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Comparaison critique de plusieurs éditions de

la Farce du Meunier d’André de LA VIGNE

1 Introduction

Dans le cadre de ce travail, la Farce du Meunier1 d’André de LA VIGNE


illustrera notre propos. L’auteur, dans sa farce, adapte Le Pet au vilain, un fabliau
de RUTEBEUF. Destinée à exister en tant qu’épisode du Mystère de Saint Martin
mais à cause d’événements climatiques, cette farce a été isolée du reste de
l’œuvre.
La Farce du Meunier sert de prétexte aux analyses et comparaisons des
traitements de différentes éditions du même texte. Dans cette optique, cinq
éditions ont été retenues : celle de MICHEL en 1831, celle de FOURNIER en 1872,
celle de JACOB en 1872, celle de MABILLE en 1970, et la dernière, celle de TISSIER
en 1989. Toutes les éditions de La Farce du Meunier disponibles et identifiables
en bibliothèque ont été relevées. Toutefois, lorsqu’un éditeur a publié plusieurs
fois le texte, nous ne conservons que les rééditions ou réimpréssions.
Notre démarche s’articule en cinq points. Pour commencer, nous
localiserons l’original et le facsimilé de La Farce du Meunier. Ensuite, les limites
et la mise en texte vues par différents éditeurs retiendra notre attention. En outre,
la présence ou l’absence du procès-verbal de la représentation au sein des éditions
de la Farce du Meunier sera relevée. Et aussi, le glossaire et l’index seront
évalués pour leur utilité et leur pratique lorsqu’ils sont présents. Enfin, nous
examinerons une édition courante d’un des éditeurs pour confronter son attitude
face à une édition critique et à une édition courante.

1
Pour éviter les variantes du titre de chaque édition (cf. point 3.4.5 L’écriture p. 9) nous avons
opté pour que la farce étudiée soit nommée selon l’orthographe moderne « Farce du Meunier »
comme la nomment Francisque MICHEL et André TISSIER (1989 : 169).

2
2 Original, facsimilé, édition diplomatique

Seuls MICHEL et TISSIER localisent le manuscrit. Selon l’édition de


TISSIER, La Farce du Meunier n’apparaît que dans le Manuscrit La Vallière, du
nom de son propriétaire. Ce manuscrit contient l’ensemble des pièces du spectacle
de Seurre en 1496 (le Mystère de Saint Martin, la Moralité de l’Aveugle et du
Boiteux et la Farce du Meunier), la liste des acteurs ainsi que le procès-verbal de
la représentation signé de la main de l’auteur, André de LA VIGNE. Ce recueil,
intitulé Farces et moralités, est conservé à la Bibliothèque nationale de France2
depuis 1784 et regroupe 74 pièces copiées sur 413 feuillets. Il s’agit d’un
manuscrit de copiste datant de la deuxième moitié du XVIe siècle. Il est
identifiable par sa cote « ms. fr. n° 24332 » (TISSIER 1989 : 169). La Farce du
Meunier occupe les folios 241 à 254. Selon l’opinion de TISSIER (1989 : 169) et
DUPLAT3 (1979 : 127-129), ce manuscrit n’est pas autographe, il s’agit d’une
transcription d’un scribe au temps de la représentation du Mystère de Saint Martin
dans lequel la Farce du Meunier est comprise. Il semble que seule la signature du
procès-verbal soit de la main de l’auteur.
La première publication de cette farce date de 1831, pas de 1837 comme
nous le signale TISSIER (1986 : 18) et est due à MICHEL et LINCY qui ont
retranscrit le Manuscrit La Vallière dans sa totalité.
Le facsimilé intégral du manuscrit date de 1972 et loge à la BNF4, il est
renseigné dans son catalogue numérisé5. Si un facsimilé existe, aucune édition
diplomatique n’a été publiée à ce jour.

2
La Bibliothèque nationale de France est appelée communément « BNF », nous utiliserons
désormais ce sigle pour la désigner.
3
André DUPLAT a rédigé une édition critique du Mystère de Saint Martin et pas de la Farce du
Meunier mais parfois nous utiliserons son édition dans notre travail.
4
La notice qui permet de consulter le facsimilé est la suivante : FRBNF38783029.
5
BN-OPALE PLUS. Pour consulter ce catalogue, veuillez vous référer à la bibliographie de ce
travail p. 16.

3
3 L’édition du texte orphelin

3.1 L’introduction

L’introduction de MICHEL est l’une des plus brèves et incomplètes.


Néanmoins, elle signale qu’il s’agit d’un recueil datant de 1496, chaque éditeur de
la Farce du Meunier a donné ses informations de base. Elle révèle des erreurs :
MICHEL désigne erronément le Manuscrit La Vallière comme autographe et
nomme l’auteur N. de LA VIGNE, il a mal lu la signature du procès-verbal6.
MICHEL expose des indications biographiques sur l’auteur totalement fausses :
l’auteur serait le frère d’un acteur de la farce, André de LA VIGNE qui est, en fait,
l’auteur véritable.
Il faut également préciser que les éditions de MICHEL et le premier volume
de TISSIER localisent le manuscrit La Vallière à la « Bibliothèque royale »
(MICHEL 1831 : 3 et TISSIER 1986 : 17), il s’agit de la BNF. Avant, la BNF se
prénommait « Bibliothèque impériale », ensuite, « Bibliothèque royale » et enfin,
à partir de 1848, « Bibliothèque nationale de France » (STASSE 2002 : 8). En
fonction de la date, il est normal que MICHEL écrive « Bibliothèque royale » mais
TISSIER aurait dû soit localiser le manuscrit à la BNF comme le quatrième volume
de son édition soit mentionner qu’il avait puisé l’information, sans la modifier, de
MICHEL. Sans nous être déplacée à Paris, nous disposons du recto du premier folio
du manuscrit grâce à TISSIER qui nous le fournit dans son édition. Par conséquent,
nous comparerons principalement les treize premiers vers de chaque édition au
long de ce travail.
En ce qui concerne l’introduction de JACOB, il la divise en deux parties.
Dans la première, JACOB regroupe les informations concernant le texte et ses buts
en tant qu’éditeur. Dans la seconde, il donne un aperçu de l’histoire du théâtre à
l’époque mais il n’est pas le seul, FOURNIER, MABILLE et TISSIER procèdent de
même. Lors de son introduction à la Farce du Meunier, JACOB nous livre les
circonstances de la représentation, la date, le nom de l’auteur et un résumé de

6
Cf. annexe 1 p.20.

4
l’intrigue. Toutefois, il ne signale pas ses choix éditoriaux, ne localise et ne décrit
pas le manuscrit. Son introduction révèle moins d’erreurs que celle de MICHEL
mais elle n’est toujours pas complète et claire.
FOURNIER, introduit son recueil et chaque pièce de son édition. Il sépare
son introduction à l’aide de chiffres romains mais aucun titre ne leur est attribué.
FOURNIER ne rend compte d’aucune localisation et description du manuscrit. Au
sein de ses introductions spécifiques à la Farce et à la Moralité, FOURNIER fournit
des indications sur la biographie de l’auteur, sur son œuvre et sur le déroulement
de la représentation de la Farce du Meunier. Alors que FOURNIER a référencé
l’édition de MICHEL, il ne connaît pas la source de la Farce du Meunier. Or,
MICHEL l’avait écrit en 1831, donc FOURNIER ne maîtrise pas l’édition de MICHEL.
À aucun moment, FOURNIER ne dévoile ses choix éditoriaux mais il est le premier
à nous résumer la Farce du Meunier. Son introduction est aussi incomplète voire
plus que celle de JACOB.
L’édition de MABILLE sépare également l’introduction de la notice
spécifique à la Farce. Elle privilégie l’aspect visuel, il s’agit d’une édition
luxueuse qui ajoute des lettrines absentes du Manuscrit La Vallière7. MABILLE ne
localise le manuscrit dans aucune bibliothèque mais énonce les circonstances de la
composition de l’œuvre sur la vie de Saint Martin (et non celles de sa
représentation). Il nous référence les éditions antérieures : celle de MICHEL8.
La dernière introduction analysée est la plus achevée et la plus claire
quoiqu’encore loin d’être complète. TISSIER l’écrit lui-même dans son avant-
propos :

En marge d’éditions critiques, il ne pouvait être question de tout


dire ; et je laisse à mes collègues le soin de commentaires
littéraires et philologiques approfondis. J’ai tenu à fournir les
renseignements de base les plus utiles pour une compréhension
aisée de ces textes.
(TISSIER 1986 : 12).

7
Cf. annexe 2 p. 20.
8
MABILLE a réimprimé une édition de 1872, il est donc normal que l’éditeur ne renseigne que
l’édition de MICHEL puisque FOURNIER et JACOB ont édité le texte après 1872.

5
L’introduction de TISSIER est très claire : subdivisée en chapitres précis,
elle permet au lecteur de trouver rapidement les informations dont il a besoin.
Pour débuter, TISSIER propose des pistes cernant les origines des farces : les
manuscrits, les éditions modernes, les traductions, les répertoires, et quelques
références bibliographiques. Le dernier chapitre est consacré à l’établissement du
texte. Ensuite, il expose brièvement ses principes éditoriaux. Dans son quatrième
volume, TISSIER nous fournit le recto du premier folio de la Farce du Meunier,
c’est le seul éditeur qui nous fait profiter de ce document. Il élabore une notice
concernant la Farce du Meunier. Cette introduction, avec divisions et
subdivisions, est aussi claire que la précédente. D’abord, l’éditeur nous présente
brièvement le manuscrit avec sa cote, les différents textes qu’il contient et les
folios qu’ils occupent. Il décrit l’écriture et les différences par rapport à la graphie
de l’époque. TISSIER reprend les éditions et les traductions déjà parues concernant
la Farce du Meunier. À la toute fin de son introduction, il répertorie les principes
de versification attestés au sein de la Farce du Meunier.
Nous remarquons que, plus le temps passe, plus les introductions sont
complètes9. Toutefois, elles ne sont pas parfaites : nous observons beaucoup de
manquements. DUPLAT, éditeur du Mystère de Saint Martin, publie une édition
critique complète : il développe, entre autre, une étude linguistique précise du
texte et une description détaillée du manuscrit (lettrines, support, couverture,
écriture, etc.). Lors de son introduction, TISSIER, le seul qui publie une édition de
la Farce du Meunier après celle du Mystère de DUPLAT, n’oriente pas
explicitement le lecteur à celle extrêmement précise de DUPLAT. Il attend le texte
et les notes en bas de page pour la référencer. Une introduction comme celle de
DUPLAT reste toujours à élaborer pour la Farce du Meunier.

9
À l’exception de celle de MABILLE puisqu’il s’agit d’une réimpression de 1872.

6
3.2 L’établissement du texte

Les éditeurs n’explicitent pas cette partie car la Farce du Meunier est un
texte venant d’un seul manuscrit, c’est un texte orphelin. Les variantes
proviennent de modifications des éditeurs (erreur de lecture, réajustement de
graphies, etc.).

3.3 Les limites du texte

Un seul éditeur, TISSIER, rend compte des limites du texte de la Farce du


Meunier. En effet, dans son texte, il indique dans la marge gauche chaque passage
à une nouvelle page dans le manuscrit : cela permet au lecteur de s’imaginer la
disposition du texte original. Tous les folios semblent avoir été numérotés dans le
manuscrit car aucun n’est mis en italique. TISSIER est le seul à donner une idée de
la forme du texte original au lecteur, et à noter la disposition réelle du titre10.

3.4 La mise en texte

3.4.1 L’organisation du texte


Dans son édition, TISSIER et tous les éditeurs ont adopté une disposition
moderne des vers, c’est-à-dire que chaque réplique ne commence pas
systématiquement à la ligne comme dans le manuscrit.
En ce qui concerne la numérotation des vers, MABILLE et TISSIER sont les
seuls à le faire. Si MABILLE ne le mentionne pas dans son introduction, TISSIER
nous prévient qu’il numérote directement sur le texte, sans tenir compte des
lacunes éventuelles du manuscrit.

3.4.2 Les séparations et les élisions de mots


Au niveau des séparations et des élisions de mots, TISSIER indique
plusieurs paramètres dans son introduction générale : il inclut des traits d’union,
des apostrophes et sépare certains mots selon l’usage moderne. Tous les éditeurs
sauf MICHEL, même s’ils ne l’indiquent pas dans leur introduction, adaptent le

10
Ms. : Farce du munyer de qui le || deable emporte lame en enffer. ||

7
texte aux mêmes principes éditoriaux, à quelques variantes près. En effet, le trait
d’union fait son apparition entre le verbe et le pronom inversé est inséré chez
TISSIER, FOURNIER, JACOB et MABILLE et par exemple, entre « au » et « dessus »
au vers 12, sauf chez MABILLE. Par contre, MICHEL suit au maximum le texte du
manuscrit. Au sein de treize premiers vers, il se tient au manuscrit sauf quand il
transcrit au vers 4 « Au grant » en deux mots comme le font tous les éditeurs. Le
point de vue des éditeurs concernant les séparations des mots est le même que
celui concernant l’apostrophe. MICHEL, reste sur ses positions et n’en introduit
pas, par contre, les autres l’insèrent dans des groupes du type « Quaulcuns » (vers
8), « Jay » (vers 7), etc. Nous pouvons donc discerner deux attitudes dans le
traitement de la transcription des mots du manuscrit : une attitude plus ou moins
neutre (MICHEL) et une attitude interventionniste (les autres).

3.4.3 Les majuscules


En ce qui concerne les majuscules, TISSIER les a ajoutées, notamment aux
noms propres et au début des vers, car le Manuscrit La Vallière emploie
exclusivement la minuscule. Les autres éditeurs semblent avoir suivi le même
parti même s’ils ne l’indiquent pas dans leur introduction.

3.4.4 La ponctuation
La ponctuation du manuscrit de la Farce du Meunier n’expose que le
point, celle des éditions a donc été ajoutée par les éditeurs et par l’interprétation
qu’ils avaient du texte. MICHEL n’utilise que le point et semble respecter la
ponctuation du manuscrit du moins au sein des treize premiers vers. Nous
pouvons remarquer que JACOB et FOURNIER suivent le même texte mais que le
premier propose, à plusieurs reprises, une interprétation erronée. FOURNIER et
JACOB sont souvent en désaccord entre leur utilisation du point d’interrogation et
d’exclamation. JACOB utilise le point d’interrogation à des endroits inopportuns tel
qu’au vers 27 « Femme, soyez-moy gracieuse ? », alors que nous lisons chez
FOURNIER « Femme, soyez-moy gracieuse ! », ou chez MABILLE : « Femme, soyez
moi gracieuse », ou encore chez TISSIER : « Femme ; soyez moy gracieuse. ». Le

8
point d’interrogation est totalement fautif ici puisqu’il ne s’agit aucunement d’une
question. Nous retrouvons à plusieurs reprises ce type d’erreur chez JACOB.
MABILLE, au vers 27, aurait dû placer un point après gracieuse car il s’agit de la
fin d’une réplique, cette erreur, aperçue à deux reprises, est occasionnelle chez lui.
Il s’agit peut-être d’une mauvaise impression. L’interprétation de TISSIER, au
niveau de la ponctuation, rejoint presque celle de MABILLE à quelques exceptions
près. Parfois, l’un a choisi un point d’exclamation et l’autre un point final mais
cela appartient à la compréhension personnelle de l’éditeur et ne laisse pas
présager d’erreur de compréhension.

3.4.5 L’écriture
MICHEL est resté le plus fidèle au manuscrit quant à sa graphie. En effet, il
n’utilise que le point, il n’ajoute pas de signe diacritique et respecte les
particularités graphiques du manuscrit comme le i pour le j. De plus, les graphies
comme celle du « deable » sont conservées chez MICHEL ainsi que chez TISSIER
au contraire de JACOB, FOURNIER et MABILLE qui écrivent « diable ». Ne fût-ce
que dans la retranscription du titre, nous pouvons déceler quel éditeur est le plus
fidèle au manuscrit. En effet, le manuscrit expose comme titre Farce du munyer
de qui le deable emporte lame en enffer, MICHEL et TISSIER reprennent cet
intitulé. Par contre, JACOB et FOURNIER dénomment le texte de cette manière La
Farce du munyer de qui le diable emporte l’ame en enfer et MABILLE d’une autre
Farce joyeuse du meunier dont le diable emporte l’âme en enfer. Nous pouvons
cerner directement le but de chacun : TISSIER et MICHEL éditent le texte de
manière aussi scientifique que possible, JACOB et MABILLE procèdent à quelques
changements qu’ils jugent intéressants. MABILLE, comme il l’avait annoncé lors
de son introduction, ne reproduit pas textuellement le manuscrit, il en a corrigé les
erreurs et la graphie. Pour prouver que l’attitude de TISSIER et de MICHEL est plus
proche du manuscrit original que celle de leurs collègues, nous soulevons une
autre caractéristique. Ces derniers respectent le fait que le nom des personnages ne
soit précédé de l’article que lors de leur première réplique, JACOB, FOURNIER et
MABILLE agissent différemment et ajoutent l’article à chaque fois.

9
Les signes diacritiques d’une édition sont une composante non
négligeable, nous allons nous attarder sur l’utilisation qu’en font les différents
éditeurs. Le Manuscrit La Vallière, si nous observons les treize vers à notre
disposition, ignore totalement ces signes mais tous les éditeurs en ajoutent.
MICHEL n’ajoute que le point sur les « i ». JACOB, FOURNIER, MABILLE et TISSIER
utilisent de la même manière les accents sur les « e » et « u », TISSIER se distingue
des autres au sujet du « à ». Tous les éditeurs insèrent un accent aigu dans certains
mots, par exemple au vers 14, dans trespassé et chez MABILLE, trépassé. L’accent
grave du « e » est aussi indiqué comme aux vers 13 et 20 dans l’adverbe très. Les
éditeurs ajoutent la cédille au vers 32 au mot sçay et l’accent sur le « u » du mot
interrogatif où au vers 463. Le cas du « à » est plus problématique car TISSIER en
fait un usage différent des autres éditeurs : il l’ajoute par exemple aux vers 315 et
397 au mot çà. Même si nous disposons de treize vers du manuscrit original et si
la tendance générale de TISSIER est de suivre le manuscrit, nous n’osons pas nous
prononcer sur cet usage car les treize vers ne sont qu’un échantillon par rapport
aux 490 vers de la Farce du Meunier et nous ne disposons pas du manuscrit de ces
vers-là. Toutefois, il est étrange qu’il soit le seul à noter cet accent là où tous les
autres n’y ont pas procédé, même MICHEL, le plus fidèle au manuscrit original.

3.4.6 Les notes


Parmi les cinq éditeurs de la Farce du Meunier, seuls MICHEL et MABILLE
n’ont pas incorporé leur texte de notes. Aucun autre endroit n’est consacré aux
explications ni à l’apparat critique. Il est important de noter que la première
édition de TISSIER (1976-81) reporte ses explications à la fin du texte alors que sa
réédition arbore un apparat critique et des notes explicatives en bas de page : cette
évolution est plus pratique pour le lecteur.
FOURNIER fournit des explications et des traductions aux mots qui
pourraient sembler obscurs, il les signale par un appel numérique directement
dans le texte. Il ne critique pas les versions des autres éditeurs mais atteste
l’utilisation de certaines expressions chez des auteurs. Les notes de FOURNIER ne
constituent pas un apparat critique mais plutôt des notes explicatives. Ces

10
remarques sont également valables pour les notes de JACOB. L’innovation, par
rapport à cette tradition d’édition sans apparat critique, apparaît chez TISSIER. En
effet, ses notes en présentent un : il reprend les particularités de la mise en page
du Manuscrit La Vallière, de son édition (s’il reprend ou pas la disposition du
manuscrit, par exemple), il confronte, critique ou approuve les versions et les
traductions des différents éditeurs. Toutefois, TISSIER conserve une part
importante de notes explicatives qui n’est pas séparée de l’apparat critique. Grâce
à celles-ci, TISSIER traduit et contextualise certains mots, renvoie au glossaire,
réfère au procès-verbal, relève les effets de style, scande, etc. Même si, dans ses
notes, TISSIER est un des éditeurs de la Farce du Meunier les plus complets, nous
pouvons relever deux points négatifs. Premièrement, aucun appel numérisé
n’apparaît dans le texte, alors qu’ils apparaissent chez JACOB, ce qui permet de
mieux percevoir quel mot a besoin d’une notification. Deuxièmement, TISSIER ne
sépare pas son apparat critique de ses notes explicatives. Ces deux éléments n’ont
pas du tout le même but : l’apparat critique intéresse plutôt le lecteur philologue et
les notes explicatives, le lecteur intéressé en général. Donc, une édition de la
Farce du Meunier qui présente un texte avec des appels numérisés et un apparat
critique séparé des notes explicatives reste encore à publier.

11
4 Le procès-verbal de la représentation

Le procès-verbal de la représentation de la Farce est une donnée


« indispensable » comme l’a souligné FOURNIER (1872 : IV), il est d’ailleurs le
seul à l’avoir publié. Les autres éditeurs de la Farce du Meunier devraient nous le
soumettre également ou du moins, devraient nous référencer une édition qui le
publie. MICHEL cite seulement le procès-verbal, MABILLE en dresse un bref
résumé et TISSIER, alors qu’il y consacre un chapitre dans son introduction, ne fait
que le résumer en utilisant des extraits. JACOB, lui, le passe à la trappe. L’édition
du procès-verbal de FOURNIER relève les mêmes remarques que celle de la Farce
du Meunier : il ne présente pas ses conventions éditoriales et les notes qu’il
adjoint au texte sont des traductions ou des explications. Il considère que le
procès-verbal est autographe, or, plus tard TISSIER et DUPLAT (qui a aussi édité le
procès-verbal) démontrent que seule la signature est autographe (DUPLAT 1979 :
127-129).

12
5 Le glossaire et l’index

Aucune édition ne possède d’index ou de glossaire sauf celle de TISSIER.


Nous relevons une contradiction : FOURNIER critique l’absence de « glossaire »
(FOURNIER 1972 : II) chez ses prédécesseurs mais n’en adjoint pas à son édition.
TISSIER reprend les noms propres et les mots qu’il estime devoir expliquer. Il a
attribué à chaque texte un chiffre romain. Ce chiffre romain ainsi que le numéro
du vers du mot glosé se positionnent à la suite de la signification du mot en ancien
français. Le glossaire et l’index, auraient été plus pratiques s’ils avaient été
séparés pour chaque farce. Leur absence est un réel manquement pour les autres
éditions surtout celles qui ne soumettent aucune note : le lecteur est abandonné
devant le texte, avec comme seule aide, sa connaissance de l’ancien français.

13
6 L’édition courante

Aucune des éditions analysées ne fournissait une édition courante en


regard de son texte en ancien français. Dix ans après la réédition de son Recueil de
farces, TISSIER transcrit la Farce du Meunier en français moderne11. Il renvoie le
lecteur à son édition critique de 1989 et ne donne aucune information
complémentaire aux conventions et descriptions manquantes de son édition
critique. Par contre, il présente ses choix éditoriaux en trois points clairs : il
explique ce qu’il a ajouté ou repris du manuscrit. TISSIER marque par des appels
de note numériques les mots du texte et les explique en fin de volume. Ce report
est moins pratique que les notes en bas de page. Le fait de tourner les pages pour
trouver une information est plus contraignant pour le lecteur intéressé mais
comme TISSIER consacre une dizaine de notes à ce texte, ce n’est pas très
astreignant : il ne veut pas que son texte soit encombré de note. Par contre, l’appel
numérique dans le texte est plus clair. Cela montre bien que TISSIER vise un autre
lectorat moins spécialisé que celui de son Recueil de Farces (1450-1550). Même
s’il essaie de suivre l’ordre des mots de l’ancien français, il écrit un texte littéraire
dans une langue compréhensible à tous.

11
Ds. Farces françaises de la fin du Moyen Âge, Genève, librairie Droz, tome II, 1999, pp.57-72.

14
7 Conclusion

Après avoir localisé le manuscrit et le facsimilé, nous avons tenté, au fil de


ce travail, de dégager les points forts et faibles de chaque édition de la Farce du
Meunier. Une conclusion exhaustive est difficile à établir. En effet, toutes les
éditions sont différentes et peuvent se compléter. En effet, malgré les erreurs dans
son introduction et l’absence de notes et de glossaire, l’édition de MICHEL suit
textuellement le manuscrit. Pour le lecteur désireux de retrouver à peu près la
mise en texte du manuscrit, l’édition de MICHEL peut être utile. Les éditions de
FOURNIER et JACOB sont très proches. Leur mise en texte est plutôt moderne, leur
édition proposent des notes plus explicatives que critiques mais aucun index ni
glossaire. L’édition de FOURNIER dépasse celle de JACOB : il corrige un bon
nombre des erreurs d’interprétation de JACOB, surtout au niveau de la ponctuation
et publie le procès-verbal de la représentation de la Farce du Meunier, ce qui est
un avantage. L’édition de MABILLE s’adresse à un public plus littéraire que
philologue. Le texte ne possède aucune note et sa mise en texte est très moderne
tant au niveau de la ponctuation que de l’écriture. Enfin, l’édition de TISSIER est
l’une des plus claires mais loin d’être complète. TISSIER rend compte du foliotage
du manuscrit original et sa mise en texte suit plutôt celle du manuscrit.
Néanmoins, il ne reproduit pas les graphies spécifiques au Moyen Âge et ajoute
une ponctuation moderne. Son édition présente des notes, un glossaire et un index.
TISSIER vise à expliquer au mieux le texte médiéval à un lectorat spécialisé.
Même s’il est vrai qu’une édition critique n’est jamais parfaite selon les
différentes attentes du lectorat, il est évident qu’une édition regroupant une
introduction plus précise avec des informations sur l’auteur, une étude littéraire,
linguistique et des sources, des indications de mise en scène, la liste des
personnages, la publication du procès-verbal de la représentation, une description
du manuscrit approfondie, la reproduction du premier folio du manuscrit, une
toilette du texte plus poussée et une traduction vis-à-vis du texte en ancien
français reste encore et toujours à publier.

15
8 Bibliographie

8.1 Sources primaires

FOURNIER, Édouard
1872 Le théâtre français avant la Renaissance, Paris, [Laplace,
Sanchez], 462 p.

JACOB, Paul Lacroix


1876 Recueil de farces, soties et moralité du XVe siècle réunies pour la
première fois et publiées avec des notices et des notes [réédition de
1859], Paris, Garnier Frères, 454 p.

MABILLE, Emile
1970 Choix de farces, soties et moralités des XVe et XVIe siècles
recueillies sur les manuscrits originaux [réimpression d’une édition
de 1872], Genève, Slatkine repints, 315 p.

MICHEL, François-Xavier dit Francisque


1831 La Farce du meunier de qui le diable emporte l'âme en enfer,
composée par N. de La Vigne et jouée publiquement en la ville de
Seurre en Bourgogne, l'an 1496 [ds. Poésies gothiques françoises]
Paris, Silvestre, 12 vol.12, 37 p.

TISSIER, André
1986 Recueil de farces (1450-1550) [réédition de 1976], Genève,
librairie Droz, tome I, 520p.

TISSIER, André
1989 Recueil de farces (1450-1550) [réédition de 1979], Genève,
librairie Droz, tome IV, 378 p.

8.2 Sources secondaires

8.2.1 Cours
COUVREUR Manuel et ENGLEBERT Annick (coordinateurs et conférenciers)
2008 Cycles de conférence dans le cadre du cours d’initiation à la
philologie romane et édition du texte littéraire, Université libre de
Bruxelles.

12
Le volume de La Farce du Meunier est impossible à déterminer car il n’est indiqué nulle part.

16
ENGLEBERT, Annick
2006 Encyclopédie (Partie philologique), Bruxelles, Presses
universitaires de Bruxelles, 202 p.

8.2.2 Monographies
LA VIGNE, André de
1979 Le Mystère de Saint Martin 1496, Andrieu de la Vigne édité avec
une introd. et des notes par André Duplat, Genève, Droz, 632 p.

STASSE, François
2002 La véritable histoire de la grande bibliothèque, Paris, Seuil, 205 p.

TISSIER, André
1999 Farces françaises de la fin du Moyen Âge, Genève, librairie Droz,
tome II, 313 p.

8.2.3 Sites internet


Catalogue BN-OPALE PLUS :
http://catalogue.bnf.fr/jsp/recherche_simple_champ_unique.jsp;jsessionid=0000f
GZIOcfLNWFVyy5vL7rLGOy:-
1?nouvelleRecherche=O&nouveaute=O&host=catalogue consulté le 03.04.08

17
9 Table des matières

1 Introduction....................................................................................................2
2 Original, facsimilé, édition diplomatique.....................................................3
3 L’édition du texte orphelin............................................................................4
3.1 L’introduction.......................................................................................................4
3.2 L’établissement du texte ......................................................................................7
3.3 Les limites du texte...............................................................................................7
3.4 La mise en texte ....................................................................................................7
3.4.1 L’organisation du texte..................................................................................7
3.4.2 Les séparations et les élisions de mots ..........................................................7
3.4.3 Les majuscules...............................................................................................8
3.4.4 La ponctuation...............................................................................................8
3.4.5 L’écriture.......................................................................................................9
3.4.6 Les notes ......................................................................................................10
4 Le procès-verbal de la représentation ........................................................12
5 Le glossaire et l’index ..................................................................................13
6 L’édition courante........................................................................................14
7 Conclusion.....................................................................................................15
8 Bibliographie ................................................................................................16
8.1 Sources primaires ...............................................................................................16
8.2 Sources secondaires............................................................................................16
8.2.1 Cours ...........................................................................................................16
8.2.2 Monographies..............................................................................................17
8.2.3 Sites internet ................................................................................................17

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Annexes

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1 Annexe 1 : signature du procès-verbal

Il s’agit de la signature du procès-verbal d’André de La Vigne.

ds. Le Mystère de Saint Martin 1496, Andrieu de La Vigne édité avec une introd. et des notes par
André Duplat, Genève, Droz, p. 122

2 Annexe 2 : lettrines et dessins

Cette lettrine florale et ces ornements illustrent le luxe de l’édition de MABILLE.

ds. MABILLE, Emile, Choix de farces, soties et moralités des XVe et XVIe siècles recueillies sur les
manuscrits originaux, Genève, Slatkine repints, 1970, pp 1 et 11.

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3 Annexe 3 : f° 241 r°

Il s’agit du recto du premier folio de la Farce du Meunier qui se trouve


dans le manuscrit La Vallière du Mystère de Saint Martin (f°241 r°).

ds. TISSIER, André, Recueil de farces (1450-1550), Genève, librairie Droz, 1989, p. 7.

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