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LA VRAIE

RELIGION CHRÉTIENNE

eoNTIiNA'iT

TOUTE LA TlIÉOLOGIE
DE LA NOUVELI.E .:GLISE
Prédite par le Sei~neur dans Daniel, VII, 13, 14; et dans l'Apocalypse, XXI, 1,2.

1'.\11

EltIltIAl\TIJEL S'''EDENBORG
Serviteur du Seigneur désus.()llrl.&
TRADUIT IjU LATIN

PAR J. F. E. LE BOYS DE8 GtJAY8.


Sur l'~;l!ilion princeps (Amsterdam, 1771).

SECONDE ÉDITION

TOME PH]~MIER

Paris
A la Librairie, 19, l'ue du Sommerard.
LOlulrl'.
SWEDENBORG SOCIBTY, ~6, Dloomsbury Street, V. C.
Ne,,,-l:'ork
NEW CnURGH BOOK.Il.OOIl, 20, Cooper Union.
1878
524. LA VRAlE RELIGION CHRÉTIENNE. 525
dres. De plus, il faut qu'on sache qu'à moins qu'il ne soit traité de
la Charité, après qu'il a été traité de la Foi, on ne peut pas COlll­
prendre ce que c'est qlle la Foi; car, ainsi qu'il a été dit et montré
dans le Chapitre précédent, la Foi sans la Charité n'est pas la Foi,
CHAPITHE SEPTIEME
et la Charité sans la Foi n'est pas la Charité, et toutes les deux ne
vivenl que par le Seigneur, NGS 355 à 361 ; puis aussi, le Seignenr,
DE LA CHARiTÉ OU DE L'AMOU R A L',ÉGARD DU PROCHAIN ET )a Charité et la Foi font un comme la Vie, la Volonlé et l'Enlende­
DES BONNES œUVRES. ment, et s'ils sont divisés, chacun est perdu comme une perle ré­
duite en poudre, NGS 363 à 36i ; et, de plus, la Charité et la Foi
392. Il vient d'étre trailé de la foi, il s'ensuil qu'il faut mainte­ sont ensemhle dans les Bonnes OEuvres, N°S 373 et suiv.
nant Irailer de la Charité, parce que la Foi et la Charilé ont été 393. Une vérité constante, c'est que la Foi et la Charité ne -peu­
conjoinles comme le Vrai et le Bien, et que ces deux-ci ont été con­ vent être séparées, afin que l'homme ait la vie spirituelle et par
joints comme la Lumière et la Chaleur dans la saison du printemps; suite le salut; qu'il en soit ainsi, cela tombe de soi-même dans l'En­
je parle ainsi, parce que la Lumière spirituelle, qui est la Lumière tendement de chaque homme, même dans un entendement non omé
procédant du Soleil du Monde spiriluel, est dans son essence·le Vrai, des talents et des ressonrces de l'érudition. Est-il quelqu'un qui,
aussi le Vrai dans ce Monde-là, en quelqu'endroit qu'il se montre, lorsqu'il entend dire que celui qui vit bien et croit selon la 1'ègle
brille-t-il avec splendeur selon sa purelé, et parce' que la Chaleur est sauvé, ne voie cela d'après une sorte de perception intérieure,
spirituelle, qui pl'ocède aussi de ce Soleil, est dans son essence le et qui par suite d'après l'entendement ne sail de cet avis? Et est·il
Bien. Ceci·a été dit, parce qu'il en est de la Chari lé et de la Foi, quelqu'un qui, lorsqu'il entend dire que celui qui Cl'Oit selon la
comme du Bien et du Vrai, cal' la Charité est le complexe de toutes règle et ne vit pas bien est ausSi sauvé, ne rejette cela de l'en­
les choses du Bien que J'homme fait au Pl'ochain, et la Foi est le tendement. comme une ordure qui tombe dans l'œil, puisqu'alors,
complexe de toutes les clloses du Vrai que l'homme pense concer­ d'après la perception intérieure,. il lui vient aussitôt cette pensée:
nan t Dieu et les Divins. Puis donc que le Vrai de la Foi est la Lu­ Comment peu t,ou croire selon la règle, quand on ne vil pas bien;
mière spiriluelle, et le Bien de la Charité la Chalem spil'ituelle, il et, qu'est-ce alol's que croire, sinon une figure peinte de la foi, et
s'ensuit qu'il en esl de ces deux-ci de nlên)e que de la chaleur et non son image vivante? Pareillement, si quelqu'un entendait dire
de la lumière dans le Monde Natul'el, c'est-à-dire que, de même que Celui qui vit bien, quoiqu'il ne c1'oie pas, est sauvé; son
que pal' leur conjonction tout fleul'Ît SUI' la Terre, de même aussi entendement, en tournant et retoumant cette proposition, ou en
par leul' conjonctiou tOllt fleurit dans le Mental humain; mais avec la pesant, ne verrait-il pas, ne percevrait-il pas, et ne .pensel'ait-i1
celle différence que sur la Terre la fleul'aison est faite par la Cha­ pas qu'elle n'a pas non plus dc consistance, puisque hien vine vient
leul' et la Lumière natul'elles, tandis que dans le i\Jental humain la de Dieu? en effet, tout bien, qui en soi est le bien, vient de Dieu.
fleuraison est faite par la Chaleur et la Lumièl'e spirituelles, et que Qu'est-ce alors que bien vivre et ne pas croire, sinon comme est,
cette fleuraison-ci, parce qu'elle est spiriluelle, est la Sagesse et dans la main du potier, l'argile qui ne peut 6Ll'e formée en aucun
l'In lell igence ; il Y a aussi correspondance en tl'e elles; c'est pour­ . vase propre à l'usage dans le Royaume spi rituel, et ne peut servir
quoi le Mental humain, dans lequel la Chal'ité a été conjointe à la que dans le Royaume naturel? Et, en outre, qui ne voit la contra­
Foi, et la Foi il la Chari té, est comparé dans la Parole à un jardin, diction dans ces deux propositions, à savoir: Celui qui Cl'Oit et ne
et est entendu aussi par le Jardin d'Éden; qu'il en soit ainsi, cela a vit pas bien est sauvé; et; Celui qui vit bien et ne c1'oit pas est
été pleinement montré dans les ARCANES CELESTES, imprimés à Lon- sauvé? Or, puisqu'aujourd'hui l'on sait et l'on ne sait pas ce que
~6" LA VRAIE RELlGIO~ CHRÉTIENNE. 527
c'est que le Bien vivre, qui appartient à la Charité, car on sait ce ils ont eté régulièrement subordonnés, et le pervertissent quand
que c'est que bien vivre naturellement, et l'on ne sait pas ce que ils l'onLété irrégulièrement, c'est ce qui sera démontré dans l'Ar­
c'est que bien vivre spirituellement, il va par conséquent en être ticle suivant; ici, il suffit de dire que ces trois amours ont été ré­
traité, parce que cela appartient à la Chal'ité, ce qui sera fait cn gulièrement subordonnés, alors que l'amour du Ciel fait la tête,
Séries par Articles distincts. l'Amour du monde la poitrine et le' ventre, et l'Amoul' de soi les
pieds et les plantes des pieds. Le Mental humain a été distingué en
trois régions, comme il a déjà éLé dit quelquefois; l'homme par la
JI Y Cl trois Amours universels: L'A molt1' du Ciel, l'A mour région suprême regarde Dieu, par la seconde ou la moyenne le
du i11onde, et l'Autour de Soi. Monde, et par la troisième ou l'infime il se regarde lui-même; puis­
que tel esL le Mental, il peut être élevé et s'élever lui-nième en haut,
394. Je commencerai pal' ces trois Amours, parce qu'ils sont parce qu'il peut regarder vers Dieu et vers le Ciel; il peut être
universels, et constiluent les fondemenLs de tO\lS les autres amours, étendu eL s'éLendl'e lui-même SlI\' les côt~s de toute part, parce
et parce que la Charité a avec chacun d'eux le commun; car par qu'il peut regardel' de tout côté dans le Monde et dans la nature du
l'A)IOUR ou CIEL il est entendu l'Amour envers le Seigneul', et aussi monde; et il peut être abaissé, et s'abaisser lui-même en bas, parce
l'Amour il l'égard "du Prochain, et ces deux amours regardant l'u­ qu'il peut l'egarder vers la terre et vers l'enfer; en cela la vue du
sage comme fin, l'Amour du ciel peut être appelé l'AmOllI' des usa­ corps imiLe la vue du menLal, car la vue du corps peut aussÎ se
ges. L'Â)IOUR DU i\Io.~OE est non-sculenlen t l'Amour des ricllesses et portel' en haut, alentour et en bas. Le Mental humain est comme
des possessions, mais encore l'Amour de touLes les choses que le une ;lIalsoll à trois étages, entre l~sqllels il y a cOIrJ!i1ulieation par
Monde fournit, et qui plaisent aux Sens [lu corps, comme la beauté des escaliers; dans l'étage le plus h.1UL habitent les Anges du Ciel,
aux yeux, l'harmonie aux oreilles, les exhalaisons odoriférantes aux dan~; celui du milieu les hommes du Monde, et dans le plus bas
narines, les mets délicats à la langue, les attouchements doux à la les géuies ; l'homme dans lequel ces trois amours ont été régulière­
peau, puis aussi l'élégance des vêtements, la commodité des habi­ ment subordonnés peut à son gré monLer et dcscendl'e, el lorsqu'il
tations; l'agrément de la compagnie, ainsi tonLes les jouissances monte daIls l'étage le plus haut, il est en compagnie avec les Anges
qui prOViCnllt3nt de ces choses et de beaucoup d'auLres' objeLs. L'A­ comme Ange, et quand de Iii il descend dans l'étage du milieu, il
l\lüOn DE SOI est non-seulement l'Amoul' -de l'honneur, de la gloire,
est Iù en compagnie avec les hommes comllle llOmme-Allg"e, ét quand
de la réputation, de la suprématie, mais aussi l'amour de mériLer il descend de celui-ci dans le plus bas, il est en compagnie avec les
et de briguer les fonctions, et ainsi de régner SUI' les autres. La géllies comme homme du monde, et il les instruit, les réprimande
charité a de commun avec chacun de ces Lrois amours, que et les dompte. Dans l'homme, en qui ces trois amours ont été su­
considérée en elle-même elle est l'amOllI' des usages, car la bordonnés, ils ont aussi éLé coordonnés de manière que \' Amour
charité veut faire du bien au prochain, et le hien est la suprême, qui est l'amour du ciel, est intérieuremèDt dans le second
même chose que l'usage; or chacun de ces amours regarde les qui est l'amour du monJe, et par celui-ci dans le" troisième ou l'in­
usages comme ses fins, l'Amour du Ciel les usages spirituels, l'A­ fime qui esL l'amour de soi, et l'amour qui est en dedans dirige
mour du Monde les usages naturels qui peuvent être nommés usages aussi à son gré l'amour qui est en dehors; si donc l'amour du Ciel
civils, et l'Amour de soi les usages corporels qui peuvent aussi être est intérieurement dans l'amour du Monde, et par lui dans l'amour
nommés usages domestiques pour soi et pour les siens. de soi, l'homme fait des usages dans chaque amour d'après le Dieu
39t>. Que ces trois Amours soient dans chaque homme par créa­ du ciel. Ces trois amours sont, dans l'opération, comme la Volonté,
tion et ainsi pal' naissance, et qu'ils perfectionnent l'homme quand l'Entendement et l'Action; la Volonté influe dans l'Entendement,
....

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et I~ elle se pourvoit des moyens par lesquels elle produit l'Action. » la Volonté est le réceptacle et le sujet de tout ce qui appartient
Mais sur ce sujet on verra de plus grands développements dans l'Ar­ » au Bien, et l'Entendement est le réceptacle et le sujet de tout ce
l,
ticle suivant, où il sera démontré que ces troIS amours perfection­ "qui appartient au Vrai; les Biens et les Vrais chez l'homme ne,
nent l'homme s'ils ont été réglllièr'emellt subordonnés, mais qu'ils )) sont point ailleurs; et comme les Biens et les Vrais chez l'honlme'
le pervertissent et le renversent, s'ils ont été subordonnés irrégu­ » ne son t poin t ailleurs, il s'ensui t que l'Amour et la Foi ne sont
lièremen t. )) point non plus ailleurs, puisque l'Amour appartient au bien, e~
396. Toutefois, pOUl' que les choses qui suivent dans ce Cha~ » le Bien il l'amour, et que la Foi appal'tient au vrai, et le Vrai à
pitre, et dans les Chapitl'es suivants sur le Libre Arbitre, sur la 1) la foi. 3° La Volonté et l'Entendement font aussi l'Esprit de,
Réfol'mation et la Régénération, etc" se présentent clairement à » l'ho~nme, car là résident sa Sagesse et son Intelligence, et aussi
la vue dans la lumièl'e de la raison, il est nécessaire de donner » son AmOlli' et sa Charité, et en général sa Vie; le Corps n'est.
d'abord quelques notions sur LA VOLONTÉ ET L'ENTENDEMENT; sur » qu'une Obéissance. 4°Ce qu'il y a de plus important à savoir,
LE BIEN ET LE VRAI; sur L'AMOUR EN GÉNÉRAL; sur L'AlIJOUR DU » c'est comment la Volonté et l'Entendement font un seui Mental:
MONDE ET L'AllIO UR DE SOI EN PARTICCLIER; sur L'HOMlIIE EXTERNE » lis {onl un seull\lental comme le Bien et le Vrai font un ; car il
ET L'HOllIME INTERNE; et sur L'HO~I;\lE PUREMENT NATUREL ET SEN­ " Ya entre la Volonté et l'Entendement le même Mariage qu'entre
SUEL. Ces notions vont être dévoilées, afin que la Vue rationnelle JI le bien et le Vrai; quel est ce Mariage, on le verra d'après ce qui.
de l'homme, lorsqu'il s'agira de percevoir les choses qui seront )1 sera rappol'té bientôt sur le Bien et le Vrai, à savoir, que commel
dites dans la suite, ne soit pas comme dans un brouillard épais, et )J le Bien est l'Être même de la chose, et que le Vrai est par suite,
ne come pas l'our ainsi dire par les l'Iles de la Ville, au point de ne )1 l'Exister de la chose, de même chez l'homme la Volonté est l'Êlre
pas connaltre le chemin qui conduit à la maison; car sans l'Entende­ » même de sa viEl, et l'Entendement est par suite l'Exister de la vie.;
ment, et si l'Entendement n'est pas illllstré quandonlit la Parole, IIne » car le Bien qui appartient à la volonté se forme dans ntntende­
vérité tlléologique n'est que comme une Lampe dans la main si la mèche » ment et se présente à la vue.
n'est pas allumée, tclle qu'était la lampe dans les mains des cinq
Vierges insensées, qui -n'avaient point d'Huile. - Chacnn de ces 398. Il. » Du BIEN ET DU VRAI.
sujets va donc êire traité dans SOli ordre. 1. ° Dans l'univers toutes les choses qui sont dans l'Ordre Divin
397.1: « DE LA VOLONTÉ ET DE r/El'i'TENDElIIENT.
" se réfèrent au Bien et au Vrai; il n'y a rien dans le Ciel, ni rien
» 1" Il Ya dans l'homme deux facultés qui font sa vie, l'ulle " dans le l'fonde, qui ne se réfère à ces deux; et cela, parce que
» s'appelle la Volonlé, et l'autre l'Entendement; elles sont distinc­ ») l'un et l'autre, tant le Bien que le Vrai, procèdent deDieu, de qui
1) tes entre elles, mais elles ont été créées je manière qu'clics soient
" procèdent toules choses. 2° De là il est évident qu'il est né­
» un, et quand elles sont lm, elles sont appelées le Mental; elles » cessaire à l'homme de savoir ce que c'est que le Bien, et ce que
II » sont donc le ment.)1 11l.lmain, et toute la vie de J'homme est là Il c'est que le Vrai, comment l'un regarde l'autre, et comment
» dans les principes; et pal' suite dans le corps. 2° De même que » l'un est conjoint à l'autre; mais cela est principalement néces­
» dans l'Univers toutes les choses, qui sont selon l'Ordre, se ré­ » saire à l'homme de l'Église, car de même que toutes les choses
» fèrent au Bien et au Yl'ai, de même chez l'homme clics se ré­ 11·)J ) du Ciel se réfèrent au Bien et au Vrai, de même aussi toutes les
» fèrent toutes à la Volonté et à l'Entendement, car le Bien chez ») choses de l'ÉgIise~ parce que le bien et le vrai du Ciel SOIlt aussi
» l'homme appartient il sa Volonté, et le Vrai chez lui appartient à JI le bien et le vrai de l'Église. 3°11 est selon l'ordre Divin que le
» son Entendement; en effet, ces deux Facul tés ou ces deux Vies » Bien et le Vrai soient conjoints, et non séparés, de telle sorte
» de l'homme sont les réceptacles et les suj~ts dn bien et du vrai, » qu'ils soient un et Don deux, car conjoints ils procèdent de Dieu,
1. . 34

.:....
r

530 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 531


» et conjoints iJs sont dans le ciel, et par conséquent conjoints ils .. est le Faux, parce qu'il a été falsifié; et si le Bien est adjoint au
doivent être dans l'Église; la Conjonction du bien et du vrai " Faux du m:!l, il n'est plus le Bien, mais il est le AJal, parce qu'il
II Il

» est appelée dans le Ciel Mariage céleste, car dans ce Mariage )) a été adultéré. Toutefois le faux, qui n'est pas le faux du mal,
Il sont tous cèux qui y habitent: de là vient que dans la Parole le » peut être conjoint au bien. go Quiconque est dans le Mal et par
» Ciel estcomparée à un Mariage, et que 19 Seigneur est appelé )) suite dans Jc Faux d'après la confirmation et la vic, ne peut sa­
» }"iancé et Mari, et le Ciel Fiancée et Épouse, pareillement l'É­ " vOir ce que c'est que le Bien et le Vrai, parce qu'il croit que son
» glise ; si le Ciel et l'Église son t appelés ainsi, c'est parce que )) 1\Ial est le dien, et d'après cela il croil que son Faux est le Vrai;
» ceux qui y sont reçoivent le Divin Bien dans les Vrais. 4° Toute » mais quiconque est dans le Bien et par suite dans le VI'ai d'après

) intel! igence et toute sagesse que possèdent les Anges, viennent )) la confirmation el la vie, peut savoir ce que. c'cst que le mal et le
» de ce Mariage, et il n:en vient aucnne du Bien séparé du Vrai, " faux; la raison de cela, c'est que tout Bien et tout Vrai du bien
» ni du Vrai séparé du Bien: il en est 4e même chez les hommes J) sont Célesles dans leur essence, el que toull\Ial et par suite tout
» de l'Église. 5° Puisque la conjonction du bien et du vrai est Tl Faux sont Infernaux dans leur essence; or, toule chose Céleste
» comme un mariage, il e~t évident que le Bien aime le Vrai; que " est dans la lumièl'e, et toute chose lnfernale est dans les ténè­
» réciproquement le Vrai aime le Bien; et que l'un désire être }) bres.
» conjoint il l'autre: l'homme de l'Èglise, chez lequel il n'y a pas 39ll. Ill. « DE L'A~IOUR EN GÉNÉRAL.
» un tel amour ni un tel désir, n'est point dans le Mariage céleste, " t ° La Vie même de l'homme est son Amour; et tel est l'A­
» par conséquent il n'y a pas encore en lui l'Église, puisqne la " mour, telie est la Vie, et même tel est l'homme tout entier; mais
Il Conjonction du bien et du vrai fait l'Église. 6° Les Biens sonl
': •• c'est l'Amour oominant ou régnanl qui fait J'homme. Cet Amour
» de plusieurs sortes; en général, il .y a le bien spirituel, et le bien ." a sous sa dépendance plusieurs amours, qui sont des dériva­
» naturel, et l'un et l'autre ont él.é conjoints dans le Bien moral ., tians; ceux-ci se montrent sous une autre forme, mais néan­
» réel. De même que son t les biens, de même allssi sont les " moins ils sont tOll~ dans l'Amour dominant, et font avec lui un
» Vrais, parce que les Vrais appartiennent au Bieu, et sont les ." même Royaume; l'Amour Dominant est comme leul' Hoi et leur
» formes du bien. 7° De même qu'il en est du Bien et du Vrai, " Chef; "il le~ dirige, et par eux, comme par des fins moyennes;
» de mème d'après l'opposé il en est du Mal et du Faux; (\
.. il vise el tend à sa Fin, qui est la première et la dernière de
» car de mème que dans l'Univers tontes les choses qui sont .. lolltes, et ce13 tant directelllen(qu'indireclemenl. 2° Ce qui ap­
Il selon l'Ordre Divin se réfèrent au Bien et au Vrai, de " pilrtient à l'Amour dominant est ce qui est aimé par dessus toutes
» même toutes celles qui sont contre l'Ordre Divin se réfèrent au " choses. Ce que l'homme aime par dessus toutes choses est sans
» Mal et all Faux; puis aussi, de même qlle le Bien aime .à être con­ » cesse présent dans sa pensée, parce que cela esl dans sa Volonté
JO joint au Vrai, de même le Mal aime à être conjoint au Faux, et » et· fait sa vie même (ipsissima); par exemple, celui qui aime par

» réciproquement; puis encore, de même que toute Intelligence et " dessus toutes choses les richesses, soit qu'elles consistent en
» toule Sagesse naissent de la Conjonction du bien ct du vrai, de » argent ou en possessions, est continuellement préoccupé des

Il même toute Sottise et taule Folie naissent de la conjonction du mal " moyens d'en acquérir, il est intimement dans la joie quand il
», et du faux. La conjonction du mal et du faux considérée intérieu­ ,. les acquiert, il est intimement dans la tristesse quand il les
» rement n'est pas un Mariage, c'est un Adultère. 8° De ce que le l'~ " perd; son cœur est en elles. Celui qui s'aime par dessus toutes
}) Mal et le Faux sont opposés au Bien et.au Vrai, il est évident que » choses, celui-là en toute circonstance se souvient de lui, pense
» le Vrai ne peut pas être conjoint au Mal, ni le Bien au Faux du "à lui, parle de lui et agit pour lui, car sa vie est la vie de sai­
» mal; si le Vrai est adjoint au Mal, il n'est plus le Vrai, mais il l) même. 3° L'homme a pour fin ce qu'il aime par dessus tout, il

a
-. - _.~~
1., ..... !
,.

532 LA. VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 533


" l'a en vue en toutes choses et en chaque cho&e; cela est dans " été dit, les amours de l'Enfer, ferment et détruisent l'homme
"sa volonté comme la veine cachée d'un fleuve, qui entraîne et .. Interne spirituel, quand ils dominent, et ils font que l'homme
" emporte, même lorsqu'il s'occupe d'autre chose, car c'e&~ ce l,
" est Naturel et Sensuel selon la quantité et la qualité de leur Do­
"qui anime. C'est là ce qu'un homme examine chez un autre, 0> mination,
" et voit même; et par là, ou il le dirige, ou il agit avec lui. 4° 400. IV. » DE L'AMOUR DE SOI ET DE L'AMOUR nu l\IONDE EN
~ L'homme est absolument tel qu'est le Dominant de sa vie; c'est
.. PARTICULIER.
" par ce Dominant qu'il est distingué des autres; c'est lui qui fail » t L'Amour de soi consiste il ne vouloir du bien qu'a soi seul,
0

" son Ciel, s'il est bon, et son Enfer, s'il est mauvais; il est sa Il et a n'en vouloir aux autres, même a l'Église, à la Patrie, à une
" Volonté même, son Propre même, et sa Nature même, car il est " société humaine, et au concitoyen, que par rapport a soi; comme
" l'Être même de sa vie; après la mort il ne peut être changé. JO aussi à ne leur faire du bien qu'en vue de la réputation, de l'hon­
.. parce qu'il est l'homme lui-même. 5° Tout plaisir, tout bonheur t> lieur et de la gloire, de sorte qlIe, si l'on ne voit pas la réputation,
"et toute félicité procède chez chacun de son Amour dominant, » l'honneur ou la gloire dans le bien qu'on peut leul' faire, on dit
" et est selon cet amour; car l'homme appelle plaisir ce qu'il aime, If daus son cœur: « Que m'importe? Pourquoi le ferai-je? Que m'en
>1 parce qu'il le sent; ce qu'il pense et n'aime pas, il peut aussi " reviendra-t-il? » et ainsi on ne le fait pas; de là il est évident que
" l'appeler plaisir, mais ce n'est pas le plaisil' de sa vie. c'est le " celui qui est dans l'amour de soi n'aime ni l'Église, ni la Patrie,
" plaisir de son amour, qui est pour l'homme le Bien, et c'est le " ni la Société, ni le Concitoyen, ni aucun Bien réel, mais qu'il
" déplaisir qui est pour lui le Mal. 6. Il Ya deux Amours d'où dé­ " n'aime que lui Seul et ce qui lui appartieut. 2° L'homme est dans
.. coulent tous les biens et tous les vrais, comme de leurs sources " l'Amour de soi, quand dalls les choses qu'il pense et qu'il fait il
» mêmes; et il y a deux Amours d'où découlent tous les maux et
" ne regarde pas le prochain, ni par conséquent le PIJblic, encore
" tous les faux, Les deux Amours, d'où découlent tous les biens et " moins le Seigneur, mais ne voit que Lui-l\fême et les Siens; par
" tous les vrais, sont l'Amou!' envers le Seigneur et l'Amour à \'é­ " conséquent lorsqu'il fait toutes choses pour lui-même et pour
.. gard du prochain; et les deux Amours, d'où découlent tous les " les siéns, et aussi lorsqu'il fait quelque chose pour le Public,
.. maux et tous les faux, son t l'Amour de soi et l'Amour du monde: » seulement afin de se faire voir; et pour-le prochain, seulement
" ces deux Amours· ci, quand ils dominellt, sont entièrement op­ ,> afin qu'il lui soit favorable. 30 Il est dit lJour Lui-Même et pour
" posés aux deux autres Amours. 7°. Les deux Amours qui sont, "les Siens, car celui qui S'aime, aime aussi les Siens, qui sont
" comme il a été dit, l'Amour envers le Seigneur et l'Amour à \'é­ .. spécialement ses Enfants et ses Descendants, et généralement
" gard du prochain, font le Ciel chez l'homme, car ils règnent " tous ceux qui font un avec lui et qu'il appelle les Siens; aimer
" dans le Ciel; et comme ils l'ont le Ciel chez l'homme, ils font " les uns et les autl'es, c'est aussi s'aimer soi -même, car il les re­
".aussi l'Église chez lui: les deux Amours, d'où découlent . tous JO garde comme en 1ui, et se regarde comme en eux; parmi ceux.
» les maux et tous les faux, et qui sont, comme il a été dit, l'A­
" qu'il appelle les siens sont aussi tous ceux qui le louent, l'ho­
" mour de soi et l'Amour du monde, font l'Enfer chez l'homme, ai norent et le vénèrent. Quant à tous les autres, il les regarde, il
" car ils règnent dans l'Enfer, conséquemment aussi ils détruisent " est vrai, des yeux au corps comme des hommes, mais aux yeux
" l'Église chez lui. 8. Les deux Amours, d'où découlent tous les "de son esprit ils sont à peine autre chose que des fantômes.
» biens et tous les vrais, et qui sont, comme il a été dit, les Amours .. 4° Dans l'Amour de soi est l'homme qui méprISe le prochain en
IrJl
»du Ciel, ouvrent et forment l'homme Interne spirituel, parce " le oomparant il soi-même, qui l~ regarde comme ennemi, s'il
JO qu'ils résident dans cet homme: les deux Amours, d'où dé­ .. ne lui est pas favorab~·e, et s'il ne le vénère pas et ne lui rend
Jo coulent tous les maux et tous les faux, et qui sont, comme il a
0> pas bommage; encore plus dans l'Amour de soi est celui qui, à

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534 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE, 535


" cause de cela, hait Je prochain et le persécute; et encore plus ,. pour qui ces freins, ces liens et ces impossibilités n'existent pas,
.. celui qui, à cause de cela, brûle de vengeance contre lui et dé­ lï 1 » lesquels se précipitent sur les Provinces et les Royaumes, les
," sire ardemment sa perte: de tels hommes enlin aiment à exer­ » subjuguent, autant que le succès les seconde, et aspirent à une
» cel' des cruautés. 0° Par la comparaison avec l'Amour céleste, .
~\
» puissance et à une gloire sans bornes: et plus encore chez ceux
" on peut voir quel est l'Amour de soi; l'Amour céleste consiste
» à aime)' il cause des usages, les usages, ou il cause des biens les
~ » qui étendent leur Domination SUI' le Ciel, et transfèrent en eux
» toute la Puissance Divine du Seigneur; ceux-cl désirent conti­
); biens, qu'on fait à l'Église, à la PaIrie, à une Société humaine » nuellement davanlage. 8° Il Y a deux genres de Dominalion:
)' et au concitoyen; mais celui qui les aime à cause de Soi, ne les » L'une, de l'Amour à l'égard du prochain; et l'autre, de l'Amour
» aime que comme des domestiques, parce qu'ils le servent: il l) de soi. Ces deux Dominations sont opposées l'une il l'autre; ce­

» suit de là quc celui qui est dans l'Amour de soi veut que l'Église, » lui qui domine d'après l'Amour à l'égard du prochain veut du
» la Patrie, les Sociétés humaines et les concitoyens le servent, et 1 • » bien à tous, et n'aime l'ien plus que de faire des usages, et ainsi
.. ne veu t pas les servir; il se met au-dessus d'eux, et les met au­ » senir les autres; - servir les autres, c'est d'après le bien vou­
" dessous de lui. 6° De plus, autant quelqu'un est dans l'Amour » loir faire du bien aux autres et faire des usages; - c'e~t là son
» céleste, qui consiste à aimer les usages et les biens, et à être Il Amour, et c'est là le plaisir de son cœur; autant celui-ci est élevé

» affecté du plaisir du cœur en les faisant, autant il est conduit Il 1) aux dignités, autant aussi il s'en réjouit, non à cause des digni­

» par le Seigneur, parce qlle cet Amour est celui dans lequel est » tés, mais à cause des usages qu'il peut alors faire en pins grande
» le Seigneur, et celui qui vient du Seigneur: mais autant quel­ » abondance et dans un degré plus étendu; telle est la Domination
» qu'un est dans l'Amour de soi, autant il est cOllduit par soi­ » dans les cieux. l\Iais celui qui domine d'après l'Amour de soi ne
» même; et autant il est conduit par soi-même, autant il l'est par » leut du bien à qui que soit, il n'en \'eut que pour lui el pour
» son Propre; et le Propre de l'homme n'est que le mal, car c'est Il les siens; les usages qu'il fait sont pour son propre honneur et

»son mal héréditaire, qui consiste à s'aimer de préférence il Dieu, » sa propre gloire, ce sont Iii pOUl' lui les seuls usages; il sertIes
.. et à aimer le Monde de préférence au Ciel. 7° L'Amour de soi Il autres, afin d'être servi lui-même, d'être honoré et de domil1er ;

» est encore leI que, autant on lui I<iche les freins, c'est-il-dire, Il il ambitionne les dignités, non pour les biens qu'il pourra. faire,

» autant sont éloignés les liens externes, qui sont la crainte de la » mais pour être au-dessus des autres et dans la gloire, et par
» loi et de ses chtltimenls, et la crainte de la perte de la réputa­ » suite dans le plaisir de son cœur, go L'Amour de la Domination
» tion, de l'honneur, du gain, des emplois et de la vie, autant il
\ Il reste aussi chez chacun après la vie dans le Monde; mais à ceux

»s'élance, jusqu'à vouloir dominer non-seulement sur tout le r \ 1 » qui ont dominé d'après l'Amour à l'égard du pl'ochain est aussi
» globe, mais encore sur le Ciel, et sur Dieu Même; il n'y a ja­ » confiée une Domination dans les cieux: et alors ce ne sont pas
» mais pour lui aucun terme, ou aucune tin: celte cupidité est Il eux qui dominent, mais ce sont les usages et les biens, qu'ils

» cachée dans tout homme qui est dans l'Amour de soi, quoi­ )) aiment; et quand les usages et les biens dominent, le Seigneur
» qu'elle ne se manifeste pas devant le Monde, où les freins et » domine: quaul à ceux qui dans le Monde Ollt dominé d'après
» les liens ci-dessus nommés le retiennent; et quiconque est tel, » l'Amour de soi, ils sont dépouillés de la domination après la vie
» quand il rencontre un obstacle ill/possible à lever, s'y arrête, » dans le l\Ionde, et sont réduits en servitude. Maintenaut, d'a­
» jusqu'à ce que la chose devienne possible; c'est à cause de tout » près ce qui vient d'être dit, on peut connaître qui sont ceux qui
» cela que l'homme qui est dans cet amour, ne sait pas que celte )1 sont dans l'Amour Je soi; peu importe quelle apparence ils
» folle cupidité sans bornes est cachée en lui. Que cependant il en II aient dans la forme externe, qu'ils soient élevés ou soumis, car

• soit ainsi, chacun peut le voir chez les Puissants et les Rois. ) les motifs de domination son t dans l'homme Interne, et chez la

536 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 537

1) plupart l'homme Interne est caché, et l'homme Externe est ins­ l) que l'amour tire sa qualité; car telle est la fin pour laquelle on
1) truit à .feindre des affections qui appartiennent Il l'Amour du » désire, tel est l'Amour; toutes les autres choses lui serven-t
Il Public et du prochain, ainsi des· affections contraires, et cela » comme moyens. UO En un mot, l'ArnOUl' de soi et l'Amour du
» aussi en vue de soi-même; car ceux-là savent qu'aimer le Pu­ Il monde sont absolument opposés à l'Amour envers le Seigneur

II blic et le prochain fait intérieurement impression sur tous les Il et à l'Amour à l'égaJ'd du prochain; c'est pourquoi l'Amour de

l) hommes, et qu'on en est d'autant estimé; si cela fait impres­ Il soi et l'Amour du monde, leI!' qu'ils ont été décrits ci-dessus,

Il sion, c'est parce que le Ciel influe dans cet amour, 10° Les Il sont des Amours infernaux, ils règnent aussi dans l'Enfer, et

» maux, chez ceux qui sont dans l'Amour de soi, sont en général l) même ils font l'Enfer chez l'hommè. Au contraire, l'Amour en­
l) le Mépris pour les autres, l'Envie, l'Inimitié contre ceux qui ne )l vers le Seigneur et l'Amour il l'égard du prochain sonl des
Il leur sont pas favorables, l'Hostilité qui en provient, les Haines » Amours célestes, ils 'règnent aussi dans le ciel, et même ils font
Il de tout genre, les Vengeances, l'Astuce, les Fourberies, l'Inhu­ Il le Ciel chez l'homme.

Il manité, la Cruauté; et là où sont de tels Maux, il y a aussi le 40t. V, » DE L'HOMME INTEI\NE ET DE 1:1I0~fME EXTERNE.
)1 Mépris pour Dieu et pour les Divins, qui sont les vrais et les » 1° L'homme a été créé de telle sorte, qu'il est à la fois dans le
1) biens de l'Église; s'ils les honorent, c'est seulement de bouche Il Monde spirituel et dans le Monde naturèl : le Monde spirituel est

» et non de cœur. Et comme ces maux proviennent de cet amour, 1) où sont les Anges, et le Monde naturel, où sont les hommes; et

» il en provient aussi des faux semblables, car les faux vienn~nt » comme l'homme a été ainsi créé, c'est pour cela qu'il lui a été
» des maux. :1. 1° L'AMOUR DU MONDE consiste il vouloir attireJ' à )l donné un Interne et un Externe; un Interne, par lequel il est

Il soi les Richesses des autres par quelque moyen que ce soit, à Il .dans le !\fonde spirituel; un Externe, par lequel il est dans le

» placer son cœur dans ces richesses, et à souffJ'ir que le Monde Il Monde nature\. Son Interne est ce qui est appelé l'homme In­

» le J'etire et l'éloigne de l'Amour Spirituel, qui est l'Amour là l'e­ » terne, et son Exterlle, ce qui est appelé l'homme Externe. 2°
l) gard du prochain, et ainsi l'éloigne du Ciel. Dans l'Amou'r du l) Chez chaque homme il y a un Interne et un Externe, mais au­
» Monde sont ceux qui désirent s'emparer des biens des autres J) trement chez les bons, et autrement chez les méchants; l'Interne
» par divers moyens, surtout ceux qui emploient l'astuce et la four­ l) chez les bons est dans le Ciel et dans la lumière du Ciel, et l'Ex­

» berie, en regardant comme rien le bien du prochain: ceux qui » terne est dans le Monde et dans la lumière du monde, et cette

» sont dans cet ·Amour convoitent les biens des autres; et en tant » lumière-ci chez eux est éclairée par la lumièJ'e du Ciel, et ainsi

» qu'ils ne craignent point les lois. ni la perte de leur réputation » chez eux l'Interne et l'Externe font un comme la cause et l'effet,

Il à cause du profit (IU'elle procure, ils dépouillent, ct même ils » ou comme l'antérieur et le postérieur. Mais chez les méchants
Il pillent, 12° Cependant l'Amour du monde n'est pas opposé à l) l'Interne est dans l'Enfer et dans la lumière de l'Enfer, lumière
» l'Amour céleste au même degré que l'Amour de soi, parce qu'il » qui J'elativement à la lumière du Ciel est une obscurité, et leur
Il n'y a pas de si grands Maux reIJfermes en lui. :1.3° Cet Amour » Externe peut être dans une lumière semblable à celle dans la­

Il est de plusieurs espèces: Il y al' Amour des richesses pour s'é­ » quelle sont les bons; c'est pourquoi il y a renversement: de là

» lever aux honneurs; il Ya l'Amour des honneurs et des dignités » vient que les méchants peuvent parler et enseigner sur la fû'i,
Il pour obtenir les richesses; il Y a l'Amour des richesses pour )l sur la charité et sur Dieu, mais non d'après la foi, ni d'après la
» différents usages qui procurent du plaisir dans le Monde; il Ya Il charité, ni d'après Dieu, comme les bons. 3° L'homme Interne

» l'Amour des richesses pour les richesses seules, tel est r Amfur Il est celui qui est appelé homme Spirituel, parce qu'il est dans la

l) chez les avares; et ainsi du reste; la fin pour laquelle on dé~ire Il Lumière du Ciel, Lumière qui est spirituelle; et l'homme Ex­

l) les richesses est appelée usage, et c'est de la fin ou de l'usage II terne est celui qui est appelé homme Naturel, parce qu'il est
538 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 539
» dans la lumière du Monde, lumière qui est naturelle: l'homme » dans le Ciel jusqu'au Seigneur, et il y a formation selon les
» dont l'Interne est dans la Lumière du Ciel, et l'Externe dans la )) choses qui apparliennent au Ciel. Mais vice ve?'sâ, autant l'homme
» lumière du Monde est homme spirituel quant à l'un et à l'autre, » pense et veut rion d'après le Ciel mais d'après le Monde, autant
» parce que la lumière spirituelle éclaire par rintérieur la lumière 1) l'homme Interne spirituel est fermé, et l'homme Externe ouvert
» naturelle, et la fait comme sienne: mais c'est l'inverse chez les II et formé; il ya ouverture dans le Monde, et formation selon les

» méchants. 4° L'homme Interne spiriluel copsidéré en lui·même II choses qui appartiennent à rEnfer, 8° Ceux chez qui l'homme

» est un Ange du Ciel, et même pendant qu'il vit dans le COI'pS il ' 1) Interne spirituel a éLé ouvert dans le Ciel vers le Seigneur sont
» est en société avec les Anges, quoiqu'il ne le sache pas, et après » dans la lumière du Ciel, et dan6l'illumination par le Seigneur,

» qu'il a élé délié du COl'pS, il vient parmi les Anges; mais l'homme » et par suite dans l'intelligence et dans la sagesse; ils voient le
»Interne chez les méchanls est un Satan, et aussi pendant qu'il » vrai d'après la lumière du vrai, et perçoivent le bien d'après l'a-
» vit dans Je corps il est en sociélé, avec les Satans, et dc même » monr du bien. Mais cellX chez qui l'homme Interne spirituel a
» après qu'il a été délié du corps, il vient parmi eux. 0° Les in lé- Il été fermé ne savent pas ce que c'est que l'homme In Lerne, et ne

» rieurs du mental chez ceux qui sont hommes spirituels ont élé 1) croient point il là Parole, ni à la vie après la mort, ni aux choses

» élevés en actualilé du CÔlé du Ciel, car ils le l'egardent en pre- II qui sont du Ciel et de l'Église; et comme ils sont dans la seule

» Illier lieu; mais les inlérieurs du menlal chez ceux qui sont pu- » lueur naturelle, ils croient que, la Nature est par elle-même et
» rement nalurels ont élé détournés du Ciel et tournés vers le » non par Dieu, ils voient le faux comme \'l'ai, et perçoivent le
» Monde, parce qu'ils regardent le Monde en premier lieu, 6. Ceux » mal comme bien. 9° L'Interne et l'Externe, dont il vient d'être
» qui ne se font qu'une idée commune de l'homme Inlerne et ,de Il question, sont l'Interne et l'Externe de l'Esprit de l'homme;

» l'homme Exlerne croient qlle l'homme Interne est celui qui pense » son corps est seulemen t un Externe sur-ajouté en dedans du-
Il et qui veut, et l'homme Externe celui qui parle et qui agit, II quel exislenl cet inlerne et cet e>..terne, car le corps ne fait rien

» parce que penser et vouloir est Interne, et que parlel' et agir est li de lui-même, mais il agit d'après l'esprit qui esl en lui. Il faut

»Externe: mais il faut qu'on sache que quand, au sujet du Sei- » qu'on sache que j'Esprit de l'homme, après qu'il a été délié du
» gneur el des choses qui appartiennent au Seigneur, et au sujet du » corps, pense et veut, parle et agit comme auparavant; penser et
» prochain et des choses qui appartiennent au prochain, l'homme » vouloir est son Interne, el parler et faire est alors son Extel'ne.
» pense bien et veut du hien, alors il pense et veut d'après l'In- 402. VI. » DE L'HOMME PŒElIIENT NATUREL ET SENSUEL.
» terne spirituel, parce que c'est d'après la foi du vrai et l'a- » Comme peu de personnes savent qui sont ceux que l'on en-
» mour du bien; mais que quand, à cet égard, l'homme pense Il tend par hommes Sensuels, et quels sont ces hommes, et que

» mal et veut du mal, il pense el veut d'après l'Interne infernal, Il cependant 11 importe de le sa\'oil', il va en être donné une des-

1) parce que c'est d'après la foi du faux et l'amour du mal; en 1) criplion: 1° Est appelé homme Sensuel celui qui juge toutes
1) un mol, autant l'hcmme est dans l'amour envers le Seigneur » choses d'après les Sens du corps, et qui ne croit que ce qu'il peut
» et dans l'amour à l'égard du prochain, autant il est dans l'In- II voir des yeux et toucher des mains, disant que ce qu'il voit ou

» terne spirituel, et pense et veut et aussi parle et agit d'apl'ès » touche est quelque chose, et rejetant tout le resle; l'homme
» cet interne; mais autant l'homme esl dans l'amour de soi et dans Il sensuel est donc homme naturel au plus bas degré. 2° Les Inté-

» l'amour du monde, auLant il pense et veut d'après l'Enfer, qlloi- » rieurs de son mental, qui voient d'après la lumière du Ciel, ont
Il qu'il parle et agisse autrement. 7° Il a été par le Seigneur pour- » été fermés, de sorte qu'il n'y voit rien du vrai qui appartient au
II vu et réglé que, autant l'homme pense et veut d'après le Ciel, Il Ciel et à l'Église, parce qu'il pense dans les extrêmes et non in-

II autant est ouvert et formé l'homme spirituel; il Y a ouverlure » térieurement d'après quelque lumière spirituelle, 3° Et comme

rt
54.0 LA VRA.lE RELIGION CHRÉTIENNE. 541
» il est dans une lueur naturelle grossière, il est in~érieurement 1) devant les sens du corps et puisées par ces sens, il s'ensuit:
1) contre les choses qui sont du Ciel et d~ l'Église, et cependant il
Il t3° Que l'homme par les sensuels est en communication avec le
Il Monde, et que par les rationnels., qui sont au-dessus des sen­
» peut extérieurement parler en leur faveur avec feu, selon qu'il
» désire dominer par 'eltes. 4° Les hommes sensuels raisonnÈmt 1) suels, il est en communication avec le Ciel. 14° Que les Sensuels
Il fournissent du Monde naturel des choses qui servent aux inté­
)llavec rigueur et avec adresse, ,parce que leur pensée est si près
Il rieurs du Mental dans le Monde spirituel. 15° Qu'il y a des sen­
Il du langage, qu'elle est presque dedans et comme dans leurs
1) suels qui fournissent ùes choses à l'entendement, et que ces
1) lèvres, et parce qu'ils plaçent toute l'intelligence dans le langage

Il choses sont divers naturels qui sont appelés physiques, et qu'il


1) qui provient de la mémoire seule. 5° Quelques-uns d'eux peuvent

Il ya des sensuels qui fournissent des choses à la volonté, et que


1) confirmer tout ce qu'ils veulent, et avec beaucoup d'adresse les
)1 ces choses sont les plaisirs des sens et du corps. 16° Que si la
1) fau x, et après la confirmation ils croient que ce sont des vrais;

» mais raisonnent et confirment d'après les illusions des sens, » pensée n'est pas élevée au-dessus de~ sensuels, l'homme a peu
Il par lesquelles le vulgaire se laisse prendre et persuader. 6° Les
» de sagesse; que l'homme Sage pense au-dessus des sensuels, et
Il que quand la pensée est élevée au-dessus des sensuels, il vient
1) hommes sensuels sont rusés et ont plus de malice que tous le&

Il autres. 7° Les Intérieurs de leur mental sont hideux et sales, parce


» dans une lueur plus claire, et enfin dans la lumière du ciel, d'où
Il que par eux ils communiqullnt avec les Enfers. 8° Ceux qui sont
1) résulte pour l'homme la perception du vrai, perception qui est
)1 proprement l'intelligence. 17" Que l'élévati,on du mental au­
» dans les En fers sont sensuels, et le sont d'autant plus qu'ils y sont
.» plus profondément; la sphère des esprits infernau.x se conjoint )) dessus des sensuels, et le détachement des sensuels, ont été
Il connus des Anciens. 18° Que si les sensuels sont à la dernière
» avec les sensuels de l'homme par derrière. 9° Comme les hommes
1) place, par eux est ouvert le chemin pour l'entendement, et les
Il Sensuels ne voient aucun vrai réel dans la lumière, mais rai­
Il vrais sont perfectionnés par le mode d'extraction; mais que si
» sonnen t et discuten t au sujet de chaque chose, si elle est ainsi,
Il. les sensuels son t à la première place, par eux est fermé ce che­
» et que ces a!Lercations sont entendues en dehors d'eux comme
l> min, et l'homme ne voit les vrais que comme d'ans un brouillard,
» des grincements de dents, qui, considérés en eux-mêmes, sont
» les collisions des faux entre eux, et aussi les collisions du faux 1) ou comme dans la nuit. 19° Que les sensuels chez l'homme sage
Il et du vrai, on voit clairement ce qui est signifié dans la Parole
) sont à la dernière place, et soumis aux intérieurs; mais que chez
Il les hommes iusensés ils sont à la première place et dominent;
» par LE GRINCEMEl'iT DE DENTS: cela vieil! de ce que le raisonne­
Il ce sont ceux-ci qui sont proprement appelés hommes sensuels.
1) ment d'après les illusions des sens correspond aux dents. 10° Les
Il ~w Qu'il y a chez l'homme des sensuels communs avec les bêtes,
» Savan (s et les Érudits, qui se son L profondémen t confirmés dans
li et qu'il y a des sensuels non communs avec elles. Qu'autant quel­
Il l~s faux, et plus encore ceux qui se sont confirmés contre les
Il qu'u n pense au-dessus des sensuels, autant il est homme; mais
)) vrais de la Parole, son t sensue.ls plus que tous les autres, quoi­
Il que personne ne peut penser au-dessus des sensuels, ni voir les
Il qu'ils n'apparaissent pas tels devant le l'londe. Les hérésies ont
)1 vrais de l'Église, à moins qu'il ne reconnaisse Dieu, et ne vive
)1 principalement proflué de gens qui étaient Sensuels. Ho Les hy­
Il selon ses préceptes, car Dieu élève et illustre. II
» pocrites, les fourbes, les voluptueux, les adultères, les avares,
» quant à la plus grande partie, sont Sensuels. 1.20 Ceux qui rai­
» sonnaient d'après les sensuels seuls, et contre les vrais réels de
1) la Parole et de l'Église, étaient appelés par les Anciens les Ser­
» pents de l'arbre de la science du bien et du mal. '
» Comme par les Sensuels sont entendues les choses exposées
542 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 543
lesquelles il produit les fruits, qu·i sont ses usages; et aussi comme
du feu et de la lumière dans un vase de cristal, d'après lesquels ce
Ces trois Amours, 100'squ'ils ont été réguliè1'ement subordonnés, vase s'échauffe et brille; et en outre, la Vue spirï'tuelle dans le
perfectionnent l'homme,. mais lorsqu'zls ont été irrégulière­ Men tal unie à la Vue naturelle dans le Corps, chez celui dans le­
ment sub01'dnnnés, ils le pervertissent et le renversent. quel ces trois amours ont été justement el régulièrement subor­
donnés, d'apr~s la lumière qui influe du Seignenr par le Ciel, peut
403. Il sera d'abord dit quelque chose sur la Subordination de être assimilée il un Fruit d'Afrique qui est transparent jusqu'au
ces trois Amours Universels, qUlsont l'Amour du Ciel, l'Amour du milieu, oit est l'enveloppe des semences: quelque chose de sem­
Monde et l'Amour de soi, et ensuite slll'l'influx et l'insertion de blable est entendu par ces paroles du Seigneur: Il La lampe du
-l'un dans l'autre. et enfin sur l'état de l'homme selon la subordi­ corps est l'OEil, si l'OEil est simple, c'est-à-dire, bon" tout le
nation. Ces trois Amours sont, l'un par rapport à l'autre, comme corps est éclaù'é. » - Malth. VI. 22. Luc, XI. 34. - Aucun homme
les trois régions du corps, dont la sup"ême est la Tête, la moyenne jouissant d'une raison saine ne peut condamner les rkhesses, car
la Poitrillû avec le Ventre, et la troisième les Genoux, les Pieds et elles sont dans le Corps commun comme le sang esl dans l'homme;
les Plan les des pieds. Quand l'Amour du Ciel fait la lête, l'Amour il ne peut pas non plus condamner les honneurs altachés aux fonc­
du monde la poitrine avec le ventre, et l'Amour de soi les pieds tions, car ce sont les mains du Roi et les colonnes de la Société,
avec les plantes des pieds, l'homme est dans un état parfait selon pourvu que les amours naturels et sensuels de ceux qui en jouis­
la création, parce qu'alors les deux Amours inférieurs servent l'A­ sent aient élé ~ubordonnés à l'amour spiriluel : il y a aussi des ad­
mour suprême, comme le Corps et les parties du corps servent la ministrations dans le Ciel, et des dignités y sont attachées, mais
Têle: lors donc q!Je l'Amour du Ciel fail la Tète, cet Amour influe ceux qui exercent ces fonctions n'aÎlnent rien plus que de faire
dans l'Amour du Monde, qui est principalement l'Amour des ri­ des usages, parce qu'ils sont spirituels,
chesses, et fait ~r elles des usages, el médiatement par l'Amour 404. Mais l'homme revêt un état tout autre, si l'Amour du Monde
du monde il influe dans l'Amour de soi, qui est principalement l' A­ ou des richesses fait la Tète, c'est-à-dir.e, s'il est l'Amour régnant,
rnoul' des dignitéS; et fait par elles des usages; ainsi, d'après l'in­ car alol's l'Amour du Ciel est chassé de la Tête et se réfugie dans le
flux de l'un dans l'autre ces lrois Amours respirent les usages. Qui Corps; l'homme qui est dans cet ét:lL préfère le Monde au Ciel; il
est-ce qui ne comprend pas que quand l'homme d'après l'Amour adore Dieu, il est vrai, mais d'après l'Amour purement naturel,
spirituel, qui vient du Seigneur et est entendu par j'Amour du Ciel, qui place le mérite dans tout Culte; il fait aussi du bien au pro­
veut faire des usages, l'homme Naturel les fait par ses richesses chain, mais pour en être récompensé; pour de tels hommes les
et par ses autres biens, et l'homme Sensuel en exel'çant sa fonc­ choses, qui sont du ciel, sont comme des voiles dans lesquels ils
tion, et que son honneur est de les produire? Qui est-ce qui ne marchent resplandissants aux yeux des hommes, mais ténébreux
comprend pas que toutes les œuvres que l'homme fait du corps, aux yeux des Anges; car lorsque l'Amour du Monde ppssède
sont faites selon l'état de son mental dans la Tête, et que si le Men­ l'homme Interne, et l'Amour du Ciel l'homme Externe, l'amour
tal est dans l'Amour des usages, le Corps par ses membres les ef­ du monde obscurcit toules les choses de l'Église, et les cache comme
fectue? el cela a lieu, parce que la Volonté et l'Entendemenl dans sous un' voile. Mais cet Amour esl d'une grande variélé, et d'autant
leurs principes sont dans la Têle, et que dans leurs principiés ils plus mauvais qu'il tourne vers l'avarice; dans celle-ci l'Amour du
sont dans le Corps,comme la volonté est dans les faits, et la pensée Ciel devient noir: il en est de même s'il tourne vers le faste et la
dans les paroles; et par comparaison, comme le prolifique de la prééminence sur les autres d'après l'amour de soi; mais il est d'une
semence est dans toutes et dans chacune des parties de l'arbre par autre nuance s'il tourne vers la prodigalité; il est moins nuisible
544 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 545'
s'il a pour fin les choses splendides du Monde, comme les Palais, dominer d'après l'Amour de soi, sont en général ceux-ci: Lé Mè­
les Ornements, les Vêtements somptueux, les Laquais, les Che­ pri~ pour les autres, l'Envie, l'Inimitié contre ceux'qui ne leur sont
vaux el les Équipages pompeux, outre plusieurs autres choses sem­ point favorables, l'Hostilité qui en résulte, les Haines, les Ven­
blables: la qualité de chaque Amour est déterminée par la fin qu'il geances, l'Inhumanité, la Barbarie, la Cruauté; et là où sont de
regarde et à laquell.e il tend. Cet Amour peut être comparé à un tels Maux, il y a aussi le Mépris pOUl' Dieu e~ pour les Divins, qui
Cristal noirâtre qui étouffe la lumiere, et la bigarre seulement de son t les vrais et les biens de l'Égi ise ; s'ils les honoren t, c'est seu­
couleurs sombres et faibles. Il est comme un brouillard et une lement de bouche afin de ne pas êlre diffamés par l'Ordre ecclé­
nuée qu i in terceptent les rayons du soleil. Il est aussi comme Je siastique, et de ne pas être blàmés par tous les autres. Toutefois,
moût d'un vin non fermenté, qui est doux au goût, mais qui fait cet Amour èst autre chez les Ecclésiastiques, et autre chez les Laï­
mal au ventre. Un lei homme, regardé du Ciel, app~ait comme ques; chez les Ecclésiastiques, cet Alllour monte, quand les freins
un homme bossu, qUI marche la tête inclinée en regardant la, terre, lui sontlàchés, jusqu'au point qu'ils \'eulent être des Dieux; mais
et qui, lorsqu'il la lève vers le ciel, tord les muscles, et aussitôt chez les Laïques il va jusqu'au point qu'ils veulent être des Rois;
après retombe dans son attitude penchée. Cèux-ci dans l'Église la fanlaisie de cet Amour porte leur esprit (animus) jusque là.
étaient appelés Mammons par les Anciens, et Plutons p'ar les Grecs. Puisque l'Amour du Ciel chez l'homme pufait tient le rang su­
405. Mais si l'Amour de soi ou l'Amour de dominer fait la Tête, prême, et fait comme la Tète des autres amours qui suivent, et que
alors l'Amour du ciel passe par le corps jusqu'aux pieds ;et au­ j'Amour du monde est au-dessous et cOlllme la poitrine sous la
tant cet Amour s'accroît, autant l'Amour du Ciel descend par les lète, et l'Amour de soi au-dessous de l'Amour du Monde comme
talons jusqu'aux plantes des pieds, et s'il s'accroît encore, l'Amour sont les pieds, il s'ensuit que si l'Alllour de soi faisait la Tête,
du Ciel passe à travers les souliers et est foulé aux pieds, Il y a l'A­ il renverserait entièl'ement l'homme, et alors devant les Anges
mour de dominer d'après l'Amour du prochain', et il ya l'Amour l'homme apparaîtrait cûmme ctant couché tout courbé la lête vers
de dominer d'après l'Amour de soi; ceux qui sont dans l'Amour de, la terre et le dos, vers le ciel; et quand il est dans le culte il appa­
dominer d'après l'Amour du prochain, ambitionnent la Domination raîtrait faire des sallts SUI' les mains et sur les pieds comme le pe­
en vue de la fin, pour faire des usages pour le Public et pour les lit d'une panthère; et en outre il apparaîtrait sous di,'erses formes
particuliers, et à ceux-là il est aussi accordé une Domination dans de bêtes avec deux Têtes, dont l'une au-dessus aurait une face de
les deux. Les Empereurs, les Rois, les Chefs, qui sont nés et ont bête féroce, et dont l'autre au-dessous, ayant une face humaine,
été élevés pour exercer des Dominations, s'ils s'humilient devanl serait continuellement poussée pal' la têle supérieure, et forcée de
Dieu, sont quelquefois moins dans cet Amour que ceux qui .sont baiser la terre. Tous ceux-là sont des honllnes Sensuels, et sont
d'une race obscure, et qui ambitionnent par orgueil des grades tels qu'ils ont été décrils ci-dessus, 1\ 402.
0

éminents au-dessus des autres. Mais pour ceux qui sont dans l'A­
mour de dominer d'après l'Amour de soi, l'Amour du Ciel est
commè un escabeau sur lequel ils appuient les pieds à cause du
Tout homme dans le sillfJuliei' est le Pmchain, q1li doit êb'e
vulgaire, et que cependant ils meltent dans un coin ou rejettenl aimé, mais selon la qualité de son bim.
dehors, quand ils l'le sont point en présence du vulgaire; et cela,
parce qu'ils s'aiment seuls, et que par suite ils plongent les yolon­
tés et les pensées de .leur mental dans le Propre, qui, considéré en 406. L'homme est né non pour soi, mais pour les aulres, c'est­
lui-même, est le mal hérédi taire,et est diamétralement opposé à à:-dire, afin qu'il vive lion pOUl' lui seul, mais pour les autres; au­
l:Amour du Ciel. Les maux chez ceux qui sont dans l'Amour de trement, aucune Société n'aurait de consislance. et il n'y aurait
1 35
~

546 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 541


en elle auclln bien. On dit vulgairement que chacun est son pro­ illustré ail1si: Un Juge qui, d'après la loi et la justice, punit un
chain il soi-même, mais la Doctrine de la Charité enseigne com­ malfaiteur, aime le prochain, car ainsi ill'arnende, et pourvoit à
ment cela doit être entendu, à savoir, qlle chacun doit pourvoir ce qu'il ne fasse pas de mal aux citoyens: chacun sait qu'un Pèl'e
pour soi aux nécessités de la vie, par exemple, il la nourriture, aux qui cOlTige ses enfanls, quand ils font ou mal, les aime, et qu'au
vêtements, au logement et à plusieurs choses, qui, dans la vie ci:­ contraire celui qui ne le3 cOrJ'ige pas, aime les maux qu'ils font,
vile oit il est, sont absolument nécessaires; et cela, non-seulement -et l'on ne peut pas dire que cela soit de la Charité. De plus, si
pour lui-même, mais aussi pour les siens, et non-seulement pour .quelqu'un repousse un ennemi qui l'insulte, et que pour sa défense
le temps présent, mais aussi pour l'avenir; car si quelqu'un ne se il le frappe ou le livre au juge, pour détourner ainsi de lui le dan­
pourvoit pas des choses nécessail'es il la vie, il n'est pas en état ger, dans l'intention cependant qu'il del'ienne son ami. celui-là
d'exercer la charité, car il est dans la diselLe de tout. !\fais com­ agit d'après une l'eine de la Charité, Les guerres que l'on fait dans
ment chacun doit-il êtl'e son prochain à soi-même? on peut le voir le but de défendre la Patrie et l'Église ne sont pas non plus contre
par ceci qui revient au même: Chacun doit pourvoir il la nourri­ la Chari lé; la fin pour laquelle on agit montre s'il y a Charité
ture de son corps, ceci sera le premiel" mais dans la fin d'avoir ou non.
un ilIental sain dans un Corps sain; et chacun doit pourvoir à la 408. Puis donc que la Charité dans son origine est de bien-vou­
I)ourriture de SOli Mental, c'est-il-dire, aux choses qui appartien­ loir, et que le bien-vouloir réside dans l'homme Interne, il est
nent il l'intelligence et au jugement, mais dans la fin d'être par évident que quand quelqu'un, qui a de la charité, résiste il un en­
suite en état de servir le concitoyen, la société, la patrie, l'Église nemi, punit un coupable et chàtie les méchants, il le fait au moyen
ct ainsi le Seigueur; celui qni fait cela pourvoit à son propre bien de l'homme Externe; c'est pourquoi, après avoir accompli cela, il

"
pour l'éternité; par là on voit clairement ce que c'est que le pre­ rentre dans la charité, qui est dans l'homme ln terne, et alors au­
mier par le temps, et ce que c'est que le premiel' par la fin, et que tant qu'il peut et qu'il est à propos, il veut du bien il celui qui a été
le premier par la" tllI est ce à quoi toutes les choses tendent. C'est puni, .et d'après le bien-vouloir il lui fait du bien, Chez ceux qui
aussi comme lorsque quelqu'un construit une ~Iaison ; il posera sont dans la Charité réelle il yale Zèle pour le bien, et ce Zèle
d'abord le fondement, mais le fondement sel'a pour la maison, et dans l'homme Externe peut êlre vu comme une colère et un fcu
la maison pour l'habitation; celui qni croit qu'en premier lieu ou enflammé, mais il cesse' d'être enflammé et s'apaise, dès que
pï'inçipalement il est son prochain il soi-même, est semblable à J'adversaire vient à récipiscence; il en est autrement chez céux
celui qui regal'de le fonrlement comme la tin, et non pas l'habita­ en qlli il n'y a aucune Charité, leur Zèle est de la colère et de la
tion, tandis que cependant l'habitation est la tin même première lJaine, car c'est de colère et de haine que leul' homme Intern~
el dernière, et que la Maison avec le fondement n'est qu'un moyen bouillonne et prend feu.
pourlat1n. 409. Avant que le SeignelJr vint dar.s le Monde, à peine quel­
40ï. li va être dit cc que e'est qu'aimer le Prochain: Aimer le qu'un connaissait-i! ce que c'est que l'homme Interne, el ce que
prochain, c'est vouloir et faire du bien non-seulement au parent, c'est que la Charité, voilà pourquoi dans un si grand nombre de
11 l'ami et au bon, mais aussi à l'étranger, à j'ennemi et au mé­ passages le Seigneur a enseigné la Dilection, c'est-à-dire, la Cha­
chant; toutefois la Charité e&t exercée envers les uns et les autres rilé; et cela fail la différence entre le vieux Testamenl ou l'Al­
de difl'érentes manières, envers le parent et l'ami pal' des bienfaits liance ancieune et le nouveau Testament ou l'Alliance nouvelle.
direcls, mais envers l'ennemi et le méchant par des bienfaits indi­ Qu'il faille faire du bien d'après la Charité il l'Adversaire et à l'En­
rects, lesquels sont faits au moyen d'exhortations, de réprimandes" nemi, le Seigneur l'a enseigné dans Matthieu: « Vousavez en­
et de punitions, et par conséquent en les amendant. Cela peut être tendu qu'il a été dit pm' les anciens: Tu aimeras ton p1'ochain..

--
l.
5i8 LAr YMJE 1
RELIGION <!iIRETIENNE. lsi9
et, t~ haïras t011 e1'l.n~mi; mais Moije vqu~ dis: Aimez vos' en-,
êès degrés sont dans l'homme Jnterne, et qne celui-ci se manifeste
nernis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceu:ç-·
rarement dans le Monde, il suffit que le Prochain soit aimé selô'ft
qui vous ha~ssent, et priez pour ceux qui vous outragent et qui
les degrés que l'on connaît; mais ces degrés sont clairement perçus
vous persécutent, afin que vous deveniez fils de votre Père qui,
~près la mort, car alors les affections de,la volonté et par suiLe les
e,st dans les Cieux. » - V, 43, 44, 45. - « Et à Pierre, qui lui
pensées de l'entendement font autour d'eux une sphère spirituél'le
dqmandflit combien de fois il devait pardonner à celui qui pé­
qui est sentie de diff~rentes martières; mais dans le Monde celte
cherait contre lui, si ce serait jusqu'à sept lois, il répond it: Je
-sphère spiri Luelie est absorbée par le corps matériel, et se ren..!
te dis non pas jusqu'à sept foif, mais jusqu'à soixante-dix fois
ferme dans la sphère naturelle qui alors émane de l'homme. Qu'il
stpt lois.,» - Malth. XVIII. 21, 22. - Et j'ai appri!o du Ciel que.
J ait des degrés de l'Amour envers le prochain, on le voit par la Pa­
le Seigneur pardonne à chacun ses péchés, et n'en tire jamais ven­
rabole du Seigneur sur Je Samaritain qui exerça la miséricorde en­
geance, et que même il ne les impuLe pas, parce qu'il est l'Amour
vers l'homme blessé par des voleurs, qu'un Prêtre et un Lévite
même et le Bien même; mais que néanmoins par là les péèhés.
'virent sans lUI porter secours, car le Seigneur demanda: Lequel de
n'ont point éLé effacés, car ils ne sont effacés que par la péniLence.
1

'ces.trois te semble avoir été le Prochain? Et le ôocteur de la loi ré­


Puisque le Seigneur a dit il Pierre qu'il devaiL pardonner jusqu'à. pondit: Celui qui a exercé la miséricorde. - Luc, X. 30 à 37.
soixante- dix fois septfois, que ne doit-il pas pardonner Lui-Même 't 4{ i. On lit: « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu pdr-dessus
410. Comme la Charité elle-même réside dans l'homme Intern6 toutes choses, et ton Prochain comme toi-même.) - Luc, X.
en qui est le bien-vouloir, et par suiLe dans l'homme Externe en
27; ­ aimer le prochain comme soi-même, c'est ne pas le mé­ 1

qui esLle bien-faife, il s'ensuiL que l'homme Interne doiL être aimé,
priser en le comparant lt soi, agir justement avec lui, et ne point
et par suite l'hommé Externe, qu'ainsi l'homme doit êLre aimé
porter sur lui de mauvais jugement. La Loi de la Charité, portéfl et
selon la qualité du bien qui est en lui; c'est pourquoi le Bien lui­
:donnée par le Seigneur Lui-Même, est celle-ci: « Toutes les choses
même est essentiellemenL le Prochain; ceci peut être illustré
que vous voulez que vous fassent les hommes, de même aussi,
par ces exemples: Quand quelqu'un veut parmi trois ou quatr6 vous, laites-les leur,. car c'est là la Loi et les Prophètes,) _
hommes se choisir un intendant de sa maison ou un domestique~ Matlh. VU, 12. Luc, VI. 31, 32, ­ Ainsi aiment le prochain ceux
n'en recherche-t-il pas l'homme Interne, n'a choisit-il pas le sin­
qui sont dans l'Amour du Ciel; mais ceux qui sont dans l'Amour
cèl'e et le fidèle, et par suite ne l'aime-t-i! pas? De même, un Roi
,du Monde :liment le prochain d'après le l'Jonde et pour le monde,
ou un Magistrat choisit parllJi (l'ois ou quatre celui qui convient à
et ceux qui sont dans l'Amour de soi aiment le prochain d'après
une fonction, et rejette celui llui ne con rient pas, quoique son ex­ -eux-mêmes' et pour eux-mêmes.
térieur soit avantageux et parle en sa fareu!'. Puis donc que Lout
homme e'stle prochain, et qu'il y a parmi les hommes une variété
infinie, et puisque chacuu doit êLre aimé comme prochain selon Il
L'flom me dans le pluriel, c'est-à-dire, une société petite ott
son bien, il est évident qu'il y a des genres et des espèces et aussi grande, et r Homme dans le composé de ces sociétés, c'est-à­
des degrés de l'Amour à l'égard du prochain. Maintenant, comme dire, la Pat?'ie, est le prochaz'n qui doit être aimé.
le Seigneur doit être aimé par dessus toutes choses, il s'ensuit que
)flS degrés de cet amour dOivent être mésurés selon l'Amour en­ 4{ 2" Ceux qui ne savent pas ce que c'est que le Prochain dans
vers le SeigneuI', ainsi selon la quantité du Seigneur ou procédant te sens réel, s'imaginent qu'il n'yen a pas d'autre que l'hommè
du Seigneur qu'un auLre possède en soi, car autant de bien il pos­ (Janglè singulier, et que lui faire du bien, c;èst aimer le prochain;
sè~e aussi,'puisque touLle bien vient du Seigneur. Toutefois,
comme
mais le prochain et l'am-our envers lui s'étendent bien plus loio;


550 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. !lBi
car ils s'élèvent selon que les hommes sont plus nombreux: qui \ cela qu'ils mettent leur cœur, c'est dans les usages. Quant aux
est-ce qui ne peut pas comprendre qu'aimer plusieurs hommes. autres, qui ont fai t des usages d'ap l'ès l'Amour du Monde et l'AllIour
formant une assemblée, c'est aimer le prochain davantage que lors­ de soi, ils sont rejetés.
qu'on aime un seul homme de cette assemblée? Si donc une société 4t3. L'Amour à l'égard du prochain, exercé à l'égard de l'homme
petite ou grande est le Prochain, c'est parce qu'elle est l'Homme dans le singulier, diffère de celui qui est exercé à l'égard de l'homme
dans le pluriel, d'où il suit que celui qui aime une Société, aime dans le pluriel ou d'une Société, comme la fonction de citoyen dif­
ceux dont la. Société est composée; par conséquent celui qui veut o fère de celle de magistrat ou de général; la différence est aussi
du bie:! et fait du bien à une société, veut et fait du bien à chacun comme entre celui qui trafiqua avec deux Talents et celui qui tra­
des membres. Une Société est comme un seul homme, ceux qui fiqua avec dix, - l\Iatth. XXV. 14 à 3"- ; - ou comme entre la va­
entrent en elle composent aussi comme un seul Corps, et sont dis.: leur d'un sicle et celle d'un talent; ou comme entre le produit d'un
tingués entre eux comme les memhres dans un même corps. cep et celui d'une vigne, ou .enlre celui d'un olivier et celui d'une
Quand le Seigneur, et les Anges d'après Lui, abaissent leurs re­ olivaie, ou entre celui d'un arbre el celui d'un jardin. L'amour à
gards sur la terre, ils voient une société entière non autrement l'égard du prochain monte même intérieurement de plus en plus
que comme un seul homme, et ils voient sa forale d'après les qua­ chez l'homme, et selon qu'il monte, on aime une Société plus que
lilés de ceux qui la composent; il m'a même été donné de voir l'homme dans le particulier, et la Patrie plus qu'une Société. iUain­
lIne certaine Société dans le Ciel absolument comme un seul tenant, puisque la Chari Lé consiste à bien-vouloir el par suite il
homme, d'une stature semblable à celle d'un homme dans le bien-agir, il s'en suit qu'elle doit être exercée il l'égard d'une So­
~Ionde. Que l'Amour à l'égard du prochain :>oit plus plein à l'égard ciélé presque de la -même m:mière qu'à J'égard de l'homme dans
d'une Sociélé qu'à l'égard d'un homme ou d'un individu, cela de­ le particulier; mais il J'égard d'une Société de bons autrement
vient évident en ce que les Dignités sont dispensées selon les Gou­ qu'à l'égard d'une Société de méchauts; à l'égard de celle-ci la
vernements sur les sociétés, et que les chefs ont des honneurs selon Charité doit être exercée selon l'équité naturelle, il l'égard de celle­
les usages qu'ils font: en effet, il ya dans le Monde des Fonctions là selon l'éq1lité spirituelle; il sera parlé ailleurs de l'uue et de
supérieures et inférieures en subordination selon le gouvernement l'autre équité.
plus ou moins universel sur les Sociétés, et celui-là est Roi, qui a 414. Si la Patrie est le Prochain de préférence il une Société,
le go,uvernement le plus universel; et pour chacun, selon l'impor­ c'est parce qu'elle se compose d'un grand nombre de Sociétés, et
tance de la fonction, et en même temps selon les biens de l'usage que par suite l'Amour à ~on égard est un amour plus étendu et su­
qu'il fait, il y a l'énumération, gloire et amour commun. Mais les périeur; et en outre, aimer la Patrie, c'est aimer le salut public.
Gouverneurs de ce siècle peuvent faire des usages et veille" aux La Patrie est le Prochain, parce qu'elle est comme une Mère: car
intérêts de la société, et néanmoins ne pas aimer le prochain; par le citoyen y est né, elle l'a nourri et le nourrit, elle l'a protégé el
exemple, ceux qui font des usages et veillent aux intérêts de la le prolége contre les injures. On doit faire du bien à la Patrie par
société pour le Monde et pour eux-mêmes, afin de se mettre en Amour selon ses besoins, dont les uns sont naturels, et les autres
évidence, ou afin de mériler d'être portés à des dignités supé­ spirituels; les Naturels concernent la vie et l'ordre ci\iils, et les
rieures; mais ceux-ci, quoiqu'ils ne soient pas discernés dans le Spirituels la vie et l'ordre spirituels. Que la Patrie doive être ai­
Monde, sont néaninoins discernés dans le Ciel; c'est pourquoi ceux mée, non comme l'homme s'aime lui-même, mais plus qu'il ne
qui ont fait tles usages d'après l'Amour à l'égard du prochain, sont s'aime lui-même, c'est une Loi gravée dans les Cœurs hUlllains;
aussi mis à la têLe d'une Société céleste comme Gouverneurs, et de là ce dicton généralement répandu, auquel souscrit tout homme
~ls y sont dans la splendeur et en honneur; mais ce n'est pas en juste, que si la Patrie est dans un danger imminent, soit de la part
052 LA. VRAIE RELIGION, CHRÉTIENNE. /';53
.de l'enn~mi, soit d'ailleurs, il est ,beau de mourir pour elle, et Seigneur il est entendu l'Êglise sur tout le globe, laquelle est ap­
il orieux pour le soldat de verser l,our elle son sans; ce dicton est pelée la communiori des saints, et parce qu'il est entendu aussi le
en usage, parce qu'elle doit être aimée jusqu'à ce point. Il faut Giel; c'est pourquoi celui qui aime le Royaume du Seigneur, aime
qu'on sache que ceux qui aiment la Patrie, et lui font du bien d'a­ dans le Monde entier tous ceux qui reconnaissent le Seigneur. et
près le bien-voulo;r, aiment après la mort le Royaume du Seigneur, ont la foi en lui et la Charité à l'égard du prochain, et il aime
ear ce R'oyaume est alors la Pairie; et ceux qui aiment le Royaume ~ussi tons ceux qui sont dans le Ciel. Ceux qui aiment le Royaume
·du Seigneur, aiment le Seigneur, car le Seigneur est tout dans, du Seigneur aiment le Seigneur par-dessus Ioules choses, par con­
toules les choses de son Royaume. séquent sont plus que 10US les autres dans l'Amour envers Dieu,
car l'Église dans les Cieux et dans les Terres est le Corps du Sei­
~neur; ils sont, en effet, dans le Seigneur et le Seigneur est eri
L'Église est le Prochain, qui doit être aimé dans un degré su­ eux. L'Amour il l'égard du Royaume du Seigneur est dOllC dans $a
périeur,. et le Royaume du Seigneur est le Prochain, qui doit plénitude l'amour à l'égard du prochain; en effet, ceux qui ai­
êt1'e aimé dans te suprême degré. ment le Royaume du Seigneur aiment non-seulement le Seigneur
par-dessus toutes choses, mais ils aiment aussi le prochain comme
4i5. Comme l'homme est né pour la vie éternelle, et qu'il est eux-mêmes; car l'Amour envers le Seigneur est l'Amonr univer­
introduit dans cette vie par l'Égl ise, 0elle-ci par conséquent doit sel et est par conséquent dans toutes et dans chacune des choses
être aimée comme Prochain dans un degré supérieur; en effet, de la Vie spirituelle, et aussi dans toules et dans chacune des
l'Église enseigne les moyens qui conduisent à la vie élernelle, et ~hoses de Vie nalt.Jrelle, puisqu'il réside dans les suprêmes chez
elle introduit dans cette vie; elle y conduit par les vrais de la doc­ rhomme, et que les suprêmes influent dans les inférieurs, et les
trine, et elle y introduit par les biens de la vie. Par là il est en­ vivifient, comme la Volonté dans toules les choses de l'intention
tendu, non pas que le Sacerdoce doit être aimé dans un degré su­ et de' l'action qui en résulte, et l'Entendement dans toutes les
périeur, et d'a,près lui l'Église, mais que le bien et le vrai de l'É­ choses de la pensée et du langage qui en provient : voilà pourquoi
glise doivent être aimés, et qu'en raison du bien et du vrai le sa­ le Seigneur dit: « Che1'c1lez premièr.munt le Royaume des
cerdoce doit être honoré, d'après la manière et selon la manière Cieux et de sa Justice, et toutes choses vous seront données par
qu'il sert. Si l'Église est le Pr'ochain qui doil être aimé dans un surcroît. ~ l\Iauh. VI. 33 ; - que le Royaume des Cieux soit
)l

degré supérieur, par conséquent au· dessus de la Pairie, c'esl aussi le Royaume du Seigneur, on le voit d'après ces paroles dans
parce que l'homme est initié pal' la Patrie dans la Vie Civile, mais Daniel: «( Voici avec les nuées des Cieux comme UN FILS DE
p~r l'Église dans la Vie Spirituelle, et 'lue la vie spirituelle éloigne l;HOMlIIE qui venait: et il Lui fut donné Domination, GLoire et
l'homme de la \!ie purement animale; ne plus. la vie civile est une /loyaume,. et tous les Peuples, Nation et Langues Le serviront;
vie temporaire, qui a Il1le fin, et esl alors comme si elle n'avait pas sa Domination, domination du siècle, Laquelle ne passera point
été, landis que la vie spiritueHe, n'apnt pas de fin, est étenelle, et son Royaume, (un Royaume) qui ne pérù'a point» - VII.
c'est pourquoi l'Être peut être appliqué à celle-ci, et le nOD-être 13, 14. '
à celle-là; la différence est comme, entre le fini et l'infini. erllre
lesquels il n'y a point de rapport, car l'éternelle est l'infini, quant
au lemps.
416. Que le Royaume du Seigneur soit le Procb:lin qui doit être
.iroé dans le sl,lprême degré, c'est parce <J'lt 'par le Royaume du
554: LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 555
prouve toute expérience; qui est-ce qui aime une personne, si ce ,
n'esl à cause de la qualIlé de sa volon té et de son entendement,
Aimer le Prochain, ce n'est pas, considé1'é en soi, aimer la Per­ c'est-à-dire, à cause du bien et du juste en elle? Par exemple:
sonne, mais c'est aimer le Bien qui est dans la Personne. Qui est-ce qui aime un Roi, un Prince, un Gouverneur, un Pré­
teur, un Consul, ou une personne revêtue d'une Magistrature, ou
4i7. Qui esl-ce qui ne sait pas qne l'homme est homme, non UII Juge, si ce n'est à cause du Jugement d'après lequel ils agissent
d'après sa face humaine et son corps humain, mais d'après la sa­ et parlenl? Qui esl-ce. qui aime un Prélat, un ~Iinistre de l'Église.
gesse de son Entendement et la bonté de sa Volonté, desquels ou un Chanoine, si ce Il'est à cause de l'érudition, de l'intégrité
la qualité, à proportion qu'elle s'élève, fait qu'il devient davanlage de la vie, et du zèle pour le salut des âmes? Qui est-ce qui aime
homme? Quand il nait, l'homme est pIns brute qu'aucun ani­ un Chef d'armte, ou un Ofiicier d'un rang moins élevé, si ce n'est
Jllal, mais il devient homme par les instructions qui, à mesure à cause du courage joint à la prudence? Qui est-ce qui aime un
qu'-elles sont reçues, forment son Mental, d'après leljuelet selon Marchand, si ce n'est à cause de la sincérité? un Ouvrier ou un
lequel l'homme est homme. Il y a des bêles dont les faces ont de Domestique, si ce Il'est il cause de la fidélité? Bien plus, qui est·ce
la ressemblance avec les faces humaines, mais ces bêtes ne jouis­ qui aime un arbre, si ce n'est à cause du fruit; une tel're, si ce
sent d'aucune faculté de compreudre et de faire quelque chose n'est à cause de la fertilité; une pierre, si ce n'est à cause de son
d'après l'entendement, elles agissent d'après l'instinct que leur grand pl'ix? et ainsi du resle. Et, ce qui est étonnanl, non-seulement
amour nalurel excite; la diOérence est que la bête exprime. par l'homme probe aime le bien et le juste dans un autre, mais 'c'est
un son les affections de son amour, landis que l'homme exprime aussi ce qu'aime l~ méchant, parce qu'avec un homme bon et juste
par la parole les affections introduites dans la pe,nsée ; il Y a aussI il ne craint nullement de perdre réputation, honneur et richesses;
celle différence que la bête regarde la terre la face penchée, au toulefois, l'amour du bien n'est pas chez le méchant l'Amour du
lieu que l'homme regarde le Ciel de toute part la face droite-; d'a­ prochain, car le méchant n'aime intérieurement un autre qu'au­
près cela on peut conclure que l'honlme est d'autant plus homme, tant que cet autre le sert. l'lais aimer le bien dans un autre d'a­
qu'Il parle d'après une raison saine, et qu'il considère sa demeure près le bien en soi, c'est l'amour réel à l'égard du prochain, car
dans le Ciel; et qu'il est d'autant moins homme, qu'il parle d'a­ alors les Biens se baisent mutuellement et se conjoignent.
près une raison pervertie, et qu'il considère seulement sa de­ 419. L'homme qui aime le bien parce que c'est le bien, et le
meure dans le Monde: néanmoins dans ce dernier cas il est tou­ vrai parce que c'est le vrai, aime éminemment le prochain; et cela,
jours homme, non en acte cependant, inais en puissance, car parce qu'il aime le Seigneur qui est le Bien même et le Vrai même;
chaque homme jouit de la puissance de comprendre les vrais, et l'amour du hien et du vrai, et par conséquent du prochain, ne vient
de vouloir les biens; mais autant il ne veut pas faire les biens ni pas d'autre part; ainsi l'amour à l'égard du prochain esl formé d'a­
comprendre les vrais, alita nt dalls les externes il peut conlrefaire près une origine céleste. Soit qu'on dise l'usage, soit qu'on dise le
l'homme et le singer. bien, c'est la même chose; c'est pourquoi faire des usages, c'est
4fS. Si le Bien est le Prochain, c'est parce que le Dien appar­ faire des biens, et plus l'usage est en quantité et en quantité dans
tient à la Volon lé, et que la Volonté est l'Être de la Vie de l'homme; les biens, plus les biens sont des biens en quantité et en q1lalité.
le Vrai de l'Entendement est aussi le prochain, mais en tant que
ce vrai procède du bien de la volonté, car le bien de la volonté se
forn:e dans l'entendement, et il s'y présente à la vue dans la lu­
mière de la raison. Que le bien soit le prochai~, c'est ce que
RELIGION CHRéTiENNE. 5~7,
556 LA VRAIE

t~rre qne du corps, procèdent les effets, et du mental les causes


ql,l.Î .les produi~ent, et que la cause est le tOUI dans l'effet. Que le
Mental humain ait été ainsi divisé, c'est ce qu'on voil bien claire·
La Chartté et les Bonnes OEuvres sont deux choses distinCle$ ment en ce que l'homme peut agir en dissimulé, en flatteur, en
comme le bien-vouloir et le bien-faire. h.vpocrite et en comédien, et qu'il peut approuver les paroles d'un
autre, et cependant s'en moquer; il s'en moque par le mental su­
.420. Chez chaque bomme il ya un Interme et un Externe; son périeur, et il les approuve pal' le m.ental inférieur.
Interne est ce qui est appelé l'homme Interne, et 'son Externe ce 421. D'après ces explications, on peut voir Cilmment il faut en­
qui est appelé l'homme E~ terne: mais celui qui ne sai t pas ce que tendre que la Char:ité el les Bonne:; OEuvres sont distinctes comme
c'est que l'homme interne et l'homme externe peut croire que le bien.,vouloir el le bien-faire, c'est-il-dire qu'elles sont formel­
l'homme interne est celui qui pense et veut, et l'homme externe ce­ lement distinctes comme le Mental qui pense et veut, et le corps
lui qui parle et agi t ; il est vrai que parler et agir est de l'homme Ex­ par lequel le Mental parle et agit; et qu'elles sont essentiellement
terne, et que penser et vouloir est de l'homme Interne, mais néan­ distinctes, parce que le mental lui·même est distingué, ainsi qu'il
moins ce n'est pas là ce qui fait essentiellement l'homme Externe a été dit ci-dessus, en une région intérieure qui est spirituelle,
et l'homme Interne; le Mental de l'homme est, à la vérité, dàns l'a et une région extérieure qui est naturelle; c'est pourquoi si les
commune perception l'homme Interne, mais le Mental lui'même œuvres procèdell.t du Mental spirituel, elles procèdent de son bien­
-est divisé en deux Régions; J'une, qui est supérieure et intérieure, vouloir, qui est la Charité; mais si elles procèdent de son mental
est spirituelle; l'autre, qui est inférieure et extérieure, est natu­ naturel, elle!> procèdent du bien-vouloir qui n'est point la Charité,
l'elle; le Mental spirituel regarde principalement dans le Monde quoiqu'il puisse se 'mon trer comme Chari té dans la forme externe,
spirituel, et a pour objets les choses qui y sont, soit celles qui sonl et cependant toujours est-il qu'il n'est point la charité dans la
dans le Ciel, soit celles qui sont dans l'Enfer, car le Ciel et J'Enfer forme interne; et la Charité dans la forme externe seule présente,
sont dans le Monde spirituel; mais le Mental naturel regarde prin­ l
Il il est vl'ai, l'apparence de la Charité, mais elle ne possède pas l'es­
cipalement dans le Monde naturel, et a pour objets les choses qui sence de la Charité. Cela peut être illustré par une comparaison
y sont, soit bonnes, soit mauvaises; toute action et tout langage de avec les semences en terre; de chaque semence nai! un jet, soit
l'homme procéde de la région inférieure du mental directement, utile soit inutile, selon la qualité de la semence; pHeillement la
et de sa régiou supérieure indirectement, parce que la région in­ semence ~pirituelle, qui est le vrai de l'Église d'après la Parole;
férieure du mental en est plus près des sens du corps, et que la ré­ de cette semence est formée une Doctrine, utile si c'est de Haig
gion supérieure est en plus éloignée: celte division du mental réels, inutile si c'est de vrais falsifiés: il en est douc de même de
existe chez l'homme, parce qu'il a été créé pour être spirituel et la Charité d'après le bien-vouloir; ou le bien-vouloir est pour soi­
en même te.mps naturel, et ainsi pour êtl'e un homme et non une même et pour le monde, ou il est pour le prochain dans un sens
bête. D'apTès cela, il est évident qne l'homme Qui regarde le strict ou dans un setis large; ~'il est pour soi-même et pour le
Monde et soi-même en premier lieu est un homme Externe, parce monde, c'est la Charité bâtarde; s'il est pour le prochain, c'est la
qu'il est naturel non-seulement de corps mais aussi de mental, et Charité réelle. l\Ja~s on peut voir de plus grands détails sur ce su­
que l'homme qui regarde en premier lieu vers les choses qui sont jet dans le Chapitre sur la Foi, et spécialement dans l'Article, ou
du Ciel et de l'Église est un homme Interne, parce qu'il est spiri­ il a été montré, que la Charité est le bien-vouloir, et que les
tuel et de mental et· de corps; s'il l'est aussi oe corps, c'est parce Bonnes OEuvres sont le bien-faire d'ap1'ès le bien-vouloù..
que SE'S actions et ses paroles procèdent du Mental supérieur, qui N0 374. Et que la Charité et la Foi ne sont que des choses men.,
est spirituel, par le Melltal inférieur qui est naturel; car il est no-

\",-l,
--!
558 LA VRAIE RELIGION CHIŒTIENNE. ·559
tales et caduques, si, quand cela est possible, elles ne sont pas. peut être définie ainsi: Faire le bien au prochain chaque jour et
déterminées en des OEuvres, et n'y coexistent pas, N°S 375, 376. continuellement, non-seulement au prochain dans le singulier,
mais aussi au prochain dans le pluriel; et cela ne peut être fait que
par le bien et le juste dans J'office, le travail et J'ouvrage qu'on a
La Charité même est d'agù' avec justice et fidélité dans l'office, à exercer, et avec ceux avec qlli l'on a quelque commerce, car on
le t,'avail et l'oum'age, qu'on a à exercel', et avec ceux avec fait cela chaque jour, et quand on ne le fait pas, on l'a néanmoins
qui l'on Cl quelque commerce. continuellement dans son mental, et l'on y pense et on l'a en in­
tention. L'homme qui exerce ainsi la Charité devient de plus en
422. Si la Charité même est d'agir avec jus tice et fidélité dans plus la Charité dans la forme; car la justice et la fidélité en fOl'ment
l'office, le travail et l'ouvrage qu'on a à exercer, c'est parce que le mental, et les exercices le corps, et successivement d'après sa
toutes les choses qre l'homme fait ainsi sont des usages pOlir la forme ilue veut et ne pense que des chose5 qui appartiennent à la
Société, et l'usage est le bien, el que le bien, dans le sens où cllarité. Ceux qui agissent ainsi deviennent ennn comme ceux de
il es.t fait abstraction des personnes, est le prochain; que non­ qui il est dit dans la Parole, qu'ils on t la Loi gravée daps leurs
seulement l'homme pris individuellement, mais aussi une société cœurs. Ceux-ci aussi ne placent point le mérite dans les œuvres,
d'hommes, et la pall'je elle-même, soient le procha~Jl, c'est ce qui parce qu'ils ne pensent à ce qu'ils font que comme à une delle,
a été montré ci-dessus, Ainsi, pour exemple, un Roi qui prend le dont il convient à un citoyen de s'acquitter. Toutefois, l'homme ne
devant SUI' ses sujets en agissant bien veut que ceu~-ci vivent se­ peut nullement de soi-même agir d'après la justice et la fidélité
lon les lois de la justice, il récompense ceux qui vivent ainsi, il spirituelles; car par l'héréditaire tout homme tient de ses parents
considère chacun d'après le mérite, il les prolége contre les in­ ,de faire le bien et le juste pour soi et poUl' le monde, et nullement
jures et les invasions, il agit en Père du Royaume, et veille à la pour le bien et pour le juste; c'est donc seulement celui qui adore
prospérité commune de son peuple; dans son cœur il y a la Cha­ le Seigneur, et agit d'après le Seigneur en agissant d'après lui­
rité, et ses actions sont de bonnes œuvres. Un Prêtre qui enseigne même, qui acquiert la Charité spirituelle, et qui s'en imbibe par
les vrais d'après la Parole, et qui conduit par eux aux biens de la
les exercices.
vie, et ainsi au Ciel, exerce éminemment la Charité, parce qu'il !~24. Il Y en a beaucoup qui dans leur fonction agissent avec
veille sur les âmes des hommes de son Égi ise. Un Juge qui décide justice et fidélité, et qui, quoiqu'ils fassent ainsi des œuvres de la
d'après la justice et la loi, et non d'après les présents, l'amitié et charité, ne possèdent cependant en eux aucune Charité; mais ceux­
la parenté, pourvoit au bien-être de la Société et de l'homme pris ci sont ceux chez qui prédomine l'amour de soi et du monde, et
individuellement; de la société, parce que par là la société est te­ non l'al~our du Ciel, et si par hasal'd ce dernier amour est chez
nue dans l'obéissance à la loi, et dans la crainte de la transgres­ eux, il est sous l'autre comme un esclave sous son maître, comme
ser; de l'homme pris individuellement, en ce que la justice triom­ un soldat sous son officier, et comme un concierge qui se tient à
phe sur l'injustice. Un négociant, s'il agit avec sincérité et non
la porle.
par fraude, poul'voit au bien-être du prochain avec qui il est en
négoce; pareillement l'ouvrier et l'artisan, s'ils fOnt leurs ouvrages
avec droiture et sincérité, et non avec fraude et supercherie; il en
est de même de tous les autres, par exemple, des capi taines de
navire et des matelots, des colons et des domestiques.
423. Que ce soit là la Charité même, c'est parce que la Cllarité
S60 . L...&\- VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 56!

du Seigneur, - Luc, XIV, i 2, i 3, H; ceux-ci alls~i appellent
Bienfaits, el pareillemen t delles, les choses don t il vient d'être
Les Bienfaits de la Charité consistent à donner aux pauV1'es parlé, quoiqu'elles appartieunent à la Charité même.
et à secow'ir les indigents, mais avec p1'udence. 426. Il est notoire que quelques-uns de' ceux qui ont fait ces
Bienfaits qui, devant le Monde, se présentent comme des images
425. Il faut distinguer eptre les offices d~ la Charité et les bien­ de la charité, s'imaginent et croient qu'ils ont exercé les œuvres
faits de la Charité; par les offices de la Charité sont entendus les de la charilé et les regardent, comme beaucoup de personnes
exercices de la Charité, qui procèdent immédiatement de la cha­ dans le catholicisme-romain regardent les indulgences, croyant
rité même, lesquels, ainsi qu'il vient d'être montré, appartiennent qU'à cause de ces bienfaits ils Ollt été purifiés de leurs péchés, et
en premier lieu à la fonction dans laquelle chacun est; mais par que le ciel doit leur êlre accordé comme étant régénérés, et ce­
les Bienfaits de la charité sont entendues ces assistances qui sont pendant ils ne considèrent point comme péchés les adultères, les
faites en dehors. Elles sont appelées Bienfaits, parce qu'il est dans. haines, les vengeances, les fraudes, ni en général les convoitises
la liberté et le bon plaisir de l'homme de les faire, et que, quand de la chair, auxquelles ils s'ahandonnent à leul' gré; mais alors que
elles sont faites, elles ne sont considérées que comme des Bien­ sont ces bonnes œuvres, sinon des tableaux représentant des
faIts par celui qui les reçoit, et ces bienfaits sont dispensés se­ Anges groupés avec des diables, ou des boîtes de pierre lazuli dans
lon les motifs et les intentions que le bienfaiteur agile en son es­ lesquelle~ sont des serpents? Il en est tout autrement si ces bien­ j
prit. On croit communément que la chal'ité ne consiste qu'à don­ faits sont faits par ceux qui fuient les maux sus-énoncés comme
ner aux pauvres, à secourir les indigen ts, à prendre soin des odieux il la charité. Toutefois ces Bienfaits, particulièrement don­
veuves et des orphelins, à contribuer à la <lonstruction des hôpi­ 11er aux pauvres et aux mendiants, ont de nombreux avantages,
taux, des infirmeries, des hospices, des maisons pour les orphe­ car par là on initie dans la charité les jeunes garçons, les jeunes
lins, surtout des Temples, et à pourvoir à leurs ornemenls et à filles, les domestiques des deux sexes, et en général tous les sim­ Il
leur revenu; or, plusieurs de ces choses n'appartiennent pas il la ples, puisque ce sont là des externes, par lesquels ils se pénètrent
Charité, mais lui sont étrangères. Ceux qui placent la Charité des devoirs de la charité, car ils en sont les pl'emiers éléments, et
même dans ces Bienfaits ne peuvent faire autrement que de pla­ sont alors comme des fmits verts; mais chez ceux qui plus lard
eer le mérite dans ces OEuvres, et lors même qu'ils avoueraient sont perfectionnés par de justes connaiss;1I1ces sur la Charilé et
de. bouche qu'ils ne veulent pas qu'elles soient des mérites, tou­ sur la Foi, ils deviennent comme des fruits I1llirs; el alol'S ils re­
jours est-il qu'en dedans se cache la foi du mérite: cela est clai­ gardent 0es œuvres précédentes, faites d':Jprès la simplicité du
rement manifesté par eux après la mort; alors ils énumèrent leurs cœur, non autrement que comme des delles.
œuvres, el ils demandent le salut pour récompense; mais alors il 427. Si l'on croil aujourd'hui que ces Bienfaits sont les propres
est recherché de quelle origine elles sont, et quelle est par suite faits de la Chal'ité, qui dan~ la Parole sont enlendus pal' les honnes
leur qualité; et s'il est trouvé qu'elles ont procédé ou du faste, Oll œuvres, c'est parce que la charité est souvent décrile dMIS la Pa­
de la recherche de·la réputation, ou d'une simple munificence, ou role par donner aux pauvres, porler Sl~cours aux indigents, proté­
de j'amitié, ou d'une inclination purement naturelle, ou de l'hy­ ger' les veuves et les orphelins; mais jusqu'à présenl on a ignoré
pocrisie, elles sont alors jugées d'après, celle origine, car la qua­ que la Parole dans la lettre nomme seulement les choses qui sont
lité de l'origine est dans les œuvres; mais la Charité réelle procède les exteJ'nes et même les extrêmes du culle, et que par elles sont
de ceux qui s'en sont pénétrés d'après la justice et le jugement entendus les spirituels qui sont les internes; sur ce sujet, voù' ci­
dans les œuvres faites sans bUl de récompense, selon les paroles dessus dans le Chapitre sur l'ÉCRITURE SAINTE les N°' 172 à ':l09,
1 36
562 LA VRAIE RELIGION CHlUJ:TIENNE. ~3

d'aprè~ lesquels il est évident que par les pauvres, les indigents,
les vcuves, les orphelins, ce ne sont pas eux qui sont entendus,
mais ceux qui sont tels spirituellement; que par les pauvres il soit Il Y a les Dettes de la Charité, les unes Publiques, d'aul1'es Do­
entendu cellx qui le sont pas dans les connaissances du vrai et du mestiques, et d'autres Privées.
bien, on le voit dans l'ArOf.ALYPSE REVELEE, N° 209; et par les
veuves, ceux qui ~ont sans le~ vrais, et qui néanmoins désirent les 429. Les Bienfaits de la Charité et les Dettes de la Charité sont
vrais, on le voit, N° 764; et ainsi du reste. <les choses distinctes entre elle~, comme celles qui sont faites par
428. Ceux qui de nai~sance ~ont miséricordieux, et ne rendent libre arbitre, ct celles l)ui le sont par nécessité: mais toutefois par
pas spirituelle~ leurs mi!'éricordes naturelles en les faisant d'après Dettes de la Charité, iln'e~t pas entendu ici les Delles de fonctions
la Chal'ilé réelle, croient que la Charité consi~te II donner il chaque dans un Royaume et dans une République, comme celles d'un mi­
paurre, et il ~ecourir chaque indigent, et ils ne s'informent pas nistre de gouverner, d'un juge de juger, etc. ; niais il est entendu
auparavant si ce pauvre ou cet indigent e~t bon ou méchant, ('ar les Delles de chacun dans l)uelque fonction qu'il soit, aussi sont­
ils disent que cela n'est pas néces:,aire, parce que Dieu considère elles d'une autre origine, et profluent·elles d'une aulre volonté, et
seulement le secours et l'aumône. Mais ceux-ci après la mort sont pOOl' cela même sont-elles aCl)uittées d'après la Charité par ceux
soigneusement discernés, et ~ont séparés de ceux qui ont exercé qui sont daus la Charité, et ,vice versâ sans aucune Charité par ceux
les bienfaits de la Charité d'après la prudence, car ceux qui les qui ne sont dans aucune Charité.
ont exercé~ d'après celle aveugle idée de la Charité font du bien . 430. LES DETTES PUBLIQUES DE LA CHARITÉ sont principalement
également aux méchanls comme aux bon~, et par ce secours les les Tributs et les Impôts, qu'il ne faut pas confondre avec les dettes
méchants font du mal, et par ce mal ils nuisent aux bons, c'est de fonctions; ceux qui sont spirituels les paient d'un autre cœur
pourquoi ces bienfaiteurs sont aussi cause du préjudice fait aux <lue ceux qui sont purement naturels; les Spirituèls les paient d'a­
bons; car faire du bien à un méchant, c'est pour ainsi dire don­ près le bien-vouloir, parce que ce SlHlt des Collectes pour la Con­
ner au diable un pain qu'il change en poison, car tout pain dans servatIOn de la Patrie, pour sa défense et pour celle de l'Église, et
la main dl:! diable est du poi~on, et si ce n'en est pas, il le change pour l'administl'atioil par des officiers et par des fonctionnaires
en poison, ce qu'il fait en attirant au mal par les bienfails: c'e~t <lont la solde et les appointements doivent ètre puis~s dans le Tré­
aussi pour ainsi dire donner il l'ennemi d'UR homme une épée :lVec sor Public; ceux donc pour qui la Patrie et aussi l'Église sont le
laquelle il l'assassine; ou donner à un homme-loup une houleHe Prochain les acquittent d'une volonté spontanée et secourable, et
de berger, l'our qu'il conduise les brebis dans les pàlllrages, lors­ regardent comme uue iniquité de tromper et de frauder; mais ceux
que cependant, après avoir pris la houlette, il chas~e les brebis poUl' qui la Patrie eL l'Église ne sont poinl le Prochain les paient
des pà III rages dans les dé~erts, et les y égorge: c'est encore pou l' de.ll1auvai~e volonté et avec répugnance, et toutes les fois que l'ac­
ainsi dire revêtir d'une haule magistrature un voleur qui n'a en casion se présente ils fraudenl et trompent, car pOUl' ceux-ci leur
vue et ne sl~rvei!le que la proie, selon la gro~sellr et l'abondance Maison et leur Chair sont le Prochain.
de laquelle il dispense les droits et rend les ,iugements, 431. LES DETfES DO~lESTlQUES DE l,A CHARITÉ sont celles du mari
à l'égard de l'épouse, et de l'épouse il l'égard du mari; du père et
de la mère à l'égard des enfants, et des enfants à l'égard du père
et de la mère; du maître el de la mailresse à l'égard des domesti­
ques des deux sexes, et de cenx-ci II l'égard du maîll'e et de la mai­
tresse; ces Dettes, parce qu'elles concernent l'éducation et l'ad­
564 LA VRAIE

ministration dans la maison, sont si nombreuses qu'il faudrait un RELIGION CHRÉTIENNE. 565
volume pour les énumérer. Chaque homme est porté à acquiller ilt autres choses semblables, dont les unes sont dés dettes d'après
ces dettes par un aulre amour que celui qui le parle à acquiller les la Loi commerciale, d'autres d'après la Loi civile, et d'autres d'a­
detles de sa fonction; la delle du Mari il l'égard de l'i~pouse, et de près la Loi morale. Ces dettes aussi sont acquillées par ceux qui
l'Épouse.à l'égard du Mari, esl acquilLé d'après l'Amour conjugal sont dans la Charité avec un autre esprit que par ceux qui ne sont
et selon cet amour; celle du Père el de la Mère il l'égard des pas dans la Charité; par ceux qui sont dans la Charité elles sont
enfants, d'apràs un Amour insité en chacun, amour qui est nommé acquittées avec justice et fidélité, car le précepte de la Charilé est
Storge; celle des Enfanls il l'égard des Parenls, d'après el selon un que chacun agisse avec justice et fidélité envers tous ceux avec qui
aulre amour, qui se conjoinl élroilement avec l'obéissance prove­ il a quelque affaire et quelque commerce; voir ci-dessus Nol 422 el
nanl de la delle. Les delles du ffiaîlre el de la maiLresse à l'égard suiv. ; mais ces mêmes deltes sont acquittées tout autremenl par
des domesliquos des deux sexes liennent de l'amour de comman­ ceux qui ne sonl pas dans la Charilé.
der, et cet amour est selon l'état du menlal de chacun. Toutefois,
l'Amour conjugal et l'amour à l'égard des enfants, avec leursdelles
et les exercices de ces delles, ne produisenl poinl J'amour il l'égard Les délassements de la Clwrité sont les Dîners, les Soupel's et
du prochain, comme les exercices des delles dans les fonctions; les Réunions.
h
car l'Amour nommé Storge exisle également chez le.s méchanls
comme chez les bons, el esl parfois plus forl chez les méchants, 433. On sait que les Diners et les Soupers sonl parlout en usage.
il exisle aussi chez les bêles e.l chez les oiseaux, chez lesquels au­ el sont donnés pour diverses fins; que, chez la pluparl, c'est pour
cune chari lé ne peUL êlre formée; qu'il soit chez les ours, les ligres réunir des amis, des parenls, pOlir 'se réjouir, pour en tirer profit.
et les serpents, de même que chez les brebis et les chèvres, et pour récompenser; que c'est un moyen de séduction pour entraî­
chez les hi bous de même que chez les colombes, cela est notoire. ner dans son parti: que, chez les Grands, c'est aussi pour l'hon­
Quant il ce qui concerne spécialemenl les Delies des parenls il l'é­ neur; el, dans les Cours des Rois, pour la splendeur. iUais les Dî­
gard des enfanls, ces delles intérieuremenl sonl aulres chez ceux ners et les Soupers de la Charité existenl seulement chez ceux qui
qui sont dans la Charité, el aulres chez ceux qui ne sont pas dans sont d;lns un amour mUluel d'après une foi semblable. Dans la Pri­
la Charité; mais extérieurement elles paraissenl semblables; chez milive f~glise chez les Chrétiens, les Dîners et les Soupers n'exis­
ceux qui sont dans la Charité, cet amour esl conjoinl ;i\'eC "amoul' taient pas pour une autl'e fin, el ils étaienl appelés FESTINS: ils
à l'égard du prochain èl avec l'amour envers Dieu, car ils aiment avaient été institués pour qu'on se livrât ensemble à l'allégresse du
leurs enfanls selon leurs mœurs, leurs verlus, leurs éludes el leurs cœur, ct aussi pour qu'on fùl confoint: les SOUPERS Ch8Z eux si­
talents il servir le public: mais cliez ccux qui ne sonl pas d{lns la gnifiaient les Consociations et les conjonctions dans le premier état
Charité, il n'y a pas conjonclion de la Charilé ayec l'amour nommé de l'inslauralion de l'ltglise, car le Soir, temps où ils se faisaient,
Storge, c'est pourquoi plusieurs d'enlre eux aimen t leurs Enfants, signifiail cet état; mais les DîNERS eurent lieu dans le second élat,
même ceux qui sont méchanls, Immoraux, astucieux, plus que ceux quand l'Église eul été instaurée, car le Matin et le Jour signifiaient
qui sont bons, moraux et prudents, ainsi ccux qui sonl inutiles au cel etat. A Table on parlait de choses diverses, tant domestiques
public plus qlle ceux qui sont uti/es. que civiles, mais principalement de celles qui concernaient l'É­
432. LES DETfES PRIVÉES DE U CHARITÉ sont aussi en grand ~lise; el comme c'élaient des Festins de la Chari lé, dans la conver­
nombre. Par exemple, payel' aux ouvriers leur salaire, solder l'in­ sation, quel que fût le sujet trailé, il y avail la Chari lé avec ses
térêt des emprunts, exécuter Jes conventions, avoi)' soin des gages, joies et ses 'allégresses; la sphère ~piriluelle qui régnait dans ces
Feslins élait la sphère de l'amour envers le Seigneur el de l'amour

-"--;-~ ­
566 LA. VRA.IE
RELIGION CHRÉTlE~NE. M7
à J'~gard du prochain, elle é~ayait l'esprit (animus) de chacun,
esprits (animos), ne sonL autre chose que des feintes d'amilié et
adoucissaille son de son langage, et communiqlJait il tous les sens
des témoignages trompeurs d'amour mutuel, des insinuations ar­
la gaieté du cœur; car de chaque homm!l il émane une ~phère.....êl~­
_tifici~uses pour gagner la faveur, et des condescendances pour Tes
rituelle, qui appartien t à l'affection de son amour et à sa pensée, plaisirs du corps, surtOL:t pour les sensuels, par lesquels les autres
et affecte' intérieurement ceux qu; sont réunis, principalement sont entraînés comme le sont des NaviI'es par des voiles et des flots
d~ns les Festins; celle sphère émane non-seulement par la face, propices, taudis qu'à la poupe sont debout des Sycophanles el des
mais aussi par la respiration, Comme les Dîners el les Soupers, ou Hypocrites, qui tiennent à la main le timon du gouvernllil.
les Festins, signifiaient de telles consociations des esprits (animi),
c'est pour cela qu'il en est si souvent parlé dans la Parole, et par eux.
il n'y est pas entendu autre chose dans le sen!' spirituel; ni autre La Première chose de la Charité est d'élaiguer les maux, et la
chose dans le sens suprême par le Souper Pascal chez les fils d'Is­ Seconde de jaire les biens qui sont utiles au prochain.
raël; ni autre chose par les banquets dans les autres Fêtes; ni par­
les rt~pas faits aV6C les Sacrtfices auprès du TabernaCle; la con­ 435. Ce qui tieut la première place dans la Doclrine de la Cha­
jonction elle-même était alors représentée par rompre le pain el rité, c'est que la première chose de la Charité est de ne pas fail'f~ de
le distribup.r, et par boire dans la même coupe en la passant d~ mal au prochain, et la seconde de lui faire du bien; ce poiut dog­
l'un à l'autre. malique est comme la porte de cette doctrine. On sait que le mal
434. Quant aux RÉUNIONS, elles avaient lieu dans la Primitive a son siége dans la volon té de chaque homme dès la naissance; et
Église entre cenx qui s'appelaient Frères dans le Christ: c'étaient COOlme toul mal regarde l'homme tant prh de Ini, qu'à distance de
par conséquent des Réunions de la Charité, puisqu'il y avait Fra­ lui, et aussi la Sociélé et la Patrie, il s'ensuit que le mal hérédi­
ternité spirituelle; c'étaient aussi des consolations dans les adver­ taire est le mal coutre le prochain dans chaque degré. L'homme,
sités de l'Église, des réjouissances pour ses progrès, et aussi des d'après la raison elle-même, peut voir qu'autant le mal qui a son
récréations après des études et des travaux, et en même temps des siége dans la Volonté n'est pas éloigné, autant le bien qu'il fait est
conversations sur diverses choses; et comme elles découlaient de imprégné de ce mal; car alors le mal est intérieurement dans le
l'amour spiritne', comme d'une source, elles étaient rationnelles et bien, comme là noix dans sa coquille, et comme la moelle dans un
morales d'après IJne origine spirituelle. Il y a aujourd'hui des os ; ainsi, quoique le bien qui esl fait pal' un tel homme se pré­
Réunions d'amitié qui ont pour fin les plaisirs de la conversation, sente comme un bien, toujours est-il qu'intérieuren'lent ce n'est
la gaieté du mental (mens) par les charmes des entretiens, d'où pas un bien, car il est comme une coquille brillante qui renferme
résulte l'expansion du 'mental (animus) , l'affranchissement des une noix rongée des vers, et comme une amande blanche au de­
pensées renfermées, et ainsi le l'avivement des sensuels' du-corpS, dans de laquelle il y a une pourriture, dont les veines s'étendent
et le renùuvellement de leur état; mais il n'y a pas encore de Réu­ jusqu'à la surface. Vouloir le mal et faire le bien sont en eux-mêmes
nions de Charité, car le Seigneur dit: A la consommation du siè­ deux opposés, car le mal appartient à la haine contre le prochain,
cle, (c'est-à-dire, à la fin de l'Église), l'iniquité sera multipliée, el le bien appartienl à l'amour à l'égard du prochain, ou le mal
etla Charité se re/roidira. )l - Maltll. XXIV. 12 ; - cela vient esl \'enuemi du prochaiu et le bien est l'ami dn prochain, ces deux
de ceque l'Église n'a pas encore reconnu le Seigneur Dieu Sauveur ne peuvent pas être dans nn seul mental, e'est-à-dire, le mal dans
peur le Dien du Ciel et de la Tene, et qu'on ne s'esl pas adressé l'homme Interne elle bien dans l'homme Externe; si cela "a lieu, le
immédiatemen t a Lui, de Qui sel,ll procède et influe la charilé réelle. bien est.dansl'homme Externe comme une plaie qu'un palliatif agué­
Or, les Réunions, où l'amiliéimitanlla Charité ne conjoint pas les rie, et dont l'intérieur est rempli d'une sanie corrompue, L'homme
368 LA VRAΠRELIGION CHRETIENNE. 569
est alors comme un Arbre dont la racine e~t usée de vieillesse, et la viande crue mise au pot, avant qu'elle devienne mangeable, el
qui cependant produit des fruilS, lesquels à l'extérieur paraissent qu'elle soit apportée sur la table? Qui est-ce qui ne secoue pas
savoureux et d'un bon usage, mais sont à l'intérieur gâtés et de nul dans son jardin les insectes de dessus les arbres, afin que les
usage; de tels hommes sont aussi comme des scories rejetées, qui feuilles ne soient dévorées, et qu'ainsi le fruit ne périsse? Qui esl­
extérieurement polies et bien colorées sont vantées comme pierres ce qui aimeel recherche en mariage une jeune fille, qu'il sait in­
précieuses; en un mot, ils sont comme des œufs de hibou, que l'on fectée de maladies malignes, ou C01Jvertes de pustules et de varices,
croit être des œufs de colombes. Que l'on sache que le bien que quoiqu'elle farde sou visage, qu'ellesoit richell1enl vêtue, et qu'elle
l'homme fait de corps procède de son esprit, ou de l'homme in­ s'applique aux séductions de l'amourpttr de douces paroles? Que
terne, l'homme interne esl son esprit qui vit après la morl; quand l'homme doive lui-même se purifier des maux, et ne pas aLLendre
donc l'homme rejelle le corps qui constitue son homme Externe, que le Seigneur l'en purifie immédiatement, cela esl évident; au­
il est alors tout entier dans les maux et trouve en eux son plaisir, tremenl il serait comme un serviteur qui, s'approchant de son
et il a en aversion le bien comme contraire à sa vie. Que l'homme maiLr'e avec le visage et les habits couverts de suie et de boue, lui
ne puisse faire le bien, qui en soi est le bien, avant que le mal ail dirait: « Maîlre, lave-moi. ~ Son mailre ne lui dirail-il pas: « Stu­
été éloigné, le Seigneur l'enseigne en beaucoup d'endroits: « On pide serviteur, que dis-lu ?Voici,là, de l'eau, du savon el un linge;
ne cueille point sw' des épines du raisin, ou sw' des chardons n'as-lu pas des mains et le pouvoir de t'en servir? lave-toi toi­
des figues; un artn'e pOl/rri ne peut pas faire des fruits bons. » même. )) - Etle Seigneur Dieu dirail: " Les moyens de purifica­
- l\falth. VII. 16, 1ï. 18. - « lHalheur à vous, Scribe.ç et Pha­ tion viennent de Moi, ton vouloir el Ion pouvoir vienneul aussi de
risiens ! VOU$ nettoyez l'exté,'ieur de la coupe et du plat, mais Moi, sers-toi donc de mes dons el de mes présents comme de choses
les intérieurs sontpleins de rapines et d'intempérance. Pharisien qu i seraien t à toi, el lu seras purifié. ))
aveugle, nettoie d'abord tintériew' de la coupe et du plat, afin 43ï. On croit aujourd'hui que la Charité consiste seulement à
qu'aussi l'extérieur devienne net.)l - Mallh. XXIII. 25, 26. ­ faire le bien, el qu'alors on ne fait pas le mal, qu'ainsi la première
El dans Ésaïe: « Lavez-vous, éloiqnez la malice de vos œuvres, chose de la charité est de faire le bien, et la seconde de ne pas faire
cessez de faire te mal, apP,'enez à faire le bien, cherchez le J u­ le mal; mais c'cslloul à fait l'inverse, la première chose de la Cha­
gement,. alors quand seraient vos péchés comme l'écadate, rilé esl d'éloigner le mal, et la seconde de faire le hien, car la Loi
comme la neiqe ils deviendront. blancs; quand rouqe.ç ils seraie1lt universeile dans Il' i\Ionde spirituel, et par suite aussi dans le Monde
comme ta pourpre, comme la taine ils seront.» - 1.16, .. 7, naturel, est que, aulant quelqu'un ne veul pas le mal, autant il
f8. veut le bien, ainsi autant il se déto·urne de l'enfer d'où monte
436. Cela peut, en outre, êlre illustré par ces comparaisons: toul mal, autant il se toul'lle vers le Ciel d'Olt descend tout hien ;
Un homme ne peut pas en aller voir un autre qui garde dàns sa que par conséquent aussi, autant quelqu'un rejette le diable. au­
chambre un léopard et une panthère, avec lesquels il habite sans tant il est :lCcepté par le Seigneur; nul ne peut se tenir eutre l'un
crainte parce qu'il leur donne à manger, à moins que celui-ci n'ait et l'autre avec un cou flexible, et prieren même temps l'un lH l'au­
éloigné ces bêles féroces. Quel est l'homme qui, invité à la table tre; car ce sont là ceux de qui le Seigneur dil: .. Je connais tes
d'un Roi et d'une Reiue, ne lave d'abord son visage et ses mains, œuvres, que ni Il'oid tu n'es, ni chaud,. rnicu.1: vaud1'ait que
avant de s'y rendre? Quel est celui qui ne purifie l,as par le feu froid tu fusseF ou c!laud; mais parce que tu es tiède, et .ni froid
les minerais et n'en sépare pas les scories, avant d'en obtenir l'or ni chaud, je te vomirai de ma bouche. )) - Apoc. III. i5, '16, ­
et l'argent purs? Qui est-ce 'lui ne sépare pas de son froment l'i­ Qui est·ce qui peut, entre deux armées, comhallre avec une
vraie, avaut de le mettre en grange? Qui est-ce qu~ n'écume pas troupe de tirailleurs, et appuyer rune el l'autre ? Qui est-ce qui peut
570 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 57!
être dans le mal con tre le prochain, et en même temps dans le bien nihilatioD de la grâce fit de la miséricade Divines; le rejet de la ré­
envers lui? Est-ce qu'alors le mal ne se cache pas dans le bien? formation et de la régénération par des moyens Divins; spéciale­
Quoique le mal qui se cache ne se montre pas dans les actions, ment l'abolition du mérite el de la justice du Seigneur Dieu Sau­
loujours est-il qu'il se manifeste dans beaucoup de circonstances, veur qu'on s'attribue à soi-même; de plus, la continuelle intuition
lorsqu'on y fait bieu allentio\l ; le Seigneur dit: « Nul servitew' ne de la récompense qu'ou regarde comme fin première et dernière;
peut deux seigneurs servir; vous ne pOllvez servir Dieu et Mam­ la submersion et l'extinction de l'amour envers le Seigneur et de
mon. » - Luc, XVI. t3. l'amour à l'égard du prochain; la complète ignorance et la non­
438. Quant à se purifier des maux, personne ne le peut de sa perceptibilité ou plaisir de l'amour céleste, qui est sans le mérite;
propre puissllnce ni de ses propres forces; néanmoins cela ne peut et la seule sensation de l'amour de soi; car ceux qui placent la ré­
ètre f:lit saros une puissance ni des forces qui sont comme propres compense au premier rang et le salut au second, ainsi le salut pour
à l'homme; sans cette puissance et sans ces forces, personne ne récompense renversent l'ordre, et plongent dans leur propre les
pourrait combattre contre la chair et ses convoitises, ce qui cepen­ désirs intérieurs de leur mental, et les corrompent dans le corps
dant a été enjoint à chacun; bien plus, l'homme ne pe\lserait nul­ par les maux de leur chair: de 1;) vient que le bien du mérite appa­
lement à les combattre, ainsi il se livrerait en intention aux maux raît devant les Angescomme de la rouille, et le bien du non-mé­
de tout genre, et ne serait rctenu de les mettre en action que par rite comme de la pourpre. Que le bien ne doive pas être fait dans
les lois de justiceporlées dans le Monde, et par les peines qu'elles un but de récompense, le Seigneur l'enseigne dans Luc: " Si VOliS
infligent; et de cette manière il sel'ait intérieurement comme un faites du bien à ceux qui vous font du bien, quelle grâce est-ce
tigre, un léopard et un serpent, qui ne réfléchissènt en rien sur les à vous? Aimez plutôt vos ennemis, et faites du bien, et prêtez
cruels plaisirs de lenrs amours. D'après cela, il est évident que sans en rien espérer, alO1's votre récompense sera abondante,
l'homme, parce ~u' en comparaison des bêtes féroces il est ratio,n­ e~ vous sm'ez les fils du Très-Hmet, pm'ce que lui (est) benin en­
nel, doit résister aux maux d'après la puissance et le~ forces que ve1'S les ing1'ats et les méchants, » - Vl. 33 à 36. - Que l'homme
le Seigneur lui a données, lesquelles lui apparaissent dans chaque ne puisse que par le Seigneur faire le bien, qui en soi est le bien,
l'ens comme propres, pt cette apparence est donnée à chaque homme on le voit dans Jean: .. DemeU1'ez en Moi. et Moi en vous; comme
par le Seigneur pour la Régénération, l'Imputation, la Conjonction le sarment ne peut porter du j'ruit par lui-même s'il ne de­
el la Salvation. meure dans le cep, de même vous non plus si vous ne demeurez
en Moi, car sans moi vous ne pouvez fail'e rien. - XV. 4, 5. ­
Et ailleurs: « Un homme ne peut prend1'e rien, à moins qu'il ne
L'homme. dans les exercices de la Charité ne place pas le mé­ lui ait été donné du Ciel. II - III, 2i,
1'ite dans les OEuvres, lorsqu'il croit que tout bien vient du 440. Mais penser qu'on vient dans le Ciel, et qu'il faut pour cela
Seigneur. faire le bien, Cil n'est pas regarder la récompense comme fin, ni
placer le mérite dans les OEuvres, car c'est là aussi ce que pensent
439. Placer le mérite dans les œuvres, qui sont faites en vue du ceux qui aiment le prochain commc eux-mêmes, et Dieu par-des­
salut, est pernicieux; car en cela se cachent des maux dont celui sus toutes choses, parce qu'ils pensent ainsi d'après !a foi aux pa­
qui agit aiAsi nese doute nullemllnt; il s'y cache la négation de l'in­ roles du Seigneur: (( Que lew' récompense sera abondante dans
flux et de l'opération de Dieu chez l'homme; la confiance de la pro­ les Cieux. Il - Mallh. V. H, 12. VI. LX. 4-1, 42. Luc, VI. 23,
pre puissance dans les choses de salut; la foi en soi et non en Dieu; 35. XIV. 12, 13, 14. Jean. IV. 36: - « Que ceux qui ont fail
la justification de soi; la salvation d'après ses propres forces; l'an- du bien posséderont comme héritage le Royaume préparé dès la

L
RELIGION CHR~:TIENNE. 573
572 LA VRAIE Jes brebis du pâturage dans un lieu aride. Semblahles à eux sont
fondation du Monde. Il - Manh. XXV. 34: ­ « Qu'il sera rendu les Prêtres qui remplissent les devoirs de leur minislère seulement
à chacun selon sesœUV1'es.» - l\Iatth. XVI. 27. Jean, V. ~9. Apoc. pour les' revenus qui y sont attachés; que ceux-ci ['egardellt' comme
XIV. 13. XX. n, 1.3. Jérém. XXV. U. XXXII. 1.9. Hosch. IV. 9. rien le salut des âmes qu'ils sont chargés de diriger, cela est évi­
Zach. I. 6; et ailleurs. - Ceux ·ci ne son t pas dans la confiance de dent. Il en est de même des Magistrats qui ne considèrent que la
la récompense d'après le mérite, mais ils sont dans la foi de la pro­ dignité de leur fonction et les revenus qu'elle produit; quand cellx­
messe d'après la grâce; chez eux le plaisir de faire du bien au pro­ ci font le bien, ce n'est poinl pour le bien public, mais c'est pour
chain est la récompense, c'est là le plaisir pour les Anges dans le Je plaisir de l'amour d'eux-mêmes et du monde, qu'ils respirent
Ciel, et c'est le plaisir spirituel qui est éternel et surpasse immen&é­ . comme le seul et unique bien: il en est de même pour tout le reste;
ment tout plaisir naturel: ceux qui sont dans ce plaisir ne veulent pas car la fin pour laquelle on agit est le point esseutiel, el les causes
entendre parler du mérite, car ils aiment faire, et en cela ils per­ moyennes qui app:miennent à la fonction sont abandonnées, si
çoivent le bonheur; et ils s'allristent, si l'on croit qu'ils agissent elles ne poussent pas vers la fin. C'est la même chose pour ceux
pour une rétribution; ils sont comme ceux qui font du bien il des [' qui demandent une récompense d'apres le mérite dans les choses
amis ~ cause de J'amilié, il un frère ;) cause de la fraternité, il leur du salut; après la mort, ils demandent le Ciel al'ec beaucoup d'as­
épouse et à leurs enfanls, parce que c'est leur épouse et que ce sont surance; mais quand il a été décollverl qu'ils ne possèdent rien de
leurs enfants, il la patrie parce que c'est la patrie, ainsi d'après l'amour envers Dieu, ni rien de l'amour à l'égard du prochain, ils
l'amitié et l'amour,. ceux-là, qui font du bien, disent aussi et per­ Il sont remis à ceux qui doivent les instruire sur la Charité et sur la
suadent que' c'est non pour eux, mais polir ceux auxquels ils le 1
Foi, et s'ils en rejettenl les doctrinaux, ils sont relégllés vers leurs
font. semblables, parmi lesquels il yen a qui s'irritent contre Dieu de
442. Bien différents sont ceux qui regardent la récompense dans ce qu'ils n'obtiennent l'as des récompenses, et qui appellent la Foi
les œuvres comme la fin même; ceux-ci ressemblent il ceux qui un être de raison. Ce sont eux qui, dans la Parole, sont entendus
lient amitié pour en tirer profit, qui font aussi des cade:lIIx, ren­ par les Mercenaires auxquels avaieut été donnés les emplois les plus
dent des services, témoignent de l'amour comme si cela provenait vils dans les pal'vi5 du Temple: ils apparaissent de loin comme
du cœur, et qui, lorsqu'ils n'obtiennent pas ce qu'ils désiraient, s'ils fendaient du bois.
s'éloignent, renoncent à l'amitié, et se joignent aux ennemis de ce­ 442. Il faut qu'on sache bien que la Charité et la Foi au Sei­
lui qu'ils feignaient d'aimer, et à ceux qui le haï~sent. Ils ressem­ gneur ont été étl'oitement conjointes: de là telle est la Foi, telle
blent aussi aux Nourrices qui allaitent des enfants seulement pour est la Charité. Que le Sei.queur, la Charité et la Fui fassent un,
un salaire, et qui en présence des parents les embrassent et les ca­ comme la vie, la volonté et l'eiltendement, et que s'ils sont divi­
ressent, mais qui, dès qu'elles ne sont point nourries delicalement, sés chacun soit perdu comme une perle l'éduite en poudre, on
et ne sont point récompensées selon tous leurs caprices, rejettent le voit ci-dessul'. N°S 362 et suiv. Et que la Charité et la Foi soient
les enfants, les traitent durement et les frappent, en riant de leurs ensemble dans les bonnes œuvres, on le voit N°S 373 il 37ï : il suit
pleurs. Ils sont encore comme ceux qui regardent la Patrie d'après de là que telle est la Foi, telle est la Charité, el que telles sont en­
l'amour d'eux-mêmes et dn monde, et disent vouloir sacrifier pour ~eml.>le la Foi et la Charité, telles soutles OEuvres. Si donc la Foi
l,
elle leurs biens et leur vie, et qui cependant, s'ils n'obtiennent des est,..que tout bien que l'homme fait comme de lui-même vient du
honneurs el ries richesses pour récompenses, en parlent d'une ma­ Seigneur, l'homme alors est la cause iustrumentale du bien et le
nière indigne et se joignent à ses ennemis. Ils sont aussi comme des Seigneur en est la cause principale, causes qui apparaissent toutes
Bergers qui paissent les brebis seulement pour un salaire, et qui, deux devant l'homme comme étant une, lorsque cependant la cause
s'ils ne le reçoi\'ent pas en son temps, repoussent avec leur houlette
- -

574 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENN[. 575


principale est tout dans toutes les choses de la cause instrumen­ tie extérieure et antérieure, et non la partit intérieure. Il y a, en
tale; de là réslJhe que si l'homme croit que tout bien, qui en soi eSt effet, quatre Périodes de la vie, que l'homme parcourt depuis l'en­
le bien, vient du Seigneur, il ne place pas le mérite dans les œu­ fance jusqu'à la vieillesse: La PREllIÈRE eat celle dans laquellè il
vres ; el dans le même degré où celle foi esl perfectionnée chez agit d'après les autres selon les instructions; la SECONDE, celle dans
l'homme, la phantaisie concernant le mérile lui est ôtée par It Sei­ laquelle il agit d'après lui-Illême sous la direction de l'entende­
gneur, L'homme dans cet état fait en abondance des exercices de ment; la TROISIÈME, celle dans laquelle la volonté agit sur l'En­
la Charité sans la crainte du mérite, et enfin il perçoit le plaisir spi­ tendement et l'Entcndement modifie la Volonté; la QUA1'I1IÈME,
rituel de la Charité, et commence alors à avoir en aversion It mé· celle dans laquelle il agit d'après ce qui a été confirmé et d'après
rite comme nuisible ;', sa vie. Le mérile est facilement effacé'par I.e ce qui a été résolu. Mais ces Périodes de la vie sont les périodes de
Seiglleur chez ceux qui s'imbibent de Charilé, par cela qu'ils agis­ la vie de l'Esprit de l'homme, et non pas celles de la vie de son
sent avec justice et fidélité dans l'ouvrage, le travail et l'office qi/ils 'Corps, car son corps peut agir moralement et parler rationnelle­
ont à exercer, el avec ceux avec qui ils ont quelque commerce, voir ment, etson Esprit pent néanmoins vouloir et penser le contraire;
ci-dessus, N°S 1.22, 423 et 424. Mais le mérite est difficilement en­ que tel soit l'homme naturel, on le voit' bien clairement d'après
levé chez ceux qui croient que la Charité s'acquiert par des aumônes des fourbes, les flalteurs, les menleurs et ies hypocl'ites; il est évi­
et des secours aux indigents, car lorsqu'ils font ces œuvres, ils oentque ce.ux-ci se plaisent dans un menlal double, ou que leur
veul~nt dans leur,mental d'abord OUVér'tement, et ensuite tacite­ Mental a été divisé en deux parties discordantes. Il en est autre­
ment, ulle récompense, et ils allirenl le mérite. ment c~ez ceux qui veulenl bien el pensent rationnellement, et
Il par suite agissent bien et parlent rationnellement; ceux-ci sont
ceux qui, dans la Parole, sont entendns par les simples d'esprit;
La Vie Morc.le, lorsqu'elle est en même temps spirituelle, est la ils sont appelés simples parce qu'ils ne sont pas doubles. D'a­
Cha/,ité. près ces explications, on pent voir ce qui est, proprement entendu
par l'homme Externe et l'homme Interne, et que personne ne
443. Tout homme apprend de ses parents et de ses maîlres à peut d'après la Moralité de l'homme Externe conclure à la Mo­
vivre moralement, c'est-il-dire, il agir en pcrsonne civile, et il rem­ ralilé de l'homrr.e Interne, puisque celui-ci peut être dans un sens
plir les devoir de l'honnêteté, lesquels .sc réfèrent à diverses ver­ contraire, et se renfermer comme la tortue renferme sa tête dans
tns qui sont les essentiels de l'honnêteté, et il les meUre en évi­ sa coquille, et comme le serpent cache la sienne en formant une
dence par les formels de l'honnêteté qu'on nomme choses décenles; spirale; car un tel homme, réputé mOI'al, est comme un voleur qui
et, selon qu'i! avance en âge, à y ajouter Ic,; rationnels, et à perfec­ est tantôt dans la ville et tantôt dans la forêt, agissant dans la ville
tionner par eux les choses morales de la vie; car 13 vie morale chez en personne morale, et dans la forêt en brig-and : il en est tout au­
les enfants jusqu'à la première adolescence est une vie naturelle, trement de ceux qui son t moraux intérieurement ou quant à l'Es­
qui ensuite devient de pIns en plus rationnelle. Celui qui réfléchit prit, parce qu'ils le deviennent par la régénération qu'opère le Sei­
bien peut voir que la vie morale est la même que la Vie de la Cha­ ~nellr; ce sont eux qui sont entendus par hommes Moraux spiri­
rité, qui, ainsi qu'il résulte de ce qui a été montré ci-dessus, N°S tuels.
435 à 438, consiste à bien agir avec le prochain, et il être réglée de 444. Si in Vie Morale, lorsqu'elle cst en même temps spirituelle.
telle sorte qu'elle ne soit point souillée par les maux. Mais néanmoins est la vie de la Charite. c'est parce que les exercices de la Vie Mo­
dans la première période de l'âge, la Vie morale est la Vie de la Cha- .
rité dans les extrêmes, c'est-à-dire qu'elle en est seulement la par-
III rale et ceux de la Charité sont les mêmes; en effet, la charité est
le bien-vouloir à l'égard du prochain, et par suite le bien-a~ir avee

\
1-1
576 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 577
lui, cela aussi est de la Vie morale; la Loi Spil'ituelle est cette Loi eslla Chal'ité. Chacun, s'il le veut, peut d'après I:l Vie Morale ex­
du Seigneur: « Toutes les choses que vous voulez que vous fas­ terne comprendre quelle est la Charité; transporte seulement dans
sent les hommes, de même aussi, vous, faites-les lem'; c'est lâ l'homme Inteme la Vie morale externe, telle qu'elle est dans les so­
la Loi et les P,'ophètes. » - Mauh. VJI, i 2 j - celle même Loi est ciétés civiles, afin que dans la volonté el dans la pensée de l'homme
la Loi universelle de la Vie morale. Mais recenser ici toutes les interne elle soit semblable et confOl'me aux acteg de l'homme Ex­
œuvres de la Charité, et l~s mettre en parallèle avec les œuvres de terne, et lu verras la chal'ité dang son type.
la vie morale, ce serait un ouvrage qui remplirait bien des pages;
soient seulement pour illustration six Préceptes de la Seconde Ta­
ble de la Loi du Décalogue; chacun voit clairement que ce sont des Une Amitié d'amour liée avec l'IlOmme, quel qu'il soit quant à
préceptes de la vie morale, et il a été montré ci-dessus, N°S 329, l'espl'it, est préjudiciable après la mort.
330, 831, qu'ils contiennent aussi toutes les choses qui appartien­
nent à .l'amour à l'égard du prochain, Que la charité les remplisse 446. Par amitié d'amour il est entendu l'amitié intérieur'e, qui est
tous, on le voit d'après, ces paroles dans Paul: .( Aimez-vous les lelle que non-seulement l'homme Externe de j'ami est aimé, mais
uns les autres, car celui qui aime les autres a rempli la Loi; même son homme Interne, et cela sans examen de ce qu'il est'quand
car ceci: Tu ne commetl1'as point adultère; tu ne tueras paint : à l'interne ou à l'esprit, c'est-à-dire, quant aux affeclions du men­
tu ne vole1'as point; tu ne seras point taux témoin; tu ne convoi­ laI, soit que ces affections appartiennent à l'amour ;'1 l't\g:l)'d du
tm'as point; et s'il y a quelque l1utl'e commandement, tout est prochain et à j'amour envers Dieu, et puissent êlre ainsi consùciées
compris dans cette pm'ole: Tu aimeras ton prochain comme toi­ avec les Anges du cieJ, soit qu'elles appartiemient à J'amour contre
même; la Charité l,le fait point de mal au p1'ochùin,. plénitude le prochain et à l'amOlli' contre Dieu, et puissent ainsi êl re conso­
de la loi est la Charité. Il - Rom, XIII. 8, 9, 10, - Celui qui ciées avec les Diables. Une telle amitié est conll'actée par un grand
pense d'après l'homme Externe seul ne peut pas ne pas être étonné nombre de personnes d'apl'ès d,iverses causes et POU)' diverses lins;
que les sept Préceptes de la Seconde Table aient été promulgués par elle est distinguée de l'amitié externe qui COncel'lle la personne
Jéhovah, avec de si grands miracles, sllr la montagne de Sinaï, lors­ seule, et qui a lieu pour divel's plaisirs du corps et des sens, et en
que cependant ces mêmes Préceptes dans tOIlS les royaumes de la l'aison de diverses relations; celle amitié externe peut ètl'e con­
terre, par conséquent allssi dans l'f~gypte, d'où les fils d'Israël ve­ tractée'avec qui que ·ce soit, mêlile arec un bouffon qui amuse la
naient de sortir, étaient les Préceptes de la Loi de la justice civile, compagnie ~i la table d'Url Prince; elle est appelée simplen/ent ami­
car sans eux aucun Royaume ne subsiste: mais s'ils ont été pro­ tié; mais l'autre est nOllllllée amitié d'alllour; car J'amitié est une
mulgués par Jéhovah, et même inscrits de son doigt sur des Tables cOI,ljonction naturelle, mab l'amour est une conjonction spirituelle.
de pierre, c'était afin qu'ils fussent non-seulement les Préceptes 44i. Que l'amitié d'amour soit préjudiciable après Ja mort, c'est
de la Société civile, et ainsi de la Vie morale naturelle, mais en­ ee qu'on peut voir d'apl'ès l'état du ciel, l'état de l'enfer, et l'état
core les Préceptes de la Société céleste, et ainsi de la Vie mOl'ale respectif de J'esprit de l'homme. Quant à ce qui concerne l'étal du
spirituelle, que par conséquent agir contre eux, c'était non-seu­ Ciel, le Ciel est distingué en d'innombrables Sociétés selon toutes
lement agir contre les hommes, mais aussi contre Dieu. les variétés des affections de j'amour du bien; l'Enfer, au contraire,
445. Si l'on considère la Vie Morale dans son essènce, ou peut , est distingué selon toutes les variétés des affections de l'amour du
voir quelle est la Vie selon les Lois humaines et en même temps mal; et après la mort l'homme qui e~t alors un Esprit est aussitôt.
selon les Lois Divines; c'est poul'quoi cclui qui vit selon ces deux' selon la vie dans le Monde, attaché 11 la société où est son amour
Lois com.me étant Une, est vérit~blen~ect homme moral, et sa vie régnant; fi !lne société céleste, si l'amour envers Dieu et à l'égard
L ~

:1

578 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 579


du prochain a fait la Tête de ses amours; el à une société infer­ l'un l'autre et jurant de rester fidèles à leur première amitié;
nlale, si l'amour de ioi et du monde a fait la tête de ses amours. Aus­ et j'ai alors perçu que les bons humaient les plaisirs des méchants,
sitôt après son entrée dans le monde spirituel, ce qui arrive par et qu'ils se tenaienl par les mains et entraienl ensemble dans des
la mort et le rejet du corps malériel dans le lambeau, l'homme est cavernes, où l'on voyait d~s bandes de 'méchants dans leurs formes
préparé pendant quelque temps pour la socl'été à laquelle il a été hideuses, mais devant eux-mê'lles, d'après l'illusion de la phan­
attaché, et la préparation se fait par le rejet dcs amours qui ne con­ taisie, dans des formes gracieuses; mais après un certain espace de
cordent point avec l'amour principal; les Esprits sont donc alors temps j'ai entendu les gémissements des bons comme ceux de
séparés les uns d'avec les autres, l'ami d'avec son ami, le client gens qui sont tombés d'ans des piéges, et les joies des méchants
d'avec son mailre, le père aussi d'avec ses enfants, et le frère d'a­ comme celles d'ennemis chargés de dépouilles, outre plusieurs au­
vec le frère, et chacun d'eux est intérieurement adjoint à ses sem­ tl'es scènes douloureuses. fai appris que plus tal'd, lorsque les bons
hlables avec qui il doit vivre éternellement une vie jJareille et pro­ eurent été déliVl'és, ils furent pl'éparés pOUl' le Ciel par des moyens.
prement sienne. Mais dans le premier temps de la préparation ils oe réformation, mais plus difficilement que les autres.
~ont ensemble, et causent amicalement comme dans le Monde, 449. Il en est tout autrement de ceux qui aiment le bien dans
mais peu ~ peu ils sont séparés, ce qui se fait insensiblement. <lutrui; ainsi, qui aiment la justice, le jugement, la sincérité, la
448. Mais ceux qui dans le Monde ont contl'acté entre eux des bienveillance provenant de la chal'ité, et surtout qui aiment la foi
amitiés d'amour ne peuvent pas, comme les autres, être séparés et l'amour envCI'S le Seigneur; comme ceux-là aiment les choses
selon l'ordre, IIi être attachés à la Société correspondante ft leur' <lui sont au dedans de l'homme, abstraction faite de:celles qui sont
vie; car ils sont intérieurement liés quant à l'Esprit, et ne peuvent hors de lui, s'ils ne découvrent pas ces mêmes choses dans la per­
pas être détachés, parce qu'ils sont comme des branches greffées sonne après la mort, ils se retirent :llIssitôt de cette amitié, et sont
dans d'autres branches; si donc l'un quant à ses inlérieuI's est dans ,3ssociés par le Seigneul' à ceux qui sont dans un semblable bien. On
le Ciel, et que l'autre quant à ses intérieurs soit dans l'Enfer, ifs peut objecter que personne ne peut explorer Jes . ntérieurs du men­
sont joints ensemble il peu près comme si une brehis était attachée tal de ceux avec lesquels il est en compagnie et cn l'elation, mais
.avec un loup, une oie avec un renard, ou une colombe avec un <cela n'est pas nécessaire, pourvu qu'on se garde de l'amitié d'amour
épervier; et celui dont les intérieurs sont dans l'Enfer inspire ses ~vec qui que ce soit; l'amitié exteme en vue de divers usages n'est
choses infernales dans celui dont les intérieurs sont dans le Ciel: poil~t nuisible.
cal' il est bien connu dans le Ciel que les maux penven t être inspi­
rés aliX bons, mais non les biens aux méchants, par celle raison que
chacun est par sa naissance dans les maux; de là, chez les bons Il Y a une Charité bâtarde, une Charitéj hypoCJ'ite et une
ainsi joints aux méchants les intél'Ïeurs sont fermés, et le couple Charité morte.
d'alllis est précipité dan~ l'Enfer, 011 le bon soutfre d'affreux tour­
ments; cependant, après lin intervalle de temps plus ou moins 450. La Charité réelle, qui est la Charité !vive, n'existe pas, si
long, il est enfin délivré; et, alors seulement, il est préparé pour elle ne fait pas un avec la Foi, et si elles ne regardent pas conjoin­
le Ciel. Il m'a été donné de voir de semblables cohérences principa­ temenll'une et l'antre vers le Seigneur; car ces trois, le Seigneur,
lenlent entre frères el alliés, puis aussi eutre patrons et clients, la Charité eL la Foi, sont les trois eS5enliels du salut, et quand
et dé, plusieurs avec des flatteurs, toutes persollnes dont les affec­ ils font un, la Charité est Charité, et la Foi est Foi, et le Sei­
tions éta,ientcontraires et les génies différents; j'en ai vu quelques­ gneur est dans ceux qui les ont, et eux sont dans le Seigneur, voir
lIns,??~me ~~s ~\l,evteaux avec des léopards, s'embrassant alors ci-dessus, N°' 363 à 367, et N°' 368 à 372. Mais lorsq ue ces Trois.

r
,

58Q LA,VRAIK
n'ont pas été conjoints, la "Ch·arité est ou bâtarde, ou hypocrite, ou RELIGION 'CHRÉTIENNE. 58i
morte. 1\ y a eu dans le Christianisme depuis le temps de sa fon­ 452. La Charité HYPOCRITE est chez ceux qlli, dans les Temples
dation diverses hérésies, et il y en a aussi aujourd'hui, dans cha­ et dans lellrs Maisons, s'humilient presque sur le pavé devant Dieu,
cune desquelles ces tl'ois Essentiels, qui sont Dieu, la Charité et la débitent déVOIement de longues prière5, se donnent llne physiono­
Foi, ont été reconnus et sont reconnus, car sans ces Trois il n'y a mie sainte, baisent les images de la croix el les os des morts,
point de religion, Quant il ce qui concerne spécialement la Cha­ fléchissent les genoux devant les lombeaux, et y marmottent de
rité, elle peut être adjointe il toule Foi Hérétique; par exemple, à bouche des paroles d'une sainte vénération envers Dieu, et qui
la Foi des Sociniens; il la Foi des Enthousiastes, à la Foi des Juifs, cependanl de cœur' tournent vers eux-mèmes le culte, el pl'é­
et même à la Foi des Idolâtres, et tous ceux-là peuvent croire que lendentll des adorations comme des déités. Ils sont semblables à
c'est la Chari lé, puisque dans la forme externe elle st! présente -ceux que le Seigneur décrit en ces termes: .. QI/and tu (cras une
semqlable; mais néanmoins elle change de qualité selon la foi à aumône, ne sonne pas de la trompette devant toi. comme les hy­
laquelle elle e~t adjointe ou conjointe; qu'il en soit ainsi, on le voit.. pocrit,es (ont dans les Synagogues et dans les rues, afin qu'ils
dan,s le Chapilresnr la Foi. soient honorés des hommes. Et si tu jJ1'1:es, tu ne seras pas
4~t. Toute Charité, qui n'a pas été conjointe à la foi en un seul comme les Hypocrùes, qui aiment, dans les Synagogues et au.x
Die,u"en qui est la Divine Trinité, est t3ATARDE; par exemple, la: coins des rues, en se tenant debout, prier, afin d'être vus des
C\laritéde l'Église d'aujourd'hui, dont la Foi est en trois Personnes hommes. ') -- l\Jallh. VI. 2, 5. - cc lIfalllem' à vous, Scribes el
d'une même Divinité dans un ordre successif, Père, Fils et Esprit Pharisiens, Hypocrites! parce que vous fermez le Royaume des
Saint, et comme elle esl en trois Personnes, dont ohacune est un cieux devant les hO"1vnes,. cm', vous, vous n'entrez point, et à
Dieu .subsistant par lui-même, elle est par conséquent en trois, ceux qui veulent entrer vous ne permettez pas d'entrer. Malheur
Die.u~ ; à celle Foi la Chal'ité peut être adjointe, comme cela aussi a à vous, Hypoc1'ites,. parce que VOliS parcoure:: la me1' el le sec
étéfait par les défenseure de celle foi, ma is elle ne peut nullement i pour (aJre. U}] p!...osélyte, el quand il l'est devenu, vous le (aites
êlre conjointe, el la Charité qui n'a été qu'adjointe il la foi est seu­ /ils de la gé/iènne deux jais plus que vous. Malheur à VOLIS, Hy­
lement naturelle et non spirituelle, c'esl donc une Charité bâ­ pocrites! parce que vous nettoyez l'exté1'ieul' IÜ la coupe et du
laqle. 11 en est de même de la Charité de plusieurs autres Héré­ plat, mais les intérieurs sont pleins de rapine et d'intempé­
sies, par exemple, de cellX qui nient la Divine Trinité, et qui pal' rance.) -l\Jallh.XXllI. 13, Hi, 25. - «Bienapl'op/zétiséÉsaïe
conséqnent s'adressent h Dieu le Père senl. ou il l'Esprit saint à l'égard de 'Val/S, Hypocrites! en disant: Ce peuple des lèvres
seul, ou il l'un et à 1';Iutre, excepté au Dieu Sauveur; à la Foi de M'hon01'e, mais leur cœur est bien loin de Moi. 1) -Marc, VII.
ceux-ci ne peut pa~ êlre conjointe la Charité, et si elle est con­ 6, - « Malheur à vous, Hypocritl's ! pal'ce que vous êtes comme
jointe ou adjointe, elle e:,t Bâtarde: elle est appelée Bâtarde, parce des sépulcl'es qui ne pa1'Oissent point, et les hommes qui mar­
qu'elle est comme UII enfant d'un lit illégitime, ainsi qu'était le c/zent dessus lie le savent point.» - Luc, XI, 44; - et en oulre
fils qu'Agar eul (l'Ahraham, el qui fut chassé de la maison, ­ ailleurs. Ils sont comme des chairs privées de sang: ils sont comme
Cen. ,XXI. 9. - Une telle Charité est comme un fruit qui n'a pas des corbeaux eL des perroquels iusLruils à pi'ononcer des paroles
crù sur l'arbre, mais qui y a été attaché avec une aiguille; elle est de quelques psaumes; et comme des oiseaux auxquels on a appris
encore comme lin Char, devant lequel les Chevaux n'ont été alle­ rail' mélodieux d'une hymne sacrée. Le son du langage de ees hy­
lés qne par les rênes dans Itls mains du Cocher j quand les che­ pocrites est comme le son du pipeau d'un oiseleur.
vaux prennent leur course, ils tirent le Cochel' de son slége, elle 453. La Charité MORTE est chez ceux (IOnL la Foi est mOI'le,
char reste en place. puisque telle est la Foi, telle est la Charité; qu'elles fassent un,
.cela a été monlré dans le Chapitre sur la Foi; que la Foi morte

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582 LA VRAIE
\ RELIGION CHijÉTIENNE. 583
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soit chez ceux qui sont sans les œuvres, on le voit d'après l'Épître matnon tel qu'il est quant à ~on homme Externe, parce que
de Jacques, - III. f 7, 20, - En outre, la Foi morte est chez ceu" l'ho me Interne est son Esprit qui agit par l'homme Externe. Le
qui croient non en Dieu, mais en des hommes vivants et en des corp. matériel, dont son Espdt a été revêtu dans le Monde natu­
hommes morts, et qui adorent des Idoles comme saintes en elles­ rel, est u~cessoire pour les Procréations, et pO!J!_L~ 10rmation
mêmes, ainsi que faisaient autrefois les Gentils. Les dons de ceux 4~.J'hom!!le In!e2:.ne ; car cclui-ci est formé dans le corps Naturel,
qui wnt dans celte foi, dons qu'en vue du salut ils emploient pour comme l'arbre dans la lerrc:l, et la semence dans le fruit. Voi?' de
des images miraculeuses, comme ils les appellent, et qu'ils mellent plus grands détails sur t'homme Inleme et sur l'homme Externe,
au nombre des œuvres dela Charité, ne sont que comme de l'or ci-dessus, N° 401.
et de l'argent placés dans les urnes et dans les tombes des morts, 4.55. D'après cette courte description de l'Enfer et du Ciel, on
et même ne sont que comme les gâteaux donnés à Cerbère et le peut voir quel esL l'homme méchant quant à son homme Inteme,
salaire payé à Caron pour être transporté dans les Champs-Ély­ et quel est l'homme bon quant au sien; cal'I'hpmlpe Interne c~z
sées. Mais la Charité de ccux qui croieht qu'il n'y a point de Dieu, les méchallis a été coujoin t aux diables dans l'Enfer, et chez les
et qu'au lieu de Dieu il y a la nature, n'est ni bâtarde, ni hypo­ \ bons il a été conjoint aux Anges dans le Ciel. L'Enfer est, d'après
crite, ni morte, elle est NULLE, parce qu'elle n'est adjointe à au­ ) ses amours, dans les plaisirs de tous les maux, c'est-à-dire, dans
cune foi; en effet, elle ne peut pas être nommée Charité, puisque 1 ~s plaisirs de la haine, de la l'engeance, du massacre, dans les'
]a qualité de la charité est déterminée d'après la foi; la Charité de plaisirs du \'01 et du pil!~ge, dans les plaisirs du blâme et du blas­
ceux-ci, vue du Ciel, est comme du pain de cendre, comme un phème, dans les plaisirs de nier Dieu et de profaner la Parole: c~s
beignet d'écailles de poisson, et comme un fruit de cire, plaisi.,s sont cachés dans les convoitises sur lesquelles l'homme
ne réfléchit point; par ces plaisirs les infemaux brillent comme
des tisons enflammés; c'est là ce qui est entendu dans la Parole
L'Amitié d'amow' ent1'e les méchants est une haine intestine­ 1 par le Feu infernal. Au contraire, les plaisirs du Ciel sont les plai­

ent?'e eux. sirs de l'amour à l'égard du prochain et de l'amour envers Dieu.


( Comme les plaisirs de l'Enfer sont opposés aux plaisirs du Ciel, il
454. Il a été montré ci-dessus que dans chaqne homme il y a y a entre eux un grand InJeJ~lIe, dans lequel influent d'en haut
un Interne et un Externe, et que son Interne est appelé l'homme les plaisirs du Ciel, et-d'erlbas les plaisirs de J'Enfer; au milieu
Interne, et son Externe l'homme Externe; à cela il sel'a ajouté, que de ceL Inler\'!llle est l'homme lant qu'il vit dans le Monde, afin
l'homme Interne est dans le l\Ionde spirituel, et l'homme Externe qu'il soit dan,s l'Équilibre, et ainsi dans un état Libre de se tour­
dans le Monde f.aturel? si l'IJomme a été créé tel, c'est afin qu'il ner ven, le Ciel ou vers l'Enfel': c'est cet !!!!,crvalle qui est entendu
puisse être associé aux Esprits et aux Anges dans leur Monde, eL par le Gouffre immense établi ent.'e ceux qui sont dans le Ciel et
par ~;uite penser analytiquement, et après la mort être, transféré oeux qui sont dans l'Enfer. - Luc, XVI. .26, - D'après ces expli­
de son Monde dans l'autre. Par kl\Ionde spirituel il est entendu cations, on peut "oir quelle est l'amitié d'amour entre les \l1éc}~,~n(s,
et le Ciel et l'Enfer, Pnisque l'homme Interne est en compagnie c'est-il-dire que, quant à l'homme Exteme, c'est un charlal.a.~i?me,
avec les Esprits et les Anges dans leur !\Ionde, et l'homme Externe \ , une panlom!lne et une feinte de 1lI0ralité, dans le but d'étendre
avec les hommes, il est évident que l'homme peut être consoçié leurs filets, et d~épier l'occasion de jouir des plaisir.s de leurs amours
aux Esprits de l'Enfer, et aussi être consocié aux Anges du -Ciel; donL brûle leur homme Interne; la crainte de la loi, et par suile la
par celle faculté et celle puissance l'homme est distingué des ~ crainte de perdre leur réputation et leur vie~-est le seul frein qui
bêtes. L'homme est en soi tel qu'il est quant à son llOmme Interne. Iles retienne et suspende leurs actes, c'est pourquoi leur ~:nitié

, lU '1"':1
584 LA VRAIE
\ est comme une araignée dans du sucre, u!!il vipère dans du p/in,

/ RELIGION· CIIRÉTŒNNE. 585

Î un petit de crocodile dans un gâleau de miel, et un serpenl sors le

gazon. Telle est l'amiLié des lIJéCl!.~!lts avec q!!i que ce soit ;})lais
De la conjonction de tamoUl' envers Dieu et de l'amour à t'é­
entre les Méchants confirmés, -_.. - COillme sont les voleurs, le~( bri­ gard du ]Jl'oclwin.
gands eL ll~s pirales, elle esl familière, lant que d'un menlal una­
.nÎme il~ convoitent le pillag-e, car 3101'5 ils s'embrassent comme \ 456. On ~ait ljl;e la Loi proillulguée du haut de la Montagne de
) frères, se réjollissent dans des festins, des el13IlLs et des danses, Sinaï a élé gravée SIII' deux Tables: quc l'une concernc Dieu, et
(et conspirent la perte dc~alltres ;Gïl}i~ chaclJ!~intérieurcment ~n l'autre les hommes; que ces deux lables dans la main de Moïse
._ ) so0egarde son comJl~gnon, comme un ennemi son ennemi, c'eilt \ n'en étaient qu'une, dont la partie droite conten3il ce qui a l'ap­
1 même ce que le brigand rllsé voil dans SOli compagnon, et ce qu'il

redoute. D'après cela, il est hien évident qu'entre de tels gens il

port à Dieu, et la parlie gauche ce qni a rapport aux hommes, et


qu'ainsi olferte aux yeux des hommes l'écriture de l'une et de l'au­
y a non pas amitié, mais haine intesline.
tre partie était vue en même temps, de sa-rte qu'une parlie était
455 (bi,). Tout hOllime qui ne s'cst pas ouvertement lié a.. . ec en ospect de l'autre, comme Jéhovah padant avec Moïse et Moïse
les malfaiteurs et n'a Jl3S commis de dépl'l~dations, mais a mené al'er: .léhol'ah face il face, ainsi qu'on le IiI. Cela a élr fail de cette
.une vie civile-morale pour di l'ers lIsage~ comme fins, et cependant manière, afin que les Tables ainsi unies représenlassent la con­
n'a pas r(\primé les convoili~c.s qui résident dans l'homme Interne, 1 jonction de Dieu a\'ec les hommes.. el la conjonction réciproque des
peut croire que son Amitié n'est pas telle; que n0anmoins l'a­ hommes avec Dieu; c'est pour celle raison que la Loi gravée a été
mitié so:: telle, à ditférenls degrés, chez lous~eux qlLi-mlL!'ejelé appelée l'A LLiANCE et le Tt~IOIr.1\AGE; l'Ali i3nee sign i!le la COll­
la foi, et ont méprisé les cho.~es sainles de l'Égl\§e, les réputant jonction, et le Témoignage signifie la vie selon ce qui a élé conve:Ju.
comme rien pour eux, mais bonnes seulement pour le vulgaire, D'ifprès ces deux Tables :linsi unies on peut voir la conjonction de
c'est ce qu'il m'a été donné de savoir d'une manière certaine l'Amonr cnvers Dieu el de l'Allloud l'égard du prochain; la Pre­
d'après beaucoup d'exemples dans le Monde spirituel; chez quel­ mière.Table enveloppe toules les choses qui appal'ticnnent il l'A­
que~-lIns de ceux-la les plaisirs de l'amour infernal avaienl été ca­ mour emcrs Dieu, lesquelles principalement sont: QI;!1 faut re­
chés comme du fell qui IJrùle intérieul'ement du hais recouvert
connaître un Seul Dieu, la Divinité de son Humain et la Sainteté
d'écol'ce; chez d'autres, comme dcs charbons embrasés sous des
de la Parole, et que ce Dieu doit être adOl'é pal' les choses saintes
cendl'es; chez d'autl'es, camille des 10l'ches de cire qui s'enflam­
qui procèdent de Lui; que ce 50it là ce qu'enveloppe ccUe Table,
ment db que le fcu en est ai proché; el chez d'autres} ;llItrement;
on le voit par les commentaires qui ont été donnés d;lTlS le Cha­
tel cst tout /:olllnie qui;) l'ejel~ de son cœul' les choses qui sont
pitre V sur les Préceptes du Décalogue. La Seconde Table enve··
de reliç.ioll ; l'IJoullne interne de ceux-ci est dans l'Enfer, et ta'nt
Jappe taules le~ choses qui appartiennent à l'Amour il j'égard du
qll'ils l'ivent dans lc ~lolJde, et qll'alol'~ à cau~e de la moralité
prochain; ses cinq premiers préceptes, celles qui appartiennent au
\f etftgi0e ians les externes- ils ignorent cela, ils ne reconnaisser.t
fait et sont appelées œuvres; et les deux derniel's, celles qui appar­
)( qu'eux-mênICS el leurs enfants pour le prochain, el ils regardent
tiennent il la volonté, ainsi celles qui apparticnn~.nt :'j la Charité
tous lesaulres, ou al'~c mépüs, el alors ils sont comme des chats
. dans son origine, car dan~ ces deux préceptes il estdil: « Tu ne con­
guellanlles oiseaux dans les nids, ou avec h:Jine, et alors ils sont
voiteras point; » et quand l'homme ne convoite point les choses qui
COlllllle des IOl!ps quand ils voient de~. chiens qu'ils dévorent. Ces
appartiennent au prochain, alors il lui veut du bien. Que les Dix
détails Olll {olé dOllllés, afin qu'on sache quelle est la Charité dans
Préceptes du Décalogue contiennent toutes les choses qui ap­
son oppo~('. 'pal'tiennent à l'Amour envers Dieu, et toutes celles qui appar­
1

586 LA VRAIE RELIGION CHRÉTJENNE. 587


tien"zent à l'Amow' et à l'égard du prochain, on le voit ci-dessus, le vouloir et le faire viennent de lui, voila pourquoi cela lui a été
Nol 329, 3iiO, 33t. Il ya aussi été montré que la conjonction de donné, et quand il le fait librement comme de lui-même, cela lui
l'une el de l'antre Table est chez ceux qui sout dans la Charité. est imputé, et est accepté comme le réciproque par lequel se fait
4a7, Il en est aulrement chli1z ceux qui sont dans le seul culte la conjonction ; et il en est de cela comme de l'actif et du passif,
de Dieu, et nou en même temps dans les Bonnes OEuvres d'après et de la coopération de celui-ci, ce qui se fait dJaprès l'actif dans
la Charité; cellx-ci sont semblables à ceux qui rompent une al­ le passif; il en est aussi de cela comme de la Volonté dans les ac­
liance; il en est encore autl'emenl chez ceux qui divisent Dieu en tions et de la Pensée dans les discours, et de l'Ame opérant par l'in­
trois, et adorent chaque Dieu séparément; encore autrement chez time dans l'une et dans l'autre; il en est encore de cela comme de
cellx qui ne s'adressent pas à Dieu dans son Humain, ceux-ci sont l'effort dans le mouvement, et aussi comme du Pl'olifique de la
ceu.x qui n'entrent pas par la porte, mais qui montent par un semence, qui agit par hntérieul' dans les sucs, pal' lesquels l'arbre
aut1'e endroit, - Jean., X, 1,9; -et encOl'eaulrement chez ceux croiljusqu'aux fruits, et par les fruits produit de nouvellessemences;
qui nieut par confirmation la Divinité du Seigneul'; ehez les uns et enfin, il en est de cela comme de la Lumièl'e dans les pierres pré­
les aulres, il n'y a poinl de conjonction a\'ec Dieu, et par suite point cieuses, laquelle est réfléchie selon la disposition des facelles, d'où
de salvalion; el leur Charilé n'est autre qu'une charité bâtarde, el se produisent diverses couleurs, comme si elles provenaient des
celle-ci conjoint non de face, mais de côlé ou pal' derrière, Il sera pierres, lorsque cependant elles proviennent de la Lumière.
dit aussi en peu de mols comment se fail la conjonction: Dieu in­ 1 4a~. D'après ce qui précède, on voit clairement dJoù vient et
flue chez tout homme avec la reconnaissance de Lui dans les con­ quelle est la Conjonction de l'Amour envers Dieu et de J'amour à
naissances sur Lui, et en même temps il influe avcc son Amour à J'égard du prochain j que c'est l'influx de. l'Amoul' de Dieu à l'é­
l'égard des hommes; l'homme qui reçoit seulement le premier in­ gard des hommes; et flue la réception de cet influx par J'homme,
flux, et non le second, reçoit cet influx dans l'Entendement et non et la coopération chez lui, sont l'amour à l'égard du prochain; en
dans la Volonté, et il resle dans les connaissances sans la recon­ somme, il y a conjonctIon selon ceLte Parole du Seigneur: « En ce
naissance intérieure de Dieu, et son étal est comme celui d'un Jal'­ jour-là vous connaîtt'ez que Moi (je suis) dans le Pere, et vous
din dans la saison de l'hiver; mais l'homme qui reçoit et le prc­ en Moi, et Moi en vous, » -Jeac, XIV, 20. - Et selon cetlePa·
miel' influx elle second, reçoit l'influx dans la Volonté et par suite role: « Celui qui a mes préceptes et les fait, c'est celui-lei qui
dans l'Entendement, ainsi dans (out le Mental, et il ya en lui la lrJ'aime, et Moije l'aimerai, et je Me manijeste1'ai à lui ilfoi­
reconnaissance intérieure de Dieu, laquelle vivifie chez lui les con­ Même, et demeure chez lui je ferai,» - Jean, XIV, 21,22,23.
llais~ances slIr Dieu; el SOli état est comme celui d'un Jardiu dans - Tous les préceptes du Seigneur se rérèrent à l'amour il l' éga rd du
la saison du prinlémps, Si la conjonction se fait par la Charité, prochain, et consistent, en somme. à ne lui pas faire de mal, mais ~I
c'est parce que Dieu ailJ:e chaque homme, el parce IIuJi! ne peut lui faire du bien: ceux qui agissent ainsi aimeUI Dieu, et Dieu les
pas lui faire du bien ill!lIIrdiatement, mais qu'il lui en fait mé­ aime, selon ces paroles du Seigneur. Comme ces deux Amours ont
diatement pal' les h0ll1m6, c'est pOUl' cela qu'il leul' inspire son été ainsi conjoints, Jean dit: (( Celui qui gm'de les commande­
amoul', conHnp, il ill~pire aux parents l'am OUI' à l'égard des enfants; ments de Jésus-Cl/rist demew'e, en Lui, et Lui demeU1'e en ce­
et l'homme qui reçoil cet amour est conjoint il Dieu, et aime le . lui-là. Si quelqu'un dit: J'aime pal/aitement Dieu, et qu'il
prochain d'apl'ès l'Amour de Dieu; chez lui l'Amour de Dieu est .
l, haïsse son frère, il est menteur; car celui qui n'aime pa, son
intérieurement dans l'Amour de l'homme à l'égard du prochain, frère qu'il voit, comment peut-il aimer Dieu qu'il he voit pas?
Amour qui opèl'e le vouloir et le pouvoir chez lui. Etcommel'homrr.e Nous avous de Lui ce commandement.' Celui qui aime Dieu
ne fait rien du bien, à moins qu'il ne lui semble que le pouvoir, aime aussi son frère. ) -1 Épi t, III. 24. IV. 20, 21.
t.
...,

RELIGION CHRb~TIENNE. 589


588 LA VRAIE qu'cst-ce que la Charité sponlanée, sinon la moralité, dans laquelle
". * *
. .. chacun dès l'enfance est initié, qni .par consé(Jllent est en elle­
4o\:l. A ces explications seront joints ces l\IÉMOIIA13LES: PREmER même natnrelle, mais devient spirituelle, quand la foi lui a été ins­
I\fÉlIGI\ABLE. Je vis de loin cinq Gymnases, qui étaient envi­ pirée? Qui est-ce qui discerne d'après leur vie morale si les hommes
ronnés, chacun, d'une Lumière ditl'érente; le Premier, d'une Lu­ ont la foi ou non, car tout homme vit moralemellt; mais Dieu seul
mière enflummée; le Second, d'une Lumière jaune; le Troisième, qui inlroc1uit el scelle la foi, connaît et distingue: c'est pourquoi
d'une LUlllière d'un blallc éclalant; Je Quatrième, d'une Lumière j'affirme que la Charité est la Moralité inspirée pal' la foi, et que
tenant le milirll enlre celle de midi et celle du soir; le Cinquième celle Moralité d'après la foi dans son sein est salvifique, mais que
apparaissait ,1 fieine, cu il était comme dans l'ombre dit soir. Et toute autre ne dOline pas le salut, parce qu'elle est méritoire: ils
dans des chclnills je vis des esprits, ks uns sur des che\'aux, d'au­ perdent done leur huile tous ceux-là qui mèlent ensemble la Cha­
tres dans des cil ars, d'autres qui marchaient, et quelques-uns qui rité et la Foi, c'est-fi-dire, qui les conjoignent par le dedans eL ne
couraient el se hâtaient, el cellx-ci allaient vers le Premier Gymnase les adjoignent pas par le dehors; car les mèler ensemble et les con·
qui était ell\'ironné d'une Lumièl'e enflammée. A celle vue, j"e fus joindre, ce serait comme si l'on mettait dans un carosse avec un
pris el pressl~ du désil' d'y aller et d'entendre ce qui s'y discutait; Primat le valet qui se tient derrière, ou comme si l'on adillellaitie
je me prépal'a: donc proll'lllement, et je m'associai à ccux qui sehâ­ portier dans la salle il manger à table avec un magnat. Il Ensuite se
taient vers le prcmier Gymnase, et j'entrai avec eux; el voici, il y leva un de ceux qui étaient au premier banc à droite, et ayant pris
avait là une grande Assemblée, dont un.e partic se dirigea il droite, la, Parole il dit: " Mon Sen.timent est, QUE LA PIÉTÉ INSPIRÉE PAR I.A
et l'autre il gauche, pOlir s'asseoir sur des ballcs qui étaient contre CO~MISÉRATION EST LA CHARITÉ, et je le confirme ainsi: Rien ne
les lJiuraille~;; sur lé dev~nl je vis une tribune peu éle\'ée, dans la­ peut rendre Dieu propice plus que la Piété provenant d'un cœur.
quelle se tenait quelqu'un qlli remplissait les fOllctions de Prési­ hu.mble, et la Piété prie continuellement que Dieu donne la Foi et
dent, ayant un bâton à la main, un uonnet sur la tête, et un vête­ la, Charité, et Je Seigneur dit: Demandez, et il vous sera donné,­
ment teint de la lumière enflammée du Gymnase. Celui-ci, après MaHh. VII, 7; - et puisque les demandes sont accordées, la Foi et
qu'on fut l'assemblé, éleva la voix et dit: "Frères, discutez aujour­ la Charité sont dans la Piété. Je dis que la Piété inspirée par la
d'hui cc que c'est que la CIIARlTÈ; chacun de vous peut savoir que commisération est la Charité; en effet, toute .Piété dévote a de la
la Charité e~t spirituelle dans son essence, et nal.urelle dans ses commiséralion, car la Piété porte le cœur de l'homme à gémir, et
exercices, " Et aussitôt l'un du premier banc à gauche, sur lequel q.u'est-ce autre chose que la commisération? Celle-ci, il est vrai,
étaient as~is ceux qui avaient été réputés sage:;, se le\'a ; et, com­ se retire après la prière, mais néanmoins elle revient avec elle, et
mençant à parler, il dit: Mon Sentiment esl, QUE LA MORALITÉ
1( quand elle revient, la Piété est en elle, et ainsi dans la Charité. Nos
INSPIIlÈE 1'.111 LA FOI EST LA CHAIlITÈ; 1) el il le confirma ain:;j: « Qui Prêtres attribuent à la Foi tout ce qui fait avancer le salut, et n'en
ne sail que la Charité suit la Foi, comme une servanle sa maîtresse, attribuent rien à la Charité, que reste-t-il alors, sinon la Piété
et que l'homme qui a la foi fait la loi, pal' conséqnent la Charité, priant avec commisération au sujet de J'une et de l'autre? Quand
si spontanénJellt, qn'ilne sait pas que c'est de la Loi et de la Cha­ j'ai III la Parole, je n'ai pu voir autre chose, sinon que la Foi et la
rité qu'il vit, parce que s'il le savait et agissait ainsi, et qu'cn même Charité étaient les deux moyens de salut; mais quand j'ai consulté
teillps il pensàt an salut pour ces œunes, il souillerait de son les Ministres de l'Église, j'ai appris que la Foi était l'unique moyen,
propre la sainte Foi, et en énerverait ainsi l'efficacité? Cela n'est­ et que la Charité n'élait rien, et alors je me suis vu comme sur une
il pas conforillC au dogme <les nôtl'es? .. Et il tourna ses regards mer dans un vaisseau flottant entre deux écueils, et comme j'ai
vers ceux qni étaient assis sur les côtés, parmi lesquels il y avait craint qu'il ne fut brisé, je me suis jeté dans une nacelle et j'ai
des chanoines; et ils til'entun signe de tête pOUl' appl'ouver. "Mais
.,

590 LA. VRA RELIGION CHRÉTIENNE. 591


navigué; ma nacelle est la Piété; et, de plus. la Piété est utile à Celte affection de parenlage, avec la conjonction qui en résulte';
toutes choses, .. Après celui-ci, l'un de ceux du second banc à droite est nommée instinct chez les oiseaux; celte même affection chez
se leva, et ayant pris la parole, il dit.: « Mon Sentiment est, QUE LA l'homme, quand elle est dirigée vers les siens et vers ceux qui lui
CHARITÉ CONSISTE AFAIRE DU BIEN A CIU,CUN, TANT AU llÉCHANT QU'AU appartiennent, est véritablement l'instinct de la nature humaine.
BON, et je le confirme ainsi: Qu'est-ce que la Charité, sinon Qu'est-ce qui fait l'homogène, sinon le sang? Le mental de l'homme
la honté du cœu)'? et un Cœur bon veut du bien il tous, tant aux qui est aussi l'esprit de l'homme, sent et odore pour ainsi dire cet
méchants qu'aux bons; et le Seigneur a dit qu'il faut faireJ du bien homogène; l'essence de la charité consiste dans cet homogène et
même à ses ennemis; si donc tu détournes de quelqu'un la Cha­ datls la sympathie qui en résulle; et vicevel'sd l'hétérogène, d'où
rité, alors la Charité quant à celle partie ne devient-elle pas nulle? résulte aussi l'antipathie, est comme l'absence des liens du sang, et
et ainsi l'homme n'est-il pas comme s'il marchait en sautant sur par suite la non-charité; or, comme l'habitude est une seconde na­
un pied, ayant perdu j'autre? Le méchant est homme de même q1le ture, et qu'elle constitne aussi l'homogène, il s'ensuit que la cha­
le bon, et la Charité regarde l'homme comme homme; s'il est mé­ rité est allssi de faire du bien aux amis Celui qui voyageant sllr mer
chant, qu'est-ce que cela' me fait? Il en est de la Chal'ité comme de arrive dans un port, et apprend que c'est une Terre étrangère habi­
la Chaleur du soleil; celle-ci vivifie les bêtes tant le~ féroces que tée par des hommes dont il ne connait ni la langue ni les mœurs,
les douces, les loups comme les brebis, et ellc fait croître les ar­ n'est-il pas alors comme hors de soi, et éprouve-t-il le moindre
bres tant les mauvais que les bons, les épines comme les ceps de plaisir d'amour à l'égard des habitants? mais s'il apprend que c'est
vigne, » Ayant ainsi parlé, il prit dans. sa main un raisin nouveau, ·une Terre de sa patrie, habitée par des hommes dont il connaît
et il dit: 1\ en est de la Charité comme de cette grappe de raisin;
(1 la langue et les mœurs, il est comme dans soi-même, et alors il
si on la divise, tout ce qui est en elle se répand de côté et d'autre, )) éprouve un plaisir d'amour, qui est aussi le plaisir de la charité, "
Et illa divisa, et le jus s'en rél,andit de côté et d'autre. Apres ce Ensuite, l'un de ceux du troisième banc à droite se leva, et s'ex­
discours, un autre du second banc à gauche se leva et dit: « !\Ion prima à haute voix, en disant: "Mon Sentiment est, QUE LA CHA­
Sentime·nt est, QUE LA CHARITÉ CONSISTE A ÊTRE UTILE EN TOUTE RITÉ CO~SISTE A FAIRE L'AU~IÔNE AUX PAumES, ET A SECOURIR LES

MANIEIlE A l'ARENTS ET AMIS, ce que je contil'me ainsi: Qui ne sait INDIGEt\TS, C'est là certainement la Charité, car c'est ce qu'enseigne
que la Charité commence par soi-même? Chacun, en effet, est le la Divine Parole, dont le contenu n'admet pas la contradiction;
prochain il soi-même; la Charité s'avance dOliC li partir de soi vel's qu'est-ce que donner aux riches et à ceux qui sont dans l'opu­
les proximités, d'<,bord vers les frères et les sœurs, et de ceux-ci lence, sinon une vaine gloire, dans laquelle il ya non pas la Charité,
vers les parents et les alliés, et ainsi la progression de la charité mais une vue de rémunération?Il nepeut pas y avoir en cela une
à partir de soi-même est terminée; ceux qui sont en dehors sont affection réelle de l'amour à l'égard du prochain, mais il ya une
des étrangers, et les étrangers ne sont point reconnus intérieure­ aft'ection bâtarde, qui a de la valeur sur Ten'e mais non dans les
ment, ainsi ils ont été mis de côté pal' l'homme interne: or, la Cieux; c'est pourquoi la pauvreté et l'indigence doivent être secou­
nature conjoint les consanguins et les parents, et l'habitude qui rues, parce qu'en cela n'entre pas l'idée de rétl'ibution, Dans
est une seconde nature conjoint les amis, et ainsi ils deviennent le la ville que j'habitais, où j'ai connu des bons et des méchants, je
prochain; et la Charité unit à soi autrui par le dedans, et ainsi par voyais tous les bons s'arrêter â la vue d'un pauvre dans une rue,
le dehors; et cenx qui n'ont pas été unis par le dedans doivent être et lui faire l'aumône; mais tous les méchants laissaienL le pauvre
nommés ~f\ulement compagnons, Tous les oiseallx ne connaissent­ de côté et passaient outre, comme aveugles à SOli aspect et sourds à
ils pas leur-parentage, non par les plumes, mais par le son, et sa voix; .qlli ne sait que la Charité est chez les bons, et.qu'elle n'est
quand ils sont près, par la sphère de vie qui émane de leur corps'l pas chez les méchants? Celui qui donne aux pauvres et secourt les.
RELIGION CHRÉTIENNE. 593
592 LA VRAIE
présents dans le tronc, il vit aussi une certaine veuve paum'e qui
indigents est semblable il un berger qui conduit au pâtürage et à y mettait deux petites pièces .. et il dit .. Vraiment je vous dis
l'abreuvoir les brebis affamées et altérées: mais celui qui donneseu­ que cette veuve pauvre a mis plus que tous les aut1·es. - Luc,
Jementaux riches et aux opulents est semblable il celui qui adore XXI. 1, 2, 3. - )) Après ceux-ci, l'un du quatrième banc à gauche
des jdole~, et gorge de viancte et de vin ceux qui en sont déjà rem· se leva, et il parla, et 11 dit: « Mon Seritiment est, QUE LA CHARITÉ
plis. « Après celui-ci, un autre se leva du troisième banc à gauche; CONSISTE AENIIIGHIR LES TEMPLl>S ET AFAIllE DU BIEN AUX DIINISTRES QUI
et, prenant la parole, il dit: « Mon Sentiment est, QUE LA CHARITE EN FONT LE SERVICE; ce que je confirme ainsi: Celui qui fait cela
CONSISTE A BAT III DES HÔPITAUX, IJES MAISONS POUR LES DIALADES, a~ite en son esprit ce qui est saint, et il agit d'après le saint qui
POUR" LES ORPHELINS, ET DES HOSPICES, ET A LES ENTRETENIR PAR y est, et en outre il sanctifie ses dons; c'est ce que la Charité
DES DONS; et je le confirme ainsi; De tels bienfaits et de tels se- " demande, parce qu'en elle-même elle est sainte; tout culte dans
cours SOilt publics, et surpassellt de beaucoup les bienfaits et les les Temples n'est-il pas saint? car le Seigneur dit: Où deux ou
secours privés; la Charité devient dOlic plus opulente et plus rem­ trois ont été assem.blés en mon Nom, ail milieu d'eux je suis; et
plie de biens, et les biens étant plus nombreux, la récompense les Prêtres ses serviteurs font le service; j'en conclus que les dons,
espérée d'après les promesses de la Parole devient plus abondante; qui sont employés pour ces Prêtres et pour les Temples, sont su­
car selon que quelqu'un prépare et ensemence son champ, il mois­ périeur~ aux dons qui sont dispensés aux autres e~ pOUl' d'autres
sonne; n'est-ce pas là avec abondance donner aux pauvres et se­ objets; et, en outre, au Ministre a été donnée la faculté de bénir,
courir les indigents? Qui est-ce qui par là ne recueille pas de la faculté d'après laquelle il sanctifie aussi ces dons; et, de plus, rien
gloirll, et en même temps des louanges de la part du Monde, avec n'élargit tant le mental, et ne le réjouit tant, que de voir ses dons
d'humbles actions de grâces de la part de ceux qu'il nourrit? Cela comme autant de sanctuaires. )) Ensuite, un autre du qualrième banc
n'élève-t-il pas le cœur, et en même temps l'affection" qui est ap­ à droite se leva et parla ainsi: « 1\Ion Sentiment est, QUE LA VIEILLE
pelée Charité, jusqu'à son faite? Les riches qui ne marchent pas FRATEIlNITÉ CHIIETIENNE EST tA CHARITE, et je le confirme de cette
dans les rues, mais qui les parcourent en voilure, ne pem'ent pas. manière; Toute Église, qui adore le vrai Dieu, commence par la
porter les yeu'x sur ceux qui sont assi~ ~ur les côtés près des murs, Charité, ainsi qu'a commencé la ,"ieille Église Chrétienne; et co III me
et leur tendre de la monnaie, mais ils emploient leurs dons ft ce qui la Charité unit les mentais, et de p!u,ieurs en faituTl seul, voilà
est avantageux à plusieurs il la fois; que les petits, qui marchent pourquoi les premiers Chrétiens se nommaient Frères, mais en
dans les rues et qui n'ont pas les mêmes moyens, fassent l'aumône JÉSUS-CHIlI:>T leur Dieu; cependant comme ils étaient alors en­
à la main.)) A ces mols; un autre assis sur le même banc lui coupa tourés de barbares d'entre les nations, qu'ils redoutaient, ils mi­
la parole en prenant un Ion plus élevé, et dit: (, Que les Riches ne rent leurs ùicn en commun; par ce moyen ils se réjolw;saient en­
meltent jamais la munificence et l'excellence de leur Charité au­ semble et avec unanimité; chaque jour dans leurs réunions ils par­
dessus de l'obole que le pauvre donne au pauvre; car nous savons laient du Seigneur Dieu leur Sauveur Jésus-Christ, et dans lcurs
que quiconque agit, agit conformément à sa personne, un Roi en diners et leurs soupers ils s'entretenaient sur la Charité; ùe là re­
roi, un Préteur en préteur, un Tribun en tribun, et 1In soldat en liait leur Fraternité. Mais après ces premiers temps, quand ùes
soldat, car la Charité, considérée en elle-même, est estimée non pas schismes commencèrent à naître, et qu'enfin s'éleva l"aboniÏllulJ!e
selon l'excellence dé la personne et du don, mais selon la pléni­ Hérésie Ariellne, qui chez un grand nombre enleva l'idee de la Di­
tude de l'affection qui la fait; et qu'ainsi le plus bas valet, lors­ vinité de l'Humain du Seigneur, la Charité devint hOI's d'usa~e, et
qu'il donne un liard, peut étre plus pourvu d'une charité pleine la Fraternité fut dissipée. Il est vrai que tous ceux qui adorent en
qu'un magnat (lui donne ou lègue un trésor; ceci encore est con­ vérité le Seigneur et font ses préceptes sont Frères, -- :UaLLh. XXIII,
forme à ce passage: Jésus vit des riches qui mettaient leurs J. 38
594 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 595
8. - mais frères en esprit; et comme aujourd'hui personne n'est à ceux quiaJe supplient de leur remettre leurs péchés sans une pé­
connu quel il est en esprit, il n'est pas hesoin qu'on s'appelle mu­ nitence actuelle: Ouvrez la Parole. et lisez ce que j'ai dit dans
tuellement frères. La Fraternité de la foi seule, et moins encore Ésaïe: Malheur cl la Nation pécheresse chargée d'ini'luùéf
celle d'une foi en un autre Dieu que le Seigneur Dieu Sauveur, n'est c'est pourquoi, quand vous étendez vos mains je cache mes yeux
point la fraternité, parce que la Charité, qui fait la fraternité, n'est de vous; si même vous multipliez la prière, Moi je n'écoute
pas dans celle foi; c'est pourquoi je conclus que la vieille Fra­ point. Lavez-vous,.éloignez la malice de vos œuvres de devant
ternité Chrétienne était la Charité. mais elle a été, et. elle n'est plus: mes yeux, cessez de (aire le mal; apprenez à (ail'e le bien, et
cependant je prédis qu'elle reviendra. » Quand il prononl;a ces mots, alors vos péchés sel'ollt éloignés et seront remis. - I. 4, 15. 16,
une lumière enflammée apparut à travers la fenêtre du côté de l'o­ 17,18. - » Ce disconrs terminé, j'étendis la main, et. je demandai
rient, et colora ses joues; ~l celle vue l'Assemblée fut saisie d'éton­ qu'il me fût permis, quoiqne étranger, de donner aussi mon sen­
nement. En dernier lieu, un de cenx du cinquième banc il gauche timent: le Président en fit la proposition, et le consentement ayant
se leva, et demanda qu'il lui fùt permis d'ajonter quelque chose à -été accordé, je parlai ainsi: « Mon Sentiment est, QUE LA CHARITÉ
ce qui venait d'être dit; et, cela lui ayant éte accordé, il dit: l( 1\1on CONSISTEAAGIR,I)Al"S TOUTE œUVI\E ET DANS TOUT EMPLOI, Il'ArRr~S
Sentiment est, QUE LA CBAI\lTE co:'\srSTE A I\EME1'TRE A CHACUN SES L'AnIOUR DE LA JUSTICE AVEC LE JUGEMENT, MAIS O'APlli,S UN AMOUR
t'AUTES; j'ai tiré ce Sentiment du langage ordinaire de ceux qui s'ap­ Ql;[ NE PROCEDE D'AUTRE PART QUE DU SEIG!ŒU!\ DIEU SAUVEUR.
prochent de la Sainte-Cène, car quelques-uns alors disent à leurs Tontes les choses que j'ai enlendu dire par celiX qui sont assis sur
amis: Remellez-moi les fautes que j'ai commises entre VOUS, s'ima­ ces bancs, au CÔLé droit et ail côté gauche, sont de célèbres do­
~in::lDt ainsj qu'ils ont rempli Ions les devoirs de la Charité; !Bais -CU11lents de la Charilé i mais, comme l'a dit le Président de ceLte
moi j'ai pensé en moi-même que cela est seulement une figure peinte assemblée, la Charilé est spiriluelle dans son origine, et natu­
de_,la Ch'lrité, et non la forme réelle de son essence, car cela est dit relle dans sa dérivation; et la Charité naturelle, si elle esL inté­
non-seulement pal' ceux qui ne remettent point, mais aussi par rieurement spirituelle, apparaiL devant les Anges diaphane comme
· ceux qui ne font aucun effort pour suivrc la Charité, et ceux-ci ne le Diamant, mais si intérieurement elle n'est pas spirituelle, et
sont p3S compris dans la Prière que le Seigneur Lui-même a ensei­ (ju'ainsi elle soit purement naturelle, elle apparait devant les Anges
gnée : Notre Père, remets-nous nos fautes, comme nous-mêmes comme une Perle semblable il un œil de pois~on cuit. Il ne m'ap­
nous remetlons à ceux qui ont commis des fautes contre nous; en partient pasdc dire si les célèbres documents de b Charité, que
· effet, les fautes sont comme des ulcères, où il s'am:Jsse, s'i1s ne sont vous avez présentés en ordre, sont ou ne sont pas inspirés par la
· ouverts et guéris. une sanie qui corrompt les parties voisines, rampe Charité spirituelle: mais il m'appartient ici de dire ce que sera le
alentour comme un serpent, et change de tout côté le sang en sanie. spirituel qui doit être en eux, pour qu'ils soient des formes natu­
Il en esl de même des fautes contre le prochain, qui, si elles nesont relles de la Charité spiriLuelle; leur spirituel même con&iste en
poinL bloignées pal' la pénitence el par la vie selon les l'l'éceptes dll cela. qU'i18 so~ent faits d'après l'amour de la justice avec le juge­
Seigneur" l'estent et sont des amorces: el ceux qui, sans pénitence, ment, c'est-à-dir'e, que l'homme dans les exercices de la Charité
prient seulement Dieu de leur remeLlre leurs péthés, sont sem­ examine s'il agit d'après la justice; et cela, il l'examine d'après le
blables aux citoyens d'une ville, qui, allaqués d'une mal:Jdie con­ jugement; en effet, l'homme peUL par des bienfaits faire du mal,
tagieuse, s'en iraient trouver le Maire, el lui diraient; Guéris­ el il peut aussi faire du bien par des actions qui se présentent
nous; le Maire leur répondrait: Quoi! vous guérir! Allez trouver comme malfaisantes; par exemple, il fait du mal par des bienfaits,
le Médecin, demandez-lui Ilne recette, allez la fail'e composer par s'il donne à un brigand indigent des secours qui le mellent en état
\ln pharmacien, prenez-là et vous serez guéris. Et le Seigneur dira d'acheter une épée, quoique celui-ci, lorsqu'il demande en sup­
RELIGION CHRÉTIENNE. 597.
596 LA VRAIE du Dieu du Ciel, qui est la Justic~ même, et de qui l'homme re­
pliant, ne dise pas quelle est son intention;, ou, s'il Ie'déItvre de çoit tout Jugement, - Jérém. XXIlI. 5. XXXIII. 15. - De là je' J

vrison, et lui montre le chemin de la forêt, en disant en soi-même: eoncIus que toutes les choses qui ont été-dites sur la Charité par
Ce n'est pas ma faute s'il commet des brigandages, j'ai porté se­ ceux qlli ,~ont assis sur ces bancs à droite et à gauche, à savoir:
cours à un homme; soit encore un autre exemple. s'il nourrit un Que la Charité est la Moralité inspirée par la Foi: Qu'elle est la
pare~seux et veille à ce qu'il ne soit pas forcé à faire des travaux, Piété inspirée par la commisérâtion': Qu'elle consiste à faire du
et qu'il lui dise: Entre daus une chambre de ma maison, et couche­ bien à chacun, tant au méchant qu'au bon: Qu'elle consiste à être
toi dans un lit, pourquoi te fatiguerais-tu? car il favorise la paresse; utile en toute manière à parents et amis: Qu'elle consiste à faire
de 11IênJe encore, s'il pousse des paren ts et des amis, d'un caractère l'aumône aux pauvres et à secourir les indigents: Qu'elle con­
méchant, il des fonctions honorables, dans lesquelles ils peuvent siste à hâtir des Hôpitaux, et à les entretenir par des dons: Qu'elle
machiner plusieurs genres de méchanceté. Qui ne peut voir que 'Consiste à enrichir les Temples, et à faire du bien aux i\fiuistres
de telles œuvres de la Charité ne proviennent d'aucun amour de iJ.ui en font le service: Qu'elle est la vieille Fraternité Chrétienne:
la justice avec le jugement? Et vice versd, l'homme peut faire dll Qu'elle consiste 11 remettre à chacun ses fautes; je conclus, dis-je,
bien par des choses qui apparaissent comme faisant du mal; par que toutes ces cllOses sont de bons docume.nts de la Charité, lors­
exemple, un Juge qui n'absout point un malfaiteur, par cela qu'il qu'elles sont faites d'après l'amour de la justice avec le jugement;
pleure, prononce des paroles pieuses, et le supplie de lui pardon­ autrement, elles ne sont point la Charité, mais elles sont seulement
ner parce qu'il est son prochain; ce juge fait une œuvre de la cha­ eomme des ruisseaux séparés de leur source, et comme des bran­
rité cn lui appliquant une peine selon la loi, car ainsi il fait en sorte ches détachées de leur arbre, puisque la Charité réelle est de croire
que le coupable ne commette plus de méfaits, qu'il ne soit plus au Seigneur, et d'agir avec justice et droiture dans toute œuvre et
1

nuisible à la société qui est le prochain dans un degré supérieur, et dans tout emploi. Celui donc qui, d'apl'ès le Seigneur, aime la Jus­
qu'un jugement d'absolution ne soit un scandale. Qui ne sait aussi tice et la fait avec Jugement, celui-là est la Charité dans son image
qU'e c'est un bien pour les domestiques et pour les enfants, lorsque et dans sa ressemblance ... Après que j'eus prononcé ces mots il se
leurs maîtres et leurs parents les corrigent pour les mauvaises ac­ fit un silence, comme il anive pour ceux qui d'après l'homme
I~terne voient et reconnaissent qu'une chose est, mais sans en­
tions qü'ils font? Il en est de même de ceux qui sont dans l'Enfer.
t't qui sont tous dans l'amour de faire le III al ; ils sont tous renfer­ core la voir ni la reconnaître dans l'homme Externe; c'est ce que
més dans des prisons, et lorsqu'ils font du mal, ils sont punis, ce je remarquai d'après leurs faces. Mais tout à coup alors je fus en­
qui est permis par le Seigneur pour leur amendement; il en est levé de'leur présence, car de mon esprit je rentrai dans mon corps
ainsi, parce que le Seigneur est la Justice meme, et que tout ce m~tértel ; en effet, l'homme naturel étant revêtu du corps matériel
qu'il fait, il le fait d'après le Jugement même. Par ces exemples. n'est visible à aucun homme spirituel, c'est-à-dire, à aucun esprit,
on peut voir clairement ponrquoi la Charité, comme je l'ai dit, ni à aucun ange, et l'homme spirituel n'est point visible à l'homme
devient spiritnelle d'après l'amour de la justice avec le jugement. naturel.
mais d'après un amour qui ne procède d'autre part qne du Seigneur 460. SECOND MÉMORABLE. Un jour que je regardais tout autour
Dieu Sauveur; et cela, parce que tout bien de la Charité procède de moi dans le Monde spirituel, j'entendis comme un grincement
du Seigneur, car il dit: Celui qui demeure en Moi, et Moi en lui, de dents, et aussi comme le bruit qu'on fait en cognant, et une
celui-là pm'te du fruit beaucoup, car sans Moi t'ous ne pou­ sorte de son rauque entremêlé avec ces bruits; et je dewapQai ce
vez faire rien. - Jean, XV. 5. - Il m'a été donné tout pouvoir que c'était, et les Anges qui étaient chez moi me dirent: « Ce sont
dans le Ciel et sw' Terre. - Mallh. XXVIII. '18; - et tout amour des Collèges, que nous nommons D.iversoù·es, où l'on se rassemble
de la jnstice a\'ec le jugement ne procède pas d'autre part que
598 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 599
pour discuter; leurs Discussions sont ainsi entendues de loin, mais parce que vous, vous ne faites pas le bien de la Charité, votre Foi
de près on n'entend que les di5cussions. " Je m'approchai, et je vis est terrestre; comment recevez-vous votre Foi, sinon comme une
de peti tes maisons construites en joncs join ts ensemble avcc de la
boue, et je voulus regarder par la fenêtre, mais il n'yen avait
,,\ souche ou une pierre? vous dites: En écoutant prononcer la Pa-
role ; mais comment la Parole, seulement écoulée, peut-elle opé-
point; car il n'était pas permis d'entrer par la porte, parce qu'ainsi rel', et comment le peut-elle dans une souche ou une pierre?
la Lunlière provenant du Ciel influerait et y jelterait la confusion. sans doute que vous êtes vivifiés tout à fait à \'otre insu, mais
Or, lout à coup il se fit une fenêtre au côté droit, et alors j'en- . qu~"e viv~fic~tion, si ce n'est que vous pouvez pronoucer que la
tendis qu'ils se plaignaient d'être dans Jesténêbres; mais peu 11 FOI seule Jusllfie et sauve? quant à ce que c'est que la Foi, et quelle

après il sc fit unc fenêtl'e au coté gauche, la fenêtre du côté droit ( est la Foi qui sauve, vous n'en savez rien ... Alors se leva 1111 des
s'étant fermée, et alors les ténèbres furent peu à peu dissipées, et \ lDembres que l'Ange, qui causait avec moi, appelait Syncrétiste;
ils se virent dans leur lumière j et après cela il me fut donné d'en- il prit son bonnet, et le posa sur la table; mais il le remit aussitôt
trer par la porte et d'entendre. Il y avait une Table au milieu, et sur sa tête, parce qu'il était chauve jet il dit: <, Écoutez, vous êtes
des bancs tout autour j tous cependant me parurent être debout fOus dans l'erreur; il ~st \'l'ai que la Foi est spirituelle et que la
sur les bancs, et discuter vivement entre eux sur la Foi et sur la Charité est morale, mais néanmoins elles sont conjointes, et elles
CHARITÉ; d'un côté, «(ue la Foi était J'Essentiel de l'Église j de ~~nt conjointes par la Parole, et alors par l'Esprit saint, et par
l'autre, que c'était la Charité. Ceux qui faisaient la Foi l'essentiel l'Effel, qui même peut être appelé Obéissance, mais obéissance
disaient: " N'agissons-nous pas par la Foi avec Dieu, et pal' la Cha- dans laquelle J'homme n'a aucune part, pal'ce que, quand la foi est
rité avec l'homme? ainsi la Foi n'est-elle pas céleste, et la Charité donnée, l'homme ne le sait non plus qu'une statue: j'ai longtemps
terrestre? n'est-ce pas par les Célestes que nous sommes sauvés, médité sur ce sujet, et j'ai enfin trouvé que l'homme peut recevoir
et non par les Térrestres ? " Puis: " Dieu ne peut-il pas donner du de Dieu unc Foi qui soit spirituelle, mais qu'il ne peut, pas plus
g el la Fo:, ;~~:~~!l'e1!e est céleste? et l'homme ne doit-il pas se qu'une souche, être pOI'té par Dieu à une Charité qui soit spiri-
aonnel' la Charité, pUlsque ceiie· cl est terrestre? et ce que l'homme' tuelle. » A ces mots, ceux qui élaient dans la Foi seule applaudirent j
se donne n'est point de l'Église, et par consérJuenL ne sauve point; mais ceux qui étaient dans la Charité murmurèrent; et, dans leur·
ainsi, est-ce que quelqu'un peut être justifié devant Dicu par les indignation, ils dirent: " Écoute, compagnon, tu ne sais pas, toi,
œllvres qui 80o.t appelées œuvres de la Charité? cl'oyez-vous, que qu'il y a une Vie morale spirituelle, et qu'il y a une Vie morale
par la Foi seule nous sommes non-seulement justifiés, mais encore purement naturelle, IIne Vie morale spirituelle chez ceux qui font
sanctifiés, si la Foi n'est pas entachée par les choses méritoires le bien d'après Dieu, et néanmoins comme d'après eux-mêmes, et
qui procèdent des œuvres de la Charité, etc." Mais ceux qui faf- une Vie morale purement naturelle chez ceux qui font le bien d'a-
saient la Charité l'Essenliel de l'Église réfutaient avec vivacité ces, près l'Enfer, et néanmoins comme d'apl'ès eux-mêmes...
raisollnements, eR disant, que C'€st la charité qui sauve et non la- Il a été dit que la Discussion avait été entendue comi11e un grin-
foi: « Esl-ce que Dieu ne chérit pas tous les hommes? ne leur veut- cement de dents et comme un bruit qu'on fait en cogllant, bruits
auxquels un son rauque était entremêlé: la Discussion entendue
)1 pas ou p'j~Q ~ tO\ls? çommen' Dieu peut-il faire ce bien, si ce
comme un grincement de dents était la discussion de ceux qui
·-t~~~ :?~~ ~~~ ::vïnmes? Dieu donne-t-il ~culemen~ de parler avel.', avaient fait la Foi j'unique Essentiel de l'Église; le bruit, comme
les hommes des choses qui appartiennent à la FOI, ln ne donne-t- celui qu'on fait en cognant, venait de ceux qui avaient fait la Cha-
il pas de faire alJX hommes celles qui appartiennent à ,la Cba,!té t rité l'unique Essentiel de l'Église, et le son rauque provenait du
ne voyez-vous pas que vous avez parlé de la Charité d'nne manière· Syncrétiste; le bruit d~ leur discussion avait été entendu de celte 1

absurde, en disant qu'elle est terrestre? la Charité est Céleste, et

J
600 LA VRAIE RELIGION' CHRÉTIENNE, 601
manière à dislance, parce que tous ceux-là dans le Monde avaient et le' propre par naissance est le mal; comment alors le bien qui
discUlé, et Il'avaienl fui aucun mal, et par conséquent n'avaient vient de Dieu et le mal qui vient de l'homme peuvenl-ils être con­
fait aucun bien provenant du spirituel; el même ils ignoraient en­ joinls el procéder ainsi conjointement dans l'acte? et le propre de
tièremenl que le loul de la Foi est le vrai, et le tout de la Charité l'homme dans les choses du salut respire conlinuellement le mé­
le bien, et que le Vrai sans le bien n'est pas le Vrai en esprit, et rilé, et autant il le respire, autanl il enlève au Seigneur Son mé­
que le Dien sans le vrai Il'est pas le Bien en csprit, et qu'ainsi l'un rile, ce qui esl le comble de l'injustice et de l'impiété: en un mot.
doil faire l'aulre. si le bien que Dieu opère dans l'homme influall dans le vouloir de
461. TnolsIÈ~'E MÉMORAIlLE. Un jour je fus porlé en esprit dans l'homme, el par snile dans le faIre de l'homme, ce bien serait en­
la Plage méridionale du Pllondc spiriluel, et là dans un Paradis, et lièrement souillé et serait aussi profané, ce que cependant Dieu
je vis qu'il surpassait en beauté tous ceux que j'avais vus jusqu'a­ ne permel jamais: l'homme peul, il esl vrai, penser que le bien
lors; cela provenait de ce que le Jardin signifie l'Inlelligence, et qu'il fait vient de Dieu, et l'appeler le bien de Dieu par soi, mais
que dans le Midi sont transportés Lous ceux qui excellent en intel­ toutefois, comment cela s'opèl'e, nous ne le comprenons pas. » Alors
ligence; le Jardin d'Éden, dans lequel élaient Adam et son épouse.. j'ouvris mon menlal, et je dis: " Vous ne comprenez pas, parce que
Ile sigllifie pas autre chose, c'est pourquoi leur expulsion de c~ \'OuS pensez d'après l'a pparence, et que l:l pensée ccnfirmée d'a­
jardin signifie qu'ils furent prÏ\'és de l'intelligence, et par consé­ près l'apparence est une ill usion ; il Ya apparence et par sui te il­
quent aussi de l'intégrité de la vie. Pendanl qne je .me promenais 1usion en vous, parce que vous croyez que toules les choses que
dans ce Paradis méridional, je remarquai assis sous un lau~ier l'homme veut et pense, el par suile fail et prononce, sont en lui,
quelqucs esprits qui mangeaient des figues; je m'approchai d'eux el par conséquen l viennen l de lui, lorsque cependant il n'y a en
et leur demandai des figues, et ils m'en donnèrent; et voici, les lui rien de ces choses, excepté l'état de recevoir ce qui influe;
Figues dans ma main devinrent de~ Raisins; comme je m'en éton­ l'homme n'est pas la vie en soi, mais il est un organe qui reçoit la
nais, un Esprit angélique qui se lenail près de moi me dit: cc Les vie; le Seigneur esl la Vie en soi, comme il le dit aussi dans Jean:
Figues dans ta main sont devenues des Raisins, parce que les Fi­ Comme le Père a la Vie en Lui·M~me ainsi il (l aussi donné
gues d'apl'ès la correspondance signifient les biens d~a Charilé, ,au Fils d'avoir la Vie en Lui-Même. - V. 26, et en outre
(
el par suite les biens de la Foi ja'ls l'homm.e nalurel o!!.~~.':Ee, ailleurs, par exemple, Jean, XI. 25. XIV. 6, 9, ~ Il ya deux choses
au lieu que les Raisins signifient les biens de la Charilé, el par suite qui constisluenl la Vie; savoir: l'Amolli' et la Sagesse, ou, ce qui
( c_eux de la Foi dans l'homme spirituel ou interne; et comme lu revient au même, le Bien de l'Amour et le Vrai de la Sagesse; elles
aimes les spirituels, voilà pourquoi cela t'est arrivé; car dans notre influenl de Dieu, et sont reçues par l'homme comme si elles lui.
Monde lout se fail, existe et même se change selon les correspon­ .appartenaient; et, parc~ qu'elles sont senlies ainsi, elles procèdent
dances. Alors il me vint tout il coup le désir de savoir comment
Il aussi de l'homme comme lui apparlenant ; il a élé donné par le Sei­
l'holllme pellt faire le bien d'après Dieu, et cependant absolument gneur qu'elles soient senties ainsi par l'iJomme, afin que ce qui in­
comme d'après soi-même; je demandai donc à ceux qui mangeaient flue l'affecte, et par conséquent soit reçu elresle. Mais comme tqut
des figues comn,ent ils comprenaienl cela. Ils me direnl : « Nous ne mal influe aussi, non de Dieu, mais de l'enfe.r, et est reçu avec plai­
pou\'ons le comprendre autrement, si ce n'est que Dieu opère in­ sir, parce que l'homme est par naissance un organe lei, c'est pour
térieurement da~s l'homme et par l'homme sans que celui-ci le .cela qu'il n'est pas reçu de Dieu plus de bien, qu'il n'y a de mal
sache, puisque si l'homme en avait conscience, et qu'Hia fit ainsi, éloigné de l'homme comme par lui, ce qui se fait par la Pénilence.
il ne ferait qu'un bien apparent, qui est intérieurement le mal; el en même temps par la Foi au Seigneur. Que l'Amour et la Sa­
en effet, lout ce qui procède de l'homme procède de son propre. ,gesse, la Charilé et la Foi, ou pour parler plus communément, le
602 LA VRAIE
RELIGION CHRÉTIENNE. 603
Bien de l'amour et de la 'charité, et le Vrai de la sagesse et de la foi,
influent, et que les choses qui influent apparaissent dans l'homm~ son prochain, qu'il opèrât des biens de la charité, et des fruits
comme lui apparlenant, et par suite procèdenl comme lui apparte­ comme J'arbre, et qu'il fît les préceptes, et ceci et cela, afin d'être
nant, c'est ce qui est clairement manifesté d'après la vue, l'ouïe, 1'0­ sauvé; puis, pourquoi il a di t que l'homme serai t jugé selon ses
dorat,le goùt .el le loucher; toutes les choses qui sont sen lies par , fails ou ses œuvres, celui qui fait .de bonnes œuvres, pour le Ciel
les Organes de ccs seng influent du dehors, et sont senties en eux; 1 et la Vie, et celui qui en fait de mauvaises, pour l'Enfer et la !\Iort.
pareillemenl dans les Organes des sens internes, avec la seille dif­ Comment le Seigneur anrait-il pu parler ainsi, si tout ce qui pro­
férence que dans ceux-ci inOllellt les Spiriluels qui n'apparaissent cède de l'homme était meritoire, et par conséquent le mal? Sachez
point, et dans ceux-Illlcs Natul'els qui apparaissent: en un mot, donc que si le Men~al est Chari lé, l'action aussi est Charité; mais
l'homme est un Organe récipient de la vie qui procède de Dieu, que si le }Jental est la Foi seule, qui esl aussi la Foi séparée de la
par conséquent il egt un récipient du bien en tant qu'il renonce au Charité spirituelle, l'Aclion aussi est celle Foi. .. A ces mot, ceux qui
mal; le Seigneur donne à chaque homme de pouvoir renoncer an étaient assis sous le laurier dirent: « Nouscomprenons la juslesse de
mal, parce qu'illlli donne de vouloir eL de comprendre; et tout ce ce que tu viens de dil'e, mais néanmoins nous ne comprenons point, II
que l'homme fait d'aprèg la volonté selon l'entendement, ou, ce Je leur répondis: « Ce que je viens de dire, voUs en comprenez la
qui est la même choge, 10llt ce qn'il fait d'après la liberté de la justesse d'après la pel'ceplion commune qui est dans l'homme par'
volonté selon la raison de \'cniendement, resle chez lui; par là le l'influx de la lumière venant du Ciel, quand il entend dire quelque
Seigneur introduit dans l'homme l'élat de conjonclion avec Lui, et vrai; mais d'après la perception propre qui esl dans l'homme par
dans cet état il le réforme, le régénère et le sauve, La Vie qui in­ J'influx de la lumière vcnant du Monde, vous ne comprenez point;
flue est la Vie procédant du Seigneur, laquelle est aussi appelée ces deux perceptions, à sa·voir, l'interne et l'exlel'ne, ou la spi­
l'Esprit de Dieu, et dans la Parole l'Esprit Saint, donl il est dit allssi rituelle et la nalurelle, n'en font llu'une chez les sage&; vous aussi "

.qu'il illustre ct l'Îl'ifie, et même qu'il opère dans l'homme; mais vous pouvez de ces deux perceptiong n'en faire qu'une, si vous
telle Vie est varièe et modillée selon l'Organisation inlroduite Jlar porlez vos regards vers le Seigneur, ct si vous éloignez le:::. maux ...
l'amoul', Vous pouvez aussi savoir que tout bien de l'amour et de Comme ils comprenaient cela, je pris des branches d'un Cep, et je
la charité, et toul vrai de la sagesse et de la foi, influent et ne sont les leur présentai, el je dIs: " Croyez·vous que cela vieune de moi
point dang l'homme, l'al' cela même que celui qui pense que ce ou du Seigneur? » et ils dirent que cela venait de moi d'après le
bien et ce vrai sont en l'homme pal' la cl'éalion, ne pellt ensuite Il Seigneur. Et voici, ces branches dans leurs mains produisirent
s'empêcher de pensel' qlle Dieu s'esl infusé daus l'homme, el d.~s r\lisins: ~!a:~ comme je me retirais, je vis une table de CèGi'e.
qu'ainsi Jes hommes seraiellt en partie des Dieux; et cependant 'sur laquelle élait un Livre, sous unoliviér vel'doyant, donlle Irone­
ceux qui pengent cela d'api'ès la foi deviennent diables, et dans le était entouré d'un Cep; je regardai, et voici, c'était un Livre écrIt
monde spirituel puent cornille des cadavres. De plus, qu'est-ce que­ par moi et intilulé: ARCANES CÉLESTES; el je dis que dans ce Livre'
l'action de l'homme, sillon le Menlal agissant? car ce que le ~Jen­ il a élé pleinement montré que l'Homme est un Organe récipient
tal veut et per.se, il le fait et le pronouce par le Corps son organe;: de la vie, et non la vie; el que celle-ci ne peut pas être créée, ni
c'est pourquoi, lorsque le ~fenlal est conduit par le Seigneur, l'Ac­ par conséquent se Irouver créée dans l'homme, pas plus que la lu­
tion et le Langage sont conduits allssi, et l'Action elle Langage mière dans l'œil.
sont conduits par le Seigneur, quand on croit en Lui. S'il n'en élait 462, QUATRIÉME i\fÉ~lonAHLE. Je portais mes regards sllr une
pas ainsi, dites, si VOlJg le pouvez, pourquoi le Seigneur dans sa Pa· CÔle marilime dans le Monde spirituel, et je vis lin Port magni­
role a commandé, en des milliers de passages, que l'homme aimât fique; Je m'appl'ochai et j'examinai l'intérieur; et voici, il y avait
rJ là des Navires grands et petils, el dans ces navil'es des marchandises
1'1

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604 LA VRAIE
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de tout ge~re, et s~r les bancs étaient assis de jeunes garçons RELIGION CHRETIENNE, , 605
et de jeunes filles, distribuant ces marchandises à ceux qui ,ou inférieure pour l'homme, et que par conséquent il n'apparaît
en voulaient; et ils disaient: Nous sommes dans l'attente de v'oir
H
1 ! devanl Dieu rien de ce que fait l'homme, soit le bien, soit le mal; le
n~s belle,s Tortues qui vont bientôt sortir de la mer pour venir 1 bien, parce qu'il est méritoire; le mal parce que c'est le mal; car si
vers nous. Et voici, je vis des Tortues petites et grandes sur les
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le bien et le mal apparaissaient devant Dieu, l'homme périra'it d'après
coquilles et les écailles desquelles il y avait de jeunes Tortues, qui .1 l'un et l'autre; et que, cela étant ainsi, il est permis il l'homme de
regardai en t vers les i1es d'alentour, Les Tortues-pères avaient deux vouloir, de penser, de dire et de' faire tout ce qui lui plaît, pourvu
Tétes, l'une grande, entourée d'une coquille semblable 3 la co- qu'il prenne garde il lui à cause du Monde, » Je demandai s'ils affir-
quille de leur corps, ce qui les faisaithri1ler~ et l'autre petite, ment aussi qu'il est permis de penser de Dieu qu'il n'est ni Tout-
comme elle est d'orrlinaire chez les tortues, qu'elles retiraient dans Présent ni Tout-Sachant. Ils me répondirent du Ciel: Ils préten-
(l

la partie antérieure du corps, et qu'elles faisaient entrer aussi dent que cela leur est aussi permis, parce que Dieu, chez celui qui
d'ulle manière à peine visible dans leUl' grande Tête: j'avais les a obtenu la Foi et a été par e11e purifié et justifié, ne regarde à
yeux fixés sur la grande Tête brillante, et je vis qu'elle avait une. rien de sa pensée ni à rien de sa volonté, et que néanmoins l'homme
face comme un homme, et qu'elle parlait avec les jeunes garçons retient dans le sein intérieur ou dans la région su péri eu re de son
et les jeunes filles sur les bancs, et leur léchait les mains; ·et alors mental ou de son génie la Foi qu'il avait reçue dans son acte, et
les jeunr.s garçons et les jeunes filles les touchaient doucement, et que cet acte peut parfois revenir à Finsu de l'homme. C'est là ce
leur donnaient des alimenls et des friandises, et aussi des choses que représente la PETITE TtTE, qu'ils retirent dans la partie an-
précieuses, comme rles soieries pour vêlements, du bois odorifé- térieure du corps, et qu'ils font entrer aussi dans la GIIANDE TÊTE,
rant pour tables, de la pourpre pour ornements, et de l'ÉCAIlLATE quand ils parlent avec les laïques; car ils parlent avec eux, non
POUR FARDER. Après avoir vu ces choses, je désirai savoir ce qu'elles 1 ~ pas par la Petite Tête, mais par la Grande, qui par devant apparaît
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réprésentaient, parce qUIJ je sais qne tontes celles qui apparaissent comme ayant une face humaine; et, d'après la Parole, ils parlent
dans le Monde spirituel sont des correspondaoces, et représentent avec eux de l'Amour, de la Charité, des bonnes OEuvres, des Pré-
les spiritnels qui appartiennent à l'affection et il la pensée; et alors .ceptes du Décalogue, de la Pénitence, et ils tirent de la Parole presque
des Anges parlèrent du ciel avec moi, et ils Ole dirent: « Tu connais· toutes les choses qui y sont sur ces sujets; mais alors ils font entrer
toi-même ce qlle représente le Port, ce que représentent les Na- dans la gl'agde Tète la petite Tête, d'après laque11e ils comprennent
vires, et au~si ce que représentent les jeunes Garçons et les jeunes intérieurement en eux-mêmes, que toutes ces choses doiveut être
F1I1es sur ces Navires, mais tu' ne sais pas ce que représentent les faites non pas pour Dieu, ni pour le salut, mais seulement pour le
Tor.lues.., Et ils me dirent: Les Tortues représentent cellx du
H
bien public et le bien privé. Toutefois, comme c'est d'après la Pa-
Clergé là, qui séparent entièrement la Foi de la Charité et ~e ses role, qu'ils parlent avec suavité et élégance de ces sujets, surtont
bonnes œuvres, affirmant en eux-mêmes qu'entre la Foi et la Cha- de l'Évangile, de l'Opération de l'Esprit saint et de la Salvation,
rité il n'y a absolument aucune conjonction, mais que l'Esprit saint ils paraissent à leurs auditeurs comme des 110 III mes précieux el
par la Foi en Dieu le Père, à cause du mérite t)u Fils, entre che.z comme les plus sages de tout l'Univers; c'est pour cela même. qlle
l'homme, et purifie ses intérieurs jusqu'à sa propre Volonté, dont tu as vu que les jeunes garçons et les jeunes filles assis sur les bancs
ils font comme un Plan ovale; et que, quand J'opération de l'Esprit des navires leun ont donné des friandises et des choses précieuses:
saint approche vers ce plan, elle s'écarte de sa partie gauche en tour- ce sont. dOliC eux que tu as vus représentés comme des Tortues.
nant et ne le tonche aucunement, el qu'ainsi la partie intérieure .on 1 Dans ton Monde, ils sont peu distingués d'avec les autres, excepté
supérieure du génie de l'homme est pour Dieu, et la Partie exlériélll'e en cela, qu'ils se croient plus sages .que tous, et qu'ils se moquent
des autres, et aussi de ceux qui sont dans une semblable doctrine

! I~ ~

606 LA VRAIE RELIGION CHRÉTIENNE. 607


quant à la Foi; mais non dans leurs arcanes: ils portent avec eux coopération avec l'homme hors Je la Foi, et par conséquent séparé
dans le vêtement un certain signe par lequel i1sse font reconnaître Dieu d'avec l'homme; n'avez vous pas ainsi éloigné de la Foi non­
des autres ... Celui qui me parlait ajouta: " Je ne te dirai pas ce qu'ils seulement la Charité et ses OEuvres, comme plusieurs autres Doc­
pensent des autres choses de la Foi, par exemple, de l'Élection, Leurs du Clergé, mais aussi la Foi elle-même quant il sa manifes­
du Libre Arbitre, du Baptême, et de la Sainte-Cène; ce sont des tation devant Dieu par l'homme? Mais, je vous prie, roulez-vous
secrets qu'ils ne divulguen t pas, mais nous dans le Ciel, nous le que je m'entretienne avec vous sur ce sujet d'après la Raison ou
savons. Toutefois, comme 'ils sont tels dans le Monde, et qu'a­ d'après l'Écriture Sainte? » Ils dirent: Parle d'abord d'après la Rai­
l(

près la mort il n'est permis à personne de parler autrement qu'il son. » Et je parlai, en dlsanl: « Comment l'[nlerne el l'Externe chez
ne pense, c'est pour cela qu'alors, parce qu'ils ne peuvent parler l'homme peuvent-ils être séparés? Qui ne voit, ou ne peut voir, cl'a­
que d'après les folies de leurs pensées, ils sont réputés comme près la perception commune, que tous les Intérieurs de l'homme se
fous, chassés des Sociétés, et précipités dans le puits de l'abîme, plongent et sont continués dans ses Extérieurs, et jusqne dans ses
dont il est parlé dans l'Apocalypse, - IX. 2; - et ils deviennent extrêmes, pOUl' produire leurs effets et opérer leur~ œuvres? Les In­
des Esprits corporels et apparaissent comme des l\Iomies Egyp­ ternes ne sont-ils pas il l'égard, des Externes, pour se terminer en eux,
tiennes; car un calus a été introduit dans les intérieurs de leur y subsister, et ainsi exister, à peu près comme unecolonneà l'égard
.tUental, parce que dans le Monde ils y avaient interposé une cloison. de son piedestal? Vous pouvez voir que s'il n'y avait pas conti­
La Société infemale de ces Esprils est sur les confins de la Société nualion, et ainsi conjonction, les extrêmes seraicn t dissolJS et s'é­
infernale des Machiarélistes, et ils entrent indistinctement de l'une vanouiraient comme des bulles de savon dans l'air; qui peut nier
dans l'autre, et s'appelleht entre eux compagnons; mais ils en sor­ que les opérai ions intérieures de Dieu chez l'homme soient par
tent, parce qu'ils diffèrent en ce qu'il y a eu chez eux. quelque chose myriades de myriades, sans que l'homme en sarhp ,'ien? et à quoi
de religion concernant l'acte de la jlJstificalion par la foi, tandis lui servirait-il d'en savoir quelque chose? il suliit qu'il connaisse
que cllez les ~Iachjavélistes il n'y a rien eu de religieux ... les extr~mes, dans lesquels avec sa pensée et sa yolonté il est avec
Après que je les eus vus chassés des Sociétés, et rassemblés pour Dieu. !\lais ceci va être iIIustl'é pal' lin Exemple: L'homme con­
être précipités, je vis dans l'air un Naviré volant avec sept voiles, naît-illes opérations intérieures de son langage? Sait-il comment
el sur ce navi re des pilotes et des matelots couverts de robcs de le poumon attire l'air, et en remplit les vésicIJ1'es, les bronches et
pourpre, ayant sur leurs bonnets de magnifiques courOllnes de les lobes; comment il pousse cet air dans la Tracll~e, et l'y change
laurier, et criant: " Nous voilà dans le Ciel, nous sOOlmes des Doc­ en son; comment ce son est modifié dans la glottes par le secours
teurs revêtus de pourpre. el couronnés de laurie.l par préférence du larynx; comment ensuite la langue J'arlicule, et comment les.
à tous les autres, parce que nous sommes les chefs des sages de lèvres complètent l'articulation, Min qu'elle devienne langage '{
tout le Clergé d'Europe. v J'étais étonné de ce que je voyais, et il Toutes ces opératiolls intérieures dont l'homme ne sait rien, ne
me fuI dit que c'étaient les images du faste, et les pensées idéales, sont-elles pas pour l'extrême, afin que l'homme puisse parler '{
que l'on nomme phantaisies, de ceux qui a\3ient précédeulfnent Éloignez ou séparez l'un de ces internes de sa continuité avec les
été vus comme des Tortues, et qui maintenant, ayant été, comme extrêmes, est-ce que l'homme pourrait parler plus qu'une soucne?
fous, chassés des Sociétés et rassemblés, se tenaient ens~mble dans Soit encore un exemple: Les deux mains sont les derniers de
un même lieu: et alors je désirai pader avec eux, et je m'appro­ l'homme; les lntérieurs qui sont continués jusqu'à elles ne vien­
chai du lieu où ils étaient, et je les saluai, et leur dis: " C'est vous nent-ils pas de la Tête par le Cou, puis par la Poitrine, les Épaules,
qui avez séparé les Internes des hommes d'avec leurs Externes, et les Bras et les Avant-Bras? N'y a t-il pas d'innombrables tissus
l'Opération de l'Esprit saint comme étant dans la Foi d'avec sa musculaires, d'innombrables phalanges de fibres motrices~ d'in-:
-
~

RELIGION CHRÉTIENNE. 609


608 LA VRAIE
puisque vous éloignez de l'homme toutes les choses de Dieu quant
nombrables faisceaux de nerfs et de vaisseaux sanguins, et un grand ;) la communication lOt pal' suite quant à la conjonction; (lue vous
nombre de jointures des os avec leurs ligaments et l.eurs mem- reste-t-il alol's, sinon d'éloigner aussi toutes les choses du culte? ..
branes? L'homme sait-il qnelque chose de leur action? et cepen- Après cela, ils m'apparurent dans la lumière du ciel, qui découvre
dant les mains opèrent d'après le jeu de toutes et de chacune de et manifeste chacun tel qu'il est; et alors ils furent vus non pas
ces parties: supposez que ces intérieurs vers le poignet se retour- comme précédemment sur un Navire dans l'air comme dans un
nent ~ gauche on à droite et, n'entrent pas par continuité dans la Ciel, ni couverts de vêlements de pourpre et la tête couronnée de
main, la main ne se détacherait-elle pas de l'avant-bras, el ne laurier, mais dans un lieu sablonneux avec des vêtements en lan1-
pourrirait·elle pas comme une partie arrachée et sans vie? et même, ùeaux et. les reins entourés de filets de pêcheurs, à travers les-
si vous voulez m'en croire, il en serait comme du corps, si 1'IlOmme quels apparaissaient leurs nudités; et alors ils furent envoyés dans
était décapité. 11 en serait absolument de même du Mental humain, la société qui était sur les confins de la sociélé des l\lachiavélistes.
et de ses deux Vies, la Volonté et l'Entendemilnt, si les Divines
Opérations qui appartiennent à la Foi et à la Charité, cessaient au
milieu du chemin, et ne tendaient pas par continuité jusqu'à
l'homme; cèrtainement alors l'homme serait non-seulement une
brute, mais llne planche pourrie. Voilà ce que j'avais à dire d'a- III
près la raison. Maintenant, si vous voulez m'entendre, je prouve-
rai les mêmes choses d'après l'Écriture Sainte: Le SeigneuI' ne
dit-il pas: Demeurez en Moi, et Moi en vous,. Moi, je suis le Il
Cep,. vous, les sal'ments,. celui qui demeure en Moi, et Moi en
lui, celui-là porte du fl'uit beaucoup. - Jean, XV, 4, 5; -les
fruits ne sont-ils pas les honnes œuvres que le Seigneur fait par
fIN DU PREmER VOLUME
J'homme, et que l'homme fait de soi-même d'après le Seigneur.
Le Seigneur ne dit-il p:lS encore; Je me tiens à la porte et je
frappe, et chez celui qui ouvre f entl'e, et je soupe avec lui et
lui avec Moi. - Apoc. III, 20. - Le Seigneur ne donne-t-il pas
des mines et des talents, afin que l'homme les fasse valoù' et en
tire du gain, et afin de lui donner selon le gain, la vie éter-
nelle? -l\laUh. XXV. 14 11 30. Luc, XIX. 13 à 26, - Le Sei-
gneur ne donne-t-il pas à chacun le salaù'e selon le travail dans
sa vigne? - l\Iallh. XX. i à 17. - l\lais ce n'est là qu'un petit
nombre de pass:lges de la Parole, on remplirait des pages avec
ceux où il est dit que l'homme doit faire des fruits comme l'arbre,
qu'il doit faire les commandements, qu'il doit aimer Dieu et le pro-
chain, elc. Mais je sais que votre propre Intelligence ne pellt pas
avoir avec les choses qui sont de la Parole un commun, tel qu'il
est en soi; quoique vous ayez ces choses à la bouche, néanmoins
vos idées les pel'verlissent; et vous ne pouvez faire autrement, Imprimerie DESTENAY, à Saint-Amllnd.

Ill..