième «Méditation cartésienne» 173 est objectif pour moi: l'objectif ne devient objectif que par la communic ation. §8. 96 Ibid. mais l'intersubjectivité. ce n'est pas seulement le langage qui rend possible l'objectivité des objets. -M. «Ce que je communique» doit avoir déjà une signification pour l'interlocu teur.. doit lui-même être soumis à la critique» (57).. on surmonte une difficulté qui serait inévitable si la philosophie. Mouillie. cit. En posant la relation avec Autrui comme éthique. Le même discours d' autrui peut avoir deux niveaux pour moi: le niveau d'indice (passif) et le niveau d'expression (actif)... coll. Grenoble: Millon. si l'on est d'accord avec Husserl. conformément au sens universel de la critique. «Partant du prochain. c'est-à-dire porteur de la signification97. S'il n'y a pas d'expression et de vouloir-dire sans discours. Conversation avec Husserl et Fink / tr. quelque chose qui. «Husserl cita Dostoievski qui dit que chacun est coupable de la culpabilité de tous» — mais je ne suis pas plus coupable que les autres! Cf. op. cit. . Mais chez Husserl. mais celui-ci fait part ie de l'ensemble des indices qui permettent à l'ego de s'éveiller. La base de l'ob jectivité se constitue dans un processus purement subjectif. p. Le langage ou le visage d'autrui. mais d'une façon que l'on aurait tort de con fondre avec une indication ou une monstration du signifié dans le signifiant». par J.

EDE 174. Chez Husserl. l'autre pour moi est celui qui co-existe dans l'espace homogène. Lévinas. Mais la révélation du visage (a-présent) est en même temps celle de la loi qui interdit le meurtre. ce qui est un pari. En raison de son altérité. la résistance éthique. La nudité de l'homme qui vieillit et qui meurt interpelle l'ego dans son bonheur.174 Reiko Kobayashi La communication présuppose la foi en la parole de l'interlocuteur. 2) L'éthique lévinassienne ne s'appuie pas sur la perception de l'autre. et elle ne se laisse pas appréhender. mais sur l'assignation de celui-ci. le serviteur de l'autre. Husserl met lui aussi en parallèle la transcendance de Dieu et celle d'autrui dans le §99 de LFLT [221-222]. La subjectivité est sub-jectum. Par ailleurs. chez Husserl. Nous sommes maintenant à même de relever les éléments qui dis tinguent ou rapprochent Husserl et Lévinas dans cette section. dans le présent vivant. 1) Lévinas identifie l'altérité à autrui. le Leib ne permet pas non plus d'appréhension. îoo jj 269. Puisque Husserl cherche par la phénoménologie l'ob jectivité universelle. Pour Husserl. . mais l'originelle exception de l'ordre»99. il n'y a qu'à tuer l'autre. L'espace intersubjectif est courbé et l'avenir est défini par autrui. L'altérité est agissante. pose qu' autrui se situe dans la dimension de hauteur et d'antériorité par rapport à ma conscience. Lévinas le critique expres sément: «Autrui n'est pas un cas particulier. nous découvrons la problématique commune d'autrui associée aux problé matiques du temps et de l'espace. l'altérité signifie tout ce qui n'est pas soi: autrui n'est qu'une figure de l'altérité. une espèce de l'altérité. Pour supprimer l'altérité. 99 DQVI 32. C'était une grande découverte pour Husserl que la conscience était en retard sur le présent vivant. 3) En comparant Totalité et infini aux Méditations cartésiennes. l'exigence méthodologique ne permet pas ce genre de pari. tandis que la réduction transcendantale husserlienne présuppose toujours la scission de l'ego et l'ego explicité. en radicalisant ce déphasage. Mais on se demande quelle sera la forme concrète possible de la communauté intermonadique si les paroles de l'un et l'autre ne sont pas dignes de foi. concer nant la constitution d'autrui. autrui re ssemble à Dieu plutôt qu'à moi100. sans initiative de la part de celui-ci. car c'est par l'intervention d'aut rui que commence la rupture du mouvement d'assimilation au Même.

La question paraît transposée à un niveau plus élevé. on trouve deux couches noématiques: la couche de la présentation. Ici. p. reçoit. A partir de là. nous citons la traduction de Lévinas qui nous semble plus claire que la nouvelle traduction: «Si je «recouvre» (réduis) l'expérience d'autrui. En fait. c'est-à-dire. je suis ici. si j'y ajoute cette expérience de l'autre.. 106. peut être élucidée à partir de la communauté du premier degré. j'obtiens la constitution du corps de l'autre à l'intérieur de ma sphère primordiale dans sa couche présentative la plus profonde. et la couche de l'apprésentation. dont j'ai et dont je peux avoir l'expé rience dans ma couche profonde. me donne cet organisme dans le mode où il est donné à l'autre lui-même.. et nous sommes séparés par un abîme. en recouvrant la couche présentative et en se synthétisant avec elle. mais comme Husserl l'a déjà découvert dans le cours de 1910.. apprésentation qui. 102 MC .. au niveau du corps. j'ai une apprésentation du même organisme. Donc. d'après Husserl. la constitu tion intersubjective est en fin de compte. le corps possédant une âme qui est inaccess ible pour moi originaliter 101 ? Par l'analyse intentionnelle. La réussite de la constitution d'autrui dépend de l'élucidation de l'unité psychophysique en lui. Il considère que la communauté des monades. celle de mon ego monadique et l'ego monadique de l'autre. tout objet naturel. op. Socialite et Temporalité a. la condition de possibilité du monde objectif. Husserl tourne en rond: l'autre est làbas. . (. Comment se faitil que dans l'expérience factuelle d'autrui. Les donations originaires sont toujours des objets de la phénoménologie. L'apprésentation permet de percevoir «le surplus de ce qui n'y est pas proprement perçu». MC 153. Qu'est-ce que la communauté intermonadique selon Husserl? La partie culminante des Méditations cartésiennes.) une couche apprésentative»102.PI L. nous constatons d'emblée que c'est le corps. les objets 101 Cf.. La portée de cette déclaration est considérable.«Totalité et infini» et la cinquième «Méditation cartésienne» 175 4. cit. se situe dans les paragraphes 55 à 59. la question de correspondance entre la présentation et l'apprésentation. Nous avons vu plus haut la différence de l'apprésentation de l'autre et celle de l'objet. au niveau de l'âme.

tr. Si je peux transcender le présent vivant. . Par la présentification. p. aussi Krisis. En effet. ibid. Personne avant Husserl n'a jamais remarqué son importance. L'objet visé entraîne tout son horizon dans la conscience. «pièce fondamentale de toute phénoménologie»106. Husserl trouve la relation analogue. [167].. Comme il l'a montré dans le §20 des Méditations cartésiennes..176 Reiko Kobayashi (noèmes) inapparents deviennent aussi les objets possibles de la phéno ménologie103. C'est par les présentifications répétées que je peux retourner à un vécu personnel. entre sa sphère primordiale et la sphère étrangère présentifiée en lui. par J. Dans le cas de l'expérience de l'autre. Cf. 106 problèmes fondamentaux. La constitution ne signifie pas mettre la main sur l'objet: elle est l'infinie approche au sens universel de l'expé rience du monde. 145: «De même que mon passé remémoré transcende mon présent vivant en tant que sa modification. op. coll. En d'autres termes. Problèmes fondamentaux de la phénoménologie. 105 Cf. notre attention s'éveille aux quelques autres moments que nous n'avons pas perçus dans le présent passé.F. tr. Paris: P. . 104 MC 155 sq. sans être ramené à moi-même. Husserl.. 1991. L'autre est constitué tout en restant l'autre. et tout ce qu'englobe l'horizon est susceptible d'être présentifié. La présentification permet la liaison entre l'expérience de soi qui se développe sans cesse et l'ego concret. et ce vécu acquiert la validité d'un vécu existant. l'analyse précise de la réflexion dans la présentification est appelée dans le cours de 1910. sans doute. mais le mode de sa donation spécifique. cit. désormais la possibilité de constituer le monde objectif est ouverte. fr. de même que l'être étranger apprésenté transcende l'être propre».. E. Mais la correspondance de la présentation et l'ap présentation est-elle explicitée suffisamment par l'analogisation et la Paarung ? La suite des Méditations cartésiennes montre l'importance décisive de la présentification (Vergegenwàrtigung)104. l'analyse intentionnelle dépasse les vécus individualisés. «Epiméthée». du moment que je sais analyser non la chose en soi. 211.. Nous pensons aussitôt à ce qu'écrit Lévinas dans la quatrième sec tion de Totalité et infini. Alors.. c'est-à-dire devenir-autre105. je peux aussi m'aliéner. tout comme l'identification du moi (constituant) et du soi (constitué). sous forme d'interrogation: «Mais le souvenir 103 Cf.U. la correspondance de la pré sentation et de l'apprésentation. Englisch. [178]. l'expérience de l'autre est appréhendée par l'opéra tion de la présentification.

Texte aus dem Nachlass (18981925). Bildbewufitsein. Couvrant. 214.. du fait qu'elle recouvre l'absence de la perception actuelle. Donc elle entre en concurrence avec la perception. que l'auteur traduit par «remémoration». Husserl. sans que celui-ci se donne «en personne». . p. L'absence n'est pas un vide: elle est une privation de ce qui est suscept ible d'être perçu. Voir l'autre homme n'est pas de l'ordre de l'intuition (Anschauung). pp. le mot difficile à traduire. C'est ainsi que je peux «devenir-autre». son niveau de culture. n'est pas visée. l'évolution de sa 107 77 259. 108 EDE 146. Phantasie. Elle laisse l'autre dans son horizon. cit. «La durée et l'absence. elle apparaît non comme le degré inférieur à la perception. et l'oubli et l'absence font aussi partie des éléments constitutifs de la conscience. La Haye: Nijhoff. E. commenté par Raymond Duval. Mais si la phénoménologie husserlienne a enseigné à Lévinas que «percevoir autrement. Pour une autre phénoménologie de la conscience du temps». Nous optons pour «la présentification» à la suite des traducteurs des grands textes de Husserl. 63-69. et rend sa primauté difficilement tenable109. c'est percevoir autre chose»108. 1980. 110 Ideen II. Elle n'est pas orientée. car il révèle un nouvel aspect du vécu. mais comme couvrant l'absence de la perception de l'âme d' autrui. Husserl explicite: «J'accède à de telles motivations (de l'autre ego) en me projetant dans sa situation. 525. du percevoir. Hua XXIII.«Totalité et infini» et la cinquième «Méditation cartésienne» \11 surgi dans chaque instant nouveau ne donne-t-il pas déjà au passé un sens nouveau?107» Il écrit cela en pensant que ce qui surgit dans le res souvenir de Husserl est toujours exactement identique. Si nous revenons à l'apprésentation de l'étranger ici en question. mais de l'intuition (Intuition) qui signifie un pressentiment. par la vigilance à tout ce qui a été donné dans mon expérience du passé. en percevant son corps. op. Erinnerung. 109 Cf. comme si l'on ressortait une vieille photo dans un album: Husserl lui-même pensait ainsi en 1905. Nous nous inspirons ici de ses analyses de la Vergegenwàrtigung. elle a dû lui ensei gner encore que ce qui est remémoré est toujours autre chose. 77. Dans les Ideen II. La présentification est en même temps la présence et l'absence. Zur Phànomenologie der anschaulichen Vergegenwàrtigung. un pré voir110. La vigilance est la possibilité d'une modification radicale de la conscience. interprété par le moi actuel. même ce à quoi je n'ai pas fait attention sur le moment. 65 (1981). in Revue des sciences philosophique et théologiques.

Qu'est-ce que la société pluraliste selon Lévinas? Si nous poursuivons notre hypothèse. 275. op. la coexistence inten tionnelle est possible seulement sous la forme de temporalité commune.. Il ne surgit pas au sein d'une totalité et ne l'instaure pas en y intégrant Moi et l'Autre. L'apprésentation de l'âme d'autrui ne dépend pas seulement de mon expérience du passé. 486-487. Au §44 de la cinquième Méditation. cit. et. Car le corps de l'autre. Si la manière de situer autrui dans l'espace homogène et dans le temps universel est déterminante chez Husserl pour la constitution de la communauté intermonadique. Je ressens comme si j'étais à sa place113.. la quatrième partie de Totalité et infini intitulée «Au-delà du visage» doit contenir les éléments nouveaux qui mettent en cause cette communauté intermonadique husserlienne.178 Reiko Kobayashi jeunesse. en fonctionnant dans le monde. 112 Cf. etc. La conjoncture du face à face ne présuppose pas davantage l'existence de vérités universelles où la subjectivité puisse s'absorber et qu'il suffirait 111 Ibid. EU. Ideen II. cit. Cf. Au §55. Mais cette constitution était alors partielle et imparfaite. en m'y projetant. Il est clair que la connaissance d'autrui n'est pas l'objectivation de celui-ci. dans la temporalité commune.. 275. nous allons voir chez Lévinas que l'e space intersubjectif est «courbé» et que chaque sujet a son temps unique. l'objet que je per çois dans ma sphère propre appartient aussi dans la sphère propre de l'autre. constitutivement liée à la constitution d'un monde et d'un temps du monde. b. mais aussi de la mémoire tournée vers l'ave nir en même temps que je me tourne vers lui112. C'est ainsi que l'intropathie (Einjuhlung) devient possible. il écrivait que l'ego constituait son corps physique kinésthésiquement. Cette coexistence avec l'autre. . 83. n°28. 113 Cf. op. Et je perçois aussi que ce corps agit de telle manière que si j'étais à sa place (dans sa situation spatiale). Il y a une communauté temporelle des monades. Au début de cette section de Totalité et infini Lévinas écrit ceci: «Le rapport avec Autrui n'annule pas la séparation.. la consti tution de l'autre apparaît en même temps que celle de la nature objective. aussi Hua XIV. j'aurais agi pareillement. dans l'attente et l'atten tion. je dois y prendre part effective ment»111. Elle est indissociable de la vigilance et de la pré voyance.

593594). «Le rapport qui. transcendants l'un par rapport à l'autre. la totalité fondée sur la ressemblance que nous avons trouvée chez Husserl. le féminin est comme la signification à rebours. «signifie». comme le pauvre. Selon l'expression de Lévinas. La relation erotique. et non le féminin. La société commence virtuellement par l'accouplement biologique de deux hétérogénéités. Mais ce rapport détermine l'avenir par ce qui n'est pas encore ontologiquement (le fils). l'étranger.U. 242. Or. est tout le contraire du rapport social»118. Henry. 115 77 45. p. et dans l'abaissement. Elle est une relation sans totalisation. Si le visage. Phénoménologie matérielle. cette relation est celle du face à face. 1990. perpétuant le moi par le fils. Cf. 77 240. Lorsqu'on manque l'espace et le temps communs avec l'autre. Paris: P. Paris: Ed. Franck justifie que l'exemple de différence sexuelle est aussi le cas saillant pour Husserl. 153. 1981. ni l'inter locuteur. in Chair et corps.. L'autre est en hauteur. 1' «inceste». pp. a un statut particul ier116. Moi et l'Autre. Il faut. elle a une référence négative au social117.»114..«Totalité et infini» et la cinquième «Méditation cartésienne » 179 de contempler pour que.. l'union de l'homme et la femme a un statut ontologique qui s'ouvre à la 114 TI 229. C'est le fils qui est appelé «un autre moi». sur ce dernier point. s'établit entre les amants. 119 TI 251. Lévinas soutient l'altérité comme transcendance.. en citant le manuscrit de 1933. celle des interlocuteurs. Lévinas ne semble donc pas être d'accord avec l'hypothèse d'une communauté des monades. de prime abord asociale. entrent en un rapport de com munion. le dire. 118 Ibid. . pages 176 sq. l'expression. est le seul moyen d'établir la socialite entre les pluralités115. soutenir la thèse inverse : le rapport entre Moi et l'Autre commence dans l'inégalité de termes. comme le maître. car il continue à vivre mon temps119. le discours. 117 Cf. la veuve et l'orphelin: à la différence de l'homogénéité de l'espace. et de vivre l'instant nouveau. La relation entre ceux qui se ressem blent est même appelée par Lévinas.F. aussi M. dans la volupté. foncièrement réfractaire à l'universalisation. Lévinas pense la tempor alité comme discontinuité: la fécondité permet à l'ego de ne pas se retourner. 116 D. mais en raison du fils qui n'est pas encore là. de Minuit. «Téléologie universelle» : «II y a dans la pulsion elle-même référence à l'autre en tant qu'autre et sa pulsion corrélative» (Hua XV. Sur la phénoménologie de Husserl.

et cependant il est de moi et il continue à vivre à ma place. 245. Car je ne le possède pas. l'amour de l'autre. p. même en se parlant à soi-même à haute voix. 1988. coll. Un autre être qui viendra par cette union de deux substances donnera après coup. Il s'agit de «l'intentionnalité» qui n'est pas la conscience. pour Lévinas l'intervention de l'autre est indispensable. Lévinas veut aussi réfuter la conception husserlienne de la constitu tion de l'autre en écrivant: «Le sujet dans la volupté se retrouve comme 120 Ibid. 190). Avec ce que nous avons vu du rôle de la présentification chez Husserl. Lévinas dit qu'il est autant un autre moi qu'un autre homme. L'emploi de ce terme dans ce sens est arbitraire et discutable. Notre auteur fait de la phénoménologie d'en deçà et d'au-delà de la conscience. Or. L'accouplement. que c'est dans cette rencontre que résidait la présence personnelle de Dieu» (A l'heure des nations. je me disais que la vraie eucharistie était dans la ren contre d'autrui plutôt que dans le pain et le vin. non dans la conscience mais charnel. le statut du fils est aussi particulier. . Car en fait. «Critique». le sens à cette «trans-substantiation»121. qui a découvert dans l'Evangile une spiritualité proche du Judaïsme a eu du mal à comprendre certains termes théologiques. Mon temps continue grâce à lui. mais de ce que Lévinas appelle la «trans-substantiation». mais le prototype. l'homme n'est pas l'être pour la mort. de Minuit. n'est pas de l'ordre de la constitution de soi et de l'autre. mais l'être qui va vers l'Infini. La relation sexuelle en soi n'a pas de signification. Car elle échappe à la raison.. Il faudrait sans doute l'associer avec è7i8K8iva xfjç oûaiaç. au-delà du visage de l'aimée. L'homme seul peut donner le sens métaphys ique à la fécondité: il voit le fils qui n'est pas encore. Car l'homme se transcende par la fécondité: libération non seulement du présent. Il dit en 1987: «Ayant appris plus tard les concepts théologiques de transsubstantiation et d'eucharistie. Paris: Ed. Dans l'Eglise catholique. même après ma mort. Si Husserl prétend que la transcendance se fait par l'éveil. Lévinas ne l'emploie plus. ce terme est employé uniquement pour désigner le changement de toute la substance du pain et du vin en toute la substance du corps et du sang de Jésus-Christ. Lévinas. mais aussi de la finitude. L'amour d'un couple n'est pas le cas unique. On peut d'ailleurs remarquer que. peut seul faire sortir l'homme du cercle vicieux de repliement sur soi et permettre ainsi la transcendance. nous comprenons mieux l'enjeu du féminin. plus fort que l' auto-affection perpétuellement recen trée sur soi-même. 121 Le terme de transsubstantiation signifie originellement le changement de quiddité sans changement de forme et de matière. Contrairement à Heidegger.180 Reiko Kobayashi dimension métaphysique120. dans les écrits ultérieurs.

«s'engendrant elles-mêmes in infinitum»123. Quant à la spatialité. L'Infini sollicite le Désir à travers le visage d'autrui. Bien sûr. Car «cette courbure 122 123 124 125 126 127 77 248. constitue l'ordre social (. une «courbure de l'espace»127. Car être moi. Reconnaître que je suis mortel et que cependant le moi est perpétué par le fils. Cf. Ainsi. C'est grâce à la mort que le temps s'ouvre à l'infini. Lévinas découvre la fraternité.. . par la continuité de la génération. «La relation avec le visage dans la fraternité où autrui apparaît à son tour comme solidaire de tous les autres. l'altérité ne s'oppose pas à la ressemblance. L'amour du père pour le fils accomplit la seule relation possible avec l'unicité même d'un autre et. 257. je me décharge de la responsabilité écrasante. dans ce sens. c'est reconnaître que la socialite est la temporalisation. le mode d'être fils ne sont pas celui d'être père. D'une part. 153. La fécondité est ouverte à l'infini avenir par le pluralisme. jusqu'à l'accomplissement des temps. Etant lui-même le fils d'un père. Mon fils vivra différemment de moi. et non sur deux ressemblances. la société est pluraliste. La relation intersubjective est en fait. sinon elles seraient identiques.)»126. comme nous l'avons vu. tout amour doit s'approcher de l'amour pater nel125. l'espace intersubjectif n'est pas homogène comme chez Husserl.. c'est avoir un temps unique en vertu de l'intériorité unique: «La séparation n'est radicale que si chaque être a son temps. En fin de compte. en constituant l'autre et soi-même. en mettant cependant l'accent sur deux altérités. mais courbé. C'est pourquoi Lévinas suggère d'appeler la présence de Dieu par une curieuse expression. La syn chronie de la communauté monadique est aussi controversée par Lévinas.«Totalité et infini» et la cinquième «Méditation cartésienne» 181 le soi (ce qui ne veut pas dire l'objet ou le thème) d'un autre et non pas seulement comme le soi de soi-même»122. si chaque temps ne s'absorbe pas dans le temps univers el»124.. cela rejoint le «devenir autre» de Husserl. Le mode d'être femme. 77 267. TI 256. Hua VIII. La communauté des monades chez Husserl est close. Car dire que deux choses se ressemblent confirme leur indépendance l'une par rapport à l'autre. d'autre part. TI 28. par la discontinuité du temps. je m'aventure à un autre destin. c'est-à-dire son intériorité. Ibid. une intrigue à trois.

à ses disciples. 132 Derrida a très tôt remarqué que Lévinas opposait l'esprit de Husserl à la lettre. serait l'ultime et l'indépassable»129. Conclusion: Lévinas. 129 DQVI 166. Certes. p. Nous y trouvons le style particulier de notre auteur qui nous empêche de saisir sa compréhension véritable des œuvres husserliennes. 131 Revue philosophique de la France et de l'Etranger. 1967. On sait que ce dernier gardait la plupart de ses manuscrits et les relisait au fil des années pour les mener à la perfection. 129 note 2. mais rend seulement possible (la vérité de l'extériorité)»128. Nous pensons que Husserl va beaucoup plus loin que ce que Lévinas lisait dans ses œuvres. Finalement. Peu avant les conférences de Paris130 qui sont devenues la matrice des Méditations cartésiennes. 130 Les 23 et 25 février 1929. Lévinas a publié son premier article.182 Reiko Kobayashi de l'espace intersubjectif infléchit la distance en élévation. il faut remarquer que l'évolution interne de Lévinas concernant l'interpré tation des œuvres de Husserl n'est pas très simple. CVII (1929). Ainsi. 230-265. Paris: Seuil. Pourtant. Cf. il critique l'insuffisance de la phénoménologie transcendantale par des arguments largement inspirés des inédits de Husserl lui-même. il a tendance à défendre l'intention initiale de Husserl. En revanche. Husserl» dans la Revue philosophique131. A la fin de cet article. «Violence et métaphysique» in Ecriture et différence. 54e année. il les a montrés facilement. pp. Consciemment ou non. la situation 128 ibid. non seulement dans la lettre. ne fausse pas l'être. mais aussi dans l'esprit. en critiquant des textes qu'il interprète d'abord superficiellement132. il reste fidèle à la dernière position de son maître. d'une certaine manière. la relation horizontale entre les hommes peut traduire la relation verti cale avec la hauteur: peut-être est-il «logique de fixer l'objet de la rel igion conformément à l'immanence d'une pensée qui vise le monde et qui. mars-avril. dans l'ordre des pensées. . Nous pensons pouvoir confirmer cette hypothèse. n°3-4. «Sur les «Ideen» de M. pionnier fidèle et/ou enfant terrible de la phénoménologie française? Notre hypothèse du présent travail était de partir d'un certain mal entendu du jeune Lévinas concernant la véritable intention husserlienne et de considérer Totalité et infini comme de nouvelles Méditations car tésiennes.

«Toutes les recherches de la phénoménologie égologique doivent être subordonnées à la «phénoménologie intersubjective» qui seule saura épuiser le sens de la vérité et de la réalité. op. Donc.«Totalité et infini» et la cinquième «Méditation cartésienne» 183 de Lévinas. 241. je vis s'ouvrir devant moi un chemin qui devait être d'une importance décisive pour la possib ilité de réaliser une phénoménologie pleinement transcendantale et — à un niveau supérieur — une philosophie transcendantale». 134 «Sur les «Ideen» de M. Husserl. datés de 1913. à cette époque. cit. La première version de la Philosophie Première II (1923-1924). Mais. cit. dans le développement postérieur de la pensée de M. mais il transmet en même temps l'autocritique rétrospective du maître133. notons qu'il n'oppose pas ici la phé noménologie égologique à la phénoménologie intersubjective. Husserl». puisqu'il commente les Ideen I. El 23. note 1 : «. difficulté qu'il a surmontée admirablement. Pendant des années je ne voyais aucune possibilité de la (la réduction phénoménologique) transformer en réduction intersubjective. op.. primord iale»134... 265.. Ainsi. Cf. seulement en 1929. nous pouvons dire qu'il dut être tout à fait au courant du vaste chantier de la phénoménologie génétique: méthode progressive qui. qui a passé un an chez Husserl en 1928-1929. aussi MC §13 p. Ce qu'il expose en conclusion témoigne de la connaissance profonde et authentique de l'intersubjectivité husserlienne. pour comprendre la formation des sens. En tout cas. les lecteurs se demandent-ils si cette nécessité du développe ment vers la phénoménologie intersubjective vient de l'auteur lui-même ou du dernier Husserl. dans la mesure où ce qu'il présente au public français. Cet article date du 1929. 135 Cf. Il avoue la difficulté que lui cause la terminologie pour initier les non-habitués à la phénoménologie. Il n'est pas inutile de rappeler que les importantes notations de Husserl sur la 133 Cf. si nous tenons compte de son séjour auprès de Husserl de 1928 à 1929. En effet il assistait aux séminaires de Husserl. p. finalement. en critiquant le manque de la pensée de l'autre dans le contexte intersubjectif chez Husserl. désormais — c'est-à-dire dans toutes ses œuvres — Lévinas ne doit pas pouvoir se contredire au moins dans l'es prit. n'est pas le travail de pointe de Husserl. est assez par ticulière. Et encore. Cette idée qu'on ne trouve qu'une esquisse d'une demi-page dans les «Ideen» est devenue. commence par étudier les associations d'un sujet dans l'espace et le temps. dans lesquels ce dernier traitait de la psychologie phénoménologique et de la constitution de l'intersubjectivité135. p. 69. .

»137. se trouvent dans Logique formelle et logique transcendantale. Dans Autrement qu'être ou au-delà de l'essence.). . Dans Totalité et infini. le résultat de travaux préparatoires de Totalité et infini) présentent de riches éléments qu'on ne connaissait pas encore chez Husserl. dans la lignée de la pensée husserlienne: ramener l'Autre au Même. cit. le rôle du corps propre et que MerleauPonty a su mettre en valeur. tout ce qui se passait pendant ce temps-là n'avait aucun «sens». 1 13. des Méditations carté siennes de Husserl qu'il a traduites dans sa jeunesse avec beaucoup de 136 E. En d'autres termes. Nous avons remarqué que dans Totalité et infini. surtout pages 275 sq. dans un article de 1983. Lévinas voit l'engagement politique de Heidegger comme l'aboutissement monstrueux du primat de l'ontologie. LFLT.. consciemment ou non. in CH op. ces éléments n'apparaissent pas sous le nom de Husserl. cependant. p. Dans le présent article.. Husserl. c'est-à-dire la manière de transcender dans l'imma nence. op. il dénonce chez celui-ci «un privi lège du théorétique. Le philosophe aurait dû être le fonc tionnaire de l'humanité. 137 «La conscience non-intentionnelle». Le soulignement est de nous. Plus tard.. 138 Ibid. Car en fait.. Et cela. Il développe par la suite l'idée de la conscience non-intentionnelle138. 113-119. pp. etc. expliquant clairement la phénoménologie génétique136. cit. la philosophie de Husserl à la veille de la guerre atteignait théor iquement au primat de la pratique. théorie de la Lebenswelt (du monde de la vie)... qui datent précisément de 1929. tout en avouant que Husserl est sans doute à l'origine de ses écrits. malgré toutes les suggestions opposées que Von peut également emprunter à son œuvre: intentionnalité non théorique. nous avons montré combien Lévinas était profondément imprégné.. un privilège de la représentation. Lévinas présente les idées nouvelles de Husserl: «l'intentionnalité de la sensation» qui n'est pas objectivante. A travers les commentaires écrits entre 1932-1967 réunis dans En découvrant l'existence avec Husserl et Heidegger. «le moi qui est une forme et une manière d'être et non pas un existant». Il oppose cette idée à l'intentionnalité théorique (objectivante) de Husserl. l'image attribuée à Husserl ne change guère. du savoir (. l'image de Husserl est figée dans les caractères suivants: immanence. les articles publiés en 1959 (donc.184 Reiko Kobayashi nouvelle voie de la réduction. Ces commentaires. qui n'a eu aucun impact concret sur la vie humaine pendant la dernière guerre mondiale. égoïsme et thématisation.

the A. Ce texte trace désormais son orientation de recherches philoso phiques. à savoir la découverte de l'hétéronomie qui précède l'autonomie. seeks to find the keys to Levinas' interpretation of these Meditations in Totalité et infini. l'A. essaie de trouver les clefs de l'interprétation lévinassienne de ces Méditations dans Totalité et infini. rue des Dardanelles F-75017 Paris Reiko Kobayashi. — Starting from the letters addressed to Ingarden. Abstract. Dudley). tout en cherchant en même temps l'i ntention initiale de Husserl. nous la traiterons prochaine ment. 7.«Totalité et infini» et la cinquième «Méditation cartésienne» 185 soin. . which bear witness to Husserl's dissatisfaction with the French translation of the Cartesian Meditations. Nous voulons souligner par là que la philosophie de Lévinas n'a de véritable sens qu'en tant que pensée phénoménologique. Totalité et infini then appears as a new fifth Cartesian Meditation. by J. Totalité et infini apparaît alors comme une nouvelle cinquième Méditation cartésienne. Quant à sa contribution décisive à la phénoménologie. Résumé — En partant des lettres adressées à Ingarden qui attestent le mécontentement de Husserl à propos de la traduction française de Méditations cartésiennes. (Transi. while at the same time seeking Husserl's initial intention.

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