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Peut-on désirer sans souffrir ?

Le thème du désir n'était que peu tombé au baccalauréat ces dernières années et il est revenu l'an dernier en série S. Cette fois-ci c'est en section ES qu'il est proposé aux élèves et on peut dire que c'est un sujet accessible.

En effet en s'interrogeant sur la notion du désir on comprend très vite le pourquoi du sujet : le désir est un regret (desiderium en latin) un manque. Mais d'un désir originel (regret des temps anciens, où l'homme vivait parmi les Dieux - cf Platon, Le Banquet avec le discours d'Aristophane) l'homme doit composer avec de multiples désirs, impossible à tous assouvir.

Le désir peut donc sembler en soi une souffrance, car créé par le manque/le regret, et dans un même temps il disparaît dès que l'homme atteint l'objet du désir : si ce désir est assouvi il n'en est plus un.

D'où la question du sujet :

Peut-on désirer sans souffrir ?

I. Le Désir est un manque perpétuel

Desiderium (qui est l’étymologie du mot désir) signifie "disparition de l’astre", et se déroule en trois parties, en trois images ; la première, l’astre est présent (on possède l’objet du désir ; la deuxième, l’astre disparaît (on a détruit l’objet du désir) ; la troisième, l’astre réapparaît.

On peut qualifier le désir de cette manière, c’est-à-dire que la possession de l’objet du désir, entraîne sa destruction : exemple du chocolat ; on en désire, mais pour le manger on est obligé de le détruire. Ce qui provoque un manque et à la fois la volonté de le combler.

Le désir est alors la recherche constante de l’objet du désir, que l’on pense être source de satisfaction.

Il est donc un cercle infini basé sur le manque, et la recherche perpétuelle de satisfaction, car le désir se déplace d’objet en objet et est condamné à l’insatisfaction. Par exemple, une personne riche qui a tous ce qu’elle veut ne peut désirer que des choses qui lui sont impossibles à obtenir, comme avoir toutes les femmes du monde, son désir est alors condamné à l’insatisfaction radicale.

On peut qualifier cette situation d’ambivalente ; c’est-à-dire que le désir veut et ne veut pas être satisfait. Car si, comme les besoins, les désirs pourraient être satisfaits, l’homme n’aurait plus aucunes sensations de manque qui le pousseraient à avoir des désirs.

C’est alors que l’on peut donner la définition du désir d’un philosophe ; Spinoza (1632-1677) ; "Le désir est l’essence même de l’homme en tant qu’elle est conçue comme déterminée à faire quelque chose par une affection quelconque donnée en elle" (Éthique, IIIème partie, « Définition des affections », Définition I, in Œuvres de Spinoza, tome III, page 196, Garnier-Flamarrion.)

En effet le désir comme "essence de l’homme" n’est pas opposé au manque, il en est la preuve même, car si le manque n’était pas constant dans le désir ; il ne pousserait pas l’homme à toujours désirer plus, et parfois même à désirer des choses impossibles. La seule solution pour apaiser l'homme de son désir semble de le satisfaire.

II. Aucun désir ne peut-il alors être satisfait ?

En reprenant l’image du Desiderium, on peut se demander ce qui nous pousse à détruire l’objet du désir, et à ne pas le garder indéfiniment près de nous. Mais le désir que l’on éprouve pour cet objet nous amène à le détruire, car le désir entraîne le désir.

Alors si je veux encore désirer, je dois détruire l’objet, ce qui provoque un manque et me pousse à le combler par un autre désir.

Le seul désir que l’on ne peut détruire, c’est le désir de désir.

Reprenons l’exemple du chocolat, ce qui me pousse à le détruire, et à créer un manque, c’est que je sais que ce même manque me poussera à désirer d’autres carrés de chocolat pour le combler : Le seul désir qui ne se détruit pas, c’est le désir de désirer du chocolat.

Le désir est donc un manque perpétuel ; un cercle infini basé sur le manque et la recherche de satisfaction. Mais dans le désir aucune satisfaction n’est possible, sinon il ne pourrait être définit comme "l’essence de

l’homme" par Spinoza. Le désir, loin de pouvoir être satisfait, ne semble alors n'être que souffrance.

III. Mais ne peut-on pas alors concevoir le désir comme un moteur, donc positif ?

Si on ne peut pas satisfaire le désir, le meilleur moyen de ne pas en souffrir est soit de le rejeter, soit de l'accepter.

La première voie se rapproche de la pensée du stoicisme : il y a des choses qui dépendent de nous et d'autres non. Il s'agit de se préoccuper seulement de ce qui dépend de nous. Le désir devrait alors se diviser en deux catégories entre ceux que l'on peut assouvir et les autres, qu'il faut alors considérer comme impossible à satisfaire. Mais cette voie est bien difficile à prendre et sonne apparaît comme une résignation.

La deuxième voie, elle considère le désir comme un moteur, loin de l'affirmation de Pascal : "le désir est la marque de la misère de l'homme". Le désir pousse l'homme à agir est devient une puissance de transformation de la nature.

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