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LA VRAIE

RELIGION CHRÉTIENNE

eoNTIiNA'iT

TOUTE LA TlIÉOLOGIE
DE LA NOUVELI.E .:GLISE
Prédite par le Sei~neur dans Daniel, VII, 13, 14; et dans l'Apocalypse, XXI, 1,2.

1'.\11

EltIltIAl\TIJEL S'''EDENBORG
Serviteur du Seigneur désus.()llrl.&
TRADUIT IjU LATIN

PAR J. F. E. LE BOYS DE8 GtJAY8.


Sur l'~;l!ilion princeps (Amsterdam, 1771).

SECONDE ÉDITION

TOME PH]~MIER

Paris
A la Librairie, 19, l'ue du Sommerard.
LOlulrl'.
SWEDENBORG SOCIBTY, ~6, Dloomsbury Street, V. C.
Ne,,,-l:'ork
NEW CnURGH BOOK.Il.OOIl, 20, Cooper Union.
1878
380 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 381
corps; fléanmoins dans leur lumière, qui est commeïme lumlète de
'll1l
charbons embrasés, ils apparaissent non commemonstl'es, maisèomme
hommes; cela leur a été accordé, afin qu'ils pussent être conso­
clés. CHAPITRE CINQUIEME

CATÉCHISME OU DÉCALOGUE

EXPLIQUÉ QUANT A SON ~ENS EXTERNE ET A SON SENS INTERNE

282. Il n'y a pas, sur tout le Glohe, une Nation qui ne sache que
c'est un mal de tuer, de commettre adultèl'e, de voler, de porter
faux témoignage; et que, si ces Maux n'étaient défendus par des
Lois, ni Royaume, ni République, ni aucun établissement de société,
ne pourraient subsister. Qui donc peut présumer que la Nation Is­
raélite ait été plus stupide que toute autre, au point d'ignorer que
ces actions fussent des maux? On peut par conséquent être étonné qui
ces Lois, universellement connues sur la terre, aient été promul­
guées, au milieu de,tant de Miracles, du haut de la montagne de Sinaï
par Jéhovah Lui-Même. Mais, écoute: Elles ont été promulguées au
milieu de tant de Miracles, afin que l'on sût qu'elles étaient non-seule­
ment des Lois civiles et morales, mais aus~;i dûs Lois Divines, et que
les transgressel', è'étail non-seulement agir mal envers le prochain,·
c'est-à-dil'e, envers le concitoyen et la société, mais encore pêcher
contre Dieu; c'est pourquoi ceSI:'ois, par la pl'ol1lulgation faite par
Jéhovah du haut clc la Montagne de Sinaï, devinrent aussi des Lois
de religion; il est évident que tout ce que commande Jéhovah, il le
commande, pour que ce soit chose de religion, et ainsi chose il. faire
pour le salut. Mais avant d'expliquer ces Préceptes, il faut d'abord
parler de leur Sainteté, afin qu'il soit bien évident que la Religion
est en eux.

Le Décalogue a été la Sainteté même dans l'Église IS1'aélite


283. Comme les Préceptes du Décalogue ont été les Prémices de
la Parole, et par suite les Prémices de l'Église qui allait être ins­
taurée chez la Nation Israélite, et comme ils étaient dans un court
sommaire le Complexe de toutes les choses de Religion 1 par le5­
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quelles il ya conjonction de Dieu avec l'homme et de l'homme avec étendu il la porte du Temple, la tête et les deux mains séparées du
Dieu, c'est pour cela qu'ils ont été si saints, que rien n'a été plus corps; à cause de l'Arche plusieurs milliers de Bethschémites furent
saint. Qu'ils aient été ce qu'il ya de plus saint, on le voit bien clai­ frappés; et Uzah mourut, parce qu'il l'avait touchée. Cette Arche
rement par les faits suivants: Que Jéhovah le Seigneur est descendu fut introduite par David dans Sion avec.des sacrifices et des chants
Lui-Même sur la Montagne de Sinaï au milieu du feu et avec des d'allégresse; et ensuite par Salomon dans le Temple de Jérusalem,
Anges, et de là les a promulgués de vive-voix, et que la Montagne dont elle formait le sanctuaire; sans parler de beaucoup d'autres
avait été entourée de harrières pour que personne ne s'avançât et prodiges; d'après cela, il est bien évident que le Décalogue a été la
ne mourùt; que ni les prêtres, ni les Anciens ne s'approchèrent, Sainteté même dans l'Église Israélite.
mais Moïse seul; que ces Préceptes furent gravés du doigt de Dien 284. Les faits ci-de~sus rapportés concernant la Promulgation, la
sur deux Tables de pierre; que la face de l\loïse rayonnait, quand il Sainteté et la Puissance de cette Loi, se trouvent dans la Parole, aux
porta en bas ces Tables la seconde fois; que plus tard on plaça les endroits qui vont être indiqués. Que Jéhovah descendit sur la
Tables dans l'Arche, et \' Arche dans la partie la plus intérieure du ~Montagne de Sinaï au milieu du feu,. el qu'alO1's la Montagne
Tabernacle, et sur elle le Propitiatoi re, et sur le Pl'opitiatoire des fut couverte de fumée et trembla,. et qu'il y eut des tonnel'res,
Chérubins d'or ; que celte partie la plus intél'ieure du Tabernacle, des éclaù's, une nuée épaisse, et une voi.xde t1'ompette, - Exod ..
olt était i' Arche, était appelée le Saint des saints; qu'en dehors du XIX. 16 à 18. Deutér. IV. 11. V. 19 à 23. - Que le peuple, avant
Voile, an dedans duquel était cette Arche, avaient été placés plu­ la descente de Jéhovah, s'était pt'éparé et sanctifié pendant trois
sieUl's ohjets, qui représentaient les choses saintes du Ciel et de l'É­ fours, - Exoc1. XIX. 10, 11, HL - Que la Montagne fut en­
glise, à savoir, la Table couverte d'or oil étaient les Pains des faces, tourée de barrières, pow' que personne n'apP;'oc!tât et ne s'a­
l'Autel d'or des parfums, et le Chandelier d'ol' avec sept Lampes, vançât vers le bord, de peul' fju'ilne mourût, pas même les
puis les ll.ideaux de fin lin, de pourpre et d'écarlate, qui étaient à Prêtres, Moise seul excepté, - Exod. XIX. 12, 13, 20 à 23.
l'entour: la Sainteté de tOllt ce Tabernacle venait uniquement de la XXIV. '1, 2. - Que la Loi fut promulguée du haut de la "fon­
Loi qui était dans l'Arche. A cause de la Sainteté du Tabernacle tagne de Sinaï, - Exod. XX. 2 il 14 ; - Dentér. V. 6 à 18.­
provenant de la Loi dans l'Arche, tout le Peuple Israélite avait reçu Que la Loi fut gl'avée SUI' deux Tables de pielTe, et écrite du
le commandement de camper en orche autour de lui selon lèS Tri­ doigt de Dieu, - Exod. XXXI. '18. XXXII. iD, 16. Deutér IX.
bus, et de pal'tir en ordre derrièl'e lui; et alors une nuée ('eposait 10. - Que la face de MoYse, quand il porta en bas ces tables la
sur lui pendant le jour, et une colonne de feu pendant la nuit. A :~econde fois, ,'ayonna tellement, qu'il se couvrait la face d'un
cause de la Sainteté de celte Loi, et de la présence de Jéhovah en voile quand il parlait avec le peuple, - Exod. XXXIV. 29 il 33.
elle, Jéhovah parlait sur le Propitiatoire, entre les Chérubins, avec - Que les Tables furent déposées dans l'Arche, -- Exod. XXV.
l\'loïse; et l'Arche était appelée Jéhovah-Id. Il n'était permis il Aha­ 16. XL. 20. Deulér. X. 5. 1 Rois, VIII. 9. - Qu'on plaça le Pro­
l'on d'entrer en dedans du Voile qu'avec des sacrifices et du parfum, r
pitiatoire sw' AI'che, et des Chérubins d' m' sude P,'opitiatoire,
de peul' qu'il ne mourlÎt. A cause de l~ présence de Jéhov3h dans - Exod. XXV. i 7 à 21. - Que l'Arche, avec le Propitiatoire et
cette Loi et tout autour, des Miracles furent aussi opérés par l'Arche les Chérubins, fut mise dans le Tabemacle, et en constituait
dans laquelle était cette Loi; ainsi, les Eaux du J01!rdain furent sé­ le P,'emier' et ainsi l'Intime,. que la Table couve,'te d'm'où
parées, et tant que l'Arche resta au milieu du fleuve, le peuple le étaient les Pains des faces, l'Autel d'o,' du parfum, et le Chan­
passa il pied sec; les murs de Jéricho s'écroulèrent pcndant que delier d'or avec les lampes, faisaient l'Externe du Tabernacle;
"Arche en faisait le tour; Dagon, le Dieu des Philistins, tomba de­ et que les dix Rideaux de fin lin, de pow']J,'e et d'écarlate, en
~ànt elle une première fois sur ses faces, et ensuite il fut trouvé faisaient l'Extime, -:- Exod. XXV. XXVI. 17 à 28, - Que le.
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lie~t où était l'Arche fut nommé le Saint des Saints, - Exod. l'homme; la conjonction est faile par le Seigneur, mais seulement
XXVI. 3a. - Que tout le Peuple d'Israël campait en ordre se­ lorsflue l'homme fail ce qui a été écrit dans sa Table; cal' continuel­
lon les Tribus autour du Tabernacle, et partait en ordre der­ lement le Seigneur est présent et veut entl'er, mais l'homme, d'a­
rière lui, - Nomb. II. - Qu'alors sur le Tabernacle il y avait près la liberté qui lui vient du Seigneur, doit ouvl'il'; en eflel, le
une Nuée pendant le jour, et une colonne de jeu pendant la Seigneur dit: « Voici, je me liens à la porte et jf jl'appe, St
nuit, - Exod. XL. 38. Nomb. IX. f5, f6 jusqu'à la fin. XIV. H. quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui,
Deutér. 1. 33. - Que Jéhovah parlait avec 1Jfoïse au-dessus de et je souperai avec lui et lui avec Moi. 1) - Apoc, III, ~O. _
r Arche entre les Chérubins, - Exod. XXV. 22. Nomb. VII. 89. Que les Tables de pierre, Sur lesquelles la Loi élait gravée, aient
- Que l'A,'dle, à cause de la Loi en elle, jut appelée JÉHOVAH­ été appelées TABLES DE L'AuIANCE, et que l'Arllhe il cause de ces
LA; car Moise disait quand l'Arche partait: LÈVE-TOI, JÉHOVAH! Tables ail été nommée ARCHE 1)' ALLIANCE, et la Loi elle-même l'AL­
et quand elte se reposait: REVIENS, JÉHOVAH! - Nomb. X. 35, LIANCE, on le voit, - Nomb. X, 33. Deulér. IV. 13, 23. V. 2. 3.
36. [[ Sam. VI. 2. Ps. CXXXII. 7, 8. - Qu'il n'était pel'mis à IX. 9. Jos, III. if. 1 Rois. VJII. f 9, 21. Apoc. XI. f 9, et ailleurs.
Ahm'on, à cause de la Sainteté de cette Loi, d'entrer en dedans - Comme l'Alliance signifie la conjo'nClion, c'est pour cela qu'il
du voile qu'avec des sacrifices et du parfum, - Lévit. XVI. 2 est dit du S(Jigneurqu'Il sem pour l'ALLIANCE du peuple, _ Esaïe,
à f4 et suiv. - Que par la p1-ésence de la Puissance du Seigneur XLII. 6. XLIX, 8; - el qu'il est appelé l'ANGE nE L'ALLIANCE,
dans ta Loi, 'lui était dans l'Arche, les Eaux du Jourdain ju­ - lUalàch. III. 1 ; - et que son sang est nomlllé le SANG DE L'AL­
rent sépades, et tant que l'Arche resta au milieu du fleuve, le LIANCE, -l\1allh. XXVI. 28, Zach. IX. H. Exod. XXIV, 4 à 10;
peuple le passa à pied sec, - Jos. III. 1 à 17. VI. 5 il 2û. _ - c'est aussi pour cela que la Parole est appelée l'ALLIAl'CE J.X­
Que les mw's de Jéricho s'écroulèl'ent pendant que l'Arche en CIE:\'~E et l'ALLIAXCE NOUVELLE ~ en elfet, les Alliances se font en
faisait le tour, - .Ios. VI. t à 20. - Que Dagon, le Dieu des vue d'amour, d'amitié, de consociation et de conjonction.
Pltilistins, tomba pal' terre devant l'Arche, et fut ensuite b'ouvé 286. S'il Y avaitlant deSainteté et tant de Puissance dans celle
étendu à la porte du temple, la tête sépal'ée du CO'l'jJs et les Loi, c'est parce qu'elle était le complexe de toutes les choses de
mains cOlljJr!es. '- 1 Sam. V. - Que plusieurs milliers de\Beth­ religion, car elle avait été gravée SUI' deux Tables, dont l'une con­
schémites furent frappés à cause de l'Arche, - 1 Sam. V et VI. tien t dans le complexe toutes les clloses qui regardent Dieu, et l'au­
- Que Uzalt mourut parce qu'il avait touché l'Al'clle, _ Il tre contient dans le complexe toutes celles qui regardent l'homme;
S:II11. VI. 7. - Que l'Al'cl'le fut introduite par David dans Sion. c'est pOlir celle raison que les Préceptes de cette Loi sont nommés
avec des sacrifices et des chants cl'altéqresse, -II Sam. VI. à HL les DIX PAROLES, -Exod. XXXIV. 28. Deutér. IV. i3. X. 4; _
- Qlle l'Arche fut introduite pal' Salomon dans le Temple de ils ont été nommés ainsi, parce que Dix signifie toutes choses, et
Jérusalem, dont elle fonnait le sanctuaire, - 1 Rois. VI. 19 et que les Paroles signifient les Vrais; enetfet, il y avait plus de dix
suiv. VIII 3 à 9. paroles. Que Dix signifie toutes choses, et que les Dîmes aient été
285. Comme il y a par cette Loi conjonction du Seigneur avec instituées à cause de cette signification, on le voit dans l'ApOCALYPSE
l'homme, et de l'homme avec le Seigneur, elle est nommée ALLIANCE RÉVÉLÉE, N° f Of ; et que celte Loi soit le complexe de toutes les
et TÉUOIGNAGE; Alliance, parce qu'elle conjoint, et Témoignage choses de Heligion, on le verra dans ce qui suit.
parce qu'elle confirme les conventions de l'Alliance; car, dans la
Parole, l'Alliance signifie la conjonction, et le Témoignage signifie Le Décaloque dans le Sens de la lettre contient les Préceptes
la confirmation etl'allestation des conventions de l'alliance. C'est co~mllns de Doctrine et de Vie, et dans le Sens Spirituel et
pour cela qu'il y avait deux Tables, l'une pour Dieu, et l'autre pour le Sens Céleste il contient universellement tous les Préceptes,
L ~
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287. On sait que le Décalogue dans la Parole est par excellence être dit ce qui est entendu par elle dans le Sens strict, ce qui est
appelée la Loi, parce qu'il contient toutes les choses qui sont de Doc­ entendu par elle dans un Sens plus large, et ce qui est entendu
trine et de Vie, car il contient non-seulement tout ce qui regarde dans le S;ns le plus large: Dans le Sens stl'ict par la Loi est en­
Dieu, mais encore tout ce qui regarde l'homme, c'est pourquoi celte tendu le Décalogue; dans un Sens plus large sonl entendus les sta­
Loi a été gravée sur deux Tables, dont l'une traite de Dieu, et l'au­ tuts donnés par Moïse aux fils d'Israël, et dans le Sens le plus large
tre de l'homme. On sait aussi que toutes les choses de Doctrine et est entendue toute la Parole, QUE PAR LA LOI DANS LE SENS STRICT
de VitJ se référent à l'amour envers Dieu, et à l'amour à l'égard du SOIT ENTENDU LE DÉCALOGUE, cela est notoit'e. QUE PAR L,\ LOI DANS
prochain; tout ce qui concerne ces deux' amours cst contenu dans UN SENS PLUS LARGE gOlENT ENTENDUS us STATUTS DONNÉS PAR
le Décalogue: que toute la Parole n'enseigne pas autre chose, on MoïSE AUX FILS D'ISRAEL, on le voit d'après chacun des statuts dans
le voit d'après ces expressions du Seigneur: "JÉsus dit: Tu ai­ la Pentateuque, en ce qu'ils sonL appelés 'Loi, par exemple: Voiez
meras le Seigneur ton D~'eu de tout ton cœur, et de toute ton la Loi du sacrifice, - Lévit. VU. 1. - Voici la Loi du sacri­
âme, et de tout ton mental: et ton prochain comme toi-même; fice des pacifiques, - Lévit. VII. 7, 11. - Voici la Loi de la
de ces deux commandement.ç la Loi et les Prophètes dépendent. » Minchah, - Lévit. VI. 7 et suiv. - Voici la Loi pour l'Holo­
- Matth. XXII. 35,36, 37. - La Loi et les Prophètes signifient causte, pow' la Minchah, pOUl' les sacrifices du péché et du dé­
toute la Parole. Et de plus: .. Un Docteur de la loi, pow' tenter lit, pour les Implétions, - IAvit. VII. 3i. - Voici la Loi de la
Jésus, lui dit: Maître, que ferai-je pour avoir la vie étemelle bête et de l'oiseau, - Lévi!. XI. 46. et suiv. - Voici la Loi de
en hé7-itage? Et JÉSUS lui dit: Dans la Loi qu'y a-t-il d'écrit? celle qui enfante pour un fils et pour une fille, - Lévit. XII.
comment lis-tu? Et celui-ci, répondant, dit: Tu aimeras le 'J. - Voici la Loi de la lèpre, - Lévit. XIlI. 59. XIV. 2,32.
Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et de toute ton âme, et de ~4" 57. - Voici la Loi de celui qui est allecté du flux, - Lévi(.
toute ta force, et de tout ton mental et- ton prochain comme XV. 32. - Voici la Loi de la Jalousie, - Nomb. V. 29, 30. ­
toi-même. Et Jésus dit: FAIS CELA, ET TU VIVRAS. " - Luc, X. Voici la Loi du Nazil'éen, - Nomb. 'le 13. 21. - Voici la Loi
25 à 28. - Maintenant, puisque l'Amour envers Dieu et l'Amour de la Puri/ication, - Nomb. XIX, H. - Voici la Loi sur la
à l'égard du prochain sont toutes les choses de la Parule, et que le vache rousse, - Nomb. XIX, 2. '- La Loi pour le Roi, - Deu­
Décalogue dans la Pl'emière Table contient en sommaire toutes les tér, XVII, 15 à 19. - Bien plus, tout te Livre de Moïse est ap­
choses de l'amour envers Dieu, et dans la Seconde Table toutes celles pelé la Loi, - Deutér. XXXI. 9, 1'1, 12, 26. - En .outre aussi
de l'amour à J'égard du prochain, il s'ensuit que le Décalogue COD­ dans le Nouveau Testament, comme Luc, II. 22. XXIV. 44. Jean,
tient touLes les choses qui sont de Doctrine et de Vie. Par l'inspec­ J. 46. VII. 22, 23, VIII. 5, et ailleurs. Que ces statuts aient été en­
tion des deux Tables, il est évident qu'elles ont été conjointes. de tendus par les OEuvres de la Loi par Paul, lorsqu'il dit, quel'llOmme
manière que Dieu d'après sa Table regarde l'homme, et que réci­ -est justifié par la Foi sans les OEUV1'es de la loi, - Rom. III.
proquement l'homme d'après la sienne regarde Dieu, et qu'ainsi il 28, - cela est bien évident d'après ce qui est à la suite, puis d'a­
y a un Aspect réciproque, qui est tel, que 'de la part de Dieu il près ses paroles à Pierre, auquel Il reprochait de judaïser, lorsque
arrive toujours qu'il regarde l'homme, et opère les choses qui con­ trois fois, dans un seul Verset, il dit que personne n'est justifié
cernent son salut, et que si l'homme reçoit et fait ce qui est dans par les OEuvres de la loi, - Gal. II. H, 15, 16. - QUE PAR LA.
sa Table, il s'opère ulle conjonction réciproque; et alors elle a liéu I,OIDANS 1-1!: SENS LE PLUS LARGE SOIT ENTENDUE TOUTE LA PAROi.E,
selon les paroles du Seigneur au Docteur de la loi: Fais cela, et cela est évident d'après ces passages: « Jésus dit: N'est-il pas
tu vivras. écrit dans VOTRE LOI? Moi j' ai dit: Des Dieux vous êtes. Il ­
.... Jean, X. 340; - cela est écrit dans le Psaume LXXXII, Vers. 6 ­
288. Dans la Parole, la Loi est très-souvent nommée; et il va
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RELIGION CHRÉTIENNE. 389
La (oule 1'épondit : Nous avons appris par la LOI que le Christ,

demeure éternellement. » - Jean, XII. 34; - cela e::;t écrit dans

. Parole, c'est ceque le Seigneurenseigne aussi par celle comparaison:


les Psaumes LXXXIX. 30, el XC. 4.; et dans Daniel, VII. 14. ­
.. Semblable est le Royaume de Dieu à un gl'ain de moutarde,
cc Afin que fût accomplie la Pm'ole cérite dans LEUR LOI: Ils
qu'un homme ayant 1'eçu sema dans son champ: plus petit il
Mont haï sans cause. ») - Jean, XV. 25 ; - cela est écrit dans
est que toutes les semences, mais quand il a crlt,plus grand que
Je Psaume xxxv. Vers. ,1 D. - « Les Pharisiens dù'ent: Est-ce
les légumes il est, et il devieltt arbre, tellement que viennènt
que qltelqu'un des Princes a cru en Lui, mais cette foule qui ne
tes oiseaux du ciel, et ils (Mt leurs nids dans ses branches. »
connai'! point la LoI. » - Jean, VII. 48, 49. - Il lt est plus
- l\fatth. XIIr. 3t, 32. Marc. IV, '31, 32. Luc, XIII. 18,
facile que le Ciel et la Terre passent, qu'il ne l'est que DE LA
1- i 9. cfr. aussi Éz~cb. XVII. 2 à 8. - Qu'il y ait une telle
LOI UN SEUL ACCENT Tomm. ) - Luc. XVI, 17; - là, par la Loi,
infinité de semences spirituelles ou de verités dans la Pa­
il est entendu tou te l'Écriture Sainte: et, de plus, en millo passages
role, on peut le voil' d'après la Sagesse Angéliqlle,qui pro­
dans David.
cède toute rIe la Parole; elle augmente éternellement chez les
289. Si le Décalogue dans Je Sens spirituel et dans le Sens cé­ Anges, et plus ceux-ci sont sages, plus ils voient clairement que
leste contient universellement lous les Préceptes de Doctrine et de la Sagesse est sans fin; et ils perçoivent qu'ils ne sont eux-mêmes
Vie, ainsi loutes las choses de Foi et de Charité, c'est p:.lrce que la qu'à l'entrée, et qu'ils ne peuvent quant à la plus petite chose at­
Parole, dans le sens de la laUre, dans toutes et dans chacune de teindre la Sagesse Divine de Seigneur, qu'ils nomment un Abîme.
ses parlies, ou dans le commun et dans toute partie, cache deux. , Maintenant, cemme la Parole émane de cet Abîme, puisqu'elle vient
Sens intérieurs, l'un qui est appelé spiritt;el, l'anlre (lui est appelé du Seigneur, il est évident que dans toutes ses parties il y a une
céleste, et que dans ces sens il ya la Divine Vérité danssa lumière, :sorte d'Infinité.
et la Divine Bonté dans sa chaleur: maintenant, comme telle est la
Parole dans le commun et dans toute partie, il est nécessaire que PREMIER PRÉCEPTE.
les dix Préceptes du Décalogue soient expliqués selon ces trois Sens,
qui sont appelés Naturel, Spirituel, Céle5te. Que telle soit la Parole, Il n'y aura point cl autre Dieu devant mes faces,
on peutie voir d'après ce qui a été démontré dans le Chapitre snr
l'ÈCIIITURE SAINTE ou la PAROLE, ci·dessus, N°S 193 à 208. 291. Ce sont là les paroles du Premier Précepte, - Exod. XX.
290. Personne, à moins de savoir qn'elle est la Parole, ne peut 3. Deutér. V. 7. - par lesquelles, dans le SENS NATUREL, qui est le
concevoir par aucune idée que dans chaculle de ses parties il y a sens de la lettre, il est entendu, en premier lieu, qu'il ne faut point
J'infinité, c'est-à-dire qn'elle contient des dlO~es innombrables que ~dorer d'Idoles, car il est ajouté: « Tu ne te (eras point cl Image
les Anges ne peuvent pas même épuiser; chaque mot y peut 1 taillée, ni aucune Ressemblance de ce qui (est) dans les Czeux
être compal'é à une semence qni, ail moyen de l'humus, peut deve­ 1 ,en haut, ni de ce qui (est) en If!- Ter1'e en bas, ni de ce qui (est)
nir un grand arbre, et proèllire en abondance des semences, d'où dans les Eaux au-dessous de la terre: tu ne te prosterneras
proviennent de nouveau des arbl'es semblables, qui ensemble font point devant elles, et tu ne les se1'viras point, car !lIoi (je suis)
un jardin, et d'après les semences de celui-ci font de nouveau des JÉHOVAH TON DIEU, DIEU JALOUX... - Exod. XX. 3, 4, 5, 6. ­
j3'l'dins, et ainsi à l:'infini : telle est la Parole du Seigneur dans clla­ Que par ce Précepte il soit entendu, en premier lieu" qu'il ne faut
cune de ses parties, et leI est principalement le Décalogue, cal' par point adorer d'Idoles, c'est parce qu'avant ce temps, et après jus­
cela qu'il enseigne l'amour envers Dieu, et l'amonl' à l'égard du pro­ qu'à l'avénement du Seigneur, il y eut dans une grande partie de
chain, il est le bref complexe de toute la PaI'ole. Que telle, soit la l'Asie un Culte idolâtrique; ce cuIle provenait de ce que toutes les
Églises avant le Seigneur étaient représentatives et typiques, et que

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les types et lès représentations étaient tels, que les Divins étaient sans laquelle n'aurait pu être sauvé aucun homme, ni aucun Ange.
présentés sous diverses Ressemblances et diverses Sculptures, que Ou'excepté Lui, il n'y ait point d'autre Dieu, on le voit par ces pas­
]e Vulgaire, lorsque les significations en furent oblitérées, commença sages dans la Parole: Il sel'a dit en ce jour-là: Voici, notre
l(

à adorer comme des dieux. Que la Nation Israélite ait été aussi dans Dieu Celui-ci, que nous avons attendu pOUl' qu'il nous délivre;
un tel culte, lorsqu'elle était en Ëgypte, on peutie \'oir d'après ]e Celui-ci, Jéhovah, que nous avons attendu; bpndissolis et ré­
Veau d'or, qu'elle adora dans le désert à la place de Jéhovah; et jouissons-nous dans son Salut.» - Ésaïe, XXV. 9. - " Une
que, dans la suite, elle ne se soit pas détourné de ce Culte, on l(t voix de qui crie dans le désert: Préparez le chemin à Jéhovah,
voit par un grand nombre de passages dans la Parole tant Histo­ aplanissez dans la solitude un sentier à notre Dieu,~ parce que
rique que Prophétique. sera l'évélée la Gloire de .Jéhovah, et ils (la) verront, toute chair
292. Par ce Précepte: Il n'y aura point d'autl'e Dieu devant ensemble, Voici, te Seignew' Jéhovah en fort vient; comme un
mes faces, dans le Sens naturel, il est aussi entendu, qu'aûcun Pasteu1'Son ü'oupeau il paîtl'a. » - Esaïe, XL, 3, .5, 10,1L
Homme défunt ou vivant ne doit être adoré comme Dieu, ce qui « Seulement en Tôi (esl) Dieu, il n'y a point d'autre Dieu;
avait aussi été fait dans le Monde Asiatique et dans divers lieux à certes Toi, (tn es) un Dieu caché, le Dieu d'Israël, SAUVEUR,»
l'entour; plusieurs dieux des Nalions n'étaient point autres, comme - Ésaïe, XLV. 14, 15. - « Ne suis-je pas Jéhovih? et y a­
Baal, Astaroth, Chémos, Mikom, Béelzébub j et, il Athènes et à t-il d'autre Dieu que l'l'loi, d'autre Dieu juste et SAUVEUjt que
Rome, Saturne, Jupiter, Neptune, Pluton, Apollon, Pallas, etc.,. Moi? « - Ésaïe, XLV. 21, 22. - " Je suis JéllOvah, et il n'est
dont quelques-uns furent ad<1rés <l'abord comme Saints, puis comme point d'aut1'e SAUVEUR que iVoi. » - Ésaïe, XLIII, 11. Hos, XIII,
Déités (Numina), et entln comme Dieux. Qu'on ait aussi adoré 4. - « Afin que sache toute chair que Moi Ue suis) Jéhovah
comme dieux des Hommes vivants, on le voit par cet Édit de Darius ton SAUVEUR ET TON RÉDEMPTEUR. - Esaïe, XLIX. 26. LX. 16.
le Mède, que personne durant trente jours ne devait rien demander - « Quant à NOTRE RÉDEMPiEUR, Jéhovah Sébaoth (est) son
à Dieu, mais au Roi seul, sous peine d'être jeté dans la fosse aux nom. » - Ésaïe, XLVII. 4. Jérém. L. 34. - "Jéhovah mon
lions, - Dan. VL 8 à 29. Rochel' et :MON RÉDEMPTEUR. » - Ps. XIX. 15. - « Ainsi a dit
293. Dans le Sens naturel, qui est le Sens de la lettre, par ce pré­ Jéhovah ton RiDEMPTEUR, le saint d'Israël; Moi (je suis) Jé­
.cepte il est encore entendu que personne, excepté Dieu, et que rien,. llOvah ton Dieu. " - Ésaïe, XLVIII. i7, XLIII, U. XLIX. 7. ­
excepté ce qui procède de Dieu, ne doit être aimé par-dessus toutes « Ainsi a dit Jéhovah TON RÉDEMPTEUR: Moi Jéhovah je fais
choses, ce qui est aussi selon les paroles du Seigneur, -lUatlh. toutes choses, et seul par Moi-Même. " - Ésaïe, XLIV. 24. ­
·,xXII, 35 à 37. Luc, X. 25 à 28; - car la personne qui est aimée, « Ainsi a dit Jéhovah, le Roi d'Israël, et SON RÉDEMPTEUR. Jé-
et ce qui est aimé par-dessus toutes choses, sont l'une et J'autre IlOvah Sébaoth : Moi le Premie1'et le Det'nier, et excepté Moi
un Dieu et un Divin pour celui qui aime; ainsi celui qui s'aime, ou point de Dieu. ,,-Ésaïe, XLIV. 6, - « Jéhovah Sébaoth (est)
aime le Monde par-dessus toutes choses, fait son Dieu de Lui-l'tfême son Nom, et TON RÉDEMPTEUR, le Saint d'Israël, Dieu de
ou du ~fonde j c'est pour cela que de tels hommes ne reconnaissent la ter1'e sera appelé. » - Ésaïe, LIV. 5. - « Abraham
de cœur aucun Dieu; aussi ont-ils été conjoints à leurs semblables ne nous connaît pas, et Ismël ne nous reconnaît pas;
dans l'Enfer, où ont été rassemblés tous ceux qui se sont aimés et Toi, Jéhovah, not1'e père, notre RÉDEMPTEUR, dès le siècle
ont aimé le monde par-dessus toutes choses. (c'est) ton nom, " - Ésaïe, LXIII. 16 - " Un Enfant
294, Le SENS SPIRITUEL de ce Précepte est, qu'on ne doit adorer nous est né, un Fils nous a été donné, dont le nom est,' Admi­
d':lUtre Dieu que le Seigneur JtSUS-CHRIST, parce que Lui-Même rable, Conseillet" Dieu, B éros, PÈRE D'ÉTERNITÉ, prince depaix••
est Jéhovah, qui est venu dans le Monde, et a fait la. Rédemption, - Esaïe, IX. 5. « Voici, les jours viendront que je susciterai à
392 . ,. . LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 393
David un Germe juste, qui règnem Roi, et voici son no m: JÉ­ forme Humaine visible, et que le Seigneur Dieu Sauveur est ce
HOVAH NOTRE JUSTICE. 1) - Jérém,. XXIII. n, 6. XXXIII. tn, t6, Dieu: l'homme sensuel et corporel, étant purement naturel, est,
- ce Philippe dit à Jésus: MOllt1'e-nOlts le Père. Jésus lui dit: consilléré en lui-même, tout à fait animal, et il ne diffère de labrute
Qui Me voit, voit le Pert'; ne crois-tu pas que Moi (je suis) dans que parce qu'il peut parler et raisonner; c'est pourquoi il est comme
le Pere, et quele Pere (est) en Moi. » - Jean, XIV. 8, 9, tO. s'il passait sa vie dans une Ménagerie, où sont des .bêtes féroces de
- ce En Jésus-Cllrist toute la plénitude de la Divinité habite tout genre; et là, tantôt il fait le lion, tantôt l'ours, tantôt le ti­
c01'P 0re ilement, 1) - Coloss, II. 9. - « Nous sommes dans la gre, le léopard ou le loup; et même il peut aussi faire la brebis,
Vérité en Jésus-Christ; Lui est le V1'ai Dieu et la Vie éternelle; mais alors il rit en son cœur. L'homme purement naturel ne pense
mes petits enfants, gardez-t'ous des idoles. ;, - 1 Jean, V. 20, aux Divins vrais que d'après les mondains, ainsi d'après les i1iu­
~i. - D'après ces passages, il ost bien évident que le Seigneur sions des sens, car il ne peut pas élever son mentaI au-dessus de ces
notl'e Sau~eur est Jéhovah Lui-Même, qui est à la fois Créateur, illusions; c'est pourquoi la Doctrine de sa foi peut être coinparée
,Rédempteur et Régénérateur, Tel èst le Sens spirituel de ce Pré. à une bouillie de paille hachée qu'il mange comme un mets succu­
'tepte. . lent; 0\1 à ce qui a été commandé an Prophète Ézéchiel, savoil', de
295. LE SENS CÉLESTE DE CE PRÉCEPTE EST, que Jéhovah Je Sei­ mêler du froment, de l'orge, des fèves, des lentilles et de l'épeautre,
gneur est Infini, Immense et Éternel; qu'il est Tout-Puissant, Tout­ avec de l'excrément d'homme ou de bœuf, et de s'en faire du pain
Sachant, et Tout-Présent; qu'il est Je Premier et le Dernier, le et des gâteaux, et ainsi' de représenter l'Eglise, telle qu'elle était
Commencement et la Fin. Qui Était, Est et Sera; qu'il est l' Amour chez la Nation Israélite, - Chap. IV. 9 et suiv.;- semhlable est
même et la Sagesse même, ou leBien même et le Vrai même, par la Doctrine de l'Église, qui a été fondée et bâtie sur trois Persoun es
conséquent la Vie même; ainsi l'Unique de qui toutes choses pra­ 'Divines de toule éternité, dont chacune en particulier est Dieu: qui
··cèdent.
est-ce qui ne verrait pas l'énormité de celle foi, si elle se présen­
296. Tous ccux qui reconnaissent et adorent un autrc Dieu que tait telle qu'elle est en elle-même, peinte sur un tableau devant les
le Seignellf' Sauveur Jésus-Christ, lequel est Lui-l\Iême Jéhovah yeux, par exemple, si les trois se tenaient en ordre près l'un de
Dieu dans une forme Humaine, pèchent contre ce Premier Précepte; l'autre, le Premier ayant pour insignes un sceptre et une couronne,
pareillement aussi ceux qui se pel'suadent qu'il y a Trois Personnes le Second tenant dans sa main dl'oite un Livre, qui est la Parole,
'Divines, de toute éternité existant en actualité; ceux-ci, selon qu'ils et dans sa main gauche une Croix d'or couverte desang, eo( le Troi­
se confirment dans cette erreu)', deviennent de plus en plus natu­ sième décoré d'ailes se tenant sur un pied, prêt à voler et il agir,
rels et corporels, el 310l'S ils ne oeljl'ent saisir intérieul'èment aucu n au-dessus desquels on aurait écrit: CES TROIS PERSONNES, TOUT AU­
Divin VI'ai, et s'ils en entendent et en l'eçoivent quelqu'un, ils le TANT DE DIEUX, SONT UN SEUL DIEU? Quel est le sage qui, en voyant
souillent et l' enveloppent d'illusions ; c'est pourquoi ils peu ven t ce Tableau, ne dirait pas en lui-même; Oh! quelle fantaisie! Mais
être comparés à ceux qui habitent le rez-de-chaussée 0\1 les ca'~es une seule Personne Divine avec des rayons de Iwmière céleste au­
d'une maison, et qui par conséquent n'entendent rien de ce que tour de la tète, et portant ceUe inscription: VOILA NOTI1E DIEU, A
,ceux qui sont au second et au tl'oisième étage disent entre eux, LA FOIS CRI!ATEUll., RÉDElIIPTEUR ET RÉGÉ!\ÈRATEUR, PAR CONSÉQUENT
pal'ce que les plafonds qui sont au-dessus de leur. tête empêchent SAUVEUR; ce sage ne baiserait-il pas ce Tableau, ne le porterait~il
que le son ne pénètre; le lHe"ntal humain est comme une Maison à pas dans sa maison, et par son aspect ne répandrait-il pas la joie
trois étages; dans l'étage Je plus bas sont ceux qui se sont confir­ dans son cœur et dans les cœurs de son épouse, de ses enfants el de
'més pour trois Dieux ùe toute éternité; dans le second et le troi­ ses domestiques?
-sième sont ceux qui reconnaissent et croient un seul Dieu sous une

" ~
394. LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 395
aucun diable dans l'Enfer. Il y a plusieurs Noms de Dieu qu'il ne
SECOND PnÉCEPTE. faut pas prendre en vain, tels sont: Jéhovah, Jéhovah-Dieu, Jého­
vah-Sébaoth, le Saint d'Israël, Jésus et Christ~ l'Esprit Saint.
Tu ne p,-endl'as point le Nom de Jéhovah ton Dieu en vain, car i98. DANS LE SENS SPIRITUEL, par le Nom de Dieu est entendu
pour innocent ne tiendra point Jéhovah celui qui aura pris tout oe que l'Église enseigrre d'après la Parole, et par quoi le Sei­
son Nom en vain. gnenr est invoqué et adoré; tont cela est le Nom de Dieu dans le
complexe; c'est pourquoi par prendre le nom de Dieu en vain,
297. Dans le SENS NUUREL, qui est le sens de la lettre, par il est entendu prendre de là quelque chose dans des discours frivo­
prendre le Nom de Jéhovah-Dieu en vain, il est entendu le Nom Jui­ les, des discours faux, de\' mensonges, des exécrations, des prestiges
même, et l'abus de ce Nom dans divers entretiens, principalement et des enchantements, car cela aussi est outrager et blasphémer
dans des discours faux ou des mensonges, puis dans des serments Dieu, par conséquent son Nom. Que la Parole et ce qui de là appar­
sans cause et pour un but de disculpation avec des intentions "tient à l'Église, et ainsi tout culte, soit le Nom de Dieu, on peut le
mauvaises, sermen ts qui son t des exécrations, et dans des prestiges voir p:lr ces passages: " Depuzs le lever du soleil sera invoqué
et des enchantemenls. Mais jurer par Dieu et par la Sainteté de mon Nom. )l ­ Esaïe, XXVI. 8. HI. - (( Depuis le lever du
Dieu, par la Parole et par l'Évangile, dans les Couronnements, soleil jusqu'à son coucher, grand (sera) mon nom parmi les Na­
dans les Inaugurations au Sacerdoce, dans les Initialions de fidé­ tions, et en tous lieux du parlum(sera) oftert en monNom. Vous,
lité, ce n'est point prenùre le Nom de Dieu en "ain, à moins que vous profanez mon Nom quand vous dites .' La Table de J ého­
celui qui jure n~ rejette ensuite ses promesses comnie vaines. Le vah a été soUillée; et vous soufflez sur mon Nom, quand vous
Nom de Dieu, parce qu'il est Je Saint même~ doit être sans cesse amenez ce qui est valé, boîteux ou malade. - Malac. 1. 1 t, 12,
employé dans les choses Saintes qui appartiennent à l'Église~ par t 3. - (( Tous les peuples marchent, chacun au nom de son
exemple, dans les prières, les PS3umes~ et dans tout culte. et aussi Dieu, et nous, nous marcherons au nom de Jéhovah notre
dans les Prédications et dans les Écrits sur les choses Ecclésiasti­ Dieu. » - Miell. IV. 1). - « On adol'e1'a Jéhovah dans un seul
ques; la raison de cela, c'est que Dieu est dans tout ce qui con­ lieu, où il placem son Nom. l) Deutér. XII. 5, Il,13, 14,18.
-

cerne la Religion, et quand il est convenablement invoqué, par son XVI. 2, 6, 11, 15, 16: - c'est-à-dire, où il placera son culte.
Nom il est présent, et il entend; c'est en cela que le Nom de Dieu « Jésus dit: Où sont deux ou trois assemblés en mon Nom, là
est sanctifié. Que le Nom de Jéhovah Dieu soit Saint en soi-même, '. je suis au milieu d'eux. l\lallh. XVIII. 20. - « A tous ceux qui
on le voit par ce Nom même, en ce que les Juifs, après leur premier L'ont reçu, il leur a donné pouvoir d'être /ils de Dieu, à ceux
temps, n'ont pas osé et n'osent pas encol'e dire .Jéhovah, et que par qui croient en son Nom. )l - Jean, 1. t 2. - « Celui qui ne croit
égard pour eux les Évangélistes et les Apôtres ne l'ont pas voulu pas a déjà été jugé, parce qu'iln'apas cru au Nom de l'Uni­
non plus, c'est pou rquoi au liéU ùe Jéhovah ils on t di t le Seigneur, que-Engendl'é Fils de Dièu.)l - Jean, Ill. 18. - «( Ceux quz
comme on le voit par les divers passages de l'Ancien Testament croie1üauront la vie en son Nom.)l - Jean, XX. 31. - Jésus
tramportés dans 'le Nouveau, où il est dit SEIGNEUr. au lieu de JÉ­ dit.' J'ai manifesté ton Nom aux hommes, et je leur ai lait
HOVAH, par exemple, Mallh. XXII, 35. Luc, X. 27i- cfr. avec Deutér. connaître ton Nom. )l - Jean, XVII. 26. - « Le Seigneur dit.'
VI. 5, et ailleurs. Que Je Nom de Jésus soit pareillement Saint, Tu as quelque peu de Noms dans Sardes . .. - Apoc. III. 4. ­
cela est notoire d'après celle Jéclaration d'un Apôtre, qu'à ce Nom et en outre dans beaucoup d'autres endroits, où, comme dans les
fléchissent et doivent fléchir les genoux dans les Cieux et dans les passages précédents, par le Nom de Dieu est entendu le Divin qui
Terres; et en outre d'après ce fait, qu'il ne peut être prononcé par procède de Dieu, et par lequel il ~st adoré. Par le Nom de JÉsus­
'396 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 397
CURIST est entendu le tout de la Rédemption, et Je tout de la -Doc­ erirai sur lui leNom de la ville, la nouvelle Jérusalem, et mon
Nom nouveau . .. ­ Apoc. III. 4, t 2. -- Gabriel et Michel ne sont
trine, et ainsi le tout de la salvation ; par Jésus, le tout de )a salva"
tion par la Rédemption; et par Christ, le tout de la salvation par pas les noms de deux Personnes dans le Ciel, mais par ces noms
Sa Doctrine. sont entendus tous ceux qui, dans le Ciel, sont dans la sagesse con­
cernant le Seigneur et L'adorent. De même dans la Parole, par les
299. DANSLE SENS CELESTE, par prenùre Je nom de Dieu en vain
est entendu ce que le Seigneur adit aux Pharisiens: " l'out péché Noms de Personnes et de lieux il est en tendu, non des Personnes ni
et blasphème sera 1'emis à l'homme, mais de tesp1'it le blas­
des lieux, mais des choses de l'Église. Dans le Monde naturel, pal'
le Nom il n'est pas non plus entendu le Nom seul, mais il est en
phème ne sera point 1'emis, " - l\Iallh. XII. 3t, 32 ; - par le
blasphème de l'e5prit est entendu le blasphème contre )a Divinité même temps entendu le quale de la personne (ou ce qu'elle est),
de l'Humain du Seigneur, et contre la Sainteté de la Parole, Que parce que ce quale est attaché à son nom, car dans le langage or­
dans le Sens Céleste ou Suprême le Divin Humain du Seigncur soit dinaire on llit d'un homme, qu'il fait telle chose pour son Nom, ou
entendu par Je Nom de Jéhovah·Dieu, on le voit par ces passages: pour la réputation de son Nom; et d'un autre, qu'il a un grand
« Jésus dit: PÈRE, GLORIFIF. TON NOM; et il sortit une voix du
Nom, ce qui signifie qu'il est célèbre par les choses qui sont en lui,
Ciel, disant: Et je l'ai glorifié, et de nouveau je le glO1lifierai. par exemple, par le génie, l'érudition, le mérite, etc. Qui ne sait
- Jean, XII. 28. - l'out ce que vous demanderez en mon
J)
que celui qui injurie et calomnie une pel'sonne quant au Nom,
Nom je le jet'ai, afin que le Père soit gl01'ifié dans le Fils; Si blâme et calomnie aussi les actes de la vie de celle personne? les
quelque èhose vous demandez en mon Nom, Moi je (le) ferai, )) actes et le nom sont conjoints dans l'idée, de là périt I~ réputation
- Jean, XIV. 13, 14. - Dans l'Oraison Dominicale, par soit sanc­ de son Nom. De même celui qui prononce avec ignominie le Nom
tifié tonNo m! il n'est pas non plus signifié autre chose dans le d'un Roi, d'un Prince, d'un Magnat, couvre aussi d'opprobre leur
Sens Céleste; pareillement par le NOIll, - Exod, XXIII, 21. Esaïe, Majesté et leur Dignité; pareillement celui qui prononce d'un ton
LXIII, 16. - Comme le blasphème de l'Esprit n'est point remis à de mépris le Nom d'un homme méprise en même temps les actions
l'homme selon les paroles, dans ~latlhieu, XII. 31, 32, et ·que c'est de la vie de cet homme; il en est de même de toute Personne, dont
là ce qui est entendu dans le Sens Céleste, c'est pour cela qu',. ce il n'est pas permis, selon les lois de tOU5 les Royaumes, d'attaquer
Précepte il est ajouté: (c Car pour innocent ne tiend1'a point lé ni d'injul'Ïer le Nom, c'est-tl-dire, la qualité et par conséquent la
/wvah celui qui aw'a pris son Nom en vain. " répu tation.
300. Que par le Nom d'une personne il soit entendu non-seule­
ment son nom, mais aussi toute sa qualité (quale), cela est évident TROISIÈ ME PRÉCEPTE.
par les noms dans le Monde spirituel; -là, aucun homme ne retient
le nom qu'il a reçu au baptême ni celui de son père ou 1I0m de fa­ Souviens-toi du Jour du Sabbath, pour le sanctifier; six jours
mille, dans le Monde, mais chacun y est nommé selon son quale (ou tu t1'availlel'as, et tu feras toute ton œuvre,. mais, le sep­
selon ce qu'il est) ; ainsi les Anges sont appelés selon leur vie mo­ tième jour, Sabbath à J é/wvah .ton Dieu.
rale el spirituelle; ce sont aussi eux qui sont entendus par ces pa­
roles du Seigneur: Jésus dit: Moi je suis ,le bon Pasteur; les 301. Que ce soit là le Troisième Précepte, on le voit, - Exod.
fl
XX. 8,9, 10, et Beu,tér. V. 12-, t3 ; - par ce Précepte, dans le
brebis sa voix entend ent; et ses propres b1'euis il appelle par
SENS NATUREL, qui est le sens de là lettre, il est entendu qu'il y a
lem'/'lo m, et il les mène dehors. » ­ Jean, X. 3; - et pareill;e­
six jours pour l'homme et pour ses travaux, et que le Septième est
ment par celles-ci: Tu as quelque peu de Noms dans Sardf!S.
ljui n'ont point sow'llé leurs v~tements. Celui qui vaincra, )'é­ pour le Seigneur, et pour le repos de.l'hoœme d'après le Sei~neul' •
398 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 399
Sabbath dans la Langue originale signifie Repos. Le Sabbath chez ditplustard dans leCbapitresurLA RÉFORMATIONET LA RÉGÉNÉRATION.
les fils d'Israël était la Sainteté des saintetés, parce qu'il représen­ surtout lorsqu'il y sera montré, 1. Que la Régénération se tait
tait le Seigneur; les six jours représentaient ses travaux et ses com­ commelorsqu 'un homme est conçu, porté dans l'utérus, naît et
bats contre les Enfers, et le septième sa Victoire sur eux, et ainsi le est élevé. II. Que le premier acte de la nouvelle Génération est
Repos; et comme ce jour était représentatif de la fin de toute la appelé Réformation et appartient a l'entendement, et que le
Rédemption opérée par le Seigneur, c'est pour cela qu'il était la second est appelé Régénération et appm'tient à la volonté et par
Sainteté même. !\fais quand le Seigneur fut venu dans le l\Ionde, et suite à l'entendement. Ill. Que l'homme Interne doit d'ab01,d
que par suite ses Représentations eurent cessé, ce Jour devint le jour ~tre réformé, et par lui l'homme Externe. IV. Qu'il s'élève alors
de l'instruction dans les choses Divines, et par conséquent aussi le un combat en!1'e l'homme fnteme et l'homme E:rterne, et que
jonr du repos après les travallx,et de la méditation sur les choses qui ëelui qui est vainqueur domine sur l'autre. V. Qu'it y a chez
appartiennent au salut et à la vie éternelle, comme aussi le jour de l'homme Régénéré une nouvelle Volonté et un nO:Avel Entende­
l'amour envers le prochain, Qu'il soit devenu le jour de l'instruc­ ment, etc. Si la Réformation et la Régénération de l'homme sont
tion dans les choses Divines, on le voit claireinent en ce que le Sei­ signifiées par ce Précepte dans le Sens spiriluel, c'est parce qu'elles
gneur dans ce Jour enseignait dans le Temple et dans les Synago­ coïncident avec les travaux et les combats du Seigneur conu'e les
gues, - Marc, VI. 2. Luc, IV. f6, 31, 32, VI. 6. XIII. 1.0 ; ­ Enfers, et avec sa Victoire sur eux, et alors avec le Repos; car la
et qu'il a dit au paralytique: Prends ton lit et marche,. " et aux
l(
manière dont le Seigneur a glorifié son Humain et l'a fait Divin.
Pharisiens, Il qu'il était permis aux Disciples le jour du Sabbatlt est aussi celle qu'i! emploie pour réformel' et régénérer l'homme.
de prendre des épis et de les mange?', " Matlh. XII, fil 9. !\lare, et le rendre spirituel; c'est là ce qui est entendu par SUIVRE LE SEI­
II. 23 à 28. Luc, VI. 4 il 6. Jean, V. 9 il 19; - par chacune de GNEUR. Que le Seigneur ait eu des Combats, et que ces combats
ces choses, dans le Sens spirituel, il est signifié être instruit dans soient appelés Travaux, on le voit dans Esaïe, Chap. LIlI et LXIII;
les doctrinaux: que ce jour soit aussi devenu le jour de l'amour et que les choses semblables chez les hommes soient appelées Tra­
envers le prochain, on le voit d'après ce que le Seigneur a fait t vaux, on le voit dans EsaYe, LXV. 23, et nans l'Apooolypse, II.
enseigné le jour du Sabbath, - Matth. XIl. 10 à 1.4. Marc, III. i 2, 3.
à 9. Luc, VI, 6 à f2. XIII. fO il 18, XIV. {il 7. Jean, V. 9 il f9. 303. Dans le SENS CÉLESTE, par ce Précepte il est entendu la
VII. 22, 23. IX, 14, f6 ; - D'après ces passages, et ceux cités conjonction avec le Seigneur, et alors la Paix, parce qu'il y a pro­
ci-dessus, on voil clairement pourquoi le Seigneur a dit qu'il est tection contre l'Enfer; en effet, Sabbath signifie Repos, et dans c~
aussi Seigneur du Sabbath, -l\latth. XII. 8. Marc, II. 28. Luc, Sens suprême, Paix; c'est pourquoi le Seigneur est nommé Prince
VI, 5 ; - et puisqu'il a dit cela, il s'ensuit que ce jour a été repré­ -de paix, et se nomme aussi Paix; comme on le voit par ces passa­
sentatif du Seigneur. ges : « Un enfant nous est né, un Fils nous a été donné,. sur son
302. DANS LE SENS SPIRITUEL, ce Précepte signifie la Réformation épaule (sera) la Principa,uté, et ton appellera son Nom; Admi­
et la Régénération de l'hommè par le Seigneur; les six jours de rable, Conseiller, Dieu, Héros, Père d'éternité, PRINCE DE PAIX;
travail signifient le combat contre la chair et les convoitises de la à sa multiplication de Principauté et de PAIX il n'y aura point
chair, et alors en même temps contre les maux et les faux qui chez de fin. " - Esaïe, IX. 5, 6. - « Jésus dit: PAIX je vous laisse.
ui viennent de l'Enfer; et le Septième jour signifie sa conjonction MA PAIX je vous aonne. » - Jean, XIV. 27. - Jésus dit: De
avec leSeigneur, etpar là sa régénération; que tant que dure ce com­ ees choses je vous ai parlé, afin qu'en 1\101 PAIX VOUS AYEZ, ­
bat il y ait pour l'homme travail spirituel, mais que lorsque l'homme Jean, XVI. 33. - .. Qu'ils sont agréables sur les montagnes les
il. été régénéré il y ait pour lui Repos, on le verra d'après ce qui sera pieds du Messager de bonne nouvelle, qui fait entendre la PAIX.
Il

400 LA VRAIE
RELIGION CHRETIENNE. 4oi'
qui dit: Il règne ton Dieu. » - Esaïe, LII. 7. - « Jéhovah,
rachète1'a en PAIX mon dme. » - - Ps. LV. 19. - '( L'œuvRE DE nouvelles pousses dans les champs, et par les premières fl~urs dans
JtaovAH EST LA PAIX; LE LAormR DE JUSTICE, LE REPOS, ET LA SÉ­ les jardins, les campagnes et les forêts; et pareillement à l'état des
CURITÉ POUR L'ÉTERNITÉ, AFIN UU'ILS HABITENT DANS UN HADlTACLE menlals chez ceux qui, après des tempêtes el des dangers sur mer,
DE PAIX, ET DANS DES TENTES DE SÉCURITÉ, ET DANS DES REPOS atlei~nent le p'ort et mettent les pieds sur la tene désirée.
TRA~QUILLES. Il - Esaïe, XXXll. t 7, 18. - « Jésus dit aux soi­
xante-dix qu'il envoyait: Dans quelque maison que vous en­ QUATRIÈME PRÉCEPTE.
triez, d'ao01·d dttes: PAIX ACETTE MAISON; et s'il y a là un FILS
DE PAIX, sUl'luireposera votre PAlle Il ~ Luc, X. 5, 6..Matth. X. Hon01'e ton Père et ta Mère, afin que soient prolongés les jOlt1'S
1.2, 13, t4. - « Jéhovah pal'/e'l'a de PAIX à sonpeuple; LA JuS: sur la terre que Jéhovah ton Dieu te donne.
l'ICE ET UPAIX se Oa1:seront. )l - Ps. LXXXV. 9, H, - Lorsque
le Seigneur Lui-iUême apparut aux Disciples, il dit: « PAIX Avous! 305. Ce Précepte se lit ainsi, -·Exod. XX. -12, el Deutér. V.
- Je:lO, XX. 19, 21, 26. - En outre, il s'agit de l'État de Paix t6. - Dans le SENS NATUREL, qui esl le sens de la lettre, par ho­
dans lequel on viendra par le Seigneur, dans Esaïe, Chap. LXV et norer son Père et sa Mère il est entendu honorer ses Parents, leur
LXVI, et ailleurs; et dans cet État viendront ceux qui sont reçns obéir, s'attacher à eux, et leur rendre grâce pour leurs bienfaits,
dans la Nouvelle Église, qui est instaurée aujourd'hui par le Sei­ qui consistent en ce qu'ils nourrissent leurs enfants, leur donnent
gneur. Quant à ce qu'est dans son essence la Paix, dans laquelle des vêlements, et les introduisent dans le Monde, pOUl' qu'ils y agis­
sont les anges du ciel, et ceux qui sont dans le Seigneur, on le voit sent en Personnes civiles et morales; ils les introduisent aussi dans
dans le Traité DU CIEL ET DE l'ENFEIl, N°' 284 à 290. D'après ces le Ciel par les préceptes de la religion, ainsi ils pourvoient il leur
explications, on voit encore clairement pourquoi le Seigneur se prospérité temporelle, et aussi à leur félicité éternelle, et ils font
nomme Seigneur du Sabbath, c'est-à-dire, du Repos et de la tout cela d'après l'amour dans lequel ils sont par le Seigneur, dont
Paix. ils tienneut la place. Dans un Sens relatif, il est entendu l'honneur
304. La Paix céleste, qui est une protection contre les Enfers, que les pupilles doivent à leurs tuteurs, si leurs parents sont morts.
afin que les mallx et les faux no s'en élèvent point et n'envahissent Dalls lin sens plus large, par ce Précepte il est entendu honorer le·
point, peut être comparée à la Paix naturelle sous plusieurs rap­ Roi et les ~Iagislrals, parce qu'ils pourvoient aux besoins de tous
ports; par exemple, à la Paix après des guerres, quand chacun vit dans le commun, comme les Parents dans le particulier. Dans le
en sécurité à l'égard des ennemis, et en sùreté dans sa ville, d:ms Sens le plus large, par ce Précepte il est enlendu aimer la Patl'ie,
sa maison, et dans ses domaines et ses jardins; et, comme clit le parce qu'elle nourrit et défend les citoyens, aussi le mot Patrie
pI'ophète, lorsqu'il parle de la Paix céleste naturellement: (1 Ils se­ vient-il de Père: mais les honneurs à la Patrie, au Roi et aux Ma­
l'ont assis chacun sous son Cep et sous son figuier, et personne gisLrals doivent être rendus par les Parents, et être implantés par
qui les épouvante. " - Michée, IV. 4. E'saïe, LXV. 2i, 22, 23. eux dans les enfants.
- Elle peut aussi être comparée aux délassements de l'esprit (ani­ 306. Dans le SENS SPITITUEL, par honorer Père et l\Ière, il est
mus) et aux repos après de pénibles travaux; aux consolations des entendu vénérer et aimer Dieu el l'Église; dans ce sens, par le
mères après l'enfantement, quand leur amour, nommé storge, ma­ Père il est entendu Dieu, qui est le Père de tous, et par la Mère,
Bifeste ses plaisirs. Elle peut encore être comparée à la sérénité l'Église; les Enfants et les Anges dans les Cieux M connaissent
après les tempêtes, les nuées noires et le tonnerre; et aussi au Prin­ pas d'autre Père, ni d'autre Mère, puisqu'ils y sont nés de nou­
temps après un hiver rude, et alors à l'agrément produit par les veau du Seigneur par l'Église; c'est pourquoi le Seigneur dit:
ct N'appelez personne votre Père sur la terre, cal' un seul est

J. 26

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402 LA. VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 4,03
votre Père, Celui qui est dans les Cieux . .. - Matth. XXIlI.9; :NOCES DE L'AGNEAU !Jnt été appelés! » - Apoc. XIX. 7. 9;­
- ceci a été dit pour les Enfants et pour les Anges dans le Ciel, -et en outre, l\latth. IX. 15. Marc, Il. 19,20. Luc, v. 34, 35. Jean,
et non pour les enfan ts ni pour les hommes sur la terre. I.e Sei­ III. 29. XIX. 25, ~6, 27: - Que par la Nouvelle Jérusalem il soit
gneur enseigne la même chose dans la prière commune des Églises entendu la Nouvelle Église, qui est instaurée aujourd'hui par le
Chrétiennes, " Notre Pè1'e, qui es dans les Cieux, soit sanctifié Seigneur, Oll le voit dans l'ApOCALYPSE RÉVÉLÉE, N°' 880, 881 ;
ton Nom!" Si par la Mère, dans le sens spirituel. il est entendu celte Église, et non pas la précédente, est l'Épouse et la Mère dans
l'Église, c'est parce que, de même qu'une Mere sur la terre nourrit ce sens. Les lisnées spirituelles, qui naissent de ce Mariage, sont
ses enfants d'aliments naturels, de même l'Église les nourrit d'ali­ les biens de la charité et les vrais de la foi, et ceux qui sont par le
ments spirituels; c'est même pour cela que l'Église dans la Parole Seigneur dans ces biens et dans ces vrais sont appelés fils des noces,
est souvent appelée Mère, comme dans Hosée: « Plaidez avec vo­ fils de Dieu, et nés de Lui.
'f~E MÈRE, elle n'est pas mon épouse, et Moi je ne suis pas son 308. Il faut tenir pour certain que du Seignenr procède conti­
Mari. " - Il. 2, 5. - Dans Ésaïe: " Où est la lettre de divorce nuellement une Sphère Divine-céleste d'amour envers tous ceux qui
VOTRE MÈRE, que j'ai renvoyée. » - L. 1. et Ézéch, XVI. 45. emurassent la doctrine de son Église, et qui, de mê(})e que les en­
XIX. 10. - Et dans les ÉV~lOgélistes: " Jésus, étendant sa main fants dans le monde à l'égard du père et de la mère, Lui obéissent,
ve1'S ses Disciples, dit: MA MimE et mes frères sont ceux qlii en­ s'attachent 3 Lui, et veulent être nourris, c'est-à-dire, être ins­
tendent la Parole de Dieu et qui la font. " - Matlh. XIJ. 48. truits par Lui: de celle Sphère céleste naît une Sphère naturelle
49. Marc, Ill. 33,34,35. Luc, VIIl. 2t. Jean, XIX. 25, 26, 27. qui est celle oe l'amour envers les petits enfants et les enfants, la­
307. Dans le SENS CELESTE, par le Père il est en tendu notre quelle est très universelle, et affecte non-seulement les hommes,
Seigneur Jésus-Christ, et par la Mère la Communion des Saints, mais aussi les oiseaux et les bêtes, jusqu'aux sel'pents ; et non-seu­
par laquelle il est entendu son Église répandue sur tout le Globe. lement les êtres an imés, mais même les choses inanimées; mais
Que le Seigneur soit le Père, on le voit pal' ces passages: li Un pour que le Seigneur opérât dans celles-ci, comIlle il opère dans les
Enj{mt nous est né, un Fils nOliS a été donné, dont le Nom est ,choses spirituelles, il a créé le Soleil, pour que, dans le Monde Na­
Dieu, Héros, PÈRE D'ÉTERNITÉ, Prince de paix)) - Esaïe. IX. turel, il fùt comme un Père, et la TerJ'e comme une Mère; car le
5. - " Toi,. NOTRE PÈRE; Abraham ne nOliS connaît pas, et /s­ Soleil est comme le Père commun, et la Terre comme la 1\fère com­
7'aël ne nous reconnaît pas; TOI l'OTRE PÈRE, notre Rédempteur, mune, par le mariage desquels existent toutes les germinations qui
dès le siècle (c'est) ton Nom. " Esaïe LXIII. 16. - .. Philippe ,embellissent la surface du Globe: par l'influx de celte Sphère céleste
dit: Montre-nous le Père. Jésus lui dit: QUI lUE VOIT VOlT LE dans Je Monde naturel existent ces admirables progressioM des végé­
PÈltE. Comment donc, toi, dis-tu: Montre-nous le Père? Cro­ tations par la semence jusqu'aux fruits et à de nouvelles semences:
yez-Moi, que je suis dans le Père et que le Père est en Moi. .. de là \'ientaussi qu'il ya plusieurs genres d'arbrisseaux qui pen­
- Jean, XIV. 7 à 11. XII. 40. - Que dans ce sens par la l\lère dant le jour tournent pour ainsi dire leurs faces vers le soleil, et les
il soit entendu "Église du Seigneur, on le voit par ces passages: en détournent lorsque le soleil se couche: de là vient encore qu'il y
" Je vis la Ville, la sainte Jérumlem Nouvelle, parée comme a des fleurs qui s'ouHent au lever du soleil, et qui se ferment au
UNE FIANCÉE ORNÉE POUR SON MARI. " - Apoc. XXI. 2. - " L'anqe coucher du soleil: c'est aussi de là que des oiseaux chanten t déli­
dit à Jean: Viens, je te montrerai LA FIANCÉE DE L'AGNEAU L'É­ cieusement à la première aurore, et pareillement après qu'ils ont
l'OUSE; et il me montra la Ville, la Sainte Jérusalem. ,,- Apoc. reçu la nourriture de la Terre leur l\lère ; aim:i les uns et les autres
XXI. 9. 10. - cc Le temps des NOCES DE L'AGNEAU est venu, et honoren t leur père et leur mère; ce sont là autant de témoignages
SON ÉPOUSE s'est pa1'ée: Heureux sont ceux qui au souper des qne le Seigneur par 10 Soleil et par la Terre pourvoit, dans le Monde·
1
1

.Oi LA VRAIE RELIGION tHRÉTIENNE. ~ôt


naturel, à tous les besoins des êtres vivants et non-vivants; c'est - La cause de celà. c'est que tOit ce qui appartient à l'intention
pourquoi il e~t dit dans David: « Louez Jéhovah des Cieux .. louez­ ~ppartient aussi à la volonté, et ainsi en soi ah fait.
Le, Soleil et Lune; louez-Le de la terre, baleines et abîmes; 3i O. Dans le SENS SPIRITUF.L, par homicides solit entendues toutes
~ouez-Le, al'b7'e fruitier et tous les cèdres .. animal et toute bête, les manières de tuer et de perdre les Ames des hommes; ces ma­
reptile et oiseau ailé,. Rois de la terre, et tous les peuples, jeunes nières sont diverses et mültiples; par exemple, détourner de Dieu,
gens et jeunes filles. ) - Ps. CXLVlll. 2 à 12. - Et dans Job: de la Religion et du Culte Divin, en lançant COIJtre eux des paroles
(( Interroge, je te prie, les bêtes, et elles t'enseigneront, ou les scandaleuses, et en persuadant des choses qui en détournent et les
oiseaux du ciel, et ils te l' annoncil'ont, ou l'arbrisseau de la font prendre en dégoût: tels sont tous les diables et tous les satans
terre, et il t'instruim,.et les pozssons de la mer te le raconteront; dans l'Enfer, avec lesquels ont été conjoinls ceux qui dans ce monde
qui ne connaît d'après eux tous, que la main de Jéhovah a fait "iolent et prostituent les saintetés de l'Église. Ceux qui détruisent
cela?)) - XU. 7, 8, 9; - interroge et ils t'enseigneront, signifie les Ames par les faux sont entendus pal' le Roi de l'abîme, appelé
regarde, fais attention, et juge d'après ces choses, que c'est le Sei­ Abaddon ou Apollyon, c'est-à-dire, destructeu r, dan~ l'Apocalypse,
gneur Jéhovih qui les a créees. , Chap. IX. 11; et par les Tués, dans la Parole Prophétique comme
dans ces passages « Jéhovah-Dieu a dit: Pais les brebis de la
Tuerie, que lew's possesseurs ont tuées. » - Zach. XI. 4, 5, 7.
CINQUllDlE PRÉCEPTE. - « Nous avons été Tués chaque jour, nous avons été 7'éputes
comme un troupeau de la boucherie. » - Ps. XLIV, 23, 24.­
Tu ne tueras point. .« A ceux qui viendront fera p?'end7'e 7'acine Jacob,. est-ce que
.selon le massac7'e de ses Tués il a été tué? » - Esaïe, XXVII. 6,
309. Pal' ce Précepte, tu ne tueras point, dans le SEXS NATUREL 7. - « L'étranger ne vient que POU?' voler et massaC7'er les bre­
il est entendu ne point tuer l'homme, et ne lui faire aucune plaie ,bis, Moi je suis venu pour qu'elles aient vie et abondance. .. ­
dont il puisse mourir, et aussi ne point mutiler son corps; et de Jean, X, 10 ; - et en outre ailleurs, par exemple, - Esaïe, XIV.
plus, ne point porter de coup mortel il son nom ct à sa réputation, 2i. XXVI. 21. XXVII. 9. Jérém. IV. 31.. XII. 3. Apoe. IX. 4. XI. 7.
parce que chez plusieurs personneslaréputationetlal'ievolJtd'unpa~ - De là vient que le Diable est dit Homicide dès le commence­
égal. Dans un sens naturel plus large, parles homicides sont enten­ ment. .. - Jean, VIII. 44.
dues les inimitiés, les haines et les vengeances, qui respirent la :r11. Dllns Je SENS CELESTE, par tuer il est entendu se mettre té­
mort, car en elles est caché ['homicide, comme le fell dans le bois mérairement en colère contré le Seigneur, L'avoir en haine, et vou­
sous la cendre; le feu infernal n'est pas autre chose, aussi dit-on loir détruire son Nom; ce sont ceux-là d'e qui il est d!t qu'ils le
être brûlé de haine et enflammé de vengeance. Ce sontlil,des homi­ cruci'fiel\t; ce que' même ils feraiènl, ainsi que l'ont fait les Juifs',
cides en intention, mais non en acte, et si la crainte de la' loi, du s'il vehail comme préCédemment' dans le Monde; cela est entendd
talion et de la l'engeance en était enlevée, ils éclateraient en acte, par l'Agneau qui se tenait comme tué, - Apoc. V. 6. XIII. 8.
surtout si dans l'intention il y a fourberie ou férocité. Que la haine - Et par Crucifié, - Apoc. XI. 8. Héb. VI. 6, Gal. III. L
soit un homicide, on le voit par ces paroles du Seigneur: « Vous 3i'2. Quel est l'Internë de l'hOmme, s'il n'est pas réformé par le
av~.z entendu que p~?' les anciens il a été dit: Tu ne tueras point, Seigneur, c'est ce 'que j'ai vu clairement d'après les diables et les
et .quiconaw:, titera sera sujet au jugement; mais Moi je vous satans dans l'enfer, car ils ont continuellement l'intention de tuer]e
~is que qtfi.conque se. met en colère contre son frère téméraire­ Seigneur, lR comnle ils ne le peuvent, ils font tous leurs effor~
~ttrtl, se?'a s.uj~t à la géhenn,,, ,ite feu. » - Matth. V. 2t, 22. pbbî·tlJei'lceux qui s'ont' 3ttathés au Séigneur ;. mais ne pouvarit J~

1:····

1· ; _ .....
406 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 407
te
faire comme le font les hommes dans Monde, ils emploient tous. ·et ne point faire de choses obscènes, et par suite ne point penser et
les moyens pour perdre leur âme, c'est-à-dire, pour détruire la foi ne point dire de choses lascives; que seulement convoiter, ce soit
et la charité chez eux. Les haines et les vengeances chez ceux-là ap­ commettre adultère, on le voit par ces paroles du Seigneur: (1 Vous
paraissent elIes-mêmes comme des feux sombres et comme des feult avez entendu qu'il a été dit par les anciens: Tu ne commettras
éclalants, les haines comme des feux sombres, et les vengeances point adultère,. Moi je vous dis que St quelqu'un regarde la femme
comme des feux écl:ltants; toutefois ce ne sont pas des feux, mais d'un autre au point de la convoiter, il a deja commis adultère
ce sont des apparences: les cruautés de leur cœur sont vues quel­ avec elle dans son cœur. " -l\Ialth. V. 27, 28; -la raison de
quefois au-dessus d'eux dans l'air comme des combats avec les Anges~ cela c'est que la convoitise devien t cam me le fai t, lorsqu'elle est dans
et comme un carnage et un massacre de ceux-ci; c'est de leurs co­ la volonté, car dans l'Entendement entre seulem6nt l'attrait, mais
lères et de leurs haines contre le Ciel que s'élèvent ces affreuses tians la volonté entre l'intention, et l'inten tian de la convoitise est le
images fantastiques. De plus, les mêmes apparaissent de loin comme, fait. Mais sur ce sujet, on voit de'pIus grands développements dans
des bêtes féroces de toute espèce, tels que tigres, léopards, loups~ le Traité DE L'AMOUR CONJUGAL ET DE L'AMOUR sconTAToIRE, publié à
renards, chiens, crocodiles, et comme des !>erpents de toute espèce~ Amsterdam en ii68, dans lequel il est question de l'Oppositon en­
et quand ils voient des bêtes douces dans des formes représenlatives~ tre ces deux Amours, N°S 423 à 443 ; de la Fornication, N°S 444
ils les attaquent en fantaisie,et font des efforts pour les massacrer: à 460 ;des Adultères, ,de leurs espèces et de leurs degrès, N°S 473
ils se sont présentés à ma vue, comme dragons, se tenant près de à 499; de la Lubricité de la défloration, N°S 501 à 505; de la
femmes chez lesquelles élaient des enfants qu'ils s'efforçaient pour -Lubricité des variétés, N°' 506 à 5tO; de la Lubricité du viol,
ainsi dire de dévorer, selon ce qui est rapporté dans l'Apocalypse~ N°S 511, 5 t 2 ; de la Lubricité de séduire les innocences, N°' 513,
Chap. XII, ce qui n'est autre chose que des représenlations de 514; de l'Imputation de l'un et de l'autre amour, le scortatoire
haine contre le Seigneur et contre sa nouvelle Église. Que dans et le conjugal, N°S 523 à 531. - Toutes ces choses sont entendues
'le Monde les hommes qui veulen t détruire l'Église du Seigneur par ce Précepte dans le Sens Naturel.
soien t semblables à eux, cela ne se manifeste pas devant les personnes 314. Dans le SENS SPIlllTUEL, par commettre adultère il est en­
'présen tes, parce que les corps, par lesquels ils exerl~en t les facultés tendu adultérer les biens de la Parole et en falsifier les vrais : quece
morales, absorbent et cachent ces choses; mais néanmoins devant soitlàaussi ce qui est entendu par commettre adultère, on l'a ignoré
les Anges qui regardent, non pas leurs corps, mais leurs Esprits, jusqu'à présent, parce que jusqu'il présent le Sens spirituel de la
ils apparaissent dans les mêmes formes que ces diables, dont il vient Parole a été caché; que dans la Parole il ne sail pas signifié autre
d'être parlé. Qui aurait pu sav{)ir de telles choses, si le Seigneur chose par commettre soit adultère, soit fornication, soit scortation,
n'eût ouvert la vue à quelqu'un, et ne lui eût donné la faculté de pé­ on le voit clairement par ces p~ssages: « Courez par les rues de
nétrer d:rns le Monde Spirituel? Autrement, ces choses et d'autres, Jérusalem, et cherchez, si vous trouverez un homme qui FASSE
très-dignes d'être connues des hommes, ne seraient-elles pas restées LE JUGEMENT, et qui CHERCHE LA VERITE,. quand je les eus rassa­
éternellemen t cachées? siés, ILS ONT COMMIS SCORTATION.» - Jérém. V. i. 7. - " Dans
les Prophètes de Jérusalem j'ai vu une obstination horrible A
SIXIÈME PRÉCEPTE. COMl\IETTRE ADULTERE ET A MARCHER DANS LE MENSONGE. » - Jé­
rém. XXIII. 14. - " Ils ont agi follement en Israël, ILS ONT
Tu ne commettras point adultère.
COMMIS SCORTATION, ET ILS ONT PRONONCÉ MA PAROLE EN MENTANT. ))
3i3. Dans le SENS NATUREL, par ce Précepte il est entendu non­ - Jérém. XXIX. '23. - « ILS ONT COllIllllS SCORTATlON, parce qu'ùs
seulement ne point commettre adultère, mais aussi ne point vouloir ont abandonné Jéhovah. " - Hos. IV. 10. - « Je retrancherai
408 LA VRA.IE RELIGroN €HRÉTIENNE. ~~9
1
l'dme qui se tourne vers les pythons ~t les devins, POUR COMMET­ crainte de perdre sa "éput,ation et par suite l'honneur, par la crainte
TRE SCORTATlON APRÈS EUX. ') - Lévi\. XX. 6. - Il Il ne faut des maladies qui en proviennent, par la crainte de querelles à la
point traiter alliance avec les Iwbitants de la terre, afin de NE maison avec son épouse, et de perdre ainsi la tranquillité de la vie,
POINT COMMETTRE SCOR·TATION APRÈS LEURS DIEUX.)) - Exod. XXXIV. par la crainte de la ve,ngeance du llIari et de ses alliés, et des mau­
HL 7" Comme Babylone adultère et falsifie la Parole plus que tous ".ah traitements de leurs domestiques; ou par avarice, ou par IJne
les aulres, c'est pour cela qu'elle est appelée LA GRANDE PROSTlTUÉE, faiblesse pro\'enant ou de maladie, ou d'abus, ou d'âge ou d'une au­
~t qu'il est dit d'elle dans)'Apocalypse: Cl Babylone, du vin de la tre cause d'impuissance: bien plus, s'il s'en abstient d'après quel­
colère et de sa Scortation, a ab7'euvé toutes les Nations . .. _ que loi naturelle ou morale, et non en même temps d'après la loi
XIV. 8. - Cl L'Ange me dit: Je te montrerai le jugement de la spirituelle, il est toujours cependant ~dultère et scortateur intérieu""
grande Prostituée) avec laquelle ont commis scortation tous les rement, car il croit néanmoins que l'adultère et la scortation ne
Rois de la terre. .. - XVIl. 1, 2~ - « lIa jugé la grande Pros! sont pas des péchés, et par suite il les, considère dans son esprit
tituée qui a cOl'rompu la te1'1'e par sa scortation.» - XIX. 2. comme non-illicites devant Dieu, et ainsi dans son esprit il les com­
- Et comme la Nation Juive avait falsifié la Parole, c'est pour cela· met, quoiqu'il ne les commelle pas devant le Monde dans le corps;
qu'elle fut appelée par le Seigneur" GEl'\EIlATION ADULTÈRE. » _ c'est pourquoi après la mort, quand il devient esprit, il parle ouver­
Malth. XII. 39 .. XVI. 4. Marc, VIII. 38; - ~t SEMENCE D'ADULTÈRE, ,- tement en leur faveur. En outre, les adultères peuvent être compa­
- Esaïe, LVI. 3 ; - outre beaucoup d'autres passages, où par les rés à ceux qui violent les traités qu'ils ont faits,. puis, aux Satyres
adultères et les scortations sont cnlendues les adultérations et les et aux Priapes, des anciens, qui couraient çà et Iii dans les forêts et
falsifications de la Parole, comme dans Jérém. Ill. 6, 8. XIII. 27_ criaien t: Où son t les jeunes filles, les fiancées et les épouses, avec
Ezéch. XVI. 1~, 16,26,28,29,32.,33. XXIII. 2.3,5, i, H, t4, qui nous puissions nous divertir? Les adultères dans le Monde Spi­
16, O. Bos. V. 3. VI. Hl. Nab. m.1, 3, 4. rit.uel apparaissent aussi en actualité comme des 'Satyres et des Pria­
3i5. Dans le SENS CÈLESTE, par commettre adultère il est entendu peso Ils peuvent encore être coùlparés aux boucs qui sentent mau­
nier la sainteté de la Parole, et la profaner; que cc soit là ce qui vais, et aux chiens qui courent dans les rues, et qui cherchent et
~st entendu dans ce Sens, c'est ce qui résulte du Sens spirituel pré­ fiairenl où sont les chiennes, avec lesquelles ils s'accouplent, et
~édent, qui est adultérer les biens et falsifier les vrais de la Parole. .ainsi du reste. La puissance virile de ces hommes, quand ils de­
Us nient la sainteté de la Parole et ils la profanent, ceux·là qui, viennent maris, peut être comparée à la floraison des Tulipes
dans leur cœur, rient de toules les choses de l'Église et de la reli­ dans la saison du printemps, lesquelles après un mois perdent lenr
gion, car dans III Moude Chrétien toutes les choses de l'Église et de fleur et se flétrissent.
JI! religion viennen t de la Parole.
316. Il Ya différentes causes qui font que l'homme semble chaste
SEPTIÈ)IE PRÉCEPTE.
non-seulement aux autres, mais encore à lui-même, quoiqu'il soit
entièrement non-chaste; car il ignore que la convoitise, quand el\e Tu ne voleras point.
~st dans la volonté, est le fait, et qu'elle ne peut être éloignée que
par le Se,igneur après la pénitence; .s'abstenir de faire ne rend pas 3i 7. Dans le SENS NATUREL, par ce Précepte il est entendu 5~­
l'homme chaste" mais ~'abstenir de vouloir, quand on peut faire, Ion la lettre ne point voler, lM! point piller, et ne point agir en pi­
parce ql,le c'~st un péché, voilà ce qui le rend chaste; par exemple, rate en temps de paix; et en général n'enlever à la dérobée, ni
si quelqu'un s'abstient des Adultères et des Scortations seulement sous aucun prétexte, les biens à qui que ce soit. Ce précepte s'é­
par la crain te de. la loi civile el des peiDe~ qu'elle inflige, par la œnd aussi à toutes les fourberies, aux gains illégitimes, aux usures,

-
if 0 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 4H
et aux exactions; puis aussi anx fraudes dans le paiement des tri­ savoir ce qui est faux et ce qui est vrai; puis, ceux qui par des il­
buts et des impôts, et dans l'acquittement des dettes. Contre ce lusions confirment des faux de religion et séduisent, peuvent être
Précepte prévariquent les Ouvriers qui font leurs travaux sans comparés aux imposteurs et aux impostures de tout genre, et
sincérité et sans fidélité; les Marchands qui trompent sur les comme celles-ci en elles-mêmes sont des Vols dans le Sens spiri­
marchandises, sur le poids, la mesure et les calculs; les ,Officiers tuel. ils peuvent être comparés aux imposteurs qui forgent des
qui dérobent aux soldats la paie; les luges qui, pourraison d'amitié, monnaies fausses, les couvrent d'or ou leur donnent la couleur de
de présent, de parenté, ou par d'autres motifs, jugent en pervertis­ 1'01', et les font passer pour de l'or pur; puis, aussi à ceux qui
sant les lois ou les questions, et privent ainsi les autres des biens .. savent avec adresse tailler et polir des cristaux. et les rendre durs.
qu'ils possèdent avec droit. et qui les vendent pOlir des diamants; et encore à ceux qui con­
3t8. Dans le SHS SPIRITUEL, par voler il est enlendu priver duisent par les villes, sur des chevaux ou des mulets, des singes
les autres des vrais de leur foi, ce qui se fait par des faux et par vêtus en hommes et la face voilée, et qui crien t que ce sont des
des opinions hérétiques: les Prêtres qui remplissent le ministère Jlohles d'une ancienne race. Ils sont semblables aussi il ceux qui
seulement pOUl' le gain ou par ambition des honneurs, et qui en­ mettent des masques couverts de fard sur leurs faces vives et na­
seignent des choses qu'ils voient ou peuveut voir d'après la Parole tives, et en cachent les beautés. Ils sont encore semblables à ceux
n'être point des vrais, sont des voleurs spirituels puisqu'ils en­ qui vantent et vendent comme veines très-précieuses des sélé­
lèvent au peuple les moyens de salut, qui sont les vrais de la foi; nites et du talc qui brillent comme de l'or et de l'argent: Ils peu­
ceux-ci aussi sont appelés voleurs dans la Parole dans ces passages: vent aussi être as~imilés à ceux qui par des pièces de théàtre dé­
« Celui qui n'entre pas par la pm'te dans la bergerie, mais qUI 'tournent du vrai Culle Divin ,et des temples, et attirent vers les
y monte par un autre endroit, est un volew' et un larron; le maiso,ns où ces pièces sont représentées. Ceux qui confirment les
voleur ne vient qùe pour voler, tuer et perdre. » - lean, X" 't, faux de tout genre, n'ayant aucune estime pour les vrais, et qui
fO, - cc Amassez·vous des trésol's, non sur la terre, mais dans remplissent les fonctions du sacerdoce seulement pour le gain et
le Ciel, o,ù les voleurs ne viennent ni ne dérobent. » - Matlh. par ambition des honneurs, et sont ainsi des voleurs spirituels.
VI. t9, 20. - « Si des voleurs viennent chez toi, si des brigands 'peuvent être assimilés Il ces voleurs qui portent des clefs, avec
de nuit, combien serais-tu saccaqé? Ne voleront-ils pas ce quz lesquelles ils peuvent ouvrir les portes de toules les maisons;
leur sera suffisant? » - Obad. vers. 5. - « Dans la ville ils puis aussi aux léopards el aux aigles qui, avec leurs yeux perçants,
se répandront, sur la muraille ils courl'ont, dans la maison ils voient où sont les meilleures proies.
monteront, par les fenêtres ils entreront, comme un voleur. Il ­
Joël, Il. 9, - " Ils ont fait le mensonge, et le voleur est venu, HUITIÈME PRtCEPTE.
et la troupe se répand au dehors. » - Bos. - VII. L
3f9. Dans le SENS CELESTE, par les voleurs sont entendus ceux Tu ne répondras point contre ton prochain en faux témo.in.
qui enlèvent au Seigneur le Divin Pouvoir; puis, ceux qui s'attri­ 321. Dans le SENS NATUREL le plus près de la lettre par ne point
bueut son Mérite et sâ Justice; quoique eeux-ci adorent Dieu. répondre contre le prochain en faux témoin. ou ne point porter
néanmoins il ont confiance non en Lui, mais en eux-mêmes; et ils faux témoignage. il est entendu Ile point agir en faux témoin de­
croient non à Dieu. mais à eux-mêmes.. vant le juge, ou devan t d'autr~s hors du tribunal, contre quelqu'un
320. Ceux qui enseignent des faux et des opinions hérétiques. qui e5t accusé à tort de quelque mal. et ne point l'affirmer par le
et persuadent au vulgaire que' ce sont des vrais et des choses nom de Dieu, ou par une autre chose sainte. ou par soi, et par
orthodoxes, et qui cependan t lisent la Parole et par suite peuvent des choses de, soi qui sont de quelque renommée. Dans un Sens
442 LA Vl\A:IE RELIGION CHRÉTIENNE. 4.t3
naturel plus large par cé précepte sont èntendus les mensonges de 323. Dans le SENS CELESTE, par porter faux témoignage il est en­
tout genre, et les hypocrisies poliliques qui ont un but mauvais; tendu blasph.émer le Seigneur et la rarole, et ainsi chasser de l'É­
il est aussi entendu ne poidt décrier et ne point diffamer le pro­ glise la Vérité elle-même, car le Seigneur est la Vérité elle-même,
-ehain, ce qui détruirait son honneur, son nom et sa réputation. pareillement la Parole. Vice ve1'sd par rendre Témoignage il est
dont 'dépend le ca:ractèl'e de t'out homme, Dans le Sens naturel le entendu dans ce sens prononcer la Vérité, et par le Témoignage la
p1us large sont entendus les embûches, les fourberies et les mau­ Vérité elle-même; c'est de là aussi que le Décalogue est appelé le
vais d'esseins contre quelqu'un, provenant de diverses sources, par Témoignage, - Exod. XXIV. t 6, 2 t. 22. XXX. 7, UL XXXII.
exemple, d'in imirié, de haine, de vengeance, d'envie, de jalousie, 1.5, t6. XL. 20. Lévit. XVI. t3. Nomb. XVII. t9, 22, 21>. - Et
etc, ; car ces maux cachent en eux le témoignage du faux. comme le Seigneur est la Vérité elle-même, il dit de Lui qu'il rend
322. Dans le SENS SPIRITUEL, par porter faux témoignage il Lui-l\fême Témoignage; que le Seigneur soit la Vérité elle-même,
-est entendu pel'suader que le faux de la foi est le vrai de la foi, on le voit dans Jean, XIV. 6, et dans l'Apocalypse, HI. 7; et qu'il
let que la mal de la vie est le bien de la vi e, et réciproquement; rende Lui-Même témoignage et soit son propre témoin, on le voit
1nais faire l'un et l'autre à dessein et non par ignorance, ainsi le daJis Jean, HI. 11. VIII. t3 il 19. XV. 26. XVIII. 37, 38.
,'t'dire après que l'ou sait ce que c'est que le vrai et le hien, et non 324. Ceux qui disent des faux par fourberie ou à dessein, et les
auparavant, car le Seigneur dit: « Si aveugles vous étiez, vous prononcent d'un ton qui simule l'affection spirituelle,' et plus en­
n"aw'iez point de péché; mais maintenant vous dites: Nous core s'ils y entremêlent des vrais tirés de la Parole, que par con­
voyons,. c'est pow' cela que votl'e péché reste. » - Jean, IX. 4t. séquent ils falsifient, avaient été nommés Enchanteurs par les An­
- Ce Faux est entendu dans la Parole par le Mensonge, et le ciens, voù' ApOCALYPSE RÉVELEE, N°S 462; et aussi Pythons eL
Dessein est entendu par la Fourberie, dans ces passages: « No'lp Serpents de l'arbre de la science du bien et du mal. Ces faussaires,
traitons alliance avec la mm't, et avec l'en/el' nous faisons la vi­ ces menteurs et ces fourbes, peuvent être comparés à ceux qui
slÙm,. no'us avons mis dans le mensonge notre confiance, et dans parlent à leurs ennemis avec douceur et amitié, et qui, pendant
·la fausseté nous nous sommes cachés. » - Esaie, xxvm. U. qu'ils parlent, tiennent par derrière un poignard avec lequel ils
,- Un peuple de Rébellion, eux,. des fils mentew's, qui ne veu­ les tuent. Ils peuvent aussi être comparés à ceux qui t.·cmpent
lent point écouter la loi de Jéhovah. " - Esaïe, XXX. 9. ­ leur êpéé dans le poison, et attaquent ainsi leurs ennemis; et à
(1 Depuis le Prophète jusqu'au Prêtre) chacun fait. le mensonge._ ceux qui mêlent tie l'acoRit avec l'eau, et du vellin avec du raisiné
- Jérém. VIII. 10. - ft Les habitants pl'ononcent le mensonge, et des pâtes sucrées. Ils peuvent encore être comparés à de belles
et quant li la langue la fourberie est dans leur bouche. " _ et attrayantes prostituées infectées de maladies contagieuses; à
Michée, VI. 12. - ft Tu perdras ceux qui prononcent le men­ des arbrisseaux épineux qui, approchés des narines, blessent les
songe, l'homme de fourberie est en abomination à Jéhovah. » fibrilles de l'odorat; et à des poissons édulcorés; et aussi à des fu­
- PS, V. 7. - Il Ils ont instruit leur langue à prononcer le miers qui desséchés dans la saison de l'automne, répandent une
mensonge,. ton habitation est au milieu de la fourberie. " _ 'odeur pénétrante. De tels hommes sont désignés dans la Parole par
Jérém'. IX. 4, 5. ~ Comme le mensonge signifie le faux, le Sei­ des léopards, voir l'ApOCALYPSE RÉVÉLÉE, N° 572.
gneur dit que' le Diable prononce le mensonge d'après sbn
ft

pi'op'I'e. " -"- Jean, vm. 44 ; - le mensonge ~îgni'fie' aus.c;j' le f<luX


ilt le langage fllUl' d'ans ces passages-ci, - Jérém. XI. 4. XX.I1I. f'.~,
312. Ézéch. XHI. 115 à 116. XXfI, 24. Bos. VII. L XIt t. N'ab. III. 1.
PS, CXX. ~, 3.
4U LA. VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 4t5
Chapitre depuis le commencement jusqu'à la fin; - les internes, qui
NEUVIKME ET DIXIÈME PRÉCEPTE sont pharisaïques, sont les convoitises pour les choses qu'il est com­
mandé dé ne point faire dans les Préceptes I. lI. V. VI. VII. VlII.
Tu ne' convoiteras point la Maison de ton proc/tain; Tu ne con­ On sait que le Seigneur dans le Monde a enseigné les Internes de
voiteras point l'Épouse de ton prochain, ni son Serviteur, l'Église, et les Internes de l'Église sont de ne pas avoir de convoi­
ni sa Servante, ni son Bœuf, ni son Ane, ni aucune chose qui tise pour les maux, et ainsi il a enseignê que l'homme Interne et
soit à ton prochain. l'homme Externe doivent faire un, et c'est là ètre de nouveau en­
gendré, comme le Seigneur le disait à Nicodème, - Jean, III; - et
325. Ces paroles, dans le Catéchisme qui est' aujourd'hui entre personne ne peut êlre de nouveau engendré, ou êtl'e régénéré,
les mains, ont été distinguées en deux Préceptes; l'Ull, qui fait le par conséquent devenir Interne, à moins que ce ne soit par le
NE(;vIÈ~IE, est: Tu ne convoiteras point la Maison de ton pro­ Seigneur. Pour que ces deux Préceptes aient en vue tous les Pré­
chain; et l'autre, qui fait le DIXIÈME, est: Tu ne convoitras point ceptes qui précèdent, en ce sens, qu'il ne faut pas avoir de con­
l'Épo/lse de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni \'oitise pour les maux qui sont défendus, la Maison est d'abord
son bœuf, ni son dne, ni aucune chose qui soit à ton prochain; nommée, puis l'Épouse, ensuite le serviteur, la servante, le bœuf
ces deux Préceptes faisant une seule chose et étant compris dans un et l'âne, et en dernier lieu tout ce qui est an Prochain; en effet,
seule Verset, Exod. XX. H, et Deutér. V. 18, j'ai cru devoir trai­ la Maison enveloppe tout ce qui suit, car en elle il yale mari,
ter des deux en même temps, non pas cependant que je veuille qu'ils l'épouse, le serviteur, la servante, le bœuf et l'âne; l'épouse qui
spient conjoints en un seul Précepte, mais ils doivent être distin­ est nOIlHl'lée ensuite enveloppe aussi ce qui suit, car elle est la
gués en deux comme il vient d'être montré, puisque ces Préceptes Maîtresse daus la maison, comme le mari est le Maître; le servi­
sont appelés les DIX PAROLES, - Exod. XXXIV. 28. Deutér. IV. t3. teur et la servante sont sous eux; et le bœuf et l'âne sont sons
X.4. ceux-ci; et, en dernier lieu, toutes les choses qui sont au-dessous
326. Ces deux Préceptes ont en vue tous les Préceptes qui pré­ ou en dehors, en ce qu'il s'agit de tout ce qui est an prochain.
cèdent, et ils enseignent et enjoignent Je ne point faire les maux; D'après cela, il est évident que ces deux Préceptes dans le Com­
comme aussi de ne point non pl.us avoir de convoitise POlll' eux; mun et dans le Particulier, dans un sens large et dans un sens
par conséquent ils con,cernent non-seulem.ent J'homme Externe, strict, ont en vue tous les Préceptes précédents.
mais aussi J'homme Interne, car celui qui ne fait point les maux, 327. Dans le SENS SPIRITUEL, par ces Préceptes sont défen­
et cependant désire les faire, les fait néanmoins; en effet, le Sei­ dnes toutes les convoitises qui sont contre l'esprit, ainsi qui sont
gneur dit: l( Si quelqu'un convoite la femme d'un autre, il a contre les spirituels de l'Église, lesquels se réfèrent principalement
déjà commis adultère avec elle dans son cœur. )) - Ma tth. V. 27, à la foi et à la charité, parce que si les convoitises n'étaient pas
28; - et l'homme Externe ne devient Interne, 011 ne fait un avec domptées, la chair abandonnée à sa liberté se précipiterait dans
nomme Interne, que quand les convoitises ont élé éloignées; c'est tout ce qui est illicite, car il est connu d'après Paul, que la chair
aussi ce qu'enseigne le Seigneur, en disant: Il Malheur à vous, convoite contre l'esprit, et l'esprit contre la chair, - Gal. V.
Scribes et pharisiens 1parce que vous nettoyez t extérieur de la i 7 : - et d'après Jacques: « Chacun est tenté par sa propre
coupe et du plat, tandis que lesintérzeurs sont pleins de rapine convoitise, quand il est amorcé; ensuite la convoztise, après
et d'intempérance; Pharisien aveuqle, nettoie premièrement qu'elle a conçu, enfante le péché; et le péché, quand il a étêl
l'intérieur de la coupe et du plat) afin qu'aussi l'extérieur de­ consommé, enfante la mort, » - Épît. 1. 1.4, 15; - puis d'après
vienne net. " - Matth. XXIII, 25, 26, et en outre dans tout ce Pierre: «( Le Seiqneur réserve les injustes pour ~tre punis au
U6 LA. VRA-IE RELIGION CHRÉTIENNE. 4t7
jour du jugement,. principalement ceux qui mm'chent après la 329. Dans huit Préceptes dn Décalogue, le Premier, le Second,
chair dans la convoitise. " - II Épîl. II. 9, fû. - En somme, 'Ie Cinquième, le Sixième, le Septième, le Huitième, le Neuvième
ces deux Préceptes, entendus dans le Sens spirituel, ont en vue et le Dixième, il n'est l'icn dit qui concerne l'amour envers Dieu
toutes les choses qui ont été rapportées précédemment dans le et l'amour :\ l'égard du prochain, car il n'est point dit qu'il faut
SENS SPIR1TU~L, en cela qu'on ne doit point les convoiter: il en aimer Dieu, ni qu'il faut sanctifiel' le Nom de Dieu, ni qu'il faut
est de même pour toutes les choses qui ont été rapportées précé­ aimer le prochain, ni par conséqucnt qu'il faut agir avec lui ::l'lec
demment dans 18 SE~S CÉLESTE: les répéter ici serait superflu, sincérité et droiture; mais il est seulement dit: 11 n'y aura point
328. Les convoitises de la chair, des yeux et des autres sens, d'autre Dieu devant mes fJces; lu ne prendras point le NOITI de
séparées des convoitises, c'est-à-dire, des affections, des désirs et Dieu en vain; tu ne tueras point; lu ne cornmetlras point adul­
des plaisil's de l'esprit, sont absolument semblables aux convoi­ tère; tu ne voleras point; lu ne porteras point de faux ~élllci­
tises des bêtes, aussi en elle-mêmes sont-elles bestiales; mais les. gnage; tu ne convoiteras point ce qui est à tOIl procllain; ainsi, il
affections de l'Esprit sont telles que les affections des Anges, et est dit, en général, qu'il ne faut ni vouloir, ni penser, ni faire le
par suite elles doivent être nommées affections vraiment Hu­ mal contre Dieu, ni conll'e le pl'ochain. Mais si les choses qui con­
maines; autant donc quelqu'un se livre aux convoitises de la chair, cernent directement l'amour et ia charit6 n'ont point élé com­
autant il est bête et animal; mais autant quelqu'un se plait dans • mandées, et s'il a été sculemeut dit que celles qui sont opposées
les désirs de l'esprit, autant il est homme et Ange, Les cenvoilises ne doivent point être faites, (;'est parce que, al:tanl j'Lomme fuit
de la chair peuvent être comparées à des raisins désséchés et grillés les maux comme péchés, autant il l'eut les biens qui appJrticillle'lt
par l'ardeur du soleil, et aux fruits de la vigne sauvage; et les. à l'amour et à la charité. Que la pl'emière cbos~ de l'aiiJour envers
affections de l'Esprit à des raisins succulents et savoureux, et Dieu et de l'amour il l'égard du prochain soit de ne pas faire le
aussi au goût du vin qui en provient. Les convoitises de la chair mal, et que la seconde soit de faire le hien, Cil le verra dJI!s lc Cha­
peuvent être comparées à des étables où sont des ânes, des boucs pitre sur LA CrU1UTE. Il y a deux amours opposés l'lin il l'aull'c,
et des pourceaux, et les affections de l'esprit à des écuries où sont l'amour de youloir et cie fail'e le ])Ien, et l'amoul' de vouloil' et ùe
de vigoureux chevaux, et aussi à des bergeries ail sont des brebis faire le mal, celui-ci est l'amOllI' ieferll:Ji, el celui-I:l est l'amour
et des agneaux; elles diffèrent aussi comme l'âne et le cheval, céleste, cal' toull'Enfer est dans l'amoul' de faire le mal, et tout le
comme le bouc et la brebis, et comme le pourceau et l'agneau; en Ciel est dans l'amour de faire le iJien : al', comme l'homme cst né
général, comme la scorie et l'or, comme la chaux et l'argent, dans les maux de tout genre,! que pal' conséquent par naissance il
comme le corail et le .rubis, etc. La convoitise et le fait sont co­ incline vers les choses qui sonl de l'Enfer, et camille il'ne peut
hérents comme le sang et la chair, comme la flamme et l'huile, venir dans le Ciel, à moins ([u'il ne naisse de nouvcau, c'esl-ù-dire,
car la convoitise est dans (e fait, comme l'air dans le poumon à moins qu'il ne soit r~'généré, il est nécessail'e que d'abol'd les
quand on respire et quand on parle, comme le vent dans la voile maux qui sont de l'EnfeI~ soient éloignés, avant qu'il puisse vou­
quand on navigue, et comme l'eau dans la roue quand la machine loir les biens qui sont ciu Ciel; car qui est-ce qui peut être adopté
est en mouvement et en action. pal' le Seigneur, avant d'avoir été séparé d'avec le Diable? Quant à
la manière dont les maux sont éloignés, et dont l'homme est
Les Dzx Préceptes du Décalogue contiennent tout ce qui appar­ porté à faire les biens, elle sera exposée dans deux Chapitres, l'un
"tient à l'amour' envers Dieu, et tout ce qui appartient cl l'a­ sur I.A PENITENCE, et l'autre SUI' LA RÉFOR~IATION ET LA REGÉNERA­
mour cl l'éqard du prochain. TION. Que les ma'ux doivent d'abord êrre éloignés, avant que les
biens, que J'homme fait, deviennent des biens devant Dieu, c'est ce
L .. n
4i8 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 419
que le Seigneul' enseigne dans Esaïe: « Lavez-vous, purifiez-vous,: 'est pourquoi alitant est éloigné l'Enfer, c'est-à-dire, le mal, au­
éloignez la malice de vos œuvres de devant mes yeux,. apprenez tant est approché le Ciel, et l'homme regal'de le bien; qu'il en soit
à faire le bien; alors quand Vos péchés seraient comme l'écar­ ainsi, on le voit clairement par les huit préceptes du Décalogue
late, comme la neige ils deviendront blancs; quand ils seraient considérés de la manière suivante: l. Autant quelqu'un n'adore
'?'ouqe comme la pow'Pre, comme la laine ils seront. Il - I. 16, point d'autres dieux, alitant il adore le vrai Dien. II. Autant quel­
fi, 18. - Sembl:lble fi ce passage est celLJi~ci dans Jérémie: qu'nri ne pl'end point le Nom de Dieu en vain, autant il aime
«( Tiens-toi ci la pm'te de la Maison de Jéhovah; et la, p1'oclame les choses qui sont de Dieu. III. Autant quelqu'un ne veul point
cette pm'ole: Ainsi a dit Jéhovah Sébaoth, le Dieu if Israël: tnel" ni agit' par haine et \'engeance, aulant il veut du bien au
Rende:. bonnes vos voies et vos œuvres; ne vous confiez point Prochain. TV. Autant quelfju'un ne veut point commettre adul­
Il,7: paroles (~U menson(Je, el/. disctnt : Le Temple de Jéhovah, le tère, autant il veut viYl'e c1Jastement avec son épouse, V. Autant
Temple de Jé/Wb:ah, le TP.Jnple de Jéhovah, ici, (c'est-il-dire, l'É­ quelqu'un ne vent point voler, autant il se plaît dans la sincérité.
glise) ; est-ce en va/ant , en tuant, m commettant adultère, et en VL Autant quelqu'nn ne veut point porter de faux témoignages,
jurant /flltSscment, ÇIZ/ emuite vous viendrez, et vous vous tiendrez :lutant il veu~ penser et dire des \Tais. VII. et VIII. Autant quel­
devant .lloi, drlltscettc .'!fa,:~(Jn, SUi' laquelle estnommé mon Nom, et • .qu'un ne convoite point les choses qui sont au prochain, autant il
vous dl',oe::. : lVous avons étédl!)vrés ; tandIS que VOitS faites toutes ces \Ieut arec les siennes faire du bien au prochain. D'après cela il est.
abominations? Est-ce qUfcflocr:tedevoleul's estdeve,lIte cet te Mai­ évident que les préceptes du Décalogue contiennent toutes les
son? oui, Moi-Même, vo::ci, je ['(;;i vu, parole de Jéhovah. Il _ choses qui appartiennent ;] l'amour envers Dieu et il l'amour à l'é­
VU, '2, 3, 4, 9,10, '1 f. - Qu'avant d'ètre lavé ou purifié des maux,
gard du prochain; c'est pourquoi Paul dit: (1 Celui qUi: aime les
les prières il Dieu ne soienL" [Jas entendu~s, ceÎa est aussi enseigné
-élUtl'eS a accom!Jli la loi, cal' ceci: Tu ne coinmettms point
dans Esaïe: c( Jéhovah dit: Afalheur à la nation pécheresse, au
adultère; tu ne tueras point; tu ne voleras point; tu ne diras
lJl!Il]Jle chargé d'iniquité, qui $, ~ sont retournés en an'iè7'e; c'est
jJoùzt de taux témoignage; tu ne convoiteras ]Joint; et s'il y a
pourquoi, quand vous étendez t'OS mains, je cache mes yeux de
quelque aub'e commandement, se l'ésume dans cette parole:
vous; si même vous mult~1)liez la 1 ')1'ièl'e, Moi je n'écoute point. JI
Tu aimeras ton pmc/will comme toi-même, La Charité ne fait
-f. 4, 10.-Que l'amour et la chal'il'é sllivent chez celui qui fait les point de mal au prochain; La plénitudl: de la Loi est dOllc la
préceptes dn Décalogue, en fuyant le~ ~ maux, on le l'oit par ces pa­ Charité.') - H.om. XJII. 8,9, {O. - A cela il faut ajouter deux
roles dll, Seigneur dans Jean: «( J ésu~' dit: Celui qui a mes pré­qui serviront à la Nouvelle Église: 1. Que personne ne peut
Règles
ceptes ct les fait, c'est celui-là qui 1If'r:. 'ùne; or, celui qui 1I1'ai­ 'uit' les maux comme péchés, ni faire par soi··même des biens qui
me sera ainu! de mon Pùe, ft Moi je l'aimerai, et je Me mani­ soient des biens devant Dieux; mais qu'autant quelqu'un fuit les
festm'ai il Illi Moi-iUème, et demew'e chez lui nous /el'ons. » _ maux comme péchés, autant il fait les biens, non pal' soi-même,
XIV. 21, 23 : 1:- l~, par les Préceptes SOi lt spécialement enten­ mais d'après le Seigneur. II. Que l'homme doit fuir les maux
dus les p"écepres du Décalogue, qui sont, t,lu'il ne faut ni faire -comme péchés, et comballre contl'e eux comme par soi-même, et
les mallX, ni avoir de convoitise pOlir eux, et qu'ainsi l'amour de que si quelqu'un fuit les maux par toute autre cause que parce
l'homme envers Dieu,. et l'amour de Dieu :\ l'étiard ,de l'homtIllJ; qn'ils sont des péchél\, il ne les fuit point, mais il fait seulement
suivent, comme faille bien après que iemal a été él'oigné. .qu'ils n'apparaissent pa~ devant le Monde.
330. Il a été dit qne,' aut:jot l'homme' fuit les n.1aux, autant il; , 331. Si le mal et le bien ne peuvent être ensemble, .et si aut~nt
veut les biens; cela vient de ce que les maux et le.." biens sont' ~,t élo"igné'le ~al, aut'!Pt est vu et senti le bien, c'est parcequ~,
opposés, car les maux sont de l'Enfer, et les biens St. 'nt dn Ciel. dans le Monde spirituel, de chacun est exhalée la sphère de son
~20 LA VRAIE
RELIGION CHRETIENNE. 4.2l
amoul', qui se répand et affecte tout à l'entolH, et fait les sympa­
'\'iennent de Moi, ton vouloir et ton pouvoir viennent de Moi, sers­
thies et les antipathies; par ces sphères sont séparés les bons d'a­
toi donc de mes dons et de mes présents cQmme de choses qui se­
vec les méchants. Que le mal doive être éloigné, avant que le bien
raient à toi, et tu seras purifié, " et ainsi du resle. Que l'homme
soit connu, l)erçu et aimé, c'est ce qui peut être camparé avec
Extel'lle doive être nettoyé, mais par l'homme Interne, le Seigneur
plusieurs choses dans le Monde Naturel; pat' exemple: Un homme
l'enseigne dans Matthieu, Chap. XXIII, depuis le commencement
ne peut pas en aller voil' un autre qui gade dans sa chambre un
.jusqu'à la fin.
léopard et une pan Ibère, avec lesquels il habite sans crainte parce .. .. .. .. ..

qu'il leur donne il manger, à moins que celui-ci n'ait d'abord éloi­
332. A ce qui précède seront ajovtés QUATRE l\JEMORABLES:
gné ce~ bêles féroces. Quel est l'homme qui, invité à la table d'un
PRF.~IlEn l\fË~IORA[lLE. Un jour, j'entendis de grands cl'Ïs qui sem­
Roi et d'nne Reine, ne lave d'abord son visage et ses mains, avant
blaient venir des enfers à travers les eaux; l'lin à gauche: 0
de s'y rendre? et quel est celui qui enlre dans la chambre IlUp­
QU'ILS S01\T JUSTES! l'autre à dl'oite: 0 QU)ILS SONT ÉnuolTs! et
-tiale avec sa fiancée, après la cérémonie du mariage, silns avoir
un troisième par derrière: 0 QU' 1LS SONT SAGES! et comme il Ille
pris un bain, et S:lllS' avoir mis lin habit de noce? Quel est celui
vint à la pensée, si dans l'Enfer il y avait aussi des Justes, des Éru··
'qui ne p'Hine pas par le fcu les minerais, et n'en,sépare pas les
dits et des Sages, je fus affecté du déi:ir de voil' s'il y en avait
scories, avaut d'en obtenir l'or et l'argent [Jurs? Qui est-ce qui ne
réellement; et il me fut dit du Ciel: Tu verras et lu entendras; et
sépare p;JS de son fl'oment l'ivraie, avant de le mettre en gl'ange ?
je sortis de la maison en esprit, et je vis devant moi une Ouver­
et qui esl-ce qui ne bal pas l'orge au fléau pour en séparel' les
ture ; j'en appl'ochai, et je regardai; et voici, lin escalier par lequel
crêtes, avanl de la renll'er dans sa maison? Qui est-ce qui n'écume
j,e descendis; et quand je fus en bas, je vis,des piailles, couvertes
pas la viande crue mi~e au pot, avant qu'elle devienne mangeable,
d'arbustes entremêlées d'épines et d'orties; el je demandai si c'é­
et qu'elle soit "pportée sur la table? Qui est-ce (lui ne secoue pas
tait là l'Enfer; on me dit: C'est la Terre inférieure, qui est immé­
dans son jardin les insectes de dessus les feuilles des arbl'es, afin
diatemenl au-dessus de l'Enfer; et alol's je m'avançai selon les Cris
que les feuilles ne,soient dévorées, et qu'ainsi le fl'llit ne se perde?
en suivant l'ordre; vers le premier Cri:, 0 QU'ILS SONT JUSTES!
Qui est-ce qui ne l'oit pas avec répugnance des ordures dans les
et je vis une Assemblée de ceux qui dans le Monde avaient été des
maisons et dans les veslibules, et ne les nettoie pas, surtout qnand
Juges d'amitié et de présents; ensuite vers le second Cri: 0
on attend un prince, Oll là tille d'un prince comme fiancée? Qui ~
QU'II.S SO"'T ÉRUOI1'S ! et je Yis une Assemblée de ceux qui dans
est-ce qui aime et reeherche en mal'iage une jeune tille qu'il sait in­
le Monde avaient été des Raisonneurs; et enfin vers le troisième
fectée de maladies malignes, ou COllvel'le de pustules et de val'Ïces,
Cri: 0 QU'ILS SOXT SAGES! et je vis une Assemblée de ceux qui
quoiqu'clic fardc son visage, qu'elle soit richement vétue, et qu'elle
dans le Monde avaient été des Confirmaleurs; mais de ceux-ci je
s'applique aux séductions de l'amour par de douces paroles? Que
revins vers la première Assemblée où étaienl les Juges d'amitié et
l'homme doive lui-même se purifier des maux, et n'attendre point
de présents, qu'on proclamait Justes: et je vis sur le côlé une
que le Seigneur l'en purifie immédiate'ment, cela est évident; ali­
sorte d'ampithéàlre conslruit de briques el couvert de tuiles
trement, il serait cOillme un serviteur qui, s'approchant de son
noires, et il me fut ~it que c'élait là lenr TRlIlUNAL; on y arrivait
maître avec le visage et les habits couverts de suie et de boue, lui
par trois entrées du côté seplentrional, et trois du côté occiden­
dirait: (( Maître) lave-moi? " Son maître ne lUI dirait-il pas: «( Stu­
tal, et il n'yen avait point du côté méridional ni du côlé oriental,
pide serviteur, que dis-tu? Voici, là, de l'eau, du savon et un linge,
indice que leurs Jugements n'étaient pas des Jugements de justice,
u'as-tu pas des mains, et le pouvoir de t'en sel'vir? lave-toi toi­
mais étaient arbitraires. Au milieu de l'Amphithéâtre je vis un foyer~
même. » - Et le Seil>neur Dieu dirait: « Les moyens de purification
.où des serviteurs chargés de ce soin jetaient des torches sulfureuses

IL ._ ~ . '
422 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 423
et biLUm ineuses, dont les lueurs en vibrant sur les mUl'ailles re­ s'il est de nouveau queslion de cela, ils l'euveloppent de raisonne­
crépies présentaient des images peintes d'oiseaux de soir et de nuit; ments, comme l'arai\!)uée enveloppe de fils sa proie, et ils l'anéan­
mais ce foyer, et par suite les vibrations de la lumière dansle s tissent; de là dent que s'ils n~ suivent pas la toile de leur préven­
formes de ces images, étaient des représentations de leurs Juge­ lion, ils ne voient l'Îen du droit; il a été examiné s'ils pouvaient
ment!', en ce qu'ils pouvaient farder le fond de toute question, et en voir quelque chose, et il a été trouvé qu'ils ne peuYen t pas i
le revêtir de formes selon la faveur. Une demi-heure après je vis les habitants de ton Monde seront étonnés qu'il en soit ainsi, mais
entrer, en robes loogues et en manteaux, des Vieillards et des Jeu­ dis-leur que c'est là une vél'ité reconnue incontestable par les An­
nes-gens, qui, après avoir ôté leurs toques se placèrent sur des ges du Ciel. Comme ceux-là ne voienlrien de iuste, nous les con­
Siéges pl'ès des TaLles pour rendre des jugements; et j'écoutai, et sidérons dans le Ciel, non comme des hommes, mais comme de
je perçus avec quelle adresse et quelle sagacité, en vue de l'anlitié, monstrueuses images d'homme, dont les têtes constituent les
jls faisaient pencher et Lourner les jugemenls en des app<!rences de choses qui sont d'amitié, les poitrines celles qui sont d'injustice,
justice, el cela au point qu'eux-mêmes voyaient l'in jusle non au­ les mains et les pieds celles qui sont de confirmations, et les plan­
tremenl qlle comme juste, et vice verset le juste non autrement tes celles qui sont de juslice, lesquelles ils renversent cL foulent
que comme injuste; les persuasions sur le juste et l'injuste se aux pieds, si elles ne sont pas favorables à l'ami. Mais quels ils
montraient telles d'après leurs visages, et étaient enlendues lelles sont, considérés en eux-mêmes, tu '·as le voir, car leur fin est
d'après les sons de leur langage; alors il me fut donné du Ciel une proche. Et voici, aussitôt le sol s'entr'ouvrit et les tables tombè­
illustration, pal' laquelle je perçus si chacune des choses était, con­ rent sur les tables, et ils furent engloutis avec tout l'Amphilhéâ­
forme ou non conforme au droit; et je vis avec quelle adresse ils. tre, et jetés dans des cavernes, et incarcérés; et alors il me fut
voilaient j'injusle, et ·lui donnaient J'apparence du juste, et avec dit: Veux-tu les voir là? Et voici; ils furent vus quant à la face
quelle habileté ils choisissaient I)armi les lois celle qui était favo­ comme d'aciel' poli, quant au corps depuis le cou jusqu'aux lombe~
rable pour y rallacher le fond de la question, et mettaient de côté comme des statues vêlues de peaux de léopard, et quant aux pieds
par d'adroits raisonnement\> toutes les autres. Après les jugelnents, conllne des couleuvres: et je vis les Livres de leur Loi, qu'ils
les Sentences étaient pOJ'tl'es allx clients, aux amis et aux parli-· avaient placés SUl' les Tables, changés en Cartes à jouet' ; et alors,
sans, ceux-ci pour les récompenser de Ielll' faveur, criaien l tout au lieu de juger, il leur fut donné ponr emploi de préparer du ,·er­
le long du chemin: 0 QU'ILS SOi\T Jt;STES! 0 QU'ILS SONT JUSTES! millon en fard, pour mellre sur le visa\!)e des prostituées et les
Après cela, je varIai d'eux avec les An~es du Ciel, et je leur l'a­ changer ainsi en beaulés. Après que j'eus vu ces choses, je voulus
contai en partie ce que j'avais vu et entendu; et les Anges me di­ aller vers les deux aulres Assemblées, 11Ù dans l'une élaient de
rent: De tels juges semblent aux autres avoir un entendement purs Raisonneurs, et dans l'autre de purs Confirmateurs, mais il
d'une pénétl'ation ll'ès-sublile, lorsque cependant ils ne voient pas me fut dit: Repose-toi un peu; des Anges de la Société la plus
la moindre chose du juste Cl de l'équitable; si tu ôtes l'amitié pour près au-dessus d'eux te seront donnés pour compagnons; par eux
l'une des parties, ils siégenl dans les jugemenls comme des sta­ le Seigneur le donnera la lumière, et lU verras des choses sur-
tues, et disent seulement: J'acquiesce, je me range à l'opinion d
prenantes.
celui-ci ou de celui-là; et cela, parce que tous leurs jugements sont 333. SECOliD l\IÈMOIlABLE. Peu de temps après, j'enlendis de
établis sur des préventions, et que la prévention joinle à la faveuI' nouveau de la Terre inférieure ces exclamations qui s'étaieul déjà
suit la cause depuis le commencement jusqu'à la fin; ainsi ils ne fait enlendre: 0 QU'ILS SONT ÉRUDITS! 0 QU'ILS SO~T ÉRUDITS!
voient que ce qui est faVOl':lble à l':l.mi ; quant à totit ce qui lui est et je regardai de tous côtés pour voir quelles personnes étaient
eontraire; ils clignent les yeux el regardent du coin de l'œil, et. près de moi; et voici, c'étaient des Anges qui, dans le Ciel, étaient
424 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 425
immédiatement au-dessus de ceux pour lesquels on criait: 0 le Monde naturel, il y a_~n_ très-graJld nombre de Nalu_ralistes, et
QU'ILS SONT ItRuDlTs! Je m'entretins avec eux sur ce cri', et ils que ceux-ci enlre eux et avec les autres, quand ils parlent de Re­
me dit'ent : Ces Érudits sont de ceux qui en raisonnaut cherchent ligion, mellent cela en discussion, et que celte proposition et cette
seulemen t s, LA CHOSE EST, OU N'EST PAS, et qui pensent rare­ discussion se terminent raremenl dans l'affirmalif de la foi, qu'il y
ment QU'ELLE EST DE TELLE MANIÈRE; aussi sont-ils comme des ) a un Dieu; el ceux-ci dans la suite se consocienl de pllls en plus
vents qui soufflent et passent; et comme des écorces autour d'ar­ l avec des méchants, cela arrive, parce que personne ne peut
bres qui n'ont point de moelle; et comme des coquilles autour d'a­ faire aucun bip,n d'après J'amour du bien, sinon d'après Dieu. Je
m!1ndes sans noyau; ou comme la superticie de fruits sans chair; fus ensuile conduit vers l'assemblée; el voici, ils m'apparurent
car leurs Menlals sont sans jugement intérieur, et ne sont unis comme des hommes d'assez bonne mine et décemmenl vêtus; et
qu'aux Sens du corps; c'est pourquoi, si les sens mêmes ne jugent l' { les Anges dirent: Ils apparaissent tels dans leur propre lUmière,
point, ils ne peuvent rien conclure; en un mot, ils sont purement mais quand la IUJllÏère influe du Cie!, les faces changent et les vê­
sensuels, et nous les appelons RAlsoNNEuns; ils sont appelés Rai­ 2 - ~ tements aussi; c'esl ce qui arriva, et alors ils apparurent, avec des
) sonneurs, parce .qu'ils ne concluen~ jamais r~en, mais s'emparent (faces livides, couverts de sacs noirs; mais celle lumière ayant été
de tout ce qu'Ils entendent, et dIscutent, SI la chose est, en COD­ retirée, ils furent vus comme anparavantyeu après je parlai à
tredisant continuellemeut !iils n"aiment "ien plus qu'à attaqner les l
qttelques-uns de l'assemblée et je dis:
,
J'al enlendu la foule qui
vél'ilés, et ainsi à les mettre en pièces en les soum~nt à des dé­ 1 vous entoure crier: 0 qu'iLs sont Erudits! qu'il me soil donc

bats; ce sont eux qui se croient dans le Monde plus Érudit:; que 1 permis de disconrir avec \"ous sur des sujets qui sont de la plus

tous les autres. Après a\'oi., reçu ces informations, je priai les , profonde Êrudition ; et ils répondirent: Dis ce qu'il lc plaira et

Anges de me conduire vers eux; et ils me conduisirent à une Ca­ nous te satisfcrons; et je posai cettc question: Quelle doit être
vité, d'Ol! des de grès menaient vers la terre inférieure, et nous ) la Religion pal' laquelle l'homme est s_~é? et jls dirent: Nous
descendimes, et nous suivîmes le Cri: 0 QU'ILS SONT ÉRVDITS! 1 diviserons la question en plusieurs autres, cl avant d'a\'oir conclu
et voici, ils étaient CJuelques centaines qui se tenaient debout dans sur celles-ci, nOlis ne pouyons donner de réponse; il faut d'abord
un même licu en frappant la Icrre ; étonné de cela, je demandai mellre en discussion, i 0 si une Religion cst quelque chose? 2° s'il
pourquoi ils se tenaient ainsi debout et frappaient des pieds la ya salvatioll ou non? 3° s'il ya une Hcligion qui soit plus efficace
terre, et j'ajoutai: Ils peuvent ainsi avec les pieds faire une exca­ qu'uue autre? 40 s'il y a un Ciel et un Enfer? 5° s'il y a une vie éter­
"ation dans le sol. A ces mots, les Anges sourirent, et ils dirent: Ils nelle après la mort? outre beaucoup d'aulres points. Et je deman­
apparaissent se tenil' ainsi debout, parce que, sur n'importe quel dai qu'ils traitassent le Premier point: Si une Religion est quelque
sujet, ils ne pensent nullement que ceLa est ainsi, mai~ ils se de­ chose? et ils se mirent ~ discuter ce point pal' Ul)e foule d'argu­
mandent ~eulement si ceLa est ainsi, et ils dü,cutent ;et quand la ments; et je les priai d'cn référer à l'Assemblée, et ils le firent,
pensée ne \a pas plus loin, ils apparaissent seulement fOlller et et la réponse com-!!l!Lne fut, que celte Proposition exigeait de si
piler avec les pieds une motte de terre, èt ne pas-avancer. Et les nombreuses recherches, qu'elle ne pourrait pas êlre résolue dans
Anges ajoutèrent: Ceux qui viennentou Monde naturel-dans Celui­ • la soirée; mais, demandai-je, pourrail-elle l'ètre en nn an? et Ij!n
ci, et apprennent qu'ils sont dans un autre l\fonde, se réunissent d'eux me dil qu'elle ne pourrait l'êlre en cent ans; et je dis: En
dans plusieurs endroits en Assemblées, et cherchent où est le attendant vous êtes 5:1nS religion, et comme la salvation en dé­
Ciel et où est l'Enfer, et aussi où est Dieu; mais après en avoir été pend, "ous êles sans idée, sans foi et sans espérance de salvation;
instruits, ils se mettent néanmoins à raisonner, à discuter et à dé­ et il répondit: Ne doit-il pas d'abord être démontré s'il y a une
battre, S'IL y A UN DIEU; ils font cela, parce qu'aujourd'hui, danS Religion, et ce que c'est que celte Religion, et si c'est quelque
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426 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 427"
chose? s'il y en :,l une, elle sera aussi pour les sages; s'il n'yen ai hommes; et je dis: Ce sont donc des bêtes? Il répondit: Ce ne
point, ce qui est appelé religion sera seulement pour le vulgaire; sont pas des bêtes, mais ce sont des bête,,·hommes, car ils sont
on saH que la Religion est nommée Lien; mais on demande pour lels, qu'ils ne peuvent nullement voir si le vrai est vrai ou non,
qui est ce lien; si c'est seulement pour le vulgaire, elle n'est pas, et cependant ils peuvent faire qlle tout ce qu'ils veulent apparaisse
en elle-même lluelque chose; si c'est aussi pour les sages, elle est comme vrai; ceux-là chez nous sont appelés CONFIR)IATF.URS. Et
quelq 1le chose. Après avoir entendu celle rtponse, je dis: Vous nous suivîmes le Cri, et llOUS arrivâmes à l'endroit; et voici, une
(n'êtes rien moins que des Érudits, car vous ne pouvez que penser, Assemblée d'Hommes, et autour de l'Assemblée une foule, et dans
si une chose est, ou n'est pas, et )'examiuer dans l'un et l'autre la foule quelques personnes de distinction, qui, ayant entendu
sens; qui est-ce qui peut être Érudit, à moins de savaiI' quelque qu'ils confirmaientlollt ce qu'ils disaient, et que, par un acquies-
,-=, ~hose avec certitude, et d'avancer dans celte chose, comme un cement si manifeste, ils leur étaient favorables, se retournèrent et
ho~me ayance de pas en pas et successivement dans la sagesse? rlirent: 0 QU'ILS SONT SAGES! Mais l'Ange me dit; N'allons pas
au"tramen"[\'0 us ne touchez pas même du doigt les vérités, mais ,auprès d'eux, mais appelons-en un de l'Assemblée; et nous en
vous les éloignez de plus en pllls de la vue; raisonner seulement appelâmes un, et nous nous retir~il11es avec lui il l'écart, et nOllS
si une chose est ou n'esl pas, c'est donc l'aisonner slIr unbonnet / parlâmes de diverses choses; et il_corifll'mait toutes ces_ ch9~es, au
y sans jamais le meUre sur sa tête, ou sur un soulier sans le chaus" point qu'elles apparaissaIent absolument comme vroies; et nous lui
sel'; que s'ensuit-il, sinon que VOLIS ne savez pas si quoi que ce '2 demandâmes s'il pouvait aussi confirmer les choses contraires; il
soit existe réellcment, ou si tout n'est pas idéal; ainsi, s'il y a une dit qu'il le pouvélit au~si bien que pour les pl'écédelltes ; alors il dit
salvatioll, s'il y li une vie éternelle après la mort, si une Religion ouvertement et du fond cœur: Qu'est-ce que le Vl'ai? Est-ce que
vaut mieux qu'une autre, s'il y a un Ciel et un Enfer; vous ne dans la nature des choses il y a d'aulre vrai qlle ce Jiue J'hQ.!!~!pe <_
pouvez rien penser sur ces sujets, tant que VOJIS VOliS arrêtez au f1!it_vrJli? dis tout ce qll'il te plaira, et je ferai que cela soit vrai;
G premier p!!.s, et que vous y battez le sable, sans porter UII pied et je dis: Fais Vrai ceci, que la Foi est le tout de l'Église; et il le
devant l'autre et sans aranc.el'. Frenez garde que vos i\lentals, tan- fit avec tallt d'adresse e't d'!labjleté, que les Érudits qui se tenaieat
dis qu'ils se tiennent ainsi en _deho.:..s~ jllgemept, s'endurcis- alentour furent dans l'admiration et applaudirent: puis je lui de-
sent intérieurement, et ne deviennent des statues de sel. Apr{)s mandai de faire vrai, qlle la Charité est le tout de l'Église; et il le
\ avoir ainsi parlé, je m'en allai; et eux, dans leur indignation, je- fit; et ensuite, que )a Charité n'appartient en rien il l'tglise ; et il
tèrent des pienes après moi; et alors ils m'apparurent comme des enveloppa l'une et l'~llltre proposition et les orna d'apparences,
images taillées, dans lesql!elles il n'y a pas une étincelle de raison de sorle que les assistants se regardaient entre eux, et disaient :
hU,maine, Et je questionl ;li les Anges sur le sort de ces esprits; et Celui-ci n'est-il pas UD Sage? Etjedis, Nesais-lupasqnebien vivre
ils me dirent qué les plus abjects d'entre eux sont précipités dans c'est la Charité, et que bien croire c'estia Foi? Ne vois·tu pas que
le profond, et 1:\ daos un désert, el sont réduits à porter des far- 1 cela est vrai? II répondit: Je ferai cela vrai, et je verrai; et il le ~t,
deaux, et alors comme ils ne peuvent rien dire de conforme à la et il dit: l,:aintenant je vgis; mais peu alJl'ès il fit que le contra.!!e
raison, ils babillent et parlent de choses frivoles, et là de loin ils. était vrai, ct alors il dit: Je vois aussi que cela est vrai: il ces
apparaissent comme des ânes portant leurs charges. mots, nous sCllrîmes et nous dîmes: Ne sont-ce pas-là des con- .
334 TROISIÈME MÉMORABLE. Ensuite un des Anges me dit: ) traires? commeut deux contraires peuvent-ils être vus vrais? A
Suis-moi vers le lieu où l'on crie: 0 QU'ILS SOt\T SAGES! et il dit: ) cela il répondit tout indigné: Vous êtes dans l'erreur, l'un~t
Tu venas des prodiges d'hommes; tu verras des faces et des ( l'autre es.t~ai, puisqu'il n'y a de vrai que ce que l'homme fait vr~i. ~
corps, qui sont d'homme, et cependant ce ne sont point des Près de là se tenait quelqu'un, qui dans le Monde avait été Ambas·
4.28 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 429·
sadeur de première classe, il fut étonné de ce qu'il venait d'en­ blanches en dedans? puis repousse les ailes et les plumes, et exa­
tendre, et il dit: Je reconnais qu'il y a quelque. chose de semblable mine le Corbeau par la peau, n'est-il pas blanc? qu'est-ce que le
dans Je Monde, mais néanmoins tu déraisonnes; fais, si tu peux, noir qui l'environne, sinon un ombr'e d'après laquelle il ne faut
qu'il soit vrai qlle la Lumière est l'Obscurité, et que l'Obscurité est pas juger de la couleur du Corbeau? Que le noir ne soit que
la Lumière; et il l'épondit: Je le fer:ll facilement; qu'est-ce que la l'ombre, consulte ceux qui possèdent l;l Science de l'optique, et ils
Lumière et l'Obscurité, sinon un État de l'OEil? Est-ce que la lu­ . te le diront; ou bien, pulvérise une pierre noire, ou du verre noir,
mière n'est pas changée en ombre, lorsque l'œil vient d'être expo~é et tu verras que la poudre en est blanche? Mais, réponditl'Alll­
aux rayons du soleil, comme aussi lorsqu'on regarde fixemenlle bassadeur, est-ce que le COl'beau n'apparaît pas noir (levant la
soleil? Qu i ne sait qu'alors l'état de l'œil est changé, et que par suite vue? Quoi! répliqua ce Confirmateur, tu veux, toi qiJi es un
la lumière apparaît cOlllme ombl'e, et que vice versâ, quand l'état homme, penser quelque chose d'après l'apparence! tu peux dire,
de l'œil revient, cette ombre apparaît comme lumière? Le Hibou il est vrai, d'après l'apparence, (lue le Corbeau est noil', mais lu ne
ne voit-il l)as l'obscurité de la nuit comme une lumière de jour, peux le penser; ainsi, par exemple, tu peux dire, d'après l'appa­
et la lumière du jour comme une obscurité de nuit, et alors le so­ renc~, que le soleil se lève et se couche, mais conlme tu es un
leil lui-même comme un glohe tout à fail opaque et sombre? Si homme, tu ne peux pas le penser, parce que le Soleil l'este immo­
un homme avait les yeux comme le hibou, qu'appellerait-il lu­ bile, et que la Tene tourne; il eu est de même du Corbeau; une ap.
mière, et ql\'appellerait-il obscurité? alors qu'est-ce que la Lu­ parence est une apparence; dis tout ce que tu voudras, le corbeau
mière, sinon un état de l'œil? el si c'est seulement un état de l'œil, est tout entier blanc; il blauchit aussi quand il devient vieux,
la Lumière n'est-elle pas l'Obscurité, et l'Obscul'ité la Lumièrr.? c'est ce que j'ai vu: après ces pal'oles, les assistants tournèrent leurs
donc l'un est vrai et l'aulre est Hai. Mais comme celte confirma­ regards vers moi; c'est pourquoi je dis: Il est vl'ai (lue le~ ailes et
tion jetait dans l'embarras quelques assistants, je dis: J'ai remar­ les plumes du Corbeau tirent à l'intél'ieur sur le blanc, et pareille­
qué que ce confirmateur ne sait pas qu'il y a une Lumière vraie et ment sa peau, mais cela existe non-seulement cl:ez les corbeaux,
une Lumière chimérique (lux fatua) , et que ces lIeux Lumières mais aussi chez tous les oiseaux dans l'Univers; et tout homme
apparaissent comme des lumières, mais que néanmoins la Lumière distingue les oiseaux d'après l'apparence de leur couleur; si l'on
chimerique n'est point en elle·même une Lumière, el n'est qu'obs­ n'agissait pas ainsi, nous dirions de tout. oiseau qu'il est blanc, ce
curité respectivement à la Lumière vraie; le Hibou est dans la Lu­ qui serait absurde et vain. Après cela, l'Ambassadeur lui demanda:
miére chimérique, car c'est au dedans de ses yeux la cupidité de Peux-tu faire vl'ai ceci, que tn es fou? et il dit: .Te le pourrais,
poursuivre et de dévorer des oiseaux; et cette. Lumière fait que ses mais je ne le veux pas; qui est-ce qui n'est pas fau? Ensuite on
yeux voient pendant la nuit, absolument de la même manière que lui demanda de dire du fond du cœur s'il plaisantait ou s'il croyait
les Chats, dont les yeux dans les celliers apparaissent comme des qu'il n'y a de vrai que ce que l'homme fait vrai; et il répondit:
chandelles; c'est au dedans de leurs yeux la lumière chimérique, Je jure que je le crois. Après cette conversation, ce Confirmateur
prorenant de la cupidité de poursuivre et de dévorer des rats, qui universel fut envoyé vers lE<.s .Ang~s, afin qu'ils examina~sent quel
produit cela; de là il est évident que la Lumière du Soleil est la Lu­ il était; et, après l'avoir examiné, ils dirent qu'il ne possédait pas
mière vraie, et que la Lumière de convoitise est une Lumière chi-' même un grain d'enten(t~m'ent, parce que tout ce qui est au-des­
uiérique. Ensuite]'Abassaqeur pria le Confirmatcur de faire vrai sus du rationnel était fermé chez lui, e,t qu'il n'y avait d'ouvert
ceci, que le corbeau est blanc et non pas noir; et il répondit: .le 2 que ce ~ui est au-dessous du rationnel; au-dessus du t.ïfàÜonI!.efl
'le ferai encore facilement; et il dit: Prends une aiguille ou un COll­ ~ est la Lumière 'SPirituel}e; et au-dessous du Rationnel est la Lu­
teau, et ouvre les ailes et les plumes du corbeau, ne sont-elles p;JS ------_.­
3 mière naturelle,) et celle-ci chez l'homme est telle, qu'il peut con­
430 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 43{
o
firmer tout ce qui lui plaît; mais si la Lumière spirituelle n'influe croire des vrais; tons ceux-Iii sont dans la vision postérieur'e, et ne
pas dans la Lumière naturelle, l'homme ne voit pas si ce qui est .sont dans aucune vue antérieure.
vrai est vrai, ni par conséquent non plus si ce qui est faux est :335. QUATRIÈME JnE~IORABLE. Un jour, ayant élé éveillé de mon
faux; or voir l'un ~t l'autre dépend de la lumière spirituelle dans sommeil au point du jour, je vis devant mes yeux comme des
la lumière naturelle, et la lumière spirituelle vient du Dieu d.u Spectres de fignres diverses; et ensuite quand le matin fut venu,
Ciel, qui est le Scig~~llr ; c'est pour cela que ce Confirmateur uni­ ie vis des Lumières chimériques sous différentes formes, les unes
versel n'est ni homme ni bète, mais il est bête-homme. Je deman­ 'Comme dcs parchemins cou~·erts d'écritures, qui pliés et repliés
dai aux Anges quel était le sort de ces cOlll\rmateurs} et s'ils pou­ apparaissaient enlin comme des Étoiles tombames, et s'évanouis­
vaient être avec les vivants, puisque la vie est chez l'homme d'a­ saient dans l'air; et les autres comme cles Livres ouverts dont
près la Lumière spirituelle, et que son entendement vient de cette quelques-uns brillaient comme de Iletitcs lunes, et d'autres brû­
lumière; et ils me dirent que ces confirmatellrs, quand ils sont laient comme des chandelles; parmi ceux-ci il y a\-ail des livres
seuls, ne peuvent l'ien penser, ni par suite rien dire, mais qu'ils qui s'élevaient dans le haut et s'y perdaient, et d'autres qui tom­
sont nebout muets comme des automates, et comme plongés dans baient par te ne et y étaient réduits en pou"sière. De tout ce tlue
( un profond sOlllmeil, ct qu'ils se réveillent dès que quelqlle chose oie venais de voil' j'augurai qu'au-dessous de ces i\létéores il y avait
l frappe leurs oreilles; et ils ajoutèrent que tels deviennent ceux des Espl'its qui discutaient SUI' des choses ima3'inaires, qu'ils
qui sont intimement lll~cltanls; la lumière spirituelle ne peut pas croyaient être de grande importance; car, dans le Monde spirityel,
influer en eux par la partie supérieure, mais il influc seulement de tels Phél1O'DlUJes apparai.§.,~~_nt dans les atmosphères d'après les
1par le Monde quelque spirituel, d'où leur vient la faculté de con­ :raisonne-monts de ccux qui sont au-dessou;;; et peu après, la vue
fhmer. Après ces eo,pEcations, j'entelldis lIue voix vcnant des de mon esprit, me fut ouverle, ct je Tellla;O(fuai nombre d'Esprits,
Anges qui l'avaient examiné, en disant: Fais cie tout ce que tu as dont les Têtes élaient ceintes de fellilles de laurier, et les Corps
) entendu lIne Conclusion générale; et je fis celle-ci: Pouvoù' con­ couverts dc robe:; 3 fleurs, ce qlli signifiait que c'étaient des Es­
-1 -} (i1'1ner tout ce qui plah n'est pas le lait de l'homme intelligent, pl'ils qui} dans le Monde nature!, avaient joui d'une grande re­
mais pouvoir voù' que ce qui est vrai est vrai et que ce qui est nommée d'érudition; el comme j'étais en esprit, je m'approchai,
- • faux est faux; et confirmer cela, c'est là le fait de l' homme intel­ et me mêlai à l'Assemblée; et alors j'entendis qu'ils discutaient
ligent. Je portai ensui te mes l'egards vers l'Assemblée oil étaient avec vivacité et ardeur sur les IDEES INNEES (ide.:e connat.:e), s'il
les Confirmateur~) et autour d'eux la foule criait: 0 QU'ILS SO:'iT yen avait quelques-Ilnes chez les hommes dès la naissance comme
SAGES! et voici, une Nuée sombre les enveloppa, et dàns la Nuée chez les bêtes; ceux qui niaient se détournaient de ceux qui affir­
volaient des chouettes et des chauves-souris; et il me fuI dit: maient, et enfin ils se tinrent séparés les uns des autres, comme
Les chouettes et les chauves-souris qui volent dans celle Nuée les phalanges de deux Armées prêtes à tirer l'épée; mais comme
son t les correspondances et par suite les apparences des pensées de, 'ils n'avaient point d'épées, ils comhattaient avec des pointes de
ces Confirmateurs;
,
cal' les confirmations des faussetés, au point
'
mots. Mais alors tout à coup un Esprit Angélique se trouva au mi­
qu'elles apparaissent comme des vérités, sont représentées dans ce lieu d'eux; et, et parlant 3 haute voix il dit: J'ai entendu à distance,
Monde-ci sous des formes d'oiseaux de nuit, dont les yeux son~ non loin de vous, que vous vous enflammiez de part et d'autre
'~clairés en dedans par une lumière chimérique, d'après laquelle ils dans une discussion sur les Idées innées, s'il y en avait quelques:­
voientle,s oJ:>j~ts dans le~ té~èbres comme 4ans une lumière :, une, unes chez les hommes comme chez les bêtes; mais moi je vous dis,
otllÎle lumière chimérique spirituelle est chez ceux qui confirment QU'IL N'Y A AUCUNE IDÉE INNÉE CHEZ LES 'HO~IMES, ET QU'IL N:.Y
les fauxau point de les voir comme des vrais, et ensuite de les oEN A. PAS NON PLUS CHEZ LES BÊTES; vous vous disputez donc sur
4.32 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 433
un rien, ou, comme on dit, sur la laine de chèvre, ou 'SUI' la avec la prudence politique et économique des hommes, mais par­
barbe de ce siècle. En entendant ces mots, tous s'emportèl'eot et fois même la surp~ssent. - Voir N° 12. - De plus, est-ce
crièrent: Chassez-le, il parle contre le Sens commun; mais comOJe queC!..e gros Bou~olÎ' pense dans sa petite tête : l\Ioi et lIJes
ils s'efforçaient de le chasser, ils le virent entouré d'une Lumière compagnons nous fabriquerons une petite maison de mince papy­
céleste, à travel'S laquelle ils ne purent s'élancer, car c'était lin rus, dont nous contournerons les murailles à l'intérieur en forme de
Esprit Angélique; ils revinrent donc SUi' leurs pas, et s'éloignèrent labyrinthe, et au centre nous disposerons une place publique, oü
un peu ùe lui; et, après que celle lumière sc fut concentrée en lui, il y aura une entrée et une sorlie, et cela avec une telle adresse,
il leur ùit: Poul'quoi vous emportez. VOLIS, écolltez d'abord, et ras·· qu'aucun être vivant autre que cellx de notre race, ne trouve le
semùlez les raisons que je vais apporter, et VOLIS' même tirez-en chemin qui conduit au lieu intime où 1I011S nous rassenJblons? De
une conclusien ; et je prévois que ceux qui sont doués de jugement plus, est-ce qlle([e~';e!~ à soi~1 tandis qu'il n'est encore que ver,
donneI'ont leur assenliment, M apaiserollt les tempêtes soulevées pense dans sa petite tête: Il est temps maintenant que je Ille pré­
dans vos mentais. A ces paroles, ils dirent d'uil son de voix qui ce­ pare à filer ma soie, afin que lorsqu'elle sera litée, je vole, et que
pendant renfermait de l'indignat,i.Qn: Parle donc, et nous écoute­ dans l'air, où je n'ai pas encore pu m'élevel" je folâtre avec mes
l'ons; et alors, commen<,:ant il parler, il dit: Vous cl'oyez qne chei. semblaples, et pourvoie à ma progéniture? De même les alltres
les Bêtes il ya des idées innées, et vous avez conclu cela de ce vers, quand ils se traînent le long des murs, et deviennent nym­
que leurs actions semblent résultel' de la pensée; et cependant p~es, aurélies, chrysalides, et eillin papillons. Est-co que la
chez elles il n'y a p~s ia moindre chose qui appartienne à ~ap~!1­ mouche a quelque idée du congrès avec une aulre mouche, si c'est
sée, et les idées ne sont que des attributs de la pensée, et le ca­ ici et non iii? Et pOlir les animanx d'un corps plus gros, n'et~ est­
ractère de la pensée est qu'on agisse, en vue de ceci ou de cela, de i1__.~s de même que pour ces insectes, pal' exemple, poudes oi­
telle ou telle manière; examinez donc: Est-ce que 'I:lHaignéè', qui seauxiet pOUl' les empennés de tout genre quand ils s'appareillent,
~

tisse sa toile avec le plus grand art, pense dans"sa petite tète: ,le puis quand ils disposent leurs nids, y pondent leur œufs, les
vais étendre mes fils dans cet ol'dt'e, et je les attacherai ensemble couvent, en dégagent les petits, leur donnent la becquée, les
par des fils posés en travers, afin que ma toile ne soit pas disper­ élèvent jusqu'il ce qu'ils volent, et ensuite les chasseut du nid
sée pal' la première agitation de l'ail'; aux premières extrémités \ comme s'ils n'étaient point leur progéniture, sans parler de beau­
des fils, qui fel'ollt le milieu de ma toile. je me préparerai une de­ coup d'autres détails sans nombre? N'en est-il pas encore de luème
meure, d'olt je percevrai tout ce qui y tombe, afin d'y accourir; pour les bêtes de la telTe, pOUl' les serpents, et pour les poissons?
par exemple, si lIne mouche y vole, elle sera engagée dans les fils, Qui de vous ne peut voir, d'après ces exemples, que l§.llrs act9s
et aussitôt je Œe jettel'ai sur elle et l'envelopperai de fils, et je spontanés Ile profluent d'aucu.!!epens~e, de laquelle l'idée ne peut
m'en nourrirai'! En outre, est-ce que (l!\beille)pense dans sa pe­ uniquement se dire? L'erl'eul' qu'il y a des idées chez les bêtes ne
tite tête; Je vais v'oler, je sais où il y a des champs couvert de proflue pas d'autre part que de la persuasion qu'elles pellsent
fleurs, et là je sucerai dans les unes la cire el dans les autl'es le comme les hommes, ct que le langage seul fait la différence. Après
miel, et avec la cire je construirai des cellules contiguës en série, avoir parlé ainsi, l'Esprit Angélique porta ses regards autour de
de telle manière que moi et mes compagnes nous entrions et sor­ lui, et comme il les vit encore incertains si les bêtes avaient ou
tions librement comme par des rues, et qu'ensuite nous y dépo­ n'avaient pas la pensée, il continua son discours, et il dit: Je per­
sion du miel en. abondance, afin qu'il y en ait assez pOlir l'hiver çois que la ressemblance des actes des animaux brutes avec ceux
qui va venir, de peur que nous ne mourions? outre plusieurs des hommes tient encore attachée en vous l'idée visionnaire sur
autres mervei!.!.es, dans lesquelles non-seulement elles rivaHsent la pensée de ces a.nimaux; je dirai donc d'où viennenl leurs aCles :
, 28

IIIJ
r

43~ LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 435


( Dans challue bête, chaque oiseau, chaque pois~on, chaque reptile ~IJ ;on le voit ci-dessus dans le 1'IIÉMon,\ALE N° 48, et aussi plus
et chaque insecte, il y a son amour naturel, sensuel et corporel, . 'bas dans un autre l\IÉ)IORABLE.)\Après ces discours de l'Esprit An­
dont leurs têtes sont les demeures, et en elles sont les cerveaux, f gélique, je regardai autour dé moi, et je vis à peu de distance
par lesquels le Monde spiritueIJnflu~mmédiate.f!lent dans les Sens \ LEIBNITZ et WOLF, qui méditaient profondément sur les raisons
, de leur corps, ~t par ces sens détermine~actes, ce qui fait que données par l'Esprit Angélique; et alors(, Leibnitv s'approcha, et
les Sens de leul' c0.!1)s sont beaucoup plus exquis que ceux des donna son assentiment en applaudissant; ·màis,.. .Wolfl
. s'en alla et
,hommes. C'est cet influx du Monde J'piritu.el qui est appelé in­ , en niant et en affirmant, car il n'était pas doué-d'un aussi bon
stinct; et il est appelé Instinct, parce qu'il e~ige sans l'interm..é­ jugement intérieur que Leibnitz.
diaire dc la pensée; il Ya aussi les accessoires ùe l'Instinct, qui
(proviennent de l'habitude. Mais leur amOllI', par lequel vie'!!.J.!I
)1\lon<le spjrituella détermination vers les <!Qtes, est seulement pour
~ làNlltrition et la Propagation, et non pour aucune science, au­
cune intelligence et aucune sagesse, par lesquelles l'amour arrive
successivement chez les hommes,
Que chez l'homme il n'y ait pas non plus d'idée innée, on peut
le voir clairement en cc que chez lui il n'y a pas de pensée innée~
et où il n'y a pas de pensçe, il n'y pas non plus d'id~e, ear celle­
ci appartient;) celle-\;'I, et l'éciproquement; c'est ce qu'on peut
conclure@.esenfants nouvellement nésÎ en ce qu'ils ne peuveut que
têter et respirer; s'ils peuvent têter, ce n'est point d'après quelque
chose d'inné, mais ("est d'après la conti~uelle s\lccion dans l'uté­
rus de la mère; et s'ils peuvent respirer, c'est parce qu'ils vivent,
car c'est là un universel de la vie; les Sens mêmes de leur corps sont ~
dans une profonde obscurité, et ils sortent de celte obscurité suc­
cessivemen t avec effort pal' les objets; de même leurs mouvemen ts
se développent par l'habitude; et successivement, à meS1IJ'C qu'ils
apprennent il dire des mots, et à les prononcer d'abord sans idée,
il commence à paraitre un cel'tain obscur de fantaisie, et à me­ ~
sure qu'il s'éclaircit il naît un obscur d'imagination, et ensuite i'
de pensée; selon la formation de ce dernier élat existent les idées,
qui, ain-si qu'il vient d'être dit, font un a\'ec la pensée, et la pen­
sée de nulle qu'elle étail s'accroit par les instructions; c'est pour-
f quoi les ~hommes onl des idées, non innées toutefois, mais for­
) mées, et de· ces idées découlent leuTs paroles et leurs actes. (Qu'il
n'y ait d'inné chez l'homme que la faculté de savoir, de com­
prendre et d'être sage, et aussi l'inclination à'aimer non-seulement
la science, l'intelligence et la sagesse. mais aussi le procliaÎn ét

.... . ~
-
436 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 431
Il Mais dans cette Préface, je dévoilerai en peu de mots comment ou
» par quelle raison elles fon t un, car cela est important pour que
» ce qui suit soit eri quelque lumièr'e : La Foi, par laquelle est aussi
" entend u le Vrai, est le Premier par le temIls; mais la Charité,
CHAPITRE SIXIEME l) par laquelle est aussi entendu le Bien, est le Premier par la fin

» (le but) ; or, ce qui est le Premier par la fin est en actualité le

DE LA FOI
" Premier, parce que c'est le Principal, par conséquent c'est aussi
» le Premier-né; et ce qui est le Premier par le temps n'est pas le
» Premier en actualité, mais il l'est en apparence; pour que cela
336. De la sagesse des Anciens a découlé ce dogme, que j'uni­ » soit saisi, je vais l'illustrer par des comparaisons faites avec la
vers, et toules et chacune des choses qui le composen t, se réfèren t » construction d'un Temple, la construction d'une Maison, la dis­
au Bien et au Vrai, et qu'ainsi tOUles les choses de l'Église se ré­ " position d'un Jardin, et la préparation d'un Champ. Avec LA CONS­
fèr'ent il l'Amour ou à la Charité, et à la Foi, puisque tout ce qui " TRUCTION D'UN TEOIPLE: Le Premier par le temps, c'est de poser
1
découle de l'Amour ou de la Charité est appelé Bien, et que lout ce » le fondement, d'élever les murs, d'établir le toit, et ensuitededres­
qui découle de la Foi e~t appelé Vl'ai : or, comme la Charité et la » sel' un aULel, et de placer une chaire; mais le Premier par la fin,
Foi sont distinctement deux, mais néanmoins font un dans l'homine » c',estle èulte de Dieu dans ceTemple, cultepourlequeJ il a été cons-·
1· pour qu'il soit homme de l'tglise, c'est-à-dire, pOUl' que l'Église » truit. Avec LA CONSTnUCnON n'UNE MAISON: Le Premier par le
soit dans J'homme, c'est pour cela que chez les anciens il y avait » temps, c'est d'en bâtir les dehors, et d'eu arranger les dedans
controverse et discussion sur lequel des deux derait être le Premier, 1.1 pour tout cequi est nécessaire; mais le Premier par la fin, c'est
et ainsi ètre nommé avec dr'oit le Premier-né; quelques-uns d'eux » une Habitation commode pour soi, et pour tous ceux qui doivent
disaient que ce devait être le Vrai, par conséquent la Foi; et d'au­ » loger dans cette Maison. Avec LA DISPOS\TIOè'l D'UN JARDIN: Le Pre­
tres, que ce devait être le Bien, par conséqnent la Charité; ils 1) miel' pal' le temps, c'est d'aplanir le sol, de préparer l'humus,
voyaient, en elfet, que l'homme aussitôt après la naissance apprend » de planter des arbres, et de semer ce qui doit servir 3. l'usage;
à parler et il penser, et par lit il perfectionner son entendement, ce " mais le Premier par la fin, c'est l'usage des frlli ts qu'on en reti~e.
qui a lieu par les sciences, et ainsi à apprendre et à comprendre » Avec L,\ PRÉPARATION D'UN CHAMP: Le Premier par le temps, c'est
ce que c'est que le Vrai~ et qu'ensuite par ces moyens il apprend et » de défoncer la tene, de labourer, de herser, et ensuite de semer;
comprend ce que c'est que le Bien, par conséquent d'abord ce que " mais le Premier par la fin, c'est la l\Ioisson, par conséquent aussi
c'est que la Foi, et ensilite ce que c'est qlle la Charité: ceux qui » l'usage. D'aprè!. ces comparaisons, chacun peut conclure ce qui
saisissaient ainsi la chose crurent que le Vrai de la Foi était le Pre­ » en soi est le Premier; est-ce qlle tout homme, lorsqu'il veut
mier-né, et qne le Bien de la charité était né après, aussi attribuè­ II censtmire un Temple ou une 1\Iaison, disposer un lal'din, et pré­
rent-ils à la Foi le relief et les prérogatives de la Pl'Îmogénilure: ]) parer lIll Champ, n'a pas pour Première intention l'Usage? est-ce
mais ils étouffèrent leur entendement sous une quantité d'arguments Il que cet usage ne tient pas et n'agite pas son !\Iental, pendant qu'il

pour la Foi, au point qu'ils ne virent pas que la Foi n'est pas la Foi » se procure les moyens pour l'obtenir? nous concluons donc que
si elle n'est pas conjointe à la Charité, et que la charité aussi n'est ]) .le Vrai de la foi est le Pl'emier par le temps, mais que le Bien de
pas la Charité &i elle n'est pas conjointe à la Foi, et qu'ainsi elles » la charité est le Premier par la fin, et que celui-ci, par cela même
font un, et qu'autrewentl'une et l'autre n'est rien dans l'Église; ]) qu'il est le Principal, devient en actualité dans le .Mental le Pro­
qu'elles fassent absolument un, cela sera démontré dans la suite. il mier-né.]) Maisil est nécessaire que l'on sache ce que c'est que
-i38 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 439
la Foi et ce que c'est qlle la Charité, et ce qu'elles sont dans leur commandée par Lui, on le voit clairement d'après ces passages:
essence, et l'on ne peut le savoir, à moins qùe l'une et l'autre ne (1 Jésus dit: C'est la vôlonté du Pè1'e qui JU'a envoyé, que qui­

soit divisée en Articles, la Foi dans les siens, et la Charité dans les conque voit le Fils, et CROIT EN LUI, ait fa vie étemelle, et que
.siens; voici donc les Articles de la Foi: 1. La Foi Salvifique est je le 1'essuscite au demier jour. )) - Jean, VI. 40. - « CELUI
la foi au Seigneur Dieu Sauveur Jésus-Christ. II. La Foi, en QUI CROIT AU FILS a la vie éternelle, mais celui qui ne croit poznt
somme, est que celui qui vit bien, et croit selon les règles, est au Fils ne verra point la vie, mais ta colère de Dieu demeure
sauvé par le Seiqneur. HL L'homme reçoit la Foi, pal' cela sur lui. )) - Jean, III. 36. - (( Afi11 que quiconque CRüIT AU
qu'il s'adl'esse au Seignew', qu'il s'inst1'llÏt des vérités d'après la FILS ne pé7'isse point; mais qu'il ait la vie étemelte.· Cai' Dieu a
Parofe, et qu'il vit seton ces vé1,ités. IV. L'abondance des véri­ .tellement aimé le Monde, que son Fils Unique-Engendré il a
tés liées ensembte comme en un faisceau exalte et perfection/le donné, afin que QUICONQUE CHü!T EN LUI ne périsse point, mais
la Foi. V. La Foi sans ta Charité n'est point la foi, et la Cha­ qu'il ait la vie étemelte.
l) - Jean, Ill. 15, i6. - « Jésus dit:
rité sans ta Foi n'est point la chm'ité, .et t'une et fautl'e n'est M'Ji, je suis lal'ésurrection et ta vie,. Qn CI\OIT EN MOI ne mourra
vivante que par le Seigneur. VI. Le Seigneur, la Chm'ité et la pqint pour l'éternité.
l) - Jean. XI. 25, 2G. - « En vérité, en
Foi font un, comme la. Vie, la Volonté et l'Entendement dans vérité, je vous dis.' Qn CROIT EN MOI Ct ~a vie étemelle,. Moi, je
l'homme; et, s'ils sont divisés, chacun est perdu, comme w,ze 1.. suis le Pain de vie. )) - Jean, VI. 47, 48. - « Moi, je suis le
. Perle dduite en poudre. VIL Le Seigneur est la Chm'ité et la Pain de vie; QI!l VlENT A MOI n'aul'(t point faim, et (ICI CROIT EN
Foi dans l'homme, Pot t'homme est la Chal,ité et la Foi dans le MOl1z'aurajamais sozf. " - Jean, VI. 35, -
c< Jésus C1'Ùl, di­
Seigneur. VIII. La Charité et la Foi sont ensemble dans les sant: Si quelqu'un a SOlj, qu'it vienne ct Moi, et qu'il boive,­
bonnes OEuvres. IX. Il Y a. la Foi vraie, la Foi bâtarde, et la . QUICONQUE CROIT EN MOI, comme ,dit r ÉCI'itw'e, des fleuves de
Foi hypoc1'ite. X. Il n'y a aucune foi chez les méchants. Ohaque 1~n vent?'e couleront d'eau vive. )) -- Jean, VII. 37,38. -:- Ils
Article va être expliqué en particulier. airent à Jésus: Que ferons-nous pour opérer les œuvres de Dieu ?
Jésus l'épandit: C'est là rœuvre de Dieu, QUE VOIlS CROYIEZ EN
CELUI QUE LE PI~RE A ENVOYÉ. » - Jean, VI. 28, 29. - (( Pen­
dant que la Lumière vous avez, CROYEZ EN U LtMü:nE, afin
que fils de Lumière VOliS soyez.)) - Jean, XlI. 36. - « Celui
La Foi Salvifique est la Foi au Seigneur Dieu Sauveur'
·qui CROIT AU FILS DE DIEU n'est point jugé,. mais CELUI QCI NE
Jésus-Christ.
CROIT l'OINT a déjà été jugé, PARCE QU'IL N'A POINT CRU au Nom
de l'Unique-Engendré Fils de Dieu. » - Jean, III. 18. - « Ces
337. Si la Foi salvifique est la Foi au Seigneur Dieu Sauveur, choses ont été écrites, afin que vous croyiez que Jésus est le Fils
c'est parce qu'il est Dieu et Homme, et Lui-Même dans le Père et de Dieu, et que croyant, ta vie vous ayez en son f-/om. )) ­
le Pèl'e en Lui, et qu'ainsi ils sont un; ceux donc qui s'adressent à :Jean, XX. 31. - SI VOCS NE CROYEZ PAS QCE 1\I0r JE Sl:\S, vous
~
c<

Lui s'adressent aussi en même temps au Père, et ainsi à un seul et mourrez dans vos péchés. » - Jean, VIII. 24. -
c< Jésus dit."
unique Dieu, et il n'y a pas de foi salvifique en un autre, Qu'il Quand sera venu le Paraclet, l'esp1'it de vél'ité, il1'éprimandera
faille croire ou avoir foi au FILS DE DIEU, Rédempteur et Sauveur, le Monde au sujet du Péché, et de la Justice et du Jugement,­
conçu de Jéhovah et néde la Vierge Marie,. nommé JESUS-CHRIST, au sujet du Péché, pm'ce qu'ils ne croient point en Moi.» ­
on le voit d'après les commandements si souvent réitérés par Lui­ Jean, XVI. 8, 9.
.;Même, et plus tard par les Apôtre:;. Que la foi au Seigneur ait été 338. Que la Foi des Apôtres n'ait point été autre que la Foi au

-- '_.
r

440 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. Ut


Seigneur Jésus-Christ, on le voit dans leurs Épîtres par plusieurs depuis le CO~C1LE DE N'GEE, n'a point reconnu d'autre foi, et par
passages, dont je ne rapporterai que les· suivants; .. Je vis, non suite n'en a pa5 connu d'autre, croyant ainsi qu'elle était unique, et
plus moi, mais vit en moi Christ,. et quant à ce que je vis main­ qu'il n'en pouvait pas exister d'autre; c'est pourquoi partout où
tenant eu la chair, JE VIS EN LA FOI AU FItS DE DIEG) » - (;al. dans la Parole du Nouveau Testament on lit le mot Foi, on a cru que
IL 20. - Paul prêcha aux Juzfs et aux· Gl'ecs la repentance
l(
c'était celle-là, et on a appliqué il celle foi tout ce qu'on y rencon­
envers Dieu, et LA FOI EN NOTRE SEIGNEUR JéSUS-CHRIST. » _ trait; par là a été détruite la foi uniquement salvifiqlle, qui est la
Act. des Apô~. XX. 21. - « Celui qui tira Paul deh01's dit: Que foi en Dieu le Sau,-ellr, et par là aussi se sont glissées dans les doc­
(aut-il qlleje (asse pOUl' être sauvé? Il lui dit: CROIS AU SEI­ trines des c,hrétiens tant d'illusions, et tant de paradoxes opposés à
GNEUR .Jf,:sUS-CIlRlST, et tu seras sauvé, toi et ta maison. » Acr. la saine raison; en effet, loute doctrine de l'Église, qui doit ensei­
Apôt. XVI. 30, 31. - l( Qui a le Fils, a la vie,. mais qui n'a gner et montrer le chemin vcrs le ciel, c'est-à-dire, vers le salut,
point le Fils de Dieu, n'a poi~t la vie,. jevous ai éCl'it ces choses, dépend de la foi; et comme il s'était glissé dans celle foi tant d'iIlu­
à vous qui cl'oyez au Nom du fils de Dieu, afin que vous .a­ 5ions et de paradoxes, ainsi qu'il vient d'être dit, il fallut de toute
chiez que vous avez la vie éternelle, et afin que VOltS C1'oyiezlau nécessité proclamer le dogme, que l'entenùement doit être mis sous
Nom du Fils de Dieu, )) - 1 Jean, Y. 12, 13_ - Cl Nous, Jzkifs l'obéissance de la foi. Maintenant, puisque dans le Passage de Paul,
de naül1'c, et non pécflem's entre les nations, mais sachant que ")
- Rom. IIf. 28,- pal' la foi il t'st entendu non la foi en Dieu le
l'homme n'est pas justifié d'apl'ès des œuvres de loi, mais PAr.. Père, mais la foi en son Fils, et que par les œuvres de loi il y est
u. FOI .lÉSGS-CURIST, NOUS AUSSI EN CHRIST Jt~sus r'Ors AVONS
DE entendu non les œuvres de la loi du Décalogue, mais les œuvres de
CHe. " - Gal. JI. Hl, 16, - Comme leur foi était en Jésus-Christ, la loi de l\Ioïse pour les Juifs, conlllie on le voit claire l l1ent par les
et qu'eHc vient all~~i de Lui, ils l'appelaient FOI DE JtSUS-CIIRISl', passages qui suivent, et aussi pal' ùes passages semblables dans
comme dans le p:Jssage ci-dessus, - Gal. II. 16, - el dans ceu~­ l'Épître :lUX Galates, Chap. II. i4, 15, la piene fondamentale de la
Il
ci : La justice de Dieu pal' la FOI IlE Jf:SI\S-CFIlllST POll?' tous Jt foi d'aujourd'hui tombe, et le temple, élevé sur celle pierre, tombe
sur tous ceux qui ont cnl. Afin qu'il soit justifiant celui qui est aussi comme une maison qui s'écroule, et dont il ne reste que la
de la FOI DE JÉSUS. - Rom. III. 22, 26. - « Qu'il ait la justice sommité du toil.
qui vient pat la FOI DE CHRIST, la justice qui vient de Dum l'OUR 339. Qu'il faille croire, c'est-à-dire, avoir la foi en Dieu Sauveur
LA FOI. " - Philir. III. 9. II Ceux qui fJa1'dent les commande­ Jésus-Christ, c'est parce que c'est la foi en un Dieu visible, dans
ments de Dieu et la FOI DE JÉSUS-CHRIST. 1) - Apoc. XIV. 12. _ lequel est Dieu invisible, et que la foi en un Dieu -visible, qui est
(1 PAR LA FOI QCI est dans Christ Jésus. » - JI Timoth. Ill. H). Homme et en même temps Dieu, entre dans l'homme; en effet, dans
Cl EN Jf:scS-CURIST EST LA FOI OPÉRANT l'AR LA CHARITÉ. "
-
son essence 1:J foi est spirituelle, mais dans sa forme elle est natu­
nal. V. 6. - D'<lprès ces passages on peut voir quelle foi a été en­ relle, c'est pourquoI chez l'homme celle foi devient spirituelle-natu­
rendue par Paul dans le Passage aujourd'hui rebattu dans l'Église: relle, car tout spirituel est reçu dans le naturel, afin qu'il soit quel­
(1 Nous CONCLCONS nONC QUE L'HOMME EST ,JUSTIFIÉ PAR LA FOI SANS que chose chez l'homme; le spirituel nu entre, il est vrai, dans
1· (l'lIVRES DE LOr. ) - Rom. III. 28, - que c'était lion la foi en l'homme, mais il n'est pas reçu; il est comme l'éther qui influe et
Dieu le Père, mais la foi en son Fils, et encore moins la foi en trois et effiue sans affecter; car pour qu'il affecte, il faut qu'il yait ver ­
Dieux eu ordrtJ. l'Un de qui elle vient, l'Autre à C:Jllse de qui elle ception et ainsi réception, J'une et l'autre dans le Mental de l'homme,
esr doiwée, et le Troisième par qui elle est envoyée; si l'on croit et cela n'a lieu chez l'homme que dans son naturel. D'un autre côté.
d:Jns l'Église que cette Foi tripersonnelle a été entendue par Paul la Foi purement naturelle, ou la Foi privée de l'essence spirituelle,
dans ce passage, c'est parce que l'Église depuis quatorze'siècles, ou \ ,n'est point la foi, c'est seulement une persuasion ou de la science;
it2 LA VRAIE
RELIGION CHRÉTIENNE. 443
la persuasion imite la foi dans les externes, mais comme dans ses Sauveur; comme il est Dieu et homme, et qu'il peut être approché,
internes il n'y a pas le Spirituel, il n'y a non plus aucun Salvifique ; et peut être vu dans la pensée, la Foi n'est point non-terminée, mais
telle est la foi chez tous ceux qui nient la Divinité de l'Humain du elle a un terme, dont elle vient et auquel elle tend, eL une fois
Seigneur; telle a été la foi Arienne, et telle est aussi la foi Soni­ qu'elle est reçue ellé demeure; c'est comme lorsque quelqu'un a
cienne, parce que l'une et l'autre a rejeté la Divinité du Seigneur. vu un Empereur ou un Roi, toutes les fois qu'il se le rappelle, son
Qu'est-ce qu'une foi sans un terme (ou un but) auquel elle teude? image se présente. La vue de celte foi est comme lorsque quelqu'un
N'est-ce ras comme la vue qui, plongeant dans l'univers, tombe voit une Nuée brillante, et au milieu un Ange qui imite l'homme
comme dans III vide et se perd? N'est-ce pas comme un oiseau vo­ à venir vers lui, pour qu'il soit élevé au Ciel: ainsi apparait le Sei­
lant au·dessus de l'atmosphère dans l'éther, où il expire comme gneur à ceux qui ont la foi en Lui, et il s'approche ùe tout homme,
dans le vide? La demeure de celle foi dans le men tal de l'homme selon que l'homme le connait et le reconnaît, ce qui a lillu selon
peut êtl'e comparée il la demeure des vents dans les ailes d'Éole, et qu'il connait et fait ses préceptes, qui sont de fuir les maux et de
à la demeurll de la lumière dans une étoile tombaute ; elle se lève faire les biens, et enfin il vient dans la maison de cet homme, et il
comme une cOluèle ill.ongue queue, mais elle passe comme elle et y fait sa demeure avec le Père qui est en I,ui, selon ces paroles
disparait ; en un l1Iot, la Foi en un Dieu invisible est en actualité une dans Jean: « J éSlIS dit: Celui qui a mes pl'éceptes et les (ait,
foi aveugle, parce que le Mental humain ne voit pas son Dieu; et la c'est celui-Id qui M'aime,. et celui qui M'aime sem aimé de mon
lumière de cette Îoi, pal'ce qu'elle n'est pas spirituelle-naturelle, Père, et lV/ai je l'aimel'ai, etje Me manzjestemi â lui Moi-ll'lême,
est une luulièrc chimérique, et celte lumière est comme la IUlllière et vers lui nous viendrons, et demew'e chez lui nous (m'ons. »
dans le ver luisaut, ct comme la lumière dans les marais ou sur des - XIV. 2'1, 23. - Ceci a été écrit en présence des douze Apôtres
glèbes sulfurées pendant la nuit; de cette lumière ne provient au­ du Seigneur, qui avaient été envoyés vers moi par le Seigneur,
tre chose que ce qui appartient à une fantaisie, dans laquelle on pendant que je l'écrivais.
croit que ce qui est appal'ent existe, quoique cela n'existe point; la
Foi en un Dieu InVisible ne brille pas d'une autre lumière, et sur­
tout quand on pense que Dieu est Esprit, et qu'on pense à l'égal'd II
d'un Esprit comme il l'égard de l'éther; que l'ésuite+il de là, si­
non que l'homme regarde Dieu comllle il regarde l'éther, qu'ainsi La Foi, en somme, est que celui qui vit bien, et cJ'oit selou les
il Le cherche'dans l'Ullivers, et que ne L'y trouvant pas, il croit règles, est sauvé pal' le Seigneur.
que la NaLure de l'UniYeJ'~ est Dieu? c'est de tette origine que vient
le NaLuralisme qui règne aujourd'hui; le Seigneur n'a-t-il pas dit: 340. Que l'homme ait été créé pour la vie éternelle, eL que tout
c< La voix du Père vous n'avez jamais entendue, ni son aspect
homme puisse l'avoir en héritage, pourvu qu'il viveselon les 1lI0yens
vous n'ave::; vu, )) - Jean, V. 3i ; - et aussi: "Dieu, personne de salut qui ont élé prescrits dans la P:nole, c'est ce dont convient
ne le vit jamais; l'Unique· Engendd Fils, qui est dans le sein tOllt ChréLien,et aussi tout Païen, qui a de la religion eLune raison
du Pèl'e, Lui L'a exposé. » - Jean, I. f8. - « LVon que per­ sainè: mais les moyens de salut sont nombreux, cependant Lous et
sonue ait vu le Pète, si ce n'est celui qui est chez le Père,. ce­ chacun se réfèrent il vivre bien et à. croire selon les règles, ainsi à
lui-Id a vu le Père, )) - Jean, VI. 46, - Puis: u Personne ne la Charité et il l:I Foi, car la Charilé est de bien vivre, et la Foi est
vielÙ au Père que pal' Moi. » - Jean, XIV, 6. - E~ ensuite: de croire selon les règles. Ces deux Communs des moyen~ de salut
oc Qui Me voit et J.l1econnaît, voit et connaît le Père. » ~ Jean, ont été non-seulement prescrits à l'homme dans la Parole, mais
xrv. 7 et suiv. - .Mais bien différente est la Foi. au Seignenr Dieu encore comlnandés ; et, parce qu'ils ont été commandés, il s'ensuit

~I_~ _

U4 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. H5


que l'homme par eux peut se procurer la vie éternelle d'après la accuser Dieu de violer' l'alliance qu'il a contractée sur la i\Jontagne
puissance que Dieu a mise en lui et lui a donnée, et qu'autant l'homme de Sinaï', et qu'il a gravée de son doigt sur les deux Tables: que
se sert de celle puissance et po rIe en même temps ses regards vers Dieu ne puisse sauver que ceux qui vivent selon ses préceptes et
Dieu, autant Dieu la corrobore, au point qu'elle fait que tout ce ont la foi en Lui, on le voit par les paroles du Seigneur dans Jean~
qui appartient à la Charité naturelle devienne de la Charité spiri­ Chap. XIV. ~1 à ~4 ; et quiconque a une religion et une raison
tuelle, et qlle tout ce qui appartient à la Foi naturelle devienne de saine peut se confirmer en cela, lorsqu'il pense que Dieu, qui est
la Foi spirituelle; ainsi, d'une Charilé et d'une Foi mortes Dieu constamment chez l'homme, et lui donue la vie et aussi la faculté
fait une Charité et une Foi vires, et rend en même" temps l'homme de comprendre et d'aimer,ne peut faire 3utrement que J'aimer, et
virant. JI y a deux choses qui doh"ent être ensemble, pour qu'on par l'amour se conjoindre à èelui qui vil bien et croit selon les rè­
puisse dire que l'homme vit bien et croit selon les règles; ces deux gles ; est-ce que Dieu n'a pas gravé cela chez chaque homme et chez
choses sont appelées, dans l'Eglise, l'homme Interne et l'homme chaque créature? Un père et une mère peuvent-ils rejeter leurs en­
ExternE\ ; quand l'homme Interne veut bien, et que l'homme Externe fants, une poule ses poussins, un animal ses petits? les tigres, les
agit bien, alors l'un et l'autre font un, l'Externe d'après l'Interne, panthères et les serpents ne le peuvent mèrne pas; faire autrement,
et l'Interne par l'Externe, ainsi l'homme d'après Dieu, et Dieu ce serait contre l'ordre dans lequel est Dieu, et selon lequel il agit,
par 1'!Jomme; mais, au contraire, si l'homme Inlerne veut mal, et et au~si coutre l'ordre dans lequel il a créé l'homme. Or, de mème
que cependant l'homme Externe agisse bien, l'un et l'autre néan­ qu'il est impossible à Dieu de damner quelqu'un qui vit bien et croit
moins agissent d'après l'Enfer, car alol's le vouloir vient de l'En­ selon les règles, de même dans un sens contraire il est impossible
fer, el les faits sont hypocrites; et dans chaque fait hypoorite, le à Dieu de sauver quelqu'un qui vit mal et par suite croit les faux;
vouloir, qui est infernal, est intérieurement caché comme un ser­ ce second poiut est aussi contre 1'0 [(1I'e, par conséquent contre la
pent dans de l'herbe, et comme un ver dans une fleur. L'homme Toute-Puissànce de Dieu, laq'uelle ne peut procéder que par le che­
qui sait non-seulement qu'il ya l'homme Inteme et l'homme Ex­ min de la Justice; et les lois de la Justice sont des vérités élui ne
terne, mais encore ce qu'ils sont, et qu'ils peuvent faire un en ac­ peuvent être changées, car le Seigneur dit: « Il est plu,~ ,facile
tualité, et aussi un en apparence, et que, de plus, J'homme Interne que le Ciel et la Terre passent, qu'il ne l'est que de la Loi un
vit après la mort, et que l'homme Externe est enseyeli, celui-là seul accent t9mbe. II - Luc, XVI. 17. - Quiconque a quelque
pos~ède en puissance les arcanes du Ciel et aussi ceux du Monde connaissance de l'essence de Dieu et du Libre arbitre de l'holllme
en ahondance; et celui qui conjoint ces deux hommes chez lui pour peut percevoir celn; ainsi, par exemple: Adam a été libre de man~
le bien, devient heureux pour l'éternité; mais celui qui les divise, ger de ('arbre de vie, et aussi de J'arbre de la science du bien et du
et bipu plus celui qui les conjoint pour le mal, devient malheureux mal; s'il eût seulement mangé de l'Arbre ou des arbres de vie, au­
pour l'éternité. rait·il été possible à Dieu de le chasser du Jardin? je crois que non;
341. Croire que l'homme qui vit bien et croit selon les règles mais après qu'il eut mangé de J'Arbre de la science du bien et du
n'est point sauvé, et que Dieu peut saurer et damner à son gré et mal, aurait-il élé possible à Dieu de le retenir dans le 'Jardin? je
selon son plaisir. qui il veut, c'est donner à l'homme qui périt le crois encore que non; pareillement, Dieu ne peut jeter dans l'En­
,droit d'accuser Dieu de barbari~ et d'inclémence, et aussi de cruauté, fer quelqu'un qui a été reçu Ange d.ans le Ciel, ni admettre dans le
.et même de nier que Dieu soit Dieu, et ~e l'accuser ausi1.i d'avoir Ciel quelqu'un qui a été jugé diable; c'est d'après sa TouLe-Puis­
dit dans sa Parole deschoses vaines, et d'avoir commandé des choses san.cequ'jJ ne peut faire ni J'un ni l'autre, voir ci·dessus dans l'Ar­
qui sont inutiles ou qui sont des vétilles; et en outre, si l'homme ticle sur,la Divine To.ute~Puissance, N·'49 à 70.
qui rit bien et croit selon les règles n'est point sauvé, lui aussi peut 842. Dansle Lemme précédent, du N° 336 au N° 339, il a été
....

446 LA. VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. ,U7


montré que la Foi salvifique est la Foi au Seigneur Dieu Sauveur Cnrist, ainsi la foi dans sail origine. « Jean Baptiste a vu et at­
Jésus-Christ; mais on demande quel est le Premier point. de la Foi testé qu'il était tE FILS DE Dmu. )) - Jean, I. 31-. - « Natha­
au Seigneur, et je réponds que c'est LA RECONNAISSANCE QU'IL EST LE naëlle disciple dit à .Téms: TOI, TU ES LE FILS DE DIEu; TOI, TU
FILS ilE DIEu; ce fut le premier point de foi que le Seigneur, lors­ ES LE ROI D'lsR.l.EL. " - Jean, I. 50. - Les douze disciples di­
qu'il vint dans le Monde, révéla et annonça; car si l'on n'eût pas 1'ent: Nous avons cru que Tor, TU ES LE CHR!ST, LE Fu.s DU DIEU
d'abord reconnu qu'il était LE FILS DE DIEU, et ainsi DIEU VENANT DE VIVANT, )) - Jean, V!. 69. - Il est appelé L'UNIQT;I!:-El'iGENORÉ
DIEU, c'eût été en vain que Lui-~lême et ensuite les Apôtres au­ FICS Dr. DIEU, L'UNIQCE-ENGENDRÈ DU PimE, qlâ est dans le sein
raient prêché la foi en Lui, Or, comm~ quelque chose de semblable du Père. - Jean, 1. '14, 18. III. 16. - Jésus Lui-Même devant
existe aujourd'hui, mais chez ceux qui pensent d'après le propre, le Grand-Prêtre conles~a qu'il était le Fils de Dieu. - Malth.
c'est-il-dire, d'après le seul homme Externe ou naturel, disant en XX.VI. 03, 64. XXVI[. 43, MaJ'c. XIV. 61, 62. Luc, XXII. 70.­
eux-mêmes: Comment Jéhovah -Dieu peut-il concp.voir un Fils, et (1 Ceux qui étaient dans la barque, s'approchant, adoraient
comment lin Homme peut-il être Dieu, il est nécessaire que ce Pre­ Jésus, en disant: VRAnIENT FILS DE DIEU, TOI, TU E~. » - Mattb.
mier point de foi soit confirmé et affirmé d'après la Parole; c'est XIV. 33. - L'eunuque qui voulait être haptisé dit à Philippe:
pourquoi il va en être tIré les passages suivants: « L'ange dit à I( .IE CROIS QUE JÉSUS-CHRIST EST LE FIT.::; DE DIEU. )) - Act.
Marie: Tu conceV1'as dans l'utérus, et tu enfanteras un Fils et Apôt. VIlI. 37. - Quand Paul fut converti, il pl'êcha que JÉ­
tu appf!llm'os son Nom .JÉsus; Celui-ci sera grand, et Fu.s DU sus l~:TAIT LE FICS DE Dmu. - Act, IX. 20. - « Jésus dit: Vien­
TRÈS-HAUT il sera app elé. Et Marie dit li l'Ange: Comment se dra une heure, que les morts entendront L<\. vorx DU FILS DE
fera cela, puisque /tomme je ne connais point. L'Ange répon­ DIEU, et ceux qui l'entendront vivront, » -;- .Jean, V. 21>. ­
dit: Un ESpl'it Saint viendm sU?' toi, et UNE VERTl' DU TRÈS­ « Celui qui ne croit pas a déjà été jugé, parce qu'il n'a pas
HAUT t'ombl'agera, c'est pourquoi ce qui naîtra de toz SAINT sera J::l'U AU NOlI DE L'U~IQUF.-ENGENDRÉ FILS DE DIEU. " - Jean·, Ill.
appelé FILS DE DIEu. " - Luc, I. 31, 32, 34, 35. - « Quand 18. - « Ces choses ont été éaites, afin que vous croyiez que
Jésus était baptisé, une voix vint du Ciel, disant: CELUI-CI EST J~:SUS EST I.E CHRIST, LE FILS DE Dum, et que aoyant, la vie
lIION FICS BIEN-AUIÉ, en qui je me suis plu. )) - Matth. m. 16, vous ayez en son Nom. " - Jean, XX. 3'1. - « Je vous ai éCl'it
fi. Marc,I. 10, l1. Luc, Ill. 21, 22. -Puis: « Quand Jésus Il ces choses, âvous qui croyez au NOM Dl! FILS DE DIEU, afin que
fut t7'ansfiguré, une voix vint aussi du Ciel, disant: CELUI-CI vous sachiez que vous avez la vie éternelle, et afin que VOlfS
EST MON FILS BIEN-AIMÉ. en qui;'e me suis plu,. écoutez-Le. " ­ croyiez au NOl[ DU FILS DE DIEU. )) - 1 Jean, V. t,3. « Nous sa­
Matth. XVIl. 5. Mal'c. IX, 7. Luc, IX. 35. - « Jésus demanda à vons que LE FILS DE DIEU est venu, et nous a donné de connaî­
ses Disciples: Qui disent les hommes que je suis? Pim'e ré­ tre le Vrai, et nous sommes dans le Vrai en SON FILS Jtsus­
pondit: TOI, TU ES LECHlHST, LE FILS DU DIEU VIVANT. Et Jésus ·CHRIST; Lui, il est le Vmi Dieu et la vie étemelle. " - 1 Jean~
dit: Tu es1zeureux, Simon fils de Jonas; Moi je te dis: Sur ce V. 20, 21. - « Quiconque aura confessé que JÉSUS EST LE FILS
rocher je bâtirai mon Église. Il - Matth. XVI. t3, i6, i7, t,8; DE DIEU, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu. l) -1 Jean, IV.
- Je Seigneur a dit que sur ce Rocher il batirait son Église, savoir. t5. - Et aussi ailleurs, par exemple: Matth. VIII. 29. XXVII. 40,
sur Ja Vérité et la Confession qu'il est le Fils de Dieu; car le Ro­ 43, 54. Marc, I. 1. III. H, 15, 39. Luc, VIII. 28. Jean, IX. 35. X.
cher signifie la Vérité, et aussi Je Seigneur quant au Divin Vrai;. 86.XI. 4,270. XIX 7. Rom. I. 4, II CorinL I. 19, Gal. Il.
celui donc chez qui il n'y a pas la confession de cette vérité, qu'il est 20. Éphés. IV. t3. Héb. IV. H. VI. 6. VI!. 3. X. 29. 1 JeaD.
le Fils de Dieu, il n'y a pas non plus l'Église; voilà pourquoi il a II. 8. V. 10. Apoc. II. 18. Et en outre dans beaucoup d'autres
été dit ci-dessus que c'est là le premier point de la Foi en Jésus- passages, où il est appelé Fils par Jéhovah, et où Lui-Même appelle
448 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 449
Jéhovah ·Dieu son Père, comme dans celui-ci: 'l J'out ce que le
PÈRE fait, le FILS le lait; de, même que le PÈRE ressuscite les
morts et vivifie, de même aussi le FILS, Comme le PÉRE a la vie III.
en Lui-Même, ainsi il a donné au FILS d'avoù' la vie en Lui­
Même; afin que tous honorent le FILS çomme ils Iwn07'ent le L'homme re~oit la Foi,pal' cela qu'il s'adl'esse au Seigneur,
PÈRE. )l Jean, V. 19 à 27 ; - et dans beaucoup d'autres endroits
­ qu'il s'instl'uit des vérités d'apl'ès la Pm'ole, et qu'il vit selon
ailleurs; et aussi dans David: li J'annoncerai sur le statut: J é­ ces vérités.
lwvah m'a dit " MON FILS, To\; Moi aujourd'hui je T'az engen­
dl'é. Baisez le FILS, de pew' qu'il ne s'irrite, et ql~e vous ne pé­ 343. Avant d'entreprendre de démontrer l'ORIGINE DE LA FOI, qui
rissie:. en chemin; Ca?' s'embrasera bientôt sa colère. HEUREUX est, de s'adresser au Seigneur, de s'instruire des vérités d'après la
TOUS CEUX QUI SE CO'NFŒNT EN LuI. )l - Ps. Il. 7, 12. - De tous Parole, et de vi\'l'e selon ces vérités, il est nécessaire' de présenler
ces passages se forme donc celte conclusion, que quiconque veut d'abord les Sommaires de la foi, d'après lesquels on peut acquérir
être véritablement Chrétien, et être sauvé par le Christ, doit croire une notiou commune dans chacune des parties de la foi; car on
que .JESUS EST LE FILS DU DIEU VIVANT; celui qui ne croit pa:- cela, peut ainsi saisir avec plus de netteté non-seulement ce qui est dit
mais qui croit seulement (IU'il est le fils de Marie, implante en soi dans ce Chapitre sur la Foi, mais aussi ce que renfcl'lnent les Cha­
sur le Seignenr différenles idées, qui sont dangereuses et destruc­ pitres suivants sur la Charité, sur le Libre Arbitre, sur la Péni­
tives de son salut, voir ci-dessus, N°S 9~, 94, 102; on peut dire tence, sur la Réformation et la Régénél'alion, et sur J'Impllt.ation;
de ces hommes la mème chose que des Juifs, savoir, qu'au lieu d'une en effet, la Foi entre dans toules et dans chacune des parlies du
couronne royale ils mettent sur Sa Tête ulle couronne d'épines, et syslème théologique comme le sang entre dans les membres du corps
au~si qu'ils lui donnent à boire du vinaigre, et s'écrient: « Si tu et les vivifie. Ce que l'Église d'aujourd'hui enseigne sur la Foi est
es le Fils de Dieu, descends de la croix; " ou, comme lui disait le généralement connu dans le Monie Chrétien, et spécialement dans
Diable en le tenlant: « Si tu es le Fils de Dieu, dit que ces pierres l'Ordre Ecclésiastique, car Jes Livres sur la Foi seulement et sur la
deviennenl des pains; ou, « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en
)l Foi seule remplissent les Bibliothèques des docteurs de l'Église; à
bas. )l - Matth. IV, 3, 6. - Ceux-là profanent son Église et son peine est-il quelque chose qui soit aujourd'hui considéré comme
Temple, el en font Ulle caverne de voleul's. Ce sont eux qui rendent proprement théologique, excepté la Foi: mais avant de prendre, de
son culte semblable au cutte de l\Iahomet, et qui ne font pas de dis­ parcourir et d'examiner les points que l'Église d'aujourd'hui ensei­
tinction entre le vrai Christianisme, qui est le culte du Seigneur, gne sur sa foi, ce qui sera fait dans l'ApPENDICE, je vais préseriter
et le Naturalisme. Ils peuvent êlre comparés à ceux qui courent dans .les points généraux que la Nouvelle Église enseigne sur sa Foi; ce
U(l chariot ou dans un traîneau SUI' une glace mince, et la glace se sont,..-les. suivants:
rompt sous eux, et ils sont submergés, et eux et les chevaux et le 3U.-/L'ÈTRE DE LA FOI DE LA NOUVELLE ÉGLISE est 1. 0 La Con­
chariot sont recouverts par les glaçons. Ils peuvent encore être fi ailëé" au Seigneur Dieu Sauvenr Jésus-Christ. 2 L'Assurance que
Q

comparés à ceux qui construisent une barque de joncs et de can.nes, celui qui vit bien et croil selon les règles est sauvé par Lui. ­
e~ l'enduisent de poix pour lui donner de la consistance, el se 1I1et­ L'ESSENCE DE LA FOI DE LA NOUVELLE ÉGLISE est la Vérilé d'après
t~Dt en mer sur elle; mais bientôt l'enduit de poix se .dissout,' et la Parole. - L'EXISTENCE DE LA FOI DE LA NOUVELLE ÉGLISE est
eux étouffés sont en~loutis dans les eaux de la mer, et sont ense­ fO La Vue spirituelle, 2° L'Accord, des vérités. 30 La Convictjon~
velis au fond, 40 La Reconnaissance gravée dans le mental. - LES ÉTATS DE LA
FOI DE LA NOUVELLE ÉGLISE sont i 0 La Foi enfant, la Foi adoles­
1. 29
4,50 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 451
cente, la Fo i adulte. 2° La Foi du vrai réel, et la Foi des apparences PROSTITUÉE qui pl'o,-ient des vrais falsifiés, et la FOI ADULTÈl\E qui
du vrai. 3° La Foi de mémoire, la Foi de raison, la Foi de Lumière. provient des biens adultérés, peuvent être comparées avec le vice
4° La Foi naturelle, la Foi spirituelle, la Foi céleste. 5° La Foi de l'œil et par conséquent de la vuc, qu'on appelle Glaucome, et qui
vive ct la Foi miraculeuse. 6° La Foi libre et la Foi contrainte. - est un desséchement et un endurcissement de l'humeur cristalline 1.
LA FORME ELLE-l\Ilbm DE LA FOI DE LA NOUVELLE ÉGLTSE DANS L'I- La FOI BOUCHÉE ou AVEUGLE, qui est la foi des choses mystiques, que
DÉE UNIVEHSELLE ET DANS L'IDÉE PARTICULIÈRE; voir ci-dessus les l'on croit, quoiqu'on ne sache pas si elles sont des vrais ou des faux j
N°S '.2 et 3, où ceLLe Forme a été présentée. ou si elles sont au-dessus de la raison ou contre la raison, peut
----...
/34~ Puisque les choses qui appartiennent à la Foi spirituelle être comparée avec le vice de l'œil qu'on appelle Goutte sereine et
ont été présentées en sommaire, de même en sommaire vont être Amaurose, qui est la perte de la vue par une obstl'uction du nerf
présentées les choses concernant la foi purement naturelle, qui en optique, et cependant l'œil semble voit' parfaitement. La FOI ERRA-
elle-même estnne persuasion simulant la foi; c'est la persuasion TIQUE ou VAGAI30;\,OE, qui est la foi en plusieurs Dieux, peut être
du f~lIx, et elle est appelée Foi hérétique; se.s dénominations sont: comparée avec le vice de l'œil, qu'on appelle Cataracte, qui est la
.J La Foi bâtal'de, dans laquelle les faux ont été mêlés aux vrais.
0 perte de la vile pal' une obstipation entl'e la tunique sclérotique et
2° Lél Foi prostituée d'apl'ès les \TaiS falsifiés, et la Foi adultère l'uvée 2. La For LOUCHE, qui esl la foi en un autre Dieu que le vrai
d'a[Jr~s les biens adultérés. 3" La Foi bouchée ou aveugle, qui est la Dieu, et chez les Chrétiens en un autre Dieu que le Seigneur Dieu
Foi des choses mystiques, que l'on croit, quoiqu'on ne sache pas Sauveur, peut être comparée avec le vice de l'œil, qu'on appelle
si elies sont des vrais ou des faux, ou si elles sont au-dessns de la Strabisme. La FOI HYPOCRITE ou PHARISAïQUE, qui est la foi de la
raison ou contre la raison. 4" La Foi erratique ou vagabonde, qui bouche -ét non du cœur, peut être comparée avec l'Atrophir- de l'œil
est la foi en plusieurs Dieux. 5° La Foi louche, qui est la foi en un et par suite an~c la perte de la vue. La FOI VISIONNAI RE El A RE~
autre Dieu que le vrai Dieu, et chez les Chrétiens en un autre Dieu ROUliS, qui est l'apparence du faux comme vrai d'après une ingé-
que le Seigneur Dieu Sauveur. 6° La Foi hYPocl'i.te ou pharisaïque, nieuse contil'n1ation, peut être comparée avec le vice de l'œil, qu'on
qui est la foi de la bouche et non du cœur. jO La Foi visionnaire <tppelle Nyctalopie, qui fait qu'on voit dans les ténèbres d'après
et à rebours, qui est l'apparence du faux comme vrai d'après une lIne lumière chimérique.
ingénieuse confirmation. 3n. Quant à ce qui concerne LA 1"OR)IA110:'< OE LA fOl, la foi est
3i6. Il a été dit ci-dessus que la Foi, quant il son existence chez- formée par cela que l'homme s'adresse au Seigneur, s'instruit des
1/1'honime, est la Vue 5piritu~le; maintenant, comme la vue spiri- Vérités d'après la Parole, et vit selon ces vérilés. PRDIIÈl\D1ENT:
II tuelle qui appartient à l'entendement et ainsi au mental, et la vue
naturelle qui esl la vue de l'œil et ainsi du corps, se correspondent.
1 L'uuteur s'exprime ici conformément à la nosologie de son temps. Les
JUlituellemelll, tout état de la foi peul en conséquence êtl'e com-
modernes out appliqué à cette même uffection le nom de Cataracte, et le nom
par"à un état de l'œil et de la vue de l'œil, l'état de la foi du vrai de Gtaucome à UDe maladie de l'humeur vitrée.
JI, avec tout état sain de la vue de l'œil, et l'état de la foi du faux avec 2 Cette ohstipatioD, proàuite par un épanchement de lymphe coagulée dans

-- tau t état perverli de la vue de r œil; mais nous allons com- l'hllrneUl' aqueuse, a re011 chez les model'nes, non plus le nGm de catw'acte,
mais simplement eelui d'épanchement provenant d'inflammation.
~~hrparel' les correspondances de ces deux vues, celle du mental el celle JI est à observer, en outre, que l'applioation des termes tWlique, .• ~lérotique
J~:) èa corps, quant aux états pervertis de l'uné et de l'autl'e : La For et uvée a été aujoUl'd'hui restreinte, au point de ne plus désigner les parties
qne l'Auteur a eu en vue; le premier de ces termes embrassait toute la tuni-
·Jll)~~hl\DE, dans laquelle les faux ont été mêlés aux vrais, peut être
que externe de l'œil, y compris sa partie transparente, appelée aujourd'hui
A.I ·t0mparée avec le vice de l'œil et' par conséquent de la vue, qu'on cOt'née, celle qui est ici entendue; et le nom d'11vée comprenait l'Ù'lS,.qU'i! sert
-~~[i~~elle Taie blimche sur la cornée, rendant la vue obscure. La FOI ici à désigner.
t
452 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. i53
La foi est formée par cela que l'homme s'ad/'esse au Sez'qnew'; elles ne sont pas intérieurement en lui; car la volonté est l'homme
c'est parce que la foi qui est la foi, ainsi qui est la foi du salut•. lui-même, et la pensée n'est l'homme qu'autant et de la manière
vient du Seigneur, et est la foi au Seigneur; qu'elle vienne du· .qu'elle s'est adjoint la volonté. Celui qui s'instruit des vérités, et
Seigneur, cela est évident d'après les paroles du Seigneur ne les fait point, est commecelui qui répand son grain sur un champ,
à ses disciples: Demeurez en Moi, et Moi en vous, parce que
ft
et ne le herse pas, le grain se gonfle par la pluie et ne vaut plus
sans Moi vous ne pouvez faire t'z·en. » - Jean, xv. 4, 5. ~ rien; mais celui qui s'instruit des vérités et les fait, est comme
Quece soitia foi au Seigneur, on le voit clairement par les pas­ celui qui sème et ensuite herse, le grain par la pluie croit en épis.
sages rapportés en foule ci-dessus, N°s 237, 238, qui montrent qu'il et donne une moisson qui sert pour la nourriture: le Seigneur dit:
faut croire au Fils. Maintenant, puisque la Foi vient du Seigneur ( Si ces choses vous savez, ltell1'ezlx vous êtes POU1'VU que vous
et est la foi au Seigneur, on peut dil'e que le S~ignelH est la Foi les fassiez. » - Jean, XIII. i 7. -- Et ailleurs: «( Celui qui dans
elle-même, car la vie et l'essence de la foi sant dàns le Seigneur.. la bonne terre a été semé, c'est celui qui la Parole entend, et y
ainsi viennent du Seigneur. SECONDEMENT: La foi est (armée pm' est attentzf, et pm' suite porte et (ait dl~ fruit. » - l\Ialth. XIU.
cela que l'homme s'instruit des vérités d'apres la Parole; c'est 23: - Puis: (( Quiconque entend mes pm'oles et les (ait, je le
parce que la Foi dans son essence est la Vérité; en effet, toutes les compm'erai cl un homme prudent qui a bâti sa maison sur le
choses qui enlrent dans la foi sont des vérités, c'est pourquoi la 1'ochet,; mais quiconque entend mes pm'oles, et ne les fait pas,
Foi n'est autre chose que le complexe des vérités qui brillent dans sera compa1'é â un homme insensé qui a bâti sa maison sur le
le mental de l'homme; car les Vérités enseignent non-seulement . sable. 1) - Malth. VII. 24, 26; -les paroles du Seigneur sont
qu'il faut croire, mais encore en qui i,l faut croire et ce qu'il faut toutes des vérités.
croire. Si les vérités doivent êlre puisées dans la Parole, c'est parce 348. D'après ce qui vient d'ètre dit,il est évident qu'il y a trois
que taules les vérités qui conduisent au salut y sont; dans ces vé­ choses par lesquelles la foi est formée chez l'homme, à savoir, pre­
rités estl'efficaèité, parce qu'elles ont été données par le Seigneur. mièrement s'adresser au Seigneur, en second lieu s'instruire des
et par suite ont été inscrites dans tout le Ciel Angélique; lors donc vérités d'après la Pal'ole, et en troisième lieu vivre selon ces véri­
que l'homme apprend les vérités d'après la Parole; il vient en com­ tés; maintenant, puisqu'il y en a trois, et qne l'une n'est point
munion et en consociation avec les Anges, sans qu'il le sache: la l'autre, il s'ensuit qu'elles peuvent être séparées; en effet, un
Foi sans les vérités est comme du grain privé de substance mé­ homme peut s'adresser au Seigneur, et ne pas connaîlre les vérités
dullaire, qui moulu donne seulement du son; mais la Foi d'après concernant Dieu ct le Seigneur, sinon les vérités historiques; et un
les vérités est comme du bon gl'ain, qui moulu donne de la farine : llOmme aussi peut connaître cn abondance (~es vérités d'après la Pa­
en un mot, les essentiels de la Foi sont les vérités; si les vérités role et cependant ne pas vivre selon ces vérités; mais chez l'homme
ne sont pas en elle et ne la composent pas, la foi est seulement oi! ces trois choses ont été séparées, c'est-à-dire, sont l'une sans
comme le son bruyant d'un sifflet; mais lorsqu'elles sont en elle et l'autre, il n'y a pas la Foi du salut; celle foi prend naissance, quand
la composent, la foi est comme le son d'une nouvelle qui apporte ces trois choses sont conjointes, et telle est la conjonction, telle
le sai ul. TROISIE~lEMENT: La foi est formée par cela que l'homme est celle foi. Partout où ces trois choses ont été séparées, la Foi
vit selon les vérités; c'est p~rce que la vie spirituelle est selon les est comme une semence stérile qui, mise en terre, se réduit en
vérités, et que les vérités ne vivent point en actualité avant d'être poussière; mais partout OlL ce') tl'ois choses ont été conjointes, la
dans les faits; les vérités, abstraction faite des faits, appartiennent Foi est comme une semence qui, mise en tene, produit un arbre,
à la pensée seule, et si elles ne deviennent pas choses de la volonté, dont le fruit est selon la conjonction. Lorsque ces trois choses onl
elles sont seulement sur le seuil de la porte chez l'homme, et ainsi été séparées, la Foi est comme un œuf qui n'a pas été fécondé; mais
45i LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 455
lorsque ces trois choses ont été conjointes, la Foi est comme un lumière est la foi; le Seigneur, qui est la lumière elle-même, in­
œuf fécondé qui produit un bel oiseau. La Foi chez ceux chez qui flue cllez chaque homme, et dans celui où il y a des vérités d'après
ces trois choses ont été séparées peut être comparée à l'œil d'un la Parole, il fait qu'elles brillent en lui, et qu'ainsi elles deviennent
poisson cuit ou d'une écrevisse cuite; mais chez ceux chez qui elles choses de la foi; et c'est là ce que le Seigneur dit dans Jean: « Afin
ont été conjointes, la Foi peut être comparée à un œil transparent qu'ils demew'ent dans te Seiqnew', et que Ses paroles demeu­
depuis l'humeur cristalline jusque dans et à travers l'uvée de la pu­ rellt en eux. ., - XV. 7; - les paroles du Seigneur sont les vé­
pille. La Foi séparée est semblable à une peinture en couleurs rités. Mais afin qu'on saisisse bien que l'abondance des 'vérités liées
brunes sur une pierre noire; mais la Foi conjointe est semblable à ensemble comme en un faisceau exalte et pel'fectionne la foi, l'exa­
une pein ture en belles couleurs sur un cristal transparent. La lll~ lIJen dt: cet Àrticle sera divisé en qua tre Paragraphes: I. Les vél'i­
mière de la foi séparée peut être comparée à la lumière d'un tison tés de ta foz sont multi;nti6.bles cl t'infini. Il. Leur disposition
dans la main d'un voyageur pendant la nuit; mais la lumière de la est en séries, ainsi comme en petits faisceaux. III. Selon tew'
foi conjointe peut être comparée à la lumière d'un flambeau, dont abondance et leur cohé1'ence la foi est perfectionnée. IV. Les
la vibration éclaire tous les pas. La foi sans les vérités est comme vérités, quelque nombreuses qu'elles soient, et quelque difléren­
un cep qui produit des raisins sauvages; mais la foi d'après les vé­ tes qu'elles paraissent, fontun par le Seiqneur, qui est ta Pa­
rités est comme UII cep qui porte des gl'appes de raisins d'un vin rote, le Dieu du Ciet et de ta Tm're, te Dieu de toute chair, te
sénéreux. La foi au Seigneur sans les vérités peut être comparée à Dieu de la Viqne ou de r Éqlise, te Dieu de ta foi, et ta Lu­
une nouvelle étoile qui apparaît dans l'étendue du ciel, et qui avec miè1'e mème, la Vérité et la Vie éternelle.
le temps s'obscurcit; mais la foi au Seigneur avec les vérités peut 250. 1. LES VÉRITES DE LA 1'01 SONT lIlULTIPLIADLES A .L'UWJ:lrl:
être comparée à une étoile fixe, qui demeure à perpétuité. La vérité on peutie VOil' d'après la sagesse des Anges du Ciel, en ce qu'elle
est l'esseuce de la foi; c'est pourquoi telle est la vérité, telle est la s'accroit éternellement; les Anges disent aussi qu'il n'y a jamais de
foi; sans les vérités la foi est vague, mais avec les vérités elle est fin à la sagesse, et que la sagesse ne vient ql;e des Divins Vrais exa­
fixe; la foi des vüités brille aussi dans le ciel comme une étoile. minés analytiquement dans les formes au moyen de la lumière d'a­
près le Seigneur: l'intelligence humaine, qui est vraiment intelli­
IV gence, ne vient pas d'autre part. La 1l1111tipliabilité du Divin Vrai à
l'infini vient de ce que le Seigneur est le Divin Vrai même, ou le
L'abondallce des vérités tiées ensemble comme en un faisceau Vrai dans son infinité, et qu'il attire tous il Lui; mais les anges et
exalte et perfectionne ta loi, Jes hommes, parce qu'ils sont finis, ne peuvent suivre la veine d'at­
traction que selon leurs mesures, l'effort d'attraction pour l'infini
349. D'après [a perception qu'on a aujourJ'hui ùe la foi, on ne persistant continuellement; la Parole du Seigneur est un abime ,le
peut pas connaître que la foi, amplement considérée, est fe COJlJ­ vérités d'où procéde toute sagesse angélique, quoiqne celle Pal'ole,
plexe des vérités; ni, à plus forte raison, que l'homme peut con­ devant l'homme qui ne sait rien de son Sens spirituel ni de son
tribuer en quelque chose il s'acquérir la foi, lorsque cependant la foi Sens céleste, ne pal'aisse pas plus que comme de l'eau dans lin seau.
dans son essence eslla vérité, car elle est la yérilé dans sa lumière, La multiplication des vérités de la foi à l'inlini peut être comparée
et cOlllme la vérité peut s'acquérir, de mêine allssi la foi; qui ne alJX semences des hommes, de l'une desquelles peuven~ être pl'opa­
peut s'adresser au Seigneur s'il le veut? et qui ne pellt, d'après la gées des familles dans les siècles des siècles. La pl'olification des
.Parole, recueillîr des vérités, s'il le veut? toute vérité dans la Pa­ vérités de la foi peut aussi être comparée à la prolification des se... 1
role et d'après la Pa"role donne de la lumière, el la vérité dlns la. mences d'un champ et d'un jardin, qui peuvent être propagées en
1"'"

456 LA VRAlE RELIGION CHRÉTIENNE. 457


myriades de myriades, et à perpétuité; dans la Parole par la se­ ordination de toutes choses en séries, comme par petits faisceaux,
rm ence il n'est pas non plu~ entendu autre chose que le Vrai, par le et que les vérilés qui apparliennent à la foi ont été ainsi disposées
champ la Doctrine, et par le jardin la Sagesse. Le Mental humain dans le Menlal humain: qu'il en soil ainsi, c'est ce qui peut être
est comme un Humus, dans lequel les \Tais spirituels et naturels illustré par les explication:) suivantes: Le cerveau consiste en deux
sont impl3ntés comme des semences, et peuvent être multipliés sans substances, dont l'une est glandulaire et est appelée corticale et
fin; l'homme tire cela de l'Infinité de Dieu, qui est perpétuellement cendrée, et dont l'autre est fibrillaire et est appelée médullaire; la
présent avec sa lumière et sa chaleur, et avec la faculté d'engen­ première substance, qui est glandulaire, a été disposée en grappes
drer. comme des raisius dans un c.ep, ces réunions de grappes sont ses
3tH. II. LA DISPOSITION DES VÉRITÉS DE U FOI EST EN SÉRIES, séries; la seconde substance, qui est appelée médullaire, consiste
AINSI COMME EN PETITS FAISCEAUX: qu'il en soit ainsi, on l'ignore en de perpétuellesconfasciculations de fibrilles qui sortent des
encore, et on l'ignore parce que les vérités spirituelles, dont toute glandes de la première substance, ce~ confasciculations sont ses sé­
la Parole est composée, n'ont pas pu se montrer, à cause de la foi ries: tous les Nel'fs qui en 'procèdent, et son 1 répandus dans le coqis
mystique et énigmatique qui constitue chaque point de la Théologie pour remplir différentes fonctions, ne sont que des gerbes et des.
d'aujourd'hui, et sont par conséquent restées cachées comme des peti ts faisceaux de fibres; pareillement tous les muscles, et en gé­
celliers sous terre. Pour qu'on sache ce qui est entendu par séries et néral tous les viscères et tous les organes du corps: les uns et les
petits faisceaux, une explication va être donnée: Le Premier Cha­ autres sont tels, parce qu'ils correspondenl aux séries dans lesquels
pitre de ce Livre, qui traite de Dieu C,'éateur, a été distingué en l'organisme (]u menlal a été disposé. En oulre, dans toute la Na­
Séries, dont la première concerne l'Ullité de Dieu, la seconde l'Ëtre tUl'e il n'existe rien qui n'ait été confasciculé en séries: tout arbre,
de Dieu ou Jéhovah, la troisième l'Infinité de Dieu, la quatrième tout arbuste, toute b"(){lssailleet tout légume, et même tout épi et
l'Essence de Dieu. qui est le Divin Amour et la Divine Sagesse, la tout herbe, dans le commun, et dans.la partie, est ainsi. La cause
cinquième la Toute-Puissance de Dieu, et la sixième la Création; universelle de cela, c'est que les Divines Vérités out été ainsi confor­
les al'ticles de chaque sujet font les séries, ils lien t ensemble comme mées, car on lit, que toutes choses ont été créées par la Parole,
en gerbe, toutes les choses qui y !i)ont. Ces séries dans le ûommun c'est-à-dire, pal' le Divin Vrai, et que le Monàe aussi a été fait par
et dans le particulier, ainsi conjointement et séparément, contien­ elle, - Jean, 1. i, et suiv. - D'après cela, on peut voir que s'il
nent les vérités, qui selon l'abondance, et en même temps selon la. n'y avait pas dans le ~fental humain une telle ordination des subs­
cohérence, exaltent et perfectionnent la fùi. Celui qui ne sait pas que tances, l'homme n'aurait aucun analytique de la raison, analytique
le Mental humaiu est organisé, ou que c'est un organisme spirituel que chacun possède selon l'ordination, ainsi !'>elon l'abondance de
se terminant dans un organisme naturel, dans lequel et scion le­ vérités liées ensemble comme en un faisceau; et l'ordination est
quelle Meutal se liVI'e à ses idées ou pense, ne peut faire autrement. ~elon l'usage de la raison d'après la liberté.
que de croire que les perceptions, les pensées et les idées ne sont 35~. 111. SELOi'i L'ABONDANCE ET J,A COHÉRENCE DES VÉRITÉS LA
aulre chose que des radiations el des variations de lumière qui in­ FOI EST PERFECTIONNÉE: cela est la conséquence de ce qui vient d'ê­
fluent tians la tête, et présentent des formes, que l'homme voit et tre dit, et se manifeste devant quiconque rassemble d~s raisons, et
recollnait comme raisons; mais c'est là une rêvel'Îe ; car chacun distingue ce qlle produisen t des séries multipliées, lorsqu'elles sont
sait que la Tête est remplie pal' deux cerveaux, que les cerveaux liées ensemble comme un, car alors l'une appuie et confirme l'autre,
sont organisés, que le Menlal y habile, el que ses idées, s'y fixent et elles font ensemble une forme qui. lorsqu'6l1e est en aClion, pré­
et-y restent selon qu'elles ont été acceptées et confirmées. Si donc sente un seul acte. Maintenant, comme la foi dans son essence est la
on demande quelle est cette organisation,! je réponds que c'est une vérité, il s'ensuit que, selon l'abondance et la cohérence des vérités,

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1""
458 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 459
elle devient davantage et plus parfaitement spit'ituelle, ainsi de Temple construit avec des pierres bien jointes entre elles, et avec
oins en moins naturelle-sensuelle, car elle est éleyée dans la ré~ des colonnes ajoutées à sa muraille et soutenant sa voûte; elle peu,
gion supérieure du mental, d'où elle voit sous elle des cohortes de aussi être comparée il un bataillon quarré, dans lequel les soldats
~nfirmaLions en sa faveur dans la nature du Monde: la se tiennent côte à côte, et ainsi forment et font une seule et même
vraie Foi,
par l'abondance des vérités liées ,ensemble comme en un faisceau, force; elle peut encore être comparée aux muscles dont le corps est
devient même plus brillante, plus perceptible, plus évidente ct plus tissij de tout côté, et qui, quoique nombreux et dispersés, exercent
claire; elle devient aussi plus apte à se conjoindl'e avec les biens néanmoins une seule puissance Jans les actions, et ainsi une puis­

de'la charité, et par suite plus détachée des maux, et successive­


sance plus grande.

ment plus éloignée des séductions de l'œil el des conl'oitises de la 354. IV. LES VÉRITÉS DE LA fOI, QUELQUE NŒ\IBREl1SES QU'ELLEf>

chair, par censéquent plus heureuse en elle-même; elle devient


SOIENT, ET QUELQUE DIHÉRENTES QU'ELLES PARAISSENT FoNT UN 1
principalement plus puissante contre les maux et les faux, e~ par PAR LE SEIGNEUn, QUI EST LA PAROLE, LE DIEU DU CIEL ET DE LA
suite de plus en plus vive et salvifique. )'ERRE, LE DIEU DE TOUTE CHAm, LE DIEU DE LA VIGNE ou. DE L'É­
353. Il a été dit ci-dessus que dans le Ciel toule \'l~rilé brille, et GI,ISE, LE DIEU DE LA FOI, ET LA LUMIÈRE Mt:ME, LA VÉRITÉ hl' LA VIE
qu'ainsi la vél'ité qui brille est la foi en essence; la beauté et la pa­ ËTERNELLE. Les vérités de la foi sont diverses et se montrent diffé­
rure de la foi d'après celle illustration, quand ses Yérilés sont mul­ rentes devant l'homme, par exemple, autres sur Dieu Créateur,
tipliées, peu ven t être comparées à diverses formes, ohjets et tableaux, autres sur le Seigneur Rédempteur, autres sur l'Esprit Saint et sur
composés de diffét'entes couleurs adaptées selon les convenances; la Divine Opération, autres sur la Foi et sur la Charité, et autres
par conséqllent aux pierres précieuses de diverses couleurs dans le sur le Libre Arbitre, la Pénitence, la Réformation et la R.égénéra­
pectoral d'Aharon, qui prises ensemble élaient nommtes Drim et tion, l'Imputation.etc.·; néanmoins elles font un dans le Seigneur,
Thumim ; de même, :lUX pierrcs précieuses dont les fondements de et chez l'homme d'après le Seigneur, comme plusieurs branches
la muraille de la Nouvelle .1éÎ'usalem devaient êlre construits. ­ dans un seul Cep, ­ Jean, V. 1, et suiv. - En etret, le Seigneur
Apoc. XXI; - elles peuvent aussi êlre comparées aux pierres pré­ conjoint les vérités, éparses et divisées, comme en une seule forme,
cieuses de diverses couleurs dans la Couronne d'un Roi; les picrres dans laquelle elles oIl'renl un seul aspecl et présentent un seul acte:
précieuses aussi signifien tles vérités de la foi. La comparaison peut cela peut être illuslré par une comparaison avec les membres, les
encore être faile arec la beauté de l'arc-en-ciel, avec la beauté viscères et les organes dans un seul corps; malgré leur variété, et
d'une campagne émaillée de fleurs, el avec celle d'un jardin quand quoique différents devant la \'tle de l'homme, cependant l'homme
les arbres Oeul'issent au t.:ommellcement du printemp~. La lumière qui en est la forme commune ne sent que l'unité, et quand il agit
et la gloire de la foi, pa: l'abondance des vérités qui l'embellissent, d'après eux tous, il agit comme si c'élait d'après une unité. Il en est
l)enl'ent être comparées;1 l'illumination des Temples par un grand de même du Ciel qui, quoique distingué en d'innomhl'Ùbles Sociétés,
nombre de cierges, des maisolls pal' des lampes, et des rues par apparait néanmoins comme un clevantle Seigneur; qu'il soit comme
des rel'erbères. L'élévation de la foi, par l'abondance des vérités, un seul Homme, cela a été montré ci-dessus. Il en est encore de
peut être illustrée pal' la comparaison avec l'élévaticn d'lm son re­ cela comme d'un P.oyaume, qui, quoique divisé en plu!'\ieurs admi­
tentissant accompagné d'une mélodie produite par plusieurs instru­ nistrations, et aussi en. provinces et en villes, fait néanmoins un
ments de musique dans un concert; et aussi avec l'élévation du par­
fum produit par la réunion de fleurs d'une odeur douce; et ainsi du
reste. La puissance de la foi, formée d'un grand nombre de vérités.
.. sous un Roi, fflli exeree justice et jugement. S'il en est de même des
Vérités de la foi, d'ap'rès leslJuelles l'Église est Église par le Sei­
gneur, c'est parce que le Seigneur est la Parole, le Dieu du Ciel el
contre les faux et les maux, peut être comparée à la solidité d'un de la Terre, le Dieu de toute chair, le Dieu de la Yigne et de l'É­

, .
460 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 46:1

glise, le Dieu de la foi, et la Lumière même, la Vérité el la Vie éter­ avec d'aulres Esprils, semblait simple, et cela parce qu'il recon­
nelle. Que le Seigneur soit la Parole, et soit ainsi tout Vrai du Ciel naissait le Seigneur seul pour Dieu du Ciel et de la Terre, et qu'il
'èt de l'Église, on le voit dans Jean: « La Parole était chez Dieu; forlifiait eette foi sienne pal' quelques vérités tirées de la Parole;
et Dieu elle était, la Parole,. et la Parole Chair a été laite. » cet Espril fuI élev~ au Ciel parmi les Anges les plus sages, et il me
- I. i, U. - Que le Seigneur soit le Dieu du Ciel et de la Terre, fut dit que là il était aussi Sage qu'eux, et que même il prononçait
on le voit dans Matthieu: « J'ésus dit: Il M'a été donné tout pou­ en abondance, absolument comme d'après lui, des vérités dont il
voir dans le Ciel el sur Tm'e. Il - XXVIlI. t8. - Que le Sei­ n'avait pas connaissance auparavant. D'un semblable état jouiront
gneunoil le Dieu de toute Chair, on le voit dans Jean: Le Pèl'e
ft
cellX qui viendront dans la Nouvelle Église du Seigneur: c'est ce
a donné au Fils pouvoir sur toute Chair. " - XVII. 2. - Que même état qui est décrit dans Jérémie: l' Celle-ci sera talliance
le Seigneur saille Dieu de la Vigne ou de l'Église, on le voit dans que je traiterai avec la /rlaison d'Israël apres ces jOlll'S: Je met­
Esaie: « ~'ne Vigne était ci mon bien-aimé, " - V. 1, 2 ; - et trai ma loi en leur milieu, et sur leur CŒW' je l' écrù'ai,. et ils
dans Jean: ".Moi je suis le Cep, et vous les sarments, Il - XV. n'enseigne1'ont plus, l'homme son compagnon ou l'homme son
D. - Que le Seigneur saille Dieu de la foi, on le voit dans Paul: frere, en disant: Connaissez J élwvah,. car tous iVe connaîtront,
cc Ayant la justice qui rient de la foi de Christ, de Dirm pour depuis le plus petzt d'en!1'e eux jusqu'au pù/s grand.» - XXXI,
la foi. » - Philip. III. 9. - Que le Seigneursoitla Lumière même. 33, 34., - Cet état sera aussi tel qu'il est décrit dans Esaie: (c Il
on le voi 1 dans Jean: « Il était la Lumiere véritable qui éclazre sortù'a un rameau du tronc de Ischaï,. la vérité sera la ceinture
tout homme venant dans le Monde. » - I. 9; - et ailleurs: de ses cuisses,. alors demew'era le loup avec l'agneau, et le léo­
<, Jésus dil: « Moi, Lumière, dans le Monde je suis venu, afin pard avec le chevreau couchera,. l'enlant à la mamelle jouera
que quiconque croit en Moi, dans les ténebl'es ne demeure point. » sur le trou de la vipère, et sur la caverne du basilic l'enfant se­
- XH. 46. - Que le Seigneur soit la Vérité même, on le voit dans vré la main meW'a,. cal' pleine sera la Terre de la science de
Jean: « Jésus dit : Moi je suis le chemin, la Ti érité et la Vie . .. JéhQvah, de même que les eaux la mer cou'l.:rent ; en ce jour-là
- XIV. 6. - Que le Seigneur sail la Vie éternelle, on le voit dans la racine de Ischaï les natl;ons chercheront, et sel'a Son l'epos
Jean: « Nous savons que le Fils de Dieu dans le Monde est venu, gloire.» - XI. 1, 5, 6 à 10.
afin que nous connaissions la Vérité, et nous sommes dans la
Vérité en Jésus-C 1/,1'ist,. Lui est le V1'ai Dieu et la Vie éternelle: " v
- 1 Épi!. V. 20. 21. - Acela il faut ajouter que l'homme, à cause
de ses affaires dans le Monde, ne peut s'acquérir les vérités de la La Foi sans la Charité n'est point la Foi, et la Cha1'ité sans la
foi qu'en petit nombre; mais néanmoins s'il s'adresse au Seigneur. Foi n'est point hl Cha1'ité, et l'une et r autre n'est vive que
tl L'adore Lui Seul, il vient en puissance de connaître toutes les par le Seigneur.
vérités; c'est pourquoi tout véritable adorateur du Seigneur, dès
qu'il entend quelque vérité de la foi qu'il n'avait pas connue aupa­ 35~, L'Église d'aujourd'hui a séparé la foi d'avec la charité, en
ravant, la voit aussitôt, et il la reconnaît et la re.;oit; et cela, parce disant que la Foi Seule, sans les œuvres de la loi, justifie et sauve,
que le Seigneur est en lui, et qu'il est, lui, dans le Seigneur; par et qn'ainsi la Charité ne peut pas être conjointe à la Foi, puisque la
conséquent le Seigneur est la Lumière de la vérité en lui, et il est, Foi vient de Dieu, et que la Charité, en tant qu'clle est actuelle
lui, dans la lumière de la Vérité; car, ainsi qo'i1 vient d'être dit, le. dans les œuvres, vient de l'homme; jamais ceci n'est venu il l'esprit
'Seigneur est la Lumière même et la Vérité même. Cela peut être d'aucun Apôtre, comme le montrent clairement leurs Épîtres; mais
confirmé pal' celle expérience: J'ai vu un Esprit qui, en société cette séparation et celle division ont été introduites dans l'Église

-, 1
462 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 463
Chrétienne, quand on a partagé Dieu Un en trois Personnes, et de choses spÙ"ituelles, comp?-endre, croire, embrasser, penser.
qu'on a attribué à chacune une égale Divinité. Qu'il n'y ait point de 'vouloir, commence/', achever, agir. opérer, coopére1', ou s'ap­
'- Foi sans la Charité, ni de Charité sans la Foi, et qu'il n'y ait de vie pliquer ou s'accommoder à la grâce, Oll (aire quelque chose
dans l'une et l'autre que par le Seigneur, cela sera illustré dan31e pour sa conversion soit pour le tout, pour La moitié ou pour la
Lemme suivant; ici, pour aplanir le chemin, il sera démontré: 1. plus petite partie. L'homme dans les choses spirituelles, qui
Que l'homme peut s'acquérir la (oi. II. Et aussi la Charité_ regal'dent le salut de l'âme, est comme la statue de sel de la
III. Et aussi la vie de l'une et de l'autl·e. IV. Mais que cepen­ femme de Loth, et semblable à une souche et à une pie1'1'e ]J1i­
dant l'ien de la Foi, l-ien de la Chm'ité, ni rien de la Vie de vées de vie, qui n'ont l'usage ni des yeux, ni de la bouche, ni
l'une et de l'autre ne vient de l'homme, mais que tout vient du d'aucun sens. Néanmoins il a la puissance de locomotion, ou il
Seigneur seul. peut gouve1'ner ses membres exte1-nes, aller dans les Assemblées
356. I. L'I'{Q!lInfE PEUT S'ACQUÉRIR LA For-: ceci a élé montré ci­ publiques, et tntendre la Pm'ole et l'Évanqile. 1) Ce passage est
dessus dans le troisième Lemme, N°S 343 11 348, et l'on ya vu que dans le Livre de l'Église des Evangéliques, appelée FORMULE DE
la Foi dans son essence est la vérité, et qne chacun peut acquérir CONCORDE, Édition de Leipsik, 1756, pag. 656, 658, 66t, 662,
des Vérités d'après la Parole, et qu'antant quelqu'un en acquiert et 663, 671, 672, 673: c'est sur ce Livre, et ainsi sur cette foi, que
les aime, autant il initie la foi en lui: à cela il sera ajouté que si jurent les Prêtres, qnand ils sont inaugurés_ Les Réformés ont une
l'homme ne pouvait pas s'acquérir la foi, toutes les choses qui ont semblable Foi. Mais quel est l'homme doué de raison, et ayant une
été commandées dans la Parole sur la foi seraient vaines; en effet, religion, qui ne rejetterait avcc mépris ces dogmes comme ahsurdes
on y lil, que la volonté du Père est qu'on ct'oie au Fils, et que et ridicules? car il dirait en lui-même: S'il en était ainsi, à quoi
celui qui Cl'Oit en Lui a la Vie étel'r.elle, et que celui qui ne servirait alol's la Parole, à qlloi serviraient la Heligion, le Sacer­
croit point ne vel'1'a point la vie: on y lit aussi, que Jésus en­ doce el la Prédication, sinon à quelque chose d'inutile ou à pro­
verra le Paraclet, qui accusera le Monde de péché, parce qu'ils duire des sons \'ains? Parle de ces dogmes à quelque païen doué de
n'ont pas cru en Lui; outre plusieurs autres passag-es qui ont jugement que tu voudrais convertir; dis-lui que tcl il doit être'
élé rapparIés ci-dessus, N°S 337, 338: de plus, tous les Apôtres quant à la conversion et à la foi, ne regarderait-il pas le Christia­
ont prêché la Foi, et c'était la Foi au Seigneur Dieu Sauveur Jésus­ nisme comme quelqu'un regarde un vase vicie? car ôle à un homme
Christ. A quoi bon toutes ces recommandations, si l'homme restait taule puissance de croire comme par soi, sérait-il alors lui-même
les bras pendants, comme une image taillée avec articulalions mo­ autre chose? Mais ce sujet recevra une lumière plus claire dans le
biles, et attendait l'influx, et qu'alors les articulations, sans qu'elles Chapitre sur LE LIBRE ARBITRE.
pnssent s'appliquer à recel'oir l'influx, fussent inlérieurement exci- _ 357. II. L'nmBtE PEUT S'ACQUÉRIR LA CHARlT:Il: c'est la même
tées 11 quelque chose n'apputenan.t pas à la foi? en effet, voici ce chose que pOUl' la foi; car qu'est-ce que la Parole enseigne de plus
qu'enseigne l'orthodoxie d'aujourd'hui dans le Monde Chrétien sé­ que la Foi et 13 Cbal'ité, puisqu'elles sont les deux essentiels du sa­
paré des Catholiques-Romains: Il L'homme quant au bien est en­ lut? En effet, on lit: « Tu aimeras le Seigne Ill' de tout ton CŒU?­
tièrement corrompu et mort, au point que dans la natw-e de et de toute ton âme, et ton prochain comme toi-même. )1 ­
l'homme, depuis la chute, il ne demeure ou ne l'este avant la l\fatth. XXII. 34 à 39; - et <1 Jésus dit: Un commandement je
,'égénémtion pas même une étincelle de (orces spirituelles, par vous donne, que vous vous aimiez les autres,. en cela tous con­
lesquelles il puisse par lui-même hre préparé à la gl'âce de naîtl'ont que mes disciples vous êtes, si de l'amour vous avez
Dieu, ou la saisir quand elle lui est offerte, ou être de lui­ les uns pour les autres. li - Jean, XIII. 34, 35, pareillement.
mhne ou pal' lui-même susceptible de cette grâce, ou, en (ait XV_ 9. XVI. 27. - Il est dit aussi, que l'homme doit faire des
464- LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 465
fruits comme un bon arbre; et que celui qui fait le bien sera ré­ ilveut, V[VIFIE. " - Jean, V. 21. - « Comme le Père a la Vie
compensé dans la résurrection; outre plusieurs autres préceptes en Lui-Mèm-e, ainsi il a donné au Fils D'AVOIR LA VIE EN LUl­
semblables: à quoi serviraient tous ces préceptes, si l'homme ne )ltME. Il - Jean, V. 26. - " Le Pain de Dieu est celui qui est
pouvait par lui-même exercer la Charité, ni se l'acquérir en aueune descendu du Ciel, et donne la VIE au Monde. » - JeaR, VI. 33.

manière? Ne peut-il pas faire des aumônes, secourir les indigents> - « Les paroles que Moi je vous adresse sont esprit et sont
faire le bien dans sa maison et dans son emploi? Ne peut- il pas Vie. » - Jean, VI. 63. - " Jésus dit: Celui qui Me suit aura
vivre selon les préceptes du décalogue? N'a-t il pas une âme d'a­ LA LUMIÈRE DE LA VIE. )) - Jean, VIII. 12. - « Moi je suis venu
près laquelle il peut faire ces préceptes, et aussi un mental ration­ 'pour qu'ELLES AIENT VIE, et qu'elles aient abondance'. " - Jean.
nel d'après lequel il peut se diriger, pour agir dans leI ou tel but? X. 10. - « Celui qui croit en Moi, quoiqu'il meure, VIVRA. »
Ne peut-il pas penser qu'il doit les faire, parce qu'ils ont été com­ - Jean, XI. 25. - « Moije suis le chemin) la vérité et la VIE. »
mandés dans la Parole, et ainsi par Dieu? Celte puissance ne man­ - Jean, XIV. 6. - (( PAHCE QUE ~IOI, JE VI~, VOPs AUSSI VOUS
que à aucun homme; si elle ne manque pas, c'est parce que le Sei­ VIVREZ. ) - Jean, XIV. 19. - « Ces choses ont été écrites, afin
gneur la donne à chacun; et il la donne comme une sorte de pro­ que la VIE vous ayez en son Nom. - Jean, XX. 31. - " Il est
priété; en effet, qui est-ee qui, en faisant la charité, sait autre chose, LA VIE ETERNELLE. » - 1Jean, V. 21. - Par la Vie dans la Foi et
sinon qu'i1la fail de lui-même. dans la Charité il est entendu la Vie spirituelle, qui est donnée par
308. m. L'HOmlE PEUT AUSSI S'ACQUÉRIR LA VIE DE LA FOI ET DÉ le Seigneur à l'homme dans sa Vie naturelle.
LA CHARITÉ: c'est encore la même chose; l'homme s'acquiert celte 309. IV. CEPENDANT mEN DE LA ["01, RIEN DE LA CHARITÉ, ?il RIEN
vie, lorsqu'il s'adresse au Seignenr, qui est la Vie même, et l'accès DE LA VIE DE L'UNE ET DE L'AUTRE NE V[ENT DE L'HOl\IME, ~[AIS TOUT
prèsdu Seigneur n'est fermè à aucun homme, cal' le Seigneur in­ VIENT DU SEIGNEUR SEUL: en effet, 011 lit qu'un homme ne pellt
vite continuellement tout homme à venirà Lui, pui~qu'il a dit: prendre rien, à moins qu'il ne lui ait été donné du Ciel, ­
" Quivient à Moi n'am-a point jaim) et qui Cl'Oit en _Moi n'aura Jean, Ill. 27. - Et Jésus dit: (1 Celui qui demeure en )l/oi, et
jamais soif; et celui qui vient à Moi je ne mettrai point de­ Moi en lui, celui-là porte du jruit beaucoup, car sans moi vous
/wrs. )).- Jean, VI. 35, 37. - Jésus se tint debout, et cria: Si ne pouvez faire rien. )) - Jean, XV. ;) ; - mais cela doit être
quelqu'un a soij, qu'il vienne à Moi, et qu'il boive, II - VII. 37. ainsi entendu, que l'homme pal' lui-même ne peut s'acquérir une
- Et ailleurs: " Semblable est le Royaume des Cieux à un Roi foi autre que la Foi naturelle, qui est la persuasion qu'ulle chose
qui fit des noces à son fils; et il envoya ses serviteurs pour ap­ est de telle manière parce qu'un homme d'autorité l'a dit ainsi, ni
peler les invités ;et enfin il dit : Allez vers les issues des che­ une charité autre que la charité naturelle, qui est une opération
mins, et tous ceux que vous trouverez, appelez-les aux noces. " pour faveur en vue de quelque récompense; dans cette foi et dans
- l\IaUh. XXII. 1 à 9; - qui ne sait ·que l'invitation ou la voca­ cette charité il yale propre de l'homme) et non encore la vie pro­
tion est universelle, et aussi la grâce de réception? Si l'homme, venant du Seigneur, mais néanmoins parl'une et par l'au tre l'homme
par cela qu'il s'adresse au Seigneur, obtient la Vie, c'est pal'ce que se prépare à être un réceptacle du Seigneur; et selon qu'il se pré­
le Seigneur est la vie même, non-seulement la Vie de la foi, mais pare, le Seigneur entre en lui, et fait que sa Foi naturelle devient
aussi la Vie de la charité; que le Seigneur soit la Vie, et que l'homme foi spirituelle, demême la Charité, et ainsi l'une et l'autre devien­
ait la vie par le Seigneur, on le voit d'après ces passages: " Au nent vivantes; et cela se fait lorsque l'homme s'adresse au Seigneur
commencement était la Parole; en Elle la VJE était, et la Vrn comme Dieu du Ciel et de la Terre. L'homme, ayant été créé image
était la Lumiè7'e des hommes.» - Jean, I. 1, 4: - « De m~me de Dieu, a été créé habitacle deDieu) c'est pourqUOI le Seigneur
que le Père resS't($cite les morts et vivifie, de même le Fils, qui dit « Celui qui a mes préceptes et les fait, c'est celui-lei qui
L ~
'66 LA VRAIE RELIGION CHRJ!:TIENNE. ' 4~7
aime; et Moi, je ['aimerai, et vers lui je viend,'ai, et demeure

'1J,f' <du Monde spirituel. autant il est da.ns la Foi et la Charité );piri­
chez luzje ferai.» - Jean, XIV. 21, 23. - Puis: « Void, je
tuelles; mais qu'autant il est dans la Lumière et la Chaleur qui p,ro_
. me tiens à la pOl'te et je frappe; si quelqu'un entend ma voix
cèdent du Soleil du Monde naturel, antant il est dans la Foi et'la
'- et ouvre la porte, j'enl1'erai vers lui, et je souperai avec lui, et Charité naturelles. D'après cela on voit qlle, de même que la Lu­
1ui avec Aloi. " - Apoc. Ill. 20. - De là suit celle conclusion. mière spirituelle est intérieurement dans la lumière n:uurelle comme
que selon que l'homme se prépare naturellement à recevoir le Sei­ dan·s son réceptacle ou dans sa gaine, et pareillement la Chaleur
gneu·r, le Sei~neur entre, et rend spiriLuelles eL ainsi vivantes tou­ Spirituelle dans la Chaleur naturelle, de même aussi la Foi spiri­
tes les choses qui sont intél'ieuremenL chez lui. Mais, vice versâ. tuelle est intérieurement dans ia Foi naturelle, et pareillement la
autant l'homme ne se prépare pas, autant il éloigne de lui le Sei­ Charité spirituelle dans la Charité naturelle; et cela se fait dans ce
gneur, et fait tout lui·même d'après soi, et ce que l'homme fait lui­ même degré que l'homme s'avance du Monde naturel dans le Moude
mème d'après soi, n'a rien de la vie en soi. Mais ce sujet ne peut pas spirituel, ct il s'avance selon qu'il croit au Seigneur, qui est la
'être présenté il la vue dans quelt{ue lumière, avant qu'ii ail été traité Lumière même, le C1Jcmin, la Vérité et la Vie, comme Lui-l\Iême
de la CHAIIITÉ ct du LIIJBE ARnlTfll';, eL sera vu plus tard dans le Cha­ l'enseigne, Puisqu'il en est ainsi, il est évident que, quand l'homme
pitre ~ur 1:1 nEfOlDIATlO~ et la REGt~El\ATlON. est dans la Foi spirituelle, il est alors aussi dans. la Foi naLurelle,
3GO, Dans ce qui pl'écède il a éLé dit que la Foi dans le commen­ car la Foi spirituelle, comme il a été dit, est intérieurement dans
cement chez l'homme est naturelle, et qu'elle devient spirituelle la Foi naturelle; et comme la Foi appartient à la lumière, il s'en­
scion que l'homme s'npproche du Seigneur, pareillement la Cha­ suit que par ceLLe insertion le Naturel de l'homme devient comme
rité; mais personne ne connaU encore la différence qu'il y a .diaphane, et que selon qu'elle est conjointe avec la chariLé, il de­
enLre la Foi ct la ChariLé naturelles et la Foi et la Charité vient d'une belle coloration; et cela, parce que la Charité'a en elle
spiri:uelles, c'est pourquoi ce grand Arcane vn êtré déco1lvert. une rougeul', et la Foi une blanclleur éclatante; la Charité a en
Il y a deux Mondes, le Naturel et le Spirituel, et dans l'un elle la rougeur d'après la flamme du feu spirituel, el la Foi la blan­
et l'autre Monde un Soleil, et de "un et l'autre Soleil procè­ cheur p.clatante d'après la splendeur de la lumière spil'ituelle. C'est
dent une Chaleur eL une Lumière; mais la Chaleur eL la Lumière le contraire lorsque le Spirituel n'est pas intérieurement dans le
procédant du Soleil du Monde spirituel olll en elles ln vie, la vie Nalurel, mais que le Naturel est intérieurement d:lns le spil'iluel,
leur rient du Seignelll' qui esL au miJieu de ce Soleil, tandis que la ai!Jsi qu'il arrive chez les hommes qui rejettent la foi et la charité;
Chaleur eL la Lumière procédant du Soleil du Monde naturel n'ont chez eux, l'Interne de leul' mental dans lequel ils sont quand ils pen­
en elles rien de la vie. mais servent de réceptacle aux deux pre­ sent, livrés à eux-mêmes, est infernal, et même ils pensent d'a­
mières, comme les causes insLrumentales en sel'\'ent aux causes pl'ès l'Enfer, quoiqu'ils ne le saeheut pas; el l'Externe de leur men­
priucipa\es, pour que ces deux-là paf'\'iennent aux hommes; i! faut 'tal, d'après lequel ils padent avec leurs compagnous dans le Monde,
don\; s3\'Oir que la Chnleur el la Lumière du Sole'l du Monde spiri­ est comme spillituel, mais il est rempli d'impuretés telles que celles
tuel sont la source d'où proviennent tom:. les spirituels, elles sont qui sont dans l'Enfer; c'est pourquoi ceux-ci sont dans l'Enfer;
'aussi spirituelles, parce que l'esprit et la vie sont en elles; mais la en effet, ils sont dans un état inverse respecLivement à ceux dont
chaleur et la lumière du soleil du l\Ionde naLurel sont la source d'où il a été parlé en p,'emier lieu.
proviennent tous les. nalUl'els, celles-ci considérées en elles-mêmes 361. Lors donc qu'on sait que lespiriluel esl intérieurement dans
sont saps esprit et sans vie. Maintenant, comme la Foi appartient à , le naturel chez ceux qui sont dans la foi au Seigneur, et en même
.la lumière, et la Charité à la chaleur, \1 est évident que, autant temps dans la charité à l'égard du prochain, el que par suile le Na­
l'homme est dans la 'Lumière et la Chaleur qui procèdent du Soleil turel chez eux est diaphane, il en résulte qu'on sait que l'homme

J_

468 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 469


est alors sage dans les choses spiri tuelles, et par suite sage aussi
dans les choses naturelles, car il voit intérieurement en lui quand il
VI.
nA~se, ou qu'il lit et entend quelque çhose, si cela est une vérité ou
Ylo~) ; il perçoit cela d'après le Seigneur, de qui la lumière et la
Le Seigneul', la Chm'ité et la Foi font un, comme la Vie, la Vo­
'- chaleur spirituelles influent dans la sphère supérieure de son en­ lonté et l'Entendement dans l'homme; et s'ils sont divisés,
lendelllent. Au tant chez l'homme la Foi el la Charité deviennent spi­ chacun est perdu, comme une perle réduite en pol,ldl'e .
. rituellès', autant l'homme est retiré du propre, et ne regarde ni
soi'-même, ni la récompense, ni la rémunération, mais seulement 362. Il faut d'abord faire mention de quelques vérités, qui jus­
le plaisir de percevoir les vrais de la foi, et de faire les biens de l'a­ qu'à présent ont été ignol'ées dans: le: Monde Savant et par suite
mour ; et autant cette spiritualité augmente, autant ce plaisir de­ dans l'Ordre Ecclésiastique, et tellement ignorées, qu'elles sont
vient béatitude; de là vient son salut, qui est appelé vie éternelle. comme des choses enfouies soUs terre, lorsque cependan t ce sont
Cet étal de l'homme peut être comparé aux choses qui dans le Monde des Trésors de Sagesse; et si ces trésors ne sont déterrés et don­
sont les plus belles et offrent le plus de charmes, et est aussi, dans nés au Public; c'est en vain que l'homme s'empressera de parvenir
la Parole, comparé à ces choses, par exemple, aux Arbres fruitiers, à quelque connaissance juste sur Dieu, sur la Foi, sur la Chal'Ïté"
et aux Jardins dans lesquels ils sont; aux Prairies émaillées de fleurs; et sur l'État de sa vie. comment il doit le diriger et le préparer
aux Pierres précieuses; aux l\Jets délicats; et aussi à de5 Noces, pOUl' l'état de ]a \'le éternelle. Ces vérités ignorées sont-celles-ci:
et alors aux Divertissements et aux Réjouissances. Mais quand c'est L'homme est un pur organe de la vie: La vie, avec tout ce qui lui
l'inverse, c'est-à-dire, quand le Naturel est intérieurement dans Je appartient influe du Dieu du Ciel, qui est le Seigneur: Il y a dans
Spiritul:Jl, et que par suite l'homme dans ses Internes est un Diable, l'homme deux facultés· de la vie, qui sont nommées la Volonté et
et dans ses Externes comme un Ange, alors son état peut être com­ l'Entendement; la Volonté est le réceptacle de l'amour, ct l'En­
paré à lin Mort dans un cercueil de bois précieux et doré; il peut tendement le réceptacle de la sagesse, et pal' conséquent aussi la
encore être comparé à un Squelette paré de vêtements comme un Volouté est le réceptacle de la Charité, et l'Enteudementle ,'écep­
homme, et porté dans un char magnifique; et aussi à un Cadavre tacle de la Foi: Toutes les choses que l'homme vcut, et toutes celles
dans un sépulcre bati comme le Temple de Diane: bien plus, son qu'il comprend, influent du dehors; les bieils qui appartiennent à
In terne peut être assimilé à un peloton de serpen ts dans une caverne, l'amour et à la eharité, et les vrais qui appartiennent à la sagesse
et son Externe à des papillons dont les ailes sont teintes de cou­ et à la foi, influent du Seigneur, et tout ce qui est contre ces biens
leurs de toute espèce, et qui cependant déposent de sales oeufs sur el ces nais influe de l'Enfer: Il a été pourvu par le Seigneur à
les feuilles des arbres fruitiers, d'où résulte la destruction des fruits. ce que l'homme sente en soi comme sien ce qui influe du dehors,
Enfin son Inlerne pout être comparé à un Éperviel', et son Externe et par suite le produise de lui-même comme sien, quoique rien de
à une Colombe, et sa Foi et sa Charité au vol de l'oÉpervier sur la cela ne soit il "Ji: Cependant cela lui est imputé comme sien, à
Colombe en fuite, qu'il fatigue à la fin, et alol's se jette sur elle et cause du LilJI'e r\.I'hitl'e dans lequel il ya son Vouloir et son Penser,
la dévore. et à cause du don des connaissances du bien et du vrai, d'après les­
quelles il peut librement choisir tout ce qui convient à sa Vie tem­
porelle et à sa "ie éternelle. L'homme qui regal'de d'un oeilloucbe.
ou du coin de l'oeil ces vérités, peut en conclure plusieurs choses
qui appartiennent à la folie; mais l'homme qui les regarde d'un
œil droil ou avec la pupille, peut en conclure un grand nombre de
4;"10 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 47i
choses qui appartiennent à la sagesse; pour arriver à ce résulta.t­ c'est-à-dire. avec tout son Divin Amour et toute sa Divine Sagesse,
ci et non à l'autre, il a élé nécessaire de présenler d'abord les ju­ ces deux constituent sa Divine Vie, voir ci-dessus, N°' 39, 40; car
gements et les dogmes qui concernent Dieu et la Divine Tl'inité, le Divin ne peut être divisé. Mais comment Dieu, avec toule sa
~t il sera nécessaire d'établir dans la suite les jugements et les Divine Vie, influe-t-il? On peut en quelque sorte le percevoir par
dogmes qlli concernent la Foi et la Chari lé, le Libre Arbitre, la ­ une idée semblable à ceBe par laquelle on perçoit que le Soleil du
'Réformation et la Régénéralion, l'Imputation, eL aussi la Pénilence, Monde avec Ioule son essence, qui consisle en cbaleur ~t lumière,
le Baplàme et la Sainte-Cène, comme moyens. influe dans chaque arbre, dans chaque fruit et chaque fleur, et dans
363. Mais pOUl' que cet Article de foi, qui est, « que le Seigneur, chaque pierre, tant commune que précieuse, et que chaque objet
la Charité et la Foi font un, comme la Vie, la Volonté et l'Enten­ puise sa dose dans cet influx commun, et que le Soleil ne pal'Iage
dement 'dans l'homme, et que, s'ils sont divisés, chacun esl perdu, pas sa lumière ni sa chaleur, et n'en dispense pas une partie il l'un
comme une perle réduite en poudre, soit Vil el reconnu comme­ et uneparlie à l'autre. Il en esl de même du Soleil dll Ciel, d'où
une vérité, il esl imporlant de l'examiner dans cel ordre; 1. Le procèdent le Divin Amour comme chaleur, et la Divine Sagesse
Seigneur avec tout son Divin Alnour, avec toute sa Divina Sa­ comme lumière, ces deux influent dans les mental~ humains,
gesse, ainsi avec toute sa Divine Vie, influe chez chaquè Iwmme. comme dans les corps la chaleur ct la lumière du Soleil du
II. Par conséquent il influe avec toute r Essence de la Foi et de ~Ionde, ct ils les vivifient selon la qualité de la forme, et chaque

l(l Charité. III. Mais ces choses sont 1'eçues par l'homme selon mental prend de cet influx comJlJun ce qui lui est nécessaire. C'est
sa (orme. IV. '01', l'homme qui divise le Seigneur, la charité et il cela qu'est applicable ce que dit le Seigneur: « Votre N:re lait
la foi, n'est pas llne fOl'me qui lW;Oit, mais il est une Im'me qui lever son Soleil sw' méchants et bons, et il (ait pleuvoir sur
détruit. justes et injustes. » -l\'Iallh. Y. 45. - Le Seigneur aussi est tout~
- 364. I. LE SEIC~~EUR AVEC TOUT SO:V DIV1~ AMOUR, AVEC TOUTE présent, et olt il est présent, il y est avec Ioule son Essence, et il
SA DIV,1l'Œ SAGESSE, AINSI AVEC TOUTE SA DIVINE VIE, INl'LUE CHEZ lui est impossible d'en détacher quelque chose, et d'en donner une
CHAQUE HO:.\DJE. Dans le LiV1'e de la Créalion on lil, que l'homme fut pal'tie à l'un et une partie à l'autre, mais illa donne tout enlière,
créé Image de Oieu, et que Dieu 50utlla dans ses iiarines une âme et il (lonne à l'homme la liberté d'en prendre peu ou beaucoup;
de vies. - Geu. 1. 27. II. 7; - par là il est décrit que l'homme il dit aussi qu'il a sa demeure chez ceux qui font ses préceptes, et
est un organe de la vie, et lIon la vie; en eifet, Dien n'a pu créf)r que les fidèles sont en Lui, et Lui en eux: en un mot, toules choses
un autre semblabie à lui; s'il l'avait pu, il y aurait autant de dieux sont pleir;es de Dieu, et de cetle plénitude chacun prenè. sa por­
que d'hommes; el il n'a pu créer la vie, de même que la lumière tion. Cela peut être comparé à chaque chose commune, par exem­
n,e peut non plus être créée, mais il a pu créer j'homme forme de ple, aux atmosphères el aux océans; l'almosphère est dans se~ rni­
vie, comme il a créé l'œil forma de lumière; Dieu n'a pu ni ne nima telle qu'elle est dans ses maxima,. elle ne dispense pas une
peut di"isel' son essence, car elle est une et indilisible. Puis donc partie d'elle-même pour la respiration de l'homme, pour le vol de
que Dieu seul est la vie, il s'ensuit indubitablement que de sa Vie l'oiseau, pour les voiles du navire ou pour les ailes du moulin,
Dieu vivifie chaque homme, et que l'homme sans cette vivification mais chacun en prend à sa mesure, et s'en applique autan! qu'il
sel'ait quallt à la chair une pure éponge, et quant aux os un pur est suffisant; cela peut alJssi êlre comparé à un grenier plein de
sgnellette, dans lequel il n'y aurait pas plus de vie qu~ dans upe blé; le possesseur y prend chaque jour sa provision, et ce D'est
horloge, dont le mouvement provient du pendille et en même­ p<;ls le grenier qui fait la distribution.
temps du poids 6u 4u re~sorl. La chose étant ainsi, il s'ensuit. en­ 365. II. PAR CONSÉQUENT U SEIGNEUR INFLUE CHEZ CHAQUE:
corel que Dieu influe chez chaqu~ hpmme avec toute sa Diyin~ Vie" HOM:llE AVEC TOUTE L'ESSENCE DE LA FOI ET DE I.A CHARITÉ: c'es
r

472 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 473


une conséquence du Théorème précédent, puisque la Vie de la Di­ pIe, par cel.'es-ci : Le son ne la voix et du langage de l'homme est
vine Sagesse est l'Essence de la foi, et que la Vie du Divin Amour est seulement entendu comllle un son simple, et cependant lorsque
l'EssèDJ<e de la charité; lors donc que le Seigneur est présent avec les Anges l'entendent, ils y perçoivent toutes les affections de l'a­
les choses qui lui appartiennent proprement, lesquelles sont la Di­ mour de l'homme, et ils en découvrent même la nature et la qua­
vine Sagesse et le Divin Amour, il est aussi présent avec tous les lité; que cela soit caché intérieurement dans le son, l'homme peut
vrais qui appartiennent à la foi, et avec tous les biens qui appar­ même en quelque sorte le percevoir par le son de celui qui parle
tiennent à la charité; car par la Foi il est entendu tout Vrai que avec lui, pal' exemple, s'il y a du mépris, ou de l'ironie, ou de la
l'homme, d'après le Seigneur, perçoit, pense et prononce, et par haine, et aussi s'il y a de la Charité, de la bienveillance, ou de l'al­
la Charité il est entendu tout Bien dont l'homme, d'après le Sei­ légresse, ou d'autres affections; de semblables cboses sont ca­
gneur, est affecté, et que par suite il veut et fail. Il a été dit chées dans le brI1tant de l'œil, lorsqu'il regarde quelqu'un. Cela
ci-dessus q\le le Divin Amour, qui procède du Seigneur comme peut aussi être illustré par les exhalaisons odoriférantes d'un vaste
Soleil, est perçu par les Anges comme Chaleur, et que la Divine Jardin, et par celles d'une grande prairie émaillée de fleurs; l'O­
Sagesse est perçue comme Lumière; mais celui qui ne peuse pas deur qui s'en exhale se compose de milliers et de myriades d'odeurs
au-del!l de l'apparence, peut s'imaginer que cette Chaleur est une différentes, et cependant elles sont senties comme une seule: il
Chaleur nue, et que cette lumière est une Lumière nue, telle que en est de même de beaucoup d'autres choses, qui, quoiqu'elles pa­
sont la Chaleur et la Lumière qui procèdent du Soleil de notre raissent uniformes il l'extérieur, sont néanmoins multiples à l'in­
!\Ioude, tandis que la Chaleur et la Lumière qui procèdent du Sei­ térieur; 1.es sympathies et les antipathies ne sont 311tre chose que
gneur comme Soleil contiennent dans leur sein toutes les Infinités. des exhalaisons d'affections provenant des mentaIs, lesquelles af­
(fui sont dans le Seigneur, la Chaleur toutes les Infinités de son fectent un autre selon les ressemblances, et prùduisent de l'aver­
Amour, et la Lumière toutes les Infinités de sa Sagesse, par con­ sion selon lcs dissemblances; quoiqu'elles soient innomhrables et
séquent aussi en Infinité tout bien qui appartient ~ la charité et ne soient senlies par aucun sen;; du corps, elles sont néanmoins
tout \'l'ai qui appartient à la foi; cela vient de ce que ce Soleil lui­ perçues par le sens de l'âme comme un, et c'est selon elles que se
même est présent partout dans sa chaleur et dans sa lumière, et font toutes les conjonctions et toutes les consociations dans le
de ce que cc Soleil est le Cercle le plus proche qui entoure le Sei­ Monde spirituel. Ces détails ont été donnés pour illustrer ce qui a
gneur, Cercle qui émane de son Divin Amour et en même temps été di.t ci-de~sus SUl' la Lumière spirituelle qui procède dn Sei·
de sa Divine Sagesse; car, ainsi qu'il a déjà été dit quelquefois, le gneur, à savoir, qu'il y a en eile toutes les choses de la Sagesse, et
Seigneul' est au milieu de ce Soleil. D'après ces explications, il est par suite loutes celles de la Foi, et que c'est d'après celle Lumière
main tenan t évident que rien ne s'oppose il ce que l'homme puisse que l'Entendement voit et perçoit analytiquement les ratioÎmels.
prendre du Seigneur, puisqu'il est tout-présent tout bien qui ap­ comme l'œil voit et perçoit symétriquement les naturels.
partient il la charité et tout vrai qui appartient il la foi. Que rien 366. III. CES CHOSES QlJI INFLUENT DU SEIGNEuR SONT REÇUES

ne s'y oppose, on Je voit par J'amour et la sagesse que les Anges UR L'HOmIE S,ELON SA FORME: ici par la forille il est ent.endu l'état
du Ciel reçoivent du Seig'neur, en ce que cet amour et cette sa­ de l'homme qllant il son amour et en même temps quant à sa sa­
g'esse sont ineffables, et incompréhensibles pour l'homme naturel, gesse, par conséquent aussi qllan~il ses affections des biens de la
et aussi multipliables éternellement. Que les Infinis soient dans la charité et en même temps quant il ses perceptions des vl'ais de la
Chaleur et la Lumière procédant du Seigneur, quoiqu'elles soient foi. Que Dien soit un, indivisible, et le même d'éternité à éternité.
aperçues comme chaleur et lumière simplement, c'est ce qui peut non le même simple mais infini, et que toute l'ariété vienne du su­
être illustré par diverses choses dans le Monde naturel, par exem­ jet dans leq.uel il est, c'e;;t ce qui a été montré ci-dessus; que la

Il
I!
474 LA VRAIE
RELIGION CHRÉTIENNE. 475
Forme ou l'état récipient produise les variations, on peut le voir
d'après la Vie des petits enfants, des eofan (s, des jeunes-gens, des garrés de très-belles couleurs, d'autres transmettent la ll,lmi~re
adultes et des vieillards; il ya dans chaclJn depuis la première en­ sans bigarrures, et d'autres l'absorbent et l'étouffent. Par oe peu
fance .j.w;qu'à la vieillesse la même Vie, parce qu'il y a la même d'exerpples on peut voir que, de même que le Soleil du Monde avec
âme, mais de même que son état varie selon les âges et les conve­ sa chaleur et sa lumière est également p,résent dans un objet comme
nances, de même aussi est perçue sa vie. La vie de Dieu est en dans un autre, mais que les formes récipientes varient ses opéra­
toute plénitude non-seulement chez les hommes bons et pieux, tions, de même le Seigneur d'après le Soleil du Ciel, ail milieu du­
mais aussi chez les hommes méchants et Impies, pareillement chez quel il est, avec sa chaleur fini dans son essence est l'amour, et
les Anges du Ciel et chez les Esprits de l'Enfer; la différence est avec sa lumi~re qui dans son essence est la sagesse, est également
que les méchants bonchent le chemin et fermen.tla po l'le, afin que présent daps l'un comme dans l'antre, mais que la forme de
Dieu n'entre point dans les inférieurs de leul' mental, tandis que l'homme, qui a a été intl'oduite par les états de sa vie, varie les opé­
les bons aplanissent le chemin et ouvrent la porte, et aussi invitent rations; que par conséquent ce n'est pas le Seigneur qui \
est cause
Dieu pour qu'il entre dans les inférieurs de leul' mental, de même que l'homme ne renaH point et n'est poin,t sauvé, mais que l'homme
qu'il y habi te dans les suprêmes, et ainsi ils formen t l'état de la vo­ lui-même en est cause. .
lonté pour \'illflux de J'amour et de la charité, et l'état de l'enten­ 367. IV. OR. L'HOMME QUI DIVISE LE SEIGNEUR, LA CHARITÉ ET
LA FOI, N'EST PAS UNE FOR~m QUI REÇOIT, MAIS IL EST 1',Œ FOHME
den.eut pour l'influx de la sagesse cl de la foi, par conséquent pour
QVI DÉTRUIT: eil'effet, celui qui sépare le Seigneur d'avec la Cha­
la réeeplion Je Dieu; mais les méchants metLent obstacle à cet in­
flux l'al' direrses convoitises de la chail' et diverses souillures spiri­ rité et la Foi, en sépare la vie, et lorsque la vie en a été séparée,
tuelles, qu'ils placent dessous, et ils emp'êchentle passage; Dieu, la charité et la foi ou n'existent pas ou sont des avol'lons; que le
néanmoills, réside dans leurs suprêmes avec toute sa Divine es­ Seigneur soi,t la vie même, on le voit ci-dessus, N° 308. Celui qui
sence, et leur donne la faculté de vouloir le bien et de comprendre reconnaît le Seigneur eL en s&pare la cIlarité, ne reconnaît le Sei­
le vrai, faculté que chaque homme possède, et qu'il n'aurait nul­ gneur que des lèvres; sa reconnaissance et sa confession ne sont que
lement, si la rie procédant de Dieu n'était pas dans son âme; que froides, il n'y a pas en elles la foi, puisqu'elles manquent de ['es­
les méchants aient aussi cette faculté, c'est ce qu'il m'a été donné sence spirituelle, car la charité est l'essence de la foi. Celui qui pra­
de savoir pal' un grand nombre d'expériences. Que chacun reçoive tique la Charité, et ne reconnaît pas la Seigneur, comme étant le
selOIl sa forme la vie qui procède de Dieu, cela peut être illustré Dieu du Ciel et de la Terre, un avec le Père, ainsi que Lui-Même
pal' des comparaisons :\\'ec les végétaux de tout genre: Chaque l'enseigne, ne pratique d'autre charité qu'une charité purement
arbre, ·chaque arbrisse,!!:, chaque arbuste, et chaque herbe, ret;oit naturelle, dans laq'lelle il n'y a pas la vie étel'nelle; l'homme de
l'influx de la chaleur PI de la lumière selon sa forme, ainsi nOn­ liÉglise sait que tout bien, qui est en soi le bien, vient de Dieu,
seulement les végétaux qui sont d'un lisage hon, mais aussi ceux par conséquent du Seigneur, c( qui est te vrai Dieu et la vie étel'­
qui SOlit d'un usage mauvais; et le Soleil avec sa c!:aleur ne change ne/le» - 1 Jean, V. 21 ; - il en est de même de la Charité, puis­
pas leurs formes, Illa.is les formes changent en elles-inêmes les ef­ que Je bien et 'Ia Charité sonl un. Si I:l Foi séparée d'avec la Cha­
fets du soleil. Il en est de même des sujets du Règne minéral; cha­ rité n'est pas la Foi, c'est parce que la Foi est la Lumière de la
cun d'eux, tant le précieux que le \'il, reçoit J'influx selon la forme vie de l'homllle, et que la Charité est la Chaleur de sa vie; si donc
du contexte des parties en lui, ainsi une pierre autl'ement qu'une la Charité est séparée d'avec la Foi, c'est comme lorsque la Cha­
autre pierre, un minerai autrement qu'un autre minerai, et un leur est séparée d'avec la Lumière; dès lors l'état de l'homme de­
métal <lutrement qu'un autre métal; quelques·uns d'eux sont bi- vient tel qu'est l'état du Monde dans la saison des frimats, quand
tout sur la, Terre est dans un état de mort; la Charité et la Foi,
476 LA VRAIE RELIGION CHRETIENNE. 477

pour que la charité soit charité et que la foi soit foi, ne peuvent de la foi, et la chair le bien de l'amour et de la charité; que le
pas plus être séparées que la Volonté et l'Entendement; car si sang ait cette signification, cela a été montré dans \' ApOCALYPSE
ceux-ci sont séparés, l'Entendement devient nul, et bientôt aussi REVELEE, N° 379; et quant à la chair, N° 832. La Charité et la
la Volonté; s'il en est de même de la Charité et de la foi, c'est Foi, pour que l'une et l'autre soit quelque chose, ne peuvent pas
parëeque la Charilé réside dans la Volonté, et la Foi dans l'En­ plus être séparées, que chez l'homme l'Aliment et l'Eau, ou le
tendement. Séparel' la Charité d'avec la Foi, c'est comme séparer Pain et le Vin, car l'Aliment et le Pain pris sans eau et sans vin
l'essence d'avec la forme; ùans le ~Ionde Savant on sait que l'Es­ distendent seulement le venlre, le ravagent comme masses indi­
sence sans la forme et la Forme sans l'essence ne sont rien, car il gestes, et deviennent comme une fange pourrie; l'Eau et le Vin
n'y a de qualité de l'Essence que par la Forme, et la Forme n'est sans Aliment et sans Pain distendent de même le ventre, et aussi
un être sub~istant que par l'Essence, par conséquent rien ne se les vaisseaux et les pores, qui privés ainsi de nounitnre amaigris­
peut dire de l'une ou de l'autre séparées l'une de l'autre; la cha­ sent le corps jusqu'il la mort; cette comparaison cadre encore,
rité aussi est l'essence de la foi, et la foi la forme de la charité. puisque l'aliment et le pain dans le sens spil'ituel signifient le bien
absolument, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, comme le Bien est l'es­ de l'amour et de la charité, et l'eau et le vin le vrai de la sagesse
sence du \Tai et le Vrai la forme du bien. Ces deux-ci, savoir, le et de la foi, voir l'ApOCALYPSE RÉVÉLÉE, N°' 50, 3t6, 7ï8, 932. La
Bien et Je Vrai, sont dans toutes et 9ans chacune des choses qui Charité conjointe à la foi, et la Foi réciproquement conjointe à la
existent essentiellement; c'est pourquoi la charité, parce qu'elle charité, peuvent être comparées au visage d'une jeune fille, qui est
npparlient au bien, et la foi, pal'ce qu'elle appartient au vrai, peu­ embelli par la rougeur et la blancheur convenablement mêlées en­
vent être illustrées par des comparaisons avec plusieurs choses semble; cette comparaison est encore exacte, puisque dans le
dans le Corps humain, et avec plusieurs choses sur Terre: Elles Monde spirituel l'Amour et par suite la Charité sont d'un rouge
peuvent être justement comparées al'ec la respiration du poumon enflammé d'après le feu du Soleil de ce Monde, et que la Vérité et
et avec le mouvement systolique du cœur, car la charité ne peut par suite la Foi sont d'un blanc éclatant d'après la lumière de ce
pas plus être séparée de la foi que le cœur ne peut être séparé Soleil; c'est pourquoi la Charité séparée de la foi peut être compa­
du poumon, puisque le mouvement du cœur cessant, aussitôt cesse rée à une face enflammée avec pustules, et la Foi séparée de la
la respiration du poumon; et la respiration du poumon cessant, charité peut être comparée à la face pâle d'un mort. La foi séparée
tous les sens sont en défaillance et tous les muscles restent de la charité peut aussi être comparée à la Paralysie d'un des côtés,
privés de l'action de mouvoir, et peu après le cœur anssi cesse nommée Hémiplegie, dont l'homme meurt quand elle prend de la
de battre, et le tout de la vie est dissipé; cette comparaison est consistance; elle peut encore être comparée à la Danse de st Vite
exacle, puisque le Cœur correspond à la Volonté et par suite aussi ou de st çuy, maladie produite chez l'homme par la piqûre de la
il la Charité, et la respiration du Poumon à l'Entendement et par tarentule; le rationnel devient semblable il un tel homme, il saute
suite allssi il la Foi; car, ainsi qu'il a été dit ci-dessus. la Charité comme lui avec fureur, et se croit alors vivant, et cependant il ne
résiùe dans la Volonté, et la Foi dans ['Entendement; il n'est pas peu t pas plus rassembler les raisons en un, ni pensel' sur les vrais
non plus entendu autre chose dans la Parole par le Cœur et l'Es­ spirituels, que ne le pourrait un homme couché dans un lit et op­
prit (souffle), La séparation de la Charité et de la Foi coïncide aussi pressé par un cauchemar. Ces explications suffisent pour la dé­
ayec la séparation du sang et de la chair, car le sang séparé de la monstration de ces deux Théorèmes de ce Chapitre; le Premier,
chair est un sang caillé (cruor) et devient sallie, et la chair sé­ que la Foi sans la charité n'est point la Foi, et que la Cha,'ité
parée du sang se corrompt successivement et des vers y nais~nt ; sans la foi n'est point la Charité, et que l'une et l'autre n'est
le sang aussi dans le sens spirituel signifie le Vrai de la sagesse et vive que pm' le Seignem': et le second, que le Sezgneur, la Cha­
~78 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 479
rité et la Foi font un, comme la Vie, la Volonté et l'Entende­ l'homme Spirituel peut penser à Dieu, el percevoir les choses qui
ment dans l'homme,. et que, s'ils sont divisés, chacun est perdu, sont de Dieu, et en outre il peut aimer Dieu et être affecté des
com~::une pe1'le réduite en poudre. choses qui sont de Dieu, d'où il suit qu'il peut être conjoint à Dieu.
Que l'homme puisse penser à Dieu et percevoir les choses qui sont
VII de Dieù, cela n'offre pas le moindre doute, car il peut penser à l'U­
nité de Dieu, à l'Être de Dieu qui est Jéhovah, à l'Immensité et à
Le Seignew' est la Charité et la Foi dans l'homme, et l'homme 'l'Éternité de Dieu, :m Divin Amour et à la Divine Sagesse, qui font
est la chm'ité et la foi dans le Seigneur. l'Essence de Dieu, à la Toute-Puissance. il la Toute-Science et à la
Toute-Présence de Dien; au Seigneur Sauveur son Fils, à la Ré­
368. Que l'homme de l'Église soiL dans le Seigneur, et que le demption et à la Médiation; puis aussi à l'Esprit Saint, et enfin à
Seigneur soit en lui, on le voit par ces passages dans la Parole: la Divine Trinité; toute choses qui sont de Dieu, et qui même sont
« Jésus dit: DEMEUl:EZ EN MOI, ET MOI EN VOus: Moi, je suis Dieu; et en outre aux Opérations de Dieu, qui sont principalr.ment
le Cep,. VOliS, les sarments " CELUI QUI DEMEURE EN MOI ET 1\101 la Foi et la Charité, sans parler d'un gra.nd nombre d'autres choses
EN LUI, celui-kt pm'te du fruit beaucoup. » - Jean XV. 4, 5. ­ qui procèdent de la foi et de la charité. Que l'homme puisse non­
cc Celui qui mange ma Chair et boi(mon Sang, EN MOI DE)IEURE, seulement penser à Dieu, mais aussi aimer DieiJ, on le voit dans
ET !\JOI ]<;)i' LL'I. }) - Je::n, VI, 56. - Cl En ce jow'-là vous connaî­ ces deux. commandements de Dieu' Lui-l\Iême: « Tu aÙ?W1'aS le
trez que Moi (je suis) dàns mon Père, ET VOUS EN MOI ET Mor Seigneur ton Dieu de tout ton CŒm', et de toute ton dme; c'est
EN VOUS. - Jean, XIV, 20. - « Quiconque a confessé que Jésus 'là le P1'emier et le Grand Cmnmandem,mt.,. le second lui est
est Fils de Dieu, Dieu demew'e en lui, et lui en Dieu. )) - 1Jean, ,sembtable: Tu aimeras ton prochain comme toi- même. » ­
IV. 15. - Or, l'homme ne peut lui-même être dans le Seigneur, l\latth, XXII. 3ï, 38, 39. Deutér. VI. 5. - Que l'homme puisse
mais ce qui est dans le Seigneur, c'est la Charité et la Foi, qui par faire les préceptes de Dieu, et que ce soit là aimer Dieu, et être' ai­
le Seigneur sont chez l'homme, et d'après lesquelles l'homme est mé de Dieu, on le voit par ces paroles: C( Jésus dit: Celui qui a
essentiellement homme. Mais pour que cet Arcane se montre dans mes préceptes et les fait, c'est celui-là qui M'aime,. 01', celui
quelque lumièl'e rlevant l'entendement, il va être développé selon qui ,:tl'aime sera aimé de lIlon Père, et Moi je l'aimerai, et je
cette série: 1. Il Y a avec Dieu une conjonction par laquelle Me manifesterai à lui Moi-Même.» - Jean, XIV. 21. -En outre,
l' homme a le salut et la vie éternelle. Il. La conjonction n'estpas qu'est-ce que la Foi, sinon la conjonction avec Dieu par les vrais
possible avec Dieu le Père, mais elleestpossibte avec le Seigneur. qui appartiennent à l'entendement et par suite à la pensée? et
et pm' le Seignew' avec Dieu le Pè1'e. III. La conjonction avec le qu'est·ce que l'Amour, sinon la conjonction avec Dieu par les biens
Seigneur est récip1'oque, c'est-à·dire que le Seignew' est dans qui appartiennent à la volonté et par suite à l'affection? La Con­
l'homme, et l'homme dans le Seigneur. IV. Cette conjonction jonction de Dieu avec l'homme est la Conjonction du spirituel dans
1'écipl'oque se fait par la charité et pm' la foi. Que cela soiL le naturel; et la Conjonction de l'homme avec Dieu est la Conjonc­
ainsi, on le verra clairement par l'explication qui suit. tion du naturel d'après le spirituel. C'est pour cette Conjonction-ci
369. I. IL y A AVEC DIEU UNE CONJONCTION PAR LAQUELLE. comme fin, que l'Homme a été créé Indigène du Ciel, et en même
,L'HO~nlE A LE SALUT ET LA' VIE ÉTERNELLE. L'homme est créé, 'temps Indigène du Monde; comme Indigène du Ciel il est spirituel.
'; pour qu'il puisse être conjoint à Dieu, car il est créé Indigène du et comme Indigène du l\londe il est naturel: si donc l'homme de- '
: Ciel, et aussi Indigène du Monde, et en tant qu'Indigène du Ciel il vient Spirituel-rationnel et en même temps Spirituel.:moral, il est
est spirituel, et en tant qu'Indigène du Monde il est naturel; or, 'conjoint à Dieu, et par la conjonction il a le salut et la vie éter­
,

'80 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 48{


nelle; mais si l'homme est seulement naturel-rationnel et aussi en. eux et Toi en Moi. - Jean, XVII. 22,23,26. - Jésus dit:
naturel-moral, il y a, il est vrai, conjonction de Dieu avec lui, mais Moi je sllis le Chemin, la Vérité et la Vie, perslJnne ne vient au
il n'y a pas conjonction de lui avec Dieu; de là il Y a pour lui la Père que par Moi; Il el alors Philippe. voulut voir le Père; le SeiT
morLspirituelle, qui considérée en elle-même est la vie naturelle gneur lui répondit: « Qui me voit, voit aussi le Père; et qui Me
sans la vie spirituelle; \Jar le spirilud. dans lequel est la' vie de connaît, connaît aussi le Pète. )) - Jean, XIV. 6, 7, el suiv. ­
Dieu, est éteinL chez lui. Et ailleurs: Qui me voit, voit Celui qui M'a envoyé. 1) - Jean,
(l

370. II. LA CONJONCTION N'EST PAS POSSIBLE AVEC DIEU LE PÈRE~ XII. 45. - El de plus il dit, qu'il est la POl'te, et que celui qui
MAIS ELU: EST POSSIBLE AVEC LE SEIG~EUR, ET PAIl LE SEIGNEUR enl1'e par Lui est sauvé, mais que celui qui monte'par un autre
AVEC DIEU LE PÈRE: c'est ce que l'Écriture enseigne, et ce que la endroit est un voleuret un larron, -Jean,X.t,9.-Etildit
Raison voit; l'Écriture enseigne que Dieu le Père n'a jamais été vu aussi, que cehd qui ne demeure point en Lui, sel'a jeté dehors,
ni entendu, et qu'il ne peut êtl'e ni vu ni entendu) que par consé­ et se1'a comme le sarment, qui devenu sec est jeté au feu. ­
quent par Soi-Même, tel qu'il est dans son Être el· dans son Essence. Jean, xv. 6. - La raison de cela, c'est que le Seigneur noll'e Sau­
il ne péut rien opérer chez l'homme; car le Seigneur dit: " Dieu, veur esl Lui-Même Jéhovah le Père dans une Forme hunlaine; car
pe'l'sonne ne fa vu, si ce'n'est Celui qui est chez le Pèl'e, Celui­ Jéhovah l'st descendu, et a élé fait Homme, afin qu'il püt 'appro­
ci a vu le Père. » - Jean VL 46. - « Le Père, personne ne le cher de l'homme, et que l'homme pût approcher de Lui, et qu'ainsi
connaît que le Fils, et celui à qui le Fils aum voulu le l·évéler. " il y eût ,~onjonclion, et par la conjonction salul et vie éternelle
- Matth. XI. 27. - " Ni la voix du Pèl'e vous n'avez entendu pOUl' l'homme; car lorslfue Dieu eut été fait Homme, et que par
jamais ni son aspect vous n'avez vu. » - Jean, V. 3ï ; - et cela, conséquent aussi l'Homme eut été fait Dieu, il a pu, élant ainsi ac­
parce qu'il est dans les Premiers et dans les Principes de toutes commodé, approcher de l'homme, el lui être conjoint comme Dieu­
choses, ainsi très-éminemment au-dessus de toute sphère du men­ Homme et Homme-Dieu. Il y a trois choses qui se suivent en ordre,
tal humain; car il est dans les Premiers et dans les Principes de )'Ar.èoMMODATlO~, l'ApPLlCAl'IO:'/ et la CO:"l.lO~r:l'ION; il faut qu'il y
toutes les choses de la Sagesse et de toutes celles de J'Amour avec ail AccomllJodation avant qu'il y ait Application, et il faut qu'il y
lesquelles il n'y a pour l'homme aucune conjonction; si donc Lui­ ait Accommodation et en même temps Application avant qu'il yalt
:&Iême approchait de l'homme, ou que l'homme approchât de Lui, Conjonction; l'Accommodation est venue du côté de Dieu, en ce
l'homme serait consumé et se fondrait, comme un morceau de bois qu'il s'est fait Homme; l'Application du côté de Dieu est perpé­
dans le foyer d'un grand miroir ardent, ou plutôt comme une sta­ tuelle, en tant que l'homme s'applique réciproquement: el selon
tue jetée dans le Soleil même; c;est pourquoi il a été dit à Moise que cela se fait, la Conjoncliol! se fait aussi, Les trois se suivent et
qui désirait ardemment voir Dieu, que l'homme ne peut voir Dieu procèdent dans leur ordre dans toutes et dans chacune des choses
et vivre, - Exod. XXXIII. 20. - Que Dieu le Père soit conjoint par qui dtlVienncnt UII el coe~istenl.
le moyen du Seigneur, on le voit par les passages qui viennent d'être 3i1. 1II. LA CONJO~CTION AVEC LE SEIG:'lEUR EST RÉCIPROQUE,
rapportés, que c'est non le Père, mais le Fils Un ique-Engendré, C'EST-A-DlRE QUE LE SEIGNEUR EST DANS. L'HOMME, ET I.'HU~I~IE
lequel est dans le sein du Père et a vu le Père, qui a exposé ct ré­ DANS LE SEIGNEurl. Que la conjonction s.Qit réciproqûe, l'~~criture
vélé les choses qui sont de Dieu et viennent de Dieu; et en outre l'enseigne, et la raison aussi le vOil: Le Seigneur, parlallL de sa
par ces passages-ci: " En ce jour-là vous connait1'ez que Moi Conjonction avec son Père, enseigne qu'elle est réciproqlJe, car il
Ge suis) dans mon Pè1'e, et vous en Moi et Moi en vous. " - Jean, dit à Philippe: Ne c1'ois-tu pas que Moi Ue suis) dans le Père.
(l

XIV. !O.- " Moi, la gloire que tu M'as donné, je la leur ai et que le Père est en Moi? Croyez-Moi, que Moi Ue suis) dans
.donnée, afin qu'ils soient un, comme nous un nous sommes) Moi le Père, et que le Père est en Moi. )) - Jean, XIV. 10, tt. ~
3i
482 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 483
" Afin que vous connaissiez et que vous croyiez que le Père est la Foi sont, que la Foi est donnée sans que l'homme fasse la moin­
en Moi et Moi dans le Père.) - Jean, X. 38. - (1 Jésus dit: dre chose pour l'obtenir, et que pour la recevoir il ne s'accommode
Père,.!!!} venue /'hew'e, glorifie ton Fils, afin qu'aussi ton Fils -et ne s'applique pas plus que ne le ferait une souche: ies Hypo­
Te glorifie. - Jean, XVIT. 1. - « Père, tout ce qui est Mien thèses sur le Libre Arbitre sont, que l'homme n'a pas même un
est Tien, et tout ce qui est Tien est Mien. » - Jean, XVII. 10. .grain de Libre Arbi tre dans les choses spiri tuelles. Mais afin que
- Le Seigneur dit la même chose de sa Conjonction avec l'homme, la Conjonction réciproque du Seigneur et de l'homllle, conjonctio.
3. savoir, qu'elle est réciproque; car il dit: (1 Demeurez en Moi et d'où dépend le saint du genre humain, ne soit pas plus longtemps
Moi en vous; CELUI QUI DEMEURE EN 1\101 ET i\Ior EN LUI, celui· là cachée et ignorée, la nécessité elle-Illême enjoint de la découvrir,
porte du fruit beaucoup . .. - Je:lll. XV, 4, 5. - « Celuiquimange ~e qui ne peur être lIlienx fait que par des exemples, parce que les
ma Chaù' et boit mon Sang, EN MOI DE~ŒUllE, ET i\fOI EN LUI. )1 exemples illustl'enL. Il y a deux. Réciprocations, par lesquelles se
- Jean. VJ, 56. - cc En ce jour là vous connaîtrez que Moi Ge fait la conjonction; rune est ALTER"IATIVE et l'autre estl\luTuELLE:
sllis) dans mon Père, ET voes EN i\fOI, ET MOI EN VOUS. Il ­ .Jean, la Réciprocation ALTERNATIVE par laquelle se fait la conjonction
XIV, 20. - k Celui qui fait les commandements de Clll'ist DE­ peut être illustrée par les animations du poumon; l'homme allire
!lIErllE M CHRIST ET CHRIST EN LUI. - 1 Jean, III, 24-. IV. i3, ­ l'air, et par n il dilate le Thorax, et peu après il renvoie l'air at­
« Quiconque aura confessé que Christ est le Fils de Dieu, DIEU iÏI'é, et par là il comprime le Thorax; celle attraction avec la dila­
Df3!EClIE EN LU ET LGI EN DIEU. -iJean,IV, 15. - Celuiquiell­ tation qui en est la suite se fait au moyen de la pression de l'air
tend ma voix et ouvre la porte, vers lui j'entrerai, et m SOUPE­ .selon·sa colonne, et ce renvoi avec la compression qui en résulte
nAr AVEC u r ET LUI AVEC Mor. .. - Apoc.llI. 20. - D'après ces ex­ se fait 3j.1 moyen des côtes d'après la force des lIluscles ; telle est
pressions expliciles, il est évident que la conjonction du Seigneur et la conjonction réciproque de l'air et du poumon, de laquelle dé­
de l'homme est )'éciproque, et puisqu'elle est réciproque. il s'ensuit pend la vie des sens et des mouvements de tout le corps, car la
nécessairement que l'homme doit se conjoindre avec le Seigneur, J'espiration cessant, il y a défaillance des sens et des mouvements.
pour que le Seigneur se conjoigne arec lui; et qu'autrement la con­ La conjonction réciproque qui se fait par alternatives, peut encore
jonction ne se fait pas, mais il y a éloignement et par suite sépara­ être illustrée par la conjonction du cœur avec le poumon et du
tion, non pas cependant du côté du Seigneur, mais du côté de l'hom­ ,p-oumon avec le cœur; le cœur, de sa cavité droite, répaud le sallg
me. Pour que cette conjonction réciproque ait heu, il a été donné à dans le poumon, et le poumon le reverse dans la cavi té gauche du
l'homme un Libre Choix, d'après lequel il pent entrer dans le che­ <cœur, ainsi se fait cette conjonction réciproque, d'où dépend ab­
min qui conduit au Ciel, ou dans celui qui mène en Enfer; de celle :solument la vie de tout le corps. Il y a une semblable conjonction
Liberté donnée à l'homme découle SJn réciproque, en ce qu'il peut (ju sang avec le cœur et du cœur avec le sang; le sang de tout le
se conjoindre avec le Seigneur, et qu'il peut se conjoindre avec le ~orps influe par les veines dans le cœur, et efilue du cœur par les
Diable; mais cette Liberté, quelle est-elle, et pour quelle cause a-t­ <trtères dans tout le corps, l'action et la réaction font cette con­
elle été donnée à l'homme? cela sera illustré dans la suite, quand jonction. Il y a entre l'embryon et l'utérus de la mère une sem­
il sera trailé du' Libre Arbitre, de la Pénitence, de la Réformation blable action et une sembrable réaction, par lesquelles persiste la
et de la Régénération, et de l'Imputation, On doit s'affliger de ce conjonction. Toutefois, ce n'est pas Hne telle conjonction réci­
que cette Conjonction réciproqne du Seigneur et de l'homme, quoi­ proque qui existe entre le Seigneur et l'homme, mais c'est une
qu'exprimée si clairement dans la Parole, ait néanmoins été igno­ conjonction mutuelle, qui se fait non par des actions et réactions.
rée dans l'Église Ch~étienne ; si eHe a été ignorée, c'cst à cause des mais par des coopérations, car le Seigneur agit, et l'homme reçoit.
Hypothèses sur la Foi et sur le Libre Arbitre; les Hypothèses sur du Seigneur l'action, et opère comme par lui-même, et qui plus

'1'1
L
!84 LA VRAIE
, RELIGION ·èHÊUÏTIENNE. '.i'85
est de lui-même d'après le Seign~ur; celte opération de l'homme d'hui que J'Église fait le Corps du Christ, èt que tl>'ut homme, ~n
d'après le Seigneur lui est imputée comme sienne, puisqu'il t:~t q'ui est l'Église, est dans qùelque Membre de ce Corps, selon Paul,
c?ntinuellement tenu par ·Ie Seigneur dans le Libre Arbitre; I~ - Éphés. r. 23.1 Cor. XII. 27. Rom. XiI. 4, 5. - Mais qu'est:ce
Libre AiPilre qui résulte de lil, c'est qu'il peut vouloir el qu'il peut que le Corps du Christ, sinon le Divin Bien el le Divin Vrai? cela est
penser d'après le Seigneur, c'est-à-dire, d'après la Parole, el aussi entendu par. les paroles du Seigneur dans Jean: « Celui qui mange
qu'il peut vouloir el penser d'après le diable, c'esl-il-dire, contre ma Chaù' et boit mon Sang, en Moi demell1'c, et, Moi en lui. » ­
)e Seigneur et la Parole; le Seigneur donne cette Liberté à l'homme,. VI. 56, - par la Chair du Seigneur, comme aussi par le Pain, il
afin qu'il puisse réciproquement se conjoindre, et par la conjonc­ est entendu le Divin Bien, et par Je Sang du Seigneur, comme aussi
tion être gl'atifié de la vie et de la béalitude éternelles., car sans la par le vin. il est entendu le Divin Vrai: que ce soit là ce qui est en­
conjonction réciproque il ne peut pas les recevOIr. Cette Conjonc­ tendu, on le verra dans le Chapitre sur la SAINTE CÈNE; il s'ensuit
tion réciproque, qui est Illutuelle, peut aussi être illustrée par dif­ que, autant l'homme est dans les Biells de la charité et dans les
férentes choses dans l'homme et dans le Monde :. Telle est la con­ Vrais de la foi, .aUlant il est dans le Seigneur et le Seigneur dans
. jonction de l'âme et du corps chez chalJ:ue homme; telle est la lui; car la conjonction avec le Se:gnenr eslulle Conjonclion spiri­
conjonction de la volonté et de l'acli~n, telle est celle cie la pen­ tuelle, et la conjonction spirituelle se fait uDiquement par la Cha­
sée el du langage; telle est aussi celle des deux yeux enlre eux, Tité eL par i:l Foi. Qlle la Conjonction du Seigneur et de l'Église, et
des deux oreilles eulre elle~, et des deux narines entre elles: que par conséquent du Bien et du Vrai, soit dans toules et dans cha­
la conjonction des deux yeux entre eux soit réciproque ;1 leur ·ma­ cUlJe des choses de la Parole, cela a été montré dans le Chapilre
nière, cela esl éviclent d'après le Nerf oplique, dans lequel les fibres sllr l'Écriture Sainte, N°S 248 il 253; et comme la Charité est le
provenant de l'un ct de l'autre Cerveau sont compliquées entre Bien, et la Foi le Vrai, il y a pal'tout dans la Pal'ole la Conjoll(',lion
elles, el ainsi compliquées tendent vers l'un et l'autre œil; il en est de la charité et de la foi. ftIaintenant, il r~sllite de ces explications
de même des oreilles el des narines. II ya une semùlable conjonc­ QUE LE SEIG~EUR EST LA CHARITE ET LA FOI DMiS L'HOMME, ET
tion réciproque-muluelle de la Lumière et de l'OEil, du Son et de QUE L'nOMME EST L\ CHARITÉ ET LA FOI DANS LE SEIGNEUR; car
l'Oreille. de l'Odeur el de la Narine, du Goùt et de la Langue, du le Seigneur est la Charilé et la Foi spiriluelles dans la Charité et la
Toucher el du Corps; car l'œil esl dans la lumière el la lumière .Foi naturelles de l'homme, et l'homme est la Charilé et la Foi na­
est dans l'œil, le son esl (Ians l'oreille Cl l'oreille est dans le son, turelles provenant de la Charité et Ile la Foi spirituelles du Sei­
l'odeur est dans la narine el la narine est dans l'odeur, le goùt est gneur, lesquelles conjointes font la Charité et la Foi spirituelles­
dans la langue et la langue est dans le goùt, le loucher esl dans naturelles.
Je corps el le corps esl dans le toucher. Cette con jonclion réci­
proque peul ~ussi êlre comparée arec la conjonlion du Cheval et VIII
du Char, du Bœuf el de, la Charrue, de la Roue et de la i\lacillne,
de la Voile et du Vent, de la Flùttl et de l'Air; en somme, il ya une La Chm'ité et la Foi sont ensemble dans les bonnes OEuv1'es.
semblable conjonction réciproque entre la Fin el la Cause, et entre
)a Cause et l'Effet; Illais exposer en parliculier chacune de ces con­ 373. Dans toute OEuvre qui procède lie l'homme, il y a l'homme
jonftions. réciproque,s, ce, n'est pas ici le ,lieu, car il faudrait pour. tout entier tel qu'il est quant au mental (animtts) ou tel qu'il est
ceJa un grand nom.bre de ,pages.. essentiellement; par le mental (animus) il est entendu l'affection
372. Iv. C~TTE CON,rONCTION R~CIPROQ(JE DU SEIGNEUR ET DE de son amour et par suite sa pensée, elles forment sa nature et en
L'HOMM;~ SE FAIT PAR, LA CHÀR1T~ ET PAR LA Fol. On sait aujour- ~énéral sa Vie; si nous considérons ainsi les œuvres, elles sont
1r

486 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 487


comme les miroirs de l'homme: cela peut être illustré par le'sem­ conséquent aussi comme l'homme Interne et l'homme Externe, et
blable chez les bêtes et chez les animaux féroces; la bète est bête, ceux-ci sont entre eux comme la Cause et l'Eflet, car les causes de
et l'animal féroce est animal féroce dans tous ses actes, le loup e~t
''\ toutes choses sont formées dans l'homme Interne, et tous les ef­
loup dans Lous les siens, le tigre est tigre dans tous les siens, le fets se font par suite dans l'homme Externe; c'est pourquoi la Cha­
renard est renard dans tOIlS les siens, et le lion est lion dans tous rité, parce qu'elle appartient à l'homme Interne, est le bien-vou­
~. les siens, pareillement le mouton et le chevreau dans tous les. loir, et les œuvres, parce qu'elles appartiennent 11 l'homme Ex­
leurs; il en est de même de l'homme, mais cellli-ci est tel qu'il est terne, sont le bien-faire d'après le bien-v6uloir. Mais néanmoins
dans son homme Interne; si dans cet homme il est comme un loup il y a une diversité infinie entre le bien-vouloir de l'un et celui de
ou comme un renard, tout œuvre de lui est intérieurement d'un l'autre, car tout ,ce qui est fait par quelqu'un en faveur d'un autre
loup 011 d'un renard, et vice versâ s'il est comme un mouton ou est cru profIuer, ou semble profluer du bien-vouloir ou de la bien·
.comme un agneau; mais qu'il soit tel dans toute œuvre qui est veillance; mais on ne sait pas cependant si les bienfaits viennent
sienne, cela ne se manifeste pas dans son hom.me externe, parc'e' de la Charité, et encore moins de quelle charité ils vienuent, si
que celui-ci, qui est changeant, est autour de l'homme Interne, c'est de la charité réelli' ou de la charité bâtarde ;cetle diversité
mais toujours est-il que cela y est caché intérieurement; le Sei­ infinie entre le bien-vouloir de l'un et celui de l'autre tire son ori­
gneur dit: (( L'homme bon du bon trésor de son cœur tù'e le bon, gine de la Fin, de l'Intention, et ainsi du Dessein (ce qu'on s'est
et l'homme mauvais du mauvais tl'ésor de son cœm' tire le mau­ PI'oposé) ; ces choses sont intérieurement cachées dans la Volonté
vais. » - Luc, VI. 45. - Et aussi: « Tout w'bre pm' son prO]Jl'e de bien-agir) la qualité de chaque "olonté vient de là ;, et la volonté
fruit est connu,. SW' des épines on ne cueille pas des figues, et cherche dans l'Entendemen t les moyens et les modes de 1)3I'venir
sur un buisson l'on ne vendangepas du raisin, » - Luc, VI. 44. à ses fins, qui sont les effets, et se met là dans la lumière, pour
- Que l'homme dans toutes et dans chacune des choses qui pro­ ,'oir, non-seulement les raisons, mais aussi les occasions quand et
cèdent de lui soit tel (ju'il est dans son homme Interne, c'est ce comment elle doit se déterminer en actes, et ainsi produire ses
qui se manifeste chez lui d'une manière frappante (ad vivum) après effets, qui sont les œuvres, et en même temps dans l'entendement
la mort, puisqu'alors il vit homme Interne, et non plus homme Ex­ elle se met en puissance d'agir; de là r~sulte que les œuvres ap­
terne. Qlre le bien soit dans l'homme, et que toute œUVl'e qui pro­ partiennent essentiellement à la Volonté, formellement à l'Enten­
cède de lui soit bonne, quand le Seigneur, la Charité et la Foi sont dement, et en actualité au Corps; ainsi dans les bonnes OEuvres
dans son homme Interne, cela va être démontré selon ceLle série: descend la Charité. Cela peut être illustré par la comparaison avec
I. La C1writé est le bien-vouloir, et les bonnes œuvres sont le bien un arbre: L'homme lui-même qllant à tout ce qui lui appartient est
faire rfapl'ès le bien-vouloir. II. La Charité et la Foi ne sont que comme l'Arbre, dans la semence duquel sont cachés pour ainsi
des choses mentales et caduques, si, quand cela es t possible, elles dire une fin, une intention et un dessein (]Jropositllm) de pro­ r
ne sont pas détel'minées en des œUV1'es, et n'y coexistent pas. III. duire des fruits; en cela la semence correspond à la Volonté chez
La Charité seule nepl'oduit pas de bonnes ŒllVl'es, et bien moins l'homme, dans laquelle sont ces trois choses, comme il vient d'être
encore la Foi seule, mais la Charité et la Foi réunies enp1'odui­ dit; ensuite la semence, d'après ses intérieurs pousse son jGt
sent. Mais chacun de ces poinls va être expliqué en particulier. hors de terre, se revêt de branches, de bourgeons et (le feuilles,
374. I. LA CHARITÉ EST LE BIEN-VOULOIR, ET LES BONNES OEu­ et ainsi se prépare des moyens pour les fins, qui sont les fruits;
VRES SONT LE BIEN-FAIRE D'APRÈS LE BIEN-VOULOIR. La Charité &t en cela l'Arbre correspond à l'Entendement chez l'homme; enfin
les OEuvres sont distinctes entre elles, comme la Volonté et l'Ac­ quand la saison approche, ct qu'il y a faculté de détermination, .
tion, et comme l'affection du l\'lental et l'opération du Corps, par' l'Arbre fleurit et produit des fruits; en cela il correspond aux
488 ·LA VRAIE RELIGlON (JiIR~TlENNE. 4139
bonnes OEuvres thez l'homme; que ces fruits appartiennent es­ queUe ne corresponde une autre chose dans le corp's ; et ceUe-èi.
sentiellement à la semence, formellenn!nt aUll bourgeons et aux qui correspond, peut être appelée l'incorporation de celle-là. C'est
feuilles, et en actualité au bois de l'arbre, c'est évident. Cela' peul pourquoi tant que la Charité et la Foi sont seulement dans le men­
encore être illustré par la comparaison avec un Temple; l'homme tal, elles ne sont point incorporées chez l'homme, et alors elles
est un Temple de Dieu selon Paul, 1 Cor. III. 16, 17. II. Cor. VI. peuvent être comparées il un homme aérien, qui est appelé fan­
16. Éphés. II. 21., 22 ; la fin, l'intention et le dessein sont le sa­ tôme, tel que les anciens avaient peint la Renommée avec un lau­
..- lut et la vie éternelle pour l'homme, comme Temple de Dieu; en rier autoul' de la tête et une corne d'abondance il la main; ceux
cela il y a cOI'respondance avec la volonté, dans laquel1e sonl ces qui sont dans cet état, élant de semblables fanlômes, et néan­
trois choses: ensuite l'homme puise les doctrinaux de la foi et de moins pouvant penser, ne peuvent qu'être agItés par des fantai­
la charilé chez ses parents, chez ses maîtres et chez les prédica­ sies, - 0e qui ~lTive aussi par des raisonnements d'après divers so­
teurs; et, (Iuand il possède son jugement, dans la Parole et dans phismes, - il peu près comme par le venl sont agités des roseaux
les Livres dogmatiques; toutes choses qui sont des moyens pour de marai&, sous les.quels dans le fond sont élendus des caquilla­
la fiu ; en cela il y a correspondance avec l'Entendement: enfin ar­ ges, ct il la super'Acie croassent des grenouilles; qui n.e peut voir
rive la détermination pour les lisages selon les doctrinaux comme qu'il en est ainsi, quand d'après la Parole on acquiert seulement
moyens, el elle &e fait par' des actes du corps, qui sont appelés quelques connaissances sur la charité et la foi, et qu'on ne les mel
bounes œU\Tcs; ainsi la fin par les Causes moyennes produit des pas en pratique? Le Seigneur dit aussi: (( QUICONQUE ENTEND MES
effets, qui appartiellllelll essentiellement à la fin, formellement aux PAROLES, ET LES FAIT je le compa?'erai a un homme prudent, qui
doctrillaux de l'Église, et en actualité aux usages: c'esl ainsi qiJe a bâti sa maison sur le 7'ocher; mais QUICONQI:E ENTEND MES
l'homme devient un Temple de Dieu. l'AROLES, ET NE LES FAIT PAS, sera compal'é a un homme insensé
375. II. LA CHARITË ET LA FOI NE SONT QUE DES CHOSES MENTALES qui. a bâti sa maison sur le sable, ou su?' la ten'e, sans fonde­
ET CADUQUES, SI, QUAND CELA EST POSSIBLE, ELLES NE SONT PAS M:­ ment.» - Matth, VII. 24, 26, Luc, VI, 47,48,49. - La Charité et
TERMI:'iÉES EN DES œUVRES, ET N'Y COEXISTENT PAS, L'homme nl'a­ la Foi avec leur& idées factices, quand l'homme ne les met pas en
t-il pas une Tète et un Corps, et n'y a-t-il pas conjonction de la Tête œuvres, peU\-enl aussi être comparées à des papillons dans l'air.
et du Corps par le Cou? N'y a-t-il pas dans la Tête un ~Jental qui qui sont altrapés et dévorés par un passereau aussitôt qu'il les
veut et pense, et dans le Corp>: une pllis~ance qui fail et exécule? voit; le Seigneur dit aussi: « Le semeu?' sortit pou?' semer; une
Si donc l'homme avait seulement le bien·vouloir ou le bien-penser partie tomba sm' le chemin battu, et les oiseaux vinrent, et ils
d'après la Charitt~, et qu'il n'etH pas le bien-faire, et que par suite la mangè7'ent, » - l\Jalth. XIII. 3, 4.
il ne fil pas des usages, l'homme ne serait-il p:lS comme une Têle 3ï 6. Que la Charité et la Foi ne sOient en rien avan tageuses pour
seule, et ainsi comme uo Menlal seul, qui seuls sans le corps ne l'homme, lorsqu'elles restent seulement dans lin hémisphère de
cpeuvent subsister? Qui ne "oit, d'après cela, que la Charité el la ·son corps, c'est-il-dire, dans sa Tête, et qu'elles n'ont point été ren­
'Foi ne sont. ni la charité ni la foi, lant qu'elles sont seulement dans dues stables dans des œuvres, on le voit dans la Parole d'après
'ia tèle et dans le mental et non dans le corps? car elles sont alors mille passages, dont je rapporterai seulement ceux-ci: « Tout
comme des oiseaux volant dans l'air sans aucun lieu de repos sur Arbl'equi NE FAIT PAS l'nUIT BON est coupé et dans le jell jeté. «
'la terre; el au~si comm'e des oiseaux prêts à pondre, qui, n'ayant - i\Jallh. lii. t9, 20,21.. - « Celui qui dans late7're bonne a été
point de nids, laisseraient'échapper leurs œufs dans l'air, ou les dé­ semé, est celui qui entend la Parole, et y est attentif; or celui­
.poseraient sur q'uelquebranche d'arbre, d'où ils tomberaient par la PORTE DU FRUIT ET FAIT; quand Jésus eut dit ces choses, il
terre el se casseraient. Il n'y a, dans le Men t'al, aucune chose à la- s'écria, en disant: Que celui qui a des oreilles pour entendre.
.,.

i90 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE, 491


entende. » Mauh. XIII. 23, 43. - " Jésus dit: Ma Mère et mes des images d'un Tabernacle ou d'un Temple dans l'air, qui ne sont
p'è1'es, ce sont ceux qui entendent la pm'ole de Dieu et qui LA que des Météores) et disparaissent d'elles-mêmes; et qu'elles sont
FONT. " - Luc, VIII. 21. -- « Nous savons que Dieu n'écoute P9int comme des Peintures sur un papier, que les mites consument; et
les pécheurs; mais si quelqu'un honore Dieu et FAIT SA VOLONTt, comme des Habitacles sur un Toit où il n'y a point de lit, et non
il!' écoute. » - Jean, XI. 31. - " Si ces choses vous savez, heu­ dans la maison. Maintenant, d'après ces explications, on peut voir
reux vous êtes, POl:RVU QUE VOUS LES FASSIEZ. J) - Jean, XIII. que la Charité et la Foi sont des choses caduques, lorsqu'elles ne
17. - « Celui qui a m.es préceptes et LES FAIT, c'est celui-là qui ) sont que mentales,~, quand cela est possible, elles n~_~0.Elp~s
M'aime, et lIfoije l'aimer'ai, et je Me manz!estemi à lui Moi­ ) déterminées en des œu~s, et n'y cQexistenlP'as.
Même, et vers lui je vieudrai, et demeure chez lui je (ercLi. " ­ 377. III. LA CHARITÉ SEULE NE PRODUIT PAS nE nONNES OEUVRES,
Jean, XIV. 15à ~1, 23. - «En ceciaétéglorifMMonPère, que ET BlF.N MOINS ENCORE LA FOI SEULE, MAIS LA CHARITÉ ET LA For
DU FRUIT BI!:AUCOUP VOUS PORTIEZ. )) - Jean, XV. 8, - « Ceux qui RÉUNIES EN PRODUISENT. La raison de cela, c'est que la charité sans
écoutent la Loi ne sont pas justifiés pal' Dieu, mais CCliX quilont la foi n'est pas la charité, et que la foi sans la charité n'est pas non
la Loi. II - R.om.lI. 13Jacq.1. 22. - « Dieu dans lejmu' de sa plus la foi, comme il a été montré ci-dessus, N°S 355 il 358 ; il n'y a
colère et de son juste jugement rendra à chacun SELON SES donc pas de Charité solitaire, ni de Foi solitaire, ainsi on ne peut
OEUVRES. » - Rom. Il. 5, 6. - « Il nous jaut tous pa?'aÎlre de­ pas dire que la Charité produise quelque bonne œuvre par elle­
vant le Tn'bunal de Christ, afin que chacun rapporte GE QU'IL même, ni que la Foi en produise par elle-même; il en est d~~e!a
A }'AIT PAR LE CORPS, CO:U~J l' IL J: A FAIT soit bzen, soit mal. » ­ comme ùe la Volonté et de \'En~end~mel1t, il n'y a pas de Volonté
II Cor. V. 10. - « Le Fils de l'Iwmme doit venir dans la gloire solitaire, elle ne proguirait rien, ni d'Entendement solitaire, il
de son Pèl'e, et alors IL REND flA A CHACUN SELON SE:; FAITS.1) ­ ne pro.Quirait rien non plus, mais~te l2~oduc!ion vient de l'un
Matth. XVI. ~7. - « J'entendis une voix du Ciel qui disait: Beu­
et de, l'autre ensemb)e, et se fait par l'Enlendement d'après la
r'eux les m01'ts qui dans le Seigneur meurent dès maintenant!
Volonté; s'il y a similitude, c'est parce que la Volonté est l'ha­
Oui, dit l'Esprit, afin qu'ils se reposent de lew's travaux, LEURS
bitacle de la charité, et l'EnlendèmtJnt l'habitacle de la (Qi; s'il
OEUVRES SUlVEl'iT AVEC EUX. » - Apoc. XIV. 13. - {( Un Livre
est dit Il bien moins encore la Foi seule,)) c'est parce que la Foi
(ut ouvert, qui est (le Livre) de ta vie, et jurent jugés les mOT'ts
est la vérité, et que son opération est de faire des vérités, et pa-rce
selon les choses qui avaient été écrites dans le Livre, TOUS SE­
que celles-ci éclairent la charité et les exercices de la charité; que
MN LEURS OEUVRES. » - Apoc. XX. 12, 1.3. - " Voici, je viens
les vérités éclairent, c'est ce qu'enseigne le Seigneur, en disant:
bientôt, et mu récOlnpelise avec ilfoi, afin que je donne ci chacun
" CELUI QUI FAIT LA VÉRITÉ VIENT A LA LUMIÈRE, afin que soient
SELON SON OEl'VRE.)) ...:.- Apoc. XXII, 12. - " Jéhovah dont les
manifestéesSès ':!!!:!Y.!-es, parce qu'en Dieu elles ont été faites. )
_ Jean, III. 21; - lors donc qu'un homme l'ail de bonnes œuvr~s
Il
yeux sont ouverts sur l,lutes les voies des hommes, pour donner

li chacun selon ses voies, et SELON J.E l''RUIT DE SES OEuVI\ES. » ­ selon les vérités, il les fait dans la lumière, c'est à-dire, avec in­
Jérém. XXXII. '19. - « Je ferai la visite SUT ses voies, et SES telligence et sagesse. La Conjonction de la Charité et de la Foi est
OECVHES ,lE LUI RÉTR\BliERAJ.
») - Ros. IV. 9. - "Jéhovah selon { comme le mariage du mari et de l'épouse; du mari comme père
nos voies, et SELON NOS OEUVRES, A AGI AVEC NOUS. )) - Zach. I. et de l'épouse comme mère nailisent toules les lignées nalurelles ;
6; - et en outre d:ms nlille antre passages. D'après cela, on peut pareillement de la Charité comme père et de la Foi comme mère
voi., que la Cbarilé et la Foi ne sont ni la charité ni la foi, avant ( naissent toutes les li nées ~p'irituelles, qui sont les connaissances
{ d'êtr~ d~nsJ~~s, et que si elles sont seulement au-dessus 2
) du bien et du vrai; d'après ces connaissances est connue la géné­
des œuvres dans l'Étendue, ou dans le Mental, elles sont comme ration des familles spirituelles; dans la Parole aussi, dan:) le sens

l!
'4'92 LA VRAIE RELlGlON CHRÈTIENNE. 493
spirituel, par le l\J3ri et le Père il est signifié le Bien de la Charité, c~andises d'un très-grand prix, qui, en sortant du port, a été allssi-.
('et par l'~pouse et la Mère I~ Vrai de la Foi; .d'après cela" il est en­ tôt battu par la t~lllpête, el. peu après englouti dans la mer, et
) core éVIdent flue la Chanté seule et la FOI seille ne peuvent pa~ alors ses marchandises ont. été en partie gâtées par les eaux, et en
1
;
produire de bonnes œu\'res, de même qu'un mal'i seul 'et une parti mises en pièces par les poissons. Que l'Itglise Chrétienne
épouse seule ne peuvent pas avoir d'enfants. Les vérités de la fbl dès son enfance ait été aillsi agitée et déchirée, on le voit d'a­
non-seulement éclairent la charité. mais encore elles la qualifient, Vrès l'Histoire Ecclesiastique; par exemple, dès le temps même
et, de plus elles la nourrissent; j'homme donc qui a la charité, sans des Apôtres, par SI~ION, qui était Samaritain de nation, ell\lagicien
la
avoir les vérités de foi, est comme celui qui se promène dans un de profession, - Act. Apôt. VIII. 9, et suiv. ; - el aussi par HUlE­
.lardin pendant la nuit, et prend dès frtlits aux arbres, sans savoir NIEUS et PHILETUS, dont parle Paul dans l'Épître Il à Thimothée ;
s'ils sont d'un bon ou d'lin mauvais usage, Puisque les vérités de la puis encore par NICOLAUS, qui a donné son nom aux Nicolalles, dont
foi non-seliïemênt éclairent la clià-rité;" mais encore la qualifient, il e&t parlé dans l'Apocalypse, -11.6, et dans les Acles, VI. 5; ­
ainsi qu'il :1 été dit, il s'ensuit que la charité, sans les vérités de la et, en outre par CERIi'lTHUS. Après les temps des Apôtres, plusieurs
foi, est comme un fl'llit Sans suc, comllle une figue desséchée, et autres s'élevèrent, par exemple, les MAIIClOi'llTES, les NOETIENS,
comme lin raisin après que le vin en a été exprimé: et puisque les VALEKTINIENS, les ENCRATITES, les CATAPIIRYGES, les QUARTO­
les vérités nourrissent la charité, comme il vient aussi d'être dit, DÉCIMANS, les ALOGIE:"S, les CATHARES, les ÛRI(;EKISTES ou AOA­
il s'ensuit que si la charité est sans les vérités de la foi, elle n'a MAi'\1ïNS, les SABELLIENS, les SAMOSATEENS, les ~IA1\ICHÉE1\S, les
pas d'autre nourriture, q~e celle qu'aul'ait un homme en mangeant l\fÉLÉTlENS, et enfin les AIIIEi'lS. Après les temps de ùeux-ci, dés
du pain brùlé et en buvant j'eau cOl'rompue d'un marais. phalanges d'Hérésiarques envahirent aussi l'Église, par exemple,
DONATISTES, les PIIOTINIENS. les ACATlEi'\S, ou SEm-ARïENS,
les El)NO)llENS, les l\JACÉOO1\JENS, les NESTORIENS, les PHÉDESTI­
IX. NAT/ENS, les PAPISTES, les ZWINGLIENS, les A:>ABAPTISTES, les
SWENCKFELDJENS, les SYi'iEIIGISTES, les SOCIi'lIENS, les ANTITRINI­
Il Y a la Foi vraie, la Foi Mtal'de et la Foi hypocrite. TAillES, les QUAKERS, les HER1\IIUTERS, outre plusieul's autres; el
enfin sur ceux-ci prévalurent LUTHER" i\lÈLANCHTON et CALVIN,
378. L'Église Chrétienne dès son berceau, a commencé à être dont les dogmes règnent aujourd'hui. Les causes de tant de dé­
infestée et déchirée par des schismes et des hérésies; et, dans la' chirements et de séditions dans l'Église sont prinùipalemenl les
suite du lemps,iI être blessée et lacérée, il peu près comme on lit trois suivallles: La PIlE~lIÈIIE, c'est que la Trinité n'a pas été com­
que le fut l'homme qui, en descendant de Jérusalem à Jéricho, fut prise; la SECONDE, qu'il n'y a eu aucune connaissance juste du
atlaqué pal' des "oleurs, lesquels, après l'avoir dépouillé et cou­ Seigneur; la TROISIÈ~IE, que la Passion de la croix a élé prise pou r
vert de plaies, le laissèrent demi-mort, - Luc, X. 30. - De lil, il III Rédemption même. Tant qu'on connaît mal ces trois Points, qui
arl'Îva cc qu'on lit de celle Église dans Daniel: " Enfin sur toi­ cependant sont les Essentiels mêmes de la Foi, d'après laquelle
seau des abominations Sera la désolation, et jusqu'à la consom­ l'Église a l'existence et est nommée Église, on ne peut qU,e tourner
mation et à la décision elle se répandra sw' la dévastation . ...­ à, gauche et en divers sens, et enfin dans le sens opposé, toutes les
XL 27 ; - et selon ces paroles prononcées par le Seigneur: « AI07'S choses de la foi; et, arrivé là, croire néanmoins qu'on est dans la
viendra la fin, quand vous verrez l'abomination de la désola­ vraie Foi en Dieu, et d~ns la Foi de toules les Vérités de Dieu. Dans
tion,prédite par D-anielle Prophète, .. - ~Ialth. XXIV. n, HL - ­ ce cas on res~emQle, à ceux qui se couvrent le,s yeux d'un ban­
Le sorl de celle Église peut être comp:lré il un Navire chargé de m3'r- deau, et ;'irnaginen t, marcher e,n droit~ ligne, et cependanl à clia­
494 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 495
que pas ils s'écartent de la direction, et tournent enfin à l'opposé, donné l' œUV1'e du ministère pour r édification du CORPS nu
où est une caverne dans laquelle Hs tombent. Mais l'homme de CURIST, jusqu'à ce que nous soyons parvenus tous à l'UNITÉ DE
l'Église ne peut être ramené de son erreur dans le chemin du vrai. LA FOI, et de la connaissance du Ftls de Dieu, et à l'1wmme par­
à moins qu'il ne sache ce que c'est que la FOÏ'Yraie, ce que c'est Iait dans la mesure de l' dge de la plénitude de Clwist. Il ­

que la Foi bâtarde, et ce que c'est que la Foi hypocrite; cela va Éphés. IV. 4, 5, 12, 13. - Que la Foi vraie, qui eSlunique,
par conséqucnt, être démontré dans ces propositions: I. La Foi soit la Foi au Seigneur Dieu Sauveur Jesus-Christ, cela a été
vraie est unique, c'est la Foi au Sezgnew' Dieu Sauveur Jésus­ pleinement montré ci-dessus, N°S 337, 338, 339. Que la Foi vraie
CIll'ist, et elle demeure chez ceu,x qui cl'oient qu'il est le fils de soit chez ceux qui croient que le Sei gneur est le Fils de Dieu, c'est
Dieu, le Dieu du Ciel et de la Terre, et un avec le Pere. IL La parce que ceux-là croient aussi qu'il esl Dieu, el que la foi n'est
Foi bâla?'de est toute Foi qui s'éloiqne de la vraie Foi qui est la foi qu'autant qu'elle est 1:1 foi en Dieu; que ce point de foi
uniqu~, et elle demeure citez ceux qui montent par un autre soit le principal de toute les vél'Ïtés qui entrent dans la foi et la
endroit, et l'egardent le Seignew' non comme Dieu, mais seule­ formenl, on le voit par les paroles du Seigneur à Pierre, quand
ment comme homme. III. La Foi hypocrite n'est point une Foi. Pierre lui a dit: TOI, TU ES LE CHRIST, LE FILS DIEU VIVANT:
379. 1. LA For VRAIE EST UNlQUE, C'EST LA FOI AU SEIGNEUR DIEU Tu es hew'eu.x, Simon; Je te dis: Sur ce Rocher je bâtirai
SAUVEUR .1i~SUS-CHIUST, ET ELLE DEMEURE LHEZ CEUX QUI CROIENT mon Église et les po~·tes de l'Enfel' ne jJl'évaudl'ont point contre
QU'IL EST LE FILS DE DIEU, I.E DLEU DU CIEL ET DE LA TEKRE, elle. -Matth. XVl.16, 17, '18; - par le Rocher, ici comme
Il

El' UN AVEC LE PÈRE. Que la Foi vraie soit unique, c'est pal'ce que ailleurs dans la Parole, il est entendu le Seigneur quant au Divin
la foi est la vérité, et que la vérité ne peut être ni brisée, ni cou­ Vrai, et aussi le Divin Vrai pl'océdanl du Seigneur; que ce Vrai soit
pée en ùeux de sorte qu'une partie tourne il. gauche et l'autre à le Principal, et comm e un diadème sur la tête et comme un sceplre
droite, et demeurer la vérité: la Foi, dans le commun Sens, se com­ dans.la main du Corps du Chrisl on le voit par les paroles ùu Sei­
pose de vérités innombrables, car elle en est le complexe; mais ces gneur, que sur ce Rocher il b;Hira son Église, et que les l'orles de
IOnombl'ables vérités font comme un seul Corps, et dans ce Corps l'Enfer ne prévaudront pas contre elle; que tel soit ce point de foi,
il y a des vérités qui font ses membres, les Hnes font les membres on le voi l encore par ces paroles dans Jean: " ·Quiconque aura
qui dépendent de la poitrine, comme les bras et les mains, d'autres confessé que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et
font cellx qui dépendent des lombes, commes les pieds et les plantes lui en Dieu. » - Epît. IV. 15. - Outre cel indice caractéristique.
des pieds; mais les vérités intérieures fon t la Tête, et les véri lés qu'on est dans la foi vraie qui eSlnnique, il en est encore un autre,
qui en procèdent le plus près fonl les Sensoria qui sont dans la c'est qu'on croie que le Seigneur est le Dieu du Ciel et de la Terre;
face; si les vérités intérieures font la Têle, c'est parce que. quand ~e\ui-ci est une conséquence du précédent, qu'il esl\e ms de Dieu,
l'Intérieur est nommé, il est entendu aussi le Supérieur; car ùans et de ces passages, « Qu'en Lui réside toule la plénitude de la
le Monde spirituel tous les intérieurs sont aussi des supérieurs, il Divinité. » - Coloss. II. 9; - " Qu'il est le Dieu du Ciel et de
en est ainsi des trois Cieux; l'Ame et la Vie de ce Corps et de Lous la Terre. Il - ~Iatth. XXVIII. 18; - « Que toutes choses du
ses membres, c'est le Seigneur Dieu Sauveur; c'est de là que l'É­ Père sont à Lui.» - Jean, III. ~5. XVI. 15. - Le troisième In­
glise a élé appelée par Paul le Corps du Christ, et que les hommes dice que ceux qui croient au Seigneur sont inlérieurement dans
de l'Église, selon les états de la charité et de la foi chez eux,en font la foi en Lui, ainsi dans la vraie foi qui est unique, c'est qu'ils
les membres; que la foi vraie soit unique, Paul l'enseigne aussi en croient que le Seigneur est un avec Dieu le Père; qu'il soit un avèc
ces termes: " Il Y aun seul Corps et un seul Esprit, un seul Dieu le Père, et qu'il soit lui-même le Père dans l'Humain, cela
Seignew', UNE SEULE FOI, un seul Baptême, un seul Dieu: il a a élé pleinement montré dans le Chapitre sur le Seigneur et sur la
J\ELIGION CHRÉTIENNE. 4~7
~~6 LA VRAJE
380,. LA FOI BATARDE EST TOUTE fOI UUI S'ÉLOIGNE DE LA VRAIE
Rédemption, et on le voit clairement par les paroles du Seigneur FOI QUI EST UNIQUE, ET ELLE DEMEURE CHEZ CEUX QUI MONTENT PAR
Lui-Même, « que le Père et Lui sont un. » - Jean, X, 30; ­ UN AUTRE ENDROIT, ET REGA1UlENT I.E SEIGNEUR NON COMME DIEU,
• que le Père est en Lui et Lui dans le Père. » - Jean, X. 38. liAIS SEULEMENT COMME HOMME. Que la Foi bâtarde soit toute foi
XIV. 10, t 1 ; - et en ce qu'il a dit à, ses disciples, " que dès li qui s'éloigne de la vraie foi qui est unique, cela est évident pal' soi­
, présent ils avaient vu et connu le Père, » et qu'il regarda Phi­ même, car la foi unique étant le vrai, il s'ensuit que ce qui s'en
lippe et lui dit, « que maintenant il voyait et connaissait le éloi~ple n'est point le vrai; tout bien et tout vrai de l'i~glise sont
Père. » - Jean, XIV. 7, et suiv, - Que ces trois Points soient des propagés par le mariage du Seigneur et de l'Eglise, ainsi tout cc
Témoignages Cdractéristiqnes q[l'on est, dans la foi au Seignenr, qui est essentiellement charité et essentiellement foi provient de ce
ainsi dans la vraie foi qui est unique, c'est parce que tous ceux qui mariage, mais tauLe chose de la charité et de la foi, qui n'en pro­
s'adress.ent au Seigncur ne sont pas dans la foi en Lui, car la vraie vient pas, est sorti non d'un lit légitime, mais d'un lit illégitime,
foi est interne et en même temps externe; ceux chez qui sont ainsi soit d'un lit ou mariage polygamique, ~oit d'un lit adultère;
ces trois choses précieuses de la foi sont tant dans les internes d'un lit polygamique sort tOlite foi qui reconnaît le Seigneur, et
que dans lcs externes de cette foi, ainsi elle est non-seulement un adopte les faux des hérésies; et (l'un lit adultère sort la foi qui re­
trésor dans leur cœur, mais encore un objet pr('cieux d:lIls leur connaît trois Seigneurs d'une seule Église, car elle est ou comme
bouche; il en est tout autrement chez ceux qni ne Le reconnaissent une prostituée, oucomme une femme qui est mariée à un seul homme.
pas pour Dieu du Cicl et de la Terre, ni camille Un avec le Père, et loue ses nuits à deux autres hommes, el qui, lorsqu'elle couche
cellx-ci intérieurement regardent aussi vers d'antres Dieux, aux· avec e~x, donne à chacuull.! nom de m:Iri : de là vient que l'~e et
quels appartient une semblable pui~sance, mais ils croient que l'aulre foi est nommée bâtarde; le Seigneur ùans be:lIIcoup de pas­
celle puissance doit être exercée par le Fils, soit comme Vicaire, sages appelle adulLèrcs, ceux qui professent la foi bâtarde, ct ce
soit comme ayant mérité, 11 cause de la Rédemption, de régner sur 5Qnt aussi eux qu'il entend par les voleurs et les lanons dans ,Iean :
cellX qu'il a racllell\s; mais ccux-Ià brisent la vraie foi par la divi­ « En Vé1'ité, je vous dis: Celui qui n'entre pas par la porte
sion de l'unilé de Dieu, et lorsqu'elle a élé brisée, il n'y·a plus de dans ta Bergerie, MAIS QUI MONTE PAR UN AUTHE ENDROIT, celui-là
-foi,il y a seulemenLUïlfantôme de foi, qui vu naturellenlent parait est un volettr et un larron. Moi, je suis la Porte, pal' Moi si
comme une image de la foi, mais qui vu spiriLUellement devient quelqu'un entre, il sera sauvé. )1 -X. l, 9 ; - entrer dans la
une chimère: qui peut nier que la vraie foi ne soit la foi en un Bergerie, c'est entrer dans l'Eglise, et c'est allssi entrer dans le
selll Dieu, qui est le Dieu du Ciel et de la Terre, par conséquent Ciel; que Ce soit aussi enlrer dans le Ciel, c'est parce que le Ciel et
en Dieu le Père dans une forme humaine, ainsi la foi au Sei­ l'Église font un, et qu'il D'Y a que l'Eglise qui fasse le Ciel; c'est
gneul'? ('es trois Caractères, Témoignagc~ et Indices que la Foi ail pourquoi, de même que le Seigneur est le Fiancé et le Mat'j dc
Seigneul' est la foi même, sont· l'omme les pierres de touche par l'Eglise, de même aussi il est le Fiancé et le Mad du Ciel. La légi­
lesquelles on cannait l'or et l'argent; ils saut ans",i comme des timité ou l'illégitimité de la foi peut être découvcrte et connue ()ar
pierres ou des poteaux dans les chemins, et ils montrent la route les tr~iS indices dont il a été padé ci-dessus, qui sont la reconnai'~­
qui conùuit an Temple où le seul et \Tai Dieu est 3doré; ils sont sance du Seigneur pour Fils de Dieu, la reconnaissance du Seigneur
encore comme sont Slll' d~s rochers en. mer les fanaux d'nprès les­ pour Dieu du Ciel et de la Terre, et la reconnaissance qu'il est un
quels I~s marins pendant le~ nuits savent où ils sont, el par quel avec le Père; aulant donc une Foi s'éloigne de ces trois esséntfê1'8,
ven~ ilsdoiyent diriger les navires; le Premier caractère de la foi, autant elle est bâtarde. La foi bâtarde et en même temps adultère
à savoir, que le Seigneu~ est le Fils du Dieu, viva.n t, est comme est chez ceux qui regardent le Seigneur non
éomme- Tiiëu:nïa'is seu­
l'É!oile du ,matin pour tous CaUlt qui entrent dans son Eglise. l ~
~98 LA VRAIE RELIGION CHRÉTlE~NE. 499
le!Jl~nt comme homme: Qu'il en soit ainsi, on le voit clairement Pantomine et le rôle de Chrétien; qu'il en soit ainsi, je le sais, car
par ces deux hérésies abominables, l'hérésie ARIENNE· et l'hérésie je l'ai vu et entendu. Tous ceux qui honorent seulement de la bou-
SOCINIE~NE, qui ont été anathématisées dans l'Église Chrétienne, et che et des Ihres le Seigneur comme Rédempteur et Sauveur, et
eX00mmuniées d'a\'ec elle; et cela, parce qu'elles nient la Divinité q l1Ï de cœur et d'esprit ne Le regardent que comme un homme,
du Seigneur, et montent par un autre endroit: mai~ je crainLque tous ceux-là, qnand ils padent et enseignent, ont la bouche comme
ces abominations ne soient aujourd'hui cachées dans le comlllun es- une outre de miel, et le cœur comme une oulre de fiel; leurs pa-
prit d~ l~omt11es de l]):giise.-Ce-·qui est étonnant, c'est que pl~IS roles sont comme des pains sucrés, et leurs pensées comme des
quelqu'un se croit supérieur aux autl'es en érudition et en jugement, émulsions empoisonnées; ils sont C0Il111'le des pâtés dans l'intérieur
plus il a dc penchant ft saisir et à s'approprier au sujet du Seigneur desquels il y a des serptnlS venimeux; si ce sont des prêtres, ils
les idées qu'il est Homlne et non Dieu, et que puisqu'il est Homme ressemblent il des pirates en mer, qui arbOI'ent le pavillon d'un
il ne peut dre Die:1 ; Ot' celili qui s'approprie ces idées se met dans royaume ami, dressent le pavillon pirate à la place du premier, et
la cornpagnie des Ariens et des Sociniens, qui, dans le Monde spi- s'emparent du navire et de lout l'équipage; ils sont aussi comme les
. rituel, ~ont dans l'Enfer. Si tel est aujourd'hui le cIJlJImun esprîL serpents de l'arbre de la science du bien et du mal, qui s'approchent.
des hommcs de l'Église, c'est parce que chez chaque homme il y a comme des Anges de IUlllière, en tenant il la main des pommes de
un esprit qui lui est consocié; car, sans un esprit consocié, un cet arbre, peintes en couleurs fauves, comme provenant de l'Ar-
hOt~lme ne peut penser ni analytiquement, ni rationnellement, ni bre de vie, les pré~entent et disent:« Dzeu sait qu'au jour où
spirituellcment, aiusi il serait non un homme mais unc brute; et vous en mangerez, vos yeux seront OUVe1'ts, et vous serez comme
chMllie homille attire il lui un Esprit semblable ;) l'afrection de sa Dieu, sachant le bien et le mal. » - Gen. III. [); - et dès qu'on
volonté et à la perception de son entendement; il celui qui s'intro- en a mangé, on suit le Serpent dans l'Orcus, et l'on y habite avec
duit dans des affr.ctions bonnes par les vérités d'après là Parole, el lui; autour de cet Orcus sont les Satans qui ont mangé des fruits
par la vie selon ces vérités, il est adjoint un Ange du ciel; mais il d';\l'ius el de Socin: ils sont aussi entendus par celui qui entra
celui qui s'introduit dans des affections mauvaises pal' les confirma- ~aTlS être vêtu d'un habit de noces, et qui fut jeté dans les ténèbres
tions des faussetés et par une vie mauvaise, s'adjoint un Esprit de extérieures, - Malth. X.XII. 11, 12,13; - l'habit de noces est la
l'Enfer; et IIne fois que cet Esprit est adjoint, l'homme contI'acte Foi :lU Seigneur comme Fils de Dieu, comme Dieu du Ciel et de la
de plus en plus une sorte de fraternité avec les Salans, ct alors il se Tcrre, et un arec le Père, Si ceux qui honorent le Seigneur seule-
confirme de plus en plus dans les faux contre les l'rais de la Pa- ment de la bouche et des lèvrcs, et qui ùe cœur et d'espl'it ne Le
role, et dans l'abomination Arienne et Socinicnne contre le Sei- regardent que comme un homme, décûuvrent les choses qu'ils ont
gneur; cela vient de ce que les Satan/, n~ peuvent entendre pronon- vensées et les persuadent à d'autres, ce sont des homicides spirituels,
cel' aucun vrai de la Parole, ni entendre nommer Jésus; dès que et les plus méchants d'entre eux sont des anthropophages spirituels;
cela arrive, ils deviennent comme des ·furies, courent çà et là et .car la vie de l'homme vient de l'amour envers le Seigneur et de là.
blasphèment; et si alors la lumière du ciel influe, ils se précipitent foi en Lui, et si on éloigne cet essentiel de la foi et de l'amour, que
dans des cavernes et dans leur obscurité, dans laquelle il y a pour le Seigneur est Dieu-Homme et Homme-Dieu, la vie de l'homme de-
eux une lumière comme il yen a une pour les Hibonx dans les té- vient sa mort; ainsi donc l'homme est tué, et il est dévoré comme
nèbres, et telle qu'est celle des Chats dans les caves quand ils pour- un Agneau par un loup.
suivent les rats; tels deviennent après la mort tous ceux qui nieot 381. Ill. LA FOI HYPOCRITE N'EST POINT UNE FOI. L'homme de-
de cœur et de foi la Divinité du Seigneur et la Sainteté de la Parole: vient hypocrite, quand il pense beaucoup à lui el se préfère aux
III leur homme Interne"est tel, quoique leur homme Externe joue la autres, car ainsi il détermine et plonge dans son corps les pensées
i
1
aOO LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 50l
et les affections de son mental, et il les conjoint avec les sens du -sa faveur pour tout ce qui flatte la chair et les plaisirs dés sens est
corps; par ià l'homme devient naturel, sensuel et corporel, et alor5 .cette manœuvre de la voile. Les Ministres, qui sont hypocrites, sont
son Mental ne peut pas être retiré de la chair avec laquelle il est .absolument comme des comédiens, des mimes et des histrions, qui
en cohérence, ni être élevé vers Dieu, ni voir rien de Dieu dans la peuvent remplir les rôles de Rois, de Généraux, de Primats, d'Evê­
lumière du Ciel, c'est-il-dire, rien de spirituel; et comme il est ques, et qui, aussitôt qu'ils ont quitté leurs costumes, entrent dans
homme charnel, les spirituels qui entrent, ce qui a lieu par l'ouïe des lieux de d&bauche et y vivent avec des prostituées. Ils sont aussi
dans l'entendement, ne lui semblent être qne des fantômes, ou des comme des Portes à pivot rond qui peuvent être tournées en avant

- flocons dans l'air, et même que comme des mouches autour de la


tête d'un cheval au galop et en sueur, aussi s'en moque-t-il dans
son cœur; car on sait que l'homme Naturel regarde comme des
folies les choses qui appartiennent à l'Esprit ou les spirituels. Entre
et en arrière; tel est leur Mental, car il peut être ouvert du côté
de l'enfer et du côté du ciel, et quand il a été ouvert d'.nn côté il a
été fermé de l'autre; en effet, ce qui est étonnant, dans l'instant
où ils remplissent les fonctions sacerdotales et enseignent les vrais
les hommes naturels, l'hypocrite est naturel au plus bas degré, car d'après la Parole, ils ne savent autre chose sinon qu'ils croient ces
il est sensuel; en effet, son Mental a été étroitement lié aux sens de vrais, car alors la porte du côté de l'enfer a été fermée, mais dès
son corps, et par suite il n'aime voir que ce que ses Sens suggèrent, qu'ils l'entrent à la maison, ils ne croient rien, car alors la porte
et comme ses Sens sont dans la nature, ils forcent le Mental il pen­ .du côté du ciel a été fermée. Chez ceux qui sont profondément hy­
ser d'après la nature sur chaque chose, par e"ûnséquent aussi sur pocrites, il y a une inimitié intestine contre les hommes vraiment
toutes les choscs ùe la foi. Si cet Hypocrite devient un Prédicateur, spirituels, car elle est telle que celle des Satans contre les Anges
il retient dans sa mémoire les choses qui ont été dites sur la foi dans du Ciel; qu'il en soit ainsi, c'est ce dont ils ne s'aperçoivent pas
son enfance et dans sa jeunesse, mais comme il n'y a intérieurement pendant qu'ils vivcnt dans le Monde, mais cela se manifeste après la
en elles rien de spiritucl, et que tout est naturel, lorsqu'il les pro­ mort, quand leur externe par lequel ils ont simulé l'homme spiri­
nonce devant l'Assemblée, ce ne sont que des paroles inanimées; si tuef leul' a été enlevé, puisque c'est leur homme Interne qui est un
elles résonnent comme si elles étaient animécs, cela vient des plai­ tel Satan. Mais je dirai commentapparaissent devant les Anges du
sirs dc l'amour de soi et du Monde, d'après lesquels, selon sa faci­ Ciel les hypocrites spirituels, c'est-il-dire, " ceux qui se présen­
lité d' élocu tion, elles reten tissen t, et charmen t les oreilles, com me sentent en habits de brebis, et qui au-dedans sont des loups t'a­
le font ordinairement des chants harmonieux. Quand après son ser­ vissants, » - Mattll. VII. 15: - Ils apparaissent comme des char­
mon le prédicateur hypocrite rentre dans sa maison, il rit de tout latans marchant sur les paumes des mains et priant, qui de bou­
ce qu'il a débité devant l'Assemblée sur la foi, et sur des passages che s'adressent de tout cœur aux démons et leur donnent des bai­
de la Parole, et peut-être dît-il en lui-même. « J'ai jeté le filet sel'S, mais frappent en l'air leurs souliers l'un contre l'autre, et
. dans le lac, et j'ai pris turbots et coquillages; " cal' dans sa fantai­ célèbrent ainsi Dieu; quand ils se tiennent sur leurs pieds, ils appa­
sie tels lui apparaissent tous ceux qui sont dans la vraie foi. L'hy­ raissent quant aux yeux comme des léopards, quant à la marche
pocrite est comme une statue qui a deux têtes, j'une au-dedans de comme des loups, quant à la bouche comme des renards, quant aux
1'"3utre, la tête interne est cohérente avec le tronc ou le corps, et la dents comille cles crocodiles, et quant il la foi comme des vau­
tête externe, qui peut tourncr autour de l'interne, est peinte parde­ tours,
vant de couleurs naturelles comme la face humaine, il peu près de'
même que les têtes de bois exposées devant les boutiques des coif­
feurs. Il est comme une Barque, que le matelot, par la disposition
de la voile, peut diriger à son gré avec le vent et contre le vent;
r

502 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 503


est sous ses pieds et le' Ciel est sur sa tête, et tout ce qui mon te de
l'Enfer est le mal et le faux, mais tout ce qui descend du Ciel est le
x bien et le vrai; puisque l'homme est dans le milieu entre ces deux:
opposés, et en même temps dans l'équilibre spirituel, il peut choi­
Il n'y a aucune foi c~ez les méchants. sir, adopter et s'approprier l'un ou l'autre d'après sa liberté' si
~' c'est le mal et le,fallx, il se conjoint avec l'Enfer, mais si c'es't le
382. Tons ceux-là sont méchanls qui nient la créalion du l'londe bien el le vrai, il se conjoint avec le Ciel; d'après cela, il est non­
par Dieu, et par conséquent Dieu, car ce sont des Na'turalisles seulement évident que le mal appartient à l'Enfer et la Foi au Ciel,
athées; si tous ceux-là sont méchants. c'est parce que tout bien, mais encore que ces deux ne pcuvent être ensemble dans un même
,/
qui non-seulement naturellement mais aussi spirituellement est le sujet ou un même homme, car s'ils étaient ensemble, l'homme lié
bien, vient de Dieu; ceux donc qui nient Dieu, ne veulent et pal'" comme par deux cordes serait démembré, et tiré par l'une en haut
conséquent ne peuvent recevoir aucun bien d'autre part que de et par l'autre en bas, et ainsi deviendrait comme !>uspendu en l'air;
leur propre, et le propl'e de l'homme est la convoitise de sa chair; et ce serait comme s'il volait, ainsi qu'un merle, tântôt en haut,
et tout ce qui procède de cette convoitise est spiriluellemen t le mal, tantôt en bas, et qu'en haut il adoràt Dieu, et en !Jas le Diable; que
quoique naturellement il .5e présente comme le bien: ceux-là sont ce soit là le profane, chacun le voit; le Seigneur enseigne dans
méchanls p,n théorie; mais les méchants en pratique sont ceux qui Matthieu, Il que personne ne peut deux Maîtres servir, cm' l'un
regardent comme rien les Préceptes Divins renfel'lllés 'sommaire­ il haïra et l'autre il aimera.» - VI, 24. - Que là où est le mal
ment dans le Décalogue, et vivent comme sans lois; que ceux-ci . il n'y ait pas la foi, cela peut être illustré par différentes comparai­
aussi nient Dieu dans leur cœur, quoique plusieurs d'entre eux Le sons, par exemple, par celles-ci: Le III al est comme le feu, - le
confessent de bouche, c'est parce que Dieu et ses Préceptes font un, feu infernal n'est pas non plus autre chose que l'amour du mal,­
aussi les dix Préceptes du Décalogue onl-ils été nommés JEuovAH-LA, et il consume la foi comme de la paille, et la réduit en cendre elle
-,Nomb. X. 3n, 36. Ps. CXXXJJ, 7, 8. -Mais pour qu'il de­ et tout ce qui lui appartient. Le mal habite dans l'obscurité, et la
vie~ne plus évident qu'il n'y a aucune foi chez les méchants, ce Cha­ foi dans la lumière, et le mal par les faux éteint la foi comme
pitre sera terminé par ces deux propositions: r. Il n'y a aucune l'ohscurité la lumière. Le mal est noir comme l'encre, et la foi est
Foi chez les méchants, parce que le mal appartient ci. l'Enfer, blanche comme la neige et transparente comme l'eau; et le mal
et que la loi a12partient au Ciel. Il. Il n'y a aucune foz' dans noircit la foi, comme l'encre noircit la neige et l'eau. Enfin le
le Clzl'istianisme chez tous ceux qui rejettent le Seigneur et la mal et le vrai de la foi ne peuvent être conjoints que comme le se­
Parole, quoiqu'ils vivent moralement et l'ationnellement, et rait le fétide avec l'aromatique, l'urine avec le vin; ils ne peuvent
même quo':qu'ils pm'lent, enseignent et éCl,ivent sur la loi; cha­ être ensemble que comm~ un cadavre infecte avec un homme vi­
que proposition va être traitée en particulier. vant dans un même lit; el ils ne peuvent pas plus habiter ensemble
383. I. IL N'Y A AUCITNE FOI CHEZ LES l\1ÈCHANTS, PARCE QUE LE qu'un loup dans une bergerie, qu'un épervier dans un colombier,
IIIAL APPARTiENT AL'ENFER, ET QUE LA FOT APPARTIENT AU ClEL. Si et qu'un renard dans un poulailler.
le mal appartient à l'Enfer, c'est parce que tout mal vient de l'En­ 384. Il. IL N'Y AAUCUNE FOI DANS LE CHRISTlANIS;lrE CHEZ TOUS
fer; si la foi appartient au Ciel, c'est parce que tont vrai qui appar­ 'CEUX QUI REJETTENT LE SEIGNEUR ET I.A PAROLE, QUOlQU'ILS VIVENT
tient à la foi vient du Ciel; tant que l'homme vit dans le ~Jonde, il MORALEMENT ET I\ATlONNELLEl\IENT, ET 1II1blE QI:OlQu'n.s PARLENT,
est tenu et marche dans un milieu entre le Ciel ét l'Enfer, et là il ENSEIGNENT ET ÉCRIVENT SUR LA FOI. Cela résulte, comme Conclu­
est dans un équilibre spirituel, qui est son Libre arbitre; l'Enfer sion de lout ce qui précède; en effet, il a été montré que la Foi,

li
t'

504 LA VRAIE RELIGlONCHRÉTIENNE, 505


qui est vraie et unique, est la Foi au SeigneÛr et d'après le Sei­
tous ceux qui se confient en Lui! » - Ps. II. 7, i2. - Qu'à la
gneul', et que la Foi qui n'est pas la Foi au Seigneur et d'après
Consommation du siècle, qui est le dernier temps de l'Église, il n'y
Lui, n'est pas une Foi spirituelle, mais une foi naturelle, et que la
allraitaucune foi, parce qu'il n'y aurait aucune foi au Seigneur
foi purement naturelte n'a pas en elle-même l'essence de la foi. De
comme Fils de Dieu, Dieu du Ciel et de la Terre, et un avec le
plus, la Foi vient de la Parole, elle ne vient pas d'autre part, parce
Père, le Seigneur le prédit dan,:; les Évangélistes, en disant, « qu'il
que la Parole vient du Seigneur, et que par suite le Seigneur Lui­
y aura l'abomination de la désolation, et llne affliction telle que
l\-Iême est dans la Parole, aussi dit-il qu'il est la Parole, - Jean,
point il n'yen a eu, et point il n'yen aU1'a,. et que le Soleil sera
1. 1, 2; - de là résulte que ceux qui rejettent la Parole rejettent
obscul'ci, la Lune ne donnel'a point sa luew', et les Étoiles tom­
aussi le Seigneur, car le Seigneur et la Parole son t cohéreIl ts comme
beront du Ciel. » - Matth. XXIV. Hi, 2t, 29; - et dans l'Apo­
un; et que ceux qui rejettent l'un et l'autre rejetteut aussi l'Église,
calypse, « que Satan délié de sa prison sor,tira pour séduire les
\ parce que l'Église vien t du Seigneur par la Parole; et qu'en outre nations, qui (sont) aux quatre angles de la terre, dont le nom­
ceux qui rejettent l'Église sont hors du Ciel, car l'Église introduit bl'e (est) comme le sable de la mer. Il - XX. 8. - Et comme le
dans le Ciel, etl!'eux qui sont hors du Ciel sont parmi les damnés, Seigneur a prévu cela, il a dit aussi: MAIS QUAND LE FILS DE
(1

et les dan;nés n'ont aucune foi. Que ceux qui rejettent le Seigneur I:HO~DIE viENDRA, EST-CE QI."IL TROUVERA !JE LA FOI seI\. J,A TElIUE?»
et la Parole n'aient aucune foi, quoiqu'ils vivent moralement et ra­ - Luc, XVIIL 8.
... ... ... ... ...
tionnellement, et même quoiqu'ils parlent, enseignent et éCl'ivent
sur la foi, c'est pal'ce qu'ils ont une vie morale non spirituelle mais 385. A ce qui précède seront joints ces MEMOl\AIILES. PREMIER
naturelle, et que la moralité et la rationalité purement naturelles sont ME~IORARLE: Un Ange me dit un jour·: (1 Veux-tu voir c!airemeLt
mortes en elles-mêmes, c'est pourquoi en eux, comme morts, il ce que c'est que la FOI et la CHARITE, par conséquent ce que c'est
n'y a aucune foi. L'homme purement naturel, et mort quant à la que la Foi séparée de la Charité, et ce que c'est que la Foi conjointe
foi, peut, il est vrai, parler et enseigner sur la Foi, sur la Charité, à la Charité? et. je le démontrerai à l'œil.» Je répondis: « Dé":
et sur Dieu, mais non· d'après la Foi, ni d'après la Charité, ni d'a­ montre. » Et il dit: « Au lieu de penser à la Foi et il la Charité,
près Dieu. Que la Foi soit chez ceux-là seuls qui croient au Seigneur, pense à la LIJmière et à la Chaleur, et tu verras clairement; la Foi
ct que les autres n'aient pas la foi, on le voit par ccs passages: dans son essence est\a Vérité qui appartient à la Sagesse, et la
« Celui quz' croit au Fils n'est point juqé, mais celui qui ne Chal'ité dans son essence est l'Affection qui appartient à l'Amour;
croit pas a déjà étéjuqé, parce qu'il n'a pas cru au Nom de 01', la Vérité de la sagesse dans le Ciel est Lumièl'e, et l'Affection
l'Ullique-Enq~;ld1'é Fils de Dieu. 1) - Jean, III, 18. - « Celui
qui cl'oit au Fils a la vie éternelle,. mais celui qui ne croit pas

,. de l'amour dans le Ciel est Chaleur; la Lumière et la Chaleur, dans


lesquelles sont les Anges, ne sont pas dans leur essence autre chose;
au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure
de là tu peux voir clairement ce que c'est que la Foi séparée de la
sm' lui. » - Jean, III. ~6. - « Jésus dit.' Quand sera venu
Charité, et Cil que c'est que la Foi conjointe il la Charité. La Foi sé­
l'Es]Jr'it de vérité, il réprimandera le Monde au sujet du péché,
parée de la Charité est comme la Lumièl'e de l'hiver, et la Foi con­
parce qu'ils ne croient point en Moi.» - Jean, XVI, 8, 9; ­
joinle il la Charité est comme la Lumière du printemps; la Lu­
et aux Juifs: « Si vouslle croyez pas que Moijesuis, vous '7l0U1'o
mière de l'hi\'er, qui est la Lumière séparée de la Chaleur, étant
rez dans vos péchés. » - Jean, VIII. 24 - C'est pourquoi David
conjointe au froid, dépouille entièrement les arbres, même de leurs
dit: « J'annoncerai sur le statut .' Jéhovah a dit: Mon Fils,
feuilles, fait mourir les herbes, durcit la tene, et congèle les eaux;
toi,. Moi, aujourd'hm' je Tai engendré. Baisez le Fils de peur
mais la Lumi.ère du printemps, qui est la Lumière conjointe à la
qu'il ne s'irrite, et que t'OUS ne périssiez en chem~'n; heureux • Chaleur, fait pousser les arbres d'abord en feuilles, puis en fleurs,
iT
566 LA· VRAIE
1 RELIGION CHRÉTIENNE. 507
et enfin en fruits; elle ouvre et amollit la terre pour qu'elle pro­
de l'hiver après que le Soleil est couché; les voyageurs voient ç~ et
duise le gazon, les herbes, les fleurs et les arbrisseaux; elle fond
là une semblable lumière chimérique et froide. Ces Espri ts peuvent
aussi la glace pour que li!s eaux s'écoulent des sources. Il en est ab­
être comparés aux montagnes de glace qui, séparées violemment de
solument de même de la Foi et de la Charité; la Foi séparée de la
leurs places dans les terres boréales, sont portêes çà et là dans l'O­
Charité fait tout mourir, et la Foi conjointe à la Charité vivifie
céan, et dont j'ai entendu raconter qu'à leur approche tous ceux qui
tout: celle Vivification et cette Action mortifère peuvent être vues
sont sur des navires tremblent de froid; les Assemblées de ceux qui
au vif (ad vivum) dans notre Monde spirituel, parce qu'ici la Foi
sont dans la foi séparée de la charité peuvent donc être assimilées
est Lumière et la Charité est Chaleur; car où la Foi est conjointe

à la Charité, là sont des Jardins paradisiaques, des PartelTes émail· • à ces montagnes, et même, si l'on veut, être appelées ainsi. On sait,
d'après la Parole, que la Foi sans la charité est morte, mais je di­
lés de fleurs, des Lieux pleins de verdlll'e, avec leul's agréments se­ rai d'où vient sa mort: Sa mort vient du froid, et de ce que celle
\ Ion la conjonction; mais oü la Foi est séparée de la Charité, là il Foi expire comme, dans la rigueur de l'hiver, un oiseau qui d'a­
n'y a pas même de l'herhe, et s'il s'y trouve quelque verdure, ce bord meurt quant à lavueet en même temps quant au vol, et en­
n'est que celle des ronces et des tpines. " Il y avait alor!' non loin fin quan t à la respiration, et qui alors tombe de dessus sa bra nche
de nous quelques Ecclésiastiques que l'A nge appelait Justil1cateurs dans la neige, et y est enseveli.
et Sanctificateurs des hommes par la foi seule, et aussi Arcanistes; 386. SEC.01\O l\IÉ~IORADLE. Un matin, à mon réveil, je vis deux
nous leur dimes le!> mêmes choses, et les démontrâmes jusqu'à leur .Anges qui descendaient du Ciel, l'un du Midi du Ciel, et l'autre de
faire voir que cela était ainsi; et lorsque 1I0US leur demandâmes si l'Orient du Ciel, tous dem dans des Chars attelés de chevaux blancs;
cela n'étail pas ainsi, ils se détournèrent et dirent: « Nous n'avons le Char dans lequel élaitl'Ange du Midi duCiel resplendissait comme
pas entendu. Il Mais nous lenr crj~Îmes en dIsant: " Entendez-nous s'il eût été d'argent, et le Char dans lequel était l'Ange de l'Ol'ient
donc maintenant. " Alors ils mirent les deux mains derant leurs
du Ciel resplendissait comme s'il eût été d'or, et les rênes qu'ils
ortlilles, et s'écrièrent: " Nous ne voulons pas entendre. "
tenaient dans leurs mains brillaient d'une lumière enflammée comme
Après cela, je parlai avec l'Ange sur la Foi solitail'e, et je dis
celle de l'aurore: tels m'apparurent de loin ces deux anges, mais
que par une vive expérience il m'avait été donné de savoir que celte
quand ils vinreut plus près, je ne les vis plus dans un chal', mais
Foi est comme la Lumière de l'hiver; et je racontai que pendant
dans leur Forme angélique, qui' est la forme humaine; celui qui
quelques années des Espl'its de foi différente pas~aient près de moi,
venait de l'Orient du Ciel était dans un vêtement de pourpre écla­
el que toutes les fois que cellx qui avaient séparé la Foi d'avec la
tante, et celui qui venait du Midi du Ciel, dans un vêlement de cou­
Charité trI'approchaient. un tel froid s'emparait de mes pieds, el
leur d'hyacinthe. Quand ils furent au-dessous des cieux dans les
successivement de mes l, mbes et de Illa poilrine, que je savais à
parties inférieures, ils accoururent l'un vers l'autre, comme s'ils
peine 3utre chose sinOll ;lIe tout le vital de mon COI'pS allait s'é­
eussent rivalisé il qui arriverait le premier, et ils s'embrassèrent et
teindre, ce qui même sl';'3it arrivé, si le Seigneur n'etH chassé ces
se baisèrent mutuellement; j'appris que ces deux Anges, lorsqu;ils
Espl'its et ne m'eût délivré: ce qui me par3issait sl1l'prenant, c'est
vivaient dans le Monde, avaient été unis par les liens d'une amitié
que ces Esprits ne sentaient aucun froid en eux, ainsi qu'ils me le
intérieure, mais que maintenant l'un était dans le Ciel Oriental, et
déclaraient; c'cst pourquoi je les comparais aux poissons sous la
l'autre dans le Ciel Méridional; dans le Ciel ol'Îental son~ cenx qui
glace, qui ne sentent non plus aucun froid, l'arce que leur vie, et
par le Seigneur sont dans l'amonr, et dans le Ciel méridional, ceux
pal' suite leul' natul'e, sont en elles-mêmes froides: je per~evais
qui pa~ le Seigneur sont dans la sagesse. Après qu'ils eurent parlé
alors l/ue ce froid émanait de la lumière chimérique da leur foi, de
pendant quelques temps des magnificencesqui sont dans leurs Cieux,
même qn'il arrive dans les lieux marécageux et sulfureux au miliell •
leur conversation tomba sur ce puint : Le ciel, dans son essence;

,:
.....
r

508 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 509


est-il l'Amour, ou est-il la Sagesse? ils furent aussitôt d'accord que Il ajouta: .. Par la Foi j'entends la Foi spirituelle, dans laquelle il
l'un appar'tien! à l'autre, mais lequel des deux doit son origine ft y a uniquement d'après le Seigneur par la Charité la vie et J'esprit,
l'autre, ce fut là ce qu'ils discutèrent. L'Ange qui venait du Ciel de car la Charité est spirituelle, etpar elle la Foj l'est aussi; c'est
la sagesse demanda à l'autre ce que c'est que l'amour; et celui-ci pourquoi la Foi sans la Charité est une Foi purement naturelle, et
répondit que l'Amour, tirant son origine dn Seigneur comme Soleil, celte Foi est morte; elle se conjoint même avec l'affeclion purement
est la Chaleur de la vie des anges et des hommes, ainsi l'être de naturelle, qui n'est autre chose que la convoitise... Les Anges par­
leur vie; que les dérivations de l'amour sont appelées affections, et laient de cela spirituellement, et le langage spirituel embra~se des
que par elles sont produites les perceptions et ainsi les pensées; milliers de choses que le langage naturel ne peut exprimer, et qui,
d'où il suit, que la Sagesse d'après son origine est l'Amour, que cela est étonnant, ne peuvent pas même tomber dans les idées de la
par conséquent la Pensée d'après son origine est l'Affection de cet pensée naturelle. Après que les Anges eurent conversé ainsi, ils s'en
amour, et qu'on peut voir, d'après les dérivations examinées dans allèrent; et lorsqu'ils se retiraient chacun vers son Ciel, il appa­
leur ordre, que la Pensée n'est autre chose que la Forme de l'affec­ raissait des étoiles autour de leur tèle, el quand ils furent à une
tion, et que cela est ignoré parce que les Pensées sont dans la lu­ certaine distance de moi, je les vis de nouve::u dans des chars, comme
mière, tandis que les Affections sont dans la chaleur, ce qui fait auparavant.
qu'on réfléchit sur les Pensées, et non sur les Affections. Que la 387. TROISIÈME MÉMORAliLE. Après que ces deux' Anges furent
Pensée ne soit autre chose que la forme de l'affection de quelque hors de ma vue, je vis li ma droite un Jardin, où il y arait des oli­
amour, cela peut même être illustré par le langage, en ce que le' viers, des figuiers, des lauriers etdes palmiers, placés en ordre se­
langage n'est autre chose que la forme du son; il Ya aussi similitude, lon les correspondances: je regardai plus attentivement vers ce
parce que le son correspond à l'affection, et le langage il la pensé6, côté, et entre les arbres je vis des Anges et des Esprits qui se pro­
c'est poul'quoi l'affection sonne et la pensée parle; cela peut en­ menaient et cl1nversaient ensemble: et alors un Esprit angélique
core devenir clair, par celle considération, que si du langage on me remarqua; - sont appelés Esprits Angéliques ceux qui, dans le
ôte le son, il ne reste rien du langage; et que pareillement, si de Monde des esprits, sont préparés pour le Ciel; - cel Esprit vint de
la pensée on ôte l'affection, il ne reste rien de la pensée. Maintenant, ce Jardin vers moi, et me dit: .. Veux-tu venir avec moi dans notre
d'après cela, il est évident que l'AlTIour est le tout de la Sagesse, Paradis, et tu entendras et verras des choses merveilleuses?» Et
que par conséquent l'Essence des Cieux est j'Amour, et que l'Exis­ j'allai avec lui, et alors il me dit: « Ceux-là que tu vois, - car ils
tence des Cieux e~t la Sagesse; ou, ce qui est la même chose, étaient en grand nombre, sont tous dans l'amour du vrai, et par
que les Cieux sont d'après le Divin Amour, et qu'ils existent suite dans la lumière de la sagesse; il Ya aussi un Palais, que nous
d'après le Divin Amour par la Divine Sagesse; c'est pour­ appelons LE TEMPLE DE LA. SAGESSE, mais il n'est pas visible pour
quoi, ainsi qu'il a été déjà dit, l'un appartient à l'autre. Il y celui qui croit avoir beaucoup de sagesse, moIns encore pour
avait alors chez moi un Esprit novice qui, entendant cela, demanda celui qui se croit suffisamment sage, et bien moins encore pour ce­
s'il en élait de même de la Charité et de la Foi, car la Charité ap­ lui qui se croit sage par lui-même; parce que ccux-ci ne sont pas
partient à.l'affection, et la Foi à la pensée; et l'Ange répondit; dans !a réception de la lumière du Ciel d'après l'amour de la sa­
« Il en est absolument de même; la'Foi n'est autre chose que la ~esse réelle; la sagesse réelle est, que l'homme voie d'après la lu­
forme de la charité, absolument comme le Son est la forme du [an­ mière du Ciel que ce qu'il a de science, d'intelligence et de sagesse,
gage, la foi aussi est formée d'après la charité, comme le langage est si peu de chose relativement à ce qa'il n'a pas, que c'est comme
est formé d'après le son; dans le Ciel nous connaissons même le , une goutte d'eau relativement à l'Océan, et par conséquent à
mode de formation, mais ce n'est pas le moment de l'exposer ici. ') peine quelque chose; tous ceux qui sont dans ce Jardin paradisiaque,

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lHO LA VRAIE RELIGION CHRETIENNE. 5H


et qni d'après la perception et la vue reconnaissent en eux-mêmes tel qu'est l'Usage des OEuvres. Il en est de même de l'Affection, de
qu'ils ont si peu de sagesse relativement, voient ce TE~IPLE DE LA SA­ la Pensée et de l'Opération, et il en est de même de la Volonté, de
GESSE, car la lumière intérieure dans le mental met l'homme en état l'Entendement et de l'Action, car la Volonté sans l'Entendement est
de le voil', mais non pas la lumière extérieure sans l'intérieure. Il comme l'œil sans la vue, et l'une et l'autre sans l'action est comme
Or, comme j'ai très-souvent pensé cela, et que d'après la science, le mental sans le corps; qu'il en soit ainsi, on pellt le voir claire­
et ensuite d'après la perception, et enfin d'après la lumièl'e inté­ ment dans ce Temple, parce que la Lumière, dans laquelle nous
rieure, j'ai l'econnu que l'homme a si peu de sagesse, voici, il me sommes ici, est une Lumière qui illustre les iuléricurs (lu mental.
fut dOllué de voir ce Temple. Il était d'nne forme admirable, très­ Qu'il n'y ait rien de complet ni de parfait, qu i ne soit Trine, c'est
l:levé au-dessus du sol, quadrangulaire, les muràilles élaieut de cris­ aussi ce qu'enseigne la Géométrie, cal' Ja Ligne n'est rien, s'il ne
tal, la toiture élégamment \'oûtée était d'un jaspe transparent, et se fait une Surface, et la surface n'est rien s'il ne se fail un Corps,
ses fondements de diverses pierres précieuses; les degrés par les­ 11 faut donc que l'un soit conduit dan,~ l'autre afin d'exister, et il ya
quels on y nlontait étaient d'albàtre poli; SUI' les côtés des degrés coexistence dans le Troisièm~; de même qu'il en est en cela, de
on voyait comme des lions avec des lionceaux. Et alors je demandai mêmc il en est dans toutes et dans chacune des choses créées, qui
s'il était permis d'entrel" et il me fut dit qu'il était permis; je ont été finies dans le Troisième. De là vient donc que TIIOIS dans
manIai donc, et quand j'entrai, ~e vis comme des Chérubins qui vo­ la Parole signifie le complet et entièrement. Cela élant ainsi, je n'ai
laient sous la voùle, mais qui slevanouissaient aussitôt. Le plancher pu m'cmpêcher d'être étonné en voyant que des personnes profes­
sur lequcl on· marchait était de cèore, et tout le Temple d'après la sent la Foi Scule, d'autres la Charité Seille, d'autres les OEurres
transparence de la toiture et des' murailles était construit en forme Seules, lorsq ue cependan t l'une de ces choses sans l'au tre, et deux:
lumineuse. Avec moi enlra l'Esprit Angélique, auquel je racontai ensemble sans la Troisième, ce n'est rien. " Alors je lui fis ces ques­
ce que j'avais appris des deux Anges SUI' l'AMOUR et la SAGESSt::, et tians: " L'homme ne peut-il avoir la Charité et la Foi, et cepen­
sur la Charité ct la Foi; et alors il dit; " Est-ce qu'ils n'ont pas dant ne pas avoir les œuvres? L'houlll1e ne peUL-il être dans J'affec­
parlé aussi du Troistème? l) " Qu'est-ce que c'est que le troisième, Il . ,. tion et da ns la pensée d'une chose, et cependant ne pas être dans
lui dis-je? Il l'épandit: « C'est le BIE~ DE L'USaGE; l'Amoul' et la l'opération de celle chose?» Et l'Ange me rrpondit: "Il ne le peut
Sagesse sans le Bien de l'usage ne sont rien; ce sont seulement des qu'en idée, mais' non en réalité,' il doit toujours être en effort ou
entités idéales, et ils 'ne deviennent pas des réalités avant d'être dans en rolonté pour opérer, et la volonté ou l'etrort est l'acte en soi,
l'Usage; car l'Amour, la Sagesse et l'Usage sont trois choses qui ne parce que c'est une continuelle tendance à agir, qui devient acte
peuvent être séparées; si elles sontséparées; ellesnesont rien ni l'une d:lns les extemes, lorsqne la détermination arrive; c'est pourquoi
ni l'autre; l'Amour n'est rien sans la Sagesse, mais dans la Sagesse l'effort ou la volonté, comme acte interne, est accepté par tout sage,
il est formé pour quelque chose, ce quelque chose pour lequel il est parce qu'il est accepté par Dieu, absolument comme l'acte externe,
formé est l'Usage; lors donc que l'amour par la sagesse est- dans pourvu qu'il s'exécute, quand l'occasion s'en présente...
l'usage, il est alors en réalité, parce qu'il existe enactualité; cestrois 388. QUATRIÈME l\lÈMORABLE. Je conversais avec quelClues Esprits
sont absolument comme la fin, la cause et l'effet; la fin n'est rien, 1­ qui, dans l'Apocalypse, sonl entendus par le dragon; et l'un d'eux
à moins que par la cause elle ne soit dans l'effet; si l'un des trois me dit: " Viens avec moi, el je te montrerai les plaisirs de nos
. est rompu, et devient comme rien. Il en est aussi de même de ]a yeux et de nos cœurs. » Et il me condnisit à travers une forêt som­
Charité, de la Foi et des OEuvres; la Charité sans la Foi n'est rien, bre, et sur une colline, d'où je pus considérer les plaisi rs des dra­
Il ni ]a Foi sans la Charilé,ni la Charitê et]a Foi sans les OEuvres, gons; et je vis un Amphithéâtre élevé en forme de Cirque avec .~es
1
mais dans les OEuvres elles. sont quelque ch9se, et quelque chose bancs tout autour obliquement rangés jusqu'en haut, sur lesquels
"..
1

5~2 LA VRAIE
RELIGION CHRÊTlENNE. 513
étaient assis les spectateurs; ceux qui étaient sur les bancs les plus
spirituellcs sont des objets semblables aux choses naturelles.
bas m'apparaissaient de loin comme des Satyres et des Priapes,
Enl>uite je les vis sortir de la forêt, le dragon au milieu des Sa­
quelques-uns avec un voile sur le~ parties honteuses, et d'autres
tyres et des Priapes, et après eux des valets d'armée et des vivan­
nus sans ce voile; sllr les bancs au-dessus d'eux étaient assis des
dières, qui !ltaient les scortateurs et les prostituées; la bande s'aug­
débauchés et des prostituées, du moins à leurs gestes ils me parais­
mentait dans la route, et alors j'entendis ce qu'ils disaient entre eux:
saient tels: et alors le Dragon me dit: « Tu vas voir notre Diver­
Ils disaient qu'ils voyaient dans une prairie un troupeau de bl'ebis
tissement. Et jè vis dans l'Arène du Cirque comme des taureaux,
»)
avec des agneaux, et que c'était un si gue que près de là il Yavait
des béliers, des brebis, des chevreaux et des agneaux qu'on y in­
une de ces Villes de Jérusalem, où la charité est le principal; et ils
troduisait ; et après qu'ils eurent été introduits, une porte s'ouvrit,
dirent: Il Allons et emparons-nous de cette ville, et chassons les
et il s'y élança comme de jeunes lions, des pan thères, des tigres e',
habitants, el pillons leurs biens. )) Ils approchèrent, mais il y avait
des loups, et ils se jetaient avec fureur sur le bétail, et ils le déchi­
une muraille aulour de la ville et les Anges gardiens SUI' la mu­
raient et le massacraient; mais les Satyres, après ce carnage affreux,
raille; et alors ils dirent: " Prenons-la par l'use, envoyons qllelqu'un
répandaient du sable sur le lieu du massacre. Alors le Dragon me
d'habile nans la mussitation, qui puisse blanchir le noir et noil'cir le
dit: « Ce sont là nos Divertissements, qui réjouissent nos mentais
blanc, et dissimuler Je fond de chaque objet. » Et il se trollva ml
(animus). " Et je répondis: " Va-t-en, Démon, dans peu tu verras
Esprit, habile en Métaphysique, qui pOllvait changer les idées de
cet Amphithéâtre changé en un étang de feu et de soufre... A ces
choses en idées de termes, et cacher les choses elles-mêln0S sons
mots, il rit et s'en alla. Et ensuite je pensais en moi-même: Pour­
des formules, et ainsi s'envoler comme nn épervier avec la proie
quoi de telles choses sont-elles pe(,lllises par le Seigneur? et e re­
sous les ailes. Cet Esprit al'ait pOUl' instruction, lorsqu'il parlerait
çus dans mon cœur cette réponse, qu'elles sont permises, tant que
avec les habitanls de la ville, de leu!' dire que ceux qui l'enl'oyaient
ceux-I:) sont dans le Monde des esprits, mais qu'après que leur temps
étaient consociés en Religion avee eux, et i1emanc!aient :) être intro­
dans ce J\londe a été terminé', ces scènes théùtrales sont changées
duits. Celui-ci, s'approchant de la porte, frappa, et lorsqu'elle fut
en d'affreux tourments infernaux. Toutes les choses que j'avais vues,
ouverte, il dit qu'il voulait parler au plus sage d'J celte ville; et il
c'élaitle Dragon qui les avait produites par de~ fantaisies; il n'y
entra, et il îut conduit vers un certain personnage; et il lui parla en
avait donc ni taureaux, ni béliers, ni brebis, ni chevreaux, ni
disant: « Mes frères sont hors cie la ville, et demandent à êlre reçus;
agneaux, mais les dragons avaient fait apparaître ainsi les biens et
ils sont vos consociés en Religion; nOLIs faisons, vous et nOliS, la
les vrais réels de l'Église, qui étaient les objets de leur haine: les
Foi et la Charité les deux essentiels de la Religion; la seule diffé­
lions, les panthère:,>, les tigres et les loups étaient les apparences
rence, c'est que vous dites, vous, que la Chari té estle principal ct que
des cupidités chez ceux qui avaient été vus comme des satyres et
]a foi en procède; qu'importe que l'une ou l'autro soit dite le princi­
des priapes; ceux qui n'avaient pas de voile autour des parties hon­
pal, quand on croit à l'une et il j'autre? Il Le sage de la villo l'épon­
teuses étaient ceux qui ont cru que les maux n'apparaissaient pas
dit: « Ne conférolîs point seuls sur ce sujet, mais discutons en
devant Dieu, et ceux qui avaient un voile étaient ceux qUI ont cru
présence de plusieurs qui soient arbitres et jilges: autrement on
qu'ils apparaissent, mais qu'ils ne damnent pas, pourvu qu'on soit
n'al'l'ive pas il une décision, )) Et aussitôl on cn III yonir plu,;ieurs,
dans la foi; les débauchés et les prostituées étaient les falsificateurs
aUCluels l'envoyé du Dragon adressa des paroles semblables '1 celles
des vérités de la Parole, car la scortation signifie la falsitlcation du
qu'il avait prononcées auparavant; et alors l'Homme sage de la ville
vrai. Dans le Monde spirituel toutes les choses apparaissent , répondit: « Tu as dit que c'était la même chose, soit que la Charité,
de loin selon les correspondances, et quand elles apparais~ent
fût prise pOUl' le principal de l' Êglise, soit que ce fût la Foi, pourvu
dans des formes, elles sont appelées représentations des choses
que l'on convînt que rune et l'autre font l'Église et sa Religion j et
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5U LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. !H5·
cependant il Y a la même différence qu'entre l'antérieur et le pos­ raîlras dans le Ciel que comme un homme renversé, dont les pieds
térieu'r, qu'entre la cause et l'effet, qu'entre le principal et l'instru­ sont en hau t et la tête en bas; ou comme un charlatan qui, renver­
mental, et qu'entre l'essentiel et le formel; j'empl.oie ces termes, sant son corps, marche sur les paumes de ses mains; puisque tels
parce que j'ai remarqué que tu es habile dans l'art de la Métaphysi. vous apparaissez dans le ciel, quelles sont alors vos bOllnes œuvres,
que, art que nous appelons, nous, mussitation, et que quelques-uns qui sont la Charilé en acte, sinon telles que les ferait ce clJariatan
nomment incantation; mais laissons-là ces lermes ; il Y a une diffé­ avec ~es pieds, parce qu'il ne peut les faire avec les mains? de là
rence comme entre ce qui est au-dessus et ce qui est au· dessous, et vient que voIre Charité est naturelle el non spirituelle, parce liu'elle
même, si tu le veux: cl'oire, il y a une différence comme entre les est renversée. » L'ÉmIssaire comprit cela, car lout dial)le peut
!Ientals de ceux qui habitent les régions supérieures, et les MentaIs comprendre le \Tai, 10l'Squ'il l'entend prononcer," mais il ne peut
de ceux qui h,lbitent les ,'égions infédeures dans ce Monde; car ce le retenir, parce que, quand revient l'atIection du mal, qui en elle­
qui est le Principal fait la Tête et la Poitrine, et ce qui en procède même est la convoitise de la chair, elle chasse la pensée du Haï:
fait les Pieds et les Planles des pieds: mais convenons d'abord de et ensuite le sage de la ville montra de plusieurs manières quelle
ce que c'est que la Charité, et de ce que c'est que la Foi; convenons cslla Foi, quand ellt) a été acceptée comme le principal, il saVOir,
que la Cliarité est l'afl'ecliol1 lIe l'amour de faire du bien au prochain qu'elle est proprement naturelle, et que c'est une persuasion sans
à C'cl!I':,O de UiCU, dn salut et de la vie éternelle, el, que la Foi est la aLlclllle vie spirituelle, que par conséquent ce n'est point la Foi: et
PelJ~0e d'apr42s la conJ1ance concerDant Dieu, le salut et la vie éter­ il ajoula : " Je pOlll'l'ais presque dire que dans \'otre Foi illl'Y a pas
ne!ie. » Mais l'émissaire dit: « J'accorde que c'est là la Foi, et plus de spirituel, qu'il n'yen a dans l'action rlô penser au Hoyaume
j'ac0ürde aussi que la Char'ilé est celle affection il c~wse de Dieu, ùu Magol, fI sa mine de diamants, et au Tlr,'Or ou il la Cour de
parce que c'est il cause de son commandement, mais uon à cause son Emperenr.)) A ces mots, le Draconien S'C!! alla il'l'ilé, ct fit
du salut, ni il callse de la vie élerneile, » Après celte convention et ,Son rapport aux siens hors de la ville; et lorsqu'ils apprirenl qu'il
celle restriction, le Sage de la ville dit: Il L'affection ou la direc­ avait été dit que la Charilé esl l'a[ection de l'amOlli' de fail'e du
tioll n'cst-elle pas le principal, el la pensée n'en procède-t-elle pas? Lien au prochain pOUl' le salut ct ponr la vic éternelle, ils s'écrièrent
« [""lis l'envoyé du Dr3gon dit: « Je le ::ie, » Et il lui fut répondu:
Lous: (1 Cela est \ln mensonge.)) Etle dl'agon lui-mêmE: dit: ( Quelle
(( Tu Ile peux pas le nier; n'est-cc pas d'après une certaine dilec­ <ihomination! Taules les œuvres apparLena!lt à J8 chari lé, qui sont
tioi~. <Ilia 1'!lol11(ne pense? ôte la dilection, est-ce qu'il peut penser tailes ponr le 8;)]Ut, ne sont-elles pas mériloires?» A!OI'S il dirent
<luclque c1l0se? c'est absolument cOllJme si du lanJage tu ùlais le son; entre cw~; " CO!lvOlluons encorE plusieurs des nôlres, et assié­
si [li ôtais le son, pourrais-Ill dire quelque chose? le son geons cette Ville et chassons ces Cliaril(;s,)) Or landis qu'ils fai­
appartient aussi il l'affection de quelql;c amour, e~ le langage ap­ saient leurs préparatifs, voici, il apparut ,comme un feu du ciel,
partiont il la pensée, cal' l'am~ur sonne et la pensée pade: et c'est qui les consuma; mais le feu du Ciel était l'npparence de la colè:re
aussi cOlllmo la flamme et la lumière; si tl! ôles la flamme, et de la haine contrc ceux qui étaient dans la Ville, parce que ceux.­
la lumière ne périt-ellc pas? il Cil est de même de la Charité ci avaient rejeté la Foi du premier rang ail second, et mème au plus
paree qu'elle appartient à l'amour, et de la Foi parce qu'elle bas SOLIS la Charilé, en disant que ce n'était pas la foi: s'ils appa­
apparlient il la pensée; est-ce que de cette manière tu ne peux pas rurent comme consumés par le.feu, c'est parce que l'ellfer s'ouvrait
saisir que le principal est le tout <lans le secondaire, absolument sous leurs pieds, et qu'ils étaient engloutis. Des événcments sem­
comme la flamme dans la lumière? de là résulte évidemment que si blables anivèrenl en plusieurs endl'oits le jour du Jugement Der­
iu nefals pas principal ce qui est pl'Ïncipal, tu n'eil pas dans l'aull'e; nier; c'esl aussi ce qui est entendu dans l'Apocalypse par ce pas­
si donc tu mets en premier lieu la Foi qui est en second, tu ne pa- sage: " Le Dragon sortira pour séduire les 'Nations qui (sont)

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5i6 LA VRAIE RELIGION CIIRÉTIENNE. 5i7
aux quat1'e angles de la terre, afin de les rassembler pow' une de ce qui nous étai t arrivé; ils en choisirent aussi quelques-uns,
guerre,. et ils montèrent sur la largeur de la te?Te~ et ils envi­ qui allèrent auprès des Prélats, - celui qui me p:Jrlait me dit qu'il
ronnèrent le camp des saints, et la ville chérie: et descendit un était l'un d'entre eux; - et alors l'un de nous, qui excellait en sa­
feu de Dieu par le ciel, et il les vonsuma. » - XX. 8.9. ~esse, pal'!a ainsi aux Prélats: cc Nous avons cru que chez nous,
-389. CINQUIEME MÉ~IORABLE. Un jour, je vis un Papier descendu plus qlle chez tous les autres, il y avait l'Église et la Religion,
du ciel dans le Monde des esprits, dans une Société oil il y avait parce que nous entendions répéter que nouo5 étions dans la suprême
deux Prélats de l'Église ayant sous eux des Chanoines et des Prê­ lumière de l'Évangile; mais il a été donné à quelques-uns de nous
tres: ce Papier cqntenait une exhortation à reconnaitre Je Seigneur l'illustration procédant du ciel, et dans l'illustration la perception
Jésus-Christ POl\l' Dieu du Ciel et de la Terre, comllle Lui-l\Iême l'a qu'aujourd'hui dan3 le Monde Chrétien il n'y a plus d'Église, parce
enseigné, - l\Iatth. XXVlIJ, i 8 j - et li se retirer de la doctrine qu~i1 n'y a pas de Beligion. » Les Prélats répondirent: cc Que dites­
de la Foi justifiante sans les Œ)lJVreS de la loi, parce qlle cette doc­ vous? est-ce que l'Égnse n'est pas où est la Parole, olt le Christ
trine est erronée. Ce papier fut lu et copié pal' un grand nombre, Sauveul' est connu, et.oil sont les Sacrements? Il A cela le nôtre
et plusieurs pensaient et parlaient judicieusement des choscs qu'il répondit: « Ces choses sontl'~=glise, car elles font l'Église, toute­
contenait. Mais après qu'ils l'eurent reçu, ils dirent entre eux: fois elles la font non hors de l'homme, mais au-dedans de l'homme. »
« Entendons les Prélats, » Et ceux-ci furent entendus, mais ils Et de plus, il dit: « L'Église peut-elle être oit l'on adore tl'ois
contredirent et improuvèrent; or, les Prélats de celle Société Dieux? l'Église peut-elle être où toute sa doctrine est fondée sur
étaient durs de cœul' par suite des faux dont ils s'étaient imbus un.seul passage de Paul faussement entendu, et non sur la Parole?
dans le monde précédent; c'est pourquoi, après une courte consul­ Peut-il y avoir Église, quand on ne s'adresse pas au Sauveur du
tation entre eux, ils renvoyèrent le Papiel' vers le Ciel, d'où il était Monde, qui est Lui-même le Dieu de l'Église? Qui peut nicI' que la
venu: ce renvoi fait·, la plupart des Laïques, après quelques mur­ Religion ne consiste à fuir le mal et à faire le bien? Y a·-t-il une
mures, retil'èl'entleur précédent assentiment, et alors la lumière de Religion là oil l'on enseigne que la foi seule sauve, et non en même
lelJr jugement dans les choses spirituelles, qui avait brillé aupara­ temps la chaJ'Ï té ? Y a-t-il une Beligion El oill'on enseigne que la
vant, futtaut à coup éteinte; après qu'ils eurent été de nouveau Charité procédant de l'homme n'est qu'ulle Charité morale et civile?
avertis, mais en vain, je vis cette société s'enfoncer, mais je ne vis Qui ne voit que dans cette Charité il n'y a rien de la religion? Y a­
pas il quelle profondeur; et elle disparul ainsi à la vue de ceux qui t-il dans la foi seule quelque chose de l'acte ou de l'œuvre, lorsque
adorent uniquement le Seigneur, et ont en aversion la foi seule cependant la religion consiste dans le faire? Existe·t-il SUI' tout le
justifiante. Mais, quelque::: jours après, je vis lIne centaine d'esprits globe une Nation, qui exclue tout salvifique des biens de. la Charité,
monter de la tei're infér;eure, olt cette petitc société s'élait enfon­ qui sont les bonnes œuvres, lorsque cependant le tout de la Religion
cée; ils s':Jpprochèrent de moi, et l'un d'eux prenant la pal'Ole dit: consiste dans le bien, et le tout de l'Eglise dans la doctrine qui en­
" Écoute une CHose merveillense: Lorsqne nons nOliS sommes en­ seigne les vrais, et pal' les vrais les biens? Quelle gloire pour nous,
foncés, il se présenta à nOlis un lieu comme un etang, mais pelt si nous avions accepté ce que portait dans son sein ce Papiel' des­
après comme une terre sèche, et ensuite cOlllme une petite ville, cendu du ciel! » Alors les Prélats dirent: « Tu parles trop haut;
dans laquelle plusieurs avaient, chacun, leur maison: le jour sui­ la Foi par l'acte, qui est la Foi pleinement justifiante et sauvante,
vant, nous nous consllll;Îmes entre nous sur ce qu'il y avait à faire; n'est-elle pas l'Eglise? et la Foi par J'état, qui est la Foi procédanle
plusieurs dirent qu'il fallait aller trouver ces deux Prélats de l'É­ et perfectionnante, n'est-elle pas la Religion? saisissez cela, enfants.))
glise, et les reprendre avec douceur de ce qu'ils avaient renvoyé l\Iais alors notre Sage dit: « Écoutez, pèl'es! Est-ce que l'homme
le Papier vers le Ciel, d'où il était descendu, ce qui· avait élé cause ne conçoit pas la Foi par l'acte comme une souche, selon votre

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5lS . LA VRAIE RELIGION CHRETIENNE. M9

dogme? Une souche peut-elle être vivifiée dans l'Église? Est-ce qlle ainsi ce serait aussi vouloir se justifier et se sauver soi-même! en­
la Foi pal' l'état n'est pas selon votre idée la continuation et la pro­ fin en disant encore : Comment quelqu'un peut-il faire le llien, puis­
gl'ession de la foi pal' l'acte? Et, puisque scIon votl'e dogme, tout que l'Esprit Saint fait tout sans aucun secours de l'homme? qu'est-il
salvifique est dans la Foi, et qu'il n'yen a aucun dans le bien de la besoin alors de quelque bien accessoire de la part de l'homme, quand
charité par l'homme, où est donc alors la Religion?» Les prélats tout bien venant de l'homme n'est pas en soi le bien? et beaucoup
dirent: « Ami, tu pal'les ainsi, parce que tu ne connais pas les Ar­ d'antres raisonnements semblables. Ne sont-ce pas là vos Arcanes?
canes de la justification pal' la Foi seule; el celui qui ne les connait mais à mes yeux, ce sont. de pures al'guties 'et des finesses inventées
pas, Ile connait pas le chemin de la sa1ration P::ll' l'intérieur; ton dans le but d'éloigner les bonnes OEuvres, qui sont les biens de la
chemin est ex~el'lle et plébéien; suis-le, si tu veux, mais &ache seu­ Ch:lrité, afin d'établir votre foi seule; et comme vous agis~ez ainsi,
lement que tout bien vient de Dieu, et qu'3ucun bien ne \'ient de VOLIS l'egardez l'homme quant il cette foi, et en général quant il tous

l'homme, et qu'ainsi J'homme dans les choses spirituelles ne peut les spirituels qui appartiennent il l'Jtglisc et il la Religion, comme
rien par lni-même ; comment alors l'homme prut-il par lui-même lIne souche ou comllle' une statue inanimée, et non comme nn homme
faire le bien, qui e~t 11n bien spil'itucl? .. Fortement indigné de ces créé à l'image (le Dieu, ~l qui a été donnée et est continuellement
paroles, celui d'entre nous qui lelll' parlait répondit: « Je connais donnée la f"cuIté de comprendre et de vouloir, cie Cl'oire ct d'ai­
vas Arcanes de justification ,plus que vous, et je vous dis ouvel'tement mer, de parler et de f:lire, absolument comme de lui-même, sur­
que je ne vois intérieurement dans vos Arcancs que des fantômes; tout dans les choses spirituelles, parce que c'est d'après elles que.
la Religion ne consisle+el1e pas à reconnaitre et à aimer Dieu, et l'homme est homme; si l'homme, dans les choses spirituelles, ne
à fuir et à haïr le diable? Dieu n'est-il pas le Bien même, et le Dia­ pensait pas et n'agissait pas comme de lui-même, qlle serait alors
ble le Mal même? Quel est, sur tout le Globe, l'homme qui, ayant la Parole, que seraient alors l'Église et la H.eligion, et que serait
une religion, ne sache cela? N'est-ce pas reconnaHre ct aimer Dieu alors le culte? Vous savez que faire du bien ail prochain par amour,
que de faire le bien, parce que le bien est de Dieu et vient de Dieu? c'est la Charité; mais vous ne savez pas ce que c'est que la Charité,
et n'est-ce pas fuir et haïr le Diable que de ne p:lS faire .Ie mal, lorsque cependant la Charité est l'âme et l'essence de la foi; et pui,,;­
parce que le mal est du Di,lble et vient du Diable? VoIre Foi par que ].a charité en est l'âme et l'essence que dcvient alors la Foi
l'acte, que vous avez appelée Foi pleinement justif1ante et sauvante, éloignée de la Charité, sinon une Foi morte? Or, la Foi morte
ou, ce qni cst 1:1 même chose, votre Acte de justif1cation par la foi n'est qu'un spectre: je l'appelle un spectrc, parce que Jacques ap­
seule, enseigne-t-il à faire. quelque bien, qui est de Dieu et vient de pelle la Foi sans les bonnes OEuvres non-seulement foi morte, mais
Dieu, et enseigne-t-il à fuir quelque mal, qui est du Diable et vient même foi diabolique. )) Alors ['un de ces Prélats, ayant entendu
du Diable? nullement, puisque vous décidez qu'il n'y a aucun salut que sa foi était appelée foi morte, foi diabolique et spectre, s'em­
à faire l'un et à fuir l'autre, Qu'est-ce que votre Foi par l'état, que porta tellement, qu'il aITacha sa l\Iitre de rlessus sa Tête, et la jeta
vous avez appelée Foi pl'océdante et perfectionnanlc, sinon la même sur la Table, en disant: « Je ne.la reprcndrai pas que je n'aie tiré
que la Foi par l'acte? comment peut-elle être perfectionnée, puisque vengeance des ennemis de la Foi de notre Église. Et il secoua
vous excluez tout bien que l'homme fait comme par lui-même, en la tête en murmurant et en disant: « CE JACQUES, CE JAC­
disant dans vos Arcanes: Comment l'homme peut-il être sauvé pal' QUES! )) Sur le devant de sa mitre, il y avait une lame de mé­
quelque bi en qu'il fait, puisque la salvation est gratuite? en disant tal sur laquelle était celle inscription: FOL SEULE .JUSTIFIANTE; et
aussi: Qu'est-ce que le bien que l'homme fait, sinon un bien méri­ alors apparut tout à coup un monstre sortant de la terre avec sept
toire, et cependant le mérite du Christ est tout? Faire le bien pOUl" têtes, ayant les picds comme ceux d'un ours, le corps comme celui
ie salut serait donc s'attribuer ce qui appartient au Christ seul. 'd'un léopard, et la gueule comme celle d'uD lion, absolument sem~
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hlable à la bête qui est décrite dans l'Apocalypse, - VlH. f, 2, _ être conjoint avec le Mérite du Christ? N'y a-t-il pas uniquement
dont une image fut faite et adorée, - Vers. 14, 15. - Ce speclre salvation par ce Mérite? Et comment l'opération de l'homme peut­
prit sur la Table la Mitre, il l'élargit par le bas, et la mit sur ses elle être conjointe avec l'opération de J'Esprit Saint? Celui-ci ne
sept têtes; cela fait, la terre s'ouvrit sous ses pieds, et il fut en­ fait-il pas tout sans le secours de l'homme? Ne sont-ce pas là uni­
glouti. Acette VlIe, le prélat s'écria; " VIOLENCE! VIOLENGE! » Alors quement les salvifiques dans l'Acte de la justification par la foi? et
nous nous séparâmes d'ellx ; et voici, devant nos yeux un escalier, ces trois sal\'ifiqnes uniques ne l'estent-ils pas d:'lIls l'État ou progres­
par lequel nous montâmes, el nons revînmes :;ur la terre el en vue sion de la foi? En conséquence le Bien accessoire pl'ovenant de
du ciel, olt nous étions auparavant. Il VoiliI ce que m'a raconté cet l'homme ne peut nullement êtl'e appelé Bien de religion, lequel,
esprit, qui était remonté de la terre inférieure avec cent autres comme il a été dit, contribue au salut; mais si quelqu'un le fait
esprits. pour le salut, comme il ya dans ce bien accessoire la volonté de
390,SIXIf:ME ~H:)JOIIAnLE, Dans la Plage septentrionale du ~Ionde l'hornnJe, et que celle-ci ne peul pas ne pas le considérer COlllme
spirituel j'enten'dis comme un bruil produit par des eaux; je me un mérite, il doit plUlôt êtl'e appelé mal de religion. )) Il Yavait
dirigeai donc vers l'endroit, et tluand jc flls auprès, le bruit cessa, auprès du portier, dans le vestibule, deux gentils, et ils entendirent
et j'entendis un boul'oonnement comme ceilli d'Ilne assemblée; et ces raisonnements, et l'un d'eux ùit il J'autre: « Ils n'ont aucune
alors je vis une maison tOlite lézardée, cntourée d'un mauvais mur, Religion; qui ne voit pas que faire du bien au prochain pOUl' Dieu,
de laquelle sort:lit cc bOIJl'tlonnement; je m'approchai; il y avait là aiusi avec Dieu, et d'après Dieu, c'est ce qui est appelé Religion? »
un portier il qui jc demandai qucls gens étaient dans cette lIlas~re ; Étl'autre disait: « Leur foi les a rendu fous. » Et alors ils deman­
il lUC dit que c'étaient les sages des sages, qui discutaient entre eux dèrent au portiel', qui ils étaient; le ~ortier dit: {( Ce sont de Sa­
SUI' des sujets surnaturels; - il s'exprimait ainsi dans la simplicité ges Chl'étiens. » Et ils répondirent: « Tu plaisantes, tu dis un
de sa foi; et je dis: «Est-il permis d'elHrer? » Il dit: CI Cela est mensonge; ce sont des baladins; du moins ils en tiennent le langage.»
permis, ponrvu que tu ne parles nullement, cal' j'ai permission Et moi, je m'en al!ai. Ce fut d'après l'auspice Divin du Seigneur
d'admettre les gentil5:, qui se tiennent avec moi à l'entrée. Il En que je suis yenu vers cette Mai~on, et, qu'alors ils ont délibéré sur
conséquence j'entrai; et voici, il y avait un Cirque, et au milieu ces suj~ts, et que la chose s'est passée comme elle est décrite.
une Cbail'e, ct l'Assemblée des soi-disant sages dissertait sur les 89'1. SEPTlI~)IE lUÉMOIlAIlLE. Quelle est la désolation du vrai, et
arcanes de leur foi; et alors la matière, ou la proposition soumise quelle est le marasme théologique aujourd'hui dans le Monde Chré­
à la discussion étail celle-ci: Le Bien que fait l'homme dans l'ÉTAT tien, c'est ce dont j'ai eu connaissance par des conversations dans
JJE .JUSTIFICATION par la foi, ou dans la progression de la foi après le Monde spirituel avec un gralid nombre de Laïques et un grand
l'ACTE, est-il un Bien de religion, ou fion? lis dirent unanimement nombre d'Ecclésiastiques; chez ceux-ci il y a une telle incligence
que par Bien de religion il est entendu un Bien qui contribue au spirituelle, qu'à peine sayent-ils autre chose, sinon qu'il y a une
salu!. La discussion fut "i\'e ; mais la victoire fut pour ceux qui sou­ Trinité, Père, Fils et ESPI'it Saint, et que la Foi seule Siluve; et sur
tenaient qlle les Biens que l'homnie fait dans l'1~tat ou progression le Seigneur Christ, ils ne connaissent de Lui que les Historiques
de la foi ne sont que des Biens moraux, qui conùuisent ù la pros­ qui sont dans les Évangélistes, quant à toutes les aulres choses que
périté dans le Monde, mais qui ne contribuent en rien au salut, au­ la Parole de l'un et l'autre Testament enseigne SUI' Lui, pal' exem­
quel contt'ibue seulement la Foi; et ils confirmèrent cela de cette ple, que le Pèl'e et Lui sont un; que Lui-Même est dans le Père, et
manière: (1 Comment quelque Bien volontaire de l'homme peut-il que le Père est en Lui; qu'il a tout pouvoir dans le Ciel et sur la
être conjoint avec un bien gratuit? La salvation ne se fait-elle pas Terre; que la yolonté du Père est qu'on cl'oie au Fils, et que celui
gratuitement? Comment quelque Bien venant de l'homme peut-il qui croit en Lui a la vie éternelle, et plusieurs autres choses, elles
,.

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sont aussi ignorées et éloignées que celles qui sont au fond de l'o_ comme celui quijoue de la flûte sur un seul ton; je n'entenùs pour
céan, et mêmes que celles qui sont au centre de la terre; et quann réponse que la foi; si tu ne connais que cette foi, et rien de plus,
elles sont tirées de la Parole et lues, ils se tiennent comme s'ils tu ne sais rien. Va-t-en, et retourne vers tes compagnons. Et il
éeoutaient, mais ils n'écoulent point, et elles n'entrent point dans s'en alla, et il les rencontra dans un désert, oit il n'y avait aucune
leurs oreilles plus profondément que le uruit du vent ou que le son herbe; il s'informa pourquoi il en élait ainsi, et on lui dit que c'é-
d'un tambour. Les Anges que le Ssigncur envoie quelquefois vel'S tait parce (pj'il n'y avail en eux rien de l'Église.
les Sociétés Chrétiennes, qui sont dans le Monde des Esprits, ainsi L'Ange s'adressa ainsi ~ celui qui était dans la Foi conjointe à la
sous le Ciel, pour les l'isiter, gémissent beaucoup, disant qu'il ya Charité: Ami, qui es-tu? Il répondit: Je suis un Chrétien Réformé.
chez eux pour les choses du salut tant de stupidité et par suite tant - Quelle est ta Doctrine et par suite la Religion? Il répondit: La
d'ob~curité, qu'ils sont il pen près comme un perroquet qlli parle; Foi et la Charité. - Il dit: Sont-ce là deux choses? Il répondit:
aussi leurs S:lvan[s disent-ils que pour les choses Spirituelles et Di- Elles ne peuvent être séparées. - Il dit; Qu'est-ce que la Foi? Il
vines ils n'ont pas plus d'intelligence que des statues. en jour, un répondit: C'est croire ce que la Parole enseigne. - Il dit: Qu'est-
Ange me rapporla qu'il s'était entretenu avec deux Ecrlésiastiques, ce que la Chal'ité? n répondit: C'est faire ce que la Parole enseigne.
dont l'un était dans la Foi sépal'ée de la Charilé, et l'autre dans la - Il dit: As-tu cru seulement ces choses, ou les as-lu fai!es aussi?
Foi Tian séparée. TI s'élait ainsi adressé à celui qui était dans la Foi Il répondit: Je les ai faites aussi. Alors l'Ange du Ciel le l'egarda
séparée de la Charité: Ami, qui cs-tu? il répondit: .le suis un attentivement, ri lui dit: Mon Ami, viens avec moi, et habite avec
Chrétien Réformé, -. Quelle est ta Doctrine, et pal: suite ta Reli- nous.
gion? Il répondit: C'est la Foi. - Quelle est la Foi?1\ répondit:
Ma foi est, que Dieu le Père a envoyé son Fils pour qu'il prît sur
Lui la damnation du Genre hlimain, et que par iii nous sommes
sauvés. Il lui fit alors celle question: Que sais-tll de plus SUI' \a saI·
vation? Il répondit: La sall'alion s'opère par celle foi seule. Il lui
dit ensuite: Que sais-lu Sil l' la Ré:Jemplion ?Il répondit qu'elle a
été faite par la Passion de la croix, et que le mérite du Fils est im-
puté pal' celte foi. - Puis: Que sais-tu SUI' la Régénération? 1\ ré-
})ondit: Elle se fait par celte foi. - Dis-moi ce que tn sais
sur l'Amour et sur la Charité! Il répondit: L'amour et la cha-
rilé sont cp,lle foi. - Dis-moi ce que tu penses des Précep-
tes du Décalogue, et des autre~ préceptes dans la Pal'ole ?
Il répondit; Ils sont fla ns celle foi. Alol's l'Ange dit : Par
conséquent, tu ne feras rien? Il répondit: Que ferai-je? je ne
puis par moi·même faire le hien qni est le bien. - Peux-tu par
toi-même avoir la foi? Il répondit: Je ne le puis. - Comment alors
peux-tu avoil' la foi? Il répondit: Je ne m'enquiers pas de cela;
j'aurai la foi. - Enfin il dit: Ne sais-tu rien autre chose de plus
sur le salut? 11 répondit: Qlle saurais-je de plus, puisque par celle
foi seule s'opère la salvation. Mais alors l'Ange dit: Tu r~pol1ds

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