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TV  :  Lobotomie,  la  vérité  scientifique     sur  les  effets  de  la  télévision  

  http://youtu.be/NvMNf0Po1wY       Quelques  phrases  clés   *****   Michel  Desmurget  
Transcription  de  la  conférence  en  vidéo  disponible  sur  Youtube   Durée  :  1h32’    

Une heure de télé par jour à l’école primaire = 43% de chance de sortir de l’école sans diplôme.

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Risques de troubles attentionnels : 1h/jour à 3 ans è troubles attentionnels multiplié par 2 à 8 ans 1h/jour de 5 à 11 ans è risques qui augmentent de 50% à 13 ans 1h/jour à 14 ans è risques qui augmentent de 44% à 16 ans Troubles attentionnels à 16 ans = 4 fois plus de risques d’échecs scolaires

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Retard du langage 2h/jour de télé (programmes jeunesses) entre 15 mois et 4 ans multiplie par 3 le risque de retard du langage et le multiplie par 6 si télé 2h/jour avant 1 an

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Le nombre de mots entendus avant 3 ans, c’est ce qui va prédire le QI de votre enfant à 9 ans

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En moyenne un enfant va entendre 13500 mots quand il n’y a pas de télévision. Quand vous allumez la télévision, il ne va plus en entendre que 10 000. Ça veut dire que, à la fin de son enfance, c’est des millions de mots qu’il n’aura pas entendu, (…). Et c’est millions de fois où il n’aura pas été sollicité pour parler. (…) C’est 25% de mots en moins. C’est énorme.

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Un enfant qui regarde la télévision 2 heures par jour à 3 ans a 3 fois plus de chances d’être en surpoids. Et si il est en surpoids 8 chances sur 10 de le rester à l’âge adulte  

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Transcription Claudine Toussaint  

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    Sommaire    
FAUSSES  CROYANCES  A  PROPOS    DES  JEUNES  ET  DE  LA  TELEVISION   QUI  REGARDE  QUOI  A  LA  TELEVISION,  POUR  DE  VRAI  !   QU’EST  CE  QUE  LE  NEURO-­‐MARKETING   FORMATION  DU  GOUT  DES  L’ENFANCE   LES  INFLUENCES  DE  LA  TELE  SUR  LA  COGNITION   LES  INFLUENCES  DE  LA  TELE  SUR  L’ATTENTION   LES  INFLUENCES  DE  LA  TELE  SUR  LE  LANGAGE   QUE  NOUS  DIT  L’INDUSTRIE  SUR  LES  EFFETS  DE  LA  TELEVISION  ?   VOILA  CE  QUE  MONTRE  LA  RECHERCHE.   LES  INFLUENCES  DE  LA  TELE  SUR  LA  SANTE   INFLUENCE  DE  LA  TELEVISION  SUR  L’ESPERANCE  DE  VIE   INFLUENCE  DE  LA  TELEVISION  SUR  LE  TABAGISME   INFLUENCE  DE  LA  TELEVISION  SUR  LA  SEXUALITE   L’INFLUENCE  DE  LA  TELEVISION  SUR  LA  VIOLENCE   LES  EFFETS  A  COURT  TERME.   LES  EFFETS  A  LONG  TERME.   PARLONS  DE  L’HABITUATION.   INFLUENCE  DE  LA  TELEVISION    SUR  LA  PEUR  ET  L’ANXIETE   3   5   8   12   13   16   20   21   22   26   27   27   31   33   35   35   36   39  

 

Transcription Claudine Toussaint  

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Fausses croyances à propos des jeunes et de la télévision
Je vais vous parler de ce qu’il y a dans la littérature scientifique, médicale, en neurosciences. D ‘abord quelques idées reçues : « La télé, ce n’est plus la peine de la regarder, ils sont tous sur Internet ». Voici des citations : ü La télé est devenue « un media de vieux » tenant « le rôle d’une tapisserie accrochée aux murs ». Dominique Parquer, sociologue, Télérama 2008. ü « Les jeunes » ne regardent presque plus la télévision lorsqu’ils ont moins de 15 ans, et cela inquiète très sérieusement les télécrates ». B. Siegler, La télévison contre la démocratie, 2006. ü « Les jeunes se détournent de plus en plus de la télé pour Internet ». Serge Tisseron, 2001 dans Téléstar. C’est ce qu’on nous raconte tout le temps sur la télévision. Ce sont des études faites par des sociétés qui vivent de la publicité, c’est un peu par hasard ! La réalité c’est ça : Selon Médiamétrie en 2011 : temps passé devant le petit écran : 3h47 en moyenne pour les français. On a augmenté de ¼ d’heure par rapport à 2010 et tous les ans ça augmente. Pour vous faire une idée de se que ça représente, 3h47 pour les 4 ans et plus, si vous arrivez à 80 ans c’est 11 ans de votre vie que vous aurez passé devant la télévision ; sans dormir, sans manger, sans faire pipi. Si vous êtes normaux et si on compte le temps pour manger, faire pipi, dormir un peu, soit 7 à 8 heures, vous aurez passé 18 ans de votre vie devant la télévision. Ça n’est pas négligeable et surtout ça augmente. En 2011, les 15 ans et plus ont augmenté de plus de 17 min, ils en sont à plus de 4 heures par jour de télévision. (Médiamétrie 2011) Les enfants de 4 à 14 ans = plus + 6 min, il sont à 2h20 de télé sauf que ces 2h 20 ça ne tient pas compte, notamment pour les 4 – 10 ans qu’il y a une grosse consommation de DVD et ça ce n’est pas compté par Médiamétrie. En gros on est à plus de 2h40 – 2h45. Pour vous donner un ordre d’idée de ce que ça
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représente : ça veut dire qu’à la fin de l’année si vous comptez en moyenne combien d’heures il a passé devant la télé et à l’école, il a passé plus d’heures devant la télévision que devant son instituteur. Il ne faut pas s’étonner que ça ait quelques effets. Pour les fameux « digitals natifs » ceux qui sont nés avec un ordinateur dans le berceau, qui ne regardent plus la télé, ce sont des geeks, eux : plus 7 min, ils sont à 2h 47 par jour et ça augmente. Ça augmente en France, ça augmente aux Etats-Unis, ça augmente en Allemagne, ça augmente partout. Ce sont ceux qui passent le plus de temps sur Internet et la télévision qui en plus passe le plus de temps sur la télévision. Je n’y reviendrai pas mais ce ne sont pas des activités qui se phagocytent les unes les autres. Les activités phagocytées par les écrans c’est le sommeil, ce sont les activités sociales, ce sont les activités culturelles, etc. Donc dire, comme je l’ai entendu « supprimer la télé, c’est pas une bonne idée, ils vont tous se jeter sur Internet », ça n’est pas vrai. La télé, ils la regardent plus, ils la regardent d’autant plus qu’ils passent du temps sur Internet. Et c’est d’autant plus vrai qu’avant la télévision vous enchainait à votre canapé, et maintenant elle vous suit partout. Elle vous suit sur votre ordinateur portable, sur votre téléphone portable. Donc, tout ça, ça ne va pas s’arranger. Il n’y pas d’étude en France, il y a une étude aux EtatsUnis qui vient de sortir, qui montre que ces nouveaux usages, c’est à dire la télé en dehors du salon, celle que vous emmenez dans votre téléphone, sur votre ordi, c’est déjà 1 heure par jour. Je ne sais pas si il y en a parmi vous qui sont enseignants et qui sont enseignants à l’université. Il a fallu mettre des ordi partout parce que les étudiants ne peuvent plus écrire, ils tapent avec des claviers ! Et quand vous passez dans les rangées, les ordinateurs se ferment tous les uns après les autres et de temps en temps, vous avez un demeuré qui s’est endormi, et vous avez au choix un match de foot, la dernière fois c’était Lens, etc. etc. Donc, quelque soit la catégorie d’âge ça augmente. Pour les 50 ans et plus, ça a augmenté de 25 min. C’est à dire qu’on regarde de plus en plus la télévision quelque soit notre âge. Et ça c’est vraiment un message important parce qu’on a tendance à nous dire que ce n’est pas très vrai.  

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Qui regarde quoi à la télévision, pour de vrai !
5’08 Vous allez faire une conférence sur la télévision mais les gens vous disent : « Ouais, mais ho ! Garçon ! C’est culturel la télévision ! Il y a des super films, il y a des documentaires aux petits oignons ». Et voilà ! Un petit sondage IFOP qui moi me fait mourir de rire. Donc, quand vous demandez aux gens ce qu’ils aiment à la télévision, ils aiment : les documentaires ! Le cinéma, mais le bon ! Pas Rocky, le vrai cinéma, le truc d’auteur, quoi ! Ce qu’ils détestent, ce que vraiment ils vomissent par dessus tout, c’est la téléréalité ! Tout en bas (de la diapositive du PPT : à 4%). Quand vous demandez aux gens vraiment ce qu’ils aiment comme documentaires, ils vont vous dire : les voyages, la découverte, des trucs sur les animaux, l’histoire. Et l’histoire ça tombe bien il n’y en a plus à l’école mais il y en a à la télé, maintenant, les arts, la musique, le théâtre, bref. Voilà à quoi ressemble notre télévision, ce sont les souhaits des gens.

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Et voilà les chaines qu’aiment les gens parce qu’ils y trouvent des bons documentaires. Arte : 45%, un carton ! Ne cherchez pas TF1 elle est tout en bas. Voilà ! Donc personne regarde TF1. Et Planète !

Maintenant voici les 100 meilleures audiences de l’année passée (2011). Je n’ai pas pu vous mettre les 100, ce sont les 20. Ne cherchez pas les documentaires, ils n’y sont pas ! Vous n’en trouverez pas, c’est un mystère des sondages ! Vous trouverez du rugby, vous trouverez Claire Chazal accouchant DSK sur son canapé ! Et vous trouverez des super films d’auteur : le Mentalist, Dr House, Esprits criminels, celui-là je ne l’ai jamais vu, et encore du rugby. Et c’est pareil dans les 100 ! Donc si vous cherchez un documentaire dans les 100, ça n’est même pas la peine de vous déplacer vous ne l’aurez pas !

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Et voilà les audiences réelles. Je vous rappelle quand même que là, nous avons plébiscité Arte, eh bien cherchez il est tout en bas ! Donc TF1 est tout en haut avec 23,7% d’audience. Arte 1,5% d’audience !!! Voilà ! Planète, elle n’y est pas, c’est 0,001 quelque chose ! Animaux, c’est encore moins, si elle existe !  

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Qu’est ce que le neuro-marketing
Ce que je veux dire par là, que les gens regardent TF1 je m’en fous, ça m’arrache un peu l’âme pour leurs enfants mais ça n’est pas très important. Ce qu’il est important de comprendre ici, contrairement à ce qu’on veut nous faire croire ici, ça n’est pas un espace culturel. La télévision, c’est pour les gens un espace de « divertissement » et c’est surtout pour les gens qui la produisent un espace commercial. Je vais vous ressortir une formule de Patrice Le Lay dont on a entendu qu’un petit bout mais qui me paraît intéressante de rappeler parce qu’il y en a quelques uns qui l’ont quand même ratée. C’est la chose la plus honnête que quelqu’un ait jamais dit sur la télévision. Et le mec il en a pris plein la courge. Comme quoi, il ne faut pas toujours être très honnête. Le Lay a dit : « (…) soyons réalistes : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (…). Or, pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est à dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à CocaCola, c’est du temps de cerveau humain disponible (…) » 2004. Le gars qui est dans son canapé et qui se prend pour le roi du pétrole et qui zappe comme une bête, comme ça le soir et qui se dit : « c’est moi le chef – il a un peu le même statut qu’un paquet d’esquimau dans un frigo de supermarché, c’est à dire c’est ce que Patrice Le Lay va capter. Enfin lui et ses comparses et le vendre aux annonceurs. Quand vous regardez la télévision, ça n’est pas vous le chef, c’est vous le produit ! Je vous attrape, je vous vends et plus j’en ai attrapé et plus je vends ça cher. En gros voilà le principe. La télévision, il ne faut pas perdre de vue que c’est un espace commercial. C’est d’abord un espace de divertissement ET un espace commercial. Et quand Le Lay dit : « disponible », franchement, il ne rigole pas. 9’15 Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi il y avait tant de violence à la télévision ? C’est tout bête, c’est pour rendre le cerveau disponible. Parce qu’on s’est rendu compte - les neurophysiologistes savent ça depuis des dizaines d’années – que quand vous êtes soumis à un stress, ou une anxiété, le cerveau retient beaucoup mieux les messages qui viennent derrière. Ça se comprend au niveau évolutif. Quand vous avez une situation difficile, vous avez intérêt à vous en souvenir, pour ne pas vous remettre dans cette situation (difficile).
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9’34 La publicité, violence tirent profit de ça. Souvent, vous avez un pic de stress, juste à ce moment ils vous mettent la pub, simplement parce que vous retenez mieux le message publicitaire. Il y en a parmi vous qui connaissent le chien de Pavlov, surement. On lui donne à manger et en même temps vous faites sonner la cloche et au bout d’un moment quand vous faires sonner la cloche il se met à baver parce que il a été conditionné, il croit que la nourriture arrive. Vous le conditionnerez beaucoup plus vite si vous le stressez avant. Un spectateur ce n’est pas tout à fait un chien de Pavlov quoique nous soyons un peu des mollusques évolués, mais on y arrive aussi avec des programmes violents, par exemple. 10’15 Alors juste pour savoir que ces gars-là ne sont pas des poètes : on nous dit parfois : « oui, mais quand même, il y a des garde-fous. » juste deux diapositives, ça mériterait un topo complet sur ce qu’on appelle maintenant le neuromarketing. C’est un mot pompeux pour dire : il y a des failles dans le cerveau. Je travaille sur le cerveau, je suis chercheur en neurosciences à l’INSERM. Je travaille sur le développement cérébral. Le cerveau c’est une mécanique extraordinaire, mais c’est con ! ya pas plus con qu’un cerveau. Je m’excuse de le dire aussi grossièrement. C’est plein de failles, c’est plein de trous et quand vous êtes arrivé à rentrer dans les trous, vous arrivez à faire passer des messages où en tout cas vous arrivez à orienter le comportement des gens. Et c’est ce qu’ils appellent le neuro-marketing. Un petit exemple ici. Une citation parmi d’autres. C’est un neurochirurgien qui a un grand sens de l’éthique à l’évidence et c’est un professeur « émérite » je vous prie ! Pas n’importe lequel, à HEC. Une école de commerce comme chacun sait et qui nous explique – ils ont monté une boite privée, évidemment pour faire du pognon, ça se fait – « Visez le petit. Préparez votre cible. Marquez-la au front le plus tôt possible. Seul l’enfant apprend bien (…) les cigarettiers et les limonadiers (vendeurs d’alcool) savent que plus tôt l’enfant goûtera plus il sera accro. Les neurosciences ont appris aux entreprises les âges idéaux auxquels un apprentissage donné se fait le plus facilement. » Patrick Georges, Michel Badoc, Le neuromarketing en action : Parler et vendre au cerveau, Eyrolles, 2010. C’est à dire qu’on va mettre tout le savoir acquis par la recherche fondamentale au service de la publicité. On est plus dans la publicité que j’avais moi quand j’étais gamin. Il nous mettait le pot de Banania, on avait envie, pas envie, on achetait le pot de Banania ou la Mère Denis qui venait
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vendre son lave-vaisselle. Là on est vraiment dans des processus qui vont frapper le système en dessous de sa ligne de flottaison. On passe en dessous. On fait rentrer des messages à l’insu du système. Si le mot viol a un sens en français, on est vraiment dedans. Obtenir quelque chose de quelqu’un à son insu et contre sa volonté. Alors pour ceux qui penseraient que j’exagère, ces gens ont été le sujet d’un petit reportage, si j’arrive à le mettre en marche. Un petit reportage au JT de FGrance2. C’est juste une illustration. (NDLR : on entend l’émission extraite de France2.) « ça s’appelle du neuro marketing, une discipline très récente. En 2004, un chercheur américain publie dans la revue Neurones, une étude choc. Plutôt Pepsi ou plutôt Coca ? Quand les volontaires testent à l’aveugle leur cerveau fait appel à la zone du goût … (inaudible) C’est mettre au service, au profit du marketing de la publicité l’ensemble des savoirs des neurosciences encore fondamentales. Pour que l’étude Coca Cola soit bien claire pour tout le monde, un américain qui a publié ça, quand vous demandez aux gens, 70% préfèrent Coca Cola. Si vous leur faites goûter en aveugle, si vous enlevez l’étiquette et vous leur faites goûter du Coca et du Pepsi, ils préfèrent le Pepsi. Le Pepsi a meilleur goût. Si vous mettez les gens dans une machine IRM qui permet de récupérer l’activité cérébrale et que vous leur faites boire du Coca et du Pepsi en aveugle, vous vous apercevez que la zone qui répond, la zone du choix, c’est la zone du goût. Donc vous choisissez vraiment sur le goût. Si je vous mets une étiquette dessus, même si je vous mets du Pepsi dans la bouteille du Coca – quelque soit ce que je vous mets d’ailleurs – et que je vous fais comparer ; ça n’est plus la zone du goût qui va répondre, elle va s’effacer, elle est partie de l’image. Les zones qui répondent sont des zones plus en avant, plus frontales, ce sont des zones liées notamment à la mémorisation. Donc à la publicité ! Donc littéralement, la marque a été inscrite dans vos neurones. On n’a pas l’impression mais c’est passé quand même ! Il y a plein d’études sur la publicité. Je ne veux pas y passer longtemps mais à des gamins, si vous leur prenez la même frite qui sort de la même patate et qui sort du même bac ; vous prenez un papier Mac Do que vous posez sur la table et vous prenez un papier quelconque, à plus de 80% les gamins vont choisir la frite Mac Do et la trouver super meilleure ! Pareil pour les carottes, les nuggets, etc. il y a plein d’études comme ça qui montre qu’effectivement - et c’est pas une surprise - car les gars ne dépenseraient pas des millions et des millions et des millions d’euros chaque année si ça ne marchait pas. « Heu, ouais, la pub ça marche pas !!! ». Donc, voilà ! ça c’est juste pour montrer que la télévision c’est pas vraiment un espace culturel et c’est pas vraiment non plus un espace éthique, où on s’occupe - contrairement à ce qu’on nous
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dit – de ce qui arrive à nos enfants. Et j’y reviendrais tout à l’heure 0h14’39 ‘’ Notamment je prendrais l’exemple du tabagisme parce qu’il est très frappant sur « comment on peut faire pour passer sous la ligne de flottaison dans le cerveau » ! J’ai perdu personne ? cool ! NDLR : Michel Desmurget vérifie que ses auditeurs n’en ont pas assez ! M. Desmurget répond à une question sur les neuro chirurgiens qui participent au neuromarketing. Ce qui me gène, c’est que ces gens-là ont été formés dans nos universités, sur des fonds publics, etc. etc. Que la majeure partie de cette recherche vient de la recherche publique même si il y a une grosse partie de la recherche qui est privée. Et surtout ce qui me gêne c’est qu’on mette encore une fois au service de ces buts là, vraiment tout ce qu’on a pu apprendre et tout ce qu’on sait des failles du cerveau. Encore une fois, c’est vraiment dénier, vraiment dénier le choix aux gamins.  

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Formation du goût dès l’enfance
0h16’00’’ Je vais juste prendre un exemple bref. Nos goûts se forment très tôt. La publicité – contrairement à ce qu’on dit – je reviendrai sur l’obésité – et la publicité participe profondément à la formation de ce goût. Je vais prendre un exemple qui est parlant. Vous avez déjà goûté du Ketchup ? Franchement ça n’est pas super. Vous avez goûté du Ketchup à la vanille ? C’est un cauchemar ! Ils ont trouvé que sur un segment de population sur un âge donné en Allemagne, le Ketchup à la vanille faisait un malheur, juste eux. Donc ils se sont demandé pourquoi eux ? Ils ont cherché. Ils se sont aperçu que pour ces trentenaires ou quarantenaires maintenant, quand ils étaient petits, ils avaient été nourri au lait maternisé qui à l’époque en Allemagne était parfumé à la vanille ! Franchement quand vous aimez le Ketchup à la vanille quand vous êtes grand, vous ne revenez pas derrière. Et pourtant il y a plein de choses qui se mettent en place comme ça dans la petite enfance. Question de l’assistance : ce qui m’a choqué dans ton livre c’est qu’en plus l’hôpital loue ses locaux au privé pour qu’ils puissent faire des expériences de neurochirurgie. J’ai bien compris ? Michel Desmurget : il arrive qu’effectivement, dans certaines structures, les IRM, notamment et un certain nombre d’unités d’imagerie médicale puisse être sous louée pour ce genre de manip. Oui. 0h18’04’’

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Les influences de la télé sur la cognition
Je vais vous parler des influences de la télé ; juste pour rire. Il y en a trois grandes : la cognition, surtout le développement intellectuel franchement ça déguste. Je vais essayer de vous le montrer. La santé : c’est un problème de santé publique majeur. Et la sociabilité/la violence, sur laquelle on reviendra si on a le temps. La cognition : Ça, c’est l’ensemble des éléments très bien établi dans la littérature de façon cohérente par plusieurs études convergentes : le langage, l’attention, la lecture, l’imagination, la créativité, le temps consacré aux activités académiques (donc les devoirs), le fonctionnement intellectuel et l’apprentissage. Ne serait-ce que les effets de la télévision sur le sommeil quand vous avez 800 000 gamins en France de 4 à 10 ans qui sont devant la télévision encore à 10h du soir et qui sont de nouveaux devant la télévision le matin quand ils se lèvent à 8h. Comment voulez-vous qu’ils fonctionnent à l’école ces gamins. Donc des difficultés, le sommeil mais pas que ça, l’apprentissage et les résultats scolaires. Alors je vais commencer par les résultats scolaires parce que en fait ils agrègent un peu tout ce qu’il y a avant. Que si avant ça dysfonctionne, vous allez voir ça sortir dans une note « unique » ou dans un résultat unique qui est le résultat scolaire. Ça n’est pas pour stigmatiser le rôle de l’école ou pour dire que les notes c’est bien ou pas bien, c’est juste parce que c’est une mesure qui est relativement générale de ces choses-là. Y a t il des psychologues parmi vous ? Alors un petit dessin : le test du bonhomme. On fait faire au gamin (5 ans) un dessin d’un petit bonhomme. Ce test mesure beaucoup de choses, son coup de crayon mais aussi sa représentation, son rapport à l’autre, la représentation qu’il a de l’autre, le symbolisme. Ce test-là il corrèle avec le test de QI. C’est à dire que les gamins qui réussissent bien à ce test ils ont en général des QI plus élevés que la moyenne. Un pédopsychiatre allemand a demandé à des gamins de faire des dessins. Âge 5 ans. Evidement ils sont issus du même milieu sinon ça n’a pas de sens.

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En haut, des gamins qui regardent « peu » la télévision. Et en bas des gamins comparables en terme d’âge, de sexe, de milieu socio-culturel qui regardent beaucoup la télévision. Ce n’est pas la meilleure étude qui a été réalisée sur le sujet. Mais si il y avait un message à faire passer, il est là. Ne vous précipitez pas chez vous pour faire dessiner notre enfant si vous en avez ! âge 5 ans ! 5 ans !

Je voudrais qu’on parle maintenant des résultats scolaires. Pour comprendre comment ça marche l’étude suivante, il y a plusieurs façons d’étudier la télévision. Il y en a une qui consiste à suivre des cohortes d’enfant pendant des années. Ils les ont suivi pendant plus de 25 ans. Donc ils les ont pris quand ils étaient tous petits. Et ils ont mesuré tout un tas de paramètres, l’âge, le sexe, le poids, le niveau socio-culturel, etc, etc. Après ils se sont demandé, on peut avec des outils statistiques simples, prendre en bout de chaîne un paramètre, exemple : est-ce qu’ils réussissent à l’école ? Est ce qu’ils ont des problèmes d’attention ? Et il y a des outils statistiques assez simples qui permettent parmi les paramètres qu’on a enregistré, de savoir lesquels ont joué un rôle et surtout quel est le poids de chacun de ces paramètres. Donc, quand on vous dit c’est l’effet de la télé, oui, c’est l’effet de la télé ! Si vous ne contrôlez pas au niveau socio culturel et que vous savez qu’il y a plus de télé dans les milieux défavorisés, ça ne voudra rien dire. Mais toutes les études – même si on tend à nous dire le contraire – toutes les études qui sont publiées prennent évidemment en compte ces facteurs-là et notamment, le niveau socio-culturel. Sinon ça n’a pas de sens. Vous ne publiez pas une étude dans la littérature scientifique si vous n’avez pas ça.  

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Une heure de télé par jour à l’école primaire = 43% de chance de sortir de l’école sans diplôme.

Si votre gamin à la fin de l’année, il rate le bac, il y a peu de chances que vous pensiez à la télévision qu’il a regardé quand il était à l’école primaire et pourtant, ça sera peut-être pas le seul facteur mais c’est un facteur qui va augmenter très sérieusement les risques que ça arrive. Alors on comprend mieux ce qui se passe après et on va prendre au autre exemple pour montrer que c’est bien causal. 0h22’34’’ Ils ont pris des ados de 14 ans qui regardaient la télévision, disons juste moins de 2 heures par jour. Et puis ils les ont suivis pendant 2 – 3 ans et ils se sont dit, il y en a qui ont augmenté leur consommation, ils y en a qui l’ont diminuée. Il y en a qui ont découvert le tennis, le base ball, etc. et donc ils ont moins regardé la télé. Pour ceux qui ont diminué leur consommation de télé, leur risque d’échec scolaire a diminué de 50%. L’échec scolaire, c’est redoublement, se faire virer de l’école et se retrouver – aux Etats Unis ils notent de A à F – c’est se retrouver dans le E - F. Et évidemment, ceux qui ont augmenté leur consommation ont augmenté leurs risques d’échecs scolaires sur la même période. Donc, il n’y a pas plus causal que ça. 0h23’10’’ Je vais vous parler de 2 facteurs : l’attention et le langage qui sont parmi les plus touchés.

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Les influences de la télé sur l’attention
Il y a une mère qui m’a dit l’autre jour : « franchement, si la télé ça pourrit l’attention, ça n’est pas vrai, j’y crois pas ! Je prends mon gamin, je le mets sur une chaise, je le mets en face d’un jeu vidéo, d’un dessin animé, je reviens 3 heures après, il est toujours devant, il n’a pas de problème d’attention ! Voilà ! » Donc, il y a deux types d’attention : il y a l’attention captée et l’attention dirigée. Dans l’attention capée c’est l’environnement qui va venir capter votre attention. Ça démarre du mollusque qui se tourne vers le soleil, chez le rat, le chat, le primate, tout ce que vous voulez jusqu’au bonhomme. Quand votre enfant nait, il est livré avec un système attentionnel en kit qui est tout fait. Quand il y a quelque chose qui apparaît dans notre environnement, quelque chose de nouveau, quelque chose qui surprend, on porte notre attention dessus. C’est un réflexe, au même titre que quand vous avez quelque chose d’inattendu ça ne passe même pas par le haut du cerveau, ça n’est même pas réfléchi. Vous tournez votre attention. Il y a deux raisons à ça. Si vous avez quelque chose d’inattendu – moins maintenant – c’est soit quelque chose qui vient vous bouffer et il faut réagir vite, soit quelque chose à bouffer et il faut réagir encore plus vite ! En gros, on peut le résumer comme ça. Donc, ce système là, c’est le système qui est utilisé par la télévision, notamment chez l’enfant. Les images rapides, ce sont des images pour capter ce réflexe attentionnel. Et la mère qui voit son gamin devant la télé et qui regarde la télévision dit : « regarde comme il aime ». Le gamin, il est en train de devenir marteau. On est en train de solliciter constamment un réflexe qui est censé marcher de façon quand même épisodique. Et c’est pour ça que les gamins qui regardent la télévision avant d’aller à l’école, par exemple, mobilisent énormément leurs ressources cérébrales. On ne fait pas marcher un réflexe comme ça. Ça use, ça enlève l’essence du moteur. Et quand il arrive à l’école et qu’il a passé ¾ d’heure ou une heure devant la télévision, franchement il n’y a plus rien dans le système. Vous avez un zombie et il faut que le système se remette sur pied. Donc, en dehors de ce système d’attention, vous avez une attention dirigée.

Là, c’et le cerveau qui va mettre l’ensemble de ses ressources sur une tâche donnée. L’attention, c’est vraiment la colonne vertébrale de l’intelligence. Sans attention il n’y a rien qui fonctionne. L’attention fait quoi ? On peut la voir un peu comme un chef d’orchestre pour faire
Transcription Claudine Toussaint  

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très simple. Il y a un chef d’orchestre là-dedans qui va contrôler ce qui remonte. Dès que les informations vont remonter et passer par les relais de bas- niveau du cerveau, dès ce moment là, elle est filtrée. L’attention ne laisse passer que ce qui l’intéresse, ce qui permet d’inhiber les interférences notamment. Ensuite, quand ça arrive en haut, il va falloir sélectionner les joueurs. Il va falloir sélectionner dans le cerveau, faire taire tous les gens qui n’ont rien à dire, en gros. Et tout ça, ça s’apprend. C’est un système qui s’apprend. Et qui s’apprend dans l’activité : le jeu, chez l’enfant et puis un peu plus tard, la lecture, l’activité sportive, le jeu d’échec, etc. il y a plein d’activités qui développent l’attention. Il y a un très beau bouquin de Christophe André sur la méditation où il explique assez bien ça, que la méditation développe chez l’adulte l’attention. Et ce qui est important avec ce système attentionnel, c’est qu’il se développe tout au long de la vie. Mais si les fondations sont mal posées, c’est mal parti d’en bas et qu’en bas c’est tout petit, votre lego ne montera pas bien haut. Et voilà ce que fait la télévision sur votre système attentionnel, pas le système réactif, car quand on parle d’attention les gens vous parlent de l’attention vraiment dirigée, mais en fait la télévision mobilise l’autre : l’attention captée. Quand on regarde cette attention dirigée, on la réactive. Quand on vous parle de l’attention dirigée, celle qui permet au cerveau de vraiment éliminer tout ce qui n’est pas pertinent et de mettre toutes ses ressources sur une tâche donnée. Alors voilà : mêmes études. Pour une heure de télévision par jour à 3 ans, deux. Ensuite on refait ça plus loin. Vous prenez des gamins d’âge supérieur : de 5 à 11 ans. Et vous regardez l’augmentation des troubles attentionnels à 13 ans : plus 50%. Mais attention, ça vient pas de ce qu’il y a avant. Parce qu’au début de l’étude suivante, on mesure les compétences attentionnelles de l’enfant. On sait d’où il part. Les troubles éventuellement arrivés d’avant sont pris en compte. Et ils n’ont rien à voir avec ces 50%. Les deux s’additionnent ! Il y aura peut être une étude, je pense que ça va bientôt sortir mais suivre les gamins pendant 30 ans c’est du boulot. Donc il y a des équipes qui sont en train de faire ça, je ne sais pas quand ça va sortir. Même chose, une heure par jour à 14 ans, dans le même contexte et les troubles attentionnels initiaux et vous augmentez encore de 44% ces troubles attentionnels à 16 ans. Tout ça, ça
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les

probabilités

de

troubles

attentionnels à 8 ans sont multipliés par

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s’additionne. Et petite cerise sur le gâteau : les troubles attentionnels à 16 ans multiplient les risques d’échec scolaires par quatre. Donc on tape sur les instit, on tape sur l’école, mais je ne suis pas sur qu’elle soit seule responsable des problèmes que peuvent avoir les gamins dont ils ont la charge. Dès fois c’est un peu subtil, je vous ai dit que l’attention se développait tout au long de la vie. Je vais prendre un exemple. Vous avez un adulte, Papa qui repasse dans le salon (NDLR : avec un fer à repasser, pas qui traverse le salon), et évidemment, le gamin vous savez pas quoi en faire, en gros, il vous prend un peu la tête. Donc vous avez un petit parc, vous le mettez dedans et vous avez l’impression qu’il ne fait rien. En fait il se passe plein de choses. Si on pouvait enregistrer ce qui se passe dans son cerveau, ça serait un feu d’artifice. C’est un miracle de l’évolution. Donc, vous avez l’impression que vous avez un bovin apathique qui ne fait rien pendant que vous repassez et en fait vous avez un truc qui est en train de se construire et de s’allumer dans tous les coins. Et ça progresse de façon assez prédictible. L’enfant va commencer, quand il est tout petit par prendre un objet, Sophie la girafe au hasard ! Il prend Sophie, il la regarde trois secondes, il en a marre, il la jette. Et le lendemain, il la prend un peu plus longtemps. Et puis il la regarde un peu plus longtemps. Le regard, c’est un signe d’ancrage attentionnel. C’est à dire que quand l’enfant est attentif, il porte son regard dessus. Il va la prendre plus longtemps, puis de plus en plus longtemps. Et puis au bout d’un moment, il va prendre Sophie la girafe et il va prendre autre chose. Et il va mettre les deux ensemble. Et ça va être de plus en plus compliqué. Si vous regardez les bouquins de neuro psychologie, les signes de retard du développement, par exemple, ce sont des jeux plus courts, des changements d’objets précoces. C’est une attention qui est mal focalisée sur l’objet sur lequel vous jouez. Vous pouvez prédire de là que l’enfant a un retard de développement. Qu’est-ce qui se passe avec la télévision ? Le gamin est dans son parc, il choppe Sophie la girafe et Papa repasse. Il regarde la télé évidemment. Et il se dit : « pas grave ! ». De temps en temps, il y a une image ou un son plus fort. Le bébé lâche Sophie et il regarde. Parce que son système attentionnel le porte à regarder. Il y a eu un son, cela l’a inquiété, il a regardé. Une seconde. Juste une seconde. Il n’a besoin que de ça. Les gamins, dans cette étude, regardent la télévision entre 2 et 5% du temps. Mais cette seconde-là, elle fait que : il a Sophie la girafe, il a regardé et il a perdu Sophie la girafe. Il recommence autre chose. Cette complexification, elle ne se fait plus. Et vraiment, vous portez atteinte au développement de l’attention et du système juste par ça. Parce que ces gamins-là qui sont devant la télévision, même si elle est d’arrière-plan, même si c’est pas eux qui la regardent, même si ils ne font que jouer à côté – on parle de jeunes enfants de 1 à 3 ans - ils changent de jouets plus fréquemment, ils présentent des schèmes de jeu beaucoup moins riches, ils affichent des plages de jeu raccourcies, c’est moins compliqué et c’est
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plus court. Et en plus ils sont moins concentrés. Juste du fait de la télévision. Parce que la télévision va happer l’attention et que, quand vous êtes interrompu au milieu de quelque chose, à nous il nous faut déjà du temps pour revenir dans le machin. Vous êtes en train de faire quelque chose, vous avez un mail qui arrive ou un psychopathe qui vous appelle sur votre portable quinze fois par jour, vous répondez, vous posez votre portable, il vous fait un peu de temps pour revenir en concentration. Le gamin ne fait pas ça. Il pose, il prend autre chose, il part ailleurs. Et donc, au lieu d’avoir un jeu qui est de plus en plus complexe, il a une somme de jeux mis bout à bout. Et ça c’est une atteinte directe au développement de l’attention, notamment, et de tout le reste du système. 0h31’29’’

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Les influences de la télé sur le langage
Le langage est un des éléments qui déguste le plus. Je vais commencer par un petit truc général pour vous donner une idée de ce que fait la télévision, globalement. Les étudiants américains passent un test d’entrée à l’université qui s’appelle SAT (Scholastic Aptitude Test). C’est en partie verbal. Ceux qui ont un bon score vont dans une bonne université, ceux qui ont un score moyen vont dans une université moyenne et puis les autres vont là où il reste de la place. Dans les années 60 – 70, le résultat au test était à 550. C’était la moyenne au test. Et puis les résultats à ce test se sont effondrés en peu de temps, en moins de 10 ans. Il a perdu 10%. 10% sur un test super standardisé, c’est comme si la médiane de l’intelligence (QI) qui est à 100 aujourd’hui, demain, si on les testait, ils étaient tous à 90.

Ça n’est pas négligeable quand même. Donc ils ont perdu 10% et après ça s’est stabilisé. On s’est dit, franchement, qu’est ce qui s’est passé ? Il y a donc eu plein d’hypothèses plus ou moins farfelues, plus ou moins racistes. Il y en a qui ont dit : « Ah ! Les noirs sont arrivés à l’université ! ». ça n’a pas marché. « Ah non ! C’était pas les noirs c’était les hispaniques ! » Après c’était les femmes. Mais ce n’était pas encore ça. Après il y a eu les instits, les livres scolaires, etc. un peut tout mais rien ne marchait parce que rien ne corrélait dans le temps et rien ne se calait et tout foirait. Alors il y a une psychologue qui s’est dit : « puisque le langage se développe tôt, qu’est-ce qui s’est passé chez ces gamins-là quand leur langage s’est développé ?

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Au début, quand tout se passait bien, résultat à 550, il n’y avait pas de télévision dans les foyers. Et la télévision est arrivée très vite. En 10 ans elle avait colonisé plus de 90% des foyers américains. En 7 ans, elle était à plus de 75%. Pour donner un ordre d’idée, le réfrigérateur a mis plus de 60 ans, la radio plus de 50 ans, etc. l’automobile plus de 80 ans, le livre plusieurs siècles, etc. etc. La télévision est l’objet qui est rentré le plus vite dans les foyers. Ici (NDLR : en France) c’était 30%, donc 30% des gamins ont été élevés avec la télé, on parle de score moyen de la population. Et puis ça a continué, à 70%, 93%, 98% et quand tout le monde l’a eu, les résultats au test n’ont plus bougé, comme par miracle ! Et c’est le seul facteur qui explique cet effondrement. Ça montre une autre chose. Des gens vous disent : « Non mais franchement ! moi j’ai regardé la télé et j’ai fait polytechnique ! ». Ok ! Tous les mecs qui vont passer le concours maintenant, ils sont là. Donc forcément il y en a qui vont l’avoir, mais si vous comparez ceux là avec les pépères du haut (la gauche du tableau), là ça va commencer à être plus délicat. Voilà. C’est le phénomène de l’effondrement du langage, ce fameux débat sur le niveau qui baisse, baisse pas. Prouvons maintenant les effets de la télévision sur le langage. 0h34’44’’ Que  nous  dit  l’industrie  sur  les  effets  de  la  télévision  ?   Voici une anecdote qui m’éclate. Il y avait un gars qui était au supermarché avec sa femme. Et sa femme trouve un DVD, elle le prend, c’est un truc pour le développement du langage et dit : « regarde, pour la petite ». Le mec, enthousiaste, prend le DVD, le retourne, il voit le prix. « T’es sure ?, oh je sens pas bien ». Et là le gars, il a pris une volée de bois vert : « il y en a que pour ton foot, père indigne, etc. ». Donc il a pris le DVD et l’a mis dans le caddie. Et ce qui m’a frappé c’était cette femme qui pensait vraiment, en toute bonne foi que si elle n’offrait pas ce DVD, que
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si elle n’exposait pas sa fille à ce DVD, il allait y avoir un préjudice pour le développement engagé. Et voilà ce qu’on nous raconte. Ce sont quelques exemples parmi d’autres.

Voici un DVD Brainy Baby avec lequel vous allez développer le langage et la logique. Puis avec Baby Einstein enrichit le vocabulaire de l’enfant à travers la beauté de la poésie, de la musique et de la nature ! Franchement, vous êtes parents, vous voyez ça, vous êtes vraiment indignes si vous n’achetez pas ce truc ! Baby TV les histoires et les rimes, contribue à apprendre le langage. Voilà ce que dit l’industrie. 0h36’35’’ Voilà  ce  que  montre  la  recherche.   Juste un exemple, une étude parmi plein ! Les chercheurs ont voulu savoir si ces DVD de l’industrie, ça marche ?! Ils sont allés dans des familles avec des enfants de 10 à 12 mois et ils ont fait 3 groupes. ü Un premier groupe, ils ont dit bonjour, on revient dans un mois, salut ! ü Un deuxième groupe, ils ont dit bonjour et ont donné une liste. Voilà 25 mots, des mots de base (table, chaise, etc.), on revient dans un mois, il faut que vous les ayez enseignés à votre enfant. Salut ! ü Un troisième groupe, ils ont dit bonjour, voilà un DVD, montrez-le à votre enfant, ça va faire du bien à son langage. Et dedans, il y avait effectivement les 25 mots répétés 3 fois, 40 min le DVD. 5 sessions par semaine pendant un mois. Les enfants ont entendu 60 fois chaque mot. Dans la vie courante, un enfant quand il entend 4 – fois un mot, si il ne l’a pas enregistré, soit il faut lui faire greffer un cerveau, soit il faut consulter. Un gamin apprend très vite, surtout des mots courants comme table, chaise, etc. Alors qu’est-ce qui s’est passé ? Quand ils sont revenus, les gamins dont les parents avaient une liste de mots à leur enseigner,
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tous ces gamins-là ont apprit les 25 mots sans problème. Ceux qui avaient le DVD. Ils n’ont pas appris plus de mots que ceux qui avaient rien fait puisque c’était un groupe contrôle. Ils n’ont pas appris plus de mots que ce groupe là. Et non seulement ils n’en n’ont pas appris plus mais ils en ont appris moins. Pas plus, ok, mais moins ! Là franchement tu charries garçon ! Imaginez la situation. D’abord le langage, c’est de l’orfèvrerie, de l’horlogerie évolutive, je ne sais pas comment appeler ça, c’est un miracle. Je ne sais pas si vous avez déjà vu une mère parler à son bébé, franchement c’est drôle : le bébé fait Ouin ! la mère fait Ouin ! etc. On a l’impression au début que c’est le bébé qui imite mais pas du tout, dans la première année, c’est la mère qui imite le bébé. Le bébé fait un bruit et la mère lance la machine. Ça lui apprend l’échange, les mots, ça forme l’appareil phonatoire. La télévision ne fait pas ça. Le bébé fait Ouin, la télévision continue son affaire, et surtout plus grave. On est très très fort, nous les humains pour savoir où regardent nos congénères. A quelques dixièmes de degré près on sait exactement où se porte le regard de notre voisin. Si vous vous promenez tranquille dans le bus et que vous espérez regarder la voisine, ça ne marche pas ! Parce qu’on le voit. Et donc la mère, quand le bébé regarde un objet, elle nomme cet objet. Si il regarde la chaise, elle dit chaise, si il regarde la table, elle dit table. La télévision, dans le DVD, vous avez la table qui sort du sol et la télévision dit « table ! » mais si le gamin est en train de regarder la chaise ! et le coup d’après, la télévision dit encore « table ! » mais l’enfant est en train de regarder le pot de yaourt. Et vous vous étonnez qu’après le gamin, dans ses neurones, il ne s’y retrouve plus ! Donc, la télévision, non seulement ça ne marche pas mais ça ne peut pas marcher. Et ça a des déficits. Et ils ont fait une étude à long terme sur les enfants qui utilisaient ce genre de DVD. Une heure par jour de ces programmes « éducatifs » qui vont les rendre super intelligents et développer le langage et faire des Einstein à tous les coins de rue, c’est 10% de lexique en moins ! Il y a plein d’études qui montrent que les déficits précoces du langage, on a toutes les peines du monde quand c’est possible, à les rattraper plus tard. Pour ces 10% vous allez ramer et vous n’êtes pas certain de les chopper. Quand le train est passé, il est passé. Il n’y a plus de cadencement dans l’ontogenèse. Le cadencement est unique. Donc 10% de lexique c’est énorme à cet âge-là. Une étude plus générale, sur des enfants qui regardent la télévision du tout venant, des programmes jeunesse notamment et surtout, qui vont regarder la télévision 2 heures par jour, c’est la moyenne entre 15 et 48 mois, vous multipliez par 3 le risque que ces enfants là aient du
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retard de langage. Si vous avez mis vos gamins devant la télévision avant 1 an - en France c’est 70 à 80% des gens qui exposent leur enfant, pas forcément 2 heures - même si vous l’avez mis 5 minutes par jour, vous l’avez mis avant 1 an, ça n’est plus 3 fois c’est 6 fois, le facteur de risque que l’enfant ait un déficit de langage. Pourquoi ? La télévision, en France est allumée à peu près 6 heures par jour et quelqu’un du foyer qui la regarde, repasse devant. Les chercheurs, ils ont pris 4 heures pour faire leur étude. Ce qui prédit le développement de l’enfant - des chercheurs qui ont suivi de façon obsessionnelle plusieurs dizaines de familles pour voir comment l’enfant apprenait le langage - ils se sont aperçus que vraiment le déterminant c’est le nombre de mots que l’enfant entend et le nombre de mots qu’il prononce. Ils ont regardé des familles avec des niveaux socio-culturels différents. Plus on monte dans l’échelle plus l’enfant entend de mots et plus il est sollicité à parler. Et la différence, elle est là. Et à partir de ce simple nombre de mots, ils ont réussi à prédire le QI de l’enfant à 9 ans et sa réussite scolaire. Donc c’est quand même un prédicteur qui n’est pas tout à fait négligeable. Le nombre de mots entendus avant 3 ans, c’est ce qui va prédire le QI de votre gamin à 9 ans. Quand vous avez la télévision, forcément vous ne parlez pas avec votre gamin. Que ce soit lui qui la regarde ou que ce soit vous, quelque soit la personne qui regarde la télévision. En moyenne un enfant va entendre 13500 mots quand il n’y a pas de télévision. Quand vous allumez la télévision, il ne va plus en entendre que 10 000. Ça eut dire que, à la fin de son enfance, c’est des millions de mots qu’il n’aura pas entendu, des millions de répétitions et des millions d’occurrence. Et c’est millions de fois où il n’aura pas été sollicité pour parler. Pour vous donner un ordre d’idée, c’est 25% de mots en moins. C’est énorme. 0h42’33’’ ça donne un ordre d’idée sur ce que sont ces 25%. Dans la famille, Madame parle beaucoup plus à son enfant que Monsieur. Ce sont les chercheurs qui ont trouvé ça. 70% des mots c’est la mère. Et 30% des mots c’est le père. Ça, ça veut dire que quand vous mettez la télé, papa, il est muet. Papa ne parle plus. Un autre exemple pour voir ce que ça donne quantitativement. On parle plus dans les milieux sociaux favorisés que défavorisés. Quand vous amenez la télé dans un milieu favorisé, c’et comme si vous mettez votre gamin dans un milieu défavorisé. La perte de mots est à cette échelle là. On n’est pas dans des choses négligeables, on n’est pas dans du marginal. Et ce sont des mécanismes qui sont clairement établis. Demandez-vous si vous parlez autant avec nos enfants quand la télé est allumée ? Là, c’est le langage mais c’est pareil, vous jouez moins avec lui, quand
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il est dans sa poussette avec Sophie la Girafe et qui fait ses machins, si le père il est en train de regarder la télé, jamais il interagit avec son gosse, jamais il prend Sophie, lui tire l’oreille. Tout ça enrichit énormément le développement de l’enfant. Ces interactions sont extrêmement importantes entre les parents et les enfants. C’est important au niveau du langage, mais aussi au niveau du reste. La télé assassine tout ça. 0h43’57’’.

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Les influences de la télé sur la santé
Action de la télévision sur le sommeil, sur l’obésité mais je n’en parlerai pas, le tabagisme, l’alcoolisme, la sexualité, l’image du corps, la sédentarité, tout ça c’est ce qui est assassiné par la télévision. Allez ! Un petit mot quand même sur l’obésité, juste parce que ça me permet de dire que, quand on parle des effets que peut avoir la télévision, les gens disent : « Ouais ! La télévision est responsable de tous les mots, Tout ça ! bah ! Alarmistes ! ». L’honnêteté me permet de dire que la télévision n’est pas le seul facteur en cause sur ces choses-là ! Mais c’est un facteur important. Il y a d’autres facteurs : sociaux, etc. Mais ça n’est pas parce que la télévision n’est pas le seul facteur, mais elle joue un rôle et parfois le rôle le plus important. Surtout ça n’est pas pour ça que ça n’est pas un facteur important. L’obésité, notamment l’obésité infantile. Le problème de la télévision, c’est vraiment l’obésité infantile. Un homme politique des verts a essayé de faire passer un projet de loi pour réguler un peu la pub, ça ne marche pas. Un enfant qui regarde la télévision 2 heures par jour à 3 ans, a 3 fois plus de chances d’être en surpoids. Un gamin qui est en surpoids, il a 8 chances sur 10 de le rester à l’âge adulte. Il le traîne longtemps. Avec l’obésité, il y a plein de facteurs : le manque d’exercices, est-ce qu’il y en a parmi vous qui sont au régime ? petite astuce : si vous mangez votre pizza devant la télévision, vous en mangerez 30% de plus parce que les mécanismes de satiété sont perturbés et puis vous recommencerez à manger plus tôt après. Et surtout vous mangerez plus encore une fois après. Et puis ils ont fait des petites études, mais ça marche avec la télévision, ça marche avec les aliments, ça marche avec le tabac, ça marche avec l’alcool. Ça marche avec un peu tout. Si vous montrez à des gens un petit film comme ça avec des gens qui mangent dans le film, même si ils ne les perçoivent pas consciemment et qu’après ils sortent pour aller manger, ils mangeront deux fois plus, boirons deux fois plus, etc. tout ça sont des choses qui ne sont pas enregistrées consciemment. Ce sont des facteurs qui jouent. Donc dans tous ces calculs là (tableau) la télévision n’est pas le seul facteur mais elle est un facteur majeur. 0h46’55 .
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Je vais vous parler de l’espérance de vie. Influence  de  la  télévision  sur  l’espérance  de  vie   « Ouais ! Franchement, la télé ça n’a jamais tué personne, tu exagères ! » Ben si ! Petite étude australienne. A la fin (âge avancé) la télé, juste pour la sédentarité le fait que quand vous la regardez vous êtes assis, vous coûte 2,5 à 3 ans d’espérance de vie. Ça, c’est chez l’adulte, mais chez l’enfant ! 1 heure de télévision pour jour – entre quelqu’un qui va la regarder 2 heures et quelqu’un qui va la regarder 4 h – c’est la moyenne pour cet âge-là – vous allez augmenter quasiment par deux le risque de maladies cardiaques fatales. Et ça se trace très loin car l’enfant quand il va être devant la télé, son système cardio vasculaire – qui va se développer, au moment de l’adolescence notamment – va moins bien se développer. Le diamètre artériel, pour l’enfant qui regarde la télé 1 heure par jour, ce diamètre artériel diminue. Quand l’homme va faire un arrêt cardiaque, ou un AVC quand il aura 50 ans, personne ne se dira que c’est parce qu’il a regardé la télévision quand il avait 13 ans. Et pourtant c’est déjà là. Parce que ça altère le développement de ce système. Moins l’artère est développée moins elle est large et plus il y a de chances que ça se bouche. Alors juste pour que ça soit clair au niveau des temps, parce que 2 ans et demi – 3 ans, vous vous dites : « Heu ! je m’en fous ! ». Les chercheurs ont fait cette étude sur plusieurs milliers d’individus. Et si vous ramenez ces 3 ans là au nombre d’heures télé regardées… Chaque fois que vous vous posez pour regarder Dr House pour savoir si le mec va mourir à la fin, ça vous rapproche de 22 min de la votre ! 0h48’45’’ NDLR : quelques questions de l’assistance. 0h51’29’’ Je vais prendre l’exemple du tabagisme pour la santé. Influence  de  la  télévision  sur  le  tabagisme   Si il y en a qui fume parmi vous, je suis désolé. Ça n’est pas ni pour culpabiliser les gens ni pour émettre un jugement, mais c’est assez emblématique. 80 -98% des gens qui fument voudraient bien arrêter. Ils n’y arrivent pas parce que c’est super compliqué car une fois que c’est dans le système, c’est dans le système. Le tabagisme est particulièrement intéressant parce qu’il ne devrait y avoir aucun lien entre la télévision et la consommation tabagique. Aucun lien parce que la publicité est interdite, les
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placements de produits sont interdits, donc ça sevrait être zéro relation. L’industrie du tabac perd beaucoup de monde en bout de chaine, quelques morts à l’arrivée. Si elle ne choppe pas les gamins jeunes, elle ne les choppe jamais. Si vous n’avez pas commencé à fumer avant 20 ou 21 ans, vous ne fumerez jamais à quelques exceptions près. Sur l’ensemble de la population, il y a très très peu de chance que quelqu’un qui n’a pas fumé se mette à fumer un jour. Donc il faut coincer les gamins quand ils sont ado ! Le facteur principal de conversion d’un ado au tabagisme, ça n’est pas de savoir si ses parents fument, ça n’est pas de savoir si ses copains fument, c’est de savoir ce qu’il a vu à la télé. C’est le facteur qui pèse le plus lourd. Alors on a l’impression que ça diminue, mais pas du tout. Dans 70 à 75% des films de la dernière décennie vous avez des images tabagiques. On ne les voit pas toujours. Je me souviens de ce débat après Avatar où on demandait aux gens « est-ce que vous avez vu des scènes tabagiques ? Les gens disaient non et pourtant il y avait cette scène mémorable notamment ou Sigourney Weaver sortait de son espèce de sas, et la première chose qu’elle disait après avoir passé des mois, des années dans son voyage, c’est « Oh ! Une cigarette, j’ai besoin d’une cigarette ! ». Une fois ça va, mais quand c’est des milliers, et des milliers, des milliers de fois, que c’est répété. L’autre jour j’étais dans le train, un homme regardait un film : Démineur. L’acteur, c’était un viril, un vrai. Et ce personnage, chaque fois qu’il déminait une bombe, il suait, après il sortait sa cigarette, il tirait dessus et disait : facile ! Voilà, des milliers, des milliers, des milliers de fois. Tout ça pour arriver au fait que les représentations du tabagisme dans les films sont extrêmement positives. Ce sont des gens qui sont socialement accomplis. Ce sont des super nanas, des mecs qui ont la super grosse voiture, qui réussissent bien. C’est toujours festif et surtout les effets négatifs ne sont jamais appréhendés, ou très rarement. Les mecs n’ont pas de cancer, ne sentent pas mauvais, n’ont pas les dents jaunes, n’ont pas d’asthme, rien ! Jamais !
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Tout ce que je vous dis pour le tabac je pourrais vous le dire pour l’alcool, pour l’obésité, je vous dirai quelque mots sur la sexualité mais c’est pareil. Donc ce sont des milliers et des milliers d’expositions. Le facteur de risque entre les gamins qui vont être le plus exposés à ces images là et les gamins qui vont être le moins exposés va augmenter la probabilité qu’un enfant se mette à fumer entre 3 et 4 fois. Donc vous avez 4 fois plus de chances de faire un fumeur si il a été exposé à ça. Vous dites à un gamin : « Bouh ! Fumer c’est pas bien ! » ou « Bouh ! Vous envoyer en l’air sans préservatif c’est pas bien ! » ou « Bouh ! Picoler c’est pas bien ! » Le gamin il entend ça et après qu’est ce qu’il voit ? Il voit des milliers et des milliers d’occurrences d’images qui font que, il n’y a pas de problème, c’est toujours la star, le beau mec, c’est toujours la super nana, ils ont toujours des super situations, c’est toujours des situations extrêmement festives, extrêmement plaisantes dans lesquelles on voit apparaître ces comportements là. Et le cerveau finit par imprégner tout ça. Ça a un impact. Et le cerveau finit par se dire : « Bhou ! Peut être mais regarde ! ». Le cerveau ne réfléchit pas comme nous, si je peux m’exprimer ainsi. Le cerveau ça rentre et il prend, sans vous le dire. Vous, vous dites : « Bhou ! » mais lui dit : « Pas mal la gonzesse ! » etc. etc. Et ça finit par rentrer dans le système, mais vraiment. Je vais vous le montrer. Voici des études épidémiologiques avec les mêmes outils statistiques utilisées partout, en cancérologie, des outils standard, universels. 52% des ados ont essayé parce qu’ils ont été exposés à des scènes tabagiques à l’écran. 1 sur 2, qui a allumé une clope parce qu’il a regardé la télé ! 33% sont devenus des fumeurs chroniques via la télévision. C’est le facteur qui pèse le plus lourd. Ça aux USA mais en Europe c’est à peu près pareil. C’est 145 000 morts par an. Mais on nous dit, ça na jamais tué personne ! 0h56’00’’ Juste quelques images pour vous montrer que c’est toujours des boudins qui fument dans les films ! Avec des dents cariées, etc. NDLR : suit un extrait de scènes tabagiques idéalisées. En France on a un truc génial qui s’appelle « Tout public ». ça veut dire : tout le monde peut regarder, même les enfants. Aux Etats Unis et en Allemagne, ils ont un système ou certains films sont interdits au moins de 17 ans. Donc ils ne peuvent pas aller les voir en salle. A la télé ils sont codés. Les parents ont deux solutions, soit ils font respecter ça et disent à leurs ado moins de 17 ans : « même pas t’y penses ! », soit vous avez la méthode humaine : « mon fils, t’es autonome,
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vas-y, fais ce que tu veux ». Ce n’est pas l’objet de savoir si une méthode est meilleure que l’autre, mais ceux qui ont une restriction sur ces films là par rapport à ceux qui ont accès, ont trois fois plus de chance dans la population générale de se mettre à fumer. Si maintenant vous considérez que les familles où les parents ne fument pas les frères et sœurs ou les proches ne fument pas, entre le gamin qui n’est pas exposé à ces films et le gamin qui les voit, c’est 10 fois plus de chance que ce gamin là se mette à fumer. On n’est pas dans le marginal. Juste un exemple pour montrer comment le système s’attaque aux ados, sous des apparences de créativité. Dans un film tout public, l’histoire c’est la fille d’une candidate aux élections présidentielles des Etats-Unis qui fait par faire l’amour avec sa prof, l’ado est douée, super créative, belle, etc. et voici quelques images de ce film (Loving Annabel, sorti en 2006 ou 2007. NDLR : M Desmurget décrit le film : Au début vous avez la cigarette mais ça n’est pas suffisamment rebelle, ça ne fait pas suffisamment djeuns ! Maintenant c’est le pétard, avec la nature, les grillons. La dame qui arrive, c’est sa prof qui au début lui a dit « fumer c’est pas bien », « mais maintenant qu’on se connaît je peux te dire la vérité, c’a n’est pas si mal ! » 1h01’00’’ Ce qui m’amène à la sexualité

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Influence de la télévision sur la sexualité
Qui est aussi un problème important. 70% des programmes « tout public » contiennent des références sexuelles à hauteur de 5 incidents par heure. Alors ça n’est pas toujours un coït. Mais quand c’est un coït effectif dans la majorité des cas, dix minutes avant les gens ne se connaissaient pas. Donc le schème principal c’est : « salut, comment-tu-vas-mets-toi-sur la-table-on-fait-notre-affaire-et-on-s’enva ! ». En gros ça se passe comme ça une fois sur deux. Le préservatif, vous ne le voyez jamais, il ne sort pas. Sur 4 ou 800 films, ils ont retrouvé 1 préservatif qui sortait de sa pochette ! Encore une fois par de référence aux effets potentiellement négatifs, MST, grossesses précoces, etc. ça non plus ça ne sort pas. C’est toujours positif, beau mec, etc. pour que les parents soient bien conscients de ce que les gamins regardent. Messages sexuels dans les clips musicaux. Vous connaissez Rihanna. Voilà 2 clips préférés des gamins : Rihanna et Fifty ( ?). C’est une partie de la vidéo de Bruno Harle1 pédopsychiatre brillant qui travaille beaucoup là-dessus et sur les jeux vidéos. Le rôle de la femme dans les stéréotypes sociaux c’est : sois belle et tais-toi. Tout ça a des incidences. Les ados exposés à ça, à ce genre d’images, à terme ça veut dire : « tout le monde couche ? ». ça veut dire « ya pas d’effets négatifs ? », ça veut dire que c’est marrant, c’est sympa, c’est plutôt cool. Ça veut dire surtout : « si je couche pas je suis nul » ; donc tout ça nous amène à des passages à l’acte plus précoces, moins protégés et avec une multiplication de partenaires. Une autre étude : des adolescentes de 13 ans, pour celles qui regardent le plus la télévision par rapport à celles qui la regardent le moins avaient 3 fois plus de chances de faire une grossesse précoce. Une autre étude similaire portant sur les clips : les gamins exposés à ces clips ont plus de chances de contacter des maladies sexuellement transmissibles (MST incluant le HIV). Encore une petite étude sur l’image du corps. Ma fille a été voir une série chez une copine en vacances, ça s’appelait Cœur océan, moi j’ai regardé après. Ce sont des ados qui sont beaux, sur une île paradisiaque, la mer autour, ils sont bêtes s’en est terrifiant ! Et la question qu’ils se posent                                                                                                                
1  http://www.canal-­‐ u.tv/video/cerimes/sankore_session_inserm_les_nouveaux_medias_et_le_developpement_cognitif_de_l_enfant.7986  

Transcription Claudine Toussaint  

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c’est « avec qui je vais coucher ce soir ? ». La petite est revenue après avoir vu ça une fois, elle s’est assise et pour vous donner une idée, si elle perd encore 1 kilo, elle est dans la maigreur. Elle est grande, filiforme. Faut pas qu’elle en perde plus. Elle s’est assise et a dit à sa mère : « non, non, non, ça je peux pas manger, je vais grossir ». « Et si je grossis j’aurais plus d’amoureux. » Voilà ! Ces idées là, une fois, mais maintenant faut ramer pour lui faire bouffer du pain et des pates, parce que si je suis grosse j’aurais plus d’amoureux. Et on a beau en parler c’est toujours dans le système ! Il a suffit d’une fois. Mais imaginez quand c’est des dizaines et des dizaines de fois … Autre exemple, ils ont amené la télévision dans une île des Fidji qui n’avait pas la télévision. Une population aborigène qui voyait les rondeurs comme un marqueur social positif, je n’ai pas dit l’obésité, j’ai dit les rondeurs. Ils ont fait leur étude avant l’arrivée de la télé et sont revenus 3 ans après. Ils ont fait un petit sondage avant la télé : 0% de gamines au régime et 0% de troubles du comportement alimentaire : anorexie, vomissements, etc. Quand ils sont revenus 3 ans après, rien d’autre n’avait changé. Ils ont trouvé qu’il y avait 70% des gamines qui avaient fait un régime et 11% qui avaient des troubles du comportement alimentaires et qui se faisaient vomir pour contrôler leur poids. L’effet de la télé il est là. Il n’y a pas fallu longtemps pour transformer complètement les représentations que ces gamines avaient de leur corps, du corps et de la place de la femme et de la façon dont la femme devait paraître. Ce sont des points qui sont lourds. Il y a eu la même étude au Canada qui a montré que les rôles sociaux, avant l’arrivée de la télé étaient répartis. Le gamin était aussi capable de dire Papa fait la vaisselle et Maman lit le journal. Après l’arrivée de la télé, plus du tout. C’était papa lit le journal et maman fait la vaisselle. 1h07’26’’

Transcription Claudine Toussaint  

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L’influence de la télévision sur la violence
C’est le sujet qui a été le plus étudié, où on raconte le plus n’importe quoi. Ils ont regardé le degré de certitude qu’il y avait à l’intérieur de la communauté scientifique. Ils ont pris toutes les revues médicales et ont regardé tout ce que disaient les chercheurs. Les chercheurs ne se demandent plus si la violence des images rend agressif, ils se demandent comment ça marche. Si vous essayez de publier maintenant un papier montrant qu’un gamin qui a vu des images violentes est plus agressif, on va vous rire au nez et vous envoyer chez Oui-Oui magazine parce que c’est tellement connu qu’il n’y a plus de débat. Et ces chercheurs ont regardé les journaux grand public aux Etats Unis et il a montré que c’était l’inverse. Plus les chercheurs étaient d’accord et plus ils étaient surs, plus dans les journaux on vous expliquait que les chercheurs étaient pas d’accord, qu’on savait pas, que c’était indécidables, etc. etc. Il y a zéro probabilité que les images violentes ne nous rendent pas agressif : zéro ! On peut dire, je regarde des images violentes, je ne suis pas agressif. Si on l’est. Parce que quand on regarde des images violentes, on va faire ses courses puis la caissière vous fait pas de sourire, au lieu de vous dire, c’est pas grave, vous allez lui voler dans les plumes. L’agressivité ça peut être juste ça. Et ça peut dégénérer. Etc. etc. Quand on parle d’agressivité et de violence, ça n’est pas forcément que vous allez découper votre voisin à la tronçonneuse. C’est qu’effectivement ça augmente vote niveau d’agressivité et la probabilité que vous ayez des comportements violents. C’est ce que je vais vous montrer. 1h08’49’’ 60% des émissions contiennent des actes de violence. Elle est stylisée chez les gamins, souvent ce sont des dessins animés mais pour eux c’est la même chose (études faites à ce sujet) un spectateur moyen voit près de 2500 crimes, et 13 000 actes violents par an. Pour vous donner une idée, si il mourrait autant de gens dans la vie qu’à la télévision, dans à peu près 2 mois il n’y a plus un survivant en Europe. Le premier effet de la télé et sur l’agressivité et la violence. Voir des images violentes nous rend
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agressif. NDLR : M Desmurget montre quelque images, extraits violents qui passent en prime-time, des dessins animés Après je vous parlerai de la catharsis. 1h10’10’’ Le principe : j’ai envie de faire pipi, je vois quelqu’un faire pipi, j’ai plus envie de faire pipi. La catharsis c’est un peu ça. Je vois des images violentes, ça m’a purgé, je ne suis plus violent, je suis super zen. NDLR : M. Desmurget passe 2 minutes de violence extrême collectées aux heures de grande écoute : boxe, catch, etc. Et ce genre vous en prenez en gros 15 000 chaque année, des scènes comme ça. Ces scènes engramment des scripts à long terme. Ça veut dire que toutes ces violences qu’on voit c’est le bon, le justicier qui casse la gueule des méchants. Souvent les effets négatifs on ne les voit pas. Le chat se fait exploser la tête mais se relève toujours. Rocky, si vous prenez un marron comme lui vous n’avez plus de cervelle, lui il se relève à la fin et il revient l’épisode d’après. Peu d’effets négatifs à long terme en tout cas, montrés. Et ça explique qu’un gamin exposé jeune à ce genre d’images il a 3 fois plus de chances de cogner sa femme quand il est adulte. 1h13’07’’ L’académie américaine de pédiatrie qui a beaucoup bossé là-dessus a répertorié 3500 études : zéro n’a montré un effet catharsis, zéro ! Il n’y a pas une étude au monde, sérieuse, qui montre, dans une revue scientifique – faut comprendre comment ça marche la presse scientifique : vous envoyez votre papier, l’éditeur le regarde, si ça lui semble suspect il le jette. Si ça lui semble acceptable, il l’envoie à un certain nombre d’experts, de vos collègues à vous, entre deux et cinq qui vont le désosser, 90% des papiers qui arrivent sont mis à la poubelle. Ces 5 mecs regardent le papier et disent : « là il y a une faille méthodologique ; soit tu fais une autre étude, soit ton papier part à la poubelle. Donc publier une étude dans un journal scientifique même si il y a surement des choses qui sont fausses, ça limite quand même beaucoup les risques. Quand il y a des dizaines et des dizaines de papiers qui vous donnent le même résultat – 3500 pour la violence, il y a peu de chance que ce soit un effet de biais. Et si vous opposez ça à un pseudo expert qui est sponsorisé par l’industrie qui publie sous forme de bouquin chez un éditeur quelconque, ça n’est pas la même chose. Publié dans un bouquin et rien c’est la même chose parce que ça n’a pas été regardé et scruté. Ça ne veut pas dire que c’est mauvais mais que vous pouvez y mettre ce que
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vous voulez. Donc là on parle d’études qui ont été vraiment publiées et validées – zéro n’a montré d’effet catharsis. Il n’y a pas une étude au monde qui montre que quand vous regardez des images violentes vous êtes moins violents après. Pas une. 18 études n’ont pas conclu, ont dit j’en sais rien. Donc il n’y a plus de doute sur ce sujet là. 1h15’52’’ Les  effets  à  court  terme.   Le cerveau est une éponge. Si je vous affiche l’image d’une vieille dame et qu’après vous décidez d’aller aux toilettes, votre cerveau a pris l’info, mais vous pas, mais aux toilettes, vous allez y aller plus lentement ! Si on mesure le temps que vous allez mettre. Si vous voyez des gens faire un bras de fer, votre biceps va se contracter mais vous ne le verrez pas. Si vous voyez quelqu’un se faire piquer avec une aiguille, le muscle précis, la zone du cerveau qui contrôle ça, elle va s’inhiber, genre si ça m’arrive à moi, garçon, même pas t’y penses ! Et tout ça sont des choses que le cerveau fait régulièrement. Si vous voyez des gens manger, vous avez plus de chances de vous mettre à manger. Si vous voyez des gens manger une pizza dans un film, vous allez manger deux fois plus en sortant. Si je vous mets une pomme sur la table, vous allez regarder la pomme, toutes les aires du cerveau qui servent à attraper cette pomme sont engagées. Il y a des structures dans le cerveau qui servent à la saisie de la pomme, et on voit toutes ces aires s’allumer. Même si vous n’avez pas l’intention de l’attraper. Si vous êtes plusieurs autour d’une table et que vous avez la même pomme et que vous savez que les autres sont là, même si ce sont des mannequins qui bougent pas, vous allez l’attraper plus vite, vous aurez peur de vous la faire prendre par les voisins, même si vous savez que les voisins ne vont pas bouger. Il y a tout un tas de phénomènes comme ça et le miracle, si je puis dire, ça n’est pas que les images violentes nos rendent violent ça serait l’inverse, que les images violentes nous laisse insensible voire nous calment, ça c’est juste pas possible, il faudrait qu’on revoit tout ce qu’on sait sur le cerveau. Donc ils ont montré des films violents à des gamins : soit une séquence de film violent, soit pas de film, soit un film speed mais pas violent et on s’aperçoit que ces gamins lors d’un match de hockey, vous comptez les fautes et vous vous apercevez qu’il y a trois fois plus de fautes, de coups, d’actes d’anti-jeu dans le match où les gamins ont vu des images violentes avant. Les  effets  à  long  terme.   Une heure de programme violent à la maternelle (foot américain et le dessin animé Spider man) ce qui est assez soft. Ce gamin exposé à ça 1 heure par jour multiplie par 4 ses risques d’avoir des troubles du comportement quand il arrive à l’école primaire. On n’est donc pas dans des choses marginales, encore une fois. On a démontré que ces images là donnait une probabilité très supérieure que les gamins
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exposés à ça harcèlent, rackettent d’autres enfants. Pour vous donner une idée : le lien entre les images violentes et la production de comportement agressif est aussi fort qu’entre la consommation tabagique et le cancer du poumon. Donc on n’est pas dans n’importe quoi. Une autre étude rigolote, au début des années 90, la violence il y en avait un petit peu moins mais c’est globalement stable, ce chercheur a pris des villes sur une période qui avaient la télé, il est venu avant et après. Il a pris des villes qui n’avaient la télé ni avant ni après. Et il a pris des villes qui n’avaient pas la télé avant mais qui l’avaient après. Vous m’avez suivi ? Dans certaines villes, ils n’ont pas eu la télé, dans d’autres ils ne l’ont pas eu du tout, dans d’autres ils l’avaient déjà. A partir de là c’est assez facile de modéliser l’effet de la télévision sur la violence. Parce que si ça n’a pas bougé dans les villes qui l’avaient pas et dans les villes qui l’avaient et ça a bougé seulement dans la ville où la télé est venue, je ne vois pas quel miracle ça pourrait s’expliquer. Il précise avant que la télévision n’est pas le seul facteur de violence, qu’il y a des questions sociales, etc. et là encore personne ne le discute. Personne ne discute que la télévision soit le seul facteur. Elle pèse surement moins lourd que les facteurs sociaux, par exemple. Mais elle pèse ! « Les évidences épidémiologiques indiquent que si, hypothétiquement, la technologie télévisuelle n’avait jamais été développée, il y aurait aujourd’hui aux Etats-Unis chaque année 10 000 homicides de moins, 70 000 viols de moins et 700 000 agressions avec blessures de moins. Centerwall, JAMA, 1992 » Vous pouvez voir ce papier, il est sur Internet, en accès libre. Il n’y a pas de faille méthodologique là-dedans. Ça paraît énorme. Les gens vous disent : « Ouais mais les images violentes ça n’affecte que les psychopathes, déjà prédisposés ! ». ça n’est pas vrai. Ça nous affecte tous parce que notre cerveau, il est câblé comme ça. Admettons ! Admettons une seconde que ça n’affecte que certains psychopathes prédisposés et disons que dans la population nous ayons 0,01% de psychopathes. ça n’est pas beaucoup. Aux Etats Unis ils sont 300 millions. Admettons que 100 millions d’individus soient exposés chaque jour à des images violentes, c’est une estimation basse. 0,01% de 100 millions ça fait 10 000. Même si vous en avez très très peu qui sont touchés mais que ça s’applique sur une large population, vous arrivez très facilement à ça : 10 000 homicides, 70 000 viols. Ce ne sont pas des quantités négligeables de l’effet de la télévision, même si ce n’est pas le seul facteur. Et c’est un facteur que lequel il est facile d’agir. Parlons  de  l’habituation.     Vous achetez du parfum super cher, au bout de 10 minutes vous ne sentez plus rien car votre bulbe s’habitue. On s’habitue à un peu tout et on s’habitue à la violence. Juste un ou deux exemples. Cette habituation facilite le passage à l’acte évidemment. Ils ont fait une étude avec des étudiants plutôt éduqués d’une université. Ils avaient un cours de communication puis la semaine d’après un cours de socio. Dans le premier cours ils leur ont
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montré trois films : super gore, super misogyne avec des nanas qui se faisaient violer, frapper, découper. Donc la semaine d’après dans l’autre cours, ils ont été mis en présence d’une femme qui venait de se faire agresser, violer avec le visage tuméfié et qui expliquait. Et ils ont comparé les étudiants qui avaient vu et ceux qui n’avaient pas vu ces films-là. Et ceux qui avaient vu ces films violents avaient une probabilité plus importante de vous expliquer qu’elle l’avait cherché, que ça n’était pas si grave, qu’il n’y avait pas de fumée sans feu et que de toute façon elle allait se remettre. Ils n’avaient aucune idée et aucun moyen de traçer ce changement perceptif dans l’exposition qu’ils avaient eu. C’était 3 films, d’accord ils étaient super chargés. Mais quand vous voyez les milliers et les milliers d’exposition qu’on a, ça n’est pas forcément étonnant que ça change nos représentations à long terme. Une étude à Colombia, les chercheurs ne se demandent plus si il y a un effet, ils cherchent à tracer l’effet dans le cerveau sur un certain nombre de mécanismes fonctionnels. Ces chercheurs ont montré des images violentes à des gamins, des ados et il y a une partie, en avant du cerveau, une petite zone qui nous dit si vous avez envie de mettre une calotte au voisin ou à la caissière, c’est la zone qui vous dit : « garçon ! Garde ta main dans ta poche ! C’est une zone qui inhibe nos comportements les plus violents. Au même titre que les neurones de votre bulbe olfactif vont arrêter de décharger quand vous sentez votre parfum. Les neurones de cette zone frontale vont arrêter de décharger quand ils voient de la violence. Cette inhibition là, une fois que vous avez vu des programmes violents, elle tombe, elle diminue. Donc vous avez moins d’inhibition aux comportements violents. Et là où ça devient franchement déplaisant : on sait que plus une fonction est utilisée, plus la zone du cerveau qui traite cette fonction, qui est impliquée dans cette fonction, mieux elle va se développer. Exemple : des petits chats élevés dans le noir, le cortex lié à la vision va très mal se développer. Si vous les élevez dans la lumière cette zone sera plus épaisse. Si vous les élevez dans des milieux extrêmement stimulants vous aurez des cortex beaucoup plus épais, beaucoup plus riches avec beaucoup beaucoup plus de connexions. Et on s’aperçoit que ces zones qui sont censées inhiber la violence, par rapport aux ados qui regardent peu la télévision ou peu exposés aux programmes violents, elle est hypotrophiée, elle se développe mal. Cette zone-là à l’avant du cerveau, elle se développe à l’adolescence. Elle mature très tard et cette maturation là, apparemment, elle se fait mal. Si vous êtes exposé souvent à la violence, ces zones-là qui sont censées contenir notre violence, censées nous donner un peu d’inhibition, ces zones là se développent mal. Donc encore une fois une facilitation évidente ; une étude qui montre des désordres morphologiques dus à l’exposition à la violence. Alors on peut dire l’inverse : c’est parce qu’ils regardent la violence que cette zone a une
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anomalie, c’est contraire à tout ce qu’on sait du développement physiologique, tout ce qu’on sait depuis plus de 200 ans et tout ce qu’on sait sur le rôle de l’expérience sur le développement cortical.

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Influence de la télévision sur la peur et l’anxiété
La télévision, non seulement facilite notre passage à l’acte, nous habitue à la violence, non seulement elle a tendance à nous rendre agressif, mais en plus elle nous fout la trouille. C’est ce que Gerber appelait le grand méchant monde. Un premier exemple sur les attentats du 11 septembre. Ils se sont aperçus sur une énorme population d’enfants dans la région de Philadelphie que 35% des gamins avaient un stress palpable à l’issue de cet événement et ils se sont demandés d’où ça venait. Ils ont fait ça pour le 11 septembre et quand la navette Colombia a explosé, et pour l’attentat d’Oklaoma City. Pour ces grands traumatismes. Ils se sont aperçus que pour ces stress là, chez certains gamins on a des vrais stress post-traumatiques. Il y a des gamins qui ont été hospitalisés plusieurs semaines et plusieurs mois à l’issue de ces images là. En particulier après une émission de la BBC qui était un film d’horreur mais présenté comme une information de tous les jours et il y a plusieurs gamins qui le lendemain se sont retrouvés en service de psychiatrie avec des vrais syndromes de stress. Ils se sont aperçus que ces 35% de gamins qui avaient de l’anxiété, des troubles du sommeil, etc. leur niveau de stress était corrélé directement à l’exposition à ces images au journal télévisé ! Donc une induction importante de stress. Depuis des années aux Etats-Unis ils demandent aux gens qu’est-ce qui vous inquète ? Qu’estce qui est important pour vous. Le chômage, le nucléaire, tout ce que vous voulez et depuis des décennies, l’insécurité, c’était 3 ou 4% des gens qui mentionnaient l’insécurité. Et là en 1994 on est monté à 52%. Donc ils sont allés voir si la criminalité avait bougé. Et pas du tout, la criminalité baissait sur toutes les années 90. Ils se sont aperçus qu’en 1994, c’est l’année ou la femme d’OJ Simpson, le footballeur a été égorgée avec son amant et ça a entrainé une avalanche de faits divers violents dans les journaux télévisés américains. Il y a eu un ou deux faits divers bien gore et ils se sont aperçus après que c’était une peur médiatique. Ce 52% on pouvait le ramener à l’augmentation de ces faits divers violents. Depuis, des études ont suivi cette courbe d’insécurité et le nombre de faits divers violents dans les journaux télévisés, les deux se suivent. Donc en gros si vous voulez foutre la trouille aux gens mettez leur des faits divers violents au journal télévisé. Ce qui ne veut pas dire que c’est forcément une manipulation. Ça n’est pas le débat. Vous pouvez maintenant éteindre la télévision et reprendre une vie normale !
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Merci pour votre attention.

Sources : NDLR : Les sources présentées par Monsieur Desmurget dans son livre sont au nombre de 1193, toutes citées sur 67 pages à la fin de son livre : TV : lobotomie La vérité scientifique des effets de la télévision. Editeur Max Milo

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